Pratiques écologiques en éducation populaire
Pratiques écologiques en éducation populaire
Cahiers de l’action
no47
Pratiques écologiques
et éducation populaire
Directeur de la publication
z Thibaut de Saint Pol
Directeur de la collection
z Emmanuel Porte
Coordination éditoriale
z Marianne Autain
Secrétaire de rédaction
z Christel Matteï
Réalisation graphique
z Maguelonne Rosovsky (mr@[Link])
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z porte@[Link]
Diffusion
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Les propos énoncés dans cet ouvrage n’engagent que leurs auteurs.
ISBN 978-2-11-138521-4
Dépôt légal à parution
AVANT-PROPOS
Emmanuel Porte........................................................................................ 7
INTRODUCTION
QUESTIONS • RÉFLEXIONS
Marie Jacqué
L’éducation à l’environnement : entre engagements utopistes et intégration
idéologique................................................................................................... 13
Des projets pédagogiques entre naturalisme scientifique et écologie politique........ 14
L’éducation à l’environnement : la compétence gestionnaire des associations.......... 16
De la formation au formatage de l’écocitoyen ........................................................ 18
Claude Bourquard
Éducation relative à l’environnement, composante d’une éducation populaire
et citoyenne................................................................................................... 21
Un besoin éducatif ancien....................................................................................... 21
La concrétisation dans les années 1960-1980.......................................................... 22
De la posture militante à la posture éducative......................................................... 22
Les pédagogies mises en œuvre............................................................................... 22
Construire la transition............................................................................................ 23
Jean-Louis Martinand
Défis et problèmes de l’éducation populaire au développement durable............. 25
Développement durable : enseigner ou éduquer ?.................................................... 25
Éduquer au développement durable........................................................................ 27
Problématique éducative (politique et stratégique) de l’EDD .................................. 29
Esquisse problématique (pédagogique et didactique) pour l’EDD............................ 32
PRATIQUES • ANALYSES
Sabrina Caron
Initier à l’action écologique par la mise en œuvre de formes renouvelées
de production et de dissémination des savoirs.................................................. 41
La pratique des sciences et la mise en débat : deux méthodologies
au service des transitions......................................................................................... 42
Le rôle clé du médiateur.......................................................................................... 42
Partir des lieux de vie de chacun et des spécificités des territoires........................... 43
L’importance de nouveaux partenariats................................................................... 43
Accompagner les personnes et les structures........................................................... 44
S’appuyer sur une pratique d’enquête...................................................................... 45
Un réseau en mouvement implique un positionnement politique............................ 46
Guillaume Bagnolini
Inventaire fac’ : un programme de science participative
sur les campus étudiants ................................................................................ 47
Introduction............................................................................................................ 47
Histoire d’un projet étudiant en trois étapes ........................................................... 48
Modèles d’action et dimension participative ........................................................... 49
Un projet à consolider............................................................................................. 50
Conclusion.............................................................................................................. 53
Gilliane Laurent
Vers une réappropriation citoyenne de la technique dans le contexte
de la transition écologique.............................................................................. 55
OSE : un mouvement à trois dimensions.................................................................. 55
OSE France : l’association française......................................................................... 56
Homo reciprocans versus homo economicus.......................................................... 59
Rafaël Ricardou
De la solidarité internationale aux enjeux de la transition écologique :
rôle et place des organisations de solidarité internationale issues
des migrations............................................................................................... 63
Du (co)développement au développement durable................................................. 64
Ancrer le développement durable dans l’échange................................................... 65
Documenter les pratiques pour donner à voir l’engagement.................................... 67
Hervé Prévost
L’éducation relative à l’environnement dans les centres A’ERE............................ 69
Les Francas et la question des pratiques écologiques............................................... 69
Des pratiques éducatives nourries de l’enjeu environnemental................................ 70
Le programme national Centre A’ERE....................................................................... 71
Ouverture sur l’éducation populaire........................................................................ 73
PISTES
Geneviève Fontaine
Économie sociale et solidaire et éducation populaire au développement durable :
l’expérience du pays de Grasse....................................................................... 77
Un croisement d’acteurs.......................................................................................... 78
Une gestion en commun......................................................................................... 79
Un rendez-vous manqué ?....................................................................................... 80
Julian Perdrigeat
Loos-en-Gohelle, une ville en transition écologique
L’implication des habitants, au cœur du développement durable ....................... 81
Retrouver du sens en impliquant les Loossois.......................................................... 81
Une démocratie d’exercice….................................................................................. 81
… qui encourage les initiatives des habitants........................................................... 82
La ville en transition................................................................................................ 83
RESSOURCES
Bibliographie................................................................................................. 85
Répertoire des sigles....................................................................................... 86
AVANT-PROPOS
La collection des « Cahiers de l’action » est tournée vers l’analyse des pratiques associatives
et des enjeux contemporains qui concernent les acteurs et professionnels de la jeunesse,
dans une démarche d’éducation populaire. Nous avons souhaité aborder dans ce nouveau
numéro les enjeux de l’adaptation au changement climatique alors que la France accueillait,
au tournant de l’année 2016, la Conférence internationale sur le climat (COP21).
Dans la continuité des 4es rencontres de l’INJEP (février 2016) organisées en partenariat
avec la plateforme Alliance Sciences Sociétés (ALLISS), nous avons fait le pari d’un croi-
sement entre pratiques écologiques et pratiques éducatives. En 2012, Jean-Claude Richez1
avait pu rappeler l’importance de la thématique du développement durable pour les mou-
vements d’éducation populaire, à la fois en termes d’enjeu éducatif mais également au titre
d’un rapport à la citoyenneté et à l’émancipation.
Cet ouvrage vient prolonger ces interrogations en proposant de s’intéresser aux pratiques
des acteurs de manière à éclairer un paradoxe : les acteurs d’éducation populaire inter-
viennent sur les questions relatives au développement durable sans pour autant que cela
impacte massivement leurs pratiques éducatives, cependant que les acteurs écologiques
investissent largement de nouvelles manières de mobiliser sur l’adaptation au changement
climatique inspirées de formes horizontales et de pédagogies actives sans pour autant avoir
le sentiment d’intégrer une dimension éducative forte à leurs actions.
Collection ouverte sur le croisement des réflexivités, celles ancrées dans la recherche, dans
les pratiques professionnelles ou associatives aussi bien que dans l’expérience de l’ac-
tion publique, la collection des « Cahiers de l’action » a de ce fait semblé être un espace
adapté pour ouvrir un dialogue sur ces enjeux. Ce numéro 47 constitue la première pierre
d’une discussion à poursuivre en s’inspirant de l’inventivité analytique des acteurs et des
chercheurs.
Emmanuel Porte,
directeur de la collection
1. « Développement durable, environnement, jeunesse et éducation populaire », Fiche Repères, INJEP, 2012 ([Link]/sites/
default/files/documents/fr5_developptdurable.pdf - overlay-context=article/[Link]).
7
INTRODUCTION
Jamais les mouvements d’éducation populaire n’ont déserté le terrain des défis écologiques.
De grandes figures et de grands courants irriguent en continu leurs trajectoires et leur histoire.
Mais selon les époques, les utopies dominantes, les situations sociales et politiques, elles
ont été plus ou moins reconnues ou dynamiques. Toutefois, comme dans d’autres champs
d’action, ces préoccupations pionnières se sont progressivement accompagnées d’une
tendance à la scolarisation des pratiques. Les raisons tiennent autant à la professionnalisation
d’un certain nombre d’acteurs qu’au développement, au sein de l’école, de préoccupations
écologiques croissantes. De ce point de vue, ce ne sont pas uniquement les questions
écologiques qui ont muté, mais tout autant les postures et pratiques pédagogiques.
En outre, il n’est pas innocent de constater que, dans un même temps, le retour de réflexions
intenses sur notre rapport à la nature et la connaissance (réflexions sur les communs1 par
exemple) s’inscrit dans les projets émancipateurs d’éducation populaire. Les contradictions
liées à la fulgurance des impacts numériques et les perturbations engendrées sur le terrain
éducatif se déroulent concomitamment d’un développement de recherches citoyennes et
participatives, de nouvelles formes de coproductions de connaissances (open data, open
science, recherche-action2, innovations distribuées, crowdsourcing3). Ainsi observe-t-on de
façon de plus en plus régulière des rapprochements entre les démarches et les acteurs de
l’école et de l’éducation populaire. Au-delà des frontières institutionnelles, se partagent
des outils, des méthodes actives, des pratiques plus horizontales, souvent insérées dans
les territoires. Dans ce registre, il semble que le besoin pour les acteurs de questionner,
toujours et encore, les pratiques, les initiatives, les gestes, interroge également le sens de ces
pratiques, plus que des dispositifs, des formats ou des « cadres ». Indéniablement, au travers
des enjeux éducatifs des pratiques écologiques, les professionnels, les habitants, les enfants
et les jeunes trouvent une matière rare pour interroger de manière sensible leur rapport au
monde, à la nature, aux autres et à soi. L’écologie, en ce sens, peut être perçue comme une
source intarissable et concrète de sens pour les individus et les groupes humains structurant
une citoyenne active.
9
INTRODUCTION
Malgré tout, si une culture écologique s’est construite au fil des décennies, la question du
modèle éducatif qu’elle accompagne est insuffisamment posée. Quels sont les impacts des
enjeux de l’adaptation au changement climatique sur les pratiques, les postures, les métiers
des acteurs éducatifs ? Assiste-t-on à un retour en force d’une éducation en plein air, « pour
de vrai », comme se sont plu à le formuler certains participants des 4es Rencontres de
l’INJEP de février 2016 ? En croisant l’éducation « par », ou « à » l’écologie, n’aurions-nous
pas les ferments d’un questionnement sur les catégories avec lesquelles travaillent depuis
des années les acteurs éducatifs et les politiques publiques ? « Éducation populaire »,
« éducation à l’environnement », « culture scientifique et technique »…
Ce numéro de la collection « Cahiers de l’action » propose donc une contribution à ces
interrogations à travers le croisement de réflexions autour des pratiques écologiques et
éducatives issues de la recherche ou de pratiques d’acteurs associatifs. Il est essentiel de
partir des pratiques, des intentions et des analyses des acteurs pour saisir l’importance des
défis d’une citoyenneté écologique, de logiques open source, des démarches de sciences
participatives, d’observatoires citoyens de la biodiversité… Comment comprendre et dia-
loguer avec des pratiques plus horizontales tournées vers la « fabrique », « le faire » qui
est un des postulats essentiels des pratiques de pédagogie active depuis un siècle et demi ?
Une citoyenneté active contemporaine sans éducation écologique ambitieuse a-t-elle du
sens ? À l’ensemble de ces questions, ce numéro apportera une contribution prolongeant
les échanges des Rencontres de l’INJEP 2016 organisées en partenariat avec la plateforme
Alliance Sciences Sociétés (ALLISS).
10
INTRODUCTION
REPÈRES
En matière de pratiques écologiques et éducatives, l’influence des nouveaux termes du débat en rap-
port avec la diffusion d’une culture numérique et la montée en visibilité d’un mouvement internatio-
nal autour des communs est palpable. Il est apparu nécessaire de préciser quelques notions pivots.
Les communs sont des éléments qui n’appartiennent à personne et qui sont partagés par tout le
monde. Cela peut être des ressources, des objets, des biens, mais aussi des savoirs, des connais-
sances : le grand jardin public de Boston ; les pâturages médiévaux ; les logiciels libres… Inspirés
des travaux du prix Nobel d’économie (2009) Elinor Ostrom, les communs sont défendus par des
communautés d’usagers (commoners en anglais) gérant ensemble un commun. L’importance du
mouvement tient autant dans l’identification de communs que dans la régulation sociale dont il fait
l’objet. Un commun peut être identifié comme tel par le fait qu’il sort d’une logique de captation,
de privatisation, d’enclosure. Ainsi, ce mouvement participe d’une logique de partage, d’accès
à la culture et au service et d’auto-organisation collective basée sur l’autonomie qui intéresse les
acteurs de l’écologie et de l’éducation populaire.
L’open data ou donnée ouverte est une donnée numérique dont l’accès et l’usage sont laissés libres
aux usagers. Elle peut être d’origine publique ou privée, produite notamment par une collectivité,
une association, une communauté d’usagers, un service public ou une entreprise. Elle est diffusée
de manière structurée selon une méthode transparente et une licence ouverte garantissant son libre
accès et sa réutilisation par tous, sans restriction technique, juridique ou financière. L’ouverture des
données représente à la fois un mouvement, une philosophie d’accès à l’information et une pratique
de publication de données librement accessibles. Elle s’inscrit dans une tendance qui considère
l’information publique comme un bien commun dont la diffusion est d’intérêt public et général.
La notion de science ouverte (open science ou open research pour les anglophones) recouvre un
ensemble de pratiques, fondées sur le recours à l’Internet, aux outils de travail collaboratif et du web
social, qui peuvent être utilisés dans l’ensemble de la démarche académique ; de la formulation de
questions et d’hypothèses scientifiques à la diffusion/vulgarisation des résultats de recherche, en
passant par la discussion des méthodes, protocoles, résultats… En France, la tendance oriente plutôt
ce débat autour de la notion de « sciences participatives », coopération entre recherche et société.
La désignation open source, ou « code source ouvert », s’applique aux logiciels (et maintenant aux
œuvres de l’esprit) dont la licence respecte des critères précisément établis par l’Open Source Ini-
tiative, c’est-à-dire les possibilités de libre redistribution, d’accès au code source et de création de
travaux dérivés. Mis à la disposition du grand public, ce code source est généralement le résultat
d’une collaboration entre programmeurs. On retrouve également la formule de « logiciel libre »
(free software en anglais) qui renvoie à l’idée d’un logiciel dont l’utilisation, l’étude, la modification
et la duplication en vue de sa diffusion sont permises, techniquement et légalement. Ceci afin de
garantir certaines libertés induites (contrôle du programme par l’utilisateur, possibilité de partage
entre individus).
Inspiré des travaux en sociologie urbaine de Ray Oldenbourg, un tiers-lieux (ou tiers-espace) est un
environnement qui se distingue de la maison et du lieu de travail tout en en combinant certaines
caractéristiques (échanges de compétences, sociabilité, production commune, sentiment d’appar-
tenance basée sur le partage et l’horizontalité, activités sociales et économiques). Il est à la fois
un lieu de vie et de travail qui peut accueillir des activités diverses : espaces de travail en commun
(« coworking » en anglais) ; laboratoire de fabrication technique (« fablab ») ; espace d’innovation
par le détournement et le bricolage de machines ou de logiciels (« hackerspace »), lieux de récu-
pération et de réparation collectif (« Repair Café ») ; jardins partagés…
11
QUESTIONS • RÉFLEXIONS
L’éducation à l’environnement :
entre engagements utopistes
et intégration idéologique
Marie Jacqué,
maîtresse de conférences, université d’Aix Marseille, laboratoire Population Environnement
Développement (LPED)
1. Aspe C., Jacqué M., Environnement et société. Une analyse sociologique de la question environnementale, Éditions Quae/
Fondation de la Maison des sciences de l’homme, coll. « Natures sociales », Paris, 2012.
