La notion de justice expliquée
La notion de justice expliquée
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Justice
Pour les articles homonymes, voir Justice (homonymie).
La justice est un principe philosophique, juridique et moral fondamental en vertu duquel les
actions humaines doivent être sanctionnées ou récompensées en fonction de leur mérite au
regard du droit, de la morale, de la vertu ou autres sources normatives de comportements.
Quoique la justice soit un principe à portée universelle, le juste apparaît pouvoir varier en fonction
de facteurs culturels. La justice est un idéal souvent jugé fondamental pour la vie sociale et
la civilisation. En tant qu’institution, sans lien nécessaire avec la notion, elle est jugée
fondamentale pour faire respecter les lois de l’autorité en place, légitime ou pas. La justice est
censée punir quiconque ne respectant pas une loi au sein de sa société avec une sanction ayant
pour but de lui apprendre la loi et parfois de contribuer à la réparation des torts faits à autrui, au
patrimoine privé ou commun ou à l'environnement.
Pour des raisons de clarté, cet article traite séparément de la justice dans ses trois acceptions :
Sommaire
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1Définitions
o 1.1Étymologie
o 1.2Une notion polysémique
1.2.1La justice comme idéal
1.2.2La justice comme norme
1.2.3La justice comme institution
2Typologie
o 2.1Justice antique : Droit et Morale
o 2.2Justice moderne
2.2.1Justice « générale »
2.2.2Justice « particulière »
2.2.2.1Justice commutative
2.2.2.2Justice distributive
2.2.3Autres types de justice
o 2.3Modèles modernes de justice : politiques pénales
3Philosophie de la justice
o 3.1La justice comme une harmonie : Platon et Aristote
o 3.2La justice divine et la justice humaine
3.2.1Des stoïciens à la justice chrétienne
3.2.2Deux traditions : Duns Scot et saint Thomas d'Aquin
3.2.3Pascal et Leibniz
o 3.3La justice, la morale et la société
3.3.1Justice et théorie morale : David Hume
3.3.2Justice et État : Thomas Hobbes
3.3.3Justice comme un contrat social : Jean-Jacques
Rousseau
3.3.4Critique de la justice comme idéal
o 3.4La justice, l'économie et la politique
3.4.1La Justice comme bonheur personnel et collectif :
l'Utilitarisme
3.4.2Justice et équité : John Rawls
4Histoire de la Justice institutionnelle
o 4.1Justice dans l'Antiquité
4.1.1Naissance de la notion du droit
4.1.2Et les justices religieuses ?
o 4.2Justice au Moyen Âge
4.2.1Justices médiévales : constantes et variantes
4.2.2Justice médiévale : naissance de la justice chrétienne
4.2.3Justice médiévale : naissance du droit romano-
germanique
4.2.4Justice médiévale : naissance de la Common law
4.2.5Justice médiévale : naissance du droit musulman
o 4.3Justice à l'époque moderne
4.3.1Justice moderne : une Justice de Droits et libertés
4.3.2Justice moderne : une justice efficace
4.3.3Justice moderne : causes célèbres
o 4.4Justice à l'époque contemporaine
o 4.5Justice du début du XXe siècle
4.5.1Justice sociale : Période d'avancées sociale
5Systèmes juridiques contemporains
o 5.1Pays de droit civil
o 5.2Pays de Common law
o 5.3Pays de droit musulman
o 5.4Pays de droit coutumier
o 5.5Pays de système juridique mixte
o 5.6Région possédant un système juridique spécifique
6Les grands procès
o 6.1Les premiers procès : Socrate et Jésus
o 6.2Procès au Moyen Âge
o 6.3Procès collectifs
o 6.4Procès modernes et « Affaires » criminelles
o 6.5Procès internationaux
7Représentations de la justice dans les arts
o 7.1Le thème de la justice en littérature et au cinéma
7.1.1Iconographie de la justice et allégorie de la justice
o 7.2Représentations modernes de la justice
8Notes et références
o 8.1Notes
o 8.2Références
o 8.3Ouvrages utilisés
o 8.4Sites web utilisés
9Annexes
o 9.1Articles connexes
o 9.2Liens externes
o 9.3Bibliographie
9.3.1Ouvrages fondateurs
9.3.2Ouvrages généralistes
L'étymologie du mot « justice » est conforme à son histoire. Le droit romain, créateur de la
première justice-institutionnelle de l'histoire est aussi à l'origine linguistique du mot. En latin, la
justice se dit « justitia,ae » (écrit dans cette langue « iustitia »), nom féminin provenant
de« justus » qui signifie « conforme au droit », ayant lui-même pour racine, « jus - juris » « le
droit » au sens de permission, dans le domaine religieux. Son étymon est parent avec le
verbe « jurare », « jurer » qui désigne une parole sacrée, proclamée à haute voix. Proche, le
mot« juge » renvoie au latin « judex » qui signifie « celui qui montre »1.
Néanmoins, d'autres pistes étymologiques sont avancées. Dans Jus et le Code civil : Jus ou la
cuisine romaine de la norme, Robert Jacob2 propose une étymologie formée à partir du
mot « jus » (la sauce en latin), lié alors à la symbolique sacrificielle.
Le philosophe britannique, John Stuart Millnote 1 estime que le terme « justice » est dérivé du verbe
latin « jubere » - « ordonner, décréter » - ce qui permet d'établir un lien entre l'ordre qui énonce le
droit et le juste qui lui est conforme. La philologie moderne porte intérêt aux origines religieuses
du terme, indiscutables ; il aurait ainsi pour racine le sanskrit « ju », qui se retrouve dans des
termes comme « jugum » (le « joug ») ou le verbe « jungere » (« joindre, unir »), notions où
domine le sème du sacré3.
La justitia latine, cependant, ainsi que le jus, se sont de bonne heure séparés de la religion,
même si les premiers textes, ceux des Douze tables, par exemple, vouent les contrevenants à
la malédiction : « patronus si clienti fraudem fecerit, sacer esto », soit : « Si un client trompe son
patron, qu'il soit maudit. »4. L'étymon latin est conservé dans la terminologie juridique, à travers
les notions de jus cogens (droit impératif en droit international), de jus soli (droit du sol) ou de jus
gentium (droit des gens, des peuples).
Une notion polysémique[modifier | modifier le code]
Fondamentalement, la justice est polymorphe, dépendant des époques et des civilisations.
Pour la philosophie occidentale antique, la justice est avant tout une valeur morale. La « justice
morale » serait un comportement alliant respect et équité à l'égard d'autrui. Cette attitude,
supposée innée dans la conscience humaine serait elle-même à l'origine d'un « sens de la
justice », valeur universelle qui rendrait l'être humain apte à évaluer et juger les décisions et les
actions, pour lui-même et pour autrui. La justice en tant qu'institution est l'organe social constitué
de la justice en tant que fonction qui doit « rendre la justice » et « dire le droit ».
La culture populaire a retenu des expressions consacrées comme la « justice de Salomon » et
celle d'Aristote, la « justice d’Antigone » opposant les « lois non écrites » de la conscience aux
lois écrites de la Cité.
La notion de justice désigne à la fois la conformité de la rétribution avec le mérite et le respect de
ce qui est conforme au droit d'autrui : elle est donc indissociablement morale et juridique. Mais le
concept est aussi culturel et ses applications varient selon les coutumes, les traditions, les
structures sociales, et les représentations collectives. En philosophie, la justice renvoie à d'autres
concepts comme la liberté, l'égalité, l'équité, l'éthique, la paix sociale. De manière générale, on
distingue la justice dans son sens moral, l'on parle alors de légitimité, et la justice dans son sens
juridique, l'on parle alors de légalité.
L'histoire de la notion de justice est liée à l'histoire des peuples et des civilisations. Ses diverses
conceptions et applications sont le résultat de la pensée et des conditions de vie de l'époque.
