Pr.
Ndiack FALL
IV : Tableaux de Synthèses de la comptabilité nationale
La comptabilité nationale présente l’ensemble des informations collectées sur
les différentes opérations économiques au cours d’une année civile dans un
cadre comptable qui s’efforce de reproduire la logique de fonctionnement d’une
économie moderne. Ces différentes informations peuvent être enregistrées
dans un tableau économique d’ensemble (section 1), ou dans un tableau
d’entrées-sorties (section 2).
Section I. LE TABLEAU ECONOMIQUE D ’ ENSEMBLE (TEE) ET
QUELQUES AGREGATS
A. Le tableau économique d’ensemble (TEE)
Lorsqu’on se place au niveau d’une économie nationale, il faut tenir compte
simultanément de toutes les opérations économiques des secteurs
institutionnels et du Reste du monde. Les résultats de l’activité économique sont
retracés dans le tableau économique d’ensemble (TEE) appelé encore comptes
économiques intégrés (CEI).
Les secteurs institutionnels sont placés en colonnes, les opérations sont portées
en lignes.
Il se présente en deux parties :
- à gauche sont inscrits les emplois des comptes des opérations courantes ;
- à droite se trouvent les ressources des comptes des opérations
courantes.
Chaque ligne correspond à une opération ou au solde d’un des comptes.
1
Pr. Ndiack FALL
a) Tableau Économique d’Ensemble simplifié – Emplois
IS BL SM
Eco Nat
R du M
B & S
A Pu.
Total
SNF
Comptes Opérations
SF
M
Exportation de biens et
services
Importations de biens et
services
Production
Consommation intermédiaire
Production
Impôts moins subventions sur
les produits
Valeur ajoutée brute
Produit Intérieur Brut
Solde extérieur de biens et
services
Rémunération des salariés
Impôts sur la production et les
importations
Exploitation
Subventions
Excédent brut d’exploitation
Revenu mixte brut
Affectation Revenus de la propriété
des revenus Solde des revenus primaires
primaires bruts
Impôts courants sur le revenu
et le patrimoine
Distribution Cotisation sociale
secondaire du Prestations sociales autres que
revenu transferts sociaux en nature
Autres transferts courants
Revenu disponible brut
Dépenses de consommation
Utilisation du finale
revenu Épargne brute
Solde extérieur courant
Transferts en capital à recevoir
Transferts en capital à payer
Formation brute de capital fixe
Consommation de capital fixe
Capital Variation de stocks
Acquisitions nettes d’objets de
valeurs et d’actifs non produits
Capacité (+) ou besoin (-) de
financement
2
Pr. Ndiack FALL
b) Tableau Économique d’Ensemble simplifié - Ressources
IS BL SM
Eco Nat
R du M
B & S
A Pu.
Total
SNF
Opérations Comptes
SF
M
Exportation de biens et services
Importations de biens et services
Production
Production
Consommation intermédiaire
Impôts moins subventions sur les
produits
Valeur ajoutée brute
Produit Intérieur Brut
Exploitation
Solde extérieur de biens et services
Rémunération des salariés
Impôts sur la production et les
importations Affectation
Subventions des revenus
Excédent brut d’exploitation Revenu primaires
mixte brut
Revenus de la propriété
Solde des revenus primaires bruts
Impôts courants sur le revenu et le
patrimoine Distribution
Cotisations sociales secondaire
Prestations sociales autres que du revenu
transferts sociaux en nature
Autres transferts courants
Revenu disponible brut Dépense de Utilisation
consommation finale du revenu
Épargne brute
Solde extérieur courant Transferts
en capital à recevoir
Transfert en capital à payer
Formation brute de capital fixe Capital
Consommation de capital fixe
Variation de stocks
Acquisitions nettes d’objets de
valeurs et d’actifs non produits
3
Pr. Ndiack FALL
La colonne Économie nationale (Eco Nat) tient compte de tous les secteurs
institutionnels.
La colonne Reste du monde (R du M) est représentée comme un secteur non-
résident.
La colonne bien et service (B&S) permet d’équilibrer les opérations sur biens et
services.
Certaines opérations apparaissent en ressources d’un secteur institutionnel et ne
se retrouve pas en emplois d’un autre secteur institutionnel. Ceci est également
vrai pour les opérations qui constituent un emploi. Par exemple, la production, qui
est une ressource des comptes de production, n’est un emploi, pour aucun secteur.
Par convention et simplement pour équilibrer les totaux des lignes ressources et
emplois, lorsqu’une opération sur biens et services apparaît en ressources et n’a
pas d’emploi, on reporte un montant équivalent en emplois dans la colonne bien et
service. Si l’opération apparaît en emplois d’un secteur et ne correspond à aucune
ressource, on porte le même montant en ressources dans cette colonne bien et
service.
