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Lieux géométriques et cercles circonscrits

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Charles NYEMBO
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Lieux géométriques et cercles circonscrits

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Un bel exercice sur les lieux géométriques

Daniel PERRIN

1 Présentation
1.1 L’exercice
Un point E varie sur le cercle circonscrit à un triangle ABC. La droite
(AE) coupe (BC) en D. Quel est le lieu du centre I du cercle circonscrit au
triangle BDE ?

D
B
C

E
I

Figure 1 – L’exercice et le lieu fourni par Cabri

Dans tout ce qui suit, on appelle C le cercle circonscrit à ABC et Γ le


cercle circonscrit à BDE.

1
1.2 Les objectifs
Cet exercice présente plusieurs objectifs pédagogiques intéressants, no-
tamment pour les futurs professeurs.

1.2.1 Montrer l’efficacité des logiciels de géométrie pour conjec-


turer
Pour les problèmes de lieux, les logiciels de géométrie offrent une aide
considérable. Ici, l’expérience avec Cabri 1 montre immédiatement que le lieu
est une droite passant par B.

1.2.2 Élaborer une stratégie


La stratégie que nous utiliserons est de montrer que l’angle 2 α = IBD
\
est constant. Il y en a sans doute d’autres.

1.2.3 Montrer la multitude de possibilités tactiques


Pour mettre en œuvre la stratégie, il faut une idée, qui va se traduire
par un geste géométrique (une construction supplémentaire le plus souvent).
C’est l’un des charmes de la géométrie de nous obliger à faire travailler nos
cellules grises. Mais on verra que n’importe quelle idée ou presque, même
maladroite, mène à la solution, avec un peu d’obstination.

1.2.4 Mettre en évidence les difficultés


Dans le cas présent, mettre au point une démonstration rigoureuse n’est
pas facile.
• Tout d’abord, il y a de nombreux cas de figure et la preuve doit être
adaptée à chaque cas. Dans ce texte, nous commencerons toujours par don-
ner une idée de “preuve”, même si elle n’est pas inattaquable. Dans la phase
de recherche, le souci de rigueur doit être mis entre parenthèses sous peine
de paralyser l’investigation. Nous montrerons ensuite (mais pas dans toutes
les approches) comment on peut, si on le souhaite, rendre les preuves parfai-
tement rigoureuses.
• Autre problème de position : pour appliquer la stratégie évoquée ci-
dessus, il faut savoir de quel côté de (BC) = (BD) se situe le point I.
1. Ou tout autre logiciel de géométrie dynamique.
2. Le nommer est déjà un progrès important : cela va permettre de calculer avec un
nom plus court et détaché de l’angle initial.

2
• Une autre difficulté, commune aux problèmes de lieux, est la question de
la réciproque. Nous la passerons sous silence au début, montrant seulement
que I est sur une droite, mais nous y reviendrons.

1.2.5 Discuter la pertinence des outils


Nous avons souhaité ici utiliser essentiellement les outils du collège et
du lycée, bannissant donc a priori les angles orientés qui n’y sont plus en-
seignés. Cela étant, même le théorème de l’angle inscrit n’est pas – sous sa
forme utilisable – toujours bien énoncé dans les programmes. Le lecteur trou-
vera en annexe quelques preuves plus avancées utilisant les angles orientés.
Cet exercice est d’ailleurs une bonne motivation pour utiliser ces outils plus
sophistiqués, qui permettent d’éviter les nombreux cas de figure.

1.3 Les accessoires de l’outil angle


Lorsqu’on utilise les angles, il faut garder en tête les principaux moyens
qui permettent de les utiliser. Je les rappelle brièvement :
• Les notions de complémentaire et supplémentaire.
• La somme des angles du triangle.
• Les propriétés liées aux parallèles (angles alternes-internes, etc.).
• Le théorème de l’angle inscrit.
J’énonce ici ce dernier théorème (dans une version élémentaire sans angles
orientés) dans le cercle Γ et avec les notations de l’énoncé :
1.1 Théorème. Soit Γ un cercle de centre I et B, D, E trois points distincts
de Γ.
1) Le point I est sur (BD) si et seulement si BED \ est droit.
2) Il est du même côté que E par rapport à (BD) si et seulement si BED
\
est aigu et on a alors BED\ = 1 BID. \
2
3) Il est de l’autre côté de E par rapport à (BD) si et seulement si BED
\
est obtus et on a alors BED\ = π − 1 BID. \
2

2 La première preuve
Rappelons que notre stratégie est de calculer l’angle α = IBD. \ Pour
cela, nous allons essayer de le comparer à d’autres angles de la figure qui
pourront lui être égaux, ou complémentaires, ou supplémentaires, etc. Dans
ce paragraphe, l’idée que nous utiliserons est simplement de tracer le segment
[ID] pour faire apparaı̂tre le triangle isocèle BID. C’est une idée comme une
autre et nous allons voir qu’elle aboutit assez facilement.

