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Caractérisation du polyéthylène anisotrope

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Caractérisation mécanique et modélisation

thermodynamique du comportement anisotrope du


polyéthylène à haute densité. Intégration des effets
d’endommagement
Rida Arieby

To cite this version:


Rida Arieby. Caractérisation mécanique et modélisation thermodynamique du comportement
anisotrope du polyéthylène à haute densité. Intégration des effets d’endommagement. Autre. Institut
National Polytechnique de Lorraine, 2007. Français. <NNT : 2007INPL085N>. <tel-01752905>

HAL Id: tel-01752905


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INSTITUT NATIONAL POLYTECHNIQUE DE LORRAINE
Ecole Doctorale EMMA

THESE

présentée par

Rida ARIEBY
pour l’obtention du grade de

DOCTEUR DE L’INPL
Spécialité : Mécanique et Energétique

Caractérisation mécanique et modélisation


thermodynamique du comportement
anisotrope du polyéthylène à haute densité.
Intégration des effets d'endommagement

Soutenue publiquement le14 Novembre 2007

MEMBRES DE JURY :

B. Monasse Maître de Recherche, E.N.S.M.P., C.E.M.E.F., Sophia Antipolis, (Président).

A. Tcharkhtchi Maître de Conférences (HDR), ENSAM, Paris, (Rapporteur).

M. Nait Abdelaziz Professeur, USTL, LML, Polytech-Lille, (Rapporteur).

A. Abdul-Latif Professeur, Université de Paris 8, IUT de Tremblay-En-France, (Examinateur).

E. Gandin Ingénieur de Recherches, Société Solvay, Bruxelles, (Examinateur).

C. Cunat Professeur, E.N.S.E.M., Nancy (Co-Directeur de Thèse).

R. Rahouadj Maître de Conférences (HDR), I.N.P.L, E.N.S.E.M., Nancy (Directeur de Thèse).

Laboratoire d’Energétique et de Mécanique Théorique Appliquée – UMR CNRS 7563


À la mémoire de mon père et de ma mère,
je leur dédie cette thèse.
Paix à leurs âmes.
À ma femme, à ma famille.
Remerciements

Ce travail a été réalisé au sein du laboratoire d’Energétique et de Mécanique


Théorique Appliquée (LEMTA, UMR CNRS 7563) à l’université de Nancy.
Je souhaite tout d’abord exprimer ma profonde gratitude à Monsieur RAHOUADJ
Rachid, mon directeur de thèse, pour sa gentillesse et son soutien lors mon arrivée
au laboratoire et pour tout le temps passé à discuter, à réfléchir, à m’encadrer et à
m’instruire.
Monsieur le professeur CUNAT Christian a co-encadré ce travail, je le remercie et je
retiendrai sa grande disponibilité surtout pendant les moments de doute et de
grandes difficultés.
J’exprime ma reconnaissance envers Messieurs les professeurs TCHARKHTCHI
Abbas et MOUSSA NAIT Abdelaziz pour avoir accepté d’examiner de façon très
détaillé mon mémoire et d’en proposer un rapport. Un grand merci également à
Messieurs les professeurs MONASSE Bernard qui m’a fait l’honneur d’être président
du jury de thèse, et ABDUL-LATIF Akrum ainsi que GANDIN Ezio pour avoir accepté
d’en être les examinateurs.
Je voudrais vivement remercier CANTERI Laurence pour le soutien apporté surtout
pendant la phase de relecture de mon travail et pour ses remarques pertinentes.
Je souhaite également exprimer toute mon amitié à HABOUSSI Mohamed, qui a
toujours été présent au cours de ces années de thèse.
Je remercie sincèrement tous mes camarades et amis, Bader, Norbert et tout le
groupe Mécanique de Solide du LEMTA pour toute l’aide qu’ils m’ont accordée.
Enfin, j’exprime ma profonde gratitude à mon épouse et à toute ma famille, pour leurs
encouragements et leur constant soutien.
Table des matières

INTRODUCTION ........................................................................................................ 5

CHAPITRE I ETAT DE L’ART SUR LE COMPORTEMENT MECANIQUE DES


POLYMERES SEMI-CRISTALLINS .......................................................................... 9
I.1 Introduction ........................................................................................................ 9
I.2 Microstructure et morphologie des polymères semi-cristallins ........................... 9
I.3 Micromécanismes de déformation et d’endommagement des polymères semi
semi-cristallins ................................................................................................. 12
I.3.1 Observation de la phase amorphe................................................... 13
I.3.2 Observation de la phase cristalline.................................................. 14
I.3.3 Observation des sphérolites ............................................................ 15
I.3.4 Micromécanismes d’endommagement ............................................ 16
I.4 Réponse mécanique en grandes déformations................................................ 18
I.5 Apparition des instabilités plastiques ............................................................... 21
I.6 Variation de volume sous sollicitations mécaniques ........................................ 21
I.6.1 Principales techniques de mesure et résultats obtenus................... 22
I.6.2 Principales descriptions de la variation de volume .......................... 24
I.6.3 Mécanismes d’endommagement observés en traction uniaxiale..... 26
I.7..Modélisation...du...comportement..mécanique...prenant…en…compte.
l’endommagement ........................................................................................... 27
I.7.1..Pré[Link]..quelques..modèles..micromécaniques
. d’endommagement.......................................................................... 29
I.7.2 Quelques modèles phénoménologiques d’endommagement .......... 35
I.7.3 Modèles postulant directement une cinétique d’endommagement. . 36
I.7.4..Modèles fondés sur l’introduction d’un pseudo-potentiel de
dissipation........................................................................................ 37
I.8 Conclusion ....................................................................................................... 40

1
CHAPITRE II PROCEDURE EXPERIMENTALE ..................................................... 41
II.1 Polymère étudié .............................................................................................. 41
II.2 Géométrie et préparation des éprouvettes...................................................... 41
II.3 Mesure tridimensionnelle des déformations et pilotage des essais ................ 44
II.4 Protocole expérimental ................................................................................... 46
II.5 Définitions des grandeurs mesurées............................................................... 47
II.6 Conclusion ...................................................................................................... 50

CHAPITRE III RESULTATS EXPERIMENTAUX ..................................................... 51


III.1..Comportement..mé[Link]..polyéthylène..à..[Link]é..obtenu..par
. extrusion sous forme de plaque .................................................................... 51
III.2..Analyse.mécanique..des..instabilité[Link]ées..[Link]..[Link]..de
. traction uniaxiale ........................................................................................... 55
III.3...[Link]..en..fonction..de..la..direction..de
. prélèvement α ................................................................................................ 62
III.4..[Link].ν[Link].ν[Link] [Link] en
. en fonction de la déformation......................................................................... 64
III.5 Mesure des coefficients de Poisson ν12 et ν13 ................................................ 67
III.6 Effet de l’épaisseur des éprouvettes sur les réponses du matériau. .............. 71
III.7 Etude de la sensibilité à la vitesse de déformation ........................................ 75
III.8 Sollicitation cyclique au cours de la décharge................................................ 80
III.9 Conclusion ..................................................................................................... 80

CHPITRE IV MODELISATION DU COMPORTEMENT MECANIQUE DU


POLYETHYLENE A HAUTE DENSITE APPROCHE THERMODYNAMIQUE....... 83
IV.1. Introduction.................................................................................................... 83
IV.2. Positionnement du problème sur le plan thermodynamique .......................... 83
IV.2.1. Potentiel thermodynamique........................................................... 85
IV.2.2. Lois d’état...................................................................................... 87
IV.2.3. Modélisation de l’évolution des variables dissipatives. Hypoth-èses
. èses de la TPI............................................................................... 88
[Link] d’état relaxé et hypothèse simplificatrice de linéarité
linéarité thermodynamique ..................................................... 88
[Link]èse cinétique et introduction des temps de relaxation 89
IV.2.3.3.Découplage de MEIXNER - Modes dissipatifs normaux ........ 90

2
IV.2.4..Analyse des temps de relaxation .................................................. 90
IV.2.4.1..Temps de relaxation au voisinage de l’équilibre ................... 91
IV.2.4.2. Extension de la modélisation aux processus non-linéaires... 92
IV.2.4.3. Distribution des temps de relaxation ..................................... 94
IV.2.5..Reformulation et enrichissement des équations constitutives de
base.............................................................................................. 97
IV.3. Vers une modélisation des polymères semi-cristallins .................................. 99
IV.3.1. Peut-on parler d’état relaxé pour un polymère semi-cristallin ?... 101
IV.3.2. Modélisation mécanique multi-échelle pour le Polyéthylène à Haute
Haute Densité présentée par M’RABET et servant de base.à une
à une formulation plus générale ................................................. 103
IV.4 .Premières réflexions sur les améliorations physiques à apporter............... 109
IV.5. Proposition d’une nouvelle formulation de la réponse mécanique du PEHD,
PEHD, avec prise en compte des effets d’endommagement et de la
de la déformationvolumique en grandes déformations ............................... 110
IV.5.1..Prise en compte des effets d’anisotropie..................................... 118
IV.5.2..Modélisation de l’état d’équilibre ................................................. 119
IV.5.3..Modélisation des spectres de relaxation conduisant à l’état relaxé
relaxé et à l’état d’équilibre thermodynamique vrai.................... 123
IV.5.4..Modélisation de l’évolution des propriétés élastiques en fonction
.fonction des sollicitations, incluant les effets d’endommagement125
IV.5.5..Bilan du système d’équations retenues dans le cadre du présent
présent modèle........................................................................... 128
IV.6 Conclusion................................................................................................... 130

CHAPITRE V CONFRONTATION DU MODELE THERMODYNAMIQUE ET DES


PRINCIPAUX RESULTATS EXPERIMENTAUX ................................................... 133
V.1 Identification des paramètres........................................................................ 133
V.2 Sensibilité des réponses du matériau aux différents paramètres du
du modèle ................................................................................................ 143
V.3 Prise en compte de l’anisotropie du matériau............................................... 151
V.3.1. Anisotropie élastique observée aux petites déformations ............ 151
V.3.2 Anisotropie élastique observée aux grandes déformations .......... 153
V.4 Conclusion.................................................................................................... 156

CONCLUSION ET PERSPECTIVES ..................................................................... 159

3
ANNEXES .............................................................................................................. 165
A Transformation de LEGENDRE....................................................................... 167
B..Expérience..de..KOVACS..–..Preuve..de..l’existence..d’une..spectre de
de relaxation ............................................................................................... 169
C Approche gaussienne du comportement de la phase amorphe ...................... 170
D Définition du spectre des temps de relaxation et des poids ............................ 176
E Estimation du module de Young par méthode vibratoire ................................. 178

BIBLIOGRAPHIE ................................................................................................... 181

4
INTRODUCTION

Le contexte scientifique
Un certain consensus se dégage aujourd’hui autour du développement sur mesure
de nouveaux matériaux polymères présentant de multiples propriétés spécifiques et
donnant satisfaction dans des secteurs aussi divers que ceux de la sécurité, de la
santé, de l’environnement, de l’ingénierie et du confort.
Le défi scientifique consiste à rendre compatibles de hautes performances de type
mécanique (ténacité, résistance spécifique, élasticité, absorption dynamique
d’énergie) avec des propriétés telles que la tenue thermique, la biodégradabilité, la
biocompatibilité, la perméabilité, la tenue en service, et la fiabilité sous sollicitations
cycliques. Les réponses à ce type de cahier des charges se trouvent du côté de
l’élaboration de matériaux à structure multiéchelle (allant du nanomètre au
centimètre) et à propriétés contrôlées. Elles impliquent une synergie des recherches
allant des secteurs de la chimie aux couplages multiphysiques en mécanique, et
nécessitent le développement de méthodes et d’outils de caractérisation avancés.
Des laboratoires de l’Institut National Polytechnique de Lorraine ont déjà engagé une
démarche de structuration de leurs recherches dans le domaine des polymères et
dans le cadre de la Fédération Jacques Villermaux. C’est dans ce contexte que nous
proposons de contribuer au développement de la thématique de recherche
s’inscrivant dans le domaine du comportement thermomécanique des polymères
multistructurés.
Le contexte nancéien est sur ce plan extrêmement favorable, puisqu’il présente une
palette de savoir-faires très étendue, allant de la formulation moléculaire (génie
chimique, génie des procédés) à la tenue en service des éléments de structures
(génie mécanique). Ainsi, le Laboratoire d’Energétique et de Mécanique Théorique et
Appliquée (LEMTA, ENSEM) dont nous faisons partie, présente une expertise dans
l’analyse et la modélisation thermodynamique du comportement des matériaux
polymères en petites et grandes déformations (hyper-élasto-visco-plastiques…),
avec prise en compte du vieillissement, et dans l’étude et la modélisation du
dégagement local de chaleur associé à la déformation, et enfin dans la considération
des trajets et séquences de chargements thermomécaniques complexes et couplés.

Le lien entre la structure des polymères multistructurés et leur


comportement thermomécanique
La multiplicité des échelles doit être convenablement caractérisée et prise en compte
si l’on veut arriver à une compréhension claire des propriétés d’usage des polymères
multistructurés.
Pour illustrer ce propos, nous pouvons considérer l’exemple du PEHD semi-cristallin
qui semble assez instructif, notamment pour le lien qu’il permet entre sa constitution

5
intime et ses propriétés thermomécaniques. Une première structuration est observée
à l’échelle du 1/10ème de nanomètre, une autre organisation est visible au niveau
des lamelles cristallines, dont l’épaisseur est de l’ordre de la dizaine de nanomètres,
et qui sont séparées par des zones amorphes interlamellaires (également environ 10
nm), pour aboutir enfin à une répartition sphéroïdale de ces mêmes zones amorphes
à l’échelle de quelques 10 micromètres.
Pour construire et proposer des lois de comportement performantes, utilisables en
ingénierie, il apparaît également incontournable de connaître les relations de
causalité entre les modifications de la microstructure et les sollicitations imposées
(e.g. du point de vue mécanique nous constatons des anisotropies initiales et
induites (souvent orthotrope d’origine, devenant monoclinique, voire triclinique), des
effets d’endommagement de nature tensorielle…).
Bien que fort complexe, cette problématique scientifique n’en est pas moins
passionnante. L’étendue des échelles impliquées nécessite donc l’utilisation d’outils
d’observation qui permettent son exploration de préférence en cours d’essais. Une
telle ambition ne peut se passer d’observations. Il s’agira par exemple (et nous avons
déjà commencé à le faire au LEMTA) de faire converger des informations émanant
de techniques totalement indépendantes, afin de reconstituer des scénarii de
comportement sous sollicitations contrôlées. L’idéal serait de réaliser des
observations multi-échelles aussi peu agressives que possible à l’aide d’un MEB à
effet de champ, permettant de travailler sous pression, température, et taux
d’humidité contrôlés, et à faible tension. L’innovation porte ici sur la mise au point
d’expérimentations spécifiquement conçues et originales, donnant accès aux divers
couplages mettant en scène les propriétés d’usage et la (nano-micro-méso)-
structure.

La modélisation thermodynamique des lois de comportement


physiques et thermomécaniques et les essais expérimentaux
En termes de lois de comportement, les évolutions majeures de ces dernières
années ont conduit les chercheurs à une prise en compte plus fidèle des aspects
suivants :
• l’hétérogénéité couvrant des échelles multiples dans l’espace, mais aussi
dans le temps ;
• la prise en compte des couplages multiphysiques (e.g. thermique et
mécanique,…) ;
• l’anisotropie des propriétés liée au mode d’élaboration ;
• l’anisotropie induite lors des sollicitations imposées ;
• l’endommagement isotrope, et plus souvent anisotrope, conduisant à la ruine
du matériau sous contrainte ;
• la nécessité de considérer des sollicitations complexes, pas uniquement
uniaxiales, se rapprochant des conditions réelles d’utilisation ou de

6
fonctionnement des pièces et éléments de structures (multiaxiales,
cycliques,…) ;
• les sollicitations dynamiques ou extrêmes (grandes déformations et vitesses,
hautes températures…).
En ce qui nous concerne, les compétences et outils qui ont été développés au
LEMTA permettent d’ores et déjà de prévoir des comportements thermomécaniques
assez complexes. L’objet de ce mémoire est de proposer un traitement alternatif
ambitieux visant à décrire selon un formalisme cohérent les comportements de type
élasto-visco-plastique avec endommagement (et donc variation de volume), et ce
pour les polymères thermoplastiques semi-cristallins dont le Polyéthylène à Haute
Densité (PEHD) constitue l’archétype. L’objectif ultime de notre travail est de
construire un modèle tridimensionnel intégrable dans des codes d’éléments finis à
vocation industrielle et centrés sur l’utilisation des polymères techniques.
Ce travail expérimental et de modélisation est développé au sein de l’équipe que
dirige le Professeur Christian Cunat. La Thermodynamique des Processus
Irréversibles (TPI) pour les milieux continus, constitue le cadre formel dans lequel
nous exprimons les lois constitutives. Elle présente l’avantage de prendre en compte
divers couplages multi-physiques aux différentes échelles, sans devoir faire appel à
un surplus d’hypothèses empiriques. Notre approche s’appuie principalement sur
l'évolution de variables internes conduisant à une description locale du Volume
Elémentaire Représentatif (VER). On peut, dans un premier temps, négliger les
gradients des variables intensives au sein de ce VER. Les hétérogénéités
interviennent par le truchement d'une distribution statistique de processus dissipatifs,
que l’on exprime dans une base modale, afin de les découpler.
Signalons par ailleurs, que ce cadre thermodynamique est potentiellement apte à
prendre en compte les transferts à la frontière du système étudié, ce qui ouvre la
voie à l’étude des procédés d’élaboration.
L’analyse du comportement global des matériaux hétérogènes passe par une phase
plus ou moins explicite d’homogénéisation. Notre approche est guidée par la théorie
des fluctuations thermodynamiques, offrant la possibilité de décrire le comportement
local des matériaux présentant des effets de mémoire.
La cinétique de relaxation de chaque mode de dissipation peut être considérée
comme non-linéaire, la théorie de l’état transitoire activé sert de support à la
modélisation de cette non-linéarité. Il nous suffit en effet de considérer un col
d’activation dépendant de l’écart à l’équilibre. Cela revient donc à introduire un
facteur de glissement du spectre le long de l’échelle de temps des relaxations, qui
permet de reproduire les effets de mémoire liés à l’histoire du chargement
thermomécanique. La théorie des fluctuations permet ainsi de calculer le poids
relatifs des fluctuations juste avant leur régression, le spectre de relaxation initial
étant fixé par avance. L’ensemble des temps de relaxation et leurs poids respectifs
(sur le processus de régression) constitue le spectre de relaxations au voisinage de
l'équilibre.

7
Pour les polymères, l’état relaxé doit non seulement prendre en compte les effets
élastiques induits par les interactions secondaires (Van der Waals, hydrogène, ...)
entre unités structurales, mais également les effets entropiques liés à la statistique
des chaînes macromoléculaires sous sollicitations mécaniques. Le concept de
réorientation de chaînes, faisant appel aux fonctions de Langevin, est ici
particulièrement précieux (modélisation de l'élasticité entropique). Ainsi, la
description bien connue de Arruda et Boyce (e.g. modèle à 8 chaînes) est incorporée
dans la modélisation de la contrainte relaxée.

Le mémoire de thèse
Le premier chapitre sera consacré à une présentation de l’état de l’art concernant les
spécificités microstructurales des polymères semi-cristallins, leurs mécanismes de
déformation et le rôle des différentes phases. A la suite de cette présentation, nous
passerons en revue les principaux modèles dédiés à l’étude mécanique de
l’endommagement de ces matériaux.
Les caractéristiques du Polyéthylène à Haute Densité étudié ainsi que les techniques
expérimentales mises en œuvre feront l’objet du deuxième chapitre. Nous y
décrirons le protocole et la méthode de caractérisation des déformations permettant
de suivre l’évolution des propriétés apparentes au cours de la sollicitation.
Dans le troisième chapitre, nous présenterons l’ensemble de nos résultats
expérimentaux obtenus principalement sous sollicitation uniaxiale avec diverses
séquences de chargement. Toutes ces informations expérimentales seront
systématiquement présentées en fonction de la direction de prélèvement des
éprouvettes dans le plan de la plaque extrudée. Cette précaution permettra de ne
pas négliger a priori une anisotropie potentielle, qu’elle soit présente à l’état de
livraison du matériau, ou qu’elle soit induite au cours de la sollicitation.
Le quatrième chapitre sera consacré à la présentation de la modélisation du
comportement mécanique du PEHD. Nous commencerons par un exposé des
fondements thermodynamiques constituant le cadre dans lequel nous formulerons
une loi spécifique. Ce chapitre, assez long, comprend aussi une présentation du
modèle de K. MRABET, sur lequel nous avons commencé notre étude, et qui est à
l’origine de notre propre modélisation. Nous tenterons d’intégrer l’endommagement
dans le contexte des grandes déformations.
Les simulations seront ensuite confrontées aux résultats d’essais, ce qui nous
permettra d’évaluer la pertinence et l’efficacité du modèle dans quelques cas de
chargement réputés difficiles à modéliser. Ce travail de confrontation
expérience/modèle théorique fera l’objet du cinquième chapitre qui comprendra
également une discussion générale où des perspectives seront suggérées.

8
CHAPITRE I
ETAT DE L’ART SUR LE COMPORTEMENT MECANIQUE
DES POLYMERES SEMI-CRISTALLINS

I.1 Introduction
Parmi les polymères semi-cristallins, le Polyéthylène à Haute Densité, PEHD, a fait
l'objet de nombreux travaux et est souvent considéré comme un matériau modèle
pour l’étude du comportement mécanique. Le développement d’une loi de
comportement efficace passe par la compréhension et la modélisation des
phénomènes microstructuraux. Dans ce chapitre, on s’attachera donc à résumer et à
rappeler le rôle que joue la microstructure sur le comportement mécanique, on
s’intéressera notamment aux processus d’endommagement apparaissant aux
grandes déformations.

I.2 Microstructure et morphologie des polymères semi-cristallins


La cristallinité de ce type de polymères résulte d’empilements réguliers de chaînes
macromoléculaires. Leurs extrémités étant différentes du reste du polymère, ces
macromolécules ne peuvent être entièrement régulières, en conséquence, l’ordre ne
peut être total et il y a coexistence de phases amorphe et cristalline, [Oud 94]. Cette
microstructure a d’abord été décrite à l’aide d’un modèle dit de « micelles à franges »
[Mand 55] [Haud 91] [Ferr 87], dans lequel les zones cristallines sont représentées
par des séquences ordonnées où les chaînes sont alignées (figure I.1-a). La taille
des zones cristallines, ou celle des micelles, y est estimée à 5-50 nm. Compte tenu
de leur longueur, les macromolécules peuvent faire partie de plusieurs cristallites,
orientées aléatoirement, et traverser des zones moins ordonnées. Un autre modèle
représentatif de la structure des polymères est apparu dans les années soixante,
confirmant ainsi la notion de repliement de chaînes (figure I.1-b et I.1-c). On peut
distinguer deux configurations extrêmes de repliements des chaînes
macromoléculaires : le repliement serré (figure I.1-b) et le repliement désordonné
(figure I.1-c). Dans ce dernier cas, une même chaîne peut donc participer à la fois à
la phase amorphe et à la phase cristalline, contrairement au premier mode de
repliement où la chaîne participe seulement à la formation de la même cristallite
[Ferr 87] [Fis 63] [Kell 68].
Par ailleurs, dans un polymère semi-cristallin non orienté, on considère
habituellement trois niveaux d’observation de la microstructure. Le premier niveau
correspond à l’échelle comprise entre 0,1 et 1,0 nm. On y décrit les interactions entre
les segments de chaînes voisins contrôlant le comportement de la phase amorphe. À
l’intérieur d’une cristallite, des défauts provoquent des augmentations locales de

9
distances inter-chaînes et favorisent le glissement des chaînes les unes par rapport
aux autres.

Fig. I.1. Arrangement des chaînes a) micelles frangées, b et c) repliements successifs


serrés et désordonnés [Dah 92]

Le deuxième niveau correspond à l’épaisseur d’une couche de lamelle cristalline et


de phase amorphe (figure I2-b), aux alentours de 100A. Dans la couche de phase
amorphe, on retrouve des brins de chaînes, mais aussi des parties de chaînes
appartenant à deux cristaux voisins. Ces chaînes dites liées déterminent la continuité
du matériau, régissant ainsi son niveau de résistance mécanique. Vu l’orientation du
cristal, cela engendre une certaine anisotropie. Les déformations intervenant
perpendiculairement à l’orientation de la lamelle cristalline, se produiront plus
facilement que dans le sens parallèle.
L’empilement phase cristalline-phase amorphe se présente sous forme de rubans
légèrement torsadés constituant des cristallites, (figure I.2-c).

Fig. I.2. Représentation multi-échelle de la morphologie microstructurale des polymères


semi-cristallins. a) chaîne macromoléculaire, b et c) couches de phase cristalline-phase
amorphe, d) sphérolites.

La cristallisation du matériau fondu se produit sur des sites de germination ; la


croissance du cristal va généralement se faire d’une manière isotrope, conduisant à
la formation de sphérolites, qui constituent le troisième niveau d’observation (figure
I.2-d). Les lamelles cristallines dans un sphérolite sont reliées par la phase amorphe.
Ces sphérolites peuvent croître jusqu’à se rencontrer et former une structure
polygonale. La taille de ces sphérolites dépend du type de polymère et du processus
thermique [Var 92], elle peut varier du micromètre au millimètre. La figure I.3-1
présente une structure sphérolitique typique observée sur le PEHD, [Coel 02].
Les procédés de mise en forme des polymères (e.g: moulage, injection, extrusion…)
ont une incidence importante sur la morphologie cristalline, notamment en présence

10
de gradients thermiques ou lorsque la sollicitation mécanique est exercée avant ou
pendant la cristallisation. Les morphologies suivantes peuvent être observées : a)
des sphérolites sphériques, b) des sphérolites aplatis en forme d’ellipsoïde, c) des
disques en forme de gerbes, d et e) des cylindrites, (figure I.3-2), [Haud 95].

50 µm
µ

Fig. I.3. (1) Sphérolites de PEHD et d’EBA [Coel 02] ; (2) : Evolution des morphologies
cristallines a) sphérolites sphériques, b) sphérolites aplatis en forme d’ellipsoïde, c) disques
en forme de gerbes, d et e) cylindrites [Haud 95].

La taille des sphérolites et l’organisation des lamelles cristallines varient en fonction


de l’histoire thermique et des agents de nucléation [Can 02] [Brow 83]. Au cours d’un
procédé de mise en forme, les conditions de refroidissement local peuvent conduire
à des morphologies variant dans l’épaisseur du produit. Dans les zones de
refroidissement rapide, on obtient plutôt une microstructure à sphérolites de très
petites tailles, voire non sphérolitique, et un faible taux de cristallinité. De la même
manière, une trempe depuis l’état fondu diminue le taux de cristallinité [Ham 00]. En
revanche pour un refroidissement lent, la microstructure comprend des sphérolites
plus gros (50µm) comportant des vides, le taux de cristallinité sera alors plus élevé
[Ham 00] [Can 02].
Le polyéthylène est un matériau thermoplastique obtenu par polymérisation de
l’éthylène ( ) menant à des macromolécules composées de la répétition d’un
motif monomère ( − ) , [Add 06-a] [Li 01]. Le Polyéthylène à Haute Densité
(PEHD) est un polymère linéaire ne comportant aucune ramification courte et une
fraction de branches longues très faible. Ce polymère, de densité comprise entre
0,94 et 0,986, est obtenu à basse pression. En revanche, pour le Polyéthylène à
Basse Densité (PEBD) obtenu par polymérisation sous haute pression, les
ramifications ont des tailles très dispersées.
L’architecture macromoléculaire et la cristallinité sont probablement les facteurs les
plus importants contrôlant les propriétés rhéologiques du polymère à l’état fondu, et
ont une influence sur le procédé de mise en forme, et les propriétés mécaniques du
produit final [Add 06-a] [Li 01] [Rau 02].
Le PEHD, de motif ( − ) et de masse molaire 28g/mole, possède une
configuration en zigzag, figure I.4-b. La phase cristalline est de structure
orthorhombique de paramètres a = 0,741 nm , b = 0,494 nm , c = 0,255 nm , Fig.4-a,

11
[Haud 95]. La masse volumique théorique pour ce type de cristal est de
0,997 g cm 3 , et d’environ 0,85 g/cm 3 pour une phase totalement amorphe.

Fig. I.4. a) Maille élémentaire du PE, b) configuration du PE [Haud 95].

Les liaisons au sein de la macromolécule sont covalentes, donc beaucoup plus fortes
qu’entre chaînes voisines. Les liaisons inter-chaînes, de Van der Waals, font que le
module d’élasticité théorique dans la direction perpendiculaire à la direction des
chaînes, est de l’ordre de 3000 MPa, et de 240 103 MPa dans la direction des
chaînes [Haud 95].

I.3 Micromécanismes de déformation et d’endommagement des


polymères semi-cristallins
Une connaissance précise des mécanismes de déformation et d’endommagement
est nécessaire à l’analyse du comportement et des propriétés mécaniques du
matériau. Dans cette partie, les mécanismes de la déformation plastique dans les
polymères semi-cristallins sont succinctement décrits en considérant successivement
la phase amorphe, la phase cristalline, et plus spécifiquement les sphérolites.
Les mécanismes de déformation des polymères semi-cristallins sont étroitement liés
à la présence des deux phases, amorphe et cristalline. À température ambiante, la
phase amorphe des polymères semi-cristallins peut être à l’état vitreux, comme c’est
le cas pour les polyamides (Nylon) et les Polyéthylènes Téréphtalates, ou à l’état
caoutchoutique, comme pour le PEHD et le Polypropylène. Notons que la phase
amorphe contenue dans le milieu semi-cristallin peut présenter des caractéristiques
quelque peu différentes du polymère amorphe massif correspondant, en particulier à
la température de transition vitreuse, [Vig 92]. Dans ce type de matériaux, la phase
amorphe est dispersée et allongée entre les phases cristallines. Elle permettrait un
glissement actif à longue distance dans le cristal, la phase cristalline se déformant
par glissement cristallographique. Des travaux récents suggèrent plutôt un
mécanisme de « détricotage » de la phase cristalline provoqué par la phase
amorphe, [Mon 07]. En revanche, à l’échelle de la morphologie sphérolitique, il faut
prendre en compte la distribution des cristallites dans le sphérolite, ainsi que la
présence de cristallites imparfaites aux frontières.

12
I.3.1 Observation de la phase amorphe
La phase amorphe d’un polymère comme le PEHD, libre et liée, est caoutchoutique.
Son rôle mécanique se réduit donc à la transmission des contraintes d’un cristallite à
l’autre par l'intermédiaire de molécules liantes. Ces chaînes liens, tout comme les
points de réticulation physique, confèrent à l’état amorphe une certaine résistance.
En outre, les macromolécules constituant la phase amorphe liée sont à l’origine de la
création d’une force de retour vers l’état non déformé [Bow 74].
Pour illustrer le déplacement des chaînes dans les zones amorphes interlamellaires,
plusieurs auteurs [Bow 74] [Pet 78] [G’sell 94] [Haud 95] [Cast 00-a], ont utilisé un
modèle simple de composition à deux phases, qui s’applique bien aux polymères
semi-cristallins. Ce modèle met en jeu les deux mécanismes de déformation que
sont :
i) le glissement interlamellaire résultant du glissement des cristaux lamellaires
parallèlement les uns aux autres sous l’effet des contraintes appliquées ; la phase
amorphe est donc cisaillée, (figure I.5-b), et
ii) la séparation interlamellaire résultant des contraintes de traction ou de
compression perpendiculaires à la plus grande surface des lamelles, et se traduisant
par une variation de la distance entre les lamelles ; dans ce cas les chaînes
amorphes sont étirées ou compressées, (figure I.5-c).

Fig. I.5. Micromécanismes de déformation de la phase amorphe dans un polymère


semi-cristallin [Haud 95].

Dans le cas des lamelles cristallines torsadées, les deux mécanismes peuvent
coexister au sein d’une même phase interlamellaire [Haud 95].
Pour le PEHD sollicité en petites déformations, le glissement interlamellaire est le
mécanisme prédominant [Lin 94] [Bar 96] [Fon 02]. La contrainte nécessaire à
l’activation de ce mécanisme de séparation est assez élevée, à cause de la faible
épaisseur de la couche amorphe. En traction, ce phénomène peut être l’origine de la
création de cavités interlamellaires [Kar 83] [Cast 00-a] [Fon 02] [Add 06-b].

13
I.3.2 Observation de la phase cristalline
Compte tenu de la grande résistance des régions cristallines (par rapport aux zones
amorphes), ces dernières vont intervenir ultérieurement dans le processus de
déformation. Il est souvent admis qu’un cristal polymère peut se déformer (comme
pour un cristal métallique) en faisant intervenir des mécanismes cristallographiques
tels que le glissement, le maclage ou la transformation martensitique
[Bow 74][Lin 94][Haud 95]. En revanche, pour de fortes déformations, on observe un
comportement bien caractéristique des polymères : les cristaux lamellaires se
fragmentent en petits blocs cristallins, reliés à la phase amorphe par des
macromolécules étirées. Cette nouvelle structure fibrillaire n’a plus de relation
d’orientation avec la structure d’origine [Pett 71] [Paw 07] ; elle confère au matériau
un durcissement de type hyperélastique (figure I.6).

Fig. I.6. Réorganisation structurale ; passage d’une morphologie lamellaire à fibrillaire [Pett 71].

La transformation martensitique du polyéthylène, peu fréquente, correspond à une


transformation de la structure orthorhombique à la structure monoclinique, se
produisant à la limite d’élasticité, et coïncidant avec la formation de microvides
[But 97] [Sch 06]. Le glissement, qui est le mécanisme microscopique de déformation
plastique le plus fréquent pour le PEHD se produit naturellement lorsque la cission
dans le plan de glissement atteint une valeur critique [Bow 74] [Pett 71] régie par les
liaisons de Van der Waals entre les chaînes macromoléculaires [Lin 94]. De plus,
compte tenu des types de liaisons entre atomes (covalentes le long de la chaîne et
de Van der Waals entre les chaînes macromoléculaires), qui limitent les possibilités
de glissement, on peut considérer que seuls sont potentiellement actifs les systèmes
de glissement dont le plan contient l’axe de la chaîne [Haud 95] [Dah 92] [G’sell 94].
On distingue alors deux types de glissement : un glissement dans la direction des
chaînes et un glissement perpendiculaire aux chaînes (figure I.7).

Fig. I.7. Glissement parallèle et perpendiculaire aux chaînes macromoléculaires [Dah 92] .

14
I.3.3 Observation des sphérolites
Les déformations à l’échelle d’un sphérolite suivent des chemins complexes en
raison de l’organisation spatiale des lamelles cristallines qui le constituent. Ainsi, les
zones amorphes et les lamelles cristallines s’y déforment en traction, en cisaillement,
en flexion ou en compression selon leur orientation dans le sphérolite par rapport
l’axe de sollicitation [Abo 95] [Add 06-a] [Sch 06] [Nit 00].
En traction uniaxiale, deux niveaux de déformation et trois zones géographiques sont
habituellement considérés (figure I.8). Dans les premiers stades de la déformation,
les régions amorphes inter-sphérolites sont sollicitées préférentiellement, favorisant
ainsi une déformation homogène et réversible. Progressivement, la déformation
devient non-uniforme suite à la variation de l’orientation des lamelles cristallines
autour de l’axe de sollicitation, et de la localisation de la déformation dans certaines
régions. Cette localisation conduit au processus de cavitation [Sch 06] ] [Add 06-a]
[Paw 07] [But 97] [Cast 00-b].

Fig. I.8. Réponse d’un sphérolite à des sollicitations de tractions uniaxiales [Abo 95].

Selon les observations effectuées par [Abo 95] [Haud 95] [Dom 03] [Add 06-a], la
déformation est initiée au centre du sphérolite, puis se propage vers les zones
périphériques. Les lamelles étant perpendiculaires à la direction de traction
(figure I.8-a), le mécanisme le plus actif est la séparation interlamellaire qui en
grandes déformations, peut provoquer une extension importante des molécules de
liaisons dans la phase amorphe conduisant à la formation de cavités et à la
fragmentation des lamelles en petits blocs. Dans les zones diagonales (figure I.8-b),
les lamelles sont soumises à la fois à un glissement et à une séparation
interlamellaire. Les cristallites tournent vers l’axe de traction entraînant la
fragmentation des cristaux. Le sphérolite perd progressivement sa forme sphérique
initiale pour prendre une forme ellipsoïdale. Les zones polaires possèdent une plus
grande résistance à la déformation du fait de l’orientation des lamelles parallèlement
à l’axe de sollicitation (figure I.8-c), introduisant à la fois la séparation et le
cisaillement interlamellaires. L'apparition de la déformation est retardée par rapport
aux autres zones. Toutefois, lorsqu’elle a lieu, elle provient de la fragmentation des

15
lamelles cristallines à cause de la compression latérale due à la déformation des
zones diagonales.
Si maintenant on s’intéresse à la déformation du polymère au niveau macroscopique,
on observe qu’une éprouvette de polymère semi-cristallin se déforme en traction par
le développement et la propagation de la striction. Le modèle de A. PETERLIN [Pett
71] permet de relier l’aspect microscopique à l’aspect macroscopique. Dans la région
où la striction ne s’est pas encore propagée, le glissement et la séparation des
lamelles sont possibles. Au moment de la striction, la morphologie lamellaire devient
fibrillaire par fragmentation des cristaux. Après la striction, les petits blocs qui se sont
formés s’alignent le long de l’axe de l’éprouvette. Les molécules commencent à subir
un étirement de plus en plus important, figure I.6.