Son étude exige donc une approche mêlant philosophie, théologie, économie, morale et Droit
politique.
Au sein de la notion générale et polysémique de justice ; on distingue ainsi :
La justice est assise sur des bases philosophiques dont le développement témoigne de
l'évolution de la pensée et des systèmes. Les penseurs ont très tôt soulevé la question d’une
justice universelle indépendamment des sociétés humaines, c'est-à-dire une idée en soi, par
opposition à une justice culturelle, c'est-à-dire contingente.
En occident, la première trace écrite d'une réflexion sur la justice se trouve chez le philosophe
présocratique de la Nature, Héraclite qui affirma au Ve siècle av. J.-C. : « S'il n'y avait pas
d'injustice, on ignorerait jusqu'au nom de la justice. »6, la définissant par son antonyme. Selon lui
l'idéal de justice en soi se comprend par le refus d'un état d'injustice, assimilé au chaos social.
La justice comme idéal individuel ou collectif fut le sujet de nombreuses théories philosophiques
et métaphysiques, souvent associées aux notions de Liberté, d'Égalité ou de Société, au souci
d'égalité d'accès à la justice et à la réparation (par la fourniture gratuite de droits de défense par
exemple) car dans les faits, les nantis et les personnes cultivées ont souvent plus de facilités
pour accéder ou échapper à la justice et pour se défendre7,8.
La justice comme norme[modifier | modifier le code]
La Justice devient une réalité pratique et non plus philosophique dans la Rome antique par
l'apparition d'une norme application : le droit.
La justice obéit désormais à des règles. La responsabilité de l'auteur (étymologiquement l'auteur
est celui qui amplifie, ici un acte mauvais et répréhensible) est évaluée par rapport à une norme
préexistante. Tout comportement qui dévie de la norme voit son auteur sanctionné sur la base
d'un règlement qui matérialise, par des textes, l'échelle des sanctions à
appliquer proportionnellement à l'écart constaté avec la norme.
On distingue alors deux justices, fonctionnant selon deux normes différentes mais
complémentaires : la justice privée et la justice publique. La justice privée est rendue en dehors
de l'État, c'est la médiation mais aussi la loi du Talion. Cette justice, la plus ancienne (voir le
paragraphe historique) est à l'origine du droit privé que l'on pourrait qualifier de « droit des
individus ». La justice y est ici une « affaire privée », un conflit entre particuliers. C'est selon
l'adage juridique latin : « Justitia est constans et perpetua voluntas jus suum cuique
tribuendi » (soit « La justice consiste en la volonté constante et continuelle de donner à chacun
son droit »).
La justice publique est rendue par l'État. Son domaine par excellence est le droit pénal. Quand
un crime a eu lieu, l'État considère qu'il ne peut laisser seul les individus régler le problème, il
intervient. La justice publique est donc une « affaire publique » et donc un droit extérieur aux
individus : le droit public.
La justice comme institution[modifier | modifier le code]
Par extension, la justice a été assimilée au pouvoir judiciaire (l’ensemble des tribunaux et
magistrats qui jugent les infractions). Il n’y a pas de lien nécessaire entre l’idéal de justice et
l’institution judiciaire.
Si ce pouvoir a évolué au cours de l'histoire et des sociétés, depuis son invention, il est une
institution fonctionnelle spécialisée dans le maintien (les Codes par exemple), le développement
(la jurisprudence par exemple), et l'application de la justice (le jugement). Créée par la nécessité
d'organiser la société, l'institution juridique est diverse selon l'époque ou la région du monde.
L'histoire de la justice s'intéresse à l'institutionnalisation du droit inspirée par les conceptions
philosophiques de l'époque. Mais la justice n'est pas uniforme et il existe actuellement
plusieurs systèmes juridiques qui correspondent à diverses organisations de la justice.
Au Moyen Âge, l'étude de la justice se systématise et différents types sont définis. Saint-Thomas
d'Aquin initie la conception morale de la justice en Occident : « La justice est la disposition par
laquelle on donne, d’une perpétuelle et constante volonté, à chacun son droit »10. La justice est
séparée en deux principaux types de justice, la justice dite générale (ou légale) et la justice
particulière qui peut être commutative ou distributive. Les différences faites entre les types de
justice sont encore largement de rigueur dans la pensée actuelle.
Justice « générale »[modifier | modifier le code]
Dite aussi légale, qui consiste dans l'observance du bien commun. Les philosophes modernes
comme John Rawls y voient l'ancien terme désignant la justice sociale, celle que la loi permet.
Aristote l'oppose à la justice naturelle11. Ce faisant, Aristote décrit le droit naturel, celui émanant
des dieux pour le monde grec, et le monde des hommes, promu par la loi.
Justice « particulière »[modifier | modifier le code]
Également tourné vers le bien commun, ce type de justice fondamentale ordonne et règle le
comportement d'un individu auprès d'un autre ; elle est davantage casuistique. Elle se subdivise
elle-même en deux types, selon qu'elle règle les rapports entre particuliers (justice commutative)
ou entre particuliers et société (justice distributive), conception venant d'Aristote12.
Justice commutative[modifier | modifier le code]
Article détaillé : justice commutative.
La justice commutative (ou corrective) est inspirée par Aristote. Elle « vise simplement la
réalisation de la rectitude dans les transactions privées »13 Elle est « un genre de justice qui fait
abstraction des mérites personnels pour déterminer selon une stricte égalité arithmétique ce qui
est dû à chacun »3. Elle a pour but de rétablir l'égalité lorsque celle-ci est rompue au moment d'un
échange, lorsqu'un cocontractant a exécuté son obligation et l'autre pas encore, ou d'un
dommage. Rendre une justice commutative est le rôle propre du juge dans les procès où il
intervient comme tiers entre les parties en conflit (Éthique à Nicomaque, V, 7)13.
On la retrouve dans la pensée de nombreux économistes libéraux tels : Adam Smith, Friedrich
Hayek, et ceux nommés, en référence à Vilfredo Pareto, « les Paressiens ». Évacuant
l'intervention d'un arbitre allouant à chacun les biens en fonction de mérites qu'il détermine lui-
même, la justice commutative suffit au bon fonctionnement d’un marché libre et spontané,
dominé par le « laissez-faire » ; la justice n'étant pas l'émanation de la volonté d'un organisme
comme l'État.
Justice distributive[modifier | modifier le code]
Article détaillé : justice distributive.
Du latin distributiva justitia signifiant : « le juste dans les distributions », la justice distributive règle
la répartition des biens entre les membres de la société pour le bien commun. Elle considère les
mérites des individus, et distribue les biens selon une part proportionnelle à ceux-ci 14. L'échelle
des mérites n'est pas universelle et varie en fonction du régime politique et des valeurs qu'il
proclame : la vertu pour l'aristocratie, la richesse pour l'oligarchie, la liberté ou le mérite en lui-
mêmenote 3 pour la démocratie, etc. À la différence de la justice commutative, la justice distributive
est fondée sur une égalité géométrique.
Contrairement à la justice commutative qui ordonne l'égalité des parts échangées, elle
commande l'égalité des proportions à raison des mérites. « La justice [distributive] tendra par
exemple à ce que le même rapport existe entre les honneurs que nous décernons à Mozart et à
Puccini et entre les qualités respectives des musiques de ces deux compositeurs »15. Une fois les
biens correctement distribués, il faut maintenir les parts en l'état, ce qui est le rôle de la justice
commutative15.
Bien plus tard John Rawls utilise l'expression en lui donnant un sens différent. La justice
distributive de Rawls se fonde avant tout sur des données sociologiques, en premier lieu le fait
que les inégalités se transmettent de père en fils et deviennent des inégalités subies depuis la
naissance, ce qui est un état de fait injuste16. Elle admet donc l'existence d'une inégalité (en
version originale anglaise : unfairness) originelle qui est injuste. Il distingue ainsi la liberté
commerciale qui régule le marché, et la liberté personnelle où réside le seul et unique concept de
justice. La justice sociale s'en est largement inspirée, à travers la pensée de Bentham et
son principe du plus grand bonheur pour le plus grand nombre17.
