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La légende de la fondation de Rome

La fondation de Rome

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Fondation de Rome

La fondation de Rome décrit les


aspects mythologiques et historiques
de la naissance de la ville de Rome au
cours du viiie siècle av. J.-C.

Les recherches historiques et


archéologiques récentes renouvellent
la représentation de l'origine de la
ville et mettent souvent à mal le récit
traditionnel que les auteurs antiques
en ont laissé.

La tradition
Deux traditions existent dans
l'Antiquité sur l'origine de Rome :

Les Grecs, avec Hellanicos


de Mytilène (vivant au
e
v siècle av. J.-C.),
attribuaient sa fondation à un
descendant d'Énée et des
Troyens rescapés de la Rome dans les premières années de sa fondation au
e
guerre de Troie. viii siècle av. J.-C.

Les anciens récits romains


évoquaient également un
certain Latinus, roi de la peuplade autochtone des
Latins, et beau-père d'Énée, comme étant le fondateur
de la cité.
Virgile tira de la première tradition une épopée intitulée L'Énéide,
récit qui a plus une prétention poétique (dans la lignée de Homère)
qu'historique. Voir, à ce propos, la légende d'Énée.

Selon les mythes, Rome fut fondée


Le récit de la fondation par Romulus et Rémus, qui, dans
leur enfance, auraient été nourris
D'après les mythes romains, Romulus fonde la ville de Rome à
par une louve.
l'emplacement du mont Palatin sur le Tibre le 21 avril 753 av. J.-C.

C'est à partir de cette date fictive que les Romains comptent les années. Cette convention nécessitait une
justification mythique pour en affirmer le caractère sacré ; deux principales narrations sont connues à
travers la littérature gréco-latine sur le récit de cette fondation :
Tite-Live (-59 ; 17) écrivit une histoire de Rome : Ab
Urbe condita (AUc), qui en latin signifie « depuis la
fondation de la ville ».
Denys d'Halicarnasse (années -50) écrivit pour sa part
Histoire ancienne de Rome. Elle livre un récit
chronologique des débuts de la puissance romaine,
depuis cette origine légendaire jusqu'au
déclenchement de la première guerre punique.
Selon le mythe rapporté par Tite-LiveHistoire romaine [détail des
Haut-relief représentant Romulus et
éditions] [lire en ligne ([Link]
Rémus allaités par la louve sur la
ve)/Livre_I#4)],
I, 4, Procas, le roi d’Albe-la-Longue, a deux fils : Maison de la Louve à la Grand-
Numitor et Amulius. À la mort de leur père, l’héritage est partagé Place de Bruxelles.
à parts égales : l'aîné, Numitor, obtient le trône, tandis
qu’Amulius, le cadet, récupère les richesses et l’argent paternel.

Déçu par le partage, Amulius détrône son frère et tue le fils de


Numitor, Lausus. Afin d’être sûr que la lignée de Numitor
disparaisse, il fait également de sa nièce, Rhéa Silvia, une vestale
dont le sacerdoce l’oblige à rester vierge tout au long de sa vie.

Néanmoins, le dieu Mars tombe fou amoureux de la jeune fille qui


accouche de jumeaux : Romulus et Rémus. Amulius fait alors
emmurer la vestale et condamne les nourrissons à être jetés dans le
Tibre. Les enfants sont abandonnés dans une fondrière, sur les
rives du fleuve en crue, par le serviteur chargé d'exécuter la
sentence. Enfance de Romulus et Remus
Sebastiano Ricci, vers 1708
Ils sont alors recueillis par une louve qui les allaite dans la grotte Musée de l'Ermitage, Saint-
1
du Lupercal, au pied du Palatin. Par la suite, le berger Faustulus, Petersbourg .
témoin de ce prodige, recueille les jumeaux au pied du Ficus
Ruminalis (figuier sauvage) situé à l’entrée de la grotte et les
élève, en compagnie de son épouse Acca Larentia. Cette dernière
aurait été une prostituée que les bergers des environs auraient
surnommée lupa, en latin « louve » ou « prostituée ». Ce serait
donc par un jeu symbolique que des auteurs antiques auraient créé
le mythe de la louve, tirant parti de la puissance redoutable de
l'animal au profit de leur cité, puissance crainte par les bergers de
la civilisation étrusque pastorale qui éprouvent une peur religieuse
de ce prédateur, puissance admirée par les soldats de la civilisation Lithographie du xixe siècle
2
romaine conquérante qui envient sa force et son adresse . représentant Romulus qui trace le
pomerium à l'aide d'un araire à soc
Devenus adultes, Romulus et Rémus décident de fonder une de bronze.
villeHistoire romaine [détail des éditions] [lire en ligne ([Link]
[Link]/wiki/Histoire_romaine_(Tite-Live)/Livre_I#6)], I, 6. N'arrivant pas à
départager celui des deux qui donnerait son nom à la nouvelle ville, ils s'en remettent aux augures, cette
prise d'auspices ayant pour but d'interroger les dieux sur la légitimité de l'espace choisi et d'obtenir ainsi
3
l'assentiment divin pour y inscrire la nouvelle cité . Romulus se place sur le mont Palatin, là où ils
avaient été découverts et élevés par la Louve, Rémus sur l'Aventin. Ce dernier est le premier à voir six
vautours voler dans le ciel. Aussitôt après, Romulus voit douze vautours. Rémus avait donc pour lui la
primauté, alors que Romulus avait le nombre le plus important. Ce fut Romulus qui finalement fut
désigné.

