Textethese
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Murengezi, Célestin
ABSTRACT
La présente thèse porte sur l'analyse des impacts du crédit dans le cadre d'une problématique generale
de la microfinance et en particulier sur un terrain empirique de la ville de Ouagadougou, au Burkina Faso.
Notre thèse démontre d'abord les mécanismes par lesquels les crédits sont octroyés et gérés en mettant
en perspective certains aspects de la théorie de l'agence. Du côté de l'offre, nous étudions trois Systèmes
Financiers Décentralisés (SFD) et leurs politiques de crédit. Nous analysons comment les trois SFD
s'efforcent de servir les exclus aux financements des banques classiques et d'encadrer toute recherche
de profit dans cette même vision. De l'autre côté, il est question de la demande et de la gestion du crédit
par les PME. Là, nous découvrons les facteurs déterminants de la demande de crédit ainsi que les modes
de fonctionnement des PME. Cette thèse procède aussi à l'analyse de la performance socio-économique
des SFD. Cette analyse nous révèle des signaux importants sur leurs performances et des questions
pertinentes en ce qui concerne leur gestion. Nous saisissons également la dynamisation du milieu rural
par le transfert de l'épargne de la ville vers la campagne comme une perspective de solidarité qui mérite un
approfondissement et des appuis. La thèse expose la ramification des impacts notamment sur le revenu,
l'emploi et l'exclusion sociale à l'instar du concept de la chaîne d'impacts tel que prôné par David Hulme.
Par ailleurs, notre thèse révèle la nécessité d'évaluer les actions à partir des objectifs des ...
Murengezi, Célestin. Impacts du crédit dans la promotion des PME : études de cas sur la ville de
Ouagadougou Burkina Faso. Prom. : Wautelet, Jean-Marie [Link]
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Cette situation s’inscrit également dans une période de forte croissance des populations
urbaines. Les études de F. MORICONI-EBRARD3 ont pu démontrer par exemple qu’aux
environs de 1973, le nombre de citadins des pays en voie de développement a dépassé celui
des pays développés et que l’écart ne cesse de se creuser. Ainsi, l’accroissement des
populations des villes des pays en voie de développement pose actuellement un réel défi
d’autant plus que ces pays ne disposent pas des mécanismes socio-économiques d’accueil
et d’emplois nécessaires aux citadins (généralement jeunes, dynamiques et en
accroissement rapide) afin de leur permettre de vivre dans de bonnes conditions4.
1
NORRO M., Economies africaines : Analyse économique de l’Afrique Subsaharienne, Paris/Bruxelles, De
Boeck et Larcier, 1998.
2
D’autres composantes de la crise sont notamment l’endettement extérieur, l’étroitesse du marché intérieur,
l’environnement international (taux de change, crise pétrolière), etc.
3
MORICONI-EBRARD F., L’urbanisation du Monde, Anthropos, Paris, 1993.
4
CHEN N., [Link] and H. ZLOTNIK, What do we know about Recent Trends in Urbanization, in
R.E. Bilsborrow (Ed.), Migration, Urbanization, and Development : New Directions and Issues, 1998, pp.59-
88. Cette étude des Nations Unies réalisée par CHEN et al. montre que depuis 1960 jusqu’aux années 1980,
la croissance urbaine des pays en voie de développement (hors Chine) est due pour environ 40% à la
5
Pour ce qui est du Burkina Faso par exemple, P. BOCQUIER5 signale que la capitale
Ouagadougou est actuellement une ville très attractive en ce qui concerne la migration
interne et internationale. Cependant la croissance de sa population (plus ou moins de 3,2%)
ne va pas de pair avec une croissance économique. Et, comme le signale W. GRANT6, il
apparaît déjà qu’en 1986, près de 85% de tous les emplois dans la ville de Ouagadougou se
trouvaient dans les micro-entreprises et Petites et Moyennes Entreprises (PME)7 du secteur
informel. Ce qui veut dire en d’autres termes que la majorité des habitants de la ville de
Ouagadougou vivent de plus en plus dans la pauvreté, ce qui les pousse ipso facto dans la
débrouille du secteur informel. Il apparaît donc que cette tendance persiste et que le secteur
informel prend de plus en plus d’ampleur dans la ville de Ouagadougou tout en absorbant
une main d’œuvre complémentaire issue de la croissance démographique (naturelle ou
migratoire) et de la conjoncture économique (compression administrative et faillite de
certaines entreprises par exemple).
croissance migratoire et à la reclassification des agglomérations. Selon ces mêmes auteurs, l’effet de
reclassification qui atteignait des niveaux records dans les années 1950 et 1960 a diminué d’effet en cette fin
de siècle à tel point que le différentiel de croissance de la population de ces villes est dû essentiellement à la
croissance migratoire.
5
BOCQUIER P. et S. TRAORE, Urbanisation et dynamique migratoire en Afrique de l’Ouest – La
croissance urbaine en panne, L’Harmattan, Paris, 1999.
6
GRANT W. et al., Evaluation du Secteur de la Micro-Entreprise et Stratégie au Burkina Faso, Volumes I et
II, Rapport technique Gemini n°18, Bethesda (Maryland), août 1991.
7
Par micro-entreprise on entend « des unités de production familiales ou individuelles, formelles ou
informelles, fonctionnant à temps plein ou à temps partiel, installées dans les centres urbains et semi-urbains
ou localisées en milieu rural ». Définition donnée par CONGO Y., Ajustements des communautés locales aux
effets de la croissance démographique et de l’intégration au marché : quelles conséquences pour
l’intervention publique en Afrique Subsaharienne. Le cas du Burkina Faso, Partie III, Rôles et dynamiques
des micro-entreprises, Liège, février 1998, p.4.
6
Ainsi, un nombre important des bailleurs de fonds veulent faire du crédit un véritable
instrument de lutte contre la pauvreté. D’après R. ZANDER8, dans le cadre du domaine
agricole, l’accès au crédit par les clients dont les revenus sont faibles est devenu un
important domaine d’intervention des donateurs et autres bailleurs de fonds. Il explique
cela par le fait qu’il existe depuis les années 1980 une diminution des appuis publics et
étrangers en matière de financements à crédit du domaine agricole. Cependant, ZANDER
note que vers les années 70, les institutions de crédit mises en place pour soutenir
l’agriculture se sont avérées non rentables car ne parvenant pas à prendre en charge leurs
frais de fonctionnement. De plus, en raison de l’insuffisance de l’épargne des agriculteurs,
ces banques ont dû s’appuyer longtemps sur les donations du pouvoir public, ce qui a
conduit à leur rationalisation (conversion en sociétés anonymes dont la grande partie des
actions appartient à d’autres institutions différentes de celles de l’Etat, diminution des
charges opérationnelles par des restructurations, etc.).
Le constat de cet auteur s’applique justement sur tous les secteurs à revenus modestes et
notamment au secteur informel des micro-entreprises qui, à défaut de génération de
revenus suffisants pour l’épargne, ont absolument besoin d’avoir recours aux crédits (achat
du matériel ou des matières premières, constitution du fonds de roulement, etc.) en vue de
la production des biens et services. Notre enquête auprès des entrepreneurs du secteur
artisanal au Burkina Faso en 1999 nous a montré que la majorité de nos interviewés
présente l’absence de crédit comme un des obstacles de la croissance de leurs micro-
entreprises et PME9.
Par ailleurs, la coopération entre les micro-entreprises et PME d’une part et les institutions
d’appui, notamment en matière de crédit d’autre part, n’est pas toujours facile. En effet,
d'un côté, les stratégies et les logiques des uns diffèrent de celles des autres et de l’autre
côté, la diversité des institutions de crédit s’accompagne parfois d’une diversité de leurs
politiques de crédit10. Cela nous amène alors à postuler que les institutions de crédit dans la
8
ZANDER R., Integrating the Poor into Rural Financial Mainstream: Issues and Options, in SCHNEIDER
H., Microfinance for the poor?, Development Center Seminars, IFAD/OECD, Paris, 1997, pp. 43-45.
9
MURENGEZI C., Les petites et moyennes entreprises du secteur informel à Ouagadougou, Quelle
rentabilité, quelle viabilité ?, Mémoire de Licence-UCL, Louvain-la-Neuve, 1999, pp. 66-68.
10
MURENGEZI C., Economie Sociale et Institutions de microfinancement au Burkina Faso, 3 études de
cas : FAARF, PRODIA et Caisses populaires, Mémoire de DEA-UCL, Louvain-la-Neuve, 2000, 117 p. +
annexes.
7
ville de Ouagadougou se trouvent désormais devant un défi qui est l’intégration à la fois
des modes de faire des micro-entreprises et PME sur base de leurs traditions (organisation,
emploi du temps, réseaux sociaux, etc.) et de la modernité occidentale qui privilégie
souvent l’autonomie croissante de la sphère économique et sa logique (productiviste et de
profit) et sa rationalité technico-instrumentale11.
En plus de ce défi, nous sommes devant une complexité persistante non seulement des
micro-entreprises et PME mais aussi des institutions de crédit. La micro-entreprise et la
PME sont ici considérées comme étant des unités institutionnelles privées (d’un individu
ou d’un groupe d’individus) dont l’activité principale est la production des biens et/ou de
services indépendamment de leur taille ou de leur statut juridique.
Cette complexité des micro-entreprises et PME est fondée notamment sur la différence
entre le formel et l’informel. Nous appellerons informelles les micro-entreprises et PME
qui ne sont pas enregistrées par les instances publiques habilitées et qui ne paient pas
d’impôts12. En opposition, les micro-entreprises et PME formelles seront celles qui sont
enregistrées par les autorités publiques locales ou nationales et qui paient les impôts
nécessaires liés à leurs activités économiques.
Pour ce qui concerne les institutions de crédit non classiques (non bancaires), leur
complexité est basée sur la pluralité de leurs formes : projets, ONG, association civile ou
coopérative, initiative émanant du pouvoir public local, de la coopération bilatérale ou
multilatérale, etc. A cela, il faut aussi ajouter les autres formes telles que les tontines et les
pratiques usurières. Ces deux dernières formes sont en général classées dans la finance
informelle.
Par ailleurs, au Burkina Faso, comme dans les autres pays de l'Union Economique et
Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) les opérations d'épargne et de crédit relèvent de la
11
Les notions de modernité et de modernisation telles que présentées par LECHNER et TOURAINE
inspirent beaucoup cette vision.
LECHNER N., A la recherche de la communauté perdue. Les défis de la démocratie en Amérique Latine, in
Revue Internationale des Sciences Sociales, n° 129 août 1991.
TOURAINE A., Critique de la Modernité, FAYARD, 1992.
12
BIT, Appui à l’auto-organisation des petits producteurs et productrices urbains de Ouagadougou, BIT,
Genève, 1994.
8
loi bancaire qui exige d'avoir été au préalable agréé comme banque ou établissement
financier pour pouvoir exercer de telles transactions. Comme les Institutions de
Microfinance (IMF) avaient des difficultés pour répondre aux exigences de la loi bancaire,
les pays de l'UEMOA se sont dotés d'un cadre juridique uniforme réglementant les
activités de la microfinance.
A cet effet, le cadre juridique au niveau du Burkina est composé de la loi 59/94/ADP
portant réglementation des institutions mutualistes ou coopératives d'épargne et de crédit,
de son décret d'application N° 308/PRES/MEFP du 01/08/95 et de la convention cadre
régissant les institutions non mutualistes qui a été insérée depuis 1995 dans le droit
positif13. Par ailleurs, selon les dispositions de cette loi, le Ministère de l'Economie et des
Finances assure la tutelle de toutes les IMF reconnues sous ce cadre juridique et qui sont
appelées "Systèmes Financiers Décentralisés (SFD)".
Notre thèse s’intéresse donc à ces SFD parce qu'ils sont en pleine expansion15 et suscitent
un espoir de développement tant pour les populations pauvres et les PME que pour les
autorités locales et les bailleurs de fonds. De plus, nous pensons qu'une analyse critique de
13
Le droit positif est constitué par l'ensemble des règles juridiques en vigueur dans un État ou dans un
ensemble d'États de la Communauté internationale, à un moment donné, quelles que soient leur source. Il
regroupe deux grands courants de pensée : le positivisme légaliste (le droit positif est dicté par les autorités
politiques, et se suffit à lui-même. Le droit, donc la justice, est identifié à la loi) et le positivisme
sociologique (le droit positif est l'expression de la société. C'est un phénomène social à rechercher en
observant la société).
14
BURKINA FASO, MINISTERE DE L’ECONOMIE ET DES FINANCES, Recueil des textes
réglementant les institutions financières décentralisées.
15
Selon les informations du Ministère des Finances et du Budget (siteweb du Ministère
[Link] le nombre de SFD était estimé à plus
de 60 en 2005 (avec plus de 850 structures de base ou caisses locales). Par ailleurs, les bénéficiaires des
produits des SFD étaient estimés à plus de 700 000 en 2005 contre 300 000 en 1995. Ces bénéficiaires se
trouvent dans toutes les catégories socio-professionnelles des deux sexes : les paysans agriculteurs, les
éleveurs, les artisans, les petits commerçants, les agents du secteur public et privé, etc. de type informel ou
structuré.
9
la pertinence du crédit de ces SFD couplée avec une identification et une appréciation de
ses impacts dans la promotion PME s’avère une entreprise intellectuelle originale d'autant
plus qu’actuellement très peu d’études sont déjà réalisées à ce sujet en ce qui concerne la
ville de Ouagadougou.
La distinction entre micro-entreprises et PME n'est pas facile à faire (M. LABIE16, I.L.
LARRAECHEA17). En effet, par micro et petites entreprises, certains font référence aux
activités individuelles ou collectives de petites tailles et qui constituent le soubassement
économique des villes africaines. A ce titre, d'après Y.A-FAURE, S. SOULAMA et A.
ZERBO18, si le secteur des petites et micro-activités a des qualités, des paradoxes et des
limites, il est « moins souvent celui de choix économiques délibérés que celui de
trajectoires imposées et de statuts assignés ».
Ainsi, on peut facilement appeler petites et micro-entreprises l’ensemble des micro-
activités et petites activités de débrouille. Ces activités sont parfois dans le même domaine
que celles des moyennes voire même grandes entreprises. Il s’agit notamment des activités
de production et fabrication, de commerce, de services, etc. En ce qui concerne leurs
formes, les micro et petites entreprises consistent en activités fixes hors marché, activités
dans les marchés, activités ambulantes et taxis.
Ainsi, les activités moyennes seront comprises comme étant celles des entreprises
généralement enregistrées et qui paient des impôts et dont la création est à l’origine des
entrepreneurs qui voulaient atteindre des objectifs précis (choix économiques délibérés)
notamment ceux de rentabilité et de satisfaction des besoins essentiels de leurs promoteurs.
Par opposition aux micro et petites entreprises dont les investissements sont en grande
partie financés par leurs promoteurs en pleine débrouille sur fonds propres ou par la famille
ou les autres réseaux sociaux, les petites et moyennes entreprises (PME) sont définies, dans
le cadre de cette recherche, comme étant des unités de production, de commerce et de
service qui sont dûment enregistrées auprès de divers services officiels (registre de
commerce, fisc, etc.) et qui ont, en plus des fonds propres, des financements par crédits
16
LABIE M., La pérennité des systèmes financiers décentralisés spécialisés dans le crédit aux petites et
micro-entreprises – étude du cas « Corposol-Finansol » en Colombie, Thèse de doctorat en Sciences de
Gestion, Université de Mons – Hainaut, Faculté Warocqué des Sciences Economiques, Mons, 1998.
17
LARRAECHEA I.L., La performance économique des micro-entreprises populaires au Chili, Dissertation
doctorale, Institut des Sciences du Travail, Université Catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve, 1994, 463
p.
18
Y. A-FAURE, S. SOULAMA et A. ZERBO, Les activités informelles : Les limites d’une imposante réalité
urbaine, dans Socio-économique des villes africaines, IRD – Karthala, Paris, 2002, pp. 151-194.
10
auprès des institutions bancaires et non bancaires (comme les institutions de microfinance).
Il nous paraît important de souligner cependant, que les PME de notre échantillon
combinent à la fois les niveaux des micro-entreprises tels que présentés par I.L.
LARRAECHEA19 à partir de la classification de Razeto et Calcagni à savoir le niveau de
survie (satisfaction des besoins essentiels d’une manière ponctuelle), le niveau de
subsistance (satisfaction des besoins essentiels d’une manière stable) et le niveau de
croissance (amélioration de la qualité de vie d’une manière durable et viable en ayant une
accumulation matérielle et en gagnant en terme d’estime dans la société en termes de
rapports solidaires, dignité, participation, etc.). Ces PME se retrouvent dans la débrouille
même si elles sont formelles en terme d’enregistrement auprès des services publics
compétents.
A tout le moins, pour ce qui est de leur intégration, dans les économies africaines (surtout
au Sud du Sahara), l’évolution des micro, petites et moyennes entreprises ainsi que leur
capacité à s’adapter à des crises macro-économiques notamment financières varient
sensiblement. En effet, pour les micro et petites entreprises, on relève des problèmes de
financement notamment du secteur informel (selon Y.A-FAURE, S. SOULAMA et A.
ZERBO plus de 72% des opérateurs éprouvent des problèmes de trésorerie). De plus,
d’après ces mêmes auteurs, 70% rencontrent de sérieux problèmes liés à la clientèle. En
troisième lieu, ces auteurs ajoutent « plus du tiers des exploitants estiment que les
démarches administratives sont complexes et que les services publics ne sont pas à
l’écoute de leurs besoins et problèmes »20.
Tout cela montre combien il est difficile de délimiter la taille réelle d’une micro-entreprise,
d’une petite entreprise, d’une moyenne entreprise et voire même d’une grande entreprise.
A présent, ce qui compte le plus dans les récentes recherches sur le secteur de la PME,
c’est la référence à la capacité d’accumulation et la nature des liens entre les personnes
engagées dans l’activité21.
19
LARRAECHEA I.L., La performance économique des micro-entreprises populaires au Chili, Dissertation
doctorale, Institut des Sciences du Travail, Université Catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve, 1994, 463
p.
20
Y. A-FAURE, S. SOULAMA et A. , [Link]., p. 188
21
voir notamment LABIE M., [Link]. p.242
11
Nos analyses et réflexions tiennent compte de la période allant de 1969 à nos jours. En
effet, c’est en 1969 que les premières expériences de coopératives d’épargne et de crédit
(composantes essentielles des SFD) ont commencé sous l’inspiration des modèles
occidentaux Raiffeisen et du Mouvement Desjardins au Canada22. De plus, c’est en 1972
que le Réseau des Caisses populaires du Burkina Faso (un des SFD de notre étude) a
commencé ses activités et ce n’est qu’en 1993 que les premières caisses villageoises
figurent parmi les innovations récentes du réseau.
Même si les tontines et les pratiques usurières existent depuis longtemps, il est important
de signaler que les ONG sont actives dans le secteur de la microfinance dès les années 80
avec la crise économique et l’essoufflement de l’Etat dans les pays en développement. Ces
ONG, bien que connaissant la limite des effets de leurs interventions face à l’ampleur de la
crise, avaient dès le départ l’ambition de soulager la souffrance de la population délaissée
et contrainte à subir les politiques d’ajustement structurel ou des fléaux comme la
sécheresse, la famine, etc. C’est dans ce cadre également que le micro-crédit (parmi les
autres services de la microfinance dont l’épargne, la micro-assurance, etc.) a pris une
22
Le Mouvement Desjardins au Canada est né à la suite d’une crise vers la fin du 19ème siècle. Cette crise a
entraîné l’assèchement des concours des banques aux populations défavorisées. Alphonse Desjardins,
sténographe français à la Chambre des Communes, s’est inspiré de l’expérience des banques populaires et
des caisses rurales existant en Europe en créant une « Caisse populaire » et en débutant des activités à son
domicile. D’autres caisses populaires ont été créées suite à cette expérience et leurs objectifs étaient :
mobiliser l’épargne pour parer aux effets du chômage et de la maladie, mettre en place un système de crédit
accessible aux ouvriers, cultivateurs et à toute personne honnête et travailleuse, enrayer les ravages de
l’usure, initier les leaders de la communauté à l’organisation économique et aux affaires, améliorer les
conditions matérielles des travailleurs et contribuer ainsi au progrès du « Canada français ». Le Mouvement
Desjardins est devenu aujourd’hui Développement International Desjardins (DID) et a développé un
important réseau coopératif de services financiers. DID est une première institution financière au Québec et
constitue à ce titre le plus important employeur privé. Son expertise est actuellement très reconnue et
sollicitée au niveau international.
12
23
MONTALIEU T., “Les institutions de micro-crédit : entre promesses et doutes – quelles pratiques
bancaires pour quels effets ? », Mondes en Développement, Tome 30 (119) (2002) p.21.
24
Les pays du Sud sont aussi appelés pays en voie de développement ou pays du tiers-monde. Dans le cadre
de cette thèse, il n’est pas pertinent de nous lancer dans la distinction conceptuelle entre ces trois appellations
et nous considérons de ce fait que ces trois concepts renvoient pratiquement à un même type de pays.
13
Nous proposons de suivre trois hypothèses que nous nous sommes fixées à la lumière de la
problématique de notre recherche. Ces hypothèses se basent entre autres sur la lecture en
microfinance et sur quelques réflexions issues des résultats de nos missions antérieures en
lien avec la microfinance dans différents pays. En effet, grâce à la lecture croisée des
documents sur notre thème et à nos précédentes expériences de gestion, d’évaluation et de
recherche sur des projets et des actions de développement du secteur informel ou artisanal
au Rwanda, en République Démocratique du Congo (ex-Zaïre) et au Burkina Faso, nous
nous sommes proposé de vérifier dans le cadre de cette recherche les trois hypothèses
suivantes :
Hypothèse 1 : Les crédits contribuent à une augmentation des revenus et des emplois et
par conséquent à la réduction de la pauvreté et constituent un contrepoids au processus
d’exclusion sociale et économique.
Hypothèse 2 : Les micro-crédits contribuent au renforcement des micro-entreprises et des
PME en terme de leur survie plutôt qu’en terme de formation de leur capital.
Hypothèse 3 : Le crédit est accordé de manière à éviter toute discrimination entre les
activités des hommes et celles des femmes.
La microfinance, par les acteurs qu’elle mobilise et les méthodes et stratégies que ces
acteurs développent, est actuellement un champ pratique important pour la recherche. Elle
trouve sa place dans un débat global sur la lutte contre la pauvreté, et son évolution évoque
un besoin de compréhension de ses impacts et des éventuels ajustements qu’elle a subis.
14
Au vu des hypothèses ci-dessus, notre ambition pour cette recherche est donc de démontrer
la place de la microfinance non seulement dans un souci scientifique et académique
(analyse et compréhension des faits) mais aussi dans un cadre pratique. Par conséquent,
elle vise à proposer un cadre propre d’analyses qui contribue à la meilleure définition des
stratégies de développement du secteur de la microfinance en général et celui du Burkina
Faso en particulier. La combinaison de la rigueur scientifique dans l’exposé et l’analyse
des faits ainsi que les discussions et propositions qui y sont présentées d’une manière
simple permettront à notre lecteur d’y trouver un intérêt particulier quel que soit son niveau
de compréhension du sujet, ou le poste scientifique ou pratique qu’il occupe.
La présente recherche s’articule en cinq grandes parties. La première partie est composée
de 4 chapitres. L’introduction générale (ce premier chapitre) aborde la problématique, les
objectifs ainsi que les hypothèses de la recherche. Le champ théorique de la recherche est
explicité dans le deuxième chapitre. A cet effet, nous recentrons les éléments principaux de
la théorie de l’agence, de la théorie sur l’évaluation de l’impact et de la théorie sur le
capital de la PME. Toutes ces théories nous ont fourni des bases nécessaires aux analyses
des données récoltées sur le terrain tant au niveau des PME que des institutions de
microfinance. Le troisième chapitre présente un aperçu sur le système financier burkinabè.
Nous y décrivons les institutions bancaires classiques et de financement, les institutions
informelles et les institutions de microfinance de type « Système financier décentralisé »
(SFD). Nous y expliquons comment les SFD viennent remplir la mission non remplie par
les banques classiques (fournir des services financiers aux populations pauvres) et nous
abordons les aspects de leur fonctionnement en général et de la question de leur
réglementation en particulier. Le chapitre 3 aborde également la présentation de quelques
structures d’appui financier et/ou non financier actives dans le domaine de la PME, de la
micro-entreprise ou de l’artisanat. Dans le quatrième chapitre, nous présentons la
méthodologie et la stratégie de la recherche. Pour l’essentiel, nous y explicitons notre
approche des études de cas avec ses avantages et ses inconvénients. Le chapitre 4 présente
donc la méthodologie, la stratégie et le cadre d'analyse de notre recherche. Nous y
explicitons notamment un schéma d'analyse qui aborde l'interaction entre les différents
acteurs en jeu.
15
Dans la deuxième partie, nous abordons notre étude de cas. Ainsi, il s’agira de nous
focaliser sur les études empiriques de 3 institutions de crédits : Réseau des Caisses
Populaires (RCP-B), Promotion du Développement Industriel, Artisanal et Agricole
(PRODIA) et Fonds d’Appui aux Activités Rémunératrices des Femmes (FAARF). A cet
effet, le chapitre 5 présentera les activités de ces institutions ainsi que leurs politiques de
crédit. Le chapitre 6 abordera les éléments de comparaison entre les trois institutions et
ressortira leurs spécificités en matière d’appui à l’entreprenariat au Burkina Faso ainsi que
la comparaison de leurs performances (sociales, économiques et financières).
La troisième partie se penche, quant à elle, sur les demandeurs de crédit. Le chapitre 7
présente les éléments socio-économiques des PME de notre échantillon ainsi que les
analyses quant à leur fonctionnement et leurs relations avec les institutions de crédit. Dans
le chapitre 8, nous identifions et analysons les impacts du crédit, notamment sur les PME.
Dans ces analyses, nous explicitons ce qui peut être considéré comme bon (et pour qui ?) et
des faits qui relativisent les succès atteints en matière de crédit.
Dans la quatrième partie, nous développons d'abord une tentative de théorie sur
l’évaluation des actions par objectifs des acteurs dans le cadre du chapitre 9. Cette théorie
se base sur les logiques, objectifs et conflits d'acteurs ainsi que sur les analyses faites dans
les chapitres précédents. En conséquence, elle défend le positionnement de chaque étude
en fonction non seulement des objectifs d’une action étudiée mais aussi de sa spécificité
par rapport à ses acteurs (partenaire local, bailleur de fonds, etc.). Ensuite, le chapitre 10
présente quelques recommandations pratiques pour un développement maîtrisé et durable
de la microfinance au Burkina Faso. Ce chapitre propose notamment des recommandations
axées particulièrement sur les acteurs. Enfin, le chapitre 11 termine la thèse en tirant les
conclusions générales tout en revenant sur la question de départ et les hypothèses de cette
recherche.
16
2.1. Introduction
Dans cette partie, nous allons d’abord situer la problématique de notre recherche à l’égard
de la théorie de l’agence. Cette théorie est une des théories contractualistes. L’importance
de cette théorie pour notre recherche est qu’elle va nous permettre de situer les relations
contractualistes entre les offreurs de crédit (les SFD) et les demandeurs de crédit (les
clients). La théorie de l’agence nous permettra donc d’analyser comment se déroulent les
opérations d’offre et de demande de crédits sur le marché financier non bancaire, celui
donc des SFD. La restitution des tendances théoriques qui s’y dégagent nous permettra
donc d’établir un cadre sur lequel se basera notre étude empirique, notamment avec les
études de cas. Nous allons ensuite aborder la théorie d’impact. Le développement de cette
théorie permettra de proposer une grille d’analyse de l’impact qui sera appliquée dans le
traitement des données récoltées sur le terrain. Par ailleurs, les théories sur l’évaluation des
impacts des actions de développement en général et de la microfinance en particulier
seront explicitées afin de faire sortir une méthode que nous jugerons beaucoup plus
appropriée pour notre recherche. Ces deux premiers types de théories permettront enfin de
soulever une autre théorie, celle sur le capital de l’entreprise. Ainsi, comme le capital
figure parmi les aspects importants d’une PME, la conceptualisation sur le capital de la
PME est aussi explicitée dans les théories qui sous-tendent la problématique de cette
recherche.
d’achat et de vente, donc l’offre et la demande25. Seuls les produits jugés avoir une même
valeur sont échangés sur le marché. Le prix des biens et services est donc déterminé par
l’offre et la demande. Ceci est un postulat par excellence d’un marché parfait au sein
duquel l’information ne coûte rien car elle est déjà donnée par la simple rencontre entre
l’offre et la demande. Un autre postulat renvoie à un phénomène du marché en équilibre.
Comme dans le schéma précédent la collecte d’information se fait sans coût, l’offreur et le
demandeur s’ajustent au comportement de l’un vers l’autre pour garder un équilibre. C’est
ainsi par exemple que si la demande pour un bien donné est plus élevée que l’offre, le prix
de ce bien va augmenter mais les producteurs additionnels vont produire le même bien, ce
qui entraînera la chute du prix. Dans le sens inverse, si l’offre est plus élevée que la
demande, les prix vont diminuer et en conséquence les producteurs vont diminuer la
quantité offerte sur le marché. Dans ces deux cas, l’équilibre entre l’offre et la demande
sera restauré. Ces deux postulats confirment le modèle walrasien qui affirme que tous les
participants au marché (offreurs et demandeurs) disposent d’une information égale,
gratuite et parfaite sous la forme du prix. Et en étendant cette théorie au marché du crédit,
la vision néoclassique a d’abord prétendu que le taux d’intérêt (prix) était une variable qui
s’ajuste sous la simple action de la loi de l’offre et de la demande.
Cependant, il a été constaté à maintes reprises que cela n’est pas toujours vérifiable et que
le marché de crédit était parfois caractérisé par une situation de rationnement. C’est à dire
que la demande de crédit excédait l’offre au taux en vigueur, et que ce dernier n’était plus
une variable qui s’ajustait sous la simple action de la loi de l’offre et de la demande comme
c’est le cas sur les marchés parfaits. L’explication à cela est l’existence notamment des
asymétries d’information entre les prêteurs (ce qu’on qualifiera de principal dans la théorie
de l’agence) et les emprunteurs (qu’on qualifiera d’agents dans la même théorie de
l’agence). Ainsi, à chaque niveau de taux d’intérêt correspondent des qualités différentes
des projets financés, à cause des asymétries d’informations.
25
MONSENGWO P.L., Ethical signposts for a new world economic order, in Living in the Global Society,
Suffolk – Great Britain, 1997, pp. 238 –245.
18
coûts engendrés réduisent les gains potentiels issus de cette coopération. La théorie de
l’agence cherche à expliquer les formes organisationnelles comme modes de résolution de
ces conflits. La théorie de l’agence fait une distinction entre deux types d’acteurs ou
d’agents économiques : « le principal » et « l’agent ». Les deux types d’agents
économiques ont des intérêts différents, d’où l’importance de la compréhension dans cette
partie des problèmes créés par l’asymétrie d’information. La théorie de l’agence est donc
intimement liée aux théories de l’offre et de la demande.
Nous précisons que, dans le cas du micro-crédit, l’agent est le demandeur de crédit. Celui-
ci sait pourquoi il fait la demande et connaît mieux ses stratégies d’utilisation et de
remboursement du crédit que celui qui lui donne le crédit. Le prêteur, ici le principal, est
donc l’institution de microfinance ou tout autre opérateur offrant du crédit. Le principal
compte, à son tour, sur le demandeur pour faire fructifier le montant offert, notamment via
les intérêts qui seront perçus lors du remboursement. Ici le principal et l’agent ont l’un vis-
à-vis de l’autre des rapports asymétriques. En effet, le principal compte sur l’agent pour
rentabiliser ses fonds en crédits et l’agent tient à satisfaire ses besoins (investissement ou
consommation) grâce à l’utilisation du crédit offert par le principal, mais sans toutefois
poursuivre les mêmes objectifs que le principal.
Le développement de cette théorie fera recours à une forme de modélisation des stratégies
du principal et de l’agent l’un envers l’autre, et à chercher les dispositifs institutionnels ou
contractuels qui accroissent ou diminuent le pouvoir de contrôle du principal sur l’agent.
L’agent détient généralement plus d’informations sur lui-même que le principal, et les
stratégies de ce dernier dépendent de la quantité et de la qualité d’informations procurées
par l’agent. C’est cette asymétrie d’information qui est un élément important de la relation
d’agence et qui est en en même une source de conflits.
26
BOUTILLIER M. et S. DERANGERE, « Le taux de crédit accordé aux entreprises françaises : coûts
opératoires des banques et prime de risque de défaut », Revue économique vol : 43, n° 2, mars 1992, p. 375
27
D’où certains théoriciens y associent le concept des coûts de transaction.
19
walrasien qui postule que tous les participants au marché disposent d’une information
égale, gratuite et parfaite sous la forme du prix. Ainsi, les constructions actuelles des
modèles du marché s’éloignent de cette réalité walrasienne et indiquent notamment que les
« acteurs » en jeu n’ont pas un accès égal aux informations disponibles, lesquelles peuvent
être imparfaites ou onéreuses28. Ainsi, le marché du crédit n’est pas épargné par ces
asymétries d’information et, en plus des coûts de transaction, deux phénomènes ou risques
importants peuvent alors s’y reproduire.
28
Signalons en passant que c’est George Akerlof qui a écrit le premier article fondateur des asymétries
d’information en 1971 sur le marché des voitures d’occasion. Son hypothèse réaliste souligne que c’est le
vendeur qui connaît mieux que les acheteurs potentiels l’état du ou des véhicule(s) qu’il met en vente. Ainsi,
pour un marché unique avec au départ des qualités différentes pour les produits, il montre que les mauvaises
occasions chassent les bonnes. En effet, le prix moyen anticipé par l’acheteur est largement au-dessus du prix
qu’espérait le vendeur des produits défectueux, mais largement inférieur au prix que ce dernier attendait pour
les produits de haute qualité.
29
STIGLITZ J. and A. WEISS, « Credit Rationing in Markets with Imperfect Information », American
Economic Review, June, vol. 71 n°3, (1981), pp. 351-366.
20
de l’assurance, par exemple, le principe du risque moral revient à dire que plus l’assurance
garantit une couverture complète d’un sinistre, moins l’incitation à éviter l’événement
défavorable est grande. En d’autres termes, le risque moral postule que la négligence est
associée à une bonne assurance. Le risque moral devient à part entière un aspect de la
relation d'agence, d’autant plus qu’il est appliqué à des situations où les intérêts sont
différents. Il s’agit par exemple des relations entre un actionnaire et un gestionnaire, un
chef de service et un employé ou un prêteur et un emprunteur. En effet, comme nous
l’avons déjà signalé, le prêteur et l’emprunteur ont des positions asymétriques. Ici,
l’emprunteur veut la rentabilité des capitaux empruntés (effet de levier financier positif30)
au moment où le prêteur est intéressé par la solvabilité de l’emprunteur pour rembourser le
principal et les intérêts échus sur les fonds prêtés.
30
L’effet de levier financier se définit comme l’accroissement de la rentabilité des capitaux propres par
l’utilisation intensive des capitaux empruntés, lorsque le coût de l’endettement (intérêt plus commissions) est
inférieur à la rentabilité économique (le bénéfice) du projet. L’effet de levier financier mesure donc
l’influence de l’endettement (dettes financières) sur la rentabilité des capitaux propres, ou rentabilité
financière. Il est positif lorsque la rentabilité économique (la rentabilité des capitaux propres + dettes
financières) est supérieure au coût de l’endettement. Dans ce cas, le rapport Dettes financières/Capitaux
propres (appelé entre autres mots le levier d’endettement) s’élève également et l’écart entre la rentabilité
économique et le coût d’endettement devient important. L’effet de levier financier sera négatif dans le cas
inverse. Ce qui signifie que l’endettement dégrade la rentabilité financière. On parlera alors d’effet de
massue. Même si l’endettement permet d’accroître la rentabilité des capitaux propres, il accroît aussi le
risque financier (qui est la variabilité de cette rentabilité). Ainsi, l’effet de levier financier s’entend comme le
taux de rentabilité financière d’un projet et s’énonce par la formule suivante :
Rf = Re (1-t) + Re (1-i) (1-t)D/CP
Avec :
Rf = Taux de rentabilité financière
Re = Taux de rentabilité économique
t = Taux de l’impôt sur les sociétés
i = Taux d’intérêt moyen des emprunts
D = Dettes financières
CP = Capitaux propres
21
Cependant ces contrôles entraînent un coût que le prêteur doit supporter. S’il s’avère que
ce coût risque d’être supérieur aux gains tirés des intérêts perçus par une augmentation du
taux d’intérêt, le prêteur sera contraint au rationnement du crédit (refus, diminution ou
application d’autres critères du montant demandé). Or, comme il est fréquent dans les pays
en développement, les informations tant du domaine de l’ex-ante que de l’ex-post sont
rares voire même impossibles à acquérir. Il s’agit notamment de l’absence des états
financiers pour les activités de micro-entreprises et d’autres activités du secteur informel.
Ne disposant pas de ces informations, le prêteur éprouve des difficultés de détection du
bon ou du mauvais payeur. Il s’agit aussi du manque d’analyse de la rentabilité des
activités des emprunteurs par eux-mêmes. Dans ces cas, les entrepreneurs ne savent pas à
quel niveau leurs activités sont rentables, ce qui les pousse à l’impossibilité de convaincre
les prêteurs.
31
Dans les concepts de la gestion du cycle des projets, les effets sont définis comme étant des résultats des
activités réalisées. Or, les effets de ces résultats (dits ici effets des effets) sont appelés des impacts ou les
22
Certaines de ces études ont trouvé que la microfinance avait des impacts sociaux et
économiques très positifs (comme celle de HOLCOMBE). Ces études ont notamment
mentionné les impacts de la microfinance en matière d’augmentation des revenus et des
emplois. Il est certes évident qu’une petite entreprise qui souffre du manque de fonds de
roulement ou du matériel de base ne peut pas générer des revenus suffisants pour son
entrepreneur. Or, dans les cas où le financement a été accordé, il n’a suffi que d’observer
un changement très positif voire même à très court terme dans les revenus et dans le niveau
de vie tant de l’entrepreneur que des autres bénéficiaires directs de l’entreprise. Ces études
montrent aussi qu’il y a parfois une multiplication des impacts positifs grâce aux crédits,
par exemple :
- les revenus augmentent ;
effets du projet par rapport aux objectifs globaux (ou objectifs généraux). Les résultats directs du projet (ou
effets directs) sont obtenus dans le cadre d’un objectif spécifique assigné à ce projet même.
32
HULME D., Impact Assessment Methodologies for Microfinance: Theory, Experience and Better Practice,
University of Manchester, World Development 28 (1) (2000) pp. 79-98.
33
HOLCOMBE S.H., Managing to Empower : the Grameen Bank’s experience of poverty alleviation, Zed
Press, London, 1995.
34
ADAMS D.W. and J.D. VON PISCHKE, « Microentreprise Credit Programs : Déjà vu », World
Development, vol. 20, 10, 1992, pp. 1463-1470
35
HULME D. and P. MOSLEY, Finance against poverty V.1, Routledge, 1996.
23
Par contre, on trouve des études qui se distancient de cet optimisme et qui résistent sur les
impacts négatifs de la microfinance (ADAMS and VON PISCHKE). Ces études se basant
essentiellement sur les échecs subis par certains pauvres qui se sont endettés et qui se sont
retrouvés dans une situation beaucoup plus grave, surtout en cas de non remboursement dû
à l’échec de leur entreprise ou à une utilisation du crédit à diverses fins sociales de la
pauvreté. Dans ces cas, certains pauvres ont vécu un harcèlement de la part des institutions
de crédit les obligeant ainsi à vendre tout ce qu’ils avaient pour rembourser le crédit.
Certaines de ces études relatent que les personnes endettées sont obligées de quitter leur
région devant une impossibilité de rembourser les crédits. Ainsi, ces études pensent que la
microfinance est souvent utilisée comme solution universelle alors que dans certains
contextes elle peut être même désastreuse. Elles mettent en garde les tenants de cette
universalité de la microfinance et dénoncent l’entraînement sans exception de tous les
pauvres dans les logiques de commerce et d’endettement.
Entre ces deux points de vue opposés, se situent des études qui, d’une part, montrent que la
microfinance a des impacts positifs et, d’autre part, concluent que la microfinance n’assiste
pas les plus pauvres, contrairement à la manière dont elle est souvent présentée (HULME
& MOSLEY). Ces études s’appuient sur les impacts positifs de la microfinance tels que
36
ARMENDARIZ DE AGHION B , Measuring Impacts, in ARMENDARIZ DE AGHION B., MORDUCH
J., “The Economics of Microfinance”, MIT Press, 2005, pp.202-203.
24
présentés par les études de la première catégorie. Cependant, elles pointent du doigt le fait
que les conditions et les emplacements des institutions de crédit ne favorisent pas toujours
l’accès des plus pauvres aux crédits. Certaines de ces études relatent notamment un
système de clientélisme dans certaines institutions de crédits poussant les dirigeants à
orienter les appuis en crédits à une certaine catégorie des élites ou des entrepreneurs
pouvant même avoir accès aux crédits classiques. Par ailleurs, tout en reconnaissant les
résultats spectaculaires en matières de renforcement de la participation économique et
sociale des femmes au travers de leur mobilité, sécurité économique, capacité à prendre
des décisions pour le ménage, etc. T. MONTALIEU37 signale ce qu’il appelle « les
nouvelles contraintes » et « une nouvelle forme de discrimination » en indiquant
notamment que certains programmes de soutien à l’activité productive des femmes ont
contribué à l’encouragement de la polygamie ou de l’abandon des femmes inactives. Il
signale par ailleurs que certaines tensions au sein de la famille peuvent voir le jour à cause
de la microfinance. Il se réfère notamment au cas du Bangladesh où « les emprunteuses de
la Grameen Bank notent dans 70% des cas que le crédit a été l’occasion d’une
augmentation de violence, allant de la simple agressivité verbale jusqu’aux agressions
physiques 38». Par ailleurs, le même auteur signale que l’impact des crédits sur la pauvreté
en Bolivie a été aussi ambigu. Par ailleurs, au niveau macro-économique, il signale que
même dans les économies à faible revenu, le rôle joué par les IMF dans le financement du
secteur privé reste largement minoritaire. Il signale notamment que cette contribution
n’était que 11% pour le Bénin et 5% pour le Mali et la Bolivie. Ainsi, au niveau
macroéconomique, la microfinance a un faible impact même si pour certaines personnes
prises individuellement elle peut avoir des impacts positifs notamment chez les pauvres et
les femmes.
La différence qui existe entre les résultats de ces études peut s’expliquer par le fait que
chaque étude d’impact avait des objectifs spécifiques et des caractéristiques propres, tous
liés notamment à la personne qui faisait l’étude (son objectivité et sa subjectivité) et à la
manière dont le contexte a été analysé et pris en compte.
37
MONTALIEU T., “Les institutions de micro-crédit : entre promesses et doutes – quelles pratiques
bancaires pour quels effets ? », Mondes en Développement, Tome 30 (119) (2002) pp.21-32.
38
MONTALIEU T., op. cit.
25
A tout le moins, les évaluations d’impacts diffèrent des évaluations classiques en ce sens
que les évaluations d’impacts s’intéressent à l’amélioration de la pratique, en plus de la
présentation des outputs par rapport aux inputs. L’évaluation de l’impact ajoute donc un
plus à la valeur ajoutée de l’évaluation classique, d’autant plus qu’elle s’efforce de
comprendre comment les résultats ont été atteints tout en proposant la manière avec
laquelle les institutions concernées peuvent améliorer leurs pratiques dans le domaine du
développement durable. Ainsi, la présente recherche évaluera les impacts du crédit en
terme d’analyse de mécanismes et de processus de demande et d’offre de crédit, en plus de
la présentation des résultats atteints et de l’intégration dans l’analyse des aspects liés à
l’environnement institutionnel (bailleurs de fonds, systèmes de microfinancement,
politiques en la matière, etc.).
39
GUERIN I., Introduction de la troisième partie, dans GUERIN I., SERVET J.M., « Exclusion et Liens
financiers – Rapport du Centre Walras 2003 », Economica, Paris, 2004.
40
GUERIN I., Introduction de la troisième partie, dans GUERIN I., SERVET J.M., op. cit. p.549
41
HULME D., [Link].
26
A titre d’exemple pour le cas d’un projet de microfinance, la chaîne (des résultats et des
causes) peut être décrite de la manière suivante :
- un ensemble d’assistance technique et de capital a changé le comportement (ainsi que les
produits) de l’institution de microfinance ;
- les institutions de microfinance ont ensuite procuré différents services à leurs clients à
titre de crédits ;
- ces services de crédits ont amené les clients à modifier les activités de leurs micro-
entreprises et PME ;
- ces modifications d’activités ont amené une augmentation ou une diminution des revenus
générés par les micro-entreprises et PME ;
- les changements des revenus des micro-entreprises et PME causent des changements des
revenus des ménages ;
- les changements des revenus des ménages provoquent des changements (à la hausse ou à
la baisse) de la sécurité économique des ménages ;
- la modification de la sécurité économique des ménages entraîne des changements dans la
morbidité et la mortalité des membres de la famille, dans l’éducation et dans le niveau
d’habilité et dans les opportunités sociales et économiques futures ;
- et peut être, les changements précédents peuvent aboutir à la modification des relations
sociales et économiques voire même des structures en place.
Face à la complexité des relations entre les éléments de cette chaîne, HULME fait une
distinction entre deux écoles afin de déterminer les liens à privilégier dans l’évaluation de
l’impact : l’école des bénéficiaires retenus et l’école intermédiaire.
L’école des bénéficiaires retenus préconise de faire le maximum de chaînes possible (en
termes de budget et de moyens disponibles) et d’évaluer l’impact de chaque élément de la
chaîne sur les bénéficiaires voulus (individu ou ménage par exemple). L’école
intermédiaire quant à elle, se centre sur l’évaluation du début à la fin de la chaîne et en
particulier sur l’évaluation des changements dans l’institution de microfinance et dans ses
opérations.
Pour notre recherche, nous avons essayé de nous appuyer à ces deux écoles mais en
analysant les différents éléments de la chaîne d’impacts et en essayant de donner les détails
sur les changements obtenus. Il est évident que nous avons cherché à identifier le
maximum possible de chaînes.
27
Ceci nous a amené à d’abord situer les chaînes qui lient les actions ou gestes posés aux
effets qu’ils produisent. Ensuite, en analysant ces effets dans leur ampleur, nous nous
sommes efforcé de comprendre les dynamiques qui les sous-tendent. Enfin, nous avons
situé les effets dominants, que ce soit dans le chef des acteurs ou dans le cadre d’un
environnement global dans lequel interagissent des relations de causes à effets.
Pour ce qui est de l’unité « entreprise » : l’avantage est qu’il existe des outils analytiques
(ratios de profitabilité et de rentabilité) et les désavantages sont les difficultés de définition
et d’identification des éléments d’analyse dans les micro-entreprises informelles. Un autre
désavantage est aussi que la microfinance est souvent aussi utilisée pour d’autres types
d’actions ou de consommation et les liens entre la performance d’une entreprise et le bien
être social est difficile à valider.
Par ailleurs, la prise en compte de toutes les unités possibles dans une évaluation d’impacts
peut s’avérer plus bénéfique pour une compréhension plus détaillée (avantage) mais elle
s’avère très complexe, coûteuse et exige des modèles d’analyse très sophistiqués, sans
compter le temps énorme que cela peut prendre (désavantage). Ainsi, pour notre recherche,
nous préférerons nous pencher sur les impacts envers les unités « entreprises » autant pour
28
les micro-entreprises et PME que pour les SFD. Nous considérerons aussi les unités
« individus » lorsque le rôle de l’individu est prépondérant, notamment dans les micro-
entreprises individuelles.
Dans le même débat, et plus précisément ici sur les variables, A. SIMANOWITZ45 met en
avance le débat sur la question de l’attribution (à qui peut-on attribuer le changement) mais
aussi à la pertinence des enquêtes qui produisent une énorme quantité de données sur de
42
HULME D., voir supra.
43
GUERIN I., Introduction de la troisième partie, dans GUERIN I., SERVET J.M., op. cit. p.546
44
MEES M., J.J. GRODENT, Les études d’impact en question, dans GUERIN I., SERVET J.M.,
« Exclusion et Liens financiers – Rapport du Centre Walras 2003 », Economica, Paris, 2004, pp.666-673.
Voir aussi SOS Faim (ed.), « La microfinance lutte-t-elle contre la pauvreté ? », Défis Sud, éd. Spéciale,
n°43, 45p.
45
SIMANOWITZ A., “Quelles méthodologies pour évaluer l’impact de la microfinance? Une diversité de
méthodes pour une diversité d’objectifs », dans GUERIN I, SERVET J.M., 2004, pp.607-665.
29
nombreuses variables mais qui finissent par donner des tendances à explications
subjectives (jugements de valeur pour conclure sur ces tendances). Pour cet auteur,
« Ce débat méthodologique met en évidence la nature subjective de l’évaluation d’impact
et la nécessité d’une compréhension qualitative, en profondeur, permettant de tirer des
conclusions raisonnables ».
On peut donc considérer qu’il existe deux types d’indicateurs47 : les indicateurs de
processus et les indicateurs d’impacts.
- Les indicateurs de processus : Ces indicateurs montrent comment le changement est en
train de s’opérer. Ils peuvent être utilisés pour suivre le cheminement d’une action (ce qui
est en train d’être fait et comment). Ils doivent mettre l’accent sur le niveau des moyens
mis en œuvre et des résultats (inputs et outputs), vérifier l’utilisation de ces moyens ou
ressources et enregistrer les activités qui sont en train d’être menées.
- Les indicateurs d’impact : Ces indicateurs montrent si les efforts fournis dans le cadre du
projet ont eu des impacts (effets), si quelques changements ont eu lieu comme résultat des
46
SIMANOWITZ, [Link]., p.661.
47
RUBIN F., A Basic Guide to Evaluation for Development Workers, Oxford, 1995, pp. 29-40.
30
activités du projet. Ces indicateurs montrent comment les objectifs du projet sont atteints
(particulièrement les objectifs globaux du projet).
Ces deux types d’indicateurs peuvent également être de type quantitatif ou qualitatif.
- Les indicateurs quantitatifs sont exprimés en termes de nombres ou de montants. Il s’agit
par exemple du taux de mortalité infantile, de l’incidence d’un fléau dans une communauté
donnée, etc. Dans certains cas, les indicateurs économiques ont souvent dominé les
évaluations d’impacts de la microfinance en termes quantitatifs, surtout quand il s’agissait
de déterminer les évolutions des revenus, le niveau de consommation, les dépenses, etc.
- Les indicateurs qualitatifs formulés en termes de descriptions et d’attitudes. Ils expriment
souvent ce que les populations pensent que le projet a pu ou peut apporter comme résultats.
Il s’agit par exemple des discours sur le statut d’éducation, l’accès aux soins de santé, le
niveau nutritionnel, l’utilisation des contraceptifs, etc. Ces indicateurs sociaux ont souvent
été utilisés dans le cadre de la compréhension de l’impact de la microfinance sur le
renforcement de la capacité des individus dans leur ménage ou dans la communauté.
Avoir recours aux indicateurs, aux méthodes et aux techniques qualitatifs pour la collecte
des données est donc absolument nécessaire d’autant plus qu’il y a une complémentarité
entre les deux types d’indicateurs. En effet, certains montants ou chiffres nécessitent une
explication qui justifie leur valeur en incluant les raisons, le contexte et leur évolution dans
le temps. Pour notre recherche, nous utiliserons à la fois des indicateurs quantitatifs,
qualitatifs, de processus et d’impacts tant sur les PME que sur les SFD.
les facteurs causaux et les hypothèses) et la méthode de contrôle de groupe (aussi très
exigeante car demandant d’identifier un autre groupe presque semblable sur lequel on ne
va pas appliquer une intervention).
Ces deux méthodes, qui ont longtemps dominé la vision de l’évaluation de l’impact, ont été
essentiellement utilisées par les économistes et les statisticiens.
b) La méthode fondée sur les traditions humaines
La géographie, la sociologie et l’anthropologie ont été parmi les disciplines qui ont utilisé
le plus souvent cette méthode. Elle consiste en l’utilisation de l’approche inductive, la
consultation des informateurs clés, l’enregistrement des notes et images, la récolte des
données quantitatives pour leur analyse directe.
La pertinence de cette méthode réside dans le fait qu’elle utilise une logique consistant en
arguments et matériels présentés, longueur et qualité des évidences émises, utilisation de la
triangulation48 pour relever les évidences ainsi que la méthodologie et la réputation du
chercheur. HULME nous fait constater que c’est dans les années 1980 que la pertinence de
l’utilisation de cette méthode a été démontrée.
c) L’apprentissage par la participation et l’action
Face à la complexité et à la diversité de certains contextes dans lesquels se déroulaient les
interventions et actions de développement, certains chercheurs et praticiens du
développement se sont rendu compte que les résultats issus de deux méthodes précédentes
ne reflétaient pas parfaitement la réalité du terrain. Dans la lutte contre la pauvreté et
l’« empowerment » des femmes par exemple, l’apprentissage par la participation et
l’action a donné des résultats très positifs menant à une évaluation plus ou moins
acceptable des impacts. C’est dans cette approche que l’on peut par exemple classer le
texte sur l’approche holistique de C. RAYNAUT49. Ainsi, dans le cas de la gestion des
projets de développement, l’apprentissage par la participation et l’action peut utiliser
l’approche holistique afin de comprendre des dynamiques de développement des différents
48
La triangulation est un des concepts méthodologiques de base de la Méthode Appliquée de Recherche
Participative (MARP). Trianguler signifie utiliser par exemple au moins trois points de vue dans l'analyse
d'un phénomène. Ainsi, le principe de la triangulation stipule qu’il faut utiliser plusieurs angles pour aborder
un problème afin de collecter des informations complètes et fiables. Ce principe considère en effet
qu’aborder un problème à partir d'une seule perspective, d'un seul outil ou d'une seule technique peut
conduire à des biais.
49
RAYNAUT C., « L’opération de développement et les logiques de changement : la nécessité d’une
approche holistique : L’exemple d’un cas nigérien », 1989, Genève-Afrique, Genève, Vol.27, N°2, pp.6-38.
32
acteurs. Cependant, il est aussi important de relativiser cela car l’empowerment n’est pas
automatiquement perçu via la microfinance. C’est ce que I. GUERIN et J. PALIER50
signalent dans le cas des projets qui appuient les femmes tout en laissant de côté les
hommes. Ces auteurs trouvent que cette pratique est dangereuse en ce sens qu’elle renforce
les conflits de genre. De plus, elles fustigent l’automatisme annoncé entre le fait de réunir
les femmes et le concept de participation. Nous signalons avec ces deux auteurs que la
participation à une réunion convoquée par les responsables du projet ne signifie pas
nécessairement la participation au projet par les femmes. La vraie participation va au-delà
de la simple participation aux réunions notamment par leur intégration dans la conception,
la gestion et l’évaluation des projets qui les concernent. La microfinance pour ces deux
auteurs est donc non seulement un droit mais aussi un des moyens d’aider les plus pauvres.
Ils signalent à juste titre que la microfinance n’est pas une panacée pour résoudre tous les
problèmes de pauvreté51. Son utilité est réelle mais son efficacité dépend fort de comment
elle est utilisée. Ceci dit, la participation est donc aussi un des moyens d’arriver à travailler
avec les bénéficiaires et à apprendre avec eux.
Pour rester dans cette critique face au concept d’empowerment, il nous est également
important de signaler les travaux de J.L. FERNANDO52 car il signale que la microfinance
est parfois utilisée comme moyen d’empowerment mais que dans le fond on ne voit que de
la visibilité sans pouvoir réel transmis aux bénéficiaires. C’est ainsi que l’apparence de
succès, de droit revendiqué ou conquis, d’émancipation, etc. des bénéficiaires féminins
peut être trompeuse. Ce qui est important pour cet auteur est justement la volonté de
creuser exactement pour chaque cas ce qui se passe réellement. Cet auteur trouve parfois le
concept d’empowerment dans les combats des féministes qui l’instrumentalisent non
seulement dans le concept de l'égalité des sexes mais aussi auprès des gouvernements, de
la Banque Mondiale ou des banques commerciales53 pour réclamer plus d’engagements
50
GUERIN I., J. PALIER, Microfinance Challenges : Empowerment or Disempowerment of the poor?,
Institut Français de Pondichéry, 2005, p. 345-346
51
GUERIN I., J. PALIER, [Link], pp. 347-352
52
FERNANDO J.L., “Microcredit and empowerment of women : visibility without power”, in FERNANDO
J.L., ed., « Microfinance – Perils and Prospects », Routledge Studies in Development Economics, 2006,
pp.187-239.
53
Voir notamment le débat soulevé dans l’introduction du livre FERNANDO J.L., ed., « Microfinance –
Perils and Prospects », Routledge Studies in Development Economics, 2006, p. 241.
33
matériels concrets et de changements de politiques d’aide pour les plus pauvres dont les
femmes54. Ainsi, pour [Link], au lieu de militer pour l’empowerment par le
microcrédit ou la microfinance, qui finalement dans plusieurs cas finit pas s’intégrer dans
les logiques néo-libérales que certains initiateurs de la microfinance combattent, il serait
mieux de baser leur combat dans une vision globale dans la théorie sur le changement
social55.
Cette troisième méthode d’évaluation des impacts a également plus d’ambitions que les
deux premières, étant donné qu’elle vise à la mise en place d’une intervention beaucoup
plus élaborée que celle utilisée pour l’apprentissage et la compréhension des mécanismes
de fonctionnement locaux. Chaque intervention étudiée par cette méthode sert de test et les
possibilités d’essai-erreur, de redéfinition des objectifs ou de réorientation des activités
restent ouvertes contrairement aux autres méthodes qui étudient les liens et les impacts en
partant du prévu vers le réalisé. Cependant, cette participation ne devrait pas se faire sous
forme d’ingérence. Au contraire, elle devrait se concrétiser en un travail défini et
coordonné par les responsables locaux dans le projet.
54
Selon Fernando J.L., [Link]., p. 23. La majorité des pauvres du monde est constituée des femmes alors que
celles-ci représentent 50% de la population active et s’occupent de plus de 67% du travail au niveau mondial.
De plus, elles gagneraient seulement 10% des salaires et ne détiennent qu’1% de la richesse mondiale. Il
signale également que leur travail est invisible. Il faut reconnaître que ces données sont prises au niveau
mondial et ne peuvent toujours pas se vérifier à tous les contextes. De nouveau, il est nécessaire d’analyser
chaque cas au niveau des pays, régions, localités ou communautés car des différences peuvent apparaître
avec des explications particulières. A tout le moins, la pauvreté de la femme n’est pas une fiction mais plutôt
une réalité qui est facilement plus observable dans les pays en développement.
55
FERNANDO J.L., [Link]., p.12. Et par changement social on entend la prise en compte du rôle et de la
place de tout et chacun dans l'organisation et dans la société.
34
Dans ces deux cas, les effets sont donc difficiles à appréhender surtout si les individus
interrogés masquent tout ou partie de la vérité pour plusieurs raisons. Parmi ces raisons
qu’il faut essayer de surmonter il y a par exemple : la peur des interviewés que leurs
informations puissent être déformées, la honte de déclarer des résultats si faibles, la
méfiance à l’égard d’un étranger dans le cadre d’une interview, l’absence d’enjeu dans
l’interview (effet bénéfique), etc. Ce sont ces mêmes raisons qui nous ont amené à préparer
minutieusement nos interviews afin que leur introduction puisse mettre à l’aise les
interviewés et les intéresser à l’importance de notre recherche.
Face à ces problèmes communs aux trois méthodes, il nous est apparu important de
recourir aux éléments des deux dernières méthodes. Nous n’avons pas utilisé la première
méthode d’autant plus qu’elle exige un maximum de données récoltées dans un cadre
progressif strict et en un certain temps. En faisant ce choix, nous avons pu cerner le
maximum possible d’informations et de mécanismes de fonctionnement tant des micro-
entreprises et PME que des SFD ainsi que de leurs impacts. C’est ainsi que HULME
suggère aux études disposant d’un budget relativement faible de travailler dans une
approche de triangulation avec les techniques fondées sur la revue de littératures, le
qualitatif et la participation.
Ainsi, les impacts peuvent être relevés sur base des variables qui sont en même temps (le
plus souvent) des caractéristiques de la demande et de l’offre. Pour les demandeurs de
crédits, l'évaluation de l'impact peut tenir compte de l’évolution des facteurs suivants :
56
HULME D. conclut en signalant la nécessité de mettre en place et de promouvoir au sein de chaque
institution de microfinance une unité interne de suivi de l’impact, ce qui peut être une bonne alternative aux
études d’impacts indépendantes qui sont confrontées à de multiples difficultés (méthodologiques, logistiques,
etc.).
35
57
HULME D., [Link].
36
58
Cette définition communément donnée au capital matériel renvoie à la même description du Dictionnaire
Petit Robert, ed.1977.
37
entre les liens sociaux et les rapports humains multiples dans la stratégie des petits
entrepreneurs notamment dans leur lutte pour la réduction des incertitudes.
- l’apport intellectuel comprend la conception, l’organisation, la prévision et la mise en
œuvre du processus de production et d’écoulement des biens et services.
Cela ne nécessite absolument pas toujours le fait que l’entrepreneur ait une certaine
formation diplômée ou spécifique donnée. Son niveau d’intelligence peut dépendre
largement de l’expérience acquise dans le domaine ou de la simple détermination à réussir.
Dans ce dernier cas, il s’agira de quelqu’un qui croit en ce qu’il fait ou ce qu’il veut faire,
et qui apprend au fur et à mesure qu’il avance, tout en ajustant certains de ses
comportements ou de ses pratiques en fonction du moment et des obstacles ou succès
rencontrés.