Autres types de justice[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Pénologie.
En marge de ces deux types fondamentaux de justice d'autres types de justice sont évoqués.
Même si, en dépit des différences évoquées, les auteurs n'y voient parfois qu'un jeu
polysémique18.
Les sophistes seront les premiers à briser cette union en affirmant que les lois sont artificielles,
qu’elles n’existent que pour assurer la conservation de la communauté et la satisfaction de ses
intérêts. Leur conception de la justice comme instrument de pouvoir sera critiquée par Socrate,
dans une opposition qui reparaîtra tout au long de l'histoire.
Selon Socrate (dont l'enseignement a été transmis par Platon), la justice peut être comparée à
la médecine qui préserve la santé du corps. Cettemétaphore, reprise maintes fois par la
philosophie grecque puis romaine, assimile le corps social au corps biologique. La justice est
alors la préservation de la santé de la société, la vertu par excellence24, étroitement liée à un
autre concept idéal : l’éducation des citoyens. Si la polis(c'est-à-dire le bon gouvernement de
la Cité) en est la condition, la justice est avant tout une qualité individuelle : Il s'agit en effet d'une
disposition de l’âme, d'une vertu sans laquelle la société ne saurait être juste.
Dans La République, dialogue sous-titré « De la justice », Platon établit un parallèle entre justice
de l’âme et justice politique par lequel le microcosme (l'homme et ses vertus) est en phase avec
le macrocosme (le cosmos et la Cité), ordonné et harmonieux. L'idée de justice, qui permet le
maintien de l'ordre, procède de ce parallèle. Dans la société, la justice platonicienne repose sur
l'équilibre de trois parties sociales décrites dans La République : les philosophes qui dirigent la
Cité, les guerriers qui la défendent et les artisans ou producteurs qui veillent à sa prospérité. Mais
elle est aussi un état de faiblesse lorsqu'on la réclame : dans Gorgias, il est dit que les esclaves,
en réclamant justice, expriment par là même leur condition inférieure. Finalement, « Il s'agit pour
Platon, dans sa réflexion sur la justice, de sortir d'une simple logique de la rétribution - c'est-à-
dire, au fond, de sortir d'une simple logique morale »24.
On doit à Aristote une distinction essentielle entre deux aspects de la notion de justice : une
justice relative, individuelle, qui dépend d'autrui et une justice globale et communautaire. La
première est une vertu ; la seconde concerne les lois et la constitution politique et relève de
la raison. Cette distinction se maintiendra dans la tradition occidentale jusqu'à la Théorie de la
justice de John Rawls, un ouvrage qui présente la justice comme un refus de prendre plus que ce
qui nous est dû25. D'idéale, la justice devient ainsi politique. Aristote dit de la diké (« justice »
en grec) qu'elle est l'ordre objectif de la communauté politique. Dans le livre V de son ouvrage
fondateur l'Éthique à Nicomaque, il distingue l'injuste du juste par le fait que ce dernier est « ce
qui produit et conserve le bonheur et ses parties pour la communauté politique »26.
Aristote ne se contente pas de reprendre l'idée de Platon selon laquelle la justice est la vertu
principale. Pour lui : « La vertu de justice est la vertu par laquelle l'être humain accomplit sa
finalité éthique »25. Au contraire de Platon, il fait dépendre cette vertu d'une situation et, en
conséquence, d'éléments extérieurs à l'action de l'homme vertueux. Si pour Platon la justice
consiste à donner à chaque partie (et à chaque homme) la place qui lui revient dans le tout, pour
Aristote elle consiste à conformer nos actions aux lois afin de conserver le bonheur pour la
communauté politique22: « le juste est le bien politique, à savoir l'avantage commun »27.
La justice divine et la justice humaine[modifier | modifier le code]
La Justice et la Vengeance Divine poursuivant le Crime, Pierre-Paul Prud'hon, 1808, musée du Louvre.
La justice divine au cœur de la pensée médiévale chrétienne trouve sa source dans l'héritage
romain, et surtout chez Cicéron qui explique (dans De Officiis, I, 24) que la justice consiste
à « donner à chacun le sien » expression à laquelle les canonistes font souvent allusion,
surtout saint Ambroise qui y voit une justification a priori de la Foi et de l'Amour chrétiens. Par ce
retour constant des théologiens à l'héritage romain, « La res publica devient ainsi une société de
chrétiens bâtie sur les analyses du droit romain »28.
Cette conception et son argumentation seront le terreau sur lequel la pensée de saint
Augustin se développera, influençant profondément la théologie et la morale occidentales. Dans
son ouvrage, De Civitate Dei (La Cité de Dieu), le théologien affirme que la loi est avant tout
divine, et que l'injuste provient de la Chute et du péché originel. La justice est dès lors
l'émanation de la Grâce, et le respect de l'imitation du Christ. Saint Augustin est également le
premier penseur chrétien à relier la question de la guerre à la notion de justice (dansQuaestiones
in Heptateucum, 6, 10), qui durera jusqu'au XXe siècle, de l'École de Salamanque jusqu'à
la théorie de la guerre juste. Le concept de guerre juste, que saint Augustin formalise, notant que
l'Ancien Testament montre de nombreuses guerres approuvées par Dieu, est ce qui donnera
naissance au droit international par la suite. Pour saint Augustin, « la justice n'est que dans la
volonté »29. À sa suite, diverses conceptions théologiques apparaissent : Laitance pense que la
justice se manifeste à travers l'aide aux pauvres (Divinarum Institutiones, VI, 12), saint Ambroise
invente la notion de justice collective, et saint Anselme explique que : « la justice est la droiture
de la volonté conservée en soi »30. Le droit canonique naîtra de leurs exégèses, dès le XIIe siècle,
avec le recueil Decretum (Les Décrets) de Gratien.
Deux traditions : Duns Scot et saint Thomas d'Aquin[modifier | modifier le code]
Saint Thomas d'Aquin adapte la conception d'Aristote aux institutions chrétiennes ; en cela, il
prône une justice légale. Il distingue par la suite le droit naturel et le droit positif, provenant de
cette dichotomie, sans les opposer.
Le droit positif concrétisant et fixant les règles en gardant pour idéal, pour objectif le droit naturel.
Par ailleurs, Saint Thomas fonde l'étude psychologique de la justice, en expliquant que
l'épikie est la vertu directrice de celle-ci dans l'homme, sorte de conscience droite.
Dès lors, la théologie morale de la justice va évoluer vers la scolastique et la casuistique. Saint
Thomas va étudier les écarts à la justice que Dieu fit dans la Bible, notamment après avoir
promulgué le Décalogue. Ces exemples vont alors permettre de distinguer deux conceptions
philosophiques et politiques du droit et de la justice divergentes : celle de Saint Thomas d'un côté
et celle de Duns Scot de l'autre.
Alors que le premier explique que Dieu obéit à sa justice, Duns Scot lui pense que la loi est un
moyen utilisé par le législateur, qui n'en est donc pas moralement assujetti. Avec lui, et avec la
critique selon laquelle Saint Thomas instaure une théorie déterministe de Dieu, « La justice
abandonne sa dimension initialement spirituelle et théologique pour entrer dans une dimension
désormais autonome par rapport à la vie sociale »31. La notion de pouvoir apparaît également (ce
que Dieu peut imposer est juste), ainsi que celle de justice comme norme. Enfin, avec Duns Scot,
le législateur humain devient l'image fidèle du pouvoir absolu de Dieu et, ainsi, la théorie de la
justice terrestre devient complètement autonome vis-à-vis du cadre du droit naturel.
