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Impact Sociétal des Polymères et Plastiques

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net/publication/289551052

Introduction: The Societal Impact of Polymers and Plastic Materials: Solutions


and Perspectives

Article · January 2014

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3 authors, including:

Thierry Hamaide Jean-Francois FELLER


Claude Bernard University Lyon 1 Université Bretagne Sud (UBS)
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Graphene/metal-organic framework (Gr-MOF) nanocomposite for high-performance supercapacitor View project

Conductive Polymer Nanocomposites Sprayed Layer by Layer for Smart Applications View project

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Impact Sociétal des Polymères et Matières Plastiques :
Solutions & Perspectives

Bernard Sillion
Institut de Sciences Analytiques. Département Service Central d'Analyses. 5 Rue de
la Doua. 69100 Villeurbanne

Thierry Hamaide
Président de la Commission Enseignement du Groupe Français des Polymères.
Université Claude Bernard Lyon 1. Ingénierie des Matériaux Polymères.
Polytech Lyon. Boulevard Latarjet. 69622 [Link]
[Link]@[Link]

Gérard Pignault
Directeur de l'Ecole Supérieure de Chimie Physique Electronique de Lyon.
43 bd du 11 novembre 1918, bâtiment Hubert Curien,
BP 2077, 69616 Villeurbanne Cedex

Jean Charles Mougenel


Président de la Division Enseignement-Formation. Société Chimique de France
Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Mulhouse
3, rue Alfred Werner - 68093 Mulhouse Cedex

RESUME.
Ce livre est le fruit de la réflexion d’un certain nombre de scientifiques qui
s’intéressent directement aux relations parfois conflictuelles qui se sont
progressivement instaurées entre le monde industriel et la recherche académique
d'une part, le grand public et les défenseurs du cadre de vie et de l’environnement
d'autre part.
Sous la forme d'articles issus des plusieurs stages pédagogiques organisés par le
Groupe Français d'Etudes et d'Applications des Polymères (GFP), ce livre traite des
problèmes actuels en relation avec l’impact sociétal et le développement durable
auxquels sont confrontés les matières plastiques. Il fait état des solutions déjà
apportées et des développements prévisibles ou souhaitables et se conclut par une
réflexion sur le rôle de l’enseignement et de la formation pour en assurer et orienter
l’avenir, avenir qui repose sur une science toujours jeune en prise directe avec
l’économie et l’emploi.
1. Les Polymères : une science toujours jeune, en prise directe avec l'économie
et l'emploi

Quelle que soit leur origine, naturelle ou synthétique, les polymères font appel à la
chimie et/ou au génie des procédés à un moment ou un autre de leur cycle de vie. La
chimie et le génie des procédés sont des sciences de base pour le développement
durable ; ce sont des disciplines fondamentales pour la compréhension du monde qui
nous entoure, à toutes les échelles, pour en maitriser les transformations. Elles
savent fortement s’hybrider avec les autres disciplines – la physique, la biologie, les
mathématiques- et se retrouvent dans la totalité des domaines d’application de nos
vies : l’énergie, la matière, l’information, le vivant.

Si la chimie organique est capitale pour décrire une majorité des molécules qui nous
entourent, c’est la chimie analytique qui nous permet leur identification ; la catalyse
est au cœur des transformations de la matière et des économies d’énergie ; la chimie
inorganique se retrouve fortement dans les enjeux de production et de stockage
d’énergie. Le génie des procédés – qui intègre des échelles de physico-chimie – est
essentiel pour la faisabilité, l’économie et la performance environnementale des
productions.

Enfin, les aspects humains du rapport à la chimie incitent à mieux comprendre nos
lectures du monde, opinions, croyances; leurs créations historiques, leurs
représentations, leur évolution.

Ce croisement de science, d’économie, de valeurs humaines constitue précisément


cette zone de recouvrement que l’on décrit par le vocable de développement durable,

L'évolution des rapports entre les polymères, plus généralement appelés plastiques,
et les personnes est exemplaire à plus d'un titre [BER 95] et illustre parfaitement ce
concept.

Les polymères sont utilisés à plus de 90 % pour faire des matériaux dont la cohésion
et les propriétés dépendent étroitement de la structure chimique et de l’organisation
des chaînes qui sont gouvernées par les techniques de mises en œuvre. La science
des polymères procède donc essentiellement de ces trois disciplines scientifiques
que sont la chimie, la physique et la mécanique. La chimie intervient pour la
transformation des matières premières et dans les procédés de production grâce au
génie chimique [FON 08], [FON 10], [MER 96], [ODI 04], [ETI 12]. La physique
explique l’organisation de ces macromolécules de dimensions différentes et a permis
de concevoir les outils analytiques utilisés pour leurs caractérisations. La mécanique
enfin permet de comprendre les propriétés d’usage des matériaux polymères [OUD
94], [FON 08], [FON 10].

La science des polymères est une science jeune et la notion même de macromolécule
qui permet de comprendre les propriétés des matériaux polymère a été introduite par
H. Staudinger en 1919 et développée dans les années 20 en particulier sur les
matériaux cellulosiques. Certes l’industrie avait produit auparavant le caoutchouc
vulcanisé, procédé inventé par Goodyear en 1839, le celluloïd en 1865 avec les
frères Hayatt, la bakélite en 1910 grâce à Baekeland, mais la véritable nature des
espèces chimiques n’était à cette époque pas encore connue. A partir de 1930, la
connaissance de la structure macromoléculaire permet un développement rapide de
familles chimiques différentes: le polyéthylène basse densité (PEBD) par
polymérisation radicalaire apparaît en 1933, les travaux de Carothers sur la
polycondensation amènent les polyamides en 1938.
L’après seconde guerre mondiale voit naître avec une vitesse accélérée de nouvelles
méthodes de polymérisation : en 1953-1954, la catalyse de polymérisation par
coordination développée par K. Ziegler, puis G. Natta (Prix Nobel 1963) conduisent
au PEHD et au polypropylène (PP); la polymérisation anionique et le concept de
polymérisation vivante proposé par M. Szwarc en 1956 apportent les copolymères à
blocs et les premières architectures macromoléculaires. On voit ensuite apparaître la
catalyse par métallocènes de W. Kaminski en 1980. La polymérisation radicalaire
contrôlée par M. Sawamoto et K. Matyjaszewski en 1994 allie les avantages de la
polymérisation radicalaire et ionique sans les inconvénients de la première.

Parallèlement, la physico-chimie analytique progresse avec la même rapidité. Les


évolutions considérables des méthodes chromatographiques et l'étude des
interactions matière – rayonnement permettent d'analyser toujours plus finement les
microstructures des polymères et de remonter aux mécanismes intimes de
polymérisation [TAN 00].

Comme dans tous les domaines, les découvertes fondamentales ont souvent été
suscitées par des développements industriels qui relèvent aussi bien des grands
problèmes de la planète tels que l’énergie et les ressources en eau que de ceux
rencontrés à l’échelle des individus dans la vie quotidienne tels que la santé et
l’hygiène, l’alimentation, le confort, la communication, les loisirs, etc.…et c'est ainsi
que l'on a pu écrire que la société était entrée dans "l’âge des polymères" comme va
s'efforcer de démontrer la première partie de cette introduction.

