Intégrale de Lebesgue des fonctions positives
Intégrale de Lebesgue des fonctions positives
Olivier Cots
16 septembre 2024
Le but de ce chapitre 3 est de définir l’intégrale (au sens de Lebesgue) d’une
fonction mesurable f par rapport à une mesure µ sur un espace mesurable (E , A) :
Z
f dµ
E
Notation.
• On note M(A1 , A2 ) l’ensemble des applications mesurables de (E1 , A1 ) dans
(E2 , A2 ).
Une fonction f ∈ M(A, B(R)) est dite étagée si elle ne prend qu’un nombre fini
de valeurs.
Alors, il existe une partition finie (Ai )i∈I de E , A-mesurable (au sens où Ai ∈ A
pour tout i ∈ I), et des nombres réels (αi )i∈I t.q. :
X
f = αi 1Ai .
i∈I
Notation.
• On notera E (A) (ou E ) l’ensemble des fonctions étagées de M(A, B(R)) ;
• On notera E+ (A) (ou E+ ) l’ensemble des fonctions positives de E (A).
Fonctions étagées positives - Représentation canonique 6
Proposition 3.1.2
Alors Ñ é Ñ é
[ [ [
(Ai ∩ Bj ) = Ai ∩ Bj = E ∩ E = E,
i,j i j
avec la convention 0 × ∞ = 0.
Si f dµ < +∞, on dit que f est intégrable.
R
E
Source Wikipedia :
Remarque 3.1.4. Bien sûr ces deux intégrales sont égales. L’intégrale de Lebesgue géné-
ralise celle de Riemann comme on le verra plus tard. Notons qu’une fonction en escalier
est une fonction étagée (la preuve est laissée en exercice). Le contraire est faux : 1Q .
Intégrale des fonctions étagées positives — Exercice 11
Exercice 3.1.3. Soit f ∈ E+ . Soit δ0 la mesure de Dirac en 0 définie sur B(R) par :
δ0 : B(R) −→ R+
1 si 0 ∈ A
ß
A 7−→ δ0 (A) :=
0 sinon.
Z
Déterminer f dδ0 .
R
Exercice 3.1.3. Soit f ∈ E+ . Soit δ0 la mesure de Dirac en 0 définie sur B(R) par :
δ0 : B(R) −→ R+
1 si 0 ∈ A
ß
A 7−→ δ0 (A) :=
0 sinon.
Z
Déterminer f dδ0 .
R
■
Chapitre 3 : Intégrale de Lebesgue des fonctions mesurables positives
Proposition 3.1.4
i) ∀f , g ∈ E+ : (f +g) dµ = f dµ+ g dµ ;
R R R
(additivité)
ii) ∀f ∈ E+ , ∀a ≥ 0 : (af ) dµ = a f dµ ;
R R
(homogénéité positive)
iii) ∀f , g ∈ E+ : f ≤g ⇒
R R
f dµ ≤ g dµ. (croissance)
i) (f + g) dµ = f dµ + g dµ ;
R R R
(additivité)
ii) ∀a ≥ 0 : (af ) dµ = a f dµ ;
R R
(homogénéité positive)
iii) ∀f , g ∈ E+ : f ≤ g ⇒
R R
f dµ ≤ g dµ. (croissance)
Notation.
• On notera M(A) (ou M) l’ensemble M(A, B(R)) ;
• On notera M+ (A) (ou M+ ) l’ensemble de fonctions positives de M(A) ;
Soit f ∈ M+ . On définit
n2n −1
X k
fn := 1{ kn <f ≤ k+1 + n 1{n<f } .
2n 2 2 n }
k=0
Illustration. On définit
f (x ) := 1 − (1 − x )2
et on rappelle que l’approximation est donnée par
n2n −1
X k
fn := 1{ kn ≤f < k+1 + n 1{f ≥n} .
2n 2 n }
2
k=0
0.8
0.6
0.4
0.2
0
0 0.5 1 1.5 2
f (x )
Intégrale des fonctions de M+ - Approximation 19
Illustration. On définit
f (x ) := 1 − (1 − x )2
et on rappelle que l’approximation est donnée par
n2n −1
X k
fn := 1{ kn ≤f < k+1 + n 1{f ≥n} .
2n 2 2n }
k=0
0.8
0.6
0.4
0.2
0
0 0.5 1 1.5 2
f (x ), fn (x ) avec n = 0
Intégrale des fonctions de M+ - Approximation 19
Illustration. On définit
f (x ) := 1 − (1 − x )2
et on rappelle que l’approximation est donnée par
n2n −1
X k
fn := 1{ kn ≤f < k+1 + n 1{f ≥n} .