À partir du TEE, on peut extraire un certain nombre d’agrégats qui mesurent le
résultat de l’activité de l’ensemble de l’économie. Ce sont des grandeurs de
référence essentielles pour l’analyse macro-économique.
B. Quelques agrégats
Produit intérieur brut (PIB) :
Le produit intérieur brut (PIB) est un agrégat qui représente le résultat final de
l’activité de production des unités productrices résidentes. Il peut se définir de
trois manières.
4
Pr. Ndiack FALL
➢ Dans une optique de production :
PIB = Valeur ajoutée brute au prix de base + Impôts sur les produits –
Subventions sur les produits
La production est, en effet, mesurée aux prix de base, c'est-à-dire à un prix qui
exclut les impôts sur les produits et inclut les subventions sur les produits.
Or, le produit intérieur brut doit être évalué aux prix du marché, c'est- à-dire
au prix effectivement payé par l'acheteur, puisque la comptabilité nationale
considère que le prix du marché constitue la meilleure mesure objectivement
disponible de la valeur d'un produit. Mais, contrairement au prix de base, le prix
du marché comprend les impôts sur les produits et exclut les subventions sur les
produits. Il convient donc de faire une correction pour passer des valeurs
ajoutées au produit intérieur brut.
➢ Dans une optique de demande :
PIB = Consommation finale effective + Formation brute de capital fixe +
Variations des stocks + Acquisitions moins cessions d’objets de valeur +
Exportation - Importations
➢ Dans une optique de revenu :
PIB = Rémunération des salaires + Impôts sur la production et les importations
moins subventions + Excédent brut d’exploitation et revenu mixte
Le produit intérieur est dit brut, car il ne tient pas compte de la consommation
de capital fixe. La prise en compte de cette consommation permet de calculer le
produit intérieur net :
𝑃𝐼𝐵𝑛𝑒𝑡 = 𝑃𝐼𝐵𝑏𝑟𝑢𝑡 – Consommation de capital fixe (CCF) ou Amortissement
Le produit intérieur net est l’ensemble des biens et services disponible pour les
emplois finals compte tenu de l’usure et de l’obsolescence du capital.
5
Pr. Ndiack FALL
Le produit intérieur net est celui des unités résidentes sans que l’on tienne
compte du critère de la nationalité d’origine du secteur qui crée la valeur ajoutée.
Dans une économie ouverte, une partie des revenus issus du produit intérieur peut
être transférée à des agents non-résidents et inversement, une partie du revenu
intérieur peut provenir d’un produit étranger.
Revenu national brut (RNB) :
Le revenu national brut (RNB) tient compte de ces transferts et l’on a :
RNB = Produit intérieur brut (PIB) + Revenus des facteurs de production reçus
du RdM (Rémunération des salariés, revenus de la propriété) ˗ Revenu des
facteurs de production versés au RdM (Rémunération des salariés, revenus de la
propriété) + Subvention reçues du RdM ˗ Impôts sur la production et les
importations versés au RdM.
PIB + les revenus primaires
RNDM = RNB + Transferts courants reçus du RDM et non encore pris en
considération (Impôts courants sur le revenu et le patrimoine, cotisations et
prestations sociales, opérations d’assurance dommage coopération internationale
…) ˗ Transferts courant versés au RDM et non encore pris en considération
(Impôts courants sur le revenu et le patrimoine, cotisations et prestations
sociales, opérations d’assurance dommage coopération internationale …).
PIB aux coûts des facteurs= PIB – impôts indirects + subventions d’exploitations
La dépense intérieure brute (DIB) :
La dépense intérieure brute regroupe toutes les composantes de la demande de
biens et services qui constituent les emplois finals des ressources disponibles
dans l’économie. On a :
6
Pr. Ndiack FALL
Dépense intérieure brute (DIB) = Consommation finale + Formation brute de
capital fixe + Variation des stocks + Acquisitions moins cessions d’objets de valeur
La capacité (+) / le besoin (-) de financement de l’économie est la somme
algébrique des besoins et capacités de financement des secteurs institutionnels
résidents.
C’est le montant net des ressources que l’économie totale met à la disposition du
Reste du monde (s’il est positif) ou qu’elle reçoit du reste du monde (s’il est
négatif).
La capacité (+) ou le besoin (6) de financement de l’économie totale est égal, mais
de signe opposé au besoin (-) ou à la capacité (+) de financement du reste du
monde.
À partir des agrégats et de certains soldes du TEE, on met en évidence des ratios
qui permettent de suivre et comprendre l’évolution de l’économie.