Pascal et Leibniz[modifier | modifier le code]
Faisant suite à celle de saint Thomas d'Aquin, la pensée de Blaise Pascal, auteur des Pensées,
est une critique de la justice divine comme justice distributive. Pour Pascal, que Dieu
rende « mesure pour mesure » (Isaïe, XXVII, verset 8) et ait pour but de rétablir « l'égalité dans
les choses » selon les mots de saint Thomas, est une impossibilité tant morale que théologique.
La conception de Pascal tient dans son postulat sur la nature humaine, duale selon lui, à la fois
ange et bête, bien et mal. En cela, la justice divine ne peut être distributive et providentielle, mais
elle est au contraire la Grâce qui donne gratuitement aux hommes, justes ou injustes, ce qui ne
leur est pas dû. La justice entre donc dans le plan divin, au-delà de la simple connaissance
humaine. Au niveau terrestre, l'homme ne connaît pas la vertu, mais le péché ; de plus,
l'« amour-propre » du moi le pousse à ne pas prendre en compte le désir de justice ou d'équité.
Pour Pascal, la justice est avant tout un sentiment lié au sentiment de Dieu en le monde. Par
ailleurs, il critique la possibilité qu'il existe une justice universelle, au contraire, celle-ci est
relative : « Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà » résume-t-il. Néanmoins, Pascal ne dit
pas que la justice essentielle est inutile ; il existe un devoir d'obéissance à la loi, reposant sur le
sentiment du juste : « il est juste que ce qui est juste soit suivi » (pensée 103), ce qu'il nomme
la « justice par établissement ». Une loi est ainsi juste car elle établit elle-même son cadre, en ce
sens, elle est à respecter, même si elle est, au regard de Dieu, imparfaite. Dans Trois Discours
sur la condition des grands, Pascal analyse l'injustice, qui provient d'une ignorance des devoirs
naturels auxquels les grands et les puissants doivent se soumettre. Pascal redéfinit donc une
justice distributive, qui tend à éviter les deux excès symétriques (trop demander et ne rien
donner) relevant du même jugement erroné ; cette injustice il la nomme « tyrannie ».
Mathématicien par ailleurs, Pascal va proposer un usage critique de la proportion dans le Droit et
la justice distributive qui devient avec lui la justice sociale au sens de devoirs imposés pour le
bien commun.
Leibniz, tout au long de son œuvre, va jeter les fondements d'une nouvelle science, la science du
droit. Leibniz propose alors une méthodologie, innovante par rapport à ses prédécesseurs,
notamment dans son ouvrage Éléments de droit naturel (1670-1671). Leibniz est lui-même un
homme de droit : philosophe, il travailla sur des séries de textes juridiques qui lui permettront
d'être nommé juge à la cour de Mayence en 1670. Il mène, à côté de son métier, un travail de
théoricien du droit et de théologie, surtout avecEssais de Théodicée en 1710. Leibniz critique en
premier lieu la conception du droit naturel de l'époque, fondée sur la notion de droit subjectif (le
droit comme une qualité morale de la personne, héritée de Grotius), et conduisant à une société
d'obligations. La justice humaine est pour lui « dérivée de la justice divine, comme d'une
source » (Le droit de la raison). En réalité, pour Leibniz, Dieu lui-même est assujetti à la justice,
en cela il s'oppose aux doctrines volontaristes de René Descartes et de Thomas Hobbes qui, en
pensant que la justice vient de Dieu, soutiennent un despotisme divin, niant le libre-arbitre : « La
justice ne dépend point des lois arbitraires des supérieurs, mais des règles éternelles de la
sagesse et de la bonté dans les hommes aussi bien qu'en Dieu. » explique-t-il dans
ses Réflexions. Pour Leibniz, la justice est une émanation de la Raison et il s'agit donc d'une
notion commune. Dès lors la voie est ouverte pour Leibniz, permettant de créer la science du
juste - la jurisprudencenote 7 - qui « doit s'expliciter en un système de règles générales complet et
cohérent, dérivant d'un petit nombre de principes »32. Leibniz fonde donc une
nouvelle épistémologie qui sera la source du droit moderne et positif. Son ouvrage Nova
Methodus33 de 1667 présente ainsi la méthode jurisprudentielle comme une manière d'approcher
la perfection du « jurisconsulte parfait », qui doit lui-même être marqué par « la charité du
sage » (« caritas sapientis »)note 8.
La justice, la morale et la société[modifier | modifier le code]
Justice et théorie morale : David Hume[modifier | modifier le code]
David Hume, à travers son Traité de la nature humaine (1740), veut fonder un système complet
des sciences morales. Hume fait de la justice une vertu ; de manière empirique il procède à une
classification des vertus. L'action vertueuse remarque-t-il est celle qui procure un certain plaisir à
celui qui l'observe. À partir de ce constat objectif, Hume distingue les sources, dans l'individu,
du jugement moral :
le désintéressement le caractérise ;
la sympathie permet au sujet de dépasser le point de vue de son
intérêt personnel et autorise l'impartialité.
David Hume
Hume introduit par ailleurs les notions d'agent et d'objet de l'action morale, que le droit positif
intègrera. Par ces quatre concepts, Hume aboutit à quatre types de vertus : « Nous tirons en effet
un plaisir de la vue d'un caractère utile à autrui ou à la personne elle-même, ou d'un
caractèreagréable à autrui ou à la personne elle-même . »34. Hume conclut à la suite d'une longue
étude du jugement et des actions moraux que la justice se définit par rapport à des règles
générales, vis-à-vis d'une norme édictée. Cette conception lui permet de relativiser la justice
comme idéal : il en fait ainsi une « vertu artificielle » car utile à l'agent de l'action. Hume fonde la
doctrine utilitariste de la justice, reprise plus tard par Jeremy Benthamet Adam Smith. Le
philosophe conclut que l'homme a inventé la justice, et que, par conséquent, le droit (law)
précède les droits (rights). Les thèseslibérales économistes reprendront cette affirmation,
notamment pour justifier la notion de propriété.
Justice et État : Thomas Hobbes[modifier | modifier le code]
Pour Thomas Hobbes dans Le Léviathan, la justice est créée par des règles autoritaires,
publiques et impératives, destinées à permettre la vie sociale35. L'injustice est ce que ces règles
interdisent. Hobbes ne se préoccupe pas dans cette analyse du rapport de ces règles à
la morale, mais à la vie communautaire, qui prend forme à travers l'État. La justice n'est pas
immanente, elle résulte de la décision d'un pouvoir souverain, en tenant compte des lois
naturelles commandées par Dieu et la raison. Ce point de vue rappelle celui de la justice vue
comme un commandement divin, avec la différence que l'État (ou une autre autorité d'origine
humaine) y remplace Dieu. Pour Hobbes, la justice naturelle n'existe pas ; en ce sens le droit
n'est plus que positif. La justice a pour fonction dans la société :
Thomas Hobbes
la conservation du sujet,
l'ordre et le maintien de l'ordre social,
l'accomplissement du contrat comme obligation.
Pour Hobbes, la justice idéale est une fiction, et la loi seule détermine les catégories du juste et
de l'injuste : « Ceci est aussi une conséquence de cette guerre de chacun contre chacun : que
rien ne peut être injuste. Les notions du bon et du mauvais, du juste et de l’injuste n’ont pas leur
place ici. Là où n’existe aucune puissance commune, il n’y a pas de loi : là où il n’y a pas de loi,
rien n’est injuste. (…) Justice et injustice ne sont nullement des facultés du corps ou de l’esprit.
(…) Ce sont des qualités relatives à l’humain en société, non à l’humain solitaire. »36
Les pensées de Spinoza, dans son Traité politique notamment, qui insiste sur l’importance d’une
soumission volontaire à la loi ou celles d'Emmanuel Kant, qui affirme l'importance d'obéir à la loi,
quelle qu'en soit la nature sont relativement proches de celles de Hobbes. Pour chacun d'eux la
justice est une émanation du droit et de la société.
