TD 3: Les interférons
DR. ARROUL-LAMMALI A.
Historique
En 1957, Isaacs et Lindenmann ont décrit pour la 1ère fois
le phénomène « d’ interférence ». Ils le décrivirent
comme la restriction de la multiplication d’un virus dans
une cellule ayant été antérieurement ou simultanément
en contact avec un autre virus. Ce phénomène était dû à
un facteur synthétisé et sécrété par la cellule et capable
d’induire dans des cellules cibles un état de résistance à
l’infection par un virus : ce facteur fut appelé interféron
(Isaacs et Lindenmann, 1957).
En 1978, furent purifiées les molécules d’interféron (α et
β) par HPLC. Depuis ce moment, un nombre
considérable de données ont été obtenues concernant la
nature, la structure, les propriétés biochimiques et
biologiques des IFN, sur leur génétique ainsi que sur les
moyens de les produire en quantité importante.
Description de l’expérience d’Isaacs et
Lindenmann:
A une culture de membrane chorio-
allantoïdienne (mca), on ajoute une
suspension de virus grippal "tué" par la
chaleur. On porte à 37° C pendant 24
heures et on recueille le surnageant.
A une culture de membrane chorio-
allantoïdienne fraîche on ajoute le
surnageant en question et on laisse en
contact 24 heures.
On ajoute alors une suspension de virus
grippal vivant : il ne se multiplie pas.
Le surnageant contient une substance
sécrétée par les cellules mises en
contact avec le virus "tué". Fixée par
des cellules saines, cette substance les
protège de l'infection. Responsable de
l'interférence, les chercheurs
l'appellent interféron (IFN) :
→ ils viennent de découvrir la première
cytokine...
Définition
Les IFN sont actuellement définis comme une
famille de protéines souvent glycosylées, synthétisées
par les cellules en réponse à l’infection virale, à une
stimulation immunitaire ou à une large gamme
d’inducteurs biologiques ou chimiques. Ils sont, par
définition, capables d’induire dans des cellules
cibles, par le biais de nouvelles synthèses d’ARN et
de protéines, un état de résistance à l’infection par
un large spectre de virus à ADN et à ARN.
Types d’interférons
Les IFN peuvent être classés en trois catégories selon
le récepteur qu’ils contactent à la surface cellulaire et
les effets qui en découlent : les IFN de types I, II et
III.
Type I (IFNα/β) : Les IFN de type I constituent
une vaste famille regroupant les IFNα, IFNβ, IFNω,
IFNє/τ, IFNκ, et la limitine (ou IFNζ). Ils jouent un
rôle tout à fait primordial dans la défense de
l’organisme contre les infections virales. Ils
possèdent également des activités antiprolifératives
et immunomodulatrices.
Types d’interférons
Type II (IFNγ) : L’unique représentant du sous-
groupe des IFN de type II est l’IFNγ. Il est plus
spécifiquement produit par les cellules du système
immunitaire comme les macrophages ou les cellules
NK. Bien que sa découverte soit également liée à
l’activité antivirale qu’il exerce, la fonction majeure
de l’IFNγ est d’activer et de moduler la réponse
immunitaire naturelle et acquise.
Types d’interférons
Type III (IFNλ) : Les IFN de type III (ou IFNλ) ont
été découverts récemment et correspondent aux
interleukines IL28 et IL29. Ces cytokines présentent
moins de 20 % d’identité de séquence avec les IFN de
type I et utilisent un récepteur différent. Néanmoins,
les IFN de types I et III semblent activer des voies de
transduction du signal comparables et exercer des
activités antivirale et antiproliférative étonnamment
similaires.
Types d’interférons
Les récepteurs des interférons
Activation de l’expression des gènes
d’interféron de type I
Le principal déclencheur de la synthèse des interférons
est l’infection virale elle-même. Néanmoins, l’infection
par certaines bactéries ou d’autres stimuli
inflammatoires peuvent aussi mener à la production des
IFN ou à la modulation de celle-ci.
Deux types de signaux témoignant d’une infection
peuvent être perçus par la cellule. D’une part, les signaux
extracellulaires résultant d’une infection peuvent être
captés par les récepteurs toll-like (TLR). D’autre part, la
présence intracytoplasmique d’ARN viral peut être
perçue par des senseurs cellulaires comme les hélicases
RIG-I et Mda5.
Activation de l’expression des gènes
d’interféron de type I
Les TLR impliqués dans la détection des infections virales sont
principalement TLR3 et les TLR de la famille de TLR9 (TLR7, TLR8
et TLR9). L’induction de la transcription des gènes d’interféron par
ces TLR suit deux voies distinctes.
