Thermodynamique, science du changement d'échelle
C'est dire que, selon nous, la thermodynamique est avant tout la science du
changement d'échelle et non
seulement la science des transformations de l'énergie. La mécanique rationnelle
montre déjà des transformations de l'énergie : en regardant la chute des corps on
observe la transformation d'une énergie potentielle
gravitaire en énergie cinétique. Quand une réaction chimique dégage de la chaleur,
il s'agit du même phénomène, un peu plus caché, où une énergie potentielle
d'origine électromagnétique est en partie transformée
en énergie cinétique d'agitation des molécules du système. On parle de
transformation d'énergie chimique
en énergie thermique, mais c'est parce que l'on cache l'échelle microscopique à la
fois dans l'énergie interne
U (énergie potentielle d'origine électromagnétique) et dans le terme macroscopique
de chaleur sans étudier
le devenir de chacun des atomes du système ; on oppose cette énergie thermique à
celle capable de déplacer un poids comme dans un travail mécanique (la chaleur ne
peut le faire), mais au total on a bien une
transformation et un bilan identiques à celui de la mécanique seule. C'est bien
cette di#érence d'échelle,
associée à des forces de natures di#érentes (forces de nature électromagnétique au
lieu de forces d'attraction
gravitaire) qui permet de dé#nir Q (énergie thermique) par rapport à W (énergie
mécanique), mais aussi
les di#érentes formes d'énergie d'un point de vue plus général. L'énergie
électrique par exemple est aussi
globalement associée aux échanges d'énergie potentielle électromagnétique en
énergie cinétique à l'échelle de
collections d'atomes et peut produire le cas échéant chaleur et travail mécanique.
Cette distinction d'échelles permet de dé#nir toutes les notions originales à la
thermodynamique par
rapport à la mécanique : l'intérieur et l'extérieur d'un système (en relation avec
les transferts permettant
de dé#nir Q par rapport à W), la notion d'équilibre (relative à l'invariance de
paramètres macroscopiques
attachés au système alors que l'on n'est pas dans cette situation, dé#nie par
l'annulation des forces et des
mouvements, à l'échelle des grains individuels). . . et éclaire aussi les questions
relatives à la compréhension
du temps et son irréversibilité, du hasard, etc.
La meilleure compréhension de ces changements d'échelle regardés en fonction de
l'augmentation progressive du nombre de particules d'un système (et non comme la
mise en regard de deux échelles déjà acquises,
et renvoyant à des expériences sensibles déjà séparées comme la table de billard
pour la mécanique ou le
réservoir de vapeur pour la thermodynamique) doit permettre de progresser dans
notre compréhension de la
thermodynamique et d'aborder de nouveaux domaines comme son application aux
nanomatériaux, etc. où
le formalisme standard montre ses limites.
Mais, avant de contribuer éventuellement à la recherche en thermodynamique, le
premier devoir de futurs
ingénieurs que vous êtes est de savoir manier un certain nombre d'outils puissants
o#erts par la thermodynamique et utiles dans une multitude de situations !
1.1 Grandeurs thermodynamiques
Les grandeurs rencontrées en thermodynamique sont assez nombreuses. Les grandeurs
pertinentes dépendent évidemment du système étudié et des transformations
auxquelles il est soumis.
# De manière générale : l'énergie interne U, la température T, la quantité de
matière 1 N1,N2,. . ., le
champ magnétique externe Be, le moment dipolaire magnétique I, la polarisation
électrique P, . . .
1. Attention : certains auteurs utilisent le symbole N pour désigner le nombre de
molécules. Dans ce document, ce symbole
désigne la quantité de matière exprimée en moles ! ! !
9
Chapitre 1. Dé#nitions
# Pour les #uides au repos : la pression p, le volume V , . . .
# Pour les solides : il faut tenir compte du fait que les déformations du solide ne
sont pas nécessairement
isotropes et qu'il existe des contraintes de cisaillement. Pour cette raison, le
volume V est remplacé
par V0.[#], où [#] est le tenseur symétrique des déformations et où V0 est le
volume du solide avant
déformation.
1.1 Grandeurs thermodynamiques
Les grandeurs rencontrées en thermodynamique sont assez nombreuses. Les grandeurs
pertinentes dépendent évidemment du système étudié et des transformations
auxquelles il est soumis.
# De manière générale : l'énergie interne U, la température T, la quantité de
matière 1 N1,N2,. . ., le
champ magnétique externe Be, le moment dipolaire magnétique I, la polarisation
électrique P, . . .
1. Attention : certains auteurs utilisent le symbole N pour désigner le nombre de
molécules. Dans ce document, ce symbole
désigne la quantité de matière exprimée en moles ! ! !
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Chapitre 1. Dé#nitions
# Pour les #uides au repos : la pression p, le volume V , . . .
# Pour les solides : il faut tenir compte du fait que les déformations du solide ne
sont pas nécessairement
isotropes et qu'il existe des contraintes de cisaillement. Pour cette raison, le
volume V est remplacé
par V0.[#], où [#] est le tenseur symétrique des déformations et où V0 est le
volume du solide avant
déformation.
quantité de matière sont des exemples de grandeurs non conservatives (pour
l'entropie, le terme interne est
toujours positif tandis que pour la quantité de matière, son signe dépend des
réactions chimiques).
Dans la suite, on adopte la convention de signe dite convention du thermodynamicien
ou convention
du banquier : toute quantité échangée ∆eX entre le système et le milieu extérieur
est comptée positivement
si elle entre dans le système et négativement si elle en sort 4
.
1.1.2 Grandeurs d'état et de transformation
Les grandeurs d'état (p,V ,. . .) caractérisent l'état thermodynamique d'un système
à un instant donné.
Elles se di#érencient des grandeurs de transformation (Q et W essentiellement) qui
caractérisent les
échanges entre le système et son environnement.
1.1.3 Grandeurs d'état : variables ou fonctions ?
Parmi toutes les grandeurs d'état (p, V, T, S, . . .), certaines jouent le rôle de
fonctions et d'autres le rôle
de variables. C'est au thermodynamicien que revient la décision d'attribuer à telle
ou telle grandeur le rôle
de fonction ou de variable. Cette décision est arbitraire et il s'avère que, pour
un problème donné, certains
choix conduisent à des résolutions complexes et d'autres à des résolutions simples.
Il s'agit donc d'une a#aire
d'expérience, de #air et de méthode.
Par exemple, dans le cas où une réaction chimique a lieu dans un becher ouvert, il
est commode de donner
le rôle de variable à la pression. En e#et, comme elle est constante et égale à la
pression atmosphérique, cela
diminue arti#ciellement le nombre de variables.
Quoiqu'il en soit, pour un problème donné, il est crucial d'avoir les idées claires
sur l'attribut d'une
grandeur d'état : fonction ou bien variable !
Pour #nir, on appelle variable interne toute grandeur extensive permettant de
caractériser les contraintes
internes au système (par exemple la position d'une membrane mobile séparant deux
sous-systèmes).