Les Secrets de Monsieur Cavendish
Les Secrets de Monsieur Cavendish
Lilley
Tous droits réservés. Ce livre ne doit pas être reproduit, scanné ou distribué sous quelque forme que ce soit (électronique ou papier) sans
autorisation.
Ceci est une œuvre de fiction. Toute ressemblance des événements décrits avec la réalité, ou des personnages avec des personnes
réelles, n’est que pure coïncidence. L’auteur reconnaît le statut de marque déposée et les propriétaires des marques déposées des
différents produits cités dans cette œuvre de fiction.
[Link] [Link]
ISBN : 9782846287043
Titre
Copyright
Dédicace
1 - Monsieur Cavendish
2 - Monsieur Violent
3 - Monsieur Sadique
4 - Monsieur Excessif
5 - Monsieur Magnanime
6 - Monsieur Romantique
7 - Monsieur Muse
8 - Monsieur Brisé
9 - Monsieur Merveilleux
11 - Monsieur Splendide
12 - Monsieur Compréhensif
13 - Stephan
14 - Monsieur Parfait
15 - Monsieur Douteux
17 - Monsieur Autoritaire
18 - Monsieur Curieux
19 - Monsieur Serviable
20 - Monsieur Joueur
21 - Monsieur Scandaleux
22 - Monsieur Distant
23 - Monsieur Barbare
24 - Monsieur Réticent
25 - Monsieur Manipulateur
26 - Monsieur Désespéré
28 - Monsieur Furieux
29 - Monsieur Désemparé
30 - Monsieur Coquin
31 - Monsieur Domestiqué
32 - Monsieur Entremetteur
33 - Monsieur Indulgent
37 - Monsieur Tragique
38 - James
39 - Monsieur Affligé
40 - Monsieur Impuissant
41 - Épilogue
1
Monsieur Cavendish
Nous roulions à toute vitesse vers Manhattan dans une voiture de luxe. Stephan et Javier étaient
assis tout près l’un de l’autre en se tenant la main, ils me dévisageaient avec inquiétude. James me
tenait tout contre lui en me caressant pour me réconforter.
J’avais découvert quelques jours plus tôt que mon père s’était remarié après la mort de ma mère.
J’avais également appris que j’avais un demi-frère qui n’avait qu’un an de moins que moi. Cela
signifiait que mon père avait fréquenté cette femme pendant des années avant la mort de ma mère.
Avant qu’il ne la tue.
Je n’éprouvais aucune affection pour cette femme, cette Sharon que mon père avait épousée. En
fait, je sentis un frisson de dégoût me courir dans le dos en pensant à elle.
Je venais d’apprendre qu’elle avait été tuée la nuit précédente suivant le même mode opératoire
que ma mère. Je n’avais pas aimé cette femme, mais depuis que j’avais découvert son existence,
j’avais éprouvé le besoin de la prévenir au sujet de mon père. J’étais certaine qu’elle devait savoir
d’expérience à quel point il était violent, mais j’avais voulu lui dire de quoi il était capable, même si
ce n’était que pour soulager ma conscience.
J’avais essayé plusieurs fois de la joindre, mais je n’avais pas réussi. Logique ou pas, je
ressentais une culpabilité écrasante à cause de cet échec. James semblait sentir mon tourment intérieur
et cherchait à me réconforter comme il pouvait.
Il me tint dans ses bras pendant quelques minutes avant de briser le silence pesant qui s’était
installé.
– Voulez-vous prendre le petit déjeuner au restaurant ou chez nous ? demanda-t-il d’un ton poli.
Stephan n’hésita pas.
– Votre appartement. J’ai vu une photo de l’endroit dans un magazine de décoration intérieure il
y a quelques semaines. Il me tarde de le visiter.
James hocha la tête. Il jeta un coup d’œil à sa montre.
– Bien. Malheureusement, il ne me reste qu’une heure avant de devoir retourner au bureau.
Je me raidis, bêtement déçue de l’apprendre, alors que je n’avais même pas pensé qu’il serait là
pour nous accueillir à l’aéroport. Il avait mentionné plusieurs rendez-vous pour aujourd’hui, mais je
regrettais malgré tout que l’on ne puisse pas passer plus de temps ensemble avant qu’il doive
retourner au travail.
Il sembla sentir le changement en moi et se mit à me frotter le dos pour me consoler. Il me parla
doucement.
– Je devrais pouvoir raccourcir ma journée de travail et rentrer à l’appartement vers seize
heures, mais j’aimerais que tu passes au bureau pour le repas de midi. Disons vers onze heures ? Je…
– J’y serai, lui dis-je rapidement, voulant profiter de tout le temps que je pouvais passer avec lui.
J’avais besoin de lui, comme si nous avions été séparés pendant des semaines ou des mois au
lieu de quelques jours. Je n’avais encore jamais été aussi désespérée, même quand je l’avais obligé à
garder ses distances pendant presque un mois. Je pensais être encore plus désespérée maintenant
parce que je m’étais autorisée à penser que nous pourrions éventuellement avoir un avenir ensemble.
Cette pensée m’enthousiasmait tout en me nouant les entrailles d’angoisse.
Il posa un baiser sur le haut de ma tête, mais il ne dit rien de plus à ce sujet. Nous laissâmes
Stephan et Javier discuter avec excitation de leurs plans pour la journée, qui incluaient un jogging
dans Central Park et un spectacle à Broadway, même s’ils ne savaient pas encore lequel.
– Est-ce que ça vous gêne si je réserve pour que nous dînions tôt ? Ce sera dans un bon
restaurant, même si mon avis est peut-être faussé par le fait que j’en serai sans doute bientôt
propriétaire.
James fit le petit sourire d’autodérision que j’avais toujours envie d’effacer de sa bouche du
bout de mes doigts.
Stephan et Javier acceptèrent avec enthousiasme. C’était gentil de sa part de l’avoir proposé,
mais j’étais un tout petit peu déçue. Je voulais passer du temps seule avec lui et même quelques heures
d’attente supplémentaires me paraissaient une torture.
Clark nous conduisit jusqu’à l’ascenseur du garage souterrain sans que personne n’ait besoin de
le lui demander. Il me fit un sourire très amical quand James m’aida à sortir de la voiture. Je lui
retournai son sourire. Le chauffeur-garde du corps de James était apparemment ravi que nous nous
soyons remis ensemble. Je trouvais agréable qu’il semble m’approuver.
Stephan était agité et enthousiaste quand l’ascenseur monta jusqu’au penthouse.
James nous fit faire un tour rapide de l’espace opulent en prenant bien soin de montrer tous les
endroits où mes peintures étaient à présent exposées. Je rougissais à chaque fois, toujours mal à l’aise
de recevoir des compliments pour mon passe-temps favori.
L’endroit était moderne et épuré, parsemé de touches de décoration à la Cavendish. J’avais déjà
tout vu, mais encore maintenant, j’étais impressionnée.
Il nous fit longer un long couloir dont le plancher était fait de bois gris très moderne et nous
terminâmes le tour dans la vaste salle à manger impressionnante.
Stephan et Javier s’avancèrent immédiatement vers la fenêtre qui occupait presque un mur entier
de la pièce et qui offrait une vue spectaculaire de Central Park.
– Waouh, dit Javier doucement.
– Incroyable, souffla Stephan.
Je vins me placer à côté de Stephan, aussi admirative qu’eux devant cette vue qui m’était
maintenant familière.
James vint m’envelopper par-derrière et se pencha à mon oreille.
– Je dois y aller. Ta sécurité attendra à l’ascenseur à dix heures et demie pour te conduire
jusqu’à mon bureau. Si tu as besoin d’aller quelque part avant, il te suffit d’appeler le numéro
enregistré dans ton téléphone.
Une porte s’ouvrit depuis la cuisine et Marion, souriante, y passa la tête.
Elle prit nos commandes pour le petit déjeuner et retourna joyeusement dans la cuisine.
– Tu m’accompagnes jusqu’à la sortie ? me demanda James doucement, sa bouche toujours
contre mon oreille.
Je frissonnai en hochant la tête.
James dit au revoir à Stephan et Javier et me traîna rapidement hors de la pièce.
Il prit un raccourci jusqu’à l’ascenseur. C’est ce que je pensais, en tout cas, jusqu’au moment où
il me fit entrer dans une petite pièce.
J’eus à peine le temps de jeter un œil à l’endroit vaguement familier quand il ferma la porte et
qu’il me colla le dos contre elle, m’embrassant comme si sa vie en dépendait. Le baiser n’avait pas sa
finesse habituelle et pas une once de retenue. Ce fut un baiser brutal dont je me délectai. Je le lui
aurais bien rendu, mais il ne s’agissait pas de ce genre de baiser. Tout ce que je pouvais faire, c’était
me soumettre : ma bouche s’adoucit pour lui, mon corps entier se ramollit.
Il s’écarta brutalement.
Je gémis en guise de protestation.
Il posa une main autour de ma gorge, serra juste assez pour me surprendre, posant l’autre main
sur ma bouche. Il appuya un doigt sur mes lèvres.
– Je dois y aller. Mais j’ai besoin de toi. Promets-moi de venir à mon bureau à onze heures.
Je croisai son regard que je cherchai à déchiffrer. Son visage et sa voix étaient à vif, marqués
par le désir. Et la peur.
– Je t’ai dit que j’y serais, lui dis-je sans savoir ce dont il avait besoin, sans savoir comment
chasser ce regard terrible de ses yeux.
– Promets-le-moi, dit-il doucement, d’une voix si proche de la supplique que mon cœur se serra.
– Je te le promets, chuchotai-je.
Il hocha la tête avec un visage douloureusement solennel. Il me traîna derrière lui et je le suivis
jusqu’à l’ascenseur.
Il appuya sur le bouton et me serra contre son torse en attendant l’ascenseur. Il appuya ma joue
sur son cœur, ce qui n’était pas une coïncidence. C’était exactement à l’endroit où il avait tatoué mon
nom en rouge.
Il ne m’embrassa pas de nouveau. En fait, il me regarda à peine. Il affichait son visage de
professionnel quand la porte de l’ascenseur se referma sur lui.
Je retournai d’un pas lourd jusqu’à la salle à manger.
On finit rapidement notre petit déjeuner, car nous étions tous prêts pour une bonne sieste.
Stephan et Javier étaient installés à l’étage au-dessous de notre chambre, face à la vue parfaite de
Central Park. Je les accompagnai jusqu’à leur porte et leur souhaitai une bonne sieste avant de
retourner à la chambre que je partageais avec James. En partant, j’entendis leurs exclamations de joie
et d’émerveillement et je souris avec tendresse. Je me dis que c’était le plus grand avantage de la
richesse : rendre les autres heureux.
J’arrivai dans notre chambre vide.
Je restai longtemps figée dans l’encadrement de la porte, trouvant étrange d’être ici sans James.
La chambre semblait si vide et si bizarre.
Je fis un minimum d’efforts pour me préparer à dormir et me glissai dans le lit après avoir
soigneusement réglé le réveil. Ma sieste serait courte, mais ce n’était pas grave parce que j’allais voir
James dans quelques heures.
Je me réveillai groggy et désorientée, mais quand le brouillard dans ma tête se dissipa et que je
me rendis compte dans quel lit je me trouvais et qui j’allais voir dans une heure, je me précipitai sous
la douche, nerveuse et excitée.
Juste au moment où je retournai dans la chambre, je reçus un texto que je lus, toujours
enveloppée dans une serviette.
La demande était assez innocente – en tout cas, elle l’aurait été venant de quelqu’un d’autre que
James –, mais là, l’impatience perturba ma respiration. Je ne savais pas ce que nous allions pouvoir
faire à son bureau, je m’attendais à n’avoir qu’un déjeuner innocent, même si j’avais espéré
davantage. Pendant que je me préparais, mon humeur s’améliora grandement et tout mon corps se mit
à pulser d’excitation. Il avait des projets pour moi, j’en étais sûre.
Tout en cherchant une jupe, j’essayai de ne pas me laisser intimider par ma nouvelle garde-robe.
Les vêtements portaient des étiquettes de marques que je n’aurais jamais pu me payer toute seule,
alors il était difficile pour moi de ne pas penser à la fortune que James dépensait pour moi. Cela
faisait si longtemps que je comptais le moindre centime que je ne pouvais pas m’empêcher de penser
que c’était du gaspillage. La moitié de son dressing extravagant était à présent remplie de vêtements
de marque féminins. Il avait dû dépenser des dizaines de milliers de dollars pour tout cela.
Je savais que c’était bête, mais bizarrement les vêtements m’intimidaient plus que tous les bijoux
en diamants dont il semblait avoir besoin de me couvrir. Oui, c’était bête, mais le fait était que je m’y
connaissais suffisamment en vêtements pour savoir à peu près ce que valaient ces marques, alors que
mes connaissances en matière de bijoux étaient plus que limitées.
Les vêtements étaient tous assemblés par paires pour faire des tenues complètes. J’aurais pu
davantage apprécier le côté pratique de la chose si je n’avais pas su que c’était le travail de Jackie. Je
n’étais pas vraiment une fan.
Je choisis rapidement une robe en soie bleue qui semblait confortable. J’essayai de ne pas
regarder l’étiquette, mais je n’y parvins pas et l’étiquette Armani Collezioni me sauta aux yeux.
J’enfilai mon soutien-gorge et ma culotte, puis je fis passer le doux tissu au-dessus de ma tête et
j’en tombai immédiatement amoureuse.
La robe était plus que confortable et très jolie. Elle embrassait mes courbes de manière très
flatteuse tout en n’étant pas du tout serrée. Et contrairement aux vêtements que j’essayais d’habitude,
elle était faite pour ma taille : les proportions étaient parfaites, pas trop courtes pour le torse ou les
jambes. Apparemment, il y avait des avantages à dépenser une fortune en vêtements. Bien sûr, la
plupart de ceux que j’avais eu pour habitude d’acheter ne coûtaient jamais plus de vingt dollars,
maximum…
Une section entière du dressing était dédiée aux chaussures. Mon cœur se réchauffa quand je vis
ce que James y avait fait.
Il n’y avait que des chaussures à talons compensés et des chaussures pour courir. De toutes les
choses qu’il avait achetées pour moi dans cette garde-robe monstrueuse, je trouvai que c’était ça le
plus adorable. J’avais tout juste mentionné une fois que les seules chaussures que j’aimais étaient les
chaussures à talons compensés et les chaussures de course, il était évident qu’il m’avait écoutée.
Toutes les chaussures pour femmes dépassaient de leur boîte et toutes les boîtes affichaient une
étiquette jaune portant des numéros tracés au feutre rouge. Je fronçai les sourcils. Les étiquettes sur
tous les vêtements étaient marquées de la même façon. Je soupirai en essayant soigneusement
d’arracher l’étiquette dans mon dos sans endommager la jolie robe.
L’étiquette portait le numéro 543. J’examinai les rangées de boîtes à chaussures et finis par
trouver le numéro correspondant. Je soupirai d’irritation quand je vis le système qui avait été mis en
place. Apparemment, Jackie ne me faisait pas confiance pour associer sans son aide une paire de
chaussures à ma tenue.
Une partie de moi voulait ignorer ses suggestions pas très subtiles et choisir ce que je voulais,
mais après tout, elle était habilleuse professionnelle, ce qui n’était pas mon cas.
Je décidai vaillamment de faire un essai en suivant sa recommandation. Pourquoi pas ? Si je
détestais les chaussures qu’elle avait sélectionnées, il me suffisait de porter autre chose.
J’ouvris une boîte pour trouver une paire de chaussures compensées à bout ouvert en cuir verni,
avec un joli petit nœud en cuir. Elles étaient adorables.
Je les enfilai et m’aperçus que Jackie savait ce qu’elle faisait. En outre, elles étaient
particulièrement confortables, il était facile de marcher avec.
J’y allai un peu fort avec le maquillage, cherchant à me faire des yeux smoky, j’eus l’impression
que cela fonctionnait. Je mis du mascara noir en abondance, puis mon rouge à lèvres habituel
recouvert de gloss rose pâle. Je fus satisfaite du résultat final. J’avais mis plus longtemps que
d’habitude pour me maquiller, pas plus de dix minutes malgré tout, ce qui me laissait encore dix
bonnes minutes pour mes cheveux qui ne nécessitaient qu’un rapide brushing. Je m’examinai
rapidement des pieds à la tête et constatai que la coupe de cheveux avait été une très bonne idée. Mon
visage était à présent encadré par une frange blonde et raide faisant ressortir mes yeux qui
paraissaient presque d’une étrange couleur aigue-marine.
J’étais exactement à l’heure quand j’entendis frapper à la porte de la chambre. J’ouvris la porte
en pensant qu’il devait s’agir de Marion. Je ne fus pas ravie de voir Jackie.
Elle me dévisagea de haut en bas en souriant comme si elle ne m’avait jamais clairement dit à
quel point elle ne m’aimait pas.
– Très bien. Armani te va bien. J’en prends note.
En la voyant, je m’étais composé une expression soigneusement neutre. Je ne parvins pas à lui
sourire à mon tour, mais j’avais bien l’intention de rester polie.
– Je suis pressée, si tu veux bien m’excuser…
Elle leva un doigt.
– Juste une chose. J’ai installé ta collection de sacs dans la salle d’essayage. James déteste le
bazar et ils prennent beaucoup de place, alors j’ai pensé que c’était la meilleure option. Suis-moi.
Elle partit sans attendre ma réponse.
Je la suivis sans enthousiasme, bien déterminée à regarder ce qu’elle voulait dire et à partir à
l’heure.
Elle me conduisit jusqu’à la chambre d’amis que j’avais utilisée quelques jours auparavant pour
essayer des robes. La moitié du grand placard était à présent dédiée exclusivement aux sacs à main.
Je poussai un grognement.
Jackie me jeta un regard. Il était presque hostile.
– Tu n’aimes pas les sacs à main ? demanda-t-elle, incrédule.
Je grimaçai.
– J’en aime certains, mais je déteste les pochettes. Je ne supporte pas de devoir tenir quelque
chose tout le temps. J’ai besoin d’un sac avec une longue sangle.
Elle fit une moue de pur dégoût, mais elle ne perdit pas de temps pour choisir un sac. Elle me
jeta un grand sac de cuir couleur crème en forme de sacoche.
– Pour l’amour de Dieu, passe-le au moins sur ton bras. Si tu le portes en bandoulière, je vais
me mettre à crier !
Je lui pris le sac, lui jetai un regard très froid et me précipitai hors de la pièce. Je dus brièvement
retourner dans notre chambre pour transférer mes affaires dans le sac avant de descendre à toute
vitesse, à présent en retard.
2
Monsieur Violent
Monsieur Sadique
Je l’observai longtemps, les jambes tremblantes. J’appuyai mon dos contre la fenêtre pour
m’aider à tenir debout.
Son veston avait disparu et sa cravate était de travers. Il avait retroussé les manches de sa
chemise. Et contrairement à ses habitudes, il ne l’avait pas fait soigneusement. Je vis une goutte de
sang isolée sur son col. J’examinai son visage et ses bras. Ses poings serrés étaient un peu gonflés,
mais son visage ne portait pas de marque.
– C’est un adulte qui a insulté la personne la plus importante de ma vie. Celle qui m’est la plus
précieuse au monde. Deux fois. Enlève ce putain de regard effrayé de ton visage. Je ne te mettrai
jamais de coup de poing, je ne t’attaquerai jamais en perdant le contrôle. Mais je vais te punir.
Il se mit à déboutonner sa chemise et la sortit de son pantalon beige. Son érection était très
visible sous le tissu clair.
Je me léchai les lèvres.
– Me punir pour quoi ?
– Pour ce regard. Pour ce manque de confiance en moi. Pour m’avoir abandonné pendant
plusieurs jours, quelle qu’en fût la raison. Et tu es en retard.
Il s’avança vers moi, torse nu et incroyablement beau, ses muscles travaillant à chaque pas sous
sa peau dorée et parfaite. Je regardai mon nom inscrit en rouge sur son torse.
Une main lourde tomba sur ma nuque. Il me poussa lentement vers le bureau. Il appuya
fermement, mais progressivement, jusqu’à ce que l’avant de mon torse soit parallèle à la surface du
bureau dont le rebord mordait les os de mes hanches. Ses mains remontèrent sous ma robe sans la
moindre hésitation et elles attrapèrent mon string en dentelle pour le faire descendre le long de mes
jambes d’un geste habile. Il toucha une cheville.
– Lève, ordonna-t-il sèchement.
Je levai le pied. Il répéta la chose de l’autre côté.
Ses doigts se déplacèrent le long de mon dos et dégrafèrent mon soutien-gorge à travers la soie
de la robe comme seul quelqu’un d’expérimenté savait le faire. Il me l’enleva rapidement en laissant
la robe en place.
Il fit remonter ma robe sur mes hanches, laissant ainsi mes fesses et mon sexe nus sous ses yeux.
Il resta longtemps debout derrière moi. Je me mis à gigoter.
– Ferme les yeux, ordonna-t-il.
J’obéis.
Je l’entendis partir à grands pas. Une porte à ma gauche s’ouvrit puis se referma. J’entendais ma
propre respiration haletante. J’étais dans un état pas possible.
Quelques minutes plus tard, je l’entendis à nouveau revenir. Il n’essayait pas d’être silencieux.
– Tiens-toi au bord du bureau, ordonna-t-il.
Je serrai le bureau.
– Quelque chose à dire pour ta défense ? demanda-t-il froidement.
Je ne savais pas par où commencer, je ne savais pas ce qu’il voulait, mais il fallait que j’essaye.
– Je suis désolée, Monsieur Cavendish.
– Désolée pour quoi ?
– Pour tout. De vous avoir laissé seul pendant plusieurs jours, quelle qu’en fût la raison. D’être
arrivée en retard. S’il vous plaît…
Il frappa, et des fils durs me fouettèrent le bas du dos. Je gigotai. C’était brûlant, mais pas
vraiment douloureux. C’était comme si j’étais fouettée par des cheveux très épais. C’était peut-être la
raison pour laquelle il ne se retenait pas, fouettant sans relâche. Je me trémoussai contre le bureau en
gémissant.
Il appuya une main dure sur mon dos et me tint immobile en fouettant mon corps. Il répartit
généreusement les coups de mes fesses à mes cuisses. Cela continua longtemps pendant que je me
tortillais.
Il s’arrêta brutalement. J’entendis sa respiration laborieuse.
– Tu aimes le fouet en crin de cheval ? demanda-t-il.
Je fis un petit bruit de plaisir.
– Oui, Monsieur Cavendish.
– Cela pourrait être considéré comme un échauffement, Bianca. Sais-tu ce que cela veut dire ?
Je secouai la tête.
– Non, Monsieur Cavendish.
Il se pencha lourdement sur mon dos, appuyant son érection pesante – toujours couverte par son
pantalon – contre mon sexe. Il souffla les mots suivants dans mon oreille :
– Ouvre les yeux.
Je ne vis qu’un côté du bureau sur lequel j’étais étalée, étant donné que James m’appuyait sur le
dos. Il posa un lourd objet noir et bleu sous mes yeux. Je ne compris pas tout de suite ce que je voyais.
Cela ressemblait presque à un bouquet de fleurs, et pourtant non…
Du lourd cuir teinté avait été torsadé pour former de magnifiques roses bleues au bout d’épais
fouets noirs.
Je me léchai les lèvres, soudain plus nerveuse et effrayée. Il y avait une douzaine de ces boutons
de fleurs menaçants.
James posa sur ma joue le manche en cuir rigide de cet objet de torture, et je regardai les
lourdes fleurs traîner le long du bureau. Il caressa ma joue.
– Le fouet en crin de cheval était un échauffement, répéta- t-il, et cela signifie que j’ai des projets
pour toi, Bianca : la douleur n’a même pas encore commencé.
Je haletai, puis je me raidis quand j’entendis le bruit reconnaissable d’une fermeture Éclair.
– Les roses te font-elles peur ? demanda-t-il doucement, d’une voix presque railleuse.
Il me tenait les cuisses et écarta mes jambes en me poussant sur le bureau.
– Oui, dis-je, à bout de souffle.
– Faisons un marché, commença-t-il en me pénétrant brusquement.
Je gémis de surprise.
– Si tu arrives à ne pas partir pendant que je soulage ma tension, je t’épargne les roses. Pour
aujourd’hui.
Pendant qu’il parlait, il se retira lentement en faisant passer sa bite parfaite le long de tous les
merveilleux nerfs en moi.
Il se retira complètement avant de replonger en moi, lentement et durement, jusqu’à ce que j’en
crispe les orteils.
– Pour que ce soit plus juste, je serai bref, dit-il d’une voix amusée mais froide.
Il sortit, puis me pénétra à nouveau, avant d’aller et venir pour de bon.
Sa longueur épaisse était douloureusement dure, elle frappait en moi et me travaillait de
l’intérieur. Même sa bite était sadique et dominatrice aujourd’hui.
Une de ses mains serra si fort l’intérieur de ma cuisse que je sus que j’aurais des marques.
L’autre main était sur mon dos, me poussant fermement sur le bureau.
Il me baisa comme il ne le faisait que très rarement, pour se donner un orgasme rapide.
Quand il jouit en moi, un bruit rauque et violent s’échappa de sa gorge. Le son était étouffé,
comme s’il ne pouvait pas s’en empêcher. Ce bruit me poussa vers l’orgasme. Je jouis à mon tour
avec un gémissement pendant qu’il tressautait en moi, expulsant les derniers restes de sa libération
sauvage.
Il ne s’attarda pas en moi et se retira alors que j’étais toujours serrée autour de sa bite. Je sentis
du liquide chaud continuer à gicler de sa longueur dure quand il s’appuya contre mon cul.
Il me tira en arrière jusqu’à ce que mes pieds touchent à nouveau le sol. J’avais oublié que je
portais des talons lorsque mes pieds se posèrent par terre en chancelant.
Il remonta encore ma robe, puis il me releva par les épaules.
– Lève les bras, murmura-t-il quand je fus debout.
Je levai les bras.
Il fit passer la robe par-dessus ma tête. Je tournai la tête pour le regarder poser la robe
soigneusement sur le dossier de sa chaise de bureau.
Il m’observa pendant un moment.
– Enlève tes chaussures.
Je les enlevai en vacillant.
James tendit un bras vers moi et fit passer son doigt dans l’anneau à mon cou, tout en attrapant
mes cheveux de l’autre main. Il me tira à travers la pièce.
Il me guida jusqu’à l’une des portes qui menaient ailleurs qu’à l’accueil. Je n’avais pas vérifié
où elle conduisait, mais James me le montra vite.
Il m’attira dans une petite chambre à coucher avec une grande fenêtre. J’écarquillai les yeux en
voyant le lit.
Il prenait presque tout l’espace. Il était assez grand pour aller dans une des chambres colossales
de ses maisons. Il y avait une structure en treillis au-dessus, avec une collection impressionnante
d’attaches déjà disposées.
– Ta pièce à baiser au travail ? demandai-je sans cacher mon ton accusateur.
Je savais qu’il avait couché partout avec tout le monde, mais j’en avais assez d’en trouver les
preuves partout où nous allions.
– C’est nouveau. Avant, ce n’était qu’un lit dans lequel je dormais tout seul. Si tu as d’autres
questions, tu pourras les poser plus tard. Mets-toi sur le lit.
Je grimpai jusqu’au centre du lit. Je me mis à genoux.
– Debout, aboya-t-il.
J’obéis.
Il prit mon poignet et le leva loin de mon corps. Il tira sur une des attaches noires accrochées au-
dessus du lit. Je fus surprise de voir qu’elle était en caoutchouc. C’était comme un tube doux,
confortable et étirable. Il entoura plusieurs fois mon poignet jusqu’à ce que ce soit très serré. Il
l’attacha, et puis il tourna ma main pour que je puisse serrer le tube. Il fit la même chose pour l’autre
main. Quand il eut terminé, mes deux bras étaient bien écartés. Je trouvais inquiétant qu’il ait choisi
quelque chose d’aussi confortable pour m’attacher. Cela me renseignait au sujet des roses…
Il positionna mes pieds pour me mettre à l’aise. Je tremblais quand il s’éloigna du lit.
Il m’avait attachée de façon à ce que je sois face à la fenêtre, avec une magnifique vue sur
Manhattan, mais tous ses mouvements se passaient derrière moi, m’empêchant de voir ce qu’il faisait.
Je le sentis monter sur le lit quelques minutes plus tard. Il resta derrière moi.
Il me fit attendre si longtemps que je commençai à me détendre légèrement. C’est alors qu’il
frappa.
Mon dos se plia sous le coup qu’il donna sur mes cuisses. C’était de loin la punition la plus dure
qu’il m’avait infligée. Je le sus après un coup seulement. J’avais l’impression que des douzaines de
petits poings durs m’avaient frappée. James s’arrêta longtemps après le premier coup tandis que je
tremblais.
Le coup suivant atterrit sur mes fesses, et mon corps se balança d’avant en arrière à cause des
attaches en caoutchouc.
Je gémis, et ma tête tomba en avant.
Il frappa encore et donna un autre coup sans faire de pause. Les larmes coulaient sur mes joues
et je ne pus pas tout à fait étouffer un cri quand il frappa de nouveau.
C’était la première fois qu’il avait essayé quelque chose sur moi de si profondément douloureux
que je n’étais pas sûre de pouvoir le supporter. Je n’avais jamais été si près d’utiliser le mot d’alerte
quand il finit par s’arrêter.
Je sanglotais quand il attrapa l’avant de mes cuisses et qu’il tira mes jambes vers l’arrière en
hauteur, de façon à ce que je sois complètement suspendue.
Il me tint ainsi pendant qu’il passait entre mes jambes. Il me pénétra brutalement, comme s’il
s’agissait là aussi d’une punition. Il fit des va-et-vient furieux et les deux seuls endroits où nous nous
touchions étaient ses mains sur mes cuisses et sa bite en moi. Au bout de quelques secondes, j’étais
déjà au bord de l’orgasme et je jouis autour de lui avec un petit sanglot, mes parois intérieures le
serrant encore et encore, le pressant jusqu’à ce qu’il se lâche en moi avec un petit cri de surprise.
Je ne pensais pas avoir déjà eu un orgasme aussi puissant et je sanglotai de plaisir et de douleur
quand il finit par se retirer et qu’il reposa mes pieds sur le lit. Il me détacha rapidement et me fit
descendre sur le lit avec lui. Il tira mon visage contre son torse nu en murmurant des mots
réconfortants pendant que je pleurais sur l’inscription Bianca. Il me caressa le dos et embrassa mes
cheveux, mais rien ne m’apaisa.
Il m’avait fait souffrir plus qu’avant, me baisant deux fois sans une seule seconde de contact
visuel, sans une seconde d’intimité. Et j’avais joui si fort que je ne pouvais pas m’arrêter de sangloter
à cause de cette perte de contrôle. Pour la première fois depuis que nous étions ensemble, je
m’inquiétai que les choses que nous faisions ressortir l’un chez l’autre soient des choses avec
lesquelles je ne pourrais pas vivre. Ou plutôt, des choses qu’il faisait ressortir en moi.
J’avais toujours su que j’avais des tendances masochistes, même si je les gardais enfouies en
moi, mais je pensais qu’avec James, en faisant ce que nous faisions, cela atténuerait les besoins que
j’avais. Pour la première fois, je me demandai : Et si cela ne faisait qu’empirer les choses ?
James sembla percevoir mon repli sur moi-même.
– Je dois bientôt retourner travailler, mais d’abord…
Il me retourna sur le dos, il écarta mes jambes et il se plaça entre elles en un seul geste. Il écarta
encore mes jambes puis il les poussa vers le haut contre moi. Je regardais sa bite magnifique quand il
l’aligna contre mon sexe.
– Regarde-moi, dit-il sèchement, l’air furieux.
Je regardai ces yeux que j’aimais et je m’y perdis, comme si leur seule vue suffisait à vider mon
esprit.
Il me pénétra d’un mouvement fluide.
– Sors de tes pensées, Bianca. Je ne te laisserai pas te renfermer.
Il se mit à bouger en moi, me pénétrant sans s’arrêter, me gardant captive de son regard. Il fit
tourner ses hanches, déplaçant sa longue bite épaisse le long des parois de mon sexe. Je gémis, puis
j’inspirai brusquement. Il avait tant de façons de me faire atteindre l’orgasme que quand il essaya de
bouger à nouveau, je me serrai autour de lui en jouissant.
Son regard fut si tendre et intime quand il atteignit son propre orgasme quelques secondes plus
tard. Il posa la main sur ma joue. Je savais que mon regard portait en lui la même vulnérabilité brute.
4
Monsieur Excessif
James me borda tendrement en posant un baiser sur mon front et en me disant de dormir. Je ne le
contredis pas. Je ne pensais pas pouvoir sortir de là et encore moins retourner à son appartement sans
dormir d’abord. Je m’endormis.
Je me réveillai lentement, langoureusement, en étirant mon corps meurtri sur les draps doux,
mes yeux s’ouvrirent au prix d’un effort. Ce que je vis alors me réveilla complètement.
Le bouquet noir et bleu de roses diaboliques était arrangé sur l’oreiller comme s’il s’agissait de
fleurs. James n’était pas dans le lit avec moi, il travaillait, mais le bouquet le remplaçait apparemment.