Alors qu'il trace le pomœrium (sillon sacré délimitant l'espace à urbaniser, l'urbs, du reste du territoire,
Note 1 Note 2
l'ager romanus) en guise de mur, soulevant l'araire de bronze attelé d'un taureau et d'une vache ,
son frère Rémus franchit armé ce rempart symbolique pour provoquer son frère. Cette faute criminelle est
un présage funeste : les murailles de la ville ne seront plus infranchissables aux troupes lors des guerres
Note 3
civiles et aux incursions ennemies . Pour annuler ce présage, Romulus est contraint de tuer son frère
en songeant à l'adage Insociabile regnum (« Le pouvoir ne se partage pas »), marquant ainsi tout aussi
symboliquement l'intransigeance sourcilleuse de Rome devant toute incursion malveillante. « Par sa
prompte riposte, interprétée plus tard comme un pur fratricide et non comme une annulation du présage,
Note 4
les ennemis de Rome seront finalement vaincus et éliminés ».

Ce rite fondateur est suivi de divers événements qui concourent au peuplement initial de Rome :
l'enlèvement des Sabines, guerre contre le roi sabin Titus Tatius, secours apporté par le chef étrusque
Cælius Vibenna qui s’installe sur une colline à laquelle il donne son nom (selon Varron), paix avec les
Sabins, et partage du pouvoir avec Titus Tatius.

Traditions alternatives
7
Denys d'Halicarnasse a recensé plusieurs traditions alternatives :

D'après Cephalon de Gergis, Demagoras et Agathyllos, Rome aurait été fondée par
Romos, fils d'Énée et frère d'Ascagne, Euryleon et Romulos ;
D'après Hellanicos et son disciple Damastès de Sigée, Rome aurait été fondée par Énée
lui-même, à son arrivée en Italie après être passé au pays des Molosses ;
D'après Callias de Syracuse (v. 350 - v. 270 av. J.C.), Rhomè est une des femmes
troyennes qui se réfugient en Italie après la chute de Troie. Elle épouse Latinos, roi des
Aborigènes (nom donné aux premiers habitants de l'Italie, qui prirent par la suite le nom
de Latins, d'après leur roi), de qui elle eut trois fils, Rhomos, Romulos et Télégonos, qui
8, 9
fondèrent une ville et lui donnèrent le nom de leur mère ;
D'après Xenagoras (en), Rome aurait été fondée par Romos, fils d'Ulysse et de Circé ;
D'après Denys de Chalcis, Rome aurait été fondée par Romos, fils d'Ascagne ou
d'Emathion ;
D'après d'autres auteurs, dont le nom n'est pas rapporté par Denys d'Halicarnasse, Rome
aurait été fondée par Romos, le fils d'Italus et de Leucaria, la fille de Latinus.

La date de la fondation
10
Rome a été fondée, selon la tradition, au milieu du viiie siècle av. J.-C. .

L'anniversaire du jour de la fondation de Rome était célébré le 21 avril (fête des Parilia). L'année fixée
par la tradition romaine et qui s'est imposée à la postérité est -753, date proposée par un érudit romain du
er Note 5
i siècle, Varron , malgré quelques propositions alternatives :
12
Timée de Tauroménion (vers -350, -250), cité par Denys d’Halicarnasse, propose -814 ,
en même temps que la fondation de Carthage.
13 12
Calpurnius Piso, d'après Censorin , propose -758 .
Quintus Fabius Pictor (vers -254, -201), le premier historien romain, se base sur une
royauté de 7 générations de 35 ans qui précède l'établissement de la République et
12
aboutit à -747 ou -748.
Le censeur Caton l'Ancien (-234, -149) qui rédigea une histoire des Origines calcule 432
12
ans après la guerre de Troie, et obtient -751 .
L'écrivain romain Varron (-116, -27) reprend les travaux de Fabius Pictor et corrige la date
de fondation de Rome en -753/754, ce que Tite-Live adoptera.
Denys d'Halicarnasse, dans une démonstration argumentée sur la chronologie des rois,
14
date la fondation de Rome de la première année de la septième olympiade, soit -751 .
Polybe de Mégalopolis, la deuxième année de la septième olympiade d'après une tablette
12
conservée par les grands pontifes, soit -750 .
12
Cornelius Nepos et Diodore, -550 .
14 15
Lucius Cincius Alimentus, d'après Denys d'Halicarnasse et Solin , propose -728 ou
12
-728 , quatrième année de la douzième olympiade.

