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Comprendre la démonstration logique

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Qu’est-ce que démontrer ?

Souvent, on pense « prouvé » = « démontré ». La démonstration est un type de


preuve, mais pas le seul (une preuve expérimentale utilise la démonstration mais
ne se limite pas à démontrer : montre un résultat, donne à voir).

I Qu’est-ce qu’une démonstration ?


Deux sens de démonstration:
1. Au sens faible, démontrer est pris comme synonyme d'argumenter.
2. Au sens fort, démontrer c'est prouver qu'une conclusion découle
nécessairement d'un ensemble de prémisses déjà admises comme vraies.
Nous examinerons la démonstration au sens fort.
Le domaine privilégié de la démonstration est celui des mathématiques.

Caractères de la démonstration :
1) La figure géométrique ne joue pas un rôle dans la démonstration
 Si on utilise un rapporteur, on peut apprendre quelque chose sur ce
triangle particulier ; mais que peut-on conclure sur les autres triangles ?
 Le triangle mathématique n’est pas le triangle tracé, mais le triangle conçu
(cf. la droite n’a qu’une dimension, donc pas d’épaisseur…). On n’utilise
que ce que l’on conçoit être dans la figure. C’est une construction
intellectuelle.
 La figure à un rôle de soutien du raisonnement, mais pas un rôle dans le
raisonnement lui-même. On raisonne non sur ce triangle particulier
(dessiné), mais sur tout triangle possible : caractère universel du
raisonnement et donc de la conclusion.

2) La conclusion est nécessaire : si on accepte les points de départs, on ne peut


pas refuser la conclusion. Nécessité logique de la conclusion.

3) Selon Kant, la preuve démonstrative est synthétique, c'est-à-dire qu'elle nous


apprend quelque chose sur le triangle; elle augmente notre connaissance des
triangles.
NB: Synthétique ≠ analytique : est analytique ce qui relève de la pure analyse du
concept, c'est-à-dire de sa dissociation en éléments fondamentaux (triangle =
figure formée de trois segments joints deux à deux ; célibataire = un individu
non-marié). La démonstration est synthétique en tant qu'elle nous fait voir une
propriété qu’on ne pouvait connaître par simple analyse de la notion de triangle.

II La logique
La démonstration se distingue par le caractère nécessaire de la conclusion. Elle
est une pratique qui s’appuie sur la nécessité logique. La logique est l’étude des

1
inférences valides : des conclusions que l’on a le droit de tirer, étant donné un
ensemble de propositions de départ appelées prémisses.
Une inférence est l’acte de tirer une conclusion à partir de quelque chose.
Ex. : il y a des traces de pas dans le jardin donc quelqu’un est passé par là. Il y a
de la fumée au loin donc il y a un feu.
L’art de raisonner est celui de passer de prémisses données aux conclusions
légitimes par un acte d’inférence. Un raisonnement est un discours dans lequel
on peut distinguer des prémisses et une conclusion, qui comporte donc un ou
plusieurs actes d’inférences. D’ailleurs, le grec logos : à la fois discours (usage
du langage) et raison (usage de la logique).

Une première formalisation de la logique: la logique aristotélicienne


L'Organon d'Aristote est une première élaboration de la logique.
Aristote s’intéresse à une forme de raisonnement qu’il appelle syllogisme. Un
syllogisme est un raisonnement qui tire une conclusion de deux prémisses (des
propositions posées initialement et dont on suppose la vérité) en associant deux
à deux trois termes différents. L'un des termes, appelé moyen terme, est
commun aux deux prémisses et sert à établir un lien entre les deux autres termes.
Ce lien est affirmé dans la conclusion.
Exemple:
Première prémisse Tous les hommes sont mortels
Deuxième prémisse Or Socrate est un homme
Troisième prémisse Donc Socrate est mortel

