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Localisation des zéros de la fonction zêta

Le document traite de l'hypothèse de Riemann et de la localisation des zéros non triviaux de la fonction zêta de Riemann, en introduisant des concepts tels que les fonctions holomorphes et le prolongement analytique. Il présente également la formule d'Euler-Maclaurin et les polynômes de Bernoulli, ainsi que des résultats sur leur comportement et leurs propriétés. Enfin, il aborde la dérivabilité et les fonctions holomorphes dans le contexte de l'analyse complexe.

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Localisation des zéros de la fonction zêta

Le document traite de l'hypothèse de Riemann et de la localisation des zéros non triviaux de la fonction zêta de Riemann, en introduisant des concepts tels que les fonctions holomorphes et le prolongement analytique. Il présente également la formule d'Euler-Maclaurin et les polynômes de Bernoulli, ainsi que des résultats sur leur comportement et leurs propriétés. Enfin, il aborde la dérivabilité et les fonctions holomorphes dans le contexte de l'analyse complexe.

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Localisation de zéros non triviaux de la fonction zêta de Riemann

26 mars 2011

Anthony POELS

Introduction
L’hypothèse de Riemann -formulée en 1859 et l’un des problèmes de Hilbert les plus importants - porte
sur la localisation des zéros de la fonction zêta de Riemann. (...). L’étude suivante a pour but de localiser les
premiers zéros non triviaux. Pour cela, sera introduit le concept de fonctions holomorphes et de prolongemment
analytique. On étudiera la fonction gamma d’Euler et bien évidemment la fonction ζ. Après avoir prolongé cette
dernière à l’ensemble du plan complexe privé du point s = 1, on essaiera de prouver l’existence de zéros de
partie réelle égale à 1/2 et on donnera une valeur approchée de certains de ces zéros.

1 La formule d’Euler MacLaurin


Nous établissons ici la formule d’Euler Maclaurin et définissons les polynômes et nombres de Bernoulli. Cette
formule est très utile un calcul numérique et nous nous en servirons dans la suite pour évaluer la fonction gamma
et la fonction zêta.

1.1 Polynômes et nombres de Bernoulli


Definition 1

On définit les polynômes de Bernoulli par récurrence par :

B0 = 1
et tel que pour p ≥ 1
Z 1
Bp0 = pBp−1 et Bp (t)dt = 0
0

Bp est appelé le p-ième polynôme de Bernoulli et bp = Bp (0) est appelé le p-ième nombre de Bernoulli.
(p ∈ N)

Proposition 1 Il existe une unique suite de polynômes (Bp )p vérifiant les conditions précédentes

Preuve
Par récurrence sur p montrons que Bp est de degré p et unique :

Initialisation : pour p = 0 la propriété est vérifiée par définition

0
Hérédité : Soit p ∈ N tel que Bp soit déterminé de manière unique et de degré p. Alors comme Bp+1 =
(p + 1)Bp , Bp+1 doit être de degré p+1.
Pp+1 Pp
Si on écrit Bp+1 = k=0 ak X k , et Bp = k=0 ck X k , en identifiant les coefficients, il vient :
∀k ∈ [|1, p + 1|] on a ak = (p+1)
k ck−1 qui sont donc uniquement déterminé.
R1 Pp+1 R 1
a0 est lui uniquement déterminé par 0 Bp+1 (t)dt = 0 qui donne : a0 = − k=1 0 ak tk dt

Les calculs précédents nous assurent ainsi l’existence de Bp+1 qui est de degré p+1 et unique, ce qui conclut
la preuve.

1
Proposition 2 On a les relations suivantes :

p
X
Bp = ( kp ) bk X p−k pour p ≥ 1 (1)
k=0
Bp (1 − X) = (−1)p Bp (X) pour p ≥ 1 (2)
Bp (0) = Bp (1) pour p ≥ 2 (3)
X p
bp = ( kp ) bk pour p ≥ 2 (4)
k=0
bm = 0 si m est impair et ≥ 3 (5)
 1 
Bp (2X) = 2p−1 Bp (X) + Bp (X + ) pour p ∈ N (6)
2
Preuve
(k) p!
Pour (1) : on utilise Taylor. Soit p ∈ N et k ∈ [|0, p|] Par récurrence immédiate on a Bp (X) = (p−k)! Bp−k (X).
On a donc :
p (k) p p  
X Bp (0) k X p! X p
Bp (X) = X = Bp−k (0)X k = bp−k X k
k! (p − k)!k! k
k=0 k=0 k=0

D’où le résultat en changeant de variable.

Pour (2) : On pose Qp = (−1)p Bp (1 − X) pour p ∈ N. On constate que (Qp )p∈N vérifie les hypothèses des
polynômes de Bernoulli, donc par unicité on obtient (2).
R1 R1 0
 
Pour (3) : soit p ≥ 2. On a 0 Bp−1 (t)dt = 0 p1 Bp (t)dt = p1 Bp (1) − Bp (0) = 0. D’où (3).

Pour (4) : On a clairement (1) et (3) ⇒ (4) en évaluant (1) en 1.

Pour (5) : on a clairement (2) et (3) ⇒ (5), en évaluant en (2) en 0.


 
Pour (6) : pour p ∈ N, on pose Qp (X) = 2p−1 Bp ( X 2 ) + B p ( X
2 + 1
2 ) . On montre que (Qp )p∈N vérifie les
hypothèse des polynômes de Bernoulli, l’unicité de tels polynômes fournit le résultat.

Definition 2
Soit p ∈ N. On définit la fonction 1−périodique Bp∗ par :

∀x ∈ R Bp∗ (x) = Bp ({x}) = Bp (x − E(x))

1
Lemme 1 Soit p > 1. Alors B2p+1 a exactement trois racines sur [0, 1], à savoir 0, 2 et 1.

Preuve
Par récurrence sur p.
Initialisation : Pour p = 1. On vérifie que B3 (0) = B3 ( 12 ) = B3 (1) = 0, et ce sont les seuls car B3 est un polynôme
de degré 3.
Hérédité : Soit p > 2 tel que le lemme soit vrai pour p − 1.
D’après (5) et (6) de la proposition 2, 0, 12 et 1 sont racines de B2p+1 . Montrons que ce sont les seules.
On identifie Bn et la fonction polynomiale associée (pour n ∈ N). D’après l’hypothèse de récurrence, B2p−1 est
0
de signe constant sur [0, 12 ] et sur [ 21 , 1]. Donc comme B2p = 2pB2p−1 , on en déduit que B2p est monotone sur
ces mêmes intervalles.
0
Par l’absurde, soit r ∈]0, 12 [ tel que B2p+1 (r) = 0. Alors comme B2p+1 = (2p + 1)B2p , soit x1 ∈]0, r[ et x2 ∈]r, 21 [
deux racines de B2p (lemme de Rolle appliqué à B2p+1 sur ces deux intervalles).
Mais B2p est monotone sur [0, 12 ], donc B2p est nul sur [x1 , x2 ], d’où comme x1 6= x2 , il possède une infinité de
racines, donc c’est le polynôme nul : absurde. De même si on suppose r ∈] 21 , 1[.
Donc 0, 12 et 1 sont les seules racines de B2p+1 sur [0, 1].

Lemme 2 Soit p ∈ N∗ . Alors B2p est monotone sur les intervalles [0, 21 ] et [ 12 , 1]

Preuve Corollaire immédiat du lemme précédent.

2
Proposition 3 Soit p ∈ N∗ . Alors on a :

∀x ∈ R |B2p (x)| ≤ |b2p | et b2p (−1)p+1 > 0 (7)
Preuve
Montrons le premier point de la proposition. Soit p ∈ N∗ .
0
Comme B2p = 2pB2p−1 et d’après le lemme 2, on en déduit que les extremum de B2p sur [0, 1] sont 0, 21 ou 1.

Ce sont aussi ceux de B2p . De plus d’après (6) de la propostion 2, on a : |B2p ( 12 )| = (1 − 22p−1
1
)|b2p | < |b2p |.
∗ ∗
D’où ∀x ∈ [0, 1] |B2p (x)| 6 |b2p |. Comme B2p est 1−périodique, on en déduit le résultat.
Pour le deuxième point, on procède par récurrence sur p.
Initialisation : pour p = 1 le résultat est vrai car 61 × (−1)1+1 > 0
Hérédité : soit p ≥ 2 tel que le résultat soit vrai pour p − 1.
b2p 6= 0 car sinon on aurait B2p de signe constant sur [0, 1] d’après le lemme 2, et donc B2p+1 monotone donc
nul, absurde.
D’autre part B2p est continue, on se fixe donc ε > 0 tel que (−1)p B2(p−1) soit positif sur [0, ε] (hypothèse de
récurrence). Donc (−1)p B2p−1 est croissante donc positif sur cet intervalle (car B2p−1 (0) = 0), donc (−1)p B2p
croissante sur [0, ε]. Or (−1)p B2p est monotone et s’annule sur [0, 21 ] (lemme 2 et Rolle appliqué à B2p+1 ), d’où
nécessairement, (−1)p B2p (0) = (−1)p b2p < 0 i.e (−1)p+1 b2p > 0, ce qui conclut la preuve.