Les vestiges au temps de la République romaine


Au temps de Cicéron, donc au ier siècle av. J.-C., les Romains montraient fièrement sur le Palatin la casa
Romuli, une cabane au toit de chaume et aux murs de torchis, où le berger Faustulus éleva les enfants
Romulus et Rémus, et une autre cabane sur le Capitole devant le temple de Jupiter Optimus Maximus,
attribuée à Romulus en personne ou encore à son collègue Titus Tatius. Vestiges respectés et attributions
légendaires, ce sont des indices d’habitat certainement très anciens, mais de quelle époque ?

Le lieu de la fondation
Les auteurs de l'Antiquité s'accordent pour considérer que le site de Rome était déjà habité lors de sa
fondation.

Au moins trois des peuples albains (populi albenses), habitants primitifs du Latium, dont la liste nous a
16
été transmise par Pline l'Ancien , occupaient des collines voisines au Capitole.
17
En effet, les Querquetulani habitaient le Cælius. D'après Tacite , le Caelius se serait d'abord appelé le
18
Querquetulanus, en raison du grand nombre de chênes dont il était couvert. D'après Pline l'Ancien , son
nom primitif se serait perpétué par la porte Querquétulane (Querquetulana porta), nom qu'il donne à la
porte Cælimontane (Caelimontana porta) située entre le Cælius et l'Esquilin. Le Cælius n'aurait pris le
nom qu'après que Cælius Vibenna, un chef étrusque appelé au secours de Rome fut établi en cet endroit
par Tarquin l'Ancien ou un roi antérieur.

D'autre part, les Velienses habitaient le Velia ; les Querquetulani, le Caelius ; et les Vimitellari, le Viminal.
19
S'y ajoutent peut-être les Munienses, que certains auteurs identifient aux Mucienses, habitants du
Mucial, la partie centrale du Quirinal, mais que d'autres identifient aux habitants de Castrimoenium ; les
Foreti, que certains identifient aux habitants du forum romain.

Le Palatin aurait abrité Saturnie (Saturnia).


20 21
D'après Pline l'Ancien , le Janicule aurait abrité Antipolis. D'après Virgile, il s'agissait d'un oppidum
22 23
qui aurait été fondé par Janus lui-même et se serait appelé Janiculum .
D'après de nombreux auteurs antiques, le Palatin aurait abrité Pallantée, ville fondée par Évandre,
originaire de la ville homonyme d'Arcadie, fondée par Pallas, l'aïeul d'Évandre, et située au nord-est de
Mégalopolis dans le Péloponnèse.

Critiques et explications de la tradition


Tite-Live et Denys d’Halicarnasse émirent eux-mêmes des réserves sur ce qu’ils rapportaient. Ainsi Tite-
Live rapproche le surnom Lupa et l'histoire de la louve.

Au xviiie siècle, un rejet massif s’exprime avec la Dissertation sur l’incertitude des cinq premiers siècles
de l’histoire romaine, de Louis de Beaufort, publiée en 1738.

L’historien Mommsen (1817-1903) a exprimé des doutes plus modérés. Il émet l’hypothèse que la
tradition antique a pu se construire à partir de faits réels mais projetés sur un passé lointain et transformés
en mythes. Par exemple, l’immigration à Rome de population sabine (arrivée des Claudii) au début de la
République serait à l’origine de l’épisode de l’enlèvement des Sabines et de l’association avec Titus
Tatius.

D’autres critiques soulignent l’habitude des auteurs anciens d’inventer un personnage éponyme pour
fournir l’origine du nom d’un lieu. Romulus et Rome, le chef étrusque Cœlius Vibenna et la colline du
Cælius sont des exemples de ce mécanisme.

Georges Dumézil, pour sa part, explique les légendes de la fondation de Rome comme un récit mythique
structuré par le système de fonctions tripartites indo-européennes. À partir de traditions indo-
européennes, les Romains auraient inventé les légendes fondatrices, ces légendes exprimant en fait des
schémas idéologiques indo-européens. Romulus et Numa Pompilius se partagent la fonction de
souveraineté sacrée, Tullus Hostilius représente la fonction guerrière et Ancus Marcius représente la
troisième fonction de production et de fertilité. La fondation de Rome est plus précisément basée sur deux
mythes principaux : d’une part, le Männerbund, mené par des jumeaux en rupture avec leur communauté
d’origine, de l’autre, la « guerre de fondation » qui exalte la cohésion de la société lignagère fondée sur la
24
solidarité et la concorde de ses composantes fonctionnelles .