Dans le même temps, cette entrée dans l'âge des polymères s'accompagne d'un
impact sociétal globalement négatif (LEM 10] : les polymères dans leur ensemble
souffrent d'une double peine, à savoir l'image des matières plastiques, en plus de
celle de la chimie. Pour la société, l’aspect chimique est celui qui suscite les
interrogations, voire les inquiétudes, car on souligne les impacts sur l’environnement
de déchets difficilement biodégradables ou qui par combustion peuvent générer des
produits dangereux comme les dioxines. On s’inquiète aussi des risques pour la
santé provoqués par la libération de matières premières toxiques dans les conditions
d’usage.

Toutes ces inquiétudes doivent être prises en considération, mais la nécessaire


analyse des risques doit aussi se faire en termes de bilans bénéfices-risques et pour
cela il importe pour la société de connaître les développements de la science et des
industries dans le domaine des polymères. On ignore généralement que les
plastiques ne consomment que 4 % de la production mondiale de pétrole et que leur
utilisation généralisée permet d’en économiser une quantité bien plus importante.
D'autre part, en fin de vie, ils produisent moins de déchets, car plus légers (moins de
1 % du poids total de déchets en Europe). L'article de Claude Duval permet de faire
le point sur les relations entre déchets plastiques et environnement. Ainsi, malgré les
apparences, les plastiques contribuent sans nul doute au développement durable et
sont bénéfiques pour l'avenir, comme s'attache à le démontrer Michel Loubry.

Le monde industriel, en collaboration étroite avec la recherche académique, s'attache


à développer de nouvelles méthodes d'élaboration des matières plastiques. On est
ainsi passé à une démarche d'éco-conception, qui consiste à intégrer l'environnement
dès la phase de conception des produits, nécessitant de prendre en compte toutes les
étapes du cycle de vie des produits [[Link]]. En d'autres termes, l'analyse du
cycle de vie (ACV) se doit d'intégrer dans la mesure du possible l'utilisation de
nouvelles sources de matières premières (et ce, à bon escient) et de nouvelles
méthodes de production, et non plus de se limiter aux seuls problèmes de fin de vie
liés au recyclage et à la valorisation des déchets,

L'éco-conception n'est ni un métier véritablement nouveau, ni une discipline


universitaire constituée, mais bien une approche nouvelle, acquise à travers une
spécialisation par des personnes possédant déjà les compétences nécessaires dans les
différentes métiers de base, notamment la chimie en ce qui concerne les polymères.
Les besoins en matière de formation sont clairement identifiés. En conséquence,
cette démarche doit aussi aujourd'hui intégrer le monde de l'éducation, à travers un
enseignement adapté à chaque âge. Le rôle nécessaire de l'enseignant sera développé
à la fin de ce chapitre.

Toutefois, pour aller plus avant dans cette réflexion, il conviendrait d'écrire
Education avec un E majuscule, car si la grande majorité des personnes n'a que peu,
voire pas d'impact sur l'éco-conception au sens conception amont, la société toute
entière a un rôle majeur dans la collecte et le recyclage des déchets plastiques. Les
"continents plastiques" sont ils imputables aux industriels des plastiques ou bien aux
consommateurs desdits plastiques ? A ce propos, l'article de François Galgani
permettra de juger de l'effet des polymères et des déchets en mer sur
l'environnement et l'impact sociétal. Un autre exemple tiré de la vie quotidienne
concerne les sacs d'emballage. Les sacs affichés comme biodégradables (mais le
sont-ils effectivement ?) sont-ils développés pour répondre à l'incivilité de certains
de nos concitoyens ou pour répondre à un effet de mode ?

2. L’industrie des polymères : son rôle dans l’économie et l’emploi


La production de matières plastiques qui était de 1,5 million de T en 1950 est
montée à 230 millions de T en 2009, en passant par une production record de 260
millions de T en 2007. Cette progression est bien plus importante que celle des
autres matériaux. L’Europe est bien placée au niveau mondial avec une production
de 55 millions de tonnes en 2009.

En ce qui concerne l’emploi, en prenant en compte l’ensemble du secteur, c'est-à-


dire production, construction de machines dédiées à la transformation, et industrie
de transformation, le secteur a employé 1,6 million de personnes, ce qui place cette
industrie en tête de celles qui contribuent à l’économie de l’Europe [PLA 10]. Ainsi
par exemple, l’industrie chimique n’a proposé en 2011 que 1,19 million d’emplois
dans l’union européenne [[Link]
La plasturgie française est une activité en pleine expansion qui concerne tous les
secteurs industriels. Elle occupe aujourd'hui la quatrième place mondiale et le
second rang européen avec 4500 milliers de tonnes de produits représentant un
chiffre d'affaire de 29 milliards €, dont un quart à l’export. Elle emploie plus de
140000 salariés répartis dans 3850 entreprises, dont plus de 90 % de PME
[Fédération de la Plasturgie. [Link]]

Cependant, la crise a touché davantage en termes de production les polymères et la


chimie de spécialité, que la chimie de base comme le montre la figure 1, qui
compare les croissances dans les différents domaines [[Link]
and-figures] et montre la réduction de la croissance en 2012.
18
2010 2011 2012
14,5
15
Production (volume); growth rate (yoy)

13,6

12
10,2
9,1
9
7,3
6,3
6 5,2

3 1,8 1,4
0,2
0
-0,1 -0,4
-0,8 -0,8
-3 -1,8
-2,4
-3,7
-6 -5,1

Figure 1. Réduction de la croissance en 2012.


3. Les matériaux polymères au service de la société pour les grands problèmes
de la planète : l'eau et l'énergie.

3.1. Les polymères pour l’eau

La population du globe est actuellement de 7,2 milliards. La question de


l’approvisionnement en nourriture déjà d’actualité de nos jours sera particulièrement
importante en 2050 pour une population qui sera de l’ordre de 9,6 milliards.
[[Link] .org :azpps/newsFr/storyF/asp ?News ID=30521] L’année 2013 est
l’année internationale de la coopération dans le domaine de l’eau pour l'UNESCO
[UNE]. L’eau est abondante sur terre, mais 97,2% (l’eau de mer) est impropre à la
consommation et le reste (l’eau douce) est très mal répartie dans le monde puisque
2,5 % est sous forme de glace polaire. L’eau disponible pour l’alimentation, soit
0,3%, (fleuve, nappe phréatique, lacs…) est elle-même répartie de manière très
irrégulière dans le monde : 800 millions de personnes sont privées d’eau potable, 2,4
millions n’ont pas de système d’assainissement, 450 millions connaissent des
périodes de pénuries d’après l'UNESCO [[Link] [Link]/xml/liste-IDC-
100-html]. Les besoins en eau augmentent deux fois plus vite que la population ce
qui entraine une mobilisation pour épargner et recycler l’eau consommée, mais aussi
oblige à développer des procédés de production d’eau douce et d’eau potable.
L'utilisation des polymères est devenue incontournable pour la production d'eau
potable et la gestion de l'eau dans l'agriculture.