- l’apport manuel : il ne s’agit pas seulement pour un entrepreneur de concevoir,
d’organiser ou d’être guidé par une motivation de réussir pour avoir une production des
biens et services. Il faut aussi que ce même entrepreneur travaille effectivement dans son
entreprise ou qu’il dispose d’autres personnes qui font ce travail sous sa responsabilité.
Ainsi, l’apport manuel renvoie à toute activité de production même par l’utilisation de la
main ; chose que certaines machines ont essayé de faire dans les économies développées et
qui a réduit largement la présence de la main d’œuvre dans les unités de production.
- l’apport relationnel concerne la qualité des relations sociales dans l’entreprise et la qualité
des relations avec la clientèle ainsi qu’avec d’autres personnes en dehors de l’entreprise et
qui peuvent influencer soit une des activités, la stratégie ou l’image de l’entreprise
concernée. Cependant, bien que HUGON mette l’apport relationnel dans le capital humain,
il est important de signaler que cet aspect se retrouve aussi bien situé dans le capital social
tel que développé par les auteurs comme P. BOURDIEU60 J. COLEMAN61 et R.
PUTNAM62. Ces compétences peuvent être améliorées par la formation ou la capitalisation
sur des expériences vécues. En effet, l’entrepreneur peut par exemple apprendre à gérer
59
HUGON P., POURCET G. et QUIERS-VALETTE S. (éds), L'Afrique des incertitudes, Paris, IEDES,
1995.
60
BOURDIEU P., “ Forms of capital”, in J.C. RICHARDS (ed.), Handbook of Theory and Research for the
Sociology of Education, New York : Greenwood Press, 1983 et BOURDIEU P., « Le capital social”, Notes
provisoires. Actes de la recherche en Sciences sociales, vol.31, janvier 1980, pp.2-3
61
COLEMAN J., Social Capital in the creation of human capital, American Journal of Sociology, Vol.94,
Supplement, p. S95.
62
PUTNAM R., Democracy in Flux: The evolution of Social capital in Contemporary Society, New York,
Oxford University Press, 2002, 522p.
38
mieux son entreprise grâce à des cours de gestion de l’entreprise, de gestion financière, de
planification, etc. donnés par les institutions de microfinance ou par d’autres opérateurs
spécialisés dans le domaine. Les ouvriers peuvent également bénéficier de stages dans
d’autres entreprises similaires, par l’intermédiaire d’institutions de microfinance ou autres.
Dans nos analyses, nous regarderons en quoi la microfinance a permis oui ou non de
contribuer au développement des compétences de l’entrepreneur et du personnel tout en
sécurisant ou en créant de nouveaux emplois (point 8.2.2).
63
LAPEYRE F., Mondialisation, libéralisation et contradiction des processus de développement, Proposition
d’une approche en terme d’exclusion sociale des transformations post-communistes en Europe Centrale,
Institut d’Etudes du Développement, Louvain-la-Neuve, Mars 1999, pp. 277-278.
64
BOURDIEU P., [Link].
65
PUTNAM R., [Link].
39
Sur le plan sociologique66, le capital social désigne l’ensemble des réseaux de relations
sociales dont peut profiter un individu, quelqu’un de son entourage ou même une activité
de l’individu en question. Ainsi, pour nous il y a lieu de mettre en perspective ces deux
visions (individuelle et communautaire du capital social) en ce sens que le capital social
peut profiter à la fois à l’individu et à la communauté (question de réciprocité) et que tout
dépend de la façon dont il est mobilisé.
66
Par opposition à la considération juridique ou comptable qui définit le capital social comme étant le
montant total des apports en numéraires (espèces monétaires), en industrie (travail) et en nature (valeur des
biens, des brevets), effectués à une société lors de sa constitution. Figurant au passif du bilan, le capital social
désigne l’ensemble des dettes envers les propriétaires de l’entreprise (c’est donc du capital juridique). Le
capital financier quant à lui désigne le produit de la valeur des actions cotées en bourse et du nombre des
actions détenues dans l’entreprise concernée.
67
COLEMAN J., [Link].
Ici comme P. BOURDIEU, COLEMAN conçoit le capital social comme une propriété individuelle et non
collective.
68
PEEMANS J.-P., Crise de la modernisation et pratiques populaires, Editions L’Harmattan, Paris, 1997, 250
p.
40
maintenir et de subvenir à leurs besoins. Ainsi, bien que les micro-entreprises aient existé
bien avant la crise actuelle (surtout à partir des années 80), cette dernière accélère le
phénomène et permet de démontrer une fois encore l’ingénierie des acteurs populaires pour
diversifier les mécanismes de survie. Comme les PME, dans leur lutte pur la survie, restent
caractérisées par la triple composante du capital (matériel, humain et social), il est
important de tenir compte de cela dans nos analyses (voir notamment points 8.2.1).
La théorie de l’agence nous a permis d’identifier les demandeurs et les offreurs de micro-
crédit. Pour l’essentiel, nous avons constaté que du côté de la demande, il y a non
seulement les micro-entreprises et les PME (qui font l’objet de notre recherche) mais aussi
d’autres populations pauvres notamment des milieux ruraux et urbains et qui sont exclus
du système financier classique. Les institutions de microfinance (IMF) à côté des
institutions financières classiques et d’autres institutions financière informelles sont
actuellement émergentes. Du côté de l’offre, une des formes des IMF que notre recherche
va analyser davantage notamment sur le plan empirique est le Système financier
décentralisé (SFD). Nous avons constaté que théoriquement ces institutions, tant du côté
de la demande (PME) que de celui de l'offre (IMF de type SFD), s’articulent en fonction de
leurs caractéristiques fondées sur leurs objectifs, leurs expériences, leurs interactions avec
d’autres acteurs (le pouvoir public, les bailleurs de fonds), le poids de l’histoire et le
contexte dans lequel elles évoluent. Pour l’essentiel, cette considération théorique va être
utilisée pour constater les mécanismes de coopération entre les PME et les SFD et quels
types de contrats ces deux types d’acteurs ont en commun. Nous essayerons d’identifier
dans la partie empirique les éléments qui permettent à ces deux types d’acteurs, ayant des
objectifs différents, de coopérer chacun en minimisant ses risques et ses coûts (en fonction
des asymétries d’information).
69
HULME D., op. cit.
41
d'analyser les impacts observés et identifiés en dressant les liens qui se trouvent entre eux
avant d’en déduire les conclusions. Pour ce faire, après avoir obtenu une coopération
contractuelle entre les PME et les SFD, ce sera ici l’occasion d’identifier les impacts de la
microfinance tant en termes de revenu, d’emploi, d’intégration de la femme, l’aspect
d’exclusion sociale (point 8.2) que sur les institutions (point 8.3).
A ce titre, les théories sur le capital de la PME (notamment par la triple composante du
« capital » de la PME : le capital matériel, le capital humain et le capital social) nous ont
indiqué que la micro-entreprise n’a pas seulement besoin d’être bien nantie en capital
matériel adéquat et abondant ou en ressources humaines compétentes et suffisantes, mais
qu’il faut aussi un bon équilibre entre d’une part les deux composantes et d’autre part le
capital social constitué par un ensemble de réseaux sociaux qui lui sont utiles pour se
maintenir et partant se développer. Ainsi, dans l’identification des impacts de la
microfinance sur les PME et les SFD, il est important d’avoir en tête la triple composante
du capital pour voir en quoi la microfinance constitue un moyen qui affecte le capital de la
PME, du SFD ou de la communauté dans laquelle ces acteurs opèrent.
De toutes ces théories, il ressort les aspects suivants que nous allons esquisser en détails
dans notre grille d’analyse dans le cadre du chapitre trois :
- un ensemble d’acteurs : demandeurs, offreurs de crédit, autres (Etat, bailleurs de fonds,
etc.) ;
- une multitude d’objectifs et de stratégies d’acteurs : souvent en compétition, en
complémentarité ou en dominance ;
- une dynamique historique et fondée sur le processus des mécanismes de
fonctionnement et soutien au secteur de la microfinance ;
- les impacts multiples sont identifiables grâce aux analyses poussées au niveau des
unités (micro-entreprises, PME, SFD, etc.) ;
- la triple composante du capital de la PME est importante à saisir en cas d’analyse de la
PME ;
- la politique publique en matière de développement du secteur de la microfinance :
quels sont les acteurs en jeu et leurs stratégies de réaction et d’adaptation.
42
En définitive, les différents acteurs cités par ces bases théoriques (offreurs, demandeurs,
appuyeurs, bailleurs de fonds, etc.) sont soit en compétition, en conflits, soit en relations
contractuelles complexes, tout comme d'autres cherchent à se regrouper pour défendre
leurs positions. Ces relations d'alliance, de conflits et de dominance entre les acteurs sont à
la base de notre objet de recherche visant, nous le répétons, à élucider la problématique du
crédit et ses impacts dans la promotion des PME dans la ville de Ouagadougou.
43
3.1. Introduction
70
Voir notamment dans :
GUESLIN A., L’invention de l’économie sociale : idées, pratiques et imaginaires coopératifs et mutualistes
dans la France du XIXè siècle, Nouvelle édition révisée et augmentée, Economica, Paris, 1998,430p.
DEFOURNY J., J.L. MONZON CAMPOS (Eds), Economie sociale entre économie capitaliste et économie
publique, De Boeck, Bruxelles, 1992,459p.
71
Voir notamment dans :
PEEMANS J.-P., Crise de la modernisation et pratiques populaires, Editions L’Harmattan, Paris, 1997, 250p.
NYSSENS M., Quatre essais sur l’économie populaire urbaine : le cas de Santiago du Chili, Thèse doctorale,
CIACO, Louvain-la-Neuve, 1994.
72
Voir notamment :
BIT, Appui à l’auto-organisation des petits producteurs et productrices urbains de Ouagadougou, BIT,
Genève, 1994
TURNHAM D. et al. (sous la dir.), Nouvelles approches du secteur informel, Paris, OCDE, 1990, 271p.
44
présente donc les institutions financières classiques du pays et le rôle qu’elles jouent dans
le financement de l’économie. Il détaille aussi les alternatives institutionnelles de
financement des plus pauvres notamment les systèmes informels de financement parmi
lesquels les tontines et les SFD. Nous y trouverons également le rôle et la place de la
coopération internationale soit en appuis financiers, soit en renforcement des capacités des
institutions de microfinance.
Certaines de ces imperfections ont conduit par ailleurs à une restructuration du système
bancaire qui s'est opérée au moment où les banques traversaient une crise financière sans
précédents, dans les années 80. Depuis la veille des indépendances, plusieurs tentatives de
financement ont été opérées non seulement dans le milieu urbain mais aussi dans le milieu
rural. Il s’agit au départ de la création des banques de développement. Ensuite, il y a eu la
création du Crédit de Haute-Volta, de la Caisse Centrale de Crédit Agricole Mutuelle de
Haute-Volta (CCCAM) qui a été créée en 1950 et fermée en 1958 pour causes d'impayés et
la Caisse Nationale de Crédit Agricole du Burkina (CNCA-B) dont les restructurations
73
ZAGRE P., [Link], p. 161
45
récentes semblent ne pas avoir terminé leur cours. Ces trois institutions ont été créées
spécifiquement pour le développement du milieu rural.
Une des conséquences de cette restructuration et de la crise qui est à base de son
déclenchement est qu’au Burkina, tout comme dans la quasi-totalité des pays africains
francophones, il n’existe plus de Banque Nationale de Développement. L’émergence du
secteur privé à la fin des années 80 a donné naissance à la création de banques
commerciales privées. Ces dernières n’ont cependant pas remplacé les banques de
développement, car leurs ressources sont de court terme et leur transformation en crédits à
moyen et long terme comporte des risques qu’elles ne maîtrisent pas.
A noter que le coût du crédit se situe entre 10 et 20% dans ces institutions bancaires.
Cependant, ce taux est nominal et ne tient pas compte des différentes charges
supplémentaires que le demandeur du crédit supporte en réalité. Parmi ces frais, il y a des
charges d’enregistrement ou d’ouverture du compte, frais de dossier, frais de transport pour
aller négocier le crédit, coût du temps utilisé pour négocier le crédit, etc. Ce coût nominal
varie selon l’institution et cela principalement en fonction du risque de l’opération, de la
notoriété du client et des garanties apportées par ce dernier. D’après T. MONTALIEU74, le
taux nominal pratiqué par les réseaux mutualistes de l’Ouest africain se situait en 1999
entre 2% et 48% alors que le taux d’usure dans cette période était fixé à 27%. Pour cet
auteur, le taux nominal qui varie d’une institution de microfinance à l’autre se retrouve le
plus souvent plus élevé que celui des banques classiques. Cependant, ne connaissant pas le
taux effectif global de ces deux types d’institution (les calculs ne sont pas faits ici faute de
données), il est difficile de dire si le coût du crédit est plus ou moins cher dans les
institutions financières classiques que dans celles de microfinance. Il importe uniquement
74
MONTALIEU T., “Les institutions de micro-crédit : entre promesses et doutes – quelles pratiques
bancaires pour quels effets ? », Mondes en Développement, Tome 30 (119) (2002) p5.
46
de signaler ici le caractère nominal des taux d’intérêt énoncés dans le cadre de cette
recherche. Les entreprises qui constituent une grande partie des clients de ces banques et
opérateurs financiers ont des besoins de financement de deux ordres : le financement des
investissements (les actifs productifs de l’entreprise) et le financement du fonctionnement
du cycle d’exploitation de l’entreprise ou besoin en fonds de roulement (BFR).
- La Société Financière Internationale (SFI) filiale de la Banque Mondiale qui finance des
projets dans des secteurs très divers comme l’agro-industrie et le tourisme.
- L’Agence de la Francophonie dans son programme " FFS-PME " (Fonds Francophone de
Soutien à la PME). Cette agence finance les micro-entreprises à forte valeur ajoutée locale,
des secteurs identifiés comme prioritaires (bâtiment et construction, textile, agro-
alimentaire). L’agence intervient également dans le financement des activités productives
des groupements associatifs professionnels et coopératifs par l’intermédiaire du Fonds
Francophone de Développement.
47
- Le Fonds de Préparation de Projets Privés (F3P) qui finance les études, pour des projets
de création, développement et diversification ou de privatisation au profit des entreprises
de production des biens ou des services dans un cadre concurrentiel.
D’après KOUPAKI, plus de 600 guichets offrent des services financiers dans toute la zone
UEMOA. Ce qui signifie à peu près 1 guichet pour 115.000 habitants. Le nombre des
détenteurs de comptes est estimé à 1.553.000 en décembre 1999. Ainsi, pour une
population totale de 66 millions d’habitants, l’UEMOA affiche donc un faible taux de
bancarisation de sa population, soit moins de 3%. Bien que le secteur primaire contribue à
la formation du Produit Intérieur Brut (PIB) à hauteur de 28% et occupe plus des deux tiers
de la population active, son financement ne s’élève qu’à 6% des crédits octroyés par les
banques à vocation universelle ou les banques spécialisées dans le financement de
l’agriculture.
Par ailleurs, on estime que le commerce absorbe 38% des financements et l’industrie
manufacturière 21%. Le reste est accaparé par les services hors commerce avec une part de
35% de tous les financements. De ce fait, les crédits à court terme (commerce et services
essentiellement) ont une part de 68% contre 29% pour le financement à moyen terme et
3% pour le long terme. Les banques et établissements financiers ont contribué au PIB total
de l’UEMOA à concurrence d’environ 17% en 2000. Cette faible participation est en
75
Papier de KOUPAKI P.-I., Conseiller du Gouverneur et Directeur des Etudes Economiques et de la
Monnaie à la BCEAO, Problématiques de la pauvreté et inadaptation du système financier actuel : nécessité
d’une approche novatrice, Séminaire sur la contribution du secteur financier à la lutte contre la pauvreté dans
les Etats membres de l’UEMOA, Bamako, 9-10 juillet 2001.
48
contraste avec le fait que les excédents de trésorerie étaient de 235 milliards de FCFA77 au
31/12/2000. Face à cette situation, on constate que les opérateurs économiques dans
l’ensemble de l’Union et plus spécialement les petites et moyennes entreprises connaissent
des difficultés de financement auprès du secteur financier classique afin de développer
leurs activités. Cette exclusion des pauvres et petits opérateurs économiques reste donc une
réalité. Cela prouve bien que le système financier classique n’est pas adapté au
financement des besoins des populations les plus défavorisées tant dans ses objectifs, ses
instruments que de ses méthodes.
En effet, il exclut non seulement les transactions à petite échelle (du fait de leurs coûts
fixes élevés) mais il exige aussi des garanties que les petits opérateurs ne sont pas prêts à
fournir. De plus, le système financier classique, par sa politique de crédit principalement
orientée vers les entreprises disposant d’une bonne assise financière et de garanties, est
quasi exclusivement présent dans les grands centres urbains. Les Petites et Moyennes
Entreprises (PME) et les autres opérateurs de revenus modestes se retrouvent donc
pénalisés par cette politique, surtout quand on sait que la plupart d’entre eux exercent dans
le secteur informel et n’ont pas de garanties à offrir.
Dans cette partie, nous indiquons comment les promoteurs de projets ou initiatives
économiques essayent de trouver des financements auprès des institutions informelles de
financement. Comme nous l’avons déjà signalé, les banques ne s’intéressent pas aux PME
et autres petits opérateurs économiques pour des raisons diverses et essentiellement sous
prétexte que ces opérateurs sont insaisissables et ne présentent pas de garanties. Or ces
76
KOUPAKI P.I., [Link].
77
FCFA = Franc de la Communauté Française d’Afrique. 1 € = 655,957 FCFA
49
PME ont besoin de capitaux pour se lancer et financer leur développement. On sait déjà
que dans les deux tiers des cas, c’est grâce à leur apport personnel qu’elles se créent.
Faute de financement extérieur, les PME recourent à d’autres possibilités mais ces
dernières restent généralement limitées ( J. DOUTRIAUX et al., 1995) 78 et très exclusives.
C’est le cas par exemple du crédit fournisseur qui est considéré comme une source
informelle de financement car basé sur les relations personnelles et la confiance que créent
ou permettent des liens commerciaux classiques entre un entrepreneur et ses fournisseurs.
Les membres de la famille peuvent également s’octroyer des emprunts. On peut aisément
appeler ce système le crédit familial. La notion de famille renvoie ici à une définition
large dans le contexte africain en général, et au Burkina Faso en particulier. C’est ainsi que
des enfants de la cousine maternelle ont des droits et des obligations similaires à ceux du
frère direct (père et mère) au sein de la famille élargie. Dans le cadre familial, nous
intégrons également les différents transferts d’argent des nationaux immigrés à l’étranger
(Occident ou dans les pays voisins principalement) quand ces transferts sont faits dans le
but d’aider par crédits ou dons à la création d’activités génératrices de revenus par les
parents (membres de la famille en général) restés au pays.
La tontine est une forme d’épargne rotative qui rassemble des amis ou des personnes liées
par un intérêt commun. C’est un moyen efficace pour épargner entre amis et surtout
démarrer un projet : par exemple les commerçants pour leur capital de départ. Les femmes
vendeuses sur les marchés savent bien l’importance de la tontine pour le maintien de leurs
activités.
78
DOUTRIAUX J. et al., Le financement du secteur informel au Burkina Faso, Faculté d’Administration,
Université de Ottawa, Document de travail, n° 95-73, Octobre 1995.
50
Par leur forme d’informalité, il est à présent difficile d’appréhender le volume des
transactions de financement qui sont opérées dans le secteur de la microfinance informelle
(crédit fournisseur, crédit familial, tontine) et il est aussi difficile pour l’Etat de le
réglementer. Cependant, il est évident que d’importantes sommes d’argent circulent dans
l’informalité et que certains crédits ou transferts d’argent entre commerçants atteignent
même des sommes colossales79. La théorie sur la microfinance peut trouver également sa
place dans la théorie générale de l’offre et de la demande telle que nous l’avons
développée dans les lignes qui précèdent. La définition couramment acceptée de la
microfinance est qu’elle est l’ensemble des opérations d’offre des services financiers
viables à une clientèle pauvre (micro-entrepreneurs, petits travailleurs indépendants, etc.)
qui n’a pas accès au système bancaire formel. Ces services financiers sont le plus souvent
le crédit et l’épargne. Cependant, il peut s’agir aussi d’autres services tels que l’assurance,
le crédit-bail, etc. A ce titre, la microfinance met en relation deux principaux types
d’acteurs : d’une part, les demandeurs qui sont les populations pauvres et les PME ainsi
que d’autres micro-entrepreneurs exclus du système bancaire classique. D’autre part, il y a
les offreurs de crédit qui sont essentiellement les institutions de microfinance (IMF) qui
peuvent être de différents types légalement reconnus ou pas. Les autres acteurs sont
notamment les bailleurs de fonds, l’Etat, les institutions d’appui, etc.
La finance informelle est composée de toutes les transactions financières pratiquées par les
institutions opérant en dehors de toute reconnaissance légale (invisibilité ou non
enregistrement). Les principales représentations de la finance informelle sont la pratique
usurière, la tontine, les prêts entre commerçants, le garde-monnaie, etc. La finance
informelle est ici décrite en opposition avec la finance formelle qui, elle, est composée de
toutes les institutions financières de type bancaire et reconnues légalement par l’Etat et qui
paient des impôts. Il est cependant important de signaler que certaines activités d’épargne
et de crédit opérées par les ONG de développement figurent parmi la finance informelle
quand bien même ces ONG sont reconnues et enregistrées auprès des autorités locales. En
effet, ces activités seront appelées informelles par le fait qu’elles échappent à la
réglementation financière en la matière. Ainsi, en matières financières, le terme informel
désignera toute activité financière exercée en dehors de la règlementation financière.
79
PARK A., REN C., Microfinance with Chineses Characteristics, World Development 29(1), 2001, pp. 39-
62.
51
Le secteur bancaire des pays en développement était donc critiqué pour la concentration
de ses financements au profit des seules activités commerciales et de services d’une grande
taille (notamment les services publics). En effet, les banques des pays en voie de
développement se sont limitées aux activités urbaines et adressées aux industries
manufacturières, aux entreprises du bâtiment, au commerce import-export et aux services
sociaux publics et personnels de grande taille. L’État qui détenait (avant les programmes
d’ajustement structurels) plus de la moitié des capitaux de ces banques a été également
critiqué pour cet échec, notamment pour l’absence ou l’insuffisance du financement des
bases solides du développement des différents secteurs de l’économie.
Certains auteurs vont même jusqu’à parler d’un échec total de tout ce qui est initiative
bancaire classique au niveau du développement. Parmi eux, nous pouvons citer M.
LELART80 qui dit : « Le bilan des banques est globalement désastreux…Les banques
n’ont jamais réussi à attirer l’épargne populaire et elles n’ont guère mieux réussi à utiliser
les dépôts recueillis pour financer les projets susceptibles de favoriser le développement de
80
LELART M. (sous la direction de), La tontine pratique informelle d’Épargne et Crédit dans les pays en
voie de développement, Éditions John Libbety Eurotext, Paris, 1990, 356 p.
52
La position des banques classiques dans les pays en développement a été presque identique
à part quelques nuances liées notamment à leurs contextes respectifs. Le Burkina Faso
n’est pas une exception dans ce débat. En effet, en règle générale, les activités d’épargne et
de crédit des institutions financières formelles (bancaires et non bancaires) au Burkina
Faso restent généralement au profit d’un nombre relativement très limité d’opérateurs
économiques. Malgré sa concentration dans les villes, le système bancaire classique du
Burkina Faso a accusé une absence d’efficacité dans le recouvrement de ses créances, par
exemple. Cela lui a valu beaucoup de pertes importantes. En outre, l’augmentation des
créances compromises du secteur bancaire burkinabè dès 1987, toujours sous principe
d’allocation sectorielle du crédit, a fait que le système risquait fort de s’effondrer si des
mesures énergétiques (P. ZAGRE, 1994)81 de redressement n’étaient pas prises. C’est ainsi
que le programme de réforme (ensemble de mesures prises par le conseil des ministres de
l’UEMOA) a mis en place en 1989 les mécanismes d’allocations du crédit définis par le
marché. Ce programme avait entre autres pour ambition de promouvoir la mobilisation de
l’épargne, de favoriser le financement de secteurs plus productifs, de limiter la
participation de l'État au capital des banques (désormais fixée à 25%), de restructurer le
secteur bancaire par la fusion de certaines institutions et de procéder à l’assainissement des
bilans des autres.
81
ZAGRE P., Les politiques économiques du Burkina Faso, Une tradition d’ajustement structurel, Éditions
Karthala, Paris, 1994, pp. 204 – 205.
53
Cependant, malgré cette restructuration qui a apporté du neuf dans la santé financière du
système bancaire burkinabè, il est remarquable aujourd’hui que les activités des banques
sont toujours éloignées d’un nombre important d’agents économiques dans plusieurs
domaines. En effet, animées par le souci de rentabilité, ces institutions appliquent des
règles contraignantes (surtout en terme de garantie), continuent de s’éloigner des
populations rurales et des activités agricoles et informelles et donc restent timides en terme
d’utilisation de leurs emplois en faveur des populations pauvres. Cet ensemble d’éléments
explique d’ailleurs en partie la « surliquidité82 » dont ces banques font l’objet.
L’émergence des systèmes financiers décentralisés (SFD) et la persistance des pratiques
financières informelles s’expliquent justement par la persistance de l’éloignement des
agents économiques faibles et des conditions difficiles d’accès au crédit par les banques
classiques. Ainsi, le fait que les banques classiques continuent d’exercer leurs activités
financières principalement dans les grandes villes ou dans les grands centres urbains au
profit des agents économiques capables de donner des garanties importantes, de tenir une
comptabilité claire et de demander des montants très élevés, continue de marginaliser non
seulement les initiatives des petites et moyennes entreprise (PME) et les activités agricoles
mais aussi les groupes faibles tels que les femmes.
La tendance actuelle est qu’une coexistence entre la finance informelle et les systèmes
bancaires classiques reste une réalité, surtout en milieu urbain. Par leur résistance, les
pratiques financières informelles donnent un rôle important à leurs acteurs dans le système
financier du pays même s’il est difficile par leur caractère souvent informel (dans le sens
d’invisibilité et d’absence d’enregistrement) d’évaluer leur part réelle dans le total des
transactions financières. Nous verrons plus loin comment les IMF ou les SFD fonctionnent
en formalisant certaines pratiques informelles et en socialisant des pratiques bancaires
jusque là non accessibles aux activités marginalisées (petits métiers, PME, activités des
femmes, etc.).
82
Une banque est en surliquidité quand la part du volume de l’épargne transformée en crédits (prêts) est
inférieure à la part fixée par les règles prudentielles des autorités monétaires. Dans cette situation, la banque
ne trouve pas assez de clients pour emprunter sur le montant de l’épargne qui, inversement au montant total
des prêts, continue d’augmenter.
54
83
Remarque du professeur M. LABIE dans le cadre de la défense doctorale privée de cette thèse.
55
des micro-entreprises et des PME ainsi que d’autres activités du secteur informel rural ou
urbain dont l’accès aux crédits bancaires était auparavant difficile.
Le défi actuel est de pouvoir créer (certaines tentatives réussies existent principalement en
Amérique Latine) des mécanismes permettant éventuellement à ces SFD d’obtenir des
financements à partir des liquidités disponibles auprès des banques. Ce défi tourne
notamment autour de la question non seulement de l’éligibilité des SFD à ces
financements, mais aussi du taux d’intérêt84 de marché auquel les SFD obtiendraient ces
financements et de l’effet de ce taux sur celui que les SFD exigeraient en retour de leurs
clients (micro-entrepreneurs et PME).
84
Et dans ce cas, le taux d’intérêt exigé ne saurait se réduire uniquement à sa signification nominale. Il est
clair que le SFD devrait connaître le taux effectif global appliqué afin de ne pas faire du crédit à perte
notamment en exigeant aux PME un taux inférieur au taux effectif ou réel auquel il a emprunté auprès
d’autres sources financières. Souvent l’intervention de l’aide extérieure conduit à masquer le taux effectif
global qui devrait être appliqué pour une autonomie viable du SFD.
85
BURKINA FASO, MINISTERE DE L’ECONOMIE ET DES FINANCES, Recueil des textes
réglementant les institutions financières décentralisées.
56
Toutefois, nous nous limiterons à l’offre des SFD pour des raisons déjà énoncées : les SFD
sont formels et peuvent nous permettre, ipso facto, d’atteindre beaucoup plus facilement
leur clientèle et les informations sur leurs activités. Nous maintiendrons également tout au
long de la présente thèse le postulat que les SFD sont des institutions qui visent à fournir
des crédits non adéquatement offerts par les banques classiques et les autorités
gouvernementales. Les crédits (ou micro-crédits) des SFD reposent donc le principe que le
marché financier n’est pas en l’équilibre86 et qu’il existe une partie de la demande de crédit
qui n’est pas satisfaite par les crédits des banques classiques. C’est justement sur base de
cette même approche théorique, que plusieurs auteurs expliquent l’actuelle émergence87
des SFD dans certains pays en voie de développement en général et au Burkina Faso en
particulier.
Suivant leur forme, certains SFD peuvent se retrouver sous différentes appellations telles
que organisations de « troisième secteur », « third sector », « secteur de l’économie
sociale » ou « non-profit sector » mais avec des nuances différentes quant à leur
signification. Pour ce qui est du non-profit sector par exemple, A. BEN NER et T. VAN
HOOMISSEN88 le définissent comme étant un secteur qui regroupe les organisations ne
visant pas le profit et qui sont contrôlées par les parties prenantes (les membres). Il s’agit
concrètement des coopératives d’épargne et de crédit dont l’objectif n’est pas d’accumuler
le profit mais de rendre service (offre de crédit et des possibilités d’épargne) aux membres.
Pour ce qui concerne l’économie sociale ou le tiers secteur ou le third sector, ces termes
sont utilisés pour un ensemble d’organisations qui répondent aux critères suivants :
« - des organisations d’initiatives diverses (privé, public ou mixte) et ne s’affichant
totalement ni comme des organisations publiques ni comme des entreprises capitalistes de
profit ;
- ces organisations doivent être d’intérêt collectif ou public ;
- avec une vocation d’autonomie de gestion ;
86
L’optimum de Pareto décrit le principe lié à l’équilibre total entre la demande et l’offre de biens ou de
services sur un marché (voir théories de l’équilibre en micro-économie). L’absence de l’équilibre à
l’optimum de Pareto est due souvent à l’asymétrie d’information, aux externalités, etc.
87
Voir notamment D. HULME, [Link].
CAMILLERI J.L., Petites entreprises et microfinance (extraits), 2002.
88
BEN NER A. and T. VAN HOOMISSEN, Nonprofit organizations in the mixed economy. A demand and
supply Analysis, 1991.
57
- dans lesquelles les décisions entre les membres sont démocratiques et ne se réfèrent pas
aux parts détenues dans l’organisation ;
- faisant un effort de pérennisation de leurs actions grâce à de multiples pratiques tantôt
sociales tantôt économiques afin de relever le défi dont elles tirent leur existence »89.
Les micro-entreprises et les PME d’une part et les SFD d’autre part ont des caractéristiques
qui déterminent respectivement leur niveau de demande et d’offre de crédit,
indépendamment de leurs natures et de leurs formes organisationnelles. Parmi ces
déterminants, il y a lieu de citer par exemple : le niveau de formation du promoteur ou des
responsables, l’expérience dans le domaine, le niveau du capital de départ, les objectifs
spécifiques poursuivis, etc.
L’on notera par exemple qu’il existe des commerçants pouvant être éligibles aux
financements bancaires mais qui préfèrent s’adresser aux usuriers (finance informelle)
parce que ces derniers leur permettent d’obtenir très rapidement du crédit sans beaucoup de
formalités, contrairement à ce qui se fait dans la banque classique. Même si le coût du
crédit usurier (taux d’intérêt) est très élevé, le demandeur trouve sa compensation dans la
89
MURENGEZI C., Economie Sociale et Institutions de microfinancement au Burkina Faso. 3 études de
cas : FAARF, PRODIA et Caisses sociales, Mémoire de DEA-UCL, juin 2000, p.26. Ces caractéristiques de
l’économie sociale viennent d’une systématisation faite à partir de cinq contributions à la définition de
l’économie sociale: Conseil Wallon de l’Economie Sociale (CWES), Centre d’Economie Sociale de Liège, J.
DEFOURNY et P. DEVELTERE, A. GUESLIN et P. CALLE.
Dans notre recherche de DEA, nous avons pu démontrer que les institutions de crédit FAARF, PRODIA et
Caisses populaires au Burkina Faso répondaient de manière satisfaisante à ces différents critères de
l’économie sociale.
58
rapidité avec laquelle il a eu accès au crédit, ce qui lui permet de régler ses problèmes ou
ses achats à court terme. «De nombreuses études ont montré que pour un micro-
entrepreneur, le coût le plus important dans l’obtention du crédit n’est pas souvent le taux
d’intérêt appliqué, fût-il élevé, mais les coûts de transactions qu’il faut assumer pour avoir
accès à ce crédit»90. Par coûts de transaction le même auteur présente trois composantes
différentes en trois phases de la négociation du crédit : la première phase est au moment de
l’information; cela engendre des frais totaux de déplacement et le temps nécessaires pour
s’informer. La deuxième phase concerne l’introduction d’une demande de crédit. C’est
logiquement à cette phase là que le demandeur doit verser le premier coût financier qui est
« le frais d’introduction » ou « frais de dépôt du dossier ». A ce moment, les coûts de
transaction y afférents sont les frais de déplacement, le temps nécessaire, les frais de
documentation et les frais de courtoisie. L’auteur signale les frais de courtoise (nouvelle
donnée dans les coûts de transaction) pour indiquer tout ce qui est payé comme l’action du
costume ou le repas offert. A la troisième phase, qui est celle de l’obtention du crédit,
l’auteur signale les frais totaux de déplacement, le temps nécessaire, les frais de courtoisie
comme coûts de transaction en plus d’un coût financier habituel qui est le taux d’intérêt.
Ainsi, l’obtention du crédit se faisant en ces trois étapes et implique des coûts de
transaction différents.
Ainsi, M. LABIE propose une équation suivante pour le coût du crédit :
CT = CF + Ct
Et de manière équivalente
CT = [(MP.i) + FF] + [FD + FT + T + FC]
Où :
CT = Coût total lié à l’octroi de crédit
CF = Coût financier = [(MP.i) + FF]
Ct = Coûts de transaction = [FD + FT + T + FC]
MP.i = Total des intérêts appliqués au montant prêté MP
FF = Frais financiers fixes
FD = Frais de déplacement
FT = Frais de transport
T = Temps nécessaire
90
LABIE M.,La microfinance en questions. Limites et choix organisationnels, Editions Luc Pire- FGF, 1999,
pp.48-55
59
FC = Frais de courtoisie
Le demandeur du crédit, avant d’entamer toute démarche, se doit de penser à toutes ces
formalités et décider en conséquence quel est l’offreur de crédit potentiel qu’il doit
finalement contacter (quand il a le choix). Il s’agit clairement d’un calcul lié à la
comparaison des coûts d’opportunité pour l’obtention du crédit à la banque et chez
l’usurier. Les pauvres qui obtiennent du crédit dans les IMF ou les SFD (pour le
refinancement de leurs activités de production, les fonds de roulement, la consommation,
etc.) sont prêts à payer un montant élevé d’intérêts. Et comme ils empruntent des montants
relativement faibles et qui sont remboursés par petites tranches, les intérêts représentent
des montants également faibles qui ne sont pas susceptibles d’exclure leur tentative de
demande de financements.
Par ailleurs, l’on s’aperçoit actuellement que le débat sur le dualisme entre traditionnel et
moderne, entre informel et formel n’a plus beaucoup de fondement dans le fonctionnement
des institutions de microfinance par rapport à ce qui se passait dans les années 1970. A tout
le moins, l’on assiste maintenant à un développement de formes typiquement ou a-
typiquement hybrides, laissant un champ beaucoup plus important à des systèmes qui
étaient appelés dans le temps traditionnels versus modernes, informels versus formels. En
effet, les pratiques dites traditionnelles telles que les prêts entre membres de la famille ou
amis, les tontines, etc. continuent d’exister voire même d’une façon de plus en plus
importante entre les personnes qui entretiennent de bonnes relations sociales ou d’affaires
entre elles. Les tontines en particulier sont toujours très actives chez les agents de
l’administration ou du secteur privé moderne. Par exemple, certains commerçants formels
n’ont pas cessé de s’échanger des sommes importantes pour pouvoir affronter certains
60
marchés91. Une réflexion sur les différentes formes de ces structures financières
informelles s’avère donc importante, étant donné qu’elles peuvent éclairer les
ressemblances et les différences qui existent entre elles et les SFD. Les structures
financières informelles se positionnent sur trois sphères : le système financier informel
non-marchand, le système financier informel marchand et le système hybride.
91
Le cas le plus parlant concerne les relations commerciales sur le plan de transfert et d’échanges de fonds
développées entre les commerçants libanais ou indiens dans plusieurs pays en voie de développement. Pour
le développement de leurs affaires, en plus des crédits des banques classiques, ils entretiennent des relations
de confiance qui leur permettent de s’échanger d’importantes sommes d’argent en un temps record.
61
Selon les résultats de recherche de cet auteur, au Burkina Faso94, 51% des tontines sont
exclusivement réservées aux hommes contre 36% pour les femmes. Et 13% sont mixtes.
L’auteur précise que dans les cas observés, il n’y a pas de droit d’entrée à payer pour
participer à une tontine, mais il faut être présenté par un ancien membre ou par le président
à titre de caution morale. En termes de membres, 65% de ces tontines ont moins de 20
membres, 26% en ont entre 20 et 50, et seulement 9% détenaient des effectifs compris
entre 51 et 150 membres. Quant à la période de rotation, il note que 43% des tontines ont
une rotation d'une durée égale à un mois, 35% ont une durée comprise entre 2 et 7 jours
(35%), 6% ont une rotation supérieure à un mois, et 3% entre 8 et 15 jours. La période
d'une journée est également représentée avec 13% des tontines concernées.
92
LELART M., op. cit.
GASSE-HELLIO M. M., Les tontines dans les pays en développement, Mémoire à l’Université de Versailles
Saint-Quentin-Yvelines, Lien internet [Link] 2000.
93
GASSE-HELLIO, op. cit.
94
GASSE-HELLIO indique qu’il base ses conclusions sur une étude réalisée en 1990 par Issoufou, S., « Le
phénomène tontinier au Burkina Faso », Notes de recherche no90-12, UREF/AUPELF. Cette étude a porté
sur environ 70 tontines.
62
L’auteur conclut que la tontine au Burkina Faso est un phénomène de masse, surtout dans
le milieu urbain qui se situe à un stade avancé portant sur les tontines monétaires. A cela, il
dit notamment que : « Autrefois basée sur le travail, elle [la tontine] repose aujourd'hui
davantage sur la monnaie depuis l'introduction des rapports marchands et de la monnaie
dans l'économie. Et comme dans de nombreux autres pays, la prolifération des tontines
63
Les groupements villageois et les groupes solidaires avec lesquels certaines ONG et projets
d’épargne et crédits travaillent dans l’hypothèse qu’ils garantissent un taux de
remboursement intéressant (M. LELART, 1990)95 sont créés à l’image même de la tontine
et occupent une place non négligeable, surtout dans les milieux ruraux. Il faut mentionner
en passant que les groupements peuvent combiner les activités d’échanges d’argent mais
aussi de réalisation de travaux communautaires, de cérémonies, etc. Un autre exemple de la
tontine concerne quelques groupements des artisans de la ville de Ouagadougou qui
essaient de procurer du crédit à un collègue quand ce dernier parvient à décrocher une
importante commande mais tout en ne pouvant pas bénéficier à très court terme d’un crédit
pour réaliser cette commande ([Link], 1999)96. Ne pas bénéficier d’un secours
financier de ses collègues artisans entraînerait la perte du marché. Cependant, il a été
constaté que la somme empruntée est parfois nécessaire pour faire fonctionner l’atelier du
ou des prêteurs à court terme. D’où ce genre de crédit est non seulement un sacrifice en
défaveur des activités des prêteurs mais aussi ne permet pas de financer ni les
investissements ni le fonds de roulement relativement stables car le prêt est le plus souvent
à très court terme. En effet, sans remboursement à court et moyen terme, les activités des
prêteurs peuvent en pâtir faute de liquidités. C’est donc une formule utilisée à défaut d’un
autre crédit venant d’une réelle institution de crédit. Son avantage est que le montant du
crédit est mobilisé beaucoup plus rapidement que dans le cas des institutions bancaires
classiques ou SFD. Cette rapidité est proche de celle constatée dans les cas des prêts
usuriers ou d’autres formes de pratiques informelles où les prêteurs sont facilement
95
LELART M.(sous la direction de), La tontine pratique informelle d’Epargne et Crédit dans les pays en
voie développement, Editions John Libbety Eurotext, Paris, 1990, 356p.
96
MURENGEZI C., Les petites et moyennes entreprises du secteur informel à Ouagadougou. Quelle
rentabilité, quelle viabilité, Mémoire de Licence – UCL, Louvain-la-Neuve, 1999, pp. 67-68. Ce cas est relaté
pour mentionner les initiatives tant individuelles que collectives menées par les artisans dans la recherche de
solutions aux problèmes de financements de leur fonds de roulement.
64
accessibles. La tontine reste donc un moyen persistant dans les différents secteurs socio-
économiques de l’économie populaire en ce sens qu’elle permet, grâce à la solidarité des
membres, de résoudre leurs propres problèmes (crédits, travaux communautaires, etc.) et
de résister (J-P. PEEMANS, 1997)97 aux différentes crises sociales, économiques, etc.
97
PEEMANS J.-P., Crise de la modernisation et pratiques populaires, Editions L’Harmattan, Paris, 1997, 250
p.
65
la forme de tontine habituelle (les membres se rendent service), tantôt dans la forme de
tontine usurière (quand les membres exigent des taux très élevés en situation informelle).
tel point que le remboursement peut difficilement coïncider avec le rendement d’un capital.
Ainsi, le montant reçu en crédit informel des tontines, et destiné aux activités génératrices
de revenu, est essentiellement utilisé comme fonds de roulement98.
98
NDIKUMANA L., Financial Determinants of Domestic Investment in Sub-Saharian Africa : Evidence,
from Panel Data, World Development 28(2) (2000) pp. 381-400.
99
BURKINA FASO, MINISTERE DE L’ECONOMIE ET DES FINANCES, Recueil des textes
réglementant les institutions financières décentralisées.
100
DEVO V.B., Réflexions sur la mise en place d’un mécanisme régional de financement dédié à la lutte
contre la pauvreté : politique et orientations générales, Séminaire sur la contribution du secteur financier à la
lutte contre la pauvreté dans les Etats membres de l’UEMOA, Bamako, 9 et 10 juillet 2001.
101
ADA, Dialogue, numéro 11 – juillet-août-septembre, 1997.
102
KONE K., Comment intégrer les Offres de Services Financiers aux Stratégies de Lutte contre la Pauvreté,
Etude de cas du cas du Burkina Faso, Atelier Sous Régional de l’AFRACA, Mars 2006.
67
D’après KONE, la part des SFD dans le financement de l’économie burkinabè s’élève, en
2003, à 6,0% (23,7 milliards de FCFA) contre 5,8% (18,3 milliards de FCFA) en 2002.
Quant aux dépôts, leur part demeure stable et représente 5,2% du total du secteur bancaire
(484 milliards de FCFA) et du secteur des SFD (27,1 milliards de FCFA) en 2003. Ces
SFD jouissent d’un statut juridique clair dont les textes législatifs103 précisent les critères à
remplir par les institutions de microfinance pour être reconnues sous cette appellation.
Ainsi, trois types d’institutions de microfinance sont reconnus comme SFD:
Ces institutions peuvent être des institutions de base comme la caisse populaire (CP) par
exemple ou des unions, des fédérations ou des confédérations des institutions de base104.
Toutes ces institutions ne peuvent exercer leurs activités sur le territoire du Burkina Faso
103
Les principales informations réglementaires sur les SFD sont publiées dans un document du Ministère de
l’Économie et des Finances intitulé : Recueil des textes réglementant les institutions financières
décentralisées.
68
sans avoir été au préalable agréées et inscrites sur le registre ah hoc du Ministère des
finances. Il faut noter que ce type de SFD est aussi soumis aux règlements de la BCEAO
(loi PARMEC pour les coopératives d’épargne et de crédit). Cette loi confère au Ministère
de l’Économie et des Finances non seulement le statut de tutelle des SFD mais aussi le rôle
de gardien de la bonne application des textes réglementaires. La quasi-totalité des
institutions mutuelles ou coopératives d’épargne et crédit dans les pays en voie de
développement est créée sous l’inspiration d’expériences extérieures. La majorité d’entre
elles s’inscrit dans une logique de « copier coller », soit des expériences européennes ou
canadiennes respectivement Raiffeisen et Desjardins ou soit du système crédit solidaire de
la Grameen Bank du Bangladesh. A titre d’exemple, les principes auxquels les institutions
Raiffeisen obéissent sont les suivants : les crédits ne sont accordés qu’aux sociétaires, les
sociétaires sont responsables de façon illimitée, l’action de la caisse est limitée à une zone
restreinte, les fonctions d’administrateur sont bénévoles, l’excédent financier n’est pas
distribué. Dans cette catégorie des SFD, notre recherche s’est intéressée à la structure des
Caisses d’Epargne et de Crédit du Burkina Faso dans une des trois études de cas.
b) Les institutions non constituées sous forme mutualiste ou coopérative et ayant pour
objet la collecte de l’épargne et/ou l’octroi de crédit
Le conseil des Ministres de l’UEMOA du 4 juillet 1996 a adopté un projet de convention-
cadre pour régir les structures ou organisations de ce genre. Les institutions de cette
catégorie sont de différentes formes et ont comme activité principale l’octroi du crédit. Il
s’agit de certaines ONG, des projets ou des programmes étatiques dont la mission est
d’octroyer du crédit à des catégories précises de bénéficiaires (voir par exemple le cas du
Fonds d’Appui aux Activités Rémunératrices des Femmes - FAARF et du Fonds d’Appui
aux Activités Génératrices de Revenu Agricole – FAAGRA, etc.). Dans la législation, le
fonctionnement de ces structures est soumis presque aux mêmes conditionnalités que les
institutions de microfinance constituées sous forme mutualiste ou coopérative. Dans cette
catégorie des SFD, nous nous sommes intéressés particulièrement à la structure FAARF
(projet étatique) qui octroie principalement du crédit et collecte l’épargne de manière
secondaire. Parmi ces SFD (qu’on qualifie parfois de crédit direct), il y a aussi
l’association PRODIA (Promotion du Développement Industriel, Artisanal et Agricole) qui
104
Nous remarquerons sur le cas du Réseau des caisses populaires du Burkina Faso que les Caisses
populaires sont suivies des unions et de la fédération.
69
est une association civile) qui vient dans cette catégorie par le fait qu’elle n’octroie que du
crédit et ne collecte pas de l’épargne.
c) Les institutions non constituées sous forme mutualiste ou coopérative et dans lesquelles
l’activité de crédit est une des composantes d’autres activités de développement.
Dans cette catégorie nous retrouvons certaines ONG et d’autres projets de développement
qui appuient des projets ou des programmes de développement ayant plusieurs activités,
dont l’octroi des crédits. Au départ, il a été constaté dans ces institutions que soit l’activité
de crédits était gérée en autonomie par rapport aux autres activités ou soit les dépenses et
recettes liées au crédit étaient comptabilisées sans distinction par rapport aux autres
opérations. La convention-cadre du conseil des Ministres de l’UEMOA du 4 juillet 1996 a
insisté sur le fait que les activités de crédit soient clairement comptabilisées de manière à
pouvoir les identifier et que les SFD de cette catégorie se conforment aux exigences en
matière de rapports sur leurs activités de crédit. Ces exigences se réfèrent aux informations
qui doivent être mises dans les rapports à soumettre aux autorités monétaires, notamment
les états financiers, les équilibres prudentiels, etc.
105
GUESLIN A., L’invention de l’économie sociale : idées, pratiques et imaginaires coopératifs et
mutualistes dans la France du XIXè siècle, Nouvelle édition révisée et augmentée, Economica, Paris,
1998,430 p.
106
En effet, la crise de l’Etat et les problèmes socio-économiques du pays (crises politiques successives,
stagnation ou détérioration du système productif, détérioration des termes de l’échange, endettement, crise de
l’emploi, ajustements structurels, dévaluation, etc.) ont jusqu’aujourd’hui accentué les mécanismes de la
débrouille, notamment au travers de l’économie populaire qui était déjà existante.
70
Les SFD de type mutualiste, associatif ou coopératif sont des initiatives émanant des
bénéficiaires eux-mêmes. Leur mission est de participer à la concrétisation de leur
solidarité et à l’amélioration de leurs conditions de vie. Tandis que les SFD d’autres
formes (comme projets gouvernementaux ou des ONG) se fixent pour objectif principal
l’éradication de la pauvreté notamment par le financement des activités des pauvres qui
sont leurs bénéficiaires et non pas leurs membres.
a) La condition de nécessité
Le défi à relever est la satisfaction des besoins élémentaires de la population (alimentation,
habillement, santé, habitat, éducation) face aux insuffisances du capitalisme de marché
dans une économie globalisée et aux difficultés liées à la crise de l’Etat-Nation. Comme
nous l’avons déjà vu, plusieurs Etats en développement (dont le Burkina Faso) sont en
même temps essoufflés par les mesures d’ajustement structurel et tiraillés par une lourde
histoire marquée par un marasme socio-politico-économique sans précédent.
Bien qu’un des objectifs des SFD soit de combattre les pratiques usuraires de l’informel,
les SFD s’appuient néanmoins sur des expériences de l’informel associatif, et cela dans la
continuité des concepts de développement endogène, autogéré, etc. des années 80. A ce
titre, les SFD tout comme tant d’autres projets de développement, sont désormais à l’œuvre
dans l’objectif général d’éradiquer la pauvreté et l’exclusion sociale des pauvres. Par
ailleurs, comme le secteur bancaire classique n’a pratiquement pas développé de
mécanismes d’octroi de crédits aux populations pauvres afin de les aider à développer des
107
DEFOURNY J., P. DEVELTERE et B. FONTENEAU (Eds), Origines et contours de l’école sociale au
Nord et au Sud, in L’économie sociale au Nord et au Sud, De Boeck, Bruxelles, 1999, pp.44-48.
71
Ce sont donc ces deux conditions qui ont fait que nous avons prévu dans notre
méthodologie d’écouter les discours des populations bénéficiaires des crédits des SFD non
seulement afin de comprendre comment elles présentent les résultats obtenus grâce aux
crédits110, mais aussi de saisir les motivations qui étaient à la base de leurs demandes de
crédit (se retrouvent-ils dans le projet social et/ou empruntent-ils uniquement pour la
satisfaction de leurs besoins ?).
108
BIT, Appui à l’auto-organisation des petits producteurs et productrices urbains de Ouagadougou, BIT,
Genève, 1994.
109
J.-P., PEEMANS, [Link].
72
3.4.3. Réglementation des SFD au Burkina Faso et dans les pays de l’UEMOA
Comme nous l’avons déjà signalé dans le point 3.4.1 sur les différents types de SFD, ces
institutions sont soumises à une réglementation claire et stricte, tant au Burkina Faso que
dans tous les autres Etats membres de l’UEMOA. Ainsi, contrairement à un vide ou flou
juridique face une émergence des institutions de microfinance dans certains pays en
développement, le Burkina Faso a quant à lui des textes très clairs et publiés auprès de ces
institutions de microfinance et des autres acteurs dans le domaine comme les bailleurs de
fonds, les agences de notation, etc.. On peut donc affirmer que le développement des SFD
au Burkina Faso va de pair avec une évolution juridique.
- Les textes réglementaires précisent que ces SFD peuvent être soumis, à tout moment, au
contrôle de la BCEAO ou du Ministère des finances et de l’économie. L’article 74 de la loi
n°59/94/ADP du 15 décembre 1994 explicite : « Suivant la nature et la gravité des
infractions commises, le Ministre peut prendre les sanctions disciplinaires suivantes :
l’avertissement, le blâme, la suspension ou l’interdiction de tout ou partie des opérations,
la suspension ou la destitution des dirigeants responsables, le retrait d’agrément. Les
sanctions doivent être motivées». Cette clause montre clairement que le Ministère ayant les
finances dans ses attributions a un rôle important à jouer dans le respect de la
réglementation par les SFD. Ainsi, c’est à travers son suivi et ses contrôles qu’il peut
amener ces SFD à rester dans les normes prescrites par la loi.
- Obligation pour les SFD de produire des états financiers
La production des états financiers doit se conformer à des modèles déjà soumis à ces
institutions. C’est ainsi par exemple que l’instruction n°1 de la BCEAO du 10 mars 1998
relative à l’obligation pour les SFD de produire des états financiers stipule respectivement
en ses articles 2 et 3 ce qui suit : « Les institutions visées à l’article 1er de la présente
instruction sont tenues de présenter leurs états financiers selon les modèles joints en
annexe » et « Les états financiers comprennent les documents suivants : - la situation
patrimoniale; - l’état de formation du résultat; - les états annexes.». Nous avons constaté
que toutes les annexes annoncées ont été minutieusement décrites à la fin de l’instruction.
- Obligation de maintenir l’équilibre financier et les ratios réglementaires
Par exemple, l’article 51 de la loi n°59/94/ADP du 15 décembre 1994 indique : « Les
unions, fédérations ou confédérations doivent veiller à maintenir l’équilibre de leur
110
Nous nous référons aux résultats de nos enquêtes au Burkina Faso en janvier-février 2000.
73
structure financière ainsi que celui des institutions qui leur sont affiliées et, s’il y a lieu, de
leurs organes financiers ».
Par ailleurs, l’article 15 du projet de convention-cadre adopté par le Conseil des Ministres
de l’UEMOA en date du 4 juillet 1996 stipule pour les SFD non mutualistes ou
coopératives : « La structure doit veiller à maintenir l’équilibre de sa situation financière et
à respecter les normes établies par le Ministre après avis de la Banque Centrale » c’est à
dire la BCEAO. Outre l’obligation de maintenir l’équilibre de la situation financière, tous
les SFD sont tenus d’observer quelques références prudentielles en ce qui concerne
certains ratios. Par exemple l’instruction n°6 de la BCEAO du 10 mars 1998 souhaite que
le niveau du rapport entre le montant consacré par le SFD aux opérations autres que les
activités d’épargne et de crédit sur le total des risques ne puisse pas dépasser 5%. Au vu de
tous ces aspects législatifs et réglementaires, nous constatons en tout cas que les activités
des SFD sont régies par des lois claires, différenciées et qui précisent exactement les
responsabilités quant à l’exécution et au suivi de leur application. Nous osons espérer que
les efforts doivent se faire pour que l’exécutif puisse faire respecter ces lois et règlements.
Nous savons que pour y arriver, il faut des moyens humains et matériels efficaces et
l’établissement d’un cadre institutionnel d’exécution solide. Or dans l’état actuel des
choses, nous savons que les moyens alloués au service du ministère chargé du suivi de ces
institutions restent limités et que certaines initiatives d’appui venant de la coopération des
ONG et d’autres bailleurs de fonds dans le secteur tardent à coopérer ou à renforcer ces
services. Encore faut-il que pour plus d’efficacité l’opinion des SFD à l’œuvre précède la
règle. Cela peut permettre de connaître davantage ces SFD et leurs pratiques et de cibler
comment la réglementation pourra être suivie par ces organisations. Aussi, des efforts de
concertation ou de consultation devraient être fournis. Nous savons également que certains
principes de comptabilité sont plus ou moins méconnus par les membres chargés de la
comptabilité de certains SFD, d’où la nécessité des mesures d’accompagnement
notamment par les formations111 (comptabilité, gestion, etc.).
Il est important de signaler que les activités des ONG faisant du crédit subsidiairement ne
sont pas toutes répertoriées dans les statistiques des SFD. En effet, les ONG, souvent
étrangères, ont l’obligation de s’inscrire dans un département ad hoc mais sans une
111
Ces formations sont dans le sens du renforcement des capacités des ressources humaines. Ce qui est
parfaitement aussi un renforcement du capital humain (à l'instar de la théorie du capital).
74
indication spécifique concernant les activités ayant une composante « crédit ». A présent,
les autorités locales incitent les ONG de ce type à transférer la gestion de la composante
micro-crédit aux institutions de microfinance (de type SFD notamment) qui sont actives
dans la zone d’intervention de ces ONG. Cependant, en cas d’absence de ces IMF, les
ONG font elles-mêmes du crédit parallèlement aux autres activités.
Ces différentes raisons et notamment celle de la proximité des SFD par rapport à leurs
clients montrent aussi l’importance de la place qu’ils occupent actuellement tant dans le
milieu rural qu’en milieu urbain. Ces SFD, qualifiés par certains d’intermédiaires aux
anciennes formules d’institutions informelles et formelles, sont très actifs et s’appuient
naturellement sur certaines organisations informelles et formelles pour asseoir leurs
112
CGAP, Cadre d’évaluation des institutions de microfinance, octobre 1998.
113
CAMILLERI J.L., The impact of Devaluation on Small Enterprises in Burkina Faso, Small Enterprise
Development, Vol.8, N°4, 1997, pp. 27-48 et CAMILLERI J.L., Petites entreprises et microfinance
(extraits), 2002.
75
activités. Ils pratiquent des cautionnements se basant sur des structures informelles du
genre tontines ou groupes solidaires ou purement et simplement des groupements
villageois. Ils sont également (certains d’entre eux) en train d’opérer dans la légalité en se
conformant aux lois en vigueur régissant ce genre d’institutions.
En effet, face aux conditions de nécessité (besoin de crédit pour les populations pauvres et
exclues du système bancaire classique) et d’identité collective (recherche de solution
autour d’un projet social qui met l’homme au centre de toutes les activités et se distancie
de la priorité attribuée à l’accumulation, telle que préconisée par les visées capitalistes), les
SFD ainsi que les autres programmes de microfinance ont des impacts variés. C’est ainsi
que plusieurs travaux concernant l’évaluation des impacts de la microfinance aboutissent
souvent à des résultats contradictoires115.
Comme nous l’avons déjà souligné dans le chapitre deux, dans la section sur la théorie de
l’impact, D. HULME116 signale que certains auteurs présentent la microfinance avec
optimisme en arguant des résultats positifs socio-économiques atteints en terme
d’augmentation de revenus, d’emploi et d’intégration des pauvres dans le système
productif, alors que d’autres117 attaquent cet optimisme et pointent du doigt les impacts
négatifs de la microfinance. Ces derniers signalent notamment l’absence de cohérence de
telles initiatives avec les pratiques de ceux qui sont sensés être leurs bénéficiaires, les
limites de leurs effets sur la pauvreté, la persistance de la marginalisation, etc. Nous avons
également trouvé qu’il existe des écrits qui se situent entre les deux tendances118. Ces écrits
prennent une position nuancée qui signale les impacts positifs de la microfinance et qui
finissent par faire remarquer que la microfinance n’assiste pas nécessairement.
Entre ces trois discours, il est difficile de prendre parti. Ce qui importe est d’être attentif au
cas par cas et de mener des analyses approfondies. Nous pensons donc que ces trois cas
peuvent exister à la fois dans la réalité d’une action de microfinance. C’est donc au travers
114
BUCKLEY G., Microfinance in Africa : Is it either the Problem or the Solution ?, World Development,
Vol.25, N°7, pp. 1081-1093.
115
HULME D., [Link]., pp.79-98.
116
HULME D., [Link].
117
Voir notamment ADAMS & VON PISCHKE, op. cit.
118
Voir notamment HULME & MOSLEY, [Link].
76
d’un terrain précis que l’auteur peut démontrer les éléments justificatifs de l’un ou de
l’autre discours. La diversité de programmes et d’institutions de microfinance et du
contexte attire notre attention sur le danger d’une généralisation de tel ou de tel discours.
Nous y reviendrons dans le chapitre sur les impacts du crédit pour nos études de cas du
Burkina Faso.
119
LABIE M., La pérennité des systèmes financiers décentralisés spécialisés dans le crédit aux petites et
micro-entreprises – étude du cas « Corposol-Finansol » en Colombie, Thèse de doctorat en en Sciences de
Gestion, Université de Mons-Hainaut, Faculté Warocqué des Sciences Economiques, Mons, 1998.
77
d’intérêt bas120. Ainsi, ce système devant opérer d’une manière évolutive dans un
processus long (de responsabilisation des populations financées, d’initiation progressive
aux mécanismes de marché) plaide pour les subventions nécessaires dans un cadre
cohérent et engagé à long terme. De l’autre côté, d’autres auteurs comme SEIBEL121,
CAMILLERI122 et les travaux récents de CGAP123 montrent que la pratique de taux
d’intérêt trop bas entraîne une faible rentabilité des institutions de microfinance et risque
donc de freiner leur viabilité. Pour eux, qui dit absence de viabilité de ces SFD dit absence
de sources de financement pour les catégories de population pauvres et marginalisées, et en
conséquence un retour à la précarité et aux conditions déplorables de pauvreté.
Pour SEIBEL par exemple, les pauvres sont capables d’épargner (même si les montants de
leurs épargnes sont faibles), d’investir et de payer les intérêts. Il se réfère souvent à des
résultats intéressants réalisés par les banques et certaines institutions de microfinance en
matière de récolte d’épargne. Or, cette épargne rurale ou urbaine en provenance des
pauvres (activités informelles, agricoles, etc.) est utilisée pour les crédits aux activités
modernes en ville. Le CGAP fait également remarquer qu’au delà même de la pratique du
taux de marché et non du taux faible pour les pauvres, il faudrait réussir l’intégration de la
microfinance dans les activités du marché financier et donc capitaliste124. Pour le CGAP,
c’est cette intégration de la microfinance dans le marché financier moderne qui peut
permettre à la microfinance non seulement d’avoir accès aux marchés financiers, mais
aussi d’atteindre la majorité des clients dans les pays en développement, même dans les
120
Problématique approchée dans le papier de BASU A. (et al.), Microfinance in Africa : Experience and
Lessons from Selected African Countries, IMF Working Paper – WP/04/174, International Monetary Fund.