Je me détournai du rappel brutal de nos activités et je m’assis.
Je ne savais pas ce qu’il était advenu de mes vêtements, si ce n’est qu’ils n’étaient pas dans la
pièce avec moi et qu’au-dehors, c’était un bureau. Je me trouvais dans la position gênante de devoir
m’envelopper dans un drap pour jeter un coup d’œil prudent dans le bureau. J’aurais été morte de
honte si James avait eu de la compagnie.
Heureusement, il était seul, assis en silence à son bureau, un téléphone contre l’oreille. Il me
remarqua immédiatement. Il me fit signe de venir vers lui. Je m’approchai lentement en serrant
l’immense drap blanc contre moi.
Il couvrit soigneusement le micro du téléphone.
– Bonjour, ma belle. Laisse tomber le drap et assieds-toi ici, dit-il en tapotant un endroit sur son
bureau face à sa chaise.
Oh là là.
Il avait d’autres plans pour moi.
Je me sentais un peu gênée en laissant tomber le drap, mais j’oubliai presque immédiatement
cette impression quand je vis son regard brûlant sur mon corps.
– Alors, quel est le problème ? dit-il au téléphone d’une voix bourrue.
Je dus le frôler pour m’asseoir à l’endroit qu’il avait indiqué. Je savais que ce n’était pas une
coïncidence. Il posa un rapide baiser sur ma hanche pendant que je m’installais.
Je me perchai face à lui, sur le rebord du bureau.
Il était entièrement vêtu d’un costume immaculé. Évidemment, il devait avoir des costumes
supplémentaires hors de prix sous la main, juste au cas où. Celui-ci était un costard traditionnel gris
foncé, parfaitement taillé dans un style moderne. Sa chemise était de la même couleur, mais elle avait
un col blanc et sa cravate était rouge écarlate. Il était à la fois bouleversant, parfait et sinistre.
Il était parfaitement habillé jusqu’aux orteils tandis que j’étais complètement nue. Je mouillais
déjà alors qu’il m’avait à peine touchée. La décoration ancienne du bureau ne m’aidait pas. Il y avait
quelque chose d’intrinsèquement érotique à le voir me maîtriser depuis son bureau où il régnait sur
son propre empire.
Il utilisa sa main libre pour écarter mes cuisses avec fermeté. Il couvrit à nouveau le micro du
téléphone.
– Appuie-toi sur tes coudes, ordonna-t-il.
J’obéis.
– Règle-le, dit-il sèchement au téléphone.
Il me caressa la cuisse presque paresseusement, en faisant courir l’index de sa main libre le long
d’un chemin paisible jusqu’à mon sexe.
Je gigotai.
Il passa doucement entre mes plis. Cela me rendit folle. Je me plaçai de façon à pouvoir atteindre
les côtés de mes seins avec les mains. Je massai sans ménagement ma propre peau. James me jeta un
regard appuyé. Ce regard signifiait que j’étais très vilaine, mais il ne m’arrêta pas.
Il enfonça deux doigts en moi sans prévenir et je poussai un cri.
Il couvrit le micro.
– Silence, gronda-t-il, avant de retourner à son appel.
Il retira lentement ses doigts, en les passant sans pitié le long des endroits les plus sensibles.
Je pouvais à peine intégrer ce qu’il disait au téléphone tandis qu’il replongeait ses doigts experts
en moi. C’était quelque chose du genre « c’est pour cela que je te paie », mais personne n’aurait pu
me payer pour que je m’en soucie.
Il travailla longtemps en moi avec ses doigts épais, toujours avec le téléphone à l’oreille. J’étais
au bord de l’orgasme quand je le sentis bouger et se pencher vers moi.
– Envoyez-moi le rapport. Oui. Ce sera tout, dit-il.
Quelques secondes plus tard, il enfouit son visage entre mes jambes, sa jolie bouche se dirigeant
vers mon clitoris et le suçant tout en gardant ses mains en mouvement à l’intérieur de moi.
Je ne mis pas dix secondes à crier pendant l’orgasme en empoignant ses cheveux soyeux d’une
main. Je me serrai autour de ses doigts talentueux.
Il les retira lentement en se levant. Il lécha ses doigts et je me tortillai sous ses yeux. Ses mains
descendirent jusqu’à la taille de son pantalon. Je le fixai d’un regard affamé quand il libéra son
érection dure et lourde.
Il se pencha et m’embrassa d’un baiser langoureux, la bouche ouverte. Je pus sentir mon goût
sur ses lèvres. Je suçai sa langue.
Il se redressa brusquement et attrapa une de mes jambes presque molles pour faire remonter ma
cheville jusqu’à son épaule. Il embrassa l’intérieur de ma cheville et entra en moi.
Son regard turquoise fixait intensément mon visage pendant qu’il bougeait en moi. Ses yeux
étaient si ternis. Cela les rendait encore plus beaux.
Cette position, avec mes hanches sur le bord du bureau et mes jambes remontées si haut, était si
profonde et intense qu’il me conduisit à un nouvel orgasme en quelques va-et-vient fermes.
– Jouis, ordonna-t-il en serrant les dents.
Je me liquéfiai.
Il ne s’arrêta pas quand mes muscles se contractèrent autour de lui. Il ne ralentit même pas. Il
appuya fortement, poussant mes jambes jusqu’à ce qu’elles soient à peu près parallèles à mon buste. Il
me regardait avec des yeux presque colériques, et nos fronts étaient à deux doigts de se toucher
lorsqu’il dit d’une voix éraillée :
– Je vais te faire jouir tant de fois que tu vas oublier toutes les façons que tu trouves de douter de
nous.
Et c’est ce qu’il fit. Il me martela en appuyant aux bons endroits de mon corps avec un suprême
talent. Je n’étais pas sûre de pouvoir encore former une pensée cohérente quand il s’autorisa enfin à
se vider en moi. Je ne pouvais plus du tout réfléchir assez bien pour compter mes orgasmes. Ses
lèvres se tordirent vicieusement juste à la fin, quand il me fit jouir une dernière fois alors que j’étais
déjà plus que rassasiée. Je ne pouvais même plus lever un bras quand il se retira lentement de moi.
– Va dormir, ma belle. Je dirai aux gars que nous mangerons tard ce soir. Il faut que tu te
reposes un peu.
Pendant qu’il parlait, il abaissa mes jambes et me prit dans ses bras. Je dormais avant même qu’il
ait eu le temps de me porter jusque dans la chambre.
Quand je me réveillai à nouveau, James était dans la même position qu’avant. Il était assis à son
bureau, un téléphone collé à l’oreille. Il fit pivoter sa chaise quand j’entrai avec hésitation dans son
bureau. Il me fit un sourire diabolique en m’examinant. C’était son sourire de dom. Quel homme
lunatique !
Il couvrit le micro de son téléphone.
– Laisse tomber le drap et viens ici, ordonna-t-il d’un ton très nonchalant.
J’obéis avec un sentiment irréel quand la scène précédent ma sieste sembla se reproduire.
Il couvrit à niveau son téléphone.
– Mets-toi à genoux et suce-moi, ordonna-t-il mollement.
Je m’accroupis et me léchai les lèvres en le regardant. C’était comme s’il avait lu dans mes
pensées. Quand je l’avais vu assis là, affalé comme un roi insolent sur son trône, c’était exactement ce
que j’avais voulu lui faire.
Je le libérai de son pantalon avec des mains avides. Je posai les deux mains autour de sa bite
parfaite et je le caressai.
Il plongea sa main libre dans mes cheveux et m’attira contre lui. Il me fit passer entre ses
jambes, avançant ses hanches jusqu’au bord de sa chaise. Il poussa contre ma bouche. Je m’ouvris
pour lui, suçant son bout avec un petit gémissement. Il poussa profondément, baisant ma bouche si
profondément que je m’étouffai presque.
Il se retira puis il entra à nouveau.
Je remarquai à peine qu’il raccrochait bruyamment son téléphone.
– Détends les muscles de ta gorge, me dit-il. Prends-moi plus profondément.
Je pris un peu plus de lui dans ma bouche.
– Sers-toi de tes mains, ordonna-t-il, et je serrai les mains autour de la base en suçant aussi
profondément que je le pouvais, agitant furieusement la tête.
Il fit passer ses deux mains dans mes cheveux, me guidant en tirant durement. Il fit un bruit
merveilleux en se déversant en moi et en faisant tressaillir ses hanches. J’adorai et je fis de petits
bruits en continuant à sucer même après qu’il eut joui. Il dut me faire reculer assez fermement. Il me
fit un regard très tendre pour mes efforts.
– Tu adores que je te baise la bouche, non ? murmura-t-il en caressant ma lèvre.
Je murmurai mon assentiment.
– J’aime tout, lui dis-je à voix basse.
Nous prîmes une douche ensemble dans la chambre bien équipée du bureau. Comme à son
habitude, il me lava tendrement avec des caresses langoureuses.
– Ton bureau ne ressemble pas à ce que je pensais, lui dis-je pendant qu’il me séchait
soigneusement. Il n’y a pas la touche « James ».
Il posa un baiser sur ma hanche en me séchant les jambes.
– C’était le bureau de mon père. Je n’ai jamais pu me résoudre à y changer quoi que ce soit.
Je glissai une main dans ses cheveux mouillés. Mon James sentimental.
Je n’aurais pas dû être surprise que la chambre possède un dressing ni qu’il contînt des
vêtements pour moi. James trouvait plus intéressant de me chercher des vêtements que de s’habiller
pendant qu’il parcourait le grand dressing rempli exactement jusqu’à la moitié de vêtements féminins.
Il était presque sec, même si quelques endroits de sa peau dorée étaient encore délicieusement
humides. Une serviette était posée très bas autour de ses hanches. Cela m’empêchait de me concentrer
sur ce que j’étais censée faire. J’en oubliais même que j’essayais de faire autre chose que le regarder
d’un air affamé.
James sortit une robe fourreau gris pâle avec un col bateau.
– Celle-là, dit-il.
Je levai les yeux au ciel.
– Et c’est moi qui choisis tes vêtements ?
Il fit un signe de la main depuis son côté du dressing en fouillant toujours dans mon portant
d’habits.
– Comme tu veux, Bouton d’Or, dit-il en s’avançant vers un étalage de ceintures, sur une grande
commode à l’arrière du dressing.
J’eus le souffle coupé en l’entendant utiliser ce surnom, et je le regardai. Il ne me regardait
même pas…
J’entrai dans le dressing en essayant de penser à autre chose.
Je parcourus des vêtements si coûteux que cela semblait être une hérésie de les toucher.
– Tu dois porter un costume ? demandai-je, car je l’avais si rarement vu porter autre chose.
– Ce serait préférable, parce que nous allons dîner dans une de mes propriétés et que je préfère
avoir l’air professionnel dans les endroits où je fais des affaires. Mais s’il y a autre chose qui attire
ton regard, je ne ferai pas le difficile.
Je lui jetai un regard ironique.
– Tu trouves que c’est professionnel de frapper un type qui insulte ta petite amie ?
Il me fit un grand sourire sans la moindre culpabilité. C’était plutôt exaspérant.
– Je reste un être humain, dit-il.
Je secouai la tête. Il était incroyable.
Je choisis un magnifique costume gris pâle. Je trouvai vite une superbe chemise turquoise et une
cravate. Je l’avais déjà vu porter cette couleur et elle lui allait à ravir.
Je me retournai pour lui montrer mon choix quand je le vis se baisser pour prendre une paire de
chaussures à talons compensés en daim turquoise. Il tenait dans la main une fine ceinture turquoise
pour la robe. J’examinai ses choix, puis les miens, et je me mis à rire.
Je ris si fort que je dus m’asseoir par terre et que ma serviette tomba.
Je gloussai encore plus quand James bondit sur moi en souriant et que nos vêtements tombèrent
en tas sur le sol pendant qu’il me collait à terre.
Il enleva des mèches de cheveux mouillés de mon visage et il sourit en me regardant dans les
yeux.
– Tu as vu ce que je choisissais, ou bien sommes-nous vraiment aussi fous l’un que l’autre ?
demandai-je toujours en riant.
Il me caressa la joue en me faisant un sourire adorable. Je ne pensais pas qu’il puisse exister une
personne sur terre qui ne tomberait pas instantanément amoureuse de ce sourire. De lui.
– Bien sûr que j’ai triché, me dit-il. J’étais prêt à changer toute ta tenue jusqu’à ce que nous
soyons accordés.
Je gloussai plus fort et il embrassa mes lèvres. Il ne s’attarda pas et recula rapidement.
– Tu es complètement fou, lui dis-je en me levant pour m’habiller.
Il me fit un câlin par-derrière en s’appuyant fortement contre moi, frottant son torse lisse contre
mon dos. Il me dit à l’oreille :
– Fou de toi, ma belle.
Je me raidis, réchauffée par ses paroles, mais aussi instantanément mal à l’aise. Que voulait-il
dire ? Était-ce aussi sérieux que cela en avait l’air, ou bien était-ce juste une marque de sa nature
affectueuse ? Il me disait des choses insensées depuis le début, alors j’avais eu tendance à ne pas les
prendre au sérieux, mais il semblait de plus en plus évident qu’il était très sérieux, qu’il l’avait
toujours été. S’attendait-il à ce que je lui réponde de la même façon ? Parce que je n’étais pas prête
pour cela, je ne savais même pas comment faire.
Le moment gênant passa vite. James se contenta de poser un petit baiser dans mon cou puis il me
laissa aller m’habiller.
La salle de bains était remplie de produits de toilette et de cosmétiques pour moi. Je trouvais cela
à la fois complètement fou et totalement pratique. Il y avait même un sèche-cheveux. Je fus prête en
moins de vingt minutes, James en moins de dix.
– Ça te gêne si on va dîner avec Frankie la prochaine fois que nous serons à Vegas ? demanda
James pendant que je terminais de me préparer. Un soir de la semaine prochaine.
– Pas du tout, dis-je rapidement, toujours honteuse de la jalousie que j’avais éprouvée de la
complicité qu’elle avait avec James, lors de notre première rencontre.
Apparemment, elle était pourtant une des seules femmes magnifiques sur la planète avec laquelle
James n’avait pas couché, et je me sentais bête d’avoir supposé qu’ils avaient une espèce de passé
commun. Je n’étais pas mécontente d’avoir une occasion de donner une meilleure impression de moi
à cette femme.
– Et Lana m’a appelé. Elle veut déjeuner avec toi. Elle est à New York cette semaine et elle a dit
qu’elle se rendrait disponible pour toi. Je lui ai dit de te contacter, parce que je ne savais pas quels
étaient tes plans pendant que je travaille.
– Ah, ça me fait plaisir, dis-je sincèrement.
J’avais tout de suite apprécié cette autre femme. Elle était agréablement candide et c’était facile
de lui parler. Je ne m’attendais pas à m’entendre avec beaucoup des gens du riche cercle de
connaissances de James, alors une telle amie était d’un grand réconfort.
– Parker et Sophia veulent aussi nous inviter pour dîner. Je leur ai dit peut-être dans quelques
semaines. Pour être honnête, la façon qu’il a de ne pas te faire peur m’inquiète.
Je souris, acquiesçant en silence. Parler de bébés, ce n’était vraiment pas la meilleure manière de
ne pas me faire peur.
James posa un bras possessif autour de ma taille quand nous quittâmes son bureau. Blake nous
attendait à l’ascenseur. Elle hocha la tête vers James, le visage figé dans sa sévérité habituelle.
– Réassigne Johnny, lui dit James sèchement.
Elle fut visiblement perplexe.
– Monsieur, qu’a-t-il fait ? demanda-t-elle quand nous montâmes dans l’ascenseur.
Je tournai la tête pour étudier son visage. Sa mâchoire était serrée, mais cela ne me disait rien
sur ses pensées.
– Il désire Bianca. Je l’ai vu mater ses jambes quand il était censé l’escorter en sécurité dans
l’ascenseur. Tu n’as pas besoin de le virer, il doit juste changer de mission. Ce n’est pas lui qui
gardera son corps.
Je n’avais pas particulièrement apprécié Johnny, pas du tout, en fait, mais là, c’était totalement
ridicule.
– James… commençai-je.
– Non, m’interrompit James d’un ton neutre, bien que ses mots ne le fussent pas. Si tu fais valoir
l’argument que tu le veux près de toi, cela ne va pas l’aider, crois-moi.
Je me raidis. De toutes les choses insensées, arbitraires, complètement déraisonnables que
j’avais entendues, ce devait être la pire.
– Je crois que tu es fou. Ceci n’a rien à voir avec Johnny…
– Je n’aime pas la façon dont tu dis son prénom. C’est beaucoup trop familier, alors que vous ne
vous connaissez que depuis très peu de…
– Tu plaisantes ? explosai-je.
– Je m’en occupe dès que je peux, Monsieur, dit Blake, sans remettre en question ses décisions
insensées.
Je ne pensais pas qu’il aurait toléré qu’elle le fasse. Mais moi, je pouvais tout à fait les remettre
en question.
– James, je ne te laisserai pas jouer aux tyrans. Johnny n’a rien fait de mal. Tu ne peux pas dire
qu’il me désire en te basant uniquement sur la façon dont tu as interprété un regard.
– Ceci n’a rien à voir avec ma jalousie, Bianca. En tout cas, pas uniquement. Cela concerne ta
sécurité et s’il est trop occupé à mater tes jambes pour faire son travail, il ne me sert à rien.
– Et tout ceci à partir d’un seul regard ? lui demandai-je en serrant les mâchoires.
– Oui, j’ai un bon instinct.
– Je m’en fiche. Tu ne vas pas le changer de mission après un seul regard. Tu m’as dit que je
pouvais prendre part aux décisions de qui était engagé ou viré, ou quoi que ce soit d’autre, et je dis
qu’il ne sera pas réassigné après un seul regard.
Il serra très fort la mâchoire, mais je vis immédiatement que j’avais gagné.
– Bien. Il te faut plus de preuves. Je le garderai assez longtemps pour les trouver. Blake, tiens-
moi au courant de son comportement quand je ne suis pas présent.
– Oui Monsieur, dit-elle avec un regard sans expression.
Je me demandai ce qu’elle pensait de ses actes complètement fous, mais je n’allais certainement
pas lui poser la question.
– Où allons-nous ? lui demandai-je en essayant de dépasser cette dispute idiote et en ne voulant
pas rester fâchée alors qu’il avait cédé à mes souhaits.
– Cela s’appelle Red. C’est un de mes restaurants. Il est juste à côté. Les garçons nous y
rejoignent pour dîner.
Je souris quand il les appela « les garçons », parce que cela semblait si familier et confortable,
comme si Stephan et Javier avaient été ses « garçons » depuis toujours.
À la seconde où nous sortîmes de l’ascenseur dans l’immense hall de l’hôtel, nous fûmes
encadrés par ma sécurité et Clark.
Je jetai un regard ironique à James.
– Tu ne penses pas que tout ceci est un peu exagéré ? lui demandai-je.
Il serra ma hanche assez fort pour y faire une marque.
– Jusqu’à ce que ton père soit trouvé et emprisonné, rien n’est exagéré. Je peux me le permettre,
alors accorde-moi ça.
– Hmm, dis-je, ne sachant pas vraiment quoi faire par rapport à ses précautions excessives.
Pour être honnête, une partie de moi aimait cette protection, aimait savoir que mon père ne
pourrait pas m’atteindre même s’il faisait tout ce qu’il pouvait. Cependant, l’autre partie de moi savait
que quatre personnes pour garder une seule femme insignifiante, c’était complètement absurde.
5
Monsieur Magnanime
Red était aussi outrageusement luxueux que je l’avais imaginé. James ne semblait pas posséder
de propriété qui ne le soit pas. Chaque centimètre de l’endroit était, évidemment, rouge. Toutes les
nuances de rouge étaient représentées sur les murs, dans le parquet et dans les chandeliers en cristal
rouge au-dessus de toutes les tables et dans le hall d’entrée.
La première pièce de l’établissement était un gigantesque bar avec de hauts plafonds et du
marbre rouge couvrant toutes les surfaces. La file qui s’était formée tout autour du bâtiment jusqu’à
l’entrée signifiait que l’endroit était très demandé, mais on ne l’aurait pas su en regardant le bar
spacieux. Les clients étaient bien habillés et ils se comportaient bien. Les gens branchés se mêlaient
aux gens riches dans une atmosphère de bon goût.
Une hôtesse brune et sérieuse, qui faisait sans doute du mannequinat, nous guida rapidement à
travers les bars jusqu’à l’une des salles à manger extravagantes. Je pouvais en voir trois.
Toutes les tables étaient surmontées d’immenses arrangements floraux.
Toutes les fleurs étaient rouges, bien entendu.
– C’est très rouge, dis-je à James.
Il se contenta de sourire.
L’hôtesse nous guida jusqu’à une table au centre de la grande pièce. Pas de salle à manger privée
pour nous. Apparemment, James voulait être vu ce soir.
Stephan et Javier nous attendaient déjà à la table. Stephan me salua avec un long câlin, Javier
plus rapidement.
Nous nous assîmes à la table magnifique et je regardai, impressionnée, l’équipe de sécurité se
positionner tout autour de la pièce sans un mot.
– C’est tellement chorégraphié, dis-je.
Stephan et Javier buvaient tous les deux du vin rouge, et James et moi nous prîmes de l’eau.
– Apportez-nous le menu spécial de ce soir, dit James à la serveuse qui semblait en admiration
devant lui. Cela vous convient à tous ?
On hocha tous la tête. Nous étions du personnel navigant, ce qui nous mettait dans la position
étrange d’être à la fois cultivés, d’avoir visité du pays, tout en n’étant jamais allés dans un endroit
aussi intimidant et coûteux. Je me dis que cela nous rendait tous un peu nerveux.
On bavarda confortablement en attendant la nourriture. Les garçons s’entendaient tous
remarquablement bien, ce qui me soulageait beaucoup. Stephan et James avaient toujours tant de
choses à se dire. Que ce soit le sport, les voitures ou les débats politiques amicaux qui me donnaient
un léger mal de tête, ils parlaient comme s’ils étaient de vieux amis. Cela me réchauffait le cœur.
Le repas arriva en plusieurs vagues de plats délicieux avec de petites portions de nourriture
richement assaisonnée, et je ne savais ce que c’était que parce que la serveuse les présentait avec un
grand geste et une explication. Le plat principal, du flétan poêlé avec un risotto d’asperges printanier,
me fondit dans la bouche.
– C’est très bon, lui dit James quand elle eut servi un autre plat.
Elle rayonnait presque en partant, manifestement affectée par son compliment.
– Tu ne devrais pas distribuer ton charme si librement. Le monde entier va finir par tomber
amoureux de toi, lui dis-je avec un léger sourire.
Il me prit la main et embrassa mes doigts. Il m’examina.
– C’est ce que tu penses, ma belle ?
Je détournai le regard en rougissant, ne sachant pas quoi dire.
Le dessert était encore plus délicieux que le dîner, avec un gâteau à la banane caramélisée et une
crème anglaise glacée au rhum. Les parts étaient minuscules, mais j’avais le ventre plein quand nous
eûmes terminé ce bon repas.
On s’attarda longtemps après le repas, profitant de l’endroit magnifique et de la compagnie
agréable. Les garçons partaient voir une pièce à Broadway après le dîner. L’idée me faisait sourire.
Broadway n’était pas le truc de Stephan, alors c’était mignon qu’il y aille pour Javier.
– Oh, j’ai failli oublier, dit James avec un grand sourire. Un magazine de santé masculin m’a
demandé de faire une séance photo de dernière minute avec une courte interview.
Je le regardai en écarquillant les yeux.
– Une séance photo ? demandai-je.
Je n’aurais pas dû être surprise. C’était un top model. Quel magazine n’aurait pas voulu l’avoir
pour sa couverture ?
– J’ai vu tes dernières photos. C’était très bien, dit Javier.
James haussa les épaules.
– J’en fais de temps en temps. Ils voulaient que je fasse cette séance pour le magazine de
l’automne, mais j’ai insisté pour faire le premier qui allait sortir. J’ai de bonnes relations avec ce
magazine.
J’eus soudain une pensée.
– Le ferais-tu seulement pour montrer tes tatouages à tout le monde ? demandai-je.
Il fit un sourire diabolique et les garçons se mirent à rire. C’était tellement fou, tellement
exagérément romantique, et si typique de James de vouloir montrer la preuve de son dévouement au
monde entier. Je rougis comme une pivoine.
– Tu viendras avec moi à la séance photo ? C’est mercredi après-midi, juste après le travail au
bureau.
Je fis mon petit haussement d’épaules.
– Si tu as envie que j’y sois, je viendrai.
Ses yeux brillaient dans son visage souriant.
– Ma belle, je te veux partout où je vais. Je te mettrais dans ma poche si je le pouvais.
On se mit tous à rire, mais je pense que nous savions tous qu’il le pensait sincèrement.
– Et puis, Stephan et Javier ont une nouvelle pour toi, dit James en les regardant.
Je les observais, surprise de voir qu’ils paraissaient nerveux. Je jetai un regard à Stephan qui
signifiait « crache le morceau ».
Il se mordit la lèvre en réfléchissant à ce qu’il allait dire.
– J’ai eu un rendez-vous avec James aujourd’hui, pendant que tu dormais, commença-t-il.
Je ne m’étais pas rendu compte qu’il était venu au bureau.
– Il a généreusement accepté de fournir le capital de départ pour que Javier et moi nous
ouvrions un bar à Vegas, poursuivit Stephan.
Je ne réagis pas, j’observai les trois hommes, surprise par ce qui s’était passé sans que je sois au
courant.
James ne semblait pas pouvoir s’en empêcher, il s’immisçait dans tous les aspects de ma vie,
mais comment pouvais-je lui en vouloir alors qu’il faisait des choses aussi merveilleuses pour mon
meilleur ami ? La réponse était simple. Je ne le pouvais pas.
Je regardai James.
– Merci, lui dis-je sincèrement.
Il haussa les épaules.
– C’est un investissement. Stephan m’a présenté une idée et je pense qu’elle aura du succès. C’est
aussi simple que ça. Pas besoin de me remercier.
Je lui jetai un regard ironique, mais ce fut tout.
On finit et on sortit avec les garçons. Je fis un câlin à Stephan pour lui dire au revoir et lui
souhaiter de passer une bonne soirée. James leur avait fourni leur propre voiture avec chauffeur pour
la soirée et ils étaient au paradis, adorant ce traitement de VIP.
Notre voiture fut silencieuse pendant le court trajet jusqu’à l’appartement, parce que Blake et
Johnny nous avaient rejoints à l’arrière. James me prit la main, mais ce fut tout.
– Vas-tu m’expliquer ce qui s’est passé ce matin ? Jolene est mariée ? Et son mari est un ami à
toi ? demandai-je à voix basse.
J’essayais d’être raisonnable, j’essayais de traverser la journée sans plus de drames, mais j’avais
besoin d’éclaircir certaines choses.
Il soupira. C’était un soupir résigné et il me regarda d’un air troublé.
– Oui, bien sûr que je te l’expliquerai. Merci de me poser la question avant de réagir au quart de
tour. Allons nous coucher. Je te dirai tout ce que tu veux là-haut.
Je l’examinai d’un air méfiant.
– Tu ne peux pas m’attacher chaque fois que nous devons parler de quelque chose que je ne vais
pas apprécier.
Il me fit un regard suffisant. Cela me rendait folle.
– À vrai dire, je le peux. Mais ce n’est pas ce que j’ai l’intention de faire maintenant. Je
préférerais simplement parler dans la chambre.
Nous étions dans le dressing, en train de nous déshabiller pour nous coucher, quand il en
reparla.
– Scott a rencontré Jolene quand elle était ma soumise. Il a immédiatement eu le béguin pour
elle. Quand j’ai mis fin à notre arrangement, Scott m’a demandé si cela me gênait qu’il sorte avec
elle. Cela ne me gênait pas, mais je lui ai dit, pour son bien, que ce n’était peut-être pas une très bonne
idée. C’est tout ce que j’ai dit et tout ce que j’ai su. Sans que je le sache, ils se sont mariés moins de
deux semaines plus tard.
Il réussit à se déshabiller le premier et il s’approcha de moi pour finir.
– Quelques mois après, Jolene m’a appelé et elle m’a demandé si nous pouvions nous voir pour
dîner. Je n’y voyais pas d’inconvénient, je ne savais même pas si Scott et elle avaient fini par se
fréquenter, et j’étais entre deux soumises, alors je voyais cela comme une occasion de me détendre.
Je fis bien attention à garder un visage neutre en le regardant. Son commentaire sur le fait de se
détendre me faisait me sentir… vulnérable, pour des raisons que je ne voulais pas approfondir.
– Nous avons passé la nuit ensemble, puis à nouveau quelques jours plus tard. Elle a souhaité
reprendre notre arrangement. J’ai essayé de lui dire gentiment que je n’étais pas intéressé et que je
pensais qu’il fallait qu’elle tourne la page. C’est alors qu’elle m’a dit qu’elle avait épousé Scott. Elle
m’a jeté cette information pour me prouver qu’elle avait déjà tourné la page, en pensant que cela me
ferait reconsidérer la question.
– Autant te dire que ce n’est pas arrivé. Je lui ai dit que je ne voulais pas la voir, que je ne la
toucherais pas si elle était mariée. Je n’ai jamais voulu donner dans l’adultère, l’idée m’est odieuse,
en particulier si c’est pour rendre un ami cocu.
J’enfilai une nuisette.
– J’ai arrêté de la voir, j’ai arrêté de répondre à ses appels pendant au moins un an, continua-t-il.
J’étais de nouveau entre deux soumises quand elle a finalement réussi à me coincer. Elle était déjà
divorcée, je le savais, même si je ne savais pas exactement ce qui s’était passé. J’ai appris plus tard
qu’elle avait demandé le divorce parce que j’avais refusé de la voir tant qu’elle était mariée. Je
n’aurais jamais dû la toucher après que notre arrangement d’origine avait pris fin. Je le vois bien à
présent. Mon amitié avec Scott est maintenant irréparable, malheureusement je m’en suis rendu
compte trop tard. Il est complètement amoureux d’elle, à tel point qu’il est incapable d’être
raisonnable. Cela me laissait perplexe qu’il perde la tête à ce point pour une femme.
Il me fit un petit sourire d’autodérision avant d’ajouter :
– Cela ne me surprend plus. La seule chose qui me laisse encore perplexe, c’est son choix de
femme.
Je dus me retenir de lui dire qu’ils semblaient avoir le même goût pour les femmes. Je me dis
fermement que cela ne serait pas constructif. Il y avait beaucoup de choses dans son passé que je
devais choisir d’ignorer si nous voulions avoir une chance de rester ensemble. Et tant que je pensais
que c’était vraiment dans le passé, je pensais pouvoir le gérer, même si son explication me troublait à
plusieurs niveaux.
Je restai silencieuse un long moment en me concentrant sur mes propres pensées. Je finis de me
préparer pour aller au lit.
James n’aima pas que je ne communique pas.
– Dis-moi à quoi tu penses, finit-il par lâcher. Tu es fâchée ?
Je partis à la salle de bains et je me lavai le visage puis les dents. James me suivit tout le long, et
son magnifique regard qui ne me quittait pas était inquiet.
Je grimpai sur le lit quand je finis par répondre.
– Je crois que je suis un peu surprise par toi, par le fait qu’après tout ça, tu l’as vue un jour
seulement avant de me rencontrer. Je ne suis pas fâchée, c’est juste… Est-ce si difficile pour toi de
rester loin d’elle ?
Je ne le regardai que quand j’eus terminé de parler, mais je le vis clairement tressaillir.
– Ce n’est pas ce que tu penses. Je ne sais pas si tu penses que c’est pire ou mieux, mais je n’ai
pas continué à la voir pendant tout ce temps parce que je ne pouvais pas rester loin d’elle. C’est plutôt
le contraire. Nous avions des préférences en commun, mais elle ne m’a jamais vraiment plu. Je savais
depuis le début que c’était une mercenaire. Je n’avais peut-être pas compris à quel point avant qu’elle
se mette à la poursuite de Scott, mais j’en avais suffisamment compris pour savoir que je ne pourrais
jamais l’apprécier. Je la fréquentais parce que j’avais besoin d’un exutoire pour les choses que je fais
et, dans les pires moments, je pensais que nous nous méritions l’un l’autre. Je ne l’ai même pas
contactée très souvent, c’était uniquement quand j’étais entre deux soumises et que j’étais d’humeur
particulièrement sombre. La plupart du temps, elle n’avait même pas le droit de parler…
Je levai la main, car j’en avais assez entendu.
– Je ne pense pas pouvoir supporter ce genre de détail. Une dernière question avant que j’arrête.
Pourquoi Scott l’appelle- t-il toujours sa femme ?
Il grimaça.
– Scott n’est jamais passé à autre chose. Il ne l’a jamais vue telle qu’elle est. Il ne voit que
l’enveloppe et le fait qu’elle est insatiabl…
Je levai à nouveau la main.
– S’il te plaît.
Il enleva les cheveux de mon visage. Je vis sa gorge bronzée bouger quand il déglutit en se
penchant au-dessus de moi.
– Je suis désolé. Je ne voulais pas manquer de tact. Ces choses sont difficiles à expliquer sans
aborder des sujets sensibles.