Section II. L E T ABL EAU DES E NTREES ET S ORTIES (TES)
C’est un tableau à double entrées, présentant les ressources de chaque branche
en colonne et les emplois de chaque produit en ligne. Comme il y a une
correspondance biunivoque entre branche et produits, le TES permet de repérer
les liaisons bilatérales entre les branches. Il apporte ainsi des informations
essentielles sur les échanges interindustriels. Le TES est dû à Leontief (Russe)
qui a présenté en 1939, le premier tableau de ce type appliqué à la structure de
l’appareil productif des USA.
7
Pr. Ndiack FALL
A. Architecture du TES1
A-Tableau des D-Tableau des
consommations emplois finals
intermédiaires
B-Compte de
production et
d’exploitation
des branches
C-Tableau des
Ressources en Calcul du PIB
produits
Le TES est un tableau à double entrée qui peut se décomposer en quatre parties
auxquelles s’ajoute "une cartouche qui présente le calcul du PIB.
a. Le tableau des consommations intermédiaires
Br.
Branches Fictive
1 2 3 4 5 Commerce ∑CI
Produits CI non
ventilée
Agriculture,
Industrie agro-
alimentaire
Industrie
Transport & service
Services financiers
Services non
marchands
∑CI
1
Il s’agit de la présentation officielle des comptes tels qu’ils sont publiés.
8
Pr. Ndiack FALL
Une branche est un regroupement d’entreprises qui ont les mêmes types de
produits. Les branches sont imbriquées entre elles par des relations
d’interdépendance. Exemple, pour produire, la branche automobile doit acheter
aux autres branches les matières nécessaires : acier, énergie, verre, etc. Ce sont
ces relations d’interdépendances qui sont décrites ici dans un cadre qui porte en
colonne les branches et en ligne les produits.
Comme à chaque branche correspond un produit et un seul d’une même
nomenclature, le tableau devrait être carré, et comporter autant de lignes que
de colonnes. Puisque la branche "commerce" ne produit pas un service identifié,
mais des marges commerciales (différences entre prix d’acquisition et prix
départ usine), le tableau des consommations intermédiaires comporte une
branche à laquelle ne correspond aucun produit.
❖ Chaque colonne j représente les achats de biens intermédiaires
nécessaires à la production de la branche j.
❖ Chaque ligne décrit les emplois d’un produit i par les diverses branches, à
titre de consommation interne.
❖ La branche commerce à des consommations intermédiaires constituées
seulement des frais attachés à l’activité de commercialisation
(consommation d’électricité, location de locaux, transport, emballage, etc.)
❖ La diagonale du tableau représente une catégorie spéciale de consommation
intermédiaire appelée intra-consommation ; c’est la consommation par une
branche de produits appartenant au même poste de la nomenclature que
son propre produit.
❖ Alors que la colonne "service non marchand" retrace les consommations
intermédiaires des branches non marchandes, la ligne service non marchand
est vide. On rappelle que par convention les services non marchands font
entièrement l’objet d’une consommation finale.
9
Pr. Ndiack FALL
❖ Les services financiers sont, à l’exception des services d’assurances et de
la location de coffre-fort, consommés à titre intermédiaire par unité
fictive : ils constituent la consommation intermédiaire non ventilée ou
PISB : Intérêts reçus – Intérêts versés).
Les consommations intermédiaires sont évaluées aux prix d’acquisition hors TVA
déductible
b. Tableau des comptes de production et d’exploitation
Branches 1 2 3 4 5 Commerce BF ∑EI
Comptes de
Production
∑ 𝐶𝐼
VAB
Production
effective.
Comptes
d’exploitation
-VAB
-R Salaires
-Impôts liés à la
production
-Consommation de
capital fixe
-ENE
Les comptes de production décrivent la liaison entre la production effective des
branches et la consommation intermédiaire de biens et services nécessaires à
celle-ci. Ils dégagent un solde : la valeur ajoutée brute. Cette ligne est
essentielle, car c’est elle qui permet le calcul du PIB.
10
Pr. Ndiack FALL
Les comptes d’exploitation décrivent les opérations de répartition de la VAB. Ils
vont donc décomposer la VAB, à laquelle s’ajoutent les subventions d’exploitation
en quatre éléments :
- Rémunération des salariés,
- Impôts liés à la production autre que la TVA
- Consommation de capital fixe
- Excédent net d’exploitation
Quand les comptes sont complets et que nous juxtaposons les tableaux A et B,
chaque colonne donnera la structure de coûts de production de chaque branche.
c. Le tableau C des ressources en produits
Branches
1 2 3 4 5 Commerce Total
Produits
Production
effective
Transferts
Production
distribuée
Importations
Droits de
douanes
TVA
Marges
Total
ressources
Le tableau C reprend en première ligne la production effective des branches. À
cette production effective, il va ajouter diverses ressources non produites,
susceptibles de faire l’objet d’emploi final ou intermédiaire, de manière à ce que
l’équilibre emploi ressource soit respecté.