1.2 La formule sommatoire d’Euler MacLaurin


Proposition 4 Soit N, M ∈ N avec N > M . Soit f une fonction définie et de classe C 1 sur [M, N ]. Alors :
N Z N  Z N
X 1 0
f (k) = f (t)dt + f (M ) + f (N ) + B1∗ (t)f (t)dt
M 2 M
k=M

Preuve
On part de :
Z N
0
B1∗ (t)f (t)dt =
M
RN 0 PN R k+1 0
= (t − btc − 21 )f (t)dt = k=M k (t − btc − 12 )f (t)dt
M
PN R 1 PN h i1 R 
0 1
= k=M 0 (t − 21 )f (k + t)dt = k=M (t − 21 )f (t + k) − 0 f (t + k)dt
0
PN  RN PN  RN
= k=M 21 f (k) + f (k + 1) − M f (t)dt = k=M f (k) − 21 f (M ) + f (N ) − M f (t)dt

Formule d’Euler-MacLaurin Soit N, M ∈ N avec N > M . Soit p ∈ N∗ et soit f une fonction définie et
2p + 1 fois dérivable sur [M, N ]. Alors :

N Z N p
X 1 X b2m  (2m−1) 
(N ) − f (2m−1) (M ) + Rp

f (k) = f (t)dt + f (M ) + f (N ) + f
M 2 m=1
(2m)!
k=M

N ∗ N ∗
B2p (t) (2p) B2p+1 (t) (2p+1)
Z Z
avec Rp = − f (t)dt = f (t)dt
M (2p)! M (2p + 1)!
Preuve ∗
R N B2p ∗
(t) (2p) R N B2p+1 (t) (2p+1) ∗
On obtient − M (2p)! f (t)dt = M (2p+1)! f (t)dt en intégrant par parties et du fait que B2p+1 (M ) =

B2p=1 (N ) = b2p+1 = 0.
La formule s’obtient par récurrence en intégrant le reste par partie (en partant de la formule de la proposition
∗ ∗
précédente) et en prenant 2p+2 1
B2p+2 comme primitive de B2p+1 . On peut remarquer que les Bn∗ sont continues
∗ ∗ ∗
et que Bn (N ) = Bn (M ) = Bn (0) = bn pour n > 1.

2 Fonctions holomorphes, prolongement analytique


2.1 C-dérivabilité
Definition 3
f (z)−f (z0 )
Soit Ω un ouvert de C, f : Ω → C et z0 ∈ C. On dit que f est C-dérivable en z0 si et seulement si lim z−z0
z−>z0
existe (z 6= z0 ).

3
Definition 4 (
Ω −→ C
0
Si f est C-dérivable en tout point de Ω, on note f : z0 7−→ lim f (z)−f (z0 )
z−>z0 z−z0
Une fonction C-dérivable est dite holomorphe.

Les fonctions holomorphes représentent une généralisation sur les fonctions de C dans C de la dérivation des
fonctions de R dans R. Cependant, les fonctions holomorphes possèdent des propriétés beaucoup plus fortes que
les fonctions dérivable de R dans R.
Proposition 5 La somme, le produit ou la composée de deux fonctions holomorphes est une fonction holo-
morphe. L’inverse d’une fonction holomorphe est holomorphe en tout point auquel la fonction ne s’annule pas.

Preuve
Immédiat en écrivant f (z) = f (z0 ) + f 0 (z0 )(z − z0 ) + o(z − z0 )..

Definition 5
On appelle fonction analytique toute fonction qui peut s’exprimer localement comme somme d’une série entière
convergente.

Proposition 6 Soit Ω un ouvert de C et f : Ω → C. Alors f est holomorphe si et seulement si f est analytique.

Preuve

(à faire, attendre cours séries de Fourrier)

n
P
Soit (an ) ∈ CN . On
P∞pose Rn= ρ( an z ) et on suppose R > 0.
P∞pose f : z 7→ n=0
On an z définie sur B(0, R). Montrons que f est holomorphe et que si z ∈ B(0, R), alorsf 0 (z) =
n
n=0 (n + 1)an+1Pz .
On pose R0 = ρ( (n + 1)an+1 z n . Montrons que R = R0 .
Si R < R0 . P∞
Soit z0 tel que R < |z0 | < R0 . Alors 0 (n P + 1)an+1 z0n converge absolument.
∞ P∞
n+1
Or |an+1 z0 | ≤ |z0 ||(n + 1)an+1 z0 |. Donc 0 an+1 z0n+1 converge absolument, donc 0 an z0n aussi : absurde.
n

D’où R0 ≤ R.
Si R0 < R.
0
 zn0 et z1 tels que R < |z0 | < |z1 | < R.
Soit
an z1 | n ∈ N est borné. Soit M tel que ∀n |an z1n | ≤ M .
M
On a |(n + 1)an+1 z0n | ≤ (n + 1) |zn+1 |z n | = αn .
| 0 1
o( n12 ) car log(n2 αn ) = 2 log(n) + log(n + 1) − log |z1 | + log(M ) + n log | zz01 | Donc αn ∼ n log | zz10 | → −∞.
αn = P
D’où (n + 1)an+1 z0n converge : absurde. Donc R0 = R.

Montrons que f est holomorphe. Soit z0 ∈ B(0, R).


Pour z ∈ B(0, R)\{z0 }, on a : 
 B(0, R) −→ C
f (z)−f (z0 ) P∞ an (z n −z0n ) P∞ Pn−1
= = an z0n−1−k z k . On pose vn : n−1
z0n−1−k z k
n=0 n=0 k=0
P
z−z0 z−z0  z 7−→ an
P n=0
vn est continue. Montrons que vn (z) converge ∀z ∈ B(0, R).
vn (z) = f (z)−f (z0 )
P
Si z 6= z0 c’est bon car alors z−z0 .
n−1 P∞
Si z = z0 : vn (z
0 ) = na z
n 0 si n 6
= 0 (0 sinon). D’où comme |z0 | < R, k=0 (n + 1)an+1 z0n converge.
 B(0, R) −→ C
+∞
On définit D : P . Montrons que D est continue en z0
 z 7−→ vn (z)
n=1
Soit r tel que |z0 | < r < R. Montrons que D|B(0,r) est continue.
Pn−1
||(vn )|B(0,r) ||∞ ≤ |an k=0 |z0 |n−k−1 rk ≤ n|an |rn−1 . Et (n + 1)|an+1 |rn < +∞ donc on a
P P
||(vn )|B(0,r) || <
+∞. Comme chaque vn est continue et que leur somme converge normalement sur B(0, r), D|B(0,r) est continue.
Or z0 est intérieur à B(0, r), donc D est continue en z0 .
P∞
Finalement on obtient : n=0 (n + 1)an+1 z0n = D(z0 ) = lim D(z) = lim f (z)−f (z0 )
z−z0z−>z0 z−>z0

2.2 prolongement analytique


Une des propriétés remarquables des fonctions holomorphes est qu’elles sont déterminées globalement dès
qu’on les connaı̂t dans un voisinage ouvert quelconque d’un point où elles sont holomorphes.

4
Definition 6
Un domaine de C est un ouvert connexe et différent de ∅.

Definition 7
Soit X ⊂ C. On dit que a est un point d’accumulation de X si ∀ε > 0, B(a, ε) contient un point de X différent
de a.
Autre formulation : a est un point d’accumulation de X si et seulement si il existe (an ) ∈ X N telle que n 7→ an
soit injective et an → a.

Proposition 7 Soit f une fonction holomorphe définie sur un domaine Ω de C.


1. S’il existe un point α ∈ Ω tel que f (n) (α) = 0 ∀n ∈ N, alors f (z) = 0 ∀z ∈ Ω
2. [principe des zéros isolés]
Si (zn )n∈N est une suite de nombres distincts de Ω telle que : lim zn = α ∈ Ω et f (zn ) = 0 ∀n ∈ N,
n−>∞
alors f (z) = 0 ∀z ∈ Ω
Preuve
Pour 1. n o
On pose Ek = z ∈ Ω | f (k) (z) = 0 pour k ∈ N et E = k∈N Ek
T

Montrons que E est un fermé de Ω.


Chaque f (k) est continue (car ce sont des fonctions analytiques), donc Ek = (f (k) )−1 ({0}) est un fermé (∀k ∈ N).
D’où E fermé.
Montrons que E est un ouvert de Ω.
Soit z0 ∈ E et r > 0 tel que B(z0 , r) ⊂ Ω. Le développement en série de Taylor de f en z0 donne :
P∞ (k)
∀z ∈ B(z0 , r) f (z) = k=0 f k!(z0 ) (z − z0 )k = 0.
(k)
D’où f|B(z0 ,r) = 0, donc f|B(z0 ,r) = 0 ∀k ∈ Ω. D’où B(z0 , r) ⊂ E
E est donc un ouvert/fermé non vide (α ∈ Ω) de Ω qui est connexe donc E = Ω.