Les analyses archéologiques apporteront des éléments nouveaux.

L'apport de l'archéologie
L'archéologie a montré que le site de Rome a été occupé dès le xe siècle av. J.-C. Le site de Rome n'est
alors qu'un ensemble de villages de pasteurs, répartis sur les collines entourant la dépression du forum
romain.

Les premières découvertes archéologiques à Rome


Les premières découvertes datent du début du xxe siècle, et furent suivies d’autres, au hasard des travaux
ou des sondages :

quelques vestiges trouvés entre le Tibre et le forum Boarium attestent une présence vers
le IIe millénaire av. J.-C., mais celle-ci ne semble pas avoir été continue. Elle n’est donc
pas retenue comme contribuant à la fondation de
Rome.
sur le Germal (sommet ouest du Palatin), on découvrit
en 1907 des fonds de cabanes que l’on dégagea en
1949 : sols creusés dans le tuf de la colline, trous de
poteaux, traces de foyer ; les céramiques associées
dataient du viiie siècle av. J.-C.
sur le Palatual (sommet est du Palatin), d’autres
fonds de cabanes furent découverts.
la présence d’une tombe à urne d’incinération entre les
deux groupes de cabanes du Palatin permet de
Le site de Rome et les vestiges du
supposer l’existence d’un espace dégagé entre ces e e
x – viii siècles.
deux établissements, probablement une nécropole.
la plaine marécageuse située entre le Capitole et le
Palatin, qui deviendra le forum romain, fut aussi
d’abord une nécropole ; en 1902-1903, on trouva 41
tombes près du Temple d'Antonin et Faustine : des
puits funéraires de tombes à incinération, des fosses
d’inhumation avec des mobiliers variés, dont des
vases proto-corinthiens du viie siècle av. J.-C. Des
cabanes furent également repérées, au centre du
forum et sur les pentes du Palatin.
sur le Quirinal, 5 tombes, les unes à incinération, les
autres à inhumation
Fonds de cabanes avec leur trous
sur l’Esquilin, 86 tombes, toutes à inhumation, sauf de poteaux sur le Germal.
quatre à incinération. Ces tombes contenaient un riche
mobilier différent des précédentes nécropoles : des
armes, des casques, des boucliers et même un char de combat.
Les datations réalisées s’échelonnent du xe siècle av. J.-C. au viie siècle av. J.-C., ce qui est compatible
avec la tradition. Les premiers habitants de Rome habitaient donc dans de grossières huttes de torchis à
l’image des urnes funéraires en forme de cabanes rondes trouvées dans le forum, et étaient en majorité
pasteurs et paysans.

Les premières interprétations archéologiques


Parallèlement à ces découvertes, les études sur les peuples italiques indo-
européens, dont font partie les Latins, indiquaient une prédominance
pour les funérailles par incinération, tandis que les peuples
méditerranéens étaient réputés adeptes exclusifs de l’inhumation. Les
tombes à incinération furent donc toutes supposées latines. Puisque la
tradition de la fondation de Rome décrivait un mélange entre Latins et
Sabins, peuples différents, les tombes par inhumation furent
systématiquement attribuées à des Sabins, qu’on estimait plus influencés
par les coutumes méditerranéennes.
Urne funéraire à incinération,
L’ethnie de chaque village fut ainsi déduite selon la proximité et le type en forme de cabane
des inhumations : Le cimetière du forum fut attribué aux Latins, ainsi archaïque.
que les cabanes du Palatin et de la Velia (confirmant la tradition), la
nécropole de l'Esquilin aux Sabins (cette fois à l’encontre de la tradition
qui y situe les Latins) de même que celle du Quirinal (malgré le petit nombre et la diversité des tombes).
On supposa une première fédération des deux villages du Palatin, apparemment les plus anciens, qui
s’élargit ensuite à sept villages pour créer le Septimontium.

De nos jours, les archéologues sont moins catégoriques sur les attributions ethniques, d’autant plus que
souvent sur un même site coexistent des tombes à incinération et des tombes à inhumation. Ils évitent les
interprétations des trouvailles menées à la lumière des traditions et cherchent plutôt à placer les données
archéologiques dans un contexte d’ensemble, avec ses évolutions et ses interactions culturelles.