11
Pr. Ndiack FALL
Les lignes transferts permettent de passer de la production effective de chaque
branche à la production distribuée du produit. Ce passage vient de ce que la
correspondance biunivoque qui existe théoriquement entre une branche et un
produit n’est pas parfaite. En effet :
- Certaines branches produisent de façon indissociable leur produit principal
et un produit fatal étant à un autre poste de la nomenclature. Par exemple,
le processus de cokéfaction produit à titre principal du coke et à titre fatal
du gaz.
- Les ICS produisent à titre principal des produits chimiques (engrais, etc.)
et à titre fatal de l’électricité.
- Certaines branches marchandes produisent à titre accessoire des services
de recherche marchande.
- Les branches non marchandes des administrations vendent à titre résiduel
certains biens et services marchands.
Les lignes transferts vont donc servir à faire transiter les produits que l’on vient
de citer de la branche qui les a effectivement produits à la branche qui aurait dû
les produire. Le total de la ligne est donc nul.
La ligne suivante ajoute à la production distribuée les importations du produit de
la branche, évaluée CAF (Coût Assurance Fret). Cette ligne importation nous
donne la structure des importations par produit.
La ligne suivante enregistre les droits de douane puisque les importations ont été
enregistrées en prix CAF.
Pour la même raison, on ajoute à la ligne suivante la taxe à la valeur ajoutée
grevant les produits, c'est-à-dire le solde entre la TVA facturée par le
producteur sur chaque produit et la TVA déductible par les autres unités sur les
achats de ce même produit.
12
Pr. Ndiack FALL
C’est toujours la même nécessité d’équilibrer ressources et emplois de chaque
produit qui explique que l’on introduise dans les dernières lignes du tableau, les
marges commerciales. Les marges commerciales viennent majorer les prix départ
usine au même titre que la TVA, et sont incluses dans le prix d’acquisition des
produits. Par convention, il n’y a pas de marges sur les services.
L’équilibre du tableau est alors assuré par l’annulation de la production de la
branche commerce : au croisement de la colonne commerce et de la ligne marge
on inscrit avec un signe (-) le montant de la production commerciale qui est égale
à la somme des marges. Le total de la ligne marge est donc nulle ; comme la colonne
commerce.
d. Le tableau des emplois finals
Emplois
Cons. Finale
finals Total
∑CI Men. Adm. FBCF ∆S X
emploi
Produits
I
II
III
IV
Les emplois finals sont constitués de la CF, de FCBF, des ∆S et des X. La
consommation finale est évaluée au prix d’acquisition toutes taxes comprises.
Dans le cas d’un produit national, le prix d’acquisition est égal au prix départ usine
+ la TVA grevant les produits et la marge commerciale. Dans le cas d’un produit
13
Pr. Ndiack FALL
importé, le prix d’acquisition est égal au prix C∆F + les DD + TVA + marge
commerciale.
La FBCF n’est un emploi possible que pour un petit nombre de produits : industrie
mécanique et électrique, bâtiment, automobile. La ∆S ne constitue un emploi que
pour les biens, les services ne peuvent être stockés. La FBCF est la ∆S sont
évaluées au prix d’acquisition, hors TVA déductible ; comme la consommation
intermédiaire CI.
Les X sont évaluées au prix FOB : Free on Board (prix à bord) ; c’est le prix à la
frontière. Les frais de transport et les assurances qui permettent d’acheminer
le produit à sa destination sont comptabilisés comme des exportations de
services, s’ils sont à la charge d’entreprises résidentes. Elles sont aussi évaluées
hors TVA.
e. Le calcul du PIB
Le dernier tableau permet de déterminer le PIB à partir de la relation suivante :
Le PIB est égal à la somme des valeurs ajoutées brutes des différentes branches
d'activité, augmentée des impôts nets des subventions sur les produits (INSP).
Les subventions sont des transferts courants sans contrepartie que les
administrations publiques ou les institutions internationales versent à des
producteurs résidents dans le but d'influencer leurs niveaux de production, leurs
prix ou la rémunération des facteurs de production. On distingue les subventions
sur les produits, versées par unité de bien ou de service produite ou importée, et
les autres subventions sur la production.