Pour 2.
Montrons que f (k) (α) = 0 ∀k ∈ N. Par l’absurde.
Si ce n’est pas le cas, soit m ≥ 1 tel que f (m) (α) 6= 0 et ∀j ∈ [|0, m − 1|] f (j) (α) = 0.
Soit r > 0 tel que B(α, r) ⊂ Ω. Soit N tel que ∀n ≥ N zn ∈ B(α, r). Soit n ≥ N . Le développement en série
de Taylor de f en α évalué en zn donne :
P∞ f (k) (z0 )
k=0 k! (zn − α)k = 0. Comme les zn sont distincts, on peut les supposer différents de α. Donc on obtient :
P∞ f (k) (z0 )
k=m k! (zn − α)k−m = 0, ce qui se réécrit :
f (m) (z0 ) (m)

m! = o(1) d’où f m!(z0 ) = 0 : absurde.


Donc ∀n ∈ N f (n) (α) = 0 et on conclut avec 1.

Proposition 8 [principe d’identité des fonctions holomorphes]


Soient f , g deux fonctions holomorphes définies sur Ω domaine de C.
1. Si f (m) (α) = g (m) (α) ∀m ∈ N avec α ∈ Ω, alors f = g.
2. Si f (zn ) = g(zn ) ∀n ∈ N avec (zn )n∈N suite de nombres distincts de Ω ayant un point d’accumulation
α ∈ Ω, alors f = g.
Preuve
Corollaire immédiat de la proposition précédente en posant h = f − g.

On utilise le principe des zéros isolés comme suit :


Soit f une fonction holomorphe non identiquement nulle dans un domaine Ω de C. Si f (α) = 0 avec α ∈ Ω alors
il existe r > 0 tel que B(α, r) ⊂ Ω et f (z) 6= 0 pour tout z ∈ B(α, r) {α}. On dit que α est un zéro isolé.

Definition 8
Soit f : X → C, X ⊂ C et 6= ∅. Soit V domaine de C tel que X ( V et g une fonction holomorphe définie sur
V telle que f (z) = g(z) ∀z ∈ X. On dit que g est un prolongement analytique de f à V (ou dans V ).

Proposition 9 (Notations précédentes). Si X possède au moins un point d’accumulation α ∈ X (par exemple


X contient un segment), alors un prolongement analytique g de f à un domaine V contenant X est unique (si
un tel prolongement existe).
Preuve Si h est une fonction holomorphe définie sur V telle que h|X = f , alors ∀z ∈ X h(z) = f (z) = g(z).
D’après 2. de la proposition 8, g = h dans V .

5
3 La fonction factorielle (fonction gamma d’Euler)
3.1 prolongement analytique de la fonction Π
Definition 9
On définit la fonction factorielle par :
Z +∞
Π(s) = e−x xs dx <(s) > −1
0

Cette notation a été introduite par Gauss, mais Legendre a introduit une autre notation Γ(s) = Π(s − 1). Cette
nouvelle fonction est connue sous le nom de fonction gamma d’Euler. Pour la suite on utilisera plutôt Π.

Preuve
soits ∈ C. Montrons que la fontion x 7→ e−x xs est intégrable sur ]0, +∞.
Déjà c’est une fonction continue sur cette intervalle. Elle est dominée par la fonction x 7→ e−x x<(s) qui est
positive et intégrable sur ]0, +∞[ Il faut prouver que l’intégrale est bien définie. (attendre cours sur intégrale).

Proposition 10 La fonction Π est holomorphe sur le demi-plan <(s) > −1 (ou encore la fonction Γ est
holomorphe sur le demi-plan <(s) > 0).

Preuve
Version holomorphe du thérorème de domination de Lebesgue..à creuser.

Proposition 11 Soit s ∈ C tel que <(s) > 0. Alors on a :

Γ(s + 1) = sΓ(s) Π(s) = sΠ(s − 1)

Preuve
Le résultat provient d’une intégration par parties. On a :

R +∞ R +∞ 1 −t s
Γ(s) = 0
e−t ts−1 = 0 s e d(t )
h i+∞
+∞ R +∞
= 1s e−t ts + 1s 0 e−t ts dt = 1
e−t ts dt
R
s 0
0
= 1s Γ(s + 1)

Proposition 12 La fonction Π se prolonge analytiquement à C\{−N∗ } (ou encore la fonction Γ se prolonge


analytiquement à C\{−N}.)

Preuve
Soit s ∈ C tel que <(s) > 0 et n ∈ N∗ . D’après la proposition précédente, on a par récurrence immédiate :
Γ(s + n) = (s + n − 1) . . . (s + 1)sΓ(s)
n a un sens dès que <(s) >o−n. On peut s’en servir pour définir Γ(s).
Le terme de gauche
Γ(s+n)
On pose Dn = z ∈ C\{−N} | <(z) > −n On pose Γn (s) = (s+n−1)...s pour s ∈ Dn . C’est une fonction
holomorphe (par quotient et composition de fonctions holomorphes) et qui coı̈ncide avec Γn−1 sur Dn−1 , d’où
Γn est un prolongement analytique de Γn−1 à Dn et donc un prolongement analytique de Γ à Dn .
On pose Γ̃ la fonction définie sur C\{−N} par :
Γ̃(s) = Γn (s) si <(s) > −n.
Cette fonction est bien définie et est un prolongement analytique de Γ sur C\{−N}. On note encore Γ pour Γ̃.

3.2 Propriétés
Proposition 13 Soit n ∈ N. Alors :
Π(n) = n!

Preuve
Soit n ∈ N. Par
R ∞récurrence immédiate on a à partir de l’équation fonctionnelle de Π : Π(n) = n!Π(0), et d’autre
 ∞
part Π(0) = 0 exp(−x)dx = − exp(−x) 0 = 1

6
Proposition 14 Soit z ∈ C\{−N}. Alors :

n!nz n!(n + 1)z


Γ(z) = lim ou encore Π(z) = lim
n→∞ z(z + 1) . . . (z + n) n→∞ (z + 1) . . . (z + n)

Preuve
Soit z ∈ C de partie réelle > 0. Pour n ∈ N∗ on définit sur R+ la fonction fn par ∀t ∈ R+ fn (t) = (1 −
t/n)n tz−1 si t ≤ n et nulle sinon.
On définit également sur R+ la fonction f par : ∀ ∈ R+ f (t) = e−t tz−1 , continue et intégrable.
Pour tout n ≥ 1, fn est continue par morceaux et (fn )n converge simplement vers f .
De plus, ∀t ∈ R+ |fn (t)| ≤ |f (t)| (car (1 − t/n)n = exp(n log(1 − t/n)) et log(1 + x) ≤ x).
Par convergence dominée, on a donc :
Z Z
fn (t)dt → f (t)dt = Γ(z)
R+ R+
Rn
Soit n ∈ N∗ , on pose In = R+ fn (t)dt = 0 (1 − t/n)n tz dt
R
t
En faisant le changement de variable u = t/n et en intégrant par partie il vient :

Z n Z 1
t n n dt z
In = (1 − ) t =n (1 − u)n uz−1 du
0 n t 0
nz 1
Z 1
nz h z
Z i1 
n z n
= (1 − u) d[u ] = u (1 − u) +n (1 − u)n−1 uz du
z 0 z 0 0
Z 1
n
= nz (u − 1)n−1 tz du (puisque le crochet est nul)
z 0

Il vient alors par récurrence immédiate, en intégrant successivement par partie de cette manière :
Z 1
n!nz n!nz
In = uz+n−1 du =
z(z + 1) . . . (z + n − 1) 0 z(z + 1) . . . (z + n)

Et comme In converge vers Γ(z), on en déduit

n!nz
Γ(z) = lim
n→∞ z(z + 1) . . . (z + n)

On avait supposé <(z) > 0, mais on voit qu’avec la technique utilisée pour prolonger Γ que cette formule reste
valable pour tout complexe de C\(−N). La version avec Π est obtenue par changement de variable et en utilisant
le fait que nz+1 /(z + n + 1) ∼ (n + 1)z

Proposition 15 [équation fonctionnelle]


Soit s ∈ C\(−N∗ ). Alors on a la relation suivante :

Γ(s + 1) = sΓ(s) ou Π(s) = sΠ(s − 1)

Preuve
On a montré cette relation sur le demi-plan <(s) > 0. Par prolongement analytique, elle est vraie sur tout le
domaine de définition de ces fonctions.

Proposition 16 [formule des compléments]


Soit s ∈ C\Z. Alors on a la relation suivante :
π πs
Γ(s)Γ(1 − s) = ou Π(s)Π(−s) =
sin(πs) sin(πs)

Preuve
On peut le montrer grâce au développement eulérien du sinus et la formule de Γ sous la forme de ”produit
infini”. Rappelons la première formule.