3
2.1 Une preuve ?
Je donne d’abord une première preuve, sans me soucier de rigueur, voir
la figure 2.
Le triangle BID est isocèle en I (car IB et ID sont des rayons du cercle
Γ). On en déduit IBD
\ = IDB \ = α mais aussi, avec la somme des angles
\ = π − 2α. On a ensuite BID
du triangle, BID \ = 2BED \ (angle au centre
et angle inscrit dans Γ), puis BED
\ = BEA \ = BCA \ (angle inscrit dans C).
Comme cet angle c est constant quand E varie, il en est de même de α (on a
α = π/2 − c) et donc I décrit la droite Λ passant par B et faisant avec (BC)
l’angle α.

B D
C

Figure 2 – La première preuve

2.2 Discussion
Trouver une preuve du résultat que l’on cherche, c’est bien et c’est le
principal. Encore faut-il qu’elle soit solide, ce qui n’est pas le cas de celle-ci.
En effet, il y a au moins cinq imprécisions dans cette preuve !
1) L’angle au centre BID
\ n’est égal au double de BED \ que si I et E

4
sont du même côté de (BD), ce qui n’est pas toujours le cas. S’ils sont de
\ = 2π − 2BED.
part et d’autre, on a BID \

2) On n’a BED\ = BEA \ que si D est dans la demi-droite [EA) , ce qui


\ = π − BED.
n’est pas toujours le cas. Sinon, on a BEA \

3) On n’a BEA\ = BCA \ que si E et C sont du même côté de (BA), ce


\ = π − BEA.
qui n’est pas toujours le cas. Sinon, on a BCA \

4) Il y a a priori deux droites Λ passant par B qui font avec (BC) l’angle
α.
5) On a vu que le point I est sur la droite Λ, mais la décrit-il entièrement ?

2.3 Rendre correcte cette preuve ?


Deux idées me semblent essentielles à ce stade de l’étude.
• Les questions de position apparues ci-dessus sont incontournables et les
élèves les poseront immanquablement si leurs figures sont différentes de celle
du professeur. Cela fait partie des difficultés de la géométrie que l’on ne peut
éviter que par deux artifices :
1) imposer aux élèves d’utiliser la figure dans une position figée (mais
pour un problème de lieu et à l’heure des logiciels de géométrie dynamique,
ce n’est pas très raisonnable),
2) utiliser les angles orientés, voir plus loin (mais cet outil n’est plus nulle
part dans les programmes).
• Il est donc essentiel que les futurs professeurs aient réfléchi à ces ques-
tions et qu’ils soient conscients des difficultés. Mais il ne faut pas qu’elles les
empêchent d’avancer. La deuxième idée que je veux faire passer c’est que,
bien qu’on ait mis en évidence de nombreuses imperfections dans la preuve
précédente, elle est tellement naturelle qu’elle ne peut pas être vraiment
fausse : on peut la rendre correcte à condition de travailler un peu. C’est ce
que nous allons faire maintenant.

2.1 Notation. On pose c = BCA \ et on note Λ la droite passant par B et


définie de la façon suivante :
• Si c < π/2, Λ passe par un point I0 situé dans le demi-plan limité par
\ = π/2 − c.
(BC) qui ne contient pas A et qui vérifie CBI 0
• Si c = π/2, on pose Λ = (BC).
• Si c > π/2, Λ passe par un point I0 situé dans le demi-plan limité par
\ = c − π/2.
(BC) qui contient A et qui vérifie CBI 0
Le lecteur vérifiera qu’en termes d’angles orientés de droites, Λ est sim-
π
plement définie par la formule (BC, Λ) = + (CA, CB).
2