2. Durkheim É., Éducation et sociologie, Presses universitaires de France, coll. « Quadrige », Paris, 1985 (1re éd. 1922).
13
QUESTIONS • RÉFLEXIONS
« écocitoyens ». C’est sur cette dernière compétence que portent aujourd’hui la plupart des
activités d’éducation à l’environnement, dont le milieu associatif n’est plus le vecteur prin-
cipal. Campagnes de communication, de médiatisation, l’injonction à l’écocitoyenneté est
omniprésente. La prégnance de ce discours, même s’il concourt à une très forte intégration
idéologique de la question environnementale, n’exclut pas totalement des démarches édu-
catives, qui, bien que minoritaires, maintiennent un rapport critique et engagé à l’écologie.
Les projets pédagogiques qui sont nés en France dans les années 1970-1980 sont portés par
deux mouvements bien distincts à l’époque. Le premier est issu des milieux scientifiques
naturalistes, alors aux prises avec l’émergence de la question environnementale. Le second
s’inscrit dans les courants contestataires de l’écologie politique. Ces deux tendances vont
dès les années 1970 développer des pratiques pédagogiques, au nom de l’environnement,
mais qui, dans les faits, ont comme objet et support la découverte de la nature. Pour illustrer
cette histoire nous prendrons l’exemple de deux réseaux associatifs, les centres permanents
d’initiatives pour l’environnement (CPIE) et École et Nature.
14
L’ÉDUCATION À L’ENVIRONNEMENT : ENTRE ENGAGEMENTS UTOPISTES ET INTÉGRATION IDÉOLOGIQUE
leur création est avant tout de consolider l’action d’un ministère qui, ayant peu d’assises
locales, doit s’appuyer sur ses réseaux naturalistes militants pour faire valoir la légitimité
de son action6. Les débats corrélatifs à la création des CPIE recoupent ceux de la délimi-
tation de l’action ministérielle et des enjeux de définition d’un nouveau domaine d’action
publique, l’environnement.
6. Lascoumes P., L’éco-pouvoir. Environnements et politiques, La Découverte, coll. « Textes à l’appui », Paris, 1994.
7. Ion J., La fin des militants ? L’Atelier, coll. « Enjeux de société », Paris, 1997 ; Barthélémy M., Associations, un nouvel âge de
la participation, Presses de Sciences-Po, Paris, 2000.
8. Chibret R.-P., « Les réseaux de défense de l’environnement. L’Auvergne », in Agostini F., Chibret R.-P., Maresca B., Fabiani J.-L.
(dir.), La dynamique du mouvement associatif dans le domaine de l’environnement. Tome III. État de la question et monographies
régionales, CREDOC, Paris, 1995.
15
QUESTIONS • RÉFLEXIONS
personnes, a connu non seulement un accroissement très fort de ses adhérents mais aussi
un changement de sa composition sociale. Les rencontres de 1997 et de 1999 témoignent
du succès de ce réseau, en rassemblant presque 300 personnes à chaque fois et comptant
alors 2 000 adhérents. Que s’est-il passé en une dizaine d’années pour que l’éducation
à l’environnement devienne une compétence associative à part entière ? Sur quelle base
sociale s’est-elle appuyée ?
L’éducation à l’environnement :
la compétence gestionnaire des associations
L’esprit de Rio
L’année 1992 est marquée par la conférence de Rio de Janeiro et la diffusion du principe
de développement durable comme mobile à l’action publique. Contrairement à la notion
d’environnement, celle de développement durable provient de la sphère économique et
propose une approche plus gestionnaire qu’écologique des enjeux environnementaux9.
C’est en son nom qu’un certain nombre de réformes législatives sont menées au début
des années 1990 : loi sur l’eau en 1992, loi relative à l’élimination des déchets en 1992,
loi paysage en 1993, renforcement de la protection de l’environnement en 1995, loi sur
l’air en 199610. L’ensemble de ces textes législatifs ont en commun de renforcer le rôle des
établissements publics (création de l’ADEME [Agence de l’environnement et de la maîtrise
de l’énergie], renforcement des compétences des agences de l’eau) et fixent des objectifs
d’amélioration des milieux qui se traduisent par le déploiement de techniques de traitement
des pollutions (stations d’épuration, recyclage des déchets, traitement des pollutions atmos-
phériques…). La protection des espaces naturels n’échappe pas à cette logique gestionnaire
où la mise en paysage doit servir aussi une certaine mise en scène de la naturalité11.
L’application et surtout le financement de ces mesures dépendent de moins en moins des
administrations centralisées et de plus en plus des collectivités locales. Que ce soit au nom
des compétences décentralisées ou des agendas 21 locaux, les régions, départements et
communes sont ceux qui ont pris en charge la mise en œuvre concrète de ces principes
gestionnaires de l’environnement. Le milieu associatif, qui a gagné en légitimité au cours
des nombreux conflits environnementaux qui ont émaillé les années 1980, mais qui a
aussi noué des liens forts avec la localité et ses élus12, est alors sollicité par les collectivités
locales, en tant que prestataire de services, pour assurer des missions d’expertise, d’aména-
gement et d’éducation. C’est sur ce terreau que se développe une spécialisation associative
à même de donner une réalité mais aussi un contenu à la déclinaison locale des politiques
de développement durable. L’éducation à l’environnement représente au cours de cette pé-
riode un projet moral commun aux milieux associatifs et aux collectivités locales donnant
sens et légitimité à cette intégration gestionnaire des enjeux environnementaux.
Si un protocole d’accord est à nouveau signé entre le ministère de l’environnement et celui
de l’éducation nationale en 1993, une fois encore, l’éducation à l’environnement n’a pas
16
L’ÉDUCATION À L’ENVIRONNEMENT : ENTRE ENGAGEMENTS UTOPISTES ET INTÉGRATION IDÉOLOGIQUE
été principalement le fait des enseignants, mais d’une nouvelle génération de militants
associatifs, les éducateurs à l’environnement, qui vont porter socialement cette pratique,
enjeu aussi de leur propre professionnalisation.
13. La Hulotte est née en 1972, sous la plume de Pierre Déom, alors jeune instituteur à Rubécourt, près de Sedan, et naturaliste
éclairé. Ce journal a représenté un archétype de la vulgarisation naturaliste.
14. Jacqué M., Développement du mode de pensée environnementale et vulgarisation de l’écologie scientifique : l’éducation
à l’environnement, thèse de doctorat en sociologie sous la direction de Bernard Picon, université de Provence Aix Marseille I,
2002.
17
QUESTIONS • RÉFLEXIONS
15. Par exemple, École et Nature compte aujourd’hui beaucoup moins d’adhérents et les rencontres annuelles regroupent à
nouveau une quarantaine de militants.
18
L’ÉDUCATION À L’ENVIRONNEMENT : ENTRE ENGAGEMENTS UTOPISTES ET INTÉGRATION IDÉOLOGIQUE
Cette normalisation porte en premier lieu sur un accroissement réglementaire : des objectifs
quantitatifs et qualitatifs sont fixés par l’Europe en matière de réduction des déchets,
d’économie de la ressource en eau, de diminution d’émission de gaz à effet de serre…
Pour répondre à ces impératifs, tout en maintenant un niveau de croissance soutenue,
une des solutions apportées a été d’intégrer aux logiques de croissance le traitement de
l’environnement, par le développement d’un secteur économique très florissant, celui des
écoservices : éco-construction, éco-habitat dans des écoquartiers, filières de traitement
et d’adduction d’eau, filières de valorisation économique des déchets, paiement pour
services écosystémiques, aménagement durable urbain… Le déploiement d’un traitement
purement économique de l’environnement a comme corollaire aujourd’hui son intégration
idéologique par une moralisation des pratiques : faire le « bon » geste pour lutter contre
les gaspillages, choisir la « bonne » poubelle pour assurer l’efficacité du tri… au risque de
passer pour un mauvais élève. La difficulté à questionner voire s’opposer à ce discours,
pour de « bonnes raisons », témoigne de son efficacité idéologique et de la façon dont
il accompagne et justifie le maintien d’un mode de développement qui est pourtant une
cause majeure des problèmes écologiques16. La formation de l’écocitoyen ne relève plus
d’une pratique pédagogique associée à un projet politique ou moral, mais d’un processus
de socialisation, d’intériorisation de normes à même de développer des comportements
adéquats aux formes dominantes de prise en charge de l’environnement.
Aux marges de cette intégration idéologique, des alternatives émergent qui peuvent appa-
raître comme un renouveau de la valeur utopiste de l’écologie : zones à défendre (ZAD),
habitats légers, communautés de vie en autosuffisance17. Ces expérimentations se construi-
sent aussi à travers une réactualisation des modes de transmission des connaissances :
ateliers d’échanges de savoir-faire et de réparation, jardins partagés et autogérés, réseaux
d’échanges de semences… « L’âge du faire18 » devient aujourd’hui un support et un enjeu
pour des logiques d’engagement centrées sur l’autonomie et l’autoconsommation. Ces pra-
tiques s’inscrivent dans un discours qui valorise la sobriété par une recherche de consom-
mation plus économe présentée à la fois comme moyen d’action radicale sur le système
économique mais qui permet aussi un arrangement des modes de vie et de consommation
dominants19.
Finalement, les mouvements actuels posent à nouveau la question du rapport à l’écologie
soit comme problème social ou enjeu de transformation sociale. La prise en compte des
problèmes écologiques peut-elle s’accommoder de ce double discours, dont la question
environnementale est l’héritière ou doit-elle nécessairement s’engager dans une démarche
critique contestataire et radicale pour fonder un projet pédagogique émancipateur ?
16. Aspe C., Jacqué M., « From activism to alienation : the paradoxes of being an ecocitizen », Journal of Harmonized Research,
1 (2), 2015, p. 111-121.
17. Pruvost G., « L’alternative écologique. Vivre et travailler autrement », Terrain, no 60, 2013, p. 36-55.
18. Lallement M., L’âge du faire. Hacking, travail, anarchie, Seuil, Paris, 2015.
19. Aspe C., Jacqué M., « Des grands soirs aux beaux jours. La question environnementale peut-elle être encore porteuse d’uto-
pies ? » Éducation et société. Utopies en marche et autoformation en contexte évolutif, n° 37, numéro coordonné par André
Petitat, 2016 (à paraître).
19
QUESTIONS • RÉFLEXIONS
Éducation relative
à l’environnement, composante
d’une éducation populaire
et citoyenne
Claude Bourquard,
coprésident du GRAINE20 Île-de-France, le réseau des acteurs franciliens de l’éducation
à l’environnement et au développement durable
21
QUESTIONS • RÉFLEXIONS
24. Freinet C., « Les techniques Freinet de l’École moderne », Carnets de pédagogie pratique, n° 326, Armand Colin,
coll. « Bourrelier », Paris, 1964.
25. Déclaration de la Conférence des Nations unies sur l’environnement, rapport de la Conférence des Nations unies sur l’envi-
ronnement, déclaration de Stockholm, A/CONF.48/14, 2 et Corr.1, 1972.
26. La charte de Belgrade, un cadre mondial pour l’éducation relative à l’environnement, Colloque international sur l’éducation
relative à l’environnement, Belgrade, 13 au 22 octobre 1975, centre de documentation de l’UNESCO.
27. Jonas H., Le principe responsabilité, une éthique pour la civilisation technologique, Cerf, Paris, 1979.
22
ÉDUCATION RELATIVE À L’ENVIRONNEMENT, COMPOSANTE D’UNE ÉDUCATION POPULAIRE ET CITOYENNE
Toutefois, la très grande diversité des situations éducatives nécessite différentes postures
éducatives faisant aussi appel à la pédagogie expérientielle, la pédagogie du détour, la pé-
dagogie du lieu (place pedagogy). La posture béhavioriste qui vise à inculquer des savoirs
et des comportements sans les soumettre à une mise en débat construite et critique est
rapidement abandonnée.
Toutefois, l’éducation relative à l’environnement reste très souvent cantonnée à un public
captif : enfants en milieu scolaire ou périscolaire, adultes en formation, ou à un public spé-
cialiste tels les naturalistes.
Ce n’est qu’à partir des années 2010 que l’éducation à l’environnement, qui, entre-temps,
s’est ajoutée le qualificatif « et au développement durable » (EEDD), va se poser la question
de prendre en compte, dans ses finalités, l’émergence des initiatives citoyennes qui parta-
gent avec elle un projet de société plus respectueux de l’environnement : association pour
le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP), mouvement Colibris, initiatives citoyennes
de quartier, contestation des grands projets inutiles, démocratie directe…
Construire la transition
C’est à partir de 2005 que la notion de développement durable va être fortement remise
en cause par le champ de l’éducation relative à l’environnement, en particulier par Lucie
Sauvé et ses collègues de l’université du Québec à Montréal28. Ils dénonceront la dilution
des objectifs sociétaux dans une notion de moins en moins transformatrice culturellement
et sur le plan environnemental. Introduisant dans l’éducation populaire la finalité d’une
écocitoyenneté critique, Lucie Sauvé caractérise les trois sphères interreliées du développe-
ment personnel et social qui définissent l’éducation relative à l’environnement.
L’ENVIRONNEMENT
Construction identitaire
Sentiment d’appartenance à la biosphère
et responsabilité envers les autres êtres vivants
LES AUTRES
Construction de la relation à l’altérité
Éducation à la paix, à la tolérance, à la démocratie,
à la solidarité et à la coopération
MOI
Construction identitaire
Apprendre à se définir, acquisition de l’autonomie,
intégrité, réflexivité,
responsabilité envers soi-même
Cet élément conceptuel permet de relier l’éducation relative à l’environnement aux mou-
vements qui animent une véritable transformation de la pensée dans les sociétés mondia-
lisées. L’éducation relative à l’environnement se doit maintenant de se questionner sur sa
28. Bader B., Sauvé L., Éducation, environnement et développement durable, vers une écocitoyenneté critique, Presses de
l’Université Laval, coll. « L’espace public », Laval, Québec (Canada), 2011.
23
QUESTIONS • RÉFLEXIONS
29. Vasquez A., Oury F., Vers une pédagogie institutionnelle, Maspero, Paris, 1967.
30. Meirieu P., Éduquer à l’environnement : pourquoi ? Comment ? Du monde-objet au monde-projet, conférence de Philippe
Meirieu, UNESCO, France, novembre 2001.
