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Trace écrite : travail de la séance 1.
La colonisation obéit principalement à des motivations de politique nationale. En France,
la IIIème République a en effet connu une installation difficile face à la menace des oppositions
royaliste et bonapartiste. Le régime, qui a signé l’armistice de 1871 débouchant sur la perte de
l’Alsace et d’une partie de la Lorraine, voit alors dans la colonisation l’un des moyens de se
renforcer. Une intense propagande républicaine, par exemple lors des expositions coloniales,
comme à Marseille en 1906 est menée pour convaincre l’opinion publique.
Dans un contexte de concurrence entre les pays européens, la colonisation obéit
également à une logique impérialiste, et doit pour Jules Ferry, permettre de faire à nouveau de
la France une grande puissance internationale capable d’étendre sa domination politique,
militaire, économique et culturelle sur des peuples et territoires nouveaux. À partir des années
1880, la IIIème République multiplie les conquêtes pour placer la France au deuxième rang des
puissances coloniales après le Royaume-Uni. Les ambitions de la France se concentrent
particulièrement sur deux grands axes, l’Afrique et l’Asie. Le littoral méditerranéen est une priorité
pour la France qui contrôle l’Algérie est contrôlée dès 1848, puis la Tunisie en 1881 et le Maroc
en 1912. Les possessions d’Afrique subsaharienne, sont réunies en deux ensembles, l’Afrique-
Equatoriale Française 1895 et l’Afrique-Occidentale Française en 1910. En Asie, la fondation de
l’Union indochinoise en 1887 traduit la prise de contrôle sur toute la péninsule. La politique de
colonisation traduit cependant la rivalité avec les autres puissances européennes, en particulier
l’Angleterre et l’Allemagne. La conférence de Berlin est organisée en 1885 pour réduire les risques
d’affrontement et aboutit à un partage de l’Afrique. Cependant, des tensions épisodiques
émergent, comme à Fachoda en 1898, entre la France et l’Angleterre mais ces événements ne
déstabilisent pas durablement les relations internationales : après Fachoda, la France et
l’Angleterre signent l’Entente cordiale et c’est le soutien de l’Angleterre qui permet à la France
d’établir sa domination sur le Maroc malgré l’opposition allemande.
Pour justifier la colonisation, les républicains mettent en avant ses avantages pour
l’économie française. Alors que la France comme l’Europe s’industrialise, les colonies disposent
de ressources abondantes : les matières premières agricoles sont particulièrement recherchées,
comme le caoutchouc qui est tiré de l’hévéa. Les colonies présentent également de nouveaux
marchés pour les productions françaises : 40% des outils produits en France sont exportés dans
les colonies en 1913 ; alors que la canne à sucre est intégralement cultivée dans les colonies, le
sucre raffiné en France est ré-exporté à 70% en 1913.
La colonisation est justifiée par des arguments humanitaires. Ainsi, elle est présentée le
parti colonial, c’est-à-dire les partisans de la colonisation, considère que la France a une mission
civilisatrice, un devoir envers des peuples jugés inférieurs. Cette idée s’appuie sur les sciences du
XVIIIème siècle qui avait défini et classé des races humaines en fonction de leur degré de
développement. La France comme les autres métropoles justifient leur domination par la
construction d’infrastructures, notamment d’écoles et d’hôpitaux. Malgré l’adoption de la loi de
séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905, la IIIème République cautionne également l’envoi de
missionnaires chrétiens dans les colonies.
Dans ce contexte, les critiques de la colonisation sont rares avant 1914, et même les
socialistes comme Jaurès ne remettent pas en cause le principe de la colonisation tout en mettant
en cause l’emploi de la force contre les populations indigènes. Les principaux débats portent
essentiellement sur la priorité que certains comme Clemenceau souhaiteraient donner à la
concurrence en Europe, notamment avec l’Allemagne.
Séance 2 : Analyse de deux documents.
a- Discours de Jules Ferry.
Chef du gouvernement et ministre des Affaires étrangères jusqu’en mars, il est alors redevenu
députés.
« Messieurs, […] il y a, je crois, quelque intérêt à résumer et à condenser, sous forme d'arguments,
les principes, les mobiles, les intérêts divers qui justifient la politique d'expansion coloniale, bien
entendu, sage, modérée et ne perdant jamais de vue les grands intérêts continentaux qui sont les
premiers intérêts de ce pays. […] je disais qu'on pouvait rattacher ce système à trois ordres d'idées
; à des idées économiques, à des idées de civilisation de la plus haute portée et à des idées
d'ordre politique et patriotique.
Sur le terrain économique, je me suis permis de placer devant vous, en les appuyant de quelques
chiffres, les considérations qui justifient la politique d'expansion coloniale au point de vue de ce
besoin de plus en plus impérieusement senti par les populations industrielles de l'Europe et
particulièrement de notre riche et laborieux pays de France, le besoin de débouchés. […] Oui, ce
qui manque à notre grande industrie, …] ce qui lui manque de plus en plus ce sont les débouchés.