Soit x ∈]0, π[. Alors :


p−1 ∞ 
Y x2  Y x2 
sin(x) = x lim 1− = x 1 −
p→∞
k=1
4p2 tan2 ( kπ
2p ) k=1
k2 π2

7
Pour prouver la première partie de l’égalité, on part de la formule exp(z) = lim(1 + z/n)n .
Pour n ∈ N∗ on pose
1 ix 2n ix 2n 
Pn (x) = (1 + ) − (1 − )
2i 2n 2n
On a alors :
sin x = lim Pn (x)
n→∞
n−1
(−1)
Pn est un polynôme de degré 2n − 1 et de coefficient dominant égal à (2n)2n−2 (en développant par le binôme

de Newton).
Soit x ∈ C racine de Pn . Alors x 6= −2in et on peut écrire (1 + (ix)/(2n))2n = (1 − (ix)/(2n))2n .
Donc il existe k ∈ [|0, 2n − 1|] tel que
ix
1 + 2n kπ

ix
= ei n
1 − 2n
Après manipulation, il existe k ∈ [|0, 2n − 1|]\{n} tel que x = 2n tan((kπ)/(2n)).
Réciproquement, tout complexe de cette forme est racine de Pn . Cela fait 2n − 1 racines, on en déduit que
2n−1
(−1)n−1 Y  kπ 
Pn (X) = X − 2n tan( )
(2n)2n−2 2n
k=0
k6=n
n−1
(−1)n−1 Y  kπ  kπ 
=X X − 2n tan( ) X + 2n tan( )
(2n)2n−2 2n 2n
k=1
n−1 n−1
(−1) Y kπ 
=X X 2 − 4n2 tan2 ( )
(2n)2n−2 2n
k=1
n−1
Y kπ X2 
=X tan2 ( )− 2
2n 4n
k=1
 n−1
Y n−1
kπ  Y  X2 
=X tan2 ( 1− 2
k=1
2n
k=1
4n tan2 ( kπ
2n )
Qn−1 2 kπ
Qn−1 kπ (n−k)π
Or k=1 tan ( 2n ) = k=1 tan( 2n ) tan( 2n ) = 1, ce qui fournit la première égalité recherchée.

Pour la deuxième égalité, on se fixe x ∈]0, π[. Pour p, k ∈ N∗ , on définit


x2
Up,k = − log(1 − ) si k ≤ p − 1 et nul sinon
4p2 tan2 ( kπ
2p )

D’après ce qu’on a déjà montré, on a


p−1
sin x X
log( ) = − lim Up,k
x p→∞
k=1
Pour k ∈ N∗ on pose Vk = − log(1 − x/(k 2 π 2 )). Vk ≥ 0
2 2
Si 0 ≤ θ ≤ π2 , on a θ ≤ tan θ. Donc on a k4pπ2 ≤ tan2 ( kπ
2p ), ce qui conduit à Up,k ≤ Vk
Montrons
p
X ∞
X
lim Up,k = Vk
p→∞
k=1 k=1
2
puisque Vk ∼ πx2 k2 et à
P
Déjà Vk converge k fixé lim Up,k = Vk
p→∞
P∞
Soit  > 0. Soit N ∈ N∗ tel que k=N +1 Vk ≤ 2 .
Soit p ∈ N p > N . Alors

X p
X p
X
Vk − Up,k ≥ Vk − Up,k ≥ 0
k=1 k=1 k=1
On a donc

X p
X ∞
X p
X
| Vk − Up,k | = Vk − Up,k
k=1 k=1 k=1 k=1
N 
X  ∞
X
≤ Vk − Up,k + Vk
k=1 k=N +1
N 
X  
≤ Vk − Up,k +
2
k=1

8
D’autre part
N 
X 
lim Vk − Up,k = 0
p→∞
k=1
Soit N0 ∈ N, N0> N tel que pour tout entier p supérieur à N0
PN 
k=1 Vk − Up,k ≤ 2 .
P∞
Pour tout p ≥ N0 | k=1 Vk − Up,k | ≤ . D’où le résultat. On en déduit la deuxième égalité.

En écrivant le produit Π(x)Π(−x) sous forme de limite de ”produit”, on retrouve l’expression de la formule
des compléments pour 0 < x < 1. L’égalité est alors valable sur C\Z par principe d’identité des fonctions
holomorphes.

Proposition 17 [relation de Legendre]


Soit s ∈ C\{−N∗ }. Alors :
s s − 1 −1
Π(s) = 2s Π( )Π( )π 2
2 2
Preuve
On part de Π(s/2)Π((s − 1)/2) sous forme de produit infini. On retrouve facilement Π(s). Pour montrer que
1
l’autre partie converge vers π 2 /2s on fait un développement limité en utilisant la formule de Stirling (pour s
réel), puisqu’on a : (s + n + 1) . . . (s + 2n) = Π(s + n + 1)/Π(s + n). On prolonge alors par principe d’identité
des fonctions holomorphes.
Remarquons qu’on se sert de la relation de Legendre pour déterminer A dans la formule de Stirling. Il y a donc
un léger problème qu’on peut résoudre de la manière suivante. La formule de Stirling (avant d’évaluer A) nous
donne la relation de Legendre sous la forme :

s s s−1 2
Π(s) = 2 Π( )Π( ) A
2 2 e
En évaluant en s = 1, on obtient √
1 2
Π(1) = 2Π( )Π(0) A
2 e

D’autre part, Π(0) = Π(1) = 1 et en utilisant la formule des compléments, on a Π(1/2) = π/2, ce qui achève
la preuve sans arnaque.

Definition 10
On définit le logarithme complexe pour tout complexe de C\R− par
log(reiθ ) = log r + iθ où r > 0 et − π < θ < π

Proposition 18 log est une fonction holomorphe vérifiant pour tout complexe z de C\R− exp(log(z)) = z
Proposition 19 [formule de Stirling]
Soit z ∈ C\R− . On a alors :
+∞
B1∗ (t)
Z
1 1
log Γ(z) = (z − ) log z − z + log(2π) − dt
2 2 0 z+t
Ce qu’on peut écrire :
+∞
B1∗ (t)
Z
1 1
log Π(z) = (z + ) log z − z + log(2π) − dt
2 2 0 z+t
Lemme 3 [Préliminaires pour la démonstration de la formule de Stirling]
Soit s ∈ R+ et N ∈ N∗ . Alors
N Z N Z N ∗
X 1  B1 (t)dt
log(s + n) = log(s + t)dt + log(s + 1) + log(s + N ) +
n=1 1 2 1 s+t

La première intégrale peut être calculée en prenant t 7→ (s + t) log(s + t) − (s + t) comme primitive de log.
La seconde intégrale converge quand N tend vers +∞.
On posera pour la démonstration suivante :
Z ∞ ∗
B1 (t)dt
A=1+
1 t

9
Preuve
La première formule est obtenue directement à l’aide de la proposition 4 (I/2) avec la fonction f (t) = log(s + t).
Pour la convergence de l’intégrale, on a :
Z N ∗
B1 (t)dt
= UN + C
1 s+t
où C est une constante indépendante de N et
N
X 1
UN = log(s + n) − (s + N ) log(s + N ) + (s + N ) − log(s + N )
n=1
2

Montrons que Un converge. Pour cela on effectue une transformation suite/série : On pose Vn = Un+1 − Un et
PN
on étudie la convergence 1 Vn .

Vn = log(s + n + 1) − (s + n + 1) log(s + n + 1) + (s + n) log(s + n) + (s + n + 1)


1 1
− (s + n) − 2 log(s + n + 1) + 2 log(s + n)
1
= 1 − (s + n + 2 ) log(s + n + 1) + (s + n + 21 ) log(s + n)
1 1
= 1 − (s + n + 2 ) log(1 + s+n )
 
1
= 1 − (s + n + 12 ) s+n 1
− 2(s+n) 1
2 + O (s+n)3
 
1 1 1
= 1 − 1 + 2(s+n) − 2(s+n) + O (s+n) 2 = O( n12 )
P RN B1∗ (t)dt
D’où Vn converge donc Un converge et l’intégrale 1 s+t a bien une limite lorsque N → ∞.