Voie dépendant de TLR3:
Le récepteur TLR3 est exprimé dans les endosomes de différentes
cellules comme les macrophages ou les cellules dendritiques
classiques. Le ligand de TLR3 est l’ARN double brin (produit
caractéristique de la réplication virale) d’origine exogène, dérivant
par exemple de débris d’une cellule infectée. L’interaction du ligand
avec TLR3 induit une voie de transduction du signal qui met en jeu
une série de molécules adaptatrices et de kinases comme TRIF,
TRAF3/6, IRAK1/4, IKKє, TBK1 et enfin les facteurs de
transcription IRF3 et IRF7. La phosphorylation de IRF3 et IRF7 par
les kinases IKKє et TBK1 conduit à l’homo ou à l’hétérodimérisation
des IRF et à leur translocation dans le noyau. À ce niveau, IRF3 et
IRF7 se fixent sur des séquences appelées ISRE (IFN-stimulated
response element) et, en association avec le co-activateur
CBP/P300, activent la transcription des gènes codant les IFN.
Activation de l’expression des gènes
d’interféron de type I
Voie dépendant de TLR9 (cellules dendritiques):
Les TLR de la famille de TLR9 sont exprimés plus spécifiquement par
les cellules dendritiques plasmacytoïdes, une famille de cellules
professionnelles de la réponse immune que l’on retrouve dans la
plupart des tissus (à l’exception du SNC) et qui sont connues pour
leur importante production d’IFN de type I. Les TLR7, 8 et 9 sont
exprimés dans les vésicules endosomiales. Leurs ligands sont
notamment l’ARN simple brin et les séquences d’ADN d’origine
bactérienne (ou virale). Leur activation par les acides nucléiques
d’origine exogène active une voie qui fait intervenir la molécule
adaptatrice Myd88, la kinase IRAK1 et le facteur de transcription
IRF7 qui est exprimé de manière constitutive dans ces cellules. Un
complexe formé par les facteurs Myd88, TRAF3, TRAF6, IRAK4 et
IRAK1 induit la phosphorylation de IRF7 qui peut activer de
manière intense la transcription des gènes codant les différents IFN.
Activation de l’expression des gènes
d’interféron de type I
Voie des senseurs intracellulaires:
Deux hélicases appelées respectivement RIG-I et Mda5 ont été
identifiées comme étant ces senseurs intracellulaires activés
par la présence d’ARN double brin. Elles semblent être
exprimées par l’ensemble des cellules et sont probablement
les principaux senseurs impliqués dans l’induction
transcriptionnelle des gènes d’IFN. RIG-I et Mda5 possèdent
deux domaines CARD (caspase recruiting domain) à leur
extrémité N-terminale, ce qui permet leur interaction avec
une molécule comportant un domaine similaire et nommée
MAVS (mitochondrial antiviral signaling), identifiée
simultanément par plusieurs groupes sous les noms de VISA,
IPS1 ou CARDIF. L’interaction des hélicases avec ce nouveau
partenaire permet d’activer la voie classique passant par les
kinases IKKe et TBK1 et menant à l’activation de IRF3 et/ou
IRF7. MAVS contribue aussi à activer la voie NFκB.
Effecteurs de la réponse interféron de
type I
Les interférons sont sécrétés par les cellules productrices et
peuvent se fixer sur le récepteur exprimé par les cellules
avoisinantes. Ce récepteur est exprimé à la surface de la
majorité, voire de la totalité, des cellules de l’organisme. Il se
compose de deux sous-unités : IFNAR1 et IFNAR2c. Ce
récepteur hétérodimérique unique est commun à l’ensemble
des interférons de type I.
Son activation par l’interféron induit une voie de signalisation
« JAKs/STATs ». Deux kinases, JAK1 et Tyk2, associées aux
sous-unités du récepteur, assurent l’activation par
phosphorylation des facteurs de transcription STAT1 et
STAT2. Ces derniers forment un hétérodimère qui s’associe
ensuite avec le facteur IRF9 pour former un complexe
tripartite appelé ISGF3. Le complexe ISGF3 pénètre dans le
noyau où il se fixe sur la séquence ISRE présente dans les
promoteurs de transcription d’une série de gènes appelés ISG
(IFN stimulated genes).
Effecteurs de la réponse interféron de
type I
Lorsque des cellules sont traitées par l’IFN, on
assiste à l’activation de la transcription de plus de
200 gènes. Parmi ces gènes, certains comme IRF7,
Myd88, RIG-I ou MAVS participent l’amplification
de la réponse à une infection virale. Les autres gènes
induits par les interférons participent notamment
aux principaux effets biologiques de ces cytokines, à
savoir les activités antivirales, antiprolifératives et
immunomodulatrices.