Voir aussi dans ATIENO R., Formal and informal institutions’ lending policies and access to credit by small-
scale enterprises in Kenya: An empirical assessment, AERC Research Paper 111, African Economic
Research Consortium, University of Nairobi, 2001.
121
SEIBEL H. D., Recent developments in microfinance, Working paper n° 1998-5, Development Research
Center – University of Cologne, 1998, 10 p.
122
CAMILLERI J.L., Petites entreprises et microfinance (extraits), 2002.
123
CGAP, Building inclusive financial systems, Donor guidelines on good practice in microfinance,
December 2004
124
CGAP, op. cit. p.5 voir notamment la citation suivante : “The new vision recognizes that large-scale
sustainable microfinance can be achieved only if financial services for the poor are integrated into all three
levels of a financial system : micro, meso, and macro. In general, integration allows greater access to capital
on the part of institutions serving the poor, better protection of poor people’s savings, and increased
legitimacy and professionalization of the sector. Ultimately, integration into the financial system could open
financial markets to the majority of people living in developing countries, including poorer and more
geographically remote clients than are currently reached”.
78
zones les plus reculées. Cependant, l’intégration des SFD dans le marché financier
bancaire risque de les rendre dépendants des banques concernées ou d’être les relais de ces
derniers. Il restera donc à vérifier si les SFD sont intéressés par cette approche ou s’ils
possèdent des marges de manœuvre d’éviter ces risques.
Ainsi, nous sommes devant deux types de considérations : ceux qui pensent que les
pauvres ne peuvent payer les intérêts du marché (et n’ont même pas accès au système
financier classique) et ceux qui sont de l’avis que les pauvres peuvent épargner, investir et
payer les taux d’intérêt du marché. Ces deux positions contradictoires en ce qui concerne la
viabilité des institutions de microfinance en général et des activités des pauvres en
particulier continuent de marquer les débats actuels sur les perspectives en matière d’appui
au développement de la microfinance, et il semble qu’on n’est pas encore à l’heure de
trancher.
Quoi qu’il en soit, il n’est pas inutile de s’interroger sur la question suivante : comment
concevoir une possibilité pour les institutions de microfinance de pouvoir continuer à offrir
des crédits aux pauvres (et d’autres services financiers comme l’épargne, les paiements,
etc.) et en même temps en leur permettant d’atteindre leur viabilité institutionnelle et
financière en dehors des subventions? Autrement, comme peut-on imaginer que les
institutions de microfinance (notamment les SFD), une fois intégrées dans un système
financier formel, pourront atteindre les plus pauvres ? Ce double questionnement est
pertinent et reviendra dans nos analyses en ce qui concerne l’appréciation de la
performance des SFD de notre échantillon dans le chapitre 6. Nous y trouverons
notamment comment l’appréciation de la performance financière et économique nécessite
aussi des considérations sociales si l’on veut aboutir à une évaluation complète de la
performance des SFD.
pour le développement des activités génératrices de revenus. Deux documents ont été
produits en 1991 dans cette perspective d'intégrer la femme dans le développement : les
stratégies nationales et le plan d'action national pour le renforcement du rôle de la femme
dans le processus de développement. Cette option d'intégrer la femme a été réaffirmée au
terme de l'atelier de concertation des 18 et 19 juin 1994 entre la Présidence du Faso et les
Représentantes des Femmes du Burkina Faso.
Par ailleurs, les femmes burkinabè évoluent dans une société de type patriarcal consacrant
leur subordination. Elles sont souvent victimes d'un ostracisme imposé par les pesanteurs
sociales et culturelles. C’est ainsi qu’elles ont la responsabilité de l'éducation des enfants et
qu’elles accomplissent seules les tâches domestiques. La nécessité de collaboration a
permis à l'État burkinabè de développer son partenariat avec les ONG et projets de
développement afin de renforcer les appuis au monde rural dans lequel la femme reste très
présente. Le partenariat entre l’État et les ONG se remarque essentiellement au niveau des
projets et programmes des ministères sectoriels et de leurs services décentralisés comme le
cas de FAARF va nous le montrer.
80
Nous rappelons ici que la microfinance regroupe essentiellement toutes les activités
d’épargne et de crédit en faveur des pauvres. Ces activités sont organisées par les
institutions informelles (tontines, associations spontanées, etc.) et formelles (institutions de
microfinance de type SFD ou pas). Ces institutions d’épargne et de crédit sont souvent
appuyées ou renforcées par des dispositifs variés. Ainsi, cette section présente quelques
exemples de dispositifs de financement, de promotion de l’artisanat et d’appui-conseil et
de formation.
3.5.1. Dispositifs étatiques de financement
Au Burkina Faso, le gouvernement a mis en place des structures de financement au profit
de groupes spécifiques. Il s’agit notamment des structures créées dans le cadre des
« Engagements Nationaux »125 comme le FAARF, le FASI, etc. Signalons qu’après la
dévaluation du franc CFA de 50% lors d’un Sommet des Chefs d’Etat du 11 janvier 1994 à
Dakar, les autorités du Burkina ont vite entrepris des campagnes d’information sur les
conséquences de cette dévaluation. C’est dans ce cadre que le Chef de l’Etat a convié à un
grand « meeting » plus de 40.000 personnes, y compris les représentants de 8000 villages
afin de sensibiliser ses compatriotes aux mesures nécessaires pour pallier à la crise. Le
Chef de l’Etat a indiqué six engagements dans les domaines prioritaires et a invité les
participants à unir leurs forces pour aboutir à leurs objectifs. Ces engagements sont :
- la sauvegarde de l’environnement et la lutte contre la désertification;
- l’accroissement de la production agropastorale;
- l’organisation et l’appui au secteur informel et à l’artisanat;
- le développement des petites et moyennes entreprises et industries;
- le soutien aux activités productrices des femmes;
- l’élévation du niveau général des connaissances à la base et le développement du sport et
des activités culturelles.
Comme on peut le constater, tous ces engagements visent principalement la production et
c’est pourquoi plusieurs fonds ont été mis en place pour soutenir certains groupes
spécifiques. Il s’agit notamment du :
125
BURKINA FASO, PRESIDENCE DU FASO, Les Engagements Nationaux – Bilan et Perspectives, FGZ
Trading Imprimerie, Juin 1999, 123 p.
81
- apport personnel de 10% du coût total du projet pour les financements inférieurs à 10
millions de FCFA et d’au moins 15% pour les demandes de crédits supérieures à 10
millions de FCFA ;
- accepter qu’un dispositif de suivi soit mis en place pour la sécurisation du prêt. En effet,
ceci permet à PAPME d’évaluer la bonne réalisation du projet et de contrôler les résultats.
C’est une occasion aussi pour le promoteur du projet de bénéficier d’une assistance
technique et de gestion afin de rendre l’entreprise viable ;
- participer aux actions de formation et d’encadrement proposées par une des trois antennes
de PAPME.
Le PAPME regroupe donc ses activités sous quatre angles différents : aider les promoteurs
dans le montage des dossiers, analyser les dossiers de demande puis octroyer le crédit,
assurer l’appui-conseil (suivi et contrôle des projets financés) et donner des formations.
Pour aboutir à cette mission, le PAPME collabore avec d’autres institutions actives dans
l’appui à la PME. Il s’agit notamment des partenaires de type financier et des partenaires
d’ordre technique. Pour ce qui est du financier, le PAPME a obtenu des appuis de l’Union
Européenne (UE). En effet, le financement de l’UE s’élevait à un total de 10 millions
d’Ecu soit 6,8 milliards de FCFA dont 6,5 millions d’Ecu (donc 4,22 milliards de FCFA)
pour la ligne de crédit et 0,45 millions (292,5 millions de FCFA) pour la formation. Pour
ce qui est des partenaires au niveau technique, le PAPME collabore avec des structures
d’appui-conseil au secteur privé comme la Cellule d’Appui à la Petite Entreprise de
Ouagadougou (CAPEO), le Projet d’Appui à l’Artisanat Burkinabè (PAB), le Bureau des
Artisans (BA) et le Bureau d’Appui à la Micro-Entreprise (BAME).
En novembre 1998, les statistiques du PAPME affichaient un total de 149 PME financées
avec un total de 2,07169 milliards de FCFA126. En 2005, le PAPME a initié 28 dossiers et
en a financé 20. Ce qui fait que le nombre de dossiers initiés depuis 1995 jusque 2005 a été
de 2149, pour 531 accordés. Le nombre de prêts actifs au 31/12/2005 s’élevait à 498 dont
339 dans le secteur tertiaire. Le taux de remboursement du PAPME à cette même date était
de 96,96%. D’après le Secrétariat Permanent des Six Engagements Nationaux, les
difficultés du PAPME sont d’ordre tant interne qu’externe. En interne, il s’agit des
126
BURKINA FASO, PRESIDENCE DU FASO, [Link]., p. 77
83
Le PAPME a traversé une crise liée à la maîtrise de la triple combinaison des activités
(bien que complémentaires mais aussi très lourdes) : montage des projets et octroi des
crédits, appui-conseil et formations. L’on peut s’interroger sur la possibilité d’un équilibre
financier pour une telle institution qui utilise ses agents dans le montage financier des
dossiers de demande, et qui en retour donne des avis sur ces projets de demande et se
charge par la suite de suivre les projets financés. Il est aussi pertinent de s’interroger sur la
responsabilité des promoteurs quand ils ne participent que partiellement à la définition de
leurs propres projets (tous les calculs de rentabilité et l’essentiel de la formulation sont faits
par les agents du PAPME). C’est pourquoi l’actuelle orientation de PAPME tant sur le plan
institutionnel que technique devrait prendre en compte toutes les difficultés qu’il a
rencontrées, et construire sur des bases solides, notamment en s’orientant vers les activités
pour lesquelles il possède de la valeur ajoutée.
D’autres fonds ont été mis en place par l’Etat toujours dans le cadre de recherche de
solutions aux problèmes spécifiques liés à tel ou tel autre secteur d’activité. Il s’agit par
exemple des fonds suivants :
- Fonds National de Promotion de l’Emploi (FNPE) pour les jeunes diplômés sans emploi.
Ces jeunes bénéficient de formations techniques et autres, afin de leur permettre de se
trouver un emploi, normalement dans le secteur du développement des activités
génératrices de revenu, grâce à un appui financier direct ou à une orientation vers les
possibles bailleurs de fonds.
- Fonds de l’Eau et de l’Equipement Rural (FEER) pour les groupements ruraux. Pour ces
groupements, il est souvent attribué un fonds qui est utilisé par les membres pour les petits
équipements.
La plupart des crédits octroyés par ces fonds s’accompagnent des mécanismes de
formation, d’appui au montage et au suivi des projets financés.
84
Pour les activités de financement, le PAB est en partenariat avec d’autres institutions
actives dans le domaine de l’appui à la PME et au développement des micro-entrepreneurs.
Ces institutions sont par exemple le PRODIA, le Réseau des Caisses populaires (deux des
trois institutions de microfinance de notre échantillon qui seront présentées dans les
chapitres 7 et 8), le FASI, le PAPME, etc. Le principe de cette collaboration est basé sur le
fait que le PAB met en place un fonds de garantie qui couvre les crédits de financement de
l’exécution des marchés acquis par des artisans. Les activités du PAB s’orientent vers les
promoteurs qui ont déjà une bonne expérience en matière de gestion de leurs affaires (d’où
les nouveaux projets ne sont pas pris en charge). Pour l’essentiel, le PAB accorde son
appui à des corps de métiers (secteur informel et artisanat utilitaire) dont les membres sont
engagés et dont les activités ont des potentialités de se développer.
Le PAB a connu plusieurs phases pendant lesquelles le bailleur de fonds (la Coopération
Suisse) et les responsables locaux ont contribué à sa redéfinition institutionnelle et à sa
mission. Actuellement, le PAB focalise ses appuis vers les activités de construction, de
forge et de mécanique et cela uniquement en milieu urbain et péri-urbain. Pour les
promoteurs du PAB, les activités d’artisanat en milieu rural se sont avérées moins rentables
et très orientées vers la clientèle locale, ce qui les empêchait de devenir des véritables
entreprises. Comme plusieurs entrepreneurs des PME et micro-entreprises souffraient
85
Ces deux auteurs ont constaté par exemple qu’entre 1993 et 1996 l’intervention directe du
PAB a permis d’octroyer 170 crédits pour un montant de 113 millions de FCFA. Le
montant du crédit variait entre 250.000 et 500.000 FCFA et les conditions à remplir par
l’artisan étaient les suivantes : la destination du crédit doit être le préfinancement d’un
marché (le contrat de marché ou le bon de commande doit être montré), le délai de
remboursement est de 3 mois à échéance unique, le taux d’intérêt nominal est de 5% sur
les trois mois (ce qui est donc 20% une fois ramené à l’année), les garanties matérielles ou
autres. Ceci nous montre la difficulté que rencontrent plusieurs organisations d’appui des
PME et micro-entreprises dans des domaines autres que le crédit (appui-conseil, formation,
etc.). En effet, ces PME et micro-entreprises déclarent très souvent qu’elles ont
principalement un problème de manque de financements pour leurs activités en plus des
besoins en renforcement de capacité technique et de gestion, formation, recherche de
marchés, etc. Or, certaines institutions d’appui ne sont pas spécialisées pour la gestion du
crédit et pensent même que, dans certains cas, les appuis autres que le crédit constituent
des préalables au crédit et à une croissance des activités des PME et micro-entreprises.
127
FAURE Y.A. et P. LABAZEE, Petits patrons africains – entre l’assistance et le marché, Karthala, 2000,
p. 571.
128
NORRO M., [Link]., p.178.
86
plusieurs citadins (mieux même qu’aux villages), ce n’est pas en la développant toute seule
qu’on arrivera à faire une transformation globale de la société pour son développement. Il
suggère une forme de coopération entre l’économie populaire et l’économie moderne. Et
c’est justement cela aussi qui est recherché par le PAB, il veut notamment pousser les
artisans à leur intégration dans une vision de croissance de leurs entreprises. Il est donc
clair qu’il existe un problème de vision du développement entre les acteurs concernés
(conflits d’acteurs). Ce qui justifie l’importance d’analyser le rôle des acteurs (les PME et
micro-entreprises, les bailleurs de fonds, le pouvoir public, les dispositifs d’appui, etc.)
dans l’offre et la demande de crédit, dans l’intégration des PME et micro-entreprises dans
une économie moderne, dans les objectifs de croissance et d’accumulation ou dans ceux de
survie, etc.).
Les objectifs du BA visent la promotion du monde artisanal (surtout les branches dites
d’artisanat utilitaire moderne). Le BA aide aussi à la structuration des organisations
professionnelles des artisans. Pour ce faire, le BA rassemble les artisans en corps de
métiers en poursuivant deux objectifs spécifiques : l’auto-promotion par ces artisans et
l’émergence d’une Chambre de métiers. En effet, après la création de la Direction de
l’artisanat en 1986 au sein du Ministère de la Promotion économique (qui a donné
naissance quelques années plus tard au Ministère de l’artisanat et des PME), cette direction
129
En allemand, l’abréviation GTZ signifie Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit
(Coopération Technique Allemande en français).
87
La mission qui a été confiée aux deux BA en 1991 est donc de concrétiser le « Plan
directeur » en formulant des possibilités d’auto-promotion et d’appui des artisans en leur
offrant la formation et le perfectionnement en technique (de production principalement),
gestion, commercialisation, approvisionnement, recherche de financements et dans la mise
en place d’un système d’épargne et de crédit. Le fonctionnement du BA n’a pas été facile
pour plusieurs raisons. D’abord il s’agit d’une mission difficile qui consiste à s’occuper de
plusieurs services à la fois dans des domaines différents. Il s’agit ensuite de la concurrence
entre plusieurs structures d’appuis. En effet, dans les années 80 et 90, plusieurs structures
d’appui ont travaillé sur le même terrain et en s’adressant aux mêmes types de
bénéficiaires. Cette concurrence n’a pas été facile à gérer et a conduit à des conflits. Enfin,
l’environnement global et notamment l’évolution de la situation socio-économique et
socio-politique ont joué aussi un grand rôle dans le fonctionnement des BA. Tous ces
éléments ont eu comme impacts la réaffirmation de la nécessité de travailler en plusieurs
phases.
D’après FAURE Y.A. et P. LABAZEE130, l’on peut tracer les différentes phases suivantes
du projet :
- La phase de 1988-1993 : le projet comme antenne du Ministère du Commerce et de
l’Industrie devait s’occuper de la mise en place d’une structure d’appui (le futur BA) et de
faire un travail de prospection et de sensibilisation.
- La période de 1993-1994 : le projet devait structurer les organisations et rendre
opérationnel le BA. Ce dernier devait non seulement identifier les prestations et les
groupes, diviser par des critères de spécialisation le travail entre les agents, mais aussi
mettre en place un système de planification et de suivi-évaluation. C’est dans cette phase
que le BA a renforcé l’intégration des femmes dans plusieurs métiers.
130
FAURE Y.A. et P. LABAZEE, op. cit., p.557
88
Le BA a signé des protocoles d’accord avec les institutions de financement sur place,
notamment la PRODIA pour les crédits de 50 000 à 500 0000 FCFA, la CNCA (Caisse
Nationale de Crédit Agricole) pour les crédits de 500 000 à 2 millions de FCFA et le
PAPME pour un montant supérieur. Vu sa volonté de se spécialiser sur les aspects
techniques, le BA a également signé un protocole d’accord avec le BAME (Bureau
d’Appui à la Micro-Entreprise) pour ses services en matière de montage financier des
dossiers des artisans pour le financement, de suivi financier des projets financés (incluant
le décompte des remboursements) et de sensibilisation de l’emprunteur au remboursement.
Ainsi, le BA s’est notamment spécialisé dans l’approvisionnement, dans la production et
dans la commercialisation. Il a aussi fourni des formations de perfectionnement technique.
En ce qui concerne le conseil, le BA a donné plusieurs conseils en matières de gestion,
d’organisation de groupe et de conseils juridiques, de commercialisation, etc.
Bien qu’un des défis majeurs du BA soit de maintenir ses interventions tout en restant
financièrement autonome, cela ne lui est pas facile, d’autant plus que le niveau des
contributions des artisans par rapport à celui des financements déjà reçus de l’extérieur est
resté très faible. Ainsi, tenant compte du fait que les artisans n’ont pas totalement la
motivation de payer les services rendus en matière de conseil, formation, etc., l’autonomie
totale du BA et des groupes professionnels des artisans n'est pas encore atteinte. L’on peut
donc s’interroger sur la possibilité du BA de rester auprès des artisans et de leurs corps de
métiers sans subventions extérieures. A présent, le BA risque de n’assurer que des services
et travaux pour lesquels les artisans sont intéressés et capables de payer.
89
Pour ce qui est des services non financiers, ces projets interviennent dans les domaines de
la formation, du conseil sur les aspects techniques de production par exemple, de la
recherche des marchés pour les produits et services, de l’organisation, de la gestion et de la
comptabilité, du marketing, etc. Ces services par ces projets de la coopération extérieure et
notamment ceux des ONG ne sont en général pas facturés aux bénéficiaires.
- La troisième catégorie des institutions d’appui est composée principalement des bureaux
d’études et de conseil actifs dans le domaine de la PME, que ce soit pour les études sur le
secteur ou pour des interventions d’ingénierie en matières de gestion, de comptabilité, de
production, de recherche de marché et de formation. Ces bureaux d’études et de conseil
visent le profit et leurs promoteurs facturent les services rendus au prix du marché. Ils
dispensent des formations ou interviennent en amont du crédit (montage des dossiers de
demande de crédit, prospection commerciale, etc.) ou en aval du crédit (formation en
gestion et en comptabilité, suivi exécution du projet par des missions d’évaluation et de
conseil, audit, etc.). Bien que possédant des spécialistes de tous bords, ces bureaux sont
90
A part les financements des banques classiques (les banques commerciales notamment), les
IMF reçoivent également d’autres financements auprès des autres bailleurs de fonds tant
bilatéraux (USAID, Agence Française de Développement - AFD, etc.) que multilatéraux
(Union Européenne, Nations Unies, Banque Mondiale, etc.). Depuis quelques années déjà,
d’autres initiatives spécifiques de refinancement ont vu le jour dans l’UEMOA. Parmi ces
initiatives nous allons présenter : la Banque Régionale de Solidarité (BRS), la Société de
financement des IMF (le MicroCred) et la Banque des Institutions Mutualistes de
l’Afrique de l’Ouest (la BIMAO).
La BRS est administrativement constituée d’un holding financier (maison mère à Niamey -
Niger) et des filiales bancaires qui s’installent dans chaque Etat de l'UEMOA afin d'exercer
92
à titre principal des activités de banque. Cependant, outre les filiales bancaires, le Holding
développera également des filiales non bancaires notamment dans les domaines du système
d'information et dans la gestion des ressources investies dans la lutte contre la pauvreté par
divers partenaires. De plus, le Groupe BRS (désormais société anonyme) dispose de son
propre mécanisme de garantie pour prendre en charge une partie des risques bancaires.
Pour son capital, le Groupe BRS fait de sorte que le Holding détienne 90% du capital de
ses filiales bancaires. Pour ce qui est de ses ressources, le Groupe BRS a, en plus des fonds
propres de base de la maison mère, des emprunts effectués sur le marché financier, des
ressources concessionnelles obtenues auprès de partenaires extérieurs ainsi que de
ressources d'épargne défiscalisée, de fonds sociaux et des fonds de garantie. La BRS
s’appuie également sur l’exemple de la Grameen Bank en développant une culture
d'épargne à caractère obligatoire pour la clientèle dès l'obtention d'un prêt. Aussi, la BRS
peut recevoir les dépôts des autres opérateurs sans toutefois bénéficier de son financement
en crédit.
En définitive, il nous apparaît que la présence de cette banque comporte un double défi :
son positionnement par rapport aux autres institutions bancaires actives dans l’UEMOA et
93
le refinancement des IMF. En effet, pour une bonne part des autres banques classiques, la
création de la BRS n’est autre qu’une simple concurrence injustifiée organisée par le
pouvoir public communautaire (UEMOA) et sans garantie de fonctionnement rigide
comme les autres. Ainsi, certaines banques de la région voient la BRS comme un
concurrent déloyal qui risque d’utiliser sa légitimité basée sur la volonté politique et
d’appliquer des conditions alléchantes et ainsi casser toute possibilité des banques
classiques de s’orienter vers la microfinance (mêmes clients que la BRS). En ce qui
concerne le refinancement de la microfinance, les IMF n’ont pas encore été convaincues de
cette réalité d’autant plus que non seulement cette banque finance les mêmes clients que
ceux des grandes IMF mais aussi que les conditions de refinancement ne sont pas encore
bien claires pour beaucoup d’entre elles malgré les nombreuses missions de formation et
d’information déjà organisées. En définitive, ce nouvel acteur dans le secteur de la
microfinance dans l’UEMOA est à la fois une opportunité mais aussi un défi majeur pour
les autres. Il s’agit d’une opportunité car les trois SFD concernés par notre recherche n’ont
pas à présent de problèmes de liquidités pour leurs prêts. Comme les prêts sont en grande
majorité à court terme, les remboursements qui sont effectués constituent automatiquement
des ressources disponibles pour de nouveaux prêts. C’est ainsi par ailleurs qu’on observe
chez eux une certaine surliquidité qui est liée au fait qu’ils n’ont pas d’ambition de prêter à
moyen et à long terme pour diverses raisons. Effet, ils ne veulent pas d’abord risquer de
prêter pour les projets d’investissements importants dont la rentabilité exige un long
terme. De plus, ce genre d’investissement demande des analyses plus poussées qui exigent
des compétences dont ils ne disposent pas toujours. Enfin, animés par l’esprit d’aide à la
réduction de la pauvreté, ils ne considèrent pas que les porteurs des activités demandant
des investissements très coûteux, sont parmi les plus nécessiteux. C’est pourquoi d’ailleurs
qu’on voit que pour le RCP-B, les membres ne sont pas nécessairement ceux-là qui
peuvent avoir des comptes dans des banques classiques.
La présence de la BRS est aussi un défi d’autant plus qu’effectivement elle s’oriente vers
le refinancement des IMF qu’elle concurrence en même temps. De plus, la BRS est à ce
titre en pleine concurrence avec d’autres fonds d’investissement ainsi que des banques qui
commencent à réaliser que certains clients des IMF sont capables de rembourser et peuvent
intéresser aussi leurs affaires. L’autre aspect du défi est que la BRS parvient à
disponibiliser des fonds de refinancement pour les IMF à long terme et cela à des taux
préférentiels, cela pourra notamment inciter ces IMF à demander des crédits de
refinancement qui seront répercutés dans les crédits de moyen et long terme
94
(d’investissement et d’équipement) pour les PME et qui peuvent alors se rembourser à long
terme. Mais cela n’est pas si évident quand on sait que les responsables politiques
attendent de la BRS son autonomie financière à moyen terme. Finalement, on peut se poser
la question suivante : à quoi sert-il d’avoir une banque de refinancement si elle n’est pas
prête à permettre aux IMF d’avoir des ressources à long terme et à faibles coûts (coûts
financiers et coûts de transaction défiant toute concurrence en faveur des IMF) ? Par
ailleurs, si ce refinancement concerne l’augmentation de l’accès des pauvres aux crédits
par les projets, serait-il possible que cette BRS puisse appuyer les initiatives comme celles
du RCP-B visant à mettre en place des caisses villageoises sur l’ensemble du territoire ?
Avec ces questions, il est clair que le défi de la BRS pour ce qui est du développement du
pays par la microfinance reste posé.
La mission principale de MicroCred est d’offrir des services financiers aux micro-
entrepreneurs exclus du système financier traditionnel. Ainsi, cette société vise à
développer un groupe d’institutions de microfinance servant des clients exclus du système
financier traditionnel. Elle investit dans des sociétés ou des banques de microfinance et en
fournissant toute l’assistance technique nécessaire à ces sociétés pour devenir des
institutions de microfinance leaders dans leur pays. Microcred se donne comme ambition
la prise de participation dans au moins 15 institutions de microfinance d’ici 2011.
MicroCred est une société à Directoire qui est responsable de la bonne gestion de la société
et du Conseil de surveillance qui supervise et contrôle le Directoire. Avec l’aide d’une
95
équipe d’experts internes et appuyé par PlaNet Finance, MicroCred apporte également un
soutien technique aux institutions dans lesquelles elle investit. MicroCred permet ainsi aux
institutions de son groupe de disposer d’une assistance technique internationale, en offrant
une marque et une stratégie-marketing forte, des formations du personnel, un système
d’information et de gestion commun à tout le groupe, une culture d’entreprise forte, des
règles de bonne gouvernance, des règles de contrôle et un accès aux financements
internationaux variés.
En effet, il est clair que le grand défi des réseaux des caisses mutualistes et de sa
confédération est d’organiser le financement, par le marché, de leur croissance future et
surtout, leur accès au marché des concours à moyen et long terme. Ainsi, la création d’un
organe financier sous forme de banque est apparue comme une solution importante qui non
seulement apporte une grande reconnaissance de cette grande famille mutualiste dans la
zone UEMOA mais aussi facilite la levée de ressources stables sur les marchés et auprès de
différents bailleurs de fonds.
La création de cette banque ambitionne aussi de permettre aux réseaux des caisses
mutualistes de faire face à la montée de la concurrence bancaire sur les micro-entreprises et
la collecte des dépôts. Cependant, étant donné que le statut de banque fait rentrer la
BIMAO immédiatement dans le champ des institutions soumises au contrôle régulier de la
96
Commission bancaire, sa marge de manœuvre par rapport aux conditions des autres
banques reste mitigée. Quoi qu’il en soit la création de la BIMAO ouvre de nouvelles
perspectives de développement aux réseaux mutualistes leur permettant d’accroître leur
rentabilité et leur autonomie financière.
Nous avons vu dans ce chapitre qu’il y a une coexistence entre les institutions financières
publiques, privées classiques, et privées de type SFD, qui constitue l’offre de crédit sur le
marché financier des pays en développement. Nous avons aussi constaté que les
institutions de financement publiques ainsi que les banques classiques ont démontré
suffisamment leurs limites en ce qui concerne le financement des besoins en
investissement et en consommation des populations pauvres. La prise en compte de ces
limites est un défi important pour l’avenir des SFD. Cependant, nous ne pouvons pas dire
que le marché financier est en équilibre maintenant, suite à l’arrivée des institutions de
microfinance et à la persistance d’autres formes d’institutions de finance informelle que
nous avons largement développées. Car il existe toujours des conditions propres à chaque
institution, et il n’est pas du tout assuré que tous les pauvres ont actuellement accès à une
de ces formes d’institutions de la finance. D’un côté, les conditionnalités de ces institutions
excluent certains pauvres qui ne peuvent pas les remplir ; et de l’autre côté, la couverture
géographique de ces institutions n’est pas totale. La question de la durabilité
institutionnelle des SFD se pose car il est souvent difficile de maintenir ces institutions
auprès des pauvres en l’absence des subventions des bailleurs de fonds131.
La monétisation qui est fort présente dans la finance informelle et dans le fonctionnement
des SFD peut soit cacher les valeurs sociales par le poids du marché ou soit être un moyen
pour les valeurs sociales (solidarité, entraide, réseaux sociaux, etc.) de se perpétuer. Le
rapport lien social - microfinance se révèle ainsi dans sa complexité. C’est ainsi que le
concept de solidarité mis en avant par les institutions de la finance informelle, surtout les
tontines et les SFD, mérite une attention particulière dans les analyses faites sur ces
institutions. Aussi, le concept de réciprocité tant matérielle que sociale, un des maîtres
131
Voir notamment CGAP, Building inclusive financial systems, Donor guidelines on good practice in
microfinance, December 2004.
Voir aussi ADAMS D.W. and VON PISCHKE J.D., « Microentreprise Credit Programmes : Déjà vu »,
World Development, vol. 20, 10, 1992, pp. 1463-1470
97
mots dans les institutions de tontine, coopératives et association d’épargne et crédit, mérite
aussi d’être souligné. Nous avons également signalé que les SFD ont été parmi les
préoccupations des autorités monétaires en vue de sécuriser les épargnants et de garantir
leur durée. C'est ainsi que la réglementation au sein de l'UEMOA a été mise en place et
que des mécanismes propres de suivi et de contrôle de ces institutions ont été élaborés par
les Etats membres.
Dans ce même chapitre, nous avons présenté quelques dispositifs d’appui au secteur de la
microfinance. Un groupe de ces dispositifs est constitué des institutions d’appui-conseil de
type bureaux d’études. Cependant, à défaut d’un financement suffisant pour ces bureaux
d’études, ceux-ci se contentent de réaliser très peu d’activités d’expertise demandées le
plus souvent par les bailleurs de fonds extérieurs. Bien que ces études se réalisent dans des
domaines différents, force est de constater que le niveau d’expertise technique reste faible.
Cela d’autant plus que ces bureaux d’études ne disposent pas de moyens suffisants et
permanents pour la recherche tant technique que scientifique en vue de développer les
secteurs de production des biens et services. En définitive, n’intervenant que
ponctuellement, ces bureaux font le relais des pratiques et exigences des bailleurs de fonds
auprès des PME et micro-entrepreneurs et se focalisent plus sur la vérification et le
contrôle plutôt que sur les solutions aux réels problèmes techniques, de gestion et
d’organisation de ces PME et micro-entreprises. Dans cette situation, les PME locales ont
souvent des difficultés techniques et financières pour développer les secteurs de production
pouvant affronter, par exemple, des produits concurrents importés.
En ce qui concerne les dispositifs de refinancement pour les SFD, nous avons constaté que
des initiatives récentes sont à l’œuvre (la BRS, Microcred et la BIMAO). Cependant, ces
institutions bancaires viennent s’ajouter aux banques classiques déjà opérationnelles sur
terrain et rien ne peut garantir que la concurrence qu’elles apportent (la BRS par exemple
finance directement les PME et refinance les IMF) profite aux SFD. Cette concurrence
peut être bénéfique pour certaines grandes PME capables de négocier avec les institutions
financières plus proches des banques classiques. En définitive, la venue de ces institutions
de refinancement n’est pas nécessairement une garantie absolue de réussite en matière
d’accès aux crédits des populations pauvres et de réduction de la pauvreté mais elle est
peut-être une opportunité que les SFD et les micro-entreprises ainsi que les PME doivent
saisir dans leur recherche de développement.
98
4.1. Introduction
Ce chapitre décrit les méthodes et les techniques suivies dans la réalisation de notre projet
de recherche. Il assure une liaison entre les informations principales tirées de notre
approche théorique et les variables du champ empirique pour les deuxième et troisième
parties de cette recherche. De plus, ce chapitre va nous permettre d’expliquer pourquoi
nous avons centré nos analyses sur les PME de PRODIA ainsi que l’importance de
l’introduction du RCP-B et FAARF étant donné que l’accent est mis sur les acteurs et
l’analyse d’impacts et la notion de capital au niveau de ces trois institutions. Aussi, ce
chapitre présente les difficultés et le contexte dans lesquels la récolte des données s’est
opérée. Un cadre d’analyse est explicité avant de présenter les dates clés de nos séjours sur
terrain.
La méthodologie suivie pour la réalisation de cette thèse s’est articulée autour d’une
combinaison de la recherche théorique sur base d’une lecture de livres, articles et
documents de recherche, et de la collecte et de l’analyse des données. Ainsi, les résultats de
notre cadre théorique vont nous permettre d’analyser les données empiriques. De plus, les
parties 2 et 3 de notre recherche rédigées à la lumière de notre cadre théorique, nous
aideront à confirmer ou infirmer nos hypothèses de départ avant la fin de notre thèse (voir
chapitre 11 sur les conclusions générales).
La théorie de l’agence est utilisée pour mettre en perspective la coopération entre les PME
(demandeurs de crédit) et les SFD (offreurs de crédit). Cette théorie nous a déjà permis de
comprendre que ces deux types d’institutions ont des objectifs, des expériences, etc.
différents ; ce qui peut être source de conflits. Nous allons donc présenter les SFD en
donnant les informations sur leurs origines et organisations institutionnelles, puis sur leurs
objectifs, activités et résultats atteints. Nous présenterons aussi les PME en fonction de
leurs origines, expériences, genre, emplois et des déterminants de la demande de crédit
ainsi que des difficultés et perspectives d’avenir. De plus, afin de minimiser les conflits
entre les PME et les SFD, notamment celui lié au risque de non remboursement, nous
99
avons cherché des informations qui nous permettent de voir comment les SFD introduisent
dans leur politique des mécanismes de garantie.
En ce qui concerne nos hypothèses, c’est dans cette relation de coopération entre les PME
et les SFD que notre troisième hypothèse sera abordée en ce sens que nous verrons si oui
ou non le crédit est accordé de manière à éviter toute discrimination entre l’homme et la
femme.
La théorie des impacts nous a permis d’identifier les unités d’analyse d’impacts à partir des
données empiriques récoltées. Ces unités retenues sont les PME et les SFD principalement.
Pour les PME, nous avons recherché les impacts sur les revenus, les emplois, la dimension
sociale « genre » et culturelle. Sur le plan institutionnel, les impacts au niveau de
l’équilibre financier des SFD ont été analysés tout comme les impacts au niveau des
subventions et politiques des bailleurs de fonds ainsi qu’au niveau réglementaire. En ce qui
concerne notre première hypothèse, les résultats de l’interaction entre les éléments de la
théorie d’agence et les données empiriques nous permettront de confirmer ou d’infirmer si
les revenus, les emplois et la prise en compte du genre ont augmenté.
La théorie sur le capital est utilisée d’autant plus que les activités de nos PME sont dans la
perspective de la débrouille. Dans cette débrouille, ces PME développent non seulement
leurs aspects matériels (capital matériel), ressources humaines (capital humain) et les
réseaux sociaux (capital social) pour assurer à la fois leur survie, leur subsistance et leur
croissance. La confrontation entre cette théorie sur le capital et les données de terrain nous
ont par la suite permis de vérifier notre deuxième hypothèse notamment en montrant que si
oui ou non les PME de notre échantillon se développent en terme de survie plutôt qu’en
terme de formation du capital.
Notre recherche s’est articulée autour des études de cas sur terrain. Nous avons mené une
enquête (par questionnaires et entretiens) auprès d’un échantillon de 30 micro-entreprises
et PME et d’un autre échantillon de 3 institutions de crédit (SFD). Nos enquêtes ont utilisé
les interviews avec un appui de quelques personnes à Ouagadougou. Les responsables et
certains membres du personnel des SFD concernés ont été également approchés et
100
impliqués dans cette collecte de données. De plus, ils nous ont fourni beaucoup
d’informations sur leurs clients et leurs organisations respectives. Cependant, nous avons
dû au préalable les sensibiliser à nos objectifs, afin qu’ils nous fassent confiance. Ils nous
ont appris que leur expérience précédente en matière de travaux d’évaluation sur terrain
qui faisait état d’une certaine méfiance vis-à-vis des évaluateurs. En effet, il est apparu que
certaines critiques et conclusions des évaluations entraînaient des difficultés
d’interprétation, surtout dans une période critique de l’organisation. Il s’agissait
notamment des recherches et études menées dans la période de négociation de
financements ou après un projet financé par les bailleurs de fonds occidentaux. Dans ces
cas, le relevé des points forts et des points faibles de l’organisation par ces évaluations peut
être très délicat pour cette organisation, d’autant plus que les bailleurs de fonds risquent de
ne s’appuyer que sur les faiblesses identifiées, et de refuser leur collaboration. Pour
d’autres, il s’agit de l’image de marque pure et simple qu’elles veulent sauvegarder. En
effet, jouissant d’une bonne popularité pour ses actions en faveur des pauvres ou des
exclus du système bancaire classique, une organisation peut ne pas accepter facilement les
critiques visant ses faiblesses en organisation ou en stratégie adoptée.
Pour le cas du Burkina Faso comme partout ailleurs, il faut également signaler que les
conclusions des consultants ne sont pas toujours bien documentées et devraient obliger
leurs auteurs à un minimum de recul avant de les avancer dans un rapport. Or, les
responsables des institutions de microfinance nous ont fait remarquer que certaines études,
ne disposant pas de temps suffisamment long sur le terrain ou n’ayant pas reçu
suffisamment d’informations, ont abouti à des conclusions souvent rapides qui, au lieu
d’apporter des bases de travail pour le renforcement des institutions étudiées ou évaluées,
les ont mises en difficultés.
Ainsi, nous étions bien averti de la sensibilité du terrain et des précautions préalables qu’il
fallait tenir, notamment en expliquant à l’avance à nos interlocuteurs nos objectifs de
recherche et la destination finale de nos analyses. Nos données sur les PME font apparaître
une prépondérance des clients de PRODIA dans l’échantillon, et qui est expliquée d’une
part par le fait que nous avions au départ quelques noms des PME financées par PRODIA,
et que nous avions déjà visitées lors des missions antérieures auprès de cette institution.
Nous avons dû privilégier leur revisite et cela était très bénéfique, car nous avons pu
apprécier la nature de leur changement par rapport à nos précédentes visites. D’autre part,
101
notre séjour de récolte des données a coïncidé avec la période où les agents de crédit de
PRODIA faisaient de nombreuses descentes sur terrain pour visiter les clients chez eux
(recouvrement ou instruction de nouvelles demandes de crédits). Nous avons donc profité
de ces visites pour rencontrer les PME clientes de PRODIA qui répondaient aux critères
fixés pour notre échantillon.
Signalons cependant que beaucoup de clients, du FAARF et des CP, ont été également
rencontrés, principalement aux sièges de ces institutions lorsqu’ils venaient effectuer
diverses opérations (dépôt des demandes de crédit, remboursement, négociation ou
soumission d’informations complémentaires). En outre, nous avons visité plusieurs clientes
du FAARF en 2000 dans la province du Houet et à Bobo Dioulasso en compagnie des
animatrices. Cependant, comme nous allons le constater, la source de financement importe
peu sur la dynamique des PME. Ainsi, que le financement vienne du FAARF, de PRODIA
ou de la CP, les effets et le fonctionnement des micro-entreprises et PME concernées
restent généralement les mêmes. Une double explication à cela est que les montants
octroyés par ces SFD restent relativement faibles et que leurs services de proximité
diffèrent radicalement de ceux des banques classiques. Dans la même période, nous avons
également travaillé, du côté de l’offre, avec un échantillon de trois SFD (les Coopératives
d’Epargne et de crédit, le FAARF et la PRODIA) dont les résultats sont présentés dans les
chapitres 5 et 6.
Comme tout chercheur visant à avoir des avis ou des opinions sur la marche d’une activité
dans laquelle l’interviewé est impliqué doit prêter attention à tout ce qu’on lui raconte, il
102
est important que nous puissions faire une analyse critique des déclarations et des discours
récoltés. C’est ainsi que le non-dit a toujours été recherché derrière les discours et les
déclarations de nos interlocuteurs. Vu le caractère complexe d’une telle recherche,
l’application des apports théoriques dans un cadre d’interdisciplinarité est restée la pierre
angulaire de nos analyses. C’est grâce à cette interdisciplinarité que nous avons pu déduire
des analyses de cette recherche un autre schéma théorique (voir chapitre 9 sur l’évaluation
des actions par objectifs) qui pourra permettre à des études d’évaluation d’approfondir
leurs terrains spécifiques dans l’avenir.
Nous avons utilisé les entretiens semi-directifs, l’analyse des documents, les rencontres
dans le cadre des séminaires et de plusieurs séjours sur terrain, la participation par
l’accompagnement des responsables et agents de crédits des SFD dans leurs missions
d’identification, de suivi et de recouvrement. Nous avons également utilisé un
questionnaire pour nos entretiens. Le questionnaire qui a été utilisé a tenu compte des
éléments de notre cadre théorique de départ et des objectifs de notre recherche. Notre
récolte de données sur terrain a donc utilisé des questions directes ou indirectes (selon qu’il
s’agit d’interviews ou de questionnaires). Nous avons également utilisé deux types de
questions : les questions fermées et les questions ouvertes. Les questions ouvertes ont été
essentiellement utilisées pour découvrir la sensibilité ou l’opinion de nos interviewés sur
tel ou tel élément (Quelles sont les raisons de votre réussite/échec ? Avez-vous des
suggestions à proposer pour surmonter le problème que vous évoquez ? etc.). Les questions
fermées ont été, quant à elles, utilisées pour les données de précision ou de type quantitatif
(Combien de personnes travaillent dans l’entreprise, combien de crédits avez-vous déjà
obtenus ?, De quels montants ?, etc.).
Ainsi, tant pour les micro-entreprises et PME que pour les SFD, nous avons utilisé un
questionnaire composé des 4 parties suivantes :
- Les questions d’ordre général et de présentation (nom de l’entreprise ou du SFD, date de
création, statut juridique, nombre de membres, capital investi, nombre du personnel et son
statut, etc.) ;
103
différentiation entre les effets des activités ayant bénéficié d’un crédit et celles qui n’en ont
pas bénéficié était difficile à faire. Ce genre de difficulté renforce de nouveau le problème
de savoir exactement ce qui se serait passé sans crédit quand on sait que les activités des
PME sont parfaitement intégrées dans les réseaux sociaux de solidarité et d’échanges des
biens et services, non seulement dans la logique de marché mais aussi dans la logique de
solidarité.
- La non-représentativité de notre échantillon. Les 30 PME concernées par notre recherche
ne sont pas du tout représentatives face au grand nombre de PME existantes dans la ville
de Ouagadougou et du nombre de PME ayant reçu le financement des trois SFD et qui
remplissent nos critères de sélection. De plus, comme nous l’avons signalé ci-haut, la
plupart des clients étudiés viennent de PRODIA. Cependant, cette non représentativité
n’enlève rien au fait que les résultats des analyses microéconomiques faites à partir de ces
PME puissent servir de bonne base pour la compréhension des dynamiques et des impacts
des PME dans la ville de Ouagadougou. En effet, à part les conditions et les modalités de
financement qui sont différentes entre les trois institutions, l’utilisation des fonds alloués
en crédit est la même, qu’ils proviennent de FAARF, de PRODIA ou des Caisses
Populaires.
132
FRANCK R. (sous la dir.), Faut-il chercher aux causes une raison ? L’explication causale dans les
sciences humaines, Librairie Philosophique J. VRIN, Paris, 1994, 442p.
105
4.5.2. Contexte général dans lequel opèrent les acteurs de notre recherche
Nous ne pouvons pas prétendre analyser la problématique du crédit et ses impacts sans
analyser l’interaction entre les acteurs qui sont actifs dans le domaine de la microfinance.
C'est pour cela que tout au long de cette recherche, nous avons essayé d'identifier les
acteurs et les interactions qui existent entre eux en fonction de leurs propres stratégies133.
Ainsi, nous avons analysé comment ces interactions ont aussi des effets sur les décisions
ou les comportements des acteurs en jeu. Par ailleurs, les décisions et les comportements
des acteurs dépendent aussi des intérêts poursuivis par ces acteurs. C’est ce que dit R.
BOURDON134 en ces termes : « …chacun des acteurs, selon sa personnalité, ses attitudes
à l’égard du risque, ses ambitions, son information sur les données de la situation (…),
s’efforce de prendre la décision la plus convenable au vu de ses intérêts ».
Tout cela se déroule dans un contexte physique, culturel et socio-économique donné, tant
au niveau local que national, régional ou international. A ces différents niveaux, il est
important de regarder comment les acteurs concernés interagissent et ajustent leurs
stratégies. Le fait que notre recherche vise donc à élucider ces interactions afin de
comprendre les mobiles qui poussent les acteurs concernés à agir de telle ou telle manière,
tant dans l’offre que dans la demande de crédit, nous fait inscrire cette recherche dans une
démarche socio-économique. En effet, nous postulons que ces acteurs coexistent sur la
scène de la microfinance ; or la socio-économie cherche à rendre intelligible l’interaction
entre les acteurs, dans des rapports socio-économiques de coopération, de domination, de
compétition, de conflits, etc., pour démontrer la manière avec laquelle certains acteurs ont
besoin d’autres pour leur maintien économique et social135. Cette démarche socio-
économique aide également dans l’analyse des processus contemporains à partir d’un
terrain précis, comme celui de la microfinance. En étudiant ces interactions entre les
acteurs, il nous importera aussi d’analyser un autre type d’interactions qui existent entre les
133
PEEMANS J.P., Analyse des processus de développement, Note introductive sur les études de cas,
Document de travail, Louvain-la-Neuve, mars 1998.
134
BOURDON R., La logique du social. Introduction à l’analyse sociologique, Paris, Hachette, 1979, p.31
135
MONSENGWO P. L., Ethical signposts for a new world economic order, in PAPINI Roberto et al.,
Living in the Global Society, Suffolk - Great Britain, 1997, pp. 238-245.
106
acteurs et les structures136, comme les normes et les modes d’action sociale et économique,
les modes de mobilisation des ressources, les modes d’exercice du pouvoir tant dans les
institutions de microfinance concernées que dans le pays.
Schéma : Contexte de l’articulation entre les SFD et PME (à cheval entre le formel et
l'informel) et les autres acteurs de la microfinance et ainsi que leurs modes d’actions
Normes
internationales de
gestion
Mondialisation
Globalisation
L'exercice de La mobilisation
production des ressources et
économique et de l'exercice du
reproduction pouvoir
sociale
(réciprocité,
dynamisme, etc.) Le système
financier
classique, les
SFD, le système
informel et les
PME
Impacts des Autres acteurs :
actions en Coopération,
microfinance Compétition,
(chaînes Conflits,
d’impacts) Intérêts
Stratégies,
Caractéristiques Logiques
socio-
économiques, et
socio-politiques
historiques du
pays
Le schéma ci-dessus sert à décrire le contexte dans lequel les SFD et les PME évoluent.
Son avantage est de situer le côté international de ces institutions (mondialisation), les
logiques propres de ces institutions, le contexte du pays, les impacts de la microfinance
vis-à-vis à cet environnement complexe, la mobilisation des ressources et l’exercice du
pouvoir et enfin les systèmes de production des ressources et de reproduction sociale. En
effet, tout au milieu de notre schéma nous avons les SFD qui fournissent des services
136
PEEMANS J.-P., Le développement des peuples face à la modernisation du monde, Les théories du
développement face aux histoires du développement « réel » dans la seconde moitié du XXème siècle,
Academia-Bruylant/L’Harmattan, Louvain-la-Neuve/Paris, 2002, 534 p.
107
financiers aux pauvres, aux micro-entreprises du secteur informel et aux PME. Etant donné
que les SFD empruntent des modes de gestion (conditions, règles prudentielles, etc.) au
secteur bancaire et qu’ils fondent certaines de leurs activités sur les pratiques informelles
des groupements et des tontines (aval, tournante, solidarité, etc.), nous considérerons dans
nos analyses qu’ils sont à cheval entre le formel et l’informel.
Les SFD ont une histoire qui tient compte de l’évolution des pratiques de plusieurs acteurs
(du secteur informel et du secteur formel) mais aussi de l’histoire. Pour cette dernière, il est
important de signaler les réalités historiques de crise sociale, économique et politique dans
lesquelles les pratiques informelles ont évolué (car même si ces pratiques existaient déjà
avant la crise, il est fort probable qu’elles se sont amplifiées au moment de la crise). Nos
analyses tiennent donc compte de ces caractéristiques socio-économiques et socio-
politiques dans les jeux d'acteurs.
Par ailleurs, les SFD mobilisent des ressources diverses (financières, matérielles et
techniques ainsi que les réseaux sociaux). Le contrôle de ces moyens souvent limités
constitue un enjeu majeur, ce qui crée la compétition, les conflits et les alliances entre eux
ainsi qu’avec d’autres acteurs. De plus, l’exercice du pouvoir entre en jeu. Plus on a le
pouvoir, plus on a la possibilité de contrôler la distribution de ressources. Ainsi, les SFD
vont évoluer parmi d'autres acteurs tout en essayant de défendre leur propre existence et
leur reconnaissance, notamment par la revendication et l’organisation pour le contrôle.
Dans les rapports entre les SFD et les autres acteurs ainsi que dans les rapports entre eux,
ils essayent de produire des services financiers tout en assurant leur continuité sociale ainsi
que celles de leurs bénéficiaires notamment par le jeu de réciprocité et de dynamiques de
type populaire. En effet, certaines micro-entreprises et PME prouvent l'existence des
acteurs populaires qui travaillent pour vivre, et pas pour l’accumulation.
Les caractéristiques socio-économiques et socio-politiques qui conditionnent en quelque
sorte l’action des SFD sont en relation avec les normes internationales de gestion et sont
sujettes aux effets de la mondialisation et de la globalisation. Ainsi, les SFD n’échappent
pas aux pressions de la mondialisation et de la globalisation d’autant plus qu’ils sont en
interaction avec les acteurs mondialisés. En effet, des normes internationales de gestion
sont aujourd’hui imposées à presque tout système de production de biens et services. La
mise en réseaux et la cooptation des systèmes de marché dits "de la périphérie" sont
actuellement mis en vogue par les acteurs globalisés (dont le FMI, la Banque Mondiale, le
CGAP, etc.). Nous chercherons à analyser en quoi les SFD sont aussi accaparés, ou
108
Nous avons entamé ce sujet sur le terrain de Ouagadougou après y avoir effectué trois
études en lien direct avec ce sujet. Ces études précédentes nous ont permis, à des moments
différents, de prendre contacts avec le terrain et de saisir la problématique d’investigation
tant pour le secteur informel (micro-entreprises et PME) que sur les SFD.
Nous nous sommes rendu au Burkina Faso pour la première fois en 1996 afin d’évaluer un
programme de microfinancement soutenu par une ONG belge, SOS FAIM dans le cadre de
l’ONG locale PRODIA qui est une de trois institutions de microfinance de notre recherche.
Lors de cette mission, nous nous sommes intéressé au contexte général dans lequel
travaillaient PRODIA et ses clients bénéficiaires de crédit.
Nous sommes retourné au Burkina Faso en 1998 pour notre mémoire de licence qui portait
sur l’analyse des performances des PME à Ouagadougou (surtout celles du domaine
artisanal). Nous avons étudié la manière avec laquelle les entreprises artisanales du
Burkina Faso travaillaient et concevaient leur rentabilité. En 1999, nous avons de nouveau
été sur le terrain, dans le cadre de la préparation de notre mémoire de DEA, pour analyser
comment trois SFD (en plein exercice comme organisations de l’économie sociale)
fonctionnent et essayent de rendre service à la communauté et aux différents demandeurs
de crédit. En 2001, nous sommes revenu dans le cadre de notre thèse de doctorat, afin
d’identifier les clients des trois SFD (sujets de notre thèse de DEA) qui ont constitué notre
échantillon et de récolter les informations auprès de leurs entreprises et d’autres acteurs
directs et indirects en microfinance dans le pays. Nous sommes retourné au Burkina Faso
en 2003 pour présenter une partie de nos analyses dans le cadre d’un colloque international
sur l’économie sociale organisé par l’Université Catholique de Louvain, l’Université de
Liège et l’Université de Ouagadougou. Ces différentes visites de terrain nous ont permis
109
Par ailleurs, en plus des missions d’interviews sur le terrain, nous avons mené, tout au long
de notre recherche, des contacts avec les différents partenaires du développement tant au
Burkina Faso qu’en Europe, notamment avec les ONG de crédit (Nord et Sud) et les autres
institutions d’appui comme, les agences de coopération des Etats membres de l’Union
Européenne ainsi que la Direction Générale du Développement et l’Office de coopération
EuropeAid de la Commission Européenne (CE), afin de prendre connaissance des
évolutions dans leurs stratégies et politiques en matière de microfinance. Nous avons pu
participer également dans des fora et réunions en Europe et en Afrique sur la microfinance
dans le cadre de nos activités professionnelles à la Commission Européenne. Les
discussions et échanges menés à ces occasions nous ont permis d’élargir notre vision de
compréhension des enjeux de la microfinance.
110
5.1. Introduction
Dans ce chapitre, nous allons présenter trois études de cas basées sur les institutions qui
répondent à l’appellation de Systèmes Financiers Décentralisés (SFD) en matière
réglementaire. Ces institutions sont la Promotion du Développement industriel, Artisanal et
Agricole (la PRODIA), le Réseau des Caisses Populaires du Burkina (RCP-BB) et le Fonds
d’Appui aux Activités rémunératrices des Femmes (le FAARF). Le présent chapitre va
nous permettre d’identifier les caractéristiques socio-économiques et les activités de ces
SFD dans la ville de Ouagadougou. Nous y trouverons notamment les variables et les
composantes de l’offre de crédit par ces trois SFD. En effet, les informations récoltées sur
ces SFD concernent notamment leur historique, leurs conditions d'octroi de crédit, leur
analyse des projets soumis par les PME pour le financement, leurs politiques de
recouvrement, leur gestion du risque ainsi que leurs procédures de supervision des
antennes décentralisées. A la fin de ce chapitre, nous ferons aussi une synthèse
comparative des caractéristiques institutionnelles et opérationnelles des SFD notamment en
termes de leur identité institutionnelle actuelle, de leurs politiques de crédit, du type
d'activités financées, de la dynamisation du monde rural et du défi de leur avenir
institutionnel. Toutes ces informations vont être présentées à la lumière de la théorie de
l’agence en ce sens que nous développerons les aspects de l’offre de crédit (le principal)
par les SFD. Nous y verrons également les éléments de leurs politiques de crédit qui sont
en définitive les conditionnalités de leur contrat avec les PME (afin d’éviter des risques ou
des conflits) pour pallier les asymétries d’information.
Ces études de cas nous permettront également de commencer à répondre aux hypothèses
de notre étude. En effet, pour la première hypothèse, nous allons voir les objectifs et les
activités de ces trois institutions en matière de crédits visant l'augmentation des revenus et
des emplois et par conséquent la réduction de la pauvreté. Pour la deuxième hypothèse,
nous allons découvrir comment ces institutions essayent de renforcer les micro-entreprises
111
et les PME par le financement (essentiellement de leur fonds de roulement et non pas de
leur capitalisation). Enfin pour la troisième hypothèse, nous verrons comment ces SFD se
positionnent vis-à-vis de leurs clients selon leur sexe (question de "genre"). Par ailleurs, la
vérification de nos hypothèses va se poursuivre dans les chapitres 7, 8 et 9 qui traitent
respectivement la performance de ces SFD, les études de cas des PME et les impacts du
crédit.
137
Nous avons déjà vu ces institutions, la CAPEO et le BA, dans le chapitre 3 qui a traité notamment les
autres acteurs intervenant dans le domaine de la microfinance mais avec des appuis autres que le financier.
113
- En plus d’être déjà opérationnelle, l’activité financée par PRODIA doit également
justifier qu’elle est de nature à générer durablement des revenus et se situer dans sa zone
d’intervention
- Les crédits sont octroyés individuellement.
Il existe cependant une possibilité de travailler avec les groupements ou associations dans
lesquels se trouvent déjà des clients de PRODIA
- Les activités financées sont dans les domaines de l’agriculture et l’élevage, de l’artisanat,
du petit commerce, de la transformation et de services. Dans ces résultats, le financement
des activités de commerce occupe plus de la moitié de ses clients.
- Le taux d’intérêt était de 17% dégressif avant 2002, puis 12% constant en 2002 et a été
revu à 18% constant en 2004.
- Le montant maximum du premier crédit est plafonné à 300.000 FCFA. Ce plafond est
déplacé jusqu’à 500.000 FCFA pour les montants ultérieurs. La révision de la politique de
crédit de PRODIA en 2004 a non seulement augmenté son taux d’intérêt mais aussi a
relevé le montant du plafond de crédit 1,5 millions de FCFA.
- Le remboursement est hebdomadaire ou mensuel.
- Chaque demandeur doit présenter deux avals comme garanties morales et solidaires.
L’exigence de cette forme de garantie se justifie par le fait que PRODIA est active dans le
milieu urbain où il y a moins de contrôle social qu’en milieu rural. Ainsi, l’exigence des
avals montre bien que, à l’instar de la théorie de l’agence138, PRODIA veut minimiser les
risques et les coûts éventuels de non remboursement malgré les informations récoltées sur
la personne qui emprunte et sur ses activités. En effet, la procédure suivie par PRODIA
dans l’instruction des dossiers insiste sur la vérification de la rentabilité et la viabilité de
l’activité pour laquelle le financement est demandé.
138
G. CHARREAUX, [Link] et BOUTILLIER M. et S. DERANGERE, La théorie positive de l’agence :
relecture et relectures…, IAE Dijon-CREGO / LATEC, Université de Bourgogne, 1998.
114
L’on constate que la moyenne du crédit par client, sur les données de cinq ans, est de
360.073 FCFA, ce qui est supérieur aux moyennes des années 1996, 1997 et 1998. La
moyenne sur toute la période est quand même inférieure aux moyennes de 2003 et 2004.
Selon les données du tableau, la moyenne de crédit par emprunteur chez PRODIA a connu
une diminution de 12% entre 1996 et 1997. Cependant, elle a augmenté entre 1997 et 1998
115
avec un taux de croissance de 5,2%. Nous constatons également que le montant moyen
d’emprunt a augmenté à partir de 1998. De plus, le nombre de crédits octroyés a augmenté
au fur et à mesure sur toute cette période. Cette augmentation de la clientèle peut être
justifiée par le fait que PRODIA s’est rapprochée des clients en se déconcentrant (création
de deux antennes sur la ville de Ouagadougou). La PRODIA, par sa politique de prudence,
aurait donc préféré ne pas octroyer des montants très élevés aux nouveaux clients. L’on
pourrait donc dire que si la PRODIA continue de créer de nouvelles antennes, le montant
moyen d’emprunt risque d’être décroissant, malgré un accroissement du nombre
d’emprunteurs et/ou du volume total des crédits octroyés. Par ailleurs, sur un total de 1.486
clients de 2003, il y a 947 femmes (ce qui représente 63,7%). Pour l’année 2004, le nombre
de femmes bénéficiaires du crédit a été de 1.044 sur un total de 1.664 (donc 62,7%). On
peut donc conclure que la majorité de la clientèle de PRODIA est féminine. En effet, cette
clientèle féminine est réputée pour sa bonne utilisation du crédit octroyé et son attachement
à la nécessité de rembourser l’intégralité du crédit à temps.
Or, une part importante des crédits en retard risque de conduire à un suivi irrégulier des
clients par les agents de crédit et de provoquer de nouveaux retards. Et quand bien même
ces agents essayent de faire un suivi régulier, le coût de cela se répercute dans les charges
de l’institution et dans la réduction de sa productivité en termes de crédits nouveaux, à
cause du temps mis dans le suivi des clients qui finiront par être déclarés insolvables. Un
tel phénomène risque donc de créer un cercle vicieux de crédits en retard, source de perte
de la performance de l’institution. PRODIA a connu depuis 2004 une autre flambée de
crédits en retard suite à la crise ivoirienne et à l’incendie du marché central de
Ouagadougou. Ces deux événements ont affecté plusieurs activités de production et de
commerce qui étaient directement ou indirectement en relations avec les clients de
PRODIA et des autres institutions de microfinance locales. En 2004, PRODIA a estimé à
7.360.040 FCFA de crédits en souffrance, ce qui représente 1,06% des crédits octroyés en
cette année.
du succès de ce processus. Nous noterons dans le tableau qui suit les différents éléments
qui illustrent la performance de cette pratique.
Significations des sigles utilisés dans ce tableau : URCP-BC : union régionale des caisses populaires du
Centre, URCP-BN : union régionale des caisses populaires du Nord, URCP-BE : union régionale des caisses
populaires de l’Est, URCP-BO : union régionale des caisses populaires de l’Ouest, [Link] : Antenne
de Koudougou, A. Kaya : Antenne de Kaya, A. Po : Antenne de Po, dm : du mois, NCV : nombre de caisses
villageois, Nb Mbr. : Nombre de membres, Nb empr.: Nombre d’emprunts, Vol. encours.: Volume de
l’encours, Vol. rbsé : Volume remboursé, [Link]. : Volume total octroyé, [Link]./empr. : volume
octroyé par emprunteur, Epargne cumul. : Epargne cumulée.
