Caractérisation du polyéthylène anisotrope
Caractérisation du polyéthylène anisotrope
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LIENS
THESE
présentée par
Rida ARIEBY
pour l’obtention du grade de
DOCTEUR DE L’INPL
Spécialité : Mécanique et Energétique
MEMBRES DE JURY :
INTRODUCTION ........................................................................................................ 5
1
CHAPITRE II PROCEDURE EXPERIMENTALE ..................................................... 41
II.1 Polymère étudié .............................................................................................. 41
II.2 Géométrie et préparation des éprouvettes...................................................... 41
II.3 Mesure tridimensionnelle des déformations et pilotage des essais ................ 44
II.4 Protocole expérimental ................................................................................... 46
II.5 Définitions des grandeurs mesurées............................................................... 47
II.6 Conclusion ...................................................................................................... 50
2
IV.2.4..Analyse des temps de relaxation .................................................. 90
IV.2.4.1..Temps de relaxation au voisinage de l’équilibre ................... 91
IV.2.4.2. Extension de la modélisation aux processus non-linéaires... 92
IV.2.4.3. Distribution des temps de relaxation ..................................... 94
IV.2.5..Reformulation et enrichissement des équations constitutives de
base.............................................................................................. 97
IV.3. Vers une modélisation des polymères semi-cristallins .................................. 99
IV.3.1. Peut-on parler d’état relaxé pour un polymère semi-cristallin ?... 101
IV.3.2. Modélisation mécanique multi-échelle pour le Polyéthylène à Haute
Haute Densité présentée par M’RABET et servant de base.à une
à une formulation plus générale ................................................. 103
IV.4 .Premières réflexions sur les améliorations physiques à apporter............... 109
IV.5. Proposition d’une nouvelle formulation de la réponse mécanique du PEHD,
PEHD, avec prise en compte des effets d’endommagement et de la
de la déformationvolumique en grandes déformations ............................... 110
IV.5.1..Prise en compte des effets d’anisotropie..................................... 118
IV.5.2..Modélisation de l’état d’équilibre ................................................. 119
IV.5.3..Modélisation des spectres de relaxation conduisant à l’état relaxé
relaxé et à l’état d’équilibre thermodynamique vrai.................... 123
IV.5.4..Modélisation de l’évolution des propriétés élastiques en fonction
.fonction des sollicitations, incluant les effets d’endommagement125
IV.5.5..Bilan du système d’équations retenues dans le cadre du présent
présent modèle........................................................................... 128
IV.6 Conclusion................................................................................................... 130
3
ANNEXES .............................................................................................................. 165
A Transformation de LEGENDRE....................................................................... 167
B..Expérience..de..KOVACS..–..Preuve..de..l’existence..d’une..spectre de
de relaxation ............................................................................................... 169
C Approche gaussienne du comportement de la phase amorphe ...................... 170
D Définition du spectre des temps de relaxation et des poids ............................ 176
E Estimation du module de Young par méthode vibratoire ................................. 178
4
INTRODUCTION
Le contexte scientifique
Un certain consensus se dégage aujourd’hui autour du développement sur mesure
de nouveaux matériaux polymères présentant de multiples propriétés spécifiques et
donnant satisfaction dans des secteurs aussi divers que ceux de la sécurité, de la
santé, de l’environnement, de l’ingénierie et du confort.
Le défi scientifique consiste à rendre compatibles de hautes performances de type
mécanique (ténacité, résistance spécifique, élasticité, absorption dynamique
d’énergie) avec des propriétés telles que la tenue thermique, la biodégradabilité, la
biocompatibilité, la perméabilité, la tenue en service, et la fiabilité sous sollicitations
cycliques. Les réponses à ce type de cahier des charges se trouvent du côté de
l’élaboration de matériaux à structure multiéchelle (allant du nanomètre au
centimètre) et à propriétés contrôlées. Elles impliquent une synergie des recherches
allant des secteurs de la chimie aux couplages multiphysiques en mécanique, et
nécessitent le développement de méthodes et d’outils de caractérisation avancés.
Des laboratoires de l’Institut National Polytechnique de Lorraine ont déjà engagé une
démarche de structuration de leurs recherches dans le domaine des polymères et
dans le cadre de la Fédération Jacques Villermaux. C’est dans ce contexte que nous
proposons de contribuer au développement de la thématique de recherche
s’inscrivant dans le domaine du comportement thermomécanique des polymères
multistructurés.
Le contexte nancéien est sur ce plan extrêmement favorable, puisqu’il présente une
palette de savoir-faires très étendue, allant de la formulation moléculaire (génie
chimique, génie des procédés) à la tenue en service des éléments de structures
(génie mécanique). Ainsi, le Laboratoire d’Energétique et de Mécanique Théorique et
Appliquée (LEMTA, ENSEM) dont nous faisons partie, présente une expertise dans
l’analyse et la modélisation thermodynamique du comportement des matériaux
polymères en petites et grandes déformations (hyper-élasto-visco-plastiques…),
avec prise en compte du vieillissement, et dans l’étude et la modélisation du
dégagement local de chaleur associé à la déformation, et enfin dans la considération
des trajets et séquences de chargements thermomécaniques complexes et couplés.
5
intime et ses propriétés thermomécaniques. Une première structuration est observée
à l’échelle du 1/10ème de nanomètre, une autre organisation est visible au niveau
des lamelles cristallines, dont l’épaisseur est de l’ordre de la dizaine de nanomètres,
et qui sont séparées par des zones amorphes interlamellaires (également environ 10
nm), pour aboutir enfin à une répartition sphéroïdale de ces mêmes zones amorphes
à l’échelle de quelques 10 micromètres.
Pour construire et proposer des lois de comportement performantes, utilisables en
ingénierie, il apparaît également incontournable de connaître les relations de
causalité entre les modifications de la microstructure et les sollicitations imposées
(e.g. du point de vue mécanique nous constatons des anisotropies initiales et
induites (souvent orthotrope d’origine, devenant monoclinique, voire triclinique), des
effets d’endommagement de nature tensorielle…).
Bien que fort complexe, cette problématique scientifique n’en est pas moins
passionnante. L’étendue des échelles impliquées nécessite donc l’utilisation d’outils
d’observation qui permettent son exploration de préférence en cours d’essais. Une
telle ambition ne peut se passer d’observations. Il s’agira par exemple (et nous avons
déjà commencé à le faire au LEMTA) de faire converger des informations émanant
de techniques totalement indépendantes, afin de reconstituer des scénarii de
comportement sous sollicitations contrôlées. L’idéal serait de réaliser des
observations multi-échelles aussi peu agressives que possible à l’aide d’un MEB à
effet de champ, permettant de travailler sous pression, température, et taux
d’humidité contrôlés, et à faible tension. L’innovation porte ici sur la mise au point
d’expérimentations spécifiquement conçues et originales, donnant accès aux divers
couplages mettant en scène les propriétés d’usage et la (nano-micro-méso)-
structure.
6
fonctionnement des pièces et éléments de structures (multiaxiales,
cycliques,…) ;
• les sollicitations dynamiques ou extrêmes (grandes déformations et vitesses,
hautes températures…).
En ce qui nous concerne, les compétences et outils qui ont été développés au
LEMTA permettent d’ores et déjà de prévoir des comportements thermomécaniques
assez complexes. L’objet de ce mémoire est de proposer un traitement alternatif
ambitieux visant à décrire selon un formalisme cohérent les comportements de type
élasto-visco-plastique avec endommagement (et donc variation de volume), et ce
pour les polymères thermoplastiques semi-cristallins dont le Polyéthylène à Haute
Densité (PEHD) constitue l’archétype. L’objectif ultime de notre travail est de
construire un modèle tridimensionnel intégrable dans des codes d’éléments finis à
vocation industrielle et centrés sur l’utilisation des polymères techniques.
Ce travail expérimental et de modélisation est développé au sein de l’équipe que
dirige le Professeur Christian Cunat. La Thermodynamique des Processus
Irréversibles (TPI) pour les milieux continus, constitue le cadre formel dans lequel
nous exprimons les lois constitutives. Elle présente l’avantage de prendre en compte
divers couplages multi-physiques aux différentes échelles, sans devoir faire appel à
un surplus d’hypothèses empiriques. Notre approche s’appuie principalement sur
l'évolution de variables internes conduisant à une description locale du Volume
Elémentaire Représentatif (VER). On peut, dans un premier temps, négliger les
gradients des variables intensives au sein de ce VER. Les hétérogénéités
interviennent par le truchement d'une distribution statistique de processus dissipatifs,
que l’on exprime dans une base modale, afin de les découpler.
Signalons par ailleurs, que ce cadre thermodynamique est potentiellement apte à
prendre en compte les transferts à la frontière du système étudié, ce qui ouvre la
voie à l’étude des procédés d’élaboration.
L’analyse du comportement global des matériaux hétérogènes passe par une phase
plus ou moins explicite d’homogénéisation. Notre approche est guidée par la théorie
des fluctuations thermodynamiques, offrant la possibilité de décrire le comportement
local des matériaux présentant des effets de mémoire.
La cinétique de relaxation de chaque mode de dissipation peut être considérée
comme non-linéaire, la théorie de l’état transitoire activé sert de support à la
modélisation de cette non-linéarité. Il nous suffit en effet de considérer un col
d’activation dépendant de l’écart à l’équilibre. Cela revient donc à introduire un
facteur de glissement du spectre le long de l’échelle de temps des relaxations, qui
permet de reproduire les effets de mémoire liés à l’histoire du chargement
thermomécanique. La théorie des fluctuations permet ainsi de calculer le poids
relatifs des fluctuations juste avant leur régression, le spectre de relaxation initial
étant fixé par avance. L’ensemble des temps de relaxation et leurs poids respectifs
(sur le processus de régression) constitue le spectre de relaxations au voisinage de
l'équilibre.
7
Pour les polymères, l’état relaxé doit non seulement prendre en compte les effets
élastiques induits par les interactions secondaires (Van der Waals, hydrogène, ...)
entre unités structurales, mais également les effets entropiques liés à la statistique
des chaînes macromoléculaires sous sollicitations mécaniques. Le concept de
réorientation de chaînes, faisant appel aux fonctions de Langevin, est ici
particulièrement précieux (modélisation de l'élasticité entropique). Ainsi, la
description bien connue de Arruda et Boyce (e.g. modèle à 8 chaînes) est incorporée
dans la modélisation de la contrainte relaxée.
Le mémoire de thèse
Le premier chapitre sera consacré à une présentation de l’état de l’art concernant les
spécificités microstructurales des polymères semi-cristallins, leurs mécanismes de
déformation et le rôle des différentes phases. A la suite de cette présentation, nous
passerons en revue les principaux modèles dédiés à l’étude mécanique de
l’endommagement de ces matériaux.
Les caractéristiques du Polyéthylène à Haute Densité étudié ainsi que les techniques
expérimentales mises en œuvre feront l’objet du deuxième chapitre. Nous y
décrirons le protocole et la méthode de caractérisation des déformations permettant
de suivre l’évolution des propriétés apparentes au cours de la sollicitation.
Dans le troisième chapitre, nous présenterons l’ensemble de nos résultats
expérimentaux obtenus principalement sous sollicitation uniaxiale avec diverses
séquences de chargement. Toutes ces informations expérimentales seront
systématiquement présentées en fonction de la direction de prélèvement des
éprouvettes dans le plan de la plaque extrudée. Cette précaution permettra de ne
pas négliger a priori une anisotropie potentielle, qu’elle soit présente à l’état de
livraison du matériau, ou qu’elle soit induite au cours de la sollicitation.
Le quatrième chapitre sera consacré à la présentation de la modélisation du
comportement mécanique du PEHD. Nous commencerons par un exposé des
fondements thermodynamiques constituant le cadre dans lequel nous formulerons
une loi spécifique. Ce chapitre, assez long, comprend aussi une présentation du
modèle de K. MRABET, sur lequel nous avons commencé notre étude, et qui est à
l’origine de notre propre modélisation. Nous tenterons d’intégrer l’endommagement
dans le contexte des grandes déformations.
Les simulations seront ensuite confrontées aux résultats d’essais, ce qui nous
permettra d’évaluer la pertinence et l’efficacité du modèle dans quelques cas de
chargement réputés difficiles à modéliser. Ce travail de confrontation
expérience/modèle théorique fera l’objet du cinquième chapitre qui comprendra
également une discussion générale où des perspectives seront suggérées.
8
CHAPITRE I
ETAT DE L’ART SUR LE COMPORTEMENT MECANIQUE
DES POLYMERES SEMI-CRISTALLINS
I.1 Introduction
Parmi les polymères semi-cristallins, le Polyéthylène à Haute Densité, PEHD, a fait
l'objet de nombreux travaux et est souvent considéré comme un matériau modèle
pour l’étude du comportement mécanique. Le développement d’une loi de
comportement efficace passe par la compréhension et la modélisation des
phénomènes microstructuraux. Dans ce chapitre, on s’attachera donc à résumer et à
rappeler le rôle que joue la microstructure sur le comportement mécanique, on
s’intéressera notamment aux processus d’endommagement apparaissant aux
grandes déformations.
9
distances inter-chaînes et favorisent le glissement des chaînes les unes par rapport
aux autres.
10
de gradients thermiques ou lorsque la sollicitation mécanique est exercée avant ou
pendant la cristallisation. Les morphologies suivantes peuvent être observées : a)
des sphérolites sphériques, b) des sphérolites aplatis en forme d’ellipsoïde, c) des
disques en forme de gerbes, d et e) des cylindrites, (figure I.3-2), [Haud 95].
50 µm
µ
Fig. I.3. (1) Sphérolites de PEHD et d’EBA [Coel 02] ; (2) : Evolution des morphologies
cristallines a) sphérolites sphériques, b) sphérolites aplatis en forme d’ellipsoïde, c) disques
en forme de gerbes, d et e) cylindrites [Haud 95].
11
[Haud 95]. La masse volumique théorique pour ce type de cristal est de
0,997 g cm 3 , et d’environ 0,85 g/cm 3 pour une phase totalement amorphe.
Les liaisons au sein de la macromolécule sont covalentes, donc beaucoup plus fortes
qu’entre chaînes voisines. Les liaisons inter-chaînes, de Van der Waals, font que le
module d’élasticité théorique dans la direction perpendiculaire à la direction des
chaînes, est de l’ordre de 3000 MPa, et de 240 103 MPa dans la direction des
chaînes [Haud 95].
12
I.3.1 Observation de la phase amorphe
La phase amorphe d’un polymère comme le PEHD, libre et liée, est caoutchoutique.
Son rôle mécanique se réduit donc à la transmission des contraintes d’un cristallite à
l’autre par l'intermédiaire de molécules liantes. Ces chaînes liens, tout comme les
points de réticulation physique, confèrent à l’état amorphe une certaine résistance.
En outre, les macromolécules constituant la phase amorphe liée sont à l’origine de la
création d’une force de retour vers l’état non déformé [Bow 74].
Pour illustrer le déplacement des chaînes dans les zones amorphes interlamellaires,
plusieurs auteurs [Bow 74] [Pet 78] [G’sell 94] [Haud 95] [Cast 00-a], ont utilisé un
modèle simple de composition à deux phases, qui s’applique bien aux polymères
semi-cristallins. Ce modèle met en jeu les deux mécanismes de déformation que
sont :
i) le glissement interlamellaire résultant du glissement des cristaux lamellaires
parallèlement les uns aux autres sous l’effet des contraintes appliquées ; la phase
amorphe est donc cisaillée, (figure I.5-b), et
ii) la séparation interlamellaire résultant des contraintes de traction ou de
compression perpendiculaires à la plus grande surface des lamelles, et se traduisant
par une variation de la distance entre les lamelles ; dans ce cas les chaînes
amorphes sont étirées ou compressées, (figure I.5-c).
Dans le cas des lamelles cristallines torsadées, les deux mécanismes peuvent
coexister au sein d’une même phase interlamellaire [Haud 95].
Pour le PEHD sollicité en petites déformations, le glissement interlamellaire est le
mécanisme prédominant [Lin 94] [Bar 96] [Fon 02]. La contrainte nécessaire à
l’activation de ce mécanisme de séparation est assez élevée, à cause de la faible
épaisseur de la couche amorphe. En traction, ce phénomène peut être l’origine de la
création de cavités interlamellaires [Kar 83] [Cast 00-a] [Fon 02] [Add 06-b].
13
I.3.2 Observation de la phase cristalline
Compte tenu de la grande résistance des régions cristallines (par rapport aux zones
amorphes), ces dernières vont intervenir ultérieurement dans le processus de
déformation. Il est souvent admis qu’un cristal polymère peut se déformer (comme
pour un cristal métallique) en faisant intervenir des mécanismes cristallographiques
tels que le glissement, le maclage ou la transformation martensitique
[Bow 74][Lin 94][Haud 95]. En revanche, pour de fortes déformations, on observe un
comportement bien caractéristique des polymères : les cristaux lamellaires se
fragmentent en petits blocs cristallins, reliés à la phase amorphe par des
macromolécules étirées. Cette nouvelle structure fibrillaire n’a plus de relation
d’orientation avec la structure d’origine [Pett 71] [Paw 07] ; elle confère au matériau
un durcissement de type hyperélastique (figure I.6).
Fig. I.6. Réorganisation structurale ; passage d’une morphologie lamellaire à fibrillaire [Pett 71].
Fig. I.7. Glissement parallèle et perpendiculaire aux chaînes macromoléculaires [Dah 92] .
14
I.3.3 Observation des sphérolites
Les déformations à l’échelle d’un sphérolite suivent des chemins complexes en
raison de l’organisation spatiale des lamelles cristallines qui le constituent. Ainsi, les
zones amorphes et les lamelles cristallines s’y déforment en traction, en cisaillement,
en flexion ou en compression selon leur orientation dans le sphérolite par rapport
l’axe de sollicitation [Abo 95] [Add 06-a] [Sch 06] [Nit 00].
En traction uniaxiale, deux niveaux de déformation et trois zones géographiques sont
habituellement considérés (figure I.8). Dans les premiers stades de la déformation,
les régions amorphes inter-sphérolites sont sollicitées préférentiellement, favorisant
ainsi une déformation homogène et réversible. Progressivement, la déformation
devient non-uniforme suite à la variation de l’orientation des lamelles cristallines
autour de l’axe de sollicitation, et de la localisation de la déformation dans certaines
régions. Cette localisation conduit au processus de cavitation [Sch 06] ] [Add 06-a]
[Paw 07] [But 97] [Cast 00-b].
Fig. I.8. Réponse d’un sphérolite à des sollicitations de tractions uniaxiales [Abo 95].
Selon les observations effectuées par [Abo 95] [Haud 95] [Dom 03] [Add 06-a], la
déformation est initiée au centre du sphérolite, puis se propage vers les zones
périphériques. Les lamelles étant perpendiculaires à la direction de traction
(figure I.8-a), le mécanisme le plus actif est la séparation interlamellaire qui en
grandes déformations, peut provoquer une extension importante des molécules de
liaisons dans la phase amorphe conduisant à la formation de cavités et à la
fragmentation des lamelles en petits blocs. Dans les zones diagonales (figure I.8-b),
les lamelles sont soumises à la fois à un glissement et à une séparation
interlamellaire. Les cristallites tournent vers l’axe de traction entraînant la
fragmentation des cristaux. Le sphérolite perd progressivement sa forme sphérique
initiale pour prendre une forme ellipsoïdale. Les zones polaires possèdent une plus
grande résistance à la déformation du fait de l’orientation des lamelles parallèlement
à l’axe de sollicitation (figure I.8-c), introduisant à la fois la séparation et le
cisaillement interlamellaires. L'apparition de la déformation est retardée par rapport
aux autres zones. Toutefois, lorsqu’elle a lieu, elle provient de la fragmentation des
15
lamelles cristallines à cause de la compression latérale due à la déformation des
zones diagonales.
