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Les Partenariats Public Privé (PPP) en Suisse

Expériences, risques et possibilités


Andreas Lienhard
Dans Revue Internationale des Sciences Administratives 2006/4 (Vol. 72), pages 587
à 604
Éditions I.I.S.A.
ISSN 0303-965X
DOI 10.3917/risa.724.0587
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Revue
Internationale
des Sciences
Administratives
Les Partenariats Public Privé (PPP) en Suisse
Expériences, risques et possibilités
Andreas Lienhard

Résumé
La pression qui pèse de plus en plus sur la Suisse en faveur d’une amélioration de
l’efficience exige de nouvelles formes d’organisation en ce qui concerne l’accomplissement
des tâches publiques. Conformément à la tendance internationale, les Partenariats Public
Privé font partie des sujets de plus en plus souvent étudiés à cet égard. Dans l’article qui
suit, nous décrivons ce contexte et présentons des expériences issues d’anciens projets
de PPP en Suisse. Nous examinerons les aspects économiques et juridiques des PPP en
tenant compte des spécificités du système politique suisse. Nous verrons qu’en Suisse, les
PPP présentent un potentiel considérable, en particulier dans les domaines de l’ingénierie
structurale, des transports et de la promotion locale. La réalisation de ce potentiel nécessite
toutefois des efforts considérables, au centre desquels on trouve un réseau de compétence
en PPP, dans lequel les autorités publiques, les entreprises privées et les entreprises de droit
public collaborent avec des organisations et des particuliers s’intéressant aux PPP soit dans
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le domaine pratique, soit dans le contexte académique.

Remarques à l’intention des praticiens


Il convient de commencer par analyser les différentes expériences et de les rattacher aux
conclusions issues de l’étranger ainsi qu’aux innovations conceptuelles. On peut en déduire
que les principaux facteurs suivants influencent la réussite des projets de PPP concrets :
- sélection du partenaire : définition conjointe des objectifs et des conditions de base,
mécanismes d’incitation
- réflexion axée sur le processus/procédures standardisées : transparence, confiance,
réduction des risques, contrôles
- étude de faisabilité du PPP/preuves de la faisabilité économique/évaluation des risques/
comparaison des variantes : point de vue de l’État et point de vue du secteur privé de
l’économie

Andreas Lienhard est professeur au Centre de compétence en administration publique, Université


de Berne, Suisse. Traduction de l’article paru en anglais sous le titre : " Public Private Partnership (PPP)
in Switzerland. Experiences – Risks – Potentials ".
Copyright © 2006 IISA - Vol 72(4): 587–604

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588 Revue Internationale des Sciences Administratives 72(4)

- participation rapide du niveau politique (par ex. sous forme d’une décision stratégique)/
garantie du contrôle politique
- grande attention accordée à la structuration minutieuse des contrats.

La réalisation de ce potentiel exige toutefois un réseau de compétences en PPP dans lequel


les autorités publiques, les entreprises privées et les entreprises de droit public collaborent
avec des organisations et des particuliers issus du milieu universitaire ou du domaine
pratique. Ce réseau de compétences participe plus particulièrement aux tâches suivantes :
- faire des discours, organiser des conversations et des entretiens, promouvoir l’échange
de connaissances théoriques et d’expérience ainsi que, par exemple, promouvoir les
consultations au sein de la législature ;
- soutenir les projets pilotes ;
- contribuer à la réduction des coûts de démarrage et de transaction, et examiner la
pertinence des projets de PPP ;
- assurer la formulation de méthodes standardisées adaptées ;
- faire intervenir tous les niveaux du fédéral, ainsi que le monde universitaire ;
- tenir un site Internet et un portail de connaissances ;
- soutenir l’organisation de conférences sur les PPP.

Mots-clés : Externalisation, PPP, privatisation, Etat garant.

1. Introduction
1.1. Le travail en réseau du gouvernement et des entreprises privées dans
l’accomplissement de tâches publiques
L’écart entre, d’une part, la diversité et la complexité des tâches et, d’autre part, les
déficits budgétaires et la dette de l’État se creuse sans cesse. L’État a par conséquent
de plus en plus de mal à exécuter les tâches dont il est responsable. Il doit dès lors,
adopter une approche axée sur les résultats, de même qu’un raisonnement basé sur
l’efficience et des innovations. Le rôle de l’État évolue : il passe d’un État service à un
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État garant. C’est la raison pour laquelle le secteur public fait de plus en plus appel
aux modèles structurels et procéduraux du secteur privé. Les frontières entre l’État et
les particuliers, entre le public et le privé deviennent de plus en plus floues.1
Les formes organisationnelles les plus variées existent en ce qui concerne
l’accomplissement des tâches publiques. La décentralisation, l’externalisation et la
privatisation partielle posent des problèmes particuliers en matière de supervision
gouvernementale et de responsabilité. La forme organisationnelle a toujours des
conséquences sur les types d’actions (négociation des contrats, types d’actions liées
au droit civil), ce qui a par ailleurs des conséquences sur la protection juridique.2
Lorsque des entreprises privées interviennent dans l’accomplissement des tâches
en l’absence de légitimation démocratique appropriée, d’obligations juridiques
(fondamentales) et de responsabilité politique, et si la décentralisation, les collaborations
et la subsidiarité entraînent une perte de compétences et un affaiblissement du
1 Grimm, 1994, Budäus/Eichhorn, 1997; Osborne/Gaebler, 1997; Budäus, 1998; Reichard, 1998;
Naschold/Bogumil, 2000; Hill/Klages, 2000; Benz, 2001; Schedler/Proeller, 2003; Schedler/
Summermatter 2003; Lienhard, 2003a; Thom/Ritz 2003; Mastronardi/Schedler 2004.
2 Jaag, 2000; Wyss, 2002; Schaffhauser/Poledna 2002.
3 Eidenmüller, 1995; Wiegand, 1998; Knoepfel, 2003; Mastronardi, 2003; Lienhard et al. 2003; Lien-
hard, 1999, 2002, 2004; Tschannen; 2004; Bergmann/Hofmeister, 2004.