Pour la production d’eau potable à partir d’eaux salées, les techniques de traitement
membranaires se développent. Différents procédés de séparation membranaires
permettent de séparer l’eau des objets en suspension ou solution en fonction de
leurs tailles [MAU], allant de la filtration conventionnelle pour des dimensions
supérieures à 10μm à la nanofiltration pour des dimensions de l’ordre du nm.
L’osmose est le phénomène qui se produit lorsque deux solutions de salinités
différentes sont séparées par une membrane perméable à l’eau. Par exemple, l’usine
d’Ashkelon en Israël produit 320000 m3 d'eau potable par jour, soit 108 millions de
m3 par an (la consommation d'une ville de 1,4 million d'habitants). Après un
prétraitement (filtration bi-couche et microfiltration), l'eau est progressivement
dessalée au travers de 32 unités d'osmose inverse. La concentration en sel dissous au
sortir de l'usine est de 30 mg.L-1, 1000 fois moins que dans l'eau pompée en mer [9
l’eau potable, nouvelles ressources : dessaler l’eau de mer ; [Link]].
Plusieurs familles de polymères peuvent être utilisées pour cette application, dont les
acétates de cellulose, les polyamides aromatiques et les polysulfones, mais des
progrès restent à faire en ce qui concerne la nature des membranes et leur mise en
œuvre pour le contrôle des morphologies de l’interface.

Pour la gestion de l’eau dans l’agriculture, les polyacrylamides réticulés sont utilisés
pour la rétention d’eau, pour l’hydratation des sols [HOL 05]. A l’inverse, les
polymères et copolymères de l’éthylène glycol sont utilisés pour favoriser
l’infiltration de l’eau. Le recyclage des eaux usées fait appel, pour l’étape de
clarification (floculation et conditionnement des boues), à des polymères dérivés de
polyamines ou d’acrylamide.

3.2. Les polymères pour la gestion de l’énergie.

La consommation d’énergie dans le monde en 2009 a été de 8,4109 tep (tonne


équivalent pétrole ; 1tep=11628 kWh), mais pour cette consommation finale
d’énergie, il a été nécessaire de produire réellement 12,3109 tep, la différence de
3,9109 tep étant utilisée pour les transformations, transports, etc.… Les besoins en
énergie dans le monde ne sont pas équivalents dans toutes les régions du monde
comme le montre la figure 2 ci-dessous tirée de documents de l'IEA (International
Energy Agency) [BRO 11].

OCDE

4% Moyen-Orient
6%
5%
Europe (hors OCDE et
Eurasie)
12% 43% Chine

Asie (hors Chine)

Amérique latine
17% Afrique

8% 5% Aviation et flottes
maritimes internationales

Figure 2. Répartition de la consommation totale d'énergie finale (8353 Mtep) en


2009 [BRO 11]

Depuis 40 ans, la consommation d’énergie a augmenté de plus de 40% et


l’évolution des pays émergents accélère cette tendance qui pose deux principaux
problèmes : la raréfaction des matières premières : pétrole, charbon et gaz, et la
production de gaz carbonique qui contribue au changement climatique. La
production d’énergie primaire est au début de ce siècle à base de matières fossiles
comme le montre la figure 3 extraite des statistiques de l’IEA pour l’année 2008.

1,31; 10%
0,27; 2% Pétrole
0,71; 6%
4,57; 36% Charbon
Gaz naturel
Nucléaire
2,59; 21%
Hydraulique
Renouvelable
3,07; 25%

Figure 3. Les sources d’énergie primaire (en Gtep) au début du 21 ème siècle (12,27
Gtep au total)

On voit sur cette figure que plus de 80% de l’énergie primaire est d’origine fossile.
En 2010 la quantité de CO2 rejetée dans l’atmosphère a été de plus de 30 gigatonnes,
ce qui conduit à une concentration dans l’atmosphère de l’ordre de 385 ppm, ces
rejets étant dus pour une part à la transformation de l’énergie fossile.

La réflexion sur l’évolution de la consommation d’énergie primaire dans le monde


fait l’objet de plusieurs hypothèses qui prennent en compte non seulement
l’évolution des populations et l’évolution des PIB des différents pays, mais aussi la
mise en place de politiques pour lutter contre le réchauffement climatique, c'est-à-
dire le contrôle des émissions de gaz carbonique [BRO 11], [BOU 09]. A l’horizon
2050, les combustibles fossiles tiendront encore une place importante en énergies
primaires car les ressources sont encore importantes : pétrole entre 180 et 200
gigatonnes, gaz : 150 Tm3, (T = 1012 ) soit environ 150 Gtep, charbon: entre 700 et
900 Gtep. A cela, il faut ajouter les réserves de gaz non conventionnels (gaz de
schiste et de charbon dont les réserves sont de l’ordre de 380 Tm3 et pourraient
assurer une production de 120 à 150 ans [[Link]
schiste/].
Parmi les scenarii utilisés pour prédire les besoins de la demande en 2050, une
hypothèse basée sur le contrôle du réchauffement implique la réduction dans les
pays riches pour ne pas dépasser une consommation de 20Gtep [BOU 09], [WIE
05], soit 2,4 fois celle de 2009. Il est cependant vraisemblable que cette
consommation sera dépassée compte tenu des difficultés de signer et d’appliquer des
accords contre le réchauffement climatique

3.2.1. Le rôle des polymères dans la production de l’énergie

Si l’on examine le rôle que jouent et peuvent jouer les polymères dans le domaine de
l’énergie, on peut distinguer ce qui concerne l’amélioration de la production de fuels
fossiles et ce qui permet des économies d’énergie.

On sait que le rendement de récupération de pétrole dans un gisement n’est que de


l’ordre de 30% et l’on a constaté que l’injection d’eau rendue plus visqueuse par la
dissolution de polymères, dont des biopolymères obtenus par fermentation,
contribue à augmenter la production du gisement. L’injection de biopolymères
biodégradables pour la fracturation des roches contribuerait à rendre l’exploitation
des gaz de schistes moins risquée pour l’environnement.

Au delà des économies des ressources fossiles, les polymères sont des matériaux
clés pour le développement des énergies nouvelles avec par exemple les composites
pour les pales d’éoliennes par le procédé RTM (Resin Transfert Molding). Le
développement des composites est aussi un paramètre déterminant pour le secteur du
transport comme montré ci-dessous.