L’approfondissement de la recherche archéologique


À partir de 1948, de nouvelles fouilles archéologiques à Rome et dans le Latium apportèrent des éléments
factuels sur l’origine de Rome. À partir d’un recensement de tous les vestiges découverts à Rome et dans
le Latium, l'archéologue suédois Einar Gjerstad (1897-1988) proposa une chronologie de la période allant
du xe siècle av. J.-C. au vie siècle av. J.-C. en quatre phases. Très débattue par ses confrères, révisée par H.
Müller-Karpe et R. Peroni en 1962, elle a fini par être admise comme cadre de référence :

La première phase se place au xe siècle av. J.-C. à la fin de l’âge du bronze et au début
de l’âge du fer. Les Latins pratiquent l’incinération, recueillent les restes dans des vases
ou des urnes funéraires en forme de cabane (urne-cabane), puis réunissent dans une
jarre (dolium) l’urne, des reproductions en miniature de mobilier ou d’objets usuels en
bronze ou en terre cuite, parfois les restes du repas funéraire. Cette jarre est ensuite
enterrée dans un puits funéraire. Ce mode d’incinération/inhumation est aussi pratiqué à
la même période en Étrurie (tombe a ziro).
La seconde phase va du début du ixe siècle av. J.-C. au début viiie siècle av. J.-C. (900-
770 pour Müller-Karpe-Peroni). De nouveaux types de vases, des fibules démontrent des
contacts avec l’Étrurie et la Campanie. La pratique de l’incinération recule au profit de
l’inhumation. On subdivise cette période en IIA (pratique majoritaire de l’incinération) et IIB
(inhumation majoritaire).
La troisième phase occupe le milieu du viiie siècle av. J.-C. (770-730 pour Müller-Karpe-
Peroni). Des importations de céramiques grecques de style géométrique apparaissent,
imitées par la production locale. Les objets métalliques se diversifient, les tombes
traduisent par la diversité de leur mobilier une différenciation sociale et l’apparition de
familles riches.
La quatrième phase, dite orientalisante, va de la fin du viiie siècle av. J.-C. au début
e
vi siècle av. J.-C. (730-570 pour Müller-Karpe-Peroni). Les céramiques grecques et
étrusques sont présentes dans tout le Latium. De riches tombes témoignent de l’existence
d’une aristocratie guerrière dans le Latium, contemporaine de celle qui se développe en
Étrurie. C’est à cette période que se rattache le plus ancien document écrit connu, la
fibule de Préneste portant en caractères grecs le nom de Numasios et datée d’environ
-675. C’est également à cette période que l’on rattache les premières murailles
découvertes au pied du Palatin en 1987, peut-être un vestige du pomœrium.

Nouvelles interprétations archéologiques


Cette série de fouilles sur un périmètre plus large complètent les fouilles d’avant la Seconde Guerre
mondiale. Elles confirment la présence de hameaux dispersés sur les diverses collines de Rome dès le
e
x siècle av. J.-C., avec une culture voisine de la culture villanovienne de l’Étrurie (urnes cinéraires dans

des tombes à puits). L’étiquetage sur le site de Rome entre des villages latins, sabins, étrusques se révèle
maintenant un exercice hasardeux, sur des groupes humains aux conditions modestes et homogènes.
Ce peuplement dispersé évolue lentement, modifiant ses habitudes funéraires, sans que l’on puisse voir
une rupture marquée, qui aurait reflété un changement brusque de peuplement. Le milieu du
e
viii siècle av. J.-C. témoigne d’une accélération de la différenciation sociale, et le début d’une société
avec une aristocratie plus riche, en contact avec l’expansion grecque qui commence elle aussi à cette
période. Ce mouvement touche l’Étrurie, la Campanie, le Latium, et bien sûr le site de Rome.

Au viiie siècle av. J.-C., le forum romanum n’est plus un cimetière et commence à être habité. Les
sépultures sont repoussées vers l'Esquilin. Ces tombes de guerriers se situent dans la phase IV de la
chronologie, mais n’ont pas le luxe d’autres tombes latines de la même époque. Les importations à Rome
de céramiques étrusques commencent vers la fin du viie siècle av. J.-C., en retard sur le reste du Latium.
Toujours au viie siècle av. J.-C., le forum romanum devient un espace public, avec l’aménagement d’un
sol empierré.

Le forum romanum apparaît comme le témoin de la naissance de Rome : il fut successivement marécage,
cimetière à incinération puis à inhumation, lieu habité, espace public. L’historien Pierre Grimal l’étudia et
en tira les observations qui suivent.

