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Tirailleurs sénégalais : Héros oubliés de l'histoire

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Les tirailleurs sénégalais : des héros méconnus de l’histoire coloniale

Les tirailleurs sénégalais constituaient un corps de militaires appartenant aux troupes


françaises. Créé en 1857 sous le règne de Napoléon III, ce corps a joué un rôle majeur dans les
conquêtes coloniales françaises et a participé à de nombreux conflits, de la première guerre
mondiale aux guerres d’Indochine et d’Algérie.

Le 1er Décembre 1944, au camp de Thiaroye à une quinzaine de kilomètres de Dakar, la capitale du
Sénégal, plusieurs tirailleurs sénégalais, ont été froidement abattus par leurs frères d’armes des troupes
coloniales françaises de maintien d’ordre. Leur tort a été de réclamer leur pécule de démobilisation.
En 1857, Louis Faidherbe, en manque d'effectifs venus de la France métropolitaine dans les nouveaux
territoires d’Afrique, pour faire face aux besoins de maintien de l’ordre de la phase de colonisation,
crée le corps des tirailleurs sénégalais.
 Le recrutement et la composition des unités :
Le terme « tirailleur sénégalais » est quelque peu trompeur, car ces soldats n'étaient pas uniquement
originaires du Sénégal. Ils étaient recrutés dans toute l’Afrique subsaharienne, du Sénégal au Congo.
Le nom « sénégalais » vient simplement du premier régime créé au Sénégal.
Ils combattent en Afrique Noire à la fin du XIXème siècle et 150 d’entre eux participent notamment à la
mission Marchand (1896-1899), expédition française sur le Nil pour y contester l'hégémonie
britannique.
 Les guerres coloniales
Lors de la première guerre mondiale, ce sont environ 200.000 « sénégalais » de l’Afrique-Occidentale
française (AOF) qui se battent sous le drapeau français, dont plus de 135.000 en Europe. Environ 15%
d’entre eux, soit 30.000 soldats, y ont trouvé la mort et beaucoup sont revenus blessés ou invalides.
Les tirailleurs sénégalais ont aussi joué un rôle crucial et souvent méconnu durant la Seconde Guerre
mondiale. Malgré les stéréotypes et les discriminations, ils ont démontré un courage exceptionnel au
service de la France. Ils participent ainsi à la reprise du combat contre les Allemands à Bir Hakeim.
Et pour les guerres d’Indochine et d’Algérie, ils ont collaboré à la terrible bataille du Chemin des
Dames en Avril 1917 au cours de laquelle ils perdent plus de 7.000 sur 16.000 engagés, soit le quart de
leurs pertes totales au cours de la guerre, ainsi qu’à la bataille de Reims en 1918 où ils arrêtent
l’offensive allemande.
 La vie quotidienne des tirailleurs
Ces troupes coloniales creusent des tranchées et s’occupent de leurs tâches quotidiennes : laver leur
linge, écraser leur café, nettoyer leur fusil, préparer la soupe. Ils vivaient en caserne dans des
conditions souvent rudimentaires ; le logement, la nourriture et l’hygiène étaient souvent précaires,
notamment lors des campagnes. Ils étaient soumis à un entraînement militaire rigoureux, axé sur la
discipline, l'obéissance et la maîtrise des armes.
 Le traitement des tirailleurs sénégalais
Le traitement réservé aux tirailleurs sénégalais a été marqué par une grande complexité, oscillant entre
reconnaissance, exploitation et discrimination. Il est important de nuancer cette question, car les
conditions de vie et le traitement des tirailleurs ont varié en fonction des périodes, des lieux et des
individus.
Malgré leur courage, les tirailleurs ont été souvent victimes de discriminations raciales. Ils étaient
considérés comme des subalternes et étaient soumis à des conditions de vie souvent plus difficiles que
celles des soldats européens. Mais n’empêche qu'ils étaient souvent reconnus par leur courage et leur
bravoure sur les champs de bataille ; ils ont reçu de nombreuses décorations militaires et ont été
célébrés comme des héros.
 Le révolte des tirailleurs
Les tirailleurs ne supportaient pas l’inégalité de leur statut comparé à ceux qui avaient rejoint l’armée.
Leur contestation se focalisa sur la question de l’uniforme de soldat − ce symbole de prestige et
d'appartenance auquel ils n’avaient pas accès, alors qu’ils se considéraient comme des tirailleurs de
plein droit. Et par la suite ils ont été massacrés. C’est un massacre commis par les troupes coloniales et
des gendarmes français à l’encontre des tirailleurs africains, le 1er Décembre 1944, au camp militaire
de Thiaroye.
 La mémoire des tirailleurs
Pendant longtemps, le rôle des tirailleurs sénégalais a été minimisé, voire ignoré. Leurs sacrifices ont
été occultés au profit d’une histoire nationale plus centrée sur les soldats métropolitains. Cependant, la
mémoire des tirailleurs nous rappelle l’importance de lutter contre les discriminations raciales et de
promouvoir l’égalité. De ce fait, le chef de l’Etat sénégalais, Bassirou Diomaye FAYE a annoncé le
Dimanche 1er Décembre 2024, à Dakar, des mesures pour la réappropriation d’une partie de l’histoire
des tirailleurs qui est commune à 16 pays africains. Entre autres, l’histoire de Thiaroye et des
tirailleurs sera enseignée dans les Curricula Éducatifs et la journée du tirailleur est désormais fixée le
premier Décembre de chaque année, jour de la commémoration du massacre de Thiaroye.

Le traitement des tirailleurs sénégalais est un sujet complexe qui soulève de nombreuses questions
sur les relations coloniales, le racisme et l’histoire militaire. Si les tirailleurs ont joué un rôle essentiel
dans les conflits du XXe siècle, ils ont été victimes d’injustices et de discriminations. Il est important
de se souvenir de leur histoire pour mieux comprendre les enjeux de la décolonisation et de la
construction des identités nationales en Afrique et en France.

Marième Diouf

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