Les données de ce tableau nous font remarquer que l’effectif des caisses villageoises en
2000 était de 1.428 avec un total de 27.200 membres, soit en moyenne 19 membres par
caisse. Ce chiffre est très faible mais quand on sait que ces caisses viennent initier des
dynamiques nouvelles (épargne, crédit, etc.) dans les habitudes de solidarité traditionnelle,
l’on peut comprendre que le début soit difficile et qu’il affiche très peu de performances.
Les membres de ces caisses villageoises ont pu mobiliser une épargne totale cumulée de
28.132.105 FCFA. Ce qui signifie que chaque caisse a en moyenne un total des montants
épargnés de 19.700 FCFA et que l’épargne par membre est de 1.034 FCFA. Ces
informations prouvent bien, comme le signale SEIBEL139, que l’épargne au niveau des
villages est très faible mais qu’elle est quand même possible. L’insuffisance de l’épargne
139
SEIBEL H.D., Recent developments in microfinance, Working paper n° 1998-5, Development Research
Center – University of Cologne, 1998, 10 p.
120
des villageois au niveau des caisses populaires traduit en partie la réalité du niveau faible
de leurs revenus et de leur impossibilité à épargner (car consommation totale de leurs
revenus). Cependant, ce niveau de l’épargne récoltée (28.132.105 FCFA) par rapport au
montant total de l’encours (609.029.750 FCFA) peut également se justifier par le fait que
certains villageois peuvent épargner chez eux (dans un trou ou dans autre lieu bien caché)
ou qu’ils développent d’autres mécanismes d’épargne, notamment en investissant dans
l’achat de biens plus ou moins durables (champs, matériaux de construction, etc.) ou du
bétail (chèvres, moutons, etc.). Ainsi, en matière d'épargne, le villageois a peut-être
plusieurs lieux et formes d'épargne.
Quoi qu’il en soit, le constat d’une certaine épargne mobilisée (bien que faible) au niveau
des villages est en contradiction avec les thèses affirmant qu’il est impossible de mobiliser
de l’épargne chez les pauvres. Cependant, en comparant ce faible niveau de l’épargne aux
besoins locaux tant pour la consommation que pour l’investissement, on s’aperçoit qu’il est
absolument nécessaire de faire venir des fonds additionnels de l’extérieur (ville,
refinancement des banques classiques, coopération extérieure, etc.) afin d’amorcer des
dynamiques réelles de développement au niveau des villages. C’est ainsi que la différence
entre le montant de l’épargne récoltée et le volume de l’encours qui est de 580.897.645
FCFA (plus de 20 fois) provient de l’épargne des Caisses populaires urbaines ou des autres
zones rurales où l’épargne est suffisante.
que leurs activités sont également bénévoles. Comme à chaque échelon de sa composition,
le RCP-B s’appuie sur un important réseau de partenaires comme les pouvoirs publics, les
ONG, les projets bilatéraux, les bailleurs de fonds de tous ordres, etc. tant sur le plan
national qu’international.
Par ailleurs, l’épargne assure non seulement un rôle de garantie pour le demandeur de
crédit (le niveau et la fréquence de revenus du client) mais aussi un rôle d’autonomie
financière pour la CP. En effet, la CP ne fait recours à l’Union régionale que quand elle n’a
pas assez d’argent pour couvrir les demandes de crédit déjà justifiées. Aussi, nous venons
de voir que quand l’épargne est placée, elle procure des revenus. L’on peut alors
s’interroger sur ce qui empêche les CP de rémunérer l’épargne de leurs clients alors qu’à
leur tour elles placent une partie de l’épargne récoltée sur des comptes à moyen terme qui
génèrent des intérêts et octroient des crédits aux épargnants qui doivent les rembourser,
eux aussi, avec des intérêts. Cette pratique semble ne pas déranger les clients (ou les
épargnants) parce que pour eux, ce qui est intéressant est de pouvoir sécuriser leur épargne
ou disposer du crédit grâce à l’existence même de cette épargne. Cependant, nous pensons
que si l’épargne était rémunérée, les caisses populaires pourraient naturellement récolter
plus d’argent des épargnants et disposer de moyens plus importants pour octroyer plus de
122
crédits. Le fait que le reliquat de l’épargne urbaine finance les crédits demandés par les
membres des caisses villageoises, démontre une certaine forme de solidarité entre l’urbain
et le rural. Cette solidarité est celle d’une économie populaire urbaine envers une autre
économie populaire rurale. En effet, bien que les épargants des CP ne reçoivent pas de
rémunération de leur épargne, ils ne sont pas non plus dérangés par cette solidarité entre
leurs CP et les CV.
Il est important de signaler que nos collaborateurs sur place n’ont pas pu avoir des
informations détaillées pour la période 2000 – 2002 faute de temps pour le RCP-BB de
faire le recoupement nécessaire. Par ce tableau, nous constatons que les crédits en
souffrance chez le RCP-B a augmenté de plus 13% entre 2004 et 2005. Cette évolution
nous laisse penser que pendant cette période, le RCP-BB a connu des difficultés de
recouvrer des nouveaux crédits en plus de ceux qui étaient déjà en souffrance début 2004.
En terme de dépôt, le RCP-B a affiché une croissance de 10,68%. Il a également connu une
augmentation du résultat net. En effet, les résultats nets de 2004 et de 2005 représentent
pratiquement le double du résultat de 2003. Cependant, l’augmentation des crédits en
souffrance risque de mettre en difficulté cette performance en terme de résultat net.
140
NSABIMANA A., Indicateurs des performances des institutions de microfinance, Notes de cours, Ecole
doctorale en développement, UCL, Louvain-la-Neuve, 2006.
123
Ici nous utilisons un PAR sans délai précis car les données que nous avons dans le tableau
3 ne nous donnent pas de précisions sur le délai précis du retard de remboursement. Aussi,
sur base des données du tableau en question, l’encours de crédit est logiquement le total
des crédits sains et des crédits en souffrance.
Ainsi :
Pour 2004, le PAR = (349 119 466) / (20 983 793 433 + 349 119 466) = 0,016365322
donc 1,63%. Ce qui veut dire que pour l’exercice 2004, le capital restant dû ayant des
remboursements en retard représentait 1,63% de l’encours de crédit.
Pour 2005, le PAR = (395 020 587) / (30 370 638 666 + 395 020 587) = 0,012881542 donc
1,28%. Ce qui veut dire que pour l’exercice 2005, le capital restant dû ayant des
remboursements en retard représentait 1,28% de l’encours de crédit.
Nous pouvons donc conclure que la situation du portefeuille s’est améliorée en 2005 par
rapport à 2004 pour le RCP-B malgré qu’en terme de comparaison du niveau des crédits en
souffrance ce soit l’année 2005 qui affiche un montant plus élevé que celui de 2004. Nous
n’avons pas pu récolter le montant des crédits irrécupérables d’où nous ne pouvons pas
nous prononcer sur cet indicateur.
141
INTER-AMERICAN DEVELOPMENT BANK, MICRORATE, « Performance Indicators for
Microfinance Institutions – Technical guide », Washington D.C., 2003, 50 p.
124
- les intérêts : le taux d’intérêt de 10% (constant ce qui veut dire que l’intérêt est calculé
chaque année sur le capital emprunté et non sur le capital restant dû), les frais de gestion de
1% et le fonds de garantie de 1% ;
- les montants octroyés varient entre 3.000 FCFA et 3.000.000 FCFA ;
- Les délais de remboursement sont différents et peuvent aller jusqu’à 5 ans maximum ;
Les garanties diffèrent d’un crédit à l’autre. Elles sont adaptées en fonction de l’activité, du
montant et de la durée de remboursement. Les CP octroient également des crédits aux
Caisses Villageoises - CV (comptées désormais comme membres des caisses populaires)
de leur ressort aux conditions particulières définies de commun accord.
Les crédits octroyés par les URCP-B sont conditionnés par les points suivants :
- Les bénéficiaires sont des personnes morales (dont les caisses populaires membres et les
entreprises) ou des entreprises individuelles.
- Les montants des prêts varient entre 3 et 30 millions de FCFA et les taux d'intérêts sont
aussi variables, suivant le type de bénéficiaire (caisse populaire ou entreprise).
Les crédits donnés par les CV sont quant à eux basés sur les conditions suivantes :
- être membre ;
- avoir participé à l’épargne obligatoire (qui est de 100 FCFA par semaine) pour ceux qui
sont jugés capables de le faire. Pour ce faire, le niveau de l’épargne personnelle et
volontaire dépend de la capacité de l’épargnant. Ainsi, le principe des CV d’accorder des
crédits sans épargne préalable est garanti, du moins en début de collaboration avec le (la)
villageois (e) concerné (e) ;
- le taux d’intérêt est de 3% ;
- la durée de prêt est de 4 mois ;
- le plafond du crédit peut varier mais le premier crédit ne doit pas dépasser 25.000 FCFA,
et le plus haut plafond arrive difficilement à un niveau de 150.000 FCFA.
Par ailleurs, les CP et les URCP-B peuvent accorder des crédits à des activités qu’elles ne
connaissent pas et en particulier dans le cas des moyennes entreprises pour financer des
fonds de roulement d'artisans ruraux utilisés pour l’achat d’équipements, la constitution de
stocks, l’aménagement ou la construction d'ateliers, etc. Cela se fait à travers un fonds de
garantie déposé par le projet PERCOMM (Promotion des entreprises rurales de
construction métallique et de mécanique) auprès du RCP-B et cela engage ce dernier à
prendre le risque à 50%. Ainsi, en cas de non remboursement, il est prévu que le
125
c) Recouvrement
Les remboursements se font à l’endroit où le crédit a été octroyé : à la caisse villageoise, à
la caisse populaire ou à l’union régionale. Ils s’effectuent au comptant ou via les comptes
détenus à la caisse ou à l’union. Les impayés sont recouvrés au travers de procédures
suivantes : il y a d’abord un suivi des personnes chargées de crédits, puis négociation à
l’amiable et enfin une procédure forte pouvant aller même jusqu’à l’intervention de la
police ou du pouvoir judiciaire. En cas d’impayés ou de retard de remboursement, le RCP-
B privilégie cependant les deux premières étapes car considérant que pour un membre il
faut absolument d’abord tenir compte de la cause qui est à la base des défaillances
constatées. Ainsi, les décisions se basent toujours sur le processus démocratique et les
textes régissant la CP ou l’URCP-B (les statuts et le règlement d’ordre intérieur). Le RCP-
B affiche des performances intéressantes en matière de recouvrement. On note par exemple
dans les rapports de la BCEAO/BIT que son taux de recouvrement est estimé à 98% en
2000142 alors qu’il était de 93% en 1994 et de 97% en 1997.
d) Formation et Appui-conseil
Les caisses populaires n’assurent généralement pas de formation à leurs membres, même si
certaines sensibilisations (de thèmes variés : sanitaires, gestion, etc.) peuvent se faire dans
le cadre des réunions des différents organes. Cependant, nous avons déjà vu que plusieurs
formations sont assurées dans le cadre des caisses villageoises (alphabétisation, santé,
gestion, etc.). Nous devons aussi signaler, encore une fois, l’importance des formations
dispensées par les unions régionales au profit des dirigeants des caisses populaires. Ces
formations leur permettent de comprendre la dynamique dans laquelle le réseau travaille et
de suivre efficacement les activités des caisses sous leur responsabilité, notamment en
matière de comptabilité, d’organisation, de rapports, de planification et de budgétisation,
etc.
142
BCEAO/BIT (2001)
126
La forme que devrait prendre cette institution a fait l’objet également d’une analyse
approfondie. En effet, l’État a réalisé qu’il n’était pas opportun de mettre en place une
127
banque des femmes étant donné que les activités de ces femmes ne répondaient pas
vraiment à des mécanismes de fonctionnement des banques classiques (activités souvent
saisonnières et informelles). Par ailleurs, un autre élément qui est venu renforcer la non-
opportunité d'une banque des femmes dans l'année 1990 est la conjoncture économique qui
prévalait à l'époque notamment la restructuration des institutions bancaires143. Dans cette
période, certaines banques ont fusionné leurs actions et d'autres ont disparu comme ce fut
le cas pour la Banque Nationale de Développement.
143
Par exemple, la réglementation de l’UEMOA demandait à l’époque la constitution d’un fonds de garantie
de 700 millions de FCFA à toute nouvelle institution bancaire classique. Il n’a pas été jugé opportun de
libérer ce montant comme fonds de garantie alors qu’il pourrait servir à l’octroi des crédits aux femmes.
128
formée par les groupements féminins (tant ruraux qu’urbains), la deuxième est composée
des femmes exerçant individuellement dans le secteur informel (dont l’artisanat) et la
dernière catégorie est celle des femmes créatrices et dirigeantes des petites entreprises. Le
fonctionnement du FAARF repose également sur un ensemble diversifié de partenaires
comme les organismes internationaux comme le PNUD qui finance l’assistance technique,
la formation et l’équipement et l’IDE qui intervient dans la formation des clientes. Il y a
également des organismes comme le FNUAP et l’UNICEF qui soutiennent le FAARF dans
les volets de l’éducation et de la formation, ainsi que l’OMS qui prend en charge
l’exécution du projet crédit/santé. Dans le cadre de la coopération bilatérale entre le
Burkina Faso et la Chine, ce dernier pays a donné beaucoup d’appuis au FAARF en faveur
des femmes. La Chine est donc actuellement un des partenaires privilégiés à la fois pour le
gouvernement burkinabè en général et pour le FAARF en particulier. Enfin, le FAARF
s’appuie sur un réseau important de partenaires locaux comme les Directions Régionales
de l’Agriculture (DRA), les ONG et projets divers. Pour ce faire, le FAARF est actif sur le
plan local en collaboration et en synergie avec tous ces acteurs au travers des réunions,
séminaires, formations, etc.
Les autres conditions (avoir une activité rentable et ne pas avoir un autre crédit dans une
institution) ne sont pas écrites sur papier dans la présentation du FAARF mais elles
ressortent dans ses pratiques. Cela prouve combien cette institution vise également à cibler
les activités rentables ; elle veut éviter le double financement avec les autres institutions de
microfinance de la place. L’octroi du crédit chez FAARF est subordonné à une série
d’étapes principales : prise de contact entre l’animatrice et la femme (ou les représentantes
des groupements villageois ou associations des femmes), avis de la coordinatrice, avis de
la responsable du service terrain, avis de la responsable du service crédits et formation et
avis de la directrice, puis financement ou rejet. Cette procédure, bien que prudente,
apparaît suffisamment longue à tel point qu’elle retarde le délai de traitement des dossiers
de demande de crédit du FAARF. En effet, lors de notre passage à cette institution nous
avons appris que certains dossiers prennent facilement plus de 3 mois pour se débloquer.
Ces longs délais peuvent compromettre la performance des activités des femmes, mais
aussi la rentabilité du FAARF. Cependant, il faut noter que certaines femmes sont aussi à
la base des effets négatifs de cette lenteur, surtout quand elles ne réalisent pas de prévisions
de leurs actions ou de leurs marchés à caractère saisonnier ou cyclique. Ce qui montre de
130
nouveau l’importance des formations sur la gestion et les prévisions que le FAARF intègre
dans ses activités.
Le système de remboursement du FAARF est à court terme (mensuel pour les crédits aux
groupements et hebdomadaire pour les prêts individuels), ce qui l'oblige à ne pas financer
la capitalisation ou les investissements à moyen et long terme des activités de ses
bénéficiaires. Il s’agira essentiellement des activités de commerce (plus de 65% du total
des crédits) et de transformation (préparation de la nourriture et de la bière par exemple)
qui sont financées. Toute femme exerçant une activité rémunératrice de revenu peut
demander un crédit au FAARF à condition que :
- son activité soit jugée rentable dans la procédure d’appréciation
131
Dans les groupements, les femmes ont des activités communes telles que la fabrication
artisanale (vivres, objets, etc.), la culture et l’élevage. Mais à côté de ces activités
communes, toutes les femmes exercent des activités individuelles qui peuvent être soit du
même type que les activités communautaires, soit autres comme le commerce. Les
144
C’est le cas par exemple du groupement BENKADI (c’est-à-dire en français Entente), de l’Association
SOMAOULE ou de l’Association BONSE-WENDE dans la province de HOUET (dont la capitale est Bobo
Dioulasso) que nous avons visités en 2000.
145
Notre calcul basé sur le montant total des crédits accordés et le nombre de bénéficiaires, depuis la
création du FAARF jusqu’à fin 1999.
132
groupements sont donc utilisés comme une stratégie d’accès au crédit du FAARF par les
femmes, et non pas comme un moyen de développement des activités de ces groupements,
d'autant plus que les femmes se font concurrence. Il est alors difficile de pouvoir compter
sur la maximisation du capital social de ces femmes dans le cadre des groupements (dans
le sens de R. PUTNAM146) quand ces femmes sont en pleine concurrence. Par ailleurs, le
nombre élevé des femmes membres des groupements et le montant relativement faible
accordé par le FAARF à titre de crédit au groupement compliquent la répartition du crédit
entre les membres de ce groupement. Certains membres des groupements n’ont pas pu
avoir une part sur le montant de crédit accordé à leur groupement, d’autant plus que la
répartition équitable du crédit allait faire apparaître des montants insignifiants. Dans ce cas,
les femmes ont décidé de donner priorité à quelques unes d’entre elles. Mais cela ne cesse
de créer des problèmes notamment dans la désignation de celles qui doivent bénéficier du
montant octroyé. Le choix des femmes qui doivent bénéficier du crédit n’est évidemment
pas facile, sachant que la majorité des femmes souhaite figurer sur la liste du premier prêt.
Nous pensons que l'absence de flexibilité en faveur des femmes individuelles en milieu
rural risque de freiner des initiatives rurales d’activités génératrices de revenu. Il est aussi
important de noter que l'exigence d'être en groupe solidaire (cas du milieu urbain) ou en
groupement (cas du village) est aussi une façon pour le FAARF de minimiser le risque de
non remboursement et des coûts éventuels y afférents (poursuites, missions de
recouvrement, etc.). Cette exigence qui est dans le même ordre que celle de la PRODIA
pour les avals est en soi minimisation des coûts147.
Pour tout crédit octroyé, il est constitué un fonds de garantie équivalant à 10% du montant
emprunté. Dans sa politique de crédit, le FAARF mentionne qu’à l'apurement du crédit, les
clientes peuvent soit récupérer les sommes constituées en garantie soit les maintenir au
FAARF sous forme d'épargne. Dans la réalité, les 10% ne peuvent être donnés à la cliente
directement à l'apurement des dettes que si elle ne va plus solliciter de crédit. Mais quand
la cliente a l'intention de solliciter un autre crédit, sa part dans le fonds de garantie reste et
ne pourra alors être retirée qu'après 3 ans. Cela sous-entend que toute personne ayant un
deuxième ou un troisième crédit chez le FAARF a d’office une épargne dans cette
institution constituée par le fonds de garantie.
146
PUTNAM R., [Link].
147
G. CHARREAUX, [Link]
BOUTILLIER M. et S. DERANGERE, [Link].
133
Nous avons constaté également que le FAARF est attentif en ce qui concerne le
financement des activités des femmes entrepreneurs du secteur PME. Dans ses rapports et
autres documents, le FAARF déclare être à la disposition des femmes défavorisées tant du
milieu rural que du milieu urbain. Les conditions d’octroi du crédit aux petites et
moyennes entreprises du milieu urbain sont déterminées au cas par cas148. Dans le cadre de
la politique de lutte contre la pauvreté et notamment par l’accès des populations pauvres
aux services financiers, l’Etat a demandé au FAARF d’expérimenter une autre catégorie de
bénéficiaires : celle des femmes dites démunies par le truchement d’une ligne de crédit
FAARF/DPASF (Direction Provinciale de l’Action Sociale et de la Famille).
Naturellement, les concepts de femme démunie, femme défavorisée, etc. portent souvent à
confusion. Dans son étude d’impact de la ligne de crédit aux femmes démunies,
KOLOGO149 écrit ceci : « D'après la définition donnée par les directions de l'action
sociale, le terme "femmes démunies" fait appel à la notion de "femmes pauvres" ou
"femmes nécessiteuses" et se définit comme étant l'état de celles qui ne peuvent pas
satisfaire à leurs besoins vitaux d'alimentation (assurer un minimum de deux repas par
jour), de logement (les femmes qui sont sans abri ou sans domicile fixe et peuvent être
expulsées, à tout moment, d'une maison), de s'habiller (le strict minimum pour se protéger
des intempéries et soigner son paraître), d'éducation et d'accès aux soins de santé. En
somme ce sont des femmes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté soit moins de 50 000
FCFA de revenu par an selon les données du Programme des Nations Unies sur le seuil de
pauvreté au Burkina Faso ». D’après l’auteur, deux causes essentielles peuvent mener à
une telle situation :
« - les causes sociales : socialement les femmes démunies sont les veuves sans assistance,
les ménages à faibles taux d'actifs et comprenant beaucoup de personnes âgées et des
enfants, les chômeurs urbains et les femmes polygames dans certains cas.
- les causes économiques : économiquement parlant, les femmes démunies sont toutes les
femmes qui vivent dans les chefs-lieux de province et qui n'exercent aucune activité
lucrative à proprement parler. Ce sont des exclues qui, pour survivre, exercent très
souvent les métiers de domestiques, ou rassemblent le sable qu'elles revendent aux
entrepreneurs en bâtiment».
148
Cette mention est tirée du dépliant du FAARF. Ce qui signifie que le FAARF se donne la possibilité
d’exiger d’autres garanties aux PME des femmes urbaines.
149
KOLOGO B., L'impact des crédits consentis aux Directions Provinciales de l'Action Sociale et de la
Famille sous forme de ligne de crédit en faveur des femmes démunies, Ouagadougou, avril 1997.
134
Ces crédits aux femmes démunies ont été octroyés dans le but de soulager les femmes
vivant dans des conditions sociales difficiles : les veuves, les femmes dont l’époux a perdu
son emploi, les femmes sous assistance sociale, les divorcées, etc. Cependant, tenant
compte du fait que le FAARF est une des initiatives lancées sous l'égide du Chef de l'Etat,
certaines femmes pensent que l'argent prêté par cette institution ne devrait pas être
remboursé car il serait une aide de l'Etat aux femmes. Cette situation n'est pas facile à gérer
par le FAARF, et complique les opérations de recouvrement de certains prêts. Même si au
départ la problématique d’accès difficile aux crédits classiques des banques commerciales
est presque la même pour toutes les femmes, qu’elles soient villageoises ou urbaines,
qu’elles proviennent des groupements villageois ou des groupes solidaires urbains, qu’elles
mènent de petites activités de subsistance ou de survie ou soient gérantes de PME, certains
discours continuent d’attribuer le fonctionnement du FAARF à une volonté politique
préférant accorder des facilités à un électorat du parti présidentiel. L’une des hypothèses
explicatives de cette situation peut notamment provenir de cette difficulté pour le FAARF
de désigner exactement qui sont oui ou non les personnes éligibles à ses crédits, alors que
le texte de sa création est clair : l’institution s’engage à financer les activités génératrices
de revenus des femmes (sans préciser le type de femme dont il s’agit; d’où par déduction il
s’agit de toutes les femmes exerçant des activités génératrices de revenus).
Tableau 8 : Évolution des montants des crédits accordés par le FAARF de 1991 à 1999
Année Montant en FCFA Augmentation (par rapport année précédente)
1991 3.900.000 -
1992 4.800.000 23,07%
1993 5.108.000 6,42%
1994 27.386.000 436,14%
1995 253.706.000 826,41%
1996 717.308.000 182,73%
1997 [Link] 79,02%
1998 [Link] 40,03%
1999 [Link] -15,53%
Source : in MURENGEZI (2000) - Données tirées des statistiques du FAARF
135
Ce tableau nous montre que le FAARF a connu une évolution très rapide des montants
accordés à sa clientèle. Nous avons constaté que cette évolution dépend à la fois des effets
de l’augmentation des participations de l’Etat et des autres bailleurs de fonds dans
l’enveloppe destinée aux crédits. En effet, le FAARF a reçu de la part du gouvernement
(trésor public) : 200.000.000 FCFA à la création, 330.000.000 FCFA ensuite, 500.000.000
FCFA en 1994, 500.000.000 FCFA en 1998 reçus du trésor public à titre de prêt au taux de
6,5%. Ces montants s’ajoutent à la prise en charge des salaires de 6 agents (actuellement),
des frais de téléphone et fax, à la mise à disposition des bureaux de travail ainsi que
d’autres avantages liés à ce que le FAARF figure parmi les actions soutenues dans le cadre
de 6 engagements nationaux150. Le FAARF a également reçu du PNUD un montant de
1.000.000 de dollars dès 1994 ; celui-ci a vu son équivalent doublé en FCFA à cause de la
dévaluation de 1994; ce qui a donc permis au FAARF d’augmenter son portefeuille de
crédits. En 1998, le FAARF a bénéficié d’un fonds total de 435.000.000 FCFA de la part
de la coopération chinoise. D’autres promesses ont été faites par la Chine pour la
continuation de ses appuis au gouvernement burkinabè et au FAARF. Enfin, l’évolution
des crédits octroyés est allée de pair avec une augmentation de l’effectif du personnel de
terrain. Les appuis au FAARF ont entraîné l’engagement de nouvelles animatrices tant
pour les activités de sensibilisation que pour les activités d’octroi de crédit.
Cependant, on constate que la progression du montant de crédit a chuté à partir de 1996
jusqu'à atteindre même un niveau négatif de -15,53% en 1999. L'explication à cela est que,
dans cette période, le FAARF mettait plus l'accent sur la récupération des crédits déjà
octroyés que sur l'octroi de crédits additionnels afin d'améliorer sa performance en matière
de recouvrement.
150
PRESIDENCE DU FASO, [Link]., pp.81-87.
136
Le nombre de clients renvoie au nombre de dossiers traités. Quant aux bénéficiaires, ils
représentent ici le nombre total des femmes individuelles qui ont reçu le crédit
indépendamment de leur appartenance de départ : individuel, groupe solidaire ou
groupement villageois. La moyenne par bénéficiaire est de 27.568 FCFA.
Pour le recouvrement, les animatrices se font aider par les présidentes, les secrétaires et les
trésorières des groupements villageois dans la récupération des crédits et des intérêts
auprès des membres de ces groupements. Au niveau des villages, certaines animatrices
s’appuient aussi sur les responsables des directions régionales de l’agriculture dans leur
sensibilisation pour les crédits et leurs remboursements151. Pour ce qui est du milieu
151
Les animatrices dans la province de Houet nous ont fait part en 2000 de l’importance de leur collaboration
avec les responsables coutumiers du village. Le chef du village, qui a été souvent sollicité par les animatrices,
est aussi un élément important pour la bonne marche des groupements de son ressort et du respect des
137
urbain, le recouvrement auprès des femmes qui ont des activités individuelles et qui se
mettent ensemble dans les groupes solidaires est plus compliqué qu’en milieu rural. En
effet, étant donné que le contrôle social au sein des groupements villageois est de loin
supérieur au contrôle social dans les groupes solidaires, il n’est pas facile de jouer sur la
confiance et la pression sociale de ces groupes solidaires en milieu urbain. Il faut
remarquer aussi que quand une femme membre du groupe solidaire ne rembourse pas, les
autres femmes ne sont pas contraintes de rembourser la part de leurs collègues.
Simplement, le FAARF prend la décision de ne plus octroyer aux membres de ce groupe
solidaire un autre crédit. C’est la même sanction qui est applicable aux groupements
villageois dont un ou plusieurs de leurs membres n’ont pas pu rembourser. Ainsi, le
manque de pression sociale en ville comme c’est le cas en au village ne facilite pas la tâche
de recouvrement. Contrairement au RCP-BB et à la PRODIA, le FAARF, dispense des
formations systématiques à ses animatrices et aux membres des groupements de femmes en
plus du crédit.
engagements qu’ils ont vis-à-vis de certaines organisations de développement dont FAARF fait partie. Ainsi,
le recouvrement auprès des groupements villageois ne pose généralement pas de problèmes.
138
de formation pour les femmes provenant des groupements : la gestion des ressources
humaines et sa programmation, le marketing, le financement et la gestion financière du
moulin. Chaque module est également animé par une équipe de quatre personnes : un
formateur expérimenté en matière du module, une animatrice qui a une expérience solide
en matière du module et deux femmes leaders ayant reçu une formation.
Ces formations étaient suspendues lors de notre arrivée au FAARF en 2001. La raison de
cet arrêt, d’après les responsables du FAARF, est que le PNUD qui les prenait en charge
avait suspendu ses appuis sous prétexte que les impacts n’étaient pas suffisants et
qu’aucune évolution n’était réalisée quant au statut juridique du FAARF. En effet, certains
bailleurs de fonds et partenaires locaux du FAARF souhaitent que ce dernier puisse
prendre un statut juridique clair qui le sépare de l’administration publique. Pour ces
partenaires, le fait que le FAARF a une autonomie de gestion n’est pas suffisant.
Cependant, une mission d’évaluation de l’impact des différentes formations, engagée par le
PNUD, a donné des résultats attrayants. En effet, selon les évaluateurs, les différentes
formations ont permis aux femmes de maîtriser leurs activités et d’être ouvertes à la
dynamique de la microfinance. Les négociations entre les responsables du FAARF et du
PNUD pourraient aboutir à la continuation de ces formations qui, selon les évaluateurs, ont
été très productives et restent nécessaires pour les clientes du FAARF.
152
MONSENGWO PASINYA L., Ethical signposts for a new world economic order, in PAPINI Roberto et
al., Living in the Global Society, Suffolk - Great Britain, 1997, pp. 238-245.
153
SAWADOGO K. 1997, La pauvreté au Burkina Faso: une analyse critique des politiques et des stratégies
d’intervention locales, (Document de travail ECDPM numéro 51), Maastricht: ECDPM.
154
TURNHAM D. et al.(sous la dir.), Nouvelles approches du secteur informel, Paris, OCDE, 1990, 271 p.
139
ZANDER155. Tous ces auteurs trouvent que, quand on accompagne le crédit par des
formations et d’autres appuis de renforcement des capacités de l’entrepreneur, il y a
beaucoup plus de probabilité d’obtenir des changements positifs dans les conditions socio-
économiques de ces entrepreneurs. Le FAARF tient, dans ses objectifs, à développer des
formations dans les domaines directs ou proches de l’entreprenariat. Cinq types de
formations sont organisés afin de valoriser les compétences de la femme entrepreneur et de
les développer (la gestion des ressources humaines et la programmation, le marketing, le
financement, la gestion du moulin et l'autofinancement).
a) Gestion des ressources humaines et programmation
Ce module s’étale sur 8 séances de 32 heures au moins et a pour objectifs spécifiques de
permettre aux femmes formées d'améliorer l'organisation de leur groupement, d'identifier
et analyser les problèmes liés à la gestion de leur groupement, d'identifier et utiliser les
outils d'une gestion efficace des ressources humaines de leur groupement et d'établir un
calendrier d'exécution des activités de leur groupement. Il est composé des six thèmes
suivants : la création d'un groupement, le règlement intérieur d'un groupement,
l’organisation et le fonctionnement d'un groupement, le certificat d'agrément d'un
groupement, l'organisation et la conduite d'une réunion de groupement et la programmation
des activités d'un groupement.
b) Marketing
Le module marketing aussi appelé "s'organiser pour mieux vendre" est destiné aux
membres féminins des groupements villageois (GVF) ainsi qu’aux femmes qui exercent
une activité individuelle de commerce. Il vise le renforcement des capacités des femmes en
matière de commercialisation de leurs produits. A la fin de la session, les participantes
doivent être capables : d'identifier leurs marchés et de choisir un produit pour mieux
vendre. Le module est constitué de trois thèmes principaux : le marché (identification du
marché, le point de vente), la connaissance du marché (étude du marché, la clientèle, les
concurrents, les prix) et le choix du produit (choix du produit à vendre, la qualité du
produit, la promotion du produit). Pour ces formations de marketing, 4 types de marché
sont visés et le module détaille les avantages et inconvénients de chaque type.
155
ZANDER R., Integrating the Poor into the Rural Financial Mainstream: Issues and Options, in
SCHNEIDER H., Microfinance for the poor ?, Development Center Seminars, IFAD/OECD, Paris, 1997, pp.
43-45.
140
156
Le dolo est la bière locale extraite d’une fermentation d’un mélange d’eau et de mil.
141
capables, à la fin de la session de formation, d’établir une liste des différentes sources de
mobilisation de l'argent, d’expliquer l'importance de réaliser des activités à partir de leurs
fonds propres, de pouvoir citer les éléments du dossier de requête pour l'obtention de fonds
externes et d’organiser et suivre la gestion de fonds externes reçus. Quatre thèmes sont
choisis pour huit séances : l'argent pour réaliser nos activités, nos fonds propres et notre
épargne, nos fonds externes, gestion de nos fonds en plus de la synthèse et de l’évaluation.
d) Gestion financière du Moulin
Le FAARF a déjà financé l’achat des moulins communs pour les femmes. La gestion du
moulin a déjà fait l’objet de quelques formations sur son utilisation, son amortissement, ses
entrées et dépenses, l’utilisation de ses revenus nets, etc.
e) L’autofinancement
D’autres formations ont été organisées en vue de réfléchir non seulement sur l’utilisation
du crédit et son importance mais aussi sur d’autres possibilités de financements. C’est dans
ce même cadre que les participants ont eu à décrire d’abord les avantages et inconvénients
de chaque type de financement afin de les amener à percevoir que le crédit n’est pas la
seule source de financement de leurs activités.
Les participants ont donc identifié les sources suivantes d’autofinancement (avec leurs
avantages et inconvénients) : les cotisations, les pratiques de champs collectifs, les
prestations de services, l’institution de la tontine, les valeurs disponibles de la caisse
commune du groupement ou de l’association et les bénéfices d’une activité donnée. Le
tableau suivant est constitué à partir des résultats de ces travaux.
142
Tableau 11: Formation du FAARF sur les avantages et inconvénients des sources
d’autofinancement
Source Avantages Inconvénients Difficultés
Cotisation Disponibilité rapide des Faiblesse des montants retard dans les
moyens, constitution cotisations, respect
d'un fonds propre pour difficile de la
permettre une périodicité
participation du GVF à
un crédit
Champs collectifs Permet de financer Faiblesse des ressources Insuffisance des pluies,
d'autres activités, financières manque de terres,
augmenter la solvabilité manque d'équipements
du groupe, renforcer agricoles
l'esprit de solidarité
manière avec laquelle elles peuvent développer leurs activités tant en s’organisant, en
cherchant des marchés qu’en développant d’autres sources de financements alternatifs via
l’autofinancement. Cependant, il apparaît que ces formations encouragent tout ce qui est
tourné vers le profit (inconvénient nul) et découragent tout ce qui est pratique « non-
marché » (tontines, champs collectifs). Ainsi, ces formations n’intègrent pas les divers
moyens issus des pratiques populaires.
Ainsi, aux tarifs relativement inférieurs aux tarifs officiels des centres médicaux et centres
de santé fixés par les communautés, la mutualiste ou son enfant en situation de demande de
soins de santé (munie de son cahier de consultation et d’une autorisation de consultation)
peut recevoir les soins et les médicaments sous une procédure très souple et moins
coûteuse. La même convention établit toutes les formalités de consultation, de
remboursement et de disponibilité des médicaments. Les droits et obligations de chaque
partie sont réunis dans cette convention. Les engagements du centre médical se résument
dans la fourniture des soins de santé de qualité, d’une manière régulière et rationnelle. La
mutuelle est tenue quant à elle de tenir informées ses adhérentes, de tenir un cahier de
consultation en bonne et due forme et d’honorer ses engagements financiers, notamment
dans le remboursement des frais facturés par le Centre de santé. Le FAARF qui est à la
base de l’initiative de pareilles conventions s’engage quant à lui à mettre en place un fonds
suffisant permettant en dernier ressort de couvrir le risque de non règlement intégral par la
144
l’accroissement des
capitaux propres
Projet d’avenir Efficacité Efficacité Efficacité
organisationnelle, statut organisationnelle et organisationnelle,
juridique, asseoir les comptable, extension à coordination à
antennes afin de servir Ouagadougou et à Bobo renforcer,
plus, développement Dioulasso, Suivi développement des
des PME et des efficace caisses villageoises,
mutuelles de santé, moderniser ses outils
Efficacité du suivi (équipements et autres)
au niveau des unions et
fédérations
Source : in MURENGEZI (2000) sur base des données récoltées.
Par leurs années d’expérience, les trois institutions représentent globalement l’image de la
microfinance au Burkina Faso. En effet, elles sont très anciennes (le FAARF a plus de 15
ans, la PRODIA totalise déjà 29 ans et le RCP-B a 33 ans de fonctionnement). De plus les
activités de ces institutions sont dans une logique de fonctionnement ville-campagne, à
l’exception de PRODIA. Nous constatons aussi que, d’après les textes régissant le
fonctionnement de ces SFD, la gestion de ces institutions est basée sur les valeurs
démocratiques autour d’un consensus entre différentes personnes impliquées dans des
instances variées comme le comité de gestion pour le FAARF et l’Assemblée générale et le
conseil d’administration pour le PRODIA et les Caisses Populaires. Nous constatons
également que la responsabilité de lutte contre la pauvreté n’est pas seulement attribuée à
certains acteurs. Il y a donc une mobilisation de plusieurs acteurs notamment au travers de
la microfinance qui est utilisée comme un des moyens de lutter contre la pauvreté. Ainsi,
l’Etat, la classe moyenne et la classe populaire sont à la base des initiatives en cette matière
(ici l’Etat est à la base de l’initiative de la création du FAARF, l’ONG PRODIA quant à
elle a été créée à l’initiative d’un groupe de membres dont deux hauts fonctionnaires du
domaine bancaire et les caisses populaires sont des dynamiques purement coopératives à
l’initiative des individus généralement issus de la classe populaire).
147
Comme nous le constatons sur ce tableau, nous n’avons pas pu disposer d’une base
statistique disponible pour servir à calculer le crédit moyen pour les CP. En effet, nous
avons constaté que les CP, souvent par l’entremise de leurs Unions, accordent des crédits à
des personnes morales, ce qui a compliqué par après notre tentative de calcul, alors que
nous avions au départ conçu cet indicateur en terme de personnes physiques financées
comme bénéficiaires. Nous devons aussi signaler que cet indicateur pour les CP n’allait pas
nous aider beaucoup dans la comparaison, d’autant plus que les besoins financés par les CP
sont très variés (investissement, consommation, activités génératrices de revenu) alors que
148
Nous constatons par ailleurs qu’à l’exception des caisses populaires qui font appel aux
épargnes récoltées pour faire du crédit à leurs clients (sauf le cas des caisses villageoises
qui utilisent principalement l’épargne venant des CP urbaines pour les crédits aux
villageois), le FAARF et le PRODIA dépendent essentiellement des dons et subventions
extérieurs. Les taux d’intérêt de ces mêmes institutions sont relativement faibles. Elles
justifient cela par rapport à la nature des clients et activités concernées (petites activités à
l’échelle locale). Cependant, il apparaît que l’insuffisance de l’autonomie financière du
FAARF et de PRODIA peut être comblée par une augmentation du taux d’intérêt,
notamment pour les activités commerciales. C’est ainsi par exemple qu’après quelques
années d’hésitation, la PRODIA a progressivement changé son taux d’intérêt constant en le
passant de 12% (en vigueur à partir de 2002) à 18% (en 2004), ce qui est parfaitement
supérieur à son ancien taux d’intérêt de 17% dégressif avant 2002 (qui lui était estimé à
moins de 9% constant). Les faibles niveaux de prêts individuels moyens et la courte durée
de remboursement de ces institutions prouvent bien qu’elles financent généralement des
activités d’un cycle de production très court et d’une taille relativement petite.
Le crédit moyen de PRODIA par client sur la période 1996-1999 est de 311.898 FCFA. Ce
montant est largement supérieur à celui du FAARF qui est égal à 27.568 FCFA. Ceci est
justifié d’abord par le type de clientèle. En effet, bien que PRODIA finance aussi les
activités de femmes, le FAARF lui ne s’adresse qu’exclusivement aux femmes. Or, ces
femmes ont peur de prendre beaucoup de risques et empruntent des montants relativement
faibles. Un autre élément explicatif est que dans la ville, les activités génératrices de
revenus sont relativement plus importantes que dans le milieu rural ; or PRODIA n’est
active que dans la Capitale et sa périphérie où les activités d’artisanat et de services sont
généralement plus importantes qu’en milieu rural. Le FAARF, bien qu’ayant des clients
dans les villes, a cependant beaucoup plus de clientes dans les zones rurales plus reculées.
Le troisième élément qui peut justifier ce grand écart entre les montants moyens de crédit
chez FAARF et PRODIA est que cette dernière s’adresse aux activités en cours et d’une
certaine rentabilité alors que le FAARF a le mandat de susciter l’entreprenariat chez les
femmes tout en octroyant à ce titre des crédits à celles qui n’ont pas suffisamment
149
d’expériences dans leurs activités ou celles qui veulent démarrer une petite activité, pourvu
qu’elles manifestent leur besoin et leur volonté de se prendre en charge.
En matière de politique de recouvrement, nous avons noté une similitude entre les trois
SFD. En effet, tout prêt en souffrance fait l'objet d'actions de recouvrement très strictes
avec des pénalités de retard. En cas de non remboursement ou de mauvaise foi, l’institution
concernée peut faire appel à l’intervention même de la police pour persuader la personne
endettée de rembourser.
157
Voir chapitre 2, notamment le point 2.2. sur la théorie de l’agence.
158
STIGLITZ J. and A. WEISS, « Credit Rationing in Markets with Imperfect Information », American
Economic Review, June, vol. 71 n°3, (1981), pp. 351-366.
150
Les données de ce tableau confirment que les CP sont les seules à pouvoir faire du crédit
en matière d’immobilier et de consommation. Le FAARF et le PRODIA ne donnent des
crédits que dans le but de soutenir des activités génératrices de revenus dont le commerce
occupe pour la plupart des cas plus de 60% des crédits octroyés. Les mutuelles de santé
sont uniquement du domaine d'activités du FAARF. PRODIA se positionne davantage
dans le soutien à l’entreprenariat et à la PME. Cela se justifie même par son niveau de
crédit individuel moyen qui est de loin supérieur à celui du FAARF. Pour ce faire,
PRODIA est moins active dans le soutien aux groupements et associations, même si
quelques cas figurent à l’actif de ses réalisations. En conclusion, ces 3 SFD, dans leur
soutien aux activités génératrices de revenu, privilégient les crédits aux personnes capables
de générer des revenus afin d’éviter les risques de non remboursement. Ceci nous rappelle
le regard du principal sur l’agent dans l’utilisation du crédit octroyé dans le cadre des
objectifs du premier (récupérer les fonds octroyés en crédit avec les intérêts dus par les
agents).
151
Nous remarquons par ailleurs que certaines associations et certains groupes solidaires se
fondent sur base des réseaux sociaux existants (les tontines, les groupes d’intérêts
communs, etc.). A ce titre, ces organisations qui ont une histoire lointaine utilisent
intelligemment (S. SOULEYMANE, 2001)159, les moyens financiers apportés par les SFD,
notamment en les introduisant dans leurs mécanismes et stratégies de reproduction sociale.
159
SOULAMA S. et J.B. ZETT, Economie des organisations coopératives et de type coopératif, CEDRES –
Université de Ouagadougou, 2001, 234p. Voir notamment comment les coopératives, tout en préservant leur
éthique fondée sur l’honnêteté, la transparence, la responsabilité sociale et l’altruisme, concluent des accords
avec d’autres organisations (privées ou publiques) ou recherchent des fonds à partir des ressources
extérieures mais en maintenant leur indépendance (pp70-71).
152
C’est le cas par exemple de certains groupements spontanés dans la province du Houet,
mis en place dans l’intérêt de recevoir les financements du FAARF. En effet, afin de
multiplier leur chance de crédit, les femmes membres de tontines différentes se concertent
et mettent sur pied un groupement remplissant les critères nécessaires pour l’obtention du
crédit. Après avoir partagé le crédit reçu (sur base des critères établis ensemble dans le
groupement), ces femmes vont réaliser chacune ses propres activités génératrices de
revenu.
De plus, on a constaté qu’elles s’organisent pour se retrouver dans leurs tontines de départ
où elles cotisent un peu plus afin de poursuivre les objectifs de départ de ces tontines
comme par exemple l’exploitation d’une superficie plus grande d’un champ
communautaire. Ainsi, la tontine prend de l’ampleur grâce au crédit obtenu à cause de
l’appartenance au groupement. C’est là donc que réside la force des acteurs populaires : la
capacité de multiplier les logiques et de contourner un système en faisant fructifier un autre
(ici, faire profiter leurs tontines des bénéfices des groupements). En effet, ils conservent les
principes de leur existence (le dynamisme, l’ancrage dans le social et la multiplication des
réseaux sociaux, etc.) et en même temps développent des mécanismes modernes pour
alimenter les stratégies en matière de satisfaction de leurs besoins tant au niveau de la
famille que du groupe160. Dans cette province, on peut logiquement parler d’un
développement complexe de « la société de la tontine ». Car presque toute la vie sociale,
économique et culturelle est basée sur la tontine. Et presque tout se joue dans la tontine y
compris le jeu des acteurs impliqués (les villageois, les responsables locaux, les ONG, les
bailleurs de fonds, les ministères, etc.).
Nous constatons, à partir des données socio-économiques des trois SFD, qu’ils sont
différents même s’ils opèrent dans un environnement qui est généralement similaire. En
effet, les objectifs de ces institutions sont variés et leur création vient d’individus avec des
motivations différentes. Toutes ces différences peuvent être interprétées dans le cadre des
160
PEEMANS J.P., [Link].
153
Dans ce rapport de coopération et de domination entre les acteurs, l’équilibre est toujours
recherché tant en matière d’orientation stratégique de l’institution qu’en terme
d’appréciation de sa performance. Ainsi, ce qui apparaît comme un échec par un consultant
externe sera vu comme une étape importante vers le succès par un autre acteur
(bénéficiaire du crédit, promoteur du SFD, etc.). De ce fait, il est donc important de
relativiser les résultats de plusieurs études et évaluations faites sur ces institutions,
notamment celles qui ont utilisé les méthodes économiques et financières de l’évaluation
de la performance de ces SFD. Comme dit LAURENT165, le cœur même d’une
organisation réside dans l’analyse des stratégies de ses acteurs. Or, les stratégies de ces
SFD, sur base des considérations et du poids des autres acteurs en rapport de coopération
ou de dominance, constituent le moteur de compréhension des caractéristiques de leur
offre de crédit.
161
PEEMANS J.P., [Link].
162
DEBUYST F., Acteurs, stratégies et logiques d’actions, Document de travail, Louvain-la-Neuve, 1999,
25p.
163
PEEMANS J.P., [Link].
164
PRESIDENCE DU FASO, [Link]., p. 82. Nous citons « Le Fonds d’Appui aux Activités Rémunératrices
des Femmes (FAARF) et le Projet Karité sont deux instruments mis en place par les autorités afin de donner
aux femmes économiquement défavorisées les moyens de s’insérer dans le processus de développement
national ».
165
LAURENT P.J., Une association de développement en pays mossi, Le don comme ruse, Editions
KARTHALA, Paris, 1998.
154
Ces SFD offrent du crédit à un même type de bénéficiaires qui sont les personnes exclues
des services financiers classiques. Ce sont en fait des acteurs populaires (personnes sans
emploi ou qui sont des chômeurs après avoir perdu un emploi, petits artisans, petites
associations villageoises) qui, individuellement ou collectivement, initient des stratégies
pour contourner la crise dans laquelle ils vivent, afin de sécuriser leur reproduction
sociale166. Cependant, comme nous l’avons constaté, il faut signaler que ces acteurs sont
très différents en ce qui concerne l’utilisation et la gestion du crédit. Les trois SFD sont
clairement compétitives sur la ville de Ouagadougou et partagent non seulement le même
type de clients mais aussi les mêmes pratiques (techniques) ainsi que la même
réglementation. En terme de pratiques par exemple, les trois institutions conditionnent
l’octroi des crédits par l’exigence des garanties d’autres personnes qui doivent se porter
garantes pour le demandeur de crédit, soit individuellement (la PRODIA) ou soit
collectivement, en groupement ou en groupe solidaire (le FAARF et les CP). Ces
exigences répondent au souci de pallier les asymétries d’information et les risques
connexes (voir théorie de l’agence au point 2.2). En effet, ces SFD trouvent que l’analyse
de la rentabilité de l’activité ne suffit pas à garantir le remboursement. Ils préfèrent donc
minimiser le risque de non remboursement en diversifiant les types de garanties. Ainsi, les
garanties ci-dessus (être en groupement ou en groupe solidaire, avoir l’aval d’une autre
personne, etc.) sont autant importantes que le fait d’accepter le remboursement du principal
et des intérêts (par l’emprunteur) et de démontrer la rentabilité de l’activité financée. La
plupart de cas, la mobilisation de plusieurs acteurs de développement (coopération
bilatérale, ONG, etc.) qui apportent des appuis différents à ce secteur de la micro-
entreprise et de la PME (les fonds de garanties, les accords de suivi et d’encadrement du
projet après le crédit, les formations, etc.) contribue aussi à cette forme de garanties visant
à rassurer le prêteur (SFD). Ceci d’autant plus qu’il est difficile pour ces SFD de s’assurer
que les informations détenues sur l’emprunteur (micro-entrepreneur), avant et après
l’activité financée, soient correctes. Vérifier leur véracité entraînerait une augmentation des
coûts de transaction et donc un risque de ne pas financer l’activité concernée167.
166
PEEMANS J.P., op. cit.
167
Voir théorie de l’agence et asymétries d’information au point 2.2.
155
Ainsi, un groupe d’acteurs fort présent dans ces institutions est celui composé par les
coopérations extérieures. Pour le FAARF, il est important de noter le rôle que le PNUD169
et la coopération chinoise ont joué dans le financement de ses activités. Concernant la
PRODIA, nous avons vu que les ONG SOS Faim Belgique et SOS Faim Luxembourg ont
accompagné cette institution en finançant son portefeuille de crédit et son fonctionnement
pendant plusieurs années. Ainsi, à l’exception des CP qui ne dépendent pas des
financements de la coopération extérieure, les bailleurs de fonds extérieurs restent les
principaux piliers du fonctionnement de ces institutions. Il n’est donc pas impossible que
ces bailleurs de fonds par coopération ou par dominance interviennent dans l’orientation de
ces institutions. Ce qui de nouveau nous renvoie dans la problématique des jeux et des
conflits d’acteurs170. En effet, les stratégies des SFD sont différentes et dépendent
effectivement des acteurs en jeu. Ainsi par exemple, la stratégie de crédit au sein du RCP-
BB et de la PRODIA dépend principalement des membres, et cela selon le principe d’« un
homme, une voix » alors que celle du FAARF dépend de la vision du comité directeur de
ce fonds (même principe un homme et une voix) mais dans le cadre d’une orientation
générale donnée à ce fonds par le pouvoir public. Nous devons aussi signaler que les
rapports de coopération entre les acteurs actifs dans ces SFD (les bailleurs de fonds, les
membres, le pouvoir public, les agents de crédit, le personnel d’appui, etc.) influencent
aussi leurs mécanismes de fonctionnement. C’est ainsi que nous avons constaté par
exemple que certaines décisions prises en matière de politiques de crédit liées notamment
au changement de plafonds de crédit, de taux d’intérêt, de décentralisation, etc. de la
168
APIM – BF est agréée pour encadrer le cours de comptabilité des IMF par le CAPAF. Le CAPAF est une
initiative conjointe du Groupe consultatif d’assistance aux pauvres (CGAP) et du ministère des Affaires
étrangères français (MAE). Le programme CAPAF a été lancé en janvier 2000. Il est basé à Dakar (Sénégal)
et couvre 14 pays d’Afrique francophone et Haïti.
169
PNUD, Projet du Gouvernement du Burkina Faso, Projet BKF/94/001/B/01/31 Renforcement des
capacités du FAARF, dont l’agent gouvernemental d’exécution est le FAARF et l’agence d’exécution est le
Bureau des Nations Unies pour les Services d’Appui aux Projets (UNOPS), 1996, 51p.
156
PRODIA et du FAARF se basaient non seulement sur les besoins ou les réactions de la
clientèle, mais aussi sur la pression des bailleurs de fonds. Le jeu d’acteurs a donc été
dominant dans les actions et dynamiques de ces SFD.
Pour ce qui est des activités financées, nous constatons que ce sont généralement des
activités pour lesquelles les promoteurs (les acteurs populaires) ont une certaine expérience
afin de garantir les remboursements. Ces financements sont utilisés pour l’achat du
matériel (capital matériel) durable d’utilisation pour produire des biens et services ou pour
l’acquisition des matières premières ou les frais de fonctionnement de la micro-entreprise
ou la PME (les besoins en fonds de roulement).
Nous avons également constaté que l’activité de formation occupe une place privilégiée
dans le cas du FAARF. D’après les responsables du FAARF, ces activités de formation
permettent aux femmes bénéficiaires de devenir des interlocuteurs valables de cette
institution en ce sens qu’elles parviennent à savoir comment gérer leurs projets, trouver des
marchés et comment renforcer leur cohésion. D’après le FAARF, par ces formations, les
femmes comprennent aussi qu’elles ont un rôle important à jouer dans la société. Tout cela
renvoie au concept d’investissement en capital humain et en capital social que nous avons
rencontré dans la partie théorique. Et pour confirmer la thèse de COLEMAN171, qui
postule que le capital social joue un rôle important dans la création ou le renforcement du
capital humain, les pratiques de ces trois SFD exigent absolument des garanties morales
(personne garante, groupements villageois, groupes solidaires en milieu urbain). En
présentant les concepts de capital social et capital humain dans notre partie théorique, nous
avons trouvé que le capital social renvoie plus sur les réseaux sociaux et de relations
sociales tandis que le capital humain est l’ensemble des acquis et expériences intellectuels
ou manuels ou de type relationnel tout spécialement en dehors de sa famille ou de ses amis.
Le relationnel dans le capital humain est l’opposé des réseaux sociaux qui, eux, s’articulent
sur les liens de parenté ou d’affinité d’ordre amical. Les réseaux sociaux (capital social)
ainsi que les apports matériels et intellectuels sont aussi mobilisés par les clients de ces
institutions, notamment pour répondre aux exigences de garanties.
170
PEEMANS, [Link].
171
COLEMAN J., Op. cit.
157
Quoi qu’il en soit, la vision globale actuelle des SFD semble être la recherche d’un
équilibre entre la continuation des activités de crédit aux pauvres (micro-entrepreneurs,
PME et autres) et la recherche de la rentabilité leur permettant de couvrir leurs dépenses de
fonctionnement et de compter moins sur les subventions extérieures qui se font de plus en
plus rares. En effet, dans leurs politiques de coopération en microfinance, certains bailleurs
de fonds hésitent à donner des financements tant pour le fonctionnement que pour l’octroi
des crédits à certaines IMF parce qu’ils les considèrent comme devant travailler en
autonomie financière et sur les mêmes bases que les entreprises capitalistes. Ainsi, le débat
sur « le pour et le contre » des subventions en microfinance est totalement ouvert à tel
point que les bailleurs de fonds utilisant la subvention n’ont pas encore eu d’unanimité sur
cette question. De ce fait, la vision des SFD n’est pas exempte de tâtonnements et parfois
d’interventions contradictoires. Par exemple, quand d’un côté les Caisses villageoises et les
agents de crédit du FAARF savent que les femmes du milieu rural sont parfois dans
l’incapacité de démarrer des activités génératrices de revenu rentables, ils leur octroient
quand même des crédits pour tester le marché. Dans ces cas, quand l’activité ne parvient
pas à générer des revenus pour le remboursement des tranches du crédit, il n’y a que la
femme qui en assume les conséquences. D’autre part, le principe d’octroi des crédits sans
garantie est une forme de cooptation de ces femmes du milieu rural dans les logiques
modernes de marché et de crédits. Il est cependant important de ne pas globaliser, car il
existe plusieurs demandes de crédit qui se manifestent sans toutefois qu’il y ait une
quelconque provocation par les SFD.
Les garanties exigées par ces institutions nous rappellent également les éléments de la
théorie de l’agence tels que décrits par STIGLITZ & WEISS172 dans le fonctionnement du
marché du crédit. Il s’agit notamment de la présence des asymétries d’information. En
effet, bien que les SFD essaient de mobiliser leur facteur de proximité pour connaître
davantage les mobiles des demandeurs de crédit, ces derniers gardent toujours leurs raisons
de demande de crédit et cherchent à se conformer aux exigences déclarées des SFD. Par
ailleurs, ces SFD essaient aussi de mobiliser des garanties de la part des bénéficiaires de
leurs crédits afin de compenser ces asymétries d’information. Ces garanties, nous l’avons
dit, peuvent être morales, matérielles ou éventuellement mixtes.
172
STIGLITZ J.E. & WEISS A., « Credit Rationning in Markets with Imperfect Information », American
Economic Review, June, vol. 71 n°3, (1981) pp. 351-366.
158
6.1. Introduction
Après avoir décrit les activités et les différentes visions des SFD et avant d’entamer les
chapitres concernant spécifiquement les PME (clients des SFD par ailleurs) et les impacts
du crédit sur les PME et l’environnement global dans lequel les opérations de microfinance
se déroulent, nous abordons dans le présent chapitre une étude comparative sur la
performance de ces trois SFD. Cette analyse nous permettra de voir comment l’activité de
microfinance a des impacts sur la performance même du SFD concerné et comment ce
dernier doit assurer sa durabilité notamment en respectant certains ratios standards de type
économique et financier et des éléments de la performance sociale. Ainsi, ce chapitre est en
rapport avec nos hypothèses sur les impacts sur les SFD (ici en termes de revenu, social,
etc.) et nos considérations théoriques notamment celles sur la théorie de l’agence où le
principal a besoin de fructifier ses fonds en accordant les crédits aux personnes dont les
activités permettent le remboursement du capital et des intérêts. Ces intérêts permettant en
retour d’augmenter la rentabilité sociale et économique de ces SFD.
173
La « Gestion du Cycle de Projet » indique plusieurs critères d’évaluation du projet : la pertinence,
l’efficacité, l’efficience, la durabilité et l’impact. Dans l’analyse de chaque critère, la combinaison des
aspects économiques, sociaux, politiques, environnementaux, etc. est assurée. C’est ainsi que cette méthode
est appliquée d’une manière identique, tant dans l’appréciation des demandes de financement que dans
l’évaluation des projets, en passant par les missions de monitoring.
159
tout en y ajoutant des indicateurs financiers en termes de ratios qui font quant à eux une
certaine forme d’unanimité chez les financiers174. En conséquence, pour les tenants de cette
vision, si l’institution de microfinance s’est fixé comme objectif l’octroi du crédit à un
groupe déterminé de gens, il faut qu’à la fin de la période de référence, les objectifs
spécifiques du projet soient atteints (efficacité) et que le coût moyen par résultat soit
raisonnable (efficience). L’évaluation des performances de l’institution de microfinance
comporte donc une analyse par comparaison entre les objectifs et les résultats et une
appréciation de l’efficacité et de l’efficience du projet.
La durabilité financière d’une IMF (élément important pour les financiers en matière d de
performance de l'IMF) préconise que cette dernière puisse couvrir tous ses coûts de
174
Voir NSABIMANA, op. cit., INTER-AMERICAN DEVELOPMENT BANK, [Link]., etc.
175
Le CGAP (Consultative Group to Assist the Poor) est une institution composée par 19 grands bailleurs de
fonds comme la Banque Mondiale et l’Union Européenne et dont le mandat est de trouver des mécanismes
adéquats de développement de la microfinance. Le CGAP fait donc des recherches sur les bonnes pratiques
en matière de microfinance et donne des conseils spécifiques en la matière à ses membres. Le CGAP a
entrepris en faveur de ces membres des évaluations de pairs (peer review) afin de connaître la politique et les
aspects stratégiques mis en œuvre par les bailleurs de fonds pour le développement de la microfinance.
176
CGAP, Cadre d’évaluation des institutions de microfinance, octobre 1998.
160
transaction par ses recettes. Les coûts de transactions étant entendus ici comme étant
l’ensemble des coûts financiers que l’IMF est appelée à payer à titre de charges et intérêts
sur les emprunts contractés, les crédits non recouvrables, les frais de fonctionnement et les
impôts payés. Les recettes nettes étant définies comme étant les recettes en intérêt et frais
sur les crédits octroyés par l’IMF et d’autres recettes professionnelles sans inclusion des
subventions reçues. La durabilité de l’IMF pourra être évaluée en utilisant aussi les
indicateurs objectivement vérifiables comme le taux d’intérêt que l’IMF exigera sur ses
crédits octroyés, l’efficacité administrative, la productivité de ses agents, la qualité du
portefeuille de crédits, le degré de dépendance aux subventions extérieures, etc. Comme
c’est le cas pour les indicateurs utilisés pour évaluer l’étendue de l’activité de l’IMF, les
indicateurs de durabilité renvoient aussi à la fois à des critères statistiques et à une
interprétation en terme de performance à dominance économique et financière.
177
Certains travaux ont été faits par CGAP pour démontrer cette variété d'analyse mais aussi des étudiants
différents y ont consacrés des analyses comparatives.
178
CGAP, [Link]., A. NSABIMANA, [Link]., INTER-AMERICAN DEVELOPMENT BANK, [Link] ainsi
que sur les sites internet variées de Planet Finance, CGAP, etc.
179
Planet Rating est une agence de notation des IMF créée à Paris en 1999 comme département de l’ONG
française de développement « PlaNet Finance » active dans le secteur de la microfinance partout au monde.