Preuve [de la formule de Stirling] Soit s ∈ R+ . Pour évaluer log Π(s), on part de la définition :
N!
Π(s) = lim (N + 1)s
N →∞ (s + 1) . . . (s + N )
La formule des compléments et le fait que Π(n) = n! pour n ∈ N nous assurent que Π(s) est un réel strictement
positif. On peut donc passer au log et par continuité on a :

 N
X N
X 
log Π(s) = lim s log(N + 1) + log n − log(s + n)
N →∞
n=1 n=1
Z N Z N ∗
 1 B1 (t)dt
= lim s log(N + 1) + log t dt + log N +
N →∞ 1 2 1 t
Z N Z N ∗
1  B1 (t)dt 
− log(s + t)dt − log(s + 1) + log(s + N ) −
1 2 1 s+t
Z N ∗
 1 B1 (t)dt
= lim s log(N + 1) + N log N − N + 1 + log N +
N →∞ 2 1 t
− (s + N ) log(s + N ) + (s + N ) + (s + 1) log(s + 1) − (s + 1)
Z N ∗
1 1 B1 (t)dt 
− log(s + 1) − log(s + N ) −
2 2 s+t
Z ∞ ∗ 1 Z ∞ ∗
1 B1 (t)dt B1 (t)dt
= (s + ) log(s + 1) + −
2 1 t 1 s+t
 1 1 
+ lim s log(N + 1) + (N + ) log N − (s + N + ) log(s + N )
N →∞ 2 2
Z ∞ ∗
1 B1 (t)dt  N +1 1 s
= (s + ) log(s + 1) + (A − 1) − + lim s log( ) − (N + ) log(1 +
2 s+t N →∞ N +s 2 N
Z ∞1 ∗
1 B1 (t)dt
= (s + ) log(s + 1) + A − 1 − −s
2 1 s+t
Avec Γ(s + 1) = Π(s), il ne reste plus qu’à évaluer A pour trouver la formule de Stirling version Γ. Pour la
version avec Π, une étape supplémentaire est requise :
(t − 12 )dt s + 12 
Z 1 ∗ Z 1 Z 1
B1 (t)dt 1 s+1
= = 1− dt = 1 − (s + ) log( )
0 s+t 0 s+t 0 s+t 2 s

10
D’où en remplaçant dans l’expression de log Π(s) que l’on avait, on obtient :
Z ∞ ∗
1 B1 (t)dt
log Π(s) = (s + ) log s − s + A −
2 0 s+t

Il reste à évaluer la constante A. Pour cela on se sert de la relation de Legendre en passant à la limite. On a en
R ∞ B1∗ (t)dt 
posant r(s) = exp − 0 s+t :

1
Π(2s) = π −1/2 22s Π(s)Π(s − ) et Π(s) = ss+1/2 e−s eA r(s)
2
En injectant l’expression de droite dans celle de gauche on obtient :
1 1
(2s)2s+1/2 e−2s eA r(2s) = π −1/2 22s ss+1/2 e−s eA r(s)(s − )s e−s+1/2 eA r(s − )
2 2
On a de plus r(s) → 1 quand s → ∞, donc pour s assez grand r(s) 6= 0. En simplifiant on obtient :

1 −s −1/2 r(2s)
eA = (2π)1/2 (1 − ) e
2s r(s)r(s − 21 )
1 −s
Et en passant à la limite, (1 − 2s ) → e1/2 , d’où :

1
eA = (2π)1/2 i.e A= log(2π)
2
La formule de Stirling est vraie sur R+ . Or les deux fonctions de chaque côté de l’égalité sont analytiques. Donc
par principe d’identité des fonctions holomorphes, cette égalité reste vraie sur C\R− . D’où le résultat.

(à préciser l’holomorphie des deux fonctions (surtout le log


Introduire le log complexe et justifier que Π(s) n’appartient pas à R− )

4 La fonction zêta de Riemann


4.1 prolongement analytique de la fonction zêta de Riemann
Definition 11
On définit la fonction zêta de Riemann par :

 D −→ C
+∞
ζ: P 1
 s 7−→ ns
n=1

où D est le demi-plan <(s) > 1

Proposition 20 La fonction ζ est holomorphe.

Preuve
Voir la preuve du prolongement analytique.

Proposition 21 La fonction ζ se prolonge analytiquement sur C\{1}

Preuve
On pose f (x) = 1/xs avec s ∈ C x ∈ R et <(s) > 1 de sorte que la série

X ∞
X
ζ(s) = 1/ns = f (n)
n=1 n=1

converge. On a alors :

f (r) (x) = (−1)r s(s + 1)...(s + r − 1)/xs+r où r ∈ N et x ∈ R

On applique la formule d’Euler MacLaurin à f avec M = 1 et N = n ∈ N∗ et on obtient :

11
n Z n r
X 1 X b2p  
f (k) = x−s dx + (1 + n−s ) − s(s + 1) . . . (s + 2r − 2) n−s−2p+1 − 1 + Rr
1 2 p=1
(2p)!
k=1

où

s(s + 1) . . . (s + 2r − 1) n ∗
Z
Rr = − B2r (x)x−s−2r dx
(2r)! 1
s(s + 1) . . . (s + 2r) n ∗
Z
=− B2r+1 (x)x−s−2r−1 dx
(2r + 1)! 1

Quand n tend vers l’infini, le membre de gauche tend vers ζ(s), la première intégrale du second membre
tend vers 1/(s − 1) car <(s) > 1, les termes contenant une puissance de n tendent vers 0, et l’intégrale figurant
dans le reste converge. A la limite on obtient ainsi :
r
1 X
ζ(s) = 1/(s − 1) + + b2p s(s + 1) . . . (s + 2p − 2)/(2p)! + σr (s)
2 p=1

où
s(s + 1) . . . (s + 2r − 1) +∞ ∗
Z
σr (s) = − B2r (x)x−s−2r dx
(2r)! 1
s(s + 1) . . . (s + 2r) +∞ ∗
Z
=− B2r+1 (x)x−s−2r−1 dx
(2r + 1)! 1

Pour obtenir cette formule, on a supposé <(s) > 1, mais l’intégrale du reste converge pour <(s) > 1 − 2r, et
les autres termes du membre de droite sont des polynômes en s. On peut donc utiliser cette formule pour définir
ζ(s) dans le demi-plan <(s) > 1 − 2r, mis à part le point s = 1. De plus, comme r est un entier > 0 arbitraire,
on obtient ainsi une définition de la fonction zêta valable dans tout le plan complexe privé du point s = 1.
L’intérêt de ces calcul est de nous donner une fonction holomorphe (ce que nous montrons ci-dessous) définie
sur C\{1} qui coı̈ncide avec la fonction ζ sur son domaine de définition. Le principe du prolongement analytique
s’applique, et par unicité, on note encore ζ cette nouvelle fonction.

Pour montrer l’holomorphie, il suffit de montrer que le reste (défini avec l’intégrale) est holomorphe. On se
sert encore du théorème utilisé pour Γ (truc de domination de Lebesgue version holomorphe), il faut que je le
fasse.

Proposition 22 Soit n ∈ N∗ . Alors :


b2n
ζ(1 − 2n) = −
2n
Preuve Le résultat ce déduit directement de la formule donnant le prolongement analytique. En effet, en
choisissant r = n, le reste est nul et on obtient :
n
1 1 1 X b2p
ζ(1 − 2n) = + − (−2n)(−2n + 1) . . . (−2n + 2p − 1)
2n 2 2n p=1 (2p)!

De plus on a b2m+1 = 0 pour m ∈ N∗ , donc on peut réécrire :

n n
X b2p X b2p
(−2n)(−2n + 1) . . . (−2n + 2p − 1) = (2n)(2n − 1) . . . (2n − 2p + 1)
p=1
(2p)! p=1
(2p)!
n n   2n      
X (2n)! X 2n X 2n 2n 2n
= b2p = b2p = bp = b2n − b1 − b0 (cf partie I)
p=1
(2p)!(2n − 2p)! p=1 2p p=2
p 1 0

Par ailleurs on a b0 = 1 et b1 = −1/2, ce qui nous permet de conclure.

Proposition 23
691
ζ(−11) =
32760

12
4.2 hypothèse de Riemann, premiers résultats, propriétés
Après avoir prolongé la fonction ζ, l’hypothèse de Riemann s’énonce ainsi :

Les zéros non triviaux de la fonction ζ sont tous de partie réelle égale à 1/2

Definition 12
On appelle zéro trivial de la fonction ζ, tout −2p où p ∈ N∗

Preuve
Pour prouver que ζ s’annule bien sur les pairs négatifs on peut se servir de son équation fonctionnelle démontrée
ci-dessous en évaluant en s = −2p ou p ∈ N∗ . C’est bien définit et le sinus annule le terme de droite, d’où le
résultat.