Une autre énergie renouvelable, que l’on peut qualifier de permanente et qui est en
fort développement, est le solaire. La puissance disponible au dessus de
l’atmosphère terrestre est de 340 Wm-2, mais seulement 170 Wm-2 peuvent être
récupérés au niveau du sol, le reste étant réfléchi ou absorbé et utilisé au cours du
cycle de l’eau. La transformation de l’énergie lumineuse solaire en énergie
électrique se produit dans des matériaux semi conducteurs inorganiques à base de
silicium (constitués de silicium dopé par du phosphore pouvant fournir des charges
négatives et du bore qui crée un déficit d’électron dans le silicium). Deux types de
polymères interviennent pour protéger le silicium dopé : un film d’éthylène acétate
de vinyle à l’avant de la plaque et un film de poly(fluorure de vinyle) (Tedlar ®) à
l’arrière [WIE 05]. La recherche s’efforce de mettre au point des cellules
photovoltaïques totalement organiques à l’aide de polymères semi-conducteurs. La
puissance disponible grâce au photovoltaïque en 2011 était de 63,3 GW, ce qui est
encore très faible

3.2.2 - Le rôle des polymères dans le stockage de l’énergie


Le développement d’accumulateurs plus performants est le verrou pour le
développement des automobiles hybrides ou fonctionnant avec moteur électrique.
En 1978, l’équipe de Michel Armand [ARM 87] a étudié les complexes entre
polyéther de glycol et lithium pour réaliser des électrolytes solides. Les batteries à
électrolytes polymères dérivés des poly(oxyde d’éthylène) offrent beaucoup
d’avantages dont la non volatilité et la possibilité d’utiliser le Li métallique, mais
imposent une température de fonctionnement de 80°C. Un grand travail pour
améliorer la conductivité du polymère a été entrepris et conduit à l’utilisation de
copolymères fluoré dopé avec l’électrolyte [[Link]
[Link]/media/jean-marie-tarascon]. Le groupe Bolloré et Renault en 2011 ont
annoncé le lancement d’une voiture électrique basée sur la technologie polymère
lithium. Dans le domaine de l’aviation, les problèmes des batteries du Boeing 787
semblent maintenant résolus.

3.2.3. Le rôle des polymères dans les économies d’énergie.

L’habitat et les transports sont les domaines les plus importants pour réaliser des
économies d’énergies. En ce qui concerne l’habitat, 40% de l’énergie primaire est
utilisée pour le chauffage et la climatisation, et la question de l’isolation des
bâtiments est donc primordiale. Les polymères offrent une résistance thermique
surfacique (résistance thermique par unité de surface R en m2.K.W-1) supérieure à
celle d’isolants minéraux. Le polystyrène expansé serait sans doute plus utilisé vu
son faible prix, s'il n’y avait pas son caractère inflammable.
C’est indéniablement dans les transports que les polymères ont apporté le plus
d’économies d’énergie, grâce à l’allègement des automobiles et des avions.

Dans les années 1990 et 2000, le poids des automobiles augmentait d’environ 25 Kg
par an pour augmenter le confort en augmentant les dimensions et pour améliorer la
sécurité. On sait qu’une réduction de 100 Kg diminue la consommation de 0,6 litre
/100 Km, et plus généralement, diminuer le poids de 10% entraine une diminution
de consommation du véhicule de 5 à 6%. Corrélativement toute diminution de
consommation diminue les rejets de CO2. En 2012, le parlement européen a
considéré que la moyenne des voitures neuves ne devrait pas émettre plus de 130
[Link]-1 en 2015 et plus de 95 [Link]-1 en 2020 [[Link]]. La stratégie pour
abaisser le poids des véhicules repose sur la diminution de l’épaisseur des tôles
d’acier (diminuer l’épaisseur de 1/10ème apporte un gain de poids de 10%), et, sur
l’utilisation des matériaux polymères, on peut ainsi gagner 10 à 15% du poids du
véhicule. Quelques exemples sont rapportés ci-dessous :

Les ailes de la C4 sont en alliage Polyamide/Poly(oxyde de phényle), ce qui assure


un gain de 1,5 à 2 Kg et une résistance aux petits chocs car ce mélange est à
mémoire de forme. Dans le même esprit, on peut citer les appuis bas des pare chocs
qui évitent un traumatisme aux piétons. Les réservoirs (essence, lave glace) utilisent
le PE, le tableau de bord est fabriqué en ABS, le tapis de sol est en PVC, le pare
chocs en PP, plus facilement recyclable que les résines ABS. Les deux articles de
Frédéric Viot et Valérie Massardier sur le recyclage du PP illustrent concrètement
ces aspects.

Dans la perspective de réduire les émissions de CO2 par les transports, la voiture
électrique (vide supra) offre la solution la plus efficace, mais il existe un facteur 15
entre l’énergie contenue dans 1 kg de batterie et 1 litre d’essence (180 Whkg-1 et
3000 Whkg-1) [TAR 10] et les questions d’autonomie du véhicule et du temps de
recharge des ne sont pas encore résolues.

La pile à combustible est basée sur le principe de la combinaison de l’oxygène et de


l’hydrogène avec formation d’eau [FOU 02]. La pile est constituée de deux
compartiments séparés par une membrane en Nafion, polymère fluoré produit par
Dupont de Nemours. L'hydrogène oxydé en proton dans le compartiment anodique
franchit la membrane pour réduire l’oxygène à la cathode. Cette membrane est
efficace pour l’hydrogène, mais ne convient pas pour le méthanol qui présente plus
de facilité de stockage dans un réservoir classique d’automobile car liquide.

Dans le domaine du transport aérien, les polymères ont été introduits dans la
construction des avions pour diminuer les poids et offrir plus de sièges et / ou
consommer moins de kérosène. Les exemples les plus récents sont ceux du dream
liner, Boeing 787, dont 50% de la masse est dû à des composites ; le remplacement
de l’aluminium conduit à une diminution de poids de 20% et à une économie de
kérosène de l’ordre de 20% en fonctionnement. En Europe, Airbus construit l’A350
avec 52% de composites, réduisant ainsi le poids de 10 à 15 t. On développe pour
ces applications de nouveaux matériaux composites à hautes performances à base de
fibres de carbone et de polymères.

4. Les polymères dans la vie quotidienne

Il serait trop long et fastidieux de faire une liste exhaustive de toutes les applications
pour lesquelles les polymères jouent un rôle fondamental dans la vie quotidienne. Le
plus important est l’emballage qui utilise plus de 40% de la production des
plastiques, nous évoquerons seulement trois domaines moins connus du grand public
: l’alimentation, la santé, les vêtements, les sports et loisirs,

4.1. Les polymères et l’alimentation.

Le nombre de matériaux plastiques en contact avec les aliments, ainsi que le temps
de contact sont en constante augmentation. Les débats de plus en plus vifs sur la
sécurité réelle des aliments au contact des matériaux, popularisés par des magazines
plus ou moins aptes à maitriser les concepts utilisés pour protéger le consommateur
(faible toxicité, faible migration des substances, faible exposition des
consommateurs...) ne favorisent pas la confiance des consommateurs envers les
matières plastiques pour l'emballage. Les réglementations successives sur les
matériaux en polycarbonate, sur le bisphénol A résiduel, illustrent parfaitement cette
idée. Cette controverse et le traitement médiatique sont analysés dans l'article de L.
Maxim.

