Année académique : 2024 – 2025
LIC-1 – Première année
Polycopié de cours :
DROIT GENERAL
MODULE : DROIT GENERAL
Ce polycopié est un support de cours pour le cours de LIC-11 : Droit
Général destiné aux étudiants. Les corrections d’erreurs ou suggestions
sont acceptées avec gratitude.
Préparé par :
M. Mohamed DIOP
THEME : INTRODUCTION A L’ETUDE DE DROIT
Introduction
Le droit peut être défini comme l’ensemble des règles qui organisent la vie en
société et dont le respect est assuré par l’autorité́ publique. Le droit permet ainsi de
structurer les rapports entre individus, de préserver l’ordre social et de garantir les
libertés fondamentales.
Pour le Dictionnaire des idées reçues de Flaubert, le droit, « on ne sait pas ce que
c'est », mais pour le juriste, tout commence par des définitions. Si, comme pouvait
l'écrire le doyen Carbonnier, « il y a plus d'une définition dans la maison du droit »,
le terme droit désigne en général le droit objectif ou le droit subjectif.
Le droit objectif serait I ‘ensemble de règles de conduite socialement édictées et
sanctionnées, qui s'imposent aux membres de la société ». La notion de droit
subjectif fait l'objet d'une « querelle interminable ». L'existence même de la notion
de droit subjectif a été contestée par des doctrines aussi opposées que celle du
droit naturel s'inspirant d'Aristote et celle de positivistes comme Duguit, Kelsen ou
Marx.
Les auteurs qui admettent l'existence de la notion ne s'accordent pas sur une
définition. La conception la plus répandue aujourd'hui enseigne que les droits
subjectifs sont des prérogatives individuelles reconnues et sanctionnées par le droit
objectif.
Les premières définitions du droit l'ont fait apparaître comme une règle. Si la notion
de règle de droit mérite ainsi d'être approfondie, on ne peut négliger que cette
règle est le fruit d'une science du droit.
CHAPITRE 1 : LA REGLE DE DROIT :
La règle de droit est habituellement définie comme une règle de conduite dans les
rapports sociaux, générale, abstraite et obligatoire, dont la sanction est assurée par
l'autorité publique
Le droit est plus petit que l'ensemble des relations entre les hommes : au même titre
que les mœurs, la religion ou la morale, le droit est une règle de conduite en société.
Pourtant, et c'est un premier élément de distinction, le domaine du droit et celui des
autres règles d'organisation sociale ne coïncident pas.
Ainsi, si droit et morale ne peuvent être complètement dissociés. Que sont les
mœurs s'il n'y a pas de lois ? Que sont les lois s'il n'y a pas de mœurs ?), si le droit
est parfois influencé par la morale, comme en témoignent les débats contemporains
sur les rapports entre éthique et droit, de nombreuses règles de droit n'ont rien de
moral ou d'immoral (exemple : les prescriptions du Code de la route qui imposent
de conduire à droite).
À l'inverse, des règles morales ne sont pas consacrées par le droit (exemple : le
devoir d'aider autrui lorsqu'il est dans le besoin). De même, si la règle de droit peut
parfois s'inspirer de la règle religieuse, leurs domaines diffèrent.
Mais ce sont surtout les caractères de la règle de droit, que la définition proposée
met clairement en valeur, qui permettent de tracer des frontières parfois difficiles à
établir avec d'autres règles de conduite en société. Il restera à préciser le rôle de la
règle de droit et ses fondements.
SECTION 1 : LES CARACTERES DE LA REGLE DE DROIT :
PARAGRAPHE 1 : LA REGLE DE DROIT EST GENERALE
La règle de droit peut trouver son origine dans un cas particulier, comme le rappelle
Philippe Jestaz : « c'est pour complaire à son jardinier que le maréchal Pétain,
pourtant peu suspect de vouloir une société permissive, institua la légitimation des
enfants adultérins ».
Mais elle n'est pas faite pour régir des cas particuliers. Aux termes de l'article 6 de
la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, la loi « doit être la même pour
tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse ».
On assiste incontestablement aujourd'hui à un émiettement de la règle de droit.
Néanmoins, la règle de droit conservera son caractère général si les catégories
qu'elle régit sont assez larges pour qu'elle remplisse sa fonction d'organisation des
rapports sociaux et si ces catégories sont désignées selon des critères objectifs (âge,
sexe, profession, par exemple pour des catégories particulières de personnes).
La règle de droit pourrait se différencier de la morale, essentiellement individuelle :
la morale peut être considérée par rapport au droit comme « envisageant l'homme
d'abord en tant qu'homme et non pas d'abord en tant que membre d'une
collectivité déterminée ».
PARAGRAPHE 2 : LA REGLE DE DROIT EST OBLIGATOIRE :
Le caractère obligatoire de la règle de droit se traduit par l'existence d'une sanction,
organisée par la société, qui se voit le plus souvent reconnaître un pouvoir de
contrainte. La sanction qui caractérise la règle de droit peut être préventive ou
répressive. Elle peut frapper les personnes : obligation de subir une peine ou de
réparer le préjudice causé.
Elle peut également frapper des actes : l'acte qui a enfreint une règle de droit pourra
souvent être annulé. Mais les exemples sont plus faciles que les définitions pour
caractériser la sanction, cette « inconnue du droit ». Peut-être la sanction est-elle «
un tarif virtuellement appliqué par le juge » ?
L'absence d'une sanction assortie d'un pouvoir de contrainte permettrait également
de différencier règle de droit et règle morale. Si la violation d'un précepte d'ordre
moral peut par exemple entraîner la réprobation du groupe, cette sanction ne se
prolonge pas dans un pouvoir de contrainte".