5
2.3.1 Les cas limites
Avant d’étudier les cas plus génériques, précisons les cas limites où E est
égal à l’un des sommets de ABC.
Si E est en B, les points B, D, E sont confondus. On convient que I est
aussi confondu avec B.
Si E est en C, D est aussi en C et le triangle BDE se réduit à BCC et il
n’y a plus de point I. On appelle IC le point d’intersection de la médiatrice
de [BC] et de la perpendiculaire à (AC) en C. Comme le triangle BIC C
est isocèle en IC , on a CBI
\ = BCI
C
\ . Si c est aigu (resp. obtus), I est
C C
dans le demi-plan limité par (BC) qui ne contient pas A (resp. dans celui
qui contient A) et cet angle vaut π/2 − c (resp. c − π/2). Cela montre que la
droite (BIC ) n’est autre que Λ (et donc, cela montrera que IC est la position
limite de I quand E tend vers C).
Si E est en A la droite (AE) n’est pas définie, mais on peut la remplacer
par la tangente en A à C qui coupe (BC) en un point DA . Le point I est
alors en IA . Le lecteur montrera, en utilisant le théorème de l’angle inscrit
limite, que IA est l’intersection de la médiatrice de [AB] et de la droite Λ.

2.3.2 Le cas où E et A sont de part et d’autre de (BC)


Dans ce cas, le segment [AE] coupe (BC) en D, et les demi-droites [ED)
et [EA) sont égales, donc aussi les angles BED
\ et BEA \ (cela annule l’ob-
jection 2).
De plus, le point D, qui est dans [AE], est intérieur au cercle C, donc
il est aussi dans [BC]. Il en résulte que le quadrilatère ABEC est convexe
(ses diagonales se coupent) et donc E, C sont du même côté de (AB). Cela
prouve qu’on a BEA\ = BCA \ (objection 3).
Il y a alors deux sous-cas, selon que I et E sont du même côté de (BC)
ou non, élucidés par lemme suivant :

2.2 Lemme. On suppose E et A de part et d’autre de (BC). Alors, le point


I est sur (BC) (resp. du même côté que E par rapport à (BC), resp. de
l’autre côté) si et seulement si ACB
\ est droit, (resp. aigu, resp. obtus).

Démonstration. On a ACB \ = AEB \ = DEB \ et on conclut avec 1.1.

Dans le premier cas, le lieu de I est la droite (BC). Dans le second, le


calcul effectué ci-dessus est valable, on a α = π/2 − c. Dans le troisième, on
a α = c − π/2, mais α est encore constant, ce qui lève l’objection 1.

6
BAC= 97,5007 ° A

I 97,5007 °
IBC= 7,5007 ° C
D
7,5007 °
B

Figure 3 – Le cas où E et I sont de part et d’autre de (BC), α = c − π/2

Enfin, en ce qui concerne l’objection 4, nous allons montrer que, quand


E décrit l’arc ]BC[ ne contenant pas A, le point I est dans l’intervalle ouvert
]BIC [ (voir 2.3.1).
On a le lemme de position suivant :

2.3 Lemme. Soient B, C deux points distincts et α un angle non orienté. On


considère la droite (BC) et la perpendiculaire δ à (BC) en B. L’ensemble des
points M du plan vérifiant CBM
\ = α est la réunion de quatre demi-droites
issues de B, deux à deux symétriques par rapport à (BC), δ ou B. Chacune
de ces demi-droites est déterminée par le quadrant limité par (BC) et δ dans
lequel elle se trouve.

Dans le cas qui nous intéresse, les points I et IC sont dans le même
quadrant, voir figure 4. En effet, notons d’abord que, comme I, IC est de
l’autre côté de A (resp. du même côté) par rapport à (BC) si c est aigu
(resp. obtus) car cela résulte de sa construction. De plus, comme I et IC sont
sur les médiatrices de [BD] et [BC], qui sont parallèles à δ, et que D est
dans ]BC[, I et IC sont du même côté de δ.
Comme I et IC sont dans le même quadrant, les angles CBI \ et CBI \
C
sont égaux et il en résulte que I est sur la demi-droite [BIC ). Enfin, pour
voir que I est dans ]BIC [, on note que les angles BDI \ et BCI \ sont en
C
position de correspondants et égaux, de sorte que les droites (DI) et (CIC )
sont parallèles et on conclut par Thalès.