On insiste moins sur le fait que les polymères ont connu un fort développement dans
le domaine de l’emballage des aliments car l’effet barrière à l’oxygène assure en
effet une bonne conservation des produits oxydables et évite des contaminations des
viandes et légumes, avec de plus une transparence de l’emballage permettant
d’examiner le produit. Dans son article, O. Vitrac insiste sur le caractère universel
de la migration des constituants des matériaux. Ce risque, comme de nombreux
risques mettant en jeu des contaminants chimiques chroniques, requiert une attention
spécifique et une prise en compte adaptée allant au-delà des seules obligations
règlementaires, aidées en cela par une prédiction fiable à l'aide de simulations et
modélisations.

4.2. Polymère et santé : diagnostic, traitement, et chirurgie, vectorisation

Les polymères sont devenus incontournables dans tous les domaines de la santé,
depuis les matériaux solides utilisés par exemple pour les prothèses, les cathéters, les
poches à sang jusqu'aux nanosystèmes développés pour la vectorisation de principes
actifs et les diagnostics [GAU 03]. Parmi tous ces dispositifs, certains sont à usage
unique (seringues, tubulures de perfusion ...) alors que d'autres sont introduits dans
le corps pour une durée a priori illimitée (prothèses articulaires, substituts
vasculaires, cristallins artificiels, fils de suture ...).

4.2.1. La chirurgie

Pour les chirurgies de la hanche, la protection du cotyle est assuré par un dépôt sur
le métal de la prothèse d’une couche de polyéthylène de très haute masse réticulé par
rayonnement γ [MAS 07]. Les hernies inguinales sont traitées par introduction d’une
membrane de polypropylène. La cataracte est soignée par l’extraction du cristallin
naturel et son remplacement par un substitut en polyméthacrylate.
Dans le domaine cardio-vasculaire, le PET occupe une position dominante avec les
valves cardiaques. Le polytétrafluoroéthylène expansé (PTFEe), connu pour son
inertie chimique et sa grande stabilité thermique, possède d'autres d'atouts par
rapport au PET, notamment sa biostabilité et la possibilité de stérilisation par la
chaleur. Enfin, les substituts à base de textiles synthétiques ouvrent aujourd'hui une
alternative thérapeutique au remplacement de segments artériels lésés [BAQ 06]. La
chirurgie pastique utilise les silicones avec cependant les risques que des affaires
récentes ont mis au jour.

4.2.2. La vectorisation et la libération contrôlée des principes actifs


La vectorisation consiste à encapsuler des substances d'intérêt (solides ou liquides)
au sein d’un matériau support et à les transporter vers leur zone d'action où elles
seront alors libérées (KAW 01]. Les techniques de vectorisation utilisent
principalement des matériaux à base de polymères naturels ou synthétiques.
Parallèlement aux conjugués polymères – principe actif, la forme galénique
polymère participe à l'activité du principe actif. On distingue les polymères auto-
assemblés (par exemple les micelles) et les nanoparticules telles que nanosphères,
dans lesquels le principe actif est dispersé dans une matrice polymère ou
nanocapsules constituées d’un cœur et d’une membrane polymère [SHA 12], [VIL
12]. De cette synergie est apparu le concept de "thérapie polymère" [DUN 00]
[DUN 03].

Le recours à tel type de particule et de polymère dépend de l'effet recherché. Le


matériau support permet de modifier la mise en forme, de contrôler la libération
immédiate ou retardée de ces principes actifs. par exemple, il a été montré que, pour
certaines leucémies, le traitement par le médicament (gemcitabine) seul était bien
moins efficace que lorsque le médicament était administré par voie nano particulaire
[DEL 03].

Dans ce domaine particulier, on notera que les polymères ne sont pas utilisés comme
matériaux de structure à proprement parler, mais comme outil de formulation
(polymères en formulation en opposition à la formulation de polymères couramment
mise en œuvre). On les rencontre ici depuis l'échelle micrométrique comme
constituant de nanoparticules jusqu'à la micelle, voire la macromolécule dans le cas
des polymères tensioactifs non ioniques pour la stabilisation des particules [HAM
11] [TAD 01]. Une auto-association conduit à des particules de tailles de 50 à 80 nm
dans l’eau en présence de poly(éthylène glycol). Des nanoparticules peuvent aussi
être obtenues avec des polymères associatifs qui s’auto-assemblent spontanément
[GRE 11].

4.2.3. Le diagnostic.

Le principe est d’utiliser des interactions physicochimiques entre une molécule


complexe (hormone, antigène anticorps …) contenue dans un liquide biologique et
un réactif spécifique lié à un polymère. La molécule recherchée se fixe sur site du
polymère et elle est ensuite reconnue par le même réactif spécifique fixé sur une
enzyme qui provoque une réaction colorée permettant le dosage [DEL 03]. Cette
technique est utilisée pour les tests de grossesse par exemple.

4.3. Polymères, vêtements et sports

L’industrie du vêtement a été en moins de 80 ans totalement transformée par


l’arrivée des polymères. Des besoins de plus en plus importants dans de nouveaux
matériaux textiles innovants et à haute valeur ajoutée sont clairement exprimés non
seulement par les consommateurs, mais surtout par les producteurs européens qui
doivent répondre à leurs attentes et faire face à la concurrence de plus en plus
importante des pays à main d’œuvre bon marché.

Une réponse à ces besoins, donnant aux entreprises un large éventail de solutions
technologiques, consiste en la multi-fonctionnalisation de ces matériaux souples,
c’est à dire l’intégration de plusieurs fonctions. L’innovation dans ce domaine est
largement ouverte, tournée vers des textiles techniques et fonctionnels (TTF), et
adaptatifs (textiles intelligents "smart textiles"). On peut avoir une vision de cette
évolution en consultant un numéro spécial de l’Actualité Chimique de 2012 [NEM
12].

Les effets recherchés se situent dans les domaines de l'hydrofugation, des colorants,
de la traçabilité et des applications bactériostatiques, via des entités moléculaires ou
nanostructurées, des soins à la personne comme par exemple la libération de
principes actifs cosmétiques ou médicamenteux, le greffage de capteurs pour
personnes sous surveillance médicales, la protection UV …

Les textiles techniques sont fabriqués en premier lieu pour leurs performances
techniques et leurs propriétés fonctionnelles plutôt que pour leurs caractéristiques
esthétiques ou décoratives. Seule une faible proportion de textiles techniques
(environ 2 à 3 % en volume) utilisent des fibres dites hautes performances telles que
les fibres de carbone, les fibres aramides (Kevlar, Nomex), le polyéthylène de très
haute masse molaire (UHMWPE). La grande majorité de ces textiles est réalisée à
base de polymères et de matériaux classiques comme le polyester, le polypropylène,
le polyamide (nylon), la viscose, le coton… Les évolutions sans doute les plus
populaires sont les textiles imperperspirants qui laissent passer la vapeur du corps
vers l’extérieur mais sont imperméables aux gouttelettes d’eau grâce à une mise en
œuvre du Téflon® conduisant aux produits Gore-Tex ®, et, aussi les laines polaires
qui en emprisonnant l’air dans le polyester créent une barrière thermique. Certaines
laines polaires sont issues du recyclage du PET, certifiées par des labels (Polartec®
par exemple). Il faut environ 27 bouteilles en plastique pour créer un pull. Le
matériel sportif a bénéficié des avancées dans le domaine des matériaux pour
l'aéronautique. Les skis, planches à voile, raquettes, bateaux bicyclettes, etc, sont
tous issus de matériaux polymères synthétiques.