I.3.4 Micromécanismes d’endommagement


L’étude de l’endommagement des polymères semi-cristallins est rendue complexe
par l’hétérogénéité de leur structure. L’endommagement joue un rôle très important
sur le comportement mécanique et surtout sur les propriétés élastiques.
Selon la littérature, l’endommagement peut être défini au sens large comme la
création de surfaces de décohésion au sein du matériau. Cette définition couvre
plusieurs mécanismes : "crazing", cavitation, décohésion aux interfaces… Les
"crazes" correspondent à des fissures, craquelures et micro vides.
Etant donné que l’endommagement est dû à la formation d’un certain nombre de
microvides dans le matériau, il s'accompagne d'une variation de volume.
Les micromécanismes précédemment évoqués sont généralement liés à la
fragmentation, à l’orientation des lamelles cristallines et au démêlage des chaînes
dans le sens de la sollicitation [G’sell 94]. Ce phénomène survient lors du passage
d’une structure sphérolitique à fibrillaire.
Les processus de cavitation du polyéthylène dépendent fortement de la morphologie
du PE étudié [Paw 07]. Deux types de cavitation peuvent intervenir dans les
polymères semi-cristallins. Le premier type correspond à des cavités formées au
moment de la cristallisation, par exemple aux nœuds entre les sphérolites. Le
second type de cavitation peut se former au cours de la sollicitation.
Généralement, lorsque le matériau est sollicité mécaniquement, des cavités dont
l’origine est liée à l’existence de défauts de structure prennent naissance dans la
phase amorphe et constituent des zones de concentration de contraintes. La
présence ou non de défauts est un paramètre important dans le mécanisme
microscopique de cavitation.
Selon [But 97] [Cast 00-b] [Paw 05] [Paw 07], un signe de cavitation pour le PEHD se
manifeste par un blanchiment soudain du matériau près de la limite d’élasticité. La
présence d’une cavité va rendre plus probable l’apparition d’un autre vide dans son
voisinage. Les cristallites changent progressivement d’orientation (figureI.9-I). Puis,
si l’on continue à déformer le polymère, les contraintes appliquées augmentant, ces
cavités vont croître et les lamelles cristallines se fragmenter en blocs de plus petites

16
tailles. Des microvides sont alors générés (figure I.9-II), avec des dimensions infimes
par rapport à celles des crazes. Enfin, on observe un alignement des blocs cristallins
et la formation de fibrilles dans la direction de la sollicitation (figure I.9-III). La
coalescence de ces cavités, s’y elle a lieu, est latérale.

Fig. I.9. Micromécanismes de création de microcavités dans un polymère semi-cristallin.

Ces mécanismes correspondent probablement au cas du PEHD. Ils permettent de


caractériser l’évolution de ses propriétés microscopiques au cours de la déformation
en traction.
Plusieurs techniques expérimentales ont été développées à ce sujet : Diffraction de
rayons X au grand angle (WAXS), et au petit angle (SAXS) [But 98] [Sch 06]
[Paw 05] [Paw 07] [Bar 05-a], Microscopie Electronique à Balayage (MEB) [Add 06-
a], ou Microscopie Electronique à Transmission ( MET ) [But 97] [Abo 95].
Récemment, F. ADDIEGO [Add 06-a] a examiné, au MEB, les processus de
cavitation du PEHD sous une traction uniaxiale à température ambiante. La
morphologie sphérolitique à l’état non déformé est illustrée sur la figure I.10. Pour
une faible déformation, ε 1 = 0,05 , des microvides apparaissent dans les régions
périphériques des sphérolites [But 97] [Paw 05] [Paw 07]. La visibilité de ces
craquelures est de plus en plus nette, pour des états de déformation plus sévères. À
partir de ε 1 = 0,7 , on constate des phénomènes de rupture inter-sphérolitiques qui
suivent le contour des sphérolites [But 97], et qui représentent un début de
modification de la morphologie. En effet, cette morphologie sphérolitique a presque
disparu à partir de ε 1 = 0,93 , mises à part quelques régions polaires des sphérolites
qui restent encore présentes. Enfin, l’analyse de F. ADDIEGO met en évidence une
structure microfibrillaire pour une déformation de ε 1 = 1,3 contenant des cavités
orientées parallèlement à la direction de traction [But 97] [But 98] [Paw 05] [Paw 07]
[Bar 05] [Sch 06]. Des observations récentes de diffusion incohérente de la lumière
effectuées au laboratoire par N. RENAULT [Ren 07] montrent que la cavitation
débute dès les premiers stades de la déformation, puis se développe de façon
anisotrope dès que le durcissement hyperélastique devient notable.

17
I.4 Réponse mécanique en grandes déformations
La plupart des polymères présente de multiples propriétés mécaniques : fragiles à
basse température, ils deviennent plastiques, puis viscoélastiques, ou encore
caoutchoutiques, et enfin visqueux au fur et à mesure que la température imposée
augmente. Il est bien connu que les relaxations caractéristiques d’un matériau
traduisent l’activation de mécanismes moléculaires différents suivant la température.
Pour les métaux et les céramiques, ces relaxations varient en fonction de la
température. Au voisinage de la température ambiante elles restent négligeables à
cause de leur haut point de fusion.

Fig. I.10. Schéma de formation des craquelures dans le polyéthylène, et observation des
défauts microstructuraux par MEB dans le PEHD [G’sell 03] [Add 06-a].

Avec les polymères, la situation est différente : entre – 20°C et + 200°C, de tels
matériaux peuvent passer par tous les états cités ci-dessus [War 85]. Leurs
propriétés mécaniques dépendent donc fortement de la position relative de la
température d’essai par rapport aux températures caractéristiques de fusion, de
transition vitreuse et de transition secondaire. De plus, la déformation des polymères

18
semi-cristallins s’accompagne d’une modification microstructurale, ce qui engendre
une variation des propriétés mécaniques au cours de la déformation.
Pour le PEHD, à température ambiante, la phase amorphe présente un
comportement caoutchoutique, tandis que le glissement des lamelles est facilité car
le processus de nucléation et de propagation des dislocations est thermiquement
activé [Ség 98] [Gau 97]. En comparant le PEHD à d'autres polymères semi-
cristallins (figure I.11), celui-ci est l’un des polymères qui présente la plus importante
ductilité à température ambiante. Son taux de cristallinité est l'un des plus élevés. Sa
limite d’élasticité ainsi que son module de Young ont des valeurs parmi les plus
faibles de tous les polymères semi-cristallins [G’sell 02-a] [G’sell 92].

Fig. I.11. Comparaison des propriétés mécaniques du PE par rapport à une sélection de
polymères. a) [G’sell 92], b) Brown 1986 cité par [G’sell 95].

Il est possible de mettre en évidence différents domaines de comportement en


soumettant le matériau à une sollicitation de traction uniaxiale (figure I.12). Ces
domaines sont caractérisés par la perte de linéarité du comportement et par la
recouvrance, c’est-à-dire la capacité du matériau à retrouver son état initial.

Fig. I.12. Sensibilité du PEHD à ; a)- la vitesse de la déformation b)- la température [Hil 00].

19
La perte de linéarité se traduit par une contrainte-seuil et des déformations de type
viscoélastique ou anélastique. Ce seuil, assez faible pour la plupart des polymères,
définit une zone élastique linéaire initiale relativement limitée, de l'ordre de 1% en
déformation. Dans le domaine viscoélastique, associé à une déformation de l’ordre
de 5%, la recouvrance de la déformation à contrainte nulle est totale. Au-delà de ce
niveau de déformation le matériau n’est plus entièrement recouvrable. Une
composante irréversible apparaît, que l’on peut qualifier de plastique ou plus
exactement de viscoplastique [Dah 92] [Ferr 87].
Ce comportement spécifique des polymères est particulièrement lié au fait que les
macromolécules ne réagissent pas toujours instantanément à l’application d’une
sollicitation. Les différentes chaînes moléculaires constitutives tentent de répartir les
contraintes imposées en se réarrangeant physiquement jusqu’à adopter une
configuration d’équilibre. Comme tous les polymères, le comportement du PEHD est
très sensible aux conditions d’essai et plus particulièrement à la vitesse de
déformation et à la température (figure I.12). Plusieurs études ont été réalisées pour
caractériser cette sensibilité [Add 06-a] [Hil 00] [Hob 00] [His 99] [G’sell 92], parfois
en effectuant des sauts de vitesse sur une même éprouvette [Zha 97]. Les courbes
de la figure I.12 montrent que lorsque la vitesse de déformation diminue, ou lorsque
la température augmente, la limite d'élasticité diminue. Le phénomène de
durcissement plastique diminue également d’intensité.

Fig. I.13. a)-Effet de la masse moléculaire sur la réponse en contrainte, b et c)- Vues agrandies
[Hil 00] .

L’influence des paramètres moléculaires tels que la masse molaire, la cristallinité,


l’architecture des chaînes, etc… sur le comportement mécanique macroscopique du
PEHD, a été mise en évidence par plusieurs auteurs [Bar 05-b] [Ola 06] [Hil 00]
[Ség 98] [Hob 00] [Bro 99-b]. Ainsi, pour déterminer l’effet de la longueur des chaînes

20
macromoléculaires sur la réponse en contrainte vraie, HILLMANSEN et al. [Hil 00]
ont examiné quatre types de PEHD avec différentes masses moléculaires (figure
I.13). Lorsque cette masse augmente, la contrainte seuil diminue. La cristallinité à
une influence sur le seuil de plasticité. En effet, plus le matériau est cristallin, plus la
limite d'élasticité est élevée, ce qui est cohérent avec le fait que l’augmentation de la
masse moléculaire conduit à une diminution de la cristallinité. A l’inverse, en grandes
déformations, le durcissement augmente avec la masse moléculaire.

I.5 Apparition des instabilités plastiques


Le domaine des procédés de mise en œuvre industriels des polymères à l’état solide
est très affecté par le phénomène d’instabilité plastique liée à des processus de
localisation de la déformation, puisque celui-ci contrôle l’aspect et les performances
du produit final. Il est donc indispensable de bien comprendre les mécanismes à
l’origine de l’instabilité plastique.
Dans la suite de ce texte, nous nous intéresserons en particulier à l’initiation et à la
propagation de la striction, sur lesquelles de nombreux auteurs ont travaillé, tant du
point de vue mécanique que géométrique [Cri 04] [G’sell 02-b] [Maq 88]. Concernant
le polyéthylène, les recherches ont porté en particulier sur la corrélation entre la
cinétique de localisation de la déformation, la microstructure et les lois de
comportement, ceci jusqu’aux grandes déformations.
Pour les faibles déformations, l’augmentation de la force s’accompagne d’une
déformation homogène, élastique et viscoélastique. L’apparition de la striction
correspond au passage par un maximum de force, dont la valeur est retenue pour
caractériser la contrainte d’écoulement. Le développement de l'instabilité plastique
dans les polymères est très différent de celui des métaux. La striction apparaît
beaucoup plut tôt en déformation. En outre, à partir d’un niveau de déformation
critique, au lieu de s’amplifier jusqu’à la rupture, la striction se stabilise à l’endroit de
son amorçage, et le diamètre de la section minimale ne varie pratiquement plus. Les
épaules de la striction se propagent alors vers l’extrémité de l’éprouvette. La
stabilisation de la striction est notamment due à une forte augmentation de la
contrainte vraie avec la déformation, au-delà de la déformation critique. La
déformation redevient ensuite homogène jusqu’à la rupture de l’éprouvette.

I.6 Variation de volume sous sollicitations mécaniques


Parallèlement au problème de détermination de la loi de comportement du matériau,
plusieurs auteurs se sont intéressés à la mesure de la déformation volumique au
cours d’un essai mécanique. La prise en compte de la déformation volumique
apporte des informations complémentaires importantes pour la caractérisation
mécanique d’un polymère. A notre avis, elle constitue un élément important de la
réponse du matériau sous sollicitation mécanique, au même titre que la contrainte
vraie, et fait partie des données essentiellement à considérer lors de la modélisation
du comportement. En fait, c’est une manière d’étudier les effets de la triaxialité à
partir d’une sollicitation unidirectionnelle.

21
I.6.1 Principales techniques de mesure et résultats obtenus
De nombreuses études ont été menées sur une large gamme de polymères
renforcés ou non, en incluant par exemple l’effet de la température, de la vitesse de
déformation et des inclusions. En revanche, peu de corrélations entre l’architecture
moléculaire et l’évolution de la variation volumique existent. A notre connaissance,
les techniques expérimentales utilisées peuvent être distinguées en trois catégories :
l’extensométrie mécanique, [Pow 72], [Naq 93], [Tan 95] ; la dilatométrie à fluide,
[Del 94] ; et l’extensométrie optique (méthodes Vidéométriques), [G’sell 92] [Fra 94],
[Tié 00], [Par 05], [Cast 07]. Une description détaillée de ces techniques est
proposée dans [Add 06-a].
La mesure de la variation volumique au cours d’un essai uniaxial est très délicate. En
effet, pour la plupart les polymères commencent à se déformer de façon hétérogène,
et développent une instabilité mécanique dès les petites déformations. Une fois que
la striction apparaît, les techniques traditionnelles d’extensométrie deviennent
pratiquement inutilisables. L’extensométrie avec contact donne accès à la mesure de
la déformation moyenne dans la zone utile, et dès l'apparition de la striction, la zone
dans laquelle s’effectuent les mesures est plus grande que la zone affectée par
l’instabilité plastique. Signalons que cette technique ne permet pas de réaliser des
expériences à température élevée.
La nécessité d’une excellente stabilité thermique constitue une autre difficulté,
surtout lorsqu’on veut suivre la variation de volume pendant une période très longue,
comme dans le cas du fluage ou de la relaxation. Pour des polymères, comme le
Polyéthylène et le Polyoxyméthylène, une variation de température de 0,01°C
entraîne une variation de volume de l’ordre de 10-6 , [Del 95]. Une élévation de 1°C
conduirait donc à une dilatation volumique de 10-4 . Signalons que les mesures
thermiques de N. RENAULT au laboratoire montrent des élévations de température
induites par la dissipation qui atteignent quelques degrés. En effet, on passe de 0°C
à environ -0,5°C, puis à +8°C à ε =1, 7 . Ceci nous permet donc d’estimer ∆V / V , qui
peut atteindre 5x10-3 pour α = 2x10 −4 / °C à ε ≈ 1.6 . Ce niveau de dilatation
volumique s’avère négligeable devant celui dû aux effets d’endommagement.
Actuellement les méthodes expérimentales les mieux adaptées se sont
principalement attachées à améliorer la précision des mesures en utilisant des
systèmes vidéo, pour l’enregistrement d’images de l’éprouvette à différentes étapes
de l’extension. Elles permettent d’analyser d’une manière quantitative les
mécanismes induisant la variation volumique.
La majeure partie des publications rapporte des données volumétriques touchant aux
essais de traction, compression, fluage et torsion [Buc 72-a] [Qua 02] [Glo 01]
[Add 06-a] [G’sell 04] [Dur 90]. Mais, en ce qui concerne la variation de volume au
cours de la relaxation, peu d’informations ont été publiées à ce jour, [Del 95] [Mer 81]
[Col 97].
En traction, la plupart des résultats expérimentaux sur la déformation volumique pour
différents grades de polyéthylène (figure I.14), montrent que la phase viscoélastique
s’accompagne d’une légère augmentation de volume. L’écoulement plastique débute
par, soit une densification (remarquée par plusieurs auteurs), soit par une légère

22
augmentation de la variation volumique. Dans certains cas, pour le polyéthylène, le
volume mesuré pour de « faibles » déformations (<30%) est inférieur au volume
initial (>10% selon les auteurs), [Gau 97] [Paw 07] [Add 06-a]. Pour des déformations
plus importantes, la déformation plastique de tous les matériaux testés
s’accompagne d’une dilatation de plus ou moins grande amplitude selon les cas.
Pour certains polymères, on observe que le durcissement accélère brusquement à
partir d’une déformation seuil. Au-delà de ce point d’inflexion, le volume diminue
jusqu’à la rupture [G’sell 04].

Fig. I.14. Courbes déformation axiale-déformation volumique pour deux différents grades de
PEHD, (a) [Add 06-b], (b) [Paw 07].

La variation volumique des polymères semi-cristallins a été étudiée au niveau


macroscopique à l’aide des systèmes vidéo et au niveau microscopique par
microscopie électronique à balayage et diffraction des rayons X. Pour le PEHD, on
évoque quatre mécanismes microscopiques rentrant en compétition pour contrôler la
déformation volumique [Add 06-a] [Paw 07] : l’expansion élastique ∆ > ; la
compaction des chaînes amorphes ∆ < ; la destruction de l’ordre cristallin (perte
de cristallinité) ∆ > et la cavitation ∆ > .
L’expansion élastique est due à l’action de la contrainte hydrostatique sur les liaisons
de Van der Waals et est reliée au coefficient de Poisson. Cet effet diminue d’intensité
lorsque l’énergie de ces liaisons diminue [Naq 93] [Buc 72-a]. La compaction de la
phase amorphe est provoquée par la diminution de la distance intermoléculaire
amorphe, tandis que les chaînes sont étirées et orientées entre les lamelles
cristallines dans les sphérolites déformés [Gau 97][Bar 96]. La destruction de l’ordre
cristallin commence par l’activation de la fragmentation progressive des cristallites,
ce qui génère un transfert des chaînes cristallines vers les amas amorphes
[G’Sel 94]. Quant aux mécanismes de cavitation, ils seraient la cause principale de
l’augmentation du volume en grandes déformations. La cavitation commence dans
les zones périphériques des sphérolites, et continue par multiplication, croissance et
coalescence des microvides au cours de la microfibrillation. Ce phénomène de
dilatation pour les polymères semi-cristallins a été présenté dans le détail par de
nombreux auteurs [Naq 93] [Cast 07] [Cast 00-a] [Glo 01] [Puk 94].
L’effet de la température et de la vitesse de déformation sur l’évolution de la variation
volumique est mis en évidence dans les travaux de [Add 06-a] [Can 04] [Qua 02]

23
[Elk 02] [G’sell 99]. Des essais de traction et de fluage ont montré que ces effets
varient d’un matériau à l’autre, mais d’une manière générale en grandes
déformations, on peut noter que lorsque la température décroît ou la vitesse de
déformation augmente, la déformation volumique augmente (figure I.15).

Fig. I.15. Influence de la température et de la vitesse de déformation sur les courbes


déformation vraie - déformation volumique du PEHD [Add 06-a].

I.6.2 Principales descriptions de la variation de volume


L’objectif de cette section est de présenter un exposé succinct de la description la
plus usuelle de la variation de volume d’un matériau sollicité mécaniquement. Elle
peut être définie par :
 ∆V 
  = (1 + e1 )(1 + e 2 )(1 + e 3 ) − 1 (I.1)
 V0  total
où e1 , e2 et e3 désignent les déformations nominales dans les 3 directions
perpendiculaires du repère de traction. À partir de cette mesure, divers auteurs ont
essayé de déterminer la part de la déformation volumique résultant de la création de
cavités, et celle liées aux autres mécanismes de déformation, en faisant souvent
l’hypothèse d’isotropie transverse ( e2 = e3 ). Si l’on admet que la déformation

24
volumique totale comprend une contribution élastique et une contribution non
élastique :
 ∆V   ∆V   ∆V 
  =   +   (I.2)
 V0  totale  V0  élastique  V0  anélastiqu e
En 1972, Bucknall et al. [Buc 72-a] [Buc 72-b], ont proposé une relation simple pour
la variation de volume des polymères sous sollicitation uniaxiale. Selon eux, la
variation de volume peut être décomposée en trois parties distinctes :
 ∆V   ∆V   ∆V   ∆V 
  =   +   +   (I.3)
 V0  totale  V0  el  V0  ca  V0  ci
où (∆V V0 )el , (∆V V0 )ca et (∆V V0 )ci sont les déformations volumiques relatives à
l’élasticité, la cavitation et au cisaillement. Toutefois, pour leur modèle ils considèrent
que les processus de déformation par cisaillement n’introduisent aucune variation de
 ∆V 
volume, soit   ≈ 0 .
V
 0 ci
Plus récemment, Quataravaux et al. [Qua 02] ont adapté le modèle de Bucknall en
substituant la déformation volumique nominale (∆V V0 ) à la déformation volumique
de Hencky ε v = ln V / V0 . Bien que les deux définitions soient proches pour les petites
déformations, c'est effectivement cette formulation qui doit être appliquée pour les
grandes déformations. Avec cette nouvelle approche, la décomposition de Bucknall
devient :
 V  V  V  V
ln  = ln  + ln  + ln  (I.4)
 V0   V0  el  V0  ca  V0  ci
ε v = ε v,el + ε v,ca + ε v,ci (I.5)

La décomposition de Bucknall a été reprise dans nombreuses études [Hei 81]


[Elk 02] [Cast 00-a] [Glo 01] [Zaï 05]. Dans le travail d'Addiego et al. [Add 06-b], la
même décomposition de la variation de volume a été introduite dans la formulation
de Hencky. Une nouvelle composante de la variation de volume liée à
l’orientation, ε v,or , a été introduite en négligeant ε v,ci et en remplaçant ε v,ca par ε v,cr :

ε v = ε v,el + ε v,cr + ε v,or (I.6)

Les trois mécanismes de déformation volumique considérés sont : l'effet élastique de


la pression hydrostatique sur les liaisons de Van der Waals, ε v, el , la formation de
craquelures, ε v, cr , et le réarrangement moléculaire dû à l’orientation, ε v, or .

Signalons que des recherches expérimentales sur différents grades de PEHD


montrent que la déformation volumique induite par les mécanismes de cisaillement
est relativement faible. Dès lors, elle peut être négligée, ce qui confirme a posteriori
l’hypothèse de Bucknall et al. [Buc 72-a] [Buc 72-b].

25
I.6.3 Mécanismes d’endommagement observés en traction uniaxiale
Les contributions de chaque type de déformation (élasticité, cisaillement, cavitation)
intervenant dans l'élongation longitudinale totale sont examinées. Il est évident que la
cavitation inclut tous les processus de déformation causant une augmentation du
volume. On suppose également que la déformation de cisaillement apporte une
contribution négligeable à la déformation volumique [Buc 72-a] [Buc 72-b] [Add 06-b].
Les contributions des mécanismes de déformation pour un essai de traction peuvent
être identifiées en reliant les contributions de déformation au comportement
macroscopique.
On considère le cas suivant :
V
ε v = ln = ε1 + 2ε 2 , (I.7)
V0
où ε et ε sont les déformations axiale et transversale avec l’hypothèse d’isotropie
transverse. Il est alors possible d’identifier la variation de volume due à la création de
vides au sein du matériau par :
ε v,ca = ε v − ε v,el , (I.8)

ε v,el désigne la contribution élastique à la déformation volumique totale, estimée à


partir des propriétés mécaniques initiales du matériau :
σ1
ε v el = (1 − 2ν ) . (I.9)
E
E et ν sont le module de Young et le coefficient de Poisson et, σ la contrainte vraie,
(dans la direction 1), définie par :
F F exp( −2ε 2 )
σ1 = = , (I.10)
S S0

S et S0 sont les sections instantanée et initiale, et F la force appliquée.


Pour améliorer la compréhension du comportement macroscopique, les mécanismes
de déformation peuvent être conjugués à l’étude de l'évolution des différents
composants de la déformation vraie axiale. Selon Heikens et al. [Hei 81], on
considère que les diverses variations de volume (dues à l’élasticité, à la cavitation et
au cisaillement) sont linéairement additives, et on réintroduit le cisaillement :
ε 1 = ε el + ε ca + ε ci (I.11)

σ1
ε el = (I.12)
E
σ1
εca = ε v − (1 − 2ν ) (I.13)
E
σ1
εci = ε1 − ε v − 2ν (I.14)
E

26
La figure I.16 représente un exemple typique de l'évolution des trois mécanismes de
déformation ajusté pour le Polyméthacrylate de Méthyle (PMMA) en fonction de la
déformation axiale vraie. Il faut cependant garder présent à l’esprit le fait que les
propriétés mécaniques initiales du polymère peuvent être altérées de façon
importante suite à l’endommagement du matériau. Le terme E ne peut évidemment
pas être considéré comme une véritable constante. La valeur du module de Young et
du coefficient de Poisson sont sujets à des variations au cours de l’essai. En
conséquence, pour les matériaux présentant des comportements viscoélastiques,
comme les polymères, la dépendance du coefficient de Poisson et du module
d’élasticité au temps et à la déformation imposée ne peut pas être négligée.

Fig. I.16. a) Courbes déformation axiale - déformation volumique plastique-contrainte


vraie, b) les différentes contributions des mécanismes de déformation [Zaï 05].

I.7 Modélisation du comportement mécanique prenant en compte


l’endommagement
A ce stade de la description du comportement mécanique des polymères et compte
tenu des spécificités microstructurales, on ne peut passer sous silence quelques uns
des principaux modèles actuels dédiés à l’étude mécanique de l’endommagement
des matériaux.
Aujourd’hui, la modélisation de l’endommagement se fait dans le cadre de la
thermodynamique des milieux continus et de la mécanique de rupture. On entend
par endommagement, les processus de dégradation progressive des propriétés
physiques et mécaniques d’un matériau soumis à une sollicitation monotone ou
cyclique, et conduisant à la rupture. Cette évolution irréversible se traduit par
l’apparition de défauts microscopiques (microcavités, microfissures, décohésions) se
développant en volume ou à la surface, puis se propageant et coalesçant pour
conduire à la rupture.

27
Les processus d’endommagement conduisant à la ruine du matériau sont
généralement décrits par trois étapes distinctes. La première correspond à la
nucléation des défauts, encore appelée germination. Il s’agit donc d’un stade de
création de microdéfauts autour de discontinuités locales ou dans des zones à fortes
concentrations ou triaxialités de contraintes dans la matrice. Une phase de
croissance des cavités apparaît ensuite. Le stade final est celui de la coalescence de
ces cavités. On observe un regroupement et une réorientation des défauts en liaison
avec l’état de contrainte, conduisant à l’affaiblissement de la structure par formation
de fissures macroscopiques. Il existe de nombreuses formes d’endommagement,
dépendant à la fois du matériau et des sollicitations imposées. On note ainsi des
différences de nature (fissures, cavités…) et d’évolution (fragile, ductile…) des
microvides. L’objectif de ce chapitre n’est pas de présenter un bilan exhaustif sur
l’endommagement. Nous nous attacherons plutôt à situer, dans le contexte de la
mécanique des matériaux, les recherches actuelles sur le comportement des
polymères intégrant les phénomènes d’endommagement. Nous nous limiterons donc
à la modélisation de l’endommagement ductile.
De nombreux modèles ont été proposés dans la littérature pour décrire
physiquement l’évolution de l’endommagement et ses effets sur le comportement
mécanique. On peut classer ces diverses formulations en deux types d’approches :
les modèles micromécaniques (couplés ou non couplées), et les modèles
phénoménologiques. Dans le cas du PEHD, on ne peut tout à fait exclure que
l’apparition de cavités soit liée à la morphologie et à la distribution des branchements
entre phase amorphe et phase cristalline. La figure ci-dessous illustre cette idée.

Fig. I.17. Schéma décrivant un scénario possible de formation de microcavités par


simple réarrangement configurationnel des macromolécules constitutives de la phase
amorphe interlamellaire. Interprétation de l’idée de B. MONASSE et al.

Un tel scénario n’est pas à exclure a priori, notamment au vu des simulations


récentes de dynamique moléculaire de B. MONASSE et al. [Mon 07].

28
I.7.1 Présentation succincte de quelques modèles micromécaniques
d’endommagement
Les modèles micromécaniques sont souvent centrés sur l’étude d’une ou de
plusieurs des trois étapes de nucléation, croissance et coalescence. Pour décrire les
mécanismes d’endommagement, ils font explicitement intervenir la morphologie des
cavités (ellipsoïdales sphériques, cylindriques…) et sont qualifiés de modèles
couplés ou non couplés, selon qu’ils s’intègrent ou non à la loi de comportement
thermomécanique globale.
Le premier type, non couplé, consiste donc à décrire l’évolution des cavités sans
chercher à caractériser ses effets sur le comportement global du matériau. La
rupture du matériau est décrite par une valeur critique d’un paramètre
d’endommagement. En revanche, les modèles couplés, s’appuient sur le couplage
de l’endommagement et de la loi de comportement mécanique, par le biais d’un
potentiel plastique faisant intervenir la fraction volumique de microvides, f.

a. Modèles sans couplage


Les premiers modèles micromécaniques sont, à notre connaissance, ceux de MAC
CLINTOCK [Mcc 68] et de RICE et TRACEY [Ric 69]. Ces auteurs ont d’abord traité
le problème de la croissance des cavités par variation de rayon d'une cavité isolée
(cylindrique ou sphérique), contenue dans une matrice parfaitement plastique, et
sollicitée sous chargement macroscopique axisymétrique. Un de leurs objectifs était
de mieux appréhender le rôle des microcavités dans les processus de rupture
ductile. Les résultats obtenus ont permis d'établir une relation exprimant
l’endommagement en fonction de la déformation plastique cumulée localement et ont
relié la vitesse d'évolution du rayon des cavités à la contrainte macroscopique. RICE
et TRACEY, [Ric 69], ont obtenu une loi de croissance du rayon de cavité
(sphérique) faisant intervenir la triaxialité des contraintes :

dR  3σ 
= 0,283 exp m dεple (I.15)
R0  2σ e 

σe désigne la contrainte équivalente, σm la contrainte hydrostatique et dε ple


l’incrément de déformation plastique équivalente au sens de VON MISES. Dans ce
type de modèle, l'interaction entre les microcavités (les processus de coalescence) et
l'effet de durcissement sont négligées, et la rupture du matériau est donc supposée
survenir lorsque le rayon de cavité atteint une valeur critique.
Précisons pour conclure, que ces modèles ont largement été utilisés et étendus aux
matériaux viscoplastiques, notamment dans le but d’établir des critères de plasticité
des solides isotropes et anisotropes contenant des microcavités (e.g [Gur 77],
[Che 04]).

29
b. Modèles avec couplage
La particularité de ces modèles avec couplage est qu’ils s’appuient sur une analyse
micromécanique de la croissance de cavités, par l’intermédiaire de la composante
volumique de la déformation plastique macroscopique. Pour la plupart, ces modèles
sont développés à partir de l’approche de GURSON [Gur 77], décrivant la croissance
des cavités sphériques dans un matériau rigide parfaitement plastique obéissant au
critère de von MISES. Le critère de plasticité et le potentiel plastique sont écrits en
fonction de la contrainte macroscopique et de la fraction volumique, f. L'évolution de
la fraction volumique détermine la croissance des cavités présentes dans la matrice.
Le potentiel plastique de GURSON est défini par :
2
σ   3 σm 
φ(σ, σ0 , f ) =  e  + 2f cosh  − 1 − f 2 = 0 (I.16)
σ
 0  2 σ 0 

où σ m = tr ( σ) / 3 = J1 ( σ) , et σ e = (3 / 2)S : S = J 2 (σ) , σ0 est la contrainte


d’écoulement de la matrice. La fraction volumique f des cavités est définie par le
rapport :
Vt V − V0
f= = (I.17)
V V

où V0 désigne le volume initial (sans cavité) et V le volume total actuel. On note


aussi qu’à fraction volumique de cavités nulle, on retrouve le modèle classique de
plasticité de von MISES pour un matériau sain. Le formalisme permet d’accéder à la
vitesse de déformation plastique, par le biais de la règle de normalité. L'évolution de
la fraction volumique est déduite de la conservation de la masse :
pl dφ
ε =Λ (I.18)

pl
f = (1 − f )tr(ε ) (I.19)

Plus récemment, ce modèle, appelé depuis modèle GTN (GURSON, TVERGAARD


et NEEDLEMANN), a été consolidé par les deux derniers auteurs [Tve 84], [Tve 95],
pour prendre en compte de la possibilité d'un écrouissage et de l'interaction entre les
cavités. Ces améliorations importantes sont de nature plus empirique que physique.
Ainsi, la prise en compte de l'écrouissage du matériau, se fait en remplaçant dans
l'équation (I.16) la limite d’élasticité σ0 de la matrice parfaitement plastique par la
contrainte d’écoulement σ y , dans le cas écrouissable, avec σ y = f (p) , où p
représente la déformation plastique effective cumulée. En considérant un
écrouissage de type isotrope, cette variable, p , se calcule en supposant l'égalité de
la dissipation plastique microscopique avec porosité et de la dissipation
macroscopique :
pl
(1 − f )pσ y = ε : σ (I.20)

La prise en compte de l'interaction entre cavités permet de traduire l'accélération de


la croissance des cavités pendant le stade de coalescence. Pour ce faire, la fraction

30
volumique de microvides, f, apparaissant dans l'équation (I.16), a été remplacée par
une fraction volumique effective de vide f ∗ décrivant l'apparition de la coalescence
au-delà d'une valeur critique fc . En grandes déformations, la porosité est donc plus
« endommageante » que si les microvides demeuraient sphériques, figure-I.18.
Suites à ces améliorations, le critère de plasticité GTN s'écrit :
2
σ   3q σ 
φ(σ, σ y , f ) =  e  + 2q1f ∗ cosh 2 m  − 1 − q 3 f ∗2 = 0 (I.21)
σ   2 σ 
 y  y 

avec
f si f ≤ fc
f∗ =  (I.22)
fc + δ( f − fc ) si non

Nous avons δ = ( fu − fc ) /( fF − fc ) , avec fu la porosité effective à la rupture, fF la


porosité à rupture, et q1 , q2 et q3 des paramètres empiriques à ajuster.

Fig. I.18. Evolution de la fraction volumique de cavités d’après le modèle de GURSON et le


modèle GTN.

Selon TVERGAARD et al. [Tve 95], la nucléation locale de nouvelles cavités et la


croissance locale de cavités existantes peuvent être modélisées par une cinétique de
la forme suivante :
pl
flocal = (1 − f ) ε : 1 + D ε (I.23)

la nucléation des vides est supposée obéir à une distribution normale de la


déformation locale [Tve 95].

fN  1  ε − ε 2 
D= exp −  N
  (I.24)
σs 2π  2  σ s  

En pratique, plusieurs auteurs ont exploité ce type de modélisation, en décomposant


l’évolution de la fraction volumique des cavité, f , en plusieurs parties correspondant
chacune à un mécanisme d’évolution particulier allant jusqu’à la formation de
fissures macroscopiques [Zaï 05] [Jeo 02]. Et, de nombreuses études ont été

31
menées sur les matériaux comportant une porosité initiale, notamment dans le cadre
de la plasticité des métaux.