Proposition 24 équation fonctionnelle de ζ


Soit s ∈ C\{N∗ }. Alors :
ζ(s) = Π(−s)(2π)s−1 2 sin(sπ/2)ζ(1 − s)

Lemme 4 On définit pour x > 0 la fonction :



X 2
ψ(x) = e−n πx

n=1

Alors ψ vérifie l’équation fonctionnelle :


1 + 2ψ(x) 1
1 =

1 + 2ψ( x ) x

Preuve

On définit la fonction suivante pour x > 0 :



X −n2 π
θ(x) = e x

n=−∞

P+∞ 2
Soit t > 0 fixé, on définit sur R : f (x) = n=−∞ exp(− (n−x)
2t )
Soit a < 0. Montrons que f est de classe C 1 sur [−a, a]
(n−x)2
Soit n ∈ Z et x ∈ [−a, a], on pose un (x) = e− 2t . un est C 1
2 2 2
Pour x ∈ [−a, a], on a un (x) = exp( −n −x2t +2nx ) ≤ exp( −n +2|n|a
2t ) = o( n12 )
Donc la fonction f est définie est continue sur [−a, a] car somme d’une série de fonctions continues qui converge
uniformément sur cet intervalle (les un )
2 2
De plus on a |u0n (x)| = |n−x|
t exp( −n −xk2nx
2t ) ≤ |n|+a
t exp( −n +2|n|a
2t ) = o( n12 ) Donc la série des un 0 converge
1
normalement
P sur [−a, a] et on en déduit que f est C sur ce même intervalle et qu’on peut dériver sous le signe
. En faisant tendre a vers l’infini, on étend ce résultat à R tout entier.

On observe que f est une fonction 1−périodique. Calculons maintenant ces coefficients de Fourier, soit n ∈ Z,
on a :

1 1
(k − τ )2 −2iπnτ
Z Z X
−2iπnτ
cn (f ) = f (τ )e dτ = )e exp(−

0 0 k∈Z 2t
XZ 1 (k − τ )2 −2iπnτ X Z −k+1 u2
= exp(− )e dτ = exp(− )e−2iπnu du
2t 2t
k∈Z 0 k∈Z −k
Z
x2
= e− 2t e−2iπnx dx
R
P R
Ceci en permutant le signe et par convergence normale sur [0, 1] et en effectuant le changement de variable
u=τ −k
2
Pour calculer cette intégrale, calculons calculons la fontion φ définie pour u ∈ R par φ(u) = R exp(− x2t ) exp(iux)dx
R
2
On définit sur R2 la fonction g : (u, x) 7→ exp(− x2t ) exp(iux).

13
2
g est continue sur R2 et on a ∀(u, x) ∈ R2 |g(u, x)| ≤ exp( x2t ). Donc la fonction x 7→ g(u, x) est intégrable sur
R pour tout réel u, donc d’après la théorie de l’intégrale dépendant d’un paramètre continu, φ est bien définie
et continue.
x2
Pour tout réel u, g admet une dérivée partielle par rapport à u et pour (u, x) ∈ R2 on a : | ∂g(u,x)
∂u | = |x| exp(− 2t )
La fonction x 7→ ∂g(u,x)
∂u est donc intégrable pour toutR réel u et vérifie une hypothèse de domination. On en
déduit, d’après le théorème de dérivation sous le signe que φ est C 1 sur R et que
Z Z
x2 −x2
φ0 (u) = ixe− 2t eiux dx = −iteiux d[e− 2t ]
R R
h i+∞
− −x2
= − iteiux e 2t − utφ(u) = −utφ(u)
−∞

φ est solution de l’équation différentielle homogène, linéarie : y 0 (u) = −ut y(u). Il existe donc A ∈ R tel que
u2 t
pour tout u ∈ R, φ(u) = Ae− 2 . On a
Z 2
− x2t
√ Z
2 √
A = φ(0) = e dx = 2t e−y dy = 2πt
R R
√ 2 2
On en déduit finalement que pour tout n ∈ Z, cn (f ) = φ(−2πn) = 2πte−2n π t
1
La fonction f est C sur R, donc d’après Dirichlet, f est égale à la somme de sa série de Fourier. En particulier
on a : X k2 √ X 2 2
e− 2t = f (0) = 2πt e−2π n t
k∈Z n∈Z

A partir de là, on effectue le changement de variable z = 2πt et on obtient ∀z > 0 θ(z) = z θ( z1 )
En remarquant que θ( z1 ) = 1 + 2ψ(z) on obtient l’équation fonctionnelle recherchée.

Preuve de l’équation fonctionnelle de ζ


Soit s tel que <(s) > 1 et n ∈ N∗ . En faisant le changement de variable t = x/(n2 π) dans l’intégrale définissant
Π(s/2 − 1) on obtient : Z ∞
1 −s/2 s 2 dt
s
π Π( − 1) = e−n πt ts/2
n 2 0 t
On somme maintenant sur tous les n ce qui nous donne :
∞ Z ∞
s X 2 s
Π( − 1)π −s/2 ζ(s) = e−n πt t 2 −1 dt
2 n=1 0

Or
∞ Z ∞ ∞ Z ∞
<(s)
−n2 πt s 2
X X
e t 2 −1 dt = e−n πt
t 2 −1 dt
n=1 0 n=1 0
 <(s) 
=Π − 1 π −<(s)/2 ζ(<(s)) < +∞
2
P R
On peut donc intervertir le signe et
et finalement :
Z ∞
s −s/2 dx
Π( − 1)π ζ(s) = ψ(x)xs/2
2 0 x
Montrons maintenant que le terme de droite est invariant par changement de s en 1 − s.

Z ∞ Z ∞ Z 1
ψ(x)xs/2 dx
x = ψ(x)xs/2 dx
x + ψ(x)xs/2 dx
x
0 1 0
Z ∞ Z 1
= ψ(x)xs/2 dx
x − ψ(1/x)x−s/2 dx
x (changement de variable t = 1/x)
Z1
∞ h Z∞∞ i
1/2
= ψ(x)xs/2 dx
x + x1/2 ψ(x) + x 2 − 12 x−s/2 dx
x (éq. fonctionnelle de ψ)
Z1 ∞ 1
Z ∞
 −(s−1)/2
ψ(x) xs/2 + x(1−s)/2 dx 1
− x−s/2 dx
  
= x + 2 x x
1 1

14
R∞
De plus si a ∈ C et <(a) > 0 on a 1
x−a (dx/x) = 1/a, d’où comme <(s) > 1, l’intégrale de droite s’écrit :
h i
1 2 2 1
2 s−1 − s = s(1−s)

Ainsi on obtient : Z ∞
Π( 2s − 1)π −s/2 ζ(s) = ψ(x) xs/2 + x(1−s)/2 dx 1
 
x − s(s−1)
1
Mais comme ψ décroı̂t vers 0 plus rapidement que n’importe quel puissance de x quand x → +∞, l’intégrale
de cette formule converge pour tout s (attendre cours intégrale pour être un peu plus propre). De plus les deux
fonctions de cette égalité sont holomorphes (on utilise encore une fois le truc de domination de Lebesgue pour
l’intégrale), par principe d’identité des fonctions holomorphes, cette équation reste valable pour tout s dans le
domaine de définition du membre de gauche. Enfin le membre de droite est inchangé en remplaçant s par 1 − s,
d’où :

Π( 2s − 1)π −s/2 ζ(s) = Π(− s+1


2 )π
−(1−s)/2
ζ(1 − s)
Maintenant pour retrouver l’équation fonctionnelle, on se sert des propriétés de la fonction Π. On a pour
s ∈ C\Z :
πs
Π(−s) = 2−s Π(−s/2)Π(−(s + 1)/2)π −1/2 et Π(−s/2) =
2Π(s/2) sin(πs/2)

En combinant ces deux relations on obtient pour s ∈ C\Z :

πs 2−s πsΠ(− (s+1)


2 )π
1/2
(2π)s−1 2 sin(πs/2)
Π(−s)(2π)s−1 2 sin( )=
2 2Π( 2s ) sin(πs/2)
1 1
sΠ(− (s+1)
2 )π
s− 2
Π(− (s+1)
2 )π
s− 2
= =
2Π( 2s ) Π( 2s − 1)
ζ(s)
=
ζ(s − 1)

Ce qui achève la preuve (l’equation fonctionnelle est encore vrai pour s ∈ Z∗− par principe d’identité des fonctions
holomorphes).

Proposition 25 Soit n ∈ N∗ . Alors


(−1)n+1 b2n (2π)2n
ζ(2n) =
2(2n)!

Preuve
Le résultat est immédiat en évaluant l’équation fonctionnelle avec s = 1 − 2n.

5 Localisation de zéros non triviaux de ζ


Pour localiser les zéros non triviaux de ζ, il faut être capable de calculer (de manière approchée) Π et ζ.
Pour cela on se sert de la formule d’Euler Maclaurin.

5.1 évaluation de Π
Pour évaluer Π(s), il suffit d’évaluer log Π(s). Soit s ∈ C\R− . Pour calculer log Π(s), on part de la formule
de Stirling : Z +∞ ∗
1 1 B1 (t)
log Π(z) = (z + ) log z − z + log(2π) − dt
2 2 0 z+t
En intégrant par partie le dernier terme de la même manière que dans la formule d’Euler MacLaurin, il vient :
1 1 b2 b4 b2p
log Π(z) = (z + ) log z − z + log(2π) + + + ··· + + R2p
2 2 2z 4 · 3 · z3 2p(2p − 1)z 2p−1

où ∗ ∗
Z ∞ B2p (t)dt
Z ∞ B2p+1 (t)dt
R2p = − =−
0 2p(z + t)2p 0 (2p + 1)(z + t)2p+1

15
Cette formule porte le nom de série de Stirling et est très efficace pour donner une valeur approchée de Π(s).
Une fois log Π(s) calculé, on peut avoir une valeur de Π(s) en passant à l’exponentielle.