Justice comme un contrat social : Jean-Jacques Rousseau[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Théories du contrat social.
Thomas Hobbes initie les théories du contrat social qui culminent avec la pensée de Jean-
Jacques Rousseau. Selon ces philosophes, la justice dérive d'un accord mutuel de toutes les
personnes concernées, ou tout au moins de ce sur quoi ces personnes se mettraient d'accord
sous certaines hypothèses préalables, telles que la nécessité de l'égalité ou de l'impartialité.
Jean-Jacques Rousseau
La conception qu'a Rousseau se fonde sur la notion d'état de nature qui postule que l’homme est
naturellement bon mais que rapidement la société le corrompt, jusqu'à ce que chacun agisse
bientôt égoïstement en vue de son intérêt privé. Dans Du Contrat social, Rousseau montre que la
société basée sur le contrat social a pour but d'aider l'homme à l’engager et à abandonner son
intérêt personnel pour suivre l’intérêt général. L’État est donc créé pour rompre avec l’état de
nature, en chargeant la communauté des humains de son propre bien-être. La justice règne donc
au sein d'une société contractuelle, permise par le libre consentement de tous, et en vue du bien-
être de tous. Le contrat social rousseauiste est davantage proche du contrat selon Thomas
Hobbes en ce qu’il vise lui aussi à rompre avec l’état de nature. Pour tous les deux, la justice
idéale n'existe pas en dehors d'un état social. Chez Rousseau, les citoyens sont eux-mêmes
responsables de la sauvegarde de l'équité, par le principe de la volonté générale. Le contrat
rousseauiste est un pacte d’essence démocrate, dans lequel le contrat social n’institue pas un
quelconque monarque, mais investit le peuple de sa propre souveraineté, en cela il diffère des
autres théories percevant la justice comme une donnée sociale. Cependant, à titre personnel
Rousseau récuse l'idée d'une justice réelle ; dans ses Fragments politiques, il explique que les
sociétés ne mettent en place que des « simulacres » de justice, et que le progrès technologique
et la politique accroissent constamment les inégalités, faisant de la justice comme émanation du
contrat social une impossibilité historique.
Critique de la justice comme idéal[modifier | modifier le code]
Dans la République, le personnage de Thrasymaque soutient face à Socrate que la justice n'est
que l'expression de l'intérêt du plus fort : « Le droit naturel est l’instrument des puissants pour
opprimer les plus faibles ». Proche de ce point de vue, Nietzsche estime que la justice est une
conséquence de la mentalité d'esclave de la masse des faibles et de son ressentiment contre les
forts. Dans Humain, trop humain il écrit : « Il n'existe aucune justice éternelle ». Une fois que la
notion quitte le champ religieux et théologique, les critiques philosophiques vont récuser
l'acceptation d'une justice comme un idéal éthique.
Les courants de la théorie de la connaissance, comme l'idéalisme et le scepticisme, font de la
justice une idée subjective, fondée sur l'intériorité et l'imaginaire.
Jeremy Bentham parHenry William Pickersgill
Le courant de l’utilitarisme enfin, même s'il se fonde sur la société, critique la conception idéale
de la justice, qui est chez Jeremy Bentham, l'un des représentants de l'utilitarisme, définie par la
notion d'utilité. Est juste ce qui produit le « plus grand bonheur pour le plus grand nombre,
chacun comptant pour un », ce que les utilitaristes nomment la maximisation des biens. L’intérêt
personnel est donc pour eux l'expression de la justice, tout comme, à plus grande échelle, le
marché et l'économie. John Stuart Mill, autre philosophe utilitariste expose de manière
systématique la conception utilitariste de Bentham dans son ouvrage L'Utilitarisme : essai sur
Bentham37.
La justice, l'économie et la politique[modifier | modifier le code]
La Justice comme bonheur personnel et collectif : l'Utilitarisme[modifier | modifier le
code]
Article détaillé : Utilitarisme.
Avec les utilitaristes faisant suite à Jeremy Bentham et à son Introduction aux principes de
morale et de législation de 1790, comme John Stuart Millet Cesare Beccaria qui l'appliqua au
champ du pénal, la justice quitte le domaine philosophique pour devenir le résultat d'une
recherche visant à maximiser le bien-être d'une population, c'est-à-dire son bonheur (entendu en
termes de plaisir ou de diminution de la souffrance).
Ses principes sont donc ceux qui tendent à obtenir les meilleures conséquences. La justice
devient une grandeur économique mais éthique. D'après Mill, si nous accordons une importance
exagérée au concept de justice, c'est à cause de deux tendances naturelles chez l'être humain :
notre désir de vengeance contre ceux qui nous blessent et notre capacité de nous imaginer à la
place des autres. Ainsi, si nous voyons quelqu'un être blessé, nous désirons à sa place que son
agresseur soit puni. Si tel est bien le processus qui est à l'origine de nos sentiments de justice,
nous nous devons de ne pas leur accorder une trop grande confiance. L'utilitarisme est un
courant qui donne une place centrale à l'individu, fondé sur la justice distributive.
Dans Surveiller et punir (1975)38, le philosophe français Michel Foucault établit une critique
morale de la conception utilitariste. Il montre le passage d’une politique fondée sur les supplices
à une politique punitive de type carcérale. L'utilitarisme, et en particulier la théorie
du panoptique (sorte de société où tous sont utiles) de Jeremy Bentham conduisent à faire de
l'individu un objet utile, et, à terme, autorise l'instauration de lois liberticides.
Justice et équité : John Rawls[modifier | modifier le code]
L'histoire de la justice est une discipline complexe liant histoire et philosophie. La justice
comme institution est l'organisme de l'application du droit.
Selon l'adage romain, « Ubi societas ibi jus », là où il y a une société, il y a du droit : il ne peut
exister de civilisation sans droit. Les premières civilisations datent de la Préhistoireet plus
précisément du Néolithique avec l'apparition de l'agriculture et de l'élevage. Des droits primitifs
ont été élaborés à cette période même s'il ne nous en reste aucune trace, l'écriture n'ayant pas
encore été inventée.
D'après les théories du contrat social, la justice institutionnelle est liée à l'invention de l'État. La
justice comme institution serait née de l'obligation de réglementer les relations humaines pour
permettre la cohabitation des hommes. En effet, dans ces théories la justice est un élément de
l'état civilisé, qui est le contraire de l'état de nature dans lequel chacun a un pouvoir absolu mais
aucune garantie autre que sa force pour assurer sa conservation. La justice comme institution
impose nécessairement une restriction des droits, ou pouvoirs, des individus pour protéger le
bien-être commun.
Le développement de la justice institutionnelle a traversé différents stades au cours de l'histoire.
Sous ses formes primitives, la justice prend la forme de la vengeance privée (dans l'état de
nature des auteurs contractualistes) puis de la loi du Talion. Progressivement, les sociétés
humaines ont établi un droit coutumier permettant le règlement de conflits par l'application de
règles prévisibles. Ensuite, une schématisation et une généralisation de ses règles conduit à la
création d'un système juridiquenote 9 qui marque la véritable naissance de la Justice moderne.
Schématiquement, six périodes historiques peuvent être retenuesnote 10 :
Le plus ancien texte de législation que l'on connaissenote 11 est le code d'Ur-Nammu rédigé vers
2 100 av. J.-C.43 mais il ne nous est parvenu que de manière parcellaire.
Le Code de Hammurabi (-1750) qui est considéré à tort comme le plus ancien texte de loi est en
réalité « le recueil juridique le plus complet qui nous soit parvenu des civilisations du Proche-
Orient ancien, antérieur même aux lois bibliques »44. Le Code de Hammurabi est un système
répondant aux préoccupations de la vie courante : mariage, vol, contrat, statut des esclaves...
avec une prédominance à la loi du talion en matière pénale. Il est d'inspiration divine mais pas
religieux.