5. Quelles orientations pour le futur ?

5.1. Substitution des substances à risque, développement de nouveaux


polymères et "nouveaux" procédés

La société a largement accepté la pénétration des polymères dans la vie quotidienne,


mais de fortes critiques ont commencé à se manifester pour certaines applications,
par exemple du fait de l’utilisation excessive de sacs d’emballages obtenus avec des
matériaux non biodégradables provoquant une pollution durable par leur rejet dans
l’environnement, ou encore concernant le bisphénol A, matière première des
polycarbonates, qui est un perturbateur endocrinien qui sera interdit en France pour
toutes applications au contact des aliments. De façon plus générale, on a montré que
certains polymères posent des problèmes car ils peuvent libèrer des substances
toxiques lors de leur utilisation [YAN 11].

Cette question de l’impact des produits chimiques sur l’homme et l’environnement


fait l’objet du Règlement européen connu sous le nom de REACH [REA 06]
(enregistrement, évaluation et autorisation des substances chimiques) dont la
première version remonte à 2006. Modifié plusieurs fois depuis, il est accompagné
d’un grand nombre de documents annexes dont un Guide concernant les polymères
modifié pour la dernière fois en avril 2012.
Sous certaines conditions, un polymère est considéré comme une substance
complexe composée elle-même de plusieurs substances polymères (au sens
chimique strict) et accompagnée de résidus monomères, additifs et impuretés
diverses. Les polymères ne sont pas aujourd’hui soumis à la plupart des obligations
car ils ne présentent pas de toxicité pour l’homme en raison de leurs dimensions qui
les empêchent de franchir les parois cellulaires. Cependant, certaines substances à
risque, dont des monomères et des additifs, sont soit déjà soumis à autorisation ou
limitation d’emploi, soit figurent sur une liste de produits candidats à de telles
contraintes.

Une expertise demandée par l’ANR sur les conséquences de l’application de


REACH sur les industries produisant, utilisant ou recyclant les polymères souligne
le besoin de connaissances sur l’évolution physicochimique des polymères dans
leurs conditions d’utilisation, sur la nécessité de bien définir les priorités en ce qui
concerne la substitution des réactifs et des additifs de formulation en fonction des
tonnage et de l’impact sur l’économie et sur les techniques de caractérisations à
développer pour l’industrie du recyclage [SIL 12]

Pour toutes ces raisons, un très important effort de recherche est nécessaire pour
substituer des substances plus ou totalement inoffensives aux substances à risques
qui entrent dans leurs compositions et que l’on risque de retrouver dans toute la vie
du polymère comme le montre la figure 4 [SIL 12]. Cet effort doit aussi s’étendre
aux procédés de production qui devront s’avérer moins polluants et envisager
l’emploi et la fin de vie des polymères.
Production des additifs, Production des renforts
Production du
catalyseurs… constituant du minéraux: charges,
polymère
mélange polymère fibres …

Moulage de la pièce (transformateur)

Traitement de surface : mise en peinture, flammage,


corona, plasma et identification, codification

Utilisateurs Assemblage : collage , soudage, US…


finaux des
polymères
Utilisation de la pièce plastique dans une
application récemment mise en service

Utilisation de la pièce plastique dans une


application proche de la fin de garantie

Gestion de la pièce en fin de vie


(recyclage, incinération…)

Figure 4. Ensemble des acteurs de la chaîne de valeur pièces plastiques

5.1.1 – Les nouveaux polymères, formes physiques et sources de matières


premières

Un exemple de substitution par un produit biosourcé est donné par l'isosorbide,


molécule biosourcée issue de l'amidon. L'isosorbide (Figure 5) est considéré comme
une alternative possible, de même que les esters gras d'isosorbide pour le
remplacement des phtalates comme plastifiants du PVC [[Link]].

L'utilisation de polymères biodégradables offre une autre voie prometteuse [RUT


04]. La notion de biodégradabilité est très souvent utilisée à tort (parfois même pour
justifier une action dans le développement durable) et mérite d'être définie
précisément. On lira à ce sujet l'article de G. César.
Dans son article, Luc Averous fait le point sur la formulation et la mise en œuvre de
matériaux multiphasés biodégradables à base d’amidon plastifié.

HO OH HO
HO
HO
O H2 OH H O H O
OH OH
OH O
OH OH OH HO
OH OH OH OH
glucose sorbitol isosorbide

MeO
O
diméthyl isosorbide
HO O Solvant
O OMe

O
OH O

isosorbide O
R
O
diesters d'isosorbide
Plastifiants
O
R
O

polyesters (PEIT) O
polyuréthanes
polycarbonates

Figure 5. Synthèse et utilisation de l'isosorbide

Parallèlement aux nouvelles molécules, les nanomatériaux permettent aujourd'hui


de lever un certain nombre de verrous technologiques et d'offrir des solutions à
plusieurs problèmes, notamment dans le domaine de la santé. Ces développements
prometteurs ne doivent pas occulter les risques associés à ces nanosciences et
appellent de fait une nouvelle règlementation, telle que mis en évidence par Eric
Juet.

Une question souvent soulevée est celle de l’utilisation de la biomasse en


remplacement des matières fossiles pour la chimie en général et donc aussi pour la
production de polymères. Bien que la consommation de produits fossiles pour les
polymères soit inférieure à 10% de la consommation totale qui est donc
majoritairement destinée à l’énergie, le monde des polymères doit-il se soumettre à
la mode du « bio » ? Le développement durable implique-t-il des produits
biosourcés ? Dans le même ordre d'idée, un produit "bio" est-il "vert" ? L'article
d’Olivier Talon propose une réflexion pertinente sur ce sujet.
L’urgence pour la planète est de développer des vecteurs d’énergie pour satisfaire
les besoins industriels et domestiques et il n’est pas certain que cela puisse se faire
par la conversion des 172109 tonnes de matières lignocellulosiques produites
chaque année, d’une part parce que le sol sera de plus en plus sollicité pour nourrir
l’humanité (plus de 9 milliards en 2050) et d’autre part parce que la conversion de la
matière biologique sera fortement consommatrice d’énergie. La production des
grandes familles de polymères continuera de se faire encore très longtemps à base de
matières fossiles [SIL 11]
Mais, par ailleurs, la biomasse présente un grand intérêt dans d’autres domaines car
elle fournit des molécules dont les fonctionnalités sont intéressantes pour la chimie
fine et la pharmacie et certains polymères obtenus par fermentation ou à partir de
monomères y trouvent déjà des applications spécifiques et c’est dans cette direction
que les recherches devraient s’orienter.