24
QUESTIONS • RÉFLEXIONS
25
QUESTIONS • RÉFLEXIONS
26
DÉFIS ET PROBLÈMES DE L’ÉDUCATION POPULAIRE AU DÉVELOPPEMENT DURABLE
33. Version française : Notre avenir à tous, Éditions du Fleuve, Montréal (Canada), 1987.
34. Se reporter à l’actuelle « Stratégie nationale de transition écologique vers un développement durable 2015-2020 »
([Link]/IMG/pdf/[Link]).
27
QUESTIONS • RÉFLEXIONS
35. Brégeon J., Rapport du groupe de travail interministériel sur l’éducation au développement durable, ministère de l’éducation
nationale, Paris, 2008.
28
DÉFIS ET PROBLÈMES DE L’ÉDUCATION POPULAIRE AU DÉVELOPPEMENT DURABLE
et l’urgence des enjeux de développement durable d’un côté, la relative insignifiance des
actions, modalités, « solutions » éducatives préconisées de l’autre, mais aussi la lenteur
de l’agenda officiel de la généralisation à tous les élèves de tous les niveaux, alors même
qu’un travail prenant de préparation est tout de même nécessaire pour toute mise en œuvre,
suscitent découragement et scepticisme.
Il paraît donc nécessaire que les efforts des éducateurs et des enseignants pour l’EDD
soient beaucoup plus puissamment aidés, en particulier par de la recherche critique sur
les curriculums scolaires et actions associatives existantes et, surtout, de la recherche
prospective et proactive sur des curriculums et actions possibles. Trois besoins semblent
primordiaux :
– le besoin de penser des projets et des plans éducatifs inscrits dans des dynamiques histo-
riques, géographiques et sociétales, du court au long terme, du local au mondial, du secto-
riel au sociétal, enfin du simple au complexe du point de vue de l’élève ou du participant ;
– le besoin de centrer en permanence la conception de l’EDD sur des enjeux de dévelop-
pement et de durabilité, et plus précisément de développement humain et de durabilité
environnementale ;
– le besoin de ménager une construction participative des actions éducatives pour l’EDD,
par et pour une implication réalisatrice et formatrice collective.
36. Cette qualification du « développement », adoptée en France par les programmes de géographie au collège et au lycée,
permet d’échapper au rabattement de l’idée de développement sur une conception économiste (pour pays développés/pays en
développement), en attirant l’attention sur le besoin de permettre à tous les peuples, groupes sociaux, familles, marqués par des
inégalités de toutes sortes, et malgré les enjeux environnementaux, de se projeter et d’agir dans un avenir digne d’être vécu par
eux-mêmes et leurs descendants.
37. La réflexion sur ces enjeux et la manière de les penser sur le plan politique peuvent être alimentées par les rapports et avis
du Conseil économique, social et environnemental, ainsi que ceux des organisations internationales, en évitant cependant les
risques d’une « attribution » de ces enjeux à des disciplines du secondaire ou du supérieur, et leur enfermement dans des cadres
disciplinaires.
29
QUESTIONS • RÉFLEXIONS
– enjeux environnementaux par rapport à des évolutions dangereuses et des risques (pro-
tection, préservation, conservation ou gestion de la biodiversité ; prévention, adaptation
face au « changement climatique » ; précautions face aux catastrophes « naturelles » et
« technologiques » chimiques, nucléaires…) ;
– enjeux économiques « sociétaux » (préservation des ressources ; économie solidaire/
économie marchande ; accès au crédit/spéculation bancaire ; économie de la fonctionnalité/
économie de la profitabilité) ;
– enjeux politiques (démocraties délibératives et participatives/oligarchies technocratiques
et autocratiques ; droits des femmes, des enfants, des minorités).
38. Lange J.-M., Martinand J.-L., « Éducation au développement durable : balises pour un curriculum », in Hasni A., Lebeaume J.
(dir.), Enjeux contemporains de l’éducation scientifique et technologique, Les Presses de l’université d’Ottawa, Ottawa (Canada),
2010 ; Lange J.-M., Éducation au développement durable : problématique éducative/problèmes de didactique, mémoire pour
l’habilitation à diriger des recherches, École normale supérieure de Cachan, 2011 ; Martinand J.-L., « STEF, un laboratoire de
sciences pratiques à l’ENS Cachan », in Le Bot F. et al., L’ENS Cachan. Le siècle d’une grande école pour les sciences, les tech-
niques, la société, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2013.
30
DÉFIS ET PROBLÈMES DE L’ÉDUCATION POPULAIRE AU DÉVELOPPEMENT DURABLE
et collectives, en faveur du développement durable tel qu’il est interprété et mis en œuvre
localement et momentanément39.
39. En anglais on dirait « empowerment » et « commitment », soit en franglais « encapacitation » et engagement, c’est-à-dire
tout ensemble : attitudes, valeurs, compétences, performances, connaissances, qui constituent ce que rassemble le concept prag-
matique de « disposition » (Bourdieu E., Savoir Faire. Contribution à une théorie dispositionnelle de l’action, Seuil, Paris, 1998).
31
QUESTIONS • RÉFLEXIONS
Il s’agit, selon l’« esprit spécifique » des disciplines, plus qu’en sollicitant leurs interfaces
alors qu’elles sont en cours de différenciation et de déploiement, d’infléchir leurs problé-
matiques émergentes vers la construction de concepts et d’indicateurs, de modèles de base
et de compétences pertinents pour l’appréhension d’enjeux partiels de développement ou
de durabilité, ainsi problématisés. En France, les programmes de géographie du collège et
surtout du lycée témoignent d’un effort majeur pour s’approprier cette ambition de déve-
lopper du même mouvement culture géographique et dispositions pour l’élucidation de
problèmes de développement durable. Malgré des rénovations profondes et des affichages
constatables ailleurs, cette discipline reste malheureusement encore un peu seule. Dans
la mesure où il est difficile de ne tenir aucun compte du caractère en partie « discipliné »,
la question du rapport aux disciplines scolaires et universitaires et de leurs capacités et
incapacités à répondre à des enjeux de développement durable ne peut être ignorée par
l’éducation populaire.
40. Ross A., Curriculum. Construction and Critique, Routledge Falmer, Londres (Royaume-Uni), 2000.
32
DÉFIS ET PROBLÈMES DE L’ÉDUCATION POPULAIRE AU DÉVELOPPEMENT DURABLE
4. La question de l’identité relationnelle de l’EDD par différence avec les éducations à la
citoyenneté, aux risques, à la santé…, et par contraste avec les matières et disciplines.
En dépit des tentatives d’englobement de la part de l’une ou de l’autre, il ne semble pas
y avoir de « super-éducation à la vie collective » aujourd’hui concevable et pertinente.
Cependant la coexistence de ces « éducations » exige des caractérisations comparatistes.
5. La question des principes de progressivité pour un curriculum d’EDD de l’école obliga-
toire, mais aussi pour des curriculums plus restreints d’éducation populaire. En l’absence
d’expérience réfléchie et de connaissance validée sur le devenir des dispositions par dif-
férenciations et intégrations permanentes dans l’EDD, la répétitivité simpliste de mêmes
« bonnes pratiques » risque de tenir lieu de conception curriculaire. Ce n’est pas une ré-
ponse au besoin de règles pour les répartitions d’activités (contenus, dispositifs…) selon
les niveaux d’étude ou les dispositions déjà formées, règles fondées sur des « dimensions
de progressivité », à la fois individuelles et collectives, que seules des recherches pour-
ront étayer.
6. La question de l’évaluabilité dans un curriculum d’EDD étroitement dépendante de la
précédente. Comment rendre compte des effets pour réguler et rectifier le curriculum,
intervenir et aider les participants dans l’action collective pour le développement du-
rable et pour leur propre formation ? Comment évaluer les dispositions visées, les progrès
individuels et collectifs ? Comment apprécier la pertinence et l’effectivité du projet cur-
riculaire ? Jusqu’à présent bien peu d’essais et d’élaborations pertinents et robustes sont
disponibles.
De ce tour d’horizon, peut-on conclure autrement qu’en attirant à nouveau l’attention des
lecteurs pour prendre au sérieux les enjeux éducatifs complexes et nouveaux de l’éduca-
tion au développement durable ? Ce faisant, ils participeront aussi au mouvement d’en-
semble de tous ceux qui sont mobilisés par les enjeux du développement durable.
33
PRATIQUES • ANALYSES
Les archives du Muséum national d’Histoire naturelle montrent que l’histoire naturelle,
la discipline scientifique qui a donné naissance notamment à l’écologie et à la systéma-
tique, s’est depuis longtemps appuyée sur un partenariat entre chercheurs académiques
et amateurs. Ainsi dès le xixe siècle, le Muséum éditait des Instructions pour les voyageurs
et les employés dans les colonies sur la manière de recueillir, de conserver et d’envoyer
les objets d’histoire naturelle. Quoi de neuf alors aujourd’hui ? L’émergence de la thé-
matique des changements globaux conduit à une forte augmentation de la demande de
connaissance sur la biodiversité, à commencer par le besoin en données qui permettent
de comparer l’état de la biodiversité dans le temps et dans l’espace. Par ailleurs, l’arrivée
des outils numériques a changé la manière de faire de l’histoire naturelle en démocra-
tisant la pratique : les bases de données collaboratives en ligne remplacent les carnets
de terrain ; la photo numérique permet à tout le monde de produire de l’information de
qualité sur les insectes pollinisateurs en suivant un protocole1 ; les possibilités d’échanges
entre les parties prenantes, chercheurs et amateurs, sont fluidifiées par les réseaux so-
ciaux… Explosion de la demande de la part de la recherche et potentielle massification
de l’offre par les citoyens sont ainsi sans aucun doute à l’origine de l’essor des sciences
participatives en ce début du xxie siècle.
C’est cette logique qui a conduit à la mise en place de Vigie-nature, un programme porté
par le Muséum et plusieurs associations partenaires, dont l’objectif est de collecter les don-
nées nécessaires pour décrire et inférer les mécanismes de réponse de la biodiversité face
aux changements à l’échelle de la France, en s’appuyant sur des réseaux de contributeurs
volontaires.
1. [Link]
35
PRATIQUES • ANALYSES
Cette acquisition de connaissances se fait d’abord à partir des ressources mises à dispo-
sition sur les sites internet des observatoires, mais les observateurs peuvent chercher des
ressources complémentaires. C’est le cas de cette observatrice de papillons :
« On s’est aperçu que les papillons, on les voyait sans les voir. [...] Ça faisait partie de l’en-
vironnement. Et puis là on commence à observer, on essayait d’observer, on s’est pris au jeu.
Alors au début c’était un peu difficile, on a acheté des livres très simples [...]. Et c’est devenu
un peu un jeu. » (Participante à l’opération Papillons, femme, Languedoc-Roussillon.)
2. [Link]
36
LES RÉSEAUX VOLONTAIRES D’OBSERVATEURS DE LA BIODIVERSITÉ (VIGIE-NATURE) :
QUELLES OPPORTUNITÉS D’APPRENTISSAGE ?
La première approche choisie pour notre étude est une analyse qualitative de la participation de
volontaires à l’Observatoire des papillons des jardins, menée par Alix Cosquer dans le cadre de
sa thèse de doctorat en 2010 et publiée en 2012*. Elle s’est entretenue avec 30 adultes parti-
cipant à cet observatoire, qui avaient accepté de la recevoir chez eux, en Île-de-France (10), en
Bretagne (10) et dans le Languedoc-Roussillon (10). Les entretiens se sont déroulés entre mai et
août 2009 selon une approche d’enquête anthropologique par entretiens semi-directifs situés** :
chaque entretien a duré entre une et quatre heures et s’est accompagné d’une visite du jardin. Les
questions posées par l’enquêtrice reprenaient le contexte de leur participation, leurs motivations et
les conséquences de cette participation sur leurs pratiques de jardinage et sur leur vie quotidienne.
* Cosquer A., Raymond R., Prévot-Julliard A.C., « Observations of everyday biodiversity : a new perspective for conser-
vation ? », Ecology and Society, no 4, vol. 17, 2012 ([Link]/vol17/iss4/art2/[Link]).
** Goffman E., « Alienation from interaction », in Interaction Ritual : Essays on face-to-face behaviour, Penguin,
Harmondsworth (Royaume-Uni), 1967.
37
PRATIQUES • ANALYSES
plantes spontanées, insectes pollinisateurs ou oiseaux) puisse entraîner une plus grande
demande de nature.
De même, les observateurs de papillons ont également fait part de leur intérêt grandissant
pour les papillons présents dans leur jardin. De simples tâches de couleur au printemps, ils
sont devenus les représentants d’une complexité présente au jardin :
« En fait, à partir du moment où j’ai regardé les papillons, j’ai appris, je les ai connus, et c’est
vrai que je ne savais pas tout ce qu’il y avait comme diversité. Et ça, je trouve que c’est une
expérience extraordinaire. » (Participant à l’opération Papillons, femme, Île-de-France.)
Les interviews menées auprès des observateurs de papillons ont révélé une évolution des
pratiques de jardinage des participants, afin d’avoir plus de papillons dans leur jardin.
Certains ont limité la quantité de produits phytosanitaires utilisés, d’autres ont laissé une
partie de leur jardin en friche, d’autres ont planté des plantes attractives pour les papillons.
« Je compte les papillons. C’est un petit peu un tableau de chasse, donc moins j’emploie de
produits insecticides, plus j’ai de la chance d’observer les papillons. » (Participant à l’opéra-
tion Papillons, femme, Île-de-France.)
« Les papillons aussi ça m’a quand même permis de mettre encore un peu plus d’aromatiques
parce que bon… on en avait déjà un peu, mais pour pouvoir les observer je me suis dit “tiens
on va en rajouter un peu”, donc ça a modifié un peu la structure du jardin aussi. » (Participant
à l’opération Papillons, homme, Bretagne.)
Certaines personnes ayant répondu au questionnaire relatent de façon spontanée les mêmes
changements de comportement, vers des pratiques de jardinage plus écologiques.
« Cela m’a fait changer certains de mes comportements vis-à-vis de l’environnement et même
vis-à-vis des insectes… : je n’utilise plus de désherbant chimique pour les allées et mon jardin
potager est entièrement bio. » (Participant au SPIPOLL, répondant au questionnaire.)
La participation aux observatoires de biodiversité peut avoir pour effet de renforcer les com-
portements. De fait, certaines pratiques ont un impact direct et visible sur la biodiversité des
jardins, comme le remarque un observateur de papillons.
« L’impact des évolutions dans mon jardin sur le nombre et la variété des espèces, plus de
lavande et de buddleias donc plus de papillons, d’abeilles et de bourdons. Nous avons mis des
maisons à insectes et nous avons de plus en plus de locataires. Nous avons mis des arums et
nous avons des cétoines comme invitées. Donc à chacun d’agir ; on ne s’en rendait pas compte
et grâce au comptage, on le vérifie. » (Observateur de papillons, répondant au questionnaire.)
