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Autonomie du Droit Administratif : Limites et Fondements

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REPUBLIQUE DU SENEGAL

Un people – Un but – Une foi


Institut Supérieur de Doit de Dakar

LICENCE II DROIT GENERAL

TD EN DROIT ADMINISTRATIF

GROUPE N•1

Réalisé par: Sous l’encadrement de:

1- Arame Goulet NDOYE


2- Fatou DIENE
3- Guette LO
4- Ibrahima GUEYE
5- Marie Bocondji NIANG
6- Mame Bara AW
7- Ndeye Fatou MBAYE
Sujet 1: L'autonomie du droit administratif.

Problématique : L'autonomie du droit


administratif est-elle absolue ?

PLAN

I- L'autonomie du droit administratif: Un


principe bien fondé

A- Le fondement pratique

B- Le fondement historique

II- L'autonomie du droit administratif: Un


principe à relativiser

A- L'intervention du droit privé

B- L'unité de juridiction
Le droit, fondement de toute société organisée, a pour fonction
principale d'encadrer les relations entre les individus et les institutions.
Pour répondre à cette diversité de rapports, il se divise en plusieurs
branches dont le droit public qui régit les interactions entre les pouvoirs
publics et les citoyens. Au sein de cette branche, le droit administratif
joue un rôle central et ce qui le distingue des autres branches du droit
public est son caractère autonome. Dès lors, il nous est aisé de saisir le
rapport du sujet soumis à notre réflexion : l'autonomie du droit
administratif.
Si l'on se réfère à la définition d'Alain Bockel l'autonomie du droit
administratif signifie que ce droit est constitué par un corps de règles
propres, ayant des sources distinctes de celles du droit commun et ayant
des principes autonomes.
Au regard de ce qui précède, posons l’interrogation suivante :
L’autonomie du droit administratif est-elle absolue ?
Ce sujet revêt à la fois d’un intérêt théorique et pratique.
Théoriquement, il suscite un débat doctrinal. Georges Vedel soutient
que l'autonomie du droit administratif est essentielle pour garantir
l'indépendance de l'administration et protéger les libertés publiques. En
revanche, Michel Troper alerte sur les risques d'une autonomie
excessive, qui pourrait conduire à des dérives autoritaires et à une
diminution du contrôle juridictionnel. Ce débat soulève la question de
l'équilibre entre autonomie, efficacité administrative et protection des
libertés. Pratique dans le sens où l’étude du sujet nous permet de
comprendre la réactivité face aux défis contemporains tels que la
gestion de crise ou l’organisation de services publics complexes tout en
garantissant une justice administrative accessible et transparente des
droits des citoyens.
A partir du moment qu'il est admis que le droit administratif est
autonome on peut donc soulever les fondements de l'autonomie du
droit administratif (l) avant de relativiser son autonomie (II).

I- L’autonomie du droit administratif : un principe bien fondé


Comme nous l’avons brièvement évoqué, l’autonomie constitue l’un
des caractères fondamentaux du droit administratif, contribuant à sa
spécificité. Cette autonomie trouve sa justification à travers deux axes
complémentaires : son fondement pratique (A) et son fondement
historique (B).
A- Le fondement pratique
L’autonomie du droit administratif repose sur des fondements pratiques
qui tiennent sur plusieurs facteurs. L’une des premières raisons est la
spécificité des missions de l’administration. En effet, sa mission
première demeure la recherche de l’intérêt général. Ainsi, elle dispose
de prérogatives de puissance publique qui la distingue des acteurs
privés. Par conséquent, les règles du droit privé ne sont pas toujours
adaptés pour encadrer des activités visant à satisfaire l’intérêt général.
De plus, l’administration a besoin de règles souples et flexibles pour
répondre à des exigences d'efficacité, de rapidité et d’adaptabilité, que
le droit privé, plus formel, ne saurait offrir. Cette autonomie permet à
l'administration de fonctionner sans être constamment bridée par les
principes rigides du droit privé. A ce propos, Demba Sy, dans son
ouvrage Le droit administratif, souligne que l'autonomie du droit
administratif est nécessaire pour garantir une gestion publique fluide et
réactive, comme en témoigne l'usage des pouvoirs de régulation
administrative dans des domaines tels que la gestion de l'urbanisme ou
la protection de l'environnement.
En outre, il existe une inégalité entre l’administration et les particuliers.
Grâce à ses prérogatives, l’administration peut imposer sa volonté aux
administrés sans leur consentement préalable. C’est l’exemple des actes
unilatéraux qui sont exécutoires de plein droit, c’est-à-dire qu’ils
s’imposent immédiatement, sans nécessiter l’intervention d’un juge.
Ainsi, cette situation nécessite des règles spécifiques pour encadrer son
pouvoir, éviter les abus, et protéger les citoyens. Le droit administratif
permet de poser des limites à l’action administrative tout en garantissant
qu’elle puisse remplir ses missions.
En sommes, l’existence d’un corps de règles propre permet une
synthèse entre l’exercice de la puissance publique et le respect du
principe d’égalité des citoyens. Bien que cela tienne de la logique, il
existe également un fondement historique à ce caractère autonome du
droit administratif.