– Tant que je n’ai plus besoin d’entendre parler de ses choses sensibles, dis-je sèchement.
Il ricana.
– Tu sais qu’il n’y a que tes choses sensibles qui m’intéressent.
Je fronçai le nez.
– Trop tôt pour en rire ? demanda-t-il.
Je hochai la tête.
Il soupira.
– Enfin, il paraît qu’ils se sont remariés il y a quelques semaines. Pauvre idiot. Elle va le mettre à
sec. Je ne peux rien y faire, même si j’ai essayé de l’avertir. Et je n’ai pas perdu mon sang-froid,
Bianca, pas de la façon que tu penses. Il a essayé de me frapper, il a raté son coup, mais pas moi. Ils
ont été accompagnés dehors par la sécurité et ils n’auront plus le droit de remettre les pieds ici. Tu as
besoin de savoir autre chose ?
Je secouai la tête. Une partie de moi aurait pu l’interroger toute la nuit. Tout ce qui le concernait
m’intéressait, depuis son passé jusqu’à son présent, et mon côté masochiste avait envie de connaître
chaque petit détail. Cependant, je savais ce que j’avais besoin de savoir et cela devait suffire.
Il refit sa petite routine de docteur pervers en examinant chaque centimètre de mon corps, puis il
me massa lentement et soigneusement. J’étais bien rassasiée par les activités vigoureuses de l’après-
midi, mais j’eus quand même envie de lui quand il eut terminé.
Il examina longtemps mon dos, mais il ne dit rien, se contentant d’embrasser doucement les
marques qu’il y avait laissées avec ses roses noires et bleues.
J’avais l’impression d’avoir dormi toute la journée, mais je me sentis m’endormir pendant qu’il
s’occupait de moi. Il n’essaya pas de m’en empêcher.
J’étais de nouveau dans la maison. Je m’assis d’un coup, comme si j’avais été tirée par une
corde. Mon père criait quelque part dans la maison, un chapelet indéchiffrable de suédois que mes
oreilles entendaient mais que mon cerveau ne pouvait pas traduire. En sachant que c’était une
mauvaise idée, je sortis du lit.
Je regardai mes pieds froids et nus, et ils étaient plus grands, plus adultes, pas du tout comme
dans mon souvenir. Quelque chose n’allait pas, quelque chose était pire que d’habitude. Malgré tout,
je marchai silencieusement le long du couloir.
La cuisine se trouvait à l’endroit habituel, mais tout le reste n’allait pas. Une épaisse flaque
rouge trempait le tapis bleu clair du couloir. Elle était visible avant même que j’arrive dans la cuisine.
Je regardai mes mains. Elles étaient déjà couvertes de sang. Ça ne va pas, ça ne va pas, ça ne va pas.
Je m’approchai cependant de la cuisine, incapable de garder mes distances.
Le corps de ma mère était allongé sur le sol et ce fut tout ce que je pus voir pendant un long
moment. Je restai debout dans l’encadrement de la porte. Elle n’avait plus de tête, il ne restait que des
petits bouts sur le sol, dans mes cheveux et sur ma chemise de nuit. Je ne la reconnus que grâce à des
touffes de longs cheveux blonds éparpillés autour de son corps. Je m’agenouillai près d’elle en
serrant une de ses mains délicates. C’était la seule partie d’elle qui ne soit pas tachée de sang.
Au moment où je la touchai, une autre partie de la pièce devint nette. Son corps n’était pas le seul
sur le sol. Une autre femme était allongée tout près et je vis à ses cheveux rouge écarlate qu’il
s’agissait de Sharon. Je la fixai du regard, perdue et horrifiée, tandis que mon esprit refusait de voir
l’autre horreur de la pièce. Seuls les cris de mon père me firent tourner la tête, et seulement parce que
ses mots avaient changé : une phrase en anglais avec un lourd accent attira mon attention.
– Regarde, sötnos, regarde.
Je regardai. Je me levai, un cri se préparant dans ma gorge. Mon père se tenait face à moi, mais
ce n’était pas lui que je regardais, ce n’était pas lui que je voyais. Une grande silhouette se tenait face
à lui, le dos tourné vers moi. Des cheveux châtains et dorés, parfaits, frôlaient tout juste le col blanc
d’une chemise immaculée et son dos solide affichait des muscles tendus qui m’étaient
douloureusement familiers.
– James, dis-je d’une voix cassée, à peine plus forte qu’un chuchotement.
Il ne se retourna pas, il ne réagit pas du tout à ma présence.
Je m’avançai, incapable de détourner le regard.
– James, répétai-je en arrivant au niveau de ce tableau terrible.
Mon cœur s’arrêta de battre quand toutes les pièces du puzzle s’assemblèrent avec une clarté
terrifiante.
Mon père se tenait contre James qui était immobile, un pistolet déjà enfoncé dans sa bouche, loin
jusque dans sa gorge.
Les yeux de James étaient ouverts, mais ils étaient vitreux, comme si le coup de feu était déjà
parti. Ses bras pendaient sur les côtés. J’en attrapai un, mais la sensation de ses muscles mous me fit
reculer.
– Regarde, sötnos, regarde, dit mon père froidement.
Je commençai à sangloter quand mon père tira. Je fus incapable de l’arrêter, incapable de
détourner le regard.
James s’écroula sur le sol et l’arrière de sa tête disparut dans une affreuse éclaboussure rouge.
Je me réveillai lorsque je sentis James sortir du lit. Je m’assis quand la porte de la salle de bains
se ferma et que la douche se mit à couler un instant plus tard. Lorsqu’il en ressortit, je m’étais presque
rendormie. Je me forçai à me lever.
Je le regardai s’habiller depuis la porte du dressing, ayant du mal à ne pas baver même si je
n’étais pas bien réveillée.
James me jeta un regard tendre.
– Retourne te coucher, ma belle. Il faut que j’aille au travail, mais ça ne veut pas dire que tu dois
te réveiller à cette heure indécente, dit-il en enfilant une chemise blanche immaculée.
Je fis un petit haussement d’épaules. J’avais assez dormi.
Il finit rapidement de s’habiller et il s’avança vers moi d’un air déterminé. Il m’embrassa
lentement et langoureusement, mais il s’écarta sans rien faire d’autre. Ses cheveux dorés pendaient
devant son visage quand il se pencha vers moi. Ils n’étaient même pas encore secs, mais ils avaient
déjà la perfection du mannequin. Je pris une mèche entre mes doigts.
James s’écarta à regret.
– Toutes les peintures sur lesquelles tu travailles ont été apportées dans ton studio ici. Et je crois
que Lana va essayer de te voir pour déjeuner, mais si ce n’est pas le cas, j’aimerais avoir ce privilège.
Je fronçai les sourcils. J’avais fait un tour rapide du studio lumineux et flambant neuf, mais je
n’y avais pas vu mes projets en cours.
– Toutes ? demandai-je en pensant au nu de lui que j’avais commencé à peindre, celui que j’avais
enterré dans le coffre de la chambre d’amis de ma petite maison.
Il fit un sourire diabolique.
– Toutes. Je dois y aller. Si tu ne retournes pas te coucher, accompagne-moi jusqu’à la porte.
Il fit passer un doigt dans le pendentif à mon cou en parlant.
Il m’embrassa devant l’ascenseur.
– On dîne ensemble ce soir, puis je t’emmène au quatrième étage, me dit-il juste avant que la
porte se referme.
Il me manqua à la seconde où il fut parti. C’était à ce point.
Je ne pus pas me résoudre à retourner dans le lit vide, alors je partis peindre.
Je souris en voyant qu’il avait parlé au sens propre quand il avait dit « toutes » les peintures sur
lesquelles je travaillais. Même le nu avait été trouvé et envoyé jusqu’ici. Cet homme-là n’avait
vraiment aucune limite.
Je travaillai sur le portrait de James à quatorze ans que j’avais commencé la semaine précédente.
Je travaillai pendant des heures, totalement absorbée par son image, cette photo d’un enfant
incroyablement beau avec la douleur de la perte de ses parents et le poids du monde sur ses épaules.
J’avais bien avancé, mais je ne portais toujours qu’une minuscule nuisette quand j’entendis
frapper à la porte du studio. Je grimaçai. Je n’avais pas réfléchi. J’avais commencé vers cinq heures
du matin, oubliant qu’il y avait du monde dans l’appartement gigantesque.
Je posai mon pinceau et j’ouvris la porte en cachant mon corps.
Je fus surprise de trouver Blake à la porte avec mon téléphone, même si je n’aurais pas dû.
J’avais supposé qu’il s’agissait de Marion ou de Stephan, et j’avais espéré que ce soit Stephan. Si
quelqu’un d’autre que James devait me voir dans une nuisette transparente, j’allais évidemment
préférer que ce soit Stephan.
– Miss Karlsson, Monsieur Cavendish voudrait vous parler. Veuillez garder votre téléphone sur
vous, pour des raisons de sécurité, dit-elle d’un air terriblement sévère.
Je hochai la tête et lui fermai la porte au nez. Je ne voulais pas être impolie, mais c’était
difficile : j’étais une adulte et elle semblait ressentir le besoin de me dire quoi faire.
Je n’eus même pas le temps de composer le numéro de James qu’il m’appelait déjà.
– Bonjour, Monsieur Cavendish, dis-je au téléphone.
– Tu es en train de peindre, dit-il affectueusement.
– Moui. Comment l’as-tu su ?
– C’est le son de ta voix. Elle est douce et rêveuse. J’aimerais être là. J’adore te regarder
peindre. J’adore regarder ces rêves dans tes yeux.
Je frissonnai, adorant ses paroles romantiques et la douce cadence rocailleuse de sa voix.
– J’aimerais que tu sois là, moi aussi, même si dans ce cas, je travaillerais plutôt sur le nu.
– Je poserai ce soir, si tu veux.
– Je le veux.
– J’ai surtout appelé parce que je suis entre deux réunions et j’avais envie d’entendre le son de ta
voix, mais aussi parce que Lana essaie de te joindre. C’est une femme très déterminée et elle m’a fait
promettre de t’appeler. Elle a essayé, mais tu as manifestement oublié que tu avais un téléphone.
Encore une fois.
– C’est vrai, acquiesçai-je.
Je ne pouvais pas le nier.
Je l’entendis soupirer profondément.
– Je dois y aller, mais garde ton téléphone sur toi, s’il te plaît.
– D’accord, je te verrai ce soir, répondis-je doucement.
– Oui, à ce soir. Au revoir, ma belle.
6
Monsieur Romantique
Je parcourus ma liste de contacts en espérant que quelqu’un y avait ajouté le numéro de Lana,
lorsque mon téléphone se mit à sonner dans ma main. C’était un numéro inconnu de la région de New
York, alors ce devait être elle.
Je répondis tout de suite avec un sourire. Il me tardait de déjeuner avec elle.
– Bonjour.
Une voix tout à fait masculine et tout à fait inconnue me répondit.
– Bianca Karlsson ?
Je ne répondis pas tout de suite, surprise et méfiante qu’un inconnu ait mon numéro. Était-ce la
presse à scandale ? Était-ce quelqu’un de l’armée de gardes de sécurité Cavendish ?
– C’est bien moi, finis-je par dire en gardant une voix polie et détachée.
À l’autre bout, l’homme s’éclaircit la gorge. Il était nerveux. J’en étais presque sûre. Qui était-
ce ?
– Je suis désolé de vous déranger… Je m’appelle Sven. Sven Karlsson.
J’eus l’impression que mon cœur se figeait dans ma poitrine quand j’entendis le nom de mon
père. Mes oreilles se mirent à bourdonner et je restai immobile un long moment, sidérée.
– Je suis, euh, ton demi-frère. Sven Junior, je suppose.
Je ne parvins toujours pas à dire quelque chose. Il fallait que je m’asseye, mais je n’arrivais pas
à me retourner pour chercher une chaise.
Il finit par reprendre la parole.
– Je suis désolé de te déranger. Je n’aurais peut-être pas dû appeler, dit-il d’une voix si triste que
je retrouvai soudain ma capacité à parler.
– Non, non, ne sois pas désolé. Je viens juste d’apprendre pour ta mère. Je suis vraiment navrée.
Je ne savais même pas que vous existiez jusqu’à il y a quelques jours.
– Ah, dit-il. Eh bien, je sais que c’est étrange, mais j’avais entendu dire que tu passais beaucoup
de temps à Manhattan. Je vis ici, et je me demandais si nous pourrions nous voir pour un café un de
ces jours. Je n’ai aucune famille, et pour être honnête, cela fait longtemps que j’ai envie de te
rencontrer.
Il me laissa de nouveau bouche bée. C’était bien la dernière chose à laquelle je m’attendais en
apprenant que j’avais un demi-frère. L’idée de quelqu’un lié à moi par le sang, qui avait réellement
envie de me rencontrer, était tellement… étrange. Je ne pouvais pas dire que l’idée m’enthousiasmait,
mais comment refuser ?
– D’accord, finis-je par accepter. Mais je ne sais pas quand je le pourrai.
– Aucun problème. Tu pourras me recontacter. Où et quand tu seras à l’aise avec l’idée.
Il semblait tellement… gentil. Quand j’avais pensé au fils de mon père, j’avais automatiquement
pensé à mon père, mais cet homme ne lui ressemblait pas.
– D’accord, dis-je avec plus de conviction.
Je le voulais, je voulais voir cet homme qui était une mystérieuse pièce manquante de ma famille
brisée.
– Je rappellerai. Peut-être dans une semaine ou deux, un vendredi pour déjeuner ?
– Parfait, fais-le-moi savoir. Je peux prendre quelques heures quand j’en ai besoin, alors je peux
m’organiser à la dernière minute sans problème.
On se dit des au revoir gênés et je finis par m’étaler sur le divan blanc du studio en essayant de
forcer mon esprit engourdi à prendre en compte ces événements étranges.
J’étais en train de m’asseoir, essayant de faire autre chose que réfléchir, quand le téléphone
sonna dans ma main.
C’était un autre numéro inconnu de New York, et je répondis en espérant vraiment qu’il s’agisse
de Lana cette fois.
– Ha ! Je t’ai trouvée, dit Lana sans préambule. Viens me rejoindre dans la propriété Cavendish,
au Light Café. James m’a dit qu’il te prêterait pour le déjeuner, mais seulement si nous mangions à
son hôtel. Tu as remarqué que ton petit copain est plutôt autoritaire ?
Je ris.
– Oui, je l’ai remarqué, dis-je soudain de bonne humeur.
Un déjeuner avec une amie rigolote était exactement ce dont j’avais besoin.
On décida de se rejoindre à midi et la conversation fut rapidement terminée.
Je me douchai vite et mis une petite jupe plissée grise avec un chemisier en soie bleue sans
manches, à col haut. Des sandales à talons compensés en cuir verni orange complétèrent l’ensemble.
Je suivis la suggestion de Jackie pour les chaussures, et encore une fois, je ne le regrettai pas,
même si je n’aurais jamais choisi cette association de couleurs par moi-même.
J’avais remarqué que la coiffeuse comportait à présent une section entière pour mes bijoux. Je
n’avais pas osé les regarder, mais en sachant que j’allais probablement voir James, puisque nous
allions à son hôtel et que rien ne lui ferait plus plaisir, je jetai un coup d’œil aux nouveaux éléments
de ma collection de bijoux.
Je portais mon collier, alors je n’examinai que la sélection de boucles d’oreilles. Je remarquai
immédiatement une petite boîte blanche, parce qu’elle semblait différente des autres. Elle était plus
ancienne, avec un emballage vieilli et un mot sur le dessus. Me sentant courageuse, je pris le mot.
Bianca, ma belle,
Elles étaient à ma mère. Prends-les, s’il te plaît. Cela me brisera le cœur si tu les rejettes.
James
Ma main se mit à trembler et mes yeux se remplirent de larmes. Des larmes d’amour et de
culpabilité, parce que je ne les aurais pas acceptées, surtout sachant qu’elles étaient à sa mère, s’il
n’avait pas écrit ce mot terriblement romantique. J’ouvris la boîte d’une main tremblante.
À l’intérieur, je trouvai des clous d’oreilles en diamants coupe princesse entourés de petites
baguettes de saphir. En tout cas, c’est ce que je me dis en voyant les pierres précieuses.
Je ne m’autorisai pas à y réfléchir, à douter de moi. Je mis simplement les magnifiques bijoux
en sachant que leur grande valeur n’était pas uniquement pécuniaire.
Je brossai mes cheveux vers l’arrière. Les boucles scintillaient même à travers mes cheveux,
mais je décidai de les attacher d’un côté pour mieux les montrer.
Je mis plus de temps que d’habitude à me maquiller, car je savais que Lana aurait la perfection
d’une mannequin et que j’allais voir James.
Quand je fus prête à partir, je frappai à la porte de Stephan et Javier. Stephan ouvrit la porte ; il
ne portait qu’un boxer et il était magnifique. On se sourit. Il m’attira contre sa poitrine pour me faire
un câlin chaleureux et il posa un baiser sur le haut de ma tête. Je serrai les bras autour de lui et me
blottis contre son torse. Son odeur était celle de ma famille… et de Javier, mais cela me parut un bon
signe.
– Je vais déjeuner avec Lana, une femme très gentille, amie proche de James, que j’ai rencontrée
la semaine dernière. Vous vous êtes couchés tard hier soir ?
Manifestement oui, parce que Javier était couché sur le ventre, assommé. Stephan gloussa.
– On peut le dire. Nous nous sommes un peu lâchés avec la voiture avec chauffeur.
Javier fit un bruit très sexuel depuis le lit, bougeant contre la couverture d’une façon suggestive.
Je rougis.
Stephan rit.
– Il est en train de rêver de moi. Amuse-toi bien, B. Je t’aime.
– Je t’aime aussi, dis-je en battant rapidement en retraite.
Ils avaient manifestement besoin d’intimité.
Lana m’attendait déjà à l’intérieur du Light Café dans l’hôtel Cavendish quand j’arrivai. Elle
était assise à l’une des tables bien espacées, à côté d’une fontaine immense mais étrangement
silencieuse. La salle à manger était gigantesque, le plafond et trois côtés étaient composés de fenêtres,
laissant entrer une quantité presque aveuglante de lumière. Je dus remettre mes lunettes de soleil en
entrant dans le café.
Le décor était tout en pierre grise et en détails rouges, comme si des petits morceaux de Red, qui
se trouvait à côté, s’étaient glissés dans le restaurant.
Quand je m’approchai de la table, elle se leva et me fit un câlin chaleureux. Elle portait une jupe
droite ivoire, avec un chemisier blanc masculin. Sa tenue aurait été très professionnelle si elle n’avait
pas eu la silhouette d’une mannequin pour maillots de bain et des talons aiguilles ouverts rouges. Ses
bijoux étaient simples et en or, avec des anneaux à ses oreilles et une chaîne très sobre autour de son
cou et de son poignet. Toutes les femmes riches auxquelles j’avais été présentée récemment
semblaient porter des bijoux moins extravagants que moi. C’était une pensée inquiétante.
Du coin de l’œil, je vis mes gardes se positionner tout autour de la salle.
Nous nous assîmes.
– James est incorrigible. Je suis sûre qu’il a appelé les paparazzis pour moi ! Ils étaient dehors,
en train de me photographier, quand je suis arrivée. Normalement, les paparazzis ne me suivent pas,
sauf bien sûr quand je sors avec James. Je suis trop ennuyeuse. Mais maintenant, ils vont publier une
histoire disant que même l’héritière Middleton préfère l’hôtel Cavendish. Maudit soit-il !
Je me mis à rire, parce qu’elle le maudissait avec un sourire très affectueux.
On commanda toutes les deux un thé ordinaire et de l’eau. Lana me sourit.
– Nous pourrions vraiment être sœurs. Alors, dis-moi, comment ça se passe avec James ? Tu
sais qu’il est éperdument amoureux de toi, hein ?
Je rougis et je déglutis.
– Il est merveilleux, mais tellement étourdissant. Je ne suis pas du genre à me presser pour quoi
que ce soit, même pour les petites choses, mais il ne le comprend pas. J’adore être avec lui, mais j’ai
l’impression d’être sur des montagnes russes.
– C’est pour cela que vous avez besoin de passer du temps l’un sans l’autre. Je le comprends, dit-
elle d’une voix compréhensive et compatissante. Il a été si triste ce mois-là, si… démuni. Je ne l’avais
encore jamais vu comme ça. Je suis ravie qu’il t’ait récupérée. Il a besoin de toi, Bianca. Tout le
monde devrait avoir le droit de vivre un amour pareil. Ce genre d’amour nous rend meilleurs.
Ses paroles me firent penser à l’homme qu’elle avait brièvement mentionné la première fois que
nous nous étions rencontrées. Je me souvenais toujours de son nom, parce qu’il avait semblé si
important pour elle quand elle l’avait prononcé.
La serveuse revint précisément à ce moment-là pour nous apporter nos boissons et prendre
notre commande. Je commandai un croque-monsieur à la dinde et au pain complet avec des frites de
patates douces. Cela me semblait étrange sur le menu d’un restaurant aussi chic, mais j’en avais envie.
– Parle-moi d’Akira Kalua, dis-je, parce qu’elle avait promis de le faire.
Elle fit semblant de me faire les gros yeux.
– Je savais que tu n’avais pas oublié, dit-elle en soupirant. Je suis amoureuse de lui depuis que
j’ai dix ans. Malheureusement, il avait vingt ans quand j’en avais dix. Cela m’allait, je n’étais pas
mécontente d’attendre. J’attendais mon heure en profitant de sa compagnie et en passant autant de
temps avec lui que possible. Il m’a appris à surfer. Sa famille m’a plus ou moins adoptée quand mes
parents sont partis de Maui. Il me faisait rire. Mon Dieu, ce qu’il me faisait rire ! Mes meilleurs
souvenirs sont les farces que je lui faisais. Je l’embêtais tout le temps, mais il ne se fâchait jamais, il
ne perdait jamais patience. Il était si merveilleux avec moi, et je pensais qu’il était la plus belle
créature de cette planète.
Elle baissa les yeux pour regarder ses mains et je sus que son histoire allait mal tourner.
– Quand j’ai eu dix-huit ans, je l’ai séduit. J’ai été complètement impitoyable. Je lui ai dit que s’il
ne prenait pas ma virginité, je la donnerais à une espèce d’étudiant ivre et que je détesterais sûrement
le sexe pour toute la vie et que j’attraperais sans doute une MST.
J’étouffai un rire, parce que cela me semblait si scandaleux. Elle ne se vexa pas.
– Oh oui, je l’ai culpabilisé jusqu’à ce qu’il le fasse. Il n’y a aucune autre façon de voir les
choses. Après cela, j’ai dû partir. Je pensais que le sexe changerait tout pour nous, et c’est ce qui se
produisit. Cela a tout gâché. Après, j’étais encore plus amoureuse, alors que lui me voyait comme sa
petite sœur. Il était toujours amoureux de son ex-copine. Il est retourné avec elle le lendemain de nos
ébats. J’ai entendu ce qu’il lui a dit à mon sujet. Il a dit que j’étais une amie de la famille qui avait un
béguin pour lui gênant. Il n’avait pas tort, mais cela me brisa le cœur. C’est ce jour-là que je suis
partie. Mon Dieu, ce qu’il me manque !
Je la regardai. J’avais du mal à croire qu’il n’avait couché avec elle que par pitié.
– Il a dû te désirer s’il a accepté ta proposition. Je ne suis pas une experte, mais je ne pense pas
que les hommes couchent avec des femmes qu’ils ne désirent pas. Et les hommes désirent toujours
des femmes comme toi.
Elle haussa les épaules.
– Cela n’a plus d’importance. C’est du passé. J’aime être seule. Les complications romantiques
ne m’intéressent pas. Je suis satisfaite de mon travail. Je m’occupe.
– Tu l’aimes toujours, dis-je, certaine d’avoir raison.
Elle haussa encore les épaules.
– Je ne peux pas m’en empêcher, je peux seulement essayer d’y penser le moins possible. Aux
dernières nouvelles, il était fiancé avec son amoureuse du lycée.
– Il faut que tu retournes à Maui. Pour toi, cet endroit est toujours ta maison. Tu devrais y aller,
même si ce n’est que pour tourner la page. Cela fait combien d’années que tu es partie ?
– Huit ans. Je le ferai peut-être, un jour. Cela me manque. Maintenant, à toi. Parle-moi de James
et toi.
Je regardai autour de moi en m’assurant que personne ne nous écoute. Je me penchai vers elle.
– Il aime le BDSM. En fait, nous aimons le BDSM.
Elle fit un sourire ironique, sans paraître surprise.
– Tu le savais ?
– Pas de lui, mais Jules a essayé de me le dire une fois, quand elle pensait que James et moi nous
sortions ensemble. Elle essayait de me faire peur. Tu as remarqué que les plus beaux mecs ont
toujours un truc ? Je pense que les femmes sont trop faciles pour eux, alors ils semblent développer
des espèces de… bizarreries. Tu vois ce que je veux dire ?
Je ris, car j’adorais sa façon de voir les choses ainsi que le fait que cela ne la perturbe pas le
moins du monde.
– Je ne connais que James, et lui et moi nous partageons… nos bizarreries.
Elle haussa les épaules.
– Moi, j’ai un faible pour les Hawaïens géants qui ressemblent à des lutteurs professionnels
musclés, couverts de tatouages.
– Les ? C’est donc une généralité pour toi ? demandai-je, sincèrement curieuse.
Elle fronça le nez, et ses yeux violets scintillèrent.
– Seulement pour Akira.
Elle regarda quelque chose derrière mon épaule.
– Oh, mon Dieu, voici Jackie.
Quand elle vit mon expression, elle demanda :
– Tu ne l’aimes pas ?
Je fis mon petit haussement d’épaules.
– Jusqu’ici, non.
Lana lui fit signe d’une main élégante.
– C’est sûr qu’elle est plutôt folle. Tu savais qu’elle pense que faire du shopping, c’est vraiment
un travail ? Mais elle est très drôle quand on apprend à la connaître. Elle est un peu brute de
décoffrage, c’est tout.
J’aurais préféré gentille à drôle, mais je ne dis rien.
Jackie s’approcha de nous de sa démarche décidée. Elle portait un short très bien taillé et un
chemisier avec un col très pudique, presque sévère. L’ensemble était vert pomme, et la couleur
fonctionnait avec son teint, mais cela ne devait pas aller à beaucoup de femmes. Ses jambes
mignonnes et ses chaussures à talons couleur chair avec des semelles rouges rendaient la tenue moins
classique.
Jackie regardait mes genoux comme si quelque chose de dégoûtant y poussait.
Je baissai les yeux vers le sac couleur crème qu’elle avait choisi pour moi la veille.
– Le même sac deux jours de suite, Bianca ? Tu as un placard rempli de sacs ! Essaies-tu de me
faire honte ?
Lana secoua la tête assez affectueusement.
– On dirait bien que tu t’en charges toute seule, Jackie. Calme-toi. C’est un sac. Un très joli sac.
Va-t’en si tu es ici pour être désagréable.
Jackie sembla surprise, mais pas du tout vexée.
– Vous n’allez pas m’inviter à déjeuner avec vous ?
Lana secoua la tête.
– Non. Qu’est-ce que tu fais là ?
Jackie haussa les épaules.
– Je viens ici tout le temps. C’est un bon endroit pour se faire voir. Je voulais discuter de
certaines choses avec Bianca.
– Non. Tu la harcèles ou quoi ?
– Noooon. Je n’ai besoin que d’une minute.
– Alors, prends rendez-vous, dit Lana avec un sourire adorable.
– Qu’est-ce que tu veux, Jackie ? demandai-je en essayant de prendre un ton neutre plutôt
qu’hostile.
Elle fouilla dans son propre sac monstrueux. Il était en cuir vert pomme avec un épais trait
rouge sur le côté. Elle sortit un petit bout de papier qu’elle brandit comme une arme.
– J’ai une liste des réceptions auxquelles tu dois assister. Essentiellement des déjeuners.
Je soupirai et lui fis signe de s’asseoir à une des chaises vides de notre table.
– Assieds-toi et dis-moi de quoi tu parles, Jackie.
Elle s’assit et commença, comme si elle avait répété son discours.
– En tant que compagne d’un homme puissant et influent dans cette ville, tu as de nouvelles
obligations. Il te faudra assister à des déjeuners, des brunchs et des thés presque tous les jours de la
semaine.
Plus elle parlait, plus je sentais mon visage se figer.
– Être avec James, c’est un travail à plein temps. Je veux bien te montrer ce qu’il faut faire,
puisque tu ne peux pas comprendre ce que tout ceci implique…
– J’ai un travail, l’interrompis-je. Je n’en cherche pas un autre. Je n’ai aucune envie d’assister
tous les jours à des repas avec des femmes que je ne connais pas.
Elle poussa un soupir de martyre.
– J’avais peur que tu dises cela. Tu ne peux pas comprendre le type de responsabilité que James
et moi avons eue depuis notre enfance…
Je lui ris au visage, et ma colère, qui se manifestait rarement, éclata à ses mots.
– Responsabilité ? C’est toi qui vas me donner une leçon sur la responsabilité ? J’ai dû
m’occuper de moi depuis que je suis enfant. Toi, tu vis probablement encore de la fortune de tes
parents, devinai-je, et je vis à son visage que j’avais raison. Tu as du culot de me parler de
responsabilité !
Je regrettai immédiatement d’avoir perdu mon sang-froid, mais je ne retirai pas ce que j’avais
dit. Ce n’était que la vérité, même si cela manquait de tact.
– Je ne voulais pas te fâcher à nouveau, dit-elle prudemment. Je sais que tu ne m’aimes pas. Et je
sais que tu penses que je ne t’aime pas, mais ce n’est pas le problème. J’essaie de t’aider.
Je levai une main.
– Ne fais rien. N’essaie pas de m’aider. N’essaie pas de me dire ce que je dois faire de mon
temps.
Elle poussa encore son soupir de martyre.
– Très bien, je m’en vais, mais fais-le-moi savoir si tu changes d’avis.
Quand elle fut partie, je regardai Lana.
– C’est quoi son problème ?
Lana secoua la tête.
– Elle est assez bizarre, alors je ne peux pas te répondre avec certitude, mais je pense que c’est à
moitié pour se faire de la publicité parce qu’elle pourra dire que c’est elle qui t’habille pour tous les
repas qu’elle planifie. L’autre moitié, ce serait qu’elle pense réellement essayer de t’aider, de sa façon
très maladroite. Je te conseille de la défier. C’est la seule chose à faire avec sa personnalité. Impose-
lui des conditions arbitraires pour qu’elle reste ton habilleuse.
Elle claqua des doigts comme si elle venait d’avoir une idée.
– Je sais. Dis-lui que tu ne veux porter que des vêtements de jeunes couturiers qui montent.
Insiste en disant que tu ne porteras rien d’autre. Cela la rendra folle, mais elle est assez perverse pour
que cela l’amuse.
Je fronçai le nez.
– Je vais essayer, même si je ne comprends pas.
Elle se contenta de hausser les épaules.
– Il faut du temps pour comprendre Jackie, mais je peux te garantir que tu finiras par l’apprécier.
7
Monsieur Muse
On bavarda et on mangea en bavardant encore. Cela faisait des heures que nous parlions en riant
quand Lana regarda son téléphone et grogna.
– Je dois aller à une réunion. Merci d’être venue, dit Lana en commençant à rassembler ses
affaires.
– Merci de m’avoir invitée. C’est agréable de découvrir que James a aussi des amies qui ne sont
pas de totales psychopathes.
Elle jeta la tête en arrière et se mit à rire. Elle était vraiment incroyable, avec ses cheveux blonds
de sirène et ses yeux pétillants.
Nous venions de nous lever de table quand j’aperçus James passer la porte du café désormais
bondé. Les gens s’arrêtaient pour le regarder, et moi aussi.
Il n’eut d’yeux que pour moi en s’approchant.
Il passa un bras autour de ma taille et la serra avant de se tourner vers Lana avec un sourire
éblouissant.
– On t’accompagne jusqu’à la sortie, dit-il.
On l’accompagna, suivis par nos gardes au sujet desquels Lana n’avait pas dit un mot, et on se
dit au revoir. James me surprit en me conduisant jusqu’à la voiture puis en montant avec moi dans le
grand 4x4. Il n’était que deux heures. Je ne pensais pas qu’il quitterait le travail si tôt.
– Tu as fini pour la journée ? demandai-je quand il me poussa jusqu’au siège du milieu.
Il attacha ma ceinture de sa façon autoritaire avant de répondre.
– Oui, dit-il avec un grand sourire.
C’était le sourire le plus charmant, le plus incorrigible, comme celui d’un enfant qui sèche
l’école et qui ne se fait pas gronder parce que personne ne sait lui dire non.
Je traçai le contour de ses lèvres avec un doigt.
– C’est une bonne nouvelle, dis-je doucement.
– J’ai refilé quelques réunions à mon vice-président. Des réunions qui sont au-dessus de son
salaire, alors il faudra peut-être que je l’augmente. J’ai envie de te regarder peindre. J’avais besoin de
voir ces rêves dans tes yeux.
Il tripota une de mes boucles d’oreilles avec des yeux plus tendres que jamais.
– Merci pour ça, chuchota-t-il d’une voix émue.
Je fondis.