Si maintenant on s’intéresse à la déformation du polymère au niveau macroscopique,
on observe qu’une éprouvette de polymère semi-cristallin se déforme en traction par
le développement et la propagation de la striction. Le modèle de A. PETERLIN [Pett
71] permet de relier l’aspect microscopique à l’aspect macroscopique. Dans la région
où la striction ne s’est pas encore propagée, le glissement et la séparation des
lamelles sont possibles. Au moment de la striction, la morphologie lamellaire devient
fibrillaire par fragmentation des cristaux. Après la striction, les petits blocs qui se sont
formés s’alignent le long de l’axe de l’éprouvette. Les molécules commencent à subir
un étirement de plus en plus important, figure I.6.
16
tailles. Des microvides sont alors générés (figure I.9-II), avec des dimensions infimes
par rapport à celles des crazes. Enfin, on observe un alignement des blocs cristallins
et la formation de fibrilles dans la direction de la sollicitation (figure I.9-III). La
coalescence de ces cavités, s’y elle a lieu, est latérale.
17
I.4 Réponse mécanique en grandes déformations
La plupart des polymères présente de multiples propriétés mécaniques : fragiles à
basse température, ils deviennent plastiques, puis viscoélastiques, ou encore
caoutchoutiques, et enfin visqueux au fur et à mesure que la température imposée
augmente. Il est bien connu que les relaxations caractéristiques d’un matériau
traduisent l’activation de mécanismes moléculaires différents suivant la température.
Pour les métaux et les céramiques, ces relaxations varient en fonction de la
température. Au voisinage de la température ambiante elles restent négligeables à
cause de leur haut point de fusion.
Fig. I.10. Schéma de formation des craquelures dans le polyéthylène, et observation des
défauts microstructuraux par MEB dans le PEHD [G’sell 03] [Add 06-a].
Avec les polymères, la situation est différente : entre – 20°C et + 200°C, de tels
matériaux peuvent passer par tous les états cités ci-dessus [War 85]. Leurs
propriétés mécaniques dépendent donc fortement de la position relative de la
température d’essai par rapport aux températures caractéristiques de fusion, de
transition vitreuse et de transition secondaire. De plus, la déformation des polymères
18
semi-cristallins s’accompagne d’une modification microstructurale, ce qui engendre
une variation des propriétés mécaniques au cours de la déformation.
Pour le PEHD, à température ambiante, la phase amorphe présente un
comportement caoutchoutique, tandis que le glissement des lamelles est facilité car
le processus de nucléation et de propagation des dislocations est thermiquement
activé [Ség 98] [Gau 97]. En comparant le PEHD à d'autres polymères semi-
cristallins (figure I.11), celui-ci est l’un des polymères qui présente la plus importante
ductilité à température ambiante. Son taux de cristallinité est l'un des plus élevés. Sa
limite d’élasticité ainsi que son module de Young ont des valeurs parmi les plus
faibles de tous les polymères semi-cristallins [G’sell 02-a] [G’sell 92].
Fig. I.11. Comparaison des propriétés mécaniques du PE par rapport à une sélection de
polymères. a) [G’sell 92], b) Brown 1986 cité par [G’sell 95].
Fig. I.12. Sensibilité du PEHD à ; a)- la vitesse de la déformation b)- la température [Hil 00].
19
La perte de linéarité se traduit par une contrainte-seuil et des déformations de type
viscoélastique ou anélastique. Ce seuil, assez faible pour la plupart des polymères,
définit une zone élastique linéaire initiale relativement limitée, de l'ordre de 1% en
déformation. Dans le domaine viscoélastique, associé à une déformation de l’ordre
de 5%, la recouvrance de la déformation à contrainte nulle est totale. Au-delà de ce
niveau de déformation le matériau n’est plus entièrement recouvrable. Une
composante irréversible apparaît, que l’on peut qualifier de plastique ou plus
exactement de viscoplastique [Dah 92] [Ferr 87].
Ce comportement spécifique des polymères est particulièrement lié au fait que les
macromolécules ne réagissent pas toujours instantanément à l’application d’une
sollicitation. Les différentes chaînes moléculaires constitutives tentent de répartir les
contraintes imposées en se réarrangeant physiquement jusqu’à adopter une
configuration d’équilibre. Comme tous les polymères, le comportement du PEHD est
très sensible aux conditions d’essai et plus particulièrement à la vitesse de
déformation et à la température (figure I.12). Plusieurs études ont été réalisées pour
caractériser cette sensibilité [Add 06-a] [Hil 00] [Hob 00] [His 99] [G’sell 92], parfois
en effectuant des sauts de vitesse sur une même éprouvette [Zha 97]. Les courbes
de la figure I.12 montrent que lorsque la vitesse de déformation diminue, ou lorsque
la température augmente, la limite d'élasticité diminue. Le phénomène de
durcissement plastique diminue également d’intensité.
Fig. I.13. a)-Effet de la masse moléculaire sur la réponse en contrainte, b et c)- Vues agrandies
[Hil 00] .
20
macromoléculaires sur la réponse en contrainte vraie, HILLMANSEN et al. [Hil 00]
ont examiné quatre types de PEHD avec différentes masses moléculaires (figure
I.13). Lorsque cette masse augmente, la contrainte seuil diminue. La cristallinité à
une influence sur le seuil de plasticité. En effet, plus le matériau est cristallin, plus la
limite d'élasticité est élevée, ce qui est cohérent avec le fait que l’augmentation de la
masse moléculaire conduit à une diminution de la cristallinité. A l’inverse, en grandes
déformations, le durcissement augmente avec la masse moléculaire.
21
I.6.1 Principales techniques de mesure et résultats obtenus
De nombreuses études ont été menées sur une large gamme de polymères
renforcés ou non, en incluant par exemple l’effet de la température, de la vitesse de
déformation et des inclusions. En revanche, peu de corrélations entre l’architecture
moléculaire et l’évolution de la variation volumique existent. A notre connaissance,
les techniques expérimentales utilisées peuvent être distinguées en trois catégories :
l’extensométrie mécanique, [Pow 72], [Naq 93], [Tan 95] ; la dilatométrie à fluide,
[Del 94] ; et l’extensométrie optique (méthodes Vidéométriques), [G’sell 92] [Fra 94],
[Tié 00], [Par 05], [Cast 07]. Une description détaillée de ces techniques est
proposée dans [Add 06-a].
La mesure de la variation volumique au cours d’un essai uniaxial est très délicate. En
effet, pour la plupart les polymères commencent à se déformer de façon hétérogène,
et développent une instabilité mécanique dès les petites déformations. Une fois que
la striction apparaît, les techniques traditionnelles d’extensométrie deviennent
pratiquement inutilisables. L’extensométrie avec contact donne accès à la mesure de
la déformation moyenne dans la zone utile, et dès l'apparition de la striction, la zone
dans laquelle s’effectuent les mesures est plus grande que la zone affectée par
l’instabilité plastique. Signalons que cette technique ne permet pas de réaliser des
expériences à température élevée.
La nécessité d’une excellente stabilité thermique constitue une autre difficulté,
surtout lorsqu’on veut suivre la variation de volume pendant une période très longue,
comme dans le cas du fluage ou de la relaxation. Pour des polymères, comme le
Polyéthylène et le Polyoxyméthylène, une variation de température de 0,01°C
entraîne une variation de volume de l’ordre de 10-6 , [Del 95]. Une élévation de 1°C
conduirait donc à une dilatation volumique de 10-4 . Signalons que les mesures
thermiques de N. RENAULT au laboratoire montrent des élévations de température
induites par la dissipation qui atteignent quelques degrés. En effet, on passe de 0°C
à environ -0,5°C, puis à +8°C à ε =1, 7 . Ceci nous permet donc d’estimer ∆V / V , qui
peut atteindre 5x10-3 pour α = 2x10 −4 / °C à ε ≈ 1.6 . Ce niveau de dilatation
volumique s’avère négligeable devant celui dû aux effets d’endommagement.
Actuellement les méthodes expérimentales les mieux adaptées se sont
principalement attachées à améliorer la précision des mesures en utilisant des
systèmes vidéo, pour l’enregistrement d’images de l’éprouvette à différentes étapes
de l’extension. Elles permettent d’analyser d’une manière quantitative les
mécanismes induisant la variation volumique.
La majeure partie des publications rapporte des données volumétriques touchant aux
essais de traction, compression, fluage et torsion [Buc 72-a] [Qua 02] [Glo 01]
[Add 06-a] [G’sell 04] [Dur 90]. Mais, en ce qui concerne la variation de volume au
cours de la relaxation, peu d’informations ont été publiées à ce jour, [Del 95] [Mer 81]
[Col 97].
En traction, la plupart des résultats expérimentaux sur la déformation volumique pour
différents grades de polyéthylène (figure I.14), montrent que la phase viscoélastique
s’accompagne d’une légère augmentation de volume. L’écoulement plastique débute
par, soit une densification (remarquée par plusieurs auteurs), soit par une légère
22
augmentation de la variation volumique. Dans certains cas, pour le polyéthylène, le
volume mesuré pour de « faibles » déformations (<30%) est inférieur au volume
initial (>10% selon les auteurs), [Gau 97] [Paw 07] [Add 06-a]. Pour des déformations
plus importantes, la déformation plastique de tous les matériaux testés
s’accompagne d’une dilatation de plus ou moins grande amplitude selon les cas.
Pour certains polymères, on observe que le durcissement accélère brusquement à
partir d’une déformation seuil. Au-delà de ce point d’inflexion, le volume diminue
jusqu’à la rupture [G’sell 04].
Fig. I.14. Courbes déformation axiale-déformation volumique pour deux différents grades de
PEHD, (a) [Add 06-b], (b) [Paw 07].
23
[Elk 02] [G’sell 99]. Des essais de traction et de fluage ont montré que ces effets
varient d’un matériau à l’autre, mais d’une manière générale en grandes
déformations, on peut noter que lorsque la température décroît ou la vitesse de
déformation augmente, la déformation volumique augmente (figure I.15).
24
volumique totale comprend une contribution élastique et une contribution non
élastique :
∆V ∆V ∆V
= + (I.2)
V0 totale V0 élastique V0 anélastiqu e
En 1972, Bucknall et al. [Buc 72-a] [Buc 72-b], ont proposé une relation simple pour
la variation de volume des polymères sous sollicitation uniaxiale. Selon eux, la
variation de volume peut être décomposée en trois parties distinctes :
∆V ∆V ∆V ∆V
= + + (I.3)
V0 totale V0 el V0 ca V0 ci
où (∆V V0 )el , (∆V V0 )ca et (∆V V0 )ci sont les déformations volumiques relatives à
l’élasticité, la cavitation et au cisaillement. Toutefois, pour leur modèle ils considèrent
que les processus de déformation par cisaillement n’introduisent aucune variation de
∆V
volume, soit ≈ 0 .
V
0 ci
Plus récemment, Quataravaux et al. [Qua 02] ont adapté le modèle de Bucknall en
substituant la déformation volumique nominale (∆V V0 ) à la déformation volumique
de Hencky ε v = ln V / V0 . Bien que les deux définitions soient proches pour les petites
déformations, c'est effectivement cette formulation qui doit être appliquée pour les
grandes déformations. Avec cette nouvelle approche, la décomposition de Bucknall
devient :
V V V V
ln = ln + ln + ln (I.4)
V0 V0 el V0 ca V0 ci
ε v = ε v,el + ε v,ca + ε v,ci (I.5)
25
I.6.3 Mécanismes d’endommagement observés en traction uniaxiale
Les contributions de chaque type de déformation (élasticité, cisaillement, cavitation)
intervenant dans l'élongation longitudinale totale sont examinées. Il est évident que la
cavitation inclut tous les processus de déformation causant une augmentation du
volume. On suppose également que la déformation de cisaillement apporte une
contribution négligeable à la déformation volumique [Buc 72-a] [Buc 72-b] [Add 06-b].
Les contributions des mécanismes de déformation pour un essai de traction peuvent
être identifiées en reliant les contributions de déformation au comportement
macroscopique.
On considère le cas suivant :
V
ε v = ln = ε1 + 2ε 2 , (I.7)
V0
où ε et ε sont les déformations axiale et transversale avec l’hypothèse d’isotropie
transverse. Il est alors possible d’identifier la variation de volume due à la création de
vides au sein du matériau par :
ε v,ca = ε v − ε v,el , (I.8)
σ1
ε el = (I.12)
E
σ1
εca = ε v − (1 − 2ν ) (I.13)
E
σ1
εci = ε1 − ε v − 2ν (I.14)
E
26
La figure I.16 représente un exemple typique de l'évolution des trois mécanismes de
déformation ajusté pour le Polyméthacrylate de Méthyle (PMMA) en fonction de la
déformation axiale vraie. Il faut cependant garder présent à l’esprit le fait que les
propriétés mécaniques initiales du polymère peuvent être altérées de façon
importante suite à l’endommagement du matériau. Le terme E ne peut évidemment
pas être considéré comme une véritable constante. La valeur du module de Young et
du coefficient de Poisson sont sujets à des variations au cours de l’essai. En
conséquence, pour les matériaux présentant des comportements viscoélastiques,
comme les polymères, la dépendance du coefficient de Poisson et du module
d’élasticité au temps et à la déformation imposée ne peut pas être négligée.
27
Les processus d’endommagement conduisant à la ruine du matériau sont
généralement décrits par trois étapes distinctes. La première correspond à la
nucléation des défauts, encore appelée germination. Il s’agit donc d’un stade de
création de microdéfauts autour de discontinuités locales ou dans des zones à fortes
concentrations ou triaxialités de contraintes dans la matrice. Une phase de
croissance des cavités apparaît ensuite. Le stade final est celui de la coalescence de
ces cavités. On observe un regroupement et une réorientation des défauts en liaison
avec l’état de contrainte, conduisant à l’affaiblissement de la structure par formation
de fissures macroscopiques. Il existe de nombreuses formes d’endommagement,
dépendant à la fois du matériau et des sollicitations imposées. On note ainsi des
différences de nature (fissures, cavités…) et d’évolution (fragile, ductile…) des
microvides. L’objectif de ce chapitre n’est pas de présenter un bilan exhaustif sur
l’endommagement. Nous nous attacherons plutôt à situer, dans le contexte de la
mécanique des matériaux, les recherches actuelles sur le comportement des
polymères intégrant les phénomènes d’endommagement. Nous nous limiterons donc
à la modélisation de l’endommagement ductile.
De nombreux modèles ont été proposés dans la littérature pour décrire
physiquement l’évolution de l’endommagement et ses effets sur le comportement
mécanique. On peut classer ces diverses formulations en deux types d’approches :
les modèles micromécaniques (couplés ou non couplées), et les modèles
phénoménologiques. Dans le cas du PEHD, on ne peut tout à fait exclure que
l’apparition de cavités soit liée à la morphologie et à la distribution des branchements
entre phase amorphe et phase cristalline. La figure ci-dessous illustre cette idée.
28
I.7.1 Présentation succincte de quelques modèles micromécaniques
d’endommagement
Les modèles micromécaniques sont souvent centrés sur l’étude d’une ou de
plusieurs des trois étapes de nucléation, croissance et coalescence. Pour décrire les
mécanismes d’endommagement, ils font explicitement intervenir la morphologie des
cavités (ellipsoïdales sphériques, cylindriques…) et sont qualifiés de modèles
couplés ou non couplés, selon qu’ils s’intègrent ou non à la loi de comportement
thermomécanique globale.
Le premier type, non couplé, consiste donc à décrire l’évolution des cavités sans
chercher à caractériser ses effets sur le comportement global du matériau. La
rupture du matériau est décrite par une valeur critique d’un paramètre
d’endommagement. En revanche, les modèles couplés, s’appuient sur le couplage
de l’endommagement et de la loi de comportement mécanique, par le biais d’un
potentiel plastique faisant intervenir la fraction volumique de microvides, f.
dR 3σ
= 0,283 exp m dεple (I.15)
R0 2σ e
29
b. Modèles avec couplage
La particularité de ces modèles avec couplage est qu’ils s’appuient sur une analyse
micromécanique de la croissance de cavités, par l’intermédiaire de la composante
volumique de la déformation plastique macroscopique. Pour la plupart, ces modèles
sont développés à partir de l’approche de GURSON [Gur 77], décrivant la croissance
des cavités sphériques dans un matériau rigide parfaitement plastique obéissant au
critère de von MISES. Le critère de plasticité et le potentiel plastique sont écrits en
fonction de la contrainte macroscopique et de la fraction volumique, f. L'évolution de
la fraction volumique détermine la croissance des cavités présentes dans la matrice.
Le potentiel plastique de GURSON est défini par :
2
σ 3 σm
φ(σ, σ0 , f ) = e + 2f cosh − 1 − f 2 = 0 (I.16)
σ
0 2 σ 0
30
volumique de microvides, f, apparaissant dans l'équation (I.16), a été remplacée par
une fraction volumique effective de vide f ∗ décrivant l'apparition de la coalescence
au-delà d'une valeur critique fc . En grandes déformations, la porosité est donc plus
« endommageante » que si les microvides demeuraient sphériques, figure-I.18.
Suites à ces améliorations, le critère de plasticité GTN s'écrit :
2
σ 3q σ
φ(σ, σ y , f ) = e + 2q1f ∗ cosh 2 m − 1 − q 3 f ∗2 = 0 (I.21)
σ 2 σ
y y
avec
f si f ≤ fc
f∗ = (I.22)
fc + δ( f − fc ) si non
fN 1 ε − ε 2
D= exp − N
(I.24)
σs 2π 2 σ s
31
menées sur les matériaux comportant une porosité initiale, notamment dans le cadre
de la plasticité des métaux.
Revenons maintenant aux polymères. Des différences non négligeables avec les
matériaux métalliques sont à signaler. En effet, il faut tenir compte des niveaux
importants de déformations élastiques et plastiques, ainsi que des fractions de
porosités élevées et de la non sphéricité des cavités apparaissant en cours de
déformation. Une extension aux polymères a très récemment été tentée, avec
succès, par LAFARGE [Laf 04], pour un matériau semi cristallin PVDF, et également
par ZAIRI et al [Zaï 05]. Ces derniers auteurs ont proposé une adaptation du modèle
de GURSON. Nous proposons de passer rapidement en revue leur modélisation du
comportement viscoplastique des polymères amorphes.
32
traction. Le taux de déformation viscoplastique cumulé p proposé par FRANK et al.
s’exprime sous la forme :
2n
2 σ
p= D0 e (I.28)
3 z
où, D0 représente la valeur limite du taux de déformation en cisaillement et z la
variable interne, correspondant à l’effet du durcissement résultant du développement
de l’alignement du réseau, régie par l’équation différentielle suivante :
z − (1 − α )z 0 pl
z = m W (I.29)
z0
avec W pl le taux de travail viscoplastique et n le coefficient de sensibilité à la vitesse
de déformation, α le coefficient de reprise de l’écrouissage et m le coefficient de
durcissement. ZAIRI et al. proposent d’introduire une nouvelle variable interne z2 afin
que le modèle puisse superposer, à la résistance interne simulant le durcissement du
matériau en grandes déformations, une résistance traduisant l’adoucissement du
matériau après la limite d'élasticité. Le taux p s’exprime donc sous la forme :
2n
σe
2
p= D 0 (I.30)
3 z1 + z 2
Les variables internes z1 et z2 sont alors gouvernées respectivement par les
équations suivantes :
z − (1 − α )z 10 pl
z 1 = m 1 W
(I.31)
z 10
z
z 2 = h1 − 2 W pl (I.32)
z 2S
où, z2s est la valeur de saturation de z2 ,et h le coefficient d’adoucissement ; les
autres paramètres ayant la même définition que celle proposée par FRANK et al.