PIB = ∑VAB + INSP (y compris TVA + DD)
14
Pr. Ndiack FALL
L’application de la TVA, des DD et des autres INSP permet d’assurer l’équilibre
ressources-emplois et se justifie d’une part par le fait que la production est
évaluée hors TVA alors que certains emplois finals (consommation finale des
ménages) sont comptabilisés TVA incluse ; d’autre part les importations sont
évaluées CAF c'est-à-dire hors DD pendant que les emplois finals sont
comptabilisés DD compris.
B. Quelques cas particuliers du TES
1 La production des services non marchands
Compte tenu de l’absence de marchés pour ces services, la production des
branches non marchandes est valorisée par la somme des coûts de production, à
savoir :
Pm = Consommation intermédiaire + Rémunérations des salariés + Impôts liés à la
production+ Consommation de capital fixe.
Les ventes de biens et services effectués par les branches non marchandes sont
appelées ventes résiduelles. Elles sont déduites de la production de ses branches pour
obtenir la production des services non marchands.
2 La production imputée de services bancaires PISB
Elle est mesurée par l’excédent des revenus de la propriété des institutions de crédit
(autres que ceux provenant du placement de fonds propres) sur le montant des
intérêts qu’elles versent à leur créancier. La consommation de cette production ne
pouvant être analysée par branche, on convient de l’ajouter aux CI ; en la faisant
consommer par une branche fictive ayant une production nulle et donc une VAB < 0.
3 La production de la branche commerce
Elle est conventionnellement mesurée par la ∑ des marges prélevées à l’occasion de
la commercialisation des différents produits (il n’y a pas de marges sur les services).
Il n’y a pas non plus de consommation de services de commerce : à la branche ne
correspond aucun produit. Puisqu’il n’y a pas de produits commercés dont on détaille
séparément les emplois, le total de la colonne commerce doit être nul. Pour cela, on
15
Pr. Ndiack FALL
annule la production de cette branche en inscrivant, au croisement de la colonne
commerce et de la ligne marge, le montant opposé de cette production. Ceci revient
par l’intermédiaire de la ligne marge, à transférer la production de commerce dans
les valeurs de ressources en produits commercialisés des autres branches.
Ces marges sont évaluées par produit, à l’occasion de l’élaboration des équilibres
ressource – emploi, mais ne sont pas incluses dans la valeur de la production des
produits.
C. Utilisation du TES
Le TES fait l’objet de deux principales utilisations : l’étude des structures de
l’économie d’une part, la prévision et la planification d’autre part.
1. Le TES comme outil de diagnostic structurel
Dans la mesure où les C.I. décrivent les flux de produits entre branches, le TES
permet de hiérarchiser les activités économiques en faisant apparaître les branches
motrices. Les valeurs les plus élevées des coefficients techniques indiquent les
branches "meilleures acheteuses" : par exemple le bâtiment qui consomme de grandes
proportions de produits issus d’autres branches, mais dont la production fait surtout
l’objet d’emplois finals de la part des ménages (formation de capital fixe).
Apparaissent aussi les branches indispensables aux autres branches, comme la
branche produit pétrolier, dont la production dépend peu des autres branches, mais
dont les autres branches sont fortement dépendantes.
Les ratios qui aident à faire le diagnostic de la structure de l’économie nationale sont
les suivants :
CI𝑗
- Le taux de dépendance d’une branche j en produit ∑CI
CI𝑖𝑗
- Le taux de dépendance d’une branche j en un produit i donné CI 𝑗
La part de la production de chaque branche affectée aux consommations
intermédiaires et aux emplois finals peut être appréhendée à partir des relations
16
Pr. Ndiack FALL
CIi EF𝑖
; EF𝑖 = emplois finals de i ; P𝑖 = production de i
𝑃𝑖 P𝑖
On peut également calculer la structure des emplois finals par produit i.e. EFi/∑CF.
Les contributions respectives des différentes branches à la valeur ajoutée se
calculent ainsi : VABi/∑VAB.
∑X
On peut calculer le taux de couverture des importations par les exportations TC = ∑M
TC = 1 équilibre TC > 1 (excédent de la balance commerciale) TC < 1 (déficit)
On peut également calculer le taux de couverture par produit ∑Xi/∑Mi
On peut aussi calculer le taux de dépendance à l’importation = ∑M/PIB et pour un
𝑀𝑖
produit donné 𝑉𝐴𝐵𝑖+𝑇𝑉𝐴 𝑖+𝐷𝐷𝑖
∑
Le taux de dépendance à l’exportation = 𝑋⁄𝑃𝐼𝐵 et pour un produit donné=
𝑋𝑖
𝑉𝐴𝐵𝑖+𝑇𝑉𝐴𝑖+𝐷𝐷𝑖
2. Utilisation du TES à des fins de prévision
Cet usage est fondé sur certaines hypothèses notamment celle selon laquelle dans
l’intervalle de temps considéré, les branches ont un comportement technique proche
d’un processus à rendement constant (hypothèse de Leontief de constance des
coefficients techniques).