Les traces du rituel de fondation


Pierre Grimal relève dans son ouvrage Les Villes romaines les éléments récurrents du rituel de fondation
25
pratiqué par les Étrusques puis par les Romains et confirmés par le plan des colonies qu’ils ont fondées
26
et recoupés en partie par la description de Tite-Live :

la délimitation de la cité par un sillon primordial, le sulcus primigenius, saignée ouvrant le


sol et infranchissable car sous l’influence des dieux infernaux, délimitant ainsi l'enceinte
sacrée, le pomœrium.
l’orientation selon les axes cardinaux, matérialisée par quatre portes face aux quatre
points cardinaux, interrompant le tracé du sillon sacré ; les Latins nommaient ces deux
axes le cardo et le decumanus.
une mise sous la protection des dieux « d’en haut », en leur dédiant un temple sur un
point élevé de la fondation, de façon que leur regard couvre la plus grande superficie
possible de la future cité.
au centre de la fondation, une fosse circulaire appelée mundus recevant des offrandes
pour les divinités « d’en bas ».
Si l’on ne trouve pas sur le périmètre du Palatin le souvenir de portes orientées selon les points cardinaux,
telles que les aurait ménagées Romulus, en revanche quatre portes très anciennes étaient connues à
27
l’époque romaine classique, qui bordaient le forum romanum :

au nord, la porte de Janus


au sud, la porte Romaine
à l’est, la « poutre de la sœur », porte par où Horace meurtrier de sa sœur, serait entré
dans la ville après s’être purifié
à l’ouest, la Porta Pandana, de mauvais augure, et juchée sur la pente du Capitole afin
que nul ne la franchisse.
Selon Pierre Grimal, ces portes sont les vestiges du rite de fondation, le decumanus, axe traditionnel Est-
Ouest étant devenu la Via Sacra (Voie sacrée), tandis que le cardo Nord-Sud se lit dans les voies qui le
prolongent, l’Argiletum au nord et le Vicus Tuscus au sud. Un autre point du rituel est respecté, par la
position surplombante du temple du Capitole, pour la triade protectrice Jupiter, Junon, Minerve. Ces
observations confirment donc le respect du rite de fondation, mais contredisent son lieu : le tracé
fondateur déduit de ces quatre portes ceinture le vieux forum et non le Palatin comme l’indiquent Tite-
27
Live et Denys d’Halicarnasse .

Les fouilles d'Andrea Carandini au Palatin


Les fouilles effectuées à partir de 1985 sous la direction d'Andrea Carandini sur un flanc du Palatin, dans
une zone entre l'arc de Titus et la maison des Vestales, ont relancé les discussions sur la fondation de
Rome et l'historicité possible d'une partie des traditions antiques. Les recherches conduites ont dégagé
une importante stratigraphie reposant sur quatre murailles successives pouvant être datées respectivement
28
des années -550--530, environ -600, environ -675 et environ -730--720 . La découverte des restes
incontestables d'une délimitation urbaine au viiie siècle av. J.-C. autour du Palatin renvoie pour A.
Carandini et A. Grandazzi à la fondation romuléenne de Rome. Selon A. Grandazzi le mythe de la
fondation de Rome renverrait bien à un événement historique et à un personnage historique, que nous
connaissons en tant que Romulus, dont la mémoire a été conservée et mythifiée, à travers notamment
l'action de Servius Tullius. Si l'existence factuelle des restes découverts par A. Carandini n'est pas remise
en question, les interprétations qui les mettent en rapport avec la tradition annalistique de Romulus et son
29
éventuelle historicité restent encore très discutées .

Conclusions
Si l’on rapproche l’analyse de Pierre Grimal du phénomène de projection d’événements réels dans un
passé mythique suggéré par Theodor Mommsen, on peut estimer que le rite de fondation a bien été
exécuté par un pouvoir fort voulant unifier les villages installés sur les diverses collines qui entourent
encore l'antique forum, mais à l’époque où la dépression de ce forum commençait à être peuplée. Quels
sont les auteurs de cette fondation ? Là encore, il est délicat de départager les Romains des origines et les
Étrusques. Pierre Grimal penche pour la fondation d’une colonie étrusque, sur un site déjà habité et selon
les rites attribués à Romulus. Les historiens modernes s’accordent à considérer que les rois étrusques en
occupant la région vont faire de Rome une véritable ville vers 600 av. J.-C., en la dotant d'une muraille,
en aménageant le Forum Romain et en bâtissant le sanctuaire du Capitole. Les Romains antiques, quant à
30
eux, se transmirent bien sûr le passé qui faisait d’eux les auteurs de la fondation de Rome .