Une étude récente pilotée par Audrey Muratet et Benoît Fontaine3 a confirmé que ces com-
portements individuels au jardin ont un effet bénéfique sur la biodiversité. De plus, ces
comportements ayant lieu dans l’espace privé, on peut supposer qu’ils entrent peu à peu
dans la routine des propriétaires de jardin, ils deviennent automotivés4 : les personnes n’ont
plus besoin d’injonctions extérieures ou d’un quelconque rappel pour les mettre en œuvre.
Certains de ces comportements pro-environnement au jardin ne sont pas (encore) forcé-
3. Muratet A., Fontaine B., « Contrasting impacts of pesticides on butterflies and bumblebees in private gardens in France »,
Biological Conservation, no 182, 2015, p. 148-154.
4. Au sens de Ryan R. M., Deci E. L., « Self-determination theory and the facilitation of intrinsic motivation, social development,
and well-being », American Psychologist, no 55, 2000, p. 68-78.
38
LES RÉSEAUX VOLONTAIRES D’OBSERVATEURS DE LA BIODIVERSITÉ (VIGIE-NATURE) :
QUELLES OPPORTUNITÉS D’APPRENTISSAGE ?
ment très bien vus. C’est le cas d’un mode de jardinage écologique qui laisserait partie ou
tout le jardin en libre cours.
« Je fais le maximum pour qu’ils trouvent le gîte et le couvert dans mon jardin (baptisé “jungle”
par les visiteurs). C’est peu évidemment “la part du colibri”. » (Participant à l’opération
Papillons, répondant au questionnaire.)
Pourtant, par l’exemple, de nouvelles normes (locales) pourraient peu à peu s’installer et
agir par contagion sur les comportements des voisins, comme l’explique cette observatrice
de papillons.
« Quand on a le voisin qui traite et qui ne fait pas comme soi, si on va le voir en lui disant
“Oh là, là, faut pas faire ça”, ça ne marche pas. Faut plutôt l’amener chez soi en lui di-
sant : “Ben moi, je fais comme ça, parce que j’ai ça et ça.” Et en expliquant. Et après, bon,
soit il adhère, il n’adhère pas, mais au moins… » (Participant à l’opération Papillons, femme,
Languedoc-Roussillon.)
Conclusion
Les éléments que nous avons apportés dans ce texte permettent d’affirmer que les obser-
vatoires de biodiversité pilotés par le Muséum national d’Histoire naturelle participent à la
construction de nouvelles connaissances et de nouveaux comportements chez les partici-
pants, et ce de façon autonome. En ce sens, ils peuvent être considérés comme des outils
d’éducation relative à l’environ-
nement (ERE) au sens où celle-ci
est définie par l’UNESCO lors de z L’APPRENTISSAGE EN LIBRE CHOIX
la conférence de Tbilissi (1977) (FREE-CHOICE LEARNING)
avec des objectifs suivants :
Comme tout apprentissage, l’apprentissage en libre
« amener les individus et la col-
choix (free-choice learning) est un processus de
lectivité à saisir la complexité
construction à la fois personnelle et sociale, qui permet
de l’environnement » et « mettre
de donner du sens au monde, par des modifications
en lumière les interdépendances
de cognition, d’affect, d’attitudes et de comportements.
économiques, politiques et éco-
Il se caractérise par le contrôle de l’apprenant sur
logiques du monde moderne5 ».
le mode et les résultats de l’apprentissage, qui peu-
Par ailleurs, par l’autonomie des vent être différents de ceux envisagés par celui qui a
participants dans la recherche construit l’offre. En effet, l’apprenant suit ses propres
d’information et d’autoforma- motivations et autoconstruit ses moyens d’apprentis-
tion, parce que les motivations sage à partir de l’offre fournie par l’enseignant et de
pour participer sont très variables tout complément qu’il peut trouver. Cet apprentissage
entre individus et en fonction des est généralement continu et cumulatif au travers d’une
contextes, parce que les appren- variété d’expériences. Cela correspond à la plupart
tissages sont continus et cumu- des participants adultes volontaires à des programmes
latifs, les observatoires sont sans de sciences participatives, mais pas nécessairement
doute aussi des outils de free- aux enfants participants à Vigie-nature école dans le
choice learning tel que caracté- cadre des programmes scolaires…
risé par Falk et al.6
5. Conférence intergouvernementale sur l’éducation relative à l’environnement, 14 octobre 1977, Tbilissi (URSS), UNESCO,
1978, recommandation 1, p. 28.
6. Falk J. H., Heimlich J. E., Foutz S. (dir.), Free-Choice Learning and the Environment, Altamira Press, New York (États-Unis),
2009.
39
PRATIQUES • ANALYSES
40
PRATIQUES • ANALYSES
Les Petits Débrouillards se sont engagés en 2015 dans une campagne nationale « Éducation
aux transitions – En route vers la COP21 » qui témoignait d’une volonté du réseau de porter
la question de l’éducation aux transitions écologiques et sociales dans des débats qui s’an-
nonçaient très médiatisés, mais relativement hermétiques aux publics non avertis.
Elle permettait également à ce mouvement d’éducation populaire, fort de son expérience
éducative auprès des jeunes depuis trente ans, de se réinterroger sur ses pratiques péda-
gogiques, d’évoluer, voire de se renouveler dans la manière dont il abordait les problé-
matiques environnementales. L’ambition collective visait l’appropriation par le plus grand
nombre (et tout particulièrement des jeunes et des professionnels éducatifs) des enjeux
complexes liés aux dérèglements climatiques.
La COP21 (conférence des parties) offrait une formidable opportunité d’allier compréhen-
sion des enjeux (par le biais de supports d’expérimentation, de mise en débat…) et trans-
formation sociale des territoires.
Ces objectifs éducatifs et sociaux n’étaient pas un simple souhait mais bien un boule-
versement déjà à l’œuvre au sein du réseau. En effet, nous avions pu constater, lors des
rencontres régulières des associations régionales, que les projets relatifs à l’environnement
n’étaient plus uniquement liés à la compréhension des phénomènes mais bien en phase
avec des problématiques, constats, volontés de changement territorialement ancrés. Cette
campagne nous apparaissait donc comme une ouverture idéale pour amplifier une dyna-
mique qui portait déjà nombre de nos actions.
41
PRATIQUES • ANALYSES
Tout au long de cette campagne, les médiateurs scientifiques des Petits Débrouillards ont
déployé sur les territoires une palette d’activités pédagogiques axées sur la démarche expé-
rimentale (représentations, questionnements, hypothèses…) pour accompagner les publics
à la compréhension des concepts du dérèglement climatique : ses causes, ses impacts et
les enjeux de transitions sociale et écologique. Notre objectif était de toucher le maximum
de personnes trop souvent éloignées de ces problématiques (en lien avec des structures
de proximité et les professionnels rattachés) pour sensibiliser, mobiliser, agir en faveur du
climat.
C’est ainsi que des centaines « d’ateliers climat » se sont déroulés dans les écoles, centres
de loisirs, centres sociaux, dans la rue… mais aussi lors de manifestations événementielles
(à l’Hôtel de Ville de Paris avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie
[ADEME] par exemple). Des supports (tels que des expositions, expériences scientifiques,
outils numériques, jeux de plateau…) et méthodologies pédagogiques (démarche scienti-
fique, prospective…) ont outillé les médiateurs. Il s’agit là d’un « exercice » dans lequel
nous sommes plutôt à l’aise. Pour autant, nous avons souhaité revisiter quelque peu notre
posture éducative pour que les différents publics (enfants, jeunes, familles…) auxquels nous
avions à faire se sentent concernés et réceptifs. En effet, nous observons que, depuis une
quinzaine d’années qu’ils sont opérants, les concepts de développement durable ou d’éco-
gestes apparaissent aujourd’hui parfois contre-productifs : les jeunes, mais les moins jeunes
aussi, sont abreuvés de messages en faveur de la préservation de notre planète via l’école,
la publicité, les associations, le gouvernement, les villes. Mais ces messages, dans bien des
cas, ne favorisent ni la compréhension des enjeux, ni l’analyse, ni l’esprit critique mais
assènent au citoyen ce qu’il peut ou doit faire.
Il nous apparaissait donc urgent de revisiter le processus de sensibilisation à l’environne-
ment pour que les publics rencontrés ne se contentent pas de réciter les bons gestes, ou
de déplorer leur impuissance, mais plutôt qu’ils s’intéressent à la complexité des enjeux et
agissent lorsque cela leur est possible.
7. Rancière J., Le maître ignorant. Cinq leçons sur l’émancipation intellectuelle, Fayard, Paris, 1987.
42
INITIER À L’ACTION ÉCOLOGIQUE PAR LA MISE EN ŒUVRE DE FORMES RENOUVELÉES
DE PRODUCTION ET DE DISSÉMINATION DES SAVOIRS
durant cette campagne. Basées sur les techniques de cafés des sciences, ou de séminaires
d’exploration de controverses notamment, ces situations de mises en débat développent
des mécanismes de pensées, d’argumentations pédagogiquement pertinents. Autant d’ou-
tils critiques qui contribuent à relever le redoutable défi qui se joue, de manière plus pré-
gnante ces dernières années dans notre société, entre le « croire » et le « savoir ».
Nous avons expérimenté cette année un angle d’approche qui allait dans ce sens. Il s’agit
des « tables de citoyens climat » que nous avons menées dans le cadre de l’action ex-
ceptionnelle COP21 du conseil régional d’Île-de-France. À l’instar des tables locales de
concertation ou « tables de quartier » proposées dans le rapport Bacqué-Mechmache8,
inspirées elles-mêmes des tables de quartiers montréalaises, nous avons souhaité mettre
en débat les problématiques globales/locales des changements climatiques et œuvrer, in
fine, à l’amélioration des conditions de vie de la population. Le tout était organisé dans une
ambition de justice sociale et de prise en main par les habitants de l’avenir de leur quartier.
À ces dimensions, nous avons ajouté les passerelles nécessaires entre sciences et société,
entre « experts » et « non experts ». Nous avons donc convié une pluralité d’acteurs : ha-
bitants de Bobigny et de Pantin, représentants d’associations de quartier et de jardins par-
tagés, référents familles, mais également des jeunes Tunisiens participant à la COP21 (qui
souhaitaient se former sur les questions de biodiversité urbaine), des chercheurs et des étu-
diantes de l’IUT voisin ; nous avons identifié, au terme de plusieurs rencontres, un thème :
« Nos jardins peuvent-ils sauver le climat ? » Les premières entrées étaient en lien avec les
préoccupations quotidiennes des participants : Pourrait-on mettre des arbres fruitiers aux
Courtilières ? Que faire de toutes ces pelouses inutilisées ? Quel lien entre jardin et climat ?
8. Bacqué M.-H., Mechmache M., Pour une réforme radicale de la politique de la Ville. Citoyenneté et pouvoir d’agir dans les
quartiers populaires, rapport au ministre délégué chargé de la ville, juillet 2013.
43
PRATIQUES • ANALYSES
44
INITIER À L’ACTION ÉCOLOGIQUE PAR LA MISE EN ŒUVRE DE FORMES RENOUVELÉES
DE PRODUCTION ET DE DISSÉMINATION DES SAVOIRS
Pour ces étudiants, il s’agissait, à travers cette initiative, de s’essayer à l’animation de leurs
travaux face au public mais aussi de coopérer avec plusieurs écoles, désormais membres
de la même entité PSL. Ils ont trouvé un intérêt certain à réunir leurs compétences et leur
créativité autour d’un même projet et se sont ainsi découverts complémentaires.
Pour les Petits Débrouillards, ce fut une nouvelle occasion d’établir des passerelles entre les
sciences, l’enseignement supérieur et les résidents, professionnels et visiteurs des Grands
Voisins.
Pour le public, ce fut une belle démonstration de la manière dont des actions concrètes
peuvent transformer notre quotidien.
9. [Link]
45
PRATIQUES • ANALYSES
pas, et qu’il s’agit là, à nos yeux, d’une nécessité impérieuse, a fortiori en période de COP
où gouvernements, grandes entreprises, mouvements associatifs la monopolisent au détri-
ment des individus.
– Car ce projet permettait aussi d’interroger les représentations des enfants, jeunes, femmes,
hommes sur les enjeux climatiques, alimentant en cela les actions que nous développons,
tout en évitant ainsi de nous positionner dans une « offre éducative » déconnectée des
réalités de terrain.
– Car enfin, les partenaires de ce projet étaient des partenaires de qualité, avec lesquels
nous partagions des exigences méthodologiques.
Cette enquête a été diffusée largement, notamment lors de son lancement au Conseil éco-
nomique, social et environnemental, afin de donner à voir les représentations des enfants
et des jeunes sur le climat et la COP.
46
PRATIQUES • ANALYSES
Introduction
Inventorier permet à l’homme d’appréhender et d’analyser le monde. Dans le contexte d’un
réchauffement climatique10 et de l’avènement d’une crise écologique11 majeure, mieux
comprendre la nature et sa biodiversité est devenu une nécessité cruciale. Pour amélio-
rer nos connaissances en matière de biologie et d’écologie des espèces peuplant la Terre,
l’homme doit passer par un recensement lui permettant de démêler et de distinguer les
interactions entre les différents êtres vivants. Les inventaires aident la recherche scientifique
et apportent de nouvelles connaissances. La participation du grand public à ces inventaires
permet à tout un chacun d’avoir un aperçu plus abordable des connaissances actuelles en
matière d’écologie et de biodiversité. En effet, les inventaires de biodiversité permettent
aux amateurs de pouvoir se sensibiliser à l’écologie et de participer à la gestion durable
des écosystèmes12. La crise écologique est mondiale, touche toutes les strates sociales, à la
campagne comme à la ville. Il est donc important de faire participer les citoyens dans les
processus de création de savoir pour mener à des actions locales pertinentes, notamment
en milieu urbain.
À défaut d’une prise de conscience politique et économique sur l’état du climat et des ré-
serves naturelles de la planète, c’est à l’échelle individuelle que va se jouer la résolution du
plus gros problème auquel l’homme devra faire face pendant ce siècle. Pour ce faire, toute
initiative en matière de protection de l’environnement et de sensibilisation à l’écologie est
bienvenue. Au Groupe naturaliste de l’université de Montpellier (GNUM), nous avons mis
10. IPCC report, Climate Change 2014: Impacts, Adaptation, and Vulnerability, 2014, p. 1-44.
11. Barnosky A. D., Matzke N., Tomiya S., Wogan G. O. U., Swartz B., Quental T. B., Ferre E., « Has the Earth’s sixth mass
extinction already arrived ? », Nature, 471 (7336), 2011, p. 51-57.