Un problème classique de prévision à court terme et à moyen terme est de déterminer
l’évolution de la production et des facteurs de production par branche, suite à une
variation donnée de la demande finale. La solution du problème consiste à calculer les
variations directes et indirectes des variations de la demande finale sur le niveau de
production par branche.
De manière générale, à l’aide du TES, on peut prévoir la répercussion en chaîne d’un
impact en un point quelconque de l’appareil de production, qu’il s’agisse d’une variation
17
Pr. Ndiack FALL
de volume ou d’une variation de prix. .Pour calculer ces effets, nous avons
généralement trois solutions : la solution algébrique, la solution par itération et la
solution matricielle.
Résolution du modèle de prévision
1 La solution algébrique
Matrice des coefficients techniques
Branche
1 2
Produit
1 a11 a12
2 a21 a22
C11
Ainsi, a11 = = 0,2 ce qui signifie qu’il faut a11 francs de produit 1 pour produire 1F
p1
de produit 1. Il y a donc autant de coefficients techniques que de cases dans le
tableau des entrées intermédiaires. À partir de cet exemple la modélisation de la
structure économique va reposer sur les équilibres emplois-ressources par produit
que l’on va détailler en suivant les lignes du TES : on créera par conséquent autant
d’équation qu’il existe de produits différents. Ici, en regroupant la FBCF et la ∆S en
FBC nous avons le système suivant :
P1 + Mi = CI11 + CI12 + CF1 + FBC1 + X1
{
P2 + M2 = CI21 + CI22 + CF2 + FBC2 + X2
Avec P : Production FBC : Formation brut de capital
M : Importation X : Exportation
CF : Consommation finale
Puisqu’il existe une relation stable entre les CI et les productions par le biais des
coefficients techniques, on peut remplacer chacune des CIij par le produit du
coefficient technique et de la production Pj correspondants : CIij = [Link]
18
Pr. Ndiack FALL
P1 + Mi = CI11 + CI12 + CF1 + FBC1 + X1
{
P2 + M2 = CI21 + CI22 + CF2 + FBC2 + X2
Regroupons les emplois finals selon le principe suivant : EF1 = (CF1+FBC1 + X1 – M1
et EF2 = (CF2 + FBC2 + X2) – M2
Et remplaçons les coefficients techniques par leurs valeurs ce qui donne :
P = 𝑎11 P1 + 𝑎12 P2 + EFi
{ 1
P2 = a21 P1 + a22 P2 + EF2
Ce système à deux équations permet de déterminer les productions futures si
l’on connaît les emplois finals (donnés de façon exogène)
2 Solution par itération
Prenons l’exemple de l’économie caractérisée par les données suivantes :
0,5 0,01 0,05
La matrice de coefficient technique A = [ 0,1 0,39 0,13 ]
0,05 0,10 0,15
cij C11 150 C22 390
aij = a11 = = = 0,5 a22 = = = 0,39
Xj X1 300 X2 1000
Si la demande de produit industriel augmente de 30 milliards que sera l’impact sur les
différentes branches ?
La production industrielle va passer de 1000 à 1030. Cette hausse de la production
industrielle va provoquer à son tour une première vague de consommations
intermédiaires induites.
Variation demande finale : ∆X2 = 30
∆C12 = a12∆X2 = 0,01 x 30 = 0,3 = ∆X1
∆C22 = a22∆X2 = 0, 39 x 30 = 11, 7 = ∆X2
∆C32= a32∆X2 = 0, 10 x 30 = 3 = ∆X3
19
Pr. Ndiack FALL
Ces augmentations de production vont à leur tour entraîner des augmentations de
consommation intermédiaire.