Ce qui compte du point de vue logique est la validité du raisonnement, i.e. le


fait que les prémisses donnent le droit de tirer la conclusion:
SI les prémisses sont vraies, ALORS la conclusion l'est aussi.
Mais ce n'est pas à la logique d'établir la vérité des prémisses.
Il faut distinguer :
 La vérité formelle, ou validité : elle ne concerne que la forme du
raisonnement, indépendamment du contenu des propositions qu’il
contient, de ce qu’elles disent. La vérité formelle d’un raisonnement est le
2
fait que la conclusion découle nécessairement des prémisses (étant donné
ces prémisses, on ne peut conclure autre chose). DONNER UN
EXEMPLE DE SYLLOGISME VALABLE MAIS IRRECEVABLE.
 La vérité matérielle : il s’agit de la vérité des propositions prises en elles-
mêmes, de leur rapport à la réalité.
On peut faire apparaître les formes de raisonnement valide en substituant aux
propositions données des variables (comme en algèbre on remplace des valeurs
particulières par des lettres).
Aristote pense que l’on peut analyser les propositions en Sujet + Prédicat:
« S (sujet) est P (prédicat) »

III L’idéal rationaliste de la connaissance


La démonstration est une mise en œuvre de la raison en tant qu’elle est la
faculté humaine à former des concepts et à les associer dans des raisonnements.
Elle permet de dégager des vérités universelles, partageables par tous.
Rationalisme = idée que la raison est la seule (ou la principale) source de
connaissance ; les sens, la perception, ne sont pas des sources fiables.
La raison permet le dépassement des sens et de l’expérience (les faits tels
qu’ils nous apparaissent dans la perception). La perception permet la
connaissance du particulier ; la raison permet une connaissance de propositions
universelles. La perception peut être un point de départ de la connaissance: ce à
l’occasion de quoi on active la raison. C’est l’induction (voir la déduction)
Le modèle géométrique démonstratif est pour les rationalistes le modèle de
toute connaissance : de propositions fondamentales (principes), on déduit le
reste de la connaissance (conséquences). Pour Descartes on peut fonder l’édifice
de la connaissance par la raison.
Mais il est important de noter que la démonstration ne peut que transférer la
vérité des prémisses à la conclusion : si p est vrai, alors (si les règles de la
logique déductive sont respectées) q l’est aussi. La démonstration n’est
intéressante qu’à partir du moment où l’on possède des vérités de départ à
partir desquelles on augmente la connaissance.
Cette première vérité sur laquelle se fonde toutes les autres, c'est pour Descartes
le Cogito: la certitude immédiate, saisie immédiatement par intuition (modalité
de connaissance qui met l’esprit en présence de son objet sans passer par la
déduction) intellectuelle, de ma propre existence comme être pensant.

IV Limites de la démonstration
On a déjà vu que la démonstration ne pouvait garantir qu'une conclusion qui
dérive nécessairement des prémisses, mais la vérité de la conclusion est
conditionnelle à la vérité des prémisses.
La démonstration possède une force de conviction due au caractère nécessaire
de la conclusion.
MAIS la question de la vérité des prémisses se pose (Difficulté vue par
Aristote). Or,
3
 ou bien ces prémisses sont elles-mêmes démontrées, auquel cas elles
dépendent d’autres prémisses ;
 ou bien elles ne sont pas démontrées, auquel cas la question de leur vérité
se pose.
On ne peut dire que toutes les prémisses sont toujours démontrées car on
aboutirait à une régression à l’infini.
C'est le problème des points de départ, ou des principes de la connaissance
Quelles sont les vérités premières à partir desquelles le reste se démontrerait? Ce
qui vient en premier dans l’ordre logique, le fondement, doit être assuré.
Les principes de la logique sont-ils démontrables ? Si oui, on a besoin de la
logique pour prouver leur vérité : c’est une pétition de principe, un cercle (on
affirme dans les points de départ ce que l’on veut démontrer). Si non, peut-on
encore parler de « vérité logique » ?
D'où viennent ces principes? Sont-ils eux-mêmes fondés? Tout ce que l’on peut
faire est de montrer ce qui se passe quand on les nie.

