Chapitre III : Réseaux de distribution
6.1 - Réseaux de distribution :
Les réseaux de distribution d’eau ont pour objectif de ramener l’eau, à partir du ou des
réservoirs, jusqu’aux consommateurs (ou abonnés) : fournir le débit maximal avec une pression
au sol (ou charge) minimale compatible avec la hauteur des immeubles.
6.1.1 - Structure des réseaux:
L’eau est distribuée aux consommateurs par des réseaux de conduites locaux, à l’intérieur de la
zone alimentée. Les principaux éléments d’un réseau de distribution sont: les conduites, les
branchements et les pièces spéciales (coudes, raccordements, vannes, compteurs, bouches
d’incendies, ...). Les conduites de distribution doivent suivre les rues de la ville et sont posées
en terre, généralement, sous le trottoir.
Selon les liaisons entre les différents tronçons de distribution, on distingue généralement deux
types de réseaux: réseau ramifié et réseau maillé.
Réseau ramifié
La caractéristique d’un réseau ramifié est que l’eau circule, dans toute la canalisation, dans un
seul sens (des conduites principales vers les conduites secondaires, vers les conduites
tertiaires,..). De ce fait, chaque point du réseau n’est alimenté en eau que d’un seul côté. Ce type
de réseaux présente l’avantage d’être économique, mais il manque de sécurité (en cas de rupture
d’une conduite principale, tous les abonnés situés à l’aval seront privés d’eau).
Figure 1 : Réseau ramifié
Réseau maillé
Le réseau maillé dérive du réseau ramifié par connexion des extrémités des conduites
(généralement jusqu’au niveau des conduites tertiaires), permettant une alimentation de retour.
Ainsi, chaque point du réseau peut être alimenté en eau de deux ou plusieurs côtés. Les petites
rues sont toujours alimentées par des ramifications.
Ce type de réseaux présente les avantages suivants:
plus de sécurité dans l’alimentation (en cas de rupture d’une conduite, il suffit de l’isoler
et tous les abonnés situés à l’aval seront alimentés par les autres conduites).
une répartition plus uniforme des pressions et des débits dans tout le réseau. Il est, par
contre, plus coûteux et plus difficile à calculer.
Figure 2 : Réseau maillé
Eventuellement, on peut utiliser d’autres types de réseaux:
• Réseau mixte
Qui est un réseau maillé comportant, en cas de besoin, quelques ramifications permettant
d’alimenter quelques zones isolées de la ville (zones industrielles ou zones rurales).
• Réseaux étagés
Dans le cas où la topographie est très tourmentée, la distribution peut se faire par paliers
Figure 3 : Réseau étagé
Réseaux à alimentation distincte
Il existe deux réseaux distincts, l’un pour l’eau potable et l’autre pour l’eau non potable. En
général, on utilise un réseau maillé pour alimenter une zone urbaine et un réseau ramifié pour
alimenter une zone rurale. En irrigation, on n'utilise que les réseaux ramifiés.
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6.1.2 -Hypothèses de calcul:
Les mêmes principes fondamentaux, évoqués pour les conduites d’adductions, s’appliquent
aussi pour les canalisations de distribution: caractéristiques hydrauliques (pertes de charge
linéaires et singulières, ligne piézométrique), diamètre économique, types de tuyaux, protection
contre les coups de bélier, pose des conduites et accessoires (vannes, robinets, ventouse, brise
charge, pièces spéciales).
Débit :
Une estimation, aussi précise que possible, doit être faite des besoins en eau de l’agglomération
à alimenter (voir le chapitre 3). On calcule aussi le débit pendant l’heure de pointe. Les conduites
de distribution devront pouvoir transiter les plus forts débits. Le calcul hydraulique des
canalisations se fait donc avec le débit de pointe (pendant l’heure de pointe).
Il faut aussi vérifier le comportement du réseau de distribution en cas d’incendie (heure
de pointe + incendie). Le débit d’incendie à prévoir au point le plus défavorable du réseau est
de 60m3/h soit (17l/s). On tient compte de plusieurs incendies en même temps dans le cas d’une
grande ville ou d’une agglomération à haut risque d’incendie.
Choix du diamètre
Dans les tronçons sur lesquels il est prévu l’installation de bouches d’incendie, le diamètre
minimal sera de 0,100 mètre. On utilise rarement le diamètre 0,080 mètre.