(attention, préciser que log Π(s) est bien défini !)

Maintenant majorons |R2p |.


On part de :
∞ ∗
B2p−1 (t)dt
Z
R2p−2 = −
0 (2p − 1)(s + t)2p−1
1 ∗ ∗
On intègre par partie en prenant 2p (B2p (t) − b2p )
comme primitive de B2p−1 (t) qui s’annule en 0. On obtient :
Z ∞ ∗

B2p (t) − b2p dt
R2p−2 =−
0 2p(s + t)2p

(Cela est encore valable dans le cas p = 1, avec B2p−1 discontinue, en écrivant R2p−2 comme somme d’intégrale,
de bornes les points de discontinuité).
On obtient ainsi la première inégalité :
Z ∞ ∗
B2p (t) − b2p dt
|R2p−2 | 6
0 2p|s + t|2p

Les propriétés des nombres et polynômes de Bernoulli nous donnent que B2p (t) − b2p est de signe constant, et
∗ ∗
P +1 p+1

comme b2p (−1) > 0, on a que B2p (t) − b2p = (−1) b2p − B2p (t) .
D’autre part, |s + t|(|s| + t)−1 atteint son minimum, pour t ≥ 0 et s = reiθ avec −π < θ < π, à t = |s| ce qui
correspond à cos(θ/2). √
|s+t| |s|2 +(s+s̄)t+t2 1
(Pour montrer cela, on étudie les variations de : f (t) = |s|+t = |s|+t ).On peut donc écrire |s+t| =
1 |s|+t 1
|s|+t · |s+t| 6 (|s|+t) cos(θ/2) ,
et en injectant dans l’inégalité précédente, on obtient :
Z ∞ ∗

(−1)p+1 b2p − B2p (t) dt
|R2p−2 | 6
0 2p cos2p (θ/2)(|s| + t)2p
Z ∞ Z ∞ ∗
(−1)p+1 b2p dt (−1)p+1 B2p (t)dt
= 2p 2p

0 2p cos (θ/2)(|s| + t) 0 2p cos (θ/2)(|s| + t)2p
2p
Z ∞ ∗
1 |b2p | 1 (−1)p+1 B2p+1 (t)dt
= · −
cos2p (θ/2) 2p(2p − 1)|s|2p−1 cos2p (θ/2) 0 (2p + 1)(|s| + t)2p+1


R k+1 B2p+1 (t)dt
Montrons que l’intégrale de droite est positive. On pose vk = k 2 (|s|+t) 2p .
2
On a ainsi : Z ∞ ∗ ∞
B2p+1 (t)dt X
= vk
0 (|s| + t)2p
k=0
Montrons que cette série vérifie le critère spécifique des séries alternées.

D’après les propriétés de B2p+1 , on a B2p+1 de signe constant et opposé sur [k/2, (k +1)/2] et [(k +1)/2, k/2+1],
donc (vk )k est alternée. Montrons que (|vk |)k décroı̂t.
Soit k ∈ N. Alors
Z k+2 ∗
2 |B2p+1 (t)|dt
|vk+1 | = on pose u = k + 1 − t
k+1
2
(|s| + t)2p
Z k2 ∗ Z k+1 ∗
|B2p+1 (k + 1 − u)|du 2 |B2p+1 (u)|du
=− 2p
=
k+1
2
(|s| + k + 1 − u) k
2
(|s| + k + 1 − u)2p
Or si u 6 (k + 1)/2, alors |s| + u 6 |s| + k + 1 − u. D’où
Z k+1 ∗ Z k+1 ∗
2 |B2p+1 (u)|du 2 |B2p+1 (u)|du
|vk+1 | = 2p
6 = |vk |
k
2
(|s| + k + 1 − u) k
2
(|s| + u)2p

R ∞ (−1)p+1 B2p+1 (t)dt
(|vk |)k est décroissante, donc (vk )k vérifie le critère spécifique des séries alternées et 0 (2p+1)(|s|+t) 2p ) est du
p+1
signe de (−1) v0 .
∗ ∗
0
Or (−1)p+1 B2p+1 (0) = 0 et (−1)p+1 B2p+1 (0) = (−1)p+1 (2p + 1)b2p > 0, donc (−1)p+1 v0 > 0 et on en déduit
le signe de l’intégrale. On arrive donc à l’égalité suivante :
 1 2p b2p
|R2p−2 | ≤
cos(θ/2) 2p(2p − 1)s2p−1

16
Proposition 26 [série de Stirling]
Soit s ∈ C\R− . Alors

1 1 b2 b4 b2p
log Π(s) = (s + ) log s − s + log(2π) + + + ··· + + R2p
2 2 2s 4 · 3 · s3 2p(2p − 1)s2p−1

où ∗ ∗
Z ∞ B2p (t)dt
Z ∞ B2p+1 (t)dt
R2p = − =−
0 2p(s + t)2p 0 (2p + 1)(s + t)2p+1
−(2p−1)
On appelle b2p -terme, le terme en s .

Proposition 27 Des calcul précédents on peut tirer la propriété suivante : Si <(s) > 0, alors
Si b2p -terme est le premier terme négligé dans la série de Stirling, alors l’erreur commise est plus petite que cos−2p (θ/2)
fois la valeur absolue de ce terme.

5.2 évaluation de ζ
P∞
Soit s ∈ C tel que <(s) > 1. Pour évaluer ζ(s), on applique la formule d’Euler MacLaurin à la série N n−s .
Soit N ∈ N∗ . On obtient ainsi :

N −1 ∞ ∞ ∞
(−s)B1∗ (x)dx
Z Z
X
−s
X
−s −s 1
ζ(s) − n = n = x dx + N −s +
n=1 N 2 N xs+1
n=N
N −1 p
X N 1−s 1 X b2k
ζ(s) = n−s + + N −s + s(s + 1) . . . (s + 2k − 2)N −s−2k+1 + R2p
n=1
s−1 2 (2k)!
k=1

où :

s(s + 1) . . . (s + 2p − 1) ∞ ∗
Z
R2p =− B2p (x)x−s−2p dx
(2p)! N
s(s + 1) . . . (s + 2p) ∞ ∗
Z
=− B2p+1 (x)x−s−2p−1 dx
(2p + 1)! N

Maintenant, essayons de majorer le reste. On applique la même méthode que pour Π :

s(s + 1) . . . (s + 2p − 2) ∞ ∗
Z
|R2p−2 | = B2p−1 (x)x−s−2p+1 dx
(2p − 1)! N
s(s + 1) . . . (s + 2p − 1) ∞
Z

(x) x−s−2p dx

= b2p − B2p
(2p)!
ZN ∞
s(s + 1) . . . (s + 2p − 1) ∗
(−1)p+1 b2p − B2p (x) x−σ−2p dx

6
(2p)! N
Z ∞
s(s + 1) . . . (s + 2p − 1)
= |b2p | x−σ−2p dx
(2p)! N
Z ∞
s(s + 1) . . . (s + 2p − 1) σ + 2p ∗
− (−1)p+1 B2p+1 (x)x−σ−2p−1 dx
(2p)! N 2p + 1

Où on a posé σ = <(s).



Par un calcul indentique à celui fait pour le reste de Π(s), on a que l’intégrale contenant B2p+1 (x) est positive,
donc on peut écrire :

s(s + 1) . . . (s + 2p − 1)b2p N −σ−2p+1 s + 2p − 1


|R2p−2 | ≤ = |b2p − terme|
(2p)!(σ + 2p − 1) σ + 2p − 1
Pour ces calculs, on avait supposé <(s) > 1, mais ils restent valables dès que le reste R2p converge, ce qui est
le cas dès que p est assez grand, donc par prolongement analytique, l’inégalité reste valable ∀s ∈ C\{1} (avec p
assez grand). On peut ainsi calculer ζ(s).

17
Proposition 28 On appelle b2p -terme le terme contenant b2p dans la formule :
N −1 p
N 1−s
X X
b2k
ζ(s) = n−s + s−1 + 12 N −s + (2k)! s(s + 1) . . . (s + 2k − 2)N −s−2k+1 + R2p
n=1 k=1

On peut résumer les calculs précédents ainsi :


s+2p−1
Si b2p -terme est le premier terme négligé, alors l’erreur commise est plus petite que σ+2p−1 fois la valeur abso-
lue de ce terme.

Cette formule est très efficace, nous nous en servirons dans la suite.

(mettre un exemple en annexe ?)

5.3 localisation des zéros sur la droite critique


Pour localiser les zéros non triviaux de ζ, on se sert d’une nouvelle fonction ξ qui a les mêmes zéros que la
fonction zêta et qui est à valeurs réelles sur la droite critique.