2n 2 2n }
k=0
0.8
0.6
0.4
0.2
0
0 0.5 1 1.5 2
f (x ), fn (x ) avec n = 1
Intégrale des fonctions de M+ - Approximation 19
Illustration. On définit
f (x ) := 1 − (1 − x )2
et on rappelle que l’approximation est donnée par
n2n −1
X k
fn := 1{ kn ≤f < k+1 + n 1{f ≥n} .
2n 2 2n }
k=0
0.8
0.6
0.4
0.2
0
0 0.5 1 1.5 2
f (x ), fn (x ) avec n = 2
Intégrale des fonctions de M+ - Approximation 19
Illustration. On définit
f (x ) := 1 − (1 − x )2
et on rappelle que l’approximation est donnée par
n2n −1
X k
fn := 1{ kn ≤f < k+1 + n 1{f ≥n} .
2n 2 2n }
k=0
0.8
0.6
0.4
0.2
0
0 0.5 1 1.5 2
f (x ), fn (x ) avec n = 3
Intégrale des fonctions de M+ - Approximation 19
Illustration. On définit
f (x ) := 1 − (1 − x )2
et on rappelle que l’approximation est donnée par
n2n −1
X k
fn := 1{ kn ≤f < k+1 + n 1{f ≥n} .
2n 2 2n }
k=0
0.8
0.6
0.4
0.2
0
0 0.5 1 1.5 2
f (x ), fn (x ) avec n = 4
Intégrale des fonctions de M+ - Approximation 19
Illustration. On définit
f (x ) := 1 − (1 − x )2
et on rappelle que l’approximation est donnée par
n2n −1
X k
fn := 1{ kn ≤f < k+1 + n 1{f ≥n} .
2n 2 2n }
k=0
0.8
0.6
0.4
0.2
0
0 0.5 1 1.5 2
f (x ), fn (x ) avec n = 5
Intégrale des fonctions de M+ - Approximation 19
Illustration. On définit
f (x ) := 1 − (1 − x )2
et on rappelle que l’approximation est donnée par
n2n −1
X k
fn := 1{ kn ≤f < k+1 + n 1{f ≥n} .
2n 2 2n }
k=0
0.8
0.6
0.4
0.2
0
0 0.5 1 1.5 2
f (x ), fn (x ) avec n = 6
Intégrale des fonctions de M+ - Approximation 19
Illustration. On définit
f (x ) := 1 − (1 − x )2
et on rappelle que l’approximation est donnée par
n2n −1
X k
fn := 1{ kn ≤f < k+1 + n 1{f ≥n} .
2n 2 2n }
k=0
0.8
0.6
0.4
0.2
0
0 0.5 1 1.5 2
f (x ), fn (x ) avec 2 n = 10
2. Pour n = 10, 2−n /10−3 ≈ 0.98, ce qui explique pourquoi on ne distingue plus à l’oeil les deux courbes.
Chapitre 3 : Intégrale de Lebesgue des fonctions mesurables positives
Si µ(E ) = 0 alors f dµ = 0.
R
E
Corollaire 3.2.5
Si µ(A) = 0 alors f 1A dµ = f dµ = 0.
R R
E A
Soit φ ∈ E+ (A) sous forme canonique φ = αi 1Ai . Alors φ1A = αi 1Ai ∩A nous
P P
donne une représentation de la restriction de φ à A, notée φ|A . La fonction étagée φ|A
est mesurable sur (A, tr(A)), i.e. φ|A ∈ E+ (tr(A)). Ainsi,
Z X Z
φ1A dµ = αi µ(Ai ∩ A) = φ|A dµ.
(E ,A) (A,tr(A))
{φ ∈ E+ | φ ≤ f } ⊂ {φ ∈ E+ | φ ≤ g}
et donc
®Z ´ ®Z ´
sup φ dµ φ ∈ E+ et φ ≤ f ≤ sup φ dµ φ ∈ E+ et φ ≤ g
E E
Corollaire 3.2.8
Si µ est finie alors pour toute f ∈ M+ , si f est bornée alors elle est intégrable.
Corollaire 3.2.9
1
Z
µ({f ≥ a}) ≤ f dµ.
a E
Voir TD. ■
Chapitre 3 : Intégrale de Lebesgue des fonctions mesurables positives
Corollaire 3.2.12
L’intégrale E f dµ est la limite des intégrales E fn dµ, où (fn ) est une suite arbi-
R R
traire de fonctions étagées positives croissant vers f .