Revenons maintenant aux polymères. Des différences non négligeables avec les
matériaux métalliques sont à signaler. En effet, il faut tenir compte des niveaux
importants de déformations élastiques et plastiques, ainsi que des fractions de
porosités élevées et de la non sphéricité des cavités apparaissant en cours de
déformation. Une extension aux polymères a très récemment été tentée, avec
succès, par LAFARGE [Laf 04], pour un matériau semi cristallin PVDF, et également
par ZAIRI et al [Zaï 05]. Ces derniers auteurs ont proposé une adaptation du modèle
de GURSON. Nous proposons de passer rapidement en revue leur modélisation du
comportement viscoplastique des polymères amorphes.

c. Modèle de ZAIRI et al. concernant les polymères


Le travail de ZAIRI et al. [Zaï 05] [Zaï 07] a consisté à décrire le comportement non
linéaire et l’endommagement des polymères vitreux homogènes et renforcés par
l’adjonction de particules d’élastomères sphériques, RT-PMMA. Un modèle
viscoplastique à variables internes, dont l’hypothèse fondamentale est basée sur des
considérations phénoménologiques, a donc été développé en prenant appui sur le
modèle de BONDER et al. [Bon 75] qui a été modifié et couplé avec une
modélisation de l’endommagement par cavitation, modèle GTN.
Ce modèle repose sur la partition de la vitesse de déformation ε en une composante
el pl
élastique, ε , et une composante viscoplastique, ε .
el pl
ε=ε +ε (I.25)
el
La partie élastique obéit à la relation σ = C : ε où C est le tenseur isotrope
d’élasticité. L’équation (I.25) peut être donc s’écrire sous la forme :
σ = C: ε−ε( pl
) (I.26)

En utilisant la règle de normalité, la partie viscoplastique de la vitesse de déformation


pl
est donnée par l’équation (I.18), ε = Λ(dφ / dσ) , où φ est dans ce cas le pseudo-
potentiel plastique de GTN, équation (I.21), dans lequel l’endommagement est déjà
contenu. Le multiplicateur Λ peut être déterminé par l’hypothèse de l’équivalence du
taux de travail viscoplastique :
−1
 dφ 
Λ = (1 − f )pσ e  σ :  (I.27)
 dσ 
 
Concernant la relation entre σ e et p , utilisée afin de rendre compte de l’effet de la
déformabilité plastique non linéaire, le choix s’est porté sur le modèle de BONDER et
al. modifié par FRANK et al. [Frn 01], traduisant le plateau succédant à la limite
d'élasticité, puis le durcissement final que présente un polycarbonate sollicité en

32
traction. Le taux de déformation viscoplastique cumulé p proposé par FRANK et al.
s’exprime sous la forme :
2n
2 σ 
p= D0  e  (I.28)
3  z 
où, D0 représente la valeur limite du taux de déformation en cisaillement et z la
variable interne, correspondant à l’effet du durcissement résultant du développement
de l’alignement du réseau, régie par l’équation différentielle suivante :
 z − (1 − α )z 0  pl
z = m  W (I.29)
 z0 
avec W pl le taux de travail viscoplastique et n le coefficient de sensibilité à la vitesse
de déformation, α le coefficient de reprise de l’écrouissage et m le coefficient de
durcissement. ZAIRI et al. proposent d’introduire une nouvelle variable interne z2 afin
que le modèle puisse superposer, à la résistance interne simulant le durcissement du
matériau en grandes déformations, une résistance traduisant l’adoucissement du
matériau après la limite d'élasticité. Le taux p s’exprime donc sous la forme :
2n
 σe 
2
p= D 0   (I.30)
3  z1 + z 2 
Les variables internes z1 et z2 sont alors gouvernées respectivement par les
équations suivantes :
 z − (1 − α )z 10  pl
z 1 = m 1 W
 (I.31)
 z 10 
 z 
z 2 = h1 − 2  W pl (I.32)
 z 2S 
où, z2s est la valeur de saturation de z2 ,et h le coefficient d’adoucissement ; les
autres paramètres ayant la même définition que celle proposée par FRANK et al.
En raison de la dilatation plastique liée à la croissance des cavités, la partie
pl
viscoplastique de la vitesse de déformation ε est maintenant déviatorique et
hydrostatique. On suppose donc que l’augmentation du volume de cavités résulte de
la croissance des cavités déjà existantes et de la nucléation des cavités. La cinétique
des cavités est décomposée en un terme de croissance, fcroissance et un terme de
nucléation, fnucléation :
f = fcroissance + fnucléation (I.33)

La cinétique de croissance des cavités est donné par l’équation (I.19), où la trace du
tenseur des vitesses de déformation viscoplastique est donnée par :
f 3 σ 
( ) = 3 Λq q
tr ε
pl
1 2 sinh q 2 m  (I.34)
σe 2 σe 

33
le terme de nucléation est délicat à déterminer, dans la littérature il est souvent utilisé
sous sa forme générale :
fnucléatin = B n σ e + A np (I.35)

A n et B n sont des fonctions exponentielles de la contrainte ou de la déformation


selon si la nucléation est contrôlée par la contrainte ou la déformation [Jeo 02]. Pour
décrire l’accélération de l’endommagement due à la cavitation, une loi
phénoménologique de nucléation contrôlée par la contrainte hydrostatique a été
proposée par [Jeo 02].
fN  1 σ − σ 
fnucléatin = exp −  m 1 N  σ m (I.36)
σ S z 10 2π  2 σ z 
  S 0 
Cette distribution normale de nucléation fait intervenir la contrainte hydrostatique
moyenne σN , un écart type σs et fN la fraction volumique des inclusions pouvant
participer à la germination.
On introduit ainsi une quinzaine de paramètres ajustables pour cette modélisation de
l’endommagement.
La figure I.19 illustre l'aptitude de ce modèle à reproduire ces chemins de
sollicitation uniaxiale et à appréhender leur sensibilité à la vitesse de déformation.

Fig. I.19. Simulation d’un essai de traction à différentes vitesses pour RT-PMMA [Zaï 05]

La comparaison avec la déformation volumique plastique est satisfaisante. Dans ce


sens il est nécessaire de préciser que l’effet de l’endommagement sur le module de
Young du RT-PMMA est pris en compte dans ce modèle par le truchement de
relation linéaire suivante :
E = (1 − 1,2 f )E0 (I.37)

où, E0 est le module de YOUNG initial.

34
I.7.2 Quelques modèles phénoménologiques d’endommagement
Par ailleurs, la plupart des modèles phénoménologiques, appelés CDM (Continuous
Damage Mechanics), trouvent leurs fondements dans les travaux de KACHANOV
[Kac 58] et RABOTNOV [Rab 69]. Ils sont souvent formulés dans le cadre de la
Thermodynamique des Processus Irréversibles. Leur hypothèse clef se situe dans le
postulat de l’existence des variables internes représentatives de l’endommagement.
Ce formalisme est développé sans considérer les détails sur la nucléation et la
croissance des microcavités distribuées dans l’élément matériel, qui permettent de
relier l’état de l’endommagement dans une structure microscopique aux quantités
globalement mesurables comme le module d’élasticité et le coefficient de Poisson.
Dans le CDM, l’intégration de l’endommagement dans un modèle viscoplastique
nécessite selon KACHANOV la définition d’une variable d’endommagement, en
considérant dans un solide endommagé, un Volume Elémentaire Représentatif
(VER). A étant l’aire d’une section repérée par sa normale (n) et A eff l’aire de la
surface résistante effective, cette variable d’endommagement est définie par :
A eff
Dn = 1 − (I.38)
A
D'un simple point de vue géométrique, Dn correspond à la densité surfacique des
défauts dans le plan normal à (n). Dans le cas général d’un endommagement
anisotrope constitué de fissures et microcavités d’orientation privilégiées, la variable
d’endommagement dépend de l’orientation de la normale (n). La variable revêt un
caractère tensoriel (ordre 2 ou même 4, [Lem 99] [Tan 94]). En revanche, en
supposant que l’orientation des microfissures est uniformément distribuée dans
toutes les directions, l’endommagement est alors isotrope, et Dn scalaire ne dépend
pas de (n). La contrainte effective de RABOTNOV est écrite comme une densité
moyenne de force F agissant sur une section effective.
F σ
σ eff = eff
= (I.39)
A 1− D
LEMAITRE a donné une autre interprétation à la contrainte effective en introduisant
une hypothèse d'équivalence en déformation. Les lois constitutives des matériaux
endommagés découlent généralement de cette hypothèse [Lem 85]. En effet, notons
E et Eeff respectivement les modules d’élasticité du matériau sain et endommagé,
pour un chargement élastique cette hypothèse se traduit par :

el σ eff σ σ
ε = = eff = (I.40)
E E (1 − D) E

soit
E eff = E(1 − D) (I.41)
La notion de contrainte effective associée l’équivalence en déformation offre un
cadre pour traiter le problème de la modélisation du comportement du matériau
couplé à l’endommagement. Plusieurs approches s’appuyant sur le CDM ont été
proposées, elles peuvent être distinguées selon qu’elles s’appuient sur l’introduction

35
directe d’une loi cinétique d’endommagement phénoménologique ou qu’elles se
basent sur l’introduction d’un pseudo-potentiel.

I.7.3 Modèles postulant directement une cinétique d’endommagement.


Récemment TANG et al. [Tan 01] ont proposé une modélisation de
l’endommagement dans le cadre d’un modèle visco-élasto-plastique pour la
description du comportement en traction du polystyrène HIPS. Ce modèle prend en
compte par le biais d’une variable d’endommagement D, la dilatation due à la
formation des cavités au cours de l’étirage. Cette variable D est définie à partir de la
fraction volumique des cavités créées dans un VER :
D = ∆V /( V0 + ∆V ) = 1 − (1/ λ 1λ 2 λ 3 ) (I.42)

où ∆V = V − V0 désigne l’augmentation de volume due aux microcavités (crazes).

D’après les résultats expérimentaux obtenus sur le HIPS soumis à une traction
uniaxiale, la variation de volume est directement proportionnelle à la déformation
axiale ε1 dès que le seuil de plasticité est franchi. Les auteurs ont donc proposé une
relation de la forme :
∆V
= β1 (ε 1 − ε th ) , pour ε1 > ε th (I.43)
V
ε th représente la déformation-seuil, et β1 un paramètre ajustable(1). A partir de cette
relation, les auteurs définissent l’évolution de la variable d’endommagement de la
façon suivante :
β1 (ε 1 − ε th )
D= (I.44)
1 + β1 (ε 1 − ε th )
La contrainte d’écoulement effective incluant l’effet de l’endommagement par
cavitation s’exprime en fonction de la contrainte nominale σ n par :

σ=
(1 + ε1 ) σ n (I.45)
1 + β1 (ε 1 − ε th )
Ensuite, TANG et al. expriment la déformation axiale totale comme la somme d’une
composante élastique, ε1el , plastique, ε1pl et visqueuse, ε 1visc :

ε1 = ε 1el + ε 1pl + ε 1visc (I.46)


une loi de comportement visco-élasto-plastique est donc proposée pour la traction
simple sous la forme :
ε(1 − β2 )η1 = η1 E −1σ1 + σ1 (I.47)

1
Nous montrerons plus loin qu’une telle relation linéaire ne peut convenir au PEHD.

36
où β 2 est un coefficient reliant la déformation plastique à la déformation totale et η1
le coefficient de viscosité. Cette loi de comportement n’est autre qu’un modèle
analogique de type Maxwell. Elle donne d’assez bons résultats à la charge et à la
décharge, en remarquant toutefois qu’il concerne essentiellement les faibles
déformations (3x10-2 tout au plus), figures ci-dessous.

Fig. I.20. Simulation d’un essai de charge-décharge uniaxiale à différentes vitesse pour HIPS
[Tan 01].

Fig. I.21. Evolution de la variable de dommage en fonction de la déformation, pour le


polystyrène HIPS, selon Tang et al. [Tan 01].

I.7.4 Modèles fondés sur l’introduction d’un pseudo-potentiel de


dissipation.
Dans ce type de modèle, l’endommagement ductile découle d’une fonction de charge
éventuellement associée à un pseudo-potentiel de dissipation :
∂φ∗
φ∗ = φ∗ ( Y, X,ω), D = − (I.48)
∂Y

37
où Y est la variable duale associée à l’endommagement, X représente l’ensemble
des variables internes et ω est les paramètres du matériau. A titre d’exemple, le
potentiel de dissipation choisi par LEMAITRE [Lem 85] et l’évolution de
l’endommagement résultant pour une déformation ductile uniaxiale sont :
a +1
S 1  Y 
φ = 0

 −  (I.49)
1+ a 1− D  S0 
a
 k2 
D =  p 2 / M  p (I.50)
 2ES0 
où S0 et a sont des constantes, p la déformation plastique cumulée, E le module de
Young, et k et M des paramètres d'écrouissage. C’est dans un tel cadre de travail,
initialement établi par LEMAITRE, que plusieurs modèles d’endommagement, basés
sur l’utilisation des expressions particulières du potentiel dissipatif
d’endommagement, ont été proposés par différents auteurs, e.g. [Bonn 05] [Tan 96].
Le principe de l’analyse thermodynamique des phénomènes irréversibles de
plasticité et d’endommagement est de considérer deux fonctions gouvernant
séparément les évolutions de la plasticité et de l’endommagement. L’énergie libre qui
comporte toutes les variables d’état s’écrit ici sous la forme :
( ) ( )
ψ = ψ εijel , T,D, Vk = ψ el εijel , T,D + ψ pl (T, Vk ) (I.51)

où, Vk , représente des variables internes comme les variables d’écrouissage.


En se basant sur le CDM, TANG et al. [Tan 96] avaient proposé un modèle
phénoménologique pour décrire l’évolution de l’endommagement en prenant en
compte les observations expérimentales du HIPS. Les auteurs ont choisi un potentiel
de dissipation de la forme :
1  Y  a
φ∗ (Y, p,D, T ) = S0  − D p (I.52)
2  S 0 

L’effet de l’endommagement sur les propriétés élastiques est pris en compte via le
~
module d’élasticité endommagé, E = E(1 − D) , et le coefficient de Poisson :
1
ψ el = E ijkl ε ijel ε klel (1 − D) (I.53)
2
∂ψ
σij = ρ = Eijkl εklel (1 − D) (I.54)
∂εijel

En considérant l’hypothèse d’équivalence en déformation, la loi d’élasticité couplée à


l’endommagement est exprimée par :
σe
= Kp n (I.55)
1− D
où K et n sont des constantes du matériau. TANG et al. en déduisent également
l’expression de la variable duale d’endommagement :

38
 ∂ψ el  σ 2e σ 
Y = ρ  = − 2
f  m  (I.56)
 ∂D  2E(1 − D)  σe 
avec
2
σ  2 σ 
f  m  = (1 + ν ) + 3(1 − 2ν ) m  (I.57)
 σe  3  σe 
La loi décrivant l’évolution de l’endommagement du polymère HIPS est donc obtenue
après dérivation du potentiel de dissipation (I.52), D = −(∂φ∗ / ∂Y ) avec l’utilisation
des équations (I.55) et (I.56) :
σ 
D = Αf  m Dap 2np (I.58)
 σe 
avec

Α= (I.59)

Dans le cas d’une sollicitation uniaxiale où le taux de triaxialité f (σm / σe ) est pris
égal à 1, l’évolution du module d’élasticité endommagé peut être finalement écrite
sous la forme :
~

(
E = E(1 − D) = E 1 − C εm − εm
0
β

) (I.60)

où, C = Α(1 − a) /(2n + 1), β = 1/(1 − a), m = 2n + 1.


~
L’évolution théorique de E / E au cours de la déformation obtenue en utilisant (I.60)
est illustrée figure I.22. Cette modélisation permet de traduire la chute du module
d’élasticité liée à l’évolution de l’endommagement pour ce type de polymère.

Fig. I.22. Effet de l’endommagement sur le module de Young apparent selon TANG et al.
[Tan 96].

39
Notons dès à présent que la forme exponentielle proposée par K. MRABET [Kaï 03]
pour rendre compte de l’endommagement dans cette plage de déformation donne de
meilleurs résultats que cette loi.

Fig. I.23. Comparaison entre la forme exponentielle proposé par M’RABET et la loi
proposé par Tang et al.

I.8 Conclusion
L’objectif de ce chapitre était de présenter, de façon non exhaustive, les différents
aspects microscopiques et macroscopiques de la déformation des polymères semi-
cristallins en général, et du polyéthylène en particulier. Les polymères semi-cristallins
sont des matériaux composites pour lesquels la compréhension du comportement
élastoplastique passe par une identification du rôle de chaque phase, amorphe et
cristalline, ainsi que par la compréhension fine des mécanismes de déformation et
d’endommagement dans chacune de ces phases. Les relations entre la
microstructure et les propriétés physiques et mécaniques ainsi que leur influence sur
le processus de déformation volumique sont bien établies. L’apparition de techniques
de mesures vidéométriques permet d’accéder à une mesure plus précise de la
déformation volumique. La variation de volume résulte d’une compétition entre l’effet
de dilatation et l’effet de compaction. En revanche, la modélisation de
l’endommagement, constitue à notre avis un problème encore ouvert, au vue de la
complexité des résultats expérimentaux. En effet, comme nous le verrons plus loin,
l’endommagement du PEHD en grandes déformations est bien plus complexe que
celui que l’on peut décrire à l’aide d’une détérioration continue des propriétés
élastiques (e.g. Fig. I.21). L’évolution du module de Young apparent du PEHD
sollicité en traction uniaxiale, présente une décroissance suivie d’une forte remontée
attribuable aux réarrangements macromoléculaires intervenant aux grandes
déformations. Pour notre part, il sera donc nécessaire de reformuler la loi de
comportement dans un cadre thermodynamique, en cohérence avec les
phénomènes d’endommagement.

40
CHAPITRE II
PROCEDURE EXPERIMENTALE

Dans ce chapitre, on s'attachera à décrire le polymère étudié, la morphologie des


éprouvettes ainsi que la technique expérimentale mise en œuvre permettant la
mesure des contraintes et déformations vraies au cours de sollicitations mécaniques.

II.1 Polymère étudié


Le matériau utilisé dans cette étude est un polyéthylène à haute densité, PEHD,
produit par la société Roechling®. Il s’agit d’un thermoplastique semi-cristallin,
comportant une phase amorphe et une phase cristalline et se présentant sous forme
d’un agrégat sphérolitique.
Sa masse molaire est de l’ordre de 500 kg/mol, et nous avons mesuré un taux de
cristallinité de 66% déterminé par diffraction des rayons X et DSC (calorimétrie
différentielle à balayage). Les températures de transition vitreuse et de fusion sont
respectivement de -125°C et 135°C, et la masse volu mique est égale à 0,97g/cm3.

II.2 Géométrie et préparation des éprouvettes


Le PEHD utilisé a été livré sous forme de plaque extrudée de 6 mm d’épaisseur dans
laquelle les éprouvettes de traction sont usinées par fraisage, selon différentes
directions (α = 0, 30, 45, 60, 90°) par rapport à la direction d' extrusion (figure II.1-a).
Afin de contrôler l’apparition de la striction et de localiser la déformation au centre de
l’éprouvette, une partie utile de forme prismatique est réalisée, dans laquelle seront
effectuées toutes les mesures de déformation. Les faces latérales des éprouvettes
sont polies au papier abrasif 600 afin d’éviter tout amorçage de fissure provenant de
l’usinage et pouvant conduire de façon artificielle à une rupture prématurée lors des
essais mécaniques. La géométrie des éprouvettes est présentée sur la figure II.1-b.
La partie centrale constitue un cube de 6 mm de côté dans lequel apparaîtra et se
développera la striction. Cette zone de 6 mm où sera effectué le marquage, recouvre
toute la région de déformation localisée. Les rayons de courbures sont grands, de
façon à éviter au maximum les concentrations de contraintes.
Les éprouvettes ont été sollicitées systématiquement après un traitement de recuit.
Celui a été effectué en dessous de la température de fusion, de manière à préserver
la structure sphérolitique. Le but de ce recuit est essentiellement de relâcher les
contraintes résiduelles introduites au cours du procédé d’extrusion et de l’usinage.
Concrètement, les éprouvettes sont placées entre deux plaques, et sont chauffées à
120°C durant 2 heures dans une étuve sous vide (3x1 0-2 mbar).

41
Fig. II.1. a. Prélèvement des éprouvettes de traction selon la direction α ; b. Géométrie finale
des éprouvettes.

lamelles cristallines
(échelle 10-100nm) sphérolites
(échelle 1-100µm)
phase
amorphe
sphérolites

cristal

macromolécules structure
échelle nm sphérolitique
(échelle du mm)

Fig. II.2. Représentation muti-échelle de la structure du PEHD semi-cristallin : passage de la


structure cristalline (maille orthorombique) à l’agrégat sphérolitique et échelles
correspondantes.

L’influence de ce traitement de recuit sur le comportement du PEHD a été analysé.


Les figures II.3 et II.4 (représentées ci-dessous), indiquent que ce recuit produit un
effet négligeable sur la réponse du matériau en traction, tant en termes de force -
déformation qu’au niveau des déformations transversales, et de la variation de
volume. Nous ne montrons ici que les résultats relatifs à l’orientation α = 90° , qui

42
présente la plus grande anisotropie. Nous arrivons, bien entendu, aux mêmes
conclusions avec α = 0° .

1100

1000 recuit
sans recuit
900

α= ° ε=
800

700
Force axiale (N)

600

500

400

300

200

100

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale

Fig. II.3. Effet du recuit à 120°C pendant 2h sur l a réponse en force au cours d’un essai de
traction sur des éprouvettes d’orientation 90°.

recuit
-0,1
sans recuit
-0,2 −
α= ° ε=
Déformation transverse( ε 22 )

-0,3

-0,4

-0,5

-0,6

-0,7

-0,8

-0,9

-1
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8

Déformation axiale

Fig. II.4. Effet du recuit à 120°C pendant 2h sur l ’évolution de la déformation ε 22 .

43
II.3 Mesure tridimensionnelle des déformations et pilotage des
essais
La procédure expérimentale suivant laquelle de nombreuses campagnes d’essais
mécaniques ont été menées va être présentée. Les essais de traction en grandes
déformations ont été effectués sur une machine hydraulique de traction universelle
MTS 810 équipée d’un système de mesure de déformations sans contact, appelé
VidéoTraction©, et commercialisé par la société Apollor®. Ce système s’appuie sur
l’utilisation d’une caméra vidéo CCD interfacée à un PC et montée sur un pied
motorisé, et d’un logiciel informatique permettant le traitement en temps réel de
l’image (figure II.5-a). La méthode permet d’imposer une déformation et une vitesse
de déformation axiales et de mesurer en temps réel les déformations transversales,
grâce à un marquage de la surface de l’éprouvette, [G’sell 92, et 02-b]. Les
déformations et la contrainte vraies sont donc estimées au cours de la sollicitation
dans la partie utile correspondant à un Volume Elémentaire Représentatif. Ce VER
est choisi de sorte que la striction y soit contenue. Les tâches d’encre noire (feutre)
sont déposées sur les faces de l’éprouvette selon une disposition symétrique (axes 1
et 2 de l’éprouvette) avec l’hypothèse sous-jacente selon laquelle il y a coïncidence
entre ce repère et le repère des déformations principales.

Fig. II.5. (a) Dispositif expérimental et système de Vidéotraction© ; (b) Eprouvette de traction
marquée de 7 taches sur la face avant (1,2).

Dans le cas présent, c'est la méthode à 7 taches qui a été retenue, où 5 d’entre elles
sont alignées selon l’axe 1 de l’éprouvette, les deux autres étant alignées avec la
tache centrale selon la direction transverse 2 (figure II.5-b).
L’analyse géométrique de la position de ces taches consiste à repérer la position de
leur barycentre, et d’enregistrer la variation de leurs distances relatives. Le logiciel de
traitement d’image estime en cours d’essai la déformation axiale (selon l’axe 1) et la

44
déformation transverse selon l’axe 2, et enregistre à la même fréquence la force
appliquée pour déterminer la contrainte axiale vraie. Partant du suivi de la
déformation axiale en temps réel, la vitesse de déformation peut être maintenue
constante grâce à un générateur de fonction programmable conduisant ainsi au
pilotage de la machine.
Pour estimer les déformations vraies axiale (direction 1) et transverses (directions 2
et 3), et par suite la déformation volumique et la contrainte vraie, on définit un VER
centré autour de la tache centrale (figure II.6). Le système VidéoTraction© permet de
mesurer les déformations partielles relatives aux 5 taches dans la direction de
traction :
AB AB BC
ε 11 = ln ( ) et ε BC = ln( ) (II.1)
A 0B 0 11
B0C0
CD DE
ε CD = ln( ) et ε DE = ln( ) (II.2)
11
C 0D 0 11
D 0E 0

Les lettres indicées 0 représentent les positions des taches avant la déformation.
L’estimation de la déformation vraie axiale, ε 11 , est réalisée à l’aide d’une
interpolation polynomiale faite au niveau de la zone FCG (figure II.6).
L’évaluation de la déformation transversale ε 22 se fait en prenant la moyenne des
déformations dans la zone FCG :
1 FC CG
ε 22 = (ln( ) + ln( )) (II.3)
2 F0 C0 C 0 G0

Fig. II.6 : Interprétation schématique de la méthode à 7 taches [G’sell 02-b].

45
Dans le cas de l'hypothèse d’isotropie transverse, largement utilisée dans la
littérature on admet que : ε 22 = ε33 , la déformation volumique, s’appuyant notamment
sur les taches FCG, peut alors être évaluée de la façon suivante :
tr ε = ε v = ε 11 + 2ε 22 (II.4)

Les grandeurs ainsi déterminées permettent d’obtenir facilement la contrainte vraie


axiale par la relation :
F1 F1
σ 11 = = exp(− 2ε 22 ) (II.5)
S S0
où S0 désigne la section initiale de l’éprouvette, et F1 la force axiale.

II.4 Protocole expérimental


L’objectif de l’étude expérimentale consiste à caractériser le comportement du PEHD
en ne négligeant pas l’anisotropie des plaques extrudées dans lesquelles ont été
usinées les éprouvettes, tout en prenant en compte l’endommagement apparaissant
en grandes déformations.
Différentes séquences de chargement sont appliquées, principalement en traction
jusqu’à des niveaux de déformation de l’ordre de ε ≈ 2 . Toutes les campagnes
d’essais ont été menées à une température contrôlée de 23°C. Il s’agit notamment
d’essais classiques de traction monotone, de charge - décharge – recharge, d’essais
comportant des sauts de vitesse, d’essais cycliques, et de séquences de charge,
décharge suivies de phases de recouvrance.
La démarche expérimentale prend en compte l’orientation des éprouvettes définies
par l’angle α par rapport à la direction de l’extrusion.
Au cours de cette étude, nous avons opté systématiquement pour une technique de
2x7 taches. C’est-à-dire que, pour une orientation α donnée, nous marquons deux
éprouvettes identiques de sorte que l’on ait 7 taches dans le plan (1, 2) pour la
première, et 7 taches dans le plan (2, 3) pour la seconde (figure II.7). Cette façon de
faire nous permet de corroborer les données obtenues dans les deux plans
contenant la direction de traction (1), et de nous affranchir de l’hypothèse très
contestable d’isotropie transverse, ε 22 ≈ ε 33 , conduisant à une estimation erronée de
la variation de volume. Par ailleurs, cette procédure permet de détecter une
éventuelle localisation de la déformation et de tester les hypothèses
d’incompressibilité et d’isotropie. Soulignons que, dans le cas particulier de
l’hypothèse d’isotropie transverse, les trois composantes de la déformation
pourraient être estimées sur la seule face avant et qu'en conséquence, une seule
éprouvette suffirait.
Ayant accès aux différentes composantes principales du tenseur des déformations,
ε 11 , ε 22 , et ε 33 , par la méthode des 2x7 taches, on obtient la déformation volumique
et la contrainte vraie axiale pour un matériau anisotrope de la façon suivante :

46
2 1

3 1

Fig. II.7 : Marquage (2x7 taches) des éprouvettes de traction permettant l’estimation des
déformations dans les directions 1, 2 et 3.

V
ε v = ln( ) = ε 11 + ε 22 + ε 33 (II.6)
V0
F
σ1 = exp(− ε 22 − ε 33 ) (II.7)
S0

Afin de s'assurer d'une bonne précision des résultats, l’étalonnage de la machine


d’essais a été vérifié. Les résultats obtenus ont également été comparés à ceux
d’une autre équipe (Ecole des Mines de Nancy, C. G’sell), et ont concerné différents
types de polymères.
La reproductibilité des essais a été testée en comparant les courbes de réponse
ainsi que les courbes de variation de volume de quelques éprouvettes sollicitées à
différents niveaux de déformation. La figure II.8 illustre la bonne concordance des
résultats obtenus à partir de 10 éprouvettes (5x2 faces) sollicitées à ε = 10 −3 s −1 .
Signalons que les fluctuations thermiques produisent des variations de volume qui
participent du bruit de fond.

II.5 Définitions des grandeurs mesurées


Avant de présenter les résultats expérimentaux, nous proposons de définir les
paramètres permettant de caractériser l’évolution des propriétés apparentes du
matériau. Ces propriétés mécaniques évoluent au cours de la déformation, jusqu’à la
rupture, et dépendent de l’orientation α. Elles résultent de phénomènes physiques
couplés : viscoélasticité, endommagement, réarrangement de nature irréversible…
C’est la raison pour laquelle nous utiliserons plutôt la notion de propriétés
apparentes. De plus, nous considèrerons systématiquement la dépendance des
résultats en fonction de α, même si l’effet d’anisotropie, observé notamment sur les
courbes de traction, reste relativement faible dans le domaine des petites
déformations.

47
100

α= ° ε=
90

80

70
Contrainte vraie (MPa)

60

50

40

30

20

10

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-10
déformation axiale

0,1

α= ° ε=
0,08

0,06
Déformation volumique

0,04

0,02

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-0,02

-0,04

-0,06
Déformation axiale

Fig. II.8 : Reproductibilité mise en évidence sur 5 éprouvettes sollicitées à différents niveaux de
déformation. Essais de traction et courbe contrainte - déformation (a) et déformation
volumique - déformation axiale (b).

Dans le cas des essais de charge – décharge - recharge, l’évolution des propriétés
el el
élastiques apparentes, E1, ν12 , ν13 , peut être caractérisée grâce à l’enregistrement
des déformations ε 22 et ε 33 , lors des séquences de décharge (jusqu’à la contrainte
nulle) - recharge, effectuées toujours à la même vitesse de déformation.

48
Ces grandeurs apparentes sont représentées sur la figure II.9, où une courbe
contrainte – déformation, σ 11 (ε 11 ) , est accompagnée de l’évolution de la déformation
volumique, tr ε(ε 11 ) , ainsi que de celle des déformations transverses, ε 22 (ε 11 ) et
ε 33 (ε 11 ) .

Fig. II.9 : (a) Mesure du module de Young apparent : pente moyenne HD ; (b) Détermination de
coefficients de Poisson apparents lors de la décharge.

A partir de la détermination des différentes pentes, nous avons accès à l’évolution du


module d’élasticité du matériau. Nous définissons donc E10 le module d’élasticité
initial, déterminé à partir de la pente à l’origine, et E1 (ε 11 ) le module d’élasticité
apparent intégrant les effets d’endommagement au cours de la déformation, (pente
DH).
L’évolution du coefficient de Poisson ayant une incidence directe sur la
variation de volume du matériau, l’étape suivante consiste à analyser les courbes de
réponse tr ε(ε 11 ) , ε 22 (ε 11 ) et ε 33 (ε 11 ) notamment pour les cycles de décharge-
el el
ε 33
el
recharge, figure II.9-b. Nous avons donc ν13 (ε11 ) = − el
et ν12
el
(ε11 ) = − ε 22el , β 0
ε11 ε 11
désignant la pente à l’origine, et β(ε11 ) la pente après déformation. Les coefficients

49
0 0
de Poisson initiaux ν12 et ν13 , sont estimés à partir des mesures de diverses
déformations à l’origine, et la déformation volumique élastique vérifie :
ε el el el el el
( el el
v (ε11 ) = ε11 + ε 22 + ε 33 = ε11 1 − ν12 − ν13 ) (II.8)

Il est possible de relier les pentes β 0 et β(ε11 ) aux coefficients de Poisson :

ε el
v (ε11 )
β(ε11 ) = el
ε11
( el
= 1 − ν12 el
− ν13 ) (II.9)

ce qui conduit à l’introduction d’un coefficient de Poisson apparent moyen, ~


ν.
el el
~ ν12 + ν13
ν= (II.10)
2
nous permettant d’écrire :
β(ε ) = (1 − 2~
11 ν) (II.11)

II.6 Conclusion
Comme nous l’avons souligné précédemment, différents modes de déformation
peuvent coexister et se développer au sein d’un polymère semi-cristallin sous
sollicitation mécanique. Ces processus de déformation débouchent rapidement lors
de la traction sur une localisation macroscopique (striction). La recherche d’une loi
de comportement intrinsèque caractérisant le comportement doit donc tenir compte
de ce phénomène important, et faire appel à une évaluation des champs de
déformation locaux. C’est ce qui explique notre choix d’une morphologie particulière
de la partie utile : rayons de raccordement assez grands, volume utile de 6x6x6mm3.
La déformation se localise dès le début de l’essai dans ce volume complètement
recouvert par les 7 taches. La technique de VidéoTraction©, et en particulier la
méthode des 2x7 taches mise en œuvre dans cette étude, donne accès au
comportement mécanique vrai et à la variation de volume jusqu’aux très grandes
déformations.

50
CHAPITRE III
RESULTATS EXPERIMENTAUX

III.1. Comportement mécanique du polyéthylène à haute densité


obtenu par extrusion sous forme de plaque
Les éprouvettes de traction sont prélevées dans des plaques extrudées anisotropes
et supposées plus particulièrement orthotropes (figure III.1). Tous nos résultats de
sollicitation uniaxiale seront donc présentés en fonction de la direction de
prélèvement α dans le plan de la plaque. Par commodité, on considèrera un repère
orthogonal lié à chaque éprouvette. Ce repère est constitué des trois directions :
axiale 1, et transversales 2 et 3, auxquelles se rapportent les déformations
respectives ε11, ε 22 , ε 33 .

Fig. III.1. Plaques de PEHD obtenues par extrusion et direction α de prélèvement des
éprouvettes. DE, DT : directions transverse et d’extrusion.

Les déformations ε 22 , ε 33 mesurées au cours de la sollicitation, dans les directions 2


et 3 nous sont donc fournies par la technique de Vidéotraction, mise en œuvre sur
des couples d’éprouvettes de même orientation. Pour assurer la cohérence des
résultats, notamment en terme d’estimation de la contrainte vraie (nécessitant une
correcte estimation de la section vraie), en fonction des différentes déformations
dans les directions 1, 2, et 3, il nous a semblé nécessaire de représenter les
réponses dans le diagramme force – déformation dans la direction 1.
La figure III.2 rassemble l’ensemble des résultats pour des angles α de 90, 60, 45,
30 et 0° par rapport à la direction d’extrusion. Sa uf spécification, tous nos essais ont
été effectués à la même vitesse de déformation contrôlée ε = 10 −3 s −1 et à 20°C.
Au vu de ces premiers résultats, on peut constater que, hormis pour la direction
d’extrusion (α=0), toutes les directions de prélèvement présentent une différence
mesurable entre les déformations dans les sens transverses 2 et 3. L’hypothèse
d’isotropie transverse ne sera donc pas retenue dans cette étude. Autrement dit,
cela signifie que la méthode de 2x7 tâches, impliquant l’utilisation de couples

51
d’éprouvettes, permet de s’abstraire de l’hypothèse d’isotropie transverse et conduit
à une estimation plus précise de la variation de volume. Par ailleurs, toutes ces
courbes (figure III.2) montrent une très bonne concordance des réponses au sein de
chaque couple d’éprouvettes : même réponse force - déformation axiale ε1 .

1000
900
800
700
Force axiale ( N )

600
500
400
300
200
100 −
α= ° ε=
0
-1 -0,8 -0,6 -0,4 -0,2 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale (ε 11, ε 22 et ε 33)

1000
900
800
700
Force axiale ( N )

600
500
400
300
200
100 −
α= ° ε=
0
-1 -0,8 -0,6 -0,4 -0,2 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale (ε 11, ε 22 et ε33)

1000
900
800
700
Force axiale ( N )

600
500
400
300
200
100 −
α= ° ε=
0
-1 -0,8 -0,6 -0,4 -0,2 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8

Déformation axiale (ε 11, ε 22 et ε 33)

52
1000
900
800
700

Force axiale ( N ) 600


500
400
300
200

100 α= ° ε=
0
-1 -0,8 -0,6 -0,4 -0,2 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8

Déformation axiale (ε 11, ε 22 et ε 33)

1000
900
800
700
Force axiale ( N )

600
500
400
300
200

100 α= ° ε=
0
-1 -0,8 -0,6 -0,4 -0,2 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8

Déformation axiale (ε 11, ε 22 et ε 33)

Fig. III.2. Courbes de réponses brutes de force appliquée en fonction des déformations
(ε ε ε ). Résultats donnés en fonction de l’angle par rapport à la direction d’extrusion.

La figure III.3 regroupe tous ces résultats en termes de force – déformation axiale ε11 ,
et montre que l’effet de α est plus marqué aux grandes déformations. La position du
maximum de force ne semble pas dépendre significativement de l’angle α. On notera
enfin la présence d’un point d’intersection aux alentours de ε11 ≈ 0,3 , quelle que soit
la direction de prélèvement, de part et d’autre duquel l’effet de l’angle α est inversé.
L’anisotropie se fait ressentir surtout en grandes déformations, i.e. au delà de
ε11 ≈ 0,7 à 0,8 . Les éprouvettes prélevées dans la direction d’extrusion sont
quasiment isotropes transverses. Les courbes de réponse exprimées en fonction de
la contrainte vraie sont données figure III.4 pour les différentes orientations
d’éprouvettes.

53
1000

900

800

700
Force axiale (N)

600

500

400

300

200

100

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale

Fig. III.3. Ensemble des courbes de réponse force – déformation axiale ε en fonction de la
direction de prélèvement. Cercle rouge : zone d’interversion de l’effet de l’orientation.