En raison de la dilatation plastique liée à la croissance des cavités, la partie
pl
viscoplastique de la vitesse de déformation ε est maintenant déviatorique et
hydrostatique. On suppose donc que l’augmentation du volume de cavités résulte de
la croissance des cavités déjà existantes et de la nucléation des cavités. La cinétique
des cavités est décomposée en un terme de croissance, fcroissance et un terme de
nucléation, fnucléation :
f = fcroissance + fnucléation (I.33)
La cinétique de croissance des cavités est donné par l’équation (I.19), où la trace du
tenseur des vitesses de déformation viscoplastique est donnée par :
f 3 σ
( ) = 3 Λq q
tr ε
pl
1 2 sinh q 2 m (I.34)
σe 2 σe
33
le terme de nucléation est délicat à déterminer, dans la littérature il est souvent utilisé
sous sa forme générale :
fnucléatin = B n σ e + A np (I.35)
Fig. I.19. Simulation d’un essai de traction à différentes vitesses pour RT-PMMA [Zaï 05]
34
I.7.2 Quelques modèles phénoménologiques d’endommagement
Par ailleurs, la plupart des modèles phénoménologiques, appelés CDM (Continuous
Damage Mechanics), trouvent leurs fondements dans les travaux de KACHANOV
[Kac 58] et RABOTNOV [Rab 69]. Ils sont souvent formulés dans le cadre de la
Thermodynamique des Processus Irréversibles. Leur hypothèse clef se situe dans le
postulat de l’existence des variables internes représentatives de l’endommagement.
Ce formalisme est développé sans considérer les détails sur la nucléation et la
croissance des microcavités distribuées dans l’élément matériel, qui permettent de
relier l’état de l’endommagement dans une structure microscopique aux quantités
globalement mesurables comme le module d’élasticité et le coefficient de Poisson.
Dans le CDM, l’intégration de l’endommagement dans un modèle viscoplastique
nécessite selon KACHANOV la définition d’une variable d’endommagement, en
considérant dans un solide endommagé, un Volume Elémentaire Représentatif
(VER). A étant l’aire d’une section repérée par sa normale (n) et A eff l’aire de la
surface résistante effective, cette variable d’endommagement est définie par :
A eff
Dn = 1 − (I.38)
A
D'un simple point de vue géométrique, Dn correspond à la densité surfacique des
défauts dans le plan normal à (n). Dans le cas général d’un endommagement
anisotrope constitué de fissures et microcavités d’orientation privilégiées, la variable
d’endommagement dépend de l’orientation de la normale (n). La variable revêt un
caractère tensoriel (ordre 2 ou même 4, [Lem 99] [Tan 94]). En revanche, en
supposant que l’orientation des microfissures est uniformément distribuée dans
toutes les directions, l’endommagement est alors isotrope, et Dn scalaire ne dépend
pas de (n). La contrainte effective de RABOTNOV est écrite comme une densité
moyenne de force F agissant sur une section effective.
F σ
σ eff = eff
= (I.39)
A 1− D
LEMAITRE a donné une autre interprétation à la contrainte effective en introduisant
une hypothèse d'équivalence en déformation. Les lois constitutives des matériaux
endommagés découlent généralement de cette hypothèse [Lem 85]. En effet, notons
E et Eeff respectivement les modules d’élasticité du matériau sain et endommagé,
pour un chargement élastique cette hypothèse se traduit par :
el σ eff σ σ
ε = = eff = (I.40)
E E (1 − D) E
soit
E eff = E(1 − D) (I.41)
La notion de contrainte effective associée l’équivalence en déformation offre un
cadre pour traiter le problème de la modélisation du comportement du matériau
couplé à l’endommagement. Plusieurs approches s’appuyant sur le CDM ont été
proposées, elles peuvent être distinguées selon qu’elles s’appuient sur l’introduction
35
directe d’une loi cinétique d’endommagement phénoménologique ou qu’elles se
basent sur l’introduction d’un pseudo-potentiel.
D’après les résultats expérimentaux obtenus sur le HIPS soumis à une traction
uniaxiale, la variation de volume est directement proportionnelle à la déformation
axiale ε1 dès que le seuil de plasticité est franchi. Les auteurs ont donc proposé une
relation de la forme :
∆V
= β1 (ε 1 − ε th ) , pour ε1 > ε th (I.43)
V
ε th représente la déformation-seuil, et β1 un paramètre ajustable(1). A partir de cette
relation, les auteurs définissent l’évolution de la variable d’endommagement de la
façon suivante :
β1 (ε 1 − ε th )
D= (I.44)
1 + β1 (ε 1 − ε th )
La contrainte d’écoulement effective incluant l’effet de l’endommagement par
cavitation s’exprime en fonction de la contrainte nominale σ n par :
σ=
(1 + ε1 ) σ n (I.45)
1 + β1 (ε 1 − ε th )
Ensuite, TANG et al. expriment la déformation axiale totale comme la somme d’une
composante élastique, ε1el , plastique, ε1pl et visqueuse, ε 1visc :
1
Nous montrerons plus loin qu’une telle relation linéaire ne peut convenir au PEHD.
36
où β 2 est un coefficient reliant la déformation plastique à la déformation totale et η1
le coefficient de viscosité. Cette loi de comportement n’est autre qu’un modèle
analogique de type Maxwell. Elle donne d’assez bons résultats à la charge et à la
décharge, en remarquant toutefois qu’il concerne essentiellement les faibles
déformations (3x10-2 tout au plus), figures ci-dessous.
Fig. I.20. Simulation d’un essai de charge-décharge uniaxiale à différentes vitesse pour HIPS
[Tan 01].
37
où Y est la variable duale associée à l’endommagement, X représente l’ensemble
des variables internes et ω est les paramètres du matériau. A titre d’exemple, le
potentiel de dissipation choisi par LEMAITRE [Lem 85] et l’évolution de
l’endommagement résultant pour une déformation ductile uniaxiale sont :
a +1
S 1 Y
φ = 0
∗
− (I.49)
1+ a 1− D S0
a
k2
D = p 2 / M p (I.50)
2ES0
où S0 et a sont des constantes, p la déformation plastique cumulée, E le module de
Young, et k et M des paramètres d'écrouissage. C’est dans un tel cadre de travail,
initialement établi par LEMAITRE, que plusieurs modèles d’endommagement, basés
sur l’utilisation des expressions particulières du potentiel dissipatif
d’endommagement, ont été proposés par différents auteurs, e.g. [Bonn 05] [Tan 96].
Le principe de l’analyse thermodynamique des phénomènes irréversibles de
plasticité et d’endommagement est de considérer deux fonctions gouvernant
séparément les évolutions de la plasticité et de l’endommagement. L’énergie libre qui
comporte toutes les variables d’état s’écrit ici sous la forme :
( ) ( )
ψ = ψ εijel , T,D, Vk = ψ el εijel , T,D + ψ pl (T, Vk ) (I.51)
L’effet de l’endommagement sur les propriétés élastiques est pris en compte via le
~
module d’élasticité endommagé, E = E(1 − D) , et le coefficient de Poisson :
1
ψ el = E ijkl ε ijel ε klel (1 − D) (I.53)
2
∂ψ
σij = ρ = Eijkl εklel (1 − D) (I.54)
∂εijel
38
∂ψ el σ 2e σ
Y = ρ = − 2
f m (I.56)
∂D 2E(1 − D) σe
avec
2
σ 2 σ
f m = (1 + ν ) + 3(1 − 2ν ) m (I.57)
σe 3 σe
La loi décrivant l’évolution de l’endommagement du polymère HIPS est donc obtenue
après dérivation du potentiel de dissipation (I.52), D = −(∂φ∗ / ∂Y ) avec l’utilisation
des équations (I.55) et (I.56) :
σ
D = Αf m Dap 2np (I.58)
σe
avec
Α= (I.59)
Dans le cas d’une sollicitation uniaxiale où le taux de triaxialité f (σm / σe ) est pris
égal à 1, l’évolution du module d’élasticité endommagé peut être finalement écrite
sous la forme :
~
(
E = E(1 − D) = E 1 − C εm − εm
0
β
) (I.60)
Fig. I.22. Effet de l’endommagement sur le module de Young apparent selon TANG et al.
[Tan 96].
39
Notons dès à présent que la forme exponentielle proposée par K. MRABET [Kaï 03]
pour rendre compte de l’endommagement dans cette plage de déformation donne de
meilleurs résultats que cette loi.
Fig. I.23. Comparaison entre la forme exponentielle proposé par M’RABET et la loi
proposé par Tang et al.
I.8 Conclusion
L’objectif de ce chapitre était de présenter, de façon non exhaustive, les différents
aspects microscopiques et macroscopiques de la déformation des polymères semi-
cristallins en général, et du polyéthylène en particulier. Les polymères semi-cristallins
sont des matériaux composites pour lesquels la compréhension du comportement
élastoplastique passe par une identification du rôle de chaque phase, amorphe et
cristalline, ainsi que par la compréhension fine des mécanismes de déformation et
d’endommagement dans chacune de ces phases. Les relations entre la
microstructure et les propriétés physiques et mécaniques ainsi que leur influence sur
le processus de déformation volumique sont bien établies. L’apparition de techniques
de mesures vidéométriques permet d’accéder à une mesure plus précise de la
déformation volumique. La variation de volume résulte d’une compétition entre l’effet
de dilatation et l’effet de compaction. En revanche, la modélisation de
l’endommagement, constitue à notre avis un problème encore ouvert, au vue de la
complexité des résultats expérimentaux. En effet, comme nous le verrons plus loin,
l’endommagement du PEHD en grandes déformations est bien plus complexe que
celui que l’on peut décrire à l’aide d’une détérioration continue des propriétés
élastiques (e.g. Fig. I.21). L’évolution du module de Young apparent du PEHD
sollicité en traction uniaxiale, présente une décroissance suivie d’une forte remontée
attribuable aux réarrangements macromoléculaires intervenant aux grandes
déformations. Pour notre part, il sera donc nécessaire de reformuler la loi de
comportement dans un cadre thermodynamique, en cohérence avec les
phénomènes d’endommagement.
40
CHAPITRE II
PROCEDURE EXPERIMENTALE
41
Fig. II.1. a. Prélèvement des éprouvettes de traction selon la direction α ; b. Géométrie finale
des éprouvettes.
lamelles cristallines
(échelle 10-100nm) sphérolites
(échelle 1-100µm)
phase
amorphe
sphérolites
cristal
macromolécules structure
échelle nm sphérolitique
(échelle du mm)
42
présente la plus grande anisotropie. Nous arrivons, bien entendu, aux mêmes
conclusions avec α = 0° .
1100
1000 recuit
sans recuit
900
−
α= ° ε=
800
700
Force axiale (N)
600
500
400
300
200
100
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
Fig. II.3. Effet du recuit à 120°C pendant 2h sur l a réponse en force au cours d’un essai de
traction sur des éprouvettes d’orientation 90°.
recuit
-0,1
sans recuit
-0,2 −
α= ° ε=
Déformation transverse( ε 22 )
-0,3
-0,4
-0,5
-0,6
-0,7
-0,8
-0,9
-1
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
43
II.3 Mesure tridimensionnelle des déformations et pilotage des
essais
La procédure expérimentale suivant laquelle de nombreuses campagnes d’essais
mécaniques ont été menées va être présentée. Les essais de traction en grandes
déformations ont été effectués sur une machine hydraulique de traction universelle
MTS 810 équipée d’un système de mesure de déformations sans contact, appelé
VidéoTraction©, et commercialisé par la société Apollor®. Ce système s’appuie sur
l’utilisation d’une caméra vidéo CCD interfacée à un PC et montée sur un pied
motorisé, et d’un logiciel informatique permettant le traitement en temps réel de
l’image (figure II.5-a). La méthode permet d’imposer une déformation et une vitesse
de déformation axiales et de mesurer en temps réel les déformations transversales,
grâce à un marquage de la surface de l’éprouvette, [G’sell 92, et 02-b]. Les
déformations et la contrainte vraies sont donc estimées au cours de la sollicitation
dans la partie utile correspondant à un Volume Elémentaire Représentatif. Ce VER
est choisi de sorte que la striction y soit contenue. Les tâches d’encre noire (feutre)
sont déposées sur les faces de l’éprouvette selon une disposition symétrique (axes 1
et 2 de l’éprouvette) avec l’hypothèse sous-jacente selon laquelle il y a coïncidence
entre ce repère et le repère des déformations principales.
Fig. II.5. (a) Dispositif expérimental et système de Vidéotraction© ; (b) Eprouvette de traction
marquée de 7 taches sur la face avant (1,2).
Dans le cas présent, c'est la méthode à 7 taches qui a été retenue, où 5 d’entre elles
sont alignées selon l’axe 1 de l’éprouvette, les deux autres étant alignées avec la
tache centrale selon la direction transverse 2 (figure II.5-b).
L’analyse géométrique de la position de ces taches consiste à repérer la position de
leur barycentre, et d’enregistrer la variation de leurs distances relatives. Le logiciel de
traitement d’image estime en cours d’essai la déformation axiale (selon l’axe 1) et la
44
déformation transverse selon l’axe 2, et enregistre à la même fréquence la force
appliquée pour déterminer la contrainte axiale vraie. Partant du suivi de la
déformation axiale en temps réel, la vitesse de déformation peut être maintenue
constante grâce à un générateur de fonction programmable conduisant ainsi au
pilotage de la machine.
Pour estimer les déformations vraies axiale (direction 1) et transverses (directions 2
et 3), et par suite la déformation volumique et la contrainte vraie, on définit un VER
centré autour de la tache centrale (figure II.6). Le système VidéoTraction© permet de
mesurer les déformations partielles relatives aux 5 taches dans la direction de
traction :
AB AB BC
ε 11 = ln ( ) et ε BC = ln( ) (II.1)
A 0B 0 11
B0C0
CD DE
ε CD = ln( ) et ε DE = ln( ) (II.2)
11
C 0D 0 11
D 0E 0
Les lettres indicées 0 représentent les positions des taches avant la déformation.
L’estimation de la déformation vraie axiale, ε 11 , est réalisée à l’aide d’une
interpolation polynomiale faite au niveau de la zone FCG (figure II.6).
L’évaluation de la déformation transversale ε 22 se fait en prenant la moyenne des
déformations dans la zone FCG :
1 FC CG
ε 22 = (ln( ) + ln( )) (II.3)
2 F0 C0 C 0 G0
45
Dans le cas de l'hypothèse d’isotropie transverse, largement utilisée dans la
littérature on admet que : ε 22 = ε33 , la déformation volumique, s’appuyant notamment
sur les taches FCG, peut alors être évaluée de la façon suivante :
tr ε = ε v = ε 11 + 2ε 22 (II.4)
46
2 1
3 1
Fig. II.7 : Marquage (2x7 taches) des éprouvettes de traction permettant l’estimation des
déformations dans les directions 1, 2 et 3.
V
ε v = ln( ) = ε 11 + ε 22 + ε 33 (II.6)
V0
F
σ1 = exp(− ε 22 − ε 33 ) (II.7)
S0
47
100
−
α= ° ε=
90
80
70
Contrainte vraie (MPa)
60
50
40
30
20
10
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-10
déformation axiale
0,1
−
α= ° ε=
0,08
0,06
Déformation volumique
0,04
0,02
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-0,02
-0,04
-0,06
Déformation axiale
Fig. II.8 : Reproductibilité mise en évidence sur 5 éprouvettes sollicitées à différents niveaux de
déformation. Essais de traction et courbe contrainte - déformation (a) et déformation
volumique - déformation axiale (b).
Dans le cas des essais de charge – décharge - recharge, l’évolution des propriétés
el el
élastiques apparentes, E1, ν12 , ν13 , peut être caractérisée grâce à l’enregistrement
des déformations ε 22 et ε 33 , lors des séquences de décharge (jusqu’à la contrainte
nulle) - recharge, effectuées toujours à la même vitesse de déformation.
48
Ces grandeurs apparentes sont représentées sur la figure II.9, où une courbe
contrainte – déformation, σ 11 (ε 11 ) , est accompagnée de l’évolution de la déformation
volumique, tr ε(ε 11 ) , ainsi que de celle des déformations transverses, ε 22 (ε 11 ) et
ε 33 (ε 11 ) .
Fig. II.9 : (a) Mesure du module de Young apparent : pente moyenne HD ; (b) Détermination de
coefficients de Poisson apparents lors de la décharge.
49
0 0
de Poisson initiaux ν12 et ν13 , sont estimés à partir des mesures de diverses
déformations à l’origine, et la déformation volumique élastique vérifie :
ε el el el el el
( el el
v (ε11 ) = ε11 + ε 22 + ε 33 = ε11 1 − ν12 − ν13 ) (II.8)
ε el
v (ε11 )
β(ε11 ) = el
ε11
( el
= 1 − ν12 el
− ν13 ) (II.9)
II.6 Conclusion
Comme nous l’avons souligné précédemment, différents modes de déformation
peuvent coexister et se développer au sein d’un polymère semi-cristallin sous
sollicitation mécanique. Ces processus de déformation débouchent rapidement lors
de la traction sur une localisation macroscopique (striction). La recherche d’une loi
de comportement intrinsèque caractérisant le comportement doit donc tenir compte
de ce phénomène important, et faire appel à une évaluation des champs de
déformation locaux. C’est ce qui explique notre choix d’une morphologie particulière
de la partie utile : rayons de raccordement assez grands, volume utile de 6x6x6mm3.
La déformation se localise dès le début de l’essai dans ce volume complètement
recouvert par les 7 taches. La technique de VidéoTraction©, et en particulier la
méthode des 2x7 taches mise en œuvre dans cette étude, donne accès au
comportement mécanique vrai et à la variation de volume jusqu’aux très grandes
déformations.
50
CHAPITRE III
RESULTATS EXPERIMENTAUX
Fig. III.1. Plaques de PEHD obtenues par extrusion et direction α de prélèvement des
éprouvettes. DE, DT : directions transverse et d’extrusion.
51
d’éprouvettes, permet de s’abstraire de l’hypothèse d’isotropie transverse et conduit
à une estimation plus précise de la variation de volume. Par ailleurs, toutes ces
courbes (figure III.2) montrent une très bonne concordance des réponses au sein de
chaque couple d’éprouvettes : même réponse force - déformation axiale ε1 .
1000
900
800
700
Force axiale ( N )
600
500
400
300
200
100 −
α= ° ε=
0
-1 -0,8 -0,6 -0,4 -0,2 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale (ε 11, ε 22 et ε 33)
1000
900
800
700
Force axiale ( N )
600
500
400
300
200
100 −
α= ° ε=
0
-1 -0,8 -0,6 -0,4 -0,2 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale (ε 11, ε 22 et ε33)
1000
900
800
700
Force axiale ( N )
600
500
400
300
200
100 −
α= ° ε=
0
-1 -0,8 -0,6 -0,4 -0,2 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
52
1000
900
800
700
1000
900
800
700
Force axiale ( N )
600
500
400
300
200
−
100 α= ° ε=
0
-1 -0,8 -0,6 -0,4 -0,2 0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Fig. III.2. Courbes de réponses brutes de force appliquée en fonction des déformations
(ε ε ε ). Résultats donnés en fonction de l’angle par rapport à la direction d’extrusion.
La figure III.3 regroupe tous ces résultats en termes de force – déformation axiale ε11 ,
et montre que l’effet de α est plus marqué aux grandes déformations. La position du
maximum de force ne semble pas dépendre significativement de l’angle α. On notera
enfin la présence d’un point d’intersection aux alentours de ε11 ≈ 0,3 , quelle que soit
la direction de prélèvement, de part et d’autre duquel l’effet de l’angle α est inversé.
L’anisotropie se fait ressentir surtout en grandes déformations, i.e. au delà de
ε11 ≈ 0,7 à 0,8 . Les éprouvettes prélevées dans la direction d’extrusion sont
quasiment isotropes transverses. Les courbes de réponse exprimées en fonction de
la contrainte vraie sont données figure III.4 pour les différentes orientations
d’éprouvettes.
53
1000
900
800
700
Force axiale (N)
600
500
400
300
200
100
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
Fig. III.3. Ensemble des courbes de réponse force – déformation axiale ε en fonction de la
direction de prélèvement. Cercle rouge : zone d’interversion de l’effet de l’orientation.