Au contraire, si l'on veut suivre les analyses développées par A. Grandazzi, la formation de Rome doit
être vue comme un processus complexe marqué par un événement fondateur vers 730 av. J.-C. : la
fondation d'une enceinte urbaine au sein de l'habitat déjà présent sur le Palatin, l'aménagement du forum
correspondant seulement à une phase de développement et de monumentalisation d'une entité urbaine qui
avait déjà son identité et son histoire. Les mythes ne constitueraient pas alors la projection dans le passé
d’évènements postérieurs, mais entretiendraient avec les faits historiques des rapports plus complexes.
Ainsi, selon l'historien Patrick Boucheron, « loin de l'archéologie-spectacle, ce que les fouilles récentes
révèlent n'est pas la fondation de Rome, mais le processus graduel, presque imperceptible, de sa
31
formation urbaine (en) ».
Point fondamental de l'histoire scientifique de l'antiquité romaine, la question de la fondation de Rome,
encore discutée aujourd'hui, montre la difficulté qu'il y a à confronter les sources antiques et la réalité
archéologique malgré la progression certaine des connaissances sur la plus ancienne réalité de la ville de
Rome.

Notes et références

Notes
1. « L’araire, charrue très élémentaire en bois, a un soc de bronze, seul métal convenant aux
opérations religieuses (le fer, d’usage trop récent, est un métal impur) ». La fondation de
Rome se place en effet à l’âge du fer 4.
2. Caton écrit, dans ses Origines que c'était la coutume, dans ce rituel de fondation, d'atteler
un taureau à droite sur le côté extérieur (symbolisant la ville qui saura se défendre), et une
vache à gauche sur le côté intérieur (la ville saura se nourrir), l'attelage progressant d'est en
ouest suivant la course du soleil (en) (sens antihoraire) et le soc de l'araire étant porté à
l'emplacement des portes. « Ce geste est celui d'un agriculteur. Il sépare le monde sauvage
du monde de la cité. Le pomerium reste durant toute l'histoire de Rome une limite inviolable.
Il oppose le monde des morts à celui des vivants, car les nécropoles doivent demeurer
extérieures à la cité. mais cet interdit funéraire se double d'un interdit politique : le pomerium
marque la limite du pouvoir des armes. Les soldats stationnent au champ de Mars, en
dehors du pomerium, et seule une décision particulière du Sénat peut autoriser un général
victorieux à le franchir avec son armée, en triomphe 5 ».
3. Par ce crime, Rémus a provoqué la prise du Capitole, le sac de Rome, les guerres civiles
romaines…
4. La tradition sépare la fondation de Rome en deux clans rivaux qui se forment autour des
jumeaux et qui se querellent au sujet de l'implantation du site. La querelle s'achève avec ce
meurtre 6.
5. « Varron date l'événement de la 3e année de la 6e Olympiade, soit entre l'été 754 et le
printemps 753. Et puisque le jour de la fondation est associé à la fête de Parilia, le 21 avril,
où l'on honorait la déesse du bétail Palès, et qui devient le dies natalis, le jour anniversaire
de Rome, la tradition se fixa au 21 avril 753 11 ».

Références
1. Musée de l'Ermitage ([Link]
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L2dBISEvZ0FBIS9nQSEh/?lng=fr)
2. Véronique Dase, Jumeaux, jumelles dans l'antiquité Grecque et Romaine, Akanthus, 2005,
p. 95
3. André Pelletier, L'urbanisme romain sous l'Empire, Picard, 1982, p. 10.
4. Bernadette Liou-Gille, « La fondation de Rome : lectures de la tradition », Histoire urbaine,
no 13,‎août 2005, p. 76
(DOI 10.3917/rhu.013.0067 ([Link] lire en ligne ([Link]
[Link]/[Link]#re65no65)).
5. Patrick Boucheron, Quand l'histoire fait dates. Dix manières de créer l'événement, Seuil,
2022, p. 65.
6. Bernadette Liou-Gille, « La fondation de Rome : lectures de la tradition », Histoire urbaine,
no 13,‎août 2005, p. 77.
7. Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines. « Livre I, chapitre 72 » [détail des éditions] [lire
en ligne ([Link]
8. Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines. « Livre I, chapitre 72, §5 » [détail des éditions]
[lire en ligne ([Link]
9. Festus Grammaticus, De la signification des mots, art. "Rome" p.329.1 Lindsay.
10. Liou-Gille 2005, § 2, p. 68.
11. Patrick Boucheron, Quand l'histoire fait dates. Dix manières de créer l'événement, Seuil,
2022, p. 66.
12. Guittard 2013, p. 112.
13. Censorin, Du Jour natal, XVII, 13.
14. Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines. « Livre I, chapitre 74-75 » [détail des éditions]
[lire en ligne ([Link]
15. Solin, loc. cit. [réf. non conforme]
16. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, III, 69 [détail des éditions] [lire en ligne ([Link]
oodwolf/erudits/plineancien/[Link])]
17. Tacite, Annales, IV, 65.
18. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, III, 16, 37 [détail des éditions] [lire en ligne ([Link]
rg/bloodwolf/erudits/plineancien/[Link])]
19. Massimo Pallottino, Origini e storia primitiva di Roma, Milano, 1993, p. 123 et pp. 130-131.
20. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, III, 68 [détail des éditions] [lire en ligne ([Link]
oodwolf/erudits/plineancien/[Link])]
21. Virgile, Énéide [détail des éditions] [lire en ligne ([Link]
VIII, 355.
22. Virgile, Énéide [détail des éditions] [lire en ligne ([Link]
VIII, 857.
23. Virgile, Énéide [détail des éditions] [lire en ligne ([Link]
VIII, 858.
24. Jean Haudry, Les Jumeaux divins indo-européens, Os Celtas da Europa Atlantica. Actas do
III congresso internacional sobre cultura celta, 15, 16, 17 de abril 2011, Naron pazo da
cultura
25. Dominique Briquel, La Civilisation étrusque, p. 133.
26. Grimal 1990, p. 20-21.
27. Grimal 1990, p. 38-39.
28. A. Grandazzi, La Fondation de Rome, Paris, 1997, p. 256 et suivantes.
29. Jacques Poucet, Quand l'archéologie, se basant sur la tradition littéraire, fabrique de la
fausse histoire : le cas des origines de Rome, Folia Electronica Classica, no 16 juillet-
décembre 2008, texte PDF ([Link]
30. Alexandre Grandazzi, La fondation de Rome. Réflexion sur l'histoire, Belles-Lettres, 1991,
p. 3-5
31. Patrick Boucheron, Quand l'histoire fait dates. Dix manières de créer l'événement, Seuil,
2022, p. 72.