La vitesse de l’eau dans le diamètre choisi d’un tronçon de distribution quelconque sera entre
0,50 et 1,25m/s. Les vitesses inférieures à 0,50 m/s favorisent le dépôt solide dans les
canalisations. Les vitesses supérieures à 1,25 m/s risquent de favoriser les fuites et les coups de
bélier, et de créer les cavitations et les bruits.
En cas d’incendie, généralement, on accepte des vitesses atteignant 2,50 m/s.
Pression
Le réseau doit satisfaire les conditions de pression suivantes:
1° Une charge minimale de 3 m doit être prévue sur les orifices de puisage (robinets) les plus
élevés, et de 5 m pour un chauffe-eau à gaz.
2° En vue de la bonne tenue des canalisations et des joints (limitation des fuites et des bruits),
il faut éviter des pressions supérieures à 40 m. Si, néanmoins, de telles pressions devaient se
manifester, il faudrait prévoir soit des réducteurs de pression sur le réseau (brise charge) soit
une distribution étagée.
Ainsi, le réseau doit être calculé pour fournir les pressions suivantes au sol, selon la hauteur des
immeubles (en mètres d’eau):
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12 à 15 m pour un étage 29 à 32 m pour 5 étages
16 à 19 m pour 2 étages 33 à 36 m pour 6 étages
20 à 23 m pour 3 étages 37 à 40 m pour 7 étages
24 à 27 m pour 4 étages
Pour les immeubles plus élevés, leurs propriétaires se trouvent dans l’obligation d’installer, dans
les sous sols, des groupes surpresseurs.
Les canalisations équipées de bouches d’incendie devront pouvoir fournir, en cas d’incendie,
une pression minimale au sol de 10 m, en tout point du réseau de distribution.
6.1.3 -Principes de calcul:
Un réseau de distribution est subdivisé en tronçons délimités par des nœuds (points particuliers:
réservoir, croisement de conduites, prélèvements importants, changement de diamètre,
extrémité du réseau, vanne,...).
Débit en route:
Dans une conduite d’adduction, le débit d’eau est constant. Dans les canalisations de distribution
la situation est tout à fait différente. En effet, les conduites de distribution sont destinées à
distribuer l’eau aux abonnés. Chaque tronçon de distribution, matérialisé par deux nœuds, est
alors caractérisé par deux débits: un débit d’extrémité (qui doit, tout simplement, transiter par
le tronçon, appelé débit de transit et noté Qt) et un débit consommé par les branchements
raccordés sur ce tronçon (appelé débit en route et noté Qr).
Le débit en route est un débit qui entre à l’amont du tronçon et ne sort pas à l’aval puisque, par
définition, il est consommé par les abonnés tout le long du tronçon. Ce débit en route, supposé
uniformément réparti sur toute la longueur du tronçon peut être calculé par la méthode suivante
:
Figure 4 : Répartition uniforme du débit en route sur la longueur du tronçon
Il peut être proportionnel à la longueur du tronçon en utilisant le débit spécifique
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Où : Le débit spécifique est donné par :
: est la longueur totale du réseau de distribution.
: le débit de pointe total consommé par l’agglomération.
Débit de calcul
Le long d’un tronçon de distribution le débit étant variable, donc le débit de calcul sera donné
par les formules suivantes :
o Pour le réseau ramifié par
o pour le réseau maillé par :
6.2 Calcul des réseaux ramifiés:
Pour un réseau de distribution, on connaît donc les débits de pointe de la consommation (par
analyse des besoins en eau). On doit choisir le tracé du réseau et la localisation des nœuds de
calcul, en se limitant à des longueurs inférieures à 1000 mètres. On en déduit alors les longueurs
des tronçons et les côtes des nœuds au sol.
Le calcul des réseaux ramifiés se fait en partant de l’extrémité aval du réseau et en remontant
de proche en proche jusqu’au réservoir. Les étapes de calcul sont les suivantes:
1) Calcul de , de et ensuite par (6.3) ;
2) Choix du diamètre D qui permet d’écouler le débit avec une vitesse voisine de 0,90
m/s (ou entre 0,50 et 1,25m/s). Le diamètre minimum étant 0,80 m.
3) Calcul de la perte de charge avec , en utilisant les abaques.
4) Calcul de la charge hydraulique en chaque nœud et en déduire la pression au sol.
Exemple de calcul d’un réseau ramifié
Calculer le réseau ramifié d’une ville de 2000 habitants, pour une consommation
moyenne journalière 150 l/hab.j. On suppose le schéma de distribution suivant, on prévoit un
facteur de pointe KP = 3.