12. Delaney D. G., Sperling C. D., Adams C. S., Leung B., « Marine invasive species : validation of citizen science and implica-
tions for national monitoring networks », Biological Invasions, 10(1), 2007, p. 117-128.
47
PRATIQUES • ANALYSES
en place le projet Inventaire fac’ pour valoriser la biodiversité des campus universitaires de
Montpellier, avec trois objectifs principaux :
– sensibiliser à la protection de la biodiversité urbaine ;
– augmenter les connaissances en écologie sur la faune et la flore vivant en ville ;
– rendre acteur les étudiants dans la gouvernance de leur campus.
Notre association, le GNUM, est une association étudiante créée en 2004 avec comme
objectif de permettre à tous de découvrir la faune et la flore à travers de nombreux projets,
sorties et week-ends naturalistes. L’association compte 170 membres dont une majorité
d’étudiants mais aussi du personnel de l’université et des retraités. Dans cet article, nous
vous proposons de revenir sur l’histoire de ce projet étudiant, sur les leviers qui ont permis
sa réussite et sur les améliorations importantes à apporter à l’avenir pour rendre le projet
plus cohérent et répondre aux objectifs que nous venons d’évoquer.
48
INVENTAIRE FAC’ : UN PROGRAMME DE SCIENCE PARTICIPATIVE SUR LES CAMPUS ÉTUDIANTS
D’autre part, pour chaque espèce, une petite carte du campus précise les lieux où elle
a été observée. Vu le succès du guide, nous avons eu de nombreux participants qui ont
demandé à intégrer les sorties que nous réalisions une à deux fois par mois. Le projet s’est
ainsi développé dans un aspect participatif intégrant des étudiants non spécialistes. Une
partie du personnel administratif et des professeurs de la faculté des sciences ont participé
à la réalisation des inventaires. À l’heure actuelle, sur Montpellier, nous avons augmenté la
surface échantillonnée. En effet, avec la fusion de l’université Montpellier II et l’université
Montpellier I, nous avons décidé d’étendre le projet à l’ensemble des campus de l’université
de Montpellier. Nous avons donc commencé à inventorier certains campus comme celui de
pharmacie ou le jardin des plantes de Montpellier, qui fait partie de la faculté de médecine.
une personne engagée en service civique a désormais pour mission le développement du
projet à Montpellier et l’organisation des sorties une fois par mois.
13. Irwin A., « Citizen sciences. A study of people, expertise and sustainable development », Psychology Press, 1995.
49
PRATIQUES • ANALYSES
Un projet à consolider
14. Lewin K., Field Theory in Social Science : Selected Theoretical Papers, Harper and Row, New York (États-Unis), 1951 ; Freire P.,
Pédagogie des opprimés, suivi de Conscientisation et révolution, Maspero, Paris, 1983 ; Habermas J., Théorie de l’agir commu-
nicationnel, Fayard, Paris, 1987.
50
INVENTAIRE FAC’ : UN PROGRAMME DE SCIENCE PARTICIPATIVE SUR LES CAMPUS ÉTUDIANTS
S’inspirant de l’échelle d’Arnstein, Michel Pimbert*, en 2011, a réalisé une grille de participation
à la recherche comprenant différents niveaux.
Le premier niveau de plus faible participation correspond à une participation passive : il s’agit de
projets où la production de connaissances a déjà eu lieu, correspondant à des actions de commu-
nication unilatérale.
Un deuxième niveau désigne la participation dans le sens d’un don d’information : les participants
remplissent un questionnaire ou une enquête : ils n’ont pas le pouvoir d’influer sur la recherche
puisqu’ils ne peuvent analyser les résultats ni participer à la conception du projet.
Un troisième niveau correspond à une participation basée sur une consultation : les scientifiques
viennent consulter les participants sur les problèmes à traiter et les solutions à apporter mais ne
sont pas obligés de tenir compte de leur avis.
Un cinquième niveau correspond à une participation fonctionnelle : les participants forment des
groupes pour répondre à certaines problématiques définies au préalable ; ils sont assez autonomes
sur la méthode à employer. Un sixième niveau renvoie à la participation interactive avec la forma-
tion de groupes interdisciplinaires. Enfin, le septième niveau, le plus intéressant, correspond à la
participation autonome et autogérée dans l’activité scientifique, de la définition des problèmes à la
publication des résultats.
En 2015, Muki Haklay** a proposé à son tour une échelle de la participation à l’intérieur des
sciences citoyennes simplifiée. Le niveau 1 de participation qu’il nomme crowdsourcing corres-
pond simplement à la captation des données par les citoyens. Le niveau 2, dans lequel les citoyens
peuvent contribuer à l’interprétation des données, s’intitule « intelligence distribuée ». Le niveau 3
correspond concrètement aux sciences participatives puisque les citoyens sont impliqués dans la
définition du problème et dans la collecte des données. Enfin, le niveau 4 propose la collaboration
complète entre scientifiques-professionnels et non scientifiques-professionnels dans les différentes
phases. Ce niveau 4 correspond au niveau 7 de Pimbert.
* Pimbert M., Participatory research and on-farm management of agricultural biodiversity in Europe, IIED, Londres
(Royaume-Uni), 2011.
** Haklay M., Citizen Science and Policy : A European Perspective, The Wodrow Wilson Center, Commons Lab.,
Washington (États-Unis), 2015.
les associations membres du réseau à réaliser les sorties avec un ou des spécialistes afin
de vérifier une première fois les données. Par la suite, notre comité scientifique valide une
deuxième fois les données sur photographie et description des espèces. Il se heurte à un
autre problème : la participation des utilisateurs. En effet, est-il possible de faire participer
la communauté des utilisateurs à la validation des données ? Le programme « Sauvage de
ma rue » le fait grâce à l’outil IndentiPlante, un forum de validation communautaire pou-
vant s’appuyer sur une communauté bénévole importante. Dans le cadre de notre projet,
nous sommes pour le moment une petite communauté qui a la volonté de s’élargir. Nous
avons donc décidé de passer à la validation communautaire des données lorsque nous au-
rons une communauté suffisante qui permette d’obtenir des données fiables et utilisables
dans des analyses scientifiques.
51
PRATIQUES • ANALYSES
15. Côme T., Morder R., Les engagements des étudiants, formes collectives et organisées d’une identité étudiante, rapport de
l’Observatoire de la vie étudiante, 2009.
52
INVENTAIRE FAC’ : UN PROGRAMME DE SCIENCE PARTICIPATIVE SUR LES CAMPUS ÉTUDIANTS
Conclusion
Nous pensons qu’il faut impliquer particulièrement les étudiants en tant que génération
future dans ces réflexions, d’où la création du projet Inventaire fac’. Nous souhaitons voir
l’émergence d’une prise de conscience citoyenne à propos des dangers liés au réchauffe-
ment climatique, à la destruction des habitats naturels et au rapport entre l’homme et la
nature en règle générale. Nous sommes conscients, cependant, de la difficulté importante
que l’on rencontre pour intégrer un public non initié dans un projet aussi spécialisé que
la biodiversité. Après une étude préliminaire des participants à Inventaire fac’, il semble
que 80 % sont dans un cursus autour de la biologie. On constate donc que nos partici-
pants n’ont pas un parcours très diversifié. Grâce au développement des outils numériques
simples d’utilisation dans notre projet, nous espérons toucher un public amateur et dé-
butant plus varié. D’autre part, une solution intéressante serait de valoriser l’engagement
étudiant par une reconnaissance pédagogique. Comme l’indique Animafac, l’engagement
associatif étudiant permet d’acquérir des compétences utiles dans la vie professionnelle. Il
est donc nécessaire que les établissements d’enseignement supérieur valorisent officielle-
ment cet engagement. L’objectif à long terme est d’avoir un dispositif opérationnel permet-
tant la diffusion des observations fiables et représentatives de la biodiversité sur les campus
participants.
53
PRATIQUES • ANALYSES
Dans le contexte d’urgence écologique, et après la COP21, les citoyens peuvent encore, et
doivent, agir à leur échelle : dans la sphère individuelle, par des gestes simples au quotidien
(tri sélectif, économie des ressources telles que l’eau, covoiturage…), mais aussi dans le choix
d’une alimentation plus respectueuse de l’environnement (achat de produits locaux, réduc-
tion de la consommation de viande…). Et ils peuvent aller plus loin, en remontant la chaîne
de production, et en s’impliquant donc plus en amont, c’est-à-dire en se réappropriant la
technique, et en optant pour une philosophie de diffusion du savoir par le biais du numérique.
C’est ce que l’association française Open Source Écologie (OSE) se propose de faire.
55
PRATIQUES • ANALYSES
16. Il se présente comme un agriculteur, technologue, né en Pologne et vivant aux États-Unis. Voir son intervention pour le
TEDxKC de mars 2011 ([Link]/watch?v=S63Cy64p2lQ).
17. Marcin parle de philosophie de l’open source. Parmi les nombreuses vidéo-vitrines du projet, disponibles sur Internet, on
peut notamment consulter la suivante pour prendre connaissance de ses grandes lignes (https ://[Link]/58165438).
18. On trouvera l’index des machines à l’adresse suivante : [Link]
56
VERS UNE RÉAPPROPRIATION CITOYENNE DE LA TECHNIQUE
DANS LE CONTEXTE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE
indépendant et avance à son rythme, en fonction des ressources et des priorités proposées
(et non pas imposées) par le cercle de pilotage. Il est même possible, à tout contributeur, de
porter un nouveau projet au sein de OSE France. L’association est, qui plus est, autonome
financièrement : elle ne dépend pas d’Open Source Ecology et a lancé, après avoir ex-
posé le démonstrateur du concentrateur solaire, une campagne de financement participatif
(crowdfunding) pour pouvoir réaliser le prototype à taille réelle cette fois, donc quatre fois
plus grand que le premier.
Il existe des antennes, hors États-Unis, qui ont répliqué des machines du Civilisation Kit.
Cependant, elles n’ont fait que reprendre la conception de l’équipe de Marcin. En Europe,
certaines machines du GVCS ont ainsi été réalisées, en retravaillant notamment les di-
mensions des plans originaux. Il fallait les convertir, passer du pouce (unité de mesure aux
États-Unis) au millimètre, afin de se caler aux tailles des matières premières disponibles sur
le continent. OSE France est donc la première équipe, hors groupe de Marcin, à prendre
un projet à partir de zéro, pour en rédiger le cahier des charges, le concevoir entièrement,
faire un démonstrateur et développer un prototype.
57
PRATIQUES • ANALYSES
au projet OSE, et prenant en considération cet aspect de PLM, est en cours d’élaboration.
Bien évidemment, sans étude poussée, l’impact écologique n’est qu’estimé, mais c’est déjà
là un pas qui est fait pour la préservation de l’environnement. L’écologie est une science
complexe, dans la mesure où faire un choix dans un but écologique, en prenant en compte
certains critères, peut s’avérer un mauvais choix globalement, si le concepteur n’a pas
conscience que le cycle de vie du produit influe sur d’autres critères, alors non pris en
compte.
Une entreprise classique fait ses choix stratégiques selon trois critères de résultat : qualité,
coûts, délais. Une qualité suffisante est nécessaire pour répondre à la demande du client,
ou pour se démarquer de la concurrence. Les coûts réduits entraînent une marge plus im-
portante pour la société. Enfin, elle est tributaire de délais stricts. Plus le temps consacré à
l’étape de la conception est réduit, moins il y a de personnel à payer. Soulignons au passage
que ce genre d’entreprise compte une part non négligeable de prestataires (appelés aussi
« consultants »), c’est-à-dire du personnel qui est engagé pour une mission, et qui s’en
va une fois celle-ci accomplie. Si l’on parle de « main-d’œuvre », on peut aussi parler de
« cerveau-d’œuvre ». Il y aurait beaucoup à dire sur ce que notre façon de consommer a
entraîné sur le marché de l’emploi pour les salariés qualifiés. En effet, aujourd’hui une part
importante des ingénieurs obtiennent un contrat à durée indéterminée auprès d’une « boîte
de prestas », comme on entend souvent. On les place, on les vend, eux aussi comme des
produits. Cela représente un fragment conséquent de l’effectif de sociétés industrielles. En
effet, dans l’instabilité de son activité engendrée par la crise économique, une entreprise
n’opte pas toujours pour l’embauche d’employés : il lui est plus facile de mettre fin à un
contrat de prestataire que de licencier (notons d’ailleurs que cette solution lui coûte plus
cher à court terme), bien que cela entraîne une perte des compétences internes. De fait,
parfois elle décroche un contrat, car elle est capable de remplir le besoin du client plus ra-
pidement que ses concurrents, en affectant beaucoup de ressources humaines sur ce projet.
Bien que l’association OSE France se donne des « dates objectif » pour motiver ses membres,
et organiser notamment les ateliers de fabrication, elle n’agit pas en étant oppressée par le
facteur temps, et les décisions qui sont prises ne le sont pas en fonction de clients. Lors de
POC21 (Proof of Contest)21, il s’agissait pour OSE de réaliser un démonstrateur du concen-
trateur solaire dans le temps imparti, pour pouvoir présenter le projet à un large public
lors des portes ouvertes, mais aussi pour profiter de l’ébullition médiatique. Les médias
semblaient alors, en effet, répéter avant la COP21. Par ailleurs, la construction du premier
prototype à taille réelle, qui aura lieu à Avignon chez un premier utilisateur (ayant participé
lui-même à POC21), nécessite de s’organiser sur le planning pour fabriquer ce qu’il faut,
avant d’aller sur place pour l’assemblage final, car toutes les machines permettant la réali-
sation de celui-ci n’y sont pas.
21. « Proof of contest » renvoie à la deuxième étape du processus d’élaboration d’un prototype.
58
VERS UNE RÉAPPROPRIATION CITOYENNE DE LA TECHNIQUE
DANS LE CONTEXTE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE
est facile de comprendre ces enjeux en pensant au projet du concentrateur solaire, autour
duquel OSE France s’est finalement construite. Ce dispositif permet de récolter l’énergie
gratuite du soleil tout en étant low-tech. La conception étant gratuite, le coût de production
des machines de OSE revient essentiellement au prix de la matière première.
Il est à souligner que OSE France utilise un vocabulaire différent de celui du mouvement
global, en mettant en avant l’objectif d’autonomie d’un village, sans aller jusqu’à prétendre
pouvoir créer une nouvelle civilisation. Elle s’autorise à remettre en question la priorité de
certaines machines du GVCS sur d’autres (pour exemple, le brûleur à gaz n’est pas utile
d’emblée pour un village). Par ailleurs, tout comme Marcin, elle n’exclut pas la possibilité
d’intégrer des machines qui ne font pas partie du set initial (comme le décortiqueur de
chanvre). Elle collabore donc notamment avec L’Atelier paysan22 qui conçoit des outils
open source destinés à l’agriculture.