100

90

80

70
Contrainte vraie (M Pa)

60

50

40

30

20

10

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8

Déformation axiale

Fig. III.4 : Courbes de réponse contrainte vraie - déformation axiale ε en fonction de


l’orientation des éprouvettes.

54
III.2 Analyse mécanique des instabilités rencontrées au cours des
essais de traction uniaxiale
Nous avons été confrontés à un certain nombre de particularités de comportement,
somme toute classiques, mais que nous avons voulu clarifier. Il s’agit en premier lieu
du phénomène bien connu de striction, qui apparaît assez tôt au cours de l’essai
pour ce type de matériau polymère. Nous proposons de revenir sur la modélisation
mécanique, au vu de nos propres résultats expérimentaux.
Sous des conditions de sollicitation mécanique isotherme et à vitesse de déformation
constante, nous supposons valide le critère de localisation de la déformation suivant :
dF = 0 (III-1)
ce qui se traduit par :
dσ dS
=− (III-2)
σ S
Le volume initial V0 = S0 l0 occupe le domaine des 7 tâches de la Vidéotraction.
Dans notre cas, la déformation y est uniforme. Sur le plan expérimental, nous
mesurons :

ε = ε +ε +ε = (III-3)

où V = Sl représente le volume actuel. On obtient donc

= ε +ε +ε
= ε +ε
(III-4)

d’où
= ε +ε
ε + ε (III-5)

soit

= ε + ε (III6)

Le critère s’écrit à nouveau


σ
=− ε + ε ≠ ε (III-7)
σ
où les déformations transversales ε et ε sont connues, puisqu’elles sont données
expérimentalement à chaque instant, en fonction de la déformation axiale appliquée
ε . Notons que la vitesse de déformation, ε , est maintenue constante en cours
d’essai. La condition de déformation localisée peut également s’exprimer sous la
forme :
σ  ε ε 
= −σ  +  (III -8)
ε  ε ε 

relation que nous écrirons

55
σ
=σ (III -9)
ε

en posant
 ε ε 
σ = −σ  +  (III -10)
 ε ε 

Cette formulation diffère un peu du même critère à volume constant. La figure III.5
montre la cohérence du critère d’instabilité dF=0 (ou bien ε = sur la courbe
σ
effort – déformation axiale) et de la forme équivalente = σ provenant de la
ε
σ
courbe de traction exprimée en contrainte – déformation ( ) et de la variation de
ε
 ε ε 
volume mesurée par Vidéotraction  +  . Ce résultat semble indépendant de
 ε ε 
la vitesse de déformation (une seule décade explorée ici). On trouve 2, (voire 3),
points vérifiant la condition dF = 0 .

?
ème
Fig. III.5. Illustration du critère d’instabilité aux deux points dF=0 et probablement à un 3
point correspondant à la rupture du matériau, (point désigné par « ? »).

Les figures III.6, III.7, III.8, III.9 et III.10 montrent la différence entre les prévisions du
critère de Considère à volume constant et de la présente formulation, pour les
orientations de 0° et 90°. Cette différence est sur tout marquée aux grandes
déformations, notamment pour la deuxième instabilité correspondant au minimum de
la réponse en force. La première instabilité apparaissant au voisinage de 0,1 est
décrite de la même façon par les deux approches.

56
140

120

α= ° ε=
100
Contrainte vraie (MPa)

80

60

40

20

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale

140 1000

900
120
− 800
α= ° ε=
100 700
Contrainte vraie (MPa)

Force axiale (N)

600
80

500
60
400

40 300

200
20
100

0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale

[Link].6. Prévisions du critère d’instabilité à volume constant (intersection de


σ ε et σ ) et
~
à volume variable (intersection de σ ε et σ ), pour l’orientation de 0°. Ces constructions
doivent être interprétées en comparant avec la figure donnant ε .

57
140

120

α= ° ε=
100
Contrainte vraie (MPa)

80

60

40

20

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale

140 1000

900
120
800

α= ° ε=
Contrainte vraie (MPa)

100 700
Force axiale (N)

600
80
500
60
400

40 300

200
20
100

0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale

Fig. III.7. Prévisions du critère d’instabilité à volume constant (intersection de


σ ε et σ ) et
~
à volume variable (intersection de σ ε et σ ), pour l’orientation de 45°. Ces constructions
doivent être interprétées en comparant avec les figures donnant ε .

58
140

120

α= ° ε=
100
Contrainte vraie (MPa)

80

60

40

20

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale

140 1000

900
120
800

α= ° ε=
100
Contrainte vraie (MPa)

700
Force axiale (N)

600
80
500
60
400

40 300

200
20
100

0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale

Fig. III.8. Prévisions du critère d’instabilité à volume constant (intersection de


σ ε et σ ) et
~
à volume variable (intersection de σ ε et σ ), pour l’orientation de 90°. Ces constructions
doivent être interprétées en comparant avec la figure donnant ε .

59
140 1200

120
1000

α= ° ε=
Contrainte vraie (MPa)

100
800

Force axiale (N)


80
600
60

400
40

200
20

0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale

140 1200

120
1000

α= ° ε=
Contrainte vraie (MPa)

100
800
Force axiale (N)

80
600
60

400
40

200
20

0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale

Fig. III.9. Illustration du critère d’instabilité avec la forme équivalente σ ε = σ prenant en


compte la variation de volume mesurée par Vidéotraction. Ces résultats concernent les
−3
vitesses de déformation respectives de 5 × 10 s −1 et 10 −2 s −1 , pour l’orientation de 0°.

60
160 1200

140
1000

120 α= ° ε=
Contrainte vraie (MPa)

800

Force axiale (N)


100

80 600

60
400

40

200
20

0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale

160 1200

140
1000

120 α= ° ε=
Contrainte vraie (MPa)

800
Force axiale (N)

100

80 600

60
400

40
200
20

0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale

Fig. III.10. Illustration du critère d’instabilité avec la forme équivalente σ ε = σ prenant en


compte la variation de volume mesurée par Vidéotraction. Ces résultats concernent les
−3
vitesses de déformation respectives de 5 × 10 s −1 et 10 −2 s −1 , pour l’orientations de 90°.

61
III.3 Evolution du module de Young apparent en fonction de la
direction de prélèvement α
La figure III.11 montre une réponse typique correspondant à des cycles de charge –
décharge puis recharge. Malgré le fait que le comportement observé durant ces
cycles résulte de plusieurs phénomènes microscopiques complexes, (dont nous
avons évoqué quelques aspects dans le chapitre I, sur l’état de l’art), nous
proposons de considérer la pente moyenne de charge – décharge (droite en rouge
sur la figure III.11). Cette mesure, qui peut paraître subjective, sera davantage
discutée ultérieurement, notamment sous l’angle de l’endommagement et de la
viscoélasticité. Dans la suite de ce texte, nous parlerons donc de « module de Young
apparent » pour caractériser cette pente, étant entendu que cette mesure recouvre
une réalité fort complexe, mais qui n’en demeure pas moins un précieux indicateur
de l’endommagement.
110

100 α= ° ε=
90
Contrainte vrai (MPa)

80
70
60
50
40
30
20
10
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale

Fig. III.11. Mesure de la raideur apparente au cours des cycles de décharge – recharge.

100

90

80
Contrainte vraie (M Pa)

70

60

50

40

30

20

10

0
0,00 0,20 0,40 0,60 0,80 1,00 1,20 1,40 1,60 1,80
Déformation axiale

Fig. III.12. Evolution de la raideur apparente correspondant aux différentes orientations.

62
Les figures III.12 et III.13 illustrent la réponse contrainte – déformation correspondant
aux différentes orientations α =0 à 90°. Les pentes de décharge correspondent à de s
pentes moyennes joignant les deux extrémités des courbes de décharge - recharge.
Les points représentés en mauve (Figure III.13 a-b) montrent l’évolution complexe du
module de Young apparent mesuré dans la direction de traction 1 en fonction de ε11 .

100 1400
contrainte-déformation
(a) 90 module d'élasticité
1200
80

α= ° ε=

Module d'élasticité (MPa)


Contrainte vraie (MPa)

70 1000

60
800
50
600
40

30 400

20
200
10

0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale

(b) 100 1400


contrainte - déformation
90 module d'élasticité
1200
80
( α = 0 °, ε = 0.001 s −1 )
Module d'élasticité (MPa)
Contrainte vraie (MPa)

70 1000

60
800
50
600
40

30 400
20
200
10

0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8

Déformation axiale

Fig. III.13. (a) et (b), Réponse contrainte –déformation correspondant aux deux orientations
α = 0 et 90°. Les pentes de décharge correspondent à de s pentes moyennes joignant les deux
extrémités des courbes d’hystérésis de décharge - recharge. Les points représentés en mauve
traduisent l’évolution du module de Young apparent mesuré dans la direction axiale 1.

L’ensemble des évolutions du module de Young apparent mesuré dans la direction 1


en fonction de la déformation ε11 , pour les différentes orientations d’éprouvettes est
représentée dans la figure III.14.

63
Pour toutes les orientations, on mesure une forte chute de ce module apparaissant
dès le début de la déformation et atteignant 1/4 des valeurs initiales vers ε11 ≈ 0,5 .
Cette forte chute, associée traditionnellement au phénomène d’endommagement est
indépendante de l’anisotropie (pour notre matériau). Elle est suivie d’une
consolidation significative allant jusqu’aux 2/3 des valeurs initiales du module au
moment de la rupture. Ces observations feront l’objet d’une discussion ultérieure.
1400

1200
Module d'élasticité apparent (MPa)

1000

800

600

400

200

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale

Fig. III.14. Evolution du module de Young apparent dans la direction 1 en fonction de la


déformation ε11 , pour les différentes orientations d’éprouvettes.

III.4 Evolution des coefficients de Poisson ν12 et ν13 et de la variation


de volume en fonction de la déformation
La variation de volume, appelée également « déformation volumique », définie par
δV / V = tr ε = ε11 + ε 22 + ε 33 , où V désigne le volume actuel, est présentée sur les
figures III.15, III.16, III.17 et III.18 en fonction de la déformation ε11 pour les
différentes orientations.
La figure III.15 met en exergue l’écart à l’isotropie transverse pour les directions 30,
45, 60 et 90°. Nous remarquons sur la figure III.18 , que la variation de volume peut
avoisiner la dizaine de pourcents pour notre matériau, notamment pour les
éprouvettes prélevées dans la direction d’extrusion.
La première phase d’augmentation de volume s’étendant jusqu’aux alentours des 5%
de déformation, et correspond à une variation de déformation quasi élastique.
Concernant la direction (α = 0°), cette phase est suivie d’une période de défo rmation
à volume presque constant jusqu’à 60%, puis d’une forte augmentation se
développant jusqu’à la rupture, (figure III.18).

64
Ces résultats montrent également que l’anisotropie se fait surtout ressentir sur la
variation de volume, et agit donc davantage sur les phénomènes microscopiques
d’endommagement sous-jacents plutôt que sur la réponse globale en contrainte-
déformation ou sur le module de Young, comme nous avons pu le voir
précédemment, (figures III.12 et III.14). L’évolution de la déformation volumique est
totalement différente pour la direction α = 90°, figure III.18. Elle atteint moins de 2% à
rupture, et présente une contraction (valeur négative traduisant une diminution du
volume) du même ordre de grandeur vers ε11 ≈ 0,60 .

0
-1,2 -1 -0,8 -0,6 -0,4 -0,2 0

-0,2

-0,4
( ε = 0.001 s −1 )

-0,6
ε

-0,8

-1

-1,2
ε 33

Fig. III.15. Mise en évidence de l’anisotropie par le biais des


déformations transversales ε 22 et ε 33 .

-0,1

-0,2

-0,3
( ε = 0.001 s −1 )
-0,4
ε 22

-0,5

-0,6

-0,7

-0,8

-0,9

-1
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
ε 11

Fig. III.16. Evolution de la déformation ε 22 en fonction de la déformation axiale ε11 .

65
0

-0,1

-0,2

-0,3 ( ε = 0.001 s −1 )

-0,4
ε33

-0,5

-0,6

-0,7

-0,8

-0,9
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
ε11

Fig. III.17. Evolution de la déformation ε 33 en fonction de la déformation axiale ε11 .

0,1

0,08

0,06
Déformation volumique

0,04

0,02

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8

-0,02

-0,04
Déformation axiale

Fig. III.18. Evolution de la déformation volumique en fonction de la déformation axiale pour les
différentes orientations d’éprouvettes.

66
III.5 Mesure des coefficients de Poisson ν12 et ν13
L’estimation des coefficients de Poisson que nous présentons dans ce mémoire a
été réalisée durant les phases de déchargement, (figure III.19).
Nous sommes conscients que lors du déchargement, l’éprouvette est le siège de
phénomènes complexes tels que la relaxation dynamique et la refermeture des
microcavités se superposant à la déformation viscoélastique. Nous parlerons donc
de coefficients de Poisson apparents, puisque nous ne pouvons faire clairement,
c’est-à-dire sans hypothèse, la part des différentes contributions intervenant dans la
déformation totale ε11 .

Fig. III.19. (a)-Mesure des déformations élastiques apparentes lors de la décharge : (b)-Courbe
de déformation volumique en fonction de la déformation ε1 et variations de tr ( ε) et de ε11

considérées lors de la décharge (cf. équation III.13).

Les coefficients de Poisson apparents sont donc estimés par les rapports suivants :
élast
δε élast
22 δε 33
ν 12 = − élast
ν 13 = − élast
(III.11)
δε 11 δε 11
De même pour la variation de volume élastique, on obtient l’expression :
δV élast élast
= (1 − ν 12 − ν 13 ) δε 11 (III.12)
V
avec V = V(ε 11 ) , ν 12 = ν 12 (ε 11 ) , ν 13 = ν 13 (ε 11 ) , où ε11 désigne la prédéformation
totale atteinte avant la décharge. On peut également introduire le coefficient de
1
Poisson moyen ν = (ν12 + ν13 ) , et reproduire son évolution, comme le montre la
2
figure III.20.
1
D’autre part, on remarque que les coefficients de Poisson moyens, ν = (ν12 + ν13 ) ,
2
sont quasiment identiques pour toutes les éprouvettes prélevées dans les différentes

67
directions d’extrusion, et que les coefficients individuels, ν12 et ν13 peuvent être
supérieurs à 0,5, (figure III.24).
0,6

0,5
ν)

0,4
Coefficient de Poisson (

0,3

0,2

0,1

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale

Fig. III.20. Evolution du coefficient de Poisson moyen en fonction de la déformation appliquée


ε11 , à ε = 10 −3 s−1 , pour les angles de α =0° à α = 90° .

La phase de décharge est également examinée sur le diagramme donnant la


variation de volume en fonction de la déformation. Les résultats, comme le montre la
figure III.21, révèlent une décharge quasiment linéaire, dont la pente varie avec la
prédéformation. Nous avons cherché à saisir le sens de cette apparente linéarité,
que nous avons représentée de façon schématique sur la figure III.19-b. Cette
linéarité s’explique assez bien, notamment si l’on considère la définition de la
variation de volume. En effet, nous avons :
δ( tr ε ) = δε1élast + δε élast
2 + δε 3élast
(III.13)
= δε1élast [1 − ν12 − ν13 ]

or les coefficients de Poisson, qui ne sont fonctions que du niveau de prédéformation


ε11 , sont constants au cours de chaque décharge, d’où la linéarité.
On notera également que, dans toutes nos expériences (figure III.22 pour l’ensemble
des résultats en fonction de l’orientation), la décharge produit systématiquement une
variation de volume négative, correspondant à une contraction de la matière, alors
que la contrainte σ11 retourne à zéro.

68

α= ° ε=

Fig. III.21. Déformation volumique en fonction de la déformation axiale pour l’orientation α =0.
Les différentes interruptions correspondent aux séquences de décharge – recharge des
figures III.5, III.6, III. 7.

0,1

0,08

0,06
Déformation volumique

0,04

0,02

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-0,02

-0,04

-0,06
Déformation axiale

Fig. III.22. Evolution de la déformation volumique en fonction de la déformation axiale ε11 , et


pour les différentes orientations d’éprouvettes. Les segments linéaires correspondent aux
séquences de décharge et recharge.

Les déformations ε 22 , ε 33 ont donc été enregistrées au cours des séquences de


décharge-recharge (Figure III.23-a, b et III.24). C’est d’ailleurs ce qui nous a permis

69
d’accéder à la variation de volume au cours de ces séquences. Les résultats (figure
III.23-b) montrent une forte différence entre υ12 et υ13 pour la direction à 90° de la
direction d’extrusion, comparativement à la direction à 0° (figure III.23-a). La figure
III.24 montre l’évolution de υ12 et υ13 en fonction de la déformation, pour toutes les
orientations explorées.

Fig. III.23. (a) et (b), Evolutions concomitantes des coefficients de Poisson et de la déformation
volumique, pour α = 0 et 90°. Les décharges –recharges sont égalemen t représentées de façon
tangentes.

70
Fig. III.24. Evolution du coefficient de Poisson υ12 et υ13 en fonction de la déformation axiale
pour les différentes orientations d'éprouvettes.

III.6 Effet de l’épaisseur des éprouvettes sur les réponses du


matériau.
Les éprouvettes ont été usinées dans des plaques obtenues par extrusion, ce qui
produit souvent dans ce cas des problèmes de gradients de contrainte, voire de
gradients de microstructure dans l’épaisseur.
Nous avons donc voulu préciser ce phénomène, et surtout quantifier ses effets sur le
comportement du matériau, en choisissant deux épaisseurs.

71
L’épaisseur d’origine de la plaque était de 6mm, nous avons également obtenu des
épaisseurs 3mm par fraisage des mêmes plaques. Notons que les éprouvettes ont
subi un traitement thermique de recuit sous vide à 120°C pendant 24h après usinage.
L’effet de l’épaisseur est très nettement visible, notamment sur les courbes de
variation de volume (figure III.25 1 , III.26, III.27), en particulier dans le cas des
éprouvettes prélevées à 90° de la direction d’extru sion, (figures III.26). Le détail des
déformations transversales ε 22 , ε 33 est donné sur la figure III.28 pour les orientations
0 et 90°.


α= ° ε=


α= ° ε=

Fig. III.25. Courbe de traction relatives à deux éprouvettes d’épaisseur 3 et 6 mm.

1
Cet effet sur la contrainte est faible mais significatif et reproductible ; il est de l’ordre de grandeur de
l’effet de l’anisotropie.

72
0,2

0,15

α= ° ε=
Déformation volumique

0,1

0,05

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8

-0,05

-0,1
Déformation axiale

Fig. III.26. Déformation volumique en fonction de l’épaisseur des éprouvettes, pour α = 90° .

0,1

0,09

0,08 −
α= ° ε=
0,07
Déformation volumique

0,06

0,05

0,04

0,03

0,02

0,01

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8

Déformation axiale

Fig. III.27. Déformation volumique en fonction de l’épaisseur des éprouvettes, pour α = 0° .

73
0
(a)
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-0,1

-0,2
ε ε

-0,3
Déformation transverse (

-0,4

-0,5

-0,6

-0,7

-0,8

-0,9 α= ° ε=

-1
Déformation axiale

0
(b)
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-0,1
)

-0,2
ε 33, ε

-0,3
Déformation transverse (

-0,4

-0,5

-0,6

-0,7


-0,8 α= ° ε=

-0,9
Déformation axiale

Fig. III.28. Déformations dans les directions 2 et 3 en fonction de la déformation axiale, pour les
éprouvettes de 3 et de 6 mm prélevées à 0° (a) et 9 0° (b).

En résumé, nous dirons que nos observations indiquent une dépendance notable de
la réponse mécanique avec l’épaisseur ; ce qui est probablement dû à une
hétérogénéité présente à l’échelle macroscopique et produite par les procédés de
mise en oeuvre (extrusion et usinage ultérieur). Remarquons que ce phénomène est
déjà bien documenté dans la littérature, [Haud 95].

74
III.7 Etude de la sensibilité à la vitesse de déformation
La technique de Vidéotraction ne permet pas de faire varier la vitesse de déformation
sur une plage étendue (quelques décades par exemple). Les performances du
système d’acquisition employé conjuguées au grand nombre de données provenant
notamment des grandes déformations, nous ont permis de n’explorer qu’une plage
allant de 10-2 à 10-3 s-1. Les principaux résultats sont représentés dans les figures
III.29 et III.30 pour les orientations extrêmes, 0 et 90°. L’effet de la vitesse est
conforme à ce que l’on observe dans le cas des matériaux viscoplastiques, (figure
III.29-a et III.30-a).
110
(a)
100

90
Contrainte vraie (M Pa)

80

70

60

50

40

30

20

10

0
0,00 0,20 0,40 0,60 0,80 1,00 1,20 1,40 1,60 1,80
Déformation axiale

0,14
(b)
0,12

0,1
Déformation volumique

0,08

0,06

0,04

0,02

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-0,02

Déformation axiale

Fig. III.29. (a) et (b), Evolution de la contrainte vraie et de la déformation volumique en fonction
de la déformation axiale pour différentes vitesses de sollicitation cycles de charge – décharge,
α = 0° .

75
.
110
(a)
100

90

80
Contrainte vraie (MPa)

70

60

50

40

30

20

10

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8

Déformation axiale

0,08
(a)

0,06
Déformation volumique

0,04

0,02

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8

-0,02

-0,04
Déformation axiale

Fig. III.30. (a) et (b), Evolution de la contrainte vraie et de la déformation volumique en fonction
de la déformation axiale pour différentes vitesses de sollicitation cycles de charge – décharge,
α = 90° .
Cette sensibilité est assez nette dans le cas de la variation de volume correspondant
à 90°. En d’autres termes, le matériau « se dilate » beaucoup moins lorsque les
extensions sont conduites à faible vitesse. Par exemple, pour ε = 10 −3 s −1 à α = 90° ,
la variation de volume devient très vite négative, figure III.30-b.

76
Nous avons également effectué des sauts de vitesses de déformation, en prenant
garde à l’ordre d’application des niveaux de vitesses : augmentation, diminution ou
séquences plus compliquées. Notre objectif était ici de mettre en évidence
d’éventuels effets mémoire, et de juger de la capacité du matériau à reprendre son
comportement initial après un régime de vitesse transitoire.
La figure III.31 montre l’évolution de la contrainte et de la déformation volumique au
cours d’un essai comportant des sauts de vitesses de déformation en partant de
10-3 s-1 puis en revenant à cette valeur. Nous remarquons que, excepté pour les
régimes transitoires suite au changement de vitesse qui s’étendent sur des plage
d’environ 5 à 6% de déformation, la réponse représentée figure III.31 s’inscrit
parfaitement dans la série de courbes de la figure III.29-a, pour la même orientation
à 0°. Cette comparaison est représentée en figure I II.34. La contrainte vraie n’est pas
très sensible aux sauts de vitesse pour cette orientation.

100 0,12

90
0,1
80

70

Déformation volumique
Contrainte vraie (MPa)

0,08
60

50 0,06

40
0,04
30

20
0,02
10

0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6

Déformation axiale

Fig. III.31. Evolution de la contrainte vraie et de la déformation volumique en fonction de la


déformation axiale avec différents sauts de vitesses, (orientation 0°).

Par ailleurs, l’interversion de l’ordre des sauts de vitesses à ε = 5 10 −3 s −1 et à


10 −2 s−1 sur de grandes plages de déformation (de l’ordre de 25 à 30%), (figure III.31
et III.32) est vite effacée par la déformation, tant au niveau de la variation de volume
que de la réponse en contrainte, (voir les 4ème séquences des figures ci-dessous)

77
100 0,12

90
0,1
80

Déformation volumique
Contrainte vraie (MPa)

70
0,08
60

50 0,06

40
0,04
30

20
0,02
10

0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6
Déformation axiale

Fig. III.32. Evolution de la contrainte vraie et de la déformation volumique en fonction de la


déformation axiale avec différents sauts de vitesses, (orientation 0°).

0,14

0,12

0,1
Déformation volumique

0,08

0,06

0,04

0,02

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8

-0,02

Déformation axiale

Fig. III.33. Evolution de la déformation volumique en fonction de la déformation axiale avec


différents sauts de vitesses, (orientation 0°).

78
110

100

90

80
Contrainte vraie (M Pa)

70

60

50

40

30

20

10

0
0,00 0,20 0,40 0,60 0,80 1,00 1,20 1,40 1,60 1,80
Déformation axiale

Fig. III.34. Evolution de la contrainte vraie en fonction de la déformation axiale avec différents
sauts de vitesses, (orientation 0°).

0,14

0,12

0,1
Déformation volumique

0,08

0,06

0,04

0,02

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8

-0,02

Déformation axiale

Fig. III.35. Evolution de la déformation volumique en fonction de la déformation axiale avec


différents sauts de vitesses, (orientation 0°).

79
110

100

90

80
Contrainte vraie (M Pa)

70

60

50

40

30

20

10

0
0,00 0,20 0,40 0,60 0,80 1,00 1,20 1,40 1,60 1,80
Déformation axiale

Fig. III.36. Evolution de la de la contrainte vraie en fonction de la déformation axiale avec


différents sauts de vitesses, (orientation 0°).

III.8 Sollicitation cyclique au cours de la décharge


Des sollicitations cycliques de décharge-recharge ont été effectuées avec des
mesures simultanées de module de Young apparent et de déformation volumique.
(Figures III.37 et III-38). Nous notons deux observations : lors d’une même séquence
de sollicitation cyclique, la raideur augmente continûment, et la déformation
volumique tend à se stabiliser autour de valeurs proches de celles de la charge, (on
peut comparer les cycles notés 1, 2 et 3 sur la figure III.38).
La figure III.38.b montre également l’évolution de la variation de volume (autour de
1%) au cours de chaque séquence de cycles, en fonction de la prédéformation.

III.9 Conclusion
Pour la plupart des résultats présentés dans cette section, nous développerons au
chapitre suivant une modélisation thermodynamique spécifique, en prenant appui,
autant que possible, sur les observations émanant d’autres études (chapitre I). Notre
démarche de modélisation est guidée par le souci de bâtir un cadre unifié permettant
d’embrasser les principales observations et mesures présentées dans le présent
chapitre. L’idéal aurait été de réaliser des campagnes d’essais, dont nous venons de
présenter les résultats les plus significatifs, en parallèles à l’observation in situ.

80
(a) 110

α= ° ε=
100

90

80
Contrainte vraie (MPa)

70

60

50

40

30

20

10

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale

(b) 0,1


α= ° ε=
0,08
Déformation volumique

0,06

0,04

0,02

0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8

-0,02
Déformation axiale

Fig. III.37. (a)-(b), Evolution de la réponse cyclique suite à de séquences de décharge-recharge


à différents niveaux de prédéformation, orientation 0°.

81
(a)

(b)

Fig. III.38. (a)-(b), Evolution de la réponse cyclique suite à des séquences de décharge-
recharge à différents niveaux de prédéformation, orientation 0°.

82
CHAPITRE IV
MODELISATION DU COMPORTEMENT MECANIQUE DU
POLYETHYLENE A HAUTE DENSITE
APPROCHE THERMODYNAMIQUE

IV.1. Introduction
L’objectif de notre modélisation consiste à rendre compte du comportement
mécanique du PEHD semi-cristallin, sollicité en grandes déformations et présentant
des effets d’endommagement assez marqués. Pour aborder ce problème, nous
proposons en premier lieu de présenter les fondements généraux de notre approche
thermodynamique des lois de comportement (initialement développée par C. CUNAT
[Cun 85] [Cun 88] [Cun 91] [Cun 96] [Cun 01]). Cette approche, dont le sigle est
« DNLR » (Distribution of Non–Linear Relaxations) s’inscrit dans le cadre de la
Thermodynamique des Processus Irréversibles, (TPI), et plus particulièrement de la
Thermodynamique de la Relaxation. Elle est appliquée au cas des milieux continus.
Nous tenterons donc de décrire puis d’adapter l’approche DNLR au PEHD dont les
spécificités ont été évoquées tant sur le plan microstructural qu’expérimental
(respectivement dans les chapitres I et III).
Ce travail de modélisation s’est appuyé, dès le début de notre étude, sur les
développements et les apports de Kaïs M’RABET qui avait limité son domaine de
modélisation à moins de ε = 0, 8 , sur le même matériau [Kaï 03], ainsi que sur celui
d’autres précurseurs du groupe. Mais pour notre part, nous avons apporté l’aspect
tridimensionnel de la modélisation et proposé une première modélisation de la
variation de volume liée à l’endommagement sous sollicitation. L’anisotropie est
également prise en compte.

IV.2. Positionnement du problème sur le plan thermodynamique


Comme cela est possible en TPI, le comportement thermodynamique d’un milieu
continu est traité par le biais d’une analyse des phénomènes de « relaxation »
(réorganisations internes) qui gouvernent localement l’évolution hors équilibre du
Volume Elémentaire Représentatif (VER). Ce travail se fait en intégrant des
connaissances d’ordre microscopique (physico-chimie des mécanismes mis en jeu
lors des sollicitations) ou macroscopique (analyse phénoménologique des réponses).

83
L’approche DNLR, qui consiste à analyser avec précision les conditions de retour
vers l’équilibre, est fondée principalement sur :
• une partition des mécanismes en modes dissipatifs normaux de
relaxation ;
• une description de leur cinétique selon une approche de type Eyring.

A la mise sous sollicitation, la microstructure peut prendre un certain retard. Le milieu


est alors dans un état de fluctuation hors équilibre. C’est donc d’une part l’évolution
de son équilibre avec les sollicitations et d’autre part, les cinétiques propres qui
engendrent des retards pour la microstructure, et donc des états de fluctuation qu’il
nous convient d’appréhender pour modéliser l’évolution des lois d’état.
Le formalisme est établi en terme de contraintes à l’échelle d'un VER, à l'intérieur
duquel on étudie le comportement au niveau microscopique. Ce VER est considéré
comme un milieu continu à part entière vérifiant les deux hypothèses suivantes :
i) il est suffisamment petit pour que toutes les variables intensives le
caractérisant puissent être approximées par leur valeur moyenne (état local
uniforme). Ce milieu continu équivalent uniformisé est ainsi exempt de tout gradient.
On exclut notamment tout transfert thermique ou de matière en son sein. Dans
l’analyse des processus irréversibles, seuls des phénomènes de relaxation
interviendront donc, (réaction chimique par exemple) ;
ii) il est considéré comme un système fermé en cours de perturbation, siège
de multiples réorganisations internes. Ce VER passe d’un état instantané de non
équilibre à un état d’équilibre interne, dit relaxé, et fait l’objet de processus dissipatifs
intégrant la mémoire et l’histoire du matériau. Rappelons que cette hypothèse de non
équilibre local est en contradiction avec la thermodynamique classique, où l’on
suppose l’état local constamment en équilibre.
L’approche DNLR s’appuie fondamentalement sur une généralisation de la relation
de Gibbs, laquelle combine à la fois le premier principe (conservation de l’énergie
globale) et le second principe (non conservation et production positive d'entropie) de
la thermodynamique pour décrire les milieux hors équilibre. Il est donc possible de
décrire le comportement hors équilibre par l'introduction d’un potentiel
thermodynamique approprié. En effet, de nouvelles variables internes y sont
introduites, pour décrire les microstructures et les mécanismes du milieu,
augmentant de ce fait le nombre total de variables indépendantes.
Habituellement, les formulations thermodynamiques utilisant des variables internes
permettent d’obtenir des lois d’évolution et des lois complémentaires intégrant les
aspects cinétiques [Lem 85]. On propose un pseudo-potentiel de dissipation dans le
but d’obtenir les lois complémentaires.
En revanche, dans l’approche DNLR, le comportement non linéaire des matériaux dû
aux différents processus microscopiques (mouvements et interactions de

84
dislocations dans un matériau cristallin par exemple) est associé à des
réarrangements assimilés à des réactions chimiques dont la stœchiométrie est mal
définie. On exploite donc le concept d’affinité de DE DONDER [Don 36] pour décrire
les milieux en cours de réaction chimique ou de réorganisations internes [Cun 85]
[Cun 88].

IV.2.1. Potentiel thermodynamique


Le postulat principal de l’approche DNLR est le suivant : le comportement local à
l’échelle du VER peut être décrit par un potentiel thermodynamique qui contiendra
toute l’information sur le système. On fait l’hypothèse que ce potentiel est toujours
défini, même pour des états éloignés de l’équilibre. Pour prendre en compte la
dissipation, une généralisation de la relation de GIBBS permet d’accéder à la
production d’entropie, décrivant du même coup l’irréversibilité.
Nous supposons que l’énergie interne spécifique (volumique) peut être utilisée
comme potentiel thermodynamique généralisé de GIBBS :
u = u(s, ε, n) , soit u = Ts + σ : ε + .n (IV.1)

Les différentes grandeurs sont : s l’entropie, ε le tenseur des déformations, et n le


vecteur représentant le nombre de moles constituant le système. A ces grandeurs
sont associées les variables duales : T la température, σ le tenseur des contraintes
de Cauchy, et l’ensemble des potentiels chimiques.

En terme de vitesse, l’évolution du potentiel pour un milieu uniforme hors équilibre est
décrite de la façon suivante :
u = Ts + σ : ε + . n (IV.2)

Cette relation de GIBBS généralisée (IV.2) est complétée par la relation de


GIBBS-DUHEM, décrivant les variations sous-jacentes des forces
thermodynamiques :
0 = Ts + σ : ε + .n (IV.3)

Notons que pour un système fermé, le terme . n , traduit les réactions chimiques de
k constituants, n permet donc de prendre en compte les réorganisations et réactions
internes. Selon DE DONDER, les vitesses réactionnelles s’expriment selon la relation
n = ν . z , où le terme ν désigne le coefficient de stœchiométrie des espèces
chimiques dans les différentes réactions internes, et z le degré d’avancement de ces
réactions. DE DONDER en a déduit la définition du concept d’affinité d’une réaction
pour caractériser l’état de non équilibre d’un milieu uniforme : A = − .ν . À cette force
généralisée que représente l’affinité, on associe les variables internes (duales) notées
z = z1,......, z N . On peut donc réécrire la relation de GIBBS de la façon suivante :
85
u = Ts + σ : ε + .ν. z (IV.4)

u = Ts + σ : ε − A. z (IV.5)

Pour un VER uniforme, l’énergie interne s’exprime en fonction des variables d’état
d’origine thermique et mécanique et des variables internes d’origine microstructurale,
nous adopterons l’écriture suivante :
(
u = u(s, ε, z ) = u y , z ) (IV.6)

On peut donc écrire (IV.1) sous une forme plus condensée :


u = Y.y (IV.7)

∂u
Avec Y =
∂y
(
= T, σ, A ) qui représente la force généralisée conjuguée à

∂u
y = (s, ε, z ) , le vecteur des variables extensives. L'affinité A = −
est donc la force
∂z
thermodynamique associée aux variables internes indépendantes z . Le principe
variationnel qui prévaut à la deuxième loi de la thermodynamique induit naturellement
un retour du système vers son état d’équilibre.
Dans le cadre de notre approche, toutes les transformations irréversibles se
conçoivent comme des réactions chimiques caractérisées par les variables z , dont la
signification physique peut correspondre, par exemple, à des concentrations ou
densités de défauts, de microfissures, etc… sans qu’il soit nécessairement possible
de les mesurer par des observations directes. Par conséquent, elles ne seront pas
définies explicitement en général.
La description précédente utilisant l’énergie interne en tant que potentiel généralisé,
correspond uniquement à un jeu de grandeurs extensives comme variables de
contrôle. Or dans la pratique, et selon les conditions expérimentales, ceci est
rarement possible. Il se trouve que l’on utilise souvent d’autres jeux de variables de
commande. En effet, il est plus commode de maîtriser, par exemple, la température
que l’entropie. Il faut donc choisir un potentiel thermodynamique ψ correspondant aux
conditions expérimentales si l’on souhaite décrire aisément le système sous
sollicitation. Ce potentiel adéquat peut être obtenu par transformation de LEGENDRE
de l’énergie interne, ou même d’un autre potentiel (ANNEXE A).
D’une manière générale, pour caractériser le comportement local du VER, on
considère le nouveau potentiel ψ = ψ (γ, z ) , où γ représente l’ensemble des variables

d’états de commande ou de contrôle indépendantes, quelles soient intensives ou


extensives, variables séparées des correspondant à l’ensemble des variables
dissipatives indépendantes appelées également variables internes. La variation de ce
potentiel adapté aux conditions expérimentales s’écrit :

86
q p
dψk = ∑ βm dγ m − ∑ A j dz j (IV.8)
m=1 j=1

Où, q et p sont les dimensions respectives de grandeurs généralisées γ et z .