7
A

D
B
C

I E

IC

Figure 4 – Position de I quand E est dans l’arc BC qui ne contient pas A

2.3.3 Le cas où E et A sont du même côté de (BC)


Il y a encore de nombreux cas à distinguer et Cabri révèle là son intérêt
pour en faire le tour sans en oublier. Je donne seulement les résultats, le
lecteur scrupuleux se chargera des détails. On décompose le problème selon
que c est aigu ou obtus. Dans le cas aigu, il y a trois cas. Appelons E0 le point
où la parallèle à (BC) passant par A coupe le cercle C. Il y a deux cas selon
la position de E0 par rapport à A (dans l’arc CA ou l’arc AB). Supposons
par exemple qu’il est dans CA, le lecteur s’occupera de l’autre cas. Il faut
encore distinguer selon que E est dans l’arc CE0 , dans E0 A, ou dans AB.
Dans chaque cas on trouve que l’angle α est égal à π/2 − c, mais ce qui
diffère c’est la position de I sur la droite (BIC ). Dans le cas 1) il est dans
[BIC ), mais au-delà de IC . On introduit le point IA qui correspond au cas
limite E = A, intersection de (BIC ) avec la médiatrice de [AB], voir 2.3.1.
Dans le cas 2), le point I est dans la demi-droite d’origine IA qui ne contient
pas B et dans le cas 3) il est dans ]IA B[.
L’étude est analogue avec l’angle c obtus (avec le même nombre de cas
de figure, soit six au total), mais cette fois, on a α = c − π/2.
Si je n’en ai pas oublié, il y a donc 14 cas génériques ! On voit que donner
une preuve complète est assez laborieux, et d’ailleurs sans grand intérêt. Ce
qui est essentiel c’est de se convaincre qu’on peut y parvenir, avec un peu de

8
A
E0

I0

O
I

D
B
C

IC

Figure 5 – Un exemple de cas de figure

patience.

2.3.4 La réciproque
Il s’agit de préciser quels points de Λ sont les centres de cercles circonscrits
à des triangles BCD pour E (et donc D) variable. On a vu que le point B
correspond au cas E = B. Soit I un point de Λ, distinct de B. On considère
le cercle Γ de centre I passant par B. Il recoupe (BC) en un point D (il
n’est pas tangent à (BC) car l’angle IBC \ n’est pas égal à π/2 sinon c serait
nul). Si I est égal à IC , comme (CIC ) est perpendiculaire à (CA) les angles
I\C BC et IC CB sont égaux, donc IC BC est isocèle et le point D est en C,
\
donc aussi E. Dans ce cas il n’y a pas de triangle BCE et IC n’est pas dans
le lieu cherché. Si le point I est en IA , le cercle Γ passe par A et B et la
droite (AD) recoupe C en A et elle est tangente à C en A. Ce cas peut être
considéré comme le cas E = A.
Si I est distinct de IA et IC , la droite (AD) recoupe C en E et on va
montrer que E est sur Γ, de sorte que I est bien un point du lieu considéré.
Bien entendu, comme pour le sens direct, il faut distinguer des cas de figure.
Supposons par exemple que I et A soient de part et d’autre de (BC) comme
sur la figure 2. On a α = IBD \ = π/2 − c par définition de Λ et, comme
IB = ID, c’est aussi l’angle en D de BID et l’angle en I vaut π − 2α = 2c.
Par ailleurs, comme E est sur C, on a BEA \ = BCA \ = c. Mais alors, comme
I et E sont du même côté de (BC), la réciproque de la relation entre angle
inscrit et angle au centre dans Γ montre que E est sur Γ.
Le lieu cherché est donc la droite Λ privée de IC .

9
3 Quelques variantes de la preuve
Comme annoncé, je donne maintenant d’autres méthodes pour aborder
le problème. Dans cette étude, je n’entrerai pas dans la distinction des cas
de figure, le lecteur le fera, s’il y tient.

A A

D
C D
C
E
B
B
I
I E

B'

B'

Figure 6 – Les figures des variantes 2) et 3)

3.1 La variante 2)
L’idée consiste à porter le point B 0 diamétralement opposé à B sur Γ. En
effet, l’angle convoité IBD
\ est alors le complémentaire de BB \ 0 D (le triangle
0 0
BB D étant inscrit dans un demi-cercle de diamètre [BB ] est rectangle en
D). Mais cet angle est égal à BED\ donc à BED \ puis à BCA
\ et on finit la
démonstration comme précédemment.
Bien entendu, les mêmes objections quant à la rigueur valent pour cette
preuve.