22. [Link]/
23. [Link]
24. Un fablab est un atelier disposant de machines de production qui sont louées à des makers ou start-up souhaitant réaliser
un prototype.
25. Filippova D., Société collaborative : la fin des hiérarchies, Rue de l’échiquier, Paris, 2016, p. 10. On retrouve les deux expres-
sions dans cet ouvrage. L’homo reciprocans est un concept qui s’inscrit initialement dans des théories économiques. Il s’agit de
désigner l’individu qui agit en coopérant pour améliorer son environnement.
59
PRATIQUES • ANALYSES
26. Ce concept vient de la philosophie de Wittgenstein. Voir notamment ses Recherches philosophiques.
60
VERS UNE RÉAPPROPRIATION CITOYENNE DE LA TECHNIQUE
DANS LE CONTEXTE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE
une des conditions de sa pérennité. Un projet collaboratif tel que OSE a pour avantage, en
ne se construisant pas comme édifice (vertical, sur le modèle socio-économique issu des
révolutions industrielles) de ne pas risquer de s’effondrer. Le fondement ici, c’est l’humain.
La « destination », c’est l’humain et la planète qu’il habite. On ne peut bien entendu pas
ignorer l’urgence écologique, mais le citoyen nouveau agit où il le peut. On retrouve la phi-
losophie du colibri27 : il est plus facile de lutter contre l’ignorance que contre le lobbying.
Le citoyen nouveau, colibri, acteur d’un projet de type collaboratif, s’engage dans une so-
ciété alternative, parallèle devrait-on dire, puisqu’il continue d’appartenir à la forme de vie
socio-économique verticale. En cela, on peut penser qu’il se garde de tout intérêt, qu’il soit
économique, « représentationnel », ou tout simplement partisan. La société collaborative
serait-elle donc destinée à s’inscrire en marge de celle de l’homo economicus ? Et l’homo
reciprocans n’est-il pas condamné à se définir et à exister toujours en réaction à ou contre
celui-ci ? On peut, en effet, légitimement s’interroger sur ce que ce nouveau mode d’être
ensemble a de plus que les autres. Or, c’est justement poser la question en des termes fal-
lacieux : il ne s’agit pas de juger d’un nouveau mode d’être ensemble, mais d’éprouver un
nouveau mode de faire ensemble, un faire horizontal. Ce faire ensemble participe en outre,
peut-être, à tordre le cou aux idées reçues, à l’illusion de l’homme comme naturellement
compétiteur, n’agissant que pour son propre intérêt, en vue d’obtenir, encore et toujours,
de nouveaux biens matériels ou une place plus élevée dans une hiérarchie libérale. L’homo
reciprocans ne se « constituerait » pas contre l’homo economicus, mais serait tout simple-
ment, si l’on veut, l’autre face de l’homme.28
On voudrait peut-être remonter en deçà du mouvement, de l’interaction, de ce faire en-
semble. Cependant, analyser la mouvance collaborative, c’est s’extraire du phénomène, se
rassurer, sans s’en rendre compte, en tentant de fixer ce qui nous échappe : conceptualiser,
« verticaliser », c’est du pareil au même. Tout du moins, si écart il y a, il est mince. S’il faut
penser quelque chose ici, ce sont les outils d’échange. En cela, OSE prend ses distances
avec tout un pan de cette société collaborative, qui, il faut tout de même le souligner,
compte parmi elle, aussi, des projets lucratifs. Or, le partage des plans du concentrateur so-
laire mis à disposition par l’association vise justement à donner du savoir, partager des com-
pétences, gratuitement. Le système d’archivage des différentes étapes du projet, proposé sur
leur site, permet à chacun de prendre le train en marche, et/ou de bénéficier notamment
des expériences de l’association de différents programmes de CAO, éventuellement pour
se lancer dans un projet du même type, ou tout simplement de se faire une idée concrète,
et presque sans médiation, puisque le site fait finalement office de journal de l’association,
sans conteur attitré, avec l’aventure OSE. Si l’on veut continuer malgré tout à penser le col-
lectif, alors quoi de plus pertinent que d’entrer dans le « laboratoire » de ce faire ensemble ?
27. [Link]/colibris/la-legende-du-colibri
28. « Notre tendance à la sociabilité est au moins aussi forte que notre tendance à la rivalité », De Grave A., « La fin des
Léviathans », in Filippova D. (dir.), op. cit., p. 15.
61
PRATIQUES • ANALYSES
De la solidarité internationale
aux enjeux de la transition
écologique : rôle et place
des organisations de solidarité
internationale issues
des migrations
Rafaël Ricardou,
coordinateur de l’antenne d’Île-de-France,
Groupe de recherche et de réalisation pour le développement rural (GRDR)
Face aux défis écologiques et sociaux majeurs qui se manifestent à travers la raréfaction des
ressources naturelles, le changement climatique, la perte progressive de la biodiversité, l’ac-
croissement de la population mondiale, de nombreuses organisations de la société civile et
différents acteurs institutionnels et privés s’efforcent d’informer et de sensibiliser quant aux
enjeux du développement durable. Organisation non gouvernementale (ONG) de dévelop-
pement intervenant en Afrique et en France, le Groupe de recherche et de réalisation pour
le développement rural (GRDR) a mis en œuvre en 2015 un programme d’éducation au
développement durable, intitulé « Initiatives citoyennes pour le développement durable ».
Ce programme, mené sous la forme d’une expérimentation, avait pour objectif d’informer
et d’outiller les migrants et jeunes descendants d’immigrés, membres d’organisations de
solidarité internationale issues des migrations (OSIM), sur les enjeux environnementaux,
aussi bien en France qu’en Afrique. S’appuyant sur des pratiques inspirées des démarches
d’éducation populaire développées par le GRDR dans le cadre de ses programmes d’édu-
cation au développement et à la citoyenneté mondiale (éducation non formelle, forma-
tions, renforcement de capacités, ateliers collectifs de réflexion, prises de parole publique,
plaidoyer…), ce programme a permis aux migrants et aux jeunes de prendre davantage
conscience de leur place et de leur rôle face aux enjeux de transition écologique et d’expé-
rimenter leur capacité, individuelle et collective, à agir dans ce domaine.
63
PRATIQUES • ANALYSES
29. Maggi J., Sarr D., Green E.G. T., Sarrasin O., Ferro A., Migrations transnationales sénégalaises, intégration et développe-
ment. Le rôle des associations de la diaspora à Milan, Paris et Genève, université de Genève, coll. « Sociograph », no 15, 2013 ;
Timera M., « Les migrations des jeunes en Afrique noire : affirmation de soi et émancipation », Autrepart, no 18, 2001 ; Daum C.,
Les associations de Maliens en France, Karthala, Paris, 1998 ; Quiminal C., Gens d’ailleurs (migrations Soninké et transformations
villageoises), Christian Bourgeois, Paris, 1991.
64
DE LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE AUX ENJEUX DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE :
RÔLE ET PLACE DES ORGANISATIONS DE SOLIDARITÉ INTERNATIONALE ISSUES DES MIGRATIONS
de médias « jeunesse » par un collectif de jeunes avec l’appui du GRDR (journal papier
La Passerelle et site web Passerelle, réalisation d’une émission de télévisions autoproduite
et diffusée sur Internet)… La participation, trois années successives (2005-2007), d’asso-
ciations de jeunes accompagnées par le GRDR au festival national Place publique junior,
mis en œuvre sous la coordination de l’association des Petits Débrouillards, peut l’illustrer.
Ces activités, qui se rapprochent des pratiques d’éducation populaire, vont notamment
se décliner dans le cadre de deux programmes. Un programme d’appui au mouvement
associatif migrant (2001-2009), avec un axe jeune, visant à permettre aux associations de
jeunes de développer des partenariats locaux, autour des thématiques liées aux relations
intergénérationnelles et à la citoyenneté et de renforcer leur structuration et capacités. Un
autre programme soutenu par l’Union européenne et l’Agence française de développe-
ment (2005-2011), centré sur l’éducation au développement et la solidarité internationale,
proposait également un accompagnement aux associations de jeunes. Ces activités étaient
mises en œuvre dans les trois territoires d’intervention du GRDR en France, la Haute-
Normandie, le Nord-Pas-de-Calais et l’Île-de-France. Il est à noter que le GRDR ne s’est
jamais formellement défini comme une structure d’éducation populaire, bien que dispo-
sant à l’époque d’un agrément du ministère jeunesse et sports, dans le cadre du dispositif
Village Vie Vacances solidarité internationale (VVSI).
30. Le public qu’accompagne le GRDR n’est pas homogène dans ses origines et ses trajectoires. Il vit majoritairement dans les
quartiers dits difficiles. L’Observatoire national des zones urbaines sensibles (ONZUS), créé pour « mesurer l’évolution des iné-
galités sociales », souligne dans son rapport de 2011 que 52,6 % des habitants des 751 quartiers de la politique de la ville sont
issus de l’immigration, 64 % en Île-de-France.
65
PRATIQUES • ANALYSES
partenaires et les associations de migrants, le GRDR initie, par la suite, en 2015, un projet
sur l’éducation au développement durable appelé « Initiatives citoyennes pour le dévelop-
pement durable, ICI DD ». Mené en Île-de-France avec le soutien du conseil régional et
du comité catholique contre la faim et pour le développement, ce programme a été mis en
œuvre en partenariat avec, d’une part, l’ONG Aide et Action, dans le cadre de son projet
SOLIDE (solidarités locales et internationales pour le développement par l’éducation)31, et,
d’autre part, l’association 4D afin d’expérimenter une série de formations et d’ateliers en di-
rection de jeunes et de responsables associatifs migrants sur l’outil Our Life2132. L’approche
qui a été privilégiée devait permettre de prendre en compte de nouvelles formes de sub-
jectivité de ces jeunes, qui s’appuient sur des revendications d’autonomie et de responsa-
bilité individuelle, tout en s’articulant avec des projets collectifs. Notons également que ce
programme s’est inscrit dans un contexte de mise en place des objectifs de développement
durable (ODD), qui ont remplacé les objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
L’une des nouveautés majeures des ODD réside dans leur dimension « universelle », alors
que les OMD se concentraient essentiellement sur les pays en développement, l’agenda
2030 concerne tous les pays de la planète33.
Au démarrage du programme ICI DD, un état des lieux sur la perception et les connaissances
des associations sur les dispositifs et les outils du développement durable sur les territoires
concernés a été réalisé. Un questionnaire a été administré auprès de 42 associations permet-
tant de confirmer les constats et besoins précédemment identifiés. La valorisation des projets
menés par les migrants constitue une plus-value en termes d’innovation et de mutualisation
des expériences et réalisations. Les résultats de l’enquête ont également montré que les per-
sonnes ne faisaient pas forcément le lien entre le social, l’économie et l’environnement dans
la compréhension de développement durable. Enfin, les données collectées ont fait appa-
raître un besoin de concertation sur les territoires qui permettrait aux associations d’inscrire
leurs actions en cohérence avec les dispositifs et projets territoriaux de développement du-
rable, qui le plus souvent sont peu ou pas connus. Dans cette perspective, une série de for-
mations a été mise en place avec l’association 4D pour une participation de 90 personnes.
Les modules portaient sur des aspects théoriques puis sur des aspects pratiques et permet-
taient d’outiller les associations sur les enjeux et pratiques du développement durable. Les
responsables associatifs ont été amenés à prendre en compte ou identifier ce qui relève des
enjeux environnementaux dans leurs actions respectives. Les fédérations impliquées dans
les actions de coopération décentralisée ont introduit des projets dans le champ du déve-
loppement durable : projet d’électrification de la région Île-de-France, des centres de santé
à Kayes au Mali ; projet de formation des jeunes du conseil général des Yvelines sur l’habitat
durable ; actions EAD sur le développement durable dans les écoles à Mantes-la-Jolie (78),
Saint-Denis (93). Il est apparu selon le questionnaire et les formulaires d’évaluation des
formations, une prise de conscience effective sur les enjeux du développement durable et
l’envie d’y contribuer pour la protection de la planète et du cadre de vie.
31. Le programme SOLIDE a pour objectif d’accompagner les acteurs éducatifs issus de territoires d’intervention différents dans
le développement de nouvelles approches d’éducation à la citoyenneté et à la solidarité internationale (ECSI). [Link].
com/watch?v=rVwXbo1HvyM ; [Link]/projets-humanitaires/projet-solide/
32. Le programme Our Life 21 a été initié en 2013 par 4D et a été engagé avec de multiples partenaires (La Ligue de l’ensei-
gnement, l’association française des Petits Débrouillards, le comité français pour la solidarité internationale [CFSI], Prioriterre,
l’agence parisienne du climat) jusqu’à décembre 2015. L’objectif général est de contribuer à la progression des négociations
internationales en donnant à voir les perspectives individuelles et collectives qui s’offrent dans un monde qui a maîtrisé le chan-
gement climatique et adopté des modes de vie et de production durables. Il a été mis en œuvre dans neuf pays : France (territoire
pilote), Pérou, Algérie, Chine, États-Unis, Inde, Tunisie, Sénégal, Allemagne ([Link]
33. [Link]/[Link]?article658
66
DE LA SOLIDARITÉ INTERNATIONALE AUX ENJEUX DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE :
RÔLE ET PLACE DES ORGANISATIONS DE SOLIDARITÉ INTERNATIONALE ISSUES DES MIGRATIONS
34. [Link]/watch?feature=player_detailpage&v=jlUU4T8LH4I
67
PRATIQUES • ANALYSES
L’éducation relative
à l’environnement
dans les centres A’ERE
Hervé Prévost,
délégué national de la Fédération nationale des Francas
35. Départ : premiers éléments pour les cadres de travail, édition Francs et Franches camarades, Paris, 1 945.
36. Fichier jeux « Francas, activités nature », années 1980.
37. Forum « Éduquer pour demain », 2008.
69
PRATIQUES • ANALYSES
70
L’ÉDUCATION RELATIVE À L’ENVIRONNEMENT DANS LES CENTRES A’ERE
interroge les façons de faire. Par le programme Centre A’ERE, la cohérence et les consé-
quences de nos choix vis-à-vis des générations futures, autrement dit notre contribution au
développement durable, sont ainsi démontrées par des actes.
71
PRATIQUES • ANALYSES
Le directeur du centre de loisirs aidé de deux animatrices a d’abord impulsé un climat de coopé-
ration et de partage au sein de son équipe pédagogique, en insistant sur l’attention qui devait
être portée aux autres. Il a ainsi influé, par sa posture et ses attitudes, sur le comportement des
animateurs et des enfants. L’équipe a conduit ensuite des projets spécifiques. En 2015, le centre
de loisirs s’est engagé dans une démarche globale d’éducation à l’environnement vers un déve-
loppement durable en s’impliquant, avec les Francas du Var, dans la démarche Centre A’ERE. Il
s’agit de faire évoluer les pratiques de chacun dans une optique de développement durable, dans
le quotidien et les activités du centre.