Nous partîmes directement à l’appartement. Stephan et Javier se trouvaient dans l’une des
grandes salles de divertissement. Ils jouaient à des jeux vidéo et ils mangeaient des sandwiches. Ils
étaient toujours en pyjama.
Je ris en les voyant.
Stephan me fit un grand sourire.
Javier ne leva même pas la tête. Il était trop occupé à chasser le personnage de Stephan dans le
jeu pour le tuer. Il ne réussit pas.
Stephan tira dans la tête du personnage de Javier en regardant à peine l’écran. C’était terrible de
jouer contre lui. Il ne perdait jamais.
Javier poussa un juron.
– Je t’avais presque !
– Headshot, fit remarquer Stephan.
James tira sur ma main et je le regardai. Il me fit un grand sourire avec une étincelle dans les
yeux.
– Eh bien, nous sommes obligés de jouer un match ou deux. Je sèche le travail. C’est presque
obligatoire de jouer aux jeux vidéo.
– Je suis dans l’équipe de Stephan, dis-je rapidement.
Si c’était pour jouer, autant que ce soit pour gagner.
James me pointa du doigt.
– Tu vas me payer ça.
Et ce fut le cas. Nous finîmes par jouer durant des heures, et je me fis démolir. James me tua,
coup après coup, sans le moindre remords. Apparemment, il le prenait mal quand je choisissais
l’équipe de quelqu’un d’autre. C’était bon à savoir.
Marion nous apporta à manger pendant que nous jouions, parce que nous y restâmes si
longtemps.
On gagna quelques matchs et on en perdit d’autres, mais c’était plus une compétition entre James
et Stephan. Javier et moi, nous étions complètement dépassés.
Je donnai un coup de coude à James quand il tira encore une fois dans la tête de mon soldat.
– Ce jeu est tellement sexiste, me plaignis-je. Je n’arrive même pas à croire qu’il n’y ait pas
d’option pour que je joue en tant que fille.
– Tu crois que si tu jouais avec une blonde à forte poitrine, cela me distrairait ? demanda James,
amusé.
– Ça ne pourrait pas faire de mal.
Il jeta sa manette par terre. Je poussai un petit cri gênant quand il me jeta par-dessus son épaule.
– On a terminé, les gars. Bouton d’Or veut me distraire. Considérez-moi comme distrait.
Les garçons nous souhaitèrent bonne nuit pendant que James m’emportait, même s’il ne devait
pas être plus de six heures du soir. Ils semblaient comprendre que si nous partions dans la chambre,
nous n’en ressortirions plus.
Je fus surprise que James ne me porte pas dans notre chambre et qu’il se dirige vers le studio à
la place.
– Tu vas poser pour le nu ? demandai-je à bout de souffle pendant qu’il me malmenait sur son
épaule.
– Oui, mais à une seule condition.
– Quelle condition ?
– Je veux que tu sois nue aussi, pendant que tu peins.
Il aurait été injuste de critiquer cette règle, mais j’en avais envie malgré tout.
L’air quitta d’un seul coup mes poumons quand James me fit soudain tomber sur le divan
moelleux qui occupait un coin du studio, près de la fenêtre. Il ne me sauta pas dessus, contrairement à
ce que j’attendais et souhaitais. Au lieu de cela, il se mit à se déshabiller.
– Déshabille-toi et peins-moi, ma belle, dit-il avec un sourire désarmant.
J’installai d’abord mes affaires, les organisant exactement comme je le voulais. Le soleil était
lentement en train de se coucher et l’essentiel de la lumière de la journée avait disparu, alors
j’allumai les ampoules du plafond pour illuminer le plus bel homme du monde allongé sur le divan,
nu et à ma disposition.
Je commençai à peindre en oubliant que moi aussi, j’étais censée être nue.
James n’eut aucun scrupule à me le rappeler.
– Enlève les habits. Tous. Maintenant.
Je me déshabillai maladroitement. Ce n’était pas un strip-tease. Je ne pensais pas en être capable.
Je ne doutais pas qu’il y ait quelque chose de sauvage en moi, mais ce n’était pas ça.
Je ne portais rien d’autre que mon collier et mes boucles d’oreilles quand je commençai à
peindre. Étonnamment, je fus capable de me concentrer directement sur mon projet, ma nudité ne
détournant pas mon attention comme je l’avais craint. C’était probablement parce que j’étais
totalement captivée par l’homme qui avait inspiré cette peinture.
James me regarda peindre comme il avait dit en avoir besoin. C’est difficile d’être mal à l’aise,
même nue, quand quelqu’un vous regarde comme si vous étiez la créature la plus belle et la plus
fascinante de la planète.
J’avais peint la majeure partie de son visage et de son torse avant d’être distraite par mon sujet.
Quand je peignais sa poitrine, je voulais le toucher, l’embrasser, y enfouir mon visage. J’avais
ressenti le même besoin quand j’avais travaillé sur la courbe de son cou, son abdomen, même sur ses
cheveux. Mais quand je commençai à travailler sur ce petit muscle du pelvis en forme de V si sexy, je
passai rapidement à autre chose.
Je constatai que je me léchais les lèvres très souvent pendant que j’examinais cette partie de son
corps. Je savais que je le faisais, mais je n’arrivais pas à m’en empêcher.
C’était comme si j’étais sortie d’un seul coup de l’espèce de transe rêveuse dans laquelle je me
trouvais quand je peignais, et je sentis soudain l’air contre ma peau nue, comme si la température de
la pièce venait d’augmenter de dix degrés. Ma peau était brûlante, mes seins lourds, mes tétons se
durcirent jusqu’à en frissonner. Je savais que je ne progresserais plus sur ce nu ce soir-là.
Je posai ma palette et je tendis la main pour prendre l’autre. C’était un luxe que je ne m’étais
jamais accordé avant. En général, je mélangeais mes peintures sur n’importe quel morceau de
plastique que je trouvais avec la bonne forme et la bonne taille. James m’en avait fourni une douzaine
ici, dans leur propre tiroir.
Je commençai à fouiller dans une sélection de peintures acryliques triées par couleur. J’en
trouvai une qui se nommait turquoise, mais elle n’était pas tout à fait comme je voulais, alors je
rajoutai juste une touche d’émeraude sur la palette.
– Qu’est-ce que tu fais ? Tu mélanges les types de peinture ? Je n’ai encore remarqué ça sur
aucune de tes œuvres, dit James d’un air étonné.
Je rougis de plaisir. J’étais encore surprise de voir à quel point il était au courant de mon petit
hobby, à quel point il étudiait ce que je faisais, mais c’était de plus en plus une bonne surprise. Mon
instinct naturel à douter de tout ce qu’il disait et faisait était en train de se métamorphoser. Il ne
mentait pas. Jamais. C’était libérateur de m’en rendre compte. S’il ne mentait pas, je n’avais pas
besoin de remettre en question toutes les petites choses qu’il disait et qu’il faisait.
J’attrapai un pinceau large en poil de martre et je le plongeai légèrement dans la peinture de ma
nouvelle palette tout en retournant à mon chevalet. Je me plaçai comme si j’allais peindre sur le
papier, puis je posai lentement le pinceau sur mon propre torse. Je fis doucement le tour du large
globe de mon sein droit.
James inspira brusquement et s’assit pour me regarder. Sa bite s’était calmée et elle n’était qu’à
moitié dure pour une fois, mais elle se mit rapidement au garde-à-vous, se gonflant comme un jouet
particulièrement merveilleux.
Je traçai un trait au milieu de mon ventre, atteignant presque mon sexe avant de bifurquer sur le
côté pour peindre ma hanche.
– Viens là, dit James d’un ton bourru.
J’avais eu l’intention de l’allumer un peu, mais mon corps réagit immédiatement à ses paroles et
je marchai lentement vers lui, faisant nonchalamment glisser le pinceau jusqu’à mon autre hanche.
Il se lécha les lèvres.
– Continue, dit-il en n’essayant pas de me toucher, même quand je fus à côté de lui.
Je remontai le pinceau et je traçai mes côtes une à une, d’abord d’un côté puis de l’autre. Je
plongeai mon pinceau dans la peinture sur ma palette, prenant une quantité généreuse de turquoise. Je
peignis les os de la clavicule en prenant garde à ne pas frôler mon collier fermé à clé. Je peignis
l’autre sein, déplaçant le pinceau en décrivant de grands cercles autour de sa rondeur jusqu’à ce que
j’atteigne le téton dur comme de la pierre au centre.
James poussa un petit bruit d’approbation, alors je m’attardai là, peignant de petits cercles
pendant qu’il observait mon pinceau d’un air absorbé. Je fis subir le même traitement lent à mon autre
sein.
James se pencha en arrière en s’appuyant sur ses coudes. Il tapota un endroit près de sa hanche.
– Pose ton pied ici. J’ai envie que tu peignes tes cuisses pour moi.
Je posai mon pied contre sa hanche.
– Putain, je peux voir d’ici à quel point tu mouilles ! s’exclama-t-il.
Je peignis en descendant jusqu’à ma hanche puis le long de mes cuisses. Je peignis
soigneusement les limites supérieures de mes cuisses, m’arrêtant juste avant le mont pubien. Je fis des
allers-retours avec le pinceau, de l’intérieur de ma cuisse jusqu’à mon genou et vice versa, le
taquinant avec ce mouvement.
– Tu as mal ? demanda-t-il d’une voix rauque.
– Mal comment ? À cause des roses ? demandai-je en descendant le long de mon tibia puis en
remontant par le mollet.
– Je sais que tu as encore mal à cause des roses. J’ai vu les marques sur toi. Non, je te parle de
l’intérieur. Est-ce que tu es trop irritée pour baiser comme des brutes ?
– Hmm, il n’y a qu’un moyen de le savoir, lui dis-je.
Je grimpai sur lui, enjambant ses cuisses et frôlant son érection frissonnante avant de m’installer
sur son ventre tendu. Je traçai un trait sur une joue parfaite. Il leva le visage pour me donner un
meilleur angle. Je pensais avoir rendu justice à la couleur de ses yeux, mais quand je vis la peinture
sécher à côté de cette couleur ternie, je vis que je ne m’en étais même pas approchée. Il avait de petites
paillettes dorées autour de l’iris et ses yeux étaient plus pâles, d’une pâleur qui transperçait, comme si
leur clarté leur donnait plus de substance.
– Tu as les plus beaux yeux du monde, James.
Il en ronronna presque de plaisir. Il absorbait tous les petits compliments que je lui faisais
comme une éponge, ce qui me surprenait toujours, étant donné que je supposais qu’il entendait des
choses de ce genre tous les jours.
Je peignis une fine ligne sur son nez, puis le long de sa mâchoire parfaite. Je fis descendre le
pinceau le long de son cou jusqu’à sa clavicule. Je m’y attardai, profitant simplement du fait de le
regarder. Je n’étais jamais rassasiée d’admirer sa peau et, quel que fût le temps que je passais à
l’observer, je m’en sentais néanmoins privée.
Je peignis de petits cercles sur son muscle pectoral droit, appréciant le jeu dur et souple du
muscle sous sa peau.
Je me penchai en avant pour embrasser le mot « Bianca » rouge sur son cœur, avant de le
peindre. Au moment où je me penchai en avant, je sentis sa verge entre mes fesses et je cambrai le dos
contre sa longueur dure pour mieux le toucher. Je fis tourner mes hanches, frottant mon sexe humide
contre son ventre et mon derrière contre son érection tressaillante.
– Quand vas-tu me prendre là ? demandai-je en frottant mon cul contre lui. Tu as dit que tu
prendrais chaque centimètre de mon corps.
Il saisit mes hanches et il m’immobilisa pour se frotter à son tour. Son bout traîna le long du bas
de mon dos tandis que le reste de sa longueur se collait contre mes fesses.
– Tu en as envie ? demanda-t-il. Je te ferai plus mal que ce que je veux si j’entre sans
préparation. J’ai l’intention de te faire jouir tant de fois que chaque muscle de ton corps sera détendu
avant d’essayer cela.
Je posai mon pinceau sur son torse. C’était beaucoup plus agréable de le peindre lui, il avait tant
d’angles, de lignes définies et de crêtes dures. J’adorais l’endroit juste au-dessous de sa poitrine où
une ligne profonde définissait la limite entre son muscle et ses côtes. Et ses abdos. Mon Dieu, ses
abdos.
Mes hanches décrivaient de petits cercles involontaires contre lui tandis que je descendais le
pinceau de plus en plus bas, sur les lignes dures de son ventre. Je dus descendre mon propre corps
pour travailler plus bas et je gémis en repassant par-dessus sa bite. J’y frottai mon sexe mouillé. Je
gémis, mais je ne m’arrêtai pas, descendant jusqu’à chevaucher ses cuisses. Je frissonnai de plaisir en
voyant son bout humide.
Je peignis ses hanches et ce V à croquer, arrêtant mon pinceau juste avant sa bite dressée. Quand
je me mis à peindre de petits cercles lents sur ses cuisses, frôlant son scrotum, il craqua.
Ses mains dures attrapèrent mes hanches et m’attirèrent brutalement sur son membre. Il me
relâcha.
– Prends-moi en toi, grogna-t-il.
Je le fis lentement entrer en moi, profitant du moment en enfonçant profondément chaque
centimètre parfait de lui en moi. Mon corps fut secoué d’un frisson puissant quand il fut finalement
enfoncé jusqu’au bout.
James me prit la palette et le pinceau, et après avoir plongé le pinceau dans la peinture, il
commença à me peindre avec de grands traits paisibles. La peinture sur ma peau commençait déjà à
sécher et la peinture mouillée qu’il étalait sur moi tirait délicieusement sur la première couche.
– Chevauche-moi, ordonna-t-il.
Mon corps se mit naturellement à faire un trot enlevé. Les mouvements exagérés étaient parfaits
sur sa longue bite épaisse.
– Comment vont tes poignets ? demanda-t-il en faisant courir le pinceau sur un téton dur.
– Bien, dis-je à voix basse.
Il prit un des poignets en question, l’examina, puis le porta à ses lèvres.
– Bien.
Il rua soudain sous moi, me secouant suffisamment pour que je me serre délicieusement autour
de lui.
Il gémit et il attrapa mes hanches, nous soulevant pour me poser sur le dos. Il se tint au-dessus de
moi et se pencha pour passer un doigt dans l’anneau de mon collier. Il me releva lentement,
prudemment, jusqu’à ce que je me tienne debout à côté de lui. Il m’attrapa par les cheveux et tira ma
tête en arrière. On se regarda pendant un long moment. Ses yeux affichaient un tel mélange de
sentiments que je ne savais absolument pas qui était à la barre ce soir : le dominateur ou mon tendre
amant.
Il cessa de me regarder dans les yeux pour me tirer jusqu’à la fenêtre, une main tirant sur mes
cheveux, l’autre sur mon collier. Il me colla durement contre la fenêtre, écrasant mes seins contre le
verre froid. J’en eus le souffle coupé et je frissonnai.
Il appuya les paumes de mes mains contre la vitre, les écartant loin de mon corps.
– Ne bouge pas d’un millimètre, me dit-il en s’éloignant.
Je le vis marcher jusqu’à un endroit du mur à côté de la grande fenêtre, puis j’entendis les
grincements de quelque chose qui frottait contre du métal. Ce bruit me fit penser à l’engin qu’il avait
utilisé sur moi au quatrième étage, quand il m’avait suspendue pour me fouetter puis me baiser.
J’adorais ce bruit.
Je m’agitais un peu, souhaitant tellement regarder derrière moi pour voir ce qui avait fait ce
bruit. Le bruit continua et devint plus fort, et je me rendis compte que c’était directement au-dessus de
moi. Je dus faire appel à tout mon sang-froid pour ne pas lever la tête.
Je sentis James se déplacer derrière moi, puis il leva mes bras. Je sentis un rembourrage ferme
contre mon poignet juste avant le clic de la menotte qui se referma. Il poussa une espèce de barre
contre ma paume.
– Serre, ordonna-t-il.
Je serrai fermement la barre. Il répéta le procédé pour l’autre poignet, retournant à l’endroit du
mur qui se trouvait juste à l’extérieur de mon champ de vision.
Je poussai un petit cri quand les chaînes se remirent à cliqueter, me tirant vers le haut jusqu’à ce
que je me trouve sur la pointe des pieds. Je n’avais pas d’appui dans cette position, je ne pouvais
exercer aucun contrôle. Je fermai les yeux quand je sentis James dans mon dos à nouveau. Il me
poussa contre la vitre.
– Je vais te baiser contre le verre, mais tu n’as pas le droit de jouir avant de me regarder dans les
yeux.
Je gémis, parce que je ne voulais pas attendre, parce que j’étais déjà très proche de l’orgasme,
prête à jouir, et parce que je ne le pourrais pas, pas sans sa permission.
Il attrapa fermement mes hanches et les bascula de façon à ce que mes seins s’appuient plus
durement contre la vitre. L’os de ma joue piquait à l’endroit où il creusait dans la fenêtre, mais je
m’en moquais.
Il me pénétra, mais il s’arrêta à mi-chemin, et je grognai une protestation. Il enfonça lentement
l’autre moitié, se servant de mes hanches pour contrôler chaque centimètre de moi qu’il pénétrait.
Lorsqu’il arriva au bout en se frottant durement à moi, il colla sa bouche contre mon oreille.
– Maintenant, souviens-toi, tu n’as pas le droit de jouir tant que je ne t’ai pas retournée.
J’eus quelques pensées mesquines au sujet de ce salopard sadique quand il commença à me
pénétrer violemment, ses hanches claquant contre mes fesses. J’aurais pu jouir, j’en eus envie aux
premiers va-et-vient, mais il ne ralentit pas, s’extirpant puis s’enfonçant par rapides à-coups. Je criai
contre la vitre tandis qu’il bougeait derrière moi, contre moi, en moi.
Il ne s’arrêta pas, il ne faiblit pas, me pénétrant sans relâche. Je pensais que mon corps allait me
trahir et ignorer son ordre, car mon orgasme était en train de s’accumuler si puissamment que je ne
savais pas comment l’arrêter.
Il se retira d’un coup et il me fit tourner sur la chaîne avec une aisance surprenante. Cette chose
devait être conçue pour cela.
Il agrippa mes cheveux d’une main et il tira ma tête en arrière pour me regarder droit dans les
yeux. Son autre main se posa sur mon cul. Il se glissa aisément en moi, il poussa une fois, deux fois,
trois fois et je franchis la limite.
– Jouis, ordonna-t-il, mais j’étais déjà perdue.
Je savais que mes yeux trahissaient le besoin que j’avais de lui, ces sentiments vifs et vulnérables
que j’éprouvais pour lui. Ses yeux étaient si tendres, si aimants. Ce fut un moment parfait et terrifiant
de clarté absolue. Je ne pouvais plus faire demi-tour. Si ceci se terminait, si tout partait en fumée,
j’aurais été aussi perdue que Lana, me languissant sans espoir pour cet homme.
Cette idée aurait dû me donner envie de m’éloigner de lui. Mon instinct de conservation se
portait très bien avant de rencontrer James et je me demandais à présent s’il ne m’avait pas
entièrement abandonnée, mais en redescendant de mon petit nuage, j’eus du mal à faire l’effort de
m’en soucier.
8
Monsieur Brisé
Il me détacha rapidement et me porta contre lui. Il me posa sur le canapé et grimpa sur moi. Il
me sourit en me regardant dans les yeux, le visage encadré par ses cheveux dorés. On aurait dit un
ange.
– Nous allons avoir besoin d’un nouveau canapé, ici. Celui-ci est couvert de peinture, dit-il
doucement, sans paraître ennuyé.
Je secouai la tête en caressant sa joue et ses cheveux.
– Non. Cette pièce subira encore beaucoup d’autres sessions de peinture. Je suggère de laisser le
canapé tel quel.
Il sourit, et c’était un sourire joyeux, l’expression la plus insouciante que j’aie pu voir sur son
visage parfait.
– J’adore entendre ça. Je t’ai déjà dit aujourd’hui à quel point tu me rends heureux ? Je ne
pourrais jamais revenir en arrière, Bianca. Cela me briserait de te laisser partir. Tu le sais, n’est-ce
pas ?
Avait-il lu dans mes pensées ?
Je sentis une larme couler le long de ma joue, puis une autre. Pourquoi me transformais-je en
bébé quand j’étais amoureuse ? Je ne le savais pas, mais je ne pouvais pas arrêter les larmes, et
encore moins l’amour. J’avais lutté jusqu’au bout, mais cela n’avait servi à rien du tout. J’étais
mordue. Totalement.
– Je ne saurais pas comment revenir en arrière, James, chuchotai-je.
Je ne lui avais jamais rien dit d’aussi proche d’un engagement sur le long terme, même si cela
semblait dérisoire. Mais il savait ce que je venais de lui donner et il l’accepta avec un tel air de
promesse dans les yeux que je ne pouvais pas le regretter.
– Si tu devais choisir un endroit dans le monde que tu aimerais visiter, n’importe quelle ville,
n’importe quel pays, n’importe quel continent, ce serait où ?
Je l’étudiai en fronçant les sourcils et en essayant de suivre sa pensée. Je n’eus cependant même
pas besoin de réfléchir pour répondre.
– Le Japon. Tokyo en particulier.
Il eut l’air un peu étonné.
– C’est une réponse rapide et inattendue. Pourquoi le Japon ?
Je fis mon petit haussement d’épaules, même s’il n’était pas tout à fait comme d’habitude, car
James me tenait clouée au lit.
– Cela me fascine depuis toujours. Et c’est le berceau des mangas et des anime.
Il sourit.
– Évidemment. D’accord, le Japon, Tokyo en particulier. C’est noté.
Je pointai un doigt sur son torse.
– Pourquoi ? Qu’as-tu prévu ?
– Rien pour l’instant, mais dans quelques jours, peut-être un mois, j’ai envie que nous partions
une semaine ou deux.
C’était merveilleux, mais…
– James, je ne peux pas prendre plus de jours de congé. Je les ai tous utilisés avec mes…
blessures.
Il me fit un regard suppliant.
Je cédai immédiatement.
– Il suffit que quelqu’un te remplace, non ? Tu peux sauter autant de vols que tu veux tant que
quelqu’un d’autre les fait pour toi. Stephan me l’a expliqué. Laisse-moi faire. Je m’occupe de tout.
Dis-moi juste que tu viendras.
J’aurais dû refuser. J’aurais dû lui dire que oui, je pouvais passer des vols, mais qu’il était très
difficile de trouver des remplacements pour les heures de travail normales, car tout le monde
préférait faire des heures supplémentaires. Sans parler du fait que si je laissais tomber ces heures de
vol, je ne gagnerais pas d’argent pendant ces jours-là. J’avais l’intention de lui dire tout cela, mais à
la place, je le regardai dans les yeux et je cédai.
– Oui, il n’y a rien que j’aimerais plus.
Il me serra si fort que je poussai un cri.
– Merci.
Il me souleva et me porta dans ses bras depuis le studio jusqu’à notre chambre. C’était au même
étage et tout près, heureusement, parce que nous étions tous deux complètement nus et couverts de
peinture bleue.
Il me porta directement à la grande baignoire et il monta dedans avec moi pendant que l’eau
coulait.
Il me lava lentement, mais minutieusement, grattant la peinture à l’endroit où elle était collée à la
peau. Le bain devint rapidement bleu. On se mit à rire en voyant l’eau devenir de plus en plus foncée.
James s’acharna longtemps sur nous deux.
– Tu veux que je t’aide ? demandai-je, si détendue que je ne savais pas si j’aurais l’énergie de
l’aider.
– Non, ma belle. Je veux que tu te détendes. Quand nous aurons terminé ici, je vais te faire
monter au quatrième étage et te masser en profondeur.
– Mmm, dis-je en fermant les yeux.
Je sentis ses mains bouger entre mes jambes et je les écartai davantage. Il se mit à me caresser,
murmurant des choses contre ma gorge en même temps que ses mains habiles travaillaient. Il me
donnait du plaisir avec les mains pendant qu’il suçait l’endroit parfait dans mon cou. Ce fut presque
un orgasme paisible, en tout cas si on le comparait à ce qu’il me faisait habituellement.
Quand il continua à plonger ses doigts en moi après l’orgasme, je me mis à gigoter.
– Je te veux en moi, James.
Il me mordit durement dans le cou.
– Tu sauras à quel moment je serai prêt à te donner ma bite, parce qu’elle sera en toi, dit-il en
appuyant la bite en question contre mes fesses. En attendant, écarte plus les jambes.
Il me pénétra avec deux doigts, faisant descendre son autre main le long de mon corps pour
caresser mon clitoris.
– Jouis, dit-il dans mon cou, et je chutai à nouveau.
Nous finîmes par prendre une douche après le bain. J’avais été un peu trop zélée avec la
peinture, apparemment, parce que la baignoire semblait avoir été attaquée par un pistolet à peinture.
James me sécha, mais il nous laissa nus tous les deux et il me tira par le collier vers l’ascenseur.
Je pensai à quelque chose en tripotant les boucles d’oreilles de sa mère que je portais encore
entre mes cheveux mouillés.
– Oh, James, j’ai oublié que je portais les boucles de ta mère. Je ne voulais pas les mouiller.
Il me jeta un sourire attendri par-dessus son épaule.
– Elles ne sont plus à ma mère. Elles sont à toi maintenant et un peu d’eau ne leur fera pas de
mal.
Il partit directement à l’ascenseur et appuya sur le bouton. Il me fit un grand sourire.
– Ce soir, du plaisir uniquement, ma belle. Tu as besoin de temps pour guérir des roses. Le
quatrième étage ne se résume pas à la douleur.
– Je sais, dis-je doucement.
Chaque instant passé là avait toujours été bien plus que de la douleur.
Il me tira dans l’ascenseur quand celui-ci s’ouvrit et il me poussa contre une paroi où il
m’immobilisa.
– Tu t’es déjà fait baiser dans un ascenseur ? demanda-t-il en souriant.
Je ris.
– Tu sais bien que non.
Je pensais qu’il plaisantait, mais évidemment ce n’était pas le cas, et il se glissa entre mes
jambes, les écarta et me souleva. Il fit passer mes jambes autour de sa taille et il se glissa en moi en un
clin d’œil. Il coinça mes bras au-dessus de la tête et se mit à me pénétrer. Je le serrais fort avec les
cuisses en gémissant quand il se retirait et qu’il frôlait les nerfs parfaits avant de rentrer à nouveau,
me conduisant sans relâche vers l’orgasme. Il allait et venait durement en moi avec une ardeur qui
semblait contredire le fait qu’il venait de me prendre à peine une heure plus tôt, et il me fixait
toujours de ses yeux ensorcelants et désespérés.
– Jouis, putain, grogna-t-il avec des mots durs, un ton dur, mais des yeux si doux.
J’obéis, me lâchant à ses ordres.
– James, criai-je.
Il m’embrassa sans me lâcher, sans se retirer. Il libéra mes poignets de façon à pouvoir me
prendre dans ses bras. Il se mit à marcher, mais il ne s’arrêta pas de m’embrasser et ne se retira pas. Il
longea le couloir gris menaçant jusqu’à notre salle de jeu.
Il se pencha en avant et me laissa brutalement tomber en arrière.
Je poussai un petit cri. Je ne tombai pas de haut et mon dos toucha une table bien rembourrée. Il
s’enfonça deux fois durement en moi avant de s’autoriser à jouir avec un grognement rauque.
– Mienne, dit-il.
Ce ne fut qu’alors que je me rendis compte que j’étais allongée sur la table de massage. Il retira
sa longue épaisseur de moi, me retourna sur le ventre et me déplaça jusqu’à ce que mon visage se
trouve au-dessus de l’ouverture de la table.
Au bout de quelques secondes, il versa un liquide chaud au creux de mon dos, frottant
fermement l’huile sur ma peau. Il me massa jusqu’au cou en frottant longuement cette zone sensible,
puis il passa à mes épaules en prenant son temps, massant jusqu’à ce que chaque muscle soit
complètement détendu par ses grandes mains.
Il descendit minutieusement le long d’un bras jusqu’à la pointe de mes doigts. Il remonta et il
traversa pour accorder autant d’attention à l’autre côté.
– Tu as des mains magiques, lui dis-je en fermant les yeux de plaisir.
Il ne répondit pas et me massa le dos, malaxant et frottant la chair jusqu’à sa soumission
détendue. Il passa plus de temps au creux de mon dos, avançant avec une lenteur taquine jusqu’à mes
fesses. Il fit un délicieux petit bruit de gorge en me massant le cul. J’y sentis un baiser juste avant de
sentir un doigt. Je retins ma respiration et je me tendis quand il poussa un doigt bien lubrifié en moi.
– Chhh, Bianca, détends-toi. Détends-toi.
Il retira ce doigt sournois de moi, me laissant trop longtemps avant de revenir. Il recommença à
me masser à l’endroit où il s’était arrêté, malaxant mes fesses et le haut de mes cuisses.
Il couvrit chaque centimètre de mon dos avec de longs frottements durs, tout le long de mon
corps jusqu’à mes orteils, avant de me retourner sur le dos. Il réserva le même traitement à l’avant de
mes épaules, prenant son temps, détendant chaque partie de mon corps en descendant. Lorsqu’il
atteignit mon sexe, il plongea un doigt en moi. Je mouillais, évidemment, et il travailla cette chair
avec des caresses confiantes, utilisant l’autre main pour écarter mes jambes en remontant mes genoux
jusqu’à la poitrine. Je retins ma respiration et je me raidis quand il se servit de l’autre main pour
pénétrer à nouveau dans mon autre ouverture, y faisant entrer un seul doigt lentement, sans
interrompre ses caresses sur mon sexe.
– Tu comprends pourquoi tu as besoin d’être détendue ? me demanda-t-il en se penchant contre
moi tandis que ses mains diaboliques continuaient à travailler ensemble pour donner tant de plaisir à
mon corps submergé.
Je le comprenais : l’autre pénétration était beaucoup plus intense que je n’aurais pu le deviner.
Ce n’était pas vraiment de la douleur, mais plutôt de l’étrangeté, la sensation bizarre d’être remplie à
un endroit qui ne devrait peut-être pas l’être, alors que lorsqu’il emplissait mon sexe, cela me
semblait parfait. Malgré tout, je n’avais pas envie qu’il s’arrête, je ne voulais pas qu’il ralentisse.
L’étrangeté de la chose donnait à cet acte une part d’interdit que mon côté pervers appréciait, comme
toutes les choses taboues que James aimait pratiquer.
Les deux doigts entrèrent en moi et travaillèrent de concert et il me fit subir un nouvel orgasme
avec son talent incomparable. Avant même que je descende du petit nuage sur lequel il m’avait
envoyée, il enfonça un nouveau doigt dans chaque ouverture, l’une étant pénétrée durement et l’autre
avec plus de douceur, s’insérant simplement à l’intérieur et décrivant de délicieux petits cercles.
– Détends-toi, oui, comme ça, dit James en pénétrant mon sexe avec ses doigts de plus en plus
durement jusqu’à ce que je jouisse à nouveau.
Il retira ses doigts et utilisa cette main pour me faire basculer sur le ventre et pour tirer sur mes
hanches de façon à ce que mes jambes pendent de la table. Il avança ses hanches contre moi par-
derrière tout en posant une main à l’avant de mon cou, puis il appuya légèrement.
– Ne bouge pas, dit-il.
Je l’entendis s’éloigner et je sus qu’il avait quitté la pièce. J’entendis, au bout de ce couloir
intimidant, une porte s’ouvrir puis se fermer, puis se rouvrir. Quelques instants plus tard, il était dans
mon dos, tout près de moi, et il écarta mes jambes pour se rapprocher encore.
Je sentis quelque chose de chaud, de dur et de vibrant frôler mon clitoris et je sus que ce n’était
pas le corps de James.
– James, protestai-je tandis qu’il travaillait mon clitoris avec cette pression trop intense.
– Chut, dit-il en déplaçant le vibromasseur de mon clitoris pour aller taquiner ma fente.
Il le fit plonger en moi une fois, puis deux, le maintenant en moi pendant qu’il faisait pénétrer un
autre objet plus doux et bien lubrifié dans mon autre ouverture. Je sus que cela n’était pas lui, car
c’était beaucoup plus petit et même si c’était ferme, ce n’était pas assez dur.
– James, dis-je encore, d’une voix plus insistante cette fois.
Il fit lentement entrer le jouet en moi, le vibro étant toujours profondément enfoncé dans mon
sexe.
– Détends-toi.
– C’est trop…
– Oui, tu veux ma bite, je le sais. Détends-toi pour ceci et je te donnerai ce que tu veux.
Il grogna et j’essayai de lui obéir, j’essayai de me détendre autour de ces deux pressions
étranges.
J’eus l’impression de tout juste commencer à m’y habituer lorsqu’il le retira et qu’il le remplaça
presque immédiatement par sa verge. Elle était très lisse, mais aussi beaucoup plus grosse que l’autre.
Mais c’était James, et je m’aperçus que mon corps se soumettait beaucoup plus vite en sachant cela. Il
me pénétra lentement.
Il retira le vibro d’une fente en pénétrant dans l’autre. J’entendis un bruit sourd quand il le laissa
tomber au sol, faisant alors passer sa main devant moi pour décrire des cercles autour de mon
clitoris.