Definition 13
Soit s ∈ C\Z− . On définit la fonction ξ par :
s
ξ(s) = Π( )π −s/2 (s − 1)ζ(s)
2

On peut calculer de manière approchée ξ(s) en combinant les deux résultats démontrés précédemment.
Proposition 29 1. ξ vérifie l’équation fonctionnelle : ξ(s) = ξ(s − 1)

1 s(1−s) R∞
ψ(x) xs/2 + x(1−s)/2 dx
 
2. ξ(s) = 2 − 2 1 x

3. Soit t ∈ R. Alors ξ( 12 + it) ∈ R

4. ξ a les mêmes zéros que ζ sur la droite critique

Preuve
Pour [Link] s ∈ C\Z−
On part de la preuve de l’équation fonctionnelle de ζ, on avait :
Z ∞
Π( 2s − 1)π −s/2 ζ(s) = ψ(x) xs/2 + x(1−s)/2 dx 1
 
x − s(1−s)
1

On multiplie par s(s−1)


2 , ce qui fournit le résultat.
Pour 1.
Corollaire immédiat de 2. : le membre de droite est inchangé par substitution de s en 1 − s
Pour 3.
Soit σ, t ∈ R. D’après 2. on a ξ(σ + it) = ξ(σ − it). Et d’après 1. on a
ξ(σ − it) = ξ(1 − σ + it). Ainsi ξ( 12 + it) = ξ( 12 + it), ce qui prouve que ξ( 12 + it) est réel.
Pour 4.
On avait montré que Π n’a pas de zéro.

Comme ξ est continue et à valeurs réelles sur la droite critique, on peut appliquer le théorème des valeurs
intermédiaires et localiser les zéros de ζ en fonction du changement de signe de ξ( 12 + it).
Pour cela, on peut récrire ξ( 12 + it) sous la forme (en posant s = 12 + it) :

1 s s
ξ( + it) = Π( − 1)π −s/2 (s − 1)ζ(s)
2 2 2
s(s − 1)
= elog Π(s/2−1) π −s/2 · ζ(s)
2
h −t2 − 41 i h iIm log Π(s/2−1) −it/2 i
= e< log Π(s/2−1) π −1/4 · × e π · ζ(s)
2

18
On peut remarquer que le premier facteur est un réel strictement négatif. Donc le signe de ξ( 12 + it) est
l’opposé du signe du deuxième facteur.

Definition 14
Soit t ∈ R. On définit :
it 3 t
ϑ(t) = Im log Π( − ) − log π
2 4 2
et
1
Z(t) = eiϑ(t) ζ( + it)
2

D’après les calculs précédents, le signe de ξ( 21 + it) est l’opposé de celui de Z(t). Donc pour calculer le signe
de ξ( 12 + it), on calcule ϑ(t) et ζ( 12 + it) par les méthodes explicitées précedemment.
Donnons une forme plus explicite de ϑ(t) à l’aide de la série de Stirling :

h it 1 it 1 i t
ϑ(t) = Im log Π( + ) − log( + ) − log π
2 4 2 4 2
h it 1 it 1 it 1 1 1 1 i t
= Im ( − ) log( + ) − ( + ) + log 2π + − + . . . − log π
2 4 2 4 2 4 2 12( it2 + 41 ) 360( it2 + 41 )3 2
−t
t it 1 1 it 1 t 2 Im( it2 + 41 )3 t
= < log( + ) − Im log( + ) − + 2 − 2 + ··· − log π
2 2 4 4 2 4 2 12( t4 + 1
16 ) 360( t4 + 1 3
16 )
2

On peut remarquer que :

it 1 it 1  it 1   t2 1 1/2 π 1/4 
log( + ) = log + + i arg + = log ( )(1 + 2 ) +i − arctan( )
2 4 2 4 2 4 2 4t 2 t/2

D’où :

t  t2 1 1/2 1  π 1/4  t 1
ϑ(t) = log ( )(1 + 2 ) − − arctan( ) − − 1
2 2 4t 4 2 t/2 2 6t(1 + 4t2 )
t3
8 + 3(− 2t )( 14 )2 t
− 2 + · · · − log π
360( t4 )3 (1 + 4t12 )3 2
t t t 1 π 1 1 t 1 1
= log + log(1 + 2 ) − + arctan( ) − − (1 + 2 )−1
2 2 4 4t 8 4 2t 2 6t 4t
1 1 1 1 t
− (1 + 2 )−3 + (1 + 2 )−3 + · · · − log π
45t3 4t 60t5 4t 2
t t th 1 1 1 i π 1h 1 1 1 i
= log + 2
− ( 2 )2 + . . . − + − ( )3 + . . .
2 2π 4 4t 2 4t 8 4 2t 3 2t
t 1h 1 i 1 h 3 i 1 1
− − 1 − 2 + ... − 1− 3 − (1 + 2 )−3 + . . .
2 6t 4t 45t3 4t 60t5 4t
Finalement on obtient :
t t t π 1 7
ϑ(t) =
log − − + + + ...
2 2π 2 8 48t 5760t3
Calculons l’erreur (on prendra t ≥ 0)
L’incertitude provenant de la série de Stirling est inférieur à :
1 1
·
cos6 θ
2
42 · 6 · 5( it2 + 14 )5

Mais comme θ = arg( it2 + 12 ), on a que cos θ > 0

θ
D’où cos6 2 = ( 1+cos
2
θ 3
) ≥ 1
23 .

De plus it2 + 14 = 2t (1 + 4t12 )1/2 ≥ 2t .


Donc finalement on obtient :

1 1 1 23 1
θ
· it 1 5
≤ 5 1 5
≤ 5
cos6 2
42 · 6 · 5( 2 + 4 ) t 42 · 6 · 5( 2 ) 2t

19
Les autres séries intervenant vérifient toutes le critère spécifique des séries alternées, donc leur reste est
inférieur au premier terme négligé. Elles apportent donc une incertitude de :

(peut-être justifier rapidement que arctan est DSE)


t 1 1 3 1 1 1 5 1 1 1 3 1 1
· ( 2 ) + · ( ) + ( 2 )2 + 3
( 2) + 5
< 5
4 3 4t 4 5 2t 6t 4t 45t 4t 60t 2t

Proposition 30 Soit t ∈ R+ . Alors


t t t π 1
ϑ(t) = log − − + + σ(t)
2 2π 2 8 48t
Avec
7 1
|σ(t)| ≤ + 5
5760t3 t
On pourrait bien sûr calculer ϑ(t) avec plus de précision en comptant d’avantage de terme de la série de
Stirling, mais ceci est suffisant pour la localisation des zéros.

5.4 preuve de l’existence d’un zéro de partie réelle égale à 1/2


Les ”courbes” (puisqu’il s’agit en réalité d’un ensemble fini de points) tracées en annexe suggèrent de re-
chercher un zéro de partie imaginaire proche de 14.

Avant de se lancer dans les calculs, faisons la remarque suivante :


1
ζ( + it) = e−iϑ(t) Z(t) = Z(t) cos ϑ(t) − iZ(t) sin ϑ(t)
2
Et la fonction Z est à valeurs réelles. On a donc
 1 
Im ζ( + it) = −Z(t) sin ϑ(t)
2
Un changement de signe de la partie imaginaire de ζ implique donc un changement de signe de Z ou sin(ϑ).
Ces remarque nous ferons gagner du temps de calcul.
En effet, sur le segment [|14, 14.2|] la fonction ϑ considérée sans erreur est croissante. Un bref calcul nous affirme
que l’erreur commise est de l’ordre de 10−5 sur ce même intervalle. On en déduit l’inégalité suivante :

−1, 785 < ϑ(t) < −1, 702


Or π/2 < 1, 702 < 1, 785 < π et la fonction sin est décroissante sur [|π/2, π|]. On en déduit que

| sin ϑ(t)| ≥ sin(1, 785) ≥ 0, 97 ce qui est très éloigné de 0

Donc sin(θ) garde un signe constant sur cet intervalle. Par le calcul (en utilisant les formules énoncées
précédemment), à 10−3 près on trouve :
 1   1 
Im ζ( + 14i) ≈ −0, 103 et Im ζ( + 14, 2i) ≈ 0, 052
2 2
Donc  1   1 
Im ζ( + 14i) < 0 < Im ζ( + 14, 2i)
2 2
Imζ change de signe sur [|14, 14.2|], donc comme sin ϑ garde un signe constant, nécessairement Z change aussi
de signe sur cet intervalle donc s’annule. Donc ξ s’annule sur [|14, 14.2|] et finalement ζ possède bien un zéro de
partie réelle égale à 1/2 et de partie imaginaire proche de 14. En affinant par dichotomie l’intervalle précédent,
on peut approcher plus précisémment la partie imaginaire de ce zéro. En notant α1 sa partie imaginaire, on a
à 10−14 près (calcul effectué par Maple, c’est la précision maximale que j’ai pu obtenir) :

α1 = 14, 13472514173469

20

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