100
90
80
70
Contrainte vraie (M Pa)
60
50
40
30
20
10
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
54
III.2 Analyse mécanique des instabilités rencontrées au cours des
essais de traction uniaxiale
Nous avons été confrontés à un certain nombre de particularités de comportement,
somme toute classiques, mais que nous avons voulu clarifier. Il s’agit en premier lieu
du phénomène bien connu de striction, qui apparaît assez tôt au cours de l’essai
pour ce type de matériau polymère. Nous proposons de revenir sur la modélisation
mécanique, au vu de nos propres résultats expérimentaux.
Sous des conditions de sollicitation mécanique isotherme et à vitesse de déformation
constante, nous supposons valide le critère de localisation de la déformation suivant :
dF = 0 (III-1)
ce qui se traduit par :
dσ dS
=− (III-2)
σ S
Le volume initial V0 = S0 l0 occupe le domaine des 7 tâches de la Vidéotraction.
Dans notre cas, la déformation y est uniforme. Sur le plan expérimental, nous
mesurons :
ε = ε +ε +ε = (III-3)
= ε +ε +ε
= ε +ε
(III-4)
d’où
= ε +ε
ε + ε (III-5)
soit
= ε + ε (III6)
55
σ
=σ (III -9)
ε
en posant
ε ε
σ = −σ + (III -10)
ε ε
Cette formulation diffère un peu du même critère à volume constant. La figure III.5
montre la cohérence du critère d’instabilité dF=0 (ou bien ε = sur la courbe
σ
effort – déformation axiale) et de la forme équivalente = σ provenant de la
ε
σ
courbe de traction exprimée en contrainte – déformation ( ) et de la variation de
ε
ε ε
volume mesurée par Vidéotraction + . Ce résultat semble indépendant de
ε ε
la vitesse de déformation (une seule décade explorée ici). On trouve 2, (voire 3),
points vérifiant la condition dF = 0 .
?
ème
Fig. III.5. Illustration du critère d’instabilité aux deux points dF=0 et probablement à un 3
point correspondant à la rupture du matériau, (point désigné par « ? »).
Les figures III.6, III.7, III.8, III.9 et III.10 montrent la différence entre les prévisions du
critère de Considère à volume constant et de la présente formulation, pour les
orientations de 0° et 90°. Cette différence est sur tout marquée aux grandes
déformations, notamment pour la deuxième instabilité correspondant au minimum de
la réponse en force. La première instabilité apparaissant au voisinage de 0,1 est
décrite de la même façon par les deux approches.
56
140
120
−
α= ° ε=
100
Contrainte vraie (MPa)
80
60
40
20
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
140 1000
900
120
− 800
α= ° ε=
100 700
Contrainte vraie (MPa)
600
80
500
60
400
40 300
200
20
100
0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
57
140
120
−
α= ° ε=
100
Contrainte vraie (MPa)
80
60
40
20
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
140 1000
900
120
800
−
α= ° ε=
Contrainte vraie (MPa)
100 700
Force axiale (N)
600
80
500
60
400
40 300
200
20
100
0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
58
140
120
−
α= ° ε=
100
Contrainte vraie (MPa)
80
60
40
20
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
140 1000
900
120
800
−
α= ° ε=
100
Contrainte vraie (MPa)
700
Force axiale (N)
600
80
500
60
400
40 300
200
20
100
0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
59
140 1200
120
1000
−
α= ° ε=
Contrainte vraie (MPa)
100
800
400
40
200
20
0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
140 1200
120
1000
−
α= ° ε=
Contrainte vraie (MPa)
100
800
Force axiale (N)
80
600
60
400
40
200
20
0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
60
160 1200
140
1000
−
120 α= ° ε=
Contrainte vraie (MPa)
800
80 600
60
400
40
200
20
0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
160 1200
140
1000
−
120 α= ° ε=
Contrainte vraie (MPa)
800
Force axiale (N)
100
80 600
60
400
40
200
20
0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
61
III.3 Evolution du module de Young apparent en fonction de la
direction de prélèvement α
La figure III.11 montre une réponse typique correspondant à des cycles de charge –
décharge puis recharge. Malgré le fait que le comportement observé durant ces
cycles résulte de plusieurs phénomènes microscopiques complexes, (dont nous
avons évoqué quelques aspects dans le chapitre I, sur l’état de l’art), nous
proposons de considérer la pente moyenne de charge – décharge (droite en rouge
sur la figure III.11). Cette mesure, qui peut paraître subjective, sera davantage
discutée ultérieurement, notamment sous l’angle de l’endommagement et de la
viscoélasticité. Dans la suite de ce texte, nous parlerons donc de « module de Young
apparent » pour caractériser cette pente, étant entendu que cette mesure recouvre
une réalité fort complexe, mais qui n’en demeure pas moins un précieux indicateur
de l’endommagement.
110
−
100 α= ° ε=
90
Contrainte vrai (MPa)
80
70
60
50
40
30
20
10
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
Fig. III.11. Mesure de la raideur apparente au cours des cycles de décharge – recharge.
100
90
80
Contrainte vraie (M Pa)
70
60
50
40
30
20
10
0
0,00 0,20 0,40 0,60 0,80 1,00 1,20 1,40 1,60 1,80
Déformation axiale
62
Les figures III.12 et III.13 illustrent la réponse contrainte – déformation correspondant
aux différentes orientations α =0 à 90°. Les pentes de décharge correspondent à de s
pentes moyennes joignant les deux extrémités des courbes de décharge - recharge.
Les points représentés en mauve (Figure III.13 a-b) montrent l’évolution complexe du
module de Young apparent mesuré dans la direction de traction 1 en fonction de ε11 .
100 1400
contrainte-déformation
(a) 90 module d'élasticité
1200
80
−
α= ° ε=
70 1000
60
800
50
600
40
30 400
20
200
10
0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
70 1000
60
800
50
600
40
30 400
20
200
10
0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
Fig. III.13. (a) et (b), Réponse contrainte –déformation correspondant aux deux orientations
α = 0 et 90°. Les pentes de décharge correspondent à de s pentes moyennes joignant les deux
extrémités des courbes d’hystérésis de décharge - recharge. Les points représentés en mauve
traduisent l’évolution du module de Young apparent mesuré dans la direction axiale 1.
63
Pour toutes les orientations, on mesure une forte chute de ce module apparaissant
dès le début de la déformation et atteignant 1/4 des valeurs initiales vers ε11 ≈ 0,5 .
Cette forte chute, associée traditionnellement au phénomène d’endommagement est
indépendante de l’anisotropie (pour notre matériau). Elle est suivie d’une
consolidation significative allant jusqu’aux 2/3 des valeurs initiales du module au
moment de la rupture. Ces observations feront l’objet d’une discussion ultérieure.
1400
1200
Module d'élasticité apparent (MPa)
1000
800
600
400
200
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
64
Ces résultats montrent également que l’anisotropie se fait surtout ressentir sur la
variation de volume, et agit donc davantage sur les phénomènes microscopiques
d’endommagement sous-jacents plutôt que sur la réponse globale en contrainte-
déformation ou sur le module de Young, comme nous avons pu le voir
précédemment, (figures III.12 et III.14). L’évolution de la déformation volumique est
totalement différente pour la direction α = 90°, figure III.18. Elle atteint moins de 2% à
rupture, et présente une contraction (valeur négative traduisant une diminution du
volume) du même ordre de grandeur vers ε11 ≈ 0,60 .
0
-1,2 -1 -0,8 -0,6 -0,4 -0,2 0
-0,2
-0,4
( ε = 0.001 s −1 )
-0,6
ε
-0,8
-1
-1,2
ε 33
-0,1
-0,2
-0,3
( ε = 0.001 s −1 )
-0,4
ε 22
-0,5
-0,6
-0,7
-0,8
-0,9
-1
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
ε 11
65
0
-0,1
-0,2
-0,3 ( ε = 0.001 s −1 )
-0,4
ε33
-0,5
-0,6
-0,7
-0,8
-0,9
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
ε11
0,1
0,08
0,06
Déformation volumique
0,04
0,02
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-0,02
-0,04
Déformation axiale
Fig. III.18. Evolution de la déformation volumique en fonction de la déformation axiale pour les
différentes orientations d’éprouvettes.
66
III.5 Mesure des coefficients de Poisson ν12 et ν13
L’estimation des coefficients de Poisson que nous présentons dans ce mémoire a
été réalisée durant les phases de déchargement, (figure III.19).
Nous sommes conscients que lors du déchargement, l’éprouvette est le siège de
phénomènes complexes tels que la relaxation dynamique et la refermeture des
microcavités se superposant à la déformation viscoélastique. Nous parlerons donc
de coefficients de Poisson apparents, puisque nous ne pouvons faire clairement,
c’est-à-dire sans hypothèse, la part des différentes contributions intervenant dans la
déformation totale ε11 .
Fig. III.19. (a)-Mesure des déformations élastiques apparentes lors de la décharge : (b)-Courbe
de déformation volumique en fonction de la déformation ε1 et variations de tr ( ε) et de ε11
Les coefficients de Poisson apparents sont donc estimés par les rapports suivants :
élast
δε élast
22 δε 33
ν 12 = − élast
ν 13 = − élast
(III.11)
δε 11 δε 11
De même pour la variation de volume élastique, on obtient l’expression :
δV élast élast
= (1 − ν 12 − ν 13 ) δε 11 (III.12)
V
avec V = V(ε 11 ) , ν 12 = ν 12 (ε 11 ) , ν 13 = ν 13 (ε 11 ) , où ε11 désigne la prédéformation
totale atteinte avant la décharge. On peut également introduire le coefficient de
1
Poisson moyen ν = (ν12 + ν13 ) , et reproduire son évolution, comme le montre la
2
figure III.20.
1
D’autre part, on remarque que les coefficients de Poisson moyens, ν = (ν12 + ν13 ) ,
2
sont quasiment identiques pour toutes les éprouvettes prélevées dans les différentes
67
directions d’extrusion, et que les coefficients individuels, ν12 et ν13 peuvent être
supérieurs à 0,5, (figure III.24).
0,6
0,5
ν)
0,4
Coefficient de Poisson (
0,3
0,2
0,1
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
68
−
α= ° ε=
Fig. III.21. Déformation volumique en fonction de la déformation axiale pour l’orientation α =0.
Les différentes interruptions correspondent aux séquences de décharge – recharge des
figures III.5, III.6, III. 7.
0,1
0,08
0,06
Déformation volumique
0,04
0,02
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-0,02
-0,04
-0,06
Déformation axiale
69
d’accéder à la variation de volume au cours de ces séquences. Les résultats (figure
III.23-b) montrent une forte différence entre υ12 et υ13 pour la direction à 90° de la
direction d’extrusion, comparativement à la direction à 0° (figure III.23-a). La figure
III.24 montre l’évolution de υ12 et υ13 en fonction de la déformation, pour toutes les
orientations explorées.
Fig. III.23. (a) et (b), Evolutions concomitantes des coefficients de Poisson et de la déformation
volumique, pour α = 0 et 90°. Les décharges –recharges sont égalemen t représentées de façon
tangentes.
70
Fig. III.24. Evolution du coefficient de Poisson υ12 et υ13 en fonction de la déformation axiale
pour les différentes orientations d'éprouvettes.
71
L’épaisseur d’origine de la plaque était de 6mm, nous avons également obtenu des
épaisseurs 3mm par fraisage des mêmes plaques. Notons que les éprouvettes ont
subi un traitement thermique de recuit sous vide à 120°C pendant 24h après usinage.
L’effet de l’épaisseur est très nettement visible, notamment sur les courbes de
variation de volume (figure III.25 1 , III.26, III.27), en particulier dans le cas des
éprouvettes prélevées à 90° de la direction d’extru sion, (figures III.26). Le détail des
déformations transversales ε 22 , ε 33 est donné sur la figure III.28 pour les orientations
0 et 90°.
−
α= ° ε=
−
α= ° ε=
1
Cet effet sur la contrainte est faible mais significatif et reproductible ; il est de l’ordre de grandeur de
l’effet de l’anisotropie.
72
0,2
0,15
−
α= ° ε=
Déformation volumique
0,1
0,05
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-0,05
-0,1
Déformation axiale
Fig. III.26. Déformation volumique en fonction de l’épaisseur des éprouvettes, pour α = 90° .
0,1
0,09
0,08 −
α= ° ε=
0,07
Déformation volumique
0,06
0,05
0,04
0,03
0,02
0,01
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
73
0
(a)
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-0,1
-0,2
ε ε
-0,3
Déformation transverse (
-0,4
-0,5
-0,6
-0,7
-0,8
−
-0,9 α= ° ε=
-1
Déformation axiale
0
(b)
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-0,1
)
-0,2
ε 33, ε
-0,3
Déformation transverse (
-0,4
-0,5
-0,6
-0,7
−
-0,8 α= ° ε=
-0,9
Déformation axiale
Fig. III.28. Déformations dans les directions 2 et 3 en fonction de la déformation axiale, pour les
éprouvettes de 3 et de 6 mm prélevées à 0° (a) et 9 0° (b).
En résumé, nous dirons que nos observations indiquent une dépendance notable de
la réponse mécanique avec l’épaisseur ; ce qui est probablement dû à une
hétérogénéité présente à l’échelle macroscopique et produite par les procédés de
mise en oeuvre (extrusion et usinage ultérieur). Remarquons que ce phénomène est
déjà bien documenté dans la littérature, [Haud 95].
74
III.7 Etude de la sensibilité à la vitesse de déformation
La technique de Vidéotraction ne permet pas de faire varier la vitesse de déformation
sur une plage étendue (quelques décades par exemple). Les performances du
système d’acquisition employé conjuguées au grand nombre de données provenant
notamment des grandes déformations, nous ont permis de n’explorer qu’une plage
allant de 10-2 à 10-3 s-1. Les principaux résultats sont représentés dans les figures
III.29 et III.30 pour les orientations extrêmes, 0 et 90°. L’effet de la vitesse est
conforme à ce que l’on observe dans le cas des matériaux viscoplastiques, (figure
III.29-a et III.30-a).
110
(a)
100
90
Contrainte vraie (M Pa)
80
70
60
50
40
30
20
10
0
0,00 0,20 0,40 0,60 0,80 1,00 1,20 1,40 1,60 1,80
Déformation axiale
0,14
(b)
0,12
0,1
Déformation volumique
0,08
0,06
0,04
0,02
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-0,02
Déformation axiale
Fig. III.29. (a) et (b), Evolution de la contrainte vraie et de la déformation volumique en fonction
de la déformation axiale pour différentes vitesses de sollicitation cycles de charge – décharge,
α = 0° .
75
.
110
(a)
100
90
80
Contrainte vraie (MPa)
70
60
50
40
30
20
10
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
0,08
(a)
0,06
Déformation volumique
0,04
0,02
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-0,02
-0,04
Déformation axiale
Fig. III.30. (a) et (b), Evolution de la contrainte vraie et de la déformation volumique en fonction
de la déformation axiale pour différentes vitesses de sollicitation cycles de charge – décharge,
α = 90° .
Cette sensibilité est assez nette dans le cas de la variation de volume correspondant
à 90°. En d’autres termes, le matériau « se dilate » beaucoup moins lorsque les
extensions sont conduites à faible vitesse. Par exemple, pour ε = 10 −3 s −1 à α = 90° ,
la variation de volume devient très vite négative, figure III.30-b.
76
Nous avons également effectué des sauts de vitesses de déformation, en prenant
garde à l’ordre d’application des niveaux de vitesses : augmentation, diminution ou
séquences plus compliquées. Notre objectif était ici de mettre en évidence
d’éventuels effets mémoire, et de juger de la capacité du matériau à reprendre son
comportement initial après un régime de vitesse transitoire.
La figure III.31 montre l’évolution de la contrainte et de la déformation volumique au
cours d’un essai comportant des sauts de vitesses de déformation en partant de
10-3 s-1 puis en revenant à cette valeur. Nous remarquons que, excepté pour les
régimes transitoires suite au changement de vitesse qui s’étendent sur des plage
d’environ 5 à 6% de déformation, la réponse représentée figure III.31 s’inscrit
parfaitement dans la série de courbes de la figure III.29-a, pour la même orientation
à 0°. Cette comparaison est représentée en figure I II.34. La contrainte vraie n’est pas
très sensible aux sauts de vitesse pour cette orientation.
100 0,12
90
0,1
80
70
Déformation volumique
Contrainte vraie (MPa)
0,08
60
50 0,06
40
0,04
30
20
0,02
10
0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6
Déformation axiale
77
100 0,12
90
0,1
80
Déformation volumique
Contrainte vraie (MPa)
70
0,08
60
50 0,06
40
0,04
30
20
0,02
10
0 0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6
Déformation axiale
0,14
0,12
0,1
Déformation volumique
0,08
0,06
0,04
0,02
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-0,02
Déformation axiale
78
110
100
90
80
Contrainte vraie (M Pa)
70
60
50
40
30
20
10
0
0,00 0,20 0,40 0,60 0,80 1,00 1,20 1,40 1,60 1,80
Déformation axiale
Fig. III.34. Evolution de la contrainte vraie en fonction de la déformation axiale avec différents
sauts de vitesses, (orientation 0°).
0,14
0,12
0,1
Déformation volumique
0,08
0,06
0,04
0,02
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-0,02
Déformation axiale
79
110
100
90
80
Contrainte vraie (M Pa)
70
60
50
40
30
20
10
0
0,00 0,20 0,40 0,60 0,80 1,00 1,20 1,40 1,60 1,80
Déformation axiale
III.9 Conclusion
Pour la plupart des résultats présentés dans cette section, nous développerons au
chapitre suivant une modélisation thermodynamique spécifique, en prenant appui,
autant que possible, sur les observations émanant d’autres études (chapitre I). Notre
démarche de modélisation est guidée par le souci de bâtir un cadre unifié permettant
d’embrasser les principales observations et mesures présentées dans le présent
chapitre. L’idéal aurait été de réaliser des campagnes d’essais, dont nous venons de
présenter les résultats les plus significatifs, en parallèles à l’observation in situ.
80
(a) 110
−
α= ° ε=
100
90
80
Contrainte vraie (MPa)
70
60
50
40
30
20
10
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
Déformation axiale
(b) 0,1
−
α= ° ε=
0,08
Déformation volumique
0,06
0,04
0,02
0
0 0,2 0,4 0,6 0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
-0,02
Déformation axiale
81
(a)
(b)
Fig. III.38. (a)-(b), Evolution de la réponse cyclique suite à des séquences de décharge-
recharge à différents niveaux de prédéformation, orientation 0°.
82
CHAPITRE IV
MODELISATION DU COMPORTEMENT MECANIQUE DU
POLYETHYLENE A HAUTE DENSITE
APPROCHE THERMODYNAMIQUE
IV.1. Introduction
L’objectif de notre modélisation consiste à rendre compte du comportement
mécanique du PEHD semi-cristallin, sollicité en grandes déformations et présentant
des effets d’endommagement assez marqués. Pour aborder ce problème, nous
proposons en premier lieu de présenter les fondements généraux de notre approche
thermodynamique des lois de comportement (initialement développée par C. CUNAT
[Cun 85] [Cun 88] [Cun 91] [Cun 96] [Cun 01]). Cette approche, dont le sigle est
« DNLR » (Distribution of Non–Linear Relaxations) s’inscrit dans le cadre de la
Thermodynamique des Processus Irréversibles, (TPI), et plus particulièrement de la
Thermodynamique de la Relaxation. Elle est appliquée au cas des milieux continus.
Nous tenterons donc de décrire puis d’adapter l’approche DNLR au PEHD dont les
spécificités ont été évoquées tant sur le plan microstructural qu’expérimental
(respectivement dans les chapitres I et III).
Ce travail de modélisation s’est appuyé, dès le début de notre étude, sur les
développements et les apports de Kaïs M’RABET qui avait limité son domaine de
modélisation à moins de ε = 0, 8 , sur le même matériau [Kaï 03], ainsi que sur celui
d’autres précurseurs du groupe. Mais pour notre part, nous avons apporté l’aspect
tridimensionnel de la modélisation et proposé une première modélisation de la
variation de volume liée à l’endommagement sous sollicitation. L’anisotropie est
également prise en compte.