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Lienhard Les Partenariats Public Privé (PPP) en Suisse 589

contrôle politique, alors ce sont les fondements mêmes de l’État démocratique,


constitutionnel qui sont affectés et les performances de l’État, compromises.3
Certaines tâches publiques doivent par ailleurs être réalisées sous forme de
Partenariats Public Privé (PPP). Ce terme, utilisé partout dans le monde, n’a pas encore
été clairement défini. En substance, ces formes organisationnelles concernent une
coopération institutionnelle entre l’État et des entreprises privées (en particulier les
modèles de marchés, de franchise ou les modèles sociétaux), surtout en ce qui
concerne la gestion conjointe de projets complexes (par exemple dans les domaines
de l’infrastructure, de la technologie, du gouvernement électronique, de la protection
de l’environnement, de l’éducation/la recherche, de la santé, de la culture, du tourisme
et de la promotion du développement économique). Le PPP est axé sur un échange
de savoir-faire, des synergies et un partage de la responsabilité (financière, surtout) et
des risques entre l’État et les entreprises privées dans la réalisation des tâches publi-
ques. Dans la pratique, différentes formes de PPP existent, et ils sont de plus en plus
nombreux dans le monde entier ainsi que, par exemple, dans les activités des Nations
unies (par ex. impact global). Reste que l’organisation et les effets des PPP ne sont
pas encore bien connus. Il convient également de mentionner les risques suivants :
diffusion asymétrique de l’information, comportement opportuniste des entreprises
privées, manque de transparence, risques financiers et autres, incertitudes dans la
réalisation des tâches, contrôles insuffisants et absence de participation démocrati-
que et de responsabilité. Un grand nombre de questions juridiques restent encore
sans réponse, comme celles liées aux lois régissant la concurrence, l’attribution des
marchés, l’imposition, l’emploi et les contrats. 4
Des défis particuliers existent en ce qui concerne l’inclusion d’entreprises privées
dans la réalisation souveraine des tâches. Dans ces domaines administratifs,
l’externalisation est encore très rare pour l’instant. Cela s’explique surtout par le
fait que les problèmes constitutionnels sont particulièrement importants dans ce
domaine par rapport au transfert de tâches dans les domaines non souverains
(comme l’externalisation des services de technologies de l’information), mais aussi
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par le fait que d’un point de vue économique, l’inclusion d’un tiers dans la réalisation
des tâches paraît moins logique dans ce domaine. Les comparaisons internationales
révèlent cependant que dans les réformes administratives, les tâches souveraines
sont elles aussi de plus en plus externalisées. Les prisons privées ou les services de
sécurité privés sont des exemples particulièrement sensibles. En ce qui concerne
l’évaluation de l’admissibilité et des modalités de cette externalisation, il convient
d’établir une distinction entre les sous-processus de création des biens et ceux des
services (par ex. services internes et externes). 5

1.2. Questions sans réponse dans le contexte suisse


En Suisse, différentes expériences ont pu être observées en ce qui concerne l’inclusion
d’organisations privées ou de formes organisationnelles privées dans la réalisation de
4 Hill, 1996; Budäus/Eichhorn, 1997; Budäus, 1999; Osborne, 2000; Bolz/Stebler, 2000; Bongenaar
2001; Wyss, 2002; Eilmansberger/Holoubek/Kalss/Lang/Lienbacher/Lurger/Potacs, 2003,
Schedler/Proeller, 2003; Thom/Ritz, 2003; Akintoye/Beck/Hardcastle, 2003; Becker, 2003;
Mittendorfer/Weber, 2004; Bolz, 2004; Meyer, 2004; Friedrich/Gale, 2004; Girmscheid/Dreyer,
2005.
5 Grimm, 1994; Gusy, 1998; Gamma, 2001; Gramm, 2001; Kleespies, 2002; Proeller, 2002; Lienhard, 2003a

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590 Revue Internationale des Sciences Administratives 72(4)

tâches publiques. Celles-ci concernent essentiellement l’externalisation, tandis que


les véritables partenariats entre l’État et les entreprises privées (les Partenariats Public
Privé) ne suscitent pas beaucoup d’intérêt pour l’instant. À la lumière de ce qui a
tendance à être une mise en œuvre tardive des libéralisation, on observe toutefois
un niveau de développement et d’enquête scientifique considérablement plus faible
que dans d’autres pays européens. Par ailleurs, les expériences et les principes issus
d’autres pays ne peuvent pas être transposés tels quels en Suisse, en raison surtout
des différences au niveau du système politique et de la base légale. 6
Dans la réalisation des tâches publiques, l’État et les entreprises privées se
rapprochent. Il convient de donner des réponses aux questions fondamentales liées
à ce domaine : Quelles sont les tâches que l’État doit accomplir lui-même d’un point
de vue interdisciplinaire et dans quels domaines les entreprises privées peuvent-
elles être de plus en plus intégrées (décentralisation, externalisation, privatisation) ?
Comment l’État procède-t-il pour garantir la participation démocratique et
le contrôle politique, ainsi que les questions d’ordre constitutionnel, social et
écologique, lorsque des entreprises privées sont publiquement chargées de
l’exécution d’un service ? Dans quelles conditions les tâches publiques peuvent-
elles être accomplies dans le cadre d’un partenariat entre l’État et des entreprises
privées (partenariats public-privé) ? Quels critères doit-on appliquer dans ce cadre
d’un point de vue économique, juridique et politique ? Les tâches publiques
peuvent-elles être accomplies de façon plus efficace et plus efficiente lorsque l’État
collabore avec des entreprises privées ou fait appel à des formes organisationnelles
issues du secteur privé ? Quelles différences existent-elles en ce qui concerne les
différents niveaux du fédéral (gouvernement fédéral, cantons et municipalités) ?
Une étude multidisciplinaire de base sur les partenariats public-privé en Suisse
publiée en juin 2005 aborde certaines de ces questions.7 L’étude allie données
empiriques et principes scientifiques. Elle présente les possibilités offertes par les
Partenariats Public Privé en Suisse, de même que les risques possibles. En tant
que membre du groupe de soutien et du groupe d’experts ayant participé à
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l’élaboration de cette étude de base, ma présentation s’inspire essentiellement
de cette étude. J’évoquerai également les conclusions d’un récent essai, présenté
au Fachhochschule für Technik und Wirtschaft Berlin (FHTW) et supervisé par
mes soins, qui compare les aspects des PPP dans les bâtiments/bureaux et les
infrastructures en Allemagne et en Suisse.8