L'Égypte antique connaissait une forme de règlement des conflits. La justice y était vue comme
un moyen de retourner vers le calme, le chaos étant une anomalie qu'il faut supprimer.
En Chine45, la situation est équivalente. Des règles existent mais le droit est considéré comme un
anomalie, les conflits devant être réglés par le calme et la collaboration plutôt que par la dispute.
Tous ces systèmes ont en commun d'être catégorisés comme des pensées préjuridiques car
même si certaines catégories existent déjà (comme la notion de voleur), d'autres notions qui
nous sont fondamentales aujourd'hui ne sont pas développées (comme le vol ou lapreuve) et
parce que le droit n'a pas encore acquis son autonomie de la religion. Des règles juridiques
existent mais il n'existe pas encore de théorie juridique ou de doctrine. Il faudra attendre la Rome
antique, première civilisation à séparer droit et religion, pour voir apparaître les premières
théories du droit et de la justice comme institution.
La civilisation romaine est la première à avoir constitué des théories juridiques qui nous soient
parvenues. Le droit romain, peut donc être considéré comme le premier système juridique46,note 9.
Le droit romain définit clairement des catégories juridiques (voir par exemple : ius civile, ius
gentium et ius naturale). La justice n'est plus inspirée par les dieux mais uniquement sous leur
patronage. La vie politique est organisée par le droit et les premières constitutions (constitution
romaine) voient le jour. Cependant, « Rome ne s'est pas construite en un jour » et il est difficile
de dater précisément le début de la pensée juridique romaine.
Le droit romain, développe le droit, rendu par une justice institutionnalisée.
Dans d'autres civilisations l'histoire de la justice ne suit pas le même chemin. La Chine 47 par
exemple, se méfie traditionnellement du droit et la justice en tant que règlement des conflits
n'existe donc pas dans l'Antiquité. Le taoïsme enseigne que l'harmonie entre les hommes est une
priorité. Dans la philosophie chinoise traditionnelle, faciliter le recours aux tribunaux est donc une
erreur : c'est aux individus, eux-mêmes de rechercher le compromis.
Et les justices religieuses ?[modifier | modifier le code]
En tant que telle, il n'y a pas à proprement parler de justice exclusivement religieuse pendant
l'Antiquité. Mise à part la justice romaine, qui applique un droit autonome de la morale, de la
religion et du fait, les droits se confondent généralement avec la religion.
S'il existe un droit juif qui est plus ou moins toléré par les dignitaires des civilisations grecques et
romaines, les institutions juives de l'Antiquité font débat ; leur rôle exact et importance effective
restent discutés. L'attirance pour le droit local (grec puis romain) puis la persécution de leurs
membres rend difficile l'élaboration d'une théorie complète de la justice et sa mise en pratique
dans des institutions spécifiques48.
Jusqu'à la conversion de Constantin en 337, le droit chrétien est aussi mal considéré par les
autorités que le droit juif48. Cette religion nouvelle n'enchante pas les autorités qui y voient un
trouble car elle refuse l'allégeance au culte impérial. Persécutée par les dignitaires de l'Empire,
elle ne se développe que tardivement.
En 337, Constantin devient le premier Empereur romain chrétien. Par la suite, d'autres
Empereurs choisissent le chemin de la conversion chrétienne. À la fin de l'Antiquité, la religion
chrétienne devient la religion officielle de l'Empire mais celle-ci ne remet pas en cause le droit
civil romain.
Les Empereurs romains chrétiens utilisent les institutions romaines pour assoir leur pouvoir mais
assoient le "triomphe du Chritianisme" en discriminant les non Chrétiens49.
Justice au Moyen Âge[modifier | modifier le code]
Après la chute de l'Empire romain en 476, les connaissances développées pendant l'Antiquité se
disloquent après l'effondrement de l'Empire. Une activité législative se maintient (voir par
exemple : le Bréviaire d'Alaric promulgué en 506) mais on ne peut plus vraiment parler de
justice50.
Il faudra attendre la naissance de ce qui deviendra le droit romano-germanique et la ou
le common law (le genre grammatical du nom porte à discussionsnote 12,51) pour que l'idée de justice
réapparaisse.
Le droit romano-germanique est né dans l'Europe dite « continentale » et la common law dans ce
qui deviendra le Pays de Galles et l'Angleterrenote 13 qui, restant éloigné du reste du continent
développe un système juridique propre.
À la même époque, la religion musulmane s'étend et le droit musulman fait son apparition, droit
qu'il ne faut pas confondre avec celui des pays musulmans. Ce droit prospérera au Sud de la
Méditerranée.
Justices médiévales : constantes et variantes[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Droit des royaumes barbares.
Pendant le haut Moyen Âge, la diversité culturelle des peuples dits "barbares" empêche une unité
judiciaire. Chaque population possède son propre système juridique basé sur la coutume qui lui
est propre. Souvent plusieurs lois peuvent être applicables : droit romain, droit local (ou régional)
ou droit canonique.
Le type de loi dépendait de l'appartenance des personnes à un territoire. C'est la naissance de la
« personnalité des lois »52.
Cette diversité est l'une des constantes du droit au Moyen Âge. La désunion des peuples sera à
l'origine d'un morcellement du droit et de la justice qui a perduré jusqu'à l'époque moderne.
Justice médiévale : naissance de la justice chrétienne[modifier | modifier le code]
Articles détaillés : Droit canonique et Histoire du droit canonique.
Dans l'Europe médiévale, la récupération du droit romain permet de créer un droit unifié.
Le latin (langue du droit romain) n'est pas un obstacle mais un avantage. En effet, l'usage
du latin est courant parmi les élitesnote 15. Et même si la Rome antique est mal vue par la toute
puissante Église (qui la qualifie de païenne) le désir commun de reprendre la tradition juridique,
idéalisée de la Rome antique est grand. Ce désir aboutit à la création et à l'usage du corpus iuris
civilis (recueil du droit romain de l'époque de Justinien) et du corpus iuris canonici (recueil
du droit canon)note 16.
La Justice de l'Europe médiévale (ou plutôt les justices)note 17 est donc constituée par une
interprétation d'un amalgame des règles supposées de la Rome antique et du droit religieux
chrétien en constitution.
Le droit des relations entre personnes (qui deviendra le droit privé) est dominé par le droit romain
qui prédomine encore actuellement dans le droit des contrats. Le droit pénalest originellement
dominé par le droit canon qui ne fait pas encore la distinction entre justice des hommes et justice
de Dieu. Le jugement de Dieu (appelé ordalie) et la torturesont normaux.
La Justice sert les intérêts de la société dans son ensemble et il n'existe pas de droits des
individus.
Justice médiévale : naissance de la Common law[modifier | modifier le code]
Articles détaillés : Droit anglais et Common law.
Le droit anglais est le droit qui est appliqué en Angleterre et au Pays de Galles (et non pas dans
le Royaume-Uni en totalité). Schématiquement, le droit anglais, qui n'est pas encore
appelé Common law, repose sur la méfiance vis-à-vis de la législation et une uniformisation du
droit par la pratique des case law.
Ce système (dont la construction s'étale sur plusieurs siècles) repose sur une justice étatisée par
la volonté des requérants. C'est actuellement le système juridique de la majorité des pays
anglophones.
Justice médiévale : naissance du droit musulman[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Droit musulman.
Le droit musulman est un des rares droits dont on peut donner la date exacte de
naissance : 622. En effet, cette date correspond au début de la diffusion de l'islam (l'Hégire) ;
l'islam se voulant dès sa conception une religion juridique.
D'après l'islam, tout musulman doit se comporter conformément au Coran et aux enseignements
qui lui sont dérivés : on parle, parfois improprement de « droit coranique »55. Cependant, il s'agit
d'un abus de langage. Le « droit coranique » n'existe pas en tant que tel. Cette expression est
aussi fausse qu'un prétendu droit biblique. Le droit canonique(de l'Église catholique romaine)
s'inspire de la Bible mais ne retient pas que celle-ci pour juger d'une affaire. Il en est de même
dans l'islam. Il est donc plus correct de parler dedroit musulman.