161
Par ailleurs, la Commission européenne184 (CE) utilise dorénavant une batterie des ratios
suivants qu'elle recommande aussi aux bénéficiaires de ses appuis en matière de
microfinance (fonds de crédit et renforcement des capacités) afin d'évaluer la performance
pour les "institutions financières de détail185":
- Etendue du travail sur terrain : nombre de clients ou de comptes actifs
- Profondeur du travail sur terrain : solde restant moyen par client ou par compte
180
WOCCU en anglais signifie World Council of Credit Unions.
181
MicroRate est une agence d’évaluation des IMF créée en 1996 avec l’appui de la Coopération Suisse afin
d’analyser la fiabilité des IMF.
182
NSABIMANA A., [Link].
183
BCEAO, Projet d’appui à l’Application de la Réglementation sur les Mutuelles d’Epargne et de Crédit,
Instructions relatives aux normes d’établissement des états financiers et de détermination des ratios
prudentiels applicables aux systèmes financiers décentralisés, Mars 1998, pp. 47-51.
184
COMMISSION EUROPEENNE - Direction Générale EuropeAid Office de coopération, Appel à
propositions, Acteurs non étatiques et autorités locales en développement, Bruxelles, décembre 2007.
185
La traduction d'institutions financières de détail est faite par la CE en ce qu'elle appelle en anglais "retail
financial institutions" et n'a d'autre signification qu'une institution de microfinance ordinaire qui fait tout au
moins du crédit.
162
On voit très bien que toutes ces méthodes d’évaluation utilisent des critères parfois
différents de types qualitatif et quantitatif. La cohérence entre elles n’est pas encore
atteinte et chacun interprète les résultats obtenus suivant sa méthode, ses objectifs et ses
attentes. Cependant, il est plus en plus constaté que l’appréciation de la performance de
l’IMF se base principalement sur la récolte des données (surtout) chiffrées. Ces données
sont analysées à la lumière des indicateurs fixés et souvent dans une perspective financière
cohérente. Ainsi, à l’opposé de l’étude d’impact on dirait quand même qu’il y a une
certaine cohérence pour l’appréciation économique et financière. Par les analyses
186
CONGO Y., [Link]
163
financières, l’évaluateur examine d’abord si l’IMF est en train de satisfaire les besoins des
populations cibles, ensuite si elle est rentable (c'est-à-dire si elle est capable de couvrir ses
charges grâce à ses produits d’exploitation hors subventions) et enfin si elle est durable
(c'est-à-dire si elle ne dépend que de ses fonds propres et si elle évite de recourir aux
financements extérieurs).
A partir des données récoltées sur les trois SFD, que ce soit lors de nos missions de terrain
ou dans d’autres rapports comme ceux de la BCEAO et du BIT (Bureau International du
Travail)187 en 1996, 1998 et 2001 et des documents de recherches déjà menées sur les
mêmes institutions comme celui de Y. CONGO188, nous nous proposons de comparer la
performance de ces trois SFD en utilisant comme critères : l’étendue de l’activité de
microfinance et de sa durabilité. Nous pensons que ces deux domaines représentent non
seulement les attentes tant sociales qu’économiques que la plupart d’IMF combine.
187
La BCEAO et le BIT ont régulièrement des informations sur les IMF tant du Burkina que des autres pays
membres de l’UEMOA. Même si ces statistiques sont agrégées (et ne permettent pas d’identifier la part
spécifique de chaque IMF ayant fourni son rapport), elles sont crédibles en ce sens que ces institutions
récoltent toutes les informations sur base des données fournies par les IMF concernées et des missions de
terrain qu’ils réalisent dans ces pays.
188
Parmi ces recherches, nous pouvons citer celle de CONGO Y., Performance of Microfinance Institutions
in Burkina Faso, Discussion Paper 2002/01, United Nations University, WIDER, January 2002.
189
Y. CONGO, [Link].
190
BCEAO, 1996, 1998 et 2001.
164
complètent, les résultats des comparaisons établis sur le point 5.5. ci-dessus. Bien que nous
reconnaissions la portée limitée de ces informations (données relativement anciennes),
elles permettent cependant de nous faire une idée sur l’efficacité et l’efficience de ces trois
institutions notamment sur base de certaines variables. Il s’agit notamment : du nombre de
clients, des caractéristiques de leurs politiques de crédits, des montants épargnes et
octroyés en crédits, des quelques réflexions sur la durabilité de ces institutions (notamment
sur les aspects des taux d’intérêt, de l’évolution du ratio des dépenses de personnel, des
coûts de transaction totaux de ces SFD, de l’évolution du taux de recouvrement, de la
productivité des membres et du degré de dépendance aux subventions extérieures).
Il est évident que dans le cadre des évaluations et des missions de notation des IMF se
trouvant dans la zone UEMOA, nous suggérons les experts concernés d’utiliser les ratios
prudentiels établis par la BCEAO afin de permettre une certaine comparaison cohérence
dans la zone concernée. Cela n’empêche pas cependant, que suivant les termes de
référence de sa mission, chacun peut se permettre d’ajouter l’un ou l’autre ratio qui
l’intéresse pour remplir pleinement sa mission.
Pour des raisons évidentes de manque d’informations spécifiques pour appliquer les ratios
de la BCEAO, nous nous permettons de suivre l’évaluation de la performance au travers
des indicateurs de l’étendue de l’activité de microfinance et de sa durabilité. En partant de
ces deux concepts, nous abordons clairement les aspects de performance tels que
développés par CGAP192. En effet, en suivant le schéma de CGAP nous allons pouvoir,
dans un premier temps, identifier les forces et les faiblesses de ces institutions sur base des
schémas d’évaluation à caractère économique et financier et dans un second temps, à une
analyse critique des résultats obtenus par rapport à la dynamique générale des SFD
concernés.
a) Etendue de l’activité des SFD de notre échantillon
Nous avons déjà signalé que par étendue de l’activité, nous entendons trois concepts : ce
qui caractérise les clients atteints, la qualité des services financiers et la capacité de l’IMF.
Nous allons donc suivre ces trois aspects pour apprécier la performance des trois SFD en
termes d’étendue de leurs activités de microfinance et essentiellement celle de l’octroi de
191
BIT, Appui à l’auto-organisation des petits producteurs et productrices urbains de Ouagadougou, BIT,
Genève, 1994.
192
CGAP, [Link]. Il faut noter aussi que le schéma du CGAP a également à la fois des informations
financières et non financières.
165
crédit. Au niveau de la clientèle, nous avons vu dans les chapitres précédents que ces SFD
s’adressent à des populations généralement pauvres, et qui sont en tout cas exclues des
financements des banques classiques.
193
voir notamment CONGO Y., [Link]. et BIT, [Link].
194
BCEAO, Statistiques de 2004.
166
Cependant, le nombre total de clients différents sur plusieurs années est difficile à cerner.
En effet, l’absence de ce type d’information est due essentiellement au fait que chaque
année il y a des clients qui reviennent dans les statistiques parce qu’ils ont pu rembourser
le crédit précédent et qu’ils renouvellent leurs demandes. Ainsi, plusieurs clients sont à
leur troisième, quatrième voire même cinquième crédit dans ces institutions. Ceci rend
donc difficile la connaissance de vrais nouveaux clients. De ce fait, pour une année
donnée, le nombre de clients situé dans les tableaux ne doit pas être interprété comme
nombre de nouveaux clients mais plutôt comme nombre total de nouveaux et anciens
clients. Nous devons rappeler, que d’après DEVO195, le pourcentage du nombre déjà atteint
par les banques classiques est moins de 2% en matière de services financiers. Les calculs
faits par CONGO sur un échantillon de six IMF ont donné pour l’année 2000, une
estimation de 8,3% de la population cible qui est atteinte par ces IMF.
Nous pouvons donc conclure que le niveau de clients servis par les IMF reste très faible et
que leurs performances (y compris celle de 3 SFD de notre échantillon), en matière de
nombre de clients, sont très faibles. Cependant, leur nombre de clients des IMF est de loin
supérieur à celui atteint par les banques classiques. Au niveau de la qualité des services
rendus, nous allons comparer les performances entre les mêmes SFD en ce qui concerne le
niveau des épargnes mobilisées et des crédits octroyés.
195
DEVO V. B., Réflexions sur la mise en place d’un mécanisme régional de financement dédié à la lutte
contre la pauvreté : politique et orientations générales, Séminaire sur la contribution du secteur financier à la
lutte contre la pauvreté dans les Etats membres de l’UEMOA, Bamako, 9 et 10 juillet 2001.
167
Tableau 16 : Services financiers rendus par les SFD de notre échantillon en 2000
Niveau et nature RCP-B PRODIA FAARF
activité
Epargne à CT 80% - 100%
Tx d’i épargne 0-4% - 0%
Crédits à CT 90% 73% 100%
Tx d’i sur les crédits 10% 17 % (dégressif) 10%
Durée moyenne du 12 12 6-12
crédit (en mois)
Source : Notre construction sur base des données de CONGO, Y., tiré de BCEAO/BIT
(2001)
Nous constatons que les épargnes mobilisées par le RCP-B et le FAARF sont toutes
exigibles à court terme. Il n’y a donc pas moyen d’utiliser les fonds de ces épargnes pour
les crédits à long terme car cela pourrait déstabiliser ces institutions. Pour ce faire, nous
trouvons que le FAARF n’accorde que des crédits à court terme de 6 à 12 mois et que 90%
des crédits du RCP-B sont aussi de très court terme. La PRODIA a accordé durant l’année
2000, quelques crédits dont la période de remboursement dépasse 12 mois. Ils sont évalués
sur base des éléments du tableau ci-dessus à 26%. Quoi qu’il en soit, nous constatons
qu’en 2000, presque toutes ces institutions financent les activités de court terme et que la
durée moyenne du crédit pour toutes ces institutions est inférieure ou égale à 12 mois.
Par ailleurs, l’épargne n’est pas rémunérée dans ces institutions, à l’exception de quelques
cas au sein du RCP-B et pour lesquels nous n’avons pas pu disposer des détails de la part
de leurs responsables. La non-rémunération de l’épargne au niveau des CP constitue donc
une opportunité de gain car, comme nous l’avons déjà signalé, les CP octroient des crédits
qui doivent être remboursés avec intérêts, et placent une partie de l’épargne non
transformée en crédits sur un compte d’épargne auprès des institutions bancaires qui lui
procurent des rémunérations. L’argent reçu en épargne par les CP peut donc être considéré
comme un emprunt de la part des déposants au profit des CP au taux nul. Etant donné la
limitation de la durée de remboursement, la faible mobilisation de l’épargne (alors qu’elle
n’est pas rémunérée) et le faible taux d’intérêt appliqué, nous trouvons que ces SFD ne
sont pas performantes en termes de services rendus. Enfin, sur base des éléments du
168
tableau suivant en matière d’épargne et de crédits, nous analysons les éléments liés au
troisième concept de l’étendue de l’activité qui est la capacité de l’IMF à rendre les
services de qualité à un nombre très élargi de clients.
Tableau 17 : Epargne récoltée et crédits octroyés par les trois SFD en millions de FCFA
Année RCP-B PRODIA FAARF
Epargne Crédit Epargne Crédit Epargne Crédit
1994 2.564 961 - 112 51 33
1995 3.861 2.048 - 204 47 296
1996 4.687 3.959 - 317 58 719
1997 6.529 4.862 - 354 343 1.103
1998 8.394 6.063 - 361 412 1.247
1999 9.889 8.099 - 420 421 1.624
2000 11.259 10.228 - 504 434 1.721
Source : Notre construction sur base des données de CONGO, Y., tiré de BCEAO/BIT
(1996, 1998, 2001)
En lisant les chiffres de ce tableau, nous pouvons dire que la progression sur les 7 ans a été
positive mais très lente pour les deux institutions pratiquant l’épargne (RCP-B et le
FAARF) en matière de récolte de l’épargne et d’octroi de crédits. Quand on compare déjà
ces résultats à ceux du tableau sur les nombres de clients, l’on constate que l’évolution est
en dents de scie en ce qui concerne la PRODIA. Cette lenteur pour les trois SFD signifie
naturellement une moindre performance en matière d’efficacité. Les résultats d’épargne du
tableau précédent pour le RCP-B prennent en compte à la fois les épargnes des Caisses
populaires (CP) et celles des Caisses villageoises (CV).
Pour ce qui est de la comparaison entre les montants récoltés en épargne et les montants de
crédits octroyés on constate ce qui suit :
- Pour le RCP-B, il y a une corrélation positive entre ces deux variables. Plus le montant
de l’épargne augmente, plus le total des crédits octroyés augmente. Cela peut justifier une
prudence au niveau de la gestion. En effet, l’épargne récoltée est mobilisée en crédit sans
toutefois dépasser le niveau de l’épargne pour empêcher tout recours aux financements
extérieurs.
169
- Pour ce qui est de la PRODIA, il est clair que vu son caractère institutionnel de SFD de
crédit direct, elle ne récolte pas encore l’épargne et tous les crédits octroyés se basent sur
un portefeuille issu essentiellement d’un financement extérieur.
- En ce qui concerne le FAARF, nous constatons que cette institution a fourni des efforts
importants dans la récolte de l’épargne bien que son niveau soit presque constant entre
1998 et 2000. Cependant, le montant de crédits octroyés dépasse de loin celui de l’épargne
récoltée et cela peut se justifier par le fait que la priorité du FAARF a consisté en l’octroi
de crédits sur base d’un fonds mis à sa disposition par le pouvoir public au départ et par les
autres bailleurs de fonds par la suite.
La productivité des animatrices du FAARF en ce qui concerne les activités de crédit est
partagée entre ces activités et celles de formation et de sensibilisation. De plus, beaucoup
de leur temps est investi dans les rencontres avec les clients et l’accueil de ces derniers afin
d’évaluer la rentabilité de leurs projets ou pour le remboursement. Ces activités connexes à
l’octroi du crédit sont importantes mais limitent sensiblement la productivité en matière du
nombre de clients bénéficiaires du crédit. Pour ce qui est des CP, certaines études (nous
l’avons déjà signalé lors de la présentation du RCP-B) ont déjà souligné la faible
productivité des agents de certaines caisses pour des raisons organisationnelles. Enfin en ce
qui concerne la PRODIA, la productivité des agents peut également être améliorée grâce à
une meilleure organisation, à un système facilitant le traitement des clients déjà connus
comme bons par cette institution et à une élimination de certaines pertes de temps dans les
missions de terrain. Cependant, les trois SFD ont réellement la capacité d’augmenter le
nombre de leurs clients et en conséquence le montant des crédits accordés mais en l’état
actuel des choses, cette amélioration ne se concrétise que timidement.
En conclusion sur l’étendue de l’activité des SFD, ces derniers peuvent être jugés moins
performants, car le nombre de leurs clients reste faible et que la qualité des services offerts
est également moindre par rapport aux besoins du marché et des potentialités que ces SFD
possèdent mais qui sont encore moins exploitées : l’utilisation efficace des ressources
humaines, des montants disponibles et des équipements informatiques pour augmenter la
qualité et la rapidité de traitements des données ainsi que l’amélioration de leur politique
de crédit, notamment en augmentant l’épargne et le taux d’intérêt pour devenir plus
rentables.
170
Cependant, nous constatons qu’à défaut des financements des banques classiques et des
institutions de microfinance, les demandeurs de crédit du secteur informel et autres
s’adressent aux financements informels parmi lesquels il y a des usuriers qui exigent des
taux d’intérêt très élevés allant même jusqu’à plus de 50% et pour de très courtes périodes.
Ce qui justifie ce genre de comportement est que certaines activités informelles sont dans
terrible besoin de financement et que ce dernier est un élément de leur survie. Et dans
171
d’autres cas, certains financements peuvent générer des bénéfices très élevés, à tel point
que le coût d’opportunité d’un crédit libéré à très brève échéance, même s’il est très cher,
est très avantageux pour le demandeur. Ces cas sont fréquents notamment quand la PME
ou la micro-entreprise gagne un marché important pour lequel elle ne dispose pas de
matières premières pour produire les biens ou les services commandés.
Comme nous l’avons déjà constaté dans l’analyse des activités financées par ces trois SFD,
les PME sont même prêtes à payer plus d’intérêt, pourvu qu’elles reçoivent les
financements. Nous y reviendrons dans le chapitre 7 où les entrepreneurs nous déclarent
qu’ils n’ont a priori pas de problème avec le taux d’intérêt et que d’ailleurs, certains
d’entre eux trouvent que les taux d’intérêt de ces institutions sont faibles.
- Au niveau des coûts administratifs et financiers
Nous ne retenons que le niveau des coûts administratifs pour essayer d’avoir des éléments
comparatifs entre les trois SFD. Il faut remarquer que le RCP-B n’a pas de réels coûts
financiers car il s’appuie sur les épargnes de ses membres et que le FAARF et la PRODIA
bénéficient d’appuis extérieurs pour leurs fonds de crédits. Vu les conditions de ces trois
institutions, l’analyse des coûts financiers n’aurait pas de sens. Nous allons maintenant
analyser l’évolution du ratio des dépenses en personnel sur le total des coûts de
transactions.
Tableau 19 : Evolution du ratio des dépenses de personnel dans les coûts de transaction de
ces SFD
Année RCP-B (en %) PRODIA (en %) FAARF (en %)
1994 51 56 40
1995 30 47 43
1996 26 41 49
1997 28 43 58
1998 32 51 63
1999 38 52 61
2000 41 48 61
Source : Information tirée de Y. CONGO et de la BCEAO /BIT (1996, 1998, 2001).
172
D’après les résultats de ce tableau, nous constatons que les dépenses au niveau du
personnel des SFD représentent plus de la moitié du total des dépenses pour le FAARF
(61% en 2000) et avoisinent autour de la moitié du total des dépenses pour la PRODIA
(48% en 2000) et un peu moins de la moitié pour le RCP-BB (41% en 2000). Les dépenses
en personnel constituent donc une part non négligeable des dépenses de fonctionnement de
ces institutions. Une explication à cela est que le personnel constitue un investissement
principal de ces SFD. En effet, ces SFD sont créés pour offrir des services grâce à
l’engagement d’un personnel qualifié pour accueillir, informer et suivre les clients. La part
des dépenses du personnel est globalement en plus forte augmentation chez le FAARF que
chez le RCP-B et la PRODIA. En effet, le FAARF dispose d’un nombre élevé de personnel
au niveau des animatrices car ces dernières sont éparpillées au niveau de toutes les
provinces du pays. Il est cependant important de noter que le FAARF dispose de moins
d’investissements (à part les motos que les agents de terrain utilisent pour leurs
déplacements dans la visite des projets ou dans des missions de recouvrement). Les
charges de bureaux sont supportées par l’Etat alors que les autres institutions dépensent
plus dans les frais de fonctionnement des agences et dans la capitalisation des équipements
et/ou loyers des locaux utilisés.
Avec cette évolution des dépenses du personnel, il est difficile de savoir dans la politique
actuelle de ces institutions s’il y a lieu de les contenir dans l’avenir. A court terme, cela
n’apparaît pas envisageable pour les trois institutions car elles affirment déjà disposer de
peu de personnel en fonction de la demande croissante et des sollicitations diverses des
clients. Dans cet état de choses, la rentabilisation de ce personnel reste un défi majeur pour
ces institutions, comme il en est de même pour leur équilibre financier.
173
- La qualité du portefeuille
Tableau 20 : Evolution du taux de recouvrement des SFD
Année RCP-B (en %) PRODIA (en %) FAARF (en %)
1994 93 97 98
1995 98 95 97
1996 99 95 93
1997 97 96 95
1998 94 94 94
1999 99 92 95
2000 98 94 96
Source : Tiré de CONGO Y. (2002) et des données de BCEAO/BIT (1996, 1998, 2001).
Les taux de recouvrement dans ces trois institutions évoluent en dents de scie mais sont
presque toujours supérieurs à 93. Ils sont beaucoup plus élevés pour le RCP-B et le FAAF
que chez PRODIA et cela s’explique par le fait que dans les deux premières institutions, la
politique de recouvrement est axée sur la conséquence même des conditions d’accès aux
crédits. En effet, le fait d’être déjà client chez la CP et d’avoir une épargne préalable est
une forme de garantie qui prouve déjà que la personne qui reçoit le crédit avait déjà une
possibilité réelle de générer des revenus soit par les activités génératrices de revenus, soit
par d’autres sources (emploi par exemple). Ainsi, même quand la tranche de
remboursement n’est pas payée, la CP peut dès lors tirer sur l’épargne après avoir contacté
le crédité. De plus, les CP étant très actives dans les milieux ruraux, le contrôle social y est
très pesant et cela oblige ipso facto les personnes endettées à faire tout ce qui est possible
pour rembourser, afin de ne pas se sentir déconsidérées dans le village. Cet argumentaire
vaut également en faveur de l’évolution du taux de recouvrement chez FAARF qui compte
la majorité de ses clientes en milieu rural.
Cependant, les taux de recouvrement de ces trois institutions qui sont jugés parmi les
meilleurs taux en Afrique Subsaharienne, peuvent augmenter si les institutions concernées
améliorent la coordination de leurs activités de recouvrement, notamment en mettant en
place un système d’alarme pour des crédits en souffrance de retard de paiement et en
relançant les clients concernés à temps.
174
Par ce tableau, nous trouvons que le RCP-B a une productivité plus grande que celles de
deux SFD en terme de nombre de prêts par employé. En ce qui concerne la valeur du crédit
par employé, c’est la PRODIA qui est la plus productive. Cependant, trois remarques
s’avèrent nécessaires face à ces données :
- la première remarque est liée à la littérature récente (voir notamment M.S.
ROBINSON196) sur l’estimation de la productivité des IMF. A cet effet, il est préconisé de
prendre comme numérateur le nombre de clients servis et comme dénominateur le nombre
du personnel de l’IMF ou le nombre d’agent de crédit pour apprécier respectivement la
productivité globale (pour tout le personnel) et la productivité (par rapport uniquement aux
agents de crédit
- la deuxième remarque renvoie au concept de « employé » : nous n’avons pas pu vérifier,
malgré notre volonté, si le concept « employé » signifiait le total de tous les agents de
l’institution (agents de crédit, personnel dirigeant, personnel d’appui et de soutien, etc.).
Cependant, comme la part des agents de crédits représente plus de 95% du personnel de
ces institutions, le résultat en termes de nombre de prêts et de montant de prêt par agent de
crédit (indicateur par excellence de productivité) serait toujours avoisinant aux chiffres du
tableau.
- la troisième remarque consiste à relativiser (à la lumière de la première remarque
également) la performance élevée de PRODIA en valeur de crédit par employé (et de
surcroît par agent de crédit). En fait, même si cette approche était soutenue, elle ne
donnerait pas une performance tellement grande quand on sait que la valeur du crédit
moyen dans cette institution est de loin plus élevée que celle des deux autres institutions.
196
Voir notamment ROBINSON M.S., “The Microfinance Revolution – Sustainable Finance for the Poor »,
Washington D.C., The World Bank – Open Society Institute.
175
En effet, PRODIA donne des crédits aux PME de la ville de Ouagadougou qui ont un
certain niveau de croissance, alors que certains crédits du RCP-B et du FAARF sont
généralement faibles et en milieu rural.
En fonction de toutes ces trois remarques, il est alors clair que c’est le RCP-B qui est plus
productif. Cependant, le degré de productivité par agent (donc en terme de nombre de
clients servis par agent) peut augmenter dans les trois institutions, surtout quand on sait
que parmi les crédits gérés, il y a une part très importante de clients qui sont connus
comme bons payeurs et qui n’ont pas besoin d’être suivis en terme de recouvrement ou en
termes de calculs longs et suivis de la visite sur terrain par les agents de crédit.
- Le degré de dépendance aux subventions extérieures
Ce critère est aussi utilisé dans la mesure de la durabilité des institutions de microfinance
surtout en ce qui concerne les institutions ayant reçu des subventions en fonds de crédit ou
en fonds de roulement. Comme nous l’avons déjà signalé, les défenseurs de l’autonomie
financière de l’institution de microfinance comme clé de sa durabilité suggèrent que cette
dernière puisse être capable d’augmenter son portefeuille de crédit en fonction de la
clientèle disponible (soit par le captage de l’épargne, soit par prise de crédit auprès du
marché financier) et de prendre en charge toutes les dépenses de son fonctionnement par
les revenus des intérêts et les frais de gestion qu’elle perçoit sur les crédits octroyés.
Ainsi, il est clair que le FAARF qui n’a pas de financement en crédit via le marché
financier est dépendant des subventions de l’Etat et des autres bailleurs de fonds. La
PRODIA a dépendu des financements extérieurs, notamment des ONG européennes,
jusqu’en 2005. Cependant, le RCP-B et ses CP ont moins de dépendance aux subventions
extérieures, étant donné que les CP donnent notamment leurs crédits sur base de l’épargne
collectée ou des recours auprès des URCP-B, en cas d’insuffisance d’épargne pour couvrir
les demandes de crédit des clients.
- et la troisième carte concerne sa productivité qui doit être augmentée pour que les deux
premières cartes puissent connaître de réels effets ;
- la quatrième possibilité est le recours aux refinancements des institutions appropriées
(voir point 3.6). Cependant, malgré le refinancement à solliciter pour augmenter son fond
de crédits, il y a un réel besoin de financer la consultance permanente, le système
d’information, etc. avec des subventions afin de développer le secteur.
Tout cela montre qu’on peut poser une hypothèse suivant laquelle l’étendue de l’activité et
la durabilité de la SFD se justifient par une combinaison de facteurs liés au développement
des services adéquats au bénéfice d’une clientèle très large (surtout des personnes exclues
du système financier classique), d’une manière très efficace, efficiente et rentable
financièrement et qui garantit une durabilité de l’institution tant au niveau social que
financier. L’introduction du concept de durabilité sociale et de la nécessité de services de
qualité en faveur d’un grand nombre des personnes exclues du système financier classique
nous amène à nous poser la question de la mesure de la performance sociale des SFD.
L’évaluation de la performance des IMF a toujours été entendue sous une forme
économique et financière. Les éléments d’ordre social ont été incorporés dans une optique
marginale et comme une interprétation rapide des aspects sociaux rencontrés par les IMF.
En effet, les bailleurs de fonds qui organisaient ces évaluations de performances (les IMF
n’étaient pas les demandeurs de ces évaluations) avaient besoin de s’assurer de la bonne
utilisation des fonds donnés à ces IMF et voulaient s’assurer de la performance financière
de ces institutions ainsi que de l’accroissement des bénéficiaires atteints. L’efficacité et
l’efficience ont dominé les analyses tout en donnant un accent particulier à la productivité
financière et technique. Ces deux phénomènes se trouvent bien parfaitement dans la vision
économique et financière, surtout que ces évaluations se fondaient sur la récolte des
données chiffrées sur lesquelles elles s’appuyaient pour étayer leurs conclusions. Effet,
plusieurs méthodes d’évaluation financière et économique ont été développées mais celle
de la gestion financière axée sur les études de ratios a dominé le champ stratégique de ces
évaluations.
177
Toute écoute des bénéficiaires par les experts et évaluateurs était faite uniquement pour se
rendre compte de l’existence de ces mêmes bénéficiaires et de la confirmation de
l’hypothèse de départ des bailleurs de fonds allant dans le sens de dire : « oui, les pauvres
ont besoin des services financiers des institutions de microfinance et ils peuvent sortir de la
pauvreté grâce à ces services financiers ». Par ailleurs, certaines critiques vis-à-vis des
études et évaluations purement économiques et financières signalent les éléments suivants
comme limites :
- L’absence de la prise en compte des changements au niveau socio-culturel des micro-
entrepreneurs et promoteurs de PME. Quels types de changements induits dans les
stratégies des acteurs populaires dans leur lutte pour la reproduction sociale ? De plus, quid
du respect de leurs pratiques et identités populaires ? Cela donc risque de créer des conflits.
- La non prise en compte de l’effet de « processus » (que pourrait par exemple produire la
campagne de sensibilisation menée par le RCP-B en matière d’épargne au niveau des
villages dans trois ou cinq ans?). Ici, les campagnes de sensibilisation pour l’épargne
portent des fruits parfois à moyen et long terme (processus lent) car ce n’est pas parce que
la population a compris la nécessité d’épargner à la Caisse qu’elle va directement
acheminer son argent (s’il existe) d’un lieu où il est caché pour le déposer à la caisse. Et
dans le cas où cet argent n’existe pas, il faut trouver une activité et un crédit et commencer
par la suite à épargner. Pour arriver à un degré permettant de mettre de côté une certaine
somme pour l’épargne, cela n’est pas toujours à court terme. Surtout s’il faut considérer
que la plupart de cas, les revenus obtenus sont injectés dans la consommation directe. C’est
ce processus donc qu’il faut intégrer dans les réalisations de RCP-B pour ce qui est de la
sensibilisation et des formations de différentes formes. Or, cela n’est pas souvent mis en
valeur par les évaluations.
- Le regard porté sur le court terme et qui ne prend pas en compte l’accompagnement et le
cheminement d’apprentissage tant par les offreurs que par les demandeurs de crédit et cela
en capitalisant sur leurs expériences ;
- L’ambiguïté qui persiste en ce qui concerne la différenciation entre la microfinance et le
système financier classique. Les évaluations et études de la performance des IMF
assimilent les IMF aux entreprises capitalistes en utilisant leurs batteries de ratio par
exemple. Or, bien que certaines IMF soient des entreprises privées autant que les banques,
il existe d’autres IMF, de l’économie sociale et dont la recherche de profit ne vise pas la
rémunération des parts apportées par les membres. Il y a aussi des organisations caritatives
(comme les ONG par exemple), actives en matière de microfinance, mais dont l’objectif
178
principal n’est pas de poursuivre les intérêts mais plutôt de rendre les bénéficiaires seuls
maîtres de leur destin en les impliquant au fur et à mesure dans diverses activités de
développement y compris celles économiques. Toutes ces raisons ont fait qu’actuellement
l’intérêt de tenir compte de la performance sociale de ces IMF est généralement compris
par une grande majorité des acteurs impliqués dans le processus de la microfinance. C’est
197
ce que nous signale par exemple CHAO-BEROFF qui, dans le cadre de ses travaux et
débats, propose des critères sociaux et suggère absolument de faire l’évaluation de la
performance financière en même temps que la performance sociale.
197
Voir notamment les discussions se trouvant dans le compte rendu de la réunion-débat du 27mars 2000, qui
s’est appuyée sur les interventions de Renée Chao-Beroff (CIDR), André CHOMEL (Fondation du Crédit
Coopératif) et Christophe LEBEGUE (CFSI). Groupe de travail « Financement des exploitations agricoles
dans les pays en développement ».
198
HULME D., supra.
199
Voir aussi CGAP, Building inclusive financial systems, Donor guidelines on good practice in
microfinance, December 2004. Pour le CGAP, les activités des institutions de microfinances (IMF) sont de
type bancaire et ne devraient pas se confondre avec les actions sociales de types dons qu’il faut logiquement
continuer à attribuer aux plus pauvres mais sans toutefois les endetter.
200
HULME D., [Link].
179
notamment quant à la question des appréciations différentes du niveau des impacts des
institutions de microfinance dans le cadre de la réduction de la pauvreté.
Cependant, cela ne doit pas nous faire oublier que chaque commanditaire de l’évaluation a
ses besoins soit de connaissance, de justification, de garantie, de certification, de suivi ou
de contrôle. Pour toutes ces raisons, l’évaluation peut avoir des termes de référence qui
donnent priorité à l’un ou l’autre aspect des critères déjà énoncés. Cette préférence ou
hiérarchisation des critères ne peut donc dépendre que des choix du commanditaire de la
mission. Par ailleurs, les évaluations peuvent donner une très large base d’appréciation
dans le cas où les commanditaires de la mission ne veulent que s’intéresser à l’ensemble du
projet et voir dans quels domaines celui-ci peut être renforcé, réorienté ou corrigé.
La gestion du cycle du projet et les évaluations qui sont faites dans son cadre ne font pas de
différentiation de méthode entre les projets économiques et les projets sociaux. C’est à
201
Voir par exemple les institutions comme le réseau CERISE (Comité d'échanges, de réflexion et
d'information sur les systèmes d'épargne et crédit), Planet Rating, Microfinanza, CGAP, etc. Les références,
notamment des sites web de ces organisations, sont donnés dans CGAP, Building inclusive financial systems,
Donor guidelines on good practice in microfinance, December 2004
180
l’intérieur de chaque évaluation spécifique que les personnes habilitées mettent en place
des critères d’appréciation en fonction de critères communs (pertinence, efficacité,
efficience, durabilité et impact). Un autre système d’évaluation des projets notamment en
ce qui concerne les institutions de microfinance prend de plus en plus la forme grâce à la
mobilisation de certaines institutions spécialisées202. Les critères sur lesquels ces
institutions se basent pour asseoir leurs méthodes ne diffèrent cependant pas de ceux de la
gestion du cycle de projet mais sont systématisés de telle manière à permettre une certaine
cotation, comme c’est le cas pour des critères économiques et financiers.
Ces critères sont notamment basés sur l’analyse (voir dans CERISE203 notamment) :
- du niveau d’intégration du personnel des IMF dans les politiques de crédit mises en place
- du degré et de la fréquence de formations données au personnel et aux bénéficiaires
- de la prise en compte des aspects du marché et des contextes dans lesquels les clients sont
opérationnels
- du niveau d’implication dans les stratégies de développement au plan national afin
d’ajuster leurs modes de faire
- de la contribution à l’évolution de l’environnement global au niveau réglementaire,
institutionnel et administratif.
- de l’implication des IMF évaluées dans la recherche de coordination, de concertation et
de complémentarité dans le secteur.
Ces différents points sont développés par ces études et restent actuellement en discussion
afin d’identifier comment ils apportent une valeur ajoutée aux critères des autres systèmes
d’évaluation, notamment celui développé par la Gestion du Cycle de Projet. En
conséquence, nous avons donc opté pour l’utilisation des critères de la gestion du cycle du
projet afin de nous faire une idée sur ce que représente la performance sociale des SFD de
notre échantillon, d’autant plus que ces critères sont actuellement les plus utilisés dans les
démarches d’évaluation des projets.
202
Comme CERISE, Planet Finance, avec l’appui de CGAP et autres bailleurs de fonds et avec l’implication
de chercheurs diversifiés sur la microfinance.
203
CERISE, « L’évolution récente des enjeux et outils de l’analyse d’impact en microfinance », Techniques
financières et développement, n° 70, pp. 52-56
181
204
ARMENDARIZ DE AGHION B., Measuring Impacts, in ARMENDARIZ DE AGHION B. and
MORDUCH J., “The Economics of Microfinance”, MIT Press, 2005, p 201. Cet auteur, portant un intérêt
particulier sur les méthodes jusqu’ici utilisées pour l’évaluation de l’impact,signale notamment ce qui suit :
« In many ways, the problems and solutions are not different from evaluations of health and education
interventions, say, so microfinance researchers can learn much from the broader literature on evaluation. But,
the same token, the best empirical work on microfinance holds lessons for researchers with interests beyond
the financial sector. In this chapter, we take up important issues around evaluation methods, challenges, and
solutions”.
182
Pour ce qui est de la PRODIA, sa durabilité institutionnelle est à la fois exposée entre le
défi de son identité de départ comme association civile et les réalités actuelles de son
activité unique de crédit direct. Lors de sa création comme association civile, la PRODIA
visait plusieurs objectifs, notamment le développement des activités des petites et
moyennes entreprises dans le domaine industriel, artisanal et agricole par l’octroi des
crédits et l’organisation des séminaires, des formations et autres activités au bénéfice des
PME et des autres intervenants dans la promotion de l’entreprenariat. Actuellement, sous
l’influence des bailleurs de fonds et des réalités de terrain, la PRODIA travaille dans
l’effort de devenir une institution de microfinance spécialisée. Nous avons également
constaté qu’au fur et à mesure des expériences acquises en matière d’activités de crédit,
elle est en train de réfléchir aux modalités de récolte d’épargne et de diminuer son degré de
dépendance aux subventions extérieures, en ce qui concerne son portefeuille de crédits.
Tout cela oblige les membres de PRODIA à lui fixer un statut clair qui doit lui permettre
non seulement de s’attaquer à la finalisation et à la mise en pratique de sa vision actuelle
en microfinance mais aussi de revisiter ses objectifs de départ pour les actualiser en
clarifiant ceux qui sont retenus et en abandonnant ceux qui n’ont pas été traduits en actions
concrètes.
184
- Au niveau de l’impact :
Comme nous allons le constater dans le chapitre sur les impacts, les crédits offerts par les
SFD ont des impacts au niveau des PME, des individus impliqués directement ou
indirectement dans les PME, de l’environnement global, etc. L’estimation de ces impacts
est faite plus loin, dans le chapitre 8.
par jour par agent, etc. De plus, la lenteur au niveau du service au guichet de certaines CP
est souvent signalée. Cela constitue un réel frein à l’augmentation du nombre de clients
(épargnants et demandeurs de crédits).
Afin de faire face à ces limites, les objectifs fixés par les responsables du RCP-B à court et
à moyen terme sont :
- Le développement du service de proximité par la création de nouvelles CP et CV. Avec
cet objectif, le RCP-B entend poursuivre son but : renforcer l’accès des populations rurales
et urbaines aux services financiers. En visant la proximité, le RCP-B prévoit aussi
d’augmenter le nombre des clients sans que ces derniers soient obligés à faire de longues
distances pour arriver à la CP ou à la CV. En poursuivant cet objectif, le RCP-B entend
également augmenter le niveau de l’épargne et ainsi renforcer l’autonomie financière des
CP et URCP-B. Le succès du RCP-B dans cette dynamique lui procure une expertise pour
les grandes institutions internationales. C’est ainsi que le Programme de Développement
des Nations Unies ensemble et le Fonds d’Investissement des Nations Unies ont lancé,
ensemble en 2001 un programme intitulé « Renforcement de l’Intermédiation Financière
dans le Sud - Est du Burkina Faso ». Ce programme, que la Banque Africaine de
Développement envisageait également de rejoindre dans les années qui allaient suivre,
avait comme objectif de renforcer la stratégie nationale de réduction de la pauvreté par
l’amélioration de l’accès au crédit dans les provinces de Tapoa, Gourma, Kompienga et
Zoundweogo. Le RCP-B du Burkina a donc été choisi comme organisme de mise en œuvre
de ce programme, sur base de ses expériences antérieures. Le programme envisage la mise
en service efficace de 350 CV qui s’adressent aux femmes. Il n’est pas inutile de rappeler
ici que 62% des populations de ces zones sont des femmes. Ainsi, malgré les faibles
performances du RCP-B en matière de durabilité financière et technique des CV, le RCP-B
est considéré, à juste titre, par ces bailleurs de fonds comme une grande organisation de
microfinance du pays (avec un nombre de clients équivalent à 19 .000 en 2001) qui offre
des services financiers aux plus pauvres avec un modèle démocratique dans ses décisions.
l’épargne et éviter toute pression potentielle des coûts financiers et des coûts de transaction
concernant ses éventuels refinancement sur le marché financier local ou international.
Par ailleurs, lors de notre dernier passage au Burkina Faso en 2003, les responsables de
PRODIA envisageait de poursuivre les projets suivants :
- La révision et la consolidation de la structure actuelle afin d’améliorer la productivité,
l’organisation et le suivi des crédits
- La révision de sa politique de crédit en augmentant progressivement le taux d’intérêt, en
diversifiant les clients et en relevant le plafond maximal suivant les disponibilités de son
portefeuille
- La poursuite de la création de nouvelles agences avec un double objectif : la proximité et
l’augmentation des clients ainsi que l’augmentation des montants des crédits octroyés.
- La finalisation d’un plan d’affaires qui prévoit l’introduction de l’activité de l’épargne
voudrait être rassurée sur l’efficacité des différentes formes en œuvre dans la microfinance.
Pour elle, ce qui importe est la rigueur dans la gestion qui doit toujours être présente, tant
dans les actions publiques que dans les activités privées.
En définitive, il nous semble qu’il existe deux grands types de contraintes et de limites de
ces institutions : d'une part celles d'ordre pratique et institutionnel et d'autre part celles liées
au contexte dans lequel ces SFD opèrent. Parmi les contraintes pratiques il y a lieu de citer
: l’absence de ressources humaines compétentes (souvent en comptabilité et en analyse de
projets rentables), la lourdeur souvent source d’inefficacité du travail de suivi sur terrain,
des insuffisances dans l’organisation interne, la vitesse non maîtrisée dans l’extension des
activités au niveau du territoire, etc. Parmi les contraintes que nous qualifions de
contextuelles il y a les problèmes de communication (la coordination des activités sur tout
le territoire sans outils de communication efficaces : transport, téléphone, etc.), le risque
de rançonnement des agents de crédits ou des animatrices par les bandits, les difficultés de
s’adapter aux exigences réglementaires ou aux sollicitations d’une multitude de bailleurs
de fonds, etc.
205
GRAAP, Paroles de brousse : Des villageois africains racontent, Éditions KARTHALA, Paris, 1982, 115
p. Ce livre qui raconte la vie des villageois mentionne le processus de formation de certains groupements
villageois.
190
En effet, le FAARF est appelé à financer les activités des femmes réunies dans les
groupements reconnus. Il est logique que les régions dans lesquelles les animatrices sont
très actives et motivées pour la dynamisation de ces groupements figurent parmi les plus
servies en financements. Cette situation a été notamment constatée dans la Province du
191
Houet, où nous avons remarqué lors de notre mission de terrain en 2000, qu’une animatrice
a pu placer plusieurs financements dans une zone où il y avait moins de groupements,
beaucoup plus que les autres animatrices qui opéraient dans une zone bien nantie en
groupements dynamiques. De ce fait, il n’y a pas lieu de conclure que le FAARF ne
finance que les groupements de femmes membres d’un parti politique donné, sans analyses
approfondies sur le travail du FAARF dans toutes les provinces. La directrice du FAARF
nous a signalé notamment qu’aucun dossier n’est financé s’il n’a pas été introduit dans la
ligne prescrite dans la politique de crédit de cette institution (montage par l’animatrice,
transfert à la coordinatrice qui y met son avis, avis du chef du service terrain, avis du chef
du service de crédits puis avis de la directrice).
L’autre aspect important de solidarité à signaler est le transfert d’une partie de l’épargne
des caisses populaires urbaines vers les caisses villageoises. Cette solidarité ville-
192
campagne est présente notamment dans le RCP-B. Cette pratique témoigne non seulement
l’esprit de solidarité entre les membres (coopérateurs) qui épargnent pour sécuriser leurs
épargnes et pour faire bénéficier aux autres membres de la même caisse par les crédits
octroyés à partir de ces épargnes mais aussi l’esprit de solidarité entre les caisses urbaines
excédentaire en matière d’épargne (la ville) et les caisses villageoises déficitaires (la
campagne). Cette approche d'articulation ville – campagne a des atouts importants à
explorer dans le fonctionnement de la microfinance. Nous reviendrons sur ce point en
terme du dualisme institutionnel entre les SFD de notre recherche au point 6.4.8.
D’autre part, certains gestes de solidarité restent bien présents dans les zones rurales où les
paysans ruraux, parents proches (frères, sœurs, cousins), personnes poursuivant des intérêts
communs, etc.…s’entraident autant qu’ils le peuvent. Un autre exemple en plus de la
« société de la tontine » dans la province du Houet, est celui des hommes et des femmes
qui se mettent ensemble (groupement, groupe solidaire, etc.) partout dans le pays pour
bénéficier des crédits. Cependant, quand l’offre des crédits est conditionnée par cet aspect
(se mettre ensemble), la solidarité qui en sort peut être apparente ou profonde (le jugement
peut être fait cas par cas). A ce sujet, J.M. SERVET206 nous dit ce qui suit : « Pour que se
mette en place une solidarité effective, il faut qu’existe une interdépendance reconnue,
fondée sur la réciprocité, et non sur des liens de dominations ». Or, il n’est pas toujours
aisé de trouver cette interdépendance profonde si ce n’est que par la force de chose (les
gens veulent absolument avoir accès au crédit et pas nécessairement se mettre en groupe
solidaire ou en groupement). Ainsi, le capital social dans le sens de BOURDIEU, de
COLEMAN et de PUTNAM207 n’y est pas nécessairement si cette mise en commun des
gens ne permet pas de générer plus de la réciprocité en matières de traits de l’organisation
sociale tels que la confiance, les normes et les réseaux afin d’améliorer l’efficacité de la
société en facilitant les actions coordonnées. Quand cette solidarité n’est pas profonde ou
est source d’interdépendance reconnue, il y a alors un risque que les engagements pris à
l’égard du créancier ne soient pas respectés. C’est ainsi que dans le cas des crédits aux
groupements villageois et aux groupes solidaires, certains membres refusent de rembourser
les parts des membres qui sont devenus des mauvais payeurs. Dans ce cas, cette solidarité
206
SERVET J.M., « Pas plus qu’un carnet de chèques, la microfinance n’est pas à priori ni de droite ni de
gauche », ALLEMAND S., La microfinance n’est plus une utopie !, Editions Autrement, Paris, 2007, p.150.
207
Auteurs déjà cités dans la partie théorique sur le capital social dans le point 2.4.3
193
n’a été que passagère et n’a servi que comme ruse (P.J. LAURENT208) utilisée par les
mauvais payeurs pour avoir accès au crédit. Ici de nouveau, le principe de jeu d’acteurs
explique ces comportements.
a) La mauvaise foi se retrouve par exemple chez des personnes qui se mettent ensemble à
3 ou à plusieurs pour former un groupe solidaire fictif. Ce jeu a été joué avec succès par
certaines femmes « commerçantes » dans les villes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso.
Après leur montage de projets de commerce (qui n’existaient parfois que de nom), elles se
sont adressées au FAARF pour le financement. Le jour du rendez-vous chez elles (visite de
l’animatrice du FAARF), elles ont emprunté l’une des pagnes, l’autre des fagots de bois,
etc. suivant ce qu’elles avaient présenté comme projet de commerce.
Par la suite, le FAARF a débloqué les sommes d’argent empruntées et après quelques
retards de remboursement, les animatrices se sont rendu compte avec étonnement que les
personnes concernées n’étaient pas des commerçantes et qu’elles n’avaient jamais habité
ou qu’elles n’habitaient plus aux adresses indiquées dans les dossiers lors de la toute
première visite.
b) Les ruses
Le plus souvent les cas de ruse se représentent dans les situations suivantes :
- L'accueil impeccable. Lors nos visites, presque tous les membres d’un groupement (des
dizaines), propres en leurs pagnes de fêtes nous attendaient sous le manguier. Cette
impressionnante façon d’accueillir les animatrices et les « chercheurs » est aussi une ruse
populaire pour montrer combien le groupement est solide et existe effectivement.
- Aussi, en ce qui concerne les clients individuels, ils ne tardent pas à vous présenter les
bienfaits du crédit et tous les avantages qu’il leur procure. Et en cas de retard de
remboursement, ils justifient cela par des termes corrects liés aux difficultés de maladies, à
l’absence de clientèle, etc. qui empêchent les affaires de tourner correctement. Ils essaient
208
LAURENT P.J., Une association de développement en pays mossi, Le don comme ruse, Éditions
KARTHALA, Paris, 1998, pp. 260-267
194
donc de vous convaincre et d’anticiper certaines questions qu’ils imaginent normales dans
le cadre de votre visite. Ces débiteurs apprennent donc progressivement la manière
d’attirer les bailleurs de fonds (P.J. LAURENT, 1998)209 et de convaincre leurs
interlocuteurs.
- Il en est de même des discours alléchants comme : « nous voulons pérenniser notre
institution », « nous devons rechercher notre équilibre financier sans toutefois abandonner
notre public cible constitué par les marginalisés des banques classiques », « la question
qui se pose est de pouvoir convaincre nos partenaires sur la nécessité de prendre des
programmes à long terme », « certains de nos partenaires ne connaissent pas les exigences
du terrain, il faut que des gens comme vous essayent de les convaincre… ».
Même s'il ne faut pas généraliser, il est absolument de savoir à quel moment les situations
de ruse peuvent se présenter. En ce qui nous concerne, il s'agissait notamment du moment
où vous abordiez des difficultés rencontrées par l’entrepreneur, l’organisation, etc. Il nous
est apparu que les difficultés sont dissimulées ne fût ce que pour la simple raison que
culturellement dans plusieurs sociétés africaines, on ne raconte pas à n’importe qui ses
difficultés, ses problèmes, ses peines. Ne dit-on pas que "les linges sales se lavent en
famille" ! Ainsi, "à un étranger, il ne faut pas aller pleurnicher, au contraire, il faut rester
positif avec lui". Nous avons senti cela aussi comme si c’était partagé avec la culture
rwandaise dans laquelle nous sommes né.
- Un autre point de ruse c’est la promesse. Nous avons constaté dans nos enquêtes que
chaque fois que nous demandions quelque chose, soit on nous la donnait directement ou on
nous disait que nous allions avoir ça à un autre jour. Et parfois, ce qu’on me promettait
pour un autre jour nous semblait être le plus disponible au moment de la demande. Il
arrivait même qu’on nous disait que la personne qui détenait l’information n’était pas là ou
n'était pas prête à nous la donnait et qu’il fallait attendre. Au jour de rendez-vous, nous
renouvelions notre demande, mais en vain. Et cela a duré des mois et des années. Nous
n’avons pratiquement pas eu un refus formel de quoi que ce soit. Nous avons toujours eu
des promesses orales pour les données que nous avons demandées pour l’actualisation des
résultats déjà récoltés. Ainsi, mis à part quelques exceptions rencontrées dans les milieux
intellectuels et académiques, nous pouvons conclure maintenant que dans les recherches de
terrain futures, nous pourrons dire quel type d’informations nous pouvons attendre du
209
LAURENT P.J., [Link].
195
terrain et quel est l’autre que nous ne pouvons pas espérer recevoir en fonction du premier
contact eu avec nos interlocuteurs sur le terrain. Dans cette catégorie, il faut également
exclure tout ce qui est jugé comme confidentiel par l’organisation même si pour cela c’est
rare qu’on vous le déclarera que c’est confidentiel.
c) La complexité de la pertinence des avals
Le cautionnement de deux avals au moins est une forme de garantie qui est exigée par la
PRODIA à tout demandeur de crédit. Or, il n’est pas facile de trouver ces avals si ce n’est
en ayant recours à un parent, un ami, un fonctionnaire de l’État ou un commerçant pouvant
se porter garant du remboursement du crédit. Malgré cette garantie difficile à trouver, il a
été constaté que certains retards de paiement et impayés n’ont pas été recouvrés à travers
ces avals d’autant plus que ces derniers refusaient de rembourser ou étaient dans
l’impossibilité de le faire. En effet, certains avals ont de faibles salaires, à tel point qu’ils
ne peuvent pas prendre en charge le crédit de leur parent ou de leur ami. De plus, ces avals
ne parviennent même pas à remplir leurs propres engagements sociaux (nombre important
des personnes à charge) ou à rembourser leurs propres crédits (crédit hypothécaire, ou
autres). Tous ces éléments nous montrent combien la dimension de la solidarité est à
approcher avec beaucoup de nuances surtout dans le contexte où plusieurs initiatives de
microfinance s’inspirent des expériences de l’esprit mutualiste ou solidaire venant
d’ailleurs (voir par exemple les modèles de Raiffeisen Desjardins, Grameen Bank,
COOPEC, etc.).
210
Loi du 5 juillet 1998 sur le règlement collectif de dettes, article 1675/2, al.1er (Législation belge).
196
d’affectation et par l’absence d’épargne est parmi les facteurs qu’il faut prendre en compte
dans la genèse de l’endettement. Le surendettement est donc un drame social, d’autant plus
qu’il stigmatise la personne surendettée surtout dans un système de contrôle social accru
comme c’est le cas au village, par exemple. En conséquence, certaines personnes
surendettées risquent de quitter leur lieu de résidence pour ne pas subir des chuchotements
des voisins informés de leur situation. Par ailleurs, beaucoup de femmes surendettées au
village se sont spontanément présentées sur la route avant le passage des véhicules du
FAARF pour rembourser leurs crédits. Cela d’autant plus que ces femmes voulaient éviter
la honte d’être citées en public comme étant des retardataires en remboursement et par
conséquent de ternir leur image au village. Nous avons donc appris que plusieurs habitants
hurlent à l’arrivée de ces véhicules rares au village : « les gens de Ouaga [pour dire les
responsables du FAARF en provenance de Ouagadougou] sont arrivés, allons voir les
femmes qui n’ont pas remboursé! ».
Sur base des données récoltées lors de nos rencontres avec les femmes clientes et les
animatrices du FAARF en 2000 dans la Province de Houet, nous pouvons dresser la liste
des causes des impayés et sources de surendettement chez les femmes :
a) Causes sociales, culturelles, économiques et environnementales
Certains impayés chez le FAARF sont expliqués par l’échec même de l’activité pour
laquelle l’argent a été emprunté. Cet échec a été le résultat des causes suivantes:
- sociales : il s’agit notamment de la maladie de la personne endettée et de l’utilisation du
crédit à des fins sociales telles que la naissance et le décès. D’autres cas signalés sont liés
au détournement de l’argent par le mari de la femme (pour sa consommation d’alcool ou
dans les dépenses d’un second foyer, etc.) ;
- culturelles : la personne endettée qui exerce des activités génératrices de revenu est
souvent confrontée à des sollicitations familiales multiples. Tout cela risque d’affecter
négativement les résultats de son activité ;
- économiques : La notion d’argent ou de monnaie comme instrument de compétition dans
le cadre des activités génératrices de revenu n’est pas toujours suffisamment intégrée par
les populations pauvres rurales et urbaines. Il n’est pas facile pour ces populations d’initier
des activités concurrentes à celles des autres ou innovantes, en ce sens qu’elles se
déroulent dans le secteur où il n’y a pas assez de marché et où la concurrence n’est pas
rude. Ainsi, les activités qu’elles proposent sont celles qui sont déjà exercées par d’autres
parce qu’elles croient qu’elles sont rentables, alors que cela n’est pas toujours le cas.
197
constaté aussi que la pratique des avals (PRODIA), la constitution d’une épargne au
préalable (CP), etc. sont aussi autant de conditions qu’une grande partie des populations
pauvres n’est pas prête à remplir. A un second niveau, le crédit, par ses effets économiques
et sociaux, peut être vu comme un instrument inégalitaire en amont quand les plus faibles
se retrouvent alors plus fragilisés par l’endettement, au moment où les plus forts se
retrouvent confortés et moins inquiétés par cet endettement. Plusieurs cas de figures ont été
remarqués à ce niveau : Certains pauvres ont pris le crédit parce que l’offre était
provocante ([Link], 1998)211 ou parce qu’ils pensaient que ce crédit allait leur
servir dans l’exercice de leurs petites activités économiquesD’autres personnes ont pu
rembourser les crédits sollicités par d’autres moyens en dehors de l’activité pour laquelle le
crédit était demandé. Ainsi par exemple, certaines femmes en faillite ont bien remboursé
par les apports de leurs maris ou par des nouveaux endettements ailleurs. Certains crédits
agricoles ont été remboursés par les activités commerciales et vice versa. D’autres crédits
n’ont pas été intégralement utilisés et une partie de la somme reçue a été thésaurisée (à la
méconnaissance de l’impact réel des intérêts) ou a été transmise à d’autres personnes
comme crédits à d’autres fins, etc.
211
FRASELLE N., Ménages en situation financière précaire et marché du crédit, Contribution dans le cadre
de la Chaire Quetelet 1998, Louvain-la-Neuve, 1998, p 13 et p 18. Cet auteur cite en ces termes les
déterminants du surendettement à la page 18 : « Plus fondamentalement, ce sont les mutations observées sur
le marché de crédit, en particulier l’évolution des stratégies d’offre et l’adaptation des critères de sélection
des prêteurs envers les emprunteurs qui sont les déterminants du surendettement».
212
GUERIN I., « Gare au mythe du pauvre potentiellement entrepreneur ! », ALLEMAND S., La
microfinance n’est plus une utopie !, Editions Autrement, Paris, 2007, pp.144-155.
199
entrepreneurs incapables de se prendre en charge par des activités génératrices des revenus
dans lesquelles ils sont poussés sans leur volonté.
213
En Bolivie, la mise en place d’une centrale de risque permet aux institutions de microfinance de cibler les
mauvais payeurs et de ne plus leur accorder les crédits. Toutes les institutions de microfinance sont tenues
d’informer la centrale de risque de nouveaux cas et ont accès à la fiche des mauvais payeurs qui est mise à
jour régulièrement. Une telle initiative est à explorer pour les autres pays.
214
Référence faite à la partie théorique sur les études d'impact en microfinance (point 2.3)
200
marché215 ». Cela d'autant plus que, pour ces experts, les autres aspects socio-
anthropologiques de la dynamique des activités financées n'avaient pas de place. Ce qui
comptait était le caractère commercial de l'opération de crédit.
6.4.8. Dualisme institutionnel des SFD : leurs rapports vis-à-vis des logiques et conflits
d'acteurs
Il est par ailleurs important de relever le dualisme entre les institutions de microfinance. Il
y a d’une part un groupe d’institutions de microfinance créées par l’Etat, les bailleurs de
fonds, les élites locales, etc. comme c'est le cas par exemple pour PRODIA et FAARF.
D'autre part, il existe des institutions de microfinance mises en place dans le cadre d’une
initiative des bénéficiaires mêmes. C'est le cas des caisses populaires du RCP-B. Les
caisses populaires qui composent ce réseau sont des initiatives pour les bénéficiaires de
leurs crédits et qui sont à la recherche de l'amélioration de leurs conditions de vie.
Pour le premier groupe, il est clair que les stratégies de micro-entreprises et PME pour
avoir accès à ses crédits vont aller d’une forme de négociation à une forme de ruses alors
que pour ce qui est du deuxième groupe le demandeur est à la fois membre de l’institution
et donc possédant une voix directement de décision dans les instances de représentations
de l’institution (notamment à l'assemblée générale de la caisse populaire, de la coopérative
ou de la mutuelle). Par ailleurs, la combinaison entre l’épargne locale et le crédit local chez
le RCP-B est un signal fort d’un possible autofinancement de l’économie populaire. Quand
les autres types d'IMF non coopératives sont entrain de dépendre largement des fonds
venant de l'extérieur de leurs membres (Etat, bailleurs de fonds divers, etc.), les
coopératives d'épargne et de crédit utilisent les épargnes de leurs membres pour faire du
crédit aux autres membres. Leur service d'épargne est aussi important pour ces membres
qui trouvent également un moyen de sécuriser leur épargne et d'assurer une garantie pour
une éventuelle demande d'emprunt. En effet, bien que l’épargne ne soit pas rémunérée, son
offre est faite pour question de sécurité. L’épargnant n’est donc pas lésé à ce sujet car en
plus de cette sécurité de son épargne, il réunit les conditions de pouvoir, un jour, bénéficier
215
CGAP, Building inclusive financial systems, Donor guidelines on good practice in microfinance,
December 2004.
201
du crédit; ce qui est important sur le plan du développement des structures d’initiatives
locales.
Par ailleurs, on a vu également qu’une partie de l’épargne urbaine est transférée au milieu
rural via les caisses villageoises (CV). Cet élément est important pour le développement
local et la démonstration d’une solidarité ville-campagne grâce au transfert de l’épargne.
Ce transfert fait l'extension des objectifs du RCP-B notamment celui de la solidarité (idée
coopérative) entre les membres effectifs en ville et d’autres à venir sur les villages. Cela
montre donc que les initiatives qu’on peut qualifier de populaires (initiatives des
bénéficiaires eux-mêmes et dans lesquelles ils sont impliqués à part entière dès la
conception à leur exécution) contribuent à résoudre les problèmes de transferts vers les
« pauvres » sans problème. La spécificité du RCP-B est claire par rapport aux deux autres
SFD (FAARF et PRODIA). En effet, les clients de FAARF et de PRODIA n'ont pas de
pouvoir sur ces institutions car elles appartiennent à des autres. En effet, le FAARF
appartient à l'Etat qui a mandaté un conseil de direction pour cette institution. La PRODIA
appartient à ses membres (association) qui est composé par des personnes qui n'ont pas
nécessairement les mêmes caractéristiques des clients de cette institution. Il est d'ailleurs
clair que les membres de PRODIA (qui ne sont pas dans la gestion des PME) ne figurent
pas parmi les personnes pouvant demander du crédit à cette institution car ils l'ont créée
pour les PME.
Cependant, vu le niveau très élevé des besoins des populations pauvres en matière de
crédit, force est de constater que, comme le signale K. HALLBERG216, les résultats atteints
par les institutions de microfinance restent faibles. Surtout quand on sait que la majorité de
ces populations n’ont pas toujours accès au crédit et que même celles qui ont déjà eu accès
à ces crédits n’ont pas reçu les montants qu’ils souhaitaient avoir afin de satisfaire leurs
besoins notamment l’investissement en équipements et le financement du fonds de
roulement. Ceci est notamment confirmé par les auteurs S.H. HOLCOMBE et P. HUGON
dans leurs études respectives sur les activités financées par la Grameen Bank au
Bangladesh et sur les micro-unités et PME en Afrique Subsaharienne217. Nous tiendrons
216
HALLBERG K., Small and Medium Scale Enterprises : A Framework for Intervention, Small Enterprise
Unit, Private Sector Development Department, The World Bank, May 21, 1999.
217
HOLCOMBE S.H., Managing to Empower : the Grameen Bank’s experience of poverty alleviation, Zed
Press, London, 1995.
202
compte de cela dans la vérification de notre deuxième hypothèse portant sur l'impact du
crédit en matière de survie plutôt que de capital. En effet, bien que la microfinance ait des
avantages au niveau de quelques individus touchés, elle reste toujours limitée en termes de
ses impacts tant au niveau de la formation du capital matériel qu'au niveau macro-
économique. De plus, comme signale le CGAP218, le faible taux de pénétration de certaines
institutions de microfinance, leurs taux d’impayés ainsi que leur dépendance vis-à-vis de
l’aide extérieure, notamment dans la couverture de leurs charges de fonctionnement les
empêchent de s’imposer comme modèles alternatifs de financements viables pour les
pauvres. Or, les trois SFD visés par notre recherche se retrouvent confrontés à ces défis.