2. Les PPP en Suisse


2.1. Introduction
L’étude de base sur les PPP en Suisse (l’étude de base) peut elle-même être considérée
comme le résultat d’un PPP : c’est sous la direction de PwC Suisse et en collaboration
avec différents partenaires des secteurs économique, administratif et universitaire
que cette étude conjointe a été menée, une étude aux effets durables. Elle se fonde
6 Bolz, 2004; Meyer, 2004; Linder, 1999.
7 Urs Bolz (dir.), 2005, Public Private Partnership in der Schweiz, Étude de base – Ergebnis einer
gemeinsamen Initiative von Wirtschaft und Verwaltung, Zurich (Étude de base).
8 Zerna K., 2005: Public Private Partnership und ihre Umsetzung im Schweizer Hochbau, essai, Berlin
30 mars 2005.

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Lienhard Les Partenariats Public Privé (PPP) en Suisse 591

naturellement sur des tentatives comparables dans d’autres pays d’intégrer de plus
en plus les PPP dans la conscience politique et de les rendre bénéfiques sur le plan
pratique. 9 Le principal objectif de ces mesures, en particulier dans le domaine des
infrastructures, est de parvenir, en collaboration avec des entreprises privées, à des
solutions plus économiques et, parallèlement à cela, de meilleure qualité. Il va de
soi que la complexité croissante des budgets du gouvernement 10 et les tentatives
connexes de réaliser des économies jouent un rôle essentiel.11 Les expériences
internationales 12 indiquent que le potentiel d’épargne peut aller jusqu’à 20 %. 13
Elles font également ressortir un effet secondaire lié aux PPP, à savoir la possibilité de
moderniser l’administration. 14

2.2. Comprendre le concept de PPP en Suisse


Si l’on en croit la « Public Finance Initiative » (PFI) en Grande-Bretagne, les PPP sont
souvent considérés en Suisse comme des initiatives financières privées portant sur des
projets d’infrastructure. Mais les PPP sont plus que cela. Ils ont pour objet l’acquisition
de produits pour l’État et la réalisation conjointe du service public dans le cadre d’une
relation de partenariat axée sur le cycle de vie. 15 Même si la notion de PPP est encore
difficile à comprendre et à distinguer des autres options organisationnelles (comme
l’externalisation, la sous-traitance, le nouveau management public, la privatisation) 16,
on peut mentionner les principales caractéristiques suivantes des PPP : 17
- Un partenaire public et un partenaire privé au moins
- Objectifs mutuellement compatibles (ou complémentaires)
- Complexité / réel besoin de coordination
- Acquisition ou réalisation des tâches

9 PricewaterhouseCoopers et al., 2003: PPP im Hochbau, Gutachten im Auftrag des


Bundesministeriums für Verkehr, Bau- und Wohnungswesen (BMVBW); [Link];
Bertelsman Stiftung/Initiative D21 (dir.), 2003, Prozessleitfaden Public Private Partnership, Gütersloh/
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Kassel; Kommission der Europäischen Gemeinschaften, 2004, Grünbuch ([Link]).
10 En 2003, le déficit du gouvernement fédéral, des cantons et des municipalités s’élevait à environ
6,5 milliards de CHF (4,5 milliards d’euros) — l’année précédente, on relevait un excédent de 300
millions CHF (210 millions d’euros). Les dettes sont passées à 241 milliards CHF (170 milliards
d’euros). Pour 2005, on estime le déficit à 6,5 milliards CHF (4,5 milliards d’euros) et les dettes à
250 milliards CHF (175 milliards d’euros).
11 Étude de base, 8 sqq.
12 Plus d’informations dans l’étude de base, 299 sqq.; pour l’Allemagne, voir aussi Zerna, 2005, 31 sqq.
13 Grande-Bretagne : en moyenne, réduction des coûts de 17 % ; aux Pays-Bas : augmentation de
14 ou 30 % en valeur pour deux projets routiers ; Allemagne : gains en efficience dans l’ingénierie
structurale d’environ 15 % (étude de base, 6 sqq., 307 sqq.).
14 Étude de base, 9 f.
15 En revanche, la question relative aux tâches ou aux types de tâches que l’État doit accomplir ne fait
pas l’objet d’un débat dans le cadre des PPP ; le PPP est neutre à cet égard (étude de base, 4) ; voir
aussi Girmscheid/Dreyer, 2005a.
16 Étude de base, 21 sqq. ; à cet égard, voir aussi Lienhard/Ladner/Steiner/Balsiger/Buchser/Wichtermann,
2003, 2 sqq.
17 Étude de base, 17 sqq. (selon laquelle la prestation d’un service économique doit également être
une caractéristique essentielle) ; voir aussi Osborne Stephen P., 2003; Ferlie, E./Lynn L.E./Pollitt
Chr., 2005; Girmscheid/Dreyer, 2005/2005a; Lienhard, 2005a; à propos de la convergence des
interprétations suisse et allemande, voir Zerna, 2005, 7 sqq., 48 sqq.