Les variables β m et γ m représentent respectivement les variables observables et les


perturbations du système, on a donc :
{β / γ} ≡ {T / s ; σ / ε} ou {s / T ; σ / ε} ou {T / s ; ε / σ} ou {s / T ; ε / σ}.
Ces variables observables ainsi que les affinités sont définies comme les dérivées
premières du potentiel généralisé par rapport aux variables de contrôle et aux degrés
d’avancement respectivement. Elles s’écrivent :

(
βm γ n , z j =) (
∂ψk γ n , z j ) (IV.9)
∂γ m

(
A j γm,z j = ) (
∂ψk γ n , z j ) (IV.10)
∂z j

IV.2.2. Lois d’état


Les lois d’état qui traduisent les réponses d’un système à diverses sollicitations,
relient entre elles les variables duales, que la « nature » se charge d’optimiser selon
le deuxième principe de la thermodynamique. Dans la démarche « classique », qui
consiste à introduire un formalisme complémentaire de façon à pouvoir décrire les
processus dissipatifs, en particulier l’évolution des variables internes, on admet
l’existence d’un pseudo potentiel de dissipation respectant la seconde loi de la
thermodynamique, c’est-à-dire la positivité de la dissipation (inégalité de CLAUSIUS-
DUHEM). En introduisant ensuite la règle de normalité, condition suffisante au
respect du second principe, on définit l’évolution des variables internes dans la
normale au potentiel de dissipation. On a classiquement, dans le cas d'un matériau
p ∂ϕ * p
standard [Lem 85], ε = , avec ϕ * potentiel de dissipation et ε tenseur des
∂σ
déformations plastiques.
Dans le cadre du DNLR, l’approche est différente. On introduit directement les
informations de nature cinétique dans la relation de GIBBS généralisée et donc dans
le potentiel thermodynamique, ainsi que l’autorise le formalisme de De Donder. On
admet ensuite une évolution des variables internes gouvernée par une cinétique
pouvant être non linéaire.
Les relations (IV.9) et (IV.10) établissent la dépendance des variables observables
avec les perturbations β = β(γ, z ) et permettent d’écrire les lois d’état sous la forme
différentielle traduisant la réponse d’un système à diverses sollicitations :

87
(
d βm γ n , z = ∑
∂ 2ψk γ n , z j
j
)
q
(
dγ n + ∑
p
)
∂ 2ψk γ n , z j
dz j
( ) (IV.11)
j
n=1 ∂γ m ∂γ n j=1 ∂γ m ∂z

j
(
dA γ m , z = − ∑
∂ 2ψk γ m , z j
j
)
q
dγ n − ∑
p
( )
∂ 2ψk γ m , z j j
dz
( ) (IV.12)
n=1 ∂z j∂γ n j=1 ∂γz j∂z j

d’où, sous forme matricielle :


u
β = a .γ + b.z
(IV.13)
t
A = −b .γ − g.z

u ∂ 2ψk (γ, z ) ∂ 2ψk (γ, z ) ∂ 2ψk (γ, z )


avec ; a = , b= et g=
∂γ ∂γ ∂ γ ∂z ∂z ∂z
u u
a , b et g sont les matrices de couplage. a est la matrice instantanée carrée de
TISZA pour un système non relaxé, b désigne la matrice mixte de couplage (matrice
rectangulaire), elle couple les variables d’états (contrôlables γ ) et les variables
dissipatives liée à la microstructure z . g est la matrice de dissipation pure traduisant
le couplage entres les variables internes, elle est carrée et positive.

IV.2.3. Modélisation de l’évolution des variables dissipatives.


Hypothèses de la TPI

Il s’agit maintenant de caractériser la partie dissipative de la réponse, b.z et g.z . Le


point de départ sera la Thermodynamique des Processus Irréversibles dans le
domaine linéaire, c’est-à-dire au voisinage de l’équilibre. Par la suite, le champ
d’application sera élargi au cadre non linéaire.

IV.2.3.1. Notion d’état relaxé et hypothèse simplificatrice de


linéarité thermodynamique
Cette hypothèse de nature thermodynamique suppose la linéarité au voisinage de
u
l’équilibre, ce qui implique que les coefficients des matrices a , b et g soient des
constantes, et ce qui permet de relier les forces thermodynamiques (affinités) aux
écarts des degrés d’avancement (variables internes) par rapport à leurs valeurs au
voisinage immédiat de l'état d'équilibre. La variation de l’affinité est régie par
l’équation (IV.14) :
t
A = −b .γ − g.z (IV.14)

88
L’affinité est créée dès le début de la sollicitation par une force thermodynamique
motrice liée à γ . Son régime stationnaire, ( A = 0 ), définit l’état relaxé correspondant.
Pour l’état d’équilibre vrai, l’affinité comme sa variation sont nulles, A = A = 0 . En
prenant en compte l’équation (IV.14), on trouve donc la relation suivante,
caractérisant l’évolution des variables internes à l’état relaxé, z r , en fonction de γ :
r t
− g.z = −b .γ (IV.15)

La combinaison des deux relations (IV.14) et (IV.15) conduit à :

A = −g.( z − z r ) (IV.16)

Enfin, au voisinage de l’équilibre, en tenant compte de l’hypothèse de linéarité et en


intégrant par rapport au temps l’équation (IV.16), nous obtenons une relation qui relie
l’affinité à l’écart des degrés d’avancement par rapport à l’état d’équilibre [Don 36].
r
A = −g.( z − z ) (IV.17)

IV.2.3.2. Hypothèse cinétique et introduction des temps de


relaxation
Il s’agit maintenant de compléter le système (IV.13) par une loi cinétique des
variables internes. C. CUNAT [Cun 88] a proposé d’appliquer la relation de
ONSAGER [Ons 31] qui postule l’existence d’une relation linéaire entre les forces
thermodynamiques, A, et les flux, z , au voisinage de l’équilibre :

z = L. A (IV.18)

où L est la matrice des coefficients phénoménologiques de ONSAGER (ou matrice


de couplage cinétique) qui doit être symétrique et positive.
En conséquence, fort des hypothèses précédentes qui sont de nature thermique et
cinétique, et en combinant les équations (IV.17) et (IV.18), on peut mettre en
évidence une définition thermodynamique macroscopique de l’opérateur des temps
de relaxation, τ :
r
z = −L.g.( z − z ) (IV.19)

Le terme L . g possède la dimension inverse d’un opérateur des temps de relaxation.


Remarquons que L ne peut être que positif, ceci afin de respecter le second principe
de la thermodynamique, selon lequel :
r r
Tsi = A.z = g. ( z − z ). g.L .( z − z ) ≥ 0 (IV.20)

89
Finalement le second principe impose simplement une positivité exclusive de ces
temps de relaxation, dans la mesure où g doit être définie positive pour des raisons
de stabilité thermodynamique :
−1
L.g = τ (IV.21)
−1 r
z = −τ .( z − z ) (IV.22)

Avec ces hypothèses, les temps de relaxation peuvent donc dépendre des variables
de commandes et des variables internes par le biais de g et/ou de L , ce qui est en
accord avec l’expérience. En effet, KOVACS [Kov 63] a montré que lors d'une
expérience de relaxation volumique isotherme, la vitesse de réorganisation interne
(relaxation) dépend de l’écart à l’équilibre et donc des variables internes.

IV.2.3.3. Découplage de MEIXNER - Modes dissipatifs normaux

MEIXNER [Mei 49] a montré qu’il est possible de diagonaliser à la fois L et g en


sélectionnant une base appropriée de sorte que l’une des deux matrices soit isotrope
tout en maintenant invariante la production d’entropie. Pour assurer la compatibilité
avec la théorie de fluctuation, C. CUNAT retient une base dans laquelle L est une
matrice isotrope donnée par Lδ = (1/h)δ , où h est la constante de PLANCK et δ la
matrice identité. La matrice des temps de relaxation τ sera donc choisie diagonale
dans la nouvelle base [Aya 95] [Lou 96]. Ceci revient à mener une analyse modale
dans l’espace des dissipations. Avec cette écriture dans la nouvelle base, on passe
des mécanismes physico-chimiques élémentaires à des processus normaux (modes
des dissipations) qui résultent d’une combinaison de ces mécanismes.
Cette démarche est similaire à la description du mouvement d’une structure en
régime vibratoire, par la superposition de modes propres. Dans le cadre du DNLR, le
comportement dissipatif du VER peut également être décrit par une superposition
des différents modes dissipatifs normaux, chaque mode correspondant à une
description partielle de l’ensemble du système. La réponse globale obtenue résulte
de la superposition des modes j de dissipation.
Les relations (IV.17) et (IV.22) peuvent être écrites pour chaque mode j comme suit :
(
A j = −g jj z j − z j,r )
(IV.23)
z j = −τ (z
jj −1 j
−z )j,r

1
Avec τ j = τ jj = , équation de relaxation associée aux réorganisations des
L g jj
jj

variables internes :

90
zj = −
(z j
− z j,r ) (IV.24)
τj
Ici, l’indice répété ne correspond pas à la convention de sommation d’Einstein.
Notons que l’on peut également choisir directement une base modale selon le critère
cinétique de JOUGUET [Jou 21], qui permet de poser la relation (IV.24) sous la
forme z j = Ljj A j exprimant tout couplage cinétique au niveau de la base
représentative des réactions.

IV.2.4. Analyse des temps de relaxation


Nous venons de voir qu’en les plaçant dans une base modale, les équations
constitutives peuvent être découplées ; il apparaît autant de temps de relaxation que
de variables internes indépendantes. Il nous reste donc à modéliser et à essayer de
donner un sens physique (à l’échelle microscopique) à ces temps de relaxation.
Dans l’approche DNLR, on se réfère à la théorie de l’état transitoire activée, initiée
par EYRING [Cun 85] [Cun 88]. Ainsi, tout réarrangement d’un groupe de particules
peut être vu comme un état transitoire entre deux états, le système passant d’un état
initial (équilibre métastable), u, à un état d’équilibre final, r, de plus faible énergie en
traversant une suite continue d’états d’énergie intermédiaires. Comme ces deux
états correspondent à deux minima d’énergie, on postule l’existence d’un maximum
ou col d’activation qui correspond à un état d’équilibre instable [Cun 85].

IV.2.4.1. Temps de relaxation au voisinage de l’équilibre


Afin de modéliser les temps de relaxation définis de manière thermodynamique par
les relations (IV.21) et (IV.22). C. CUNAT propose de faire appel selon EYRING à la
mécanique statistique. Le temps de relaxation du mode j (noté τ j ) se réfère au
temps caractéristique de passage d’un microétat initialement métastable
(cinématiquement stable, thermodynamiquement instable) à un autre état
métastable.
Dans le cadre de la théorie cinétique de l’état transitoire activé, le processus de
relaxation d’un système microstructural particulier (atome, groupe d’atomes) passe
par le franchissement d’une barrière énergétique (col d’activation ou état transitoire
activé) (figure IV.1). Deux conditions sont nécessaires pour qu’un saut puisse avoir
lieu : le défaut doit être formé et l’agitation thermique doit fournir à l’atome l’énergie
d’activation suffisante permettant de franchir le col d’activation.
On postule que le temps de relaxation de chaque processus j peut s'exprimer sous la
forme :
1
τj = (IV.25)
ν Ρ j,+
j

91
où ν j est la fréquence de saut du processus vers l’état final, et Ρ j,+ la probabilité de
franchissement d’une barrière d’énergie permettant son déclenchement.
Pour exprimer la fréquence de saut élémentaire et en admettant qu'elle soit identique
pour tous les processus ( ν j = ν ), C. CUNAT propose de retenir l’approximation de
GUGGENHEIM [Gug 39] pour caler cette fréquence sur un mouvement élémentaire :
kBT
ν = νj = (IV.26)
h

Fig. IV.1. Représentation schématique de la barrière énergétique à franchir pour passer de


l’état initial à l’état relaxé.

Suivant la théorie de l’état transitoire activé, pour un système décrit par le potentiel
d’énergie libre, la probabilité qu’un processus j acquière le même niveau énergétique
que le col est exprimée par :
 Fj+ 
Ρ j, + 
= exp −  (IV.27)
 RT 
 
où R est la constante des gaz parfaits et Fj+ l’énergie libre d’activation caractérisant
la barrière à franchir : ∆Fj+ = ∆E +j − T∆s +j . Retenons que le temps de relaxation
(IV.25) du processus j peut finalement s’écrire en fonction de l’énergie libre
d’activation :

h  ∆Fj+,r  h  ∆E +j ,r − T∆s +j ,r  h − ∆s +j ,r ∆E +j ,r
r
τ = exp  = exp  =( exp ) exp
j
kBT  RT  k T  RT  k T R RT
  B   B

(IV.28)
+ ,r
h − ∆s j
où ( exp ) désigne le facteur de fréquence du mode j, qui combine à la
kBT R
fois un phénomène de nature vibratoire et configurationnelle.

92
IV.2.4.2. Extension de la modélisation aux processus non-linéaires
Lorsque les sollicitations appliquées au système sont très importantes, comme par
exemple celles qui génèrent de grandes déformations sur un polymère, l’écart à
l’équilibre est trop important, et les hypothèses de linéarité thermodynamique et
cinétique ne sont plus raisonnables. Dans ce cas la barrière que constitue l’énergie
d’activation ∆Fj+ est susceptible de dépendre du chargement, et donc du temps de
sollicitation.

En admettant une dépendance de L et/ou g avec l’écart à l’équilibre des variables


−1
internes ( z − z r ), l’opérateur des temps de relaxation ( Lg = τ ) devient lui-même
dépendant de cet écart. On introduit ainsi une dépendance temporelle, c’est-à-dire
en ( z − z r ), du niveau de la barrière d’activation (figure IV.2).

éme
Fig. IV.2. Représentation schématique de la variation de barrière énergétique, associée au j
processus, au cours du chargement.

L’énergie libre d’activation nécessaire pour franchir la barrière d’activation est :


( )
∆Fj+ ( t ) = ∆Fj+,r ( t ) + ∆ ∆Fj+ ( t ) , (IV.29)

soit :

τj =
h  ∆Fj+,r
exp

 exp
(
 ∆ ∆Fj+ ( t ) ) (IV.30)
k BT  RT   RT 
   
en posant par définition :

a ( t ) := exp
j (
 ∆ ∆Fj+ ( t ) ) (IV.31)
 RT 
 
avec a j ( t ) le facteur de glissement du temps de relaxation induit par la non-linéarité
du mode j, τ rj représentant le temps de relaxation du mode j.

93
Comme pour l’énergie d’activation propre à chaque mode du VER, C. CUNAT
[Cun 85] admet un facteur de glissement identique pour tous les modes
( ) ( )
( a j ( t ) = a( t ) ∀ j = 1,......N ), et en conséquence ∆ ∆Fj+ ( t ) = ∆ ∆F + ( t ) . Il s’agit-là
d’une hypothèse de glissement coopératif.
Plus le système s’éloigne de l’état d’équilibre plus la non-linéarité du comportement
est importante. Cet écart peut être dépendant de la sollicitation (variable de contrôle)
et peut être évalué par la différence entre les variables observables actuelles et à
l’équilibre. On développe ensuite l’expression de cet écart à l’équilibre au premier
ordre par :
( ) r
∆ ∆F + ( t ) = K β (β − β ) (IV.32)

K β représente le facteur de non–linéarité induit par l’écart à l’équilibre. Pour donner


un sens physique à K β , on peut dire que K β désigne un volume d’activation supposé
gouverné par les réorganisations internes, lorsque β et β r représentent des niveaux
de contrainte.

En résumé, les développements et hypothèses précédents conduisent à l’expression


des temps de relaxation pour les transformations hors-équilibre :

h  ∆Fj+,r   K (β − β r ) 
j
τ = exp  exp β  (IV.33)
k BT  RT   RT 
   
 K β (β − β r ) 
τ = τ exp
j r
j
 (IV.34)
 RT 
 
τ j = τ rj a( t ) (IV.35)

avec dans le cas particulier correspondant au comportement linéaire : K β = 0 , i.e


a( t ) = 1 ∀t .

IV.2.4.3. Distribution des temps de relaxation


L’expérience montre la complexité des phénomènes de relaxation. Il est clair, depuis
longtemps, qu’ils résultent d’une multiplicité de mécanismes élémentaires,
desciptibles par un spectre, appelé spectre de retard ou de relaxation en rhéologie.
En thermodynamique irréversible, on utilise indifféremment le vocable « spectre de
relaxation ». Tous les processus de réorganisations internes n’ont pas la même
probabilité d’occurrence, on introduit donc la notion de "poids" qui représente la
contribution relative de chaque mode à la réponse globale, [Cun 88].

94
Pour modéliser les poids caractérisant chaque processus de relaxation, on peut
prendre appui sur les résultats expérimentaux de KOVACS, (voir Annexe B). En
effet, en étudiant la relaxation structurale des polymères vitreux, KOVACS a
clairement mis en évidence la multiplicité des mécanismes de relaxation à partir
d’expériences de recouvrance volumique (tests crossover). D’autres expériences,
comme celles dont les résultats ont été collectés par STRUIK [Str 78] confortent
l’observation de KOVACS, et soulignent la nécessité de prendre en compte plusieurs
processus dissipatifs.
Comme nous l’avons souligné, chaque mode résulte de la combinaison de plusieurs
mécanismes. On peut lui attribuer un poids relatif à l’écart global à l'équilibre P0j , un
temps de relaxation τ rj au voisinage de l’équilibre, et définir ainsi un spectre de
relaxation.
Partant de ces considérations, CUNAT [Cun 85] [Cun 88] propose une distribution
initiale des processus de relaxation (spectre) basée sur la théorie de fluctuation de
PRIGOGINE [Pri 68], laquelle montre que la moyenne de la production d’entropie
induite par une fluctuation globale est la même pour chaque processus j quel que
soit le chemin de régression :
∂∆ is j
∆z = −k B (IV.36)
∂∆z j
où ∆ is représente la création d’entropie de relaxation qui s’obtient par intégration de
A .z
sa production si = pendant le retour à l’équilibre, avec l’hypothèse de linéarité
T
r
qui conduit à la relation A = −g z − z  . La création d’entropie due au mode de
 
fluctuation j au voisinage de l’équilibre s’écrit comme suit :
t zr
j j Aj j
∆ is = ∫ s dt = ∫ T dz
u
0 z (IV.37)
jj
g 1
∆ is j = − ( ∆z j )2 = − kB
2T 2T
avec ∆z j = ( z u − z r ) j .

On obtient donc :
( ∆z j )2 = k B g jj−1 = k B Ljj Ljj−1 g jj−1 = k B Ljj τ jj (IV.38)

or avec le choix modal Ljj = L , on arrive à :

( ∆z j )2 = k B L τ j soit ( zu − zr ) j = A τj . (IV.39)

En définissant le poids relatif à chaque mode dissipatif par :

95
∆z j (zu − zr ) j
P0j = N
= N
, (IV.40)
∑ ∆z
j =1
j
∑ (z
j =1
u
−z ) r j

la forme du spectre utilisé dans notre approche (figure IV.3) est donnée par la
relation :
1
P0j = B τ j avec B = N
(IV.41)
j
∑ τ
j=1

où Β désigne une constante fixée par la condition de normation :


N

∑P
j =1
0
j
=1 (IV.42)

Fig. IV.3. Spectre DNLR des processus dissipatifs défini sur la base de 50 modes dissipatifs
distribués sur 6 décades de l’échelle temporelle.

Ce spectre initial de relaxation, liant le poids d’un processus à son temps de


relaxation, est indépendant du comportement mécanique du matériau et des
sollicitations exercées. Par souci de simplicité, on admet en première approximation
sa validité en dehors du domaine linéaire. Et, par commodité, la construction d’un
spectre continu au voisinage de l’équilibre est définie par la discrétisation
équirépartie sur l’échelle des énergies d’activation. Il est donc déterminé par deux
paramètres : le temps du processus le plus long et la largeur du spectre (voir Annexe
D - calcul de spectre).
Il a été montré qu’une telle distribution représente une approximation très
performante d’un spectre continu [Cun 85] [Cun 88] [Cun 91] [Cun 96].
Ces poids relatifs à chaque processus permettent de caractériser les réponses
instantanées et relaxées du matériau. Pour chaque mode, on aura la décomposition
modale des variables de commande suivantes :

96
(a u
mn γn ) j
(
= Pju a umn γ n )
(IV.43)
(a r
mn γn ) j
(
= Pjr a rmn γ n )
Ici Pju et Pjr jouent le rôle d’opérateurs de localisation de γ dans l’espace des modes
de dissipation. En pratique, nombre de simulations ont été conduites avec succès en
utilisant l’approximation Prj = Puj = Poj . Ainsi lorsque l’on écrit β = ∑ (β) j , on effectue
une opération d’homogénéisation. La réponse globale du VER est alors obtenue en
superposant les N réponses élémentaires, relatives à chaque mode.

IV.2.5. Reformulation et enrichissement des équations constitutives de


base
Jusqu’à présent nous avons établi les lois constitutives d’évolution :
u
β = a .γ + b.z (IV.44)
t
A = −b .γ − g.z (IV.45)

Complétées par une loi cinétique, découlant des deux hypothèses thermodynamique
et cinétique, permettant de décrire l’évolution des variables internes sur la base d’une
analyse modale de dissipation :
−1r
z = − τ  z − z  (IV.46)
 
La dernière difficulté dans l’utilisation de ces lois est liée aux variables internes qui
régissent la relaxation par l’intermédiaire du terme b. z .

A l’état relaxé la relation (IV.44) s’écrit :


r u r
β = a .γ + b . z (IV.47)

La différence entre les équations (IV.44) et (IV.47) donne une relation que l’on peut
ensuite intégrer dans le temps :
r r
β − β = b (z − z ) (IV.48)

en comparant les équations (IV.46) et (IV.48) on trouve que :


−1
r
b . z = −τ (β − β ) . (IV.49)

En introduisant cette dernière relation dans l’équation initiale (IV.44), et compte tenu
des modes dissipatifs choisis pour représenter l’évolution d’un milieu continu, on
trouve finalement la loi constitutive d’évolution globale sous la forme d’une somme de
réponses modales :

97
 N N  β − β 
j j ,r

β = ∑ β = ∑ P0 a . γ −
j  j u

  a (t ) τ rj  
j =1 j=1

 j,r r

 β = P 0j a . γ 
 
 
  
+ ,r
 τ r = h exp  ∆ F j  = h exp  ∆ E j − T ∆ s j
+ ,r + ,r

(IV.50)
 j kBT  RT  k B T  RT 
    

 a ( t ) = exp 
( )
 ∆ ∆ F j+ ( t ) 
 = exp 
 K β .( β − β r ) 



  RT   RT  
   
 
P j = β τ r 1 
 0 j avec β = N 



j=1
τ rj 


Cette écriture est obtenue ici sur la base de la linéarité thermodynamique, par souci
de simplicité dans la présentation, mais elle peut être établie en toute généralité.
L’approche DNLR ainsi construite permet d’emblée la description de nombreux
comportements rencontrés en physique. À titre d'exemple, le potentiel
thermodynamique généralisé peut être donné par ψ = ψ (T, σ, E, H, n,...) , où les
variables de commande peuvent être la température T, le tenseur des contraintes σ ,
le champ électrique E , le champ magnétique H et le vecteur des concentrations de
constituants chimiques n . Les variables observables sont composées des variables
duales respectives telles que le tenseur des déformations ε , le vecteur de
polarisation électrique P , le vecteur de polarisation magnétique M et le vecteur des
potentiels chimiques µ . La loi de comportement s’écrit alors sous la forme générale
suivante [Lou 96] [Cun 01].
1
(s − sr )N   
−1
 s  CT α φ ϕ µ,T     (s − sr )
 T 
(s − sr )j

 τ1 
1
ε  α s γ π µ,σ  σ  (ε − ε )1 r r
(ε − ε )j
r
(ε − ε )N   
       
k µ,E (P − P )N   1 
r r r
P  φ γ ξ
 . E −  (P − P )1 (P − P )j
  =  .
 H (M − Mr ) (M − M )N   τj 
r r
M  ϕ π ξ χ µ,H (M − M )j
 
1
µ   µ,    r r r
 n  (µ − µ )1 (µ − µ )j (µ − µ )N   1 
   T µ,σ µ,E µ,H µ,n
       
       τN 

matrice de stabilité de TISZA partie dissipative de la réponse


Partie dissipative de la réponse

partie instantanée de la réponse

(IV.51)
Pour le cas d’une sollicitation purement mécanique à déformation imposée (e.g.
comme dans un essai de traction simple), la variable observable correspond à la
contrainte, β σ , et la perturbation imposée considérée comme variable de contrôle

98
est la déformation γ ε . La loi de comportement s’explicite alors sous la forme
suivante :
 N N  j u j j ,r 
 σ = ∑ σj = ∑  P0 a ε − σ − σ 
  a (t ) τ rj 
j=1 j=1  
 r
 σ j,r = P 0j a ε
 (IV.52)
h
 τ rj =
k BT
(
exp ∆ F j+ ,r )


 kσ σ − σr
 a ( t ) = exp( )
RT
où k σ est homogène à un volume d’activation. La figure ci-dessous montre les
différentes contributions à la réponse d’un matériau pour une telle expérience et
selon l’approche DNLR (équations IV.52).

Fig. IV4. Représentation schématique des différentes contributions à la réponse observée d’un
matériau.

IV.3. Vers une modélisation des polymères semi-cristallins


L’approche DNLR a été utilisée avec succès ces dernières années dans notre
équipe, notamment pour simuler le comportement des polymères élasto-visco-
plastiques [Lou 96] [Aya 95] [Pas 99] [Kaï 03]. Les travaux entrepris se sont surtout
focalisés sur la définition et sur le rôle de l’état relaxé σ r et du spectre des temps de
relaxation τ j (en particulier le facteur de glissement a j ( t ) ) dans la modélisation.

Plusieurs écritures ont été proposées, nous n’évoquerons brièvement que celle de
LOUKIL [Lou 96], et celle de K. M'RABET [Kaï 03] concernant la modélisation du
comportement mécanique des polymères semi-cristallins, notamment le PEHD.

99
LOUKIL a décrit l’état relaxé grandes déformations des polymères, comme un état
régi par une loi de type élastique. Plus précisément, il a choisi de travailler avec un
comportement élastique non-linéaire [Aya 95]. Et, pour pendre en compte
∂ 2 sr
l’importance de la contribution du terme entropique , il a proposé de décrire
∂ ε∂ ε
l’état relaxé σ r à l’aide d’une loi de type MOONEY-RIVLIN, assez bien adaptée à la
modélisation du comportement des élastomères en grandes déformations, et faisant
intervenir un durcissement hyperélastique. L’expression de la contrainte à l’état
relaxé retenue par l’auteur est de la forme suivante :

r  1  C 
en traction : σ11 = 2 λ21 −  C1 + 2  (IV.53)
 λ 1  λ1 
r
en cisaillement : σ12 = 4(C1 + C 2 )ε12 (IV.54)
où C1 et C 2 , désignent les coefficients de MOONEY-RIVLIN, et λ 1 l’extension
principale. Ce choix lui a permis de simuler le comportement en traction et en
cisaillement en grandes déformations du PEEK, présentant un durcissement
hyperélastique en traction et un pseudo-plateau de contrainte en cisaillement, figure
IV.5.

Fig. IV.5. Comparaison des résultats expérimentaux de traction et de cisaillement [Dah 92] avec
ceux calculés par le modèle DNLR [Lou 96]

LOUKIL a également pris en compte l’effet de l’entropie relaxée dans le facteur de


non-linéarité, ce qui affecte le spectre des temps de relaxation par le truchement d’un
second terme :


a( t ) = exp
( )
 ∆ ∆Fj+ ( t ) 

 RT  (IV.55)
  

( +
) r r
∆ ∆Fj ( t ) = K σ (σ1 − σ1 ) + K s (s1 − s1 )

100
La prise en compte de ce terme de couplage entropique permet de plus de
reproduire le crochet de traction et de rendre des réorganisations moléculaires
intervenant lors de la sollicitation, figure IV.6.

Fig. IV.6. Comportement du PMMA en traction uniaxiale [Lou 96].

IV.3.1. Peut-on parler d’état relaxé pour un polymère semi-cristallin ?


Un des verrous scientifique essentiel touchant à la modélisation du comportement
mécanique d’un polymère semi-cristallin est sans nul doute la question de la
description de l’état relaxé de ce système globalement biphasé à morphologie
complexe, état se traduisant par un comportement hyperélastique, indépendant de la
vitesse de déformation appliquée, et utilisé comme référence pour décrire la
viscoélasticité.

Fig. IV.7. Contrainte relaxée en fonction de la déformation axiale [Kaï 03].

Pour caractériser expérimentalement la contrainte relaxée du PEHD en grandes


déformations M'RABET [Kaï 03] [Kaï 04] [Kaï 07], a effectué plusieurs séquences de
relaxation à partir de différents points de charge situés dans le domaine de traction.
La figure IV.7 montre les résultats obtenus. On constate que la courbe contrainte
101
relaxée – déformation axiale présente la même allure que les courbes de réponse de
traction (contrainte vraie – déformation axiale). En effet, on peut observer sur la
courbe de la contrainte relaxée une zone élastique, probablement gouvernée par les
énergies de liaisons aux petites déformations, suivie d'un durcissement
hyperélastique lié à l’entropie de configuration aux très grandes déformations
[Kaï 04].
Lors de la mise en oeuvre des séquences de relaxation pendant un essai de
compression, figure IV.8, les résultats montrent que les états relaxés sont différents
en charge et en décharge. Il apparaît manifestement que l’état relaxé est étroitement
lié à l’histoire du chargement appliqué, et qu'il n’est pas réversible. C'est donc un état
de pseudo-équilibre qui présente une forte hystérésis.

Fig. IV.8. Irréversibilité de la contrainte relaxée.

Plus récemment, ROGUET [Rog 07] a réalisé une campagne des essais de traction
et de torsion principalement menés entre 70 et 100 C° (entre T g et Tf) dans le but de
mieux appréhender l’état relaxé de la phase amorphe d’un polymère semi-cristallin :
le polyamide 11 (PA11). Ces essais ont été conduits à des vitesses de déformation
très lentes, afin de tendre le plus possible vers les conditions de l’élasticité
caoutchoutique. Il faut cependant noter que ce polymère comporte une phase
amorphe vitreuse à température ambiante, contrairement au PEHD.
Les résultats montrent que plus le matériau est sollicité lentement plus les courbes
contrainte-déformation se rapprochent, la sensibilité à la vitesse de déformation
diminuant donc avec cette même vitesse. Lorsque cette vitesse devient
suffisamment faible les courbes se superposent, figure IV.9. Une courbe contrainte-
déformation, appelée « courbe limite », (quasi indépendante de la vitesse de
déformation) est atteinte. A une température donnée, il existe donc une vitesse de

102
déformation critique en deçà de laquelle le comportement en traction et en torsion ne
dépend plus de la vitesse. Cet état semble correspondre à un état relaxé pour le
polymère étudié.
Plusieurs trajets de chargement sont appliqués à la suite d’une charge sur la courbe
limite, figure IV.10-a. En effet il existe une déformation résiduelle importante et non
recouvrable à la fin de la décharge. De plus, la relaxation est possible, même si la
charge ne dépend pas de la vitesse de déformation et appartient donc au domaine
de la courbe limite, la contrainte évoluant malgré tout avec le temps.
Selon Roguet [Rog 07], la cinétique de ce phénomène est très lente, puisqu'après 24
heures de relaxation, la contrainte continue à évoluer et semble très éloignée d’un
état d’équilibre (figure IV.10-b).

-4 -1
[Link].9. Présence d’une courbe limite atteinte à 10 s pour une traction uniaxiale [Rog 07]

(a) (b)

[Link].10. a)-Charge décharge réalisée en traction, b)-Cinétique de relaxation en traction


[Rog 07].

103
IV.3.2. Modélisation mécanique multi-échelle pour le Polyéthylène à
Haute Densité présentée par M’RABET et servant de base à une
formulation plus générale
Signalons tout d’abord les avancées significatives de M'RABET [Kaï 03] concernant
la caractérisation et la modélisation du comportement mécanique du PEHD. En effet,
l’auteur a reconsidéré la modélisation de l’état relaxé en grandes déformations en
prenant en compte les effets de l’endommagement, (fort complexes dans le cas de
ce matériau).
Partant des observations expérimentales montrant que l’état relaxé diffère de l’état
d’équilibre thermodynamique vrai, (puisque l’état relaxé accessible à l’expérience
évolue tout de même lorsque l’on attend un temps très long), M'RABET a proposé de
modéliser la contrainte relaxée en reprenant le formalisme DNLR décrit
précédemment pour exprimer la contrainte globale mesurée.

Fig. IV.11. Présentation de l’état relaxé et de l’état d’équilibre.

L’hypothèse fondamentale est qu’une modélisation de l’état relaxé (figure IV.11),


peut être obtenue sur la base d’un schéma faisant appel à trois familles de
réorganisations internes. Une première famille (j) concerne les mécanismes de
relaxation qui dépendent de la vitesse de déformation imposée et que l’on attribue à
la phase amorphe de type caoutchoutique, une autre famille, (ρ), des mécanismes
indépendants de cette vitesse que l’on affecte au processus de « détricotage » de la
phase cristalline, et enfin la famille (e) relative au phénomènes d’endommagement
par cavitation. Dans ce cas, le potentiel thermodynamique retenu (énergie libre de
Helmholtz) s'écrit donc :
( )
ψ = ψ ε, T, z j , z ρ , z e = (u − Ts) (IV.56)

Des équations d’état de type IV-51 s’en déduisent immédiatement.


Afin de compléter le modèle, M'RABET admet que les modes viscoélastiques et
d’endommagement sont décrits par un même spectre de temps de relaxation. En

104
revanche, les modes dissipatifs de retard (ρ) se produiraient plus tard sur l’échelle
temporelle et seraient conditionnés par un autre spectre impliquant des temps plus
longs. Les couplages qu’il retient le conduisent aux équations IV.60 et IV.59 ; nous
reviendrons sur les fondements thermodynamiques qui conduisent à ces relations,
notamment lors de la représentation de notre propre modélisation.
Dans son modèle, l’effet de l’endommagement sur le module d’élasticité à l’état
relaxé Er a été pris en compte. L’endommagement se présente alors comme la
synthèse de deux composantes : la première ( D εm ) traduit la diminution du module
relaxé E r en fonction de la déformation maximale atteinte, et la deuxième ( Dcycl ) se
touche à l’effet cyclique. D’une manière empirique avec quatre paramètres à ajuster,
notre collègue a proposé une nouvelle évolution du module relaxé lors de la
déformation :

(
E r (ε max ,N cycles ) = E r0 (1 − D ) = E r0 1 − D εm − D cycl )
 α2  (IV.57)
E r = E r0  1 − α 1 (1 − exp( −βε m ) − 
 1 + H( − σ r
)H( − ε ) exp( −β σ r
/ N ) 
 2 cycles 

où H( x ) représente la fonction de HEAVISIDE ( H( x ) = 1 si x ≥ 0 et H( x ) = 0 si x < 0 )


introduite pour prendre en compte les trajets de charge, décharge et recharge, en
traction et en compression.
Pour respecter l’indépendance de l’état relaxé vis à vis de la vitesse de déformation,
K. M’RABET a introduit l’effet de la vitesse dans le facteur de non-linéarité par le
biais d’un terme qui annihile l’effet de vitesse et qui conduit ainsi à une hystérésis
pour l’état relaxé :
r
a eq ( t ) = a1(ε ) a 2 (σ , z )

eq ε0 k eq
σ
σr − σeq (IV.58)
a (t ) = exp ( )
Η ( ε0 − ε )
ε0 ε
Η ( ε − ε0 ) RT

avec k eq
σ
= − V + eq un paramètre qui traduit la non-linéarité liée à l’écart à l’équilibre ;
et ε 0 un paramètre contrôlant l’effet de la vitesse.

L’évolution de la contrainte relaxée proposée est gouvernée par la relation suivante


provenant également de l’approche DNLR :

N N  σ r − P r σ eq 
σr = ∑ σ rρ = ∑  P ρr E r ε − ρ eq ρ eq

ρ  a ( t )τ ρ


(IV.59)
ρ 

Par ailleurs, pour la contrainte correspondant à l’état d’équilibre supposé


thermodynamiquement réversible, M’RABET retient un modèle issu de

105
considérations statistiques décrivant les réorganisations configurationnelles à
l’échelle moléculaire en utilisant le modèle de ARRUDA et BOYCE (cf ANNEXE C).
Rappelons que ce dernier modèle est développé pour décrire l’élasticité
caoutchoutique non-linéaire en grandes déformations reposant sur un réseau à 8
chaînes macromoléculaires.
Signalons que MARCERON [Pas 99] a aussi utilisé le modèle de ARRUDA et
BOYCE pour décrire l’état relaxé σ r mais en supposant que celui-ci était un état
d’équilibre vrai. Elle a pu ainsi modéliser avec succès le fluage du PVDF.
En utilisant les relations précédentes donnant les contraintes à l’état relaxé et à l’état
d’équilibre, on arrive finalement à l’évolution de la contrainte totale apparente qui est
modélisée par :
N N  σ j − P jo σ r 
σ = ∑ σ j = ∑  P jo E u ε −

j  a r ( t ) τ rj


(IV.60)
j 
où k σ = k 0 exp(k 1ε k 2 ) est le volume d’activation qui augmente avec la déformation
(effet de l’endommagement), lié à l’écart à l’état relaxé. k 1 et k 2 sont des paramètres
du modèle.
Les figures IV.12 et IV.13 ci-dessous présentent quelques simulations réalisées en
utilisant cette version du DNLR, elles confirment l’aptitude de ce modèle à décrire
des essais mécaniques relativement complexes. Elles mettent également en exergue
le caractère irréversible de l’état relaxé.