5.1.2 Les procédés

A côté de l'acte chimique, les procédés de polymérisation contribuent aussi depuis


longtemps (sans le revendiquer) au développement durable. Ainsi, la synthèse des
polymères dans l'eau propose une réponse déjà ancienne à ces nouvelles
préoccupations.
L'eau ne dissout pas les monomères hydrophobes, qui requièrent alors des solvants
organiques. Les polymérisations en milieu dispersé, qui sont des procédés déjà
anciens, constituent une alternative d'autant plus intéressante qu'elles permettent de
contrôler la température puisque la chaleur de réaction est facilement échangée avec
la phase aqueuse continue et de limiter fortement la viscosité globale du milieu
réactionnel. Enfin, et ce n'est pas le moindre des avantages, elles permettent de
récupérer en fin de réaction des polymères sous une forme "prête à l'emploi". Par
exemple, la polymérisation en suspension du styrène conduit à des billes de
polystyrène directement utilisables pour les résines échangeuses d'ions et le
polystyrène expansé. Dans l'industrie des peintures, la polymérisation en émulsion
de l'acétate de vinyle ou des acryliques permet de remplacer les liants organiques par
des liants en dispersion aqueuse. Ces peintures sèchent par évaporation de l’eau et
limitent ainsi les solvants organiques volatils (COV).

5.1.3 La fin de vie

Elle concerne les matières plastiques elles-mêmes et les objets en contenant. Les
matières plastiques se doivent de satisfaire aux préoccupations environnementales :
la distribution des sacs plastiques non biodégradables est réduite depuis janvier
2010. Les véhicules contiennent de plus en plus de matières plastiques. Le taux de
réemploi ou de valorisation énergétique des véhicules hors d’usage devrait atteindre
95 % en 2015.

Ces innovations passent par une augmentation du nombre de formulations pour


améliorer la qualité du produit (compounds), de nouvelles formes, ainsi qu'une
utilisation croissante de matériaux composites, de nanomatériaux et de
bioplastiques. Il faut également compter sur les innovations de procédés. On
considère désormais l’extrudeuse non seulement comme un outil de mise en œuvre
du polymère permettant par exemple l’introduction de charges diverses, mais
comme un réacteur chimique dans lequel on peut opérer des polymérisations ou des
modifications chimiques des polymères, d'où le concept aujourd'hui admis
d'extrusion réactive).

5.2. L'éco-conception : vers une éco innovation.

Le concept de développement durable est déjà ancien, puisque développé par la


commission Brundtland de l’ONU en 1987, pour que le développement économique
ne s’accompagne pas d’une détérioration de la qualité de la vie. Les
recommandations de la commission portent sur la nécessité de limiter le
réchauffement climatique en contrôlant les émissions de gaz carbonique, de
rechercher des substituts aux ressources fossiles, de diminuer les risques pour la
santé humaine des activités industrielle et des nouveaux produits.

Il existe donc aujourd'hui une réelle prise de conscience pour une démarche de
développement durable autour des différents enjeux sociétaux et économiques.
Imposées par les réglementations et exigées par les clients, l’analyse de cycle de vie
et la chimie "verte" pour un nouvel environnement sont devenues incontournables et
imposent de nouveaux outils d'innovation, comme le démontre Sylvain Caillol.

Les sections précédentes ont donné un certain nombre d’exemples montrant


l’implication des polymères à divers stades de leur production et de leur utilisation
dans cette optique de développement durable. Encore faut-il intégrer ces éléments de
façon cohérente et efficace et veiller à ne pas en omettre qui soit important. C’est là
le but de la méthodologie d'éco-conception qui est nécessaire quel que soit le projet
considéré. L'éco-conception (ISO 14062) s'intéresse non seulement à l'analyse du
cycle de vie des matériaux, mais aussi à l'ensemble des critères environnementaux.
Elle consiste à intégrer l'environnement dès la phase de conception des produits, en
réduisant l'impact de chaque étape de la vie d'un matériau, qu'il s'agisse de biens, de
services. Cette intégration repose sur une approche globale et multicritère de
l'environnement et est fondée sur la prise en compte de toutes les étapes du cycle de
vie des produits (par exemple comment identifier la toxicité d'un composant,
comment déterminer le taux de recyclabilité ou de valorisation d'une matière
plastique, comment connaître l'empreinte carbone de tel produit ?) qui définissent
ainsi les critères de choix des matériaux [[Link]]. Stéphane Le Pochat et
Arnaud Roquesalane mettent clairement en avant la nécessité d'une caractérisation
environnementale des matériaux parmi les critères de choix. L'exemple de la
bouteille d'eau proposé par Rémi Deterre illustre ce propos. Pour avoir une vision
plus large, le lecteur intéressé se référera aux différentes stratégies d’élaboration
d’Éco-Plastiques décrites dans l'article de Jean-François Feller.

Toutes les entreprises qui peuvent agir directement ou indirectement sur la


conception ou l'amélioration des produits sont concernées par l'éco-conception.
Inversement, l'éco-conception ne peut se développer que grâce à l'implication des
entreprises dont les enjeux sont nombreux en termes de gains économiques, d'image
et de différenciation sur le marché. Il s'agit tout à la fois :
- de mieux maîtriser les risques et les coûts liés au cycle de vie des produits,
- d'anticiper les attentes naissantes des donneurs d'ordre ou des consommateurs,
favorables à une meilleure prise en compte de l'environnement,
- de faire de l'environnement un facteur nouveau de dynamisation et de créativité
lors des processus de création et de conception de produit.
Les avantages sont nombreux tant pour l'entreprise que pour le consommateur (avec
des produits plus durables et économiques, moins nocifs pour l'environnement et la
santé).

5.3. La nécessité d'un enseignement transversal de l'éco-conception : quel rôle


pour l'enseignement et l'enseignant ?

5.3.1 Les besoins et les objectifs

La prise en compte du développement durable affecte de nombreuses compétences


et conditions d'exercices de ces compétences. [Grenelle de l'environnement. Plan de
mobilisation national sur les métiers liés à la croissance verte. Rapport final], d'où la
nécessité d'un enseignement adapté, qui repose sur quelques concepts importants qui
dépassent le domaine des polymères et implique l'ensemble des filières chimie et
matériaux :

Même si les besoins en matière de formation sont clairement identifiés, il convient


de souligner que tant le développement durable que l'éco-conception ne sont ni une
discipline universitaire constituée, ni un métier véritablement nouveau, mais une
compétence supplémentaire, acquise à travers une spécialisation par des personnes
ayant déjà acquis les connaissances et compétences nécessaires dans les différentes
métiers de base. La formation initiale n'est donc pas le recours le plus naturel pour la
recherche de compétences en éco-conception. Les pré-requis nécessaires font de cet
enseignement un enseignement transversal par nature.