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592 Revue Internationale des Sciences Administratives 72(4)

- Orientation à long terme (« cycle de vie »)


- Regroupement, utilisation et synergies des ressources publiques et privées
- Partage des risques
- Gains en efficience/efficacité

Ces caractéristiques mettent notamment l’accent sur le fait que les PPP ne se
limitent pas à l’acquisition : leur objet peut également porter sur l’accomplissement
de tâches proprement dit. De ce fait, on établit une distinction entre les PPP liés à
l’acquisition et les PPP liés à l’accomplissement de tâches 18 . Plusieurs combinaisons
sont concevables à cet égard : acquisition suivie d’un accomplissement de tâches (par
ex. dans la construction et l’exploitation d’un tunnel), accomplissement conjoint de
tâches avec acquisition intégrée (par ex. dans les entreprises mixtes) ou franchisage
(par ex. centrales hydro-électriques). Nous établirons dès lors des distinctions entre
les différents modèles de PPP :19
- Modèle de l’opérateur (planification, construction, financement, exploitation par
un propriétaire privé) 20
- Modèle de franchisage (réalisation d’une activité monopolisée par des entreprises
privées)
- Modèle de société (collaborations dans des institutions communes)

Les différents modèles illustrent les différentes intensités de coopération. Dans toutes
les combinaisons de PPP, cependant, la communauté responsable exige une nouvelle
culture : une culture de la confiance 21, de l’entente mutuelle et de l’apprentissage mutuel,
axée sur un objectif commun, lui-même axé sur le bien-être public et, par conséquent,
pas simplement économique. Étant donné que les partenaires qui collaborent dans le
cadre de formes/modèles d’exécution de projets traditionnels ont des habitudes plus ou
moins contradictoires et conflictuelles, la gestion de la coopération exige des modalités
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particulières afin de prévenir les comportements opportunistes. 22
L’idée du PPP se fonde sur une situation « win-win » : il convient de mesurer
soigneusement les avantages et les risques pour les autorités publiques, d’une
part, et les partenaires privés, d’autre part. Les facteurs suivants doivent être pris en
considération : 23

18 Étude de base, 15, en référence à Lienhard, 2004.


19 Étude de base, 27 sqq. ; voir aussi Osborne Stephen P., 2003; Ferlie, E./Lynn L.E./Pollitt Chr., 2005;
Girmscheid/Dreyer, 2005/2005a.
20 Dans la littérature allemande, les distinctions suivantes sont également évoquées : Modèle de
l’opérateur (planification des transferts d’État, financement, construction et exploitation d’un objet
par un opérateur privé uniquement), Modèle de gestion (en tant que propriétaire, l’État reste
l’exploitant après les phases de planification, de financement et de construction d’un objet, mais il
transfère la gestion à un partenaire privé), Modèle de transfert de gestion (similaire au modèle de
gestion, mais avec une plus grande maniabilité structurale) ; à cet égard, voir Zerna, 2005, 23 sqq.
(contient des références complémentaires).
21 L’étude de base met également l’accent sur cela, à juste titre, 19.
22 Girmscheid, 2005b; Girmscheid, 2006.
23 Étude de base, 53. sqq.

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Lienhard Les Partenariats Public Privé (PPP) en Suisse 593

Tableau 1 : Avantages et risques des projets de PPP

Avantages Risques
Pour les autorités publiques
Concours financier / gain en efficience Sélection du partenaire
Réalisation plus rapide des projets Engagement à long terme
Réalisation des tâches améliorée / aide Complexité
Amélioration de l’image Conflit d’intérêts / risques politiques
Pour le partenaire privé
Ouverture de nouveaux marchés Engagement à long terme / stabilité
Intérêt du partenaire du secteur public Long parcours avant la décision
Amélioration des chances de succès Concurrence alibi
Anticipation du rendement Intérêts divergents

L’ETH Zurich, en collaboration avec l’Association des Communes Suisses, développe


actuellement un concept de PPP multidimensionnel par répartition des risques.

2.3. Expériences pratiques


En Suisse, il existe une tradition en matière d’acquisition, ainsi que d’accomplissement
des tâches en coopération, alors que les PPP ne sont pas étudiés depuis longtemps.24
Les principaux exemples concernent les entreprises d’infrastructures franchisées
(comme les chemins de fer privés), les entreprises mixtes, les associations et fondations
utiles au public, la participation citoyenne (comme le bénévolat) et un marché des
achats d’une valeur de 25 milliards d’euros environ.
Ce n’est qu’au début de ce siècle que l’on a appelé « PPP » ces types de
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collaborations entre l’État et les entreprises privées, axées sur la prestation de
services publics, et que la littérature scientifique a commencé à en parler. 25 Parmi le
nombre impressionnant de projets apparus entre temps et contenant des éléments
manifestes de PPP 26 (qui comprennent des projets importants comme le Kultur- und
Kongresszentrum Luzern [KKL] 27, le Wankdorf Center Bern [Stade de Suisse] ou le
projet de gouvernement électronique eCH, ainsi que l’Expo 02 28), nous en choisissons
trois que nous présenterons ici en guise d’exemple : deux PPP globalement
réussis dans les domaines de la construction (Parkhaus AG) 29 et de la promotion

24 Étude de base, 66 sqq.


25 Étude de base, 67; voir références.
26 Pour un aperçu, voir l’étude de base, 333.
27 À cet égard, voir aussi Zerna, 2005, 43 f.
28 Selon le dernier rapport publié par le Contrôle fédéral des finances, l’exposition nationale Expo 01
ou, respectivement, 02, est considérée comme un PPP ayant échoué sur le plan organisationnel ;
même si l’Expo était considérée comme un succès total (à cet égard, voir le rapport d’évaluation
du Contrôle fédéral des finances [EKF], Expo.01/02: Un mandat à responsabilité illimitée, Étude
spéciale concernant l’exposition nationale au Pays des Trois-Lacs, mai 2005).
29 Étude de base, 335 sqq.

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594 Revue Internationale des Sciences Administratives 72(4)

et du développement de site (région du grand Zurich) 30, et un PPP qui a échoué


(Eurogate—la superstructure de gare ferroviaire de Zurich) 31.