Le droit musulman est soumis à diverses écoles juridiquesnote 18 et n'est donc pas uniforme.
Justice à l'époque moderne[modifier | modifier le code]
Articles détaillés : Droit politique et Droit naturel.
La limitation des pouvoirs du souverain devient nécessaire aux yeux des philosophes
(voir : balance des pouvoirs). Si certains textes existaient déjà, surtout en Angleterre (magna
carta en 1215, Charte des libertés en 1100) ceux-ci n'avaient pas une influence effective et
n'étaient que de simples déclarations.
Le premier texte vraiment efficace est l'habeas corpus act de 1679 qui oblige la présentation de
l'accusé à la cour pour que l'affaire soit jugée. Le premier texte à vocation universelle est
la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.
Justice moderne : une justice efficace[modifier | modifier le code]
Cesare Beccaria
Articles détaillés : Le Prince, Nicolas Machiavel, Des délits et des peines et Cesare Beccaria.
Machiavel dans Le Prince (1532), parle d'un État efficace débarrassé de la morale. Ses vœux
sont exaucés au XVIIe siècle par l'émergence d'une police moderne qui réalise des enquêtes et
assure le maintien de l'ordre.
Beccaria dans Des délits et des peines (1764) remet en cause de manière globale le système
judiciaire. En dehors de tout modèle religieux, Beccaria y établit les bases et les limites du droit
de punir, et recommande de proportionner la peine au délit. Il pose aussi en principe la
séparation des pouvoirs religieux et judiciaire. Dénonçant la cruauté de certaines peines
comparées au crime commis, il juge « barbare » la pratique de la torture et la peine de mort, et
recommande de prévenir le crime plutôt que de le réprimer.
Justice moderne : causes célèbres[modifier | modifier le code]
Articles détaillés : #Procès modernes et « Affaires » criminelles et Presse écrite.
L'article « J'accuse...! » dansL'Aurore
L'invention de l'imprimerie au XVe siècle, puis celle des rotatives au XIXe siècle favorise
l'émergence de l'opinion publique qui accompagne les grands scandales qui deviennent des
« causes célèbres ».
À cette époque, Zola écrit « J'accuse » dans le journal l'Aurore ce qui provoque la séparation de
la France entre dreyfusards et antidreyfusards. La médiatisation de cette affaire marque la
naissance d'une nouvelle vision de la justice : la notion d'« erreur judiciaire ». Les « causes
célèbres » sont en fait la défense de personnes alléguant une erreur judiciaire.
Justice à l'époque contemporaine[modifier | modifier le code]
Article détaillé : État de droit.
En France, le scandale de Panama (1889-1893), puis l'affaire Dreyfus (1894-1906) sont les
symboles d'une société où les scandales deviennent nationaux.
Le droit et la justice encadrent la société et deviennent primordiaux. L'État de droit est créé.
Justice du début du XXe siècle[modifier | modifier le code]
Justice sociale : Période d'avancées sociale[modifier | modifier le code]
Articles détaillés : justice sociale et État-Providence.
Au cours de la fin du XIXe et au début du XXe siècle, la théorie de la justice sociale est développée
et appliquée.
L'État, poussé par un contexte social, établit les premières législations sur le droit du travail.
Le travail des enfants est de plus en plus réglementé dans les démocraties.
On assiste à l'apparition d'une vision humanitaire à l'échelle de la planète : le Droit
international n'est plus seulement le droit des États mais aussi le droit des peuples et des
institutions internationales (comme l'Organisation internationale du travail en 1919) sont créées
pour protéger les individus.
Les pays de droit de tradition civiliste dit de droit romano-germanique sont à la source, les
pays d'Europe continentale. Mais le relatif succès actuel de cette pratique dans le monde est très
étroitement lié à l'histoire de France.
Le droit romain est considéré à la source de la notion de juridique46 et de ce système en
particulier. Cependant, cette existence ne date pas de la période antique mais duMoyen Âge ou
des compilations (factices) de droit romain et de droit canon unifient le droit dans
l'Europe des universités.
Dans l'Europe médiévale, les échanges juridiques se développent facilités par l'usage courant
du latin parmi les élitesnote 15 et le désir commun de reprendre la tradition juridique, idéalisée de la
Rome antique. Ce désir aboutit à la création et à l'usage du corpus iuris civilis (recueil du droit
romain de l'époque de Justinien) et du corpus iuris canonici (recueil du droit canon)note 16.
La Justice de l'Europe médiévale est donc constituée par une interprétation d'un amalgame des
règles supposée de la Rome antique et du droit religieux chrétien en constitution.
Le droit des relations entre personnes (qui deviendra le droit privé) est dominé par le droit romain
qui prédomine encore actuellement dans le droit des contrats. Le droit pénalest dominé par le
droit canon qui ne fait pas encore la distinction entre justice des hommes et justice de Dieu. Le
jugement de Dieu (appelé ordalie) et la torture sont normaux.
Actuellement cet héritage religieux n'est pas mis en avant et la spécificité du droit civil est la
prédominance du droit écrit et l'usage important de la codification. Les pays de droit civils sont
majoritairement les pays ayant été sous domination napoléonienne ou des anciennes colonies de
ces pays.
Pays de Common law[modifier | modifier le code]
La (ou lenote 12) common law est un système bâti essentiellement sur le droit jurisprudentiel par
opposition au droit civiliste ou codifié. C'est une conception d'origine anglaise qui marque la
prééminence des décisions des tribunaux, la jurisprudence.
Elle est en vigueur au Royaume-Uni (sauf en Écosse où le droit est mixte car influencé par le
modèle latin), en Irlande, au Canada (sauf dans la province du Québec, qui utilise un droit mixte),
aux États-Unis (sauf en Louisiane, Californie et Porto Rico, où des systèmes mixtes sont utilisés)
et d'une façon générale dans les pays du Commonwealth.
Instaurée avec Guillaume le Conquérant, elle est enseignée dès 1755 à l'Université d'Oxford
par William Blackstone.
Pays de droit musulman[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Droit musulman.
Fondée sur le Coran, le système du droit musulman, dit parfois improprement droit
coranique55 est de nature essentiellement religieuse. Ce droit est d'ordre divin et ne s'applique
qu'aux musulmans. En terre d'islam, les non-musulmans sont soumis au régime juridique de
ladhimma.
Ce droit ne régit généralement pas la majorité de la vie juridique de la population et dans la
plupart des pays musulmans le droit est en fait mixte. L'État étant généralement organisée par
une combinaison entre droit de l'ancien colonisateur (common law ou droit civil) et droit
musulman.
Pays de droit coutumier[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Droit coutumier.
Le premier grand procès sur lequel les historiens possèdent des documents est le procès de
Socrate en -399. Il est relaté dans les textes de Platon et Xenophon, tous deux
intitulés : Apologie de Socrate. Il s'agit du procès de la Cité, représentée par l'aréopage, du
philosophe, accusé de corrompre la jeunesse au moyen de ses idées philosophiques et
notamment celle de refuser la facilité du sophisme. Socrate, refusant d'aller contre les lois,
mêmes iniques, de sa patrie accepte la sentence : la mort par l'absorption d'un poison, la cigüe.
L'Antiquité connaît un autre procès célèbre, à l'origine de la naissance d'une nouvelle religion,
aux dimensions universelles : le procès deJésus Christ58. Trahi par Judas, Jésus se voit jugé par
les prêtres juifs, puis par les Romains. Accusé de renier la Loi judaïque et d'inciter à la révolte
contre l'Empire romain, Jésus est condamné à mort, par crucifixion. Raconté à travers le prisme
des apôtres, le procès est historiquement attesté59 mais la Bible n'est pas un livre d'histoire et la
recherche dans ce domaine est à relier avec les quêtes du Jésus historique.