83
L’approche DNLR, qui consiste à analyser avec précision les conditions de retour
vers l’équilibre, est fondée principalement sur :
• une partition des mécanismes en modes dissipatifs normaux de
relaxation ;
• une description de leur cinétique selon une approche de type Eyring.
84
dislocations dans un matériau cristallin par exemple) est associé à des
réarrangements assimilés à des réactions chimiques dont la stœchiométrie est mal
définie. On exploite donc le concept d’affinité de DE DONDER [Don 36] pour décrire
les milieux en cours de réaction chimique ou de réorganisations internes [Cun 85]
[Cun 88].
En terme de vitesse, l’évolution du potentiel pour un milieu uniforme hors équilibre est
décrite de la façon suivante :
u = Ts + σ : ε + . n (IV.2)
Notons que pour un système fermé, le terme . n , traduit les réactions chimiques de
k constituants, n permet donc de prendre en compte les réorganisations et réactions
internes. Selon DE DONDER, les vitesses réactionnelles s’expriment selon la relation
n = ν . z , où le terme ν désigne le coefficient de stœchiométrie des espèces
chimiques dans les différentes réactions internes, et z le degré d’avancement de ces
réactions. DE DONDER en a déduit la définition du concept d’affinité d’une réaction
pour caractériser l’état de non équilibre d’un milieu uniforme : A = − .ν . À cette force
généralisée que représente l’affinité, on associe les variables internes (duales) notées
z = z1,......, z N . On peut donc réécrire la relation de GIBBS de la façon suivante :
85
u = Ts + σ : ε + .ν. z (IV.4)
u = Ts + σ : ε − A. z (IV.5)
Pour un VER uniforme, l’énergie interne s’exprime en fonction des variables d’état
d’origine thermique et mécanique et des variables internes d’origine microstructurale,
nous adopterons l’écriture suivante :
(
u = u(s, ε, z ) = u y , z ) (IV.6)
∂u
Avec Y =
∂y
(
= T, σ, A ) qui représente la force généralisée conjuguée à
∂u
y = (s, ε, z ) , le vecteur des variables extensives. L'affinité A = −
est donc la force
∂z
thermodynamique associée aux variables internes indépendantes z . Le principe
variationnel qui prévaut à la deuxième loi de la thermodynamique induit naturellement
un retour du système vers son état d’équilibre.
Dans le cadre de notre approche, toutes les transformations irréversibles se
conçoivent comme des réactions chimiques caractérisées par les variables z , dont la
signification physique peut correspondre, par exemple, à des concentrations ou
densités de défauts, de microfissures, etc… sans qu’il soit nécessairement possible
de les mesurer par des observations directes. Par conséquent, elles ne seront pas
définies explicitement en général.
La description précédente utilisant l’énergie interne en tant que potentiel généralisé,
correspond uniquement à un jeu de grandeurs extensives comme variables de
contrôle. Or dans la pratique, et selon les conditions expérimentales, ceci est
rarement possible. Il se trouve que l’on utilise souvent d’autres jeux de variables de
commande. En effet, il est plus commode de maîtriser, par exemple, la température
que l’entropie. Il faut donc choisir un potentiel thermodynamique ψ correspondant aux
conditions expérimentales si l’on souhaite décrire aisément le système sous
sollicitation. Ce potentiel adéquat peut être obtenu par transformation de LEGENDRE
de l’énergie interne, ou même d’un autre potentiel (ANNEXE A).
D’une manière générale, pour caractériser le comportement local du VER, on
considère le nouveau potentiel ψ = ψ (γ, z ) , où γ représente l’ensemble des variables
86
q p
dψk = ∑ βm dγ m − ∑ A j dz j (IV.8)
m=1 j=1
(
βm γ n , z j =) (
∂ψk γ n , z j ) (IV.9)
∂γ m
(
A j γm,z j = ) (
∂ψk γ n , z j ) (IV.10)
∂z j
87
(
d βm γ n , z = ∑
∂ 2ψk γ n , z j
j
)
q
(
dγ n + ∑
p
)
∂ 2ψk γ n , z j
dz j
( ) (IV.11)
j
n=1 ∂γ m ∂γ n j=1 ∂γ m ∂z
j
(
dA γ m , z = − ∑
∂ 2ψk γ m , z j
j
)
q
dγ n − ∑
p
( )
∂ 2ψk γ m , z j j
dz
( ) (IV.12)
n=1 ∂z j∂γ n j=1 ∂γz j∂z j
88
L’affinité est créée dès le début de la sollicitation par une force thermodynamique
motrice liée à γ . Son régime stationnaire, ( A = 0 ), définit l’état relaxé correspondant.
Pour l’état d’équilibre vrai, l’affinité comme sa variation sont nulles, A = A = 0 . En
prenant en compte l’équation (IV.14), on trouve donc la relation suivante,
caractérisant l’évolution des variables internes à l’état relaxé, z r , en fonction de γ :
r t
− g.z = −b .γ (IV.15)
A = −g.( z − z r ) (IV.16)
z = L. A (IV.18)
89
Finalement le second principe impose simplement une positivité exclusive de ces
temps de relaxation, dans la mesure où g doit être définie positive pour des raisons
de stabilité thermodynamique :
−1
L.g = τ (IV.21)
−1 r
z = −τ .( z − z ) (IV.22)
Avec ces hypothèses, les temps de relaxation peuvent donc dépendre des variables
de commandes et des variables internes par le biais de g et/ou de L , ce qui est en
accord avec l’expérience. En effet, KOVACS [Kov 63] a montré que lors d'une
expérience de relaxation volumique isotherme, la vitesse de réorganisation interne
(relaxation) dépend de l’écart à l’équilibre et donc des variables internes.
1
Avec τ j = τ jj = , équation de relaxation associée aux réorganisations des
L g jj
jj
variables internes :
90
zj = −
(z j
− z j,r ) (IV.24)
τj
Ici, l’indice répété ne correspond pas à la convention de sommation d’Einstein.
Notons que l’on peut également choisir directement une base modale selon le critère
cinétique de JOUGUET [Jou 21], qui permet de poser la relation (IV.24) sous la
forme z j = Ljj A j exprimant tout couplage cinétique au niveau de la base
représentative des réactions.
91
où ν j est la fréquence de saut du processus vers l’état final, et Ρ j,+ la probabilité de
franchissement d’une barrière d’énergie permettant son déclenchement.
Pour exprimer la fréquence de saut élémentaire et en admettant qu'elle soit identique
pour tous les processus ( ν j = ν ), C. CUNAT propose de retenir l’approximation de
GUGGENHEIM [Gug 39] pour caler cette fréquence sur un mouvement élémentaire :
kBT
ν = νj = (IV.26)
h
Suivant la théorie de l’état transitoire activé, pour un système décrit par le potentiel
d’énergie libre, la probabilité qu’un processus j acquière le même niveau énergétique
que le col est exprimée par :
Fj+
Ρ j, +
= exp − (IV.27)
RT
où R est la constante des gaz parfaits et Fj+ l’énergie libre d’activation caractérisant
la barrière à franchir : ∆Fj+ = ∆E +j − T∆s +j . Retenons que le temps de relaxation
(IV.25) du processus j peut finalement s’écrire en fonction de l’énergie libre
d’activation :
h ∆Fj+,r h ∆E +j ,r − T∆s +j ,r h − ∆s +j ,r ∆E +j ,r
r
τ = exp = exp =( exp ) exp
j
kBT RT k T RT k T R RT
B B
(IV.28)
+ ,r
h − ∆s j
où ( exp ) désigne le facteur de fréquence du mode j, qui combine à la
kBT R
fois un phénomène de nature vibratoire et configurationnelle.
92
IV.2.4.2. Extension de la modélisation aux processus non-linéaires
Lorsque les sollicitations appliquées au système sont très importantes, comme par
exemple celles qui génèrent de grandes déformations sur un polymère, l’écart à
l’équilibre est trop important, et les hypothèses de linéarité thermodynamique et
cinétique ne sont plus raisonnables. Dans ce cas la barrière que constitue l’énergie
d’activation ∆Fj+ est susceptible de dépendre du chargement, et donc du temps de
sollicitation.
éme
Fig. IV.2. Représentation schématique de la variation de barrière énergétique, associée au j
processus, au cours du chargement.
soit :
τj =
h ∆Fj+,r
exp
exp
(
∆ ∆Fj+ ( t ) ) (IV.30)
k BT RT RT
en posant par définition :
a ( t ) := exp
j (
∆ ∆Fj+ ( t ) ) (IV.31)
RT
avec a j ( t ) le facteur de glissement du temps de relaxation induit par la non-linéarité
du mode j, τ rj représentant le temps de relaxation du mode j.
93
Comme pour l’énergie d’activation propre à chaque mode du VER, C. CUNAT
[Cun 85] admet un facteur de glissement identique pour tous les modes
( ) ( )
( a j ( t ) = a( t ) ∀ j = 1,......N ), et en conséquence ∆ ∆Fj+ ( t ) = ∆ ∆F + ( t ) . Il s’agit-là
d’une hypothèse de glissement coopératif.
Plus le système s’éloigne de l’état d’équilibre plus la non-linéarité du comportement
est importante. Cet écart peut être dépendant de la sollicitation (variable de contrôle)
et peut être évalué par la différence entre les variables observables actuelles et à
l’équilibre. On développe ensuite l’expression de cet écart à l’équilibre au premier
ordre par :
( ) r
∆ ∆F + ( t ) = K β (β − β ) (IV.32)
h ∆Fj+,r K (β − β r )
j
τ = exp exp β (IV.33)
k BT RT RT
K β (β − β r )
τ = τ exp
j r
j
(IV.34)
RT
τ j = τ rj a( t ) (IV.35)
94
Pour modéliser les poids caractérisant chaque processus de relaxation, on peut
prendre appui sur les résultats expérimentaux de KOVACS, (voir Annexe B). En
effet, en étudiant la relaxation structurale des polymères vitreux, KOVACS a
clairement mis en évidence la multiplicité des mécanismes de relaxation à partir
d’expériences de recouvrance volumique (tests crossover). D’autres expériences,
comme celles dont les résultats ont été collectés par STRUIK [Str 78] confortent
l’observation de KOVACS, et soulignent la nécessité de prendre en compte plusieurs
processus dissipatifs.
Comme nous l’avons souligné, chaque mode résulte de la combinaison de plusieurs
mécanismes. On peut lui attribuer un poids relatif à l’écart global à l'équilibre P0j , un
temps de relaxation τ rj au voisinage de l’équilibre, et définir ainsi un spectre de
relaxation.
Partant de ces considérations, CUNAT [Cun 85] [Cun 88] propose une distribution
initiale des processus de relaxation (spectre) basée sur la théorie de fluctuation de
PRIGOGINE [Pri 68], laquelle montre que la moyenne de la production d’entropie
induite par une fluctuation globale est la même pour chaque processus j quel que
soit le chemin de régression :
∂∆ is j
∆z = −k B (IV.36)
∂∆z j
où ∆ is représente la création d’entropie de relaxation qui s’obtient par intégration de
A .z
sa production si = pendant le retour à l’équilibre, avec l’hypothèse de linéarité
T
r
qui conduit à la relation A = −g z − z . La création d’entropie due au mode de
fluctuation j au voisinage de l’équilibre s’écrit comme suit :
t zr
j j Aj j
∆ is = ∫ s dt = ∫ T dz
u
0 z (IV.37)
jj
g 1
∆ is j = − ( ∆z j )2 = − kB
2T 2T
avec ∆z j = ( z u − z r ) j .
On obtient donc :
( ∆z j )2 = k B g jj−1 = k B Ljj Ljj−1 g jj−1 = k B Ljj τ jj (IV.38)
( ∆z j )2 = k B L τ j soit ( zu − zr ) j = A τj . (IV.39)
95
∆z j (zu − zr ) j
P0j = N
= N
, (IV.40)
∑ ∆z
j =1
j
∑ (z
j =1
u
−z ) r j
la forme du spectre utilisé dans notre approche (figure IV.3) est donnée par la
relation :
1
P0j = B τ j avec B = N
(IV.41)
j
∑ τ
j=1
∑P
j =1
0
j
=1 (IV.42)
Fig. IV.3. Spectre DNLR des processus dissipatifs défini sur la base de 50 modes dissipatifs
distribués sur 6 décades de l’échelle temporelle.
96
(a u
mn γn ) j
(
= Pju a umn γ n )
(IV.43)
(a r
mn γn ) j
(
= Pjr a rmn γ n )
Ici Pju et Pjr jouent le rôle d’opérateurs de localisation de γ dans l’espace des modes
de dissipation. En pratique, nombre de simulations ont été conduites avec succès en
utilisant l’approximation Prj = Puj = Poj . Ainsi lorsque l’on écrit β = ∑ (β) j , on effectue
une opération d’homogénéisation. La réponse globale du VER est alors obtenue en
superposant les N réponses élémentaires, relatives à chaque mode.
Complétées par une loi cinétique, découlant des deux hypothèses thermodynamique
et cinétique, permettant de décrire l’évolution des variables internes sur la base d’une
analyse modale de dissipation :
−1r
z = − τ z − z (IV.46)
La dernière difficulté dans l’utilisation de ces lois est liée aux variables internes qui
régissent la relaxation par l’intermédiaire du terme b. z .
La différence entre les équations (IV.44) et (IV.47) donne une relation que l’on peut
ensuite intégrer dans le temps :
r r
β − β = b (z − z ) (IV.48)
En introduisant cette dernière relation dans l’équation initiale (IV.44), et compte tenu
des modes dissipatifs choisis pour représenter l’évolution d’un milieu continu, on
trouve finalement la loi constitutive d’évolution globale sous la forme d’une somme de
réponses modales :
97
N N β − β
j j ,r
β = ∑ β = ∑ P0 a . γ −
j j u
a (t ) τ rj
j =1 j=1
j,r r
β = P 0j a . γ
+ ,r
τ r = h exp ∆ F j = h exp ∆ E j − T ∆ s j
+ ,r + ,r
(IV.50)
j kBT RT k B T RT
a ( t ) = exp
( )
∆ ∆ F j+ ( t )
= exp
K β .( β − β r )
RT RT
P j = β τ r 1
0 j avec β = N
∑
j=1
τ rj
Cette écriture est obtenue ici sur la base de la linéarité thermodynamique, par souci
de simplicité dans la présentation, mais elle peut être établie en toute généralité.
L’approche DNLR ainsi construite permet d’emblée la description de nombreux
comportements rencontrés en physique. À titre d'exemple, le potentiel
thermodynamique généralisé peut être donné par ψ = ψ (T, σ, E, H, n,...) , où les
variables de commande peuvent être la température T, le tenseur des contraintes σ ,
le champ électrique E , le champ magnétique H et le vecteur des concentrations de
constituants chimiques n . Les variables observables sont composées des variables
duales respectives telles que le tenseur des déformations ε , le vecteur de
polarisation électrique P , le vecteur de polarisation magnétique M et le vecteur des
potentiels chimiques µ . La loi de comportement s’écrit alors sous la forme générale
suivante [Lou 96] [Cun 01].
1
(s − sr )N
−1
s CT α φ ϕ µ,T (s − sr )
T
(s − sr )j
τ1
1
ε α s γ π µ,σ σ (ε − ε )1 r r
(ε − ε )j
r
(ε − ε )N
k µ,E (P − P )N 1
r r r
P φ γ ξ
. E − (P − P )1 (P − P )j
= .
H (M − Mr ) (M − M )N τj
r r
M ϕ π ξ χ µ,H (M − M )j
1
µ µ, r r r
n (µ − µ )1 (µ − µ )j (µ − µ )N 1
T µ,σ µ,E µ,H µ,n
τN
(IV.51)
Pour le cas d’une sollicitation purement mécanique à déformation imposée (e.g.
comme dans un essai de traction simple), la variable observable correspond à la
contrainte, β σ , et la perturbation imposée considérée comme variable de contrôle
98
est la déformation γ ε . La loi de comportement s’explicite alors sous la forme
suivante :
N N j u j j ,r
σ = ∑ σj = ∑ P0 a ε − σ − σ
a (t ) τ rj
j=1 j=1
r
σ j,r = P 0j a ε
(IV.52)
h
τ rj =
k BT
(
exp ∆ F j+ ,r )
kσ σ − σr
a ( t ) = exp( )
RT
où k σ est homogène à un volume d’activation. La figure ci-dessous montre les
différentes contributions à la réponse d’un matériau pour une telle expérience et
selon l’approche DNLR (équations IV.52).
Fig. IV4. Représentation schématique des différentes contributions à la réponse observée d’un
matériau.
Plusieurs écritures ont été proposées, nous n’évoquerons brièvement que celle de
LOUKIL [Lou 96], et celle de K. M'RABET [Kaï 03] concernant la modélisation du
comportement mécanique des polymères semi-cristallins, notamment le PEHD.
99
LOUKIL a décrit l’état relaxé grandes déformations des polymères, comme un état
régi par une loi de type élastique. Plus précisément, il a choisi de travailler avec un
comportement élastique non-linéaire [Aya 95]. Et, pour pendre en compte
∂ 2 sr
l’importance de la contribution du terme entropique , il a proposé de décrire
∂ ε∂ ε
l’état relaxé σ r à l’aide d’une loi de type MOONEY-RIVLIN, assez bien adaptée à la
modélisation du comportement des élastomères en grandes déformations, et faisant
intervenir un durcissement hyperélastique. L’expression de la contrainte à l’état
relaxé retenue par l’auteur est de la forme suivante :
r 1 C
en traction : σ11 = 2 λ21 − C1 + 2 (IV.53)
λ 1 λ1
r
en cisaillement : σ12 = 4(C1 + C 2 )ε12 (IV.54)
où C1 et C 2 , désignent les coefficients de MOONEY-RIVLIN, et λ 1 l’extension
principale. Ce choix lui a permis de simuler le comportement en traction et en
cisaillement en grandes déformations du PEEK, présentant un durcissement
hyperélastique en traction et un pseudo-plateau de contrainte en cisaillement, figure
IV.5.
Fig. IV.5. Comparaison des résultats expérimentaux de traction et de cisaillement [Dah 92] avec
ceux calculés par le modèle DNLR [Lou 96]
a( t ) = exp
( )
∆ ∆Fj+ ( t )
RT (IV.55)
( +
) r r
∆ ∆Fj ( t ) = K σ (σ1 − σ1 ) + K s (s1 − s1 )
100
La prise en compte de ce terme de couplage entropique permet de plus de
reproduire le crochet de traction et de rendre des réorganisations moléculaires
intervenant lors de la sollicitation, figure IV.6.
Plus récemment, ROGUET [Rog 07] a réalisé une campagne des essais de traction
et de torsion principalement menés entre 70 et 100 C° (entre T g et Tf) dans le but de
mieux appréhender l’état relaxé de la phase amorphe d’un polymère semi-cristallin :
le polyamide 11 (PA11). Ces essais ont été conduits à des vitesses de déformation
très lentes, afin de tendre le plus possible vers les conditions de l’élasticité
caoutchoutique. Il faut cependant noter que ce polymère comporte une phase
amorphe vitreuse à température ambiante, contrairement au PEHD.
Les résultats montrent que plus le matériau est sollicité lentement plus les courbes
contrainte-déformation se rapprochent, la sensibilité à la vitesse de déformation
diminuant donc avec cette même vitesse. Lorsque cette vitesse devient
suffisamment faible les courbes se superposent, figure IV.9. Une courbe contrainte-
déformation, appelée « courbe limite », (quasi indépendante de la vitesse de
déformation) est atteinte. A une température donnée, il existe donc une vitesse de
102
déformation critique en deçà de laquelle le comportement en traction et en torsion ne
dépend plus de la vitesse. Cet état semble correspondre à un état relaxé pour le
polymère étudié.