En proposant un projet sur l’aménagement des espaces, l’équipe éducative a amené les enfants à
faire très concrètement le lien entre le respect de la terre et la solidarité, à travers l’alimentation et
la gestion des déchets.
Tout commence par un souhait partagé de l’équipe et des enfants de s’emparer des extérieurs adja-
cents du centre pour les transformer en jardin. Ils se mettent d’accord, dessinent les plans, listent
les idées, font appel aux agents municipaux des espaces verts pour des conseils techniques… Le
projet débute d’abord sur le centre puis se développe dans les temps d’activités périscolaires, où
les agents des services espaces verts intègrent le projet en co-animant chaque semaine, avec les
animateurs, des ateliers jardin. Dans cet espace, les enfants installent des composteurs, aménagent
un coin « récup’ » à la cantine pour trier les déchets organiques.
Suite à un don de trois poussins, ils construisent un poulailler. Un matin, les poussins qui, entre-
temps, ont grandi, pondent… Que faire des œufs ? Au centre, réglementation oblige, les enfants ne
peuvent pas les consommer… Les plus grands expliquent aux plus petits que ces œufs, ni fécondés
ni couvés, ne donneront jamais de poussins. Cela ne sert à rien de les garder si on ne peut pas les
manger, mais comme il est hors de question de les jeter, que faire ?
À l’unanimité, il est décidé de les donner ; mais à qui ? C’est ainsi qu’a débuté un partenariat entre
les enfants du centre de loisirs et le Relais solidarité du pays de Fayence, association locale d’aide
alimentaire qui accueille toute l’année des familles en difficultés auxquelles elle fournit des paniers
repas, des produits frais… Les enfants se sont rendus sur place pour rencontrer le président qui leur
a présenté les locaux et les missions du Relais. C’est ensemble qu’ils ont décidé d’une organisation
de collecte pour les œufs frais. Chaque jour, les enfants récupèrent les œufs, inscrivent la date de
ponte sur la coquille et sur leur carnet de collecte et les conservent au frais. Quelques jours après,
quand la boîte est pleine, ils l’apportent au Relais.
Voici une manière de commencer à prendre conscience que les inégalités du monde c’est aussi
ici, juste à côté, et que c’est ensemble, en faisant de petits gestes, en étant attentifs aux autres, que
l’on contribue à les réduire.
72
L’ÉDUCATION RELATIVE À L’ENVIRONNEMENT DANS LES CENTRES A’ERE
développe, plus sa force collective donne sens et ampleur aux initiatives, plus cette force
collective concrétise l’engagement des centres de loisirs éducatifs.
Aujourd’hui, plus de trente associations départementales des Francas animent cette dyna-
mique qui regroupe plus de 200 centres A’ERE.
Un centre A’ERE ancré dans un territoire fait évoluer les pratiques d’autres acteurs (écoles,
collectivités, associations…) sur un projet de développement local : la protection, la décou-
verte et l’éducation à l’environnement offrent des sources inépuisables d’actions partagées.
38. La fédération nationale des Francas représente le CNAJEP au Conseil national de la transition écologique avec la Ligue de
l’enseignement et les Scouts et Guides de France.
73
PRATIQUES • ANALYSES
LA CAMPAGNE À LA VILLE
Fort de son environnement local, La Campagne à la ville, le centre de loisirs du Fort des Couplets, à
Équeurdreville-Hainneville, a fait le choix de profiter de cet espace afin qu’il devienne un lieu référencé
en matière de développement durable, adapté et mis en place par des enfants. Le projet profite en outre
à la fois à la petite enfance et aux plus grands.
En quelques années, notre jardin-verger pédagogique est devenu un vecteur de réussite de notre
réseau et de lien social auprès des enfants, des jeunes et des familles dans le Nord-Cotentin. Le
nombre de partenaires ne cesse de se développer, et nous devenons également moteurs du déve-
loppement de réseaux dans d’autres communes et, surtout, d’autres centres de loisirs éducatifs.
À l’origine de ce projet, une initiation partenariale entre différents acteurs de notre réseau. Nous
souhaitions une approche éducative transversale permettant d’associer jardinage, intergénération-
nel, solidarité, nutrition… et plaisir pour les enfants, tout simplement !
Nous avons posé la première pierre de l’édifice avec la création de notre jardin pédagogique et
solidaire en mars 2008. A été créé en parallèle un atelier nature afin de permettre aux enfants
de découvrir également la biodiversité liée à ce jardin. Puis en mai, un espace de 500 m² dédié
exclusivement à un verger pédagogique et solidaire a été inauguré.
La place des enfants dans ce projet est essentielle : ils deviennent de plus en plus autonomes dans
le choix des cultures, des espaces et la vente de la production. Les adultes sont présents pour un
soutien logistique et l’apport de techniques. Notre jardin est aussi solidaire : les enfants font le
choix de l’association à laquelle seront redistribuées les sommes collectées. Ils ont déjà aidé une
école dans le sud de l’Atlas marocain. Cette année, les fonds iront à des enfants sénégalais dans
le cadre de notre projet mis en place avec un navigateur de la ville, qui participe à la course
transatlantique à l’aviron entre Dakar au Sénégal et Cayenne en Guyane.
Par ailleurs, nous n’avons embauché ni animateur jardin, ni diététicien ; nous avons proposé aux
animateurs qui le souhaitaient de suivre des temps de formation sur le sens d’un projet global, sur
la nutrition et la découverte de l’équilibre alimentaire. Nous n’avons pas mobilisé une équipe sur
cette initiative : nous l’avons juste amenée à se poser des questions sur le sens de la mise en place
des projets, en la sensibilisant à des thématiques, puis nous avons coordonné une dynamique
globale. Je pense que notre jardin et notre verger pédagogique et solidaire ont pris de l’ampleur
car nous sommes rentrés dans un système auquel se sont greffées des personnes motivées par un
projet ayant du sens et ayant un sens pour elles.
Dans un second temps, nous souhaitons développer ce que nous appelons « le pôle petite en-
fance ». Une envie commune avec les services petite enfance de la ville, et cette volonté de vouloir
éduquer et faire passer un message même aux tout-petits, nous a amenés à mettre en place des
animations spécifiques et adaptées : ateliers de création de jeux, de découverte du goût, du jar-
dinage et plus globalement des fruits et légumes, avec le soutien du groupement des agriculteurs
biologiques de la Manche et des jardiniers de France.
Nous avons développé le « bien manger » avec les enfants, les familles et les écoles, et ce dès
la vente de nos produits, avec la distribution de fiches recettes pour les légumes méconnus des
familles et des enfants. Nous avons aussi mis en place des jeux de découverte (jeu de l’oie, expo-
sition et comment bien composer son plateau repas) pendant le temps de la restauration scolaire
et le centre de loisirs.
74
L’ÉDUCATION RELATIVE À L’ENVIRONNEMENT DANS LES CENTRES A’ERE
Dans ce cadre, un partenariat est créé avec le centre communal d’action sociale de la ville mais
également avec l’association DONC (Dépistage de l’obésité dans le Nord-Cotentin) qui, comme
son nom l’indique, met en place une politique de dépistage auprès des enfants et des jeunes.
Nous menons donc des animations spécifiques dans notre jardin pour ces enfants et les enfants
du centre de loisirs.
75
PISTES
Dans son glossaire1, le labo de l’économie sociale et solidaire (ESS) définit les pôles territoriaux
de coopération économique (PTCE) comme porteurs d’un développement local durable :
« Un PTCE est un regroupement, sur un territoire donné, d’initiatives, d’entreprises et de
réseaux de l’économie sociale et solidaire, associés à des PME socialement responsables, des
collectivités territoriales, des centres de recherche et des organismes de formation, qui met
en œuvre une stratégie commune et continue de coopération et de mutualisation au service
de projets socio-économiques innovants de développement local durable. » Dans le même
temps, le programme d’action globale de l’UNESCO2, mais également la stratégie nationale
de transition écologique pour un développement durable3 (SNTEDD) en France réaffirment
la place et le rôle de l’éducation à l’environnement et au développement durable (EEDD)
dans toute stratégie de développement durable, et les réflexions en cours sur les pratiques
des acteurs de l’EEDD les invitent à décloisonner leur approche avec l’éducation populaire
et l’ESS4. La question de la place et du rôle accordés aux pratiques d’EEDD et à l’éducation
populaire dans les PTCE est donc centrale au regard de leur finalité de développement local
durable. Les évolutions institutionnelles récentes de ces pôles territoriaux de coopération
économique (loi du 31 juillet 2014 ; appel à projets interministériel de 2015) font toutefois
craindre un rendez-vous manqué entre PTCE, EEDD et éducation populaire.
1. [Link]/[Link]
2. Feuille de route pour la mise en œuvre du programme d’action globale pour l’éducation en vue du développement durable,
UNESCO, Paris, 2014.
3. Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie (MEDDE), Stratégie nationale de transition écologique
pour un développement durable (SNTEDD), 2015-2020 ([Link]
de,[Link]).
4. Hamon V., Clozel C., Étude sur l’évolution du secteur de l’information, la sensibilisation et l’éducation à l’environnement et
au développement durable vers l’écocitoyenneté en Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, 2014.
77
PISTES
Un croisement d’acteurs
Néanmoins, les acteurs qui, sur les territoires, développent des actions collectives de type
PTCE peuvent décider de leur donner une fonction d’éducation populaire au développe-
ment durable. C’est le cas du PTCE TETRIS (Transition écologique territoriale par la re-
cherche et l’innovation sociale) en pays de Grasse, composé de douze structures de l’éco-
nomie sociale et solidaire, d’un établissement public de coopération intercommunal (EPCI),
de personnes physiques et de chercheurs.
« Un développement durable se doit d’améliorer les capabilités de la génération actuelle
sans compromettre le renforcement des capabilités des générations futures5. » Selon cette
définition, les individus disposent de ressources et de droits formels qui ne sont pas tous
transformés en capa-
bilités, c’est-à-dire en
accès réel à ces res-
z L’APPROCHE PAR LES CAPABILITÉS
sources.
L’approche par les capabilités donne au développement
En optant pour une
durable l’objectif de permettre à chacun de participer à
approche du dévelop-
la délibération sur les choix collectifs, de développer les
pement durable par les
libertés positives des individus compatibles avec ces choix
capabilités, complétée
collectifs, tout en préservant les mêmes possibilités pour
par l’apport d’Albert
les générations futures. « Des individus auxquels le bien-
Hirschman, il nous
être matériel serait garanti au mépris de leur capacité
semble possible d’éta-
d’action ne peuvent être considérés comme réellement
blir un lien fort entre
libres. La justice sociale ne peut aller sans la participa-
l’ESS (et en particulier
tion démocratique dans l’approche par les capabilités. »
l’économie solidaire)
Dans un article de 2007, Jean-Michel Bonvin et Nicolas
et l’éducation popu-
Farvaque* proposent de compléter l’approche d’Amar-
laire au développement
tya Sen avec la distinction exit/voice/loyalty d’Albert
durable.
Hirschman en considérant que la capabilité de l’individu
est renforcée lorsqu’en complément de sa capacité de La proximité entre ESS
choix parmi les fonctionnements possibles, elle dispose et éducation populaire
de la possibilité de refuser la situation (exit), d’accepter au développement du-
la situation telle qu’elle est (loyalty) et d’exprimer des sou-
rable se retrouve aussi
haits pour améliorer la situation (voice). dans une vision sys-
* Bonvin J.-M., Farvaque N., « L’accès à l’emploi au prisme des témique et complexe
capabilités, enjeux théoriques et méthodologiques », Formation entre les enjeux envi-
Emploi, no 98, avril-juin 2007. ronnementaux, sociaux
et économiques et dans
la place centrale accor
dée à la délibération, à la participation démocratique et à l’émancipation. Éducation so-
ciale et solidaire, éducation populaire et développement durable réinterrogent la délibéra-
tion autour de la notion de besoins et la manière collective de s’organiser pour permettre
à toutes et tous d’avoir la réelle capacité de les satisfaire. Enfin, éducation populaire et
économie solidaire visent l’émancipation individuelle et collective avec une finalité trans-
formative. La conception du progrès social sous-tendue rejoint ainsi les objectifs du déve-
loppement durable, approchés par les capabilités et le choix entre exit et loyalty et voice.
78
ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE ET ÉDUCATION POPULAIRE
AU DÉVELOPPEMENT DURABLE : L’EXPÉRIENCE DU PAYS DE GRASSE
Au sein du PTCE TETRIS, c’est l’association Evaléco (agréée d’éducation populaire), dont
l’objet est l’accompagnement à la transition écologique et l’éducation populaire au déve-
loppement durable, qui rend possible le décloisonnement et les encastrements entre édu-
cation populaire, EEDD et ESS. Elle a joué le rôle de leader, influençant la structuration du
projet6.
Le PTCE TETRIS est ainsi approché
z LIVINGLAB
comme un outil d’éducation populaire
au développement durable pour les « Le LivingLab est une méthodologie
salariés (70), les bénévoles (50) et les où citoyens, habitants, usagers sont
volontaires (10) et pour les habitants du considérés comme des acteurs clés des
territoire à travers les quatre axes d’acti- processus de recherche et d’innovation.
vité de TETRIS : Cette approche est censée stimuler les
collaborations entre des profils hétéro-
– La gestion des ressources et des dé-
gènes de personnes dans le but de dé-
chets : de la sensibilisation et des ateliers
velopper des découvertes inattendues. »
participatifs aux activités de réemploi
(recyclerie, reconditionnements de dé- Source : Wikipédia.
chets d’équipements électriques et élec-
troniques [D3E], écomaroquinerie…) en
passant par un Repair Café (voir Repères, p. 11), grâce à une approche d’économie circulaire
de territoire.
– Produire et échanger autrement : avec deux boutiques implantées dans les quartiers
prioritaires de la ville, l’organisation mensuelle d’un marché libre couplé à un ensemble
d’activités d’éducation populaire basées sur le faire ensemble ou la monnaie locale
complémentaire ;
– Développer une économie numérique à forte utilité sociale et environnementale : une
partie des locaux est approchée comme un LivingLab intégrant un atelier de fabrication
numérique et une école du numérique ;
– Le développement des mobilités : mobilité au sens de déplacements doux (avec l’atelier
vélo et la vélo-école) ; mais aussi mobilité socioprofessionnelle avec l’insertion par l’activité
économique (IAE) et enfin mobilité cognitive avec l’éducation populaire et la formation
tout au long de la vie. C’est le décloisonnement entre l’éducation populaire et l’EEDD qui
donne tout son sens à cet axe puisqu’il introduit la délibération dans le processus pédago-
gique et permet de centrer les objectifs éducatifs sur le développement des capabilités et du
pouvoir d’agir individuel et collectif des individus.