Tableau 2 : Parkhaus AG Zürich

Description/ – La société Parkhaus AG a reçu la franchise pour


Principales concevoir, planifier, construire et exploiter un parking
caractéristiques public souterrain de 500 places.
Partenaire – Ville de Zürich
– Commerces de détail, sociétés de service, banques,
particuliers
Organisation – La ville détient la franchise (80 ans ; redevance de
franchisage)
– Les entreprises privées sont regroupées dans Parkhaus
AG (droits de stationnement)
– Financement extérieur de banques
– Total Enterprise AG (construction)
Expériences positives – Réalisation d’une évaluation détaillée des risques
Expériences négatives – Aucune connue

Tableau 3 : Région du grand Zurich (RGZ)

Description/ – Promotion et marketing de la zone commerciale de


Principales Zurich
caractéristiques – En particulier, sensibilisation au niveau européen,
acquisition par des entreprises étrangères et assistance
dans les évaluations des sites
Partenaire – Cantons de Glarus, Graubünden, Schaffhausen, Schwyz,
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Solothurn et Zurich, ainsi que les villes de Zurich et
Winterthur
– ABB (Schweiz) AG, Allreal Holding AG, CS Group,
Niederer Kraft & Frey Rechtsanwälte, Karl Steiner AG,
Swiss Re Group, UBS, Zschokke Holding AG, Zürcher
Kantonalbank, Graubündner Kantonalbank, Zurich
Financial Services
Organisation – Fondation avec les membres susmentionnés
– Greater Zurich Area AG (GZA AG) avec la fondation en
tant qu’unique actionnaire aux fins de responsabilité
opérationnelle pour le marketing du site
Expériences positives – Coopération étroite avec le développement économique
– Répartition judicieuse des opportunités et des risques
– Culture productive des groupes associés
Expériences négatives – Attribution des tâches complexe

30 Étude de base, 358 sqq.; voir aussi Zerna, 2005, 41 f.


31 Étude de base, 376 sqq.

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Lienhard Les Partenariats Public Privé (PPP) en Suisse 595

Tableau 4 : Superstructure de gare ferroviaire à Zurich

Description/ – Superstructure couvrant l’ensemble de la zone ferroviaire


Principales de la principale gare de Zurich avec une utilisation
caractéristiques multifonctionnelle
– Expansion de la gare ferroviaire
Partenaire – SBB AG, ville de Zurich
– Investisseurs privés et contractants privés
Organisation – Marché à la complexité difficile à dépasser
Expériences positives – Répartition des risques
Expériences – Échec après plus de 30 années de développement
négatives – Projet extrêmement complexe
– Conflit d’intérêts
– Plusieurs interruptions dans la planification / projet
retardé en raison de plaintes
– Plusieurs changements d’investisseurs
– Absence de recettes anticipées

Il convient de commencer par analyser les différentes expériences et de les rattacher


aux conclusions issues de l’étranger ainsi qu’aux innovations conceptuelles. On peut
en déduire que les principaux facteurs suivants influencent la réussite des projets de
PPP concrets : 32
- sélection du partenaire : définition conjointe des objectifs et des conditions de
base, mécanismes d’incitation
- réflexion axée sur le processus/procédures standardisées : transparence, confian-
ce, réduction des risques, contrôles
- étude de faisabilité du PPP/preuves de la faisabilité économique/évaluation des
risques/comparaison des variantes : point de vue de l’État et point de vue du
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secteur privé de l’économie
- participation rapide du niveau politique (par ex. sous forme d’une décision straté-
gique)/garantie du contrôle politique

2.4. Aspects économiques et financiers


L’avantage économique du PPP est essentiel tant du point de vue de l’État que des
entreprises privées participantes. Nous établissons une distinction entre l’avantage
commercial et l’avantage axé sur le bien-être public. L’on constate que le fait d’opter pour
un PPP ne repose pas uniquement sur l’augmentation possible des bénéfices, mais plutôt
sur l’intérêt public (préparation et accomplissement plus efficaces des services).33
Sur le plan financier, il est vrai qu’en Suisse, l’État peut généralement obtenir
des capitaux à des conditions plus favorables 34 que les entreprises privées. Le
financement des projets par les seules entreprises privées devient par conséquent
en général coûteux. Cette tendance est encore renforcée par les impôts que
32 Étude de base, 35 sqq.; informations sur l’évolution, 41 sqq.
33 Étude de base, 125 sqq.
34 Ce qui est cependant de plus en plus déterminé par le niveau de capacité de paiement attribué à
l’institution publique concernée.

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596 Revue Internationale des Sciences Administratives 72(4)

doivent payer les entreprises privées. 35 Dans le calcul global, cependant, les gains
en efficience, la répartition des risques, la vitesse de réalisation, les incitants privés
et les autres avantages des PPP doivent également être pris en compte, dès lors
que tous ces éléments compensent les coûts de financement plus élevés. 36
Ces aspects économiques et financiers doivent être examinés de façon
ponctuelle dans le cadre d’études de faisabilité des PPP standardisées (critères
de l’étude : objet et contenu de la réalisation, répartition des risques, volume du
projet, nature des intérêts concernés, mécanisme de compensation), ainsi que de
comparaisons des variantes économiques (calcul de l’acquisition/accomplissement
des tâches par le PPP et par une forme conventionnelle). 37