Voir aussi
Sources antiques
Tite-Live, La Fondation de Rome, Flammarion (23 avril 1999), (ISBN 9782080720931).
(la)
Denys d'Halicarnasse, Les Antiquités romaines, 1990, Les Belles Lettres.

Bibliographie
Pierre Grimal, La Civilisation romaine, 1960, éditions Arthaud, 1981, éditions Flammarion.
Pierre Grimal, Les Villes romaines, coll. « Que sais-je / 657 », 1990, 125 p.
(ISBN 9782130524533).
Alexandre Grandazzi, La Fondation de Rome, 1991, Les Belles Lettres (réédition 1997,
Pluriel) (ISBN 9782012788206).
Alexandre Grandazzi, « Penser les origines de Rome », Bulletin de l'Association
Guillaume Budé, no 2,‎2007, pp. 21-70 (lire en ligne ([Link]
7_num_1_2_2260)).
Laura Orvieto, Contes et Légendes de la naissance de Rome, Pocket Junior
(ISBN 9782266086318).
Marcel Le Glay, Rome, Grandeur et Déclin de la République, 1990, éd. Perrin, tome 1,
(ISBN 9782262018979).
Marcel Le Glay, Yann le Bohec et Jean-Louis Voisin, Histoire romaine, éditions PUF,
collection Quadridge Manuels, (ISBN 9782130550013).
Collectif, Naissance de Rome, catalogue d’exposition au Petit Palais, mars-mai 1977,
Paris, Les Presses Artistiques, 1977.
François Villard, L'Archéologie et ses problèmes.
Giovanni Colonna, Milieu, peuplement, phases naturelles.
[Guittard 2013] Charles Guittard, chap. II.2 « Les crises religieuses et les changements
d'année dans l'Histoire romaine de Tite-Live : l'exemple des années 218-217 », dans
Jean-Paul Morel et Agnès Rouveret (dir.), Le temps dans l'Antiquité (actes du CXXIXe
Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, intitulé Le Temps, et tenu à
Besançon en 2004), Paris, Comité des travaux historiques et scientifiques, coll. « CTHS
histoire » (no 52), 2013, 1re éd., 1 vol., 243, 15 × 22 cm (ISBN 978-2-7355-0793-1,
EAN 9782735507931, OCLC 858211625 ([Link]
BNF 43627150 ([Link]
SUDOC 170910172 ([Link] présentation en ligne ([Link]
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des royaumes, des dieux, des écrits »), p. 111-130.
[Liou-Gille 2005] Bernadette Liou-Gille, « La fondation de Rome : lectures de la tradition »,
Histoire urbaine, no 13 : « Fondations, refondations urbaines »,‎août 2005, p. 1re part.,
art. no 5, p. 67-83 (DOI 10.3917/rhu.013.0067 ([Link] résumé (https://
[Link]/[Link]?contenu=resume), lire en ligne ([Link]
[Link]/[Link]?contenu=article)).
Alexandra Dardenay, Les mythes fondateurs de Rome. Images et politique dans
l'Occident romain, Picard, 2010, 237 p.

Articles connexes
Histoire de Rome
Pallantium
Apports des Étrusques aux Romains

Liens externes
Fondation de Rome ([Link] sur [Link].

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