Remarque 3.2.1. On aurait pu définir E f dµ comme la limite (et non la borne sup.)
R
des intégrales de toute suite de fonctions étagées positives croissant vers f , mais alors il
aurait fallu montrer que cette limite ne dépend pas de la suite de fonctions choisie.
Intégrale des fonctions de M+ - Beppo Levi 29
Puisque la suite (fn ) est croissante, sa limite est bien définie (les fonctions sont à valeurs
dans R) et mesurable par stabilité de la propriété de mesurabilité par passage à la
limite (cf. Chapitre 2) :
trer : Z Z
∀φ ∈ E+ (A) t.q. φ ≤ f : φ dµ ≤ lim fn dµ.
Par continuité à gauche de la mesure µ, limn µ(Ai ∩ En ) = µ(Ai ) pour tout i ∈ I, donc
en passant à la limite, I étant fini, on a
Z X Z
lim aφ1En dµ = a αi µ(Ai ) = a φ dµ.
i∈I
u ∈ M+ (P(N))
est tout simplement une suite (un ) de réels positifs, i.e. u(n) = un , et pour tout N ∈ N,
l’application (qui est une suite)
N
X
φN := u 1{n≤N} = un 1{n}
n=0
Par le théorème de Beppo-Levi, puisque (φN ) est une suite croissante de M+ qui
converge vers u, alors
Z Z N N +∞
X X X
u dm = lim φN dm = lim un m({n}) = lim un = un .
N→+∞ N→+∞ N→+∞
N N n=0 n=0 n=0
Intégrale des fonctions de M+ - Résultat technique 31
Pour toute suite (fn ) de M+ (A), nous avons lim inf n fn ∈ M+ (A) et
Z Z
lim inf fn dµ ≤ lim inf fn dµ.
n n
E E
Remarque 3.2.4. Pour les plus curieux, vous trouverez trois exemples où l’inégalité du
lemme de Fatou est stricte ici.
Intégrale des fonctions de M+ - Résultat technique 31
Pour toute suite (fn ) de M+ (A), nous avons lim inf n fn ∈ M+ (A) et
Z Z
lim inf fn dµ ≤ lim inf fn dµ.
n n
E E
Soient gn := inf k≥n fk et g := lim inf n fn = limn gn . Comme g est la limite simple de
la suite croissante (gn ) dans M+ , d’après le théorème de Beppo-Levi, on a
Z Z
g dµ = lim gn dµ.
n
Proposition 3.2.14
i) ∀f , g ∈ M+ : (f +g) dµ = f dµ+ g dµ ;
R R R
(additivité)
ii) ∀f ∈ M+ , ∀a ≥ 0 : (af ) dµ = a f dµ ;
R R
(homogénéité positive)
iii) ∀f , g ∈ M+ : f ≤g ⇒
R R
f dµ ≤ g dµ. (croissance)
mais aussi
Z Z Z Z
lim a fn dµ = a lim fn dµ = a lim (fn ) dµ = a f dµ.
n n n
Pn
On pose gn := k=0 fk . Puisque (gn ) est une suite
R croissante dansRM+ , d’après le
théorème de Beppo-Levi, on a limn gn ∈ M+ et limn gn dµ = limn gn dµ. Mais
Ñ é Ñ é
Z Z n Z
X X
lim gn dµ = lim fk dµ = fn dµ
n n
k=0 n
et
Z Z ÑX
n
é
n Z
X
lim gn dµ = lim fk dµ = lim fk dµ (par additivité)
n n n
k=0 k=0
XZ
= fn dµ.
n ■
Intégrale des fonctions de M+ - Corollaires 37
ν: A −→ [0 , +∞] Z
A 7−→ ν(A) := f dµ
A
Voir TD. ■
ν: A −→ [0 , +∞] Z
A 7−→ ν(A) := f dµ
A
Voir TD. ■
Proposition 3.2.17
R
4. ∀f ∈ M+ et a > 0 : a µ({f ≥ a}) ≤ f dµ.
Intégrale des fonctions de M+ - Égalité des intégrales 40
Proposition 3.2.18
On pose
max(f , g) − min(f , g) sur {min(f , g) < +∞}
®
h :=
0 sur {f = g = +∞}.
Comme {f = g} = {h = 0}, par complémentaire {h ̸= 0} =R {f ̸= g}, donc par
hypothèse µ({h ̸= 0}) = 0 et par la proposition précédente E h dµ = 0. Puisque
max(f , g) = min(f , g) + h, par additivité on a
Z Z Z Z
max(f , g) dµ = min(f , g) dµ + h dµ = min(f , g) dµ.
E E E E