2.5. Aspects juridiques liés au système politique suisse


En ce qui concerne les aspects juridiques, l’on peut affirmer, d’une manière générale,
que les projets de PPP sont généralement permis en Suisse lorsque certaines
conditions préalables sont remplies. 38
Le premier élément à mentionner concerne la sauvegarde des droits
démocratiques de participation, qui sont particulièrement développés en Suisse.
Il existe ainsi un référendum obligatoire à tout niveau fédéral et, dans les cantons
ainsi que dans les municipalités, un référendum financier. 39 Cet élément est
important pour les raisons suivantes : dans la mesure où des entreprises privées
participent à l’accomplissement de tâches, des formes organisationnelles (mixes)
particulières sont créées et/ou d’importantes participations gouvernementales
sont prévues lorsqu’une loi officielle s’avère nécessaire en raison du principe de
légalité 40. Par ailleurs, les dépenses nécessaires aux importantes acquisitions
d’infrastructures dépassent souvent la limite du référendum financier et nécessitent
dès lors une révision du projet appropriée dans la proposition. Pour pouvoir mettre
en œuvre un projet de PPP, les électeurs doivent dès lors souvent se rendre deux
fois aux urnes. 41 Un contrôle politique approprié doit cependant aussi être assuré
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dans le cadre de la mise en œuvre des projets de PPP (supervision ou contrôle
indirect). Ce contrôle s’ajoute à la direction menée au niveau opérationnel (gestion
du contrat et du rendement, rapports, évaluations). 42
Il est en outre incontestable que les acteurs privés sont eux aussi tenus d’observer
les lois fondamentales et les principes des transactions constitutionnelles dans
l’accomplissement des tâches publiques. 43 Il en va de même en matière de
responsabilité (loi sur la responsabilité publique). 44

35 Concernant les aspects liés au droit fiscal, voir 2.5 plus loin.
36 Étude de base, 113, 170 sqq.
37 Étude de base, 130 sqq.
38 Étude de base, 115.
39 Étude de base, 39 sqq., 116, 222 f.
40 Étude de base, 218 sqq.; voir art. 5, para. 1, de la Constitution fédérale de la Confédération suisse du 18
avril 1999 (BV, SR 101) ainsi que, au niveau national, l’art. 164, para. 1, Prov. g et l’art. 178, para. 3 BV.
41 Étude de base, 117, 219 f.
42 À cet égard, voir Étude de base, 165 sqq., 220.
43 Concernant les lois fondamentales, voir art. 35, para. 2 BV.
44 Étude de base, 221.

4è [Link] 596 22/12/06 11:51:29


Lienhard Les Partenariats Public Privé (PPP) en Suisse 597

Dans les lois sur les finances et les subventions, aucune règle particulière ne porte
sur les PPP, par exemple en ce qui concerne l’acceptation de financements émanant
d’entreprises privées, le traitement de la loi sur les crédits, la transparence/responsabi-
lité pour les engagements à long terme et la réalisation en tant que type de subven-
tion. 45 Reste que même si aucune réglementation n’existe explicitement en Suisse,
dans la planification des projets dont la mise en œuvre est surveillée au moyen d’un
PPP, selon moi, on peut trouver une obligation adaptée dans les règles qui existent
déjà dans la loi constitutionnelle 46 et qui ont été concrétisées 47 dans les lois sur les
finances. Il s’agit d’utiliser les ressources gouvernementales conformément au budget.
Pour les solutions de PPP dans le domaine des transports, l’interdiction de taxation
des routes 48, qui existe au niveau constitutionnel, est un obstacle supplémentaire. 49
On retrouve également des pierres d’achoppement juridiques dans la loi sur les
marchés publics. Celle-ci n’est pas axée sur une approche du cycle de vie, qui regrou-
pe les différentes phases de l’acquisition (idée, projection/planification, construction/
financement, exploitation). On constate par ailleurs un vide juridique en matière d’ac-
complissement des tâches par les PPP, dans la mesure où le champ d’application de
la loi sur les marchés publics se limite essentiellement aux prestations, aux services et
aux bâtiments. Dans ce domaine, le public joue le rôle de consommateur de services.
Lorsque les tâches sont déléguées (conformément à la pratique suisse, par le biais
de franchises également 50 ), les tiers, en revanche, sont des bénéficiaires directs.
C’est la raison pour laquelle la délégation des tâches représente dans l’ensemble
une absence d’attribution (de marchés) sur le plan de la loi sur les marchés publics.
51 Il existe une application similaire en ce qui concerne la sélection des partenaires

du PPP – un élément qui, malheureusement, ne relève pas de la loi sur les marchés
publics classique. La possibilité d’adapter les syndicats de soumissionnaires et l’objet
de la soumission, de même que la création d’éléments exceptionnels en matière de
participation préalable, s’avèrent également des éléments nécessaires dans le droit
de demain. Ces lacunes au niveau de la réglementation seront prises en compte
(conformément également à certaines tendances au sein de l’UE) 52 dans le cadre de
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l’actuelle révision de la loi fédérale sur les marchés publics 53, ainsi que dans les lois sur
les marchés publics des cantons et des municipalités. 54Enfin, il convient également
de mentionner les lacunes du droit fiscal, en particulier en ce qui concerne les impôts
sur les bénéfices et le capital des entreprises privées chargées d’exécuter des tâches
publiques (exonération fiscale correspondante) ainsi que l’obligation de taxe sur la
valeur ajoutée pour le public (simplification). 55
45 Étude de base, 116, 209, 219, 222 sqq.
46 Voir notamment l’art. 126 BV.
47 Voir l’art. 2 de la loi fédérale du 6 octobre 1989 sur les finances de la Confédération (Loi sur les
finances, SR 611.0).
48 Art. 82 BV.
49 Étude de base, 116.
50 La situation est différente dans la législation de l’UE (cf. Étude de base, 280).
51 À cet égard, voir aussi Lienhard/Ladner/Steiner/Balsiger/Buchser/Wichtermann, 2003, 95 sqq.
52 À cet égard, voir étude de base, 278 sqq.
53 Loi fédérale du 16 décembre 1995 sur les marchés publics (BoeB, SR 943.02).
54 Étude de base, 115 f., 253 sqq.
55 Étude de base, 117, 282 sqq.