En plus de ces défis, les rapports entre ces SFD et les PME (sur base du dualisme
institutionnel ci-dessus présenté) indiquent clairement la base même de leurs logiques
d'intervention sur terrain. Ainsi, les conflits d'acteurs impliqués dans le fonctionnement de
ces SFD méritéraient d'être analysés différemment d'autant plus que leurs clients (PME)
ont des visions différentes sur ces institutions (pour le RCP-B c'est leur institution tandis
que pour le FAARF et la PRODIA c'est une institution des autres). Par ailleurs, la
solidarité ville- campagne du RCP-B mériterait également des encouragements de la part
des autres acteurs (bailleurs de fonds, bureau d'études, etc.) afin d'approfondir ce
mécanisme et d'apporter un soutien à cette solution qui contribue à la réduction de la
pauvreté dans les villages grâce aux crédits octroyés sur base de l'épargne urbaine. En
conséquence, les organismes de refinancement comme la BRS ou la BIMAO devraient être
une opportunité pour le renforcement de ce mécanisme de solidarité ville – campagne qui
aide les populations du milieu rural au travers des caisses villageoises dans lesquelles ces
populations sont membres.
Comme nous l'avons déjà signalé dans le chapitre précédent, les SFD ont des structures
différentes ainsi que des politiques différentes de crédits. Cependant, il apparaît que
HUGON P., Analyse des micro-unités et des PME en Afrique sub-saharienne, Techniques financières et
développement, Développement, n°2.86, novembre 2004, pp. 32-39
218
CGAP, Microfinance Consensus Guidelines, Guiding principles on regulation and supervision of
microfinance, July, 2003 (By Robert Peck Christen, Timothy R. Lyman, Richard Rosenberg).
203
plusieurs dénominateurs communs les unissent. En effet, ces organisations partagent une
même vision de développement qui est celle d’aider les pauvres et les exclus du système
financier classique en leur trouvant des alternatives économiques afin de les faire sortir du
cycle vicieux de pauvreté. Ainsi, les micro-entreprises et PME financées mènent presque
les mêmes types d’activités (commerce, artisanat, services, etc.) de l’économie. De plus,
les activités financées relèvent le plus souvent du secteur informel. Par ailleurs, dans les
discours des responsables de ces SFD, il n’apparaît pas une insistance sur les
performances financières de leurs institutions. Ce qui nous laisse penser que les trois SFD
accordent plus d’importance aux objectifs généraux et spécifiques de leurs institutions qu’à
la recherche de profit. En conséquence, la performance sociale de ces institutions est fort
présente en termes de capacitation des bénéficiaires mais elle est nuancée par les pratiques
d’exigence de solidarité qui s’avèrent inefficaces quand cette solidarité n’est pas voulue et
maîtrisée par les membres. De plus, le surendettement de certains de leurs clients, les
inégalités constatées, les phénomènes de recomposition sociale ou la pléthore de ces
institutions qui finalement se font la concurrence, etc. tels sont aussi des points qui
nuancent la performance sociale de ces SFD.
Les différents changements dans les politiques de crédit de ces SFD et surtout en ce qui
concerne la diversification des produits et services et dans les transformations
organisationnelles (création de services nouveaux essentiellement) se sont basés sur des
évolutions non seulement du marché mais aussi des autres formes du contexte comme la
réglementation et la position des bailleurs de fonds. Ces changements s'opèrent en douceur
(voir même en tâtonnement) dans une optique de passage des institutions de microfinance
artisanales (fonctionnement traditionnel) à des institutions plus ou moins
professionnalisées (fonctionnement moderne). Ainsi, si à l’heure de leur démarrage, ces
institutions avaient la volonté d’agir contre la pauvreté (intérêt absolument général ou
collectif), leur choix stratégique n’était pas suffisamment clair. La faiblesse des moyens
tant humains que matériels, l’absence d’expériences dans le monde et l’urgence que
certains effets de la pauvreté exigeaient ont fait que ces institutions ont longtemps vécu une
période d’apprentissage et d’essai-erreur. Nous sommes convaincu que la grande richesse
qu’avaient ces institutions dans leur démarrage était le binôme volonté-confiance de
réussir. Et cela sans que l’ambition principale soit la recherche de l’équilibre financier et la
performance en termes d’efficience et d’efficacité que les évaluations des experts leur ont
imposés. C’est donc après quelques années d’activités et surtout avec l’appui de certains
204
bailleurs de fonds pour certaines SFD, comme la PRODIA et le FAARF par exemple, que
la détermination et la définition des stratégies se sont précisées. A partir de ce moment-là,
une organisation administrative et gestionnaire de ces institutions s’est renforcée
(réorganisation, extension, révision de la politique de crédit, etc.).
Les résultats de nos analyses sur les données des trois institutions nous poussent à conclure
que ces SFD déclarent vouloir se professionnaliser en microfinance. En effet, comme les
CP sont de plus en plus assurées de leur autonomie financière dans une période allant de 2
à 5 (tant en milieu rural qu’en milieu urbain), la question centrale qui leur reste posée n’est
autre que de moderniser leur administration. Les gérants des CP sont souvent formés et les
projets au niveau des unions et de la fédération ne tardent pas à faire mention d’une
modernisation des équipements, sans oublier l’implantation d’un système informatique afin
de devenir plus efficaces. Le FAARF et la PRODIA sont déjà dotés des équipements
informatiques mais moins rentabilisés. Ils veulent de plus en plus de formations et des
mécanismes leur permettant de mieux suivre leur travail. Ces institutions, étant dans des
phases de décentralisation ou de déconcentration de leurs activités, tout en s’élargissant sur
une étendue territoriale vaste, sont amenées à mettre en place de nouvelles formes
organisationnelles pouvant coordonner ces activités.
Cela n’est pas facile d’autant plus que dans la perception de certains évaluateurs, voir
notamment VAN ESBROECK219 pour le cas de la PRODIA, la remarque d’une complexité
organisationnelle est souvent donnée. En effet, les mesures d’extension ne s’accompagnent
pas toujours d’une vraie décentralisation conférant à des unités secondaires le pouvoir de
gestion et de décision autonomes mais plutôt d’une complication de leurs directions
respectives en matière de coordination et de suivi.
Il est clair que c’est à ce défi organisationnel et institutionnel que le FAARF, la PRODIA
voire même l’URCP-B (en qualité de coordinateur de la formation et de certains aspects
stratégiques des CP) sont confrontés. Ainsi, toute évolution organisationnelle de ces
structures sera bel et bien le résultat d’un impact de tout un ensemble d’éléments analysés
219
Voir notamment VAN ESBROECK Dirk et M. SANOGO, Pragmatique et original…, Rapport de
l’évaluation du programme PRODIA-AC, Ouagadougou, août 1999, 61 p (+ annexes)
205
précédemment : le poids des acteurs, notamment celui des bailleurs de fonds, le contexte,
la réglementation et les caractéristiques des marchés.
Comme nous le fait constater PEEMANS220, bien que les projets de plusieurs associations
visent le développement local par la recherche d’intégration entre les composantes
économiques et sociale, cette intégration est « souvent battue en brèche par les offres de
développement des intervenants extérieurs qui préconisent au contraire la spécialisation
des filières de production, de commercialisation et de crédit, appuyée par une formation
professionnelle spécialisée, et des formes de gestion managériales aux mains d’experts
étrangers ou locaux ». Il est clair que les trois SFD n’échappent pas à cette vision de
spécialisation ici voulue non seulement par les bailleurs de fonds mais aussi par d’autres
acteurs comme les autorités monétaires et autres. C’est pour cela d’ailleurs qu’ils déclarent
vouloir se spécialiser. Or, cette spécialisation cache cette ambiguïté entre la recherche de la
combinaison des aspects sociaux et des aspects économiques pour réussir leur mission de
développement qui est d’aider les pauvres et les exclus du système bancaire classique.
Ainsi, ces organisations travaillant pour une mission sociale bien déterminée et leur octroi
de crédit étant une activité non seulement sociale mais aussi économique (commerciale), il
est évident que ces organisations devront continuer, pour reprendre les termes de
PEEMANS221, à encastrer le fonctionnement du marché et à empêcher que celui-ci se
transforme en un instrument de l’accumulation privée222. Et c’est cet équilibre-là entre le
social et l’économique au service de leur mission sociale qui les amène parfois à une forme
de prudence, de tâtonnement et de lenteur en ce qui concerne l’intégration de leurs activités
de crédit dans les schémas dédiés aux activités de finance moderne et capitaliste.
Il apparaît par ailleurs que le nouvel associatisme informel et populaire créé par les ONG
(sur base de la solidarité traditionnelle) entraîne les ruses et la mauvaise foi. De plus, il
crée une société importée (et contrôlée) par une certaine élite. Il privilégie la consolidation
220
PEEMANS J.P., [Link]. p.486
221
PEEMANS J.P., op. cit. p.487
222
Nous sommes convaincus que l’accumulation en soi n’est pas un mal. Mais quand cela est le seul but
poursuivi, nous avons des doutes sur son efficacité à la réduction de la pauvreté. Par ailleurs, l’encastrement
du marché permettrait un épanouissement et une valorisation des logiques sociales telles que la solidarité,
l’esprit de famille et les réseaux sociaux utiles pour la survie des populations pauvres.
206
des SFD et l'entreprenariat sans se soucier de l'avenir et de l'identité des tontines classiques
et d'autres pratiques populaires qui sont souvent à la base de ces mécanismes. La gestion
d'un tel nouvel associatisme risque de se heurter sur une résistance (ou ruse) basée sur la
méfiance à cause de sa fausse solidarité manipulée. Cela est souvent accompagné par une
utilisation de la politique de crédits basé sur les taux très bas (ou offres provocantes). L’on
peut donc se poser la question de savoir la nécessité pour ces ONG de développer ce genre
de pratiques qui, à la fin, sont interprétées comme étant une vente de crédit à tout prix et
ayant comme effet l’endettement des pauvres.
207
7.1. Introduction
Les déclarations des entrepreneurs des PME (en même temps bénéficiaires des crédits des
SFD déjà analysés) se réfèrent à leur vécu historique. En nous référant à BRAUDEL223,
toute société a effectivement un héritage historique donné qu’il est important de prendre en
compte pour savoir ce qui est maintenant considéré comme rupture ou comme continuité
en matière de son développement. Nous avons tenu compte de cela dans l’étude
contextuelle du Burkina Faso et nous allons faire de même dans le cadre des entrepreneurs
des PME pour savoir ce qui est à la base de la création de leurs entreprises et de
l’historique des activités qu’ils mènent. Ainsi, la restitution que nous allons faire ne se base
que sur les déclarations des bénéficiaires lors de nos entretiens. Toute extrapolation des
résultats de notre recherche à l’ensemble des opérateurs dans le secteur des PME doit se
faire avec prudence car, comme nous allons le constater dans ce chapitre, il y a encore un
besoin de faire des analyses plus poussées sur le degré, l’évolution et la nature exacte des
opérations menées par les PME sur une grande échelle et sur une longue période afin de
comprendre davantage leurs aspects socio-économiques. Le présent essai sur une trentaine
de PME n’est donc qu’une tentative, basée sur un temps court de travail sur terrain, de
compréhension des dynamiques des PME urbaines qui sont en même temps bénéficiaires
des crédits des institutions de microfinance.
En 2001, nous avons été en contacts avec une trentaine d’entrepreneurs (avec questionnaire
à l’appui) qui ont partagé avec nous leurs expériences, leurs activités, leurs réalisations
ainsi que les difficultés qu’ils affrontent dans leurs entreprises. La durée du séjour dans le
pays a été d’un mois. Nous avons profité de ce séjour pour nous rendre aussi dans la
223
BRAUDEL Fernand, La dynamique du capitalisme, Arthaud, Paris, 1985, 121 p.
208
Province du Houet et à Bobo Dioulasso pour rencontrer les agents de crédit du FAARF qui
nous ont fait visiter les groupements et d’autres bénéficiaires de crédit dans la ville de
Bobo Dioulasso. C’est suite à l’accord obtenu par la Directrice du FAARF et l’instruction
qu’elle a donnée aux agents de crédits dans cette région que nous avons pu faire notre
mission convenablement. Evidemment que c’était la même chose au siège où nous avons
rencontré aussi beaucoup de clientes du FAARF même si elles ne font pas partie de notre
échantillon car elles ne répondaient pas souvent aux critères de notre échantillon (la plupart
de ces clients font du commerce ambulant). Cependant, les informations qu’elles nous ont
fournies ont été très utiles pour comprendre ce qu’elles faisaient et comment elles s’y
prenaient pour avoir un crédit chez FAARF. Pour rappel, les 30 PME répondaient aux
critères suivants :
- Avoir une existence d’au moins 3 ans ;
- Avoir une activité et une implantation dans la ville de Ouagadougou ou dans sa
périphérie et être enregistrée ;
- Avoir bénéficié au moins deux fois d’un crédit des SFD de notre échantillon (du FAARF
ou du Réseau des Caisses populaires ou de la PRODIA) ;
- Le propriétaire de la PME ne travaille pas seul et nous avons accès à son lieu d’activités ;
- Le propriétaire parle le français pour permettre un échange sans interprète.
Notre échantillon de PME est constitué de 3 menuisiers, 3 restaurateurs, 3 télé-centres, 4
couturiers, 1 cordonnier et fabricant de chaussures, 1 photographe, 3 vendeuses de pagnes
ou d’habits, 2 soudeurs, 1 agriculteur-éleveur (poussins), 1 constructeur et restaurateur, 1
pressing, 1 fabricant de glaces, 1 photographe, 1 fabricant d’objets d’ornements en bronze,
2 bijoutiers et de 2 vendeurs d’articles divers (échoppes) sur le marché central.
209
destinée à cette activité. Seulement 11/30 sont dans des ateliers différents des logements de
leurs propriétaires.
Les entrepreneurs qui travaillent chez eux ou dans des locaux juxtaposés à leurs demeures
nous ont informé que, malgré la non-séparation des activités de l’entreprise de celles de la
maison, cela n’est pas toujours un inconvénient. En effet, quelques déclarations soulignent
les avantages de réaliser les activités de la PME dans la même enceinte que son logement.
Un responsable d’un télécentre nous a dit ce qui suit : « Il y a des jours où on n’a pas
beaucoup de clients ; alors là on peut facilement faire la présence à la boutique et suivre
d’autres urgences sociales à la maison comme le cas des visites ou de gardes des enfants
ou autres membres de la famille qui sont malades ».
Par ailleurs, une vendeuse (classée parmi les 3 restaurateurs) de dolo – bière locale
fabriquée à base de mil - nous a également confié ceci : « C’est important de gérer son
activité près de chez soi; comme ça les gens te connaissent mieux et l’institution qui me
donne du crédit me fait confiance pour cela. Ils ont constaté que je ne compte pas
seulement sur cette activité et que je suis bien installée chez moi ». Par ces propos, nous
nous sommes rendu compte que le fait d’exercer une activité génératrice de revenu n’est
pas toujours quelque chose qui se fait en dehors de la famille. En effet, les activités de la
PME sont intégrées dans une vie sociale complexe à tel point qu’on ne saurait pas
hiérarchiser ce qui fait priorité. La logique productive est intégrée dans une forme de vie
sociale très large. Le fait que la vendeuse de dolo nous a signalé qu’elle est bien installée
chez elle nous renvoie également à une autre réflexion du poids de sa PME dans sa vie
sociale. En effet, la PME est important pour elle (et elle en fait d’ailleurs la publicité) mais
elle n’est pas quelque chose de principale qui caractérise l’identité de l’entrepreneur. Elle
est bien chez elle, elle est bien installée avant même d’être propriétaire de la PME. Quand
nous avons voulu comprendre plus sur sa déclaration, nous nous sommes rendu compte
que c’est une femme dont le mari avait été longtemps fonctionnaire de l’Etat et qui avait
bien gagné sa vie. Le fait d’être bien installée soulève indirectement cette vie antérieure
qui lui a permis d’avoir une belle maison et d’autres biens ainsi que le capital pour lancer
la production de la bière locale.
Les PME installées au centre ville sont donc de deux types : celles dont les activités se
déroulent dans la même enceinte que le logement du propriétaire et celles qui se trouvent
211
sur un site différent de l’habitation. Les raisons avancées pour l’installation au centre ville
sont les suivantes :
- être proche de la clientèle : télécentre, pressing, couture, fabricant de chaussures,
menuiserie, etc.
- être très proche des matières premières et intrants : les mêmes PME ci-dessus
mentionnées plus la restauration.
- ne pas mélanger les activités professionnelles et la famille : un commerçant des
vêtements de mode, un couturier styliste, le soudeur.
Les PME qui sont dans la périphérie ont généralement des clients qui travaillent ou
habitent dans le même quartier de leur implantation : restaurant, couture, élevage de
poussins, etc.
Deux PME nous ont indiqué en quoi le centre ville, comme lieu d’implantation de leurs
ateliers, constituait un désavantage, en expliquant le peu de marge de manœuvre qu’elles
ont, en ce qui concerne l’utilisation de l’espace disponible : « Ici, je fais la soudure et il
m’arrive d’avoir une commande de charpentes et d’autres produits encombrants. Comme
mon atelier est insuffisant, je ne vois pas comment m’empêcher de gêner la circulation sur
la route... avec un risque de blesser les passants…. En tout cas, j’ai peur et la police m’a
déjà interpellé sur cette question ».
Cette question de sécurité se pose très souvent pour les activités des artisans de la ville
d’Ouagadougou tout comme dans d’autres régions des pays en voie de développement.
Elle concerne donc plusieurs aspects :
- La sécurité environnementale : les déchets produits par ces activités ne sont pas toujours
recyclés (comme le métal et certaines sciures de bois). Par ailleurs, l’encombrement que
cause ce soudeur n’est pas sans danger non seulement pour la circulation mais aussi pour
les passants ;
- La sécurité des personnes : notamment les passants qui risquent d’être blessés quand ils
sont tout près des objets et matières utilisés par ces activités ;
- La sécurité des travailleurs : plusieurs menuisiers n’avaient pas de protections contre la
sciure tout comme les soudeurs n’utilisaient pas toujours les casques et les visières pour
leurs yeux.
Ces différents risques ne peuvent pas être évités si l’entrepreneur n’investit pas dans la
construction d’un atelier convenable ou dans l’aménagement de l’espace de son atelier
212
actuel, tout comme dans le matériel de protection. Il est par ailleurs à noter que les stands
de certaines commerçantes de glaces (glaçons dans un sachet) d’habits et autres fournitures
ne disposent pas non plus d’étagères ou de tables adaptées pour l’exposition des produits à
vendre.
Lors de notre visite chez un menuisier, ce dernier nous a déclaré : « Je viens d’acheter de
nouvelles machines pour le rabotage et la finition mais je n’ai pas assez de place dans cet
atelier. Je suis en train de négocier pour m’installer à la périphérie de la ville, là où je
pourrai travailler tranquillement ». Ces propos illustrent combien la question de l’espace
est vitale pour le développement de certaines PME. Sans disposition d’un espace
convenable où il pourra installer ses machines, notre menuisier ne peut pas se développer
comme il faut. Quant à sa stratégie d’extension de son atelier, nous remarquons
qu’effectivement la recherche du terrain et l’acquisition des équipements supplémentaires
sont faites simultanément. L’on pourrait penser qu’il serait judicieux de procéder d’abord à
l’acquisition d’un terrain, à son aménagement et à la construction du nouvel atelier avant
d’acquérir les équipements nécessaires. Cependant, ce qui nous a été expliqué est que
l’entrepreneur a acheté au fur et à mesure des machines d’occasion suivant leur
disponibilité et les moyens financiers dont il a disposé. Ce genre de procédure
d’investissements semble être commun à la plupart des PME, car ces dernières profitent
des occasions offertes suivant les moyens financiers dont elles disposent. Suite à la
question d’un éventuel risque que ce déménagement pourrait avoir sur sa clientèle actuelle,
le menuisier a signalé qu’il n’avait pas d’inquiétudes car il est bien connu et qu’il y a
toujours moyen de faire de la publicité sans être installé au centre ville.
Au vu de tout ce qui précède, il est difficile de savoir si le fait d’être au centre ville, pour
une PME, était un avantage absolu. La tendance est de constater que les PME de service
(télécentre, pressing, etc.) ont intérêt à rester au centre ville là où les clients sont nombreux
(beaucoup de gens habitent en ville ou sont de passage là bas pour les courses diverses) et
où le pouvoir d’achat est plus ou moins élevé. Par contre, les PME qui ont déjà une
certaine maturité et dont les activités sont bien connues par les clients ne voient pas
d’inconvénients à rester dans la périphérie, où elles peuvent bénéficier d’un emplacement
adéquat. En définitive, l’emplacement est important selon le cas et sur base des aspirations
de l’entrepreneur. Si, pour ce dernier, le fait de rester avec la famille est plus important,
alors le reste (comme le marché ou le meilleur emplacement) comptera moins.
213
Deux entrepreneurs nous ont signalé avoir besoin d’un crédit pour l’extension et le
déménagement de leurs ateliers. Cependant, compte tenu de la taille relativement modeste
de leurs entreprises et de leur rentabilité financière un peu limitée, ces entrepreneurs
préfèrent prendre en charge, dans l’avenir, les coûts d’extension et de déménagement de
leurs ateliers à partir de leurs propres financements. Ainsi, la question de mesurer la
rentabilité des investissements en construction d’ateliers reste posée. Et c’est cela par
ailleurs, en plus de l’insuffisance des fonds de crédit des institutions de microfinance, qui
fait que ces institutions ne financent presque pas les constructions.
b) En terme réglementaire
Toutes ces PME de notre échantillon nous ont déclaré qu’elles sont enregistrées et qu’elles
paient un impôt appelé « La contribution du secteur informel » (CSI). La CSI a été
introduite au début de 1994 comme une contribution forfaitaire qui se fixe dans la
fourchette comprise entre 3.000 et 100.000 FCFA selon l’activité et la localisation, et qui
concerne les entreprises individuelles réalisant un chiffre d’affaires inférieur à 5 millions
de FCFA. La CSI s’est dès lors substituée à tous les impôts et taxes. Elle donne lieu à un
certificat autorisant l’exercice d’une activité fixe ou ambulante.
Voici par exemple cette déclaration «Il y a des gens qui nous appellent des informels. On
est informel comment ? Alors que même à la mairie, on nous invite pour parler de la
meilleure organisation de nos activités et celle de la propreté de la ville par exemple et que
nous payons des impôts pour nos activités? ». Cela nous a été dit d’autant plus que la
214
b) Concurrence
Force est de constater que les différents secteurs des PME de notre échantillon sont forts
présents dans la ville et dans ses périphéries. Les domaines du commerce et de la
restauration dominent ces secteurs. Quand on observe de près la proximité de ces
entreprises et l’identité commune des produits et services rendus, on peut être tenté de dire
qu’elles se font une très grande concurrence. Si cela est vrai, il est cependant clair qu’elles
parviennent à se maintenir non pas parce qu’elles gagnent beaucoup d’argent mais plutôt
parce qu’elles assurent une occupation et une survie à leurs entrepreneurs et par
conséquent à leurs familles. C’est ce que les entrepreneurs nous ont déclaré presque à
l’unanimité dans ces différentes réponses : « oui, il y a place pour tout le monde », « ça
dépend des clients, chacun a ses clients », « Dieu donne à chacun les revenus qu’il lui faut,
on se concurrence mais dans la fraternité », « Parfois certains clients me paient le même
produit que mon collègue est d’accord de leur céder à un prix inférieur au mien », « ça
dépend, il y a des jours où je ne vends pas beaucoup où l’autre vend et vice-versa »,
« l’important est que nous sommes tous là, Dieu est grand ! ». Nous pouvons donc
conclure à partir de ces discours de 6 entrepreneurs que c’est effectivement la condition de
nécessité qui prime et qui milite fort pour l’importance de la considération d’une
« occupation » pour la «survie».
Cependant, les PME en milieu urbain sont susceptibles de prospérer, car elles ont un
marché assuré avec la croissance des villes de l’Afrique de l’Ouest estimée à environ 5%
par an (ce qui est le cas du Burkina Faso en particulier) et la modernisation des styles de
consommation chez les détenteurs des revenus intermédiaires. Il est important de signaler
216
également que la part du PIB urbain est passée de 38% en 1960, à 66% en 1990 en Afrique
de l'Ouest. Nous observons, par exemple, que les ateliers de soudure ou de production de
meubles en bois sont souvent saturés de commandes au moment même où l’importation de
meubles préfabriqués continue à un rythme soutenu, pour ceux qui exigent une finesse et
une qualité que la plupart des artisans ne sont pas prêts à offrir, faute d’équipements
adéquats ou de connaissances techniques.
En définitive, même si la lutte pour la survie et l’occupation priment sur la réelle nécessité
de rentabilité de ces PME, il est aussi évident que le marché est suffisamment en
croissance et en quête des biens et services diversifiés. Le défi posé à ces PME est de
produire en quantité et en qualité les biens et services qui suivent cette évolution de la
demande. Et en cela, les appuis en crédit peuvent permettre aux PME d’innover et de se
développer. Mais cela à condition que les promoteurs de ces PME soient conscients de
cette évolution et s’impliquent dans la maîtrise de plusieurs variables de gestion (qualité,
respect des commandes, etc.). L’inverse pourrait alors conduire l’entrepreneur à investir
dans un système qu’il sera incapable de maîtriser et qui peut lui coûter cher en cas de
faillite.
Une de ces femmes clientes du FAARF (vendeuse de pagnes) nous a dit : « Le FAARF,
c’est pour nous les femmes, mais il faut aussi montrer que nous sommes dynamiques et
217
surtout que nous sommes en groupe solidaire. Or, ce n’est pas à tout le monde de trouver
des amies avec qui vous vous engagez pour un crédit octroyé à une des vos collègues ».
Une autre femme nous a confié ceci : « Avoir du crédit c’est la chance. Les gens disent oui
il y a le FAARF pour vous, mais…il faut voir combien c’est dur de remplir les critères ; il
ne suffit pas d’être une femme et d’avoir une activité». Par ailleurs, une cliente d’une
Caisse Populaire au centre de la capitale (échoppe) nous a dit : « Je reçois le crédit sous les
mêmes conditions que les hommes. J’épargne comme les autres et nos dossiers de
demande de crédit sont traités par les hommes et les femmes qui sont élus. Il n’y a donc
pas de traitement différencié, il suffit de remplir les conditions ou pas ».
7.3.4. La question d’emplois et d’implication des réseaux sociaux dans les PME
Le nombre total d’emplois estimé pour les 30 PME est de 110. Ce qui fait que la moyenne
est de 3,7 travailleurs par PME. Ici, il faut noter qu’en matière de distribution, 90% (donc
27 PME sur 30) des PME de cet échantillon se trouvent autour de la moyenne avec un
218
écart type de 1,7 (soit entre 2 et 5,4 personnes)[Link] nombre moyen de personnel pour
chaque entreprise de notre échantillon est de trois. Certaines activités comme la menuiserie
et la couture comptent plus de 5 personnes alors que d’autres comme le télé-centre, le
restaurant, la bijouterie comptent au maximum 2 travailleurs à temps plein y compris le
patron. En effet, dans nos critères, la PME de notre échantillon doit avoir 2 personnes au
moins qui travaillent. Seules trois PME sont en dehors de la moyenne plus l’écart type :
les PME E3 avec 6 personnes, E4 avec 10 personnes et E11 avec 8 personnes. Parmi les
membres du personnel de ces PME, il faut noter qu’il y en a ceux qui travaillent à mi-
temps ou à la pièce, et rares sont ceux qui ont un contrat avec salaire [Link] de 80% des
emplois n’étaient pas en règle avec la législation en vigueur225. Cela est dû au fait que dans
la ville de Ouagadougou on assiste à un fort taux de sous-emploi dû à la forte croissance de
la population active (jeunes et migrants)le coût de la main d’œuvre est moins cher à cause
notamment de l’augmentation des jeunes et de la migration vers la capitale en provenance
des villages et des autres capitales de la sous-région. Par ailleurs, le recrutement est aussi
libre. Tout cela permet aux entrepreneurs d’embaucher quelqu’un quand ils veulent. Le cas
de la main d’œuvre spécialisée, comme les tailleurs possédant un niveau élevé de
conception ou le menuisier ayant une longue expérience est différent du fait de la rareté de
cette main-d'œuvre. C’est pourquoi, certaines PME donnent, à cette main d’œuvre
spécialisée, un salaire élevé afin de la maintenir dans leurs ateliers. Pour ce qui est des
autres ateliers, il y a une très grande flexibilité d’entrée-sortie pour la main-d’œuvre. En
effet, l’ouvrier est recruté très facilement sans formalité, la fixation des conditions de
travail est flexible, le contrat peut être oral et le licenciement (avec ou sans l’accord de
l’ouvrier) n’est pas compliqué.
Les patrons ne veulent pas s’engager à payer des montants à la sécurité sociale alors qu’ils
souffrent de réels problèmes de fonds de roulement ou de financement des investissements.
224
Voir 6ème colonne du tableau contenant quelques informations sur notre échantillon en annexe 2.
225
Cependant, il est bien clair dans la législation du pays que l’embauche d’un travailleur national (ou
étranger) est soumise à une formalité administrative, celle de l’affiliation à la Caisse Nationale de Sécurité
Sociale (CNSS). Pour ce faire, l’employeur est tenu de se faire immatriculer – si ce n’est déjà fait lors de la
création de son entreprise - à la CNSS et d’immatriculer ses salariés dans les 8 jours. Les charges de sécurité
sociale supportées par l’entreprise et par le travailleur sont respectivement de 18,5% et de 4,5% des
rémunérations de base en plus des cotisations de prestationns familiales, risques professionnels et assurances
et viellesse prises en charge en grande partie par l'employeur.
219
Pour ce faire, ils se contentent de faire travailler leur personnel sur base d’un contrat non
écrit et parfois sous forme d’un paiement à la pièce. Par exemple, quand une commande de
6 chaises arrive, le patron charge le menuisier de les fabriquer tout en lui promettant de lui
verser à la fin des travaux ou en paiements intermédiaires 500 FCFA par pièce. A titre
indicatif, les barèmes des traitements mensuels bruts des différentes conventions
collectives s’établissent comme suit :
Sur base des références ci-dessus mentionnées, l’on peut facilement supposer que le salaire
d’un ouvrier dans une PME du type de notre échantillon se situe entre 27.000 et 60.000
FCFA. Cependant, il n’en est rien car plusieurs patrons qui ont accepté de nous révéler le
niveau de leurs salaires, nous ont déclaré que leurs ouvriers touchaient entre 5.000 et
25.000 FCFA. Donc, le secteur reste toujours marginal en terme de règles en matière
d’embauche (comme l’affiliation à la sécurité sociale) et au niveau du salaire (très en
dessous de la moyenne suggérée par les services publics). Le secteur des PME n’est pas le
seul à afficher des performances faibles en matière d’emploi. En effet, d’autres niveaux de
salaire plus bas se retrouvent dans les sociétés commerciales de la place (magasin,
restaurant de grande importance, etc.) où les ouvriers touchent même moins que dans les
PME. C’est le cas également des employés et des gens de maison chez les personnes aisées
et nanties de la capitale qui paient des salaires très bas (de 5.000 à 15.000 FCFA) ou rien
du tout en dehors de la prise en charge en terme de nourriture, de logement et de frais
médicaux. Nous pouvons donc conclure que les emplois générés par les PME restent
précaires mais relativement bien payés par rapport aux niveaux et traitements assurés par
d’autres emplois d’ouvriers et de travail de maison dans d’autres secteurs.
220
L’estimation des coûts de transaction des PME de notre échantillon n’a pas été faite parce
que pour chaque entrepreneur, les coûts varient notamment d’autant plus la nature de leurs
activités est différente et que la récolte de ces informations n’était pratiquement possible
dans le cadre de cette recherche faute de temps et de moyens. Ainsi, pour ce qui concerne
par exemple le coût du transport, les moyens utilisés par les entrepreneurs sont différents
(mobylette, voiture, taxi, bus, vélo ou à pied), le coût du temps d’attente varie aussi d’une
activité à l’autre ou d’un moment à l’autre, etc. Par exemple, une vendeuse de pagne qui
rate le jour de marché ou le restaurateur qui rate son heure de midi pour aider à servir ses
clients évaluera son temps suivant le jour pris pour aller négocier le crédit en fonction de
plusieurs paramètres (son estimation de sa journée spécifique de travail, ce qu'il attendait
comme gain, son niveau de vie, etc. Il en est de même pour la composante introduite par
M. LABIE226 dans les coûts de transaction appelée « coût de courtoisie ». On ne saurait pas
évaluer facilement ces coûts car renfermant à la fois des informations complexes voire
même confidentielles. En effet, le demandeur de crédit vous avouera difficilement qu’il a
donné un pot de vin, qu’il a acheté un habit neuf pour sa visite à l’institution de
microfinance, qu’il a offert un plat ou des boissons au personnel de l’institution lors de leur
visite au projet pour l’évaluation de la rentabilité de son activité, etc. Ceci dit, nous ne
pourront que nous limiter sur l'appréciation globale tirée des discours de nos interlocuteurs.
226
LABIE M., [Link]. pp. 112-113.
221
Le niveau de crédit octroyé aux PME de notre échantillon nous a semblé inférieur aux
besoins exprimés. En effet, plusieurs entrepreneurs nous ont signalé avoir demandé plus
que ce qu’ils ont reçu. La révision à la baisse étant opérée par le SFD sur base des analyses
socio-économiques du dossier présenté. Par ailleurs, il a aussi été constaté que le montant
demandé par l’entrepreneur dépassait de loin le plafond fixé par les responsables du SFD.
Cette question de différence entre le montant de crédit demandé et le montant de crédit
227
VAN DIJK M.P., Le secteur informel de Ouagadougou et de Dakar, Possibilités de développement de
petites entreprises dans deux capitales de l’Afrique de l’Ouest, 1983, p.348
222
octroyé est problématique. Elle oblige les entrepreneurs à choisir une raison qui est celle
véhiculée par les messages de l’institution de financement et empêche le financement de
l’entièreté du besoin de l’entrepreneur.
En effet, quand l’entrepreneur sait déjà que l’institution de microfinance ne finance pas les
investissements (comme l’acquisition d’une raboteuse pour la menuiserie), il va s’arranger
pour demander un crédit pour faire face à une commande. Et si besoin en est, il pourra
compléter son épargne par une partie du montant de crédit et acquérir la machine voulue
sans toutefois la déclarer. Par ailleurs, le fait de réduire le montant demandé n’est pas
toujours justifié par une évaluation objective qui conclut que l’entrepreneur est incapable
de rembourser le montant demandé. Elle est souvent plutôt justifiée par la limitation pure
et simple des plafonds de l’institution de microfinance.
Presque tous les crédits octroyés à ces PME sont de court terme, arrivant difficilement à un
an. Force est de constater d’ailleurs que plusieurs de ces crédits sont octroyés sur un délai
de 3 à 6 mois. Ainsi, cela est fait pour non seulement faire profiter le peu de ressources
dont disposent les IMF à plusieurs PME mais aussi pour éviter des conflits potentiels liés à
un contrat à long terme avec les PME dont ces IMF ne connaissent pas souvent assez. De
nouveau ici, la théorie de l’agence228 qui se fonde précisément sur les conflits potentiels
qui existent entre le mandant et mandataire ou entre le prêteur et l’emprunteur trouve sa
place. Ainsi, l'IMF préfèrerait naturellement prêter à court terme pour pouvoir vérifier à
très court terme la solvabilité de son client. Ainsi, la combinaison de plusieurs aspects
notamment le court terme, les montants faibles pour les premiers crédits, l'exigence des
avals ou l'effectivité d'être membre d'un groupe solidaire ou d'un groupement, etc. est une
façon pour les IMF d'éviter les risques de non remboursement et donc les risques de
conflits et les coûts que ceux-là peut engendrer.
Le cas le plus cité dans cette gamme d’offres de crédit de court terme est celui du
commerce. En effet, dans le commerce il arrive même qu’à la livraison des articles
commandés, le commerçant soit capable de vendre les produits (quand son marché est bien
connu) et de rembourser immédiatement. C’est pour cette raison d’ailleurs que les SFD
calculent les intérêts à payer sur base d’un taux annuel forfaitaire plutôt que sur un taux
appliqué sur la période écoulée en possession du crédit. Dans ce cas, le SFD bénéficie du
228
Voir notamment 2.2. du chapitre 2.
223
remboursement plus tôt que prévu (et donc pouvant investir la somme dans un autre crédit)
et bénéficiant du même montant des intérêts. L’entrepreneur concerné ne se plaint pas non
plus car (souvent commerçant), il a dû disposer d’une somme d’argent en crédit qu’il ne
pouvait pas facilement trouver ailleurs (banque classique ou usurier).
Nous avons constaté que les personnes qui remboursent plus tôt que prévu le font pour se
débarrasser de cet argent, de peur de le dépenser dans des circuits sociaux. Cet argent
remboursé est obtenu suite à la livraison de la commande, à la vente beaucoup plus rapide
des biens et services produits ou à d’autres sources de revenus d’une autre activité ou
d’une tontine. Par ailleurs, ces personnes ont aussi peur d’investir cet argent dans d’autres
choses (notamment dans une autre activité, dans l’acquisition des équipements, dans la
construction d’ateliers, etc.) car souvent, il leur est difficile de mesurer si la nature du
nouvel investissement permettrait de générer des revenus nécessaires pour rembourser le
crédit. L’honnêteté est également une autre explication. En effet, plusieurs entrepreneurs
ne veulent pas utiliser l’argent prêté à d’autres fins que celles présentées lors de la
demande et préfèrent rembourser la totalité du crédit avant l’échéance quand ils
parviennent à avoir ce montant dans les cas précités.
Malgré ces besoins d’investissement qui sont justifiés, les PME nous ont déclaré qu’il leur
est impossible d’avoir ces financements et qu’elles sont obligées de les financer soit par :
- L’auto-financement : ce qui grève le fonds de roulement et crée des déséquilibres
permanents dans le fonctionnement de la PME
- Le crédit pour fonds de roulement augmenté de la part d’auto-financement : cette
pratique étant très délicate d’autant plus que la rentabilité de l’activité doit être
suffisamment élevée pour permettre de dégager des marges qui sont injectées dans les
investissements et dans le remboursement du crédit (principal plus les intérêts).
- Par d’autres crédits : surtout le crédit familial, d’autant plus que comme nous l’avons
déjà signalé, ces PME restent exclues du financement des banques classiques pour des
raisons multiples.
L’absence d’informations chiffrées sur leurs activités est une des raisons qui compliquent
l’appréciation de leur rentabilité par les banques. La question d’asymétrie d’information et
surtout l’incapacité de négociation des crédits auprès des banques sont également des
raisons importantes de leur exclusion. En effet, les responsables des PME ne sont en
général pas prêtes à produire les différentes informations et preuves exigées par la banque :
les pièces d’enregistrement, l’appréciation du marché et du volume d’activités, les preuves
de rentabilité du projet et son historique, le volume des dépôts et retraits, etc. Pour ce
dernier aspect, il est important de noter que seules 5 PME ont des comptes qui sont
régulièrement alimentés auprès des Caisses Populaires et aux banques classiques, mais que
d’autres disent qu’elles placent les liquidités dans les matières premières ou dans les
salaires des ouvriers. Tout cela prouve que sans épargne préalable, ces PME ont du mal à
négocier des crédits auprès des Caisses Populaires ou des banques classiques. De plus,
225
étant donné que ces institutions ne financent pas de prêts en investissement (normalement
amortissables sur un moyen terme), la question d’accès à ces financements se pose avec
beaucoup plus d’acuité. Quand nous avons approché les SFD sur cette question de
financement des investissements, nous avons compris qu’ils ne font pas cela parce qu’ils
ne disposent pas de portefeuille important, et qu’ils n’osent pas prendre de risque dans ce
domaine. Nous avons largement discuté de cette question dans les études de cas des SFD.
En matière de prise de risque, certains entrepreneurs annoncent qu’ils veulent faire ceci ou
cela parce qu’ils « pensent » que c’est rentable. Pour la plupart des entrepreneurs, il n’y a
pas de démarche de vérification du fondement de leurs hypothèses de rentabilité. Dans la
plupart des cas, ces entrepreneurs font preuve d’une longue expérience en matière de
gestion de leurs activités, et ils essayent de minimiser les risques de concurrence par
d’autres entrepreneurs ou d’importation de produits finis. Cependant, les produits importés
sont souvent de qualité supérieure (finition) et à bon marché. Ainsi, le risque lié à la non
rentabilité des nouveaux investissements est très grand.
Certains entrepreneurs nous ont par exemple avoué avoir déjà fait la demande de crédit
sans toutefois avoir l’idée bien chiffrée (sur papier) de ce que coûterait le projet. Il est clair
que sans savoir le coût du projet, l’entrepreneur ne fait que présenter vaguement
226
b) L’amortissement
L’autre considération nécessaire liée au risque des nouveaux investissements est leur
amortissement. Il est évident que tout bien d’exploitation perd de sa valeur par l’usure ou
par l’effet de perte de mode. Ainsi, tout bien acquis devrait être amorti si l’on veut qu’un
jour ou l’autre ce bien puisse être renouvelé. Or, dans le fonctionnement actuel de la
plupart des PME, l’idée d’amortissement des équipements ou des outils utilisés n’apparaît
pas beaucoup. Le bien est exploité jusqu’à sa dernière valeur résiduelle. Ce qui nous fait
penser en tout cas que la stratégie d’amortissement pour amener les PME à évaluer leur
patrimoine (dont font partie les équipements et les outils) à sa juste valeur fait défaut.
b) Les institutions apportant leur appui dans les domaines diversifiés et à des opérateurs
d’activités différentes.
Il existe au Burkina Faso plusieurs sociétés auxquelles tout entrepreneur, petit ou grand,
229
Voir chapitre 2 dans point 2.4. Théorie sur le capital des PME.
228
peut faire appel pour les études, l’expertise comptable et les conseils de différents ordres.
Les services de ces sociétés sont toujours payants mais peuvent aider les entrepreneurs qui
veulent relancer ou moderniser leurs activités. Il s’agit notamment de :
Il existe également un bureau d’études « L’Afric Conseil » qui est actif dans les études et
recherches approfondies et qui peut aider ou orienter les entrepreneurs des PME en leur
prodiguant des conseils ou en leur fournissant quelques résultats de leurs travaux.
- L’Association Femmes Solidarité AFS (Femmes Chefs d’Entreprises) qui appuie les
femmes dans leur recherche de fonds de garantie et d’appui-conseil ;
L’existence de toutes ces structures d’appuis dans des domaines variés laisse penser que le
secteur de la microfinance n’est pas isolé. Si l’on essayait d’acheminer ces services vers les
petits entrepreneurs, les résultats de ces derniers seraient spectaculaires en ce qui concerne
le développement et la performance de leurs activités. En essayant d’analyser les offres de
ces institutions en matière de renforcement des capacités, nous avons pu nous rendre
compte que les choses ne sont pas si simples.
En effet, la plupart de ces services sont payants et sont offerts parfois à des membres ou
des sociétés qui sont enregistrées donc détenteurs d’un registre national. C’est le cas par
exemple des entreprises affiliées à la Chambre de commerce et d’Industrie. Les services
qui sont payants sont d’une bonne qualité mais difficilement rentabilisables par
230
l’entrepreneur, comme par exemple les formations à la gestion des ressources humaines, la
gestion du risque, la planification, etc. Même dans les cas où les entrepreneurs trouvent
grand intérêt à suivre ces cours, ils ne concrétisent pas cela faute de moyens ou d’analyse
favorable de leur coût d’opportunité.
D’autres services ne sont pas carrément connus par les entrepreneurs et sont destinés à
certains clients des IMF ciblés par ces derniers. Il s’agit par exemple de l’analyse des
dossiers rudimentaires préparés par les entrepreneurs pour le financement en
investissement par PAPME. Seuls quelques entrepreneurs ont eu connaissance de ce
service malgré l’intensité de la publicité à la radio et dans d’autres médias locaux. Et le
plus souvent, quand bien même le dispositif est connu par l’entrepreneur, ce dernier le juge
d’office très complexe et n’y voit pas d’opportunité.
Ainsi, la marginalisation des PME est donc créée à la fois par les systèmes de financements
classiques (par leurs conditionnalités), les institutions d’appui par leur inaccessibilité (pour
des raisons déjà citées), par les PME elles-mêmes notamment par leur propre mode de
gestion (par leur absence de souplesse et leur immobilisme dans la prise de contacts).
La première raison de cette inquiétude tient compte du fait socio-culturel. Voici ce que
nous a déclaré un bijoutier : « Etre endetté signifie avoir eu la chance d’être secouru. Or,
avoir une chance n’est pas fait pour tout le monde. D’où il ne faut pas gâcher sa chance ».
Ces propos ont aussi été confirmés en d’autres termes par un tailleur : « On sait très bien
qu’avoir un crédit n’est pas facile. D’abord même ton propre frère, à moins qu’il soit
milliardaire, n’est pas capable de te prêter 200.000 FCFA. Avoir un crédit d’un tel
montant, c’est une chance. Ne pas rembourser, c’est se priver de cette chance pour
l’avenir, car on a toujours besoin du crédit pour nos activités ». Ces propos montrent
comment le crédit obtenu est une manne qui tombe du ciel et qui a une importance capitale
dans la survie de la PME. Ne pas avoir la chance de voir ce crédit renouvelé dans l’avenir,
c’est hypothéquer sa survie.
Par ailleurs, en plus de cette importance du crédit qui tient à cœur à l’entrepreneur, le non-
remboursement du crédit est évité pour des raisons sociales. La vendeuse de pagnes nous a
confié ce qui suit : « Si je ne rembourse pas, mes amies du groupe solidaire risqueront de
ne pas avoir du crédit parce qu’elles se sont engagées aussi pour mon crédit ». Ces propos
indiquent combien la solidarité dont on jouit grâce aux engagements des autres doit être
réciproque. Ethiquement ce serait inacceptable de mettre en péril les projets des autres en
les obligeant de rembourser le crédit dont quelques-uns ont bénéficié. Priver les autres
membres du groupe solidaire ou mettre en difficulté son aval est quelque chose qui est
considérée comme non seulement un tabou mais aussi comme une « mort sociale » dans la
société burkinabè. Cependant, quelques cas de malhonnêteté sont quand même signalés.
situation déplorable met la personne poursuivie dans une forme d’exclusion et de faible
considération dans la société. La personne endettée et sans réelle porte de sortie (en
remboursement) se sent également fragilisée.
Tous ces éléments illustrent donc combien les entrepreneurs de notre échantillon ont
vraiment peur de faillir à leurs engagements de rembourser les différentes tranches du
crédit, telles qu’acceptées lors de l’octroi du crédit. Ne part rembourser conduit à ce que
nous avons appelée « mort sociale ». Et pour reprendre les termes de la cliente ci-dessus
c’est la fin de soi-même dans la société.
Cette forme d’engagement ferme envers le remboursement se trouve quasiment dans les
discours des entrepreneurs. Cependant, il existe des cas contraires à cette règle et qui nous
été racontés par nos interlocuteurs lors de la récolte des données:
par exemple du décès de l’entrepreneur ou d’un des ses parents, d’une panne grave d’une
des machines clefs de la production, la perte du capital par le vol, l’incendie (comme la
toute dernière du marché de Ouagadougou par exemple). Dans le cas d’un décès d’un
parent et quand c’est l’entrepreneur qui est obligé (socialement) d’assurer tout seul les frais
d’enterrement, il est évident que le fonctionnement de la PME peut en souffrir, notamment
dans les conditions où cette dernière était déjà en difficulté de liquidités ou de rentabilité.
A part quelques rares cas de forces de forces majeures, c’est toujours l’entrepreneur qui
porte la responsabilité du non-remboursement pour sa mauvaise gestion, sa mauvaise
appréciation du crédit ou sa malhonnêteté.
Comme les activités de notre échantillon le montrent, nous avons à faire à trois types
d’activités : les activités de production de biens (menuiserie, soudure, fabrication de
glaces, etc.), les activités de transformation (bijouterie), les activités de production de
services (téléphonie, secrétariat, restauration, etc.) et les activités de commerce pur destiné
à l’écoulement des biens produits par les autres (sans y apporter de modifications) vers les
consommateurs finaux (commerce de pagnes par exemple). La vente des biens et services
se fait par commande ou par la présentation du client à l’endroit de l’activité. Il est par
ailleurs fréquent de constater que les activités de production et de transformation se
contentent de produire quelques modèles exposés. Cependant, il n’existe pas plusieurs
modèles exposés, faute de moyens pour ces PME de les financer.
Les activités de services et de commerce ont par ailleurs une stratégie axée sur la publicité
de bouche à oreille dans le quartier. Par exemple, le type qui travaille dans une cabine
téléphonique offre une ristourne à ses clients pour que ces derniers aillent dire aux autres
qu’il octroie des avantages. Il en est de même pour la commerçante des pagnes. Elle va
même octroyer des crédits à ses clientes. Ainsi, après avoir acheté des pagnes, elle fait le
tour du quartier en déposant un pagne chez une cliente qui voudrait bien, peut-être,
demander de l’argent à son mari le soir. Puis, elle repasse le lendemain pour voir s’il y a
une réaction positive du mari. Cette pratique est très efficace car elle permet à des
vendeuses de pouvoir écouler leurs produits en se mettant en concurrence avec les autres
au marché. Elle constitue aussi un inconvénient car le pagne non vendu risque d’être sali
dans l’entre-temps. De plus, le fait de repasser à la maison (porte-à-porte) prend
énormément de temps.
234
Comme nous l’avons déjà signalé dans le cadre de la concurrence entre les PME, il n’y a
pas de réelles différences entre les mécanismes de vente d’une PME et d’une autre du
même secteur d’activités. Un simple dynamisme de l’entrepreneur peut faire une différence
énorme dans le chiffre d’affaires. En effet, les clients arrivent et commandent ce qu’ils
veulent. Ils sont servis gentiment mais, le plus souvent, sans un réel marketing qui les attire
et les fait revenir. La vente constitue donc un réel défi pour les PME. C’est en effet, à
travers cette vente qu’elles peuvent accumuler des moyens financiers suffisants pour faire
fonctionner l’entreprise, rembourser les crédits, payer le personnel, et épargner pour les
investissements à venir ou pour d’autres projets. Sans politique réelle de vente pour les
PME, il leur est difficile de se développer.
En retournant aux éléments socio-économiques des PME de notre échantillon tels que
présentés dans les lignes qui précèdent, nous constatons que l’absence du crédit à moyen et
à long terme, notamment en ce qui concerne le financement des investissements est un
obstacle majeur au développement de ces PME. Nous constatons également qu’il existe, en
plus du crédit, d’autres difficultés notamment dans le domaine de l’organisation et de la
gestion, de la production et de l’écoulement de leurs biens et services produits, etc. Même
si certains dispositifs d’appui se multiplient pour pallier à ces difficultés, beaucoup reste à
faire notamment en ce qui concerne les appuis matériels et financiers et en matière de
formation sur : la planification (comment prévoir le développement de son entreprise et
l’accompagner); la production (comment renforcer la qualité et la productivité ); la gestion
(cours de comptabilité et d’organisation) ; le marketing (comment chercher des marchés,
soigner la distribution, être à l’écoute des goûts des clients); etc.
235
A suivre les discours des entrepreneurs interviewés, nous n’avons pas trouvé de réelles
perspectives d’avenir dans les activités des PME. Cependant, cela n’est pas synonyme de
manque d’intérêt pour l’avenir de leurs activités. En effet, les entrepreneurs veulent
absolument que leurs activités puissent grandir et générer plus de revenus. Ils souhaitent
continuer à payer leurs employés et dégager les marges nécessaires à l’investissement de
leurs unités de production et à la prise en charge des dépenses de leurs familles respectives.
C’est dans les termes suivants que l’avenir est perçu : « si je parviens à avoir plus
d’argent, je vais…. » ou bien « Si Dieu le veut, je …. » ou « Attendons voir, peut-être que
les choses [lesquelles ?] vont s’améliorer, qui sait… ? » Pour avoir l’argent il faut soit
l’obtenir dans l’accroissement de ses activités, soit obtenir un crédit ou alors avoir un
apport financier des parents. Or, les deux premières possibilités sont timidement avancées
avec beaucoup plus de réserves au moment où la troisième semble ne pas apparaître car
certains nous ont avoué avoir beaucoup bénéficié des apports des parents dès le début et
que c’est leur tour d’aider les autres (cousins, frères, etc.).
Par ailleurs, nos interviewés entrepreneurs nous ont affirmé, à juste titre, que leurs activités
leur permettent de vivre et de faire vivre leurs employés, mais que leur croissance reste
limitée par le faible niveau du capital investi et la solvabilité du marché adressé. Ceci dit,
l’avenir n’est pas pris avec une réelle ambition de changement des conditions actuelles,
mais ce n’est pas pour autant que la situation actuelle est jugée comme morose. En effet,
comme nous allons le constater dans les analyses au niveau de l’impact, les activités des
PME ont permis de sécuriser la survie des entrepreneurs et de leurs employés ainsi que de
leurs familles respectives. Ceci est capital quand on essaie de comparer cette situation des
PME à la situation socio-économique déplorable qui prévaut dans la classe populaire du
Burkina Faso en général et de la capitale Ouagadougou en particulier.
236
Nous avons constaté dans ce chapitre que les PME concernées sont dans des domaines
d’activités différents. Elles sont dans la production, la transformation des biens et services
et dans les activités de commerce. Les entrepreneurs disposent généralement d’une bonne
connaissance du milieu dans lequel ils opèrent et ont eu une motivation dès le départ qui
les a lancés dans l’activité concernée. Cela contrairement à certaines aventures (ici
marginales) de début d’activité par imitation ou par recherche d’occupation à tout prix. Les
crédits dont leurs PME ont bénéficié sont en train d’être remboursés (s'ils ne sont pas
remboursés totalement). Leur montant est jugé très faible et n’a été accordé que pour le
financement du fonds de roulement. Aucun réel investissement n’est envisagé si ce n’est le
crédit pour l’achat du frigo ou des postes de téléphone pour les télé-centres. Même dans
ces cas, le remboursement est toujours fixé à court terme230.
Les PME font face à un défi complexe de développement car non seulement elles ont un
besoin non satisfait en financement du capital matériel, mais elles ont aussi des difficultés
en matières de production de qualité, d’organisation, de gestion et de marketing, faute
parfois de formations. L’accès aux différents appuis en faveur des PME reste
problématique. En effet, d’une part, ces appuis s’adressent souvent à des PME ayant un
réel niveau de développement économique et financier et d’autre part, les entrepreneurs
des PME ne voient pas la nécessité de ces appuis. Par ailleurs, certains entrepreneurs
considèrent que les formations dispensées restent très théoriques et ne débouchent pas sur
des scénarios concrets permettant d’éviter les goulets d’étranglement en matière de
production et de marché.
Le remboursement du crédit est un autre défi majeur pour les entrepreneurs. Comme leurs
discours l’ont bien démontré, ils sont préoccupés par la réalisation des activités de leurs
entreprises afin de rembourser les crédits respectifs suivant le contrat. Par ailleurs, ils sont
conscients de l’engagement pris par les autres en leur faveur (au travers du groupement, du
groupe solidaire ou de l’aval). Le non-remboursement peut donc constituer une « mort
230
CAMILLERI J.L., [Link]. et dans BIT, [Link].
237
Malgré les difficultés et le contexte général du Burkina Faso qui n’est pas des plus faciles
(conditions de subsistance difficiles, pouvoir d’achat faible des citadins, concurrence
accrue entre les produits des PME et les produits étrangers, etc.), les entrepreneurs des
PME affirment quand même défendre leur survie grâce à leurs activités. C’est justement
cela qui est qualifié de stratégies des acteurs populaires dans la lutte pour leur reproduction
sociale dans la situation de crise231.
Même si pour eux, leur avenir reste incertain et que des projets concrets pour leurs PME ne
se font pas entendre à haute voix, les entrepreneurs restent confiants que le crédit dont ils
bénéficient peut leur permettre de grandir petit à petit et que comme le soudeur nous l’a
dit : « Si Dieu le veut ! » tout peut aller mieux. C’est ainsi que cette ex-secrétaire d’un
centre de recherche nous a dit : « On se plaint pas…quand j’ai quitté mon boulot de
secrétariat, pour des raisons personnelles, je ne pouvais pas penser que je puisse me
prendre en charge avec ce télé-centre. Voilà que maintenant ça marche. Donc, demain ça
peut aller mieux… ».
Pour conclure le présent chapitre, nous pouvons dire que la perception des succès ou
échecs par les entrepreneurs dépend essentiellement des attentes qu’ils avaient lors du
démarrage de leurs activités. Ce qui renvoie donc à la nécessité de connaître les objectifs
visés par chaque entrepreneur avant de juger ses résultats comme succès ou échecs. Ce qui
est un échec pour la personne appelée à juger peut être parfaitement un succès pour la
personne jugée. La relativité du succès est donc à rechercher dans les appréciations des
propos des interviewés en tenant compte de leurs arguments et du contexte socio-
économique vécu.
231
Voir notamment dans PEEMANS J.P., [Link]..
238
Chapitre 8. Les impacts des micro-crédits des SFD sur les revenus, les
emplois et l'exclusion sociale ainsi que sur les institutions
Nous avons déjà signalé que notre recherche a comme objectif général de contribuer à la
compréhension des impacts du crédit dans la dynamique de développement des pays en
voie de développement. C'est ainsi qu'après avoir identifié et analysé ces impacts à la
lumière des considérations de notre champ théorique sur les impacts (point 2.3), nous
proposerons à la fin de notre thèse les voies et moyens qui pourraient faire sortir ces PME
du secteur informel urbain de leur étape de survie et les intégrer dans une véritable
croissance. En effet, nous croyons qu’en développant les activités de ces PME notamment
par le financement de leur capitalisation et de leur fonds de roulement, on crée des
opportunités qui peuvent augmenter les impacts au niveau des bénéficiaires directs et
indirects de ces PME.
Les résultats que nous allons présenter vont souffrir de deux aspects fondamentaux qui
caractérisent toute étude d’impact : le problème d’attribution et le biais de sélection. En
effet, le problème d’attribution renvoie à la question de savoir identifier quelle est la réelle
cause d’un tel impact. Dans cette difficulté, le problème de fongibilité de l’argent vient
s’ajouter. En effet, et comme nous l’avons déjà signalé dans la partie théorique sur les
impacts (très spécifiquement en ce qui concerne les méthodes d’évaluation des impacts), la
fongibilité de l’argent ne permet pas de mettre la main sur le processus réel de comment le
crédit en terme monétaire a été utilisé pour induire tel ou tel autre effet. Ainsi, ne sachant
pas exactement quel est le montant réel du crédit qui a été injecté dans l’entreprise, il est
difficile d’associer les changements observés au sein de la même entreprise au seul fait
d’octroi du montant du crédit à cette entreprise. La fongibilité est cependant la
caractéristique universelle de toute monnaie. Car, les unités monétaires identiques sont
interchangeables et peuvent être utilisées indifféremment pour des besoins différents.
Pour éviter le problème de fongibilité de l’argent, nous essayons de ne pas aller dans
l’analyse détaillée des impacts du crédit au niveau de l’individu proprement dit mais plutôt
au niveau des entreprises. Ceci dit, les montants octroyés sont supposés être investis
directement dans le capital ou le fonds de roulement de l’entreprise. Par ailleurs, le
239
Comme nous l’avons déjà signalé dans le chapitre sur notre approche méthodologique,
l’absence d'informations quantitatives lors de nos interviews explique l'absence du recours
à des méthodes statistiques qui utilisent notamment les corrélations. Les quelques rares
informations chiffrées que notre recherche pouvait mobiliser en ce qui concerne les
variables d’impacts au niveau des unités (individu, ménage, entreprises, etc.) n’étaient pas
de nature à permettre une analyse progressive ou ne se fondaient pas sur une
documentation vérifiable ou sur un enregistrement précis. Ainsi, comme l’a proposé D.
HULME232, nous pensons qu'effectivement les études sociales doivent se chercher une
méthodologie qui se justifie par la capacité du chargé d’étude à comprendre et à saisir les
différentes informations (qualitatives et/ou quantitatives) récoltées et par leur analyse en
matière d’impact, qui est basée sur l’effort de mise en relation et de vérification régulière
sur le terrain. C’est ce principe-là qui a guidé notre recherche autour d’une combinaison
entre un essai d’observation sur base des déclarations des responsables des PME et des
autres acteurs clefs dans le secteur de la microfinance et une mise en relation des données
récoltées dans une forme d’analyse-critique rigoureuse.
Nous avons également fait face à un problème de biais de sélection qui est d’office
compris dans les choix des agents économiques. En effet, ce problème apparaît par
exemple quand les clients choisissent eux-mêmes s’ils vont faire appel aux services d’une
institution de microfinance ou pas. Les animatrices ou les agents de crédit procèdent aussi
à la sélection des clients ou des zones d’intervention sur base de leurs appréciations au
niveau du rendement qu’ils souhaitent en tirer.
240
Par ailleurs, même dans le cas où l’on pourrait savoir le vrai impact du biais de sélection,
l’absence de repères en ce qui concerne le niveau de départ d’appréciation de l’impact crée
un autre problème. En effet, nous avons pu nous rendre compte que certains impacts
n’avaient pas de base de départ pour apprécier l’évolution de leurs indicateurs. Dans ce
cas, nous ne pouvons pas prétendre compter sur des bases initiales mais plutôt essayer de
comprendre ce qui a été réalisé ou obtenu grâce une rigueur d’interprétation des données
récoltées. Pour ce faire, il est clair que, comme nous l’avons déjà signalé dans notre
approche méthodologique, nous nous inspirerons fort des techniques développées par D.