V Le recours à la notion d’intuition


Ainsi, les principes logiques seraient connus de nous sans être pour autant
prouvés ni par démonstration ni par l’expérience, car toute preuve les
présuppose. Comment cette connaissance est-elle possible?
Le recours à la notion d’intuition est une réponse. En effet, le sceptique
suppose, comme le fait remarquer Aristote, que toute connaissance repose sur
une démonstration et c'est cela qui conduit à des impasses.
Le recours à l’idée d’un mode de connaissance directe — ce qu’on appelle
l’intuition intellectuelle (la saisie directe par l’esprit de la vérité d’une
proposition) — permet d'échapper à la difficulté. Certaines propositions seraient
évidentes, i.e. leur vérité se manifesterait d’elle-même. (Pour Pascal il s'agirait
d'une « connaissance par le cœur » ≠ connaissance par la raison). 253. - Deux excès:
exclure la raison, n'admettre que la raison. 277. - Le coeur a ses raisons, que la raison ne connaît
point;
L'intuition ou évidence intellectuelle serait
 immédiate, non discursive (pas de raisonnement : saisie directe d’une
vérité);
 véridique, infaillible : une intuition ne peut être fausse. NB : seules
certaines vérités seraient susceptibles d’être saisies par intuition.
Exemple: en mathématiques, un axiome au sens classique (en géométrie) est
une proposition vraie de manière évidente, qui sert de principe, i.e. de point de
départ à l’édifice mathématique.

Critique de la notion d’intuition :


Exemple: l'axiome « Le tout est plus grand que la partie » qui semble
intuitivement vraie ne l'est pas toujours
Dans le cas des ensembles infinis, cette proposition est fausse : dans un
ensemble infini, on peut établir une bijection de chaque élément de l’ensemble
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avec un élément d’un sous-ensemble : ex. entre les nombres entiers naturels et
les nombres entiers pairs. Ainsi, « La partie est aussi grande que le tout » est un
élément de définition des ensembles infinis.
La notion d’intuition intellectuelle paraît donc suspecte. Les mathématiques
comme systèmes formels déductifs sont un ensemble systématique de
propositions liées par démonstration qui reposent sur des axiomes, c'est-à-dire
des propositions premières, ni vraies, ni fausses, admises conventionnellement
(système numérique décimal ou binaire). Seule compte la validité du
raisonnement. La question de savoir si "vraiment" la somme de 1+1 = 2 ne se
pose pas, puisque cela dépend du système considéré.
Il reste à se demander comment il se fait que les mathématiques s’appliquent au
monde sensible et permettent de tirer des conclusions a priori (c'est-à-dire
indépendantes de l'expérience) qui trouvent un sens empiriquement. A cette
question, Einstein répond "Pour autant que les propositions de la mathématique
se rapportent à la réalité, elles ne sont pas certaines, et pour autant qu'elles sont
certaines, elles ne se rapportent pas à la réalité." (Correspondance)

Hume (XVIIIe) fait une distinction entre de deux genres de connaissance:


 Les vérités de raison portent sur des objets abstraits ; elles sont connues
par démonstration; les vérités de raison sont déductibles, conséquences
logiques nécessaires d’autres prémisses.
 Les vérités de fait ne peuvent être démontrées. Ce que Hume entend par
vérité de fait est ce qui concerne le cours de la nature, et non les objets
abstraits ; les vérités de faits concernent par exemple les relations de cause
à effet.
Les relations de cause à effet ne sont pas purement logiques : elles ne peuvent
être connues indépendamment de l’expérience.
Si une boule de billard vient en choquer une autre, comment prévoir ce qui va se
passer (une boule repart en arrière? les deux s’immobilisent? etc.) ; seule
l’expérience permet de savoir ce qui se passe, et donc d’anticiper le mouvement
des boules. Après, il y a une théorisation de l’expérience, une mise en équation
mais à l’origine c’est l’expérience qui nous instruit →empirisme (de empeiria,
l’expérience). L’empirisme est la thèse que notre connaissance de la nature et de
son fonctionnement dérive de l’expérience.
Conclusion
L’exigence de démonstration est une exigence rationnelle de preuve, de
justification. Mais toute connaissance ne saurait dépendre d’une démonstration :
la démonstration ne peut que montrer la cohérence formelle d’une proposition
avec d’autres, la vérité de ce qui est démontré dépend de la vérité des prémisses.
Par ailleurs, toutes les vérités ne semblent pas relever de la démonstration et du
raisonnement déductif, comme le soulignent les empiristes.

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