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Figure 5 : Réseau ramifié
Solution
Pour 2000 habitants on aura :
• Calcul des débits de route pour chaque tronçon.
Tableau 1: Calcul des consommations moyennes et de pointe
Désignation des Nombre d’habitants Consommation Consommation de
tronçons (1) (2) moyenne (3) pointe (4)
• Calcul des débits de tronçon à partir du débit d’amont
Déterminons dans ce réseau, le sens d’écoulement de l’eau et procédons à la répartition selon
les différents tronçons, pour cela partant de l’extrémité avale du réseau et remontons de proche
en proche jusqu’au réservoir.
Tableau 2: Calcul des débits de tronçon
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tronçons
Débit (l/s)
en route (Qr) avale (P) du tronçon 0.55Qr+P
10,38
2,70 10,38
Pour un diamètre donné D, on vérifie à l’aide des tables de colebrook (K=2.10-3m) qu’avec le
débit exigé dans chaque tronçon, la vitesse obtenue est acceptable et que la perte de charge totale
donne une pression au sol acceptable pour une cote du radier du réservoir connue par exemple
on prend 50m.
Si la pression au sol est insuffisante, il faut recommencer les calculs en prenant un diamètre plus
grand afin de diminuer les pertes de charge.
Tableau 3: Calcul hydraulique du réseau
Tronçon Longueur D Débit V J ∆H Hpiezo Hpiezo Cote Pression
(m) (m) (l/s) [m/s] [m/ml] (m) amont avale géo au sol
(m) (m) Z (m) (m)
10,38
0,60 0,0 2,86 44,39
44,39 24,79
Vérification de la condition d’incendie
Il est procédé ensuite à la vérification de la condition d’incendie, pour cela on calcule le réseau
avec le débit d’incendie de 17 l/s.
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Tableau 4: Vérification du réseau avec le débit d’incendie
Tronçon Longueur D Débit V J ∆H Hpiezo Hpiezo Cote Pression au
(m) (m) (l/s) [m/s] [m/ml] (m) amont avale géo sol
(m) (m) Z (m) (m)
grande - -
- -
C’est ainsi, jusqu’en 3, il est possible d’installer des bouches d’incendie.
La dernière sera posée en 3 et, puisque la distance 3-5 est relativement courte, le feu peut être
combattu à partir de ce point.
En ce qui concerne le tronçon 3-4, de 400 m de longueur, il sera plus prudent de prévoir une
réserve d’incendie en 4, car on se trouve à l’extrême limite de l’action des lances d’incendie.
6.3 Calcul des réseaux maillés:
Pour un réseau maillé, après le calcul des débits en route de tous les tronçons, on utilise
l’expression (6.4) pour répartir ces débits aux nœuds du réseau. Il faut vérifier que la somme
des débits aux nœuds est égale à la somme des débits en route de tous les tronçons.
Le calcul des réseaux ramifiés, tel que nous l’avons vu, ne présente pas de difficulté. En
revanche, le calcul des réseaux maillés est plus compliqué. Plusieurs méthodes ont été utilisées
pour réaliser ce calcul. Une des méthodes la plus utilisée est celle de Hardy Cross, par
approximations successives, et que nous allons présenter.
Méthode de Hardy Cross:
Cette méthode repose sur les deux lois suivantes
(équivalentes aux lois de Kirchoff en électricité) :
1re loi : En un nœud quelconque du réseau, la somme
des débits qui arrivent à ce nœud est égale à la
somme des débits qui en partent:
Figure 5 : Représentation d’une maille
Ainsi, pour le nœud A, par exemple, on a
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2èmeloi : Le long d’un parcours orienté et fermé (une maille), la somme algébrique -des pertes
de charge est nulle.
Ainsi pour le contour ABCDEF, où l’orientation positive est donnée par le sens des aiguilles
d’une montre et pour le sens d’écoulement indiqué par les flèches.
La méthode de Hardy Cross consiste, tout d'abord, à se fixer une répartition provisoire des débits
ainsi qu'un sens d'écoulement dans tout le réseau, tout en respectant la première loi. Cette
première répartition permet de choisir les diamètres, tout au moins provisoires, des canalisations
(avec des vitesses entre 0,50 et 1,25 m/s) et de calculer les pertes de charge correspondantes.