HULME en ce qui concerne l’identification, la mesure et l’analyse des impacts. L’unité
centrale en question est constituée par la PME alors que les revenus, les emplois et les
conditions sociales formeront des sous-unités d’analyse.
Nous rappelons que pour notre identification, nos mesures ainsi que nos analyses des
différents impacts, nous avons tenu compte des réponses issues des différentes personnes
interviewées : les responsables des 30 PME, les responsables et le personnel de 3 SFD, les
responsables d’autres organisations et institutions de développement, le pouvoir public, le
personnel académique, le pouvoir public au niveau ministériel ainsi que les responsables
des ONG actives sur terrain.
Plus concrètement, cette évaluation des impacts sous cette rubrique se basera notamment
sur les revenus, les emplois, la dimension sociale « genre » et culturelle des bénéficiaires.
8.2.1. Les impacts du crédit sur les revenus des PME et de leurs entrepreneurs
a) Les impacts en termes de revenus au niveau des unités
Il est important de rappeler que les 30 entrepreneurs nous ont clairement indiqué lors de
nos interviews qu’en dehors des crédits octroyés par l’un ou l’autre des 3 SFD, ils ne
disposaient pas d’accès au crédit des banques classiques. Ainsi, pour eux, les choix en
matière de financement des activités de leurs PME étaient très limités et principalement
orientés vers l'auto-financement et l'informel (famille, amis, etc.). Plus concrètement, 25
entrepreneurs sur 30 nous ont confirmé avoir obtenu une augmentation des revenus grâce
232
HULME D., [Link].
241
aux crédits octroyés par les SFD. Les 5 autres entrepreneurs (E4, 16, E18, E23 et E28)
nous ont dit que leurs revenus n’ont pas augmenté mais que les crédits obtenus ont facilité
le maintien des revenus antérieurs ou ont empêché leur diminution. Ceux qui ont déclaré
avoir connu un accroissement de leurs revenus ont notamment basé leurs réponses sur les
phénomènes suivants qui ont concouru à cette augmentation des revenus :
dans laquelle l’entrepreneur venait de s’engager. Ce crédit a permis aussi de constituer une
base solide pour les commandes à venir, notamment en sécurisant le lieu d’activité (le
loyer est payé), en achetant des matières premières (les planches et la colle) et en payant
ses ouvriers. Et tous ces éléments sont du ressort des dépenses nécessaires pour le
fonctionnement de l’entreprise et de sa poursuite d’activités.
Il y a dès lors un effet multiplicateur du crédit qui se manifeste à partir de ces différents
résultats. En effet, l’on peut dire dans ce cas que le crédit génère des revenus et que ces
derniers sont injectés dans le circuit de fonctionnement de l’entreprise233, et permettent de
produire des biens et des services qui sont vendus sur le marché et qui génèrent d’autres
revenus. Et la boucle continue. Cela peut être appelé à juste titre l’impact sur le revenu tant
au niveau du fonctionnement de la PME qu’au niveau de la consommation pour les
individus (entrepreneur et ses employés ainsi que leurs familles respectives). Au-delà de
cet impact direct sur les revenus et en revenant sur la prise de risque par le menuisier, ce
cas démontre aussi une des formes d’engagements auxquelles les petits entrepreneurs se
livrent en espérant se trouver un emploi et gagner leur vie. En effet, nous avons constaté
qu’il n’est pas rare, dans le secteur artisanal ou du commerce, que les clients commandent
quelque chose et que les entrepreneurs des secteurs concernés s’engagent à livrer le
produit, même s’ils ne sont pas convaincus de leurs capacités à le fabriquer ou à le trouver.
Cette forme d’engagement est également constatée en termes de délai de livraison et de
qualité.
Nous savons déjà que certains clients ne sont pas prêts à céder en cas de la non-exécution
partielle ou totale de la commande, de non respect des délais ou des critères de qualité par
l’entrepreneur. Le risque pris par certains entrepreneurs soit par souci de gagner
absolument le marché ou par méconnaissance du degré de fabrication ou de livraison (en
temps et en qualité) est énorme et met en danger la survie de l’entreprise en cas d’échecs.
Dans ce contexte, le crédit qui a été obtenu par le menuisier et qui a permis à l’entreprise
et à son entrepreneur de réaliser la commande a eu un autre impact connexe à celui du
revenu. L’on peut appeler cela à juste titre l’impact de sécurité. La sécurisation tant pour
233
Les revenus générés ne sont pas utilisés dans l'entreprise dans une forme d'accumulation. En effet, on
satisfait d'abord aux besoins de la famille (survie) et on garde un montant permettant de continuer à faire
fonctionner l'entreprise. Ceci est souvent justifié par le fait que d'une part le principal secteur d'activités de
ces entreprises est l'artisanat qui connaît une réelle incertitude de commandes, et d'autre part ces
243
l’entreprise que pour son entrepreneur n’a pas de prix. Sans elle, rien nous ne permet de
dire avec exactitude ce qui se serait passé ; mais une grande probabilité est que cette
situation pourrait faire discréditer la PME ou lui coûter des amendes ou l’obliger à payer
des dommages et intérêts suite à son incapacité de fabrication des produits commandés ou
de les livrer dans les délais.
Interviewé sur les effets de son entreprise (bénéficiaire du crédit) sur les conditions de vie
de sa famille, une couturière nous a confié ce qui suit :
Discours type n° 2 (E12)
Quand vous ne passez pas la journée à la maison ou dans la rue sans rien faire, c’est que
vous êtes utiles pour vous-mêmes. Je suis contente de mon activité parce qu’elle me permet
de mieux vivre et cela est de même pour ces dames qui sont toujours à côté de moi pour
servir nos différents clients. Les salaires qu’elles reçoivent, même s’ils ne sont pas aussi
élevés que ceux des fonctionnaires, leur permettent de nourrir leurs enfants et d’aider
leurs familles dans la vie. Chez moi c’est la même chose, je ne peux pas dire que j’ai un
salaire, mais avec ce qui me reste à la fin du mois, j’essaie de me débrouiller à la maison.
Aussi, je ne peux pas m’empêcher d’aider un parent qui est dans le besoin, si j’ai pu avoir
quelque chose la journée. C’est comme ça. Or, sans le crédit, je ne pouvais pas vraiment
avoir le même résultat qu’aujourd’hui……C’est grâce au crédit que j’ai pu moderniser
mon atelier et m’acheter ces nouvelles machines de couture. Si je ne les avais pas…je ne
sais pas ce que serait ma vie d’aujourd’hui. Et puis, il faut voir tout ce que j’ai déjà fait
pour aider mes sœurs et mes cousins. Mes couturières aussi sont très fières de cette activité
parce qu’elles parviennent à contribuer aux dépenses de leurs ménages et à aider aussi
leurs parents.
entrepreneurs ont des limites techniques et de gestion les empêchant de porter leurs activités à un niveau très
élévé.
244
Le cas présent concerne un crédit pour l’achat de nouvelles machines à coudre ; ce qui est
un investissement dans le capital (pour augmenter et améliorer son niveau). Ceci peut être
considéré comme une "légère" accumulation. Nous avons cependant noté que ces achats de
machines ne se sont pas faits en un seul crédit. En effet, c’est sur base de deux crédits
successifs que la couturière a acheté les machines. Cela d’autant plus qu’il n’y avait pas
moyen de lui donner un crédit qui dépassait le montant qu’elle a obtenu (500.000 FCFA
par crédit). Les propos de la couturière montrent clairement, de nouveau, que le crédit a
souvent une fonction indirecte : soutenir la consommation des ménages et améliorer les
conditions de vie des bénéficiaires (entrepreneurs) et de leurs employés grâce aux revenus
générés par les activités financées. Le crédit peut parfois aussi avoir une fonction directe
de satisfaire aux besoins des ménages. C'est notamment dans le cas d'un crédit scolaire qui
peut être obtenu à la caisse populaire pour payer le minerval d'un enfant ou d'une partie
d'un autre crédit qui est détourné pour ces mêmes besoins, à l'insu de l'institution de
microfinance. Pour rappel, le FAARF et la PRODIA n'acceptent pas de financer les crédits
de consommation. Cela est vrai sur papier mais dans la pratique, on ne sait pas exactement
ce qui se passe d’autant plus qu’il y a la fongibilité de la monnaie. Peut-être que les
entrepreneurs prennent une partie ou tout le montant de l’argent prêté et l’utilisent
directement dans la consommation ou à d’autres fins. De toutes les façons, ces institutions
ne cherchent pas non plus à savoir ce qui se passe réellement car du moment que
formellement tout est bon sur papier ce qui est important, pour eux, c’est le
remboursement. Il y a des études qui signalent également que pour cette même question de
fongibilité de l'argent, certains remboursements sont effectués grâce aux emprunts obtenus
dans d'autres institutions de microfinance ou chez des usuriers. Cela peut même conduire à
l'appauvrissement de ces endettés (ce qui serait un effet négatif de la microfinance). Tout
cela n'est pas impossible même s'il n'a pas été relaté pour ce qui concerne notre échantillon.
Ce cas nous renvoie également à une longue chaîne des bénéficiaires. En effet, plusieurs
personnes (unités d’impacts selon HULME) sont bénéficiaires du crédit : l’entreprise, le
ménage de l’entrepreneur ou de l’employé, les ménages des parents de l’employé qui
pourraient aussi bénéficier des effets du crédit indirectement, sans mentionner les frères et
sœurs de l’entrepreneur ou des employées. Cette chaîne devient donc longue et ses
ramifications en termes d’impacts atteignent des personnes qui sont très distantes de la
PME. Tout ceci corrobore les théories de D. HULME qui prônent la nécessité de suivre la
245
chaîne des effets afin de comprendre la nature de leurs liens directs ou indirects sur les
éléments observés.
Par ailleurs, si ces impacts sont compréhensibles dans la logique de leur ramification, il
n’est cependant pas évident de quantifier leur poids et de mesurer le degré de satisfaction
des individus concernés. Ainsi, il n’est pas facile d’évaluer le pourcentage du crédit
octroyé à un atelier de couture, pourcentage consacré au bien-être d’un cousin d’une
employée qui, elle-même, a déjà pu faire ses études grâce au financement de son minerval
par le crédit obtenu par sa cousine, titulaire de l’atelier de couture. Il n’est pas facile non
plus d’analyser quel serait l’impact au niveau de la cousine (nature, niveau, degré de
satisfaction, etc.) si le montant qu’elle a reçu était inférieur ou supérieur au montant libéré.
Ces questions nous montrent de nouveau les difficultés liées à la mesure et à l’appréciation
des impacts au-delà des questions de fongibilité de l’argent et de biais de sélection.
b) Les impacts sur les revenus en rapport avec le niveau de rentabilité de la PME
Les impacts sur les revenus grâce au crédit octroyé à la PME posent implicitement aussi la
question de la rentabilité de ces PME. En effet, bien que tous les entrepreneurs nous aient
avoué que leurs activités sont rentables, le degré de la rentabilité prononcée était difficile à
saisir dans les faits faute de données concrètes.
Ainsi, 10 entrepreneurs (E1, E7, E9, E11, E13, E19, E20, E25, E26 et E27) nous ont
affirmé que leurs entreprises sont très rentables et qu’elles dégagement des marges
bénéficiaires suffisantes pour le fonctionnement de leurs entreprises. 14 entrepreneurs (E2,
E3, E5, E6, E8, E10, E12, E14, E15, E17, E21, E22, E24 et E29) nous ont dit qu’ils étaient
moyennement contents avec les bénéfices de leurs entreprises. Les 6 autres (E4, E16, E23,
E28 et E30) nous ont confié que leurs activités leur permettaient juste de s’occuper (auto-
emploi) mais que le marché n’était pas toujours assuré. Parmi ces 6 entreprises, les 5 sont
celles qui ont répondu que le crédit ne leur avait pas permis d'augmenter leurs revenus
mais plutôt de stabiliser leur situation. La 6ème est l'échoppe qui a déclaré à la fois avoir
augmenté ses revenus, mais aussi connaître actuellement des difficultés de rentabilité, faute
de marché assuré.
246
En observant les activités similaires, mais qui ne faisaient pas partie de notre échantillon,
nous avons trouvé qu’il était difficile de corroborer cela à l’ensemble des secteurs
concernés. En effet, le type ou le secteur d’activités ne suffit pas pour que ces activités
soient plus, moins ou pas rentables. Il est à noter que le rôle de l’entrepreneur est aussi une
variable non négligeable tout comme le niveau d’investissement et l’emplacement de
l’entreprise dans sa rentabilité. C’est ainsi que nous trouvons qu’en plus de l’emplacement,
la façon de planifier, d’organiser les activités et de s’atteler à la satisfaction des clients par
l’entrepreneur est un aspect important qui influence également la rentabilité de la PME.
En définitive, nous pouvons dire que plus la PME est rentable, plus elle aura d’impacts sur
plus de bénéficiaires. Cependant, nous avons constaté que certaines PME dites très
rentables n'avaient pas nécessairement entraîné une augmentation de revenu à une échelle
très large. C'est le cas par exemple des entreprises E7 (Télécentre), E11 (Couture) et E25
(Photographie) qui ont été très rentables mais dont les revenus de cette rentabilité n'ont pas
profité à plusieurs bénéficiaires car il y avait moins d'emplois créés. Dans ces cas, la
rentabilité de l'investissement ne profite qu'à l'entrepreneur concerné et à sa famille. Ainsi,
234
Suivant les réponses des entreprises, la rentabilité exprimée est relative. En effet, nous avons expliqué aux
interviewés que par rentabilité nous entendons le fait qu'on parvient, par la vente des biens et services
produits, à récupérer l'argent dépensé dans la production et à avoir un bénéfice (un supplément). C'est donc
eux-mêmes qui ont apprécié si leurs entreprises étaient parfaitement, moyennement ou faiblement rentables.
247
le niveau de répartition des revenus est aussi une clé de la multiplication des impacts du
crédit qui est à sa base.
L’impact humain du crédit est de ce fait entendu sous la forme du renforcement des
conditions physiques (bien nourri, bien logé, bien habillé), des conditions intellectuelles
(scolarisation) et sociales (pouvoir de participation à la vie de la collectivité quand on se
sent estimé). L’impact du crédit sur la famille y est aussi important et outre les dépenses
déjà citées, couvre la participation dans les dépenses pour des événements isolés tels que la
naissance, le mariage, les baptêmes, les décès. Cette participation est fondamentale pour
l’estime de la personne participante et lui confère non seulement des avantages sociaux
culturels (être considéré comme une personne utile à la famille et à la communauté) mais
aussi des avantages matériels (la personne participante peut bénéficier des appuis des
autres en cas de besoin (emprunt, secours, etc.). Ceci est, en effet, une autre forme
d’impact de sécurité : estime, assurance d’être secouru en cas de besoin, etc.
Touts ces éléments montrent l’effet multiplicateur des impacts sur les revenus au niveau de
plusieurs aspects différents. Par ailleurs, l’effet multiplicateur peut se chercher aussi au
niveau de la relation entre les revenus générés par le crédit et le niveau de l’épargne
réalisée. A notre question dans ce sens, 5 entrepreneurs nous ont répondu qu’ils ont essayé
de se constituer une épargne pour investir à l’avenir dans le matériel moderne ou dans la
construction d’un atelier beaucoup plus confortable. Cependant, leur épargne était
irrégulière et de faible montant. Aussi, tous les entrepreneurs nous ont dit avoir ouvert une
fois dans leur vie un compte bancaire, soit dans une banque classique, soit dans une Caisse
populaire. Cependant, pour certains, ces comptes n’ont pas été régulièrement alimentés
depuis plusieurs mois ou sont déjà fermés. Cela d'autant plus que les recettes générées sont
248
Plus de ¾ des entrepreneurs (23/30) nous ont affirmé injecter plus de la moitié des revenus
dans le circuit économique de leurs entreprises. Cela est pertinent non seulement pour la
continuité de leurs activités, mais aussi pour le développement d’une dynamique
d’entreprendre dans les secteurs d’activité concernés. Ainsi, nous pouvons postuler que
malgré la rentabilité d’une PME bénéficiaire du crédit, son niveau d’épargne surtout à
moyen et à long terme, reste très faible d’autant plus que les revenus générés sont soit
injectés dans le circuit de production de la PME, soit utilisés pour le remboursement du
crédit, soit attribués à la consommation des ménages.
Comme nous allons le constater dans les conditions d’octroi du crédit des SFD de notre
échantillon, le niveau de crédit accordé est subordonné à la condition pour la PME d’être
déjà opérationnelle ou de disposer en avance d’un minimum de capital avant de solliciter le
financement. Cependant, nous avons appris (en dehors des activités de notre échantillon)
que d’autres activités génératrices de revenu, notamment de type informel, qui se déroulent
dans le milieu rural reçoivent le financement des institutions de crédit pour leur lancement.
Ainsi, ces activités sont montées avec l’octroi du crédit, contrairement à ce qui est fait en
ville et pour la totalité des activités des PME en ce qui concerne notre échantillon. Le fait
que le crédit vient en appui de l’existence même d’un capital minimum ou d’un
fonctionnement de la PME urbaine témoigne du niveau de sérieux et d’expérience que
possède cette entreprise. Le fait d’être déjà opérationnel est un indicateur important du
projet de la PME (investissement ou fonds de roulement). Cela est une garantie qui permet
d’éviter le risque de non remboursement et le fait de mettre en péril la situation financière
de l’institution qui offre le financement. Le risque d’impayé y est en effet minimisé par
l’existence de l’entreprise même et la connaissance du sérieux de son entrepreneur. L’effet
multiplicateur d’un investissement en capital apparaît également dans ce cas. En effet, ce
cas montre comment le crédit en capital peut par après concourir à une autre capitalisation
grâce aux revenus générés. Ce qui est une diversification à petite échelle plutôt qu'une
concentration des activités.
exemple, les entrepreneurs E8, E21, E22 et E29 ont exprimé qu'ils pouvaient réaliser des
revenus intéressants et faire face aux remboursements du crédit grâce à des activités
connexes.
Par ailleurs, un seul entrepreneur (E18 – Vendeuse de pagnes et habits) nous a déclaré
avoir eu recours à d’autres emprunts (familiaux) pour rembourser un crédit. Il a justifié
cela par manque de clients pour les produits commandés. En effet, il a dû retarder la
livraison de ces produits et ses clients se sont approvisionnés ailleurs. Après avoir raté ce
marché, il a dû chercher d’autres clients ; mais pour éviter des retards de remboursement, il
a été obligé de recourir aux amis et connaissances pour rembourser le montant nécessaire à
l’échéance. Les entrepreneurs savent donc profiter des différentes opportunités qui
s’offrent à eux et n’hésitent pas à investir dans une opération jugée rentable avec le
montant du crédit. En cas de défaillance, ils s’orientent vers d’autres possibilités
palliatives, notamment des amis, parents et autres. Quoi qu’il en soit nous avons constaté
que 2/3 des entrepreneurs ont pu rembourser leurs crédits uniquement avec les revenus de
leurs entreprises. De cela, nous pouvons conclure que la source principale de
remboursement du prêt est la rentabilité de la PME. Les autres sources sont mobilisées
généralement en cas de non rentabilité ou d'échec de la PME. Cela est notamment signalé
dans le milieu rural où le type de crédit, qui est en général de court terme, ne coïncide pas
toujours avec le cycle de production ou la rentabilité des activités financées.
Ceci conduit donc à deux formes de PME : l’une plus intégrée au reste de l’exploitation
(E4, E5, E8, E12, E18, E21, E22, E23, E24 et E29) et l’autre plus autonome (E1, E2, E3,
E6, E7, E9, E10, E11, E12, E14, E15, E16, E17, E18, E19, E20, E25, E26, E27, E28 et
E30). La première forme comptabilise un niveau élevé de sa contribution dans les revenus
familiaux alors que la seconde développe des mécanismes d’entreprises gérés
251
Nous pouvons cependant nous interroger sur le niveau des salaires et autres avantages
touchés par les employés et ouvriers des PME très rentables par rapport aux salaires ou
avantages que touche l’entrepreneur. Sans les données et les déclarations exactes à ce
niveau, il est difficile de savoir ce qui se passe réellement dans chaque PME. Or, nous
savons qu’il n’est pas aisé non seulement de fournir mais aussi de demander ce genre de
données à caractère personnel et précis quand on sait que ces PME n’ont pas de réelle
comptabilité. Nous savons aussi que certains salaires des employés sont parfois très faibles
par rapport au travail fourni et aux avantages encaissés par l’employeur dans les activités
252
où l’employé est impliqué. Ces maigres salaires se retrouvent souvent dans les cas des
gardes, des manutentionnaires, etc.
Par ailleurs, nous avons pu comprendre des discours des femmes elles-mêmes et des
responsables des SFD, que la femme exerçant une activité génératrice de revenu ne peut
plus être exclue des associations, faute de cotisations hebdomadaires. Leur pouvoir de
décision prend dès lors place davantage dans la société et dans le foyer. Toutefois, cela ne
235
SAWADOGO K. 1997, La pauvreté au Burkina Faso: une analyse critique des politiques et des stratégies
d’intervention locales, (Document de travail ECDPM numéro 51), Maastricht: ECDPM.
236
SAWADOGO K., [Link].
253
veut pas dire que les femmes n’avaient pas de pouvoir de décision dans les sociétés
traditionnelles africaines. Il est d’ailleurs signalé que dans plusieurs cultures africaines, la
femme décide dans les coulisses au moment où l’homme proclame la décision dans le
public. Le rôle et la place de la femme dans le foyer et dans la société ont toujours été
présents tant pour la procréation et l’éducation des enfants que pour les travaux champêtres
et ménagers, etc. Cependant, en ayant plus de possibilités de générer des revenus, la femme
se positionne de plus en plus dans son milieu tant social que familial et en conséquence
augmente son pouvoir de décision.
Dans nos travaux de recherche pour le diplôme d’études approfondies237 en 2000, nous
avons signalé la valorisation de la femme bénéficiaire de crédit en citant le cas des femmes
dont leurs maris sont revenus dans leur foyer grâce au crédit. En effet, ces maris avaient
quitté leur femme pour des raisons de pauvreté ou de recherche d’autres épouses bien
nanties. Mais quand ils se sont aperçus que leurs premières épouses parvenaient à prendre
en charge leurs familles grâce aux crédits dont elles ont bénéficié et qu’elles ont investis
dans des activités de générations de revenus, les hommes se sont décidés à retourner dans
leurs foyers en s’excusant même auprès de leurs femmes.
Nous avons également constaté que 9 sur 12 femmes participaient, grâce aux crédits
octroyés, aux engagements de leur entourage, comme par exemple dans la contribution aux
frais des funérailles au village (E4, E8, E9, E12, E13, E16, E18, E23, E24). Les différentes
contributions des femmes pour leurs familles et pour la communauté toute entière ont
permis d’augmenter sensiblement l’estime qu’elles reçoivent. En conséquence, il y a eu un
changement de mentalité sur le rôle et la place de la femme dans la société, tant au niveau
local qu’au niveau national. Cela tient naturellement compte de leur rôle habituel dans la
société mais aussi de l’importance de leurs contributions dans les faits sociaux comme
l’entretien des ménages et les événements comme les fêtes et deuils au village. Cependant,
touts les femmes de notre échantillon (au total de 12) nous ont signalé qu’elles préfèrent
poursuivre leurs activités quand leurs maris y coopèrent ou ne s’y opposent pas. C’est
d’ailleurs un déterminant important pour la réussite de leurs activités. Ces femmes nous ont
dit que quand le mari n’est pas d’accord, sa femme préfère soit abandonner son projet ou
237
MURENGEZI C., Economie Sociale et Institutions de microfinancement au Burkina Faso, 3 études de
cas : FAARF, PRODIA et Caisses populaires, Louvain-la-Neuve, 2000, 117 p. + annexes.
254
soit le continuer, mais avec des difficultés familiales énormes. Les cas de violence
conjugale à hauteur de 70% des crédits octroyés aux femmes de la Grameen Bank, cités
par I. GUERIN238 méritent des réflexions et expliquent peut-être cette prudence des
femmes burkinabé.
En définitive, en plus des revenus et du pouvoir de décision que confère le crédit aux
femmes, la plupart d’entre elles affirment avoir beaucoup de marges de manœuvres dans
l’affectation des revenus en s’achetant des pagnes, des chaussures, des bijoux, etc. Tout
cela renforce la bonne perception de soi. L’on peut donc parler d’impact d’estime et
d’impact de confiance en soi. Ici, il est important de signaler que les 12 femmes de notre
échantillon ne sont pas de la classe très pauvre du Burkina Faso. Ceci pour trois raisons
principales : d’abord elles ont une activité productrice de biens ou de services, ensuite elles
disposent d’un capital de départ avant d’avoir accès au crédit et enfin dans leurs
déclarations, elles mentionnent qu’elles parviennent à satisfaire leurs besoins grâce aux
revenus de leurs activités et à s’acheter des pagnes, des chaussures et des bijoux. L’achat
de bijoux par ces femmes contrarie un peu l’image longtemps véhiculée par certains
courants que la microfinance sert les plus pauvres. Pour rappel, l’on pourrait affirmer sans
risque de nous tromper que notre échantillon ne visait pas à identifier les propriétaires
(hommes et femmes) les plus pauvres d’autant plus que dans les critères retenus pour le
constituer il y avait notamment le fait d’avoir une existence d’au moins trois ans, exercer
dans un lieu précis son activité et être enregistré, avoir bénéficié au moins deux fois d’un
crédit et ne pas travailler seul, etc. Il est donc évident que ces conditions ne sont pas
remplies par les plus pauvres de la ville de Ouagadougou. Il n’est donc pas surprenant que
la femme bénéficiaire du crédit se réjouisse du fait s’être acheté des bijoux en plus de sa
contribution à la satisfaction des besoins fondamentaux de la famille.
Pour ce qui est de l’impact de leur accès au crédit, les femmes, par leur honnêteté dans les
remboursements (montants exacts et à temps), bénéficient de la confiance des institutions
de microfinance beaucoup plus que les hommes. Cependant, nous rappelons que cette
confiance ne se traduit pas dans une forme d’exclusion des activités des hommes dans le
financement. Cependant, les hommes sont plus cités dans le détournement du crédit vers
les activités différentes de celles pour lesquelles le crédit a été sollicité et octroyé, dans la
238
GUERIN I., Introduction de la troisième partie, dans GUERIN I., SERVET J.M., « Exclusion et Liens
financiers – Rapport du Centre Walras 2003 », Economica, Paris, 2004.
255
mauvaise gestion de leurs activités ou dans la prise de risques démesurés, beaucoup plus
que chez les femmes.
contents de cette augmentation de revenus qui les dispense des parts de leurs propres
revenus à donner à la femme ou ils sont inquiets quand ils croient que la disparition de la
dépendance de leurs femmes ne leur permettra plus d’édicter d’autres mesures autoritaires
dans la famille ou que ces femmes risquent à terme d’échapper à leur contrôle. Grâce à ses
revenus, la femme a ipso facto, selon certains discours, le droit de revendiquer son égalité
par rapport à l’homme. Pour corroborer cela, Madame Diallo, la Directrice du FAARF,
nous a confié en 2000 : « Il faut savoir en tout cas qu’une femme qui a des revenus ne peut
pas être chassée n’importe comment! ». Face à l’attitude des hommes qui sont inquiets,
l’on observe qu’ils refusent à leurs femmes l’exercice d’une activité économique comme le
commerce et donc la demande d’un crédit pour la financer. En effet, ces hommes ont peur
de la disparition de la dépendance de leurs femmes. Cette situation met mal à l’aise les
conjoints concernés et de la part de la femme certaines protestations peuvent se présenter
avec un risque de mettre en danger l’équilibre familial.
Ainsi, l’outil crédit qui est devenu de plus en plus répandu même au village risque de
perturber l’ordre tant familial que social dans le sens positif ou dans le sens négatif. La
nouvelle division du travail entre l’homme et la femme dans le ménage risque de se
transformer en une lutte entre la modernité et la tradition. D'une part, il y a la « modernité »
marquée par exemple par de nouvelles formes d’allocation du temps dans la famille, d’un
afflux massif des femmes mariées sur le marché des affaires, la modification et la
redistribution des tâches dans la famille (C. SOFER, 1985)239. Le calcul opportuniste au
sens économique du terme par le foyer, à travers un choix entre l’exercice et le non-
exercice d’une activité rémunératrice par la femme et par l’homme, renvoie à des tensions
qui peuvent affaiblir le foyer. D'autre part, on note la « tradition » marquée par une tension
entre le conservationnisme du rôle traditionnel de la femme dans le foyer (la confinant
dans les affaires de logistique familial et de procréation) et la modification progressive de
poids de l’homme dans le foyer.
En outre, nous devons insister sur le fait que le crédit alourdit souvent le rôle de la femme.
Celle-ci, une fois endettée, est appelée à jouer plusieurs cartes à la fois : non seulement
l'intérêt de mener une activité afin de satisfaire les besoins personnels et familiaux d’une
part et de rembourser le principal majoré des intérêts échus d’autre part mais aussi l'intérêt
de garder un équilibre familial et social avec son mari, sa famille et son entourage. Il est
vrai que cette recherche d'équilibre est difficile car l’exercice d’une activité génératrice de
revenu par la femme ne la dispense pas de toutes les responsabilités qu’elle assumait avant.
Dans leurs discours, les seules femmes qui ont été soulagées sont celles qui ont pu utiliser
leurs sœurs cadettes, les filles de ménage, les demi-sœurs, etc. dans les travaux de la
maison. Ce qui ne va pas sans créer d’autres conséquences comme la déscolarisation de ces
jeunes. Ainsi, le crédit est un phénomène à prendre dans une perspective d’intégration de
plusieurs dimensions de développement, de population et d’environnement.
239
SOFER C., La division du travail entre hommes et femmes, Economica, Paris, 1985, pp. 91-96.
258
Nous proposons d’aborder ce débat autour des axes suivants : impacts dans le cadre
économique et financier et impacts dans le cadre social des SFD.
Pour faire face à ces défis, les SFD sont appelés notamment à assurer la rentabilité de leurs
actions, à atteindre leur viabilité financière tout en s’assurant un équilibre financier et à
avoir une autonomie financière suffisante pour les empêcher de dépendre continuellement
des subventions. Nous savons que l’équilibre financier et l’autonomie financière peuvent
être atteints si les coûts du crédit comme les intérêts que l’institution de microfinance doit
supporter, les coûts de recouvrement et les charges connexes sont couverts par les recettes
formées par les commissions et les produits des intérêts. Cette condition ne peut être
efficace que si elle est accompagnée par une politique de crédit visant à mettre en place un
taux d’intérêt du marché et à assurer efficacement les recouvrements des prêts consentis.
Toutes ces variables sont donc nécessaires à analyser afin de comprendre les impacts du
système de microfinancement sur les SFD et cela d’une manière dynamique. La réflexion
doit absolument s’étendre sur le temps car il est important de saisir comment les SFD
réagissent et intériorisent les chocs et les tendances lourdes du développement tant local
qu’international du secteur de la microfinance.
Par ailleurs, comme nous l’avons déjà vu, malgré leur volonté de s’efforcer à couvrir les
charges par les produits d’exploitation, le défi est encore très grand. La préoccupation de
l’équilibre financier chez ces SFD est plus pressante, d’autant plus que certains bailleurs de
259
fonds sont en train de se questionner sur le bienfait de subventionner le fonds de crédit des
IMF qui n’ont pas de réelle politique de crédit visant leur propre rentabilité financière à
court terme.
Dans la recherche de l’équilibre financier, nous devons signaler un grand défi que les SFD
ont à relever : la contribution à l’augmentation de recettes en commissions et en intérêts
perçus d’une part et la diminution des charges et des interventions en termes de
subventions d’autre part. Et cela ne peut se faire sans une forme de renoncement à certains
objectifs de départ. Il s’agit par exemple du choix de servir les plus pauvres. Si l’institution
ne vise que les petites activités des pauvres sans une réelle politique de prêter aussi aux
PME d’une certaine taille avec exigence de taux d’intérêts conséquents, le risque de non
rentabilité augmente. Et sans rentabilité, l’équilibre financier ne peut pas être atteint.
- soit en scindant au sein d’une même institution la gestion des différentes activités : les
activités d’épargne et de crédit devant se gérer sans subventions et les autres activités non
financières pouvant recevoir des financements en dons gérés d’une manière séparée.
- soit en spécialisant le FAARF dans la gestion du crédit et de l’épargne comme une
institution autonome et en confiant les autres activités non financières à d’autres
institutions. Dans ce cas, les subventions des activités non financières peuvent être
envisagées et confiées à ces nouvelles institutions non financières également.
240
C’est le cas par exemple de la création du CGAP (Consultative Group to Assist the Poor) ou de la
dernière Déclaration de Paris en 2006 faite par les dirigeants des différentes institutions-bailleurs de fonds
utilisant la microfinance comme outil de développement.
261
Dans ces débats, certains bailleurs de fonds se positionnent vis-à-vis des considérations
« logique économique» ou « logique sociale». Dans la première considération, il y a ceux
qui soutiennent que la microfinance doit être considérée comme une activité bancaire à
part entière, et qu’il faut alors lui imposer des règles strictes du marché et de rentabilité
(voir CGAP241). Par contre, d’autres suggèrent que la microfinance soit toujours considérée
comme un moyen d’apporter des services financiers aux pauvres et qui nécessite
notamment des subventions à court et à moyen terme (voir dans J.M. SERVET242 ou dans
GUERIN I., J. PALIER243) Ce débat contradictoire est en lien direct avec les résultats
contradictoires des études relevées dans notre base théorique sur les impacts de la
microfinance (voir point 2.3.1).
241
CGAP, [Link].
242
J.M. SERVET, [Link].,
243
GUERIN I., J. PALIER, [Link].
262
Cependant, la question qui reste posée actuellement est de savoir comment ces IMF
peuvent parvenir à poursuivre leur mission de départ de rendre des services financiers aux
plus pauvres sans les subventions des bailleurs de fonds. En effet, en voulant rentabiliser
les fonds empruntés sur le marché, les IMF recourent à un système de gestion rigoureuse
comme celui des banques classiques (productivité des agents de crédit, suppression des
activités de suivi et conseil des clients, prêts uniquement à ceux qui ont une grande
rentabilité, etc.). Tout cela fait que la mission de départ de servir les pauvres reste
compromise. Car, l’IMF, en ne prêtant qu’à ceux qui sont capables de rembourser vite et
mieux développe en même temps une nouvelle bourgeoisie moyenne des micro-
entrepreneurs et promoteurs de PME et exclut les plus pauvres comme c’est le cas pour les
banques classiques. C’est en quelque sorte un risque de retour à la case de départ avec le
même constat « les pauvres sont exclus des services financiers ».
Depuis les années 90, les choses ont changé et trois points suivants expliquent cette
évolution :
- Les activités de récolte de l’épargne et/ou de financement des activités génératrices de
revenu ou de financement de la consommation se faisaient à une échelle très limitée et
toujours avec des montants relativement faibles. D’ailleurs, ce genre d’appui a toujours
été considéré comme une aide aux personnes défavorisées, concept très cher au monde
des ONG de développement. De plus, compte tenu du fait que les autres formes de
financements informels (tontines, prêts entre amis, les usuriers, les garde- monnaies et
autres) existaient déjà, ces nouvelles institutions financières de type coopératif ou
associatif avaient plus d’assise et de notoriété auprès du pouvoir public, dans un
contexte où les besoins de développement étaient énormes. La priorité n’était donc pas
263
de réguler mais plutôt d’encourager ces acteurs à se déployer en masse sur terrain où
les besoins énormes des populations se faisaient sentir. Par après, il s’est avéré
nécessaire de réglementer le secteur compte tenu de quelques échecs rencontrés (faillite
de certaines IMF et pertes de l’épargne des déposants, dérives en terme de déontologie
du métier de financier, etc.). Il a fallu donc mettre en place une réglementation devant
protéger les épargnants et susciter une évolution maîtrisée et durable des IMF.
- Le financement des activités génératrices de revenu des personnes exclues du système
bancaire traditionnel n’est pas apparu de prime abord comme une concurrence aux
activités du secteur bancaire traditionnel. En effet, le secteur bancaire classique ne
s’intéressait pas du tout au secteur de la microfinance car le jugeant trop marginal et
concerné par les populations pauvres sans garantie ni projet bancable. La situation a
changé depuis déjà une décennie et plusieurs banques classiques ont commencé à
ouvrir des guichets spécifiques pour la microfinance en se basant sur certains résultats
positifs des IMF. En effet, quand certaines banques ont constaté que parmi les clients
des IMF figuraient des bons payeurs avec une certaine capacité de gestion et qui
mobilisaient quelques garanties, elles se sont orientées vers ce segment de marché.
- Une autre argumentation est liée au fait qu’à part quelques données sur les SFD, il était
difficile d’avoir des informations chiffrées ou comptables sur leurs opérations. Cela a
d’ailleurs dû décourager beaucoup de personnes intéressées par ce secteur (le pouvoir
public et les chercheurs notamment) du fait qu’elles ne parvenaient pas à avoir des
informations chiffrées pour leur analyse (comparaison) ou leur action. Aujourd’hui, il y
a eu des changements en ce sens qu’il existe maintenant quelques données chiffrées sur
le secteur même si des efforts substantiels doivent encore être déployés dans le
domaine de l’information.
Comme nous le constatons, les SFD et l'État ont tout à gagner dans l’avancée actuelle au
niveau de la réglementation. Nous pouvons déjà signaler que cela permet de prévenir
certaines difficultés que les SFD pourraient rencontrer, notamment les détournements de
fonds et les autres défaillances qui pourraient provenir de la non-durabilité des SFD (la
diminution ou l’arrêt des opérations auprès des bénéficiaires par exemple). Dans le cadre
de cette réglementation, une autre idée avancée jusqu’à présent est qu’il est envisagé de
créer un fichier commun de mauvais payeurs. Cela est intéressant pour les SFD afin
d’éviter des doubles financements, sources de certains impayés.
La loi PARMEC et les instructions qui en découlent ont donc un effet positif sur les SFD,
en ce sens qu’elles les obligent à se développer sensiblement au niveau de leur
administration et de leur comptabilité. Dans le passé, faute d’exigences externes strictes,
certains rapports annuels ne contenaient que quelques informations rédigées uniquement
sur demande des bailleurs de fonds et d’après des modèles variés. Aujourd’hui, les rapports
existent plus ou moins en bonne et due forme, et leur consultation peut permettre de
capitaliser sur les données des SFD.
Cependant, il ne s’agit pas simplement de mettre en place des règles. Il importe également
que ces règles puissent être mises en application et surtout qu’elles permettent de
développer sensiblement les opérations des SFD. Or, les règles actuelles sont surtout
senties comme contraignantes vis-à-vis des SFD qui s’efforcent de les appliquer mais qui
ont besoin d’autres appuis tant de l’Etat que des autorités monétaires (renforcement des
capacités notamment par la formation, l'appui-conseil, etc.). Il est notamment signalé par
267
les responsables des SFD qu’il y a une absence de feed-back de la part du Ministère des
finances et de la BECEAO sur les rapports des ces SFD. Ceci s’ajoute à l’absence de
formation ou d’autres incitants en renforcement des capacités des SFD. Par ailleurs, la
coordination (indiquée dans le cadre de cette réglementation) ne s’opère que dans le cadre
de l’exigence et de la pression par l'État, plutôt que par une réelle dynamique d’écoute et
de partage entre les SFD et le législateur. Les contacts menés actuellement par la BCEAO
auprès des bailleurs de fonds pour renforcer les mesures d'accompagnement liées à la
réglementation pourraient renverser la tendance actuelle qui semble être alarmiste. Le
gouvernement luxembourgeois et la BCEAO viennent de signer une convention en ce sens
lors de la "Semaine microfinance" organisée par ce même gouvernement en 2007.
Malgré les problèmes de quantification et d’attribution des impacts, les analyses faites
montrent clairement que les impacts du crédit sont multiples tant dans le chef des
entrepreneurs que de celui des individus impliqués directement ou indirectement dans les
PME concernées. Les différents discours des entrepreneurs nous ont permis de faire la
synthèse des impacts notamment en matière de revenus, d’emplois, de sécurité et
d’environnement global (réglementaire et politique). Les impacts au niveau des revenus
ont des ramifications qui vont de la PME concernée aux familles (directes ou indirectes)
des entrepreneurs et des employés des PME. D’autres revenus vont directement dans les
appuis à la communauté. Cela renvoie au concept de « chaîne » d’impacts utilisé par
HULME244.
244
HULME D., op. cit.
268
Quelques emplois ont été créés ou sécurisés même si leur qualité dépend des appréciations
personnelles des employé(e)s. En effet, bien que le niveau des salaires payés soit reconnu
comme inférieur à ce que les secteurs modernes ou l’administration publique paient, il est
évident que le fait d’avoir une occupation ou un emploi dans le contexte social burkinabè
est déjà un signe de richesse et donc de non pauvreté (voir notamment SAWADOGO245 en
ce qui concerne la relativité de la pauvreté et son lien avec le travail.
Nous avons vu également que les crédits ont permis de sécuriser non seulement la
continuité des activités de certaines entreprises mais aussi la livraison des commandes. Les
crédits ont notamment offert une certaine sécurité à la personne qui contribue à sa
communauté en ce sens que la communauté lui doit l’estime ou tout autre apport (venant
des membres de cette communauté : aides, dons, prêts, etc.). Par ailleurs, d’autres impacts,
surtout au niveau réglementaire et pour des politiques de coopération sont attribuables à
l’instrument microfinance dans sa globalité. En effet, l’évolution de la réglementation
notamment en ce qui concerne la loi PARMEC dont les réflexions sur les nouveaux
ajustements à lui apporter sont en cours) témoigne de l’importance du secteur. Dans le
même esprit, les débats au niveau de la coopération au développement et des politiques en
matière de microfinance sont organisés dans des conférences et séminaires partout dans le
domaine.
Les impacts négatifs n’ont pas été exprimés par nos entrepreneurs, d’autant plus qu’ils
étaient tous favorables au fonctionnement des trois institutions dans lesquelles ils ont
trouvé du crédit. Cependant, certaines des limites de la microfinance que nous avons déjà
évoquées au point 6.4 (exclusion des plus pauvres faute de garanties, solidarité rusée ou
imposée, risque de mort sociale en cas de non remboursement, etc.) nuancent les aspects
positifs de la microfinance.
Ainsi, la microfinance reste un outil dont le développement suit son cours. Elle n’est pas
encore, comme certains le présentent, un outil magique de lutte contre la pauvreté. Elle
peut certes provoquer des impacts positifs dans la vie socio-économique des différents
acteurs et du milieu dans lequel elle intervient. De plus, l’analyse des impacts de la
microfinance nécessite absolument de tenir compte des objectifs des différents acteurs en
245
SAWADOGO K. 1997, La pauvreté au Burkina Faso: une analyse critique des politiques et des stratégies
d’intervention locales, (Document de travail ECDPM numéro 51), Maastricht: ECDPM.
269
jeu par rapport à une action donnée. C'est pourquoi, nous nous proposons de revenir sur
cette prise en compte des objectifs des acteurs dans le chapitre suivant dédié à la
construction théorique en matière d’évaluation des actions par objectifs. Cela nous semble
important d'autant plus que dans nos analyses nous avons notamment constaté que
l'évaluation ou l'appréciation des résultats et des impacts d'une action comme celle de la
microfinance requiert un positionnement ou un choix de méthode par l'évaluateur non
seulement en fonction de ses propres objectifs et connaissances mais aussi en fonction des
objectifs des acteurs en jeu. Ceci dit, tout en étant d'accord avec A. SIMANOWITZ246
qu'il existe actuellement, ne fût ce que pour l'évaluation des impacts de la microfinance,
"une diversité de méthodes pour une diversité d'objectifs", nous sommes également
convaincu qu'en s'inspirant de la théorie développée sur l'évaluation des actions par
objectifs, chaque évaluateur peut s'assurer de faire son travail sur base des objectifs et
orientations bien connues en avance par tous les acteurs impliqués. Or, il nous est apparu
que ceci n'est pas souvent le cas.
246
SIMANOWITZ A., [Link].
270
9.1. Introduction
Après avoir présenté dans les chapitres précédents (notamment les chapitres 6, 7 et 8) les
résultats de nos analyses notamment celles en termes d’impact de la microfinance tant du
point de vue de trois institutions qui la pratiquent (SFD) que des clients (PME), nous
proposons de présenter, dans ce chapitre, un projet théorique sur l'évaluation des actions
par objectifs des acteurs. Cette théorie est non seulement une valorisation des analyses
faites sur les rapports entre les PME et SFD étudiés mais aussi un approfondissement de
notre regard critique sur l'évaluation des ces institutions et de leurs actions en fonction des
objectifs, logiques et conflits des acteurs.
Nous parlons de projet théorique car c’est tout un chantier où chacun peut apporter sa
pierre. En effet, toute théorie relative à la dynamique des actions de développement doit
justement refléter la dynamique de la coopération au développement en général et du jeu
des acteurs en particulier. Dans cette situation on est devant deux défis. Le premier est de
comment appréhender un modèle qui puisse tenir compte des changements différents, dans
les zones géographiques différentes, à des moments souvent différents et pour les acteurs
différents. Le deuxième défi est en lien avec les enjeux d'acteurs d'autant plus que les
changements en matière de politiques de développement entraînent un repositionnement de
pratiques d'acteurs ainsi que de modèles d’évaluation et d’appréciation des résultats
obtenus.
Il est donc clair que, dans cette contribution à l’élaboration d’une théorie relative à
l’évaluation des actions de développement (y compris celles de microfinance), nous ne
pouvons pas fixer une théorie d’une manière rigide sans toutefois envisager des hypothèses
tant temporelles que socio-spatiales. A cet sujet, DEBUYST247 et GERARD248 nous
247
DEBUYST F., Acteurs, stratégies et logiques d’actions, Document de travail, Louvain-la-Neuve, 1999,
25p.
271
signalent que le fait de fixer une théorie en sciences humaines serait déjà une manière de la
rendre plus fragile, d’autant plus que les êtres humains « pensent » et essayent de revisiter
les théories notamment par le simple fait que l’environnement dans lequel ils se trouvent
change et que cela induit à son tour des changements sur leurs perceptions et échelles de
valeurs. Dans cet effort de construction théorique, nous nous référons à certains auteurs
comme WHETTEN249, DEBUYST250, BOURDON251 et FRANCK252 dont les travaux
nous donnent quelques éléments essentiels qui ont aidé à développer la présente théorie.
248
[Link], Théories et théorisation, Syllabus du cours de DEA en développement et en démographie,
UCL, 1999.
249
WHETTEN D.A., What constitutes a Theorical Contribution? Academy of Management Review 14 (4),
University of Illinois, 1989, pp. 490-495.
250
DEBUYST F., [Link].
251
BOURDON R., La logique du social. Introduction à l’analyse sociologique, Paris, Hachette, 1979, p.31
252
FRANCK R. (sous la dir.), Faut-il chercher aux causes une raison ? L’explication causale dans les
sciences humaines, Librairie Philosophique J. VRIN, Paris, 1994, 442 p.
253
DEBUYST F., op. cit.
254
Un enjeu est défini comme quelque chose à gagner ou à payer. Cette définition renvoie automatiquement
au jeu des acteurs.
272
mécanismes mis en place permettent de faire sortir (et à quel degré) les gens de la
pauvreté. D’autre part, en cas d’actions menées dans le cadre d’une politique économique
d’accumulation, il sera alors normal que l’appréciation des résultats atteints se fasse avec
l’utilisation des outils économiques et financiers256. C’est dans ce débat par exemple, que
le CGAP257 s’inscrit en prenant les activités de microfinance dans le sens d’activités
bancaires à petite échelle et qui, de ce fait, devraient respecter les règles bancaires de
rentabilité et de concurrence.
Ainsi, l’évaluation a plusieurs enjeux notamment en ce sens qu’elle doit identifier ce qui
est fait en fonction des objectifs visés par les différents acteurs. Cette tâche n’est pas
toujours facile car, souvent, certains agendas sont cachés et certaines conventions ne
décrivent pas exactement les détails sur les attentes des uns et des autres.
255
CHAO-BEROFF R. (citée) dans J. JALLAIS, Compte rendu de la réunion-débat du 27 mars 2000 qui
s’est appuyée sur les interventions de Renée Chao-Beroff (CIDR), André Chomel (Fondation du Crédit
Coopératif et Christophe Lebegue (CFSI). Groupe de travail « Financement des exploitations agricoles dans
les pays en développement ».
256
ADAMS D.W. and J.D. VON PISCHKE, « Microentreprise Credit Programs : Déjà vu », World
Development 20(10)(1992) pp. 1463-1470.
257
CGAP, [Link].
273
Les politiques actuelles en matière des actions de développement essayent de définir avec
précision les résultats à atteindre et les mécanismes de gestion qui doivent accompagner
leur mise en oeuvre. Le concept de professionnalisation est actuellement très souvent
utilisé dans les documents liés à ces politiques. Avec comme conséquence que toute action
éligible doit être accompagné par toute batterie d’indicateurs de sa performance et de
l’expérience tant technique que professionnelle de ses exécutants. En effet, certains
défenseurs du système de microfinance pour les pauvres et qui agissent principalement
dans le sens du social se heurtent à l’influence de certains groupes de pression, convaincus,
que la microfinance est une affaire des banques mais à petite échelle.
Nous pensons, sur base de tout ce qui précède, que l’avenir des actions de développement
en général et de la microfinance en particulier risque de mettre plus l’accent sur le
professionnalisme et d'oublier les vrais besoins des bénéficiaires d’autant plus que, en
exigeant le professionnalisme, l’on peut alors oublier l’inventivité des acteurs populaires et
exclure toute forme de prise de risque à travers des innovations. Dans ce contexte, l’enjeu
concernant l'évaluation des projets et programmes de développement devient réel en ce
258
ZAGRE P., Les politiques économiques du Burkina Faso, Une tradition d’ajustement structurel, Éditions
Karthala, Paris, 1994, pp. 29 – [Link].
259
CGAP, Building inclusive financial systems, Donor guidelines on good practice in microfinance,
December 2004.
260
ADAMS D.W. and VON PISCHKE J.D., op. cit.
261
HOLOCOMBE S.H., [Link].
262
KOUPAKI P.I., [Link].
274
sens qu’il exige d’analyser les résultats de ces actions de développement en fonction des
objectifs de leurs acteurs. Or, ces objectifs sont souvent contradictoires comme
l’expérience des différents projets et programmes de développement l’a jusqu’à présent
démontré.
263
Une idéologie étant entendue dans le sens défini par le dictionnaire comme étant un « ensemble des idées,
des croyances ou des doctrines propres à une époque, à une société ou une classe"
275
Une démarche par étapes (voir tableau 25 ci-dessous) nous semble pertinente dans le cadre
de l'identification des facteurs d'une théorie en rapport avec l'évaluation des actions.
Ces étapes sont les suivantes : l'identification des facteurs (variables, des construits et des
concepts), la a mise en relation de ces facteurs, la démonstration de la pertinence de la
théorie par rapport aux facteurs qui la composent et l'identification des changements de la
théorie en termes d'espace et de temps.
La première tâche importante dans la construction d’une théorie est le choix des variables,
des construits, des concepts, etc. qui seront logiquement considérés comme une partie de
l’explication personnelle ou sociale du phénomène qui nous intéresse. Cela demande de
choisir les éléments qui sont pertinents et qui ne portent pas à confusion quant à leur
signification. Ceci implique qu’on n’intègre pas les éléments qui peuvent être mis de côté
sans toutefois altérer le sens de la théorie.
Ensuite, il s’agit de la nécessité de mettre en relation les facteurs qu’on a retenus à l’étape
précédente. Cette mise en relation oblige à l’identification des causalités. Et il peut être très
important pour les lecteurs de la théorie de pouvoir disposer, pendant leur lecture, d’une
construction de la théorie (avec les liens de causalité). Pour WHETTEN264, plus les
relations de causalité sont complexes, plus il est important de pouvoir les identifier
graphiquement.
Avec les deux premières phases, il y a lieu de répondre déjà au pourquoi de la théorie
d’autant plus après ces deux étapes, l’auteur de la théorie peut convaincre les autres que ses
propositions font du sens s’il veut réellement que sa théorie puisse avoir de l’impact dans
la recherche. Ici, il s’agit d’expliciter les soubassements de type social, psychologique,
économique ou les dynamiques sociales qui ont influencé le choix des facteurs et relations
lors de deux précédentes étapes. A ce stade, les Quoi et Comment décrivent ce que nous
allons développer comme une théorie alors que le Pourquoi va expliquer. Dans leurs
travaux respectifs, WHETTEN et FRANCK signalent la différence fondamentale qu’il faut
mettre entre la proposition qui nécessite les concepts (une présentation conceptuelle) et
l’hypothèse qui, quant à elle, demande des mesures. Ainsi, il est techniquement possible
d’arriver à conclure que A est la cause de B (ou B est causé par A) sans toutefois faire
intervenir les éléments du Pourquoi. Avec ces trois éléments, il est donc possible d’établir
264
WHETTEN, [Link].
277
une théorie simple de type descriptif ou explicatif ou, dans une autre mesure, de discuter le
fond d’une autre théorie.
classiques. En effet, comme nous l’avons déjà constaté dans nos analyses, il existe, dans
les pays en développement, un groupe important d’acteurs qui est exclu des services
financiers classiques (petits entrepreneurs et acteurs populaires). Cependant, comme
chaque action implique des acteurs différents, il est important d’identifier également tous
les acteurs en jeu.
d) Les indicateurs de performance économique, financière et sociale
Parmi ces indicateurs, il y a ceux qui sont dominants par rapport aux autres, suivant les
objectifs d’un acteur concerné (entrepreneur, appuyeur, évaluateur ou consultant). Quand
un acteur est dominant (voir conflits d’acteurs dans PEEMANS265), il a tendance à imposer
sa vision aux autres. Ainsi, par exemple, dans toute évaluation d’une action en général et
de microfinance en particulier, il figure une appréciation de la performance de l’institution
évaluée. Cependant, force est de constater que la majorité de ces évaluations se bornent
plus sur la performance financière et économique en ce qui concerne la microfinance. Ce
qui peut témoigner que les objectifs visés au départ (par les commanditaires de ces
évaluations) étaient de type économique et financier. Par contre, il apparaît que plusieurs
IMF avaient plutôt des objectifs sociaux qui sont d’ailleurs bien indiqués dans la plupart de
leurs textes constitutifs de base. La connaissance en avance des indicateurs à utiliser pour
apprécier la performance de l’action en fonction des objectifs de tel ou tel autre acteur est
un élément important de la démarche prônée par notre théorie.
e) Les logiques d’acteurs
Ces logiques peuvent être différentes des objectifs pour des raisons multiples : si les
objectifs sont cohérents avec la logique d’un acteur c’est que l’action est intéressante à tout
point de vue et conforme à l’aspiration de cet acteur. Le contraire indiquerait que l’acteur
concerné fait une sorte de spéculation pour des raisons avouées ou non. Quand il s’agit de
raisons non avouées l’on parlera d’agendas cachés. Supposons ici par exemple qu’une
banque classique accepte de prêter de l’argent à une IMF. Cette action est pour la banque
une façon de faire perpétuer ses affaires bancaires car le crédit est donné au taux du marché
et l’IMF est tenue de rembourser suivant le plan convenu266. Cependant, l’IMF peut dans
ce cas avoir des objectifs plus sociaux qu’économiques. Ainsi, consciente de la difficulté
des pauvres à rembourser le crédit avec un taux d’intérêt élevé, elle peut leur donner des
265
PEEMANS J.-P., Le développement des peuples face à la modernisation du monde, Les théories du
développement face aux histoires du développement « réel » dans la seconde moitié du XXème siècle,
Academia-Bruylant/L’Harmattan, Louvain-la-Neuve/Paris, 2002, 534 p.
266
Voir les aspects contractualistes entre le principal et l’agent dans la théorie de l’agence au point 2.2.2.
279
crédits au taux qui est proche de celui qu’elle paie à la banque. Ce qui ne lui permettra pas
de faire des bénéfices et d’atteindre sa durabilité économique et financière. Il est clair que
cette IMF est de type non lucratif (ce qui suppose que ses membres n’ont pas l’ambition de
faire du profit à partager). Ici, la collaboration entre la banque et l’IMF est là mais les
deux institutions ont souvent des logiques différentes. La banque a naturellement une
logique économique de marché et l’IMF a le plus souvent une logique sociale.
Si l’IMF était lucrative, elle donnerait du crédit aux seuls entrepreneurs capables de
rembourser à un taux largement supérieur267, et permettant à l’IMF de faire des bénéfices
qui rémunéreraient les parts des associés. Dans ce cas, la banque et l’IMF ont les mêmes
objectifs (faire du profit) et la même logique (logique économique et financière de
marché). Nous pouvons donc conclure à ce sujet que les objectifs et les logiques peuvent
être identiques ou différents dans le chef même d’un acteur. En outre, le fait que deux
acteurs possèdent des logiques et objectifs différents n’impliquent pas nécessairement
l’absence de coopération ou de collaboration.
f) Durabilité
La durabilité s’entend dans le fait que l’action commencée continue de perdurer grâce aux
appuis qu’elle reçoit de l’extérieur ou aux bénéfices qu’elle réalise et qu’elle continue
d’investir. La durabilité peut être appréciée dans ses aspects économiques, financiers,
sociaux, culturels, institutionnels, etc. Ainsi, certaines actions perdurent grâce aux aides
qu’elles reçoivent de leurs membres, de l’Etat, des bailleurs de fonds extérieurs, etc. Quand
il s’agit des actions économiquement rentables, elles finissent par se prendre elles-mêmes
en charge268.
267
En faisant attention au risque de sélection adverse. En effet, quand on augmente les taux d’intérêt on tend
vers le financement des projets plus risqués mais qui présentent un taux élevé de rentabilité. Cependant, le
risque de non remboursement augmente également (voir point 2.2.3).
268
GRANT W. et al., Evaluation du Secteur de la Micro-Entreprise et Stratégie au Burkina Faso, Volumes I
et II, Rapport technique GEMINI n° 18, Bethesda (Maryland), août 1991.
269
FRANCK R., op. cit.
280
La théorie de l’évaluation des actions par objectifs d’acteurs met donc au centre de tout son
processus les objectifs des acteurs. Cela suppose qu’avant de mener une action, il est très
utile d’installer une forme de concertation entre les acteurs qui seront concernés. Ces
acteurs peuvent être les bénéficiaires ou leurs représentants, les responsables de l’action
(s’ils sont choisis d’avance), les bailleurs de fonds, les autorités locales, etc. Cette
281
concertation permet de connaître les objectifs de chaque type d’acteurs et partant de saisir
leurs logiques vis-à-vis de l’action (l’action est-elle conçue par tel acteur au niveau social,
économique, etc. ?). Quand il le faut, ce processus demande que les acteurs concourant à la
réalisation de l’action soient liés par des clauses contractuelles qui mentionnent les
objectifs communs de l’action, les attentes de chacun (objectifs des acteurs vis-à-vis de
cette action) et les apports qu’ils fournissent270
Afin d’apprécier les réalisations d’une action, nous suggérons que les acteurs en jeu
définissent d’avance les critères qui seront utilisés pour cette évaluation271 ainsi que la
période dans laquelle elle devra se tenir. Il est bien entendu possible que l’équipe
d’évaluation puisse être désignée à ce moment ou à défaut qu’au moins les critères
auxquels elle devra répondre pour son éligibilité soient établis. En fonction de l’objet de
l’évaluation, du type et du degré de technicité qu’il présente, nous considérons que
certaines évaluations peuvent être faites par les acteurs directs de l’action alors que
d’autres peuvent être confiées à des spécialistes externes.
Pour les programmes combinant plusieurs actions nous proposons que chaque action soit
évaluée à part. C'est-à-dire que chaque partie du programme devrait être évaluée
indépendamment des autres quand on parvient à réaliser qu’elle a des objectifs distincts
des autres parties et qu’elle concerne des acteurs différents. Toute tentative de faire la
sommation des résultats des évaluations des différentes parties du programme doit tenir
compte des risques de confusion qui peuvent apparaître. Tout cela, en vue d’éviter des
critiques formulées contre les évaluations privilégiant les aspects économiques et
financiers, au détriment des aspects sociaux, et vice-versa faute d’indications précises au
préalable.
En procédant ainsi, les acteurs en jeu seraient intéressés de connaître la part des résultats de
l’action qui entre dans la satisfaction de leurs besoins identifiés au travers de leurs objectifs
propres. En termes pratiques, nous savons qu’avant chaque évaluation classique, il y a une
définition des termes de référence, travail fait par l’évaluateur à partir du sujet qu’on lui a
donné. Jusqu’à présent, nous trouvons que cette étape, pourtant essentielle, a été toujours
270
SIMANOWITZ A., op. cit. p.661.
271
RUSSELS A. J., Méthodes de recherches en Sciences humaines, De Boeck, Paris-Bruxelles, 2000, 332 p.
282
moins suffisamment préparée. Déjà le fait de demander à l’évaluateur de rédiger les termes
de référence montre bien qu’on est en biais. Car, l’expert va formuler les termes de
référence dans un cadre qui séduit le demandeur de l’évaluation. En effet, l’expert anticipe
ou fait preuve de découvrir les besoins du demandeur de l’évaluation et les explicite dans
ce document qui est finalement le cahier de charges de l’expert. Ce document reçoit les
commentaires et corrections du demandeur de la mission. Il peut même être modifié car sa
mouture finale doit refléter les points que le demandeur aimerait voir traités. On sait aussi
que dans la pratique, on fait parfois appel aux commentaires des évalués sur ces termes de
référence avant la mission de terrain.
A ce stade-ci tout le monde joue le jeu. L’évaluation étant un enjeu majeur, les
bénéficiaires ou évalués consultés sur les termes de référence déjà élaborés par l’évaluateur
et vérifiés par les bailleurs de fonds, ont intérêt à ne pas refuser de voir apparaître un ou
plusieurs points qui les mettent pourtant mal à l’aise. Tant que ces points y figurent, ils
sont moralement obligés de l’accepter pour ne pas donner un signal qu’ils cachent ou qu’ils
ont peur de quelque chose, signe qui pourrait être malencontreusement mal interprété
comme défaillance de gestion.