DEUXIEME VAGUE
∆X1 = 0,3 ∆X 2 = 11,7 ∆X3 = 3
∆C11 = 0,5 x ∆X1 = 0,5 x 0,3 = 0,15
∆X1 = 0,3 𝑒𝑛𝑡𝑟𝑎𝑖𝑛𝑒 { ∆C21 = 0,12 x ∆X1 = 0,12 x 0,3 = 0,04
∆C31 = 0,05 x ∆X1 = 0,05 x 0,3 = 0,015 ≃ 0,02
∆C12 = 0,01 x ∆X 2 = 0,01 x 11,7 ≃ 0,12
∆X2 = 11,7 𝑒𝑛𝑡𝑟𝑎𝑖𝑛𝑒 { ∆C22 = 0,39 x ∆X 2 = 0,39 x 11,7 ≃ 4,56
∆C32 = 0,10 x ∆X 2 = 0,10 x 11,7 ≃ 1,17
∆C13 = 0,05 x ∆X3 = 0,05 x 3 = 0,15
∆X3 = 3 𝑒𝑛𝑡𝑟𝑎𝑖𝑛𝑒 { ∆C23 = 0,13 x ∆X3 = 0,13 x 3 = 0,39
∆C31 = 0,15 x ∆X3 = 0,15 x 3 = 0,45
∆X1 = 0,15 + 0,12 + 0,15 = 0,42
∆X2 = 0,04 + 4,56 + 0,39 = 4,99
∆X13 = 0,02 + 1,17 + 0,45 = 1,64
TROISIEME VAGUE
∆C11 = 0,5 x ∆X1 = 0,5 x 0,42 = 0,21
∆X1 = 0,42 ⇒ { ∆C21 = 0,12 x ∆X1 = 0,12 x 0,42 = 0,05
∆C31 = 0,05 x ∆X1 = 0,05 x 0,42 = 0,02
∆C12 = 0,01 x 4,99 = 0,05
∆X2 = 4,99 ⇒ {∆C22 = 0,39 x 4,99 = 1,95
∆C32 = 0,1 x 4,99 = 0,499 ≃ 0,5
∆C13 = 0,01 x 1,64 = 0,08
∆X3 = 1,64 ⇒ { ∆C23 = 0,13 x 1,64 = 0,21
∆C33 = 0,15 x 1,64 = 0,25
∆X1 = 0,21 + 0,05 + 0,08 = 0,34
∆X2 = 0,05 + 1,95 + 0,21 = 2,21
∆X3 = 0,02 + 0,5 + 0,25 = 0,77
Le processus tient compte de tous les effets cumulés d’une modification de la
demande finale, non seulement de l’effet sur les fournisseurs, mais de l’effet
d’une augmentation de la production des fournisseurs sur leurs fournisseurs, etc…
jusqu’à ce que l’effet disparaisse.
20
Pr. Ndiack FALL
Dans notre exemple les accroissements deviennent infimes à partir de la 6ième
itération.
Pour connaître la variation totale il suffit de faire la somme des accroissements
de production et de consommations intermédiaires de chaque produit.
3 Méthode matricielle
Écriture du modèle
0,5X1 + 0,01X2 + 0,05X3 + Y1 = X1
{ 0,12X1 + 0,39X2 + 0,13X3 + Y2 = X2
0,05X1 + 0,1X2 + 0,15X3 + Y3 = X3
Y1 110
AX + Y = X avec Y =[Y2 ] = [495]
Y3 395
En remplaçant Y par sa valeur et en regroupant les termes en X on
110 = 0,5X1 + 0,01X2 − 0,05X3
{ 495 = 0,12X1 + 0,61X2 − 0,13X3
395 = 0,05X1 − 0,1X2 + 0,85X3
Y= [I − A] X avec I = matrice unitaire
X = (I − A)−1 Y = ∆S = (I − A)−1 ∆Y
0,5 − 0,01 − 0,05
I – À = [−0,12 0,61 − 0,13 ]
−0,05 − 0,1 − 0,85
2,026 0,054 0,127
(I − A)−1 = [0,435 1,693 0,285 ]
0,170 0,202 1,217
En supposant une augmentation de 30 de la production en bien 2
2,026 0,054 0,127 0 1,6
∆X = [0,435 1,693 0,285 ] x [30] = [50,8]
0,170 0,202 1,217 0 6,1
En définitive les effets directs et indirects de la variation de la demande de
produits de 30 milliards entraînent une variation de la production des branches
1 ; 2 ; 3 de respectivement 1,6 ; 50,8 et 6,1.
La signification économique de la matrice inverse : (I. A)−1 pour satisfaire une
demande finale de 1F de produit 1 il faudra produire 2,026 de produit 1 : 0,435
de produit 2 et 0,170 de produit 3.
21
Pr. Ndiack FALL
À travers cette matrice on se rend compte que les branches n’ont pas le même
impact sur la production. Pour mesurer l’impact de chaque branche sur la
production totale on calcule les multiplicateurs d’activités ou multiplicateurs de
production.
4 Les multiplicateurs d’activité
Le multiplicateur d’activité est dérivé de la matrice inverse. Il correspond pour
une branche donnée à la somme des éléments de la colonne correspondante à la
branche d’activité dans la matrice inverse du tableau économique de Leontief du
TES
bij … … … … . bin
(I − A)−1 = [ ] ŋ = ∑bij
bnj … … … . bnn j
La variation de la production globale de l’économie lorsque la demande en produit
de la branche j augmente d’une unité.