B- Le fondement historique
L'autonomie du droit administratif trouve aussi ses racines dans
l’histoire, notamment dans les évolutions politiques et sociales qui ont
marqué la naissance de l’administration moderne. À partir du XIXe
siècle, les juristes ont cherché à affirmer l’indépendance du droit
administratif face au droit privé, afin de mieux protéger l’action de
l’État et des services publics. En 1790, La loi des 16 et 24 août1
mentionne que les tribunaux judiciaires ne doivent plus juger
l’administration. Elle établit le principe de séparation entre les autorités
administratives et judiciaires, en affirmant que les juges judiciaires ne
peuvent intervenir dans les affaires relevant de l’administration. Ce
principe est réaffirmé en 1795 par le décret 16 fructidor an III2, il
interdit explicitement aux juridictions judiciaires d’intervenir dans les
affaires administratives, consolidant ainsi l’autonomie de
l’administration. Ensuite, le conseil d’état est créé en 1799, il n’avait
qu’un rôle consultatif. L’on parlait de justice retenue car les ministres
exerçaient un rôle de juge dans les affaires administratifs. Ce n’est
qu’avec la loi du 24 Mai 1872 que le Conseil d’État devient une
juridiction autonome, habilitée à rendre des décisions exécutoires en
son propre nom, sans intervention du pouvoir politique. Enfin,
l’autonomie du droit administratif est nettement affirmé par l’arrêt
Blanco du 8 février 1873. Dans cet arrêt, le Tribunal des conflits affirme
que les rapports entre l’administration et les administrés ne relèvent pas
du droit civil, mais d’un droit spécial propre à l’administration.
Si l’autonomie du droit administratif trouve des bases solides tant dans
ses fondements pratiques qu’historiques, il convient toutefois de
nuancer cette indépendance en tenant compte de certains facteurs qui
imposent des limites à cette autonomie.

II- L'autonomie du droit administratif: Un principe à relativiser


Bien qu'étant de nature "autonome", il arrive cependant que le droit
administratif est recours au droit privé (A) et qu'il soit soumis au
principe de l'unité juridictionnelle (B).