Plusieurs trajets de chargement sont appliqués à la suite d’une charge sur la courbe
limite, figure IV.10-a. En effet il existe une déformation résiduelle importante et non
recouvrable à la fin de la décharge. De plus, la relaxation est possible, même si la
charge ne dépend pas de la vitesse de déformation et appartient donc au domaine
de la courbe limite, la contrainte évoluant malgré tout avec le temps.
Selon Roguet [Rog 07], la cinétique de ce phénomène est très lente, puisqu'après 24
heures de relaxation, la contrainte continue à évoluer et semble très éloignée d’un
état d’équilibre (figure IV.10-b).
-4 -1
[Link].9. Présence d’une courbe limite atteinte à 10 s pour une traction uniaxiale [Rog 07]
(a) (b)
103
IV.3.2. Modélisation mécanique multi-échelle pour le Polyéthylène à
Haute Densité présentée par M’RABET et servant de base à une
formulation plus générale
Signalons tout d’abord les avancées significatives de M'RABET [Kaï 03] concernant
la caractérisation et la modélisation du comportement mécanique du PEHD. En effet,
l’auteur a reconsidéré la modélisation de l’état relaxé en grandes déformations en
prenant en compte les effets de l’endommagement, (fort complexes dans le cas de
ce matériau).
Partant des observations expérimentales montrant que l’état relaxé diffère de l’état
d’équilibre thermodynamique vrai, (puisque l’état relaxé accessible à l’expérience
évolue tout de même lorsque l’on attend un temps très long), M'RABET a proposé de
modéliser la contrainte relaxée en reprenant le formalisme DNLR décrit
précédemment pour exprimer la contrainte globale mesurée.
104
revanche, les modes dissipatifs de retard (ρ) se produiraient plus tard sur l’échelle
temporelle et seraient conditionnés par un autre spectre impliquant des temps plus
longs. Les couplages qu’il retient le conduisent aux équations IV.60 et IV.59 ; nous
reviendrons sur les fondements thermodynamiques qui conduisent à ces relations,
notamment lors de la représentation de notre propre modélisation.
Dans son modèle, l’effet de l’endommagement sur le module d’élasticité à l’état
relaxé Er a été pris en compte. L’endommagement se présente alors comme la
synthèse de deux composantes : la première ( D εm ) traduit la diminution du module
relaxé E r en fonction de la déformation maximale atteinte, et la deuxième ( Dcycl ) se
touche à l’effet cyclique. D’une manière empirique avec quatre paramètres à ajuster,
notre collègue a proposé une nouvelle évolution du module relaxé lors de la
déformation :
(
E r (ε max ,N cycles ) = E r0 (1 − D ) = E r0 1 − D εm − D cycl )
α2 (IV.57)
E r = E r0 1 − α 1 (1 − exp( −βε m ) −
1 + H( − σ r
)H( − ε ) exp( −β σ r
/ N )
2 cycles
eq ε0 k eq
σ
σr − σeq (IV.58)
a (t ) = exp ( )
Η ( ε0 − ε )
ε0 ε
Η ( ε − ε0 ) RT
avec k eq
σ
= − V + eq un paramètre qui traduit la non-linéarité liée à l’écart à l’équilibre ;
et ε 0 un paramètre contrôlant l’effet de la vitesse.
N N σ r − P r σ eq
σr = ∑ σ rρ = ∑ P ρr E r ε − ρ eq ρ eq
ρ a ( t )τ ρ
(IV.59)
ρ
105
considérations statistiques décrivant les réorganisations configurationnelles à
l’échelle moléculaire en utilisant le modèle de ARRUDA et BOYCE (cf ANNEXE C).
Rappelons que ce dernier modèle est développé pour décrire l’élasticité
caoutchoutique non-linéaire en grandes déformations reposant sur un réseau à 8
chaînes macromoléculaires.
Signalons que MARCERON [Pas 99] a aussi utilisé le modèle de ARRUDA et
BOYCE pour décrire l’état relaxé σ r mais en supposant que celui-ci était un état
d’équilibre vrai. Elle a pu ainsi modéliser avec succès le fluage du PVDF.
En utilisant les relations précédentes donnant les contraintes à l’état relaxé et à l’état
d’équilibre, on arrive finalement à l’évolution de la contrainte totale apparente qui est
modélisée par :
N N σ j − P jo σ r
σ = ∑ σ j = ∑ P jo E u ε −
j a r ( t ) τ rj
(IV.60)
j
où k σ = k 0 exp(k 1ε k 2 ) est le volume d’activation qui augmente avec la déformation
(effet de l’endommagement), lié à l’écart à l’état relaxé. k 1 et k 2 sont des paramètres
du modèle.
Les figures IV.12 et IV.13 ci-dessous présentent quelques simulations réalisées en
utilisant cette version du DNLR, elles confirment l’aptitude de ce modèle à décrire
des essais mécaniques relativement complexes. Elles mettent également en exergue
le caractère irréversible de l’état relaxé.
106
Fig. IV.13. essai de traction compression avec des séquences de relaxation (PEHD à 25C° et
ε = 5x10 −4 s−1 ) [Kaï 03].
Comme nous venons de le voir, l’indépendance de l’état relaxé vis à vis de la vitesse
de déformation est prise en compte seulement par le biais du spectre des temps de
relaxation relatif à l’état d’équilibre τ eq ( σ r → σ eq ), de sorte que σ r ne dépende que
de l’histoire de chargement et non plus de la vitesse de chargement. Cet effet n’est
pas pris en compte dans le spectre des temps de relaxation correspondant à l’état
relaxé τ r ( σ → σ r ).
Par ailleurs, dans cette modélisation établie par notre précurseur, K. M’RABET, les
mécanismes macroscopiques qui traduisent l’endommagement sont décrits par des
lois empiriques, de façon à ce que le module d’élasticité diminue toujours en fonction
de la déformation. Ce qui ne correspond pas tout à fait à nos observations, surtout
lorsque nous étendons l’étude aux plus grandes déformations, (figure IV.16). Ce
choix suscite donc des questions sur la description et la définition de
l’endommagement et en particulier sur la seule prise en compte de l’évolution du
module d’élasticité apparent.
Pour tenter de proposer un bilan synthétique, on peut dire que, globalement, chacun
des modes dissipatifs de ce modèle est abordé par l’intermédiaire d’un jeu de
relations du type :
r
u σ−σ
σ = a .ε −
τu→r
et (IV.61)
r eq
r r σ −σ ε
σ = a .ε − ( r →eq
)
τ ε0
107
r r r
soit σ = asec . ε , où asec représente le module sécant. Chacune de ces relations
représente un modèle analogique de type Zener (ou Pointing-Thomson), et peut se
ré-écrire sous la forme :
u r
τu→r σ + σ = τu→r a . ε + asec . ε . (IV.62)
ε0
Le choix du temps caractéristique ( τr →eq ) transforme en fait l’amortisseur
ε
analogique correspondant en patin puisqu’il conduit à :
r r eq
r σ −σ ε
σ = a − ( r →eq ) (IV.63)
τ ε0
où ( τr →eq ε0 ) a perdu la dimension temporelle.
Bien entendu, Eeq est un module non-linéaire de type hyperélastique, Er est affecté
par l’endommagement et les temps carastéristiques dépendent de l’histoire du
chargement. Notons que KICHERIM [Kic 92] a proposé un modèle empirique tout à
fait équivalent. L’assemblage analogique est représenté ci-dessous. On peut
constater ainsi que l’unité de type Pointing-Thomson avec un patin est remplacée par
une unité équivalente de Zener. Cette phase de modélisation requiert au minimum 5
paramètres ajustables : trois rigidités, un temps caractéristique et un paramètre de
frotteur.
108
Fig. IV.15. Modèle proposé par KICHERIM [Kic 92]. La partie entourée correspond à la
r
modélisation du module relaxé E .
Fig. IV.16. Evolution du module d’élasticité apparent du PEHD avec différentes vitesses
109
L’autre problème que nous allons aborder concerne l’effet de l’endommagement sur
les propriétés élastiques ( E, ν, ). Classiquement on utilise la relation E = E 0 (1 − D)
qui décrit la diminution de la valeur du module d’élasticité au cours de la déformation.
Dans le cas du PEHD, les résultats expérimentaux, présentés au chapitre 3,
montrent, pour différentes vitesses, que le module d’élasticité diminue jusqu’à un
certain niveau de déformation axiale puis commence à augmenter, figure IV.16. Ceci
indique que l’endommagement par cavitation n’est pas le seul à affecter les
propriétés élastiques du matériau, mais qu'il faut également considérer les
réorganisations des chaînes macromoléculaires, en particulier dans le sens de la
sollicitation, en grandes déformations.
Après ce tour d’horizon sur les avancées de nos prédécesseurs au sujet de la
modélisation thermodynamique du comportement mécanique du PEHD, il nous a
semblé essentiel de reconsidérer certaines facettes du formalisme, en faisant en
sorte qu’il puisse rendre compte du phénomène de variation de volume consécutif à
l’endommagement. Ce travail fait l’objet de la section suivante.
110
∂ψ ∂ψ
φ=ψ− ε2 − ε3 (IV.64)
∂ε 2 ∂ε 3
d’où
φ = ψ − σ2 ε2 − σ3 ε3 (IV.65)
et
∂ψ ∂ψ ∂ψ ∂ψ ∂ψ
dφ = dT + dε1 + dz + dρ + d e − ε 2 d σ 2 − ε 3 dσ 3 (IV.66)
∂T ∂ε1 ∂z ∂z ∂z
∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ
ε2 = ε1 + σ2 + σ3 + z+ ρ+ e (IV.68)
∂σ 2 ∂ε 1 ∂σ 2 ∂σ 2 ∂σ 2 ∂σ 3 ∂σ 2 ∂z ∂σ 2 ∂ρ ∂σ 2 ∂e
∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ
ε3 = ε1 + σ2 + σ3 + z+ ρ+ e (IV.69)
∂σ3∂ε1 ∂σ3 ∂σ 2 ∂σ3 ∂σ3 ∂σ3 ∂z ∂σ3∂ρ ∂σ3∂e
∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ
− Az = ε1 + σ2 + σ3 + z+ ρ+ e (IV.70)
∂z∂ε1 ∂z∂σ 2 ∂z∂σ3 ∂ z∂ z ∂ z∂ ρ ∂ z∂ e
∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ
− Aρ = ε1 + σ2 + σ3 + z+ ρ+ e (IV.71)
∂ ρ ∂ε1 ∂ ρ ∂σ2 ∂ ρ ∂σ3 ∂ ρ ∂z ∂ρ∂ρ ∂ ρ∂e
∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ ∂ 2φ
− Ae = ε1 + σ2 + σ3 + z+ ρ+ e (IV.72)
∂ e ∂ε1 ∂ e ∂σ 2 ∂ e ∂σ 3 ∂ e ∂z ∂e ∂ρ ∂ e ∂e
111
Cette écriture néglige implicitement l’effet de la température ; nous admettons par
souci de simplicité, que le VER demeure isotherme au cours de la sollicitation
mécanique.
avec a ε1ε1 = ∂ 2 φ / ∂ε1∂ε1 , et ainsi de suite… La lettre « a » est utilisée pour décrire les
couplage entre les grandeurs dont le contrôle peut être considéré comme accessible
à l’expérimentateur, la lettre « b » indique le couplage de ces grandeurs avec les
variable internes et la lettre « g » décrit le couplage entre les grandeurs dissipatives.
Nous faisons maintenant les hypothèses physiques suivantes :
• l’endommagement est directement conditionné par la déformation imposée,
comme le confirment les observations de ADDIEGO [Add 06-a] et de
PAWLAK [Paw 07] ;
• le seul couplage qui sera pris en compte est celui entre les variables et les
variables de retard à l’équilibre, ρ . Ce couplage peut être interprété par la
transformation de la phase cristalline à la phase amorphe due à la
fragmentation progressive des cristallites [G’sell 94]).
Ces hypothèses, conformes à celles de MRABET, (qui ne s’intéressait alors qu’à σ1
comme réponse mécanique), se traduisent par :
ε 3 = a σ3 ε1 ε 1 + b σ3 z z + b σ3e e (IV.77)
− A z = b zε1 ε1 + g zz z + g zρ ρ (IV.78)
112
− A ρ = gρz z + gρρ ρ (IV.79)
− A rZ = 0 = b zε1 ε1 + g zz z r + g zρ ρ r (IV.81)
z = L zz A z ρ,ε (IV.85)
avec
Az ρ,ε = g zz z ρ,ε
(IV.86)
r
Az ρ,ε = −g zz ( z − z ) ρ,ε
soit
z − zr
z = −L zz gzz ( z − z r ) ρ,ε = − . (IV.87)
τrz
Ceci peut être corroboré par les observations qui révèlent l’apparition de
l’endommagement dès les premiers stades de la déformation non-élastique.
A l’état relaxé l’évolution de (IV.75) devient :
113
σ1r = a ε1ε1 ε 1 + b ε1z z r + b ε1e e r
(IV.89)
Par soustraction de (IV.75) et (IV.89)
( )
σ1 − σ1r = b ε1z z − z r + b ε1e (e − e r ) (IV.90)
et intégration, on obtient
σ1 − σ1r = b ε1z ( z − z r ) + b ε1e ( e − e r ) . (IV.91)
En combinant les équations (IV.87) et (IV.88) dans (IV.75) avec (IV.91), on trouve
finalement l’évolution de la contrainte
−1
σ1 = a ε1ε1 ε1 − τ r (σ1 − σ1r ) (IV.92)
Cette équation nous servira de point de départ pour déterminer l’évolution de l’état
relaxé. En effet, nous considérerons que l’état relaxé observé expérimentalement est
atteint lorsque les vitesses d’affinité des processus de nature viscoélastique et
d’endommagement ( A z et A e ) s’annulent (système isoaffin vis-à-vis des évolutions
microstructurales). Ceci prend en compte l’hypothèse selon laquelle l’échelle de
temps d’évolution de ce type de processus est compatible avec l’échelle de temps
d’une expérience de relaxation, les processus ρ pouvant encore évoluer à l’état
relaxé. L’annulation des autres vitesses d’affinités ( A ρ ) signifierait que la
stationnarité thermodynamique globale est atteinte. Si, de plus, A z , A e et A ρ sont
toutes nulles, alors l’équilibre thermodynamique global est atteint.
L’évolution de la contrainte à l’état relaxé devient :
− A re = − A re = 0 = b eε1 ε 1 + g ee e r (IV.96)
d’où
e r = −gee
−1
b eε1 ε1 (IV.97)
114
σ1r = (aε1ε1 − bε1z g−zz1b zε1 − bε1e gee
−1 −1
beε1 )ε1 − bε1z gzz gzρ ρ r (IV.98)
Cette dernière relation est très importante, elle fait intervenir une partie instantanée
régie par un module a ε1ε1 affecté par l’histoire et notamment par l’endommagement,
−1 −1
puisqu’il s’écrit (a ε1ε1 − b ε1z g zz b zε1 − b ε1e gee b eε1 ) . On considérera que cette expression
représente un module relaxé effectif a rε,1eff
ε1 pouvant se mettre sous la forme
condensée
arε,1eff r
ε1 = a ε1ε1 (1 − D11 ) (IV.99)
La différence entre ces deux dernières expressions puis leur intégration nous donne :
σ −σ = − ε
−
ρ ρ −ρ . (IV.104)
et, par ailleurs, la loi (IV.79), écrite pour l’état relaxé vis à vis de z et e ( A z = A e = 0 )
115
−1
ρ r = − τ eq ( ρ r − ρ eq ) (IV.110)
Nous retrouvons ainsi la structure du modèle proposé par M’RABET. Nous arrivons
maintenant à la dernière phase de la modélisation. Dans cette partie, nous allons
montrer comment il est possible de rendre compte de la variation de volume d'un
matériau sous une sollicitation uniaxiale à déformation imposée. Ce dernier objectif
apporte une dimension supplémentaire par rapport aux modélisations réalisée par
M’RABET sur le même matériau en introduisant de fait la spécificité tensorielle des
variables mécaniques.
Pour exprimer la réponse ε 2 nous partons de l’équation (IV.76), et de la combinaison
avec les équations (IV.78), (IV.79) et (IV.80), et obtenons
≡ a rσ,eff
2 ε1
avec
a rσ2ε1 = a σ2ε1 − b σ2z g zz
−1
b zε1
a rσ2ε1D 21 = b σ2e g ee
−1
b eε1 (IV.114)
a rσ,eff
2ε1
= a rσ2ε1 (1 − D 21 )
116
−1
−1
b ε1z g zz g zρ ρ r = τ eq (σ r1 − σ eq
1
) (IV.116)
r ,eff
(σr1 − σ eq )
ε2 = a σ 2 ε1 1 ε − Λ σ2ε1 1
(IV.117)
τ eq
Pour ε 3 on obtient de la même manière
r ,eff
(σr1 − σ eq )
ε3 = a σ 3 ε1 1ε − Λ σ3ε1 1
, (IV.118)
τeq
avec
arσ3ε1 = a σ3ε1 − bσ3z g−zz1b zε1 ,
a rσ,eff
3 ε1
= a rσ3ε1 (1 − D 31 ) ,
− −
= εε ε ε
= −
σ ε σ
−
ε (VI.120)
− −
= σ ε σ ε
In fine, nous arrivons à une formulation des lois constitutives qui permet de satisfaire
les objectifs que nous nous sommes fixés :
N N (σ 1j − σ1j,r )
σ1 = ∑ σ = a ε1ε1 ε 1 − ∑
j
1 (IV.121)
j =1 j=1 τ rj
N N (σ 1j,r − σ1j,eq )
ε2 = ∑ ε = a j
2
r ,eff
σ 2ε1 1 ε − ∑ Λ σ2ε1 (IV.122)
j=1 j =1 τ eq
j
N N (σ 1j,r − σ1j,eq )
ε3 = ∑ ε = a j
3
r ,eff
σ 3 ε1 1 ε − ∑ Λ σ3ε1 (IV.123)
j=1 j =1 τ eq
j
complétés par
117
σ −σ
σ = ∑σ = εε ε −∑ (IV.124)
= = τ
Pour ce faire, nous nous référons au cas de l'élasticité pure, où la partie dissipative
N ( σ j − σ j,r ) N ( σ j,r − σ j,eq )
est nulle ∑ et ∑ 1 eq
1 1
1
r
≅ 0 . Dans ce cas, les conditions ci-dessous
j =1 τj j =1 τj
doivent être vérifiées, et nous procédons par identification :
σ1 = a ε1ε1 ε 1 ⇒ a ε1ε1 = E1u
ε 2 = a rσ,eff ε
2 ε1 1
⇒ a rσ,eff
2 ε1
r ,eff
= −v 12
(IV.125)
ε 3 = a rσ,3effε1 ε 1 ⇒ a rσ,eff
3 ε1
r ,eff
= −v 13
σ r1 = a rε,1eff
ε1 ε 1 ⇒ a rε,1eff r ,eff
ε1 = E 1
Il ne nous reste plus désormais qu’à identifier les coefficient de couplage Λ σ2ε1 et
Λ σ3ε1 .
Ce problème est épineux, mais après avoir observé que l’unité de ces coefficients
est l’inverse de celle du module d’élasticité, et en remarquant qu’ils se rapportent à la
partie dissipative de l’état relaxé par rapport à l’état d’équilibre, on propose de les
relier au module d’élasticité endommagé à l’état relaxé de façon linéaire
δ
Λσ ε =
(IV.126)
δ
Λσ ε =
En définitive, les lois constitutives retenues pour décrire nos expériences de traction
uniaxiale avec mesure de déformation volumique à déformation imposée prennent la
forme :
(σ1j − σ1j,r )
N
σ1 = E1u ε1 −∑ (IV.127)
j=1 τ j,r
δ σ −σ
ε =− ε −∑ (IV.128)
= τ
δ σ −σ
ε =− ε −∑ (IV.129)
= τ
118
tr ε = ε1 + ε 2 + ε 3 (IV.130)
N (σ 1j,r − σ 1j,eq )
Avec σr1 = E1r,eff ε1 −∑ (IV.131)
j=1 τ j,eq
r ,eff
où E1u est le module d’élasticité instantané, (élasticité non relaxé), v 12
r ,eff
et v 13 , sont
les coefficients de Poisson endommagé à l’état relaxé, et E1r ,eff le module d’élasticité
endommagé à l’état relaxé.