Quand il fut presque entièrement entré, il se mit à faire un va-et-vient en moi, de petites poussées
qui allaient plus loin à chaque mouvement, sans jamais sortir complètement. Je poussai un
gémissement. La sensation était étrange, mais toujours pas vraiment douloureuse. Il s’agissait plutôt
d’un étirement qui semblait aller trop loin.
– James, criai-je, pendant que ses doigts me caressaient et que ses à-coups devenaient de plus en
plus forts et rapides.
– Dis-le, Bianca, dit-il dans mon dos avant de me mordre assez fort pour laisser une marque.
Je me dis que la morsure servait à me distraire du fait qu’il entrait désormais puissamment en
moi et que cela faisait mal. Mais la douleur n’avait jamais freiné mon plaisir et je jouis violemment
avant de m’affaler.
– Je suis à toi, James, à toi.
Il se vida en moi et il traîna assez longtemps pour poser des baisers sur mon dos et pour
m’apaiser avant de se retirer lentement.
Il me prit dans ses bras et me porta le long du couloir gris. Il entra dans une de ces pièces
sombres et mystérieuses et lorsqu’il alluma la lumière, je vis que la pièce la plus proche de la salle de
jeu était simplement une grande salle de bains avec une baignoire blanche immense.
– Puisque notre baignoire est bleue pour l’instant, je suppose que nous allons utiliser celle-ci,
dit-il avec un sourire.
Je gloussai, étant en proie à une sorte de délire après ce qui semblait être une centaine
d’orgasmes.
Il me porta jusque dans la baignoire et me disposa de façon à ce que je le chevauche, ma joue
appuyée contre son torse délicieux. Il fit alors couler l’eau.
Il caressa mes cheveux et je soupirai de plaisir quand l’eau chaude nous recouvrit lentement. Je
ne pensais pas m’être déjà sentie si détendue, si ravie d’être allongée et de profiter du moment.
J’avais toujours été agitée, j’avais les instincts d’une fugitive, craignant toujours de vivre quelque
chose de terrible l’instant d’après. C’était si bon de laisser cette angoisse me quitter et de simplement
savourer un instant aussi merveilleux.
J’étais perdue dans mes pensées et je ronronnais presque contre lui quand je levai la tête.
Son visage affichait une expression soigneusement neutre.
Je lui caressai la joue.
– Qu’y a-t-il, James ? demandai-je.
Il ferma les yeux et s’appuya contre ma main. Il ne répondit pas pendant un long moment, mais
je savais qu’il n’était pas en train de m’ignorer. J’étais bien placée pour savoir qu’il fallait du temps
pour que les choses vraiment difficiles deviennent des mots.
– La chose que nous venons de faire – cet acte – m’évoque des pensées sombres, finit-il par dire
d’une voix si basse que j’eus du mal à l’entendre.
De nous deux, il était beaucoup plus doué pour exprimer ses sentiments, mais je voyais bien
qu’il devait lutter pour les partager avec moi.
Je caressai doucement l’endroit où mon nom était gravé si joliment.
– Tu veux m’en parler ?
Il déglutit.
– Nous ne ferons pas ça souvent, peut-être jamais. Je ne veux pas te décevoir. J’avais besoin de
le faire une fois, j’avais besoin de te prendre de cette façon, mais cela ne me fait pas du bien. C’est
comme les roses pour toi, je pense, cela me ramène trop vers ce qui m’a rendu ainsi.
Je comprenais très bien ce qu’il voulait dire. Nous nous ressemblions tant dans les domaines
vraiment importants. Je pris son visage entre mes mains.
– Je ne serai pas déçue. J’ai aimé ce que tu as fait, j’ai pris du plaisir, mais je n’en ai absolument
pas besoin. Tu réponds à beaucoup de mes besoins que je ne comprends même pas, mais cela n’en
faisait pas partie. Merci de me l’avoir montré, de m’avoir initiée à tant de choses si merveilleuses. Ne
pense jamais que tu pourrais me décevoir en me disant tes préférences ou en me disant non.
Il resta silencieux et je ne sus pas si mes paroles l’avaient rassuré ou si elles ne l’avaient pas
touché du tout. Il levait la tête vers le plafond et son regard était lointain, perdu dans le vide.
– Spencer m’a fait ça, dit-il enfin d’une voix cassée, mais toujours en gardant les yeux rivés au
plafond. Je me sentais si impuissant, sans valeur. Je ne sais pas comment l’expliquer. Je sais que tu
étais consentante, mais je me souviens de la façon dont je me sentais quand il m’infligeait ça, et une
partie de moi a l’impression de t’avoir fait subir quelque chose d’affreux, de terrible, quelque chose
qui ressemble à ce qu’il me faisait. Je savais comment j’allais me sentir, pas pendant, mais au moins
après, et je l’ai fait malgré tout, j’y ai même pris du plaisir. Je me répugne… par ma faiblesse, par
mes besoins. Je me demandais si tu ressentais ne serait-ce qu’une trace de ce que je ressentais. Je me
demande si tout ce que je te fais est une sorte de viol, si j’abuse de la merveilleuse soumission que tu
m’offres.
Je commençai à parler pour essayer de le rassurer, mais il m’interrompit.
– Je sais que tu vas me dire que ce n’est pas vrai et une partie de moi le sait, mais je le ressens
quand même. Comme je te l’ai dit, cet acte me donne des idées noires.
Je caressai doucement son visage.
– Je comprends. Les roses ont eu cet effet sur moi. Elles m’ont rappelé mon père plus que tout ce
que tu as pu me faire d’autre, et elles me terrifient. Je ressentais plus de douleur et plus de peur face à
leur violence que tout ce que nous avons pu faire ensemble, mais le plaisir était tout aussi intense…
Plus, même. Cela me faisait penser à toutes ces choses sombres alors même que je jouissais. Je ne
pouvais pas contrôler mon plaisir tout comme je ne pouvais pas contrôler ma peur. Cela me terrifie.
Je dus respirer profondément avant de poursuivre. J’avais encore du mal à être généreuse avec
mes émotions et mes paroles, même s’il avait été tout sauf avare.
– Nous n’avons plus besoin de confronter nos peurs tout seuls, James. Je ne peux pas dire que
j’aie traversé les mêmes épreuves que toi, mais je comprends ton dégoût de toi au sujet de choses que
tu ne peux pas contrôler. Tu avoues avoir fait n’importe quoi de ton corps, mais je pense que tu es
beaucoup plus équilibré que moi en ce qui concerne le sexe. Tu as une préférence, mais tu peux
fonctionner sans cette préférence. Moi j’ai un fétiche. Je ne m’intéressais même pas aux hommes
jusqu’à ce que je te trouve, jusqu’à ce que je trouve ceci. Je suis terrifiée de voir à quel point je suis
brisée. Mais je sais aussi que j’ai de la chance, tant de chance d’avoir trouvé quelqu’un de si parfait
pour moi, de si sécurisant, qui peut me donner ce dont j’ai besoin sans me faire perdre mon estime de
moi et sans me mettre en danger. Tu es un véritable don pour quelqu’un comme moi, James. Tu ne
dois jamais l’oublier.
Il attira mon visage contre sa poitrine humide et mon menton frôla la surface de l’eau. J’eus
cependant le temps de voir les larmes dans ses yeux.
– Merci, Bianca, dit-il d’une voix tremblotante.
Je fermai les yeux, laissant lentement couler mes larmes le long de mes joues et sur son torse.
– Merci à toi, James, dis-je d’une voix pleine d’émotion.
9
Monsieur Merveilleux
J’étais lentement en train de me réveiller, seule dans le lit géant, quand j’entendis la porte de la
chambre s’ouvrir. J’ouvris les yeux et je vis Stephan faire un grand sourire.
Il grimpa sur le lit à côté de moi et posa son menton dans sa main pour me regarder.
Je levai la main pour caresser ses cheveux blonds et ondulés.
– B’jour, dis-je d’une voix éraillée par le sommeil.
– Bonjour, Bouton d’Or. Javier dort encore, James est parti travailler et nous, on va prendre le
petit déjeuner dans ton nouveau lit gigantesque. Marion l’apporte quand ce sera prêt.
Je souris.
– C’est gentil. C’est un réveil agréable.
– Tu ne veux pas savoir ce qu’on va manger ?
Je lui fis mon petit haussement d’épaules.
– Ça m’est un peu égal. Ta compagnie est si agréable que la nourriture passe au second plan.
Nous échangeâmes un regard.
– Ça a toujours été le cas, dit-il. Tu te souviens quand il n’y avait pas de nourriture du tout ?
Je ris en hochant la tête et en me disant que c’était merveilleux que ce qui était autrefois une telle
lutte douloureuse puisse ne devenir qu’un souvenir – un souvenir que je me sentais soulagée d’avoir
dépassé.
– Tu te souviens quand on a habité pendant un mois dans le fossé, à côté de cette épicerie ?
Je souris et fus à nouveau surprise de ne sentir que du réconfort en sachant que c’était du passé
lointain.
– Je m’en souviens. Je me rappelle que nous pensions alors avoir de la chance, parce que nous
n’y étions pas morts de faim et que personne nous embêtait. Tu n’avais même pas eu besoin de te
battre pendant un moment.
– Tu vas garder ta maison, maintenant que tu vis avec James ? demanda-t-il d’une voix
simplement curieuse, même si j’étais sûre que le sujet lui tenait à cœur.
– Bien sûr. Je reste vivre là-bas aussi.
– Ne garde pas la maison que pour moi, Bianca. Ne le fais pas juste à cause de nos vieux projets.
Tu ne seras plus sans-abri, même si ça ne marche pas avec James. Tu n’as pas besoin de garder la
maison pour te raccrocher à un vieux sentiment de sécurité. La vie ne sera plus comme dans le passé.
On ne peut pas vivre en permanence comme si cela pouvait nous arriver à nouveau. Et l’engagement
pour toi ne sera pas le même que pour ta mère, parce que James n’est pas ton père. Tu ne peux pas
continuer à les comparer et tu ne peux pas continuer à traiter une bonne chose comme un désastre
potentiel. Ce n’est pas une vie.
J’écoutai sans commenter, prenant la leçon de la façon dont il l’avait prévue. C’était un discours
de motivation de la part de Stephan et je ne me vexai pas.
– J’y travaille, Steph, vraiment. Je fais face et j’essaie de gérer, je te le promets. Je ne m’enfuis
pas.
– Alors, ça se passe bien entre vous ? Tu as toujours l’intention de vivre avec lui ?
Je me mis à rire.
– Pourquoi ? Tu penses que j’ai déjà changé d’avis ?
Il haussa les épaules.
– Je ne sais pas. Je suppose que j’ai peur que tu sois sous son emprise et que, à la lumière du
jour, tu te mettes à paniquer en pensant à ce que tu avais accepté et que tu changes d’avis.
– Eh bien, ce n’est pas le cas. Pas encore, en tout cas. Ça doit être bon signe, non ?
Il hocha la tête en souriant.
Marion arriva avec le petit déjeuner et on mangea des gaufres aux myrtilles en riant et en se
racontant nos nouvelles respectives. Autrefois, nous n’avions pas besoin de nous mettre au courant,
parce que nous étions toujours ensemble, mais c’était agréable aussi. Il me raconta à quel point il était
fou de Javier et je lui dis à quel point James et moi étions fous tout court. Ce fut une bonne
discussion, et je me rendis compte que même si je ne voyais pas Stephan tous les jours, il pouvait
rester mon point de repère. J’espérais qu’il puisse tirer de moi au moins une fraction du réconfort
qu’il me donnait.
– Javier et moi, on a rendez-vous avec un des équipages ce soir, si vous avez envie de nous
rejoindre. Je sais que vous avez cette séance de photos, mais je me suis dit que j’allais te le proposer
quand même.
Je hochai la tête.
– Merci. Je ne sais pas exactement ce que nous allons faire, mais je le dirai à James. Je connais
l’équipage ?
Il grimaça.
– Vance et compagnie. Pas sûr que ce soit une très bonne idée, mais j’essaie d’être fair-play.
Je grimaçai à mon tour. Vance était un ex de Javier, et Vance ainsi que le reste de l’équipage
n’appréciaient pas vraiment Stephan. J’avais personnellement toujours pensé que c’était parce que
Vance ressentait toujours quelque chose pour Javier.
– C’est gentil de ta part. J’espère qu’ils le seront aussi.
– Javier jure qu’ils se comporteront bien.
Je hochai la tête en espérant que ce soit le cas, même si les situations entre ex n’étaient jamais
simples. Ce qui paraissait bien en théorie pouvait tourner au désastre quand les émotions entraient en
ligne de compte. J’avais appris cela à mes dépens récemment.
Je lui parlai de mon frère et il fut un peu choqué que j’aille le rencontrer. Je haussai les épaules
quand il me demanda pourquoi.
– Il avait l’air… sympa. Pas du tout comme mon père. Qu’y a-t-il de mal à aller boire un café un
jour ?
– Je pense que c’est une bonne idée, mais tu devrais faire attention. Je peux t’accompagner ?
Je fis un geste de la main pour signaler que ce n’était pas la peine.
– Ce sera une rencontre étrange et gênante. Mais je prendrai les gardes du corps, donc tu n’as
pas besoin de t’inquiéter pour moi.
Il hocha la tête, mais il paraissait toujours inquiet.
Quand Stephan me raconta ce qu’ils avaient fait la nuit précédente, nous étions morts de rire. Ils
avaient été si enthousiastes d’avoir leur propre chauffeur qu’ils étaient allés de club en club, sans
rester plus de vingt minutes dans chaque endroit, appréciant la voiture avec chauffeur encore plus que
le fait de danser en boîte. Mon téléphone se mit à sonner sur la table de nuit.
Je répondis avec le sourire aux lèvres.
C’était James.
– Ah ! Ça, c’est un son que j’aime entendre. Comment vas-tu ce matin, ma belle ?
– Mmm, bien. Et toi ?
– Mieux maintenant. La matinée a été dure. Qu’est-ce que tu fais ?
Je regardai l’étrange vue autour de moi.
– Je prends le petit déjeuner avec Stephan dans notre lit ridiculement immense, lui dis-je sans
mettre les formes.
Aucune raison de tergiverser.
Il y eut une longue pause à l’autre bout de la ligne. Stephan était devenu silencieux lui aussi et il
faisait de grands yeux. Je remarquai pour la première fois qu’il ne portait qu’un boxer et un sourire et
que moi je ne portais que le drap. Je me rendis compte un peu tard qu’un œil extérieur pourrait mal
interpréter notre petit déjeuner au lit.
– Je dois dire que si tu avais dit n’importe quel autre prénom, j’aurais été au bord du meurtre.
Je ris. J’entendis la nervosité de ce rire. Je me sentais étrangement tendue en attendant sa
réaction.
– Passe le bonjour à Stephan, dit-il d’une voix neutre.
Je le lui dis.
Stephan sourit.
– Bonjour, James, appela-t-il assez fort pour que James l’entende.
– Passe-lui le téléphone, me dit James.
Je tendis le portable à Stephan.
Je le regardai avec prudence, mais je me détendis complètement quand Stephan se mit à rire
presque à l’instant où il posa le téléphone contre son oreille.
– Avec plaisir, James, dit-il en continuant à rire.
Il me tendit le téléphone.
Je le portai à l’oreille.
– Je dois partir, mais nous avons notre séance photo à trois heures cet après-midi, dit-il. Tu
pourras passer au bureau avant que nous y allions ? Disons vers quatorze heures trente ?
– Je serai là. Qu’as-tu dit à Stephan ? demandai-je.
Je ne pus pas m’en empêcher. Leur échange avait été trop rapide et étrange.
– Je lui ai dit que j’allais lui acheter une maison à côté de la mienne pour t’avoir fait rire de cette
façon. Je ferais n’importe quoi pour t’entendre rire avec autant de joie, même si ce n’est pas moi qui
en suis la cause.
Mon cœur se serra un peu. Je luttai pour trouver les mots. Il était si terriblement romantique et il
avait cette façon de me fendre le cœur…
– Tu en es la cause, James. Je ne suis pas douée pour m’exprimer, mais je me sens privilégiée de
te connaître.
Il fit un petit bruit manifestant son contentement.
– Et voilà, tu me mets encore de bonne humeur.
Les mots restèrent coincés dans ma gorge. Je ne savais pas comment répondre.
– Je te verrai à quatorze heures trente. Prends soin de toi, Bianca, dit-il doucement avec une
petite touche de tristesse dans la voix.
– Je serai là, lui dis-je.
Il raccrocha.
Stephan me jeta un regard appuyé.
– Si tu ne sais pas qu’il est totalement amoureux de toi, c’est uniquement parce que tu as du mal à
t’engager et que tu te mens.
Je savais qu’il avait raison. Agir comme s’il ne ressentait pas la même chose que moi me
permettait juste de gagner du temps. Du temps pour quoi faire ? Je ne le savais pas. J’avançais vite
vers le point où je n’avais même plus envie de lui résister. C’était peut-être simplement que j’essayais
de ralentir le rythme effréné de Monsieur Cavendish. Il y avait cependant une chose dont j’étais sûre :
je ferais beaucoup de choses pour le garder dans ma vie. Pour le meilleur ou pour le pire, il devenait
essentiel pour moi.
– Cela t’inquiète de penser que vos trucs SM font de toi une victime de ton enfance, mais ce n’est
pas le cas, B, dit Stephan.
Je déglutis et il me prit la main, m’attirant contre lui et m’obligeant à le regarder dans les yeux
pour me montrer à quel point il était sérieux.
– Mais si tu t’enfuis à cause de ce que tu ressens pour James, si tu préfères le perdre plutôt que
de t’ouvrir à lui pour lui dire ce que tu ressens, c’est possible qu’il abandonne. Je comprends que tu
puisses avoir des doutes, mais je voudrais que tu les examines et que tu me dises s’ils ont un lien avec
James, avec ce que tu sais de lui et ce qu’il ressent pour toi.
Si quelqu’un d’autre que Stephan m’avait tenue ainsi en me faisant la morale et en me parlant de
cette façon, je me serais enfuie, ou je me serai renfermée, ou j’aurais été agressive, mais Stephan me
dit tout cela avec un tel sérieux, en sachant que cela pourrait m’énerver, en sachant que je n’aimerais
pas ce qu’il disait, mais en ressentant malgré tout le besoin de me le dire, que cela eut un effet tout
autre sur moi. Avec Stephan, je me contentais d’écouter et d’essayer de trouver une vraie réponse.
– Tu as raison, finis-je par dire.
Ce que je ressentais ne partirait pas d’un seul coup et j’avais été lâche de ne pas y faire face.
– Tu as tout à fait raison. J’ai besoin de le lui dire. Il a été merveilleux avec moi, et je lui dois la
vérité. C’est juste que l’étape suivante m’effraie… Ainsi que le peu de temps depuis que je le connais.
J’ai l’impression que l’amour véritable devrait prendre du temps, en tout cas plus de temps que ça.
J’ai essayé d’agir selon ma raison, alors que mon cœur était manifestement vaincu, mais je ressens ce
que je ressens, et je sais que cela va durer.
– Arrête de trop réfléchir. Dis-lui simplement ce que tu ressens. Cela n’a pas besoin d’être aussi
compliqué.
Je hochai la tête.
– Tu as raison. Je fais ça depuis le début, et il n’a fait qu’essayer de se rapprocher de moi, de me
montrer ce qu’il ressent pour moi. Je lui dois d’être émotionnellement honnête avec lui.
Il me caressa les cheveux en me souriant comme si j’étais la chose la plus merveilleuse au
monde, comme si j’étais sa famille. J’espérais que mes yeux lui communiquent la même émotion,
parce que mon cœur le ressentait.
– Oui, c’est tout. J’ai terminé ma leçon. Je pensais juste que tu avais besoin d’un petit coup dans
la bonne direction. Je n’ai pas envie de te voir rejeter ce qui te rend si… brûlante d’amour.
Je rougis jusqu’aux oreilles, parce qu’il avait raison et parce que je l’avais très mal caché. James
me faisait cet effet-là. Il était si merveilleux que je ne pouvais pas m’en empêcher. Et quelque chose
de si merveilleux méritait bien un acte de foi, non ? Avais-je vraiment besoin de temps pour
réaffirmer quelque chose que je ressentais si profondément ? Mon cœur connaissait déjà la réponse.
Je serrai la main de Stephan.
– Je t’aime. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi.
Il hocha la tête en souriant, les yeux pleins de tendresse.
– Je t’aime. Je ferais tout pour toi, mais je ne dois pas t’empêcher d’avancer. Nous n’avons pas
besoin d’être voisins pour être amis, comme nous n’avions pas besoin de vivre ensemble. Ce
déménagement ne sera pas différent. Nous grandissons, Bianca, mais nous ne nous éloignerons
jamais. Je te connais trop bien et je sais que c’est en partie ce qui te retient, alors enlève-toi cette peur
de la tête. Tu es coincé avec moi pour toujours.
10
Stephan : Je crois que c’était une mauvaise idée de venir rencontrer ces types. Ils sont
ouvertement hostiles et je ne sais pas pourquoi.
Bianca : Vance a toujours le béguin pour Javier, je pense. J’ai toujours eu cette impression.
Je peux faire quoi pour t’aider ? Tu veux que je vienne pour te soutenir moralement ?
Je sentis mon visage bouillir rien qu’à l’idée que quelqu’un soit désagréable envers Stephan. Il
était très fort, physiquement et moralement, néanmoins je ne pouvais pas supporter cette idée.
Stephan : Non, c’est pas si sérieux, B. Je partirai sans doute plus tôt. J’aimerais te voir
quand tu auras terminé, alors fais-moi signe.
Stephan : Dans ton appartement de frimeurs, dès que tu auras fini de regarder ton top
model se faire photographier.
J’eus fortement envie d’ignorer ce qu’il venait de dire et de le rejoindre pour voir s’il allait
bien, mais je me retins. Stephan était généralement doué pour me dire ce dont il avait besoin, et s’il
disait que ce n’était pas sérieux et qu’il voulait juste passer du temps avec moi, alors c’était ce qu’il
voulait et ce que j’allais faire.
Je ruminais encore tout cela quand James sortit de la pièce où il se changeait. Ma mâchoire
tomba légèrement et mon esprit se vida d’un seul coup.
Il portait un pantalon gris clair et une cravate blanche immaculée. Et c’était tout. Son torse et ses
pieds étaient nus et sa peau était sombre et dorée contre le tissu pâle de sa cravate. Son torse était huilé
et j’en eus l’eau à la bouche. Son pantalon tombait très bas pour un pantalon de smoking, ce qui
signifiait qu’il n’était pas à lui, mais qu’il venait de la garde-robe du studio. Je ne l’imaginais pas
porter un costume au travail qui ne lui irait pas parfaitement et ce pantalon semblait dangereusement
près de tomber, dévoilant ses parties les plus délicieuses à l’ensemble de la pièce.
Je déglutis quand il s’avança vers moi. Je regardai ce V au-dessus de sa taille qui bougeait de
manière ensorcelante, avec ses muscles marqués.
Il s’approcha.
– Bonjour, Monsieur Magnifique, dis-je doucement.
Cela m’échappa.
– Tu ne devrais pas me regarder de cette façon, Bianca, dit-il avec un sourire affectueux. Sauf si
tu veux que tous les abonnés aient une vue imprenable sur l’effet que tu me fais.
Je hochai la tête. Il n’avait pas tort, mais je ne pouvais pas m’empêcher de le regarder. Son torse
était recouvert d’une fine couche d’huile brillante.
Je le touchai d’un doigt.
Il me prit la main.
– Non, non, non, dit-il, mais toujours avec le sourire.
Je m’obligeai à regarder son visage. Évidemment, il était tout aussi troublant. Quelqu’un avait
attaché ses cheveux en arrière. Ils semblaient plus foncés ainsi, toutes les mèches claires étant cachées.
Je serrai les poings pour ne pas le toucher. Depuis peu, j’avais du mal à ne pas laisser traîner
mes mains sur lui. C’était une évolution étrange pour moi, alors que j’avais toujours détesté toucher
et être touchée.
Je m’éclaircis la gorge.
– Tu as l’air… Délicieux. À croquer. À en baver… Très beau.
– Merci, répondit-il en s’éclaircissant la gorge. Avec un peu de chance, j’aurai vite terminé tout
ça.
Il s’éloigna avant que j’aie le temps de répondre et il se dirigea vers l’endroit où ils préparaient
la séance.
J’observais tout cela comme une personne extérieure l’aurait fait. Une personne extérieure
obsédée et passionnée. Mais à voir les regards troublés des autres femmes, je constatai que je n’étais
pas la seule.
Une femme eut la chance de lui montrer où il devait se tenir et ce qu’il devait faire. Je ne
manquai pas de remarquer le fait qu’elle utilisait toutes les excuses possibles pour le toucher.
Pouvais-je lui en vouloir ? Oui. Mais je me rendis compte que je n’étais même pas jalouse. Comment
l’aurais-je pu, alors que James essayait d’éviter chaque contact ? Il était professionnel tout en restant
très distant avec cette femme.
Elle était presque trop maigre et, malgré tout, incontestablement attirante, avec des cheveux et
des yeux sombres et des lèvres hollywoodiennes. Elle aurait pu avoir n’importe quel âge, entre trente
et quarante-cinq ans. Mais cela ne changeait rien à son apparence. Sa beauté n’avait rien à voir avec la
jeunesse, ou pas. Malgré tout, cela ne me mit pas mal à l’aise quand elle posa ses mains sur lui. Au
contraire, j’eus presque pitié de lui pour la situation gênante dans laquelle il se trouvait. De temps en
temps, il me jetait des regards embarrassés pendant qu’elle le manipulait, comme s’il se préoccupait
davantage de mon état émotionnel que de sa séance photo. Cela me faisait rougir à chaque fois, même
si c’était les seuls regards qu’il m’accordait.
La femme s’éloigna enfin de lui et la séance commença. Lorsqu’elle se mit à donner des ordres
à l’équipe, je me rendis compte qu’elle devait être la rédactrice. À cause de la façon dont elle s’était
comportée, j’avais supposé qu’il s’agissait d’une espèce d’assistante subjuguée. Je savais mieux que
quiconque comment Monsieur Magnifique parvenait à transformer les femmes les plus stoïques en
idiotes amoureuses.
Chaque mouvement qu’il faisait devint soudain encore plus troublant, il faut dire que j’avais
toujours été très fascinée par lui de toute manière. Il ne souriait pas, il se contentait de bouger son
visage par degrés infimes, d’un côté et de l’autre, prenant à chaque fois l’angle parfait pour les
différentes photos.
Il leva les mains pour les croiser derrière la tête, faisant ressortir ses abdominaux et gonflant
ainsi ses bras d’une façon très attirante. Je m’imaginais peut-être des choses, mais sa cravate semblait
pointer vers le bas de manière suggestive et je ne pus m’empêcher de remarquer comment cette pose
étirait le Bianca sur son torse, qu’il exposait comme un trophée. Cela me fit sourire. Il était
complètement fou, mais c’était devenu une autre des raisons pour lesquelles je l’adorais
Ils prirent toute une série de photos tandis qu’il se déplaçait en suivant les ordres de la
rédactrice. Au bout de dix minutes, elle fit faire une pause.
– Annie, trouve-moi des bretelles ! aboya-t-elle.
Une petite femme blonde se précipita vers la garde-robe.
Les deux femmes attachèrent rapidement les bretelles à son pantalon, ce qui me semblait
totalement inutile et pas du tout professionnel, mais je n’y connaissais rien. La séance photo reprit
vite.
James avait laissé tomber une bretelle sur le côté pour montrer son tatouage rouge, mais
personne ne l’arrêta.
Je comprenais pourquoi elles avaient ajouté les bretelles, même si j’avais trouvé cela étrange.
C’était sexy. Sexy comme le sexe à dos de cheval. Le pantalon de travail contrastant avec son torse
huilé avait quelque chose de si sexy et obscène qu’on était à la limite de l’orgasme quand on le
regardait.
Ils prirent une infinité de photos de chacune de ses postures et des expressions de son visage. Ils
finirent par le faire se retourner pour prendre son dos musclé. Il laissa tomber une bretelle baladeuse
pour montrer le tatouage sur son dos.
Je m’avançai un peu pour l’examiner, ressentant toujours un choc chaque fois que j’apercevais
mon visage sur son dos. J’avais entendu des amis dire que les tatouages se couvraient de croûtes au
début, gâchant le tatouage pendant plusieurs semaines, mais je ne vis aucune trace de cela sur lui. Il
semblait parfait, ressemblant toujours à une peinture.
Je continuais à penser que ce tatouage était une folie, même si je commençais à comprendre
pourquoi il l’avait fait.
Il s’était investi avec moi et, pour une raison insensée, j’étais si fermée qu’il n’avait pas pu
simplement me le dire de manière à ce que je le croie. J’étais trop abîmée, trop méfiante de tout ce qui
était bon dans la vie. Ceci était sa manière complètement tarée de me le prouver. En cela, il
ressemblait beaucoup à Stephan, qui était toujours prêt à mettre sa fierté de côté pour m’aimer. Je
savais au plus profond de moi qu’il n’existait rien que Stephan ne ferait pas pour moi et je
commençais à voir que James avait cette même qualité étonnante. Qu’avais-je fait pour mériter des
hommes aussi dévoués dans ma vie ? Je n’arrivais pas à le comprendre. Cela semblait vraiment trop
beau pour être vrai.
11
Monsieur Splendide
Après avoir pris la pose pendant un long moment, James s’éloigna pour enfiler une autre tenue
pour d’autres photos. Je ne comprenais pas pourquoi. J’avais vu les photos. Ils en avaient forcément
pris une bonne série.
La rédactrice s’approcha de moi quand James disparut dans la pièce où il allait se changer. Elle
me sourit. C’était un sourire lisse et professionnel. Je me demandai si elle avait été mannequin avant
de se mettre à diriger des séances photo.
Elle désigna sa poitrine.
– Alors, j’imagine que vous êtes cette Bianca ? demanda- t-elle, et je me rendis compte qu’elle
faisait référence au tatouage qu’elle regardait depuis une heure.
Je hochai la tête sans savoir comment réagir.
Elle tendit la main.
– Je m’appelle Beatrice Stoker. Je suis la rédactrice.
Je lui serrai la main qu’elle écrasa dans la sienne, comme s’il s’agissait d’une espèce de test. Je
lui fis une réponse peu enthousiaste, n’étant pas intéressée par ce qu’elle pensait tester avec un geste
aussi étrange.
– Bianca, lui dis-je, même si elle était déjà au courant.
– Tu es une vraie chanceuse, Bianca, dit-elle.
Quelque chose de légèrement trop familier me hérissa quelque peu.
Je soutins son regard.
– J’en ai bien conscience. Croyez-moi quand je vous dis que vous n’imaginez même pas à quel
point.
Elle cligna des yeux, mais elle ne sembla pas découragée par ma réponse maladroite. Je ne
savais pas ce qui me donnait envie de la provoquer, mais je sentais que j’avais de plus en plus de mal
à tenir ma langue.
– Tant mieux pour toi, finit-elle par dire. À ce propos, étant donné que les nouveaux tatouages de
Monsieur Cavendish te sont dédiés, j’avais une idée de photos. Si tu es d’accord.
– D’accord pour quoi ? demandai-je avec méfiance.
Elle me refit son sourire lisse.
– Si cela ne te dérange pas de passer par la galère de la coiffure, du maquillage et de la tenue,
j’aimerais t’impliquer dans quelques photos. Plus comme un accessoire de James que comme un
point focal, tu comprends.
Je ne comprenais pas.
– Vous voulez que je sois sur la photo ? demandai-je, stupéfaite.
Je ne m’étais pas du tout attendue à ça.
– Puisqu’il montre des tatouages qui sont manifestement en ton honneur, je me suis dit que ce
serait sympa de te glisser dans quelques photos. Rien de très important. J’aimerais que tu lui fasses un
câlin par-derrière, peut-être, quelque chose d’innocent et de sobre. Il est apparu torse nu sur plusieurs
de nos couvertures, sans tatouages. Je me disais que ce serait sympa pour notre lectorat de montrer ce
qui a inspiré sa nouvelle passion pour les tatouages.
Je grimaçai, l’idée me mettait mal à l’aise.
– Il faudra poser la question à James. Tout ceci est pour lui.
Elle hocha la tête et partit d’un air déterminé. J’eus un peu l’impression d’avoir jeté James dans
la gueule du loup.
Effectivement, il sortit quelques instants plus tard et avança rapidement vers moi en fronçant les
sourcils. Il portait une nouvelle tenue à s’en lécher les babines, un pantalon beige pâle, le torse doré
nu et l’écharpe beige la plus douce que j’aie jamais vue drapée autour du cou de façon à former une
espèce de capuche interdite aux moins de 18 ans.
– Que penses-tu de cette idée ? me demanda-t-il doucement.
Je haussai les épaules, ne sachant pas vraiment quoi penser. En outre, j’avais du mal à me
concentrer sur autre chose que ce que je voulais qu’il me fasse avec cette écharpe.
– Mon premier instinct était de dire « hors de question » : je ne veux pas que tu t’exposes de cette
façon, mais mon besoin de te protéger du regard du monde ne sert plus à rien. Ils t’ont déjà vue, donc
je pense que nous devrions les laisser te voir comme nous le voulons, si tu comprends ce que je veux
dire. Alors, je pense que oui, j’aimerais que tu fasses partie de la séance photo si ça ne te dérange pas.