3.2 La variante 3)
On trace cette fois [EB 0 ]. L’angle DEB
\ 0 est supplémentaire de α (ils
0
interceptent tous deux un arc DB , mais sont de part et d’autre du segment)
et il est égal à π/2 + BED.
\ On termine comme d’habitude grâce à BED
\ = c,
avec les objections habituelles.

10
3.3 Une variante bête ?
J’ai utilisé plusieurs fois ce problème lors de conférences sur la géométrie.
En préparant l’une d’elles, j’ai recherché la démonstration, et au lieu de
réfléchir, j’ai essayé de me souvenir de ce que j’avais fait les fois précédentes 3 ,
mais je me suis trompé, traçant [IE] au lieu de [ID], ce qui n’est vraiment
pas malin.

50,0040 °

D C

B 39,9960 °
E

Figure 7 – La variante bête

Cela étant, je m’en suis tout de même sorti par le raisonnement suivant.
On décompose l’angle cherché en deux morceaux : IBD \ = IBE \ + EBD. \
\ = π/2 − 1 BIE
Pour le premier, on a IBE \ puis, par le lien angle au centre-
2
angle inscrit (dans le mauvais sens), on a BIE\ = 2π − 2BDE, \ et on en
déduit IBE
\ = BDE \ − π/2 = ADC \ − π/2. On passe à l’autre. On a EBD \ =
EBC
\ = EAC \ = DAC. \ On obtient IBD \ = ADC \ + DAC \ − π/2 et avec la
somme des angles de ADC, IBD \ = π/2 − DCA \ = π/2 − BCA. \

La morale de cette mésaventure c’est que l’obstination finit toujours par


payer. Maintenant, bien sûr, on n’est pas obligé de choisir les voies les plus
compliquées ...
3. Il ne faut jamais faire ça !

11
3.4 Les hauteurs
On a remarqué, dans les preuves précédentes, que α et c sont complémen-
taires. Cela va nous permettre de reconnaı̂tre la droite Λ. On introduit le
point d’intersection B 00 de (BI) et du cercle C. On a l’égalité des angles
inscrits BB\ 00 A = BCA
\ = c. Comme on a α + c = π/2, cela montre que
(B 00 A) est perpendiculaire à (BC). On voit donc que B 00 est sur le cercle
circonscrit et sur la hauteur issue de A dans ABC. Ah, mais on connaı̂t ce
point 4 c’est le symétrique de l’orthocentre de ABC et on voit ainsi que la
droite cherchée n’est autre que la symétrique de la hauteur issue de B par
rapport à (BC).

O
H

K C
D
B
E

B" I

B'

Figure 8 – Avec les hauteurs


Montrons directement ce résultat. On considère la droite (BI). Elle re-
coupe Γ en B 0 et C en B 00 . On a donc un angle droit BDB \ 0 . Vu le résultat sur
le symétrique de l’orthocentre , il suffit de démontrer que (AB 00 ) est perpen-
5

diculaire à (BC), ou encore qu’elle est parallèle à (B 0 D). On considère les


angles en position de correspondants BB \ 00 A et BB
\ 0 D. Tous deux sont égaux

à BEA
\ = BED \ (comme angles inscrits, l’un dans C et l’autre dans Γ) et on
6
a gagné !
4. Du moins quand on a pratiqué un peu de géométrie.
5. Dans un triangle, le symétrique de l’orthocentre par rapport à un côté est sur le
cercle circonscrit.
6. Bien entendu, il y a encore des cas de figure à considérer.

12
En ce qui me concerne, je n’ai trouvé cette preuve très simple qu’après
bien des errances. Cela me conduit à rappeler aux apprentis géomètres un
principe qu’on enseigne aux joueurs d’échecs débutants : Quand tu vois un
bon coup sur l’échiquier, ne le joue pas, il y en a sans doute un meilleur.
C’est la même chose pour les preuves en géométrie.