[…]
Messieurs, il y a un second point, un second ordre d'idées que je dois également aborder, le plus
rapidement possible, croyez-le bien : c'est le côté humanitaire et civilisateur de la question. […] Il
faut parler plus haut et plus vrai ! il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un
droit vis-à-vis des races inférieures […] parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de
civiliser les races inférieures […]. Ces devoirs, messieurs, ont été souvent méconnus dans l'histoire
des siècles précédents […] mais, de nos jours, je soutiens que les nations européennes s'acquit-
tent avec largeur, avec grandeur et honnêteté, de ce devoir supérieur de civilisation. […]
Il est ensuite […] un troisième [point], plus délicat, plus grave, et sur lequel je vous demande la
permission de m'expliquer en toute franchise. C'est le côté politique de la question. […]
Messieurs, dans l'Europe telle qu'elle est faite, dans cette concurrence de tant de rivaux que nous
voyons grandir autour de nous, […] la politique de recueillement ou d'abstention, c'est tout
simplement le grand chemin de la décadence ! […] Rayonner sans agir, sans se mêler aux affaires
du monde, en se tenant à l'écart de toutes les combinaisons européennes, en regardant comme
un piège, comme une aventure, toute expansion vers l'Afrique ou vers l'Orient, vivre de cette
sorte, pour une grande nation, croyez-le bien, c'est abdiquer, et dans un temps plus court que
vous ne pouvez le croire, c'est descendre du premier rang au troisième ou au quatrième. […] Il
faut que notre pays se mette en mesure de faire ce que font tous les autres, et, puisque la politique
d'expansion coloniale est le mobile général qui emporte à l'heure qu'il est toutes les puissances
européennes, il faut qu'il en prenne son parti. »
Discours à la Chambre des Députés, 28 juillet 1885.
b- Couverture de cahier scolaire.
D’après une gravure de Daschler, 1900.
Séance 3 : Analyse de deux textes.
a- Extrait de Notre France d’Extrême-Orient, Duc de Montpensier, 1912.
« Lors de notre arrivée en Indo-Chine, les moyens de communication intérieurs se réduisaient à
des routes plus ou moins bien entretenues et à la navigation par sampans. Notre oeuvre dans la
colonie a été marquée à ce point de vue par la construction de nouvelles routes et par
l'introduction dans le pays de nombreux moyens de communication empruntant à la vapeur ou à
l'électricité leur force de propulsion : chaloupes, chemins de fer, tramways, automobiles. Il faut
ajouter même à cette énumération l'aéroplane qui commence à évoluer déjà au-dessus des
centres. […]
Saïgon, la capitale de la Cochinchine et même de toute l'Indo-Chine, pourrait-on dire, avec son
port de commerce et son port de guerre, avec ses édifices publics : le palais du Gouverneur,
l'arsenal, l'hôpital maritime, la cathédrale, le palais de Justice, le théâtre, son musée commercial,
son hôtel des Postes, ses collèges d'Adran et de Chasseloup-Laubat, ses habitations commodes
et salubres, ses rues bien entretenues et bien arrosées, Saïgon peut supporter la comparaison
avec n'importe quelle grande ville de France et aucune n'est à même de présenter un cachet
d'originalité aussi pénétrant que la grande cité cochinchinoise, car on n'y trouve pas cette
collection invraisemblable de boutiques indigènes, de comptoirs, d'étalages multicolores qui
donne à Saïgon cette physionomie exotique et charmante. […]
L'Annamite est patient, habile et de tempérament industrieux, son pays est riche en produits de
toutes sortes et autour de lui vivent des peuples qui lui demandent les denrées qui leur manquent.
De tout temps, il a existé en Indo-Chine de nombreuses industries et un mouvement d'échanges
très actif. Notre arrivée n'a pas manqué de stimuler ces dispositions naturelles, d'y susciter des
industries nouvelles et d'y accélérer le mouvement commercial. »
Notre France d’Extrême-Orient, Duc de Montpensier, Librairie académique Perrin, Paris 1912.
b- Article de Pierre BROCHEUX.