Fig. IV.17. Mise en évidence de l’anisotropie par le biais des déformations transversales ε2 et
ε3 .
Sachant que les composantes élastiques des déformations sont très faibles par
rapport aux déformations totales; on obtient également
119
ε3 ε3
= ≈ χ(α ) (IV.133)
ε2 ε2
Dans le cas d'une variation de volume d'un matériau isotrope transverse nous
r ,eff r ,eff
avons : ε 2 = ε 3 et ν12 = ν13 , et la déformation volumique peut alors s’écrire
tr ε = ε1 + 2ε 2 (IV.134)
La contrainte à l’équilibre σ
eq
1
eq
(employée sous la forme modale σ =
1 ∑σ
j=1
j,eq
1 dans les
F eq = E eq − Ts eq (IV.136)
et donne par dérivation à température constante
∂F eq ∂E eq ∂s eq
= − T (IV.137)
∂ε T ∂ε T ∂ε T
Soit
σ =σ +σ , (IV.138)
Pour les métaux et les polymères sous leur transition vitreuse, le terme énergétique
prédomine largement, σ Eeq >> σ eq
s . En revanche, dans le cas des caoutchoucs, c’est
120
de déformation est purement entropique, on parle alors d’une contrainte entropique,
liée aux changements de configuration à l’échelle atomique ou moléculaire.
La composante de la contrainte σ eq
s peut être modélisée à partir de deux itinéraires
Nk B T 0.5 2 λc
σeq
i − σeq
j =
3λ c
(
n λ i − λ2j ) −1
n0.5
i, j = 1, 2, 3 (IV.139)
λc = (λ2
1 )
+ λ22 + λ23 / 3
( x ) = coth( x ) − 1/ x, fonction de Langevin
121
li
où λ i = est l’extension dans la direction principale i et où N désigne la densité de
l
chaînes dans le réseau, régissant le module de cisaillement G = Nk B T en petites
déformations. Le terme n représente le nombre de segments par chaîne contrôlant le
comportement en grandes déformations, jusqu’à l’extensibilité extrême du réseau.
Dans le cas d’une sollicitation uniaxiale (traction, compression), l’évolution de cette
contrainte obéit à l’expression suivante
Nk B T 0.5 2 λc
σ1eq =
3λ c
(
n λ 1 − λ22 ) −1
n 0 .5
σ eq
2 = 0
σ eq (IV.140)
3 = 0
λ 1 = exp( ε1 )
λ 2 = exp( − ε1 2 ) = 1 λ1
λc = λ21 + 2λ21 3
−1
En ce qui concerne la fonction de LANGEVIN inverse, (λ c / n 0.5 ) , nous choisirons
l’approximation de Padé (valable dans un domaine précis), permettant de développer
3 − x2
plus facilement cette fonction , [Coh 91] [Per 99] : −1(x ) ≈ x .
1− x2
Rappelons que la contrainte de nature enthalpique σEeq , est supposée négligeable
dans le cas du PEHD, ce qui sous-entend que les énergies de liaisons chimiques
entre chaînes macromoléculaires sont faibles (ce qui n’est pas le cas des liaisons
covalentes intramoléculaires) et n’ont, par conséquence, quasiment pas d’effet sur la
contrainte macroscopique d’écoulement, σEeq ≈ 0 .
122
7
x 10
(a) 10
8
-2
-1.5 -1 -0.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5
8
x 10
(b) 3
2.5
1.5
0.5
-0.5
-1.5 -1 -0.5 0 0.5 1 1.5 2 2.5
Fig. IV18. Effet du nombre de chaînes par segments,(a), et du module de cisaillement (b) sur la
contrainte à l’équilibre d’après le modèle d'ARRUDA et BOYCE et suivant l’approximation de
Padé.
de l’état transitoire activé, et de la même façon que nous l’avons fait pour τrj (cf.
MRABET [Kaï 03]). La figure ci-dessous présente schématiquement la nouvelle
123
disposition des cols d’activation correspondant au concept d’état d’équilibre vrai. Un
col d’activation primaire traduit la transition entre les états instantané et relaxé, un
second col rend compte du passage de l’état relaxé à l’état d’équilibre.
Nous adopterons le même type de formulation concernant l’expression des temps de
relaxation en fonction des sollicitations, qu’ils décrivent les conditions d’évolution
vers l’état relaxé ou vers l’état d’équilibre. La forme mathématique la plus simple est
le produit d’un temps de référence par un facteur de glissement portant un certain
nombre de non-linéarités dont celles que nous avons déjà évoquées :
Fiq. IV.19. Description schématique des niveaux d’énergie et des cols d’activation conduisant à
l’état d’équilibre ultime
124
fois sur τrj et sur τeq
j (à la différence de ce qu’a proposé MRABET uniquement pour
τeq
j ). Les formulations non-linéaires que nous avons retenues s’écrient :
τ eq ref ,eq eq
j = τj a 1 (ε 1, z, ρ, e)a eq
v (ε1 )
(IV.143)
τ rj = τ ref
j
,r r
a 1 (ε 1, z, ρ, e)a rv (ε1 )
Pour les autres facteurs, aeq et ar , nous gardons la même forme que celle adoptée
1 1
dans le modèle de base pour traduire la dépendance du col d’activation vis à vis de
l’état de contrainte :
125
où le facteur de non-linéarité k σ traduit l’effet de l’écart à l’état relaxé, et correspond
au volume d’activation, (i.e. le volume localement impliqué dans les mouvements
moléculaires qui évolue avec la déformation, d’autant plus qu’il y a
endommagement). Le facteur k eq rend compte de l’écart à l’état d’équilibre et
σ
pourrait correspondre au volume d'activation occupé par les mécanismes de
fragmentation / réorientation des blocs de lamelles cristallines.
La modélisation se complique lorsque l’on veut obtenir des lois valables en grandes
déformations. En effet, dans ce cas le volume d’activation k σ doit être évolutif ; nous
avons choisi une loi empirique dépendant de la déformation (cumulée) imposée
k
k σ = k 0 exp(k 1ε1 2 ) (IV.147)
126
définition classique de la variable d’endommagement exprimée en fonction du
~
E
module d’élasticité apparent, ( D = 1 − ), ne peut convenir dans le cas du PEHD
E
semi-cristallin.
Ce phénomène complexe d'évolution des propriétés élastiques est la conséquence
de l’ensemble des mécanismes de déformation et d’endommagement intervenant au
sein du matériau, comme nous l’avons évoqué au chapitre I. En effet, en nous
s'appuyant sur ce que nous avions constaté, nous pouvons retenir trois facteurs
majeurs pouvant avoir une influence significative sur ces propriétés. Il s’agit de
Sur le plan expérimental, il est extrêmement difficile de réaliser des essais donnant
directement accès à ces grandeurs. En fait, cela nécessiterait de travailler sur les
boucles d’hystérésis de σr , et de réaliser des cycles de charge-décharge-recharge
127
s’appuyant sur cet état relaxé, à très faible vitesse et grandes déformations. Pour
contourner cette difficulté technique, nous nous référons aux résultats expérimentaux
de ROGUET et MRABET sur l’état relaxé. Ces travaux nous incitent donc à traiter σr
comme une réponse en contrainte globale à très faible vitesse ; ce qui nous permet
de formuler l’hypothèse selon laquelle les propriétés élastiques relatives à l’état
relaxé suivent la même évolution en fonction de la déformation que les propriétés
élastiques mesurées via la contrainte ( σ1 ) globale (cf. figure 14).
λc
E1r,eff = E1r 1 − [α1 (1 − exp( −β1ε1 )) − Χ −1
( )] (IV.149)
n0.5
[
ν 1r ,eff = ν 12
r
1 − [α 12 (1 − exp( −β12 ε 1 )) + ε 12 ] ] (IV.150)
1 3n − 1
et avec Χ = , sachant que α1 représente le niveau de dommage
n 0.5 n − 1
maximal. β1 est également un paramètre caractérisant la saturation du dommage, et
les grandeurs α1 , β1 , α12 et β12 sont des paramètres à ajuster.
128
différents aspects de la réponse du matériau sous sollicitation imposée
N N (σ 1j − Pj0 σ1j,r )
σ1 = ∑ σ1j = E1u ε1 −∑ (IV.152)
j=1 j=1 τrj
j,r r j,eq
N N
δ12 (σ 1 − Pj σ1 )
ε 2 = ∑ ε 2j = −ν12
r ,eff
ε1 − ∑ r ,eff
(IV.153)
j =1 j =1 E1 τ eq
j
ε3 = χε 2 (IV.154)
rh ∆F + k σ σ1 − σ1r ε
τ = j exp( ) exp( ) ( 0 )1 m (IV.156)
kBT RT RT ε1
k
k σ = k 0 exp(k 1ε1 2 )
= τ =
∑ =
τ
Nk B T 0.5 2 λc
σ 1eq =
3λ c
n λ 1 − λ22 ( ) −1
n 0.5
(IV.157)
λ 1 = exp(ε 1 )
λ 2 = exp( − ε 1 2) = 1 λ 1
λ c = λ21 + 2λ21 3
= τ =
∑ =
τ
129
évolution des caractéristiques élastiques intégrant les transformations
microstructurales et l’endommagement
λc
E1r,eff = E1r 1 − [α1 (1 − exp( −β1ε1 )) − Χ −1
( )] (IV.159)
n0.5
ν 1r,eff = ν 12
r
[1 − [α 12 (1 − exp( −β 12 ε 1 )) + ε 12 ] ]
paramètres du modèle :
130
IV.6 Conclusion
Dans ce chapitre, nous venons de présenter une stratégie thermodynamique de
construction des lois d’état (en l’occurrence mécanique), tout en essayant de bien en
préciser les bases fondamentales et les hypothèses. Notre objectif premier consistait
à modéliser le comportement mécanique du PEHD subissant de grandes
déformations et manifestant des phénomènes d’endommagement. Nous avons
concentré nos efforts sur la mise sur pied d’un modèle adapté au matériau
(composite) et aux conditions d’essais : bilan des variables de contrôle et des
variables de réponse, aspects tridimensionnel, endommagement,…
Ainsi, la modélisation thermodynamique que nous allons développée présente les
particularités suivantes :
i) elle est écrite en grandes déformations et en 3 dimensions ;
ii) elle s’appuie sur la référence à un état thermodynamique relaxé (isoaffin) dont
nous connaissons l’évolution, dans le cas des sollicitations cycliques de traction-
compression [Kaï 03];
iii) elle suppose l’existence d’un état d’équilibre thermodynamique sous-jacent, qui
reste néanmoins difficile d’accès aux vitesses de sollicitation habituelles ;
iv) elle intègre les effets d’endommagement agissant surtout par le biais des états
relaxé et d’équilibre;
v) elle permet enfin l’intégration de l’évolution de l’anisotropie induite.
L’étude expérimentale dont les résultats figurent au chapitre III, a mis en exergue
l’existence d’un état relaxé irréversible. De la modélisation de cet état relaxé
irréversible pour le PEHD, il ressort que cette approche possède de réelles aptitudes
pour formuler les lois de comportement mécanique des polymère semi-cristallins.
Néanmoins le travail doit être poursuivi pour améliorer les modélisations utilisées
surtout en très grandes déformations. Un des points à ré-examiner pourrait être la
formulation l’évolution du module d’élasticité intervenant au niveau de la contrainte
relaxée. La modélisation de l’anisotropie induite pourrait, au même titre, constituer un
chalenge intéressant.
131
132
CHAPITRE V
CONFRONTATION DU MODELE THERMODYNAMIQUE ET DES
PRINCIPAUX RESULTATS EXPERIMENTAUX
1
Logiciel libre disponible sur Internet, dont Vincent Magnenet propose une version enrichie.
133
(après les investigations de K. M’RABET) dans le domaine de la modélisation du
PEHD.
Les quelques figures qui suivent constituent un échantillon donnant une idée de la
cohérence du modèle et de son potentiel de prévision.
Lors de la simulation numérique, nous nous sommes surtout attachés à rendre
compte des résultats relatifs à la direction d’extrusion ( angle 0°). Excepté pour les
essais effectués avec sauts de vitesse, la plupart de nos résultats ont été obtenus à
une vitesse de déformation de 0,001 s −1 . Les réponses mécaniques sont simulés
avec un même jeu de 20 paramètres, dont 5 servant à traduire la variation de volume
au cours de la déformation. Les différentes valeurs sont rassemblées par catégorie
dans les tableaux ci-dessous .
pour l’état d’équilibre
NkBT n
0,53 MPa 90
E1r α1 β1 k eq
σ
eq
τ max d ε0
E1u k0 k1 k2 m τ rmax
2
La première thèse consacrée uniquement au comportement mécanique du PEHD a été soutenue
par Kaïs MRABET en 2003, INPL.
134
Le même jeu de paramètres permet aussi de rendre compte des essais de charge-
décharge-recharge pour différentes orientations d’éprouvette ( α = (0, 30, 45, 60, 90°)
en ne jouant que sur un seul paramètre, n, intervenant dans l’expression de l’état
d’équilibre et aussi dans l’évolution du module relaxé endommagé, (Figure V.9). Ce
paramètre n régit l’accélération du durcissement en grandes déformations induites
par étirement et réorganisation des chaînes macromoléculaires.
La modélisation de l'état relaxé avec hystérésis met bien en oeuvre une
décroissance du module, de 350 MPa à environ 42 MPa, en fonction de la
déformation, en raison de la présence d'endommagement par cavitation, puis une
consolidation jusqu’à 260 MPa liée à la réorientation des chaînes macromoléculaires.
Le module de Young instantané trouvé par ajustement est tout à fait conforme à ce
qui est donné par la société Röchling pour ce PEHD, à savoir 1200 MPa. Le module
relaxé est d’ailleurs toujours nettement plus faible que le module instantané.
Nous trouvons que le volume d’activation, dont nous avons modélisé l’évolution en
fonction de la déformation à l’aide de la relation k σ = k 0 ( k1 exp ε1k 2 ) , présente une
valeur conforme à ce qu’a trouvé HONGYI [Hon 98]. En effet, ce dernier trouve, pour
le même matériau (PEHD) mais sous forme de film, un volume compris entre 1 et 2
nm3. Cet ordre de grandeur est cohérent avec l’interprétation que l’on peut donner,
avec ROGUET, du phénomène de relaxation. Pour interpréter ce phénomène, nous
pensons notamment à des réarrangements dans la phase amorphe située entre les
cristallites, dont l’interdistance varierait au cours de la relaxation comme l’a observé
ROGUET. Pour notre part, nous trouvons d’ailleurs un volume d’activation de l’ordre
de 2,15 nm3 (estimation à partir de k0).
135
α = 0°
α = 0°
136
α = 0° ε1
ε3
ε2
ε1
Fig. V.3. Essai de traction uniaxiale avec des sauts de vitesse croissante puis retour à la
vitesse initiale : ε1 = 0,001 s−1; ε 2 = 0,005 s−1; ε3 = 0,01 s−1; ε1 = 0,001 s −1 .
α = 0°
ε1
ε3 ε2
ε1
Fig. V.4. Essai de traction uniaxiale avec des sauts de vitesse décroissante, puis retour à la
vitesse initiale : ε1 = 0,001 s−1; ε 2 = 0,005 s−1; ε3 = 0,01 s−1; ε1 = 0,001 s −1 .
137
Fig. V.5. Courbe de réponse expérimentale en traction uniaxiale et simulation à l’aide du
modèle, ( orientation 0°, vitesse de déformation : 0,001 s −1 ).
Fig. V.6. Réponse expérimentale de relaxation (bleu), après une prédéformation importante
(de l’ordre de 2), et prédiction du modèle (rouge), ( orientation 0°, vitesse de déformation :
0,001 s −1 ).
138
Fig. V.7. Traction uniaxiale interrompue par des séquences cycliques de décharge-recharge.
Réponse expérimentale (bleu) et modèle (rouge), ( α = 0°, ε = 0,001 s −1 ) .
Fig. V.8. Variation de volume et prédiction du modèle correspondant à l’essais de la figure ci-
dessus. Les décharges sont également prédites par le modèle (rouge), ( α = 0°, ε = 0,001 s −1 )
139
7
x 10
9
modèle: contrainte vraie
8
expérience
7
α= °
Contrainte vraie (en Pa)
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6
Déformation axiale
7
x 10
8
modèle: contrainte vraie
7 expérience
α= °
6
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8
140
7
x 10
9
modèle: contrainte vraie
8 expérience
7 α= °
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8
7
x 10
9
modèle: contrainte vraie
8 expérience
α= °
7
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6 1.8
141
V.2 Sensibilité des réponses du matériau aux différents paramètres
du modèle
Nous proposons de présenter très succinctement une étude de sensibilité
concernant les différents paramètres qui interviennent dans le modèle. Nous
commencerons de façon hiérarchique, c’est-à-dire par ceux qui concernent la
contrainte d’équilibre, puis par ceux de la contrainte relaxée et enfin ceux de la
contrainte macroscopique.
Une véritable étude de sensibilité, ou même une simple étude statistique, devrait
permettre de prendre en compte aussi bien des effets des paramètres sur les
réponses prédictives que leurs interactions. Le temps nous a manqué pour faire ce
genre d’analyse, néanmoins nous nous contenterons, pour l’heure, de ne consigner
que les effets des paramètres pris individuellement, en faisant abstraction des
couplages. Les valeurs des paramètres qui seront maintenus constants figurent dans
les tableaux du paragraphe V.1.
Fig. V.10. Effet important du terme ( Nk B T , en MPa) sur la contrainte d’équilibre compte tenu
de la linéarité de l’équation IV.157, α = 0 ° .
142
Fig. IV.11. Très faible influence du paramètre de n sur la contrainte d’équilibre, α = 0 ° .
8
x 10
3.5
2.5
(en Pa)
1.5
0.5
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1 1.2 1.4 1.6
Déformation axiale
143
Fig. V.13. Illustration de l’insensibilité de la contrainte relaxée vis-à-vis de la vitesse de
déformation selon le modèle. Les courbes 1, 2 et 3 représentent la réponse globale du matériau
respectivement aux vitesses. 0,01 s −1 , 0,001 s −1 et 0,0001 s −1 . La courbe 4 représente
l’évolution de l’état relaxé qui se révèle identique pour toutes les vitesses, α = 0 ° .
σ1eq
144
σ1eq
σ1eq
Fig. V.16. Effet significatif du terme de vitesse de déformation ε 0 sur la contrainte relaxée,
α = 0° .
145
σ1eq
Fig. V.17. Effet du terme α1 sur la contrainte relaxée et sur la contrainte d’équilibre, α = 0 ° .
σ1eq
Fig. V.18. Effet du terme n sur la contrainte relaxée et sur la contrainte d’équilibre, α = 0 ° .
146
σ1eq
Fig. V.19. Effet du terme β1 sur la contrainte relaxée et sur la contrainte d’équilibre, α = 0 ° .
147
Fig. V.21. Influence du temps de relaxation τ rmax sur la réponse en contrainte.
σ1r
σ1eq
148
σ1r
σ1eq
149
V.3 Prise en compte de l’anisotropie du matériau.
Le Polyéthylène à Haute Densité employé dans cette étude a été élaboré par
extrusion (Chapitre II), nous supposerons donc qu’il est orthotrope et que les axes
principaux correspondent à la direction d’extrusion, et aux deux directions
transverses orthogonales. Ses propriétés élastiques sont donc présumées
invariantes par changement de direction obtenue par symétrie par rapport au trois
plans orthogonaux s’appuyant sur ces trois directions. Dans ce cas, le comportement
élastique est décrit grâce à 9 constantes de rigidité indépendantes
( C11 C12 C13 C22 C23 C33 C 44 C55 C66 ), notées C ij , ou aux constantes de souplesse
Sij . Ces dernières font intervenir les modules de Young, ( E1, E 2 , E3 ) les coefficients
de Poisson, ( υ12 , υ13 , υ23 ) et les modules de cisaillement, ( G12 , G23 , G13 ) .