4 Les preuves avec les angles orientés


L’intérêt de l’utilisation des angles orientés est de limiter les cas de figure.
On va donner plusieurs variantes utilisant soit les angles orientés de vecteurs,
soit les angles orientés de droites. On verra que ces derniers constituent l’outil
le plus efficace dans ces questions.

4.1 Par la première méthode


On reprend la première méthode vue ci-dessus en la formulant en termes
−−→ −→ −−→ −→
d’angles orientés de vecteurs. On pose (BD, BI) = α et (CB, CA) = c
(angles orientés de vecteurs). On commence par exprimer que BID est isocèle
en I :
−−→ −→ −→ −−→ −→ −→
(BD, BI) + (DI, DB) + (IB, ID) = π (mod 2π).
−−→ −→ −−→ −→ −→ −−→
et, comme on a (BD, BI) = −(DB, DI) = (DI, DB) (par symétrie des
−→ −→
angles à la base), on obtient (IB, ID) = π − 2α. On considère alors les
−−→ −→
demi-droites de vecteurs directeurs ED et EA. Il y a deux cas :
−→ −→ −−→ −−→
• Elles sont égales. On a alors (IB, ID) = 2(EB, ED) (angle au centre)
−−→ −→ −−→ −→ −−→ −→
= 2(EB, EA) = (OB, OA) = 2(CB, CA). On obtient donc π − 2α = 2c.
−−→ −−→ −−→ −→
• Elles sont opposées. On a alors (EB, ED) = (EB, EA) + π, mais on
obtient le même résultat puisqu’on multiplie par 2 et qu’on est dans R/2πZ.
En définitive, on obtient α = π2 − c (mod π), ce qui montre que l’angle
de droites (BD, BI) est constant, donc que I décrit une droite.
Dans cette preuve, on peut remplacer les angles de vecteurs par les angles
de droites. La somme des angles du triangle est alors nulle et il n’y a plus à
distinguer les deux cas, ce qui est un peu plus simple.

4.2 La preuve avec la hauteur


On appelle J le symétrique de I par rapport à (BC) et on montre que
(BJ) est perpendiculaire à (AC). Cette fois, on utilise les angles orientés de
droites. On a (BJ, BC) = −(BI, BC) = −(BI, BD).

13
A

O
J

C
D
B
I E

B'

Figure 9 – Hauteur et angles orientés

Soit B 0 le point diamétralement opposé à B sur Γ. Le triangle BDB 0 est


rectangle en D. Dans ce triangle on a (BB 0 , BD)+(DB, DB 0 )+(B 0 D, B 0 B) =
0, donc (BI, BD) = π/2 + (B 0 B, B 0 D).
Le théorème de l’angle inscrit donne (B 0 B, B 0 D) = (EB, ED) = (EB, EA)
(dans Γ) et cet angle est égal à (CB, CA) (dans C).
En définitive, on a (BJ, BC) = π/2 + (CA, CB), ou, si on appelle H
l’intersection de (BJ) et de (CA), (BH, BC) = π/2 + (CH, CB). Avec la
somme des angles dans BHC cela donne (HB, HC) = π/2, cqfd.

4.3 La preuve de Marie-Claude


Cette preuve a été proposée par Marie-Claude David, dans le cadre du
module Projet de géométrie. C’est sans doute la plus simple de toutes (si l’on
connaı̂t le théorème de l’angle inscrit limite).
Soit ∆ la tangente à Γ en B. Le théorème de l’angle inscrit sur le cercle Γ,
exprimé en angles orientés de droites et utilisé dans la variante de l’angle ins-
crit limite, donne (ED, EB) = (BD, ∆). Sur le cercle C, il donne la relation
(CA, CB) = (EA, EB). Comme D appartient à (EA), on a (EA) = (ED),
comme il est sur (BC) on a (BD) = (BC) d’où l’égalité (CA, CB) =
(BC, ∆). Mais, comme I est le centre de Γ on a (∆, BI) = π/2, d’où

14
(BC, BI) = π/2 + (CA, CB) par la relation de Chasles. En vertu de la
définition de Λ, voir 2.1, on a (BI) = Λ.
Cela montre que le lieu de I est contenu dans Λ. La réciproque se montre
comme en 2.3.4, mais il n’y a plus lieu de distinguer les cas de figure.

Λ
D
DA B
C

Δ E
I

Figure 10 – La preuve de Marie-Claude

15

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