Effecteurs de la réponse interféron de
type I
L’effet majeur des IFN de type I est de développer,
dans les cellules, un état antiviral. Trois mécanismes
effecteurs ont fait l’objet d’études plus approfondies :
ceux qui mettent en jeu les protéines Mx, la
protéine kinase R (PKR) et les oligoadénylate
synthétases (OAS) combinées à la RNase L.
Ces protéines sont connues sous le nom de PAV
(Protéines anti-virales). Les PAV perturbent une
cible commune aux virus à ADN et aux virus à ARN :
« Les ARNm ». Cette cible explique le large spectre
d’activité des interférons type I.
Effecteurs de la réponse interféron de
type I
Effecteurs de la réponse interféron de
type I
La protéines Mx (MxA chez l’homme):
Il s’agit d’une GTPase à localisation cytoplasmique. La
MxA bloque la réplication des virus de la famille des
orthomyxovirus en séquestrant la nucléocapside du virus
dans le cytoplasme empêchant sa translocation vers le
noyau. La transcription des gènes codant les protéines Mx
semble dépendre très spécifiquement de la présence
d’interféron de type I. L’activité transcriptionnelle de ce
gène est donc souvent utilisée comme marqueur de
l’activité IFN, par exemple pour le suivi de l’activité de
l’IFN administré aux patients atteints d’hépatite.
Effecteurs de la réponse interféron de
type I
Les protéines Mx bloquent la transcription de
l’ARNm viral.
Effecteurs de la réponse interféron de
type I
La protéine kinase R (PKR):
Le gène codant la protéine kinase R voit sa
transcription augmentée dans les cellules traitées par
l’interféron. Au contact d’ARN double brin, la PKR
est activée, s’autophosphoryle et phosphoryle ensuite
le facteur d’induction de la traduction eIF2a. Il s’en
suit un blocage de la traduction des ARN
messagers cellulaires ou viraux.
Effecteurs de la réponse interféron de
type I
Les 2-5A oligoadénylate synthétases (OAS):
En présence d’ARN double brin, les OAS sont activées et
synthétisent les oligoadénylates à partir de l’ATP dont les
trimères représentent les formes actives. Ceux-ci activent
spécifiquement une RNase cellulaire de 83 kDa, appelée
RNase L. La RNase L est exprimée de manière
constitutive dans les cellules, sous une forme inactive. La
liaison des oligoadénylates à la RNase L induit sa
dimérisation et son activation. Celle-ci dégrade alors
les ARN simple brin cellulaires et viraux.
Effecteurs de la réponse interféron de
type I
Comme dans le cas de la PKR, l’activation de la
RNase L conduit à la mort de la cellule. La clé du
contrôle réside dans le fait que ces enzymes ne sont
activées que dans les cellules infectées par le virus (la
présence d’ARN viral double brin est nécessaire pour
déclencher l’activation de la PKR et des OAS qui
activent à leur tour la RNase L). L’interféron permet
donc de préparer les cellules situées à proximité
d’une cellule infectée. Ces cellules ne déclencheront
le système de défense suicidaire que si elles sont à
leur tour infectées par le virus.
Effecteurs de la réponse interféron de
type I
En plus de l’induction des PAVs, l’interféron de type
I induit également l’augmentation de l’expression
des molécules du CMH I. les interférons α et β
favorisent donc la présentation des peptides viraux à
la surface cellulaire et leur reconnaissance par les
lymphocytes T-cytotoxiques.
Activation de l’expression des gènes
d’interféron de type II
Activation de l’expression des gènes
d’interféron de type III
Fonctions de l’interféron
En plus de son activité antivirale et immuno-modulatrice,
l’interféron possèderait une importante activité anti-tumorale.
Celle-ci s’exercerait via:
La suppression de la croissance cellulaire: L’interféron
de type I régulerait l’expression de plusieurs gènes impliqués
dans le cycle cellulaire (l’oncogène c-myc).
L’induction de l’apoptose: L’IFN-γ régulerait les caspase 1
et caspase 3 via TRAIL death receptors, aboutissant ainsi à
l’apoptose des cellules cancereuses du foie.
L’inhibition de l’angiogenèse et de la migration
cellulaire: L’IFNα diminuerait l’expression du VEGF.
Des propriétés immuno-régulatrices: En augmentant
l’activité des macrophages, des NK et des cellules T, ainsi que
l’expression des molécules de CMHI.