Chapeau rond rouge
de Geoffroy de Pennart
1
Il était une fois une petite fille qui vivait avec ses parents à
l’orée de la forêt. Comme elle ne quittait jamais le chapeau
rond et rouge que lui avait offert sa grand-mère, on l’avait
surnommé Chapeau rond rouge.
«C’est la fête de Mère-Grand aujourd’hui. Tu veux bien lui
apporter ces deux galettes et ce petit pot de beurre ? Je
sais qu’elle serait enchantée de te voir. »
Chapeau rond rouge accepta avec plaisir, elle adorait sa
grand-mère.
« Je préfère que tu passes par les champs », lui dit sa mère
;
« C’est plus court par la forêt, mais… »
« Oui, oui, je sais, il y a le loup. Ne t’en fais pas, Maman, je
connais la musique. »
Au bord de la route, Chapeau rond rouge tomba sur un grand
chien gris endormi contre une meule de foin.
Elle ne résista pas ; elle sortit sa trompette de poche.
L’animal se réveilla en sursaut, complètement terrorisé.
Chapeau rond rouge
de Geoffroy de Pennart
2
« Qu’est… qu’est… qu’est-ce que c’est ! ? ! »
« Oh ! la tête du chien ! Ha ! Ha ! Ha !
Oui, oui, je sais, pas très sympa le coup de la
trompette, mais c’est plus fort que moi.
Tiens, voilà une galette pour me faire pardonner. »
« Je… je… je ne suis pas un chien, Je… je… je suis le
loup et je… je… je… »
« Oh l’autre ! Mais non, tu n’es pas le loup ; le loup
vit dans la forêt et il est très méchant.
Tu t’es vu toi, avec ta bouille de toutou gentil ? »
« Mais si, je… je… je suis le loup… »
« C’est ça, dans tes rêves peut-être. Allez, Mère-
Grand m’attend, faut que j’y aille. Tu vois la fumée,
c’est juste là, mais à cause du loup, je dois
contourner la forêt.
Au revoir mon gros chien… »
Le loup, car c’était bien lui, reprit peu à peu ses
esprits.
« La petite peste ! Oh mon pauvre coeur ! »
« Mais elle va voir ce qu’elle va voir ! Je vais lui en
donner du gros toutou gentil… Je m’en vais fourrer
cette galette de la petite effrontée et puis la
manger ! »
Chapeau rond rouge
de Geoffroy de Pennart
3
Et le loup partit en courant vers la maison
de Mère-Grand. Il fonça droit dans la forêt.
Il ne regarda ni à gauche, ni à droite. La
maison était en vue.
« Encore cette petite route à traverser et…
»
Bing ! …une auto l’envoya valdinguer dans un
fourré !
C‘était justement Mère-Grand qui revenait du
supermarché.
« Oh là là ! Misère ! Le pauvre chien ! Il est arrivé si vite,
je n’ai pas pu l’éviter ! »
« Juste ciel ! Il n’est pas mort. Vite, dans le lit, et je file
chercher le docteur… »
Chapeau rond rouge arriva alors chez Mère-Grand.
« Bonne fête, Mère-Grand ! C’est moi, le soleil de ta vie,
je t’apporte deux, heu, une galette… »
« Oh ! Tu es couchée. Tu es malade ? Quelle mine
épouvantable ! »
Chapeau rond rouge
de Geoffroy de Pennart
4
Chapeau rond rouge l’assomma avec un
chandelier.
« Prends ça, sale bête ! »
« Mère-Grand, est-ce que tu m’entends ?
Mère-Grand ! Je vais te sortir de là ! »
Et elle s’en fut chercher un couteau dans la
cuisine.
« Oh ! Misère ! Il a trépassé ! » s’exclama
Mère-Grand qui arrivait avec le docteur.
« Je ne comprends pas, ce pauvre chien
respirait encore lorsque je suis partie vous
chercher… »
« Oh ! Mère-Grand ! Tu es vivante ! Je
croyais que le chien t’avais dévorée, je
voulais te sauver, et
maintenant il est mort, c’est ma faute ! »
« Doucement, doucement », intervint le
docteur.
« Cet animal – qui, soit dit en passant – n’est
pas un chien mais un énorme loup – n’est pas
mort. Je vais le soigner, mais il me faut un
peu de calme. »
Le docteur réussit à sauver l’animal, qui
passa sa très longue convalescence chez
Mère Grand.
Après quoi, il dut se résigner à son sort : sa
réputation de loup féroce en avait pris un
coup.
Il finit donc ses jours auprès de la vieille
dame.
Quant à Chapeau rond rouge, marquée à tout
jamais par cette aventure, elle est devenue
un médecin de renommée internationale.