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598 Revue Internationale des Sciences Administratives 72(4)

Compte tenu de ces impasses juridiques, l’idée d’adopter une « loi sur l’ac-
célération des PPP » 56 ou une loi sur la collaboration en matière de gestion 57,
dans lesquelles on pourrait optimiser les cadres juridiques propres aux PPP, est
également envisagée en Suisse. Selon une opinion répandue, la Suisse devrait
d’abord acquérir une expérience supplémentaire au moyen de « projets pilotes »
et la nécessité des nouvelles règles doit être déterminée avec plus de précision. Par
conséquent, pour l’instant, on ne dispose que de la législation sur les PPP en ce qui
concerne les projets concrets (loi spéciale). 58
Dans la mise en œuvre des projets de PPP, il convient d’accorder un grand soin à la
structuration des contrats. 59 Les éléments suivants sont considérés comme essen-
tiels dans les contrats (étant donné l’absence de contrat PPP réglementé par la loi) 60,
relatifs aux liens juridiques privés ou publics 61 qui doivent être structurés : 62
- Accord de base – accords individuels
- Phases du projet/calendrier
- Description de la mise en œuvre et garanties liées à la mise en œuvre
- Organisation
- Financement/rémunération/risque d’insolvabilité
- Durée, bonne exécution, résiliation anticipée
- Mécanismes d’adaptation/conséquences en cas de modification des principes
juridiques
- Normes obligatoires générales (par ex. assurance, information)
- Droits de propriété/loi sur les biens immatériels
- Impôts/droits
- Mécanismes de règlement des différends/traitement des préjudices
- Dispositions finales (par ex. clause de résiliation, législation applicable)
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La protection de la confiance du public et de l’inventaire constituent dès lors des
piliers de toute structuration de contrat PPP 63 — et sont la conséquence logique de
la culture de PPP 64.

56 Cf. pour l’Allemagne la déclaration gouvernementale du Chancelier du 17 mars 2005.


57 En Allemagne, on se penche actuellement sur la question de savoir si une législation cadre en
ma-tière de PPP est nécessaire (loi sur la coopération administrative). Plus particulièrement, on se
de-mande si, et dans quelle mesure, les dispositions en matière de marchés dans le cadre du droit
public (art. 54 - 62 VwVG [loi sur la procédure administrative]) peuvent encore rendre justice aux
nouvelles exigences.
58 Étude de base, 117 sqq.
59 Étude de base, 226 sqq.
60 Les accords de PPP sont des contrats innomés, qui peuvent contenir des éléments issus de plu-
sieurs accords (par ex. contrat de travail, contrat de location, leasing, etc.).
61 En ce qui concerne les critères, voir étude de base, 216 sqq.
62 Étude de base, 235 sqq. (voir aussi « Checklist » 396 sqq.).
63 Étude de base, 233.
64 Voir point précédent 2.2.

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Lienhard Les Partenariats Public Privé (PPP) en Suisse 599

2.6. Potentiel des PPP en Suisse


En dépit des questions restées partiellement sans réponse et des risques connus, les
PPP sont considérés comme présentant un grand potentiel dans divers domaines
politiques. Ceux-ci comprennent actuellement l’ingénierie structurale (par ex. les
bâtiments administratifs et les écoles). Les possibilités de développement doivent
également être examinées à la lumière des efforts visant à améliorer l’efficience et de
la professionnalisation de la gestion de la propriété publique (gestion d’installations).
Une importance particulière (connaissance des coûts, mécanismes d’incitation) est
accordée à l’approche du cycle de vie, qui comprend l’exploitation d’un bâtiment
construit. Dans de nombreux cas, la propriété du bâtiment peut également appartenir
à des entreprises privées. 65
Un autre domaine dans lequel les PPP présentent un potentiel majeur est celui
des transports (routiers et ferroviaires), où la construction, l’exploitation et l’entre-
tien des installations de transport (comme les tunnels routiers ou les tramways)
se situent au premier plan. 66 En ce qui concerne les obstacles dans ce domaine,
cependant, il convient de mentionner l’interdiction de taxation des routes mention-
née plus haut. 67, 68
On attribue un potentiel encore plus grand aux PPP dans le domaine de la
promotion des sites et du développement des sites. Dans ce domaine, la colla-
boration entre les secteurs public et privé peut s’appuyer sur une longue tradition.
Parallèlement à cela, étant donné l’accroissement de la concurrence des sites en
général, de même que dans la politique régionale et des agglomérations, en parti-
culier, il existe une demande en souffrance, à laquelle la participation conjointe de
l’État et des entreprises privées pourrait répondre de façon satisfaisante. 69 À cet
égard, il convient par ailleurs de mentionner les avantages des partenariats basés
sur le droit public dans le cadre de la coopération au développement — à savoir en
vue d’améliorer les infrastructures des pays en développement 70
Le gouvernement électronique constitue le quatrième domaine présentant un
potentiel pour les PPP. Si l’objectif du gouvernement électronique est de rendre
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l’administration plus attrayante pour les entreprises privées (par ex. portails, acces-
sibilité 24h/24, échange de données), alors les sociétés privées spécialisées sont
prédestinées à être intégrées dans le processus de prestation de services. 71
Les autres domaines qui présentent un potentiel considérable pour les PPP
sont les suivants : l’enseignement (non seulement en ce qui concerne l’ingénierie
structurale, mais aussi les collaborations dans la recherche 72), la culture (par ex.
fondations culturelles avec actionnaires publics et privés), le sport (notamment
en utilisant les deniers publics pour soutenir des institutions privées), la logistique
militaire (acquisition dans le secteur privé et activités opérationnelles), la santé et les
65 Étude de base, 71 sqq.
66 Dans ce contexte, il convient également de mentionner le projet de recherche de l’ASTRA/VSS/
ETH intitulé « Public Service PPP – Street Maintenance in Cities ».
67 Art. 82 BV.
68 Étude de base, 78 sqq.
69 Étude de base, 84 sqq.
70 À cet égard, voir, par exemple, Graber, 2003.
71 Étude de base, 90 sqq.
72 À cet égard, voir Lienhard, 2005a.