Fig. IV.12. Simulation de l’état relaxé lors de cycles de traction/compression avec


durcissement hyperélastique (PEHD à 25C° et ε = 5x10 −4 s−1 ) [Kaï 03].

106
Fig. IV.13. essai de traction compression avec des séquences de relaxation (PEHD à 25C° et
ε = 5x10 −4 s−1 ) [Kaï 03].
Comme nous venons de le voir, l’indépendance de l’état relaxé vis à vis de la vitesse
de déformation est prise en compte seulement par le biais du spectre des temps de
relaxation relatif à l’état d’équilibre τ eq ( σ r → σ eq ), de sorte que σ r ne dépende que
de l’histoire de chargement et non plus de la vitesse de chargement. Cet effet n’est
pas pris en compte dans le spectre des temps de relaxation correspondant à l’état
relaxé τ r ( σ → σ r ).
Par ailleurs, dans cette modélisation établie par notre précurseur, K. M’RABET, les
mécanismes macroscopiques qui traduisent l’endommagement sont décrits par des
lois empiriques, de façon à ce que le module d’élasticité diminue toujours en fonction
de la déformation. Ce qui ne correspond pas tout à fait à nos observations, surtout
lorsque nous étendons l’étude aux plus grandes déformations, (figure IV.16). Ce
choix suscite donc des questions sur la description et la définition de
l’endommagement et en particulier sur la seule prise en compte de l’évolution du
module d’élasticité apparent.
Pour tenter de proposer un bilan synthétique, on peut dire que, globalement, chacun
des modes dissipatifs de ce modèle est abordé par l’intermédiaire d’un jeu de
relations du type :
r
u σ−σ
σ = a .ε −
τu→r
et (IV.61)
r eq
r r σ −σ ε
σ = a .ε − ( r →eq
)
τ ε0

107
r r r
soit σ = asec . ε , où asec représente le module sécant. Chacune de ces relations
représente un modèle analogique de type Zener (ou Pointing-Thomson), et peut se
ré-écrire sous la forme :
u r
τu→r σ + σ = τu→r a . ε + asec . ε . (IV.62)

ε0
Le choix du temps caractéristique ( τr →eq ) transforme en fait l’amortisseur
ε
analogique correspondant en patin puisqu’il conduit à :
 r r eq 
r  σ −σ ε
σ = a − ( r →eq ) (IV.63)
 τ ε0 
 
où ( τr →eq ε0 ) a perdu la dimension temporelle.

Finalement, ce modèle construit par M’RABET, sur la thermodynamique de De


Donder revient, pour chaque mode, à une structure analogique constituée de 2
modèles de Pointing-Thomson (Figure IV.14) modifiés et imbriqués l’un dans l’autre.

Fig. IV.14. Modèle analogique équivalent. La partie entourée correspond à la modélisation du


r
module relaxé E .

Bien entendu, Eeq est un module non-linéaire de type hyperélastique, Er est affecté
par l’endommagement et les temps carastéristiques dépendent de l’histoire du
chargement. Notons que KICHERIM [Kic 92] a proposé un modèle empirique tout à
fait équivalent. L’assemblage analogique est représenté ci-dessous. On peut
constater ainsi que l’unité de type Pointing-Thomson avec un patin est remplacée par
une unité équivalente de Zener. Cette phase de modélisation requiert au minimum 5
paramètres ajustables : trois rigidités, un temps caractéristique et un paramètre de
frotteur.

108
Fig. IV.15. Modèle proposé par KICHERIM [Kic 92]. La partie entourée correspond à la
r
modélisation du module relaxé E .

IV.4 Premières réflexions sur les améliorations physiques à


apporter
Compte tenu de ce qui a été formulé et décrit dans les précédents paragraphes, et
de notre objectif de modéliser thermodynamiquement le comportement mécanique
du PEHD intégrant les effets d’histoire et d’endommagement tout en tenant compte
de l’anisotropie initiale et induite, il semble incontournable de prendre, dans le
formalisme DNLR, l’état relaxé comme un état irréversible accessible aux très faibles
vitesses de sollicitation et présentant une hystérésis lors de chargements cycliques,
[Kaï 03] [Rog 07].

Fig. IV.16. Evolution du module d’élasticité apparent du PEHD avec différentes vitesses

109
L’autre problème que nous allons aborder concerne l’effet de l’endommagement sur
les propriétés élastiques ( E, ν, ). Classiquement on utilise la relation E = E 0 (1 − D)
qui décrit la diminution de la valeur du module d’élasticité au cours de la déformation.
Dans le cas du PEHD, les résultats expérimentaux, présentés au chapitre 3,
montrent, pour différentes vitesses, que le module d’élasticité diminue jusqu’à un
certain niveau de déformation axiale puis commence à augmenter, figure IV.16. Ceci
indique que l’endommagement par cavitation n’est pas le seul à affecter les
propriétés élastiques du matériau, mais qu'il faut également considérer les
réorganisations des chaînes macromoléculaires, en particulier dans le sens de la
sollicitation, en grandes déformations.
Après ce tour d’horizon sur les avancées de nos prédécesseurs au sujet de la
modélisation thermodynamique du comportement mécanique du PEHD, il nous a
semblé essentiel de reconsidérer certaines facettes du formalisme, en faisant en
sorte qu’il puisse rendre compte du phénomène de variation de volume consécutif à
l’endommagement. Ce travail fait l’objet de la section suivante.

IV.5. Proposition d’une nouvelle formulation de la réponse


mécanique du PEHD, avec prise en compte des effets
d’endommagement et de la déformation volumique en grandes
déformations
Dans le cas de nos expériences de traction uniaxiale, équipées du système de
Vidéotraction, nous appliquons (ε ε ) et nous mesurons (σ ε ε ) , sachant que
σ 2 = σ 3 = 0 , peuvent être traitées comme des variables de contrôle. On choisit donc
le potentiel thermodynamique φ tel que φ = φ (ε1 , σ2 , σ3 , T; z; ρ; e ) . On considère
également trois familles de processus de réorganisation microstructurales internes :

1. les variables z correspondant aux processus de nature viscoélastiques,


essentiellement dues à la phase amorphe située entre les lamelles
cristallines ;

2. les variables ρ correspondant aux phénomènes d’hystérésis par rapport à la


réversibilité ; cette famille de variables nous permet de construire l’hystérésis
sur l’état relaxé, qu’on peut relier physiquement au « détricotage » des
lamelles cristallines ;

3. une troisième famille e correspondant aux phénomènes d’endommagement


par cavitation.
Dans nos simulations, chacune de ces familles présentera une distribution qui sera
décrite sur une base modale ; nous aurons donc a priori 3 spectres. Ce choix est
possible grâce à la transformation de Legendre. En effet, nous avons :

110
∂ψ ∂ψ
φ=ψ− ε2 − ε3 (IV.64)
∂ε 2 ∂ε 3

d’où
φ = ψ − σ2 ε2 − σ3 ε3 (IV.65)

et
∂ψ ∂ψ ∂ψ ∂ψ ∂ψ
dφ = dT + dε1 + dz + dρ + d e − ε 2 d σ 2 − ε 3 dσ 3 (IV.66)
∂T ∂ε1 ∂z ∂z ∂z

avec les définitions suivantes :


∂ψ ∂ψ ∂ψ ∂ψ ∂ψ
σ2 = , σ3 = , Az = − , Aρ = − , Ae = − ,
∂ε 2 ∂ε 3 ∂z ∂ρ ∂z

ce qui conduit aux relations constitutives suivantes, lorsque T = 0 :


∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ
σ1 = ε1 + σ2 + σ3 + z+ ρ+ e (IV.67)
∂ε 1∂ε 1 ∂ε 1∂σ 2 ∂ε 1∂σ 3 ∂ε 1∂z ∂ε 1∂ρ ∂ε 1∂e

∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ
ε2 = ε1 + σ2 + σ3 + z+ ρ+ e (IV.68)
∂σ 2 ∂ε 1 ∂σ 2 ∂σ 2 ∂σ 2 ∂σ 3 ∂σ 2 ∂z ∂σ 2 ∂ρ ∂σ 2 ∂e

∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ
ε3 = ε1 + σ2 + σ3 + z+ ρ+ e (IV.69)
∂σ3∂ε1 ∂σ3 ∂σ 2 ∂σ3 ∂σ3 ∂σ3 ∂z ∂σ3∂ρ ∂σ3∂e

∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ
− Az = ε1 + σ2 + σ3 + z+ ρ+ e (IV.70)
∂z∂ε1 ∂z∂σ 2 ∂z∂σ3 ∂ z∂ z ∂ z∂ ρ ∂ z∂ e

∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ
− Aρ = ε1 + σ2 + σ3 + z+ ρ+ e (IV.71)
∂ ρ ∂ε1 ∂ ρ ∂σ2 ∂ ρ ∂σ3 ∂ ρ ∂z ∂ρ∂ρ ∂ ρ∂e

∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ
− Ae = ε1 + σ2 + σ3 + z+ ρ+ e (IV.72)
∂ e ∂ε1 ∂ e ∂σ 2 ∂ e ∂σ 3 ∂ e ∂z ∂e ∂ρ ∂ e ∂e

En formulation incrémentale et adoptant les notations matricielles, nous obtenons un


système qui fait apparaître la matrice de TISZA :

 σ1   a ε1ε1 a ε1σ2 a ε1σ3 b ε1z b ε1ρ b ε1e  ε 1 


    
 ε 2   a σ2ε1 a σ2σ2 a σ 2σ 3 b σ2z b σ 2ρ b σ2e  σ 2 
 ε  a a σ3 σ 2 a σ3σ3 b σ3 z b σ 3ρ b σ3e  σ 3 
 3  =  σ3ε1   (IV.73)
 − A z   b zε1 b zσ2 b zσ3 g zz g zρ g ze  z 
   
 − A ρ   b ρε1 b ρσ2 b ρσ3 g ρz gρρ g ρe  ρ 
 
 − A   b eε
 e  1 b eσ 2 b eσ 3 g ez g eρ g ee  e 

111
Cette écriture néglige implicitement l’effet de la température ; nous admettons par
souci de simplicité, que le VER demeure isotherme au cours de la sollicitation
mécanique.
avec a ε1ε1 = ∂ 2 φ / ∂ε1∂ε1 , et ainsi de suite… La lettre « a » est utilisée pour décrire les
couplage entre les grandeurs dont le contrôle peut être considéré comme accessible
à l’expérimentateur, la lettre « b » indique le couplage de ces grandeurs avec les
variable internes et la lettre « g » décrit le couplage entre les grandeurs dissipatives.
Nous faisons maintenant les hypothèses physiques suivantes :
• l’endommagement est directement conditionné par la déformation imposée,
comme le confirment les observations de ADDIEGO [Add 06-a] et de
PAWLAK [Paw 07] ;

• le seul couplage qui sera pris en compte est celui entre les variables et les
variables de retard à l’équilibre, ρ . Ce couplage peut être interprété par la
transformation de la phase cristalline à la phase amorphe due à la
fragmentation progressive des cristallites [G’sell 94]).
Ces hypothèses, conformes à celles de MRABET, (qui ne s’intéressait alors qu’à σ1
comme réponse mécanique), se traduisent par :

b ε1ρ = 0, b σ2ρ = 0, b σ3ρ = 0, g ze = 0


gρe = 0, b ρε1 = 0, b ρσ 2 = 0, b ρσ3 = 0
g ez = 0, g eρ = 0.

Par conséquence, dans le cas de traction uniaxiale, nous imposons : σ 22 = σ 33 = 0 .


La forme matricielle précédente devenant :

 σ1   a ε1ε1 a ε1σ2 a ε1σ3 b ε1z 0 b ε1e   ε 1 


    
 ε 2   a σ2ε1 a σ2σ2 a σ 2σ 3 b σ2z 0 b σ2e   0 
 ε  a a σ3 σ 2 a σ3σ3 b σ3 z 0 b σ3e   0 
 3  =  σ3ε1 .  (IV74)
 − A z   b zε1 b zσ2 b zσ3 g zz g zρ 0  z
   
0  ρ
− Aρ   0 0 0 g ρz gρρ
 
− A   b
 e  eε1 b eσ 2 b eσ 3 0 0 g ee   e 

soit encore sous forme développée :


σ1 = a ε1ε1 ε 1 + b ε1Z z + b ε1e e (IV.75)

ε 2 = a σ2ε1 ε 1 + b σ2 z z + b σ2e e (IV.76)

ε 3 = a σ3 ε1 ε 1 + b σ3 z z + b σ3e e (IV.77)

− A z = b zε1 ε1 + g zz z + g zρ ρ (IV.78)

112
− A ρ = gρz z + gρρ ρ (IV.79)

− A e = geε1 ε1 + gee e (IV.80)

D’autre part, à l'état relaxé la vitesse A rz = 0 ; et A re = 0 . A partir de la relation


(IV.78), on trouve pour l'état relaxé, en admettant la constance des coefficients de
stabilité thermodynamique dans le domaine d’intégration :

− A rZ = 0 = b zε1 ε1 + g zz z r + g zρ ρ r (IV.81)

la relation (IV.78) s’exprime alors par

A z = −gzz ( z − z r ) − gzρ ( ρ − ρ r ) (IV.82)

Elle donne après intégration


A z = −gzz ( z − z r ) − gzρ ( ρ − ρ r ) (IV.83)

Le même raisonnement peut être appliqué à la relation (IV.80), ce qui conduit à


A e = −gee ( e − e r ) (IV.84)

Concernant la cinétique régissant l'évolution des variables internes, on choisit la


relation d'Onsager

z = L zz A z ρ,ε (IV.85)

avec

Az ρ,ε = g zz z ρ,ε
(IV.86)
r
Az ρ,ε = −g zz ( z − z ) ρ,ε

soit
z − zr
z = −L zz gzz ( z − z r ) ρ,ε = − . (IV.87)
τrz

La même démarche est adoptée pour e , et on obtient


−1
e = − τre ( e − e r ) (IV.88)

On admet maintenant, que la relaxation des modes liés à l’endommagement s’opère


pendant la même durée que les modes de nature viscoélastique,
τr = τre = τrz .

Ceci peut être corroboré par les observations qui révèlent l’apparition de
l’endommagement dès les premiers stades de la déformation non-élastique.
A l’état relaxé l’évolution de (IV.75) devient :

113
σ1r = a ε1ε1 ε 1 + b ε1z z r + b ε1e e r
(IV.89)
Par soustraction de (IV.75) et (IV.89)
( )
σ1 − σ1r = b ε1z z − z r + b ε1e (e − e r ) (IV.90)

et intégration, on obtient
σ1 − σ1r = b ε1z ( z − z r ) + b ε1e ( e − e r ) . (IV.91)

En combinant les équations (IV.87) et (IV.88) dans (IV.75) avec (IV.91), on trouve
finalement l’évolution de la contrainte
−1
σ1 = a ε1ε1 ε1 − τ r (σ1 − σ1r ) (IV.92)

L’équation (IV.78) nous permet de trouver l’évolution de la variable interne de nature


viscoélastique ( z )
−1 −1
z = −gzz b zε1 ε1 − gzz gzρ ρ − g−zz1A z , (IV.93)

que l’on peut introduire dans (IV.75) :


−1 −1 −1
σ1 = (a ε1ε1 − b ε1z gzz b zε1 )ε1 − b ε1z gzz gzρρ − b ε1z gzz A z + b ε1e e (IV.94)

Cette équation nous servira de point de départ pour déterminer l’évolution de l’état
relaxé. En effet, nous considérerons que l’état relaxé observé expérimentalement est
atteint lorsque les vitesses d’affinité des processus de nature viscoélastique et
d’endommagement ( A z et A e ) s’annulent (système isoaffin vis-à-vis des évolutions
microstructurales). Ceci prend en compte l’hypothèse selon laquelle l’échelle de
temps d’évolution de ce type de processus est compatible avec l’échelle de temps
d’une expérience de relaxation, les processus ρ pouvant encore évoluer à l’état
relaxé. L’annulation des autres vitesses d’affinités ( A ρ ) signifierait que la
stationnarité thermodynamique globale est atteinte. Si, de plus, A z , A e et A ρ sont
toutes nulles, alors l’équilibre thermodynamique global est atteint.
L’évolution de la contrainte à l’état relaxé devient :

σ r1 = (a ε1ε1 − b ε1z g −zz1b zε1 )ε 1 − b ε1z g zz


−1
g zρ ρ r + b ε1e e r (IV.95)

or l’équation (IV.80) nous permet également d’écrire :

− A re = − A re = 0 = b eε1 ε 1 + g ee e r (IV.96)

d’où
e r = −gee
−1
b eε1 ε1 (IV.97)

En injectant la relation (IV.97) dans (IV.95) on obtient

114
σ1r = (aε1ε1 − bε1z g−zz1b zε1 − bε1e gee
−1 −1
beε1 )ε1 − bε1z gzz gzρ ρ r (IV.98)

Cette dernière relation est très importante, elle fait intervenir une partie instantanée
régie par un module a ε1ε1 affecté par l’histoire et notamment par l’endommagement,
−1 −1
puisqu’il s’écrit (a ε1ε1 − b ε1z g zz b zε1 − b ε1e gee b eε1 ) . On considérera que cette expression
représente un module relaxé effectif a rε,1eff
ε1 pouvant se mettre sous la forme
condensée
arε,1eff r
ε1 = a ε1ε1 (1 − D11 ) (IV.99)

avec a rε1ε1 = (a ε1ε1 − b ε1z g zz


−1
b zε1 ) (IV.100)

et a rε1ε1D11 = b ε1e gee


−1
b eε1 (IV.101)

D11 a le statut d’une variable d’évolution de l’endommagement (mesuré dans la


direction 1 sous sollicitation dans la même direction), dès lors que les coefficients de
stabilité thermodynamique dépendent de la sollicitation.
L’évolution de la contrainte à l’état relaxé peut s’écrire sous la forme plus explicite
σ r1 = a rε,1eff −1
ε1 ε 1 − b ε1z g zz g zρ ρ
r
(IV.102)

de même pour la contrainte décrivant l’équilibre thermodynamique


σ eq
1
= a rε,1eff −1
ε1 ε 1 − b ε1z g zz g zρ ρ
eq
(IV.103)

La différence entre ces deux dernières expressions puis leur intégration nous donne :
σ −σ = − ε

ρ ρ −ρ . (IV.104)

Nous pouvons utiliser l’hypothèse cinétique


ρ r = L ρρ A rρ (IV.105)

et, par ailleurs, la loi (IV.79), écrite pour l’état relaxé vis à vis de z et e ( A z = A e = 0 )

− A rρ = gρz z r + gρρ ρ r (IV.106)

et l’état globalement isoaffin ( A z = A e = A ρ = 0 )

− A ρeq = 0 = gρz z r + gρρ ρ eq (IV.107)

permet d’obtenir la relation suivante


− A rρ = −gρρ ( ρ r − ρ eq ) (IV.108)

qui devient après intégration


− A rρ = −gρρ ( ρ r − ρ eq ) . (IV.109)

En remplaçant l’équation (IV.109) dans l’équation (IV.105) on trouve la relation


cinétique

115
−1
ρ r = − τ eq ( ρ r − ρ eq ) (IV.110)

qui sera incorporée dans l’équation (IV.102), en tenant compte également de


(IV.104), permettent d’obtenir une loi d’évolution de l’état relaxé :
−1
σ r1 = a rε,1eff
ε1 ε 1 − τ
eq
(σ r1 − σ eq
1
) (IV.111)

Nous retrouvons ainsi la structure du modèle proposé par M’RABET. Nous arrivons
maintenant à la dernière phase de la modélisation. Dans cette partie, nous allons
montrer comment il est possible de rendre compte de la variation de volume d'un
matériau sous une sollicitation uniaxiale à déformation imposée. Ce dernier objectif
apporte une dimension supplémentaire par rapport aux modélisations réalisée par
M’RABET sur le même matériau en introduisant de fait la spécificité tensorielle des
variables mécaniques.
Pour exprimer la réponse ε 2 nous partons de l’équation (IV.76), et de la combinaison
avec les équations (IV.78), (IV.79) et (IV.80), et obtenons

ε 2 = (a σ2ε1 − b σ2z g −zz1b zε1 − b σ2e gee


−1
b eε1 )ε1 − b σ2 z g −zz1g zρ ρ − b σ2 z g −zz1 A z − b σ2e gee
−1
Ae
(IV.112)
La variation de volume pendant la relaxation est très faible, elle peut être située
selon la littérature entre 10-4 et 10-6 [Del 95]. Nous supposons donc que pendant la
relaxation les déformations transversales n’évoluent pas.

Revenons à nouveau à l’état relaxé pour lequel, − A rz = − A re = 0 , nous obtenons :


−1 −1 −1
ε 2 = (a σ2ε1 − b σ2z g zz b zε1 − b σ2e gee b eε1 )ε1 − b σ2z g zz g zρ ρ r (IV.113)

≡ a rσ,eff
2 ε1

avec
a rσ2ε1 = a σ2ε1 − b σ2z g zz
−1
b zε1

a rσ2ε1D 21 = b σ2e g ee
−1
b eε1 (IV.114)

a rσ,eff
2ε1
= a rσ2ε1 (1 − D 21 )

où D21 représente ici une autre variable d’évolution de l’endommagement


responsable de l’évolution du coefficient de Poisson dans la direction 2 par rapport la
direction 1. L’évolution de la réponse en déformation transverse, ε 2 , peut s’écrire
sous la forme suivante :
ε = σ ε ε − σ

ρ ρ , (IV.115)

Les équations (IV.104) et (IV.110) nous conduisent à :

116
−1
−1
b ε1z g zz g zρ ρ r = τ eq (σ r1 − σ eq
1
) (IV.116)

qui nous donne

r ,eff
(σr1 − σ eq )
ε2 = a σ 2 ε1 1 ε − Λ σ2ε1 1
(IV.117)
τ eq
Pour ε 3 on obtient de la même manière

r ,eff
(σr1 − σ eq )
ε3 = a σ 3 ε1 1ε − Λ σ3ε1 1
, (IV.118)
τeq
avec
arσ3ε1 = a σ3ε1 − bσ3z g−zz1b zε1 ,

a rσ3ε1D 31 = b σ3e gee


−1
b eε1 , (VI.119)

a rσ,eff
3 ε1
= a rσ3ε1 (1 − D 31 ) ,

où D31 représente une variable d’évolution de l’endommagement responsable de


l’évolution du coefficient de Poisson dans la direction 3 par rapport la direction 1.
Nous venons donc de préciser la nature tridimensionnelle (voire tensorielle d’ordre 4)
de la variable d’endommagement D, à partir des coefficients de la matrice de stabilité
de Tisza.

− −
= εε ε ε

= −
σ ε σ

ε (VI.120)
− −
= σ ε σ ε

In fine, nous arrivons à une formulation des lois constitutives qui permet de satisfaire
les objectifs que nous nous sommes fixés :

N N (σ 1j − σ1j,r )
σ1 = ∑ σ = a ε1ε1 ε 1 − ∑
j
1 (IV.121)
j =1 j=1 τ rj

N N (σ 1j,r − σ1j,eq )
ε2 = ∑ ε = a j
2
r ,eff
σ 2ε1 1 ε − ∑ Λ σ2ε1 (IV.122)
j=1 j =1 τ eq
j

N N (σ 1j,r − σ1j,eq )
ε3 = ∑ ε = a j
3
r ,eff
σ 3 ε1 1 ε − ∑ Λ σ3ε1 (IV.123)
j=1 j =1 τ eq
j

complétés par

117
σ −σ
σ = ∑σ = εε ε −∑ (IV.124)
= = τ

pour ce qui touche à la contrainte relaxée. Il nous est maintenant indispensable de


donner une lecture de mécanicien des matériaux aux paramètres de couplage a ε1ε1 ,
arσ,2effε1 , arε,1eff r , eff
ε1 , et a σ3ε1 , et de les évaluer quantitativement.

Pour ce faire, nous nous référons au cas de l'élasticité pure, où la partie dissipative
N ( σ j − σ j,r ) N ( σ j,r − σ j,eq )
est nulle ∑ et ∑ 1 eq
1 1
1
r
≅ 0 . Dans ce cas, les conditions ci-dessous
j =1 τj j =1 τj
doivent être vérifiées, et nous procédons par identification :
σ1 = a ε1ε1 ε 1 ⇒ a ε1ε1 = E1u
ε 2 = a rσ,eff ε
2 ε1 1
⇒ a rσ,eff
2 ε1
r ,eff
= −v 12
(IV.125)
ε 3 = a rσ,3effε1 ε 1 ⇒ a rσ,eff
3 ε1
r ,eff
= −v 13
σ r1 = a rε,1eff
ε1 ε 1 ⇒ a rε,1eff r ,eff
ε1 = E 1

Il ne nous reste plus désormais qu’à identifier les coefficient de couplage Λ σ2ε1 et
Λ σ3ε1 .

Ce problème est épineux, mais après avoir observé que l’unité de ces coefficients
est l’inverse de celle du module d’élasticité, et en remarquant qu’ils se rapportent à la
partie dissipative de l’état relaxé par rapport à l’état d’équilibre, on propose de les
relier au module d’élasticité endommagé à l’état relaxé de façon linéaire
δ
Λσ ε =
(IV.126)
δ
Λσ ε =

où δ21 et δ31 sont constantes à identifier.

En définitive, les lois constitutives retenues pour décrire nos expériences de traction
uniaxiale avec mesure de déformation volumique à déformation imposée prennent la
forme :

(σ1j − σ1j,r )
N
σ1 = E1u ε1 −∑ (IV.127)
j=1 τ j,r

δ σ −σ
ε =− ε −∑ (IV.128)
= τ

δ σ −σ
ε =− ε −∑ (IV.129)
= τ

118
tr ε = ε1 + ε 2 + ε 3 (IV.130)

N (σ 1j,r − σ 1j,eq )
Avec σr1 = E1r,eff ε1 −∑ (IV.131)
j=1 τ j,eq
r ,eff
où E1u est le module d’élasticité instantané, (élasticité non relaxé), v 12
r ,eff
et v 13 , sont
les coefficients de Poisson endommagé à l’état relaxé, et E1r ,eff le module d’élasticité
endommagé à l’état relaxé.

IV.5.1 Prise en compte des effets d’anisotropie


Les résultats expérimentaux présentés dans le chapitre III en fonction de l’orientation
des éprouvettes dans la plaque extrudé, montrent une nette dépendance du
comportement du matériau en fonction de la direction de sollicitation. Par commodité,
nous sommes amenés à définir un coefficient d’anisotropie, afin de décrire l’évolution
de cette anisotropie plastique induite au cours de la déformation. Comme pour le
coefficient de Lankford, très utilisé dans le domaine du formage des tôles, nous
adopterons la définition suivante :
εpl3
χ(α ) = , avec χ(α ) = 1 dans le cas isotrope (IV.132)
εpl2
où χ(α ) sera, en première approximation, considéré indépendant de la déformation.
En effet, la figure IV.17 montre des évolutions quasi linéaires des déformations ε 2 et
ε 3 , en fonction de la direction de prélèvement α .

Fig. IV.17. Mise en évidence de l’anisotropie par le biais des déformations transversales ε2 et
ε3 .

Sachant que les composantes élastiques des déformations sont très faibles par
rapport aux déformations totales; on obtient également

119
ε3 ε3
= ≈ χ(α ) (IV.133)
ε2 ε2

Dans le cas d'une variation de volume d'un matériau isotrope transverse nous
r ,eff r ,eff
avons : ε 2 = ε 3 et ν12 = ν13 , et la déformation volumique peut alors s’écrire

tr ε = ε1 + 2ε 2 (IV.134)

et dans le cas anisotrope :


tr ε = ε1 + (1 + χ(α ))ε 2 , (IV.135).

Le modèle ainsi construit, (équations IV.127 à IV.131), ne permet pas encore la


comparaison avec les résultats expérimentaux. Il nous faut, en effet, donner plus de
sens physique à l’expression de la contrainte d’équilibre, à celle de la contrainte à
l’état relaxé, et au spectre de relaxation. Ce travail fondamental ne peut être court-
circuité, nous devons prendre en compte les spécificités du matériau dont nous
avons esquissé les grandes lignes dans le chapitre I.

IV.5.2 Modélisation de l’état d’équilibre


N

La contrainte à l’équilibre σ
eq
1
eq
(employée sous la forme modale σ =
1 ∑σ
j=1
j,eq
1 dans les

équations IV.127 à 131), est supposée traduire un état thermodynamique réversible.


Nous choisissons donc le potentiel de HELMHOLTZ, Feq (T, ε ) , pour décrire cet état
en fonction de la température et de la déformation. Il est défini par transformation de
LEGENDRE de l’énergie interne E eq (s, ε ) :

F eq = E eq − Ts eq (IV.136)
et donne par dérivation à température constante
 ∂F eq   ∂E eq   ∂s eq 
  =   − T  (IV.137)
 ∂ε T  ∂ε T  ∂ε T
Soit
σ =σ +σ , (IV.138)

autrement dit nous avons deux contributions physiques à l'élasticité gouvernées


respectivement par l'énergie de liaison σ et par les réorganisations
configurationelles σ .

Pour les métaux et les polymères sous leur transition vitreuse, le terme énergétique
prédomine largement, σ Eeq >> σ eq
s . En revanche, dans le cas des caoutchoucs, c’est

le contraire qui se produit, σ eq eq eq


s >> σ E . Lorsque l’on peut négliger σ E , le processus

120
de déformation est purement entropique, on parle alors d’une contrainte entropique,
liée aux changements de configuration à l’échelle atomique ou moléculaire.
La composante de la contrainte σ eq
s peut être modélisée à partir de deux itinéraires

empruntés pour décrire le comportement mécanique des élastomères : (i) les


approches statiques reposant sur la structure macromoléculaire du matériau étudié
et (ii) les lois phénoménologiques (par exemple de type MOONEY-RIVLIN).
Bien que notre matériau soit un polymère semi-cristallin, dont la phase cristalline est
prépondérante, son comportement macroscopique est fortement influencé par la
viscoélasticité de la phase amorphe. Cela est typique du PEHD, où la phase
amorphe à T > Tg se trouve dans un état caoutchoutique, et où l'on considère que
les effets entropiques sont déterminants pour un état de déstructuration donné de la
phase cristalline. Nous choisirons donc d’approcher σ eqs en utilisant des théories
statistiques des réseaux des chaînes macromoléculaires décrivant l’élasticité
caoutchoutique (cf ANNEXE C).
Pour simplifier sa description, nous considèrerons que le polymère semi-cristallin est
représenté sous forme d’un réseau tridimensionnel de phase caoutchoutique, dans
lequel les nœuds de réticulation associés aux blocs cristallins se déplacent de façon
affine, c’est-à-dire de façon analogue à ce qui se produit à l’échelle macroscopique
de l’éprouvette. Plusieurs topologies ont été proposées dans la littérature pour
décrire ce type de réseau. Le modèle classique de WANG et GUTH (d’après [Haud
95]), considère des mailles élémentaires cubiques à trois sous-chaînes par nœud.
ARRUDA et BOYCE [Aru 93] ont d’ailleurs critiqué ce modèle qui conduit à une
surestimation du durcissement observé expérimentalement dans le cas des
élastomères. Ils ont alors suggéré d’adopter une maille à huit sous-chaînes
équivalentes, plus proche de la répartition aléatoire de chaînes du matériau réel. WU
et VAN DER GIESSEN [Wu 92] ont quant à eux, proposé un réseau idéal constitué
d’une infinité de sous-chaînes interdépendantes, réparties de façon aléatoire.
L’avantage de ce dernier modèle est de ne privilégier aucune direction spatiale.
Dans la présente étude nous avons retenu la structure du modèle à 8 chaînes
proposé par ARRUDA et BOYCE. La contrainte entropique à l’équilibre, σ eq
s , est

exprimée, en déformation finie, par les composantes principales suivantes

Nk B T 0.5 2  λc 
σeq
i − σeq
j =
3λ c
(
n λ i − λ2j ) −1  
 n0.5 
 
i, j = 1, 2, 3 (IV.139)
λc = (λ2
1 )
+ λ22 + λ23 / 3
( x ) = coth( x ) − 1/ x, fonction de Langevin

121
li
où λ i = est l’extension dans la direction principale i et où N désigne la densité de
l
chaînes dans le réseau, régissant le module de cisaillement G = Nk B T en petites
déformations. Le terme n représente le nombre de segments par chaîne contrôlant le
comportement en grandes déformations, jusqu’à l’extensibilité extrême du réseau.
Dans le cas d’une sollicitation uniaxiale (traction, compression), l’évolution de cette
contrainte obéit à l’expression suivante
Nk B T 0.5 2  λc 
σ1eq =
3λ c
(
n λ 1 − λ22 ) −1 
 n 0 .5


 
σ eq
2 = 0

σ eq (IV.140)
3 = 0

λ 1 = exp( ε1 )
λ 2 = exp( − ε1 2 ) = 1 λ1
λc = λ21 + 2λ21 3
−1
En ce qui concerne la fonction de LANGEVIN inverse, (λ c / n 0.5 ) , nous choisirons
l’approximation de Padé (valable dans un domaine précis), permettant de développer
3 − x2
plus facilement cette fonction , [Coh 91] [Per 99] : −1(x ) ≈ x .
1− x2
Rappelons que la contrainte de nature enthalpique σEeq , est supposée négligeable
dans le cas du PEHD, ce qui sous-entend que les énergies de liaisons chimiques
entre chaînes macromoléculaires sont faibles (ce qui n’est pas le cas des liaisons
covalentes intramoléculaires) et n’ont, par conséquence, quasiment pas d’effet sur la
contrainte macroscopique d’écoulement, σEeq ≈ 0 .

La souplesse du modèle de ARRUDA et BOYCE, réside dans la possibilité de


reproduire le durcissement induit par étirement et réorientation des chaînes en
grandes déformations, en ne faisant intervenir que deux paramètres, N et n. Ces
deux paramètres doivent permettre de retrouver la forme globale du durcissement
hyperélastique, sachant que le deuxième est surtout lié au durcissement en grandes
déformations (figure IV.17-a), et que N a plus d’effet sur le début de ce durcissement
hyperélastique (figure IV17-b). La figure IV.17 illustre l’évolution de la contrainte à
l’équilibre en fonction du nombre de segments par chaîne, n, et en fonction du
module de cisaillement NKT, pour le modèle ARRUDA et BOYCE, et en utilisant
l’approximation de Padé.
Plus le nombre de segments est faible plus le durcissement est rapide. On observe
aussi que le durcissement croît en fonction du module de cisaillement.

122
7
x 10
(a) 10
8

-2
-1.5 -1 -0.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5

8
x 10
(b) 3
2.5

1.5

0.5

-0.5
-1.5 -1 -0.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5

Fig. IV18. Effet du nombre de chaînes par segments,(a), et du module de cisaillement (b) sur la
contrainte à l’équilibre d’après le modèle d'ARRUDA et BOYCE et suivant l’approximation de
Padé.

IV.5.3 Modélisation des spectres de relaxation conduisant à l’état relaxé


et à l’état d’équilibre thermodynamique vrai
Les nombreux résultats expérimentaux portant sur les polymères semi-cristallins,
nous montrent que l’état d’équilibre thermodynamique ne peut être atteint à l’échelle
des expériences habituelles (nous faisons allusion notamment aux essais de
relaxation). Ce constat nous conduit à l’inégalité τeq r
j >> τ j .

Nous proposons maintenant de traiter les temps de relaxation τeq


j , selon la théorie

de l’état transitoire activé, et de la même façon que nous l’avons fait pour τrj (cf.
MRABET [Kaï 03]). La figure ci-dessous présente schématiquement la nouvelle

123
disposition des cols d’activation correspondant au concept d’état d’équilibre vrai. Un
col d’activation primaire traduit la transition entre les états instantané et relaxé, un
second col rend compte du passage de l’état relaxé à l’état d’équilibre.
Nous adopterons le même type de formulation concernant l’expression des temps de
relaxation en fonction des sollicitations, qu’ils décrivent les conditions d’évolution
vers l’état relaxé ou vers l’état d’équilibre. La forme mathématique la plus simple est
le produit d’un temps de référence par un facteur de glissement portant un certain
nombre de non-linéarités dont celles que nous avons déjà évoquées :

τeq ref ,eq


j = τj (T ) aeq ( γ, z)
(IV.141)
τrj = τref
j
,r
(T ) a r
( γ, z )

avec les temps de référence

ref ,eq h  ∆F +,eq 


τ j = exp 
kBT  RT 
(IV.142)
h  ∆F + 
τ ref
j
,r
= exp 
kBT  RT 
associés respectivement à l’état d’équilibre et à l’état relaxé. Les facteurs de
glissement aeq ( γ, z) et ar ( γ, z ) désignent dans le cas le plus général des fonctions
héréditaires des différentes variables thermodynamiques et des variables internes.