A- L'intervention du droit privé


L’autonomie du droit administratif n’est pas absolue et connaît
certaines limitations, notamment lorsqu’il s’agit de l’intervention du
droit privé. L’une des principales limites réside dans les cas où
l’administration agit comme une personne privée. En effet, lorsqu’elle
1
Loi 16-24 "les fonctions judiciaires sont et demeurent séparées des fonctions administratives. Les juges ne
pourront à peine de forfaiture, troubler de quelque manière que ce soit les opérations des corps administratifs ni
citer devant eux des administrateurs pour raison de leurs fonctions".
2
Décret 16 fructidor an III « défenses itératives sont faites aux tribunaux de connaître des actes d'administration
de quelque espèce qu'ils soient, aux peines de droit »
conclut des contrats de droit privé, comme la location de biens
appartenant à son domaine privé ou l’achat de fournitures courantes,
elle est soumise aux règles du droit civil. Ces relations contractuelles
échappent donc à la logique du droit administratif et relèvent des
juridictions judiciaires.
De plus, certaines décisions administratives illégales ou manifestement
abusives, qualifiées de “voies de fait”, relèvent de la compétence du
juge judiciaire. Dans ces cas, l’intervention du droit privé vise à
protéger les droits fondamentaux des administrés face à l’arbitraire de
l’administration, limitant ainsi son autonomie. L’arrêt “Bac d’Eloka”,
1921, en est un exemple emblématique. Dans cet arrêt, le Conseil d’État
a reconnu qu’une voie de fait commise par l’administration — en
l’occurrence, l’occupation abusive d’un terrain — pouvait entraîner la
compétence du juge judiciaire, au lieu de celle du juge administratif,
soulignant ainsi que l’administration ne peut se rendre justice seule
lorsqu’elle commet de tels actes.
En sus, bien que le droit administratif conserve son caractère spécifique,
l’intégration de principes issus du droit privé s’avère parfois nécessaire,
surtout dans les domaines qui requièrent une régulation souple et
adaptable, comme les marchés publics ou les contrats de concession.
Cette interaction avec le droit privé démontre que l’autonomie du droit
administratif doit parfois se plier aux exigences pratiques et aux
principes généraux du droit privé. Au Sénégal, l’administration doit
respecter le Code des marchés publics, qui intègre des principes du droit
privé, comme la concurrence et la transparence, lors de la passation de
contrats avec des entreprises privées.
Ces faits montrent que, malgré son autonomie, le droit administratif
s’inscrit parfois dans une logique d’interaction avec le droit privé.
Cependant, l’autonomie du droit administratif se heurte également à
une autre limite, l’unité de juridiction.

B- L’unité de juridiction
L’unité de juridiction est un principe selon lequel un litige, quel que soit
sa nature, doit être jugé par une seule juridiction. Ce principe vise à
simplifier le système judiciaire en supprimant la distinction
traditionnelle entre juridictions administratives et judiciaires. Il se
distingue du modèle de dualité des juridictions, où deux ordres de
juridictions, administratif et judiciaire, sont responsables de traiter des
litiges dans des domaines spécifiques, comme le droit administratif.
Elle peut constituer un facteur de relativisation du principe d’autonomie
du droit administratif, dans la mesure où un droit est véritablement
autonome lorsqu’il repose sur ses propres règles, principes et
juridictions spécialisées. Dans certains pays appliquant ce principe, un
seul ordre juridictionnel est compétent pour juger tous les types de
litiges, y compris ceux impliquant l’administration. Cela conduit à une
assimilation du droit administratif aux règles du droit privé. Par
exemple, aux États-Unis ou au Royaume-Uni, les litiges administratifs
sont souvent jugés par des juridictions ordinaires, régies par le droit
commun, ce qui fait disparaître la spécificité du droit administratif. Le
droit administratif n’y est pas reconnu comme une branche autonome
du droit public, mais plutôt comme une extension du droit privé. Ce
modèle est particulièrement évident dans les États-Unis où, dans
certaines situations, les recours contre l’administration sont traités
devant les tribunaux civils, comme dans les affaires de contrats publics.
De surcroît, dans les systèmes où l’unité de juridiction est appliquée,
les actes administratifs peuvent être soumis aux principes du droit privé.
L’administration, au lieu de bénéficier de règles distinctes régissant son
fonctionnement public, peut être traitée comme une entité privée dans
certains domaines, en particulier dans le cadre de contrats ou de litiges
contractuels. Cela transforme l’administration en un acteur quasi-privé,
ce qui limite l’autonomie du droit administratif en l’intégrant dans les
mécanismes du droit privé, comme cela se voit dans certains systèmes
juridiques comme les États-Unis ou le Royaume-Uni précédemment
cités.
En définitive, l’unité de juridiction, bien qu’elle apporte une certaine
simplification, limite l’autonomie du droit administratif. Elle efface la
distinction entre les juridictions administratives et judiciaires et remet
en cause l’idée d’un droit administratif distinct et spécialisé.

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