1 ν12 ν13
− − 0 0 0
E1 E1 E1
ν 21 1 ν 23
− E − 0 0 0
E2 E2
2
− ν 31 ν 32 1
− 0 0 0
~ E3 E3 E3
S=
1
0 0 0 0 0
2G23
1
0 0 0 0 0
2G31
1
0 0 0 0 0
2G12
avec les conditions de symétrie :
ν12 ν 21 ν ν ν ν
= , 13 = 31 , 23 = 32
E1 E 2 E1 E3 E 2 E3
150
Par ailleurs, l’énergie interne associée à la déformation élastique (isotherme) doit
constituer une forme définie positive :
1 élast 1 1 élast élast
uélast = σ:ε = σ: S :σ = C:ε :ε (V.1)
2 2 2
~ ~
Les valeurs propres des matrices S et C doivent donc être strictement positives, ce
Nous avons pu vérifier expérimentalement les conditions (b) et (c), comme le montre
la figure ci-dessous ; la condition (e) étant trivialement satisfaite, en particulier pour
E1 et E2.
Fig. V.24. Vérification expérimentale des conditions (b) et (c), à l’aide d’essais de traction
effectués sur des éprouvettes prélevées dans les directions 0 et 90°.
Il est de symétrie orthotrope ne peut être valable quel que soit le niveau de
déformation. A la rigueur, il devrait être possible de la retenir pour les orientations 0
et 90° même aux grandes déformations, si le matéria u est réellement orthotrope.
Mais, la réorientation (pour une orientation α quelconque), des macromolécules
constituant aussi bien la phase amorphe que les lamelles cristallines, induit une
151
anisotropie certainement plus complexe, comme nous tenterons de le montrer au
paragraphe suivant.
Malgré cela, la figure représentée ci-dessous montre clairement que l’anisotropie
élastique initiale peut assez bien être décrite par la symétrie orthotrope. Nous y
e
avons comparé les mesures de ν12 ( l’indice e fait référence au repère de
l’éprouvette, voir le paragraphe suivant pour plus de détails) et la même grandeur
calculée en supposant l’orthotropie.
e
ν12 (α )
ε e22 ( ( )
2c 2s2 − c 4 + s 4 ν12 − 2c 2s2 (E1 G12 )
=− e =− 4
) (V.3)
ε11 (
c + s 4 − 2c 2s 2ν12 + 2c 2s 2 (E1 G12 ) )
et en ajustant les paramètres E1, ν12 et G12 constants.
e
Fig. V.25. Variation du coefficient de Poisson ν12 mesuré dans le domaine élastique initial en
fonction de l’orientation des éprouvettes. Comparaison des résultats expérimentaux et du
rapport issu du calcul dans le cas orthotrope.
~
Hormis les conditions de stabilité évoquées ci-dessus, la symétrie de la matrice S a
ν12 ν
pu être vérifiée, mais uniquement pour le terme = 21 .
E1 E2
152
considérées dans cette analyse, (somme toute classique), sont supposées purement
élastiques.
Le passage entre les formulations des différents tenseurs de déformation et de
contraintes est résumé dans le tableau IV.1.
La sollicitation mécanique est uniaxiale dans le repère de l’éprouvette :
e e 0
σ = σ11 e1 ⊗ e1 . Son expression, σ , dans le repère de la plaque s’obtient via la
t e
matrice de rotation M : σ = M. σ .M ; avec M = M(α ) . En supposant le matériau
orthotrope, on exprime alors le tenseur de déformation ε = S : σ , où S désigne le
e
ε11 e
ε 33
ε e22
Fig. V.26. Description des différentes déformations exprimées dans le repère de l’éprouvette.
e
Coefficient de Poisson ν 12 (α ) = −ε e22 (α ) / ε 11
e
.
e
On constate tout d’abord que ε12 ≠ 0 , ce qui nous interpelle quant à l’aptitude de la
technique de Vidéotraction à décrire totalement l’état de déformation à l’aide de n
tâches sensées matérialiser le repère principal des déformations.
153
e
En effet, la mesure de la composante de déformation ε12 n’est pas accessible par
cette méthode, compte tenu de la disposition habituelle des tâches : en croix alignée
dans les directions locales 1, 2 et éventuellement 3 pour 2x7 tâches. Cette
disposition en croix présuppose une coïncidence avec le repère principal des
déformations élastoplastiques. On constate par ailleurs que les modules E1 et E2 ne
sont pas très différents, même aux grandes déformations : E1(ε1 ) ≅ E 2 (ε1 ) .
Fig. V.27. Disposition d’une éprouvette de traction dans la plaque de PEHD. Représentation
e 0
des repères R et R liés à respectivement à l’éprouvette (indice e) et à la plaque (indice 0).
e e t e
Contraintes σ = σ11 e1 ⊗ e1 σ = M . σ .M
e
ε = M. ε . t M ε = S:σ
e c4 2ν c2s2 c2s2 s4 e
ε11 = − 12 + + σ11
E1 E1 G12 E2
Déformations c2s2 ν12s4 c2s2 ν12c4 c2s2 e
εe22 = − − − + σ11
1E E1 G12 E 1 E 2
154
Nous avons tracé les courbes d’évolution au cours de la déformation du coefficient
e εe (α )
de Poisson ν12 (α ) = − 22e obtenu en effectuant le rapport des déformations
ε11
élastiques mesurées dans les directions 1 et 2 de chaque éprouvette d’orientation α,
figure IV.39.
e ε e22 ( ( )
2c 2s 2 − c 4 + s 4 ν12 − 2c 2 s 2 (E1 G12 )
ν (α ) = − e = − 4
) (V.5)
12
ε11 (
c + s 4 − 2c 2 s 2ν12 + 2c 2s 2 (E1 G12 ) )
e
e E1(ε11 )
G12 (ε11 )≅ e
(V.6 )
2 (1 + β ν12 (ε11 ))
155
On peut illustrer ce phénomène à l’aide de la figure V.29, où les lignes
bleues verticales représentent schématiquement la microstructure
moléculaire orientée (de façon un peu exagérée) du fait de l’extrusion.
Le prélèvement puis la sollicitation en grandes déformations
d’éprouvettes inclinées engendre une réorientation des macromolécules
dans le sens de la contrainte appliquée, et engendre une
complexification de l’anisotropie initiale. La correspondance entre cette
nouvelle orientation microstructurale, (qui pourra être modélisé par une
fonction de Langevin), et la symétrie orthotrope initiale ne peut donc être
décrite par la matrice de rotation M .
V.4 Conclusion
Comme nous l’avons mentionné brièvement en introduction, la modélisation
thermodynamique que nous avons développée :
i) a permis de simuler le comportement du PEHD en grandes déformations et de
rendre compte des mesures de contraintes et déformations effectuées en 3D ;
ii) elle est conforme à la référence à un état thermodynamique relaxé dont nous
connaissons l’évolution expérimentale dans le cas des sollicitations cycliques de
traction-compression; la containte relaxée théorique coïncide avec la courbe relaxée
expérimentale, aussi pour des chargements monotones que pour des cycles de
charge-décharge ;
iii) elle s’appuie sur l’existence d’un état d’équilibre thermodynamique sous-jacent,
qui reste néanmoins difficile d’accès aux vitesses de sollicitation habituelles ;
iv) elle intègre les effets d’endommagement en conditions 3D, agissant surtout par le
biais des états relaxé et d’équilibre ;
v) prend en compte la présence d’une anisotropie liée au procédé d’élaboration par
l’intermédiaire du paramètre n intervenant dans l’expression de la contrainte à l’état
d’équilibre;
vi) elle permet d’obtenir in fine avec le même jeu de paramètres, les réponses
suivantes : σ1(ε1 ) , ε2 (ε1 ) et ε3 (ε1 ) (donc tr ε ) ou même les relaxations σ1( t ) à ε1
fixée, correspondant, par exemple, aux sollicitations monotones ou cycliques
imposées.
156
E1
E2
Fig. V.29. Schématisation des effets d’anisotropie induite par réorientation de la microstructure
157
158
CONCLUSION ET PERSPECTIVES
De la sorte, un faible effet d’anisotropie sur les courbes de réponse en traction a été
décelé. Nous avons montré que cet effet d’anisotropie varie continûment avec l’angle
d’orientation, et s’inverse de part et d’autre d’un point de déformation particulier, situé
aux alentours de 30%.
Nous avons également montré l’existence de trois points d’instabilité correspondants
à des extrema de force (dans le diagramme force-déformation). Le premier (autour
de 10% de déformation) est traditionnellement associé au démarrage de la striction ;
le second au minimum de la force situé autour des 100%, et le dernier correspondant
à la phase finale de rupture (autour de 160-180%).
L’évolution du module de Young apparent a été étudiée en fonction de la déformation,
et pour les différentes orientations d’éprouvettes dans la plaque extrudée. Nous
avons montré que cette raideur apparente présente une première phase de
décroissance suivie d’une consolidation importante. Cette observation est valable
quelle que soit l’orientation de l’éprouvette. De fait cette évolution en « baignoire » ne
peut être associée simplement et directement à une variable de dommage telle qu’on
l’entend traditionnellement dans la littérature, puisqu’au phénomène de cavitation
(dégradation des propriétés élastiques) se superpose le mécanisme d’orientation des
chaînes macromoléculaires (consolidation).
La variation de volume est bien plus sensible à l’orientation des éprouvettes que la
réponse en contrainte.
Les séquences de charge, décharge puis recharge sont également accompagnées
de séquences analogues dans le diagramme variation de volume-déformation
appliquée. L’endommagement est nettement perceptible au niveau de la variation de
volume, puisque les pentes de décharge-recharge changent en fonction du niveau
de déformation imposée.
Par ailleurs, l’influence de l’épaisseur des plaques se traduit par un effet plus marqué
sur la variation de volume. On peut interpréter ce phénomène en termes de gradient
de microstructure et d’effet de peau, liés à la complexité des phénomènes
thermomécaniques caractérisant le procédé d’extrusion (gradient de température en
sortie de filière, contraintes résiduelles,…). Cet effet est ensuite modifié par le
prélèvement de matière lors de l’usinage des éprouvettes.
Concernant la sensibilité à la vitesse de déformation, la gamme des vitesses
explorée a été limitée à une décade (de pour des raisons d’ordre
technique. Néanmoins, on note un très fort effet de la vitesse tant sur la courbe de
réponse que sur la variation de volume, typique d’un comportement
viscoélastoplastique.
Nous avons montré que l’ensemble des équations du modèle reste valide lorsque
l’on fait varier la direction de prélèvement des éprouvettes. En effet, il suffit de garder
le même jeu de paramètres, excepté le paramètre n (nombre de chaînes) qui se
présente comme une fonction croissante de l’angle par rapport à la direction
d’extrusion.
165
166
ANNEXE A
Transformation de LEGENDRE
soit ψ =∑ −∑ −∑ ( + ) (A.3)
= = =
167
q
k p
dψ k = − ∑ y m dYm + ∑ Ym dy m − ∑ A j dz j (A.4)
m =1 m =1+ k j=1
Il est donc possible de considérer une quelconque grandeur thermodynamique
comme variable de commande, qu’elle soit intensive ou extensive, en utilisant cette
méthode. Nous écrirons toutes les variables de commande sous la forme γ m et les
variables observables β m . La variation du potentiel thermodynamique adapté aux
conditions expérimentales s’écrit :
q p
dψk = ∑ β m .dγ m − ∑ A j .dz j (A.5)
m =1 j =1
ψ = β .γ − A . z (A.6)
168
! "# $% %" $
ANNEXE B
Expérience de KOVACS :
preuve de l’existence d’un spectre de relaxation
Nous pouvons rappeler et décrire une expérience imaginée par KOVACS [Kov 63]
pour caractériser et décrire la recouvrance volumique des polymères. La fiqure B-1
schématise cette expérience. L’histoire thermique imposée est représentée sur la
figure B-1-a.
Le système à l’état d’équilibre (point O) est porté hors équilibre par une trempe (point
A). On impose alors une recuit de relaxation isotherme (point B). Un chauffage
rapide jusqu’au point C permet d’atteindre la ligne d’équilibre. Si le système était en
véritable équilibre interne à ce moment, l’expérimentateur ne devrait pas observer la
moindre évolution. Or, KOVACS observe une variation de volume au cours du
temps, figure B-1-b. On peut en donner l’interprétation suivante : si un seul
processus gouvernait la relaxation (recouvrance volumique) pour cette expérience,
on ne devrait pas observer de variation de volume au point C. En effet, pour un seul
mécanisme de relaxation, le formalisme thermodynamique prévoit la variation de
volume suivante :
−
= (B.1)
τ
soit après intégration :
t dt
∆V = ∆V0 exp − ∫ (B.2)
0 t
où ∆V désigne la variation de volume par rapport à l’état initial.
Or au point C, ∆V0 est nul. Il y a donc forcement au moins deux processus de
réorganisations internes qui sont en compétition au cours de l’essai pour pouvoir
rendre compte d’une telle variation de volume. Cette dernière peut donc se calculer :
−
=∑ (B.3)
= τ
169
& ' " " $ & &
ANNEXE C
=
π
(− )
= (C-1)
= + +
Ceci permet de calculer la distance moyenne < r > et la valeur quadratique moyenne
< r 2 > comme suit :
∞
< >= ∫ =
π
∞
(C-2)
< >= ∫ =
d’où la probabilité pour que le point Q soit à une distance du point P comprise entre r
et r+dr :
= π
!" (C-3)
= (− )
π
170
& ' " " $ & &
!" (C-6)
∆& " "% = − $ # (
λ − )∑ ! (
+ λ − )∑ ! (
+ λ − )∑ !
!= != !=
171
& ' " " $ & &
∑
!=
! +∑
!=
! +∑
!=
! =∑
!=
! = < >= (C-7)
172
& ' " " $ & &
< >=
+
∫ !
+ + + (C-12)
on obtient donc
π
* ) θ
< >
∫) θ
$ '
! θ θ
= #
(C-13)
π
* ) θ
∫
$ # '
! θ θ
et après intégration :
< > * $ #' *
= ) ", − = (C-14)
$ #' * $ #'
où ( x ) est la fonction de LANGVIN de la variable x. La moyenne < l x > représente
la contribution statistique apportée par un segment suivant la direction x comme
conséquence de l’application de la force F. Nous pouvons écrire à partir de (C-14) :
< > < > *
= = (C-15)
$ #'
par inversion de la fonction de LANGEVIN nous aurons :
* < >
= −
(C-16)
$ #'
173
& ' " " $ & &
= µλ 2 β + 2 β
(C-20)
! ,β
où µ et λ2L sont les paramètres du matériau.
Pour un réseau à 8 chaînes centrées dans un cube de côté a 0 :
% % %
% = et ) = λ !+ λ + λ (C-21)
d’où
174
& ' " " $ & &
λ ),%! = ),%!
=
(λ +λ +λ ) .
(C-23)
Fig. C-3 : Modèle de 8 chaînes. (a) configuration non déformée et (b) configuration déformée.
$' λ)
σ! − σ =
λ ),%!
.
(λ ! −λ ) −
.
(C-24)
Notons qu’aux faibles extensions, le développement limité au 1er ordre de (C-20)
correspond à la distribution gaussienne.
175
" $
ANNEXE D
Selon l’approche DNLR, la distribution des temps de relaxation et des poids liés aux
processus indicés par j (modes dissipatifs) est totalement décrite par les deux
équations suivantes qui constituent en fait la définition du spectre de relaxation au
voisinage de l’équilibre (thermodynamique irréversible linéaire) :
1
P0j = β τ j avec β = N
(D-1)
∑ j =1
τ j
τ τ
3 %
= soit %
= (D-2)
τ ! τ !
On a donc :
τ
3 %
τ + τ ! =
3 = =α (D-3)
τ − −
d’où, avec les relations suivantes :
α=
3τ ( % ) − 3(τ ) !
(D-4)
−
( )
3τ = 3τ ( )+ ! − α (D-5)
En injectant (D-2) et (D-4) dans l’équation (D-5), les temps de relaxation sont donnés
en fonction du temps de relaxation le plus long :
−
− 4
τ =τ %
−
(D-6)
On utilise ensuite les deux premières équations pour obtenir la distribution des
poids :
176
" $
P j = β τ j
0 r n τ
n ⇒ β ∑ τrj = 1 et 5 = (D-7)
∑ P0 = 1
j
j=1
j=1
∑
=
τ
177
ANNEXE E
Le problème de la vibration des poutres est des plus classiques, notamment si l’on
considère le cas des mouvements conservatifs. Notre objectif ici n’est pas de
prendre en compte le caractère visqueux du PEHD, mais simplement d’obtenir un
ordre de grandeur du module de Young, de façon à situer cette valeur par rapport à
ce qui est obtenu par la méthode de Vidéotraction.
Notre choix s’est porté sur des éprouvettes de forme prismatique de section
rectangulaire. Le montage choisi est de type libre – libre, les éprouvettes reposent
aux deux extrémités sur des appuis de mousse de mélamine permettant toute sorte
de mouvement sans résistance.
Si l’on ne considère que la flexion, le mouvement de la poutre, toujours en
transformation HPP, obéit à l’équation suivante :
∂4y ∂2y
EI + µ =0 (E.1)
∂x 4 ∂t 2
où I représente le moment quadratique de sa section droite et µ sa masse linéique ;
y désigne la flèche en tout point x de l’axe neutre.
Sachant que les modes propres se présentent sous la forme :
178
∂
= +) + + ! =
∂
= (E.6)
∂
= − ! + +) =
∂
On montre alors que les pulsations propres peuvent être exprimées par la forme
EI
générale ωi = A i ; les valeurs des Ai étant fonctions du type d’essai.
µL4
Pour le cas qui correspond à nos expériences (i.e. poutre sur deux appuis), on trouve
A1=22,4 , A2=61,7 , A3=121,0 et A4= 200,0 pour les 4 premiers modes propre.
Sur le plan expérimental, touts nos essais ont été effectuées sur un analyseur
bicanal de marque Brüel et Kjaer. La figure E.1 résume l’ensemble des résultats
obtenus sur des éprouvettes de longueurs 100 mm et 400 mm.
Fig. E.1. Estimation du module de Young du PEHD à l’aide de l’étude des modes propres.
179
180
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Caractérisation et Modélisation Thermodynamique du
Comportement Mécanique anisotrope du Polyéthylène à Haute
Densité. Intégration des effets d’endommagement
L’objectif de ce mémoire de thèse est de contribuer à la connaissance du
comportement mécanique en grandes déformations du Polyéthylène à Haute Densité
anisotrope obtenu par extrusion de plaques. Nous présentons le protocole et les
résultats expérimentaux de traction séquencée, comportant des décharges,
recharges et relaxations monotones et cycliques. Ces campagnes d’essais sont
également centrées sur la mesure en temps réel de la variation de volume liée aux
phénomènes d’endommagement. Les résultats sont présentés pour différentes
orientations d’éprouvettes prélevées dans des plaques extrudées. La modélisation
thermodynamique de l’ensemble des résultats, a fait l’objet d’un développement
original conduisant à la prédiction unifiée de grandeurs en 3D : contrainte vraie
axiale, déformations vraies transversales. Le modèle prévoit également le
développement de l’endommagement et permet de mettre en évidence une variable
tensorielle de dommage. L’identification des paramètres du modèle
thermodynamique sur la base de données expérimentales conduit à des grandeurs
physiques conformes aux caractéristiques de la microstructure. Ce travail ouvre la
perspective d’un enrichissement de l’approche thermodynamique dans la direction de
la prévision de l’anisotropie plastique induite des polymères semi-cristallins.