Il semblait presque sur la défensive en énumérant ses raisons. C’était si inhabituel pour lui que
j’en fus un peu surprise. Il paraissait si agité que je décidai d’abréger ses souffrances.
– Très bien, je vais le faire, dis-je doucement.
Il avait raison, il y avait déjà trop de photos affreuses de moi, alors quel mal pouvait faire une
photo moins affreuse ?
Il sembla stupéfait et pas tout à fait ravi que j’accepte, ce que je trouvais plutôt pervers de sa part,
mais il se contenta de hocher la tête.
Après cela, ce fut un tourbillon pour préparer mes cheveux, mon maquillage et mes ongles.
L’habillage fut un fiasco total. Pas moyen de voir cela autrement. Les personnes à l’habillage,
habituées à travailler avec des professionnels et pas avec des petits amis affreusement jaloux,
essayèrent de travailler comme d’ordinaire.
Quelqu’un commença par soulever ma jupe et je poussai un petit cri de surprise. Je me retournai
pour voir la fille derrière moi. Elle me regardait d’un air impatient, faisant juste son travail. Mais il y
avait James…
– Ne la touchez pas, dit-il à la pauvre fille d’un ton presque méchant.
Je n’avais pas apprécié sa familiarité, mais j’eus vraiment pitié d’elle en voyant son regard
anéanti. Il s’adressa à la pièce dans son ensemble.
– Tout le monde dehors. Elle n’a pas besoin de public. Il ne peut rester qu’une seule habilleuse –
une femme.
Cette habilleuse-là avait l’air d’avoir tiré la paille la plus courte pendant qu’elle cherchait parmi
les vêtements de la garde-robe. C’était la petite assistante blonde qui avait aidé pour les photos. Elle
sortit un jean et me regarda d’un air dubitatif.
– Je suppose que vous n’accepteriez pas de rester topless ? Tout serait caché, bien sûr…
– Hors de question, dit James.
Il semblait vraiment énervé.
Elle soupira, pas plus heureuse que lui de la situation.
– Je devrais peut-être vous laisser choisir sa tenue. On ne verra que ses mains et peut-être le haut
de sa tête, alors ce n’est pas vraiment important, et puis vous aurez manifestement une opinion à ce
sujet.
Elle avait voulu le provoquer en lui disant de choisir, mais il la prit au mot, fouillant avec
détermination parmi les vêtements.
En tout cas, James ne perdit pas de temps pour choisir. Je levai les yeux au ciel et je souris en
voyant ce qu’il avait choisi.
La styliste sembla contente de ses choix.
– Oh, c’est une bonne idée. Ce serait une très bonne façon pour qu’elle complète bien la photo.
– Elle n’a pas besoin d’aide pour s’habiller, mais elle a besoin d’intimité, dit James sèchement.
La styliste lui jeta un regard méchant, mais elle sortit en vitesse.
J’examinai James, m’attendant presque à ce qu’il me saute dessus. C’était une supposition
normale. Nous étions seuls à présent et quand nous étions seuls…
Il n’en fit rien cependant et se mit à se comporter comme s’il voulait m’habiller. Je n’avais pas
besoin de son aide, mais ce n’était pas important. Il voulait le faire, il en avait besoin. Si j’essayais de
l’analyser, comme j’avais l’habitude de le faire pour tout, je me disais qu’il faisait cela parce qu’il
adorait avoir l’impression de s’occuper de moi. Il était aussi novice que moi dans les relations de
couple et il devait penser que c’était quelque chose que les couples faisaient pour se rapprocher.
J’étais à peu près sûre du contraire, mais même si son comportement était étrange, je me sentais
effectivement plus proche de lui et plus aimée.
Il me passa un pantalon beige et un pull sans manches beige, de la même couleur que son
écharpe. Je touchai l’écharpe dès que je pus.
Il me jeta un regard brûlant.
– Je vais garder l’écharpe. J’ai des plans pour elle.
– Je ne suis pas étonnée, murmurai-je.
Il fronça les sourcils.
– Ce regard va te causer des problèmes.
Je le fixai, laissant mon regard parler à ma place.
Il fit un grand sourire.
– Heureusement pour nous deux, tu aimes avoir des problèmes.
Je sentis tout en moi se serrer de manière agréable, certaine qu’il allait faire quelque chose
maintenant, mais il termina simplement de m’habiller et fit un pas en arrière.
– Porte les mêmes chaussures à talons rouges, dit-il.
Je les enfilai et il me fit sortir de la pièce.
La séance photo fut à la fois plus et moins gênante que je ne le pensais. De mon côté, prendre la
pose était très facile. Tout ce que j’avais à faire, c’était de me tenir derrière lui, les bras autour de sa
taille et les mains posées sur son torse et ses abdos. J’essayais de ne pas laisser mes mains se balader,
mais c’était très difficile. Mon visage n’était même pas vraiment visible, on ne voyait que le haut de
ma tête et mes yeux au-dessus de son épaule quand je ne posais pas ma joue contre son dos
merveilleux. Ce qui était difficile, c’était de ne pas devenir folle de désir. Je réussis cela mieux que
James, même si ce n’était que parce que sa partie était généralement plus difficile à contrôler.
Au bout de quelques photos seulement, la réalisatrice s’éclaircit la gorge.
– Euh, alors, y a-t-il quelque chose que nous pourrions faire contre cela, Monsieur Cavendish ?
Ceci n’est pas pour un magazine X…
James, cet enfoiré sans la moindre gêne, resta complètement impassible.
– Il faudra me prendre en photo au-dessus de la taille. C’est vous qui avez eu l’idée de faire venir
ma petite amie sur les photos et de lui faire poser les mains sur moi. Que pensiez-vous qu’il allait se
passer ?
– Si nous pouvions ne vous prendre qu’à partir de la taille, cela aurait pu ne pas être un
problème, sauf que le problème semble être plus… important que ça.
Je le sentis hausser l’épaule contre ma joue et je perdis le contrôle. Je fus prise d’un fou rire
pendant cinq bonnes minutes.
James se tourna de façon à ce que nous soyons face à face. Il me souriait avec des yeux
pétillants.
– Je ne connais pas de son que je préfère à ton rire.
Tout se passa mieux une fois que j’eus évacué mon fou rire.
James sembla mieux se gérer aussi et ils nous photographièrent de face et de dos pendant que
j’étais appuyée contre lui. Ils s’arrêtèrent un instant pour le recoiffer et pour détacher ses cheveux,
puis pour les rattacher. Tout cela me paraissait un peu bête et frivole, mais je n’y connaissais rien
après tout. Et je ne pouvais pas dire que je m’ennuyais. Au contraire, une fois que ma nervosité eut
disparu, je m’amusai bien.
James dut changer une dernière fois de tenue, et je restai sur le côté. Cela ne me gêna pas.
Ils ne lui firent porter qu’un short de sport et des tennis. Ils ne lui donnèrent pas de chaussettes,
ce qui me sembla peu pratique, mais il avait des chevilles sexy, alors je compris pourquoi.
Ils tressèrent ses mèches de cheveux les plus longues vers l’arrière, ce que je trouvai étrange,
mais cela lui allait. Il était splendide, comme d’habitude. Ils lui firent prendre les poses habituelles
avant de passer à des photos d’action. Je les regardai avec un regain d’intérêt. Ils le firent sauter très
haut, faire des pompes, puis des tractions. Je dus réprimer un sourire narquois quand ils lui firent
faire des flexions de biceps.
Il fut plus expressif pour ces photos, souriant même pour certaines. Il n’avait presque pas besoin
d’indications, faisant tout comme j’imaginais que le ferait un mannequin professionnel.
Quelqu’un m’apporta un sandwich à la dinde et je le remerciai. Je mangeai tout sans quitter
James des yeux.
Ils firent quelques pauses pour huiler son torse, ce qui ne me semblait absolument pas
nécessaire. Il essaya d’éloigner les deux femmes qui lui tournaient autour en me jetant un regard très
gêné. J’eus l’impression de très bien comprendre ce regard. Il avait peur que toutes les mains qui
essayaient de le toucher me contrarient et il avait envie que ça s’arrête.
Elles finirent par le laisser tranquille, mais avant elles insistèrent néanmoins pour faire son dos.
Il serra la mâchoire et eut l’air vraiment agité quand elles eurent terminé. Je les regardai faire avec un
visage inexpressif, même si je ne ressentais qu’une petite irritation. Si j’avais eu envie d’être
contrariée, la réaction de James m’aurait vite guérie. Tout cela l’affectait beaucoup plus que moi.
Il s’approchait de moi pour bavarder pendant une de ses courtes pauses quand une des multiples
assistantes vint vers nous, l’air gênée. Je vis qu’elle tenait un magazine roulé en tube.
Elle le déroula et elle le lui tendit avec un marqueur noir dans l’autre main.
– Désolée de vous déranger, mais accepteriez-vous de me signer un autographe ? demanda-t-
elle.
James prit le magazine sans hésitation et signa la couverture. Je me figeai en la voyant. C’était
une photo de Jules et lui. Je savais, à leurs vêtements, qu’elle datait de la nuit où je m’étais enfuie de
son appartement. Il vit mon regard et rendit le magazine à la fille.
– Merci beaucoup, marmonna-t-elle en s’éloignant vite.
Elle savait qu’il valait mieux ne pas insister, pensai-je.
– Tu as l’air contrariée, me dit James doucement en m’observant.
Je fis un petit haussement d’épaules, ne voulant pas en parler tout en ne sachant pas si je pourrais
tenir ma langue.
– Cette nuit-là, finis-je par dire parce qu’il continuait à me fixer, je sais que tu as dit que ce
n’était pas un rendez-vous galant, mais ça fait mal que tu sois quand même allé à ce gala avec elle,
après tout ce qui s’était passé.
Il écarquilla les yeux.
– Non, dit-il doucement. Ce n’est pas le cas. Je ne voulais pas. Je suis allé à ce gala une demi-
heure seulement, parce que j’étais obligé de le faire pour ma mère. Mais je me sentais très mal et j’y
suis allé seul. Ces photos-là sont typiques de Jules, qui est venue envahir mes photos de presse
obligatoires. La seule fois que je lui ai parlé, c’était pour lui dire de me laisser tranquille. Je te le jure,
Bianca. Une fois que j’ai vu comment tu te sentais, je n’aurais jamais pu faire ça.
Je me sentis toute faible de soulagement. Je n’avais même pas su que cela l’avait touché.
Tant que j’y étais à m’humilier, il fallait que j’en profite pour tout éclaircir.
– Le collier qu’elle portait ce soir-là… c’est toi qui le lui as donné ?
Il secoua la tête.
– Je ne lui ai jamais donné un seul bijou.
– Elle a remarqué mon collier et elle a sous-entendu que son collier était était le même…
Il rougit et fit un geste sec de la main.
– Elle est intrusive dans ma vie personnelle et c’est une menteuse. Je suis désolé que cela t’ait
touchée, mais elle te manipulait. Je ne lui ai rien donné.
Je hochai la tête pour lui montrer que j’avais compris. Ils lui faisaient déjà signe de revenir pour
les photos.
– Tout va bien ? Tu as d’autres questions ?
Je secouai la tête en le regardant dans les yeux pour lui montrer que j’allais bien. Il retourna à
contrecœur terminer la séance.
La séance photo dans son ensemble prit environ quatre heures. Je fus surprise de voir l’heure
qu’il était quand je jetai un coup d’œil à mon téléphone.
James était à l’arrière pour se changer quand je vis que j’avais manqué plusieurs textos de
Stephan.
James marchait vers moi quand je levai les yeux de mon téléphone. Il dut voir quelque chose sur
mon visage, car il passa du sourire à l’inquiétude en l’espace d’une seconde.
– Qu’y a-t-il ? demanda-t-il doucement.
– C’est Stephan. Je dois retourner à l’appartement. Il est bouleversé par quelque chose et il a
besoin de moi.
Il hocha la tête en jetant un coup d’œil rapide derrière moi. Il me prit par le coude et me tira vers
la sortie du studio sans traîner.
– Attendez, Monsieur Cavendish, dit la rédactrice. Nous avons juste besoin de faire l’interview.
Cela ne prendra pas plus de trente minutes.
Il ne ralentit même pas.
– Envoyez-moi les questions par mail. Nous avons une urgence, dit-il sèchement.
Elle ne protesta pas. Peu de gens l’auraient fait quand il utilisait son ton le plus « Monsieur
Cavendish ».
Il ne perdit pas de temps pour nous faire monter en voiture et on rentra rapidement à
l’appartement.
– Merci, lui dis-je à voix basse, toujours consciente des autres gens dans la voiture. Je ne peux
pas supporter l’idée qu’il soit seul et triste.
Il hocha la tête et me caressa les cheveux.
– Je sais. Nous serons à la maison dans quelques minutes. As-tu une idée de ce qui s’est passé ?
Je fis mon petit haussement d’épaules.
– Javier et lui sortaient avec d’autres stewards ce soir. Dans cette équipe, il n’y avait que des
amis de Javier, mais pas de Stephan. Quelque chose a dû se passer avec eux. Il m’a dit plus tôt qu’ils
étaient ouvertement hostiles. J’aurais dû le rejoindre à ce moment-là. Je me sens vraiment mal.
– Il t’avait demandé de venir à ce moment-là ?
– Non, mais…
– Il t’a demandé de venir maintenant ? demanda-t-il.
– Oui, mais c’était il y a presque une heure…
– Arrête de culpabiliser. Tu sais que Stephan ne t’en voudra pas. On y va maintenant et tout ira
bien.
12
Monsieur Compréhensif
Stephan
Je pris une longue douche et j’enfilai un short noir sans prendre la peine de mettre un T-shirt.
J’avais l’intention de courir pour m’éclaircir l’esprit. Je pouvais être dans Central Park en quelques
minutes. J’allais adorer y courir. Il faisait nuit dehors, et je savais que ce n’était pas très sûr, mais tant
pis, je me sentais presque d’humeur à une confrontation. Une bonne bagarre m’aurait fait du bien,
même en sachant que je me serais détesté après. Même quand la violence n’était que de l’autodéfense,
je me détestais.
Je me tenais dans l’entrée du dressing avec mes chaussures de course dans la main quand Javier
entra dans la chambre.
J’avais eu l’intention d’aller le voir, je savais que nous devions parler, mais j’avais repoussé ce
moment. Il ne me tardait pas d’avoir une conversation qui allait probablement se terminer par une
rupture.
Il me regarda, il y avait quelque chose de blessé et de féroce dans ses yeux sombres. Je pus voir
qu’il avait pleuré, mais cela ne l’enlaidissait pas.
– Je sais que tu vas rompre avec moi, dit-il doucement d’une voix tremblante. Je te connais assez
bien pour voir que tu essayais juste de t’en donner le courage. Je te demande une seule chose avant de
le faire.
Je regardai mes pieds, laissant mes cheveux mouillés tomber sur mon visage.
– Quoi donc ?
– Je veux juste que tu t’asseyes et que tu m’écoutes. Et regarde-moi pendant que je parle. Si je
compte à tes yeux, tu me donneras au moins ça avant de me rejeter.
Je marchai vers le canapé de l’autre côté de la pièce. Je m’assis et le regardai enfin dans les
yeux.
– Vas-y, lui dis-je calmement.
Il s’approcha de moi. Son menton était levé fièrement, comme toujours. Bianca pensait qu’il était
un peu froid, mais je ne le voyais pas comme ça. En fait, il me rappelait beaucoup Bianca : il avait un
tel sang-froid, un tel contrôle de lui-même, il se cachait si bien. Mais entre Javier et moi, tout avait
toujours été très passionné, donc je ne m’y trompais pas. Il était réservé, oui, mais jamais froid.
Il s’agenouilla à mes pieds.
– Est-ce que j’ai le droit de te toucher ? demanda-t-il.
Je n’avais jamais vu ses yeux aussi écarquillés et aussi remplis de douleur.
C’était difficile de lui dire non quand il me regardait de cette façon, mais je refusais de me
laisser faire, de m’autodétruire, alors je secouai la tête.
– Non.
Sa lèvre trembla et je faillis céder. Je dus faire un véritable effort pour ne pas regarder ailleurs.
Il était à genoux et il s’approcha aussi près de moi que possible sans me toucher. Il portait un T-
shirt noir très moulant et son ventre musclé n’était qu’à un cheveu de mes genoux. J’essayai de ne pas
me laisser distraire.
– Je sais ce que tu penses, dit Javier. Tu penses que j’aime dramatiser. Tu penses que ce barman
m’a rendu jaloux et que donc j’ai essayé de te rendre jaloux. Je peux admettre avoir été comme ça
avant. J’ai déjà été dans ce genre de relation passionnelle, mais je ne suis plus comme cela. En fait,
c’est ce que je vivais avec Vance.
Je serrai la mâchoire, mais je le laissai continuer sans parler.
– Ces conneries où on dramatise, on les fait quand on n’est pas amoureux, quand on se fiche de
la tournure que prendra notre relation, et ce n’est pas le cas pour nous, Stephan. Ce qu’il y a entre
nous compte vraiment. Je ne te ferai pas ça, jamais. J’avoue avoir été jaloux de Melvin et avoir agi de
manière puérile, mais je n’aurais jamais répliqué en te trompant. Je ne laisserais tomber ce que nous
avons pour rien au monde.
Il baissa le menton en parlant, mais il soutint mon regard tout le long. Il levait ses magnifiques
yeux sombres vers moi, sous ses cils plus épais.
J’avais envie de croire ses paroles, je ne voulais rien d’autre, mais encore une fois, je refusais
de m’autodétruire. J’avais travaillé trop dur pour parvenir à me valoriser à mes propres yeux, je
n’allais pas m’arrêter maintenant.
– Tu ne peux pas changer ce que j’ai vu, Javier. Vance te collait de partout et tu n’as pas levé le
petit doigt. Tu n’as même pas essayé de t’écarter.
J’essayais de ne pas lever la voix, mais c’était un effort.
Il posa une main sur mon genou, comme si c’était involontaire, comme s’il ne pouvait pas
s’empêcher de me toucher.
Je la repoussai.
– Non, dis-je d’une voix grave et méchante.
J’essayai de ne pas me laisser affecter par une larme isolée qui coula le long de sa joue.
– Pour expliquer ce que tu as vu, je dois t’expliquer comment c’était entre Vance et moi.
Il déglutit et je regardai sa gorge. Je me forçai à regarder ses yeux.
– Nous étions dans une relation destructrice, dit-il. Nous étions ce couple qui dramatise tout.
C’était à peu près la seule chose qui nous rassemblait. Il était obsédé par moi et j’étais assez immature
pour penser que cela suffisait à faire fonctionner notre relation. Il flattait mon ego, je le rendais fou,
et il adorait être fou. Il cherchait toujours à me faire réagir. Peu importait que ma réaction fût bonne
ou mauvaise. Il disait ou faisait quelque chose d’horrible et je réagissais, et il adorait ça. C’est allé
jusqu’au point où nous aurions pu être la même personne dans cette relation. Nous faisions des
choses blessantes, nous disions des choses blessantes, et nous ne nous aimions même pas. C’est
terrible de savoir que l’on pourrait blesser quelqu’un juste pour ressentir quelque chose. Je n’en suis
pas fier, mais j’ai été ce genre de personne. Je ne le suis plus.
Il reposa sa main sur mon genou et je ne le repoussai pas. Il s’approcha en cognant ses hanches
contre mes genoux jusqu’à ce que je les écarte suffisamment pour le laisser avancer. Je pus voir son
autre main trembler quand il la posa sur mon torse.
Je ne bougeai pas mes mains, mais je le laissai me toucher.
– Vance est toujours ce genre de personne. Il est toujours obsédé par moi, obsédé par ce que
nous avions même si cela s’est terminé il y a plus de trois ans. Il manigance des combines en attendant
une réaction de ma part. J’ai appris il y a longtemps que la meilleure chose à faire était de ne pas lui
en donner. De ne rien lui donner du tout. De ne même pas lever le petit doigt…
Il s’approcha lentement en me donnant le temps de lui dire non. Il s’approcha jusqu’à ce qu’il
puisse poser son visage contre mon torse. Ma respiration devint irrégulière.
– Il m’a embrassé pour obtenir une réaction. Il voulait que je lutte, que je le frappe, que je crie,
que je fasse quelque chose. Alors, je n’ai rien fait du tout. J’ai attendu passivement qu’il termine afin
qu’il se rende compte que cela ne m’intéresse même plus de réagir.
J’agrippai ses épais cheveux noirs. Je reculai son visage de façon à ce qu’il me regarde dans les
yeux.
– Tu es en train de me dire qu’il t’a agressé ? Qu’il l’a déjà fait avant ? Il a posé les mains sur toi
en sachant que tu ne voulais pas qu’il te touche ?
Ses yeux sombres et mystérieux s’écarquillèrent un peu de panique. Il se colla contre moi,
caressant mes épaules de manière réconfortante.
– Oui, finit-il par répondre.
Je me raidis comme une planche et mon esprit fut embrumé par la colère.
– Stephan, ne va pas faire quelque chose d’imprudent, supplia-t-il. Il n’en vaut pas la peine.
Une image de Vance me vint à l’esprit, une image très claire où j’étais en train de lui casser la
figure. Si nous nous confrontions physiquement, je pouvais le détruire. Il n’y avait aucun doute
possible. Il n’était pas très grand, pas très gros, avec un beau visage que j’aurais été ravi d’amocher.
– Pourquoi traînes-tu encore avec lui ? Pourquoi l’avons-nous rejoint, s’il est comme ça ?
– Je m’entends très bien avec tous ses amis. Je suis proche de tout cet équipage et il a juré de ne
plus me brusquer. Et puisque tu étais là, je ne pensais pas qu’il le ferait. Je ne pensais pas qu’il
tenterait quelque chose à la seconde où tu quittais ma vue. Et je supposais que si c’était le cas, tu me
défendrais. Je ne sais pas me battre.
J’écarquillai les yeux d’horreur.
– Tu es en train de me dire qu’il t’a agressé, que je l’ai vu, et puis que je suis parti ? C’est ça qui
s’est passé ?
J’essayai de me lever, mais il me serrait fort.
– Ce n’est rien, dit-il très doucement. Mais ne romps pas notre relation à cause d’un malentendu.
S’il te plaît. Je t’en supplie, Stephan.
– Tu penses que ce n’est rien que quelqu’un t’agresse devant moi et que je m’en aille ?
Il frotta sa joue contre mon torse et je déglutis.
– Je me moque de Vance. C’était sa dernière chance de rester poli, et il l’a gâchée. Je resterai
très très loin de lui. À présent, la seule chose qu’il pourrait faire pour me blesser, ce serait que cela
me coûte notre relation. Je t’aime. Je sais que j’ai dit avoir besoin de plus de temps, mais c’était un
gros mensonge. Je suis tombé amoureux de toi il y a plus d’un an, et mes sentiments n’ont jamais
disparu. J’essayais juste de me protéger quand je t’ai dit que j’avais besoin de plus de temps. Je t’ai
aimé tout le long.
Je n’étais pas du genre à analyser une bonne chose à mort. J’examinai son visage sincère et je
cédai à nouveau. Je le croyais et je l’aimais, et cela me suffisait.
Je passai mes mains dans ses cheveux noirs et je les serrai pour approcher son visage. Je
l’embrassai violemment et il fondit contre moi. Il colla son torse contre le mien.
Je reculai.
– Plus de drames. Je ne supporte pas ça. Et si je revois Vance, je lui casse la gueule. Tu peux
l’avertir si tu veux, mais c’est ce qui se passera.
Il hocha la tête en me faisant un petit sourire. Ce sourire annonçait une bêtise. Une bêtise
agréable. Je gardais les mains enfoncées dans ses cheveux soyeux quand il commença à poser des
baisers sur mon torse. Ma tête tomba en arrière quand il fit descendre sa bouche diabolique. Les
choses que Javier savait faire avec sa bouche me faisaient halluciner. Il avait un talent rare et exquis. Il
retira mon short et je le laissai m’enchanter.
Une bonne pipe impliquait souvent autant les mains que la bouche, mais pas avec Javier. Il me
suça si fort et si profondément que j’oubliai où j’étais : je jouis si vite que cela aurait été gênant s’il
s’était agi d’autre chose que d’une fellation. Il me maintint profondément dans sa gorge pendant que
j’éjaculais, caressant avec ses mains tout ce qu’il pouvait atteindre.
Je le relevai pour l’embrasser longtemps, puis je le menai jusqu’au lit en le tenant fermement
par les cheveux. Je le poussai sur le lit et je le coinçais en m’asseyant sur son ventre. Je lui embrassai
le cou et je le sentis trembler.
Je n’en avais pas terminé avec lui, loin de là, mais je le retins ainsi pendant longtemps, laissant
grandir son impatience tout en le réconfortant. Javier aimait que je le tienne contre moi, et j’adorais
le tenir. J’enfouis mon visage dans son cou et me frottai contre lui.
– Tu as raconté à Bianca ce qui s’est passé avec Vance ? demanda-t-il.
Je fus un peu surpris qu’il pense à ça à ce moment-là, mais je répondis.
– Oui, je lui dis tout.
Il fit un petit bruit de détresse.
– Elle va me détester maintenant. Même si tu lui racontes tout, elle ne me fera plus confiance et si
elle me déteste, notre relation ne fonctionnera jamais. Je sais ce qu’il en est. C’est la personne la plus
importante de ta vie et si elle est contre nous, notre relation ne tiendra pas le coup.
Je soupirai.
– Tu ne la comprends pas du tout. Elle ne ferait jamais cela. Elle ne serait jamais contre nous.
Cela voudrait dire qu’elle est contre moi et elle n’a pas ça en elle. Elle est de mon côté, sans réserve,
et elle respecte mes choix. Si je lui dis que je suis avec toi, cela suffira. Elle me soutient sans aucune
exception. Nous avons partagé trop de choses terribles pour qu’il en soit autrement.
– J’espère que tu as raison… dit-il.
Je mordis le tendon entre son cou et son épaule, suffisamment fort pour le faire gémir.
– Qu’est-ce que tu disais ? lui demandai-je avec un sourire.
– Je ne sais plus, souffla-t-il.
Je me mis à le déshabiller. Mon sourire devint diabolique.
– C’est bien ce que je pensais…
14
Monsieur Parfait
BIANCA
J’eus à nouveau ce rêve et je me réveillai en essayant de sortir du lit, effrayée et désorientée. Des
bras solides et connus m’attrapèrent presque immédiatement et je fus soulevée et portée jusqu’à la
salle de bains. Je dus fermer les yeux quand la pièce fut illuminée.
Nous étions déjà nus, donc il se contenta d’entrer directement dans la baignoire sans jamais me
lâcher pour faire couler l’eau. Il s’appuya contre le rebord de la baignoire. Je me retournai vers lui et
j’entourai son cou de mes bras, serrant aussi fort que possible. Il me caressa le dos avec des gestes
apaisants, me lavant et me réconfortant en chuchotant doucement que tout allait bien.
– Je ne le supporte pas. Je sais que c’est un rêve, mais cela paraît si réel, chuchotai-je.
Je ne craquai pas cette fois, je ne pleurai pas, même si le rêve m’avait autant secouée qu’avant.
Plus même.
– Chut, ma belle. Respire. Les souvenirs vont s’effacer. Les souvenirs des cauchemars
disparaissent toujours.
Il dit cela comme s’il avait l’habitude des cauchemars. Cela ne me surprit pas.
Je levai la tête pour le regarder. Il me caressa les cheveux et me regarda droit dans les yeux. Il
communiquait si bien en n’utilisant que ses yeux exquis et ternis.
Je déglutis. J’étais encore hantée par des restes de peur.
L’idée de le perdre me rendait si désespérée, si seule, cela me remplissait d’un désespoir plus
sombre que tout ce que j’avais connu, et pourtant j’avais souvent des pensées sombres.
Je m’écartai assez pour remonter le long de son corps, chevauchant ses hanches dans l’eau qui
remplissait peu à peu la baignoire. Je fis courir un doigt sur son front lisse, sur le creux de sa joue,
sur son nez parfaitement droit, sur ses jolies lèvres et sa mâchoire dure.
Je pris son visage dans mes mains et le regardai fixement. Il posa ses mains sur les miennes en
me jetant un regard si intense que je fondis.
– L’idée de te perdre me rend dingue, dis-je en approchant nos visages.
Je le regardai dans les yeux et je décidai de plonger :
– Je t’aime, James, chuchotai-je. Je t’aime tant.
Il ferma un instant les yeux en inspirant profondément. Lorsqu’il les rouvrit, il eut un tel regard
de soulagement que j’en tremblai.
– Merci, dit-il d’une voix rauque. J’ai attendu cela, j’ai désiré cela pendant si longtemps.
Il me caressa les cheveux en me regardant, ses yeux se perdaient dans cette douceur aimante que
j’en étais venue très vite à désirer.
Il resta silencieux si longtemps, se contentant de me regarder et de me toucher, que je perdis
notre compétition silencieuse.
– Et toi, tu m’aimes ? demandai-je le cœur serré.
– C’est une question bête, dit-il en me caressant la joue. Une question inutile. Je n’ai jamais caché
mes sentiments pour toi, Bianca. Je sais que tu es sceptique, mais tu dois t’être rendu compte que je
suis tombé amoureux de toi dès le début.
J’appuyai ma joue contre sa main.
– Alors pourquoi ne m’as-tu jamais dit ces mots ?
Il se mordit la lèvre.
Je le regardai révéler son côté vulnérable avec fascination.
– Je voulais que tu les dises en premier. Pas par fierté, et pas pour mon ego, mais pour mon
cœur. Je n’ai encore jamais dit ces mots à qui que ce soit depuis la mort de mes parents, je ne voulais
pas que la première fois se solde par un rejet. J’avais peur que tu sois effrayée et que tu t’enfuies à
nouveau. J’ai préféré te donner le temps plutôt que de me briser le cœur. Tu peux le comprendre ?
Je hochai la tête, abattue par le poids de mon propre scepticisme. Je détestais ce que mon passé
lui avait fait, ce qu’il pourrait lui faire dans le futur, toute cette douleur que cela lui avait procurée,
parce qu’il n’existait pas de remède miracle à mes problèmes. Un des plus gros émergea au moment
même où je pensai cela.
– Mais pourquoi ? demandai-je d’une toute petite voix. C’est ce que je ne comprends pas.
Il leva les sourcils et me regarda d’un air perplexe.
– Pourquoi ?
– Pourquoi m’aimes-tu ?
Son regard devint très doux, passant en un instant de la confusion à la tendresse qui me faisait
craquer à chaque fois.
– Tu veux que je te l’explique point par point ? demanda-t-il.
Je hochai la tête.
Il passa un doigt sur mon front.
– Je peux faire ça. Cela me plairait, à vrai dire. Tu es mon sujet de conversation favori, ma belle.
Je vais commencer par tes yeux. Je suis d’abord tombé amoureux de tes yeux. Ton regard a été
comme un coup de poing dans le ventre. Tu as des yeux intemporels dans un visage si jeune. Je savais
que tu avais vu des choses horribles, que tu en avais vécu, et dès le départ, je savais que tu
comprendrais la douleur. Que tu comprendrais la solitude et le désespoir. Tu comprendrais ce que
c’est que de se sentir sans espoir, impuissant et seul. Je suis d’abord tombé amoureux de tes yeux,
parce que j’ai regardé au fond d’eux et j’y ai vu l’autre moitié de mon âme.
Cela me toucha et mes yeux se remplirent de ces larmes humiliantes que je n’arrivais pas à
éviter ces derniers temps.
Il traça le parcours d’une larme sur mon visage en me faisant son sourire le plus affectueux.
– J’admets que cela a suffi à m’attraper et tu vas me dire que je suis fou, mais j’ai assez
d’expérience pour savoir dès cette première rencontre que j’en pinçais pour toi. Je ne l’ai compris
qu’après notre première fois ensemble, mais cela ne change pas le fait qu’à partir de là j’étais perdu.
Revenons à mon sujet préféré.
Il tendit le bras pour éteindre l’eau, puis il replongea sa main dans mes cheveux pour soutenir
ma tête.
– Ensuite, je suis tombé amoureux de ton sang-froid durement gagné, de ton contrôle sur toi-
même. Quand je parvenais à te faire sourire, ou même à te faire reconnaître ma présence, j’avais
l’impression d’avoir accompli quelque chose. Je n’ai jamais eu besoin de flirter, je n’en ai jamais eu
envie, à vrai dire, mais c’était délicieux avec toi, même en sachant que cela allait me causer des
problèmes. Ensuite, euh, voyons, c’est plus difficile à repérer, parce qu’il y a eu beaucoup de choses à
la fois. Je vais tout mettre ensemble et dire qu’ensuite je suis tombé amoureux de ta réaction par
rapport à moi. Ta soumission. Je n’ai encore jamais ressenti une telle alchimie : la façon dont tu
tremblais à mon contact, cette réponse innocente que tu ne pouvais pas cacher et dont je ne pouvais
pas douter. Et puis nous avons fait l’amour. Après cela, je ne pouvais plus donner un autre nom que
l’amour à ce que je ressentais, même en sachant que tu ne ressentais pas la même chose, du moins pas
comme moi, pas encore.