6. Fraisse L., Caractériser les pôles territoriaux de coopération économique, premiers résultats, Labo de l’ESS, Paris, 2015 ;
Gianfaldoni P., « Le Pôle territorial de coopération économique : une forme originale de polarisation en économie sociale
et solidaire ? », Communication RIUESS, 2015 ; Matray M., Poisat J., « Pôles territoriaux de coopération éonomique : l’entre-
preneuriat territorial au risque de la transformation sociale et de l’alternative économique ? », Communication RIUESS, 2015 ;
Masure B., « Investigation des modèles économiques des pôles territoriaux de coopération économique (PTCE), intégrant la
dimension insertion par l’activité économique (IAE) », disponible sur le site du labo de l’ESS, septembre 2015 (https ://lelabo-ess.
org/[Link]).
7. Au sens d’Ostrom précisé dans Coriat B. (dir.), Le retour des communs. La crise de l’idéologie propriétaire, éditions Les liens
qui libèrent, Paris, 2015.
79
PISTES
Un rendez-vous manqué ?
L’objectif de la SCIC et du PTCE TETRIS est donc de contribuer au développement local
durable tant par ses activités que par son fonctionnement. Se reconnaissant dans l’approche
proposée par Amartya Sen, les acteurs moteurs de TETRIS cherchent ainsi à construire des
conditions favorisant l’amélioration des capabilités individuelles et collectives sur le terri-
toire. L’encastrement de l’éducation populaire au développement durable dans l’ensemble
des activités, rendu possible par le décloisonnement entre l’éducation populaire, l’EEDD
et l’économie solidaire, rejoint cette finalité. Si la définition des PTCE par le labo de l’ESS
permet ce rapprochement opérationnel entre PTCE et EEDD, les évolutions constatées dans
la loi du 31 juillet 2014 et dans le deuxième appel à projet interministériel sur les PTCE
tendent à imposer une vision restrictive et recentrée sur la fonction productive marchande
des PTCE, qui les éloigne de leur finalité de développement local durable. On ne peut que
constater ce rendez-vous manqué entre PTCE et développement durable au niveau des
institutions.
Les acteurs de ce PTCE sont donc pris en tension entre leur aspiration sociale au dévelop-
pement durable faisant une place centrale à l’EEDD approchée par l’éducation populaire et
les attentes des pouvoirs publics en termes de finalité et de modèle économique. Pourtant,
au travers de ces coopérations économiques territoriales, l’éducation populaire au dévelop-
pement durable constitue un réel pouvoir d’émancipation et de transformation qui permet
d’accompagner les territoires dans leur transition écologique.
8. C’est-à-dire basés sur la manifestation d’un lien social, par exemple, rendre un service sans en attendre de contrepartie, pour
manifester que les liens à l’autre comptent.
80
PISTES
Loos-en-Gohelle est une ville de 7 000 habitants, nichée aux pieds des deux plus hauts
terrils d’Europe, résidus de l’exploitation minière qui a marqué le bassin minier du Nord-
Pas-de-Calais pendant près de trois siècles. Quand la mine ferme à Loos, en 1986, elle
verrouille tout espoir. Il n’y a plus de production de charbon, plus de travail à pourvoir, les
sols, l’eau sont pollués. L’avenir apparaît plus sombre et incertain que jamais.
81
PISTES
tel, document d’urbanisme trop technique, mais sur leur vie, leurs attentes, leur environ-
nement direct.
Après plusieurs années de travail, quasiment le temps du mandat de l’équipe municipale
en place, une Charte du cadre de vie est officialisée en 2000. Le POS est établi à partir de
cette charte. Celle-ci, signée des différentes parties prenantes – habitants, commerçants,
agriculteurs… –, dresse les grandes perspectives d’aménagement durable de la ville. Elle
inscrit noir sur blanc cette méthode nouvelle de gouvernance collective, motrice de la
résilience locale : l’implication des habitants, pilier fondamental du projet de ville durable.
La démocratie d’exercice n’est pas chose innée. Elle se pratique et s’apprend. Les agents,
les élus sont formés à la bonne circulation de l’information, à la conduite de réunions de
concertation et à la mise en œuvre de projets en coproduction. Cela change complètement
la donne et le rapport à « l’autre » : la mairie, le maire, l’élu, l’administration, le technicien,
le collègue de bureau, le voisin… C’est un apprentissage long et constant qui se transmet
de proche en proche. Pourtant à Loos, il n’y a pas un chargé de mission « démocratie par-
ticipative », ni un élu responsable « concertation » : tous, techniciens, élus, en sont cores-
ponsables et portent cette méthode en transversalité. Ce qui implique par ailleurs un mode
de management cohérent centré sur la coopération au travail, qui de même, ne va pas de
soi, s’instruit, se pratique et s’apprend tout autant.
9. Cette pratique qui manie la carotte (d’où son nom) plutôt que le bâton s’apparente à un « contre-boycott » : les consomma-
teurs soutiennent par leurs achats les commerces qui s’engagent dans des actions écologiques.
10. Voir par exemple La France qui réussit, la réussite verte de Loos-en-Gohelle, documentaire de la chaîne Public Sénat, dispo-
nible en VOD sur Internet et lire Chibani Jacquot P., Loos-en-Gohelle, ville pilote du développement durable, Les Petits Matins
éditions, Paris, 2015.
82
LOOS-EN-GOHELLE, UNE VILLE EN TRANSITION ÉCOLOGIQUE
La ville en transition
Loos s’offre comme terrain d’expérimentation pour des pratiques démocratiques de proxi-
mité renouvelées. Elle le fait également dans le champ des écoactivités et des nouveaux
modèles économiques territorialisés (économie circulaire, de la fonctionnalité et de la coo-
pération), comme l’illustre la Base 11/19 : l’ancien carreau de fosse sur lequel les Loossois
jouaient leurs premiers spectacles narratifs dans les années 1980, aujourd’hui inscrit au
Patrimoine mondial de l’humanité et devenu depuis pôle d’excellence régional du dévelop-
pement durable. Il accueille des organisations de pointe sur ces enjeux (centre ressource du
développement durable [CERDD], CD2E, centre permanent d’initiatives pour l’environne-
ment [CPIE] Chaîne des terrils…).
Mais Loos n’est pas un eldorado. Tout n’y est pas plus vert que chez le voisin. Les difficultés
sont nombreuses et les enjeux éducatifs massifs quand près de 16 % de la population est
au chômage. À 10 kilomètres d’Hénin-Beaumont, la montée lente et inexorable du Front
national pourrait pousser à la désolation, comme la montée graduelle du niveau des
précipitations et la fréquence des inondations, dues aux changements climatiques trop peu
appréhendés.
Ce qui se joue à Loos est intéressant mais insuffisant. La transition doit être portée de
concert à une autre échelle, et les éléments de réponse inventés à Loos, comme ailleurs
dans d’autres villes en transition, pouvoir être questionnés et ramifiés. L’enjeu, par cette
ramification des solutions locales, est de pouvoir changer d’échelle.
Une politique de résilience territoriale massive à l’échelle nationale, où l’on remet au centre
les espaces d’expression de soi, où l’on crée les conditions de prise d’initiatives, où l’on agit
collectivement autour des biens communs qui nous lient, en cohérence avec les trajectoires
territoriales, doit pouvoir prendre place. C’est le sujet central. Mais la campagne présiden-
tielle à venir ne semble pas s’orienter de ce côté…
Pour en savoir plus : [Link]
ÉVALUATION DE L’ADEME
83
RESSOURCES • BIBLIOGRAPHIE
Bibliographie
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d’une identité professionnelle socio-écologique, GRAINE Poitou-Charentes, 2006.
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[Link]/5553).
85
RESSOURCES • RÉPERTOIRE DES SIGLES
86
RESSOURCES
87
Ouvrages parus dans la collection
Cahiers de l’action : Jeunesses, pratiques et territoires
Les numéros 1 à 34 sont téléchargeables gratuitement sur le site de l’INJEP
06 – Projets éducatifs locaux : l’enjeu de la coor- 18 – Le sujet écrivant son histoire. Histoire de vie et
dination écriture en atelier
Véronique Laforets, 2006 Alex Lainé et Marijo Coulon (coord.), 2008
07 – Vers l’éducation partagée. Des contrats éduca- 19 – Coexist, une pédagogie contre le racisme et
tifs locaux aux projets éducatifs locaux l’antisémitisme. Déconstruire les stéréotypes
Bernard Bier (coord.), 2006 Joëlle Bordet, Judith Cohen-Solal, 2008
08 – Les conseils généraux, acteurs des politiques 20 – Territoires ruraux et enjeux éducatifs. La plus-
de jeunesse value associative
Fédération nationale des Foyers ruraux (FNFR),
Bernard Bier et Jean-Claude Richez (coord.)
,
2008
2006
21 – Structures d’animation en zones urbaines sen-
09 – Les collectivités territoriales, actrices de l’édu-
sibles. L’exemple de la Communauté urbaine de
cation populaire. Conférence de consensus, Paris,
Bordeaux
2006
Stéphanie Rubi, 2009
Nathalie Boucher-Petrovic (coord.), 2007
22 – Jeunes, racisme et construction identitaire
10 – Accueillir les jeunes en milieu rural. Pour des
Bernard Bier, Joëlle Bordet, 2009
territoires solidaires
Mouvement rural de jeunesse chrétienne, 2007 23 – Construire une démarche d’évaluation parta-
gée. Une expérimentation dans le Pas-de-Calais.
11 – Prévenir les ruptures adolescents-institutions Démarche coopérative du réseau DEMEVA
Réflexion sur la recherche-action
Mathieu Dujardin (coord.), 2009
Joëlle Bordet (dir.), 2007
24-25 – Culture, cultures : quelle(s) pédagogie(s) de
12 – Enfants et jeunes nouvellement arrivés. Guide l’interculturel ?
de l’accompagnement éducatif
Bernard Bier et Clélia Fournier (coord.), 2009
Clotilde Giner et Eunice Mangado (AFEV) (coord.),
2007
26 – Sortir du face-à-face école-familles 37 – Faciliter la transition vers l’emploi des jeunes :
AFEV, ANLCI, Fnepe, INJEP, 2009 stratégies locales d’accompagnement
Angélica Trindade-Chadeau (dir.), 2012
27 – La Réussite éducative. Un dispositif questionné
par l’expérience 38 – Les adolescents et la culture, un défi pour les insti-
Véronique Laforets (coord.), 2010 tutions muséales
Chantal Dahan (dir.), 2013
28 – Jeunes mineurs en Associations. Quel impact
sur leurs parcours ? 39 – La jeunesse dans la coopération euro-méditerra-
Stéphanie Rizet, 2010 néenne : un levier pour la démocratie ?
Claire Versini (coord.), 2013
29 – Politique locale de jeunesse : le choix de l’édu-
catif. Issy-les-Moulineaux 40 – Les jeunes face aux discriminations liées à l’orien-
Bruno Jarry (coord.), 2010 tation sexuelle et au genre : agir contre les LGBT-phobies
Cécile Chartrain (dir.), 2013
30 – Pour une animation enfance-jeunesse de
qualité. L’expérience du Calvados 41 – L’entrepreneuriat des jeunes : insertion profession-
Natacha Blanc (coord.), 2010 nelle pour certains, levier d’apprentissage pour tous
Isabelle Bapteste et Angélica Trindade-Chadeau
31 – Agir pour les enfants, agir pour les parents. L’ex-
(dir.), 2014
périence des Écoles des parents et des éducateurs
Bernard Bier, Cécile Ensellem, 2011 42 - Les jeunes et la loi : les enjeux d’une pédagogie de
l’éducation à la citoyenneté,
32 – Jeunes de quartiers populaires et politiques de
Marie Dumollard, Jean-Pierre Halter, Gérard Mar-
jeunesse. L’expérience du Grand Ouest
quié (dir.), 2014
Chafik Hbila, 2011
43 - Éducation pour la santé des jeunes : la prévention
33 – L’accompagnement des jeunes ayant moins
par les pairs,
d’opportunités. L’exemple du programme Envie d’agir
Yaëlle Amsellem-Mainguy, Éric Le Grand (dir.),
Brice Lesaunier, Laurence Gavarini (dir.), avec la
2014
collaboration de Caroline Le Roy, 2011
44 - Développer la mobilité européenne et internationale
34 – L’expérience du service civil volontaire à Unis- des jeunes,
Cité : quels enseignements pour le service civique ? Francine Labadie, Clotilde Talleu, 2015
Valérie Becquet (dir.), 2011
45 - Emplois d’avenir : regards croisés d’acteurs. Enquête
35 – Jeunes et médias : au-delà des clichés. Déconstruire auprès des jeunes, des professionnels des missions
les stéréotypes locales et de leurs partenaires
Mikaël Garnier-Lavalley et Marie-Pierre Pernette Institut Bertrand Schwartz, 2015
(ANACEJ) (coord.), 2012
46 - De l’international au local : les enjeux du volontariat
36 – L’information des jeunes sur Internet : observer, ac- de solidarité
compagner. Expérimentation d’outils avec des profes- Céline Leroux (coord.), France Volontaires, 2015
sionnels de jeunesse
Cécile Delesalle et Gérard Marquié (dir.), 2012
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À découvrir également…
des ouvrages de référence
sur la jeunesse
À La Documentation française
S. Landrier, P. Cordazzo, Guégnard C. (coord.), Études, galères et réussites.
Conditions de vie et parcours à l’université, décembre 2016.
Francine Labadie (dir.), Parcours de jeunes et territoires. Rapport de l’Observatoire
de la jeunesse 2014, janvier 2015.
Olivier Galland, Bernard Roudet (dir.), Une jeunesse différente ? Les valeurs
des jeunes Français depuis 30 ans, coll. « Doc’ en poche. Regard d’expert »,
octobre 2014.
Francine Labadie (dir.), Inégalités entre jeunes sur fond de crise.
Rapport de l’Observatoire de la jeunesse, 2012, décembre 2012
(téléchargeable sur [Link]
Contacts z Presse/chercheurs
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z L es jeunes vulnérables face au système d’aide publique — n° 62
z L a santé des 15-30 ans. Une lecture du baromètre santé — n° 63
zV
aria — n° 64
zN
ormes sociales et bifurcations dans les parcours de vie des jeunes – n° 65
z L es adolescents face aux dispositifs de médiation culturelle – n° 66
z Jeunes Européens : quelles valeurs en partage ? – n° 67
zD
es sports et des jeunes – n° 68
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xpérimentations sociales : des jeunes et des politiques publiques – n° 69