Lors de l’évaluation sur terrain, l’expert est tiraillé par le besoin d’obtenir des résultats qui
pourraient satisfaire le demandeur (les choses se sont bien passées comme prévues ou les
choses ne se sont pas passées comme prévues, mais voilà les causes et les vrais résultats).
Ce « stress » est donc déchargé (en bien ou en mal) sur les partenaires de terrain et même
sur les personnes gérant les dossiers chez le demandeur de la mission. Car, à ce stade là, le
contrat est clair et les termes de références ne sont plus à changer. Lors de la restitution des
résultats de l’évaluation, il est toujours difficile de comprendre les analyses suivant les
acteurs de l’action (et leurs objectifs), et parfois il y a une focalisation sur un groupe
d’acteurs au détriment ou en faveur des autres.
La théorie de l’évaluation des actions par objectifs des acteurs permet donc d’éviter ces
différentes frustrations et de disposer déjà des objectifs de chacun (action même, les
acteurs en jeu) et des indications en termes de critères d’évaluations voire même du type
d’évaluation avant le début de l'action. Avec cette théorie, tout est négocié d’avance avec
les principaux acteurs de l’action. Les risques rencontrés dans les évaluations classiques
(difficultés d’avoir un consensus sur les termes de référence, les contradictions sur les
indicateurs utilisés, la considération des acteurs choisis, etc.) sont donc évités. Cela
permettra aussi pour l’essentiel de ne plus évaluer un projet ou une action de type social
283
sous les critères économiques (et vice-versa) car tout sera connu d’avance (méthodologie,
indicateurs, objectifs visés par l’action, attentes des différents acteurs, etc.).
9.6. Conclusion
La théorie de l'évaluation des actions par objectifs des acteurs qui vient d'être développée
nous semble complète d’autant plus qu’elle peut s’appliquer à tout type d’action ou
programme de développement et s’inscrit dans tous les contextes spatio-temporels. De
plus, les outils comme critères, méthodes d’appréciation de la performance (sociale,
économique, etc.), les indicateurs, etc. tels que mobilisés par d’autres théories sont toujours
utilisables dans la présente théorie. Sa pertinence réside également dans l’identification des
enjeux, des acteurs et des mécanismes d’évolution de ces derniers suite à l’environnement
global (social, économique, politique, etc.). Par cette théorie, nous avons pu montrer que
l'appréciation des actions se fait différemment selon que l’on se place du côté de tel ou tel
autre acteur impliqué dans le projet. En conséquence, une évaluation complète devrait être
celle qui met en lumière les objectifs et le rôle de chaque acteur impliqué dans l'action et le
bénéfice qu’il en tire (économique, financier, social, développement personnel, etc.) en
plus de l'analyse des objectifs de l'action concernée.
284
10.1. Introduction
10.2.1. Vision stratégique en microfinance : pour le marché ou pour aider les plus
pauvres ?
Comme nous l’avons constaté dans les résultats de cette recherche, un choix s’impose aux
acteurs de la microfinance. Ce choix est lié au fait qu’un positionnement stratégique est
nécessaire pour chaque institution de microfinance dans une vision soit de marché, soit
d’appui aux plus pauvres. Le choix à faire doit absolument tenir compte du fait que le
développement du pays ou d’un secteur comme la microfinance exige, comme le dit M.
NORRO272 le dynamisme et la créativité des hommes. Ceci implique le choix entre deux
chemins : l’un concernant la considération du développement de la microfinance comme
une composante de la finance formelle respectant les règles du marché financier et l’autre
étant à la recherche d’appuis alternatifs mélangeant les dons et les micro-crédits qui se
justifient auprès des pauvres tout en améliorant leur capacité de survie et en les
sensibilisant aux quelques principes de se prendre en charge notamment via l’épargne et
les emplois alternatifs.
272
NORRO M.,[Link], p.228. Voir notamment là où il écrit « …la sortie de crise viendra d’abord du
dynamisme et de la créativité des hommes. Et ni ce dynamisme, ni cette créativité ne font défaut à l’Afrique.
Ils sont par exemple très présents dans le secteur culturel ou dans le secteur politique ou dans les multiples
activités du secteur informel. Encore faut-il qu’ils se manifestent dans les activités économiques du secteur
formel. Toutefois pour que cette reconversion se réalise, l’environnement macroéconomqiue doit être
porteur ».
285
Les deux choix ne sont pas des cages où les gens doivent s’en fermer. Cependant, la
durabilité de l’IMF en terme économique et financier ne peut se concevoir que si cette IMF
agit en conformité avec les règles du marché. L’IMF qui cherche sa durabilité financière
est obligée d’exclure les plus pauvres (MORDUCH273). En effet, les actions envers les
pauvres nécessitent souvent des appuis subventionnés et requièrent de travailler davantage
avec le segment de la clientèle ayant les projets bancables et étant donc capables de
rembourser.
Le premier choix est donc celui du fonctionnement de l’institution de microfinance en
conformité avec les principes généraux du secteur bancaire. Comme nous l’avons déjà
signalé, les conditions que devraient exiger les SFD de notre échantillon pour être rentables
et durables intègrent notamment l’augmentation des taux d’intérêt, le choix des activités
des PME capables de générer des revenus suffisants pour rembourser les crédits et les
intérêts, le choix des zones où les clients sont nombreux tout en ajustant leur gestion et leur
organisation pour la productivité, etc. Or, nous savons très bien que plusieurs pauvres ne
peuvent pas avoir accès à des services financiers liés à des conditions pareilles. Ainsi, ce
choix entraînerait en conséquence une autre exclusion qui viendrait s’ajouter à celle des
banques classiques. Par ailleurs, nous avons déjà constaté274 que, sans toutefois agir dans
les principes du secteur bancaire, les trois SFD appliquent malgré tout les conditions qui
créent des exclusions notamment par manque de garanties (aval, épargne préalable, caution
solidaire du groupement, etc.). Ainsi, le fonctionnement dans le domaine bancaire
entrainerait davantage d’exclusion des plus pauvres car les conditions deviendraient plus
nombreuses et plus contraignantes.
Cependant, en prenant ce choix, il est au moins clair de savoir ce qui est en train d’être fait.
Au cours de notre voyage de terrain, un consultant européen, assis à notre côté dans l’avion
et qui se rendait également au Burkina Faso nous a dit ceci, en commentant le
positionnement en faveur du marché de quelques institutions de microfinance, appuyées en
cela par certains bailleurs de fonds : « Il sera de plus en plus difficile pour eux de continuer
à reprocher aux banques classiques quelque chose qu’eux aussi sont en train de
273
MORDUCH J., The Microfinance Promise, Journal of Economic Literature, Vol. 37, N° 4 (Dec., 1999),
1569-1614 et MORDUCH J., The Microfinance Schism, World Development 28 (4) (2000) pp. 617-629.
274
Voir point 6.4.6. de ce thèse
286
Cependant, les acteurs de l’accumulation pourront développer des IMF rentables qui auront
à se positionner sur un segment du marché rentable et capable de rembourser. Quand leur
mission est claire, cela ne peut pas leur valoir une critique de ne pas lutter contre la
pauvreté ou l’exclusion. En retour, elles seront obligées de ne pas se présenter comme des
IMF à caractère social d’autant plus que leurs activités visent le profit et la rentabilité pour
rémunérer les parts sociales de leurs membres. Cela n’ôterait rien au fait qu’elles peuvent
financer, dans une certaine mesure, certaines PME qui n’avaient toujours pas accès aux
services financiers de la banque classique.
Nous constatons que cette forme de spécialisation de l’IMF sur le segment du marché des
PME rentables bénéficie aussi des appuis spécialisés notamment :
- Au niveau micro : en mettant à la disposition des IMF des fonds de crédit par emprunt ou
par dons conditionnés. En cas de dons, les crédits devraient être octroyés à un taux durable.
Par taux durable, nous entendons le taux qui permet à l’institution de prendre en charge
tous ses coûts de transaction et de générer une marge bénéficiaire.
Les appuis au niveau micro peuvent être déployés en termes d’accompagnements des IMF
ou en renforcement de leurs capacités par des formations, conseils, notation, évaluation et
contrôle.
- Au niveau meso : en dotant ces institutions d’un personnel qualifié pour la gestion des
services offerts (crédit, épargne, assurance, etc.) mais aussi en les aidant à mettre en place
des plans stratégiques en vue d’être durables ou pérennes.
- Au niveau macro : en renforçant les institutions de microfinance par des appuis
d’assistance technique, en stimulant la mise en place d’un système de réglementation et de
supervision et en assurant une certaine cohérence en matière de vision des bailleurs.
En règle générale, tous ces services aux IMF choisissant l’intégration de leurs activités
dans les principes généraux du marché financier devraient être pris en charge par ces
mêmes institutions à titre de prêts quand elles ne peuvent pas les payer directement. Et cela
comme dans le cas des banques classiques. En effet, quand la banque souhaite organiser
des formations en faveur de son personnel ou moderniser sa gestion, elle prend tout en
charge. Cette même logique devrait donc être appliquée aussi à ces IMF de logique
287
puremment économique et financière afin d'éviter que les appuis des bailleurs de fonds
destinés aux plus pauvres soient utilisés par les IMF qui les excluent.
Les projets de crédits directs et les institutions de microfinance mis en place par les ONG,
les gouvernements ou autres bailleurs de fonds ont été longtemps critiqués pour la
distorsion275 du marché pour la simple raison qu’ils donnaient du crédit à des taux
subventionnés. Or, nous constatons qu’actuellement certaines institutions de microfinance
qui sont jugées par les agences de notation ou d’évaluation comme étant pérennes ou
durables et qui ne bénéficient pas (plus) de dons pour leur portefeuille de crédits sont en
train de bénéficier des services de renforcement de capacité en subvention. Ces services
couvrent notamment des équipements mobiliers, immobiliers et informatiques, des
missions d’évaluation, de notation et de contrôle et d’audit qui sont directement payés aux
agences spécialisées par les bailleurs de fonds à titre de don aux IMF bénéficiaires.
De plus, le fait que les IMF bénéficiaires de ces actions n’ont pas à payer les équipements
et autres services de renforcement de capacité leur permet d’investir davantage dans le
fonds de crédit, chose qui ne serait pas possible si ces institutions avaient à prendre en
charge ces coûts (d’équipements et de renforcement de capacité). L’on pourrait dire que la
prise en charge en don des coûts d’équipement et de renforcement des capacités est une
manière de financer indirectement le fonds de crédit pour ces IMF car ça leur permet de se
focaliser dans l’investissement du fonds de crédit (principe de fongibilité de l’argent). Le
sens du débat sur le financement oui ou non du fonds de crédit par les subventions devient
en conséquence dilué par la subvention des actions en renforcement des capacités, qui
place les institutions bénéficiaires dans une position préférentielle par rapport à celles qui
ne le sont pas.
Actuellement, il existe très peu d’IMF avec une vision claire de rentabilité économique. De
plus, la contribution de ces IMF professionnelles (fonctionnant de la même nature que les
banques) à la réduction de la pauvreté est jugée jusqu’ici très minime. C’est ce que J.M.
SERVET276 nous rappelle notamment en disant que « A peine 1% des institutions de
microfinance existantes (100 sur 10 000) pourraient survivre à une absence de subventions
275
CGAP, [Link]. et ADAMS & VON PISCHKE, op. cit.
276
SERVET J.M., « Pas plus qu’un carnet de chèques, la microfinance n’est pas à priori ni de droite ni de
gauche », ALLEMAND S., La microfinance n’est plus une utopie !, Editions Autrement, Paris, 2007, p. 152
288
publiques. Certes ces institutions ne sont pas négligeables et montrent une réelle efficacité.
Mais de là à faire croire que l’on va résoudre l’exclusion par une action purement privée,
je n’y crois pas ». Cela vient renforcer l’idée que les IMF à vocation bancaire (financement
des activités marché rentables ou solvables) sont là pour les personnes capables de
rembourser et qui ne sont pas nécessairement pauvres.
Le deuxième choix des IMF repose sur le principe d’aider les plus pauvres par des
mécanismes et des outils diversifiés et souvent dans une forme intégrée. Dans cette
intégration, la microfinance peut avoir un rôle catalyseur ou celui de compléter d’autres
instruments. Cependant, il ne faut pas que cette intégration soit seulement une combinaison
d’instruments et de projets mais aussi une réelle implication des bénéficiaires dans la
gestion de ces instruments et projets. Il en est de même pour la conception de ces
instruments et projets. Il est important que les projets viennent des bénéficiaires eux-
mêmes. Les projets définis et conduits uniquement ou imposés par les acteurs extérieurs
auront toujours du mal à se faire adopter par les bénéficiaires. C’est pourquoi, les ruses et
la participation inefficace (car uniquement opportunité d’avoir un crédit) dans des groupes
solidaires ou groupements risquent de s’observer plus dans le fonctionnement du FAARF
et de la PRODIA (opportunité et projets extérieurs par rapport aux bénéficiaires) plutôt que
dans celui du RCP-B (sécurité coopérative ou mutuelle). Cela pour la simple raison que
comme les bénéficiaires ne sont pas partie prenante de la gestion de ces SFD (ils ne sont
pas les leurs), ils développement des mécanismes populaires de l’utilisation intelligente des
SFD pour en profiter277 au moment où ces SFD ne maîtrisent pas les comportements de ces
bénéficiaires et ne parviennent pas à susciter leur adhésion.
277
SOULAMA S. et J.B. ZETT, Economie des organisations coopératives et de type coopératif, CEDRES –
Université de Ouagadougou, 2001, 234p.
289
gestion des services financiers278 (comme les petits crédits par exemple) peut être
envisagée afin d’habituer leurs bénéficiaires aux mécanismes du marché financier normal,
qui, à la longue, devrait être sollicité quand toutes les conditions seront réunies.
Ce deuxième choix est donc une stratégie globale et intégrée qui appuie les plus pauvres en
mettant en place divers instruments dans lesquels la microfinance est une composante. Par
ailleurs, il est important de signaler que, dans ce cas-là, la microfinance sera exercée quand
dans la zone concernée il n’y a pas d’institution financière de type bancaire ou d’IMF
pouvant offrir les services financiers en question.
Indépendamment du choix qui pourrait être fait, les acteurs pourront dissiper l’actuelle
ambiguïté qui pousse certains à critiquer d’autres comme étant des développeurs qui se
sont transformés en capitalistes (ou les capitalistes qui se sont transformés en
développeurs) parce qu’au départ le choix n’a pas été clair au moment de la conception des
activités de microfinance ni par la suite pendant leur mise en œuvre.
Or, cette critique parvient à tenir quand on sait que certaines IMF font du tâtonnement dans
la définition de leurs visions, car ignorant si les accompagnements dont elles bénéficient de
la part des bailleurs de fonds vont continuer ou pas. En effet, quand il s’agit de penser à
une vision stratégique à long terme d’une IMF, certains bailleurs de fonds optent souvent
pour la première vision (autonomie financière de l’IMF), faute de pouvoir garantir les
moyens à long terme ou faute d’une vision claire dans le domaine. Or, dans le second
choix, il faut absolument qu’il y ait des sources variées de financement en plus de celles
générées par l’IMF concernée. En matière de vision stratégique pour le développement des
IMF, J.M. SERVET souligne également cette double conception en ces termes: « Il
convient de distinguer une conception néolibérale de la microfinance d’une autre relevant
davantage de l’économie sociale et solidaire. Autant la première entretient l’illusion de la
toute-puissance du privé, autant la seconde souligne le nécessaire hybridation des
ressources ». C’est cette hybridation des ressources qui doit être recherchée quand on a fait
278
CGAP, [Link]. Le CGAP est fort critique de cette tentative d’initiation des pauvres aux mécanismes de
crédit. Il va même à la proposition des dons plutôt que des crédits qui risquent de créer ce qu’il qualifie de
« distorsion » de marché par les taux faibles pratiqués (inférieurs à ceux du marché financier) et de risque de
non remboursement par les pauvres endettés. Or, d’après certaines ONG, c’est cet apprentissage qui est
important car, pour elles, les pauvres qui s’habituent aux crédits (plutôt qu’aux dons) peuvent devenir plus
responsables et gestionnaires de l’argent qu’ils reçoivent en crédit.
290
le deuxième choix. Ceci peut davantage encourager les IMF concernées à développer
progressivement la section chargée de gérer le crédit et d’assurer une articulation avec les
autres activités de l’IMF telles que l’épargne, la formation, etc.
Dans cette deuxième catégorie, il y aura certainement un bon nombre des initiatives
actuelles en matière de microfinance venant des ONG. J. L. FERNANDO souligne l’enjeu
de la réglementation des ONG actives en matière de microfinance. Elles sont actuellement
confrontées à un défi de pouvoir augmenter leur crédibilité dans le secteur non seulement
auprès des bailleurs de fonds mais aussi aux autres opérateurs qui collaborent avec elles.
Mais cela n’évitera pas de tensions éventuelles car déjà, l’on sait que les ONG se sont
progressivement dotées des cadres très qualifiés pour gérer la croissance des initiatives
qu’elles avaient lancées en microfinance quand elles se sont rendues compte que leur
croissance dépassait souvent leurs capacités. Mais cela est critiqué aussi par ceux qui
considèrent que l’octroi des salaires du genre du secteur privé capitaliste et l’adoption des
mécanismes de gestion comme les entreprises privées leur enlève le statut qu’elles
revendiquent d’être auprès des pauvres, des exclus, etc. Ainsi, sans un réel positionnement
des ces ONG, elles risqueront de se voir toujours entrainées dans des logiques néo-libérales
du capital ou de l’Etat et failliront de démontrer en quoi consiste leur « empowerment » ou
leur « défense » des exclus.279 Le deuxième choix comporte à la fois des tensions et des
perspectives de lutte contre une seule vision modernisatrice qui est celle de l’économie
néo-libérale (voir premier choix) axée à la productivité, au professionnalisme et à la
rentabilité de toute initiative économique peu importe ses bénéficiaires (riches, moyens ou
pauvres).
279
FERNANDO J.L., [Link]. pp. 30-36
291
Le rôle de la coordination est donc très nécessaire d’où le service du Ministère ayant le
suivi de la microfinance dans ses attributions devrait bénéficier davantage des appuis de
l’Etat, mais aussi d’autres bailleurs de fonds qui souhaitent voir une telle coordination se
développer. Or, à l’état actuel des choses, ce service, qui a la responsabilité notamment de
mobiliser une supervision du secteur, de vérifier si les pratiques de terrain sont conformes
à la loi en vigueur et de prodiguer des conseils aux institutions de microfinance et aux
opérateurs diversifiés qui s’intéressent au secteur n’a pas les moyens suffisants.
En somme, nous pensons que des services étatiques, comme celui de la microfinance,
méritent du renfort dans toutes leurs activités et initiatives. Ceci étant, il faudrait
encourager les bailleurs de fonds qui s’inscrivent dans le renforcement des capacités du
secteur de la microfinance qui combine à la fois les appuis aux services concernés de l’Etat
et les appuis directs aux IMF et les autres institutions d’appui au secteur (agences de
notation, bureaux de formation et de conseil, etc.).
280
NORRO M. [Link].
292
Par ailleurs, la mise en place des fonds de garantie est aussi une possibilité que les
différents bailleurs de fonds peuvent accorder à ces IMF pour leur permettre de prendre de
risque en finançant les PME au niveau de leur fonds en capital (par exemple la
construction d’un atelier et son équipement) ou de leur fonds de roulement plus important.
Le cas de collaboration entre le RCP-B et le PERCOMM en matière de fonds de garantie
est une initiative qu’il faut développer. Cependant, le seul inconvénient qu’il faut gérer et
que la totalité de ces fonds de garantie reste bloquée pendant toute la durée des crédits
293
concernés, ce qui n’est dès lors pas rentable. En effet, dès que les tranches sont
remboursées, la part du fonds de garantie relative aux montants déjà remboursés pourrait
être transformée (tout au moins 50%) en refinançant de nouveaux crédits. Il est donc clair
que l’utilisation de la part du fonds de garantie relatifs aux remboursements déjà réalisés
permettrait aux SFD d’augmenter le nombre et le montant des crédits octroyés et
développerait de nouveaux produits financiers en faveur des PME.
Mais cela doit se faire avec prudence suivant le type de garantie. En effet, si le montant de
la garantie peut permettre un triple de sa valeur pour les crédits281, l’institution de
microfinance peut solliciter l’utilisation d’une partie de la garantie qui est égale au tiers du
montant des échéances déjà remboursées pour l’octroi d’autres nouveaux crédits. La durée
de ces nouveaux crédits ne doit pas dépasser la durée éligible de la garantie. Ainsi, au lieu
de laisser la totalité du montant de la garantie sur un compte dans une banque, une partie
de cette garantie peut donc être mobilisée pour l’octroi de nouveaux crédits, à condition
que cela ne mette pas en péril la couverture des échéances non encore remboursées et que
les nouveaux crédits octroyés sur base de cette garantie soient remboursés avant la fin de la
durée de toute la garantie.
La sensibilisation est donc une manière efficace d’amener les clients actuels et potentiels à
comprendre le fonctionnement des IMF qui leur octroient du crédit. Il ne faudrait donc pas
venir reprocher aux clients le fait de ne pas rembourser un crédit qu’ils ont acquis tout en
ne sachant pas qu’il fallait le rembourser à des conditions non expliquées suffisamment au
départ. Ceci d’autant plus que chez plusieurs pauvres le taux d’analphabétisme est assez
281
FAURE Y.A. et P. LABAZEE, Petits patrons africains – entre l’assistance et le marché, Karthala, 2000,
pp. 522-523. Ces auteurs mentionnent notamment pour le cas du Burkina Faso comment la CAPEO (Cellule
d’Appui à la Petite Entreprise de Ouagadougou) « travaille avec un coefficient de 3 pour 1, un fonds de
garantie de 100 millions devant par exemple permettre de couvrir 300 millions de prêts ».
294
élevé, et que de surcroît plusieurs clauses contractuelles ne sont pas toujours écrites. Les
clients devraient donc s’impliquer dans les séances d’explication ou de sensibilisation
organisées par ces IMF. Il n’est pas à exclure d’aider les plus pauvres par une assistance
sociale qui n’est pas du crédit. Nous pensons en tout cas que ce n’est pas avec la politique
de transformer toute personne pauvre en entrepreneur qu’on réussira à lutter contre la
pauvreté. Certaines personnes plus pauvres ont besoin de l’aide sociale soit en nature ou en
cash sans toutefois leur prêter de l’argent tout en sachant qu’il leur est impossible d’exercer
quoi que ce soit comme activité génératrice de revenu. Simplement, cette aide sociale doit
être pertinemment justifiée (par rapport aux autres qui n’en reçoivent pas) et sa
consommation doit être responsable dans le chef de celui qui la reçoit.
Pour ce qui est du financement des PME, nous avons déjà constaté que ces dernières
reçoivent des montants en crédits qui sont inférieurs à ceux qu’elles souhaitaient obtenir.
Cela fait qu’elles ne trouvent pas de fonds nécessaires à investir dans leur capital. Pour
pallier à cela, les PME devraient renforcer leur capacité de négociation des crédits auprès
des guichets « microfinance » des banques classiques. La première piste à suivre est celle
qui consiste en la modernisant la gestion de ces PME (tenue des comptes par exemple), en
organisant mieux leur travail, en insistant sur la qualité des produits et des services rendus
et en renforçant leur stabilité en terme physique (avoir une adresse fixe de son activité). La
deuxième piste consiste à oser frapper à la porte de certaines banques classiques. Après
avoir franchi la première piste (qui est une clé essentielle pour la deuxième), l’entrepreneur
peut contacter certains guichets des banques classiques comme la Banque for Africa qui a
déjà ouvert un guichet pour le micro-crédit et le PAPME qui finance déjà des projets des
PME avec des montants relativement supérieurs (de 2,5 millions de FCFA à 65 millions de
FCFA).
10.3.2. Au niveau des institutions de microfinance
Dans le cas actuel des choses, le FAARF et la PRODIA devraient poursuivre la réflexion
en matière de choix de leurs stratégies et de leurs visions respectives (marché ou approche
intégrée de développement). Quant au RCP-B avec ses différents niveaux, ils devraient
renforcer la modernisation de leur gestion qui aura un impact réel sur leur rentabilité.
Aussi, la recherche de rentabilité de ces institutions devrait être poursuivie notamment par
l’amélioration de leur productivité et l’augmentation progressive de leurs taux d’intérêt,
jugés actuellement très faibles. Pour réussir le pari de productivité, les IMF concernées
peuvent d’une part renforcer les capacités de leurs agents actuels par des formations
295
Par ailleurs, les IMF devraient mettre en place un système de développement des crédits à
moyen terme en assouplissant certaines règles en faveur des clients bien connus. Elles
peuvent également décider d’appliquer des règles souples pour les clients fidèles et qui
remboursent régulièrement leurs crédits quand ces clients viennent négocier par exemple le
renouvellement de leurs crédits (éviter de recourir à un nouvel arsenal de garanties pour les
clients fidèles). En effet, certains besoins en fonds de roulement dans ces PME sont très
élevés et nécessitent parfois une décision rapide au niveau du financement pour ne pas leur
faire perdre des opportunités de marché. En suivant les procédures longues et les règles
trop strictes dans le cadre des politiques de crédit des IMF, les bons clients risquent d’être
pénalisés282.
Il est également nécessaire que ces institutions réfléchissent sur les possibilités
d’augmenter les taux d’intérêt voire même de pratiquer des taux d’intérêt différenciés. En
effet, elles peuvent appliquer un taux d’intérêt élevé sur les activités très rentables (comme
le commerce des pagnes, la vente des produits artisanaux d’ornements, etc.) et des taux
d’intérêt moindres pour les activités moins rentables (agriculture et élevage). Des
augmentations des taux d’intérêts ont été observées dans d’autres situations et contextes
sans avoir un effet négatif sur la demande de crédit. C’est ce que nous fait remarquer par
exemple M. HARPER283 dans le cas deux institutions PRODEM (Bolivie) et la Bank
Rakyat Indonesia - BRI (Indonésie). D’après les responsables de PRODIA quand cette
dernière a augmenté son taux d’intérêt en 2004 en le passant de 12% à 18%, cela n’a pas
affecté le nombre de clients qui sont venus vers cette institution. Il est évident qu’avant de
faire cette augmentation, une analyse plus fine devrait s’opérer pour savoir exactement ce
que doit contenir ce taux d’intérêt en fonction des charges que l’organisation doit supporter
et de la meilleure manière qu’elle peut réaliser ses activités de crédit avec efficacité et
efficience. Ce serait donc injuste de faire payer aux clients des charges supplémentaires en
crédit pour assurer les imperfections de l’organisation.
282
CAMILLERI J.L., Petites entreprises et microfinance (extraits), 2002
283
HARPER M., Microfinance - Evolution, Achievements and Challenges, London – New Delhi, ITDG
Publishing - Samskriti, 2003, p.61.
296
Ces différents rôles de l’Etat sont notamment présentés par A. GRJEBINE284 en ces
termes : « Considérant les contraintes auxquelles sont soumises les actions de l’Etat, est-il
possible d’affirmer que son efficacité est réelle ?Pour tenter de répondre à la question, il
est nécessaire d’examiner successivement chaque grand domaine d’intervention de l’Etat à
la lumière des considérations suivantes : la réglementation, les politiques d’ajustements
structurels, la gestion des services publics et les politiques sociales ». Le même auteur
poursuit : « L’intervention de l’Etat est a priori justifiée : c’est bien à lui que reviennent
les missions de protection de la collectivité et du respect des règles du jeu. Aussi le débat
porte-t-il moins sur sa légitimité – largement reconnue- que sur son efficacité au regard
des objectifs fixés ».
L’Etat ne devrait pas jouer son rôle en cherchant l’implication de la microfinance dans une
économie de marché ou dans une économie administrée car, comme le dit M. NORRO285
« A côté de l’économie de marché, il y a (il y avait ?) une autre voie, celle que préconisait
l’économie administrée », voie qui, d’un point de vue théorique, a longtemps paru à
beaucoup de bons esprits comme une alternative pleine de sens et de promesses ». Ainsi,
284
GRJEBINE A. (sous la direction de), Théories de la Crise et politiques économiques, Editions du Seuil,
Paris, 1986, pp.340-341.
285
NORRO M., [Link]., p. 281
297
ce qui est important n’est pas de choisir entre l’économie de marché et l’économie
administrée ni de chercher la forme organisationnelle « idéale » que devraient avoir les
institutions de microfinance. Au terme de cette recherche, nous pensons que l’Etat doit
rester conscient qu’une partie des institutions de microfinance peut fonctionner sur les
principes bancaires classiques dans une économie de marché (celle qui s’adresse aux
activités de production des biens et services), mais qu’une autre partie nécessite un appui
particulier tant de la part de l’Etat que des autres bailleurs de fonds (c’est-à-dire celle qui
s’adresse aux plus pauvres dans le cadre des programmes de lutte contre la pauvreté).
286
CGAP, Building inclusive financial systems, Donor guidelines on good practice in microfinance,
December 2004, p.1.
287
Voir chapitres 4 et 5
288
PEEMANS J.P., Le développement des peuples face à la modernisation du monde, Les théories du
développement face aux histoires du développement « réel » dans la seconde moitié du XXème siècle,
Academia-Bruylant/L’Harmattan, Louvain-la-Neuve/Paris, 2002, p.495.
289
PEEMANS J.P., [Link]. p. 495
298
290
FAURE Y.A. et P. LABAZEE, [Link], p. 609.
291
NYSSENS M., Quatre essais sur l’économie populaire urbaine : le cas de Santiago du Chili, Thèse
doctorale, CIACO, Louvain-la-Neuve, 1994.
292
PEEMANS J.P., [Link].
293
PEEMANS J.P., [Link]., p. 492
299
démocratie fondée sur le principe « un membre, une voix », la définition des objectifs du
projet par les membres, l’affirmation de la capacité à gérer les projets économiques quelle
que soit leur taille294, le contrôle de système et pas seulement un secteur et la
reconnaissance de toutes ces approches, non seulement dans les actions envers les plus
pauvres et la lutte contre la pauvreté mais plutôt dans tous les projets socio-économiques
d’un territoire donné. Ceci dit, les ONG ne devraient donc pas s’engager dans une
concurrence avec les autres secteurs, même si au fur et à mesure des années, elles ont été
les pionnières dans tel ou tel autre domaine. Les ONG devraient donc continuer à plaidoyer
pour les zones délaissées et à assister les populations qui restent toujours exclues du
système bancaire classique et des institutions de microfinance qui visent la rentabilité et
appliquent des conditions non accessibles aux plus pauvres. Les ONG, par leur accès de
proximité aux différents terrains, devraient également faciliter la production des
informations sur l’état de la population dans les milieux dans lesquels elles opèrent. Et
dans cela, elles devraient travailler en coordination et en concertation sur terrain et éviter
de se faire la concurrence.
294
PEEMANS J.P., [Link].
Sur ce point, PEEMANS démontre d’ailleurs très bien que les dirigeants de ces institutions d’économie ont
des capacités de gestion des affaires économiques autant que des acteurs globalisés tout en critiquant la
concentration au Nord des organisations de l’économie qui se sont transformées « en immenses
conglomérats, voire en des organismes financiers, dont l’ambition des dirigeants est avant tout de se mesurer
en termes de compétitivité aux performances des acteurs de l’accumulation globale, en exhibant fièrement
leur capacité de jouer dans la « cour des grands »».
295
GRANT W. et al., Evaluation du Secteur de la Micro-Entreprise et Stratégie au Burkina Faso, Volumes I
et II, Rapport technique GEMINI n° 18, Bethesda (Maryland), août 1991.
300
Il serait important que les experts de ces agences disposent des moyens financiers leur
permettant travailler sur des propositions concrètes. Ces propositions sont notamment les
études ex-ante par secteur d'activités afin de :
- réduire les coûts opérationnels et d'équipements des PME. En effet, si ces agences
disposaient des moyens financiers nécessaires pour faire des recherches sur les secteurs
dans lesquels se trouvent ces PME, il y aurait lieu que ces dernières profitent de ces
études avant de se lancer ou bénéficient des avantages en matière de coût de transaction
et de coût d’équipement car toutes ces informations seraient disponibles grâce à ces
recherches ou études. Par extension, on peut citer les recherches au niveau des
marchés, l’évolution technologique, etc. toujours par secteur d’activité.
- disposer des mesures d'accompagnement efficaces,
- disposer de compétences sectorielles (bijouterie, confection des vêtements, garage et
soudure, etc.) tant du point de vue technologique qu'organisationnel.
Il faudrait donc organiser le secteur de la consultance en lui accordant des ressources
nécessaires pour leur appui qualitatif visant la promotion et la diminution du risque pour
les PME et micro-entreprises. Il faut donc promouvoir la réorganisation du marché de la
consultance qui opère aujourd'hui en compétition et en ordre dispersé.
certaines tentatives des bailleurs de fonds de pallier aux défaillances du système bancaire
en se faisant banquiers se sont soldées par des échecs. De plus, le financement des projets
intégrés à volet crédit, mais sans approche de séparation de la gestion du crédit de celles
des autres composantes du projet s’est révélé non professionnel. En conséquence, les
bailleurs de fonds devraient mettre en place des mécanismes réels de soutien aux IMF et
d’autres projets de développement en évitant de créer une concurrence déloyale. En effet,
les bailleurs de fonds devraient financer des projets intégrés à volet crédit surtout dans les
seules zones où il n’existe pas d’IMF prêtes à fournir les services financiers. L’application
de taux d’intérêt trop faibles et des conditions fantaisistes dans un projet intégré peuvent
créer des distorsions de marché et donc des conséquences néfastes aux IMF
professionnelles de la même zone (difficultés de remboursement de leurs crédits et de
durabilité) et aux bénéficiaires (la non durabilité de tels projets entraîne des pertes totales
d’opportunités de financements des initiatives locales).
De plus, le renforcement des capacités des IMF et des bénéficiaires de crédit, notamment
les PME, ainsi que l’invention d’autres types d’accompagnement constituent des
opportunités que les bailleurs de fonds peuvent continuer à offrir au secteur. Il ne faudrait
pas les initiatives propres des acteurs populaires en matière de microfinance (comme les
tontines) soient ignorées. Car, c’est en donnant des possibilités de s’épanouir et d’avoir
plus de liberté aux gens qu’on construit un réel développement (A. SEN296). Les bailleurs
de fonds devraient également œuvrer pour une grande coordination de leurs activités en
microfinance. Ceci peut se faire à partir de leur propre initiative ou par incitation des
services de coordination ou de conseil des institutions de microfinance. Il faut ici saluer les
initiatives comme celle de la création du CGAP en 1995 ou celle de l’accord de Paris en
octobre 2006 intitulé: «Mettre en place des systèmes financiers pour les pauvres. Accord
pour une aide plus efficace pour l’accès aux services financiers ». Il serait donc intéressant
de capitaliser dans les années à venir sur ces initiatives afin de constater ce qui a été
amélioré dans le secteur de la microfinance et ce qui reste à faire ou à rectifier.
296
SEN A., « Development as Freedom », Oxford University Press, 1999, 365p.
302
11.1. Introduction
Dans ce chapitre, nous tirons des conclusions générales de la recherche tout en revenant
sur les objectifs de notre recherche, les impacts et nos hypothèses de départ. Pour
l'essentiel, nous exposons les éléments de nos analyses qui nous permettent de confirmer si
oui ou non les objectifs visés par cette recherche ont été atteints, si oui ou non nos
hypothèses ont été vérifiées et notamment celles liées aux impacts des micro-crédits des
SFD.
Nous rappelons que l’objectif général de cette thèse est de contribuer à la compréhension
des impacts du crédit dans la dynamique de développement des pays en voie de
développement en général et du Burkina Faso en particulier. Le présent travail voulait
également contribuer à la recherche des voies et moyens de faire sortir certaines micro-
entreprises et PME du secteur informel urbain de leur étape de survie et de les intégrer
dans une véritable croissance.
297
Nous présentons les objectifs spécifiques en ordre inversé par rapport à la présentation de départ (Chapitre
1) car nos analyses ont démontré qu’il y a un lien logique entre ces objectifs. En effet, les relations entre les
PME et les SFD ainsi que celles entre le niveau de crédit et la taille de l’entreprise (en termes de capital et de
travail) ont été traitées dans les présentations des aspects socio-économiques et des activités de ces
institutions. Ainsi, les analyses d’impacts ont été présentées par après, ce qui nous amène à faire le
récapitulatif de ces impacts après avoir traité les deux premiers objectifs spécifiques.
303
Pour le premier objectif spécifique, nous pouvons dire que notre recherche a pu l’atteindre
en ce sens qu’elle a pu donner des positions claires sur les relations contractuelles298 qui
existent entre les PME et les SFD. En effet, nous avons analysé les éléments qui poussent
les PME à demander du crédit auprès des SFD et ceux qui poussent ces derniers à financer
les activités des PME. Nous avons pu comprendre comment les PME s’ajustent aux
différentes conditionnalités des SFD notamment en termes de garanties d’autant plus que
les crédits que les SFD offrent sont relativement plus accessibles que ceux offerts par les
banques classiques. Ainsi, faute de garanties matérielles, les SFD (comme le FAARF et la
PRODIA) exigent une certaine caution des autres personnes soit en se mettant en
groupement ou en groupe solidaire ou en faisant recours à un aval. La théorie de
l’agence299 nous a aidé donc à comprendre que cela est fait pour pallier une quelconque
défaillance de l’emprunteur parce que le prêteur ne le connaît pas très bien ou n’a pas eu
des informations (asymétrie d’informations) garantissant totalement le remboursement (par
la rentabilité de l’activité de l’emprunteur ou la bonne foi de ce dernier).
Ainsi, d’une part, les PME veulent des moyens financiers pour développer leurs activités
en investissant en capital ou en finançant leur fonds de roulement souvent sans délai, et
sans nécessiter les études longues et compliquées des banques classiques. D’autre part, les
SFD fixent les critères d’obtention du crédit en fonction de leurs objectifs et des logiques
dans lesquelles ils sont en train d’évoluer. Parmi les facteurs qui influencent leurs logiques
figurent notamment leurs propres objectifs, leur degré de recherche de rentabilité, la
clientèle cible, la croissance de leur portefeuille, les positions des bailleurs de fonds, la
prise en compte de l’environnement global, etc.
Suivant les mobiles et les objectifs des PME et SFD, les deux types d’entreprises essaient
de trouver un terrain d’entente sous un système de contrat (voir la théorie de l’agence). Ce
contrat constitue non seulement une base qui spécifie les droits et les obligations de
chacun, mais aussi un témoignage d’un aboutissement de négociations. Ici, il faut préciser
que chacun poursuit ses objectifs : le SFD a le mandat d’octroi des crédits (un des
objectifs) et de recevoir leurs remboursements avec intérêts et les PME ont besoin des
298
Conformément à la théorie de l’agence, les deux parties contractantes (le principal et l’agent) ont des
objectifs distincts et chacune veut atteindre ses objectifs. Pour ce faire, le principal impose quelques garanties
à l’agent afin de s’assurer du remboursement du crédit et des intérêts.
304
crédits pour développer leurs propres activités. Nous avons trouvé que les coûts
contractuels des SFD sont énormes et que cela limite leur rentabilité et leur autonomie
financière. Cependant, le faible niveau actuel des crédits (en montant et nombre) prouve
bien que les SFD ne sont pas encore en mesure de satisfaire les besoins des PME, quand on
sait aussi que leurs crédits sont octroyés à court terme et qu’ils concernent généralement le
fonds de roulement et non la capitalisation. Les relations entre les PME et les SFD ont
donc été explorées à travers les contrats et les différentes conditions qui les entourent et
prouvent que chaque SFD met de son côté le maximum possible de conditions et de
garantie pour le protéger de tout éventuel non-respect des engagements par les PME et de
l’échec de leurs opérations. Cette pratique permet seulement à une petite partie des exclus
du système financier classique de trouver des financements alternatifs des SFD (question
d’exclusion par la création d’une nouvelle bourgeoisie moyenne aux détriments des plus
pauvres). Cependant, nous avons constaté que le RCP-B (et ses CP et les URPC) et le
FAARF développent des formations en faveur de leurs clients afin de pouvoir renforcer
leurs pouvoirs économiques et sociaux et ainsi leur permettre de devenir des clients forts.
Quoi qu’il en soit, les relations entre les PME et les SFD sont régies par la confrontation de
leurs stratégies et logiques sur le marché du microfinancement. Ce qui témoigne de
nouveau des relations classiques de l’offre et de la demande.
Concernant le deuxième objectif, il nous a été clair qu’il existe implicitement une relation
entre le niveau du crédit et la taille de l’entreprise. En effet, nous avons trouvé que lors de
l’analyse de la demande de crédit de la PME par les animatrices ou les agents de crédit, ces
derniers se réfèrent non seulement à l’expérience de l’entrepreneur mais aussi au niveau
des activités menées. C’est ainsi que certaines PME nous ont confirmé avoir reçu des
montants de crédits inférieurs à ceux qu’elles demandaient, et que carrément certains
crédits leur ont été refusés parce qu’ils concernaient un investissement en capital.
L’appréciation du niveau des activités renvoie donc à la taille de l’entreprise. Or, cette
taille est aussi perçue en termes de volume du chiffre d'affaires de la PME ou de son
capital. Quand cette taille est jugée suffisante par rapport au niveau du crédit demandé, la
PME reçoit sans difficulté le crédit quand les autres conditions sont remplies. Un des
agents de crédit nous a dit ceci :« Je suis allé un jour visiter l’activité du bijoutier parce
qu’il avait demandé un crédit de 500.000 FCFA. Quand je suis arrivé chez lui, il a vendu
299
Voir QUINTART A., R. ZISWILLER, Théorie de la finance, 2ème édition, PUF, Paris, 1990, p. 287 et
CHARREAUX G., [Link].
305
des articles pour plus de 50.000 FCFA. Là j’ai vite compris que ses affaires marchaient
bien. Il avait un important équipement en machines et en vitrines d’exposition qui coûte
naturellement cher. Or, je savais également très bien que c’était un type bien riche et qui
avait beaucoup de succès en bijouterie –beaucoup de femmes aiment ses modèles et ce
n’est pas le marché qui lui manque. Là je n’avais pas d’hésitation à donner un avis
favorable à ce crédit. Le bijoutier en est maintenant à son troisième crédit et ses
remboursements se font très souvent en avance ».
Ces propos nous confirment donc le lien important entre le niveau du crédit et la taille de
l’entreprise. Cette taille (perçue en termes de chiffres d'affaires ou de capital) est aussi
mise en relation avec le sérieux de l’entrepreneur. Ce n’est donc pas le nombre du
personnel qui compte dans l’appréciation de la taille de l’entreprise pour les agents de
crédits, mais plutôt le sérieux de celui qui est patron et qui gère la PME, en plus de son
chiffre d'affaires et de son capital. En effet, le nombre des agents de la PME ne devrait pas
être pris en considération d’autant plus que certains travailleurs gagnent très peu et qu’ils
sont des parents (frères et cousins) de l’entrepreneur, et qu’à ce titre ils peuvent travailler
bénévolement. C’est ce qu’une animatrice nous a confirmé en ces termes : « Pour dire
qu’une entreprise est sérieuse ou viable je ne peux pas me baser sur le fait qu’elle compte
plusieurs travailleurs. Non. Parce qu’il y a des gens qui continuent de travailler même s’ils
ne sont pas payés, pour ne fût ce que trouver où passer la journée. D’autres travailleurs
sont des frères ou des sœurs de la personne qui demande le crédit. Ils peuvent vous dire
que tout va bien alors que rien ne marche. Ce qui est important c’est le patron, est-ce qu’il
travaille bien et en plus est-il sérieux dans tout ce qu’il fait ?Est-ce que le domaine
d’activités a du succès ou pas ? Voilà certains points qui nous intéressent... La taille de
l’entreprise est aussi importante mais pas en terme de nombre des travailleurs ». Ainsi,
l’apparence (sérieux et matériel) est intéressante beaucoup plus que le nombre de
travailleurs employés dans l’entreprise.
Pour ce qui concerne le troisième objectif, nous avons pu identifier, mesurer et analyser les
impacts socio-économiques des crédits aux PME notamment en termes de revenus,
d’emploi, de réduction de la pauvreté, d’exclusion sociale et économique et de genre. Nous
avons également mené des réflexions sur les impacts de la microfinance sur
l’environnement réglementaire et politique. En faisant cela, nous avons essayé de dépasser
306
Nous pouvons en définitive conclure que notre objectif global a été atteint en ce sens que
non seulement toutes les analyses faites (dans les aspects socio-économiques des PME et
SFD et dans les impacts de la microfinance en général et du micro-crédit en particulier) ont
permis de comprendre et de mesurer ces impacts, et de proposer des voies et moyens
pouvant aider les PME à sortir de leur survie et de les conduire à une réelle croissance de
leurs activités. En effet, les analyses au niveau des études de cas nous ont conduit au
constat qu’il est possible pour les PME de sortir de la débrouille et de se lancer dans une
véritable croissance sous certaines conditions. Celles-ci sont notamment liées à
l’investissement dans le capital des PME par les IMF et au renforcement de leurs capacités
en matière de gestion, de production et de recherche de marché pour leurs produits et
services. Les recommandations spécifiques à différents types d’acteurs se sont faites dans
ce sens également. L’investissement plus croissant en capital des PME exige à la fois des
SFD de changer leur politique notamment en matière de plafonnement du crédit, et des
entrepreneurs de prendre beaucoup plus de risques au lieu de vouloir se contenter des petits
crédits.
Il a été notamment démontré comment, dans certains cas de PME qui ont reçu le
financement par les trois SFD, les maris étaient déjà associés dans la marche de l’activité
financée. Soit ces maris sont clairement impliqués dans l’activité comme encadreurs ou
travailleurs, soit ils sont en train de jouer dans la coulisse en guidant la femme et en
l’encourageant dans toutes ses démarches de fonctionnement de son activité. C’est donc un
système de complicité complexe qu’il faut saisir cas par cas. Nous avons nous-mêmes
rencontré certains hommes à la caisse de PRODIA qui venaient rembourser l’argent à la
place de leurs femmes parce que ces dernières étaient retenues dans leurs activités.
11.3. Conclusions générales sur les analyses d'impacts du crédit des SFD
Un des principaux résultats de cette recherche est constitué par l’ensemble des analyses
produites sur la compréhension de la nature et du niveau des impacts du crédit en termes de
revenus, d’emploi et d’exclusion sociale ainsi que sur d’autres variables comme
l’environnement global et la réglementation. Nous avons globalement montré par exemple,
comment le crédit, sous certaines conditions comme la pertinence du projet, la bonne
gestion, l’implication du niveau managérial de l’entrepreneur dans la PME, etc. permet de
diminuer l’exclusion sociale de l’entrepreneur concerné.
308
Les impacts au niveau des emplois ont été également signalés. En effet, certains emplois
ont été créés et d’autres ont été sécurisés par le crédit. Car, sans certains crédits, les
activités des PME concernées risquaient de diminuer et donc de faire diminuer le travail
des salariés. Toujours sur le même titre des impacts, nous avons trouvé que l’évolution de
la microfinance a eu également un impact important sur l’évolution institutionnelle et
administrative des SFD. En effet, cette évolution de la microfinance, avec les débats
qu’elle provoque, amène les SFD à se poser des questions quant à leur rôle et aux
performances qu’ils devraient avoir. De plus, leur position vis-à-vis des considérations du
marché et de pratiques d’assistance aux plus pauvres est toujours en débat tant en interne
(dans le chef des membres et initiateurs des SFD) qu’en externe (chez les bailleurs de
fonds, les agences d’évaluation et de notation, les chercheurs et universitaires de tous
bords). Nous avons aussi constaté comment le pouvoir public national et régional (dans le
cadre de l’UEMOA) et les autorités monétaires se mobilisent pour encadrer le secteur par
la réglementation (en cours de révision) et la mise en place des institutions de soutien ou de
refinancement (cas de la BRS par exemple).
Il est important de rappeler que nos hypothèses ont été construites sur base des
connaissances et des à priori que nous avions nous-même, après avoir passé une période
non négligeable de recherche, d’évaluation et d’observations sur le terrain et sur les
309
300
Nous avons déjà constaté que deux tiers des ces PME ont remboursé leurs crédits uniquement avec les
revenus de leurs activités. Par ailleurs, un tiers a déjà remboursé ses crédits avec le concours d'autres revenus
(de la famille ou des activités connexes).
301
SERVET J.M., « Pas plus qu’un carnet de chèques, la microfinance n’est pas à priori ni de droite ni de
gauche », ALLEMAND S., La microfinance n’est plus une utopie !, Editions Autrement, Paris, 2007, p.14 8.
310
Par ailleurs, tous les promoteurs de ces PME nous ont affirmé avoir payé leur personnel et
avoir pris en charge les dépenses de leurs familles et des autres personnes (en lien de
parenté) pour la scolarisation, les dépenses de santé, etc. Tous ces mouvements de revenus
des entrepreneurs (entrée et sortie) témoignent justement de l’existence même d’une
augmentation des revenus par rapport à la situation dans laquelle ils ne pouvaient pas
disposer de crédit. Car, sans ce crédit, il est fort probable que les activités réalisées ne
pouvaient pas se faire ou le seraient dans une proportion moins importante. Il en est de
même pour les emplois. En effet, nous avons constaté que grâce aux crédits certains
emplois ont été créés dans les PME et que ceux qui existaient déjà ont été sécurisés.
Au vu de ce qui précède, et cela malgré la limite de notre petit échantillon qui ne permet
pas d’extrapoler les résultats de notre recherche sur l’ensemble du territoire burkinabè et
sur les autres pays en développement, nous pouvons cependant conclure que la
microfinance permet dans une large mesure d’augmenter les revenus, de créer des emplois
et de limiter l’exclusion sociale des populations touchées par ses services. Cependant, étant
donné que les activités financées étaient déjà toutes opérationnelles avant de recevoir le
premier crédit des SFD et que donc leurs promoteurs ne peuvent pas être considérés
comme des pauvres selon les critères de SAWADOGO302 (c’est-à-dire ceux qui satisfont
pas leurs besoins de base et n’ont pas d’emploi) et compte tenu du fait que les garanties
exigées par ces SFD ne sont pas à la portée de tous les pauvres, nous pouvons en partie
dire avec MORDUCH303 que les crédits de ces SFD, du moment que ces derniers essayent
de limiter les risques de non remboursement et affichent de plus en plus la volonté d’être
pérennes, ne couvrent pas les plus pauvres des zones concernées. Cela mérité d’être
signalé, bien que même dans le cas des caisses villageoises ou des actions du FAARF dans
le milieu rural, il existe bel et bien une flexibilité d’approche qui permet à quelques
pauvres villageois de bénéficier quelques crédits (via les groupements ou d’autres
mécanismes souples).
302
SAWADOGO, [Link].
303
MORDUCH J., The Microfinance Promise, Journal of Economic Literature, Vol. 37, N° 4 (Dec., 1999),
1569-1614.
311
effet, il a été constaté que la majorité des crédits octroyés a permis un accroissement des
revenus et qu’une partie de ces derniers a été injectée dans le fonctionnement de la PME
concernée alors que l’autre partie a été consommée au niveau des ménages.
Cependant, le niveau de la part des revenus mise dans le fonctionnement de la PME n’est
pas suffisamment élevé pour entraîner un renforcement des PME en terme de
capitalisation. De plus, cette capitalisation reste faible parce que les revenus de certaines
PME ne sont pas suffisants à cause de leur taille, de leur niveau de gestion et du marché
servi. Et comme la majorité de crédits sont octroyés pour le fonds de roulement et qu’il n’y
a pas beaucoup d’investissements en capital, le fonctionnement des PME se trouve dans
une forme de survie et pas dans un processus de décollage. Il est évident que ce n’est pas
la capitalisation qui est le seul facteur de limitation du décollage des PME de notre
échantillon. Les autres facteurs sont notamment le niveau de formation de l’entrepreneur,
sa sensibilité à l’esprit d’entreprise, ses capacités de gestion et de marketing, etc. Par
ailleurs, il ne faut pas oublier non plus la part non négligeable de l’environnement global et
surtout de l’environnement économique qui n’est pas toujours favorable. Ainsi, les PME de
notre échantillon restent à l’étape de tâtonnement artisanal sans une forme d’organisation
et de capital leur permettant de grandir et de sortir de leur étape de survie et de les entraîner
dans une réelle croissance.
Enfin, la troisième hypothèse, portant sur la non-discrimination entre activités des hommes
et des femmes, peut être considérée comme confirmée d’autant plus que les trois SFD
accordent des crédits de manière à éviter des discriminations. Plus spécifiquement les
crédits du RCP-B à travers les CP et les URCP-B et la PRODIA sont accordés tant aux
hommes qu’aux femmes qui répondent à leurs critères304. Le cas du FAARF qui ne finance
que les activités des femmes ne doit pas être interprété comme une exclusion, d’autant plus
que cette initiative publique a été conçue pour les femmes comme bénéficiaires, tout
comme il existe d’autres fonds et projets qui s’adressent communément aux hommes et
aux femmes (comme le FASI, PAPME, etc.) et dans lesquels l’Etat est initiateur et
partenaire.
304
Leurs comités de crédit fonctionnent de manière transparente et leurs membres votent en toute
indépendance.
312
régions ne sont pas à affirmer sans réelles études approfondies en la matière. Nous avons
cependant noté que les femmes sont considérées comme des bons payeurs, et cela est
confirmé notamment dans le cas de PRODIA où les femmes occupent plus de 60% des
crédits accordés (plus de 60%). Pour ce faire, on leur fait plus confiance. Cependant cela
ne leur procure pas d’autres avantages spécifiques par rapport aux hommes dans le
traitement des demandes de crédit. En effet, leurs dossiers sont analysés de la même
manière que ceux présentés par les hommes.
En définitive, nous avons pu démontrer que les crédits contribuent souvent à une
augmentation des revenus et des emplois. Ceux-ci permettent aux bénéficiaires directs et
indirects de crédits de réduire leur pauvreté et limiter leur exclusion sociale et économique.
Par ailleurs, les micro-entreprises qui bénéficient des crédits ont actuellement du mal à se
développer comme de réelles entreprises capitalistes d'autant plus que les crédits octroyés
sont insuffisants et de court terme; ce qui ne leur permet pas de capitaliser dans les
équipements modernes ou dans un marché porteur. Ceci étant, même dans les cas où il y a
eu une amélioration sensible des revenus, l'on retrouve ces PME et micro-entreprises
(qu'elles soient des hommes ou des femmes) dans des stratégies de survie surtout fondées
sur les réseaux sociaux (appui entre parents, fidélisation avec les clients, solidarité entre les
PME et micro-entreprises de la même zone, etc.). Ce qui leur procure un atout important. Il
est donc important de tenir compte de ces réalités dans toute politique visant à promouvoir
ce secteur.
313
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325
2. Caractéristiques de l’entreprise
a) Appropriation de l’entreprise
- Qui est le propriétaire de l’entreprise : Individu, Famille, Association, Coopérative,
GIE, Autres, etc.
- Le gérant est désigné par qui ?
b) Nature de l’entreprise
- Hommes
- Femmes
- Mixte
c) Domaines d’activités
- Elevage
- Artisanat
- Commerce
- Autre
d) Activité principale
- Laquelle ?
- Pourquoi avez-vous fait ce choix ?
e) Autres activités
- Lesquelles ?
- Pourquoi avez-vous choisi de combiner ces activités avec l’activité principale ?
6. Impacts du crédit
- Quelles sont les réalisations atteintes grâce à votre entreprise ?
- Pensez-vous que certaines d’entre elles sont dues au crédit ? Lesquelles et comment ?
- Quels sont les changements atteints (positifs ou négatifs) grâce à votre entreprise ?
Etaient-ils prévisibles au départ sans le crédit?
. sur vos affaires ?
. sur votre famille ?
. sur votre communauté ?
. autre.
Cette évaluation doit donner une liste de ce que le projet a réalisé ou pas, et comparer cette
liste avec celle décrivant les attentes.
- Quelles sont les raisons de vos réussites ou de vos échecs ?
Il est important de savoir comment les choses se sont passées, et d’analyser les facteurs qui
ont influencé la direction dans laquelle l’entreprise s’est orientée.
- Quelles sont les nouvelles actions ou activités à entreprendre au sein de l’entreprise ?
- Pensez-vous que votre entreprise est viable (économique, social, institutionnel, politique,
etc.) ? Comment ?
Dans le cadre de cette question, nous essayerons d’avoir le maximum possible
d’informations chiffrées disponibles au sein de l’entreprise (données sur les achats, ventes,
états financiers, etc.).
7. Difficultés de l’entreprise
- Quelles sont vos difficultés actuelles ?
- Quelles sont celles que vous avez pu surmonter ? Et comment ?
- Quelles sont celles qui vous paraissent être difficiles à surmonter ?
- Avez-vous des suggestions permettant de vous aider à les surmonter ?
2. Caractéristiques du SFD
a) Type de SFD
- Association
330
- Coopérative
- Mutuelle
- Groupement
- ONG
- Fondation
- Groupe d’intérêt économique (GIE)
- Autres, etc.
b) Le gérant ou le directeur est désigné par qui ? et comment ?
c) Nature de la structure (en personnel et en membres adhérents)
- Hommes
- Femmes
- Mixte
d) Niveau d’intervention
- National
- Régional
- Provincial
- Communautaire
- Ville de Ouagadougou
e) Domaines d’activités
- Epargne et crédit
- Crédit
- Formation
f) Activité principale
- Laquelle ?
- Pourquoi avez-vous fait ce choix ?
d) Autres activités
- Lesquelles ?
- Pourquoi avez-vous choisi de combiner ces activités avec l’activité principale ?
3. Capital du SFD
- Disposez-vous du matériel d’équipement ou d’outillage durable ?
Si oui, lesquels ?
Sinon, pourquoi ?
- Quelles sont les valeurs de ce matériel dont vous disposez ? Cette question peut aussi se
limiter uniquement à la demande des informations comptables et de gestion de l’entreprise.
- Quand pensez-vous le renouveler ?
- A cette date, pensez-vous disposer des moyens personnels pour son renouvellement ?
Sinon, qu’allez-vous faire ?
- D’où proviennent les fonds destinés aux crédits ?
- De combien de membres du personnel votre SFD dispose-t-il ? Quels sont leurs postes
d’affectation ?
- Quelle est votre procédure d’identification et d’analyse des projets ? Sur base de quels
critères faites-vous l’analyse ? Par qui ?
c) Octroi de crédit
- Quelle est la procédure d’octroi du crédit ?
- Quelles sont les conditions exigées par votre SFD pour l’octroi d’un crédit ?
- Quels sont les montants minima et maxima ? Pourquoi ?
- Quel est votre taux d’intérêt ? Y a -t- il eu des évolutions de ce taux ? Si oui, lesquelles et
pourquoi ? Sinon, pourquoi ?
d) Suivi et recouvrement
- Quels sont vos mécanismes de suivi et de recouvrement ?
- Quel est le niveau des impayés, des retards ?
- Quelles sont les raisons de ces retards et impayés telles que présentées par vos clients ?
e) Politique générale d’épargne et crédit
- Faites-vous de l’épargne ?
- Si oui, quel est l’avantage de faire de l’épargne et du crédit pour votre entreprise ? Vous
semble-t-il être bénéfique ?
f) Litiges
- Avez-vous des litiges avec vos clients ? Si oui, lesquels ?
- Comment envisagez-vous de régler certains de ces litiges ?
- Quelles sont les difficultés rencontrées dans le traitement des demandes de vos clients ?
- Pensez-vous qu’il existe une concurrence vis-à-vis de votre SFD par d’autres institutions
de microfinance ? Explicitez votre réponse ?
g) Système de gestion
- Quels sont les documents de gestion que vous tenez ?
- De quel logiciel informatique disposez-vous ?
- Etes-vous satisfait de ces instruments de gestion ? Sinon, comment comptez-vous les
améliorer ? Dans combien de temps ?
h) Conformité aux exigences de la BCEAO et de l’UEMOA
- Etes-vous en ordre avec les conditions de fonctionnement telles que décrites par la
BCEAO et l’UEMOA?
- Que pensez-vous de la teneur de ces conditions ? Très exigeantes, exigeantes, moins
exigeantes, très simples ? Expliciter votre réponse.
- Avez-vous des suggestions à faire à cet effet ? Lesquelles ? Les lui avez-vous déjà
transmises ? Sinon, pourquoi ?
6. Impacts du crédit
- Quelles sont les réalisations atteintes grâce à votre SFD ?
- Pensez-vous que ces réalisations sont exclusivement dues aux activités d’épargne et de
crédit ? Comment ?
- Quels sont les changements atteints (positifs ou négatifs) dans votre SFD? Etaient-ils
prévisibles au départ ?
. sur les affaires ?
. sur le personnel ?
. sur la communauté ?
Cette évaluation doit donner une liste de ce que le SFD a réalisé ou pas (résultats), et
comparer cette liste avec celle décrivant les attentes.
- Quelles sont les raisons de vos réussites ou de vos échecs ?
332
Il est important de savoir comment les choses se sont passées, et d’analyser les facteurs qui
ont influencé la direction dans laquelle le SFD s’est orienté.
- Quelles sont les nouvelles actions ou activités à entreprendre au sein de votre SFD ?
- Pensez-vous que votre SFD est viable (économique, social, institutionnel, politique, etc.)?
Comment ?
Ici, nous demanderons les informations comptables ou de gestion disponibles au sein du
SFD (du moins pour les 3 dernières années).
7. Difficultés rencontrées
- Quelles sont vos difficultés actuelles ?
- Quelles sont celles que vous avez pu surmonter ? Et comment ?
- Quelles sont celles qui vous paraissent être difficiles à surmonter ?
- Avez-vous des suggestions permettant de vous aider à les surmonter ?