Fiq. IV.19. Description schématique des niveaux d’énergie et des cols d’activation conduisant à
l’état d’équilibre ultime

Un de nos objectifs est ici de prendre en compte la sensibilité à la vitesse de


déformation du matériau, en gardant en mémoire l’indépendance de l’état relaxé vis
à vis de cette vitesse de déformation. Pour ce faire, puisque le cadre nous le permet,
nous proposons d’introduire un facteur de non-linéarité, a v (ε1) , qui interviendra à la

124
fois sur τrj et sur τeq
j (à la différence de ce qu’a proposé MRABET uniquement pour

τeq
j ). Les formulations non-linéaires que nous avons retenues s’écrient :

τ eq ref ,eq eq
j = τj a 1 (ε 1, z, ρ, e)a eq
v (ε1 )
(IV.143)
τ rj = τ ref
j
,r r
a 1 (ε 1, z, ρ, e)a rv (ε1 )

Pour proposer une forme mathématique aux facteurs de glissement aeq


v ( ε1) et
arv (ε1) nous nous référons aux résultats expérimentaux de ROGUET [Rog 07] et
MRABET [Kaï 03] et également à nos propres résultats (chapitre III). Nous
constatons que, plus la sollicitation est lente, plus les contraintes observables se
rapprochent de l’état relaxé, et plus la sensibilité à la vitesse de déformation diminue.
ROGUET a mis en évidence expérimentalement, une vitesse de déformation critique
ε0 , en deçà de laquelle le comportement est insensible à la vitesse. Nous proposons
donc d’introduire le terme de non-linéarité a v (ε1) avec la forme :
1m
ε 
a v (ε1 ) =  0  (IV.144)
ε 
 1 
où ε1 est la vitesse de déformation imposée, et m un facteur de sensibilité à la
vitesse égale 1 lorsque le comportement du matériau est totalement insensible à la
vitesse comme dans le cas de l’état relaxé.

Pour les autres facteurs, aeq et ar , nous gardons la même forme que celle adoptée
1 1
dans le modèle de base pour traduire la dépendance du col d’activation vis à vis de
l’état de contrainte :

 ∆∆Fj+,eq   k eq σ1r − σ1eq 


eq
a 1 (ε 1, z, ρ, e) = exp  = exp σ 
 RT   RT 
   
(IV.145)
 ∆∆F   k σ1 − σ1r
+ 
a 1 (ε 1, z, ρ, e) = exp
r  = exp σj 
 RT   RT 
   
Les spectres qui gouvernent le phénomène de relaxation de l’état instantané à l’état
relaxé τrj et de l’état relaxé à l’état d’équilibre τeq
j prennent finalement la forme :
1m
h  ∆F +   k σ1 − σ1r  ε 
r
τ = exp  exp σ  0 
j
kBT  RT   RT  ε 1 
  
(IV.146)
h  ∆F   k eq σ1r − σ1eq
+,eq  ε 
τ eq = exp  exp σ  0 
j
kBT  RT   RT  ε 1 
  

125
où le facteur de non-linéarité k σ traduit l’effet de l’écart à l’état relaxé, et correspond
au volume d’activation, (i.e. le volume localement impliqué dans les mouvements
moléculaires qui évolue avec la déformation, d’autant plus qu’il y a
endommagement). Le facteur k eq rend compte de l’écart à l’état d’équilibre et
σ
pourrait correspondre au volume d'activation occupé par les mécanismes de
fragmentation / réorientation des blocs de lamelles cristallines.
La modélisation se complique lorsque l’on veut obtenir des lois valables en grandes
déformations. En effet, dans ce cas le volume d’activation k σ doit être évolutif ; nous
avons choisi une loi empirique dépendant de la déformation (cumulée) imposée
k
k σ = k 0 exp(k 1ε1 2 ) (IV.147)

k 0 , k1 et k 2 sont des paramètres à ajuster. Cette fonction permet de reproduire un


durcissement hyperélastique plus important sur la contrainte globale σ1 que sur la
contrainte relaxée σr .
1

IV.5.4 Modélisation de l’évolution des propriétés élastiques en fonction


des sollicitations, incluant les effets d’endommagement
En consultant bon nombre de résultats expérimentaux de la littérature touchant au
comportement mécanique des polymères (et des matériaux en général), nous avons
remarqué que l’endommagement y est systématiquement associé à une
détérioration des propriétés élastiques (classiquement : baisse du module de
Young). Mais nous constatons également que les essais ne sont pas toujours
conduits en grandes déformations. On peut citer, par exemple, les travaux de Tang
et al [Tan 96] que nous avons présentés dans le chapitre I, ainsi que les résultats de
LAIARINANDRASANA et al [Lai 03] qui écrivent l’évolution de l’endommagement
sous la forme
λI −1
−( max )
ζ
D = D∞ [ 1 − e ] (IV.148)
Le terme D ∞ représente l’endommagement maximale possible ; ζ est un paramètre
de saturation de l’endommagement et λImax − 1 est l’élongation principale maximale
subie par le matériau durant l’histoire de sa sollicitation.
Concernant nos résultats sur le PEHD ainsi que nous l’avons présenté au chapitre
III, nous constatons que le module d'élasticité apparent diminue d’abord fortement en
fonction de la déformation axiale jusqu’à un certain niveau, puis entame une phase
de croissance significative qui se développe continûment jusqu’à la rupture. Malgré
cette augmentation, la valeur atteinte à rupture ne parvient pas au niveau de départ
(observé dès le début de l’essai). Le coefficient de Poisson connaît le même genre
d’évolution en fonction de la déformation. Nous en tirons la conclusion que la

126
définition classique de la variable d’endommagement exprimée en fonction du
~
E
module d’élasticité apparent, ( D = 1 − ), ne peut convenir dans le cas du PEHD
E
semi-cristallin.
Ce phénomène complexe d'évolution des propriétés élastiques est la conséquence
de l’ensemble des mécanismes de déformation et d’endommagement intervenant au
sein du matériau, comme nous l’avons évoqué au chapitre I. En effet, en nous
s'appuyant sur ce que nous avions constaté, nous pouvons retenir trois facteurs
majeurs pouvant avoir une influence significative sur ces propriétés. Il s’agit de

1. la création et le développement de microcavités ;


2. le changement de morphologie sphérolitique ;
3. la réorientation des chaînes macromoléculaires.

L’endommagement qui se traduit par une diminution du module d’élasticité, n’est


perceptible, et probablement opérationnel que lorsque la déformation appliquée
franchit un certain seuil. Au delà de ce seuil, une transformation de la morphologie
sphérolitique en une structure microfibrillaire se produit progressivement, tout en
s’accompagnant d’une réorientation des chaînes composant la phase cristalline.
Arrivé à ce stade de transformation, on constate l’apparition et le développement de
microcavités dont la forme évolue en fonction de l’état de contrainte effective locale,
pour passer d’une configuration isotrope à une géométrie anisotrope, et conduire à
leur coalescence. Cette interprétation très succinctement résumée dans le chapitre I,
est en accord avec nos observations, et également avec les résultats obtenus de
façon concomitante à notre étude, par Norbert RENAULT (Thèse INPL, Soutenance
prévue fin 2007) Stéphane ANDRE, et Christophe BARAVIAN, à l’aide d’une
technique optique par transmission d’un faisceau laser.
Rappelons que la phase cristalline contient des lamelles qui sont à l’origine du
comportement anisotrope. Il a été montré que le module d’élasticité est très élevé
dans la direction des chaînes, de l’ordre de 240000 MPa, et très faible dans une
direction perpendiculaire, environ 3000 MPa.
Au delà d’une déformation critique située aux alentours de 60%, le module
d’élasticité commence à augmenter. Selon les observations microscopiques, le
responsable de cette augmentation est l’alignement des blocs et des chaînes dans la
direction de sollicitation, ce phénomène étant consécutif aux transformations au sein
des sphérolites. En ce qui concerne notre modèle, nous nous intéressons à
l’évolution des propriétés élastiques à l'état relaxé, en particulier E1r,eff et ν1r,eff .

Sur le plan expérimental, il est extrêmement difficile de réaliser des essais donnant
directement accès à ces grandeurs. En fait, cela nécessiterait de travailler sur les
boucles d’hystérésis de σr , et de réaliser des cycles de charge-décharge-recharge

127
s’appuyant sur cet état relaxé, à très faible vitesse et grandes déformations. Pour
contourner cette difficulté technique, nous nous référons aux résultats expérimentaux
de ROGUET et MRABET sur l’état relaxé. Ces travaux nous incitent donc à traiter σr
comme une réponse en contrainte globale à très faible vitesse ; ce qui nous permet
de formuler l’hypothèse selon laquelle les propriétés élastiques relatives à l’état
relaxé suivent la même évolution en fonction de la déformation que les propriétés
élastiques mesurées via la contrainte ( σ1 ) globale (cf. figure 14).

Nous faisons le choix de modéliser de façon empirique les évolutions de E1r,eff et de


ν1r,eff , en considérant deux phénomènes physiques antagonistes. Il s’agit d’une
première contribution (microcavités) conduisant à la chute des propriétés élastiques
et d’une seconde traduisant leur augmentation (effet de réorientation des chaînes).
Pour le second phénomène, nous adopterons le modèle physique de ARRUDA et
BOYCE qui fait intervenir le nombre de segments par chaîne et en prend en compte
la fonction de LANGEVIN inverse, −1 (λ c / n 0.5 ) , puisqu’il s’agit ici de grandes
déformations. Nous proposons les expressions :

 λc 
E1r,eff = E1r 1 − [α1 (1 − exp( −β1ε1 )) − Χ −1
( )] (IV.149)
 n0.5 

[
ν 1r ,eff = ν 12
r
1 − [α 12 (1 − exp( −β12 ε 1 )) + ε 12 ] ] (IV.150)

qui, in fine, se présentent sous la forme :

E1r,eff = E1r [1 − D11] et ν1r,eff = ν12


r
1 − D12 [ *
] (IV.151)

où D11 et D12* résultent des deux contributions D = D cavitation + D orientatio n

1 3n − 1
et avec Χ = , sachant que α1 représente le niveau de dommage
n 0.5 n − 1
maximal. β1 est également un paramètre caractérisant la saturation du dommage, et
les grandeurs α1 , β1 , α12 et β12 sont des paramètres à ajuster.

IV.5.5 Bilan du système d’équations retenues dans le cadre du présent


modèle
Nous proposons maintenant d’établir le bilan du système d’équations que nous
avons résolu numériquement, en vue de simuler la réponse à différents trajets de
chargement, dont les principaux résultats expérimentaux ont été rassemblés au
chapitre III. Nous regroupons les équations en fonction de la catégorie physique à
laquelle elles sont rattachées :

128
différents aspects de la réponse du matériau sous sollicitation imposée

N N (σ 1j − Pj0 σ1j,r )
σ1 = ∑ σ1j = E1u ε1 −∑ (IV.152)
j=1 j=1 τrj

j,r r j,eq
N N
δ12 (σ 1 − Pj σ1 )
ε 2 = ∑ ε 2j = −ν12
r ,eff
ε1 − ∑ r ,eff
(IV.153)
j =1 j =1 E1 τ eq
j

ε3 = χε 2 (IV.154)

évolution de l’état relaxé et des temps de relaxation qui y conduisent

N N (σ 1j,r − Pjr σ1j,eq )


σ1 = ∑σ = E
r j,r
1
r ,eff
1 ε1 − ∑ (IV.155)
j=1 j =1 τ eq
j

rh ∆F + k σ σ1 − σ1r ε
τ = j exp( ) exp( ) ( 0 )1 m (IV.156)
kBT RT RT ε1
k
k σ = k 0 exp(k 1ε1 2 )

= τ =
∑ =
τ

évolution de l’état d’équilibre et des temps de relaxation qui y conduisent

Nk B T 0.5 2  λc 
σ 1eq =
3λ c
n λ 1 − λ22 ( ) −1 
 n 0.5


(IV.157)
 
λ 1 = exp(ε 1 )
λ 2 = exp( − ε 1 2) = 1 λ 1
λ c = λ21 + 2λ21 3

eq h ∆F +,eq k eq σ1r − σ1eq ε 0


τ j = exp( ) exp( σ
) (IV.158)
kBT RT RT ε1

= τ =
∑ =
τ

129
évolution des caractéristiques élastiques intégrant les transformations
microstructurales et l’endommagement

 λc 
E1r,eff = E1r 1 − [α1 (1 − exp( −β1ε1 )) − Χ −1
( )] (IV.159)
 n0.5 

ν 1r,eff = ν 12
r
[1 − [α 12 (1 − exp( −β 12 ε 1 )) + ε 12 ] ]

évolution de la déformation volumique (ou variation de volume)

on distingue le cas isotrope : tr ε = ε1 + 2ε 2 (IV.160)

du cas anisotrope : tr ε = ε1 + (1 + χ ) ε 2 (IV.161)

paramètres du modèle :

E1u : module de Young instantané (élasticité non relaxé) ;

k σ , k 0 , k 1, k 2 : facteur de non-linéarité lié à l’écart à l’état relaxé ;

∆F + : énergie d’activation régissant le temps de relaxation le plus long et le


spectre des temps de relaxation à l’état relaxé ;
ε 0 : paramètre permettant de rendre compte de l’indépendance de la contrainte
relaxée vis-à-vis de la vitesse de déformation ;
m : facteur de sensibilité à la vitesse de déformation ;
k eq
σ
: facteur de non-linéarité liée à l’écart à l’état d’équilibre ;

∆F +,eq : énergie d’activation régissant le temps de relaxation le plus long et le


spectre des temps de relaxation à l’état d’équilibre ;
E1r et ν 12
r
: module de Young et coefficient de Poisson à l’état relaxé.

NKT et n :paramètres décrivant l’élasticité de type caoutchoutique relative à la


réponse à l’état d’équilibre ;
χ : paramètre d’anisotropie ;
δ12 , α 1 , β1 , α 12 et β12 coefficients caractérisant l’évolution de l’endommagement ;

d et N largeur de spectre et nombre de modes dissipatifs.

130
IV.6 Conclusion
Dans ce chapitre, nous venons de présenter une stratégie thermodynamique de
construction des lois d’état (en l’occurrence mécanique), tout en essayant de bien en
préciser les bases fondamentales et les hypothèses. Notre objectif premier consistait
à modéliser le comportement mécanique du PEHD subissant de grandes
déformations et manifestant des phénomènes d’endommagement. Nous avons
concentré nos efforts sur la mise sur pied d’un modèle adapté au matériau
(composite) et aux conditions d’essais : bilan des variables de contrôle et des
variables de réponse, aspects tridimensionnel, endommagement,…
Ainsi, la modélisation thermodynamique que nous allons développée présente les
particularités suivantes :
i) elle est écrite en grandes déformations et en 3 dimensions ;
ii) elle s’appuie sur la référence à un état thermodynamique relaxé (isoaffin) dont
nous connaissons l’évolution, dans le cas des sollicitations cycliques de traction-
compression [Kaï 03];
iii) elle suppose l’existence d’un état d’équilibre thermodynamique sous-jacent, qui
reste néanmoins difficile d’accès aux vitesses de sollicitation habituelles ;
iv) elle intègre les effets d’endommagement agissant surtout par le biais des états
relaxé et d’équilibre;
v) elle permet enfin l’intégration de l’évolution de l’anisotropie induite.

L’étude expérimentale dont les résultats figurent au chapitre III, a mis en exergue
l’existence d’un état relaxé irréversible. De la modélisation de cet état relaxé
irréversible pour le PEHD, il ressort que cette approche possède de réelles aptitudes
pour formuler les lois de comportement mécanique des polymère semi-cristallins.
Néanmoins le travail doit être poursuivi pour améliorer les modélisations utilisées
surtout en très grandes déformations. Un des points à ré-examiner pourrait être la
formulation l’évolution du module d’élasticité intervenant au niveau de la contrainte
relaxée. La modélisation de l’anisotropie induite pourrait, au même titre, constituer un
chalenge intéressant.

131
132
CHAPITRE V
CONFRONTATION DU MODELE THERMODYNAMIQUE ET DES
PRINCIPAUX RESULTATS EXPERIMENTAUX

V.1 Identification des paramètres


Le modèle de comportement du PEHD a été présenté de façon détaillée au chapitre
précédent (IV). Il s’agit désormais de juger de sa robustesse et de son aptitude à
rendre compte des résultats expérimentaux.
Pour ce faire, nous avons choisi des types de sollicitations mécaniques réputées
difficiles à modéliser avec le même modèle et le même jeu de paramètres.
Nous faisons allusion en particulier aux cycles de charge-décharge et recharge, dans
le repère contrainte de Cauchy-déformation vraie. Plus explicitement, il s’agit de faire
en sorte que ce modèle permette de rendre compte des essais de relaxation, et qu’il
soit suffisamment souple pour traiter des sollicitations comportant une série de
séquences très différentes : e.g. charge, décharge cyclique, recharge, relaxation, et
variation de vitesses. Une des difficultés supplémentaire consiste à prévoir
également la variation de volume durant ces séquences de charge-décharge-
recharge.
Comme nous le montrerons dans la suite de ce texte, tous ces objectifs ont été
honorés. Nous montrerons de plus que la réponse à des essais avec sauts de
vitesse est également prévisible avec le même modèle, tout en tenant compte de
l’orientation des éprouvettes dans la plaque extrudée, c’est-à-dire de l’anisotropie.
Parallèlement, sur le plan technique, nous avons bien conscience du fait que
l’identification des paramètres intervenant dans un modèle tel que le nôtre (avec de
nombreuses non-linéarités), exigerait, dans le cas idéal, l’emploi de méthodes très
élaborées. Il existe effectivement sur le marché des logiciels d’identification
automatique performants, comme par exemple Sidolo, ou Pest1.
Compte tenu du temps dont nous disposions, et de l’ampleur de notre programme
d’étude (mise au point du protocole et des méthodes expérimentales, nombreuses
campagnes d’essais et développement théorique d’un modèle adéquat, etc…) nous
avons plutôt opté pour une identification physico-empirique, étant entendu que ce
travail sera poursuivi dans notre équipe, et qu’il représente un deuxième jalon 2

1
Logiciel libre disponible sur Internet, dont Vincent Magnenet propose une version enrichie.

133
(après les investigations de K. M’RABET) dans le domaine de la modélisation du
PEHD.
Les quelques figures qui suivent constituent un échantillon donnant une idée de la
cohérence du modèle et de son potentiel de prévision.
Lors de la simulation numérique, nous nous sommes surtout attachés à rendre
compte des résultats relatifs à la direction d’extrusion ( angle 0°). Excepté pour les
essais effectués avec sauts de vitesse, la plupart de nos résultats ont été obtenus à
une vitesse de déformation de 0,001 s −1 . Les réponses mécaniques sont simulés
avec un même jeu de 20 paramètres, dont 5 servant à traduire la variation de volume
au cours de la déformation. Les différentes valeurs sont rassemblées par catégorie
dans les tableaux ci-dessous .
pour l’état d’équilibre

NkBT n

0,53 MPa 90

pour l’état relaxé

E1r α1 β1 k eq
σ
eq
τ max d ε0

350 MPa 0,899 18 -518 cm3/Mol at × 4 × − −

pour la réponse globale

E1u k0 k1 k2 m τ rmax

1180 MPa -1299 cm3/Mol at 0,57 2 0,12 42300 s

pour la variation de volume


r χ
ν 12 α 12 β12 δ12

0,447 0,2261 -1,591 0,053 0,99

Ces paramètres ne sauraient donc représenter « les » caractéristiques objectives du


matériau. Cependant, ils permettent de reproduire quantitativement l’essentiel de nos
observations et données expérimentales comme le prouvent les figures V.1-8.

2
La première thèse consacrée uniquement au comportement mécanique du PEHD a été soutenue
par Kaïs MRABET en 2003, INPL.

134
Le même jeu de paramètres permet aussi de rendre compte des essais de charge-
décharge-recharge pour différentes orientations d’éprouvette ( α = (0, 30, 45, 60, 90°)
en ne jouant que sur un seul paramètre, n, intervenant dans l’expression de l’état
d’équilibre et aussi dans l’évolution du module relaxé endommagé, (Figure V.9). Ce
paramètre n régit l’accélération du durcissement en grandes déformations induites
par étirement et réorganisation des chaînes macromoléculaires.
La modélisation de l'état relaxé avec hystérésis met bien en oeuvre une
décroissance du module, de 350 MPa à environ 42 MPa, en fonction de la
déformation, en raison de la présence d'endommagement par cavitation, puis une
consolidation jusqu’à 260 MPa liée à la réorientation des chaînes macromoléculaires.
Le module de Young instantané trouvé par ajustement est tout à fait conforme à ce
qui est donné par la société Röchling pour ce PEHD, à savoir 1200 MPa. Le module
relaxé est d’ailleurs toujours nettement plus faible que le module instantané.

Par ailleurs, la vitesse critique ε 0 = × − −


, en deçà de laquelle la contrainte
d’écoulement coïncide avec la contrainte relaxée, est de l’ordre de grandeur de celle
trouvée par ROGUET pour le PA11.
Les temps de relaxation permettant d’atteindre l’état d’équilibre thermodynamique,
eq
(e.g. temps maximal τ max = × ), sont évidemment bien plus longs que les temps
d’accession à l’état relaxé, ( τ rmax =4,23x104 s).

Nous trouvons que le volume d’activation, dont nous avons modélisé l’évolution en
fonction de la déformation à l’aide de la relation k σ = k 0 ( k1 exp ε1k 2 ) , présente une
valeur conforme à ce qu’a trouvé HONGYI [Hon 98]. En effet, ce dernier trouve, pour
le même matériau (PEHD) mais sous forme de film, un volume compris entre 1 et 2
nm3. Cet ordre de grandeur est cohérent avec l’interprétation que l’on peut donner,
avec ROGUET, du phénomène de relaxation. Pour interpréter ce phénomène, nous
pensons notamment à des réarrangements dans la phase amorphe située entre les
cristallites, dont l’interdistance varierait au cours de la relaxation comme l’a observé
ROGUET. Pour notre part, nous trouvons d’ailleurs un volume d’activation de l’ordre
de 2,15 nm3 (estimation à partir de k0).

135
α = 0°

Fig. V.1. Séquences de charge-décharge-recharge : courbe expérimentale à 0,001 s −1 (bleu) et


modèle (rouge).

α = 0°

Fig.V.2. Variation de volume (déformation volumique) expérimentale (bleu) et modèle (rouge) .


Vitesse de déformation : 0,001 s −1 .

136
α = 0° ε1

ε3
ε2
ε1

Fig. V.3. Essai de traction uniaxiale avec des sauts de vitesse croissante puis retour à la
vitesse initiale : ε1 = 0,001 s−1; ε 2 = 0,005 s−1; ε3 = 0,01 s−1; ε1 = 0,001 s −1 .

α = 0°

ε1

ε3 ε2

ε1

Fig. V.4. Essai de traction uniaxiale avec des sauts de vitesse décroissante, puis retour à la
vitesse initiale : ε1 = 0,001 s−1; ε 2 = 0,005 s−1; ε3 = 0,01 s−1; ε1 = 0,001 s −1 .

137
Fig. V.5. Courbe de réponse expérimentale en traction uniaxiale et simulation à l’aide du
modèle, ( orientation 0°, vitesse de déformation : 0,001 s −1 ).

Fig. V.6. Réponse expérimentale de relaxation (bleu), après une prédéformation importante

(de l’ordre de 2), et prédiction du modèle (rouge), ( orientation 0°, vitesse de déformation :
0,001 s −1 ).

138
Fig. V.7. Traction uniaxiale interrompue par des séquences cycliques de décharge-recharge.
Réponse expérimentale (bleu) et modèle (rouge), ( α = 0°, ε = 0,001 s −1 ) .

Fig. V.8. Variation de volume et prédiction du modèle correspondant à l’essais de la figure ci-
dessus. Les décharges sont également prédites par le modèle (rouge), ( α = 0°, ε = 0,001 s −1 )

139
7
x 10
9
modèle: contrainte vraie
8
expérience
7
α= °
Contrainte vraie (en Pa)

0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6
Déformation axiale

7
x 10
8
modèle: contrainte vraie
7 expérience

α= °
6

0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8

Fig. V.9. Courbe de réponse expérimentale en séquences de charge-décharge-recharge et


simulation à l’aide du modèle. (orientation 90° et 60°, vitesse de déformation : 0,001 s −1 ).

140
7
x 10
9
modèle: contrainte vraie
8 expérience

7 α= °

0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8

7
x 10
9
modèle: contrainte vraie
8 expérience
α= °
7

0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8

Fig. V.9. Courbe de réponse expérimentale en séquences de charge-décharge-recharge et


simulation à l’aide du modèle. (orientation 45° et 30°, vitesse de déformation : 0,001 s −1 ).

141
V.2 Sensibilité des réponses du matériau aux différents paramètres
du modèle
Nous proposons de présenter très succinctement une étude de sensibilité
concernant les différents paramètres qui interviennent dans le modèle. Nous
commencerons de façon hiérarchique, c’est-à-dire par ceux qui concernent la
contrainte d’équilibre, puis par ceux de la contrainte relaxée et enfin ceux de la
contrainte macroscopique.
Une véritable étude de sensibilité, ou même une simple étude statistique, devrait
permettre de prendre en compte aussi bien des effets des paramètres sur les
réponses prédictives que leurs interactions. Le temps nous a manqué pour faire ce
genre d’analyse, néanmoins nous nous contenterons, pour l’heure, de ne consigner
que les effets des paramètres pris individuellement, en faisant abstraction des
couplages. Les valeurs des paramètres qui seront maintenus constants figurent dans
les tableaux du paragraphe V.1.

a) effet des principaux paramètres sur la contrainte d’équilibre :

Fig. V.10. Effet important du terme ( Nk B T , en MPa) sur la contrainte d’équilibre compte tenu
de la linéarité de l’équation IV.157, α = 0 ° .

142
Fig. IV.11. Très faible influence du paramètre de n sur la contrainte d’équilibre, α = 0 ° .

b) effet des principaux paramètres sur la contrainte relaxée :

8
x 10
3.5

2.5
(en Pa)

1.5

0.5

0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6
Déformation axiale

Fig. V.12. Evolution du module de Young instantané et superposition avec la fonction de


l’équation (8) décrivant le module de Young à l’état relaxé, α = 0 ° .

143
Fig. V.13. Illustration de l’insensibilité de la contrainte relaxée vis-à-vis de la vitesse de
déformation selon le modèle. Les courbes 1, 2 et 3 représentent la réponse globale du matériau
respectivement aux vitesses. 0,01 s −1 , 0,001 s −1 et 0,0001 s −1 . La courbe 4 représente
l’évolution de l’état relaxé qui se révèle identique pour toutes les vitesses, α = 0 ° .

σ1eq

Fig. V.14. Forte influence du module relaxé sur la contrainte relaxée.

Aucun effet sur la contrainte d’équilibre, α = 0 °

144
σ1eq

Fig. IV. 15. Effet k eq


σ sur la contrainte relaxée, α = 0 ° .

σ1eq

Fig. V.16. Effet significatif du terme de vitesse de déformation ε 0 sur la contrainte relaxée,
α = 0° .

145
σ1eq

Fig. V.17. Effet du terme α1 sur la contrainte relaxée et sur la contrainte d’équilibre, α = 0 ° .

σ1eq

Fig. V.18. Effet du terme n sur la contrainte relaxée et sur la contrainte d’équilibre, α = 0 ° .

146
σ1eq

Fig. V.19. Effet du terme β1 sur la contrainte relaxée et sur la contrainte d’équilibre, α = 0 ° .

c) effet des principaux paramètre sur la contrainte globale:

Fig. V.20. Influence du paramètre Eu , module instantané


sur la réponse en contrainte, α = 0 ° .

147
Fig. V.21. Influence du temps de relaxation τ rmax sur la réponse en contrainte.

Sollicitation de traction puis relaxation, α = 0 ° .

σ1r

σ1eq

Fig. V.22. Effet du terme k0 sur la contrainte globale et


sur les contraintes relaxée et d’équilibre, α = 0 ° .

148
σ1r

σ1eq

Fig. V.23. Effet du coefficient m sur la contrainte globale et


sur les contraintes relaxée et d’équilibre, α = 0 ° .

149
V.3 Prise en compte de l’anisotropie du matériau.

V.3.1. Anisotropie élastique observée aux petites déformations

Le Polyéthylène à Haute Densité employé dans cette étude a été élaboré par
extrusion (Chapitre II), nous supposerons donc qu’il est orthotrope et que les axes
principaux correspondent à la direction d’extrusion, et aux deux directions
transverses orthogonales. Ses propriétés élastiques sont donc présumées
invariantes par changement de direction obtenue par symétrie par rapport au trois
plans orthogonaux s’appuyant sur ces trois directions. Dans ce cas, le comportement
élastique est décrit grâce à 9 constantes de rigidité indépendantes
( C11 C12 C13 C22 C23 C33 C 44 C55 C66 ), notées C ij , ou aux constantes de souplesse
Sij . Ces dernières font intervenir les modules de Young, ( E1, E 2 , E3 ) les coefficients
de Poisson, ( υ12 , υ13 , υ23 ) et les modules de cisaillement, ( G12 , G23 , G13 ) .

Ici, les indices 1, 2, et 3 se rapportent aux directions principales d’orthotropie et non


élast
au repère local lié à chaque éprouvette. Nous avons donc σ = C : ε , ou bien
élast
ε = S : σ , où S désigne le tenseur d’ordre 4 de souplesse dont la matrice s’écrit :

 1 ν12 ν13 
 − − 0 0 0 
 E1 E1 E1 
 ν 21 1 ν 23 
− E − 0 0 0 
E2 E2
 2 
 − ν 31 ν 32 1
− 0 0 0 
~  E3 E3 E3 
S=  
1
 0 0 0 0 0 
 2G23 
 1 
 0 0 0 0 0 
 2G31 
 1 
 0 0 0 0 0
2G12 

avec les conditions de symétrie :
ν12 ν 21 ν ν ν ν
= , 13 = 31 , 23 = 32
E1 E 2 E1 E3 E 2 E3

ce qui fait bien 9 constantes indépendantes.


Les essais mécaniques de traction donnent accès, par des éprouvettes prélevées
dans les directions α = 0° et α = 90° , aux informations suivantes :
α = 0° E1 , ν 21 , ν 31

α = 90° E 2 , ν12 , ν13

Compte tenu de la nature des essais, nous ne pouvons accéder aux 3


caractéristiques suivantes : E3 , ν 23 , ν 32 .

150
Par ailleurs, l’énergie interne associée à la déformation élastique (isotherme) doit
constituer une forme définie positive :
1 élast 1 1 élast élast
uélast = σ:ε = σ: S :σ = C:ε :ε (V.1)
2 2 2
~ ~
Les valeurs propres des matrices S et C doivent donc être strictement positives, ce

qui se traduit par 6 conditions portant sur les différents coefficients :


a. 1 − ν 23 ν 32 > 0
b. 1 − ν13 ν 31 > 0
c. 1 − ν12 ν 21 > 0
(V.2)
d. 1 − ν13 ν 31 − ν12ν 21 − ν 32ν 23 − ν 32ν13 ν 21 − ν12ν 31ν 23 > 0
e. E1 , E 2 , E3 > 0
f. G12 , G13 , G23 > 0

Nous avons pu vérifier expérimentalement les conditions (b) et (c), comme le montre
la figure ci-dessous ; la condition (e) étant trivialement satisfaite, en particulier pour
E1 et E2.

Fig. V.24. Vérification expérimentale des conditions (b) et (c), à l’aide d’essais de traction
effectués sur des éprouvettes prélevées dans les directions 0 et 90°.

Il est de symétrie orthotrope ne peut être valable quel que soit le niveau de
déformation. A la rigueur, il devrait être possible de la retenir pour les orientations 0
et 90° même aux grandes déformations, si le matéria u est réellement orthotrope.
Mais, la réorientation (pour une orientation α quelconque), des macromolécules
constituant aussi bien la phase amorphe que les lamelles cristallines, induit une

151
anisotropie certainement plus complexe, comme nous tenterons de le montrer au
paragraphe suivant.
Malgré cela, la figure représentée ci-dessous montre clairement que l’anisotropie
élastique initiale peut assez bien être décrite par la symétrie orthotrope. Nous y
e
avons comparé les mesures de ν12 ( l’indice e fait référence au repère de
l’éprouvette, voir le paragraphe suivant pour plus de détails) et la même grandeur
calculée en supposant l’orthotropie.

e
ν12 (α )
ε e22 ( ( )
2c 2s2 − c 4 + s 4 ν12 − 2c 2s2 (E1 G12 )
=− e =− 4
) (V.3)
ε11 (
c + s 4 − 2c 2s 2ν12 + 2c 2s 2 (E1 G12 ) )
et en ajustant les paramètres E1, ν12 et G12 constants.

e
Fig. V.25. Variation du coefficient de Poisson ν12 mesuré dans le domaine élastique initial en
fonction de l’orientation des éprouvettes. Comparaison des résultats expérimentaux et du
rapport issu du calcul dans le cas orthotrope.

~
Hormis les conditions de stabilité évoquées ci-dessus, la symétrie de la matrice S a
ν12 ν
pu être vérifiée, mais uniquement pour le terme = 21 .
E1 E2

V.3.2 Anisotropie élastique observée aux grandes déformations


Examinons maintenant ce que devrait être la réponse élastique du matériau en
fonction de l’orientation α de l’éprouvette, mais toujours dans l’hypothèse d’une
conservation de la symétrie orthotrope au cours de la déformation. Les déformations

152
considérées dans cette analyse, (somme toute classique), sont supposées purement
élastiques.
Le passage entre les formulations des différents tenseurs de déformation et de
contraintes est résumé dans le tableau IV.1.
La sollicitation mécanique est uniaxiale dans le repère de l’éprouvette :
e e 0
σ = σ11 e1 ⊗ e1 . Son expression, σ , dans le repère de la plaque s’obtient via la
t e
matrice de rotation M : σ = M. σ .M ; avec M = M(α ) . En supposant le matériau
orthotrope, on exprime alors le tenseur de déformation ε = S : σ , où S désigne le

tenseur de souplesse présenté plus haut et supposé receler la même symétrie


orthotrope au cours de la déformation. L’expression des déformations dans le repère
e
local de l’éprouvette est obtenue par l’opération de rotation inverse : ε = M . ε . t M .
Les différentes composantes de l’état de déformation décrit dans le repère de
l’éprouvette sont de la forme suivante :

 e  c 4 2ν12c 2s2 c 2s2 s4  e


ε11 =  − + +  σ11

 E
 1 E 1 G 12 E 2

 e  c 2s2 ν12s4 c 2s2 ν12c 4 c 2s2  e
 22 
ε = − − − +  σ11
 (V.4)
  1 E E 1 G12 E 1 E 2 
 3 3 3 3 3 3
ε e = 1  − c s + ν12cs − cs + c s − ν12c s + cs  σe
 12 2  E1 E1 2G12 2G12 E1 E2 
11

où s et c désignent le sinus et le cosinus de l’angle α.

e
ε11 e
ε 33

ε e22

Fig. V.26. Description des différentes déformations exprimées dans le repère de l’éprouvette.
e
Coefficient de Poisson ν 12 (α ) = −ε e22 (α ) / ε 11
e
.

e
On constate tout d’abord que ε12 ≠ 0 , ce qui nous interpelle quant à l’aptitude de la
technique de Vidéotraction à décrire totalement l’état de déformation à l’aide de n
tâches sensées matérialiser le repère principal des déformations.

153
e
En effet, la mesure de la composante de déformation ε12 n’est pas accessible par
cette méthode, compte tenu de la disposition habituelle des tâches : en croix alignée
dans les directions locales 1, 2 et éventuellement 3 pour 2x7 tâches. Cette
disposition en croix présuppose une coïncidence avec le repère principal des
déformations élastoplastiques. On constate par ailleurs que les modules E1 et E2 ne
sont pas très différents, même aux grandes déformations : E1(ε1 ) ≅ E 2 (ε1 ) .

Fig. V.27. Disposition d’une éprouvette de traction dans la plaque de PEHD. Représentation
e 0
des repères R et R liés à respectivement à l’éprouvette (indice e) et à la plaque (indice 0).