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600 Revue Internationale des Sciences Administratives 72(4)

politiques sociales (notamment en ce qui concerne la construction et l’exploitation


des maisons de repos), le système carcéral (compte tenu de la sensibilité nécessaire
dans ce domaine, l’inclusion d’entreprises privées est soumise à certaines limites),
ainsi que la fourniture et l’élimination des déchets (planification, construction,
financement et exploitation des installations concernées). 73

2.7. Réseau de compétences en PPP en vue de la mise en œuvre


Si l’on veut que les PPP passent à la vitesse supérieure en Suisse, des efforts
considérables s’imposent. L’option choisie pour la préparation de l’étude de base,
de même que l’économie, la politique, l’administration et la science, comparables
à un PPP proprement dit, va sans doute sensibiliser les gens à la question, en
coordonnant et en concentrant les connaissances, en lançant des projets, en offrant
une aide concrète et en étudiant des questions restées sans réponse. Si l’on veut
donner à ces tentatives plus de chances de réussir, il convient d’institutionnaliser
un réseau de compétences en PPP en Suisse, composé des principales autorités
issues des gouvernements fédéral, cantonaux et municipaux (notamment dans
les domaines des finances, de la construction, des transports, de la promotion du
développement économique), de partenaires privés potentiels (banques, secteur
de la construction, entreprises de consultance) et de la communauté scientifique. La
fonction catalytique des centres de compétences en PPP dans les autres pays (com
me en Allemagne 74, en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas) a déjà pu enregistrer des
succès considérables. 75
Le réseau de compétences (Verein PPP Schweiz), qui a depuis lors pris la forme
d’une association, participe notamment aux tâches suivantes 76 :
- faire des discours, organiser des conversations et des entretiens, promouvoir
l’échange de connaissances théoriques et d’expérience ainsi que, par exemple,
promouvoir les consultations au sein de la législature ;
- soutenir les projets pilotes ;
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- contribuer à la réduction des coûts de démarrage et de transaction, et examiner
la pertinence des projets de PPP ;
- assurer la formulation de méthodes standardisées adaptées à la Suisse ;
- faire intervenir tous les niveaux du fédéral, ainsi que le monde universitaire ;
- tenir un site Internet et un portail de connaissances ; 77

- soutenir l’organisation de conférences sur les PPP.

L’association collabore avec les autorités publiques, des entreprises privées et


des entreprises de droit public, ainsi qu’avec des organisations et des particuliers
s’intéressant aux PPP soit dans le domaine pratique, soit dans le contexte académique.

73 Étude de base, 94 sqq.


74 Gouvernement fédéral et États.
75 Étude de base, 118 sqq.; voir aussi Zerna, 2005, 29 sqq.
76 Art. 2 des articles de l’Association en faveur d’un réseau de compétences en partenariats public-
privé en Suisse (Verein PPP Schweiz).
77 [Link]/

4è [Link] 600 22/12/06 11:51:30


Lienhard Les Partenariats Public Privé (PPP) en Suisse 601

Elle est en mesure de soutenir l’innovation dans les PPP et gère un réseau d’experts
et de groupes spécialisés.

3. Synthèse
L’État moderne est davantage un État garant qu’un État de services. De plus en plus
souvent, il accomplit des tâches qui ne relèvent pas de ses fonctions principales en
collaboration avec des entreprises privées. Outre l’externalisation et les autres types
de délégation, comme la sous-traitance, la préparation et la réalisation des tâches
en collaboration sous forme de Partenariats Public Privé (PPP) gagne en importance
en Suisse, conformément à la tendance internationale. Dans une certaine mesure, on
peut considérer les PPP comme une troisième voie entre les réformes administratives
(NMP) et la privatisation totale. Un changement culturel est lié à cela. Celui-ci est
caractérisé par une relation de confiance mutuelle entre les secteurs public et privé,
ainsi que par une meilleure compréhension économique de l’État, d’une part, et un
plus grand intérêt accordé à l’intérêt commun de la part des entreprises privées,
d’autre part.
En Suisse, en dépit et en raison de la tradition qui existe en matière de
collaborations publiques, et compte tenu des déficits budgétaires et des pressions
connexes en matière de coûts et d’efficience, les PPP présentent un grand potentiel.
Ce potentiel concerne essentiellement les domaines des bâtiments/bureaux
administratifs, des infrastructures, du développement de sites et du gouvernement
électronique. Le PPP n’est pas seulement une alternative sur le plan financier
ou des marchés ; il comprend également de véritables partenariats axés sur
l’accomplissement de tâches publiques.
Les expériences en Suisse et à l’étranger révèlent que le succès des projets de
PPP est déterminé par une série de facteurs importants, comme la standardisation
des procédures d’analyse de la faisabilité des PPP (catalogue de critères, étude de
faisabilité du PPP, évaluation de la faisabilité économique, évaluation des risques),
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ainsi que la gestion d’un PPP (recherche/sélection de partenariats, structuration des
contrats/mécanismes de règlement des différents, contrôles, résiliation). Différentes
conditions juridiques de base doivent par ailleurs être améliorées (notamment
dans la législation sur les marchés publics et les finances). Des valeurs juridiques
gouvernementales et administratives de base, comme le droit à la participation
démocratique (directe), les droits fondamentaux, le principe de la légalité et
d’autres principes constitutionnels, d’autre part, s’appliquent également tels quels
aux projets de PPP, tant pour l’État que pour les entreprises privées chargées de
l’accomplissement de tâches publiques.
Un degré élevé de participation politique est nécessaire si l’on veut réaliser
le potentiel des PPP. Afin de sensibiliser le public comme il se doit, d’apporter un
soutien aux projets concrets et de répondre aux questions restées sans réponse,
l’on propose la création d’un réseau de compétences interdisciplinaire.

4è [Link] 601 22/12/06 11:51:30


602 Revue Internationale des Sciences Administratives 72(4)

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