L’application de cette méthode au TES de 1990 de à l’éco. Sénégalaise a donné le
résultat suivant :
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Pr. Ndiack FALL
Secteur d’activités Multiplicateur d’activités
BTP 3,33
Énergie 2,63
Aut. Services 2,61
Mines 2,52
Industrie 2,39
Forêt 2,12
Pêche 2,58
Transport et télécoms. 2,01
Commerce 1,86
Hôtellerie et restauration 1,85
Élevage 1,51
Agriculture 1,27
Ces résultats indiquent que les BTP constituent la principale branche matrice avec
un multiplicateur d’activités qui s’élèvent à 3,33. Autrement dit une augmentation
de la demande finale adressée aux BTP de 100 F entraîne une augmentation du
produit national de 33F. La situation des BTP confirme l’adage selon lequel "quand
le bâtiment va tout va"
Les deux autres branches principales sont : l’énergie (eau et électricité) et les
autres services avec des multiplicateurs de 2,63 et 2,61 respectivement. Par
ailleurs l’élevage et l’agriculture enregistrent les multiplicateurs les plus faibles
ce qui porte à croire que leur effet d’entraînement sur le reste de l’économie est
fort limité.
Cependant en dépit du bon classement des branches BTP et Énergie on peut
émettre des réserves sur une politique de relance axée sur des branches
d’activités. En effet celles-ci ont un fort contenu en importation. La proportion
des importations dans les consommations intermédiaires est de l’ordre de 58%
23
Pr. Ndiack FALL
pour les BTP et 30% pour l’énergie. Une relance de ces branches d’activités se
heurte ainsi à la contrainte extérieure.
5 La détermination des prix
En considérant que la Valeur Ajoutée de chaque branche est partagée entre les
salariés, les capitales et l’État nous pouvons écrire :
Vi = Wi + Πi + Ti
Avec Vi = valeur ajoutée brute de la branche i
Wi = salaire versé par la branche i
𝜫i = profit de la branche i
Ti = Impôt sur la production de la branche i
Wi
Posons : Wi = salaire par unité de produit de la branche i
Xi
Mi
ri = Profit par unité de produit de la branche i
Xi
T
ti = Xi Impôt indirect par unité de produit de la branche i
i
V
vi =Xi Valeur ajoutée par unité de produit de la branche i
i
Nous avons alors :
Vi = wi + ri + ti
Soit Pi le prix de la branche i. si Pi couvre le coût de production il sera tel que :
Pi = a1iP1 + a2iP2 … + aniPn + Vi
De manière générale si l’on considère les prix comme des variables endogènes et
les valeurs ajoutées (ou leurs composantes) comme des variables exogènes, nous
pouvons écrire le système suivant :
P1 = a11 P1 + a21P2 + a31P3 + … + an1Pn + V1
P2 = a12P1 + a22P2 + a32P3 + … + an2Pn +V2
……………………………………………………………………
Pi = a1iP1 + a2iP2 + a3iP3 + … aniPn + V2
…………………………………………………………………………
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Pr. Ndiack FALL
Pn = a1nP1 + a2nP2 + a3nP3 + … + annPn + Vn
En posant : A’ = At
P1 a11 a21 …
P2 an1
Pn a12 a22 …
an2
……………..
…
aV1
1n a2n ann
À’ = At V= V2
.
.
Vn
Le système présenté ci-dessous peut être écrit sous forme matricielle :
P = À’P + V
P[I − A′]=V
Avec :
I : matrice unitaire
P[I − A′]-1V
𝜟P = [I − A′]-1 𝜟V
Ce modèle permet de mesurer l’impact de la variation des composantes de la
valeur ajoutée (salaires, profits, impôts indirects) sur les prix d’équilibre des
différentes branches.
6 Limites des modèles de prévision fondés sur le TES
Ces limites tiennent essentiellement à l’hypothèse de Leontief de constance des
coefficients techniques qui ne se justifie que dans des conditions restrictives :
- Stabilité de la technologie
- Absence de substitution entre matières premières,
- Absence d’économie d’échelle ou dés-économie d’échelle,
- Homogénéité technique des branches.
25
Pr. Ndiack FALL
En réalité l’hypothèse de Leontief ne peut être avancée que pour le court ou le
moyen terme (une période inférieure ou égale à 5 ans). En effet, à long terme, les
coefficients techniques se modifient sous l’effet de certains phénomènes tels
que le progrès technique, l’évolution des prix relatifs, l’importance relative des
salaires et du profit dans la valeur ajoutée.
En outre le TES permet surtout de calculer des répercussions purement
mécaniques. Les résultats obtenus avec le TES devraient donc être ensuite
intégrés à un modèle plus complet qui tient compte du comportement de revenus,
de dépenses et de financement des divers agents économiques.
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