Dans le repère de l’éprouvette Re la plaque extrudée R0

e e t e
Contraintes σ = σ11 e1 ⊗ e1 σ = M . σ .M

e
ε = M. ε . t M ε = S:σ
e  c4 2ν c2s2 c2s2 s4  e
ε11 =  − 12 + +  σ11
 E1 E1 G12 E2 
Déformations  c2s2 ν12s4 c2s2 ν12c4 c2s2  e
εe22 =  − − − +  σ11

 1E E1 G12 E 1 E 2 

e 1 c3s ν12cs3 cs3 c3s ν12c3s cs3  e s : sin α


ε12 =  − + − + − +  σ11
2  E1 E1 2G12 2G12 E1 E2  c : cos α

Tableau IV.1 : Correspondance des différents tenseurs de contraintes et de déformations,


e 0
exprimés dans le repère de l’éprouvette (R ) et dans celui de la plaque extrudée (R ).

154
Nous avons tracé les courbes d’évolution au cours de la déformation du coefficient
e εe (α )
de Poisson ν12 (α ) = − 22e obtenu en effectuant le rapport des déformations
ε11
élastiques mesurées dans les directions 1 et 2 de chaque éprouvette d’orientation α,
figure IV.39.

e ε e22 ( ( )
2c 2s 2 − c 4 + s 4 ν12 − 2c 2 s 2 (E1 G12 )
ν (α ) = − e = − 4
) (V.5)
12
ε11 (
c + s 4 − 2c 2 s 2ν12 + 2c 2s 2 (E1 G12 ) )
e
e E1(ε11 )
G12 (ε11 )≅ e
(V.6 )
2 (1 + β ν12 (ε11 ))

avec une forme hypothétique pour le module de cisaillement. Le terme β désigne un


paramètre à ajuster.
Les courbes représentées en trait continu de couleur représentent l’évolution
attendue du rapport dont les valeurs en fonction de α, (voir expression de
ε 22 (α ) dans le tableau ci-dessus). Elles ont été calées à l’origine par le truchement
des paramètres { E1 , E2 , ν12 , G12 } relatifs à la plaque initialement orthotrope.
Excepté pour les directions 0 et 90°, on constate q ue la modélisation est à peu près
bien suivie, bien que l’hypothèse d’orthotropie soit assez mal vérifiée aux grandes
déformations, notamment dans le cas des angles intermédiaires, i.e. 30, 45, et 60°.
Cela signifie que la sollicitation mécanique de traction génère une anisotropie
nettement décelable à partir de 20 à 30% de déformation axiale vraie.

Fig. V.28. Evolution du coefficient de Poisson en fonction de la déformation axiale pour


différents angles.

155
On peut illustrer ce phénomène à l’aide de la figure V.29, où les lignes
bleues verticales représentent schématiquement la microstructure
moléculaire orientée (de façon un peu exagérée) du fait de l’extrusion.
Le prélèvement puis la sollicitation en grandes déformations
d’éprouvettes inclinées engendre une réorientation des macromolécules
dans le sens de la contrainte appliquée, et engendre une
complexification de l’anisotropie initiale. La correspondance entre cette
nouvelle orientation microstructurale, (qui pourra être modélisé par une
fonction de Langevin), et la symétrie orthotrope initiale ne peut donc être
décrite par la matrice de rotation M .

V.4 Conclusion
Comme nous l’avons mentionné brièvement en introduction, la modélisation
thermodynamique que nous avons développée :
i) a permis de simuler le comportement du PEHD en grandes déformations et de
rendre compte des mesures de contraintes et déformations effectuées en 3D ;
ii) elle est conforme à la référence à un état thermodynamique relaxé dont nous
connaissons l’évolution expérimentale dans le cas des sollicitations cycliques de
traction-compression; la containte relaxée théorique coïncide avec la courbe relaxée
expérimentale, aussi pour des chargements monotones que pour des cycles de
charge-décharge ;
iii) elle s’appuie sur l’existence d’un état d’équilibre thermodynamique sous-jacent,
qui reste néanmoins difficile d’accès aux vitesses de sollicitation habituelles ;
iv) elle intègre les effets d’endommagement en conditions 3D, agissant surtout par le
biais des états relaxé et d’équilibre ;
v) prend en compte la présence d’une anisotropie liée au procédé d’élaboration par
l’intermédiaire du paramètre n intervenant dans l’expression de la contrainte à l’état
d’équilibre;
vi) elle permet d’obtenir in fine avec le même jeu de paramètres, les réponses
suivantes : σ1(ε1 ) , ε2 (ε1 ) et ε3 (ε1 ) (donc tr ε ) ou même les relaxations σ1( t ) à ε1
fixée, correspondant, par exemple, aux sollicitations monotones ou cycliques
imposées.

156
E1
E2

Fig. V.29. Schématisation des effets d’anisotropie induite par réorientation de la microstructure

157
158
CONCLUSION ET PERSPECTIVES

L’objectif annoncé en introduction était centré sur la construction d’un modèle de


comportement mécanique tridimensionnel intégrable aisément dans des codes de
calculs, et contenant suffisamment d’informations d’ordre physique sur le matériau
étudié.

Notre étude bibliographique (chapitre I) a été consacrée aux aspects


microstructuraux et au comportement des différentes phases ; conduisant
notamment à l’amorçage et au développement des microcavités.
Nous avons également discuté de la contribution qualitative à la déformation totale
des mécanismes prédominants (élasticité, formation de crazes et réorientation des
chaînes macromoléculaires dans la phase amorphe), tout en évoquant rapidement la
possibilité d’un détricotage de la phase cristalline (cf. [Mon 07]).
Nous avons ensuite passé en revue quelques modèles dédiés à l’étude mécanique
de l’endommagement des polymères. Et, nous avons montré que le modèle de
TANG ne peut rendre compte de façon satisfaisante de l’évolution de
l’endommagement tel qu’on l’observe dans le Polyéthylène à Haute Densité. En effet,
la décroissance du module de Young apparent est suivie aux grandes déformations
d’une consolidation significative liée à la réorientation des chaînes. De plus, le
modèle de TANG traite de façon séparée l’endommagement et le problème de
l’obtention de la loi de comportement (relations 1.42 et 1.46). Ce travail nous a
confortés dans le choix d’un formalisme unifié, tel que peut le permettre le cadre de
la Thermodynamique des Processus Irréversibles, en considérant un Volume
Elémentaire Représentatif et en prenant en compte différents couplages
multiphysiques.

En décrivant la procédure expérimentale, nous avons montré qu’il était nécessaire de


l’adapter à ce matériau semi-cristallin complexe. Il fallait en effet tenir compte de la
variation de volume, qui ne peut en soi être considérée comme un épiphénomène,
puisqu’elle peut atteindre plusieurs dizaines de pourcents. Ce travail constituait un
véritable chalenge du point de vue expérimental. A cet effet, nous avons donc mis au
point une technique de VidéoTraction utilisant 2x7 taches, en dédoublant chaque
essai, ce qui permettait de ne faire aucune hypothèse a priori sur l’éventualité d’une
isotropie transverse. Des tests de reproductibilité et de nombreuses campagnes
d’essais utilisant des éprouvettes élaborées dans les mêmes conditions nous ont
permis de valider la procédure. L’orientation des éprouvettes dans la plaque
extrudée a été systématiquement prise en compte. Le protocole expérimental nous a
conduit à des mesures précises des déformations triaxiales et de la contrainte de
Cauchy, en fonction de la déformation imposée, jusqu’à rupture et à vitesse de
déformation effective contrôlée. Ce travail a donc débouché sur des mesures
reproductibles et précises de la variation de volume, et sur une estimation de
l’endommagement par le biais des raideurs mesurées au cours de cycles de charge
décharge puis recharge.

Le calage et la mise en cohérence de nos premiers résultats a été possible grâce au


choix de la représentation préalable dans le diagramme force/déformations
( ε1, ε 2 , ε 3 ). En fait, une comparaison des différentes composantes du tenseur de
déformation (notamment dans les directions 2 et 3) obtenues sur deux éprouvettes
ne pouvait se faire en se référant à un niveau de contrainte identique pour chacune
d’entre elles, mais à un niveau de force identique. Ceci est simplement dû au fait que
l’estimation de la contrainte vraie, au sens de Cauchy, nécessite la connaissance
préalable les déformations transversales ε 2 et ε3 .

De la sorte, un faible effet d’anisotropie sur les courbes de réponse en traction a été
décelé. Nous avons montré que cet effet d’anisotropie varie continûment avec l’angle
d’orientation, et s’inverse de part et d’autre d’un point de déformation particulier, situé
aux alentours de 30%.
Nous avons également montré l’existence de trois points d’instabilité correspondants
à des extrema de force (dans le diagramme force-déformation). Le premier (autour
de 10% de déformation) est traditionnellement associé au démarrage de la striction ;
le second au minimum de la force situé autour des 100%, et le dernier correspondant
à la phase finale de rupture (autour de 160-180%).
L’évolution du module de Young apparent a été étudiée en fonction de la déformation,
et pour les différentes orientations d’éprouvettes dans la plaque extrudée. Nous
avons montré que cette raideur apparente présente une première phase de
décroissance suivie d’une consolidation importante. Cette observation est valable
quelle que soit l’orientation de l’éprouvette. De fait cette évolution en « baignoire » ne
peut être associée simplement et directement à une variable de dommage telle qu’on
l’entend traditionnellement dans la littérature, puisqu’au phénomène de cavitation
(dégradation des propriétés élastiques) se superpose le mécanisme d’orientation des
chaînes macromoléculaires (consolidation).
La variation de volume est bien plus sensible à l’orientation des éprouvettes que la
réponse en contrainte.
Les séquences de charge, décharge puis recharge sont également accompagnées
de séquences analogues dans le diagramme variation de volume-déformation
appliquée. L’endommagement est nettement perceptible au niveau de la variation de
volume, puisque les pentes de décharge-recharge changent en fonction du niveau
de déformation imposée.
Par ailleurs, l’influence de l’épaisseur des plaques se traduit par un effet plus marqué
sur la variation de volume. On peut interpréter ce phénomène en termes de gradient
de microstructure et d’effet de peau, liés à la complexité des phénomènes
thermomécaniques caractérisant le procédé d’extrusion (gradient de température en
sortie de filière, contraintes résiduelles,…). Cet effet est ensuite modifié par le
prélèvement de matière lors de l’usinage des éprouvettes.
Concernant la sensibilité à la vitesse de déformation, la gamme des vitesses
explorée a été limitée à une décade (de pour des raisons d’ordre
technique. Néanmoins, on note un très fort effet de la vitesse tant sur la courbe de
réponse que sur la variation de volume, typique d’un comportement
viscoélastoplastique.

Nous avons ensuite exploré l’effet de mémoire consécutif à des variations de


vitesses de déformations imposées. Différentes séquences de sauts de vitesses de
déformation croissantes et décroissantes ont été appliquées au cours de la traction.
On remarque que, pour ces deux cas, après retour à la vitesse de déformation
initiale, le PEHD finit par reprendre son régime d’écoulement initial et rejoint la
courbe de réponse en contrainte initialement amorcée. Ce phénomène se produit
comme si le matériau avait toujours été sollicité à la même vitesse (initiale), et
présentait une certaine amnésie vis-à-vis des variations de vitesses. Ce constat,
valable pour la plage de vitesse explorée, est également vrai pour la variation de
volume.
Des essais de décharge et recharge cycliques ont été conduits à différents niveaux
de déformation. Il a été constaté que la raideur apparente mesurée lors de ces
séquences de décharge-recharge évolue au cours du « cyclage » : elle augmente
continûment vers une valeur limite à chaque cycle, et cette valeur limite est fonction
du niveau de prédéformation. Le phénomène est observé en déformation volumique
(variation de volume) et peut être associé à la refermeture progressive des
microcavités au cours de la sollicitation cyclique et/ou à un phénomène de relaxation
local régi par la triaxialité des contraintes autour de ces défauts.

Concernant le positionnement du problème de la modélisation thermodynamique du


PEHD, nous avons situé notre description dans la cadre de la thermodynamique de
la relaxation développée par Christian Cunat et son équipe depuis deux décennies. Il
s’agissait pour nous de prendre en compte autant que possible l’aspect
multistructuré du PEHD, et de travailler en particulier sur un VER homogénéisé.
Dans ce mémoire, il nous a paru indispensable de faire un rappel de la situation que
connaissait le formalisme général développé par M’RABET pour les polymères semi-
cristallins au démarrage de cette thèse. Nous avions, et avons toujours, un modèle à
structure multiéchelle, comportant 3 niveaux de description : le niveau de la réponse
macroscopique (exploré par le mécanicien), l’état relaxé, et l’état d’équilibre
thermodynamique. MRABET avait introduit des effets d’histoire et une modélisation
de l’endommagement faisant appel à une variable de dommage de type scalaire.
Mais, pour des raisons techniques, ses essais étaient limités à une plage de
déformation allant seulement jusqu’à 80%, (sollicitation cyclique en traction).
Sur la base de son travail de pionnier, nous avons présenté une nouvelle formulation
de la réponse mécanique du PEHD, en prenant en compte, au même titre, les effets
d’endommagement et de déformation volumique en grandes déformations (jusqu’à la
rupture) et en considérant dès le départ un potentiel permettant de décrire
directement les essais réalisés et contenant des variables internes
φ = φ ( ε1 , σ 2 , σ3 , T ; z , ρ , e ) associées à la phase amorphe viscoélastique située
entre les lamelles cristallines, au détricotage des lamelles cristallines et au
phénomène d’endommagement par cavitation. On introduit ainsi 3 spectres de
relaxation se rapportant à chaque phénomène.
La loi de comportement obtenue a été exprimée sous forme d’un système de 3
équations différentielles non-linéaires de base, décrivant selon les trois dimensions
les évolutions de la contrainte axiale ( σ1 ), et des deux déformation transverses
( ε 2,ε3 ). Ce système est enrichi par d’autres équations et relations décrivant
physiquement pour l’essentiel, les états relaxé et d’équilibre (élasticité entropique,
modèle de type Arruda et Boyce).
La variation de volume, automatiquement incluse dans cette modélisation, revêt
autant d’importance que la réponse en contrainte.

Le développement de cette approche, nous a permis de proposer une première


formulation de la définition et des lois d’évolution de certaines composantes de la
variable de dommage D, i.e. D11, D21, D31. Cette variable D présente apparemment
la structure d’un tenseur d’ordre 4 (tensorialité à vérifier) puisqu’elle relie toutes les
composantes du tenseur des contraintes et celles des déformations.
L’effet de l’endommagement se traduit sur l’état relaxé par la modélisation des
modules et coefficients de Poisson relaxés.

Nous avons montré que l’ensemble des équations du modèle reste valide lorsque
l’on fait varier la direction de prélèvement des éprouvettes. En effet, il suffit de garder
le même jeu de paramètres, excepté le paramètre n (nombre de chaînes) qui se
présente comme une fonction croissante de l’angle par rapport à la direction
d’extrusion.

Le chapitre V a été consacré à la confrontation du modèle de loi de comportement et


des principaux résultats expérimentaux. Les prévisions du modèle se sont révélées
très bonnes, eus égard aux sollicitations mécaniques réputées difficiles à reproduire
avec un même modèle, (et a fortiori avec un même jeu de paramètres), et de surcroît
y intégrant la variation de volume qui n’est que très rarement modélisée. A titre
d’exemple, nous évoquerons les essais de charge comportant des décharges et
recharges monotones et cycliques, et les essais de relaxation. Le modèle intègre
également l’effet de l’endommagement et l’effet de la vitesse de déformation.
Une identification semi-empirique a conduit à l’obtention de paramètres et de
grandeurs physiques raisonnables, correspondants aux estimations que l’on peut
attendre des phénomènes étudiés sur ce matériau : modules, volume d’activation,
temps de relaxation…
En guise de perspective, nous soulignerons le fait que le problème de l’anisotropie
induite n’a été qu’ébauché. Des développements futurs de cette question
nécessiteraient un élargissement de la base de données et d’informations
expérimentales, en direction d’essais mécaniques biaxiaux, voire triaxiaux.
Néanmoins, nous avons montré que l’anisotropie induite est plus complexe qu’une
simple orthotropie initiale qui ne ferait que s’accentuer. Nous avons affaire au
développement d’une véritable anisotropie plastique générée par les grandes
déformations dans la direction de prélèvement.
Un autre thème qui nous semble quasi incontournable concerne les essais
mécaniques sous Microscope Electronique à Balayage (à effet de champ). Ces
essais réalisés sur platine in situ, nous permettraient certainement de répondre à
certaines questions touchant en particulier au rôle des différentes phases lors de la
sollicitation mécanique : glissement cristallographique ou détricotage, amorçage des
micro(nano ?) cavités, réorientation des chaînes macromoléculaires, etc…
ANNEXES

165
166
ANNEXE A

Transformation de LEGENDRE

L’expression de la relation de GIBBS généralisée, u , introduite dans le chapitre 4 est


donnée par u = Ts + σ : ε − A.z , que nous pouvons regrouper sous la forme plus
condensée suivante :
q p
du = ∑ Ym dy m − ∑ A j dz j (A.1)
m =1 j=1

où y m représente toutes les variables extensives comme variables de contrôle. En


effet dans la pratique, les grandeurs pilotées par l’expérimentateur ne sont pas
forcément toutes les variables extensives. Dans le but d’obtenir un potentiel
thermodynamique plus approprié aux conditions expérimentales, nous utilisons la
transformation de LEGENDRE.

fig. A-1 : Schématisation de la transformé de LEGENDRE. La valeur de l’énergie u( y m )


peut aussi être exprimée à partir de l’équation de sa tangente u( ψ m , y m ) au point y m .
L’information contenue dans ψ m est aussi riche que celle contenue dans u ; ψ m (u, y m ) est
alors le nouveau potentiel thermodynamique.

Au lieu de l’énergie interne u, nous pouvons employer un nouveau potentiel ψ k , où


l’indice k représente le nombre de variables intensives qui deviennent variables de
commande. Nous appliquons donc au potentiel u la transformation suivante :
k
ψ k = u − ∑ Ym y m (A.2)
m =1

soit ψ =∑ −∑ −∑ ( + ) (A.3)
= = =

167
q
 k  p
dψ k =  − ∑ y m dYm + ∑ Ym dy m  − ∑ A j dz j (A.4)
 m =1 m =1+ k  j=1
Il est donc possible de considérer une quelconque grandeur thermodynamique
comme variable de commande, qu’elle soit intensive ou extensive, en utilisant cette
méthode. Nous écrirons toutes les variables de commande sous la forme γ m et les
variables observables β m . La variation du potentiel thermodynamique adapté aux
conditions expérimentales s’écrit :

q p
dψk = ∑ β m .dγ m − ∑ A j .dz j (A.5)
m =1 j =1

soit sous forme matricielle :

ψ = β .γ − A . z (A.6)

168
! "# $% %" $

ANNEXE B

Expérience de KOVACS :
preuve de l’existence d’un spectre de relaxation

Nous pouvons rappeler et décrire une expérience imaginée par KOVACS [Kov 63]
pour caractériser et décrire la recouvrance volumique des polymères. La fiqure B-1
schématise cette expérience. L’histoire thermique imposée est représentée sur la
figure B-1-a.

Fig. B-1 : Expérience de cross-over.

Le système à l’état d’équilibre (point O) est porté hors équilibre par une trempe (point
A). On impose alors une recuit de relaxation isotherme (point B). Un chauffage
rapide jusqu’au point C permet d’atteindre la ligne d’équilibre. Si le système était en
véritable équilibre interne à ce moment, l’expérimentateur ne devrait pas observer la
moindre évolution. Or, KOVACS observe une variation de volume au cours du
temps, figure B-1-b. On peut en donner l’interprétation suivante : si un seul
processus gouvernait la relaxation (recouvrance volumique) pour cette expérience,
on ne devrait pas observer de variation de volume au point C. En effet, pour un seul
mécanisme de relaxation, le formalisme thermodynamique prévoit la variation de
volume suivante :

= (B.1)
τ
soit après intégration :
 t dt 
∆V = ∆V0 exp − ∫  (B.2)
 0 t 
où ∆V désigne la variation de volume par rapport à l’état initial.
Or au point C, ∆V0 est nul. Il y a donc forcement au moins deux processus de
réorganisations internes qui sont en compétition au cours de l’essai pour pouvoir
rendre compte d’une telle variation de volume. Cette dernière peut donc se calculer :

=∑ (B.3)
= τ

169
& ' " " $ & &

ANNEXE C

Approche gaussienne du comportement de la phase amorphe

Dans cette annexe nous allons présenter succinctement l’étude du comportement de


macromolécules élémentaires par le biais de leur entropie de configuration, et nous
passerons à l’étude du réseau de chaînes constitutives de la phase amorphe.
Le problème consiste donc à écrire l’entropie de configuration d’une chaîne
macromoléculaire afin de pouvoir généraliser le résultat à l’ensemble du réseau de
chaînes. Deux démarches peuvent être distingués : les modèles statistiques
gaussienne et non gaussienne ( LANGEVIN).

Entropie d’une longue chaîne gaussienne


Le calcul est effectué avec l’hypothèse d’une statistique gaussienne d’une chaîne
élastomère très longue constituée d’un grand nombre (n) de segments monomères.
Les atomes sont réduits à des points simples liés par des liens de longueurs égales
à l, sans restriction sur les angles de valence. Ce calcul est valable pour des taux
d’allongement faibles (r << nl : r est le longueur de pleine extension). La densité
volumique de probabilité pour que l’extrémité Q de la chaîne soit à une distance r du
point d’origine P, (figure C-1),est :

=
π
(− )
= (C-1)

= + +
Ceci permet de calculer la distance moyenne < r > et la valeur quadratique moyenne
< r 2 > comme suit :

< >= ∫ =
π

(C-2)
< >= ∫ =

d’où la probabilité pour que le point Q soit à une distance du point P comprise entre r
et r+dr :
= π
!" (C-3)

= (− )
π

170
& ' " " $ & &

Fig. C-1 : Configuration d’une chaîne élémentaire d’élastomère formée de n segments.

La loi de Boltzmann permet de relier l’entropie de la chaîne au nombre de


configurations Ω que peut adopter cette chaîne. Ce nombre Ω n’est autre que la
distribution statistique des distances entre les extrémités de la chaîne, déterminé par
le calcul de la probabilité thermodynamique du système, i.e. p(r ) :
s(r ) = K B ln(Ω ) = K B ln(p(r ))
soit (C-4)
s(r ) = C te − K Bb 2r 2
Une déformation appliquée à la chaîne déplace le point Q( x, y, z ) en un point Q′ tel
que Q′ = Q′(x ′ = λ 1x, y ′ = λ 2 y, z ′ = λ 3 z ) . la variation d’entropie correspondante (par
rapport à l’état non déformé) vaut alors :
∆ = − ′
(C-5)
∆ = −$ # [(λ − ) (
+ λ − ) (
+ λ − ) ]
avec λ 1, λ 2 , λ 3 les allongements dans les directions respectives x, y et z.

entropie d’un réseau moléculaire affine


Le réseau est considéré comme idéal, c’est-à-dire que chaque fragment de
macromolécule entre les liaisons pontales est considéré comme une chaîne
gaussienne. L’hypothèse de déformation affine signifie que sous sollicitation, chaque
chaîne subit le même taux d’élongation que celui subit par le solide lui-même. En
considérant un élément de volume unitaire ayant N sous-chaînes, la variation de
l’entropie globale associée ∆s est déduite de (C-5) :

∆& " "% = ∑ ∆

!" (C-6)
 
∆& " "% = − $ # (
λ − )∑ ! (
+ λ − )∑ ! (
+ λ − )∑ ! 
 != != != 

171
& ' " " $ & &

L’hypothèse d’isotropie conduit à :


!=
! +∑
!=
! +∑
!=
! =∑
!=
! = < >= (C-7)

et la variation de l’entropie par unité de volume s’exprimera en fonction des


allongements macroscopiques :

∆& " "% = − (


$# λ + λ + λ − ) (C-8)

L’énergie de déformation vaut donc :

( = −'∆& " "% = (


$ #' λ + λ + λ − ) (C-9)

avec N, le nombre de chaînes par unité de volume du corps non déformé. Le


potentiel W est pris nul à l’état non déformé.
L’hypothèse gaussienne (hypothèse d’une chaîne très longue) est la première à avoir
été mise en œuvre dans l’élaboration des modèles voulant prédire le comportement
structural des élastomères.

La chaîne de LANGEVIN - Approche non gaussienne


Lorsque les élongations sont importantes, une approche non gaussienne, fondée sur
la fonction de LANGEVIN est utilisée. En effet, pour des extensions importantes,
l’hypothèse de chaîne très longue par rapport à l’extension peut être remplacée par
celle d’un nombre quelconque de segments, ce qui substitue à la répartition
gaussienne une fonction de LANGEVIN inversée. Cela a pour effet d’introduire un
raidissement de la courbe de réponse en fin de traction, traduisant l’extensibilité finie
de la chaîne.
La fonction de LANGEVIN qui est exploitée dans les modèles physiques décrit la
mise en ordre des dipôles dans un champ magnétique. Le changement d’orientation
fait l’objet d’un travail W (θ) tel que :
( θ =* ) θ (C-10)
En effet, les forces opposées agissant sur chaque extrémité, (figure C-2), sont
transmises sur chaque maillon de la chaîne. Ces maillons se trouvent sous l’effet
d’un couple tenant à les orienter dans la direction de la force F. L’indépendance des
maillons implique que la chaîne sous contrainte se comporte comme une assemblée
de moments magnétiques indépendants soumis à un champ. L’orientation des
chaînes est contrecarrée par l’agitation thermique. L’allongement du polymère en
fonction de la force appliquée obéit donc à cette fonction dite de LANGEVIN.

172
& ' " " $ & &

Fig. C-2 : Schéma de l’orientation des segments d’une chaîne.

L’énergie potentielle à l’état d’orientation θ est u = − W (θ) . D’après la statistique de


BOLTZMANN, la probabilité de trouver un segment orienté d’un angle θ est
proportionnelle à :
 (θ   *) θ 
θ ∝  −  =  −  (C-11)
 $ # '   $ #' 
Soit < l x > la valeur moyenne de la composante du vecteur l dans la direction de la
force :
+ %

< >=
+
∫ !
+ + + (C-12)

on obtient donc
π
* ) θ
< >
∫) θ 
 $ '
 ! θ θ

= #
(C-13)
π
* ) θ
∫ 
 $ # '
 ! θ θ

et après intégration :
< >  *   $ #'   * 
= ) ",  −  =   (C-14)
 $ #'   *   $ #' 
où ( x ) est la fonction de LANGVIN de la variable x. La moyenne < l x > représente
la contribution statistique apportée par un segment suivant la direction x comme
conséquence de l’application de la force F. Nous pouvons écrire à partir de (C-14) :
< > < >  * 
= =   (C-15)
 $ #' 
par inversion de la fonction de LANGEVIN nous aurons :
* < >
= −
  (C-16)
$ #'  

173
& ' " " $ & &

Cette fonction de LANGEVIN inverse peut être développée en série au voisinage de


zéro :
. -
* < > /< > /-  < > . /< >
=  +   +   +   + (C-17)
$ #'   .  -.   -.  
Pour les faibles allongements, nous ne tenons compte que du premier ordre de la
série :
< >
0 = $ #' = $ # 'ε (C-18)

Modèle de ARRUDA et BOYCE - Modèle à 8 chaînes


ARRUDA et BOYCE [Aru 93] ont développé un modèle d’élasticité caoutchoutique
plus performant, reposant sur une configuration à 8 chaînes dont chacune présente
un comportement non gaussien. Ils ont exploité la variation d’entropie suivante :
∆& " "% = − $ # λ 2 [ β + 2 (β ! ,β )]
%1 ) (C-19)
λ −
= ),%! " β =
λ2

λ L est l’élongation maximum de la chaîne : λ L = rl / r0 avec rl = nl et r0 = l n (cf. C-


2), d’où λ L = n . L’élongation d’une chaîne est toujours donnée par
λ chaine = rchaine / r0 , avec rchaine la longueur actuelle de la chaîne et r0 sa longueur
initiale. y = (β) = coth β − 1/ β désigne la fonction de LANGEVIN.
Cette définition de la variation de l’entropie est également utilisée dans le modèle à
trois chaînes. La densité d’énergie de déformation par unité de corps non déformé
est donc :

= µλ 2  β + 2  β 
 (C-20)
  ! ,β 
où µ et λ2L sont les paramètres du matériau.
Pour un réseau à 8 chaînes centrées dans un cube de côté a 0 :

% % %
% = et ) = λ !+ λ + λ (C-21)

avec c, le vecteur chaîne , figure C-3.


%
),%! = (λ +λ +λ ) .
(C-22)

d’où

174
& ' " " $ & &

λ ),%! = ),%!
=
(λ +λ +λ ) .

(C-23)

Fig. C-3 : Modèle de 8 chaînes. (a) configuration non déformée et (b) configuration déformée.

La formulation de ce modèle nous permet d’aboutir à l’écart entre les contraintes


principales :

$'  λ) 
σ! − σ =
λ ),%!
.
(λ ! −λ ) − 
 .
 (C-24)
 
Notons qu’aux faibles extensions, le développement limité au 1er ordre de (C-20)
correspond à la distribution gaussienne.

175
" $

ANNEXE D

Définition du spectre des temps de relaxation et des poids

Selon l’approche DNLR, la distribution des temps de relaxation et des poids liés aux
processus indicés par j (modes dissipatifs) est totalement décrite par les deux
équations suivantes qui constituent en fait la définition du spectre de relaxation au
voisinage de l’équilibre (thermodynamique irréversible linéaire) :

1
P0j = β τ j avec β = N
(D-1)
∑ j =1
τ j

On pose N, le nombre de processus utilisés et d le nombre de décades sur


lesquelles le spectre des temps de relaxation est étalé. Dans le formalisme DNLR,
les temps de relaxation ont été choisis de manière à être équitablement espacés sur
une échelle logarithmique décimale. On se fixe τ rmax et τ rmin . On procède alors à une
équirépartition des τ rj entre ce minimum et ce maximum, d’où la relation :

τ  τ
3 %
 = soit %
= (D-2)
τ !  τ !

On a donc :
τ 
3 % 
τ +  τ ! =
3 = =α (D-3)
 τ  − −
 
d’où, avec les relations suivantes :

α=
3τ ( % ) − 3(τ ) !
(D-4)

( )
3τ = 3τ ( )+ ! − α (D-5)

En injectant (D-2) et (D-4) dans l’équation (D-5), les temps de relaxation sont donnés
en fonction du temps de relaxation le plus long :
 − 
− 4
τ =τ %
 − 
(D-6)

On utilise ensuite les deux premières équations pour obtenir la distribution des
poids :

176
" $

P j = β τ j
 0 r n τ
 n ⇒ β ∑ τrj = 1 et 5 = (D-7)
∑ P0 = 1
j

 j=1
j=1

=
τ

d’où, après quelques calculs :


α α
( j −1)
10 2
(1 − 10 ) 2
P0j = α (D-8)
N
(1 − 10 2
)
Le spectre des temps de relaxation se présente de la manière suivante :

soit en échelle semi-logarithmique (sur plusieurs décades) :

177
ANNEXE E

Estimation du module de Young par méthode vibratoire

Le problème de la vibration des poutres est des plus classiques, notamment si l’on
considère le cas des mouvements conservatifs. Notre objectif ici n’est pas de
prendre en compte le caractère visqueux du PEHD, mais simplement d’obtenir un
ordre de grandeur du module de Young, de façon à situer cette valeur par rapport à
ce qui est obtenu par la méthode de Vidéotraction.
Notre choix s’est porté sur des éprouvettes de forme prismatique de section
rectangulaire. Le montage choisi est de type libre – libre, les éprouvettes reposent
aux deux extrémités sur des appuis de mousse de mélamine permettant toute sorte
de mouvement sans résistance.
Si l’on ne considère que la flexion, le mouvement de la poutre, toujours en
transformation HPP, obéit à l’équation suivante :
∂4y ∂2y
EI + µ =0 (E.1)
∂x 4 ∂t 2
où I représente le moment quadratique de sa section droite et µ sa masse linéique ;
y désigne la flèche en tout point x de l’axe neutre.
Sachant que les modes propres se présentent sous la forme :

y i = Yi ( x ) exp ( jωi t ) (E.2)


La solution générale de l’équation ci-dessus est de la forme :

Yi ( x ) = M exp (ai x ) + N exp( −ai x ) + P exp( jai x ) + Q exp( − jai x ) (E.3)


où M, N, P, Q désignent des constantes à déterminer selon les conditions imposées
aux extrémités. En remarquant que :

M exp(ai x ) + N exp( −ai x ) = A chai x + B shai x


(E.4)
P exp( j ai x ) + Q exp( − j ai x ) = C cos ai x + D sin ai x

la solution devient plus précisément :

Yi ( x ) = A ch ai x + B sh ai x + C cos ai x + D sin ai x (E.5)

où A, B, C et D dépendent également des conditions aux extrémités. Il ne nous reste


plus qu’à déterminer les coefficients ai en fonction des pulsations propres, sachant
que :

178
 ∂ 
   = +) + + ! =
 ∂ 
=  (E.6)
 ∂ 
  = − ! + +) =

 ∂ 
On montre alors que les pulsations propres peuvent être exprimées par la forme
EI
générale ωi = A i ; les valeurs des Ai étant fonctions du type d’essai.
µL4

Pour le cas qui correspond à nos expériences (i.e. poutre sur deux appuis), on trouve
A1=22,4 , A2=61,7 , A3=121,0 et A4= 200,0 pour les 4 premiers modes propre.
Sur le plan expérimental, touts nos essais ont été effectuées sur un analyseur
bicanal de marque Brüel et Kjaer. La figure E.1 résume l’ensemble des résultats
obtenus sur des éprouvettes de longueurs 100 mm et 400 mm.

Fig. E.1. Estimation du module de Young du PEHD à l’aide de l’étude des modes propres.

Les estimations sont très dispersées ; elles varient nettement en fonction de la


dimension des échantillons. On trouve en effet des valeurs qui s’échelonnent de
1486 à 1665 MPa pour les éprouvettes les plus courtes et de 1780 à 2006 MPa pour
les plus longues. Les valeurs mesurées à 10-3 s-1 par la méthode de Vidéotraction
sont de l’ordre de 1100 MPa, sachant que les parties utiles sur lesquelles sont
tracées les 7 taches occupent, au début de l’essai, un volume cubique de 6x6x6
mm3.

179
180
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Caractérisation et Modélisation Thermodynamique du
Comportement Mécanique anisotrope du Polyéthylène à Haute
Densité. Intégration des effets d’endommagement
L’objectif de ce mémoire de thèse est de contribuer à la connaissance du
comportement mécanique en grandes déformations du Polyéthylène à Haute Densité
anisotrope obtenu par extrusion de plaques. Nous présentons le protocole et les
résultats expérimentaux de traction séquencée, comportant des décharges,
recharges et relaxations monotones et cycliques. Ces campagnes d’essais sont
également centrées sur la mesure en temps réel de la variation de volume liée aux
phénomènes d’endommagement. Les résultats sont présentés pour différentes
orientations d’éprouvettes prélevées dans des plaques extrudées. La modélisation
thermodynamique de l’ensemble des résultats, a fait l’objet d’un développement
original conduisant à la prédiction unifiée de grandeurs en 3D : contrainte vraie
axiale, déformations vraies transversales. Le modèle prévoit également le
développement de l’endommagement et permet de mettre en évidence une variable
tensorielle de dommage. L’identification des paramètres du modèle
thermodynamique sur la base de données expérimentales conduit à des grandeurs
physiques conformes aux caractéristiques de la microstructure. Ce travail ouvre la
perspective d’un enrichissement de l’approche thermodynamique dans la direction de
la prévision de l’anisotropie plastique induite des polymères semi-cristallins.

Mots-clefs : Polyéthylène à Haute Densité, polymères semi-cristallins,


thermodynamique des Processus Irréversibles, endommagement, variation de
volume, anisotropie.

Characterization and Thermodynamic Modeling of the Mechanical


Behaviour of anisotropic High Density PolyEthylene (HDPE).
Integration of the damage effects
The aim of this thesis is to contribute to the knowledge of the mechanical behavior in
large strains of anisotropic High Density PolyEthylene (HDPE), obtained by extrusion
of plates. We present the experimental procedure and the results for traction, with
unloading, reloading and relaxation in monotonous and cyclic conditions. This work is
also concerned with the measure in real time of the volume strain due to the
phenomena of damage. The results are given for various orientations of specimen
within the extruded plates. The thermodynamic modeling of the whole the results, is
the subject of an original development leading to the unified prediction of measures
in 3D: axial true stress, transverse true strains. The model also predicts the
development of the damage and offer the possibility to introduce a tensorial damage
variable. The identification of the model parameters on the basis of experimental data
leads to physical quantities in conformity with the characteristics of the microstructure.
This work opens the prospect for an enrichment of the thermodynamic approach in
the direction of the prediction of the induced plastic anisotropy of semi-crystalline
polymers.

Keywords: High Density PolyEthylene, Polymers semi-crystalline, Thermodynamics


of Irreversible Processes (TPI), Damage, Volume variation, Anisotropy.

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