L'absence de sanction caractérise aussi les us et coutume, en les distinguant ainsi
du droit. Les codes d'amour du Moyen-Âge ou ceux des confréries de fols,
dépourvus de sanction, ne sont pas des règles juridiques malgré leur volonté d'en
parodier la forme. De même, les tribunaux refusent en général de sanctionner les
règles de politesse ou d'honneur.
D'une manière plus contemporaine, la question fait difficulté pour les avis,
recommandations, mises en garde ou autres mesures équivalentes prises par des
organisations internationales ou des autorités administratives indépendantes qui se
développent aujourd'hui : constituent-ils des règles juridiques ? Leur sanction par
les tribunaux s permet de répondre par l'affirmative : on parle de « droit souple » ou
de Soft Law, nébuleuse aux contours encore incertains.
SECTION 2 : LE ROLE DE LA REGLE DE DROIT
PARAGRAPHE 1 : FONCTION DE LA REGLE DE DROIT :
A. Organiser
La fonction première de la règle de droit est d'organiser la société par un tissu de
rapports juridiques qui éventuellement peuvent se superposer avec d'autres
rapports sociaux, morale ou religion par exemple. Ces rapports sont très variés :
▪ Rapports entre des personnes (exemple : entre créancier et débiteur, entre
mari et femme ...),
▪ Rapports entre des actes (exemple : la nullité d'une clause entraine la nullité
du contrat),
▪ Rapports entre des biens (exemple : l'accessoire suit le sort du principal),
▪ Rapports entre un comportement et une sanction (exemple : « Tout fait
quelconque de l'homme qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la
faute duquel il est arrivé, à le réparer »). Mais organiser ainsi, c'est déjà
presque imposer.
B. Imposer
Deuxième fonction, imposer. Une fonction importante de la règle de droit est sans
doute d'imposer. Telle est certainement la fonction essentielle de la loi impérative,
loi à laquelle les individus ne peuvent pas déroger par une manifestation de volonté
contraire : « On ne peut déroger, par des conventions particulières, aux lois qui
intéressent l'ordre public ou les bonnes mœurs ». Par exemple, le législateur impose
qu'une personne ne puisse se lier par un contrat de travail pour sa vie entière : « On
ne peut engager ses services qu'à temps, ou pour une entreprise déterminée ».
Cette règle est impérative : un contrat de travail qui ne la respecterait pas serait nul.
C. Proposer
Troisième fonction, proposer. La règle de droit a aussi pour fonction de proposer
un modèle de conduite, cette fonction n'étant d'ailleurs pas incompatible avec le
caractère impératif d'une règle de droit.
La règle de droit ayant tendance aujourd'hui à laisser la place à d'autres systèmes
de régulation sociale, elle propose souvent plusieurs modèles de conduite entre
lesquels les intéressés peuvent choisir. Ainsi, deux époux qui veulent divorcer
pourront opter pour le divorce pour faute, le divorce pour altération définitive du
lien conjugal, le divorce par consentement mutuel ou le divorce par acceptation du
principe de la rupture du mariage.
D. Exprimer
Quatrième fonction, exprimer. La règle de droit a également pour fonction
d'exprimer les valeurs de la société qui l'engendre. Les meilleurs exemples sont
peut-être la Déclaration des droits de l'homme de 1789 ou le préambule de la
Constitution de 1946, tous deux incorporés à la Constitution du 4 octobre 1958.
Cette fonction expressive apparaît de plus en plus importante aujourd'hui, ne serait-
ce qu'à travers la formulation d'objectifs dans les textes législatifs. Certains
consacrent de véritables principes philosophiques : par exemple, la loi du 6juillet
1989 tendant à améliorer les rapports locatifs énonçait dans son article 1er que « le
droit au logement est un droit fondamental ». Dans d'autres cas, le législateur
énonce simplement l'objectif qu'il souhaite atteindre : par exemple, ta loi du 26
juillet 2005 relative à la sauvegarde des entreprises dispose dans son article 1er qu'il
est institué une procédure de sauvegarde [ ... ].
SECTION 3 : VALEUR DE LA REGLE DE DROIT
PARAGRAPHE 1 : LA CRITIQUE DE LA REGLE DE DROIT
À travers la loi, qui est son expression la plus caractéristique, la règle de droit est
souvent critiquée. La règle de droit serait injuste : « La justice assure à chacun ce qui
lui appartient selon les règles de ce jeu des sociétés qui est le plus inique, le plus
absurde et le moins divertissant des jeux [ ... ] Aussi bien les lois sont-elles utiles.
Mais elles ne sont point justes et ne sauraient l'être ». La règle de droit serait même
inutile : le marquis de Sade, grand praticien du droit à sa manière, notait que : «
C'est en vain que les lois veulent rétablir l'ordre et ramener les hommes à la vertu :
trop vicieuses pour entreprendre, trop imbéciles pour y réussir, elles écarteront un
instant du chemin battu, mais elles ne le feront jamais quitter ».
PARAGRAPHE 2. LA NECESSITE DE LA REGLE DE DROIT
En réalité, une société sans droit est inconcevable : ubi societas ibi jus, « le droit est
l'institution, l'instrument et l'expression de la civilisation. Même Robinson seul sur
son île rédige une Constitution et un Code pénal ... En assurant ses différentes
fonctions, la règle de droit peut jouer un rôle non négligeable pour apaiser les
angoisses, aplanir les difficultés de la société dans laquelle elle s'inscrit et
promouvoir une vision humaniste de la société.