La création de filières orientées développement durable ou chimie durable en filière


scientifique peut interpeller l’enseignant-chercheur chimiste dans la mesure ou les
notions de « durabilité » et de « développement » reposent d’avantage sur des
postulats sociétaux que sur de réelles vérités scientifiques. La notion de « chimie
verte » présente au moins l’avantage de montrer que les chimistes ont conscience de
l’usage parfois irresponsable qui a pu être fait de leur science et qu’ils ont la volonté
et les moyens d’y remédier. La chimie présente ainsi un aspect positif souvent
occulté dans les media, ce qui peut justifier un renouveau d’intérêt de la part des
jeunes. En témoignent de nombreux axes de la recherche actuelle que l’on peut
rappeler :
La recherche sur le développement de nouveaux catalyseurs, sur de nouvelles
voies de synthèses à économie d’atomes de carbone, par des chemins
réactionnels énergétiquement optimisés, à économie de solvant, voire en milieu
aqueux, est une préoccupation du chimiste depuis de nombreuses années. Plus
récemment, de nouvelles spécialités se sont développées autour des
biomatériaux, biocarburants comme du recyclage ou de la lutte contre la
pollution.
Dans le domaine du génie des procédés, la recherche d’économies d’énergie, de
matière ou la réduction des émissions polluantes est depuis longtemps une
contrainte forte imposée par les impératifs économiques.

Pour l’industriel cependant, peu importe les fondements d’une vérité : si elle est
sociétalement admise, il n’a d’autre choix que de s’y plier sous peine de subir un
déferlement médiatique pouvant mettre en péril son entreprise.
Un colloque «Enseignement de la Chimie pour le développement industriel
durable», avait été organisé en septembre 2011 conjointement par la «Division de
Chimie Industrielle» et la «Division Enseignement Formation» de la Société
Chimique de France. Il en est ressorti que pour les industriels, la priorité des
formations est avant tout de fournir des chimistes compétents. Ils seront alors tout à
fait capables d’intégrer la notion de durabilité dans l’exercice de leur profession. Le
monde industriel reste ainsi réservé quant à l’intérêt de l’introduction dans les
différents cursus de formation d’options orientés « durabilité » dont on ne saurait
définir les contenus réellement spécifiques. Ils sont par contre demandeurs de
formations moins spécialisées en chimie, présentant un caractère pluridisciplinaire
plus marqué et intégrant notamment une formation à la toxicologie.

Si l’on fait abstraction de la pertinence scientifique du concept, un enseignement


orienté développement durable n’en repose pas moins sur des bases scientifiques
solides. L’enseignement de la chimie doit donc être large et complet, afin de fournir
aux étudiants la totalité du langage leur permettant de s’approcher des domaines
applicatifs clés pour notre futur. Il faut donc éviter les spécialisations précoces ;
montrer l’universalité des méthodes, et favoriser la capacité à apprendre par soi-
même. La chimie- science ancienne- a en effet développé un corpus considérable
que seule une organisation de la réflexion, une compréhension des mécanismes,
permet d’appréhender. Cette combinaison d’un enseignement très large, mais en
même temps d’un corpus immense qui sera donc en grande partie à découvrir est un
challenge pour les choix pédagogiques. C'est aussi cette perspective que Serge
Walter insiste sur le fait que l’enseignement du développement durable soit d'abord
une mise en garde, une incitation à la prudence scientifique plutôt qu’une
transmission de savoir établi et dûment vérifié.

Deux aspects sont également originaux :


• Le rôle de la pratique : c’est aussi un aspect du développement durable, que
de chercher un ancrage permanent dans le réel, dans le factuel, et pas seulement dans
une compréhension abstraite. Cela permet de comprendre le rôle de la complexité –
des impuretés, des « coups de main », des phénomènes transitoires, compétitifs,
instables qui sont parties prenantes d’une complexité de la réalité
• Le rôle d’une recherche très développée qui vise simultanément à simplifier
des mécanismes en les unifiant et à rendre les développements plus foisonnants en
explorant de nouvelles voies. Ceci explique aussi la forte proportion d’ingénieurs
prolongeant leurs études par un doctorat.

5.3.2 Etat des réalisations

S’il est difficile donc de définir les spécificités d’une option « chimie durable » tant
cette préoccupation est partie intégrante de toutes les formations, à l’instar de celle
de « sécurité », néanmoins, plusieurs cursus l’intègrent déjà lisiblement dans leur
offre de formation, probablement guidés par l’objectif de renforcer leur attractivité
auprès des étudiants en profitant d’un courant médiatiquement favorable, mais
intégrant cette approche pluridisciplinaire recherchée par l’industrie.

L’ensemble des écoles de chimie regroupées dans la Fédération Gay Lussac, et


notamment CPE Lyon, partagent cette vision de la formation.

Les universités proposent des formations de tous niveaux dédiés au développement


durable et à l'éco-conception. Les dénominations nationales dans lesquelles
s'inscrivent les formations professionnelles dédiées aux matériaux et/ou à
l'environnement sont "Plasturgie et Matériaux Composites" et "Production
Industrielle". On recense actuellement plus de 800 formations diplômantes allant du
BEP au master qui revendiquent le terme "environnement" avec des mots clé tels
que rural, urbain et industriel, eaux potables, air, pollution, gestion du tri, énergies.
La plupart de ces formations offrent une formation généraliste, mais peu sont
effectivement tournées vers la plasturgie et les matières plastiques. Il existe quelques
formations consacrant plus de 20 heures à l'éco-conception au sens le plus large du
terme.

De même, il existe un grand nombre de formations dédiées aux polymères, matières


plastiques et composites. Quelques-unes incluent la notion de recyclage dans le
descriptif, mais les spécialisations ou options traitant effectivement de l'éco-
conception n'apparaissent que très rarement.

Pour répondre aux besoins clairement exprimés par la Plasturgie française, des outils
de formation ont été développés pour les entreprises et les centres de formation, avec
pour objectif l'information et la sensibilisation des jeunes en formation et des
salariés aux problématiques du développement durable dans la plasturgie. La
plateforme web [Link] est dédiée au développement durable
dans les formations en plasturgie et destinée aux enseignants pour alimenter leurs
modules de formations sur la thématique "développement durable", qu'ils soient ou
non spécialisés en plasturgie.
[[Link]

En conclusion, le monde moderne est en demande de plus d’énergie, moins chère,


mais moins polluante et inépuisable; de matériaux légers, mais aussi réutilisables ou
recyclables; d’une meilleure santé et de soins appropriés au traitement de son
altération ; d’un meilleur respect de toutes les choses et êtres, par une meilleure
compréhension de leur fonctionnement et leurs interactions.
Notre capacité d’agir sur la planète impose une éthique de ce pouvoir, et donc une
extrême compétence, laquelle passe obligatoirement par un croisement, voire une
fusion, de science, d’économie, de valeurs humaines.
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