Ces deux procès ont pour point commun de condamner à mort. Socrate est, principalement note
20
accusé d'avoir formé des opposants à la démocratie athénienne (Critias puis Alcibiade). Jésus
de Nazareth est accusé de refuser de rendre honneur à la religion de l'Empereur et donc de
défier la société.
Procès au Moyen Âge[modifier | modifier le code]
En effet, un droit canonique, davantage sophistiqué, se met en place. Les jugements sont rendus
à la lumière des sources canoniques à savoir les décisions des conciles, les avis du Pape et
secondairement les écritures bibliques et des pères de l'Église.
Les procès de Ganelon (dans la Chanson de Roland, épopée en vers), de Jeanne d'Arc en 1431
ou encore de Gilles de Rais (premier grand assassin en série) en 1440, entre autres, témoignent
de la mise en place d'une procédure judiciaire fondée notamment sur le principe du débat
contradictoire mais encore peu équitable[À attribuer].
On note aussi l'apparition de procès pour sorcellerie dans les années 1310-1320, qui atteindrons
leur apogée à l'époque moderne60. L'usage de la torture est réintroduit pour les cas de relaps.
Procès collectifs[modifier | modifier le code]
Scène d'Inquisition par Francisco Goya
En Europe, la consolidation des grands royaumes conduit à l'édification d'une justice nationale.
Les sentences et jugements sont occasionnellement des instruments politiques, afin d'assurer le
pouvoir d'État. Certains groupes non grata deviennent les cibles de procès collectifs, souvent
escamotés.
Les juifs deviennent les premières victimes, en Espagne, de procès aboutissant à leur diaspora,
notamment vers le monde arabo-musulman. Le procès de l'ordre du Temple permet d'arracher
sous la torture des aveux délirants aux Templiers, qui à leur tour provoquent la haine de la
population qui réclame leur mort. Et finira par justifier une dissolution de l'ordre.
Dès le XIIIe siècle, la Sainte Inquisition est créée. Il s'agit d'une juridiction spécialisée (un tribunal),
créée par l'Église catholique romaine et relevant du droit canonique, chargée d'émettre un
jugement sur le caractère orthodoxe ou non par rapport au dogme religieux des cas qui lui étaient
soumis. Elle juge alors les hérétiques dans toutes l'Europe. La Sainte Vehme officie également,
au sein de l'Empire Romain Germanique.
Sous l'influence de la renaissance du droit romain, l'empereur, qui favorise cette renaissance,
réinstitue la peine de mort pour les hérétiques et la torture. La peine de mort est cependant rare,
concernant une personne sur quinze61. Sont condamnées par l'Inquisition aussi bien les
personnes accusées de sorcellerie, de sexualité débridée, d'homosexualité[réf. nécessaire].
Procès modernes et « Affaires » criminelles[modifier | modifier le code]
La pénologie évoluant, les procès mettent en œuvre une procédure plus complexe. Les média
obligent également les tribunaux à rendre des jugements plus influencés par une opinion
publique informée des procès et de leurs évolutions, qui font les gros titres des journaux d'avant-
guerre.
Si les affaires criminelles privées se multiplient, les procès politiques apparaissent. Le XXe siècle,
avec la montée des régimes totalitaires, voit en effet se multiplier les procès destinés à assurer
la propagande politique. Les Procès de Moscou62 qui masquent les purges staliniennes sont
parmi les plus représentatifs63.
La sécurité collective, organisée autour de la Société des Nations, née à la fin de la Première
Guerre mondiale, puis de l'ONU met en place des procès publics de régimes politiques. Les
vainqueurs des guerres conduisent ainsi des instructions exceptionnelles, et des notions
juridiques nouvelles comme le crime contre l'humanité ou le crime de guerre sont employées.
Le procès de Nuremberg est ainsi parmi les premiers de l'Histoire. Intenté contre 24 des
principaux responsables du régime nazi, accusés de complot, crime contre la paix, crime de
guerre et crime contre l'humanité, il se tint à Nuremberg du 14 novembre 1945 au 1er octobre
1946. Ce procès se déroula sous la juridiction du Tribunal militaire international de Nuremberg,
créé en exécution de l'accord signé le 8 août 1945 par les gouvernements ayant défaits
l'Allemagne nazie. Le procès de Nuremberg ouvre ainsi la voie à une forme de justice
internationale.
Les procès de grands dictateurs ou de militaires impliqués dans des massacres ou
des génocides se poursuivront pendant l'après guerre froide avec les jugements de Slobodan
Milosevic, le khmer rouge Kaing Guek Eav, ou, plus récemment, Saddam Hussein.
Le thème juridique est un topos de la littérature mondiale. Les intrigues judiciaires et les "affaires"
ont souvent alimenté nombres d'histoires narratives comme celle à la source du polar.
Dans Le droit dans la littérature française, Jean-Pol Masson, magistrat belge à la Cour des
comptes, explore l'histoire d'unemétaphore classique qui est faite entre le Droit d'un côté et
le théâtre de l'autre. Il présente ainsi les principaux auteurs usant de cette image, liste qui va de
Balzac à Camus, Flaubert à La Bruyère, La Fontaine à Molière, sans oublier Rabelais, Racine,
etGeorges Simenon.
D'autres auteurs recueillent les parallèles constants que la littérature entretient avec la
thématique judiciaire : Philippe Malaurie dansDroit et littérature. Une anthologie64, ainsi qu'Antoine
Garapon et Denis Salas dans Le droit dans la littérature65.
La littérature traite la notion de justice dans de nombreux ouvrages. Dans Le Dernier Jour d'un
condamné, 1829, Victor Hugoprésente la justice comme un idéal. Dans Le Colonel Chabert, paru
en 1832 sous le titre La Transaction, Honoré de Balzac souligne l'impuissance de la justice.
Dans L'Étranger,1942, Albert Camus montre l'absurdité du système pénal, de même que Franz
Kafka dans Le Procès 1925. Le genre dramatique a, dès l'Antiquité, représenté la justice des
hommes et des dieux : Aristophane dans Les Guêpes, Beaumarchais, Le Mariage de Figaro ou
encore Jean Racine dans Les Plaideurs. Mais, au théâtre, c'est surtout la pièce
de Sophocle, Antigone qui présente la première la conscience humaine se confrontant à l'idéal
de justice. L'héroïne éponyme est en effet la victime d'un dilemme tragique, oscillant entre le
respect de la loi de sa Cité, et respect des lois divines dévolues aux morts (son
frère Polynice dans la pièce).
De nombreux films exploitent des scènes judiciaires, certaines fois il s'agit d'œuvres originales
mais il y a aussi un nombre important de reprises.
Iconographie de la justice et allégorie de la justice [modifier | modifier le code]
La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime, 1808, de Prud'hon, musée du Louvre, Paris.
La Justice et ses attributs : l'épée et la balance. Huile sur bois deLucas Cranach l'Ancien, v. 1537.
Fondation Fridart,Amsterdam.
Les institutions judiciaires utilisent de nombreux symboles renvoyant à la justice comme idéal,
représentée dans la plupart des pays d'inspiration romaine ou grecque par une femme
- Thémis ou Diké selon les cas - comportant des attributs66.
Les allégories la montrent armée d’un glaive et d’une balance (cette posture peut varier, de
manière plus ou moins ostentatoire). Ses couleurs vestimentaires sont dominées par le blanc,
symbole de pureté et de candeur (« candide » en latin signifie « blanc »), le noir et le pourpre. De
manière générale, le glaive symbolise le pouvoir de la justice qui tranche les problèmes et litiges,
la balance représente elle la justice qui pèse le pour et le contre (principe de contradiction
juridique), enfin, le bandeau lui couvrant les yeux est un symbole d'impartialité.
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