Ordinairement, la somme algébrique des pertes de charge ne peut pas être nulle, dans toutes les
mailles, dès le premier coup. Sans changer les diamètres choisis et sans perturber la première
loi, on doit modifier la répartition initiale supposée des débits dans les tronçons afin de rectifier
les pertes de charge et vérifier la deuxième loi.
Nous allons voir comment on trouve la rectification de débit à apporter à la première répartition.
Prenons pour cela un exemple simple d’une seule maille. On
décompose arbitrairement QA en ql et q2 tels que : On choisit
les deux diamètres en fonction des débits ql et q2, lesquels
engendrerons les pertes de charge :
JI sur ADC et J2 sur ABC.
Généralement, cette loi n’est pas vérifiée dès le premier coup
et nous allons chercher la correction à faire:
En utilisant les résistances des conduites sur les longueurs LI et L2 (RI et R2 ), on écrit que :
La correction des débits à faire et qui donnerait et , doit conduire à
la vérification de la deuxième loi :
En utilisant le fait que :
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A partir de (6.5), on déduit que:
Si JI - J2 < 0, le débit est alors insuffisant et il faut l’augmenter, c'est ce qui fait que ∆ql est
positif.
Si JI - J2 > 0, le débit ql est alors trop important et il faut le diminuer, c'est ce qui fait que ∆ql est
négatif.
En généralisant l'expression (6.5) à un contour fermé quelconque, comportant n tronçons, on
peut écrire que :
Rappelons que les débits positifs, par rapport à l’orientation choisie, seront corrigés par ∆q,
affecté de son signe, alors que les débits négatifs seront corrigés par ∆q multiplié par -1.
Si, pour les nouveaux débits, la deuxième loi n'est toujours pas vérifiée, il faudra de nouveau
corriger les débits. Ainsi, on se rapprochera de zéro pour
la somme algébrique des pertes de charge du contour.
Dans le cas de deux mailles adjacentes, la conduite
commune sera affectée par les deux corrections des
débits calculées pour les deux mailles, affectées de leurs
signes respectifs.
Prenons l’exemple de la conduite EF (voir figure ci-
contre) dans laquelle le débit initial est q.
Figure 6 : Mailles adjacentes
D'où, la correction finale du débit q de EF est:
Puisque dans la maille I le débit q est positif, la correction est alors + . Dans la maille II, le
débit q est négatif et la correction est - .
On arrête les itérations lorsque, pour toutes les mailles :
∆q < 0,4 l/s et et même 0.5 m
.
Dans le cas où le calcul est fait à l’aide d’un micro-ordinateur, on peut aller plus loin dans la
précision (par exemple :
Pour réaliser les calculs, on peut utiliser le tableau ci-dessous :
1
Tableau 5: Calcul des réseaux maillés (type)
Si la solution obtenue ne vérifie pas les conditions imposées (des vitesses entre 0,50 et
1,25 m/s et, éventuellement, des pressions suffisantes), on doit modifier le choix initial des
diamètres de certains tronçons et recommencer le calcul dès le début.
6.3.1 Vérification de la condition d’incendie:
Pour un réseau de distribution (réseau ramifié ou réseau maillé), il faut vérifier les conditions
d’incendie. Il s’agit de refaire le calcul du réseau, avec les mêmes diamètres, en ajoutant un ou
plusieurs débits d’incendie (17 l/s) aux points sensibles du réseau. Il faut vérifier alors que les
vitesses dans tous les tronçons sont inférieures à 2,5 m/s et que les pressions dans tous les nœuds
sont supérieures à 10 mètres. Le nombre de débits d’incendie à ajouter dépend de l’importance
de la ville et de son risque aux incendies.
1
Si ces conditions ne sont pas vérifiées, on doit modifier les diamètres de certains tronçons et
recommencer le calcul dès le début (pendant l’heure de pointe, ensuite une autre vérification
pendant l’heure de pointe + incendies).
Exemple de calcul d’un réseau maillé
Soit le réseau maillé suivant (les débits en route sont indiqués sur les tronçons, en l/s):
Les débits en route sont transformés en débits aux nœuds. Nous choisissons alors une première
répartition, arbitraire, des débits dans les différents tronçons qui vérifie la loi des débits aux
nœuds, ~Qn = 0 (voir la figure ci-dessous, tous les débits sont en l/s).
Nous avons calculé ce réseau par la méthode de Hardy Cross (voir la feuille de calcul), la
répartition finale des débits dans les tronçons est la suivante:
Les vitesses (finales) dans tous les tronçons sont acceptables (entre 0,5 et 1,25 m/s).