« En 1897, le gouverneur général Paul Doumer créa les structures administratives de l'Indochine:
un véritable État colonial, […], doté d'un budget général afin que la colonie ne pèse plus sur les
finances de la métropole. A cette fin, Doumer organisa un système de prélèvement fiscal lourd et
impopulaire. Par ailleurs, l'administration s'arrogea le monopole du commerce de l'opium, du sel
et de l'alcool de riz. L'Indochine était une colonie d'exploitation et non de peuplement : la « mise
en valeur » des ressources du pays débuta dès la conquête. […] L'État et les sociétés capitalistes
jouèrent des rôles complémentaires dans cette œuvre d'exploitation économique. La puissante
Banque d'Indochine (BIC) fondée en 1875 devint l'interlocutrice obligée du gouvernement
général ; elle contrôla de fait l'économie indochinoise. […] Les transports et les voies de
communication, essentiels à l'expansion de l'économie coloniale, bénéficièrent d'une attention
particulière de l'État. Saigon devint bientôt un grand port d'Extrême-Orient qui prit place au 6e
rang des ports français en 1937 ; […] Dès le début du siècle, le gouvernement s'attacha à créer
les conditions d'une « gestion scientifique de l'empire ». Ce fut Paul Doumer qui imagina le cadre
institutionnel destiné à « organiser une production plus intensive et rationnelle ». […] L'économie
indochinoise était donc coloniale, au sens où elle produisait des matières premières et des
denrées agricoles pour l'exportation. […] L'œuvre accomplie dans le domaine économique - «
Civiliser les peuples aujourd'hui signifie leur enseigner comment travailler pour gagner et
dépenser de l'argent, pour échanger 1 » -, mais aussi sur le plan de la santé, de l'éducation,
justifiait aux yeux des Français la domination coloniale.
[…] Une élite locale, en majorité des Vietnamiens et des citadins, émergea. […] Mais les enfants
de l'œuvre civilisatrice se voyaient refuser l'égalité de statut et de traitement avec les Français.
[…] Dans cette société coloniale, la minorité européenne occupait le sommet de la hiérarchie.
Plus que la fortune, l'appartenance raciale déterminait le statut social. Ajoutons à cela que la
situation des paysans se dégrada durant la période coloniale. L'endettement et l'absence de titres
de propriété favorisèrent l'accaparement des terres par les propriétaires les plus riches et les
marchands, et le nombre des paysans sans terre alla en croissant. »
1
Citation du président de la Chambre de commerce de Lyon, en 1901.
« Le cœur actif de l’Indochine », Pierre BROCHEUX, in Les Collections de l’Histoire numéro
62, janvier-mars 2014.
Séance 4 : exemple de corrigé de la confrontation de deux textes (bilan séance 3).
TEXTE CONTEMPORAIN TEXTE ACTUEL
L’exploitation « Notre œuvre dans la colonie a été La colonie est «doté[e] d'un budget général afin que la colonie ne pèse plus sur
économique des colonies marquée à ce point de vue par la les finances de la métropole. A cette fin, Doumer organisa un système de
s’accompagne de la construction de nouvelles routes et par prélèvement fiscal lourd et impopulaire. Par ailleurs, l'administration s'arrogea
construction l'introduction dans le pays de nombreux le monopole du commerce de l'opium, du sel et de l'alcool de riz. L'Indochine
d’infrastructures. moyens de communication empruntant à était une colonie d'exploitation »
la vapeur ou à l'électricité leur force de « L'économie indochinoise était donc coloniale, au sens où elle produisait des
propulsion » matières premières et des denrées agricoles pour l'exportation. »
« De tout temps, il a existé en Indo-Chine « Les transports et les voies de communication, essentiels à l'expansion de
de nombreuses industries et un l'économie coloniale, bénéficièrent d'une attention particulière de l'État. Saigon
mouvement d'échanges très actif. Notre devint bientôt un grand port d'Extrême-Orient »
arrivée n'a pas manqué de stimuler ces
dispositions naturelles, d'y susciter des
industries nouvelles et d'y accélérer le
mouvement commercial. »
La France met en place « Saigon, la capitale de la Cochinchine et « En 1897, le gouverneur général Paul Doumer créa les structures
une administration même de toute l'Indo-Chine, pourrait-on administratives de l'Indochine : un véritable État colonial »
coloniale. dire, […] avec ses édifices publics : le
palais du Gouverneur […] »
Une société coloniale « L'Annamite est patient, habile et de « Une élite locale, en majorité des Vietnamiens et des citadins, émergea. […]
hiérarchisée se forme. tempérament industrieux » Mais les enfants de l'œuvre civilisatrice se voyaient refuser l'égalité de statut et
« Saigon peut supporter la comparaison de traitement avec les Français. […] Dans cette société coloniale, la minorité
avec n'importe quelle grande ville de européenne occupait le sommet de la hiérarchie. Plus que la fortune,
France et aucune n'est à même de l'appartenance raciale déterminait le statut social. »
présenter un cachet d'originalité aussi « la situation des paysans se dégrada durant la période coloniale. L'endettement
pénétrant que la grande cité et l'absence de titres de propriété favorisèrent l'accaparement des terres par les
cochinchinoise, car on n'y trouve pas propriétaires les plus riches et les marchands, et le nombre des paysans sans
cette collection invraisemblable de terre alla en croissant. »
boutiques indigènes, de comptoirs, « L'œuvre accomplie dans le domaine économique - « Civiliser les peuples
d'étalages multicolores qui donne à aujourd'hui signifie leur enseigner comment travailler pour gagner et dépenser
Saigon cette physionomie exotique et de l'argent, pour échanger 1 » -, mais aussi sur le plan de la santé, de l'éducation,
charmante. » justifiait aux yeux des Français la domination coloniale. »