Il y avait une telle sorte de compréhension et d’adoration dans ses yeux que je sentis quelque
chose guérir en moi. Oui, mon scepticisme naturel l’avait blessé, mais au moins il semblait
comprendre pourquoi j’étais ainsi. Il semblait me comprendre.
Il n’avait pas terminé.
– Et puis il y a eu tes peintures. Ces rêves dans tes yeux. Le monde ne peut pas avoir été un
endroit merveilleux pour toi, mais il devient si beau dans tes peintures. Tu mets ton âme dans tes
œuvres et, pour moi, rien en ce monde n’est plus beau que ton âme.
J’avais toujours été mal à l’aise avec les compliments, quels qu’ils soient, et les siens méritaient
une catégorie à part tant ils étaient émouvants. J’étais tellement touchée que j’avais du mal à le
regarder en face, à le regarder dans ses yeux turquoise blessés, mais j’y parvins par pure volonté,
mon corps entier tremblait d’effort.
Il continua sans relâche.
– Et puis, il y a le fait que tu es si incroyablement belle et que tu t’en moques. Ta beauté me
bouleverse, Bianca, et pourtant tu lui accordes moins de valeur que toutes les femmes que j’ai pu
rencontrer. Même si tu te rendais compte à quel point tu es belle, et je sais que tu ne le sais pas, cela ne
t’importerait pas, cela ne ferait aucune différence, et c’est ce que je trouve aussi charmant chez toi.
J’ai parfois l’impression de tout gâcher, continua-t-il. Comme si je ne faisais que bousiller les
choses, mais je te jure que je fais de mon mieux. Je suis mauvais pour les relations de longue durée,
parce que je ne l’ai encore jamais fait, mais je te promets de continuer à travailler jusqu’à ce que ce
soit parfait. Je suis très déterminé.
Cette pensée m’étonna. Je parlai sans réfléchir :
– Ça, c’est vraiment une idée déprimante, James, parce que si toi tu es mauvais, il n’y a même
pas de mot pour décrire à quel point je suis nulle.
Il rit en rejetant la tête en arrière et ma bouche se mit automatiquement à sourire. Il approcha ses
lèvres brillantes près des miennes.
– Ce n’est pas vrai, ma belle. Tu t’en sors parfaitement, en ce qui me concerne.
Sa bouche était tout près de la mienne quand je lui répondis.
– Tu n’as rien gâché, James. Tu ne saurais pas être mauvais pour quoi que ce soit, même si tu
essayais. Je pense que tu es parfait.
Il m’embrassa d’un baiser doux avant que notre désir irrépressible l’un pour l’autre prenne le
dessus : en l’espace d’un instant chaud et ensorcelant, il me tenait par les cheveux en explorant ma
bouche. Je frottai ma poitrine mouillée contre la sienne.
Nous fîmes l’amour lentement, tendrement, en prenant notre temps. Quand ce fut terminé, je
posai ma joue contre son torse mouillé, embrassant mon prénom écarlate sur son cœur battant.
Il caressa longtemps mes cheveux, toujours enfoncé en moi. Il ne semblait pas pressé de sortir.
– Je t’aime, Bianca, dit-il très doucement. J’adore tout chez toi. Même ce qui a fait que tu avais
du mal à me laisser entrer dans ta vie compte pour moi. Je n’ai jamais cru pouvoir rencontrer une
femme que je n’avais pas besoin de soupçonner, en qui je pouvais si facilement avoir confiance, mais
je connais ton âme et elle est si pure et si claire que j’ai l’impression de pouvoir regarder à
l’intérieur.
Je ne savais pas comment il pouvait me dire cela. Je me sentais parfois si cynique. Mais
j’absorbai ses mots, adorant ce qu’ils me faisaient ressentir. Je n’avais pas besoin d’être d’accord
avec ses paroles pour qu’elles me touchent.
– Je t’aime, lui dis-je simplement.
Nous restâmes longtemps silencieux, communiquant seulement par des caresses et de doux
baisers. Finalement, à contrecœur, il se retira lentement de moi avant de m’attirer tout contre lui.
– Puis-je te parler de mes parents ? demanda-t-il alors.
– Bien sûr, dis-je rapidement, surprise qu’il ressente le besoin de poser la question. J’adorerais
en apprendre plus à leur sujet. J’adore apprendre des choses sur toi.
– Tu aurais aimé ma mère. Elle était si passionnée, si entêtée, mais aussi très gentille. Elle ne
venait pas du même monde que mon père, mais elle n’acceptait pas les bêtises que la haute société
essayait de lui faire faire. Elle détestait les déjeuners et les thés, elle détestait même toutes les
obligations sociales qui n’aidaient pas directement son œuvre de charité, et le terme « mondain » la
mettait hors d’elle.
Ses paroles me soulagèrent énormément. S’il s’était attendu à ce que je fasse ce que Jackie avait
suggéré, c’est-à-dire vouer ma vie à une série inutile d’obligations sociales désagréables destinées
uniquement à préserver l’apparence, j’aurais été troublée, parce que cela n’aurait pas pu me convenir.
– Elle voyait beaucoup ses amis proches et elle consacrait son temps à sa famille et à ses œuvres
de charité. Elle était si belle.
Il fit une pause et caressa ma joue.
– Mon père était un homme réservé, mais aimant. Je m’en souviens. Il travaillait beaucoup, mais
quand il ne travaillait pas, il consacrait tout son temps à ma mère et moi. Il la vénérait.
Il me caressa les cheveux en disant cela d’un air tendre.
– Ils formaient un beau couple. J’étais jeune, mais même moi je voyais à quel point ils étaient
dévoués l’un pour l’autre. Ils échangeaient de ces regards… Même enfant, je savais qu’il y avait
quelque chose de spécial entre eux. En grandissant, longtemps après leur mort, je ne pensais pas
pouvoir un jour trouver la même chose qu’eux. Je pensais sincèrement ne pas en être capable…
Jusqu’à ce que je te rencontre, je ne savais pas que je pouvais ressentir ce genre de choses. À présent,
je vois bien que c’est très simple avec la bonne personne. On ne peut pas forcer ce genre de
sentiments, et depuis que je les ai ressentis, je ne peux plus nier leur existence. Je continue à être
stupéfait de les avoir ressentis si vite et si profondément avec toi. Mon père aimait dire qu’il était
tombé amoureux de ma mère au premier regard. Même alors, je pensais qu’il enjolivait les choses,
mais je le crois maintenant. Il m’est arrivé la même chose.
Je levai les yeux vers lui.
– Tu es complètement fou, lui dis-je.
La notion d’amour au premier regard était totalement tirée par les cheveux, d’autant plus qu’il
parlait de moi.
– Mais on ne peut pas nier que tu es terriblement romantique, ajoutai-je.
Il se contenta de sourire.
– Je sais. Mais je suis honnête et c’est exactement comme cela que je l’ai vécu.
Je frottai ma joue contre son torse, ayant l’impression que tout ceci était un rêve. Il était trop
parfait pour être vrai.
15
Monsieur Douteux
Le lendemain, nous fîmes la grasse matinée. Je fus agréablement surprise de voir que James
avait pris sa matinée pour que nous puissions la passer ensemble avant mon vol. Je ne m’absentais
qu’une journée, revenant à New York tôt le lendemain matin, mais j’avais néanmoins l’impression
que c’était un vrai cadeau de passer plus de temps avec lui.
Nous traînâmes au lit, ce qui n’était pas vraiment surprenant, étant donné que je me réveillai
lorsqu’il s’enfonça en moi. Cela devait faire un moment qu’il s’y essayait, car je mouillais assez pour
que mon corps l’accepte facilement. Il écarta tellement mes jambes que cela me fit presque mal et il
me pénétra sans pitié en me fixant du regard.
– Dis-le, Bianca, ordonna-t-il.
Je n’étais pas vraiment sûre de ce qu’il voulait dire, après nos confessions de la nuit précédente,
alors j’y allai à l’instinct. Il me baisait comme s’il voulait que je lui appartienne, alors je lui dis ce qui
me vint à l’esprit.
– Je suis à vous, Monsieur Cavendish, entièrement à vous.
Je découvris que mon intuition avait été bonne quand il jouit à l’intérieur de moi, en criant mon
nom.
Je le suivis de près, le regardant avec fascination et amour quand mon corps se serra
délicieusement autour de lui en un orgasme parfait.
Il fut tendre ensuite, mais c’était une sorte de tendresse possessive. On se doucha et il prit le
contrôle, lavant mes cheveux et mon corps comme il en avait l’habitude. Je ne le remettais même plus
en question. Le fait qu’il s’occupe de moi de cette façon comblait un manque que nous ressentions
tous les deux, et je chérissais cela autant qu’il me chérissait.
Il m’habilla, déposant des baisers sur mon corps avant de couvrir chaque endroit de vêtements.
Je caressai ses cheveux mouillés avec désir pendant qu’il s’occupait de moi. Il me vêtit d’un T-shirt et
d’un boxer noir, parce que j’allais devoir mettre mes habits de travail dans quelques heures.
Nous descendîmes pour le petit déjeuner. Il aurait été tentant de déjeuner au lit ce matin-là, mais
j’avais très envie de voir Stephan. J’avais besoin de savoir qu’il allait bien, alors on se dirigea vers la
salle à manger. James ne me posa même pas de questions. Il semblait comprendre comment Stephan
et moi nous fonctionnions. Je ne savais pas s’il était simplement observateur ou bien si Stephan lui
avait expliqué avec plus de détails que moi. Quoi qu’il en soit, le comment n’avait pas d’importance
tant qu’il nous comprenait.
Je sentis mon corps entier se ramollir de soulagement en entendant des rires venir de la salle à
manger. Je reconnus d’abord le rire de Javier et celui qui le rejoignit ensuite m’était plus connu que
mon propre rire. Et plus attendu.
Je souris en l’entendant et j’accélérai le pas pour les rejoindre. James était une présence
silencieuse derrière moi.
Lorsqu’il me vit, Stephan se leva avec un sourire jusqu’aux oreilles.
Il traversa la pièce et me prit dans ses bras en un clin d’œil. Je me blottis contre lui.
– Tu vas bien ? lui demandai-je.
Il me serra fort.
– Parfaitement bien.
– Je vois que vous vous êtes réconciliés, dis-je avec ironie.
– Oui.
Il n’eut aucune hésitation.
Je hochai la tête contre lui et, au bout d’un moment, il me laissa partir pour retourner à son petit
déjeuner.
Je n’avais pas besoin d’en savoir plus. Il avait pris sa décision et je ne pouvais qu’espérer que
Javier, qui me jetait des regards très prudents, ne le ferait plus souffrir.
James tira une chaise en arrière pour moi, agissant en gentleman.
– Omelette au blanc d’œuf, ça te va ? demanda-t-il en partant vers la cuisine.
Je hochai la tête en me demandant comment j’avais fait pour attirer les deux derniers gentlemen
de la planète.
Je remarquai que Stephan et Javier mangeaient des crêpes couvertes de sirop d’érable, de
Chantilly et de pépites de chocolat. Je fus surprise que James ait ce genre d’ingrédients dans sa
maison.
James revint vite, portant un service à thé très anglais. Il nous servit le thé à tous, agissant
comme l’incarnation de l’hôte anglais bien élevé. Je lui dis ma pensée.
Il sourit.
– Cela me vient de mon père. Anglais de la tête aux pieds. Chaque tasse de thé anglais que je bois
me fait penser à lui.
Je me dis que c’était adorable de partager cela avec nous et je lui fis un sourire d’adoration.
Il me fit un clin d’œil.
Je fus surprise par la réaction que cela occasionna en moi. Son geste était plutôt innocent, si on
le comparait aux choses qu’il me disait et qu’il me faisait quotidiennement, mais ce clin d’œil m’avait
allumée.
Il était vraiment trop sexy.
Nous avions presque terminé notre petit déjeuner quand je remarquai que James vérifiait son
téléphone, l’expression de son visage devenant prudemment neutre d’une seconde à l’autre.
– Excusez-moi, dit-il sèchement.
Il se leva de table et sortit de la pièce.
Je ne m’étais pas rendu compte à quel point il était poli avec le téléphone d’habitude, simplement
parce qu’il ne s’en servait pas en ma présence. Cela me rendit d’autant plus curieuse et je voulus
savoir ce qui avait attiré son attention et pourquoi il avait pris cet air-là. Je fus tout de suite en alerte.
Une curiosité incontrôlable et rare me fit le suivre au bout de quelques secondes. Je voulais voir
ce qui l’avait tant troublé en si peu de mots.
Je le surpris dans un des salons, le dos tourné vers moi. La porte n’était pas complètement
fermée, mais il parlait à voix basse au téléphone.
– Alors, propose-leur davantage. Je suis sérieux quand je dis qu’il n’y a aucune limite à ce que je
paierai pour que l’information ne sorte pas au grand jour.
Il fit une pause.
– Je n’en ai rien à battre de savoir si c’est une bonne décision financière, Roger. Il ne s’agit pas
des affaires. Cela concerne ma vie, c’est pour la garder intacte, et je m’en fous si cela doit me coûter
ma fortune. Est-ce bien compris ?
Une autre longue pause.
– Je n’ai pas quatorze ans, Roger. Je n’ai pas besoin de temps pour réfléchir. J’ai besoin que tu
fasses ce que je te demande. Fais-le.
La peur me figea sur place et je restai à écouter dans l’encadrement de la porte. Il avait un ton si
paniqué, si désespéré. Je ne voulais pas savoir ce qui lui avait fait si peur.
Je ne bougeai pas quand il termina son appel et qu’il se retourna. J’avais écouté sa conversation
et je préférais qu’il le sache. Il me dirait peut-être de quoi il était question et cela ne serait pas aussi
terrible que je le redoutais.
Il grimaça quand il me vit, ce qui ne fut absolument pas bon pour ma tranquillité d’esprit. Il y eut
un long et gênant silence pendant qu’il se frottait les tempes et que je le regardais.
– Tout va bien ? finis-je par lui demander.
Il grimaça.
– Ça ira, dit-il.
Ce fut tout.
– Qui est Roger ? demandai-je.
Le fait d’être avec James semblait avoir ajouté la curiosité à la liste de mes défauts.
– Un vieil ami de la famille. Une sorte de mentor pour moi. Et mon avocat.
Cela me sembla de mauvais augure, mais il ne développa pas et je ne lui demandai pas de le
faire. S’il n’avait pas envie d’en parler, je ne pouvais pas l’y forcer.
Il finit par s’avancer vers moi. Il me caressa la tête, puis il attrapa fermement mes cheveux dans
la nuque. Il s’en servit comme d’une poignée pour lever ma tête vers lui. Son regard ne présageait
rien de bon.
– Tu pensais ce que tu as dit hier soir ?
Je l’observai, complètement perdue.
– À propos de quoi ?
Il serra la mâchoire et il me dévisagea longtemps.
– Quand tu as dit que tu m’aimais. Je sais que tu étais fatiguée et effrayée à cause du cauche…
Je ne pus pas le supporter. Je l’interrompis brutalement.
– Bien sûr que je le pensais ! Je n’aurais jamais dit une telle chose juste parce que j’étais
fatiguée.
– Redis-le-moi, ordonna-t-il brusquement.
– Je t’aime. Bien sûr que je t’aime. Tu ne dois pas douter de moi. Je ne le dirais pas si je ne le
pensais pas.
– Cet amour a-t-il des conditions ? Que serais-tu prête à affronter pour rester avec moi ?
Je commençai à me fâcher.
– Je n’aime pas cette question. L’amour dans une relation monogame doit avoir quelques
conditions, James. Si tu étais infidèle…
– Je ne parle pas de ça. Je ne le ferai jamais. Y a-t-il d’autres conditions à ton amour ?
Je le regardai d’un air mauvais, mais je secouai la tête en trouvant beaucoup trop rapidement une
réponse.
– Je ne crois pas en avoir d’autres, James. Mais encore une fois, je n’aime pas cette question.
Peux-tu me dire pourquoi tu me la poses ?
Il agrippait désormais mes cheveux à m’en faire mal.
– Je pose la question parce que chaque fois que je pense que nous sommes sur le point de
construire un avenir ensemble, quelque chose du passé y fait obstacle et je veux être sûr que cela ne
nous arrivera plus.
Il restait délibérément vague, mais je ne dis rien. Je n’étais pas d’humeur à ouvrir la boîte de
Pandore.
– Le passé ne peut nous faire de mal que si nous le laissons faire, si c’est vraiment du passé que
nous parlons.
Il m’observa, puis il m’embrassa durement. Il porta sa bouche à mon oreille.
– J’ai envie de t’attacher à mon lit. Maintenant. J’ai envie de te garder ici.
Il y eut un court-circuit dans mon cerveau, qui se perdit dans l’endroit merveilleux que seul
James savait convoquer pour moi.
– Je dois bientôt partir pour l’aéroport.
– Je sais. C’est pour ça que j’en ai envie. Pour que tu ne puisses pas partir.
J’essayai de le regarder dans les yeux d’un air exaspéré, mais il m’embrassa, envahissant ma
bouche jusqu’à ce que j’en oublie à quel point ce qu’il disait était ridicule.
Il ne s’écarta que lorsque je fus à bout de souffle et en manque.
– Tu as eu le temps de réfléchir à ta carrière de peintre ? demanda-t-il. Quand aimerais-tu
prévoir la première exposition ?
En vérité, j’y avais réfléchi. C’était une sorte de distraction permanente quelque part, dans un
coin de ma tête. En particulier quand je tenais compte du fait que James payait bien plus, pour que je
sois suivie et protégée sur ces vols, que ce que je gagnais. C’était un gaspillage insensé.
– Oui, admis-je.
Il serra la mâchoire en voyant que je ne développais pas.
– Et qu’en penses-tu ?
Je lui fis mon petit haussement d’épaules.
– Je suis en train de ruminer la chose.
Il me fit un sourire plutôt peiné.
– Eh bien, fais-moi savoir quand tu auras fini de ruminer, dit-il d’un ton sec. J’aimerais
connaître tes pensées sur le sujet.
Il était manifestement contrarié, mais il n’en parla plus.
Nous montâmes. J’enfilai mon uniforme pendant qu’il mettait son costume hors de prix. Il fut
prêt le premier, prenant un autre appel téléphonique mystérieux. Il sortit de la pièce, le téléphone à
l’oreille, pendant que je me maquillais légèrement.
Il resta silencieux et un peu distant durant le trajet jusqu’à l’aéroport. Il me garda près de lui, une
main dans mes cheveux et l’autre sur mon genou. La distance était entièrement dans ses yeux et dans
l’expression de son visage, qui avait été soigneusement neutre depuis ce second appel téléphonique.
Il ne s’anima qu’un court instant quand nous atteignîmes l’aéroport et qu’il fut l’heure de se dire
au revoir. Il laissa les garçons sortir avant d’écraser sa bouche sur la mienne. Son baiser fut ardent et
désespéré.
Nous étions tous les deux à bout de souffle et agités lorsqu’il s’écarta.
– Tu vas bien ? demandai-je.
Il hocha la tête, mais l’inquiétude n’avait pas quitté son regard.
– Au revoir, lui dis-je.
Il sortit en premier pour m’aider à descendre.
– Je t’aime, Bianca, dit-il.
Je hochai la tête.
– Je t’aime aussi, James, répondis-je posément.
Je ne ressentis même pas le besoin de paniquer ou de retirer ce que j’avais dit. Les mots me
venaient déjà très facilement. J’étais atteinte à ce point.
Stephan, Javier et moi nous eûmes la chance d’obtenir une rangée de sièges pour nous, étant
donné que nous étions sur liste d’attente. Nous essayâmes tous de dormir puisque nous allions
travailler tard jusqu’au lendemain matin, mais nous ne fîmes pas plus d’une heure de sieste sur les
quatre heures et demie de notre vol.
Je me réveillai de ma sieste quand l’avion amorça la descente vers l’aéroport : ce sentiment
m’était assez familier pour agir comme une alarme sur mon corps. Ma tête était appuyée contre
l’épaule de Stephan. J’y frottai ma joue avant de me reculer pour le regarder. Il avait les bras croisés
sur le torse, ce qui faisait joliment saillir ses muscles. Il était souriant et réveillé. Je l’avais rarement
vu aussi heureux. Cela me fit du bien, en particulier après le drame de la nuit précédente.
Je vis que Javier dormait toujours, la tête appuyée contre l’autre épaule de Stephan.
– Bonjour, Bouton d’Or, dit doucement Stephan.
– Tu restes assis là en souriant pendant que nous dormons contre toi ? lui demandai-je avec un
sourire.
Il afficha une fossette en hochant la tête.
– En sandwich entre les deux personnes que je préfère au monde. Je suis bien obligé de sourire.
Il me fit rire.
– Alors, que s’est-il passé hier soir ? lui demandai-je.
Je ne voulais pas gâcher l’ambiance, mais il fallait que je le sache. Un gros drame avait été réglé
très facilement.
– Javier m’a dit qu’il m’aimait, dit-il avec un sourire très tendre.
Je fus soulagée et déroutée en même temps.
– Et avant ça ?
Il grimaça et me raconta rapidement comment Vance tyrannisait Javier.
Je lui serrai la main quand il eut terminé. Je ne savais pas trop quoi en penser. Javier avait pour
réputation d’aimer les drames, mais d’un autre côté, j’avais rencontré Vance, qui ne vivait que de ça.
Je savais une chose toutefois : Stephan croyait Javier et il devait se sentir horrible de ne pas l’avoir
défendu, d’être parti alors que Javier se faisait harceler.
– Si c’est vraiment ce qui s’est passé, tu n’aurais pas pu le savoir.
Il me jeta un regard sévère.
– Tu ne crois pas que c’est ce qui s’est passé ?
Je lui fis mon petit haussement d’épaules.
– Tu sais que je suis beaucoup plus cynique que toi. Je ne sais pas quoi croire, mais bien sûr, j’ai
des doutes. Cela ne fait rien. Si vous êtes ensemble, je le soutiens, parce que c’est ce que tu veux.
Il me fit un petit sourire triste.
– Tu ne devrais pas être aussi cynique. Je n’ai aucun doute au sujet de Javier, Bianca.
Je hochai la tête en le regardant prudemment.
– Je sais. Et comme je te l’ai dit, cela me suffit.
– Quand vas-tu comprendre que je ne suis pas la seule personne digne de confiance au monde ?
Je n’avais pas de réponse. Aucune qu’il veuille entendre, en tout cas. Seuls le temps et la
constance pourraient me donner confiance en Javier, et le drame de la nuit passée n’avait fait que
retarder ce moment, quelle que soit son histoire.
– Tu penses qu’il n’est pas assez bien pour moi, dit-il d’un ton de reproche.
Cela me fit sourire.
– Je pense que personne n’est assez bien pour toi, moi y compris.
Il se contenta de secouer la tête.
Nous en avions déjà parlé et aucun de nous ne changerait jamais d’avis.
– J’ai dit à James que je l’aimais, lui dis-je doucement.
Je reconnus le bruit du train d’atterrissage qui s’ouvrait et je fus surprise que Javier dorme
encore si paisiblement.
Stephan me fit un grand sourire.
– C’est merveilleux. Ton psy serait fier de toi.
Je ris sans me vexer, puisqu’il ne disait que la vérité.
– Tu ne vas pas me demander ce qu’il a dit ?
Il secoua la tête sans hésiter.
– Il est fou amoureux depuis le début, Bouton d’Or. Je n’en ai jamais douté. Cet homme vénère
le sol sur lequel tu marches.
16
Nous n’eûmes presque pas de temps au sol quand nous arrivâmes à Las Vegas. Javier et Stephan
se dirent rapidement et sagement au revoir, même si j’eus l’impression de voir les flammes de la
passion entre eux deux.
Une navette nous conduisit jusqu’au siège de notre compagnie où l’on s’enregistra et on se
prépara pour notre vol, même si tout cela ne fut pas sans histoires.
Tous les autres équipages que nous saluâmes parlaient de l’annonce récente que notre
compagnie aérienne avait déposé une demande de liquidation judiciaire. L’entreprise tournait encore
pour l’instant, mais tout le monde se demandait ce que cela signifiait pour nous.
Je restais choquée par tout cela. Stephan et moi nous échangeâmes un long regard qui signifiait
que nous en parlerions plus tard. La navette qui nous ramena jusqu’à l’aéroport était si bruyante, tout
le monde donnant son opinion et exprimant ses craintes, que nous n’aurions pas pu nous entendre de
toute façon.
J’envoyai un texto à James.
Cette robe a vraiment besoin de talons aiguilles. S’il te plaît, je te supplie de changer
d’avis au sujet des talons compensés.
Jackie
Le petit mot me fit rire. Je commençais presque à aimer tourmenter cette femme étrange. Je
connaissais des fashionistas, mais celle-ci était d’un niveau très supérieur. L’idée qu’elle avait choisi
toutes ces tenues, ces chaussures et ces sacs et qu’elle avait laissé des petits mots sur certains me
faisait rire.
Je pris un minuscule sac à main couleur chair qui portait le numéro correspondant. Au moins, il
avait une longue sangle.
J’envoyai quelques textos avant de descendre. Le premier fut pour James.
James : Oui.
Monsieur Autoritaire
Blake et Williams firent le chemin dans la partie de la limousine réservée aux passagers, tandis
que Johnny et Henry étaient à l’avant. Le trajet fut très court. Je reçus le traitement VIP de la voiture
jusqu’au club, où on me fit entrer sans que personne n’essaie de me prendre de haut. Le videur
s’inclina même légèrement pour moi. Sortir avec le propriétaire offrait quelques avantages étranges.
Je fus guidée jusqu’à une section VIP déjà remplie de visages familiers. La fête battait son plein.
La foule poussa un cri bruyant en me voyant arriver.
Je ne pus m’empêcher de sourire.
– Vous êtes là depuis longtemps ? demandai-je quand Marnie et Judith m’assaillirent, renversant
presque leurs martinis rouges.
Elles me firent des câlins de côté à cause de leurs boissons.
Jessa les suivit de près.
On se mit toutes à rire en nous rendant compte que nous portions toutes des nuances différentes
de rouge.
– J’ai entendu le nom de l’endroit et je me suis dit que c’était une bonne idée, expliqua Jessa en
riant.
Elle lissa sa robe dos nu en parlant. Elle avait une silhouette extraordinaire, avec de longues
jambes, une taille menue et des seins hauts.
Judith portait une minijupe rouge avec un bustier blanc et Marnie une jupe noire avec un
chemisier rouge volanté. Elles avaient accordé leurs tenues, évidemment, et elles portaient les mêmes
chaussures à talons rouges.
– Cet endroit est très chic. Je n’arrive pas à croire que nous soyons VIP ici sans avoir eu à sucer
qui que ce soit ! cria Marnie par-dessus le bruit de la salle.
Elle fut un peu plus bruyante que prévu, car cette remarque lui valut les regards des différents
équipages.
Un de ces regards venait de Jessa.
– Vraiment, Marnie ? Il faut toujours que tu ramènes tout au sexe ? demanda-t-elle en riant.
Marnie haussa les épaules en fronçant son joli nez.
– Je n’ai jamais dit que j’étais une fille classe. Loin de là. Dans notre duo, c’est Judith qui est
classe.
Judith leva les sourcils.
– N’est-ce pas franchement triste ?
Je sentis un torse dur s’appuyer contre mon dos, mais je ne me raidis pas. Je connaissais
parfaitement la hauteur et la forme de ce torse. Il avait pour habitude de dormir contre moi quand
nous nous collions l’un contre l’autre pour le confort, la sécurité et la chaleur.
Stephan me prit dans ses bras en posant un baiser sur ma tête.
– Je suis content que tu sois venu, B. Ce n’est jamais pareil sans toi.
Je souris en me retournant pour le regarder.
– C’est comme quand tu n’es pas là, Steph.
Il baissa la tête comme s’il avait lu dans mes pensées : je pus l’embrasser sur la joue.
– Où est Javier ? demandai-je quand il s’écarta.
– Aux toilettes, dit-il en s’éloignant.
Je savais qu’il fallait qu’il discute avec tout le monde. C’était ainsi qu’il fonctionnait.
– J’ai entendu parler du drame avec Vance la nuit dernière, dit Jessa quand il fut parti. D’après la
rumeur, Javier et lui se sont embrassés dans les toilettes…
Je grimaçai.
– Je ne suis pas surprise de cette rumeur. La version de Javier est différente. Il dit que Vance l’a
poussé contre le mur et s’est mis à l’embrasser. D’après Javier, Vance le persécute de cette façon
pour essayer d’obtenir une réaction. Il ne l’a pas repoussé parce qu’il a appris que la meilleure façon
de gérer Vance est de ne pas réagir.
Jessa hocha la tête en serrant les lèvres.
– J’ai déjà vu Vance faire ça. Il est toujours complètement fou de Javier. Cela fait des années
qu’il le harcèle. Il faut vraiment que Vance passe à autre chose.
Elle jeta un regard bizarrement malveillant en direction de Damien.
– Un peu comme un certain pilote têtu de ma connaissance…
Je jetai un coup d’œil en direction de Damien. Jessa n’avait pas tort.
– Je crois Javier, dit Judith d’une voix forte. J’ai vu comment Vance le traite. Il fait n’importe
quoi en espérant le faire craquer.
– Je l’ai vu, moi aussi. L’année dernière, il n’arrêtait pas de le toucher pendant une fête, même si
Javier lui disait clairement de dégager. Javier a fini par lui mettre une claque et j’aurais juré que cela
avait fait plaisir à Vance, étant donné le regard satisfait qu’il a eu.
Je me sentis soulagée qu’elles confirment la version de Javier. Je voulais vraiment y croire.
Malheureusement, vouloir et croire ne reviennent pas au même. Malgré tout, leurs paroles me
donnèrent l’espoir que Javier ne jouait pas simplement à un petit jeu avec Stephan, ce qui était ma plus
grande crainte.
– Cela ne me gênerait pas de prendre une claque de Javier. Il est tellement sexy, putain, dit
Marnie.
Cela nous fit rire de surprise. Il fallait évidemment qu’elle remette le sujet sur la table.
Damien s’approcha de notre groupe, suivi par Murphy. Il semblait un peu méfiant en regardant
notre groupe qui riait.
– Pourquoi ai-je toujours les oreilles qui sifflent quand je vous vois rire de cette façon ?
demanda-t-il.
Marnie leva les mains comme pour montrer une taille de plus de vingt-cinq centimètres.
– T’inquiète, chéri, c’est entièrement flatteur.
Damien se frotta les tempes d’un air peiné.
Murphy hocha la tête en se frottant le menton et en prenant un air impressionné.
– J’en étais sûr ! dit-il.
Je ne pus pas m’empêcher de rire plus fort.
– Ouais, il a une grosse bite, mais le fait qu’il s’enfuie après le sexe annule cet avantage, pour
moi du moins, dit Jessa d’un ton sarcastique.
J’étais choquée. Je ne savais pas que Jessa et Damien avaient couché ensemble. Jessa n’acceptait
jamais les coups d’un soir. C’est ce que je pensais, en tout cas.
Marnie leva les mains en formant un cercle assez large avec ses doigts, illustrant clairement
l’épaisseur.
– C’est ça qui compense le fait qu’il s’enfuie après.
Murphy jura bruyamment.
– J’en étais sûr, putain !
Marnie partit d’un fou rire adorable en se tenant le ventre. Judith fit de même. Elles se tapèrent
dans la main.
J’étais un peu désolée pour Damien, parce qu’il avait vraiment l’air de souffrir, mais je ne
pouvais pas m’arrêter de rire.
Stephan s’avança vers nous en secouant la tête avec un sourire.
– Pauvre Damien. Qu’a-t-il fait pour mériter ça ?
Marnie répondit, évidemment.
– Il en a baisé trop parmi nous, et il a été trop doué, voilà ce qu’il a fait.
– Parle pour toi, dit Jessa. Il n’y avait rien de fabuleux dans mon expérience. La taille ne fait pas
tout.
– Aïe, aïe, aïe, dit Murphy en insistant. Cassé…
Jessa haussa les épaules.
– Ce n’est pas pour le casser. Je dis juste la vérité.
– C’est brutal, dit Murphy.
Je sentis quelqu’un me tapoter légèrement l’épaule et je me retournai pour trouver Javier
derrière moi. Il semblait un peu nerveux en se penchant à mon oreille.
– Peut-on aller quelque part pour parler ? me demanda-t-il.
Je le dévisageai en me demandant ce qui se passait, mais je me contentai de hocher la tête.
– D’accord. Où ça ?
Je le suivis jusqu’à une zone vide le long du bar qui ouvrait sur notre section VIP. Le barman
s’approcha aussitôt de nous.
– Je n’ai besoin de rien, lui dis-je.
– Je prendrai un autre verre de votre spécialité, dit Javier.
Je l’examinai. Ses yeux paraissaient un peu vitreux. Je ne pensais pas avoir déjà vu Javier ivre,
mais je me dis qu’il devait l’être à ce moment-là.
Je m’assis sur un des tabourets rembourrés du bar.
Il ne s’assit pas, mais il s’approcha de moi en se penchant pour me parler à voix basse.
– Je sais que cela t’inquiète que Stephan soit avec moi. Tu penses que je ne suis pas assez bien
pour lui. Tu penses que je vais lui causer des problèmes.
J’allais ouvrir la bouche pour protester, même si ce qu’il disait était en partie vrai, mais il se
dépêcha de continuer.
– Je comprends. Je n’essaie pas de te contredire. Je veux juste éclaircir certains éléments.
Je hochai la tête pour qu’il poursuive.
– Tu n’as pas à avoir peur que je le fasse souffrir, Bianca. Si quelqu’un risque de souffrir, ce
sera moi. Je ne suis sorti avec personne depuis qu’il m’a largué. Et c’était il y a quoi, plus d’un an et
demi ? Je me languissais de lui, Bianca. Je sais qu’il est trop bien pour moi. Je sais qu’il est trop bien
pour qui que ce soit. Tous les types que je connais ont le béguin pour lui. Il est quasiment la
perfection même. Et je suis complètement fou amoureux de lui. Je remercie Dieu chaque jour parce
qu’il sort avec moi. Je ne gâcherais cela pour rien au monde.
Je ressentis un soulagement tel qu’il menaçait de me faire tomber du tabouret. Mais il y avait
encore des choses qu’il devait éclaircir…
– Mais toutes ces idioties avec Vance, alors ? S’il a été si horrible avec toi, pourquoi traînes-tu
encore avec lui ?
Il grimaça.
– Il m’a écrit une très longue lettre dans laquelle il parlait de réconciliation et de passer à autre
chose. Pour une fois, il semblait réellement sincère, et lui et moi nous étions amis avant d’être un
couple. C’était un bon ami, mais un petit ami affreux, et un ex encore pire. Sa lettre me fit croire que
nous pourrions redevenir amis. J’en avais envie, parce que beaucoup des types dans son équipage
sont des amis à moi, et j’aimerais que ce soit moins gênant chaque fois que lui et moi nous sommes
dans la même pièce. C’était il y a si longtemps, je ne comprends pas pourquoi il ne s’en est toujours
pas remis. Je suppose que j’avais très envie de croire que c’était le cas. Cela n’arrivera plus. J’en ai
vraiment terminé avec lui.
Je hochai la tête. Cela me semblait mieux, en effet. J’espérai seulement qu’il soit sincère. C’était
comme s’il lisait dans mon esprit, car il ajouta :
– Je sais que tu ne me feras pas confiance tout de suite. Ce n’est pas ainsi que tu fonctionnes.
Mais j’espère que cela finira par arriver. J’ai l’intention de faire mes preuves. Pour moi ça y est,
Bianca : Stephan est le bon. S’il me veut, je ne partirai jamais.
Il s’avança pour me serrer dans ses bras. Cela aurait dû être gênant, puisque j’étais assise et qu’il
était debout, mais en fait c’était parfait. Je lui rendis son câlin.
– Je l’espère, Javier. Tu sais, la première fois que vous êtes sortis ensemble, il est revenu avec
cet air rêveur. Il était si heureux. Je sais que tu penses que je ne suis pas une fan de toi, mais je suis
devenue fan cette nuit-là. Je serais ravie que Stephan sorte avec quelqu’un qui le rende aussi heureux.
Et tu ne devrais pas sous-estimer ses sentiments pour toi. Il s’est aussi langui de toi, Javier. Je sais que
beaucoup de garçons ont le béguin pour lui, mais tu es le seul qu’il voit. Tu peux me croire. Et je te
serai éternellement reconnaissante de l’avoir aidé à comprendre qu’il n’a plus besoin de cacher ce
qu’il est ni avec qui il sort.
Il me serra plus fort. Je fis de même.
Javier se mit à rire.
– Regarde Stephan, dit-il. Notre câlin lui a fait plaisir.
Je me reculai pour regarder.
Stephan était de l’autre côté du bar, debout à côté de Jessa, et il nous souriait comme s’il venait
juste de réaliser un rêve.
Javier lui porta un toast avec le martini rouge foncé que le barman avait laissé pour lui sur le
bar pendant que nous parlions.
– Ça a l’air bon, dis-je en montrant son verre.
Il me jeta un regard interrogateur.
– Tu veux que je t’en commande un ?
Je secouai la tête.
– L’alcool ne me fait pas vraiment de bien. Je ne sais pas trouver la juste mesure entre
complètement sobre et complètement ivre.
Il me tendit le verre.
– Goûte-le, alors. C’est un martini framboise. C’est le cocktail spécial de Red. C’est ma nouvelle
boisson favorite.
Je lui pris le verre et le sentis. Il sentait bon.
– Il y a quoi dedans ? demandai-je en prenant une toute petite gorgée, puis, en le goûtant, une
gorgée légèrement plus grande.
– Du Chambord, de la vodka framboise et du jus d’orange sanguine.
– C’est délicieux. Qu’est-ce que le Chambord ?
– De la liqueur de framboise. C’est merveilleux, non ? Ce que j’ai bu de meilleur.
Je hochai la tête.
– Très très bon.
Je sentis un corps dur s’appuyer contre mon dos et je me raidis. Je rendis son verre à Javier.
– Combien en as-tu bu ? ronronna James dans mon oreille.
Il plongea une main dans mes cheveux et en serra une poignée. L’autre bras vint entourer ma
taille et agripper ma hanche.
Il me parlait d’un ton très doux, mais je parvins à entendre la menace qui s’y cachait.
– Aucun, lui dis-je calmement. Javier m’a simplement fait goûter le sien.
– As-tu l’intention de boire ce soir ? demanda-t-il.
Je n’en avais pas eu l’intention, mais son ton et son attitude me firent presque changer d’avis.
– Je n’en avais pas l’intention, finis-je par répondre.
– C’est bien, dit-il d’un ton mielleux. Tu sais que je n’aime pas l’alcool. Et je ne te baiserai pas à
mort si tu as bu.
Je jetai un coup d’œil à Javier. James n’avait pas pris la peine de baisser la voix, mais l’autre
homme n’avait pas semblé le remarquer.
James me retourna dans ses bras en me tenant toujours fermement. Il leva mon menton de façon
à pouvoir me regarder dans les yeux de son air blessé.
– Dis-moi une chose, commença-t-il de cette voix mielleuse. Si je te dis que je ne te laisserai
jamais me quitter, c’est romantique ou psychotique ?
Je l’étudiai. Quand il était dans cette humeur-là, je ne savais pas s’il plaisantait ou non.
– Je suppose que cela dépend de si j’essaie de te quitter ou pas. Si je n’essaie jamais, c’est
romantique. Si j’essaie et que tu m’en empêches, c’est complètement psychotique. Pourquoi essaies-tu
de me faire peur, James ?
Je parlais d’une voix assurée et calme. J’allais gérer. Je n’allais pas m’enfuir uniquement parce
qu’il agissait de manière si étrange.
Le sourire de sa jolie bouche était amer. Je ne l’aimais pas du tout. Il laissait entrevoir des
secrets et des peurs.
– Je n’essaie pas de te faire peur, ma belle. J’ai l’intention de te garder. J’essaie simplement
d’évaluer à quel point tu as envie que je te garde.
– Je veux que tu me dises ce qui se passe. Y a-t-il un rapport avec cette conversation que tu as eue
avec Roger ?
Il s’anima d’un seul coup.
– Je suis ravie que tu parles de Roger. Je viens de sortir d’un rendez-vous avec lui et il meurt
d’envie de te rencontrer, alors il sera ici très bientôt. Il te plaira. Il est très gentil.
Je caressai sa joue avec mon doigt. Je frottai l’endroit où apparaissait sa fossette quand il
souriait.
– Alors, tu refuses de me le dire ? Ce sera comme cela entre nous ? demandai-je.
Le calme derrière lequel il se cachait s’effaça un instant, me laissant entrevoir ses yeux blessés et
désespérés.
– Non, Bianca. Je veux que nous partagions tout. Je suis sincère. Me donneras-tu seulement le
temps ?
– Est-ce que tu peux arrêter d’agir comme si le monde était sur le point de s’effondrer autour de
nous ?
– Oui, bien sûr. Si je sais que tu m’es dévouée et que tu veux que nous restions ensemble, cela
m’aidera énormément.
– Je t’ai déjà dit ce que je ressentais. Et tu ne peux pas m’obliger à dépendre de toi aussi
rapidement, aussi désespérément, et puis te renfermer sur toi-même. Je ne peux pas le supporter,
James. Lorsque tu agis de manière aussi secrète et effrayée, cela remet en place toutes les barrières
qui étaient tombées, cela déclenche toutes mes alarmes.
Il hocha la tête.
– Oui. Je suis désolé. J’étais tendu à cause d’une négociation très importante. Du genre où je
perds à tous les coups. J’essaierai de laisser mes soucis au travail. Ah, voilà Roger.
Roger était un homme séduisant, la cinquantaine, avec des cheveux gris foncé et un visage dont
les rides semblaient avoir été creusées par des sourires plutôt que par des froncements de sourcils.
Son sourire était large et sincère quand il s’approcha de nous.
– On peut faire confiance à James pour qu’il me traîne en boîte à cinquante ans, dit-il au lieu de
nous saluer.
Je lui souris. Il tendit une main et je m’écartai suffisamment de James pour pouvoir la serrer.
– Je m’appelle Roger, je suis un vieil ami de la famille. Et tu es Bianca. J’ai tant entendu parler
de toi. Je commence à comprendre pourquoi mon jeune ami a tourné la page de son passé.
Il parlait d’un ton chaleureux et sincère.
Un serveur s’approcha de notre groupe, l’air nerveux et anxieux. James lui jeta un regard dur
qui rendait tout à fait compréhensible l’anxiété du serveur.
– Excusez-moi, Monsieur Cavendish. Jeff, le manager, aurait besoin de vous voir un instant.
James regarda l’homme d’un air glacial et terriblement intimidant.
– Vraiment ? Il a besoin de me voir tout de suite ? Il pense que je suis ici pour le travail ?
– Non, Monsieur, il sait que vous êtes ici, euh, pour les loisirs. Il a dit que c’était très important.
James fit un sourire de requin en montrant toutes ses dents parfaitement blanches. C’était
effrayant.
– Dis-lui que j’arrive.
Il inclina la tête vers Roger et m’embrassa sur la joue. Il semblait agité et serrait la mâchoire.
– Si vous voulez bien m’excuser, je reviens dans un instant. Cela a intérêt à être important.
18
Monsieur Curieux
Monsieur Serviable
Monsieur Joueur
Nous traînâmes à dîner avec ces deux étranges amis.. Tristan commanda de la nourriture même
si nous avions déjà terminé de manger. Il se mit à l’aise sans demander l’autorisation, plaisantant et
discutant avec Frankie et moi. Il me plut. Beaucoup. Je les aimais bien tous les deux. Ils étaient
amusants.
James était silencieux et un peu tendu dans mon dos, mais il ne fit aucun mouvement pour partir.
Quand on finit par partir après quatre heures de bavardage, Frankie me fit un gros câlin. Tristan
essaya aussi, mais James était là pour le bloquer, sans le moindre tact.
Tristan resta imperturbable. Il me fit son sourire diabolique en penchant la tête.
– Ce fut un plaisir de te rencontrer, Bianca. Tu as été un vrai régal. À un de ces jours.
James ne dit rien avant d’être installé dans la limousine qui nous ramenait chez nous.
– Il t’a plu, dit-il d’un ton détaché.
Je ne crus pas une seconde à ce détachement.
– Ils m’ont plu tous les deux, dis-je en lui frottant le bras. Tes amis sont très sympas. C’est
agréable de voir que tu en as de bons. Ils commencent à dépasser le nombre des pétasses immondes
que je croise tout le temps et que tu as eu besoin de baiser.
Il ignora complètement la dernière partie de ma remarque, se concentrant toujours sur Tristan.
– C’est un dom, comme tu as dû le comprendre. Purement BD sans le SM. Tu étais attirée par lui.
Oh oh.
– Eh bien, je suis amoureuse de toi. Il m’a plu, comme je viens de te le dire. En tant qu’ami. C’est
un homme attirant, je ne peux pas le nier, mais c’est tout, James. Tu ne dois pas imaginer que tous les
doms que je rencontre vont avoir une attraction irrésistible juste parce que cela a été ton cas.
Et ce fut aussi simple que cela. Quelques mots rassurants et il se détendit, redevenant souriant et
aimable. Je me dis que c’était bon signe. Les petites choses se résolvaient déjà avec facilité.
On rencontra Danika à la galerie pour les touristes du Cavendish Hotel & Casino, le lendemain
matin. Danika gérait à la fois les galeries de Vegas et de Los Angeles, ce qui était particulièrement
impressionnant étant donné qu’elle devait avoir autour de vingt-cinq ans.
Après les discussions de la soirée précédente, je me mis à imaginer Danika et l’imposant Tristan
dès l’instant où je la vis. C’était presque déconcertant de les assembler. Il était si massif et musclé
qu’il aurait pu être un pratiquant de MMA. Elle, au contraire, était l’incarnation de la grâce délicate.
Elle faisait peut-être un mètre soixante-dix et elle avait de longs cheveux noirs et raides qui
tombaient jusqu’au milieu du dos. Elle était mince, mais elle avait des courbes à tous les bons
endroits. Sa peau était pâle, mais elle avait des origines visiblement mélangées. Une partie
vraisemblablement asiatique, mais le reste était difficile à deviner. Au moins en partie caucasienne,
d’après ses yeux gris clair.
Tristan avait eu raison. Personne ne pouvait nier qu’elle était exquise.
Elle était vêtue pour le travail, d’une jupe droite et d’une blouse élégante avec les manches
remontées. Je me rendis compte qu’elle portait des chaussures plates quand elle sortit de derrière le
podium à notre arrivée. J’aurais parié qu’elle était du genre à porter des talons hauts parce qu’elle
était si digne. Je vis tout de suite pourquoi ce n’était pas le cas, cependant.
Ses pas étaient légèrement irréguliers quand elle s’approcha de nous avec un magnifique
sourire. Je devinai qu’il devait s’agir d’une vieille blessure. Elle boitait de la manière la plus
gracieuse qui soit, comme si elle avait simplement absorbé sa blessure en elle, sans la mettre en avant
et sans la cacher. Cette démarche apparemment fluide en disait long sur cette femme : elle semblait
délicate, mais elle avait une volonté de fer.
– Je suis ravie de te rencontrer enfin, Bianca. J’ai eu le privilège d’être ta première fan. Il y en
aura d’autres, je peux te l’assurer.
– Hé, intervint James en lui serrant la main avec un sourire. Ne minimise pas mon adoration
pour son travail. Rappelle-toi qui l’a découverte.
Elle inclina la tête.
– Touché, James. Suivez-moi, si vous voulez bien. Nous devons discuter de beaucoup de choses.
On s’installa dans une grande salle de conférences, à l’arrière de l’élégante galerie. Danika
sortit un énorme classeur en cuir et je vis, lorsqu’elle l’ouvrit, qu’il s’agissait d’un portfolio de mon
travail.
– Laisse-moi commencer par dire que l’art c’est ma vie, et que j’adore ton travail. Cependant, il
s’agit d’un mélange plutôt éclectique de peintures. Nous pouvons gérer cela de différentes façons. Ma
préférence personnelle serait de répartir tous les thèmes dans des pièces différentes, puisque nous
avons tant de peintures avec lesquelles nous pouvons travailler et que nous utiliserons chaque pièce
de la galerie de Los Angeles pour l’exposition.
Je hochai la tête.
– Ça me paraît bien.
Elle eut l’air un peu surprise, comme si elle s’était attendue à ce que je la contredise.
– Eh bien, c’était facile. Si tous les problèmes sont aussi faciles à résoudre, nous pourrons
prévoir l’exposition pour la semaine prochaine !
La réunion entière se déroula de la même façon. Danika avait des suggestions très intéressantes
pour lesquelles je devais donner mon accord et j’étais ravie de me référer à son expertise dans un
domaine où j’étais novice.
Elle fut concise et professionnelle, pensant à des détails qui m’avaient totalement échappé,
jusqu’à ce qu’elle soit satisfaite et que l’exposition soit entièrement planifiée.
Je fus ravie que James reste raisonnablement silencieux pendant la réunion. S’il avait pris le
relais, comme il le faisait avec tant de choses, j’aurais eu l’impression que ce n’était pas mon
exposition. Mais le fait de travailler avec Danika, de voir chaque étape du processus sans qu’il
interfère, me donna l’impression que c’était réel, que j’avais une carrière là-dedans au lieu d’un
passe-temps simplement financé par mon petit ami riche.
Nous déjeunâmes avec Danika quand ce fut terminé. Sandra, le manager adjoint de la galerie de
Vegas qui travaillait directement sous les ordres de Danika, nous rejoignit.
C’était une petite femme aux cheveux bruns avec des yeux marron et une attitude plutôt austère.
Si j’avais dû me hasarder à deviner son âge, j’aurais dit qu’elle approchait la quarantaine.
J’avais complètement oublié que Danika boitait jusqu’à ce qu’elle quitte la table pour aller aux
toilettes. Sandra murmura quelque chose au sujet de la galerie et partit à toute vitesse.
– Qu’est-il arrivé au pied de Danika ? demandai-je à James.
– Je crois que c’est son genou. Et je ne sais pas. Elle n’en parle jamais, mais j’ai eu l’impression
que c’était de la faute de Tristan d’une certaine manière.
Je fronçai les sourcils. Cela ne présageait rien de bon.
On boucla une matinée productive et agréable avec Danika en fixant une date pour la semaine
suivante dont elle jura qu’elle tomberait en plein milieu de la planification de l’exposition. Je me
sentais excitée et enthousiaste lorsque nous nous quittâmes. Le rêve fou d’une carrière dans la
peinture semblait se transformer en quelque chose de réel et de concret.
James donna congé au personnel de sa maison pour l’après-midi et nous passâmes des heures à
nager dans sa piscine ridicule. Elle était détestable, avec de fausses montagnes et des fontaines, quatre
piscines différentes et, oui oui, une grotte sous une des chutes d’eau.
– Je ne savais pas que nous logions dans la villa Playboy, le taquinai-je.
Il grimaça.
– À vrai dire, c’est une partie de la maison que je n’ai pas conçue moi-même. C’est une longue
histoire, mais j’ai délégué cette partie à mon équipe du casino et parce qu’ils savaient que j’allais
devoir faire quelques fêtes publicitaires ici, voici ce qu’ils ont fait. Je n’étais pas très content quand je
l’ai vue, mais cela a bien servi. Si je ne suis pas en ville et que le casino a besoin d’organiser une fête
au bord de la piscine pour des gens importants, ils la font ici.
Je fronçai le nez. Je connaissais assez bien les soirées de Vegas, même si ce n’était pas mon truc.
– J’espère que tout a été désinfecté.
Il me tapota le nez.
– Oui, bien sûr. Tu sais que ça me rend fou quand tu fais ça avec ton nez. Ça te donne un air si
mignon.
Je tapotai son nez.
– Ne me dis pas que je suis mignonne, lui dis-je.
Il fronça le nez à son tour et je me dis que c’était plutôt sexy.
J’étais allongée sur une chaise longue matelassée dans un bikini blanc que je n’aurais jamais osé
porter en public pendant qu’il me couvrait le corps de crème solaire. Il n’était pas très efficace,
frottant davantage les parties de moi qui étaient couvertes par le minuscule bikini que les autres, tout
en faisant un grand sourire.
– Tu n’es pas du tout obligé de travailler aujourd’hui ? demandai-je.
Il avait travaillé la veille, mais il n’avait rien dit pour celui-ci.
– Je prends la journée. J’ai envie de te baiser en plein jour. J’ai envie de t’étaler et de te dénuder
au soleil.
Cela me fit gigoter. J’avais eu quelques espoirs quand il avait renvoyé son personnel, mais à
présent c’était certain. Nous n’étions pas seulement là pour nager.
– Tu vas me faire attraper des coups de soleil dans certains endroits douloureux, prédis-je.
Il leva le flacon de crème solaire.
– Je gère. Quand même, tu me connais mieux que ça.
Il fut consciencieux, mais lent comme une limace pour me couvrir de crème. Il passa même un
peu plus de temps sur mes pieds, à les frotter et à les masser jusqu’à ce que je gémisse de plaisir. Il
était doué de ses mains pour toutes les choses imaginables.
La seconde couche de crème dont il me couvrit lentement fut bien évidemment totalement
inutile, mais cela ne le découragea pas. Seul James savait transformer la protection solaire en
préliminaires. Je n’en pouvais plus quand il commença à remonter le long de l’intérieur de mes
cuisses.
Ses doigts imprégnés de crème me taquinèrent autour du sexe en tripotant les cordelettes de mon
minuscule bas de bikini, mais il les éloigna avec un petit sourire diabolique.
– Usage externe uniquement, ma belle. Tu devras te contenter de ma langue.
Il détacha les cordelettes sur mes hanches avec ses dents. J’enfonçai mes mains dans ses cheveux
quand il enfouit son visage entre mes jambes.
Il ne se servit pas de sa technique habituelle et évita d’abord mon clitoris pour enfoncer sa
langue en moi aussi profondément que possible. C’était ensorcelant, c’était bon, mais quand il
remonta finalement jusqu’au clitoris, je jouis brutalement en soufflant son nom.
Il monta soudain le long de mon corps, défit mon haut et posa ma jambe en diagonale en travers
de son torse, ma cheville sur son épaule. Il me tourna sur le côté et il enjamba mon autre jambe. Il se
positionna devant ma fente pendant un moment.
– Tu me baises de tous les côtés, lui dis-je en haletant.
Il ricana en me pénétrant brusquement.
– Dans tous les sens, jusqu’à ce que nous soyons satisfaits ou morts, ma belle.
Il se retira lentement en frottant chaque partie sensible et en jouant de moi comme d’un
instrument, puis il reprit son va-et-vient brutal. Sa taille et la position rendaient chaque va-et-vient
presque douloureux. Il répéta sa torture, encore et encore, et je jouis en poussant un cri rauque.
Il ne s’arrêta pas : au contraire, il accéléra. Il céda d’un seul coup à l’orgasme en criant.
J’adorais cela, je savourais les moments où il perdait le contrôle de cette façon.
Il écarta mes jambes, me tourna sur le dos et s’enfonça en moi en m’embrassant
langoureusement. Il se retira lentement, en traînant le plus possible, jusqu’à ce que je le désire à
nouveau, comme si on ne venait pas de faire l’amour.
Une fois qu’il eut séparé son corps du mien, il se colla contre moi.
– Entoure-moi de tes jambes et de tes bras, ordonna-t-il près de mon oreille.
C’est ce que je fis, mon corps lui obéissant alors que mon esprit était toujours dans un monde de
douceur et de rêveries où il était le seul à savoir m’emmener. Il me souleva en se levant lentement.
Je ne compris son intention que lorsque je volai dans les airs. Je frappai l’eau avec un petit cri de
surprise. Je lui jetai un regard noir en émergeant de l’eau.
Il se contenta de sourire avant de plonger à ma suite.
Nous jouâmes longtemps dans la piscine. Comme des enfants, pensai-je, sauf que nous étions
nus dans l’eau en plein jour. J’adorais chaque seconde. Je me dis que le James joueur était peut-être
mon préféré.
Il m’attira contre lui et il m’embrassa avec ferveur, puis il me repoussa dans l’eau.
– Cours, me dit-il avec un sourire diabolique.
Je parvins tout juste à atteindre le bord de la piscine et la première marche avant qu’il me
rattrape et qu’il m’attire dans l’eau contre lui. Il était collé contre mon dos et me mordit dans le cou
tout en se frottant contre moi. Son érection dure comme un roc appuyait contre moi.
– Tu es insatiable, lui dis-je, à bout de souffle.
– Oui, souffla-t-il dans mon oreille. C’est vrai. Maintenant, cours.
Cette fois, je réussis à courir hors de la piscine, à traverser le béton et à atteindre l’herbe. Ce ne
fut que lorsqu’il me tacla que je me rendis compte que c’était exactement ce qu’il avait voulu,
exactement ce qu’il avait prévu. Il me pénétra plutôt brutalement par-derrière.
Il me baisa dans l’herbe, à genoux, pompant en moi d’un air déterminé.
– Dis-le, Bianca, ordonna-t-il d’un ton bourru.
Je me liquéfiai, mais pas assez pour ne pas pouvoir le dire.
– Je suis à toi, James. À toi seul.
Il poursuivit ses secousses au même rythme pendant que mon corps le serrait convulsivement à
cause des petits frissons de plaisir qui me traversaient. Il continua jusqu’à ce que chaque petite vague
se soit arrêtée. Il poussa un gémissement grave lorsqu’il se laissa aller.
Mes mains et mes genoux étaient douloureux et tachés par l’herbe quand James m’emporta vers
la piscine. J’imaginai qu’il devait être dans le même état.
Il me jeta à nouveau dans la piscine. Même en sachant que cela allait arriver, je poussai un petit
cri avant de toucher l’eau. Lorsque je refis surface, James se dirigeait vers la maison, avec une
serviette attachée autour des hanches.
– Où vas-tu ?
– Vérifier comment va l’autre homme de ta vie, répondit-il.
C’était adorable. Et tellement James. Rien ne pouvait plus me toucher que le fait qu’il comprenne
mon lien avec Stephan, et il le comprenait très bien. Il savait toujours exactement quoi faire. Quel
homme manipulateur, perspicace et merveilleux !
Lorsqu’il revint, il se dirigea tout droit vers la chaise longue où nous avions laissé tous nos
vêtements. Il enfila son short de bain gris à taille basse et attrapa mon bikini avant de revenir dans la
piscine.
Il me coinça dans l’eau.
Je l’embrassai.
– Merci d’être aussi compréhensif au sujet de Stephan. C’est très important pour moi.
– Je n’ai que de l’affection pour cet homme. Si je dois te partager avec quelqu’un, je suis ravi
que ce soit lui. Je ferai tout ce qu’il faut pour qu’il m’apprécie. Je sais qu’un Stephan heureux est une
Bianca heureuse.
Il m’embrassa avant de m’aider à enfiler la petite série de ficelles qu’il appelait bikini.
– Les garçons avaient envie de traîner avec nous, poursuivit-il. Alors je leur ai dit de venir. Je ne
sais pas trop comment il a fait, mais Stephan a transformé tout cela en une fête impromptue au bord
de l’eau. Je ne sais même pas qui sera là. J’ai peut-être rencontré mon égal. Cet homme-là est malin.
Cela me fit sourire. C’était vraiment l’hôpital qui se moquait de la charité…
– Il faut que j’aille mettre quelque chose pour me couvrir, lui dis-je. Si nous faisons la fête, je
préfère ne pas montrer autant de peau.
Il me dévisagea en faisant glisser sa langue le long de ses dents d’un air sensuel.
– Ouais, je suis d’accord. Je préférerais ne pas montrer autant de ta peau en présence d’autres
personnes. D’autant plus que je ne sais même pas qui sera là. Je n’imagine même pas le chaos qu’il y
aura au niveau de la sécurité. Une fête de dernière minute sans liste d’invités…
Il secoua la tête puis il sourit soudain.
– Je suppose que c’est pour cela que je les paye autant. Maintenant, allons te couvrir.
Stephan et Javier arrivèrent en premier, à peine trente minutes plus tard. Ils étaient déjà tous deux
en maillot, torse nu et souriants. Je regardai les trois hommes sublimes à moitié nus autour de moi.
– Qu’ai-je fait pour avoir une chance pareille ?
Stephan fit un petit sourire en coin qui révéla sa fossette espiègle. Il me souleva et il se mit à
courir à travers la maison en poussant un cri joyeux. Il n’avait jamais su se tenir quand il y avait de
l’eau.
Contrairement à James, Stephan sauta dans l’eau en me tenant au lieu de m’y jeter. J’eus soudain
une vision claire des deux hommes dans ma vie qui se ressemblaient tant : ils étaient tous deux très
tactiles et affectueux et ils s’ouvraient émotionnellement à moi, même si ce n’était pas de la même
façon.
Une fois dans l’eau, Stephan ne me lâcha pas, il me maintint dans ses bras en souriant.
– Qui as-tu invité ? demandai-je avec méfiance.
Je voyais à son regard qu’il était d’humeur taquine. Son grand sourire confirma alors mon
impression.
– Mauvaise question, Bouton d’Or.
Je tirai légèrement sur ses cheveux, je connaissais son petit jeu.
– Quelle est la bonne question, alors ?
– Qui n’ai-je pas invité ?
J’entendis un rire derrière moi et je tournai la tête pour voir James retourner dans la maison.
– Si c’est ce genre de fête, je vais au moins faire venir un traiteur, marmonna-t-il en marchant.
Et je pense qu’une maison pleine de pilotes et de personnel navigant voudra un open-bar.
Je ne pus m’empêcher de rire. Il avait correctement évalué la situation. Si Stephan avait envoyé
une invitation générale à tous les gens qu’il connaissait, nous n’étions qu’à quelques minutes d’une
maison pleine de pilotes, de stewards et d’hôtesses de l’air qui allaient boire.
Les premières personnes qui arrivèrent m’étaient totalement inconnues et c’était très gênant de
rencontrer de nouvelles personnes en ne portant qu’un minuscule bikini ainsi qu’une toute petite robe
de plage trempée, mais j’essayai de ne pas y faire attention.
Je jetai un regard mauvais en direction de Stephan.
– Sais-tu au moins qui ils sont ?
Il haussa les épaules.
– Je crois que ce sont des pilotes. Des amis de Murphy ? J’ai vaguement l’impression de les
connaître.
James fit un plongeon parfait dans la piscine. Il nagea tout droit vers moi en restant sous l’eau
jusqu’à m’atteindre. Il me prit par la taille et il m’éloigna de Stephan. Il me coinça contre le bord de la
piscine.
– C’est Stephan qui joue à l’hôte ce soir, puisque c’est son idée et j’avais prévu de passer la
journée entière à te toucher, alors c’est bien ce que je vais faire.
Cela ne me posait aucun problème. Je lui souris.
21
Monsieur Scandaleux
Évidemment, une fête dans une si belle demeure et avec un open-bar attira beaucoup de gens, et
en l’espace d’une heure, l’endroit était bondé. Je reconnus peut-être un tiers de la foule qui se pressait
dans les piscines.
Notre groupe habituel traîna avec nous dans un des grands bassins.
Marnie et Judith étaient là. Je m’en étais doutée. Si elles étaient en ville, il était impossible de les
arracher à une bonne fête. Cependant, Marnie n’entra pas dans l’eau, ce qui était inhabituel. Je lui
demandai pourquoi.
Elle me montra son verre de martini.
– Tu vois ça ?
Je hochai la tête en souriant. Je savais qu’elle allait dire une bêtise.
– Ce n’est pas un martini. C’est un ibuprofène-tini, parce que les Anglais ont débarqué et que
c’est un jour de flux important !
– Ooooh, cria Murphy. Trop d’infos, Marnnniiie, trop d’infos ! Je visualise !
– Eh bien, visualise cette piscine devenir rouge si j’y mets un pied.
Tous les hommes dans un rayon de trois mètres se mirent à grogner de dégoût. Tous, sauf
Monsieur Magnifique, que rien ne semblait pouvoir gêner. Il se contenta de rire.
– Les femmes sont dégoûtantes ! dit Murphy. Je suis un peu excité quand même, qu’est-ce que
cela révèle sur moi ?
– Tu veux un peu de ça ? nargua Marnie en montrant son joli petit corps. Liz m’a dit que tu étais
doué au lit, mais je dois t’avertir tout de suite, si tu ne me fais pas jouir, tout le monde le saura.
Murphy se frappa le front.
– Comment suis-je censé y arriver avec ce genre de pression ?
Elle le pointa du doigt.
– Si tu ne peux pas gérer la pression, c’est hors de question. Si ça te rend nerveux, que feras-tu
quand j’aurai enfilé mon gode-ceinture ? La pression n’a même pas commencé. C’est à prendre ou à
laisser, capitaine !
Les yeux de Murphy s’écarquillèrent avec humour.
– Tu m’appelleras comme ça quand nous le ferons ? Ça pourrait améliorer ma performance.
Elle lui fit un petit salut.
– À vos ordres, capitaine !
Elle cria ces mots, mais on l’entendit à peine par-dessus le bruit de nos rires. Le plus drôle,
c’était que je ne savais absolument pas s’ils plaisantaient.
Murphy se tourna vers Damien en lui tendant la main.
– On sera enfin des frères esquimaux ! J’attends ce jour depuis si longtemps !
Damien se contenta de secouer la tête d’un air peiné. Il était particulièrement silencieux ce soir,
bavardant avec Jessa dans un coin de la piscine.
– N’importe quoi, maugréa-t-il.
Murphy jeta les bras en l’air.
– C’est trop vulgaire ? Les poissons panés alors ? On peut croiser nos poissons panés,
maintenant ?
– Mais qu’est-ce que ça veut dire ? demandai-je à James en me disant que cela devait être un truc
d’homme.
Il grimaça.
– C’est une façon très crue de dire qu’ils se sont tapé la même femme.
Judith leva deux doigts en direction de Murphy et elle bondit vers lui dans la piscine.
– Poissons panés ! cria-t-elle.
Ils entamèrent un faux combat d’épée avec les doigts.
– Tes amis sont vraiment marrants, me dit James. Mais ils ont dû te choquer, toi, une vierge.
Je lui jetai un regard sévère.
– J’étais vierge, mais j’ai vu beaucoup de choses, James. J’ai vécu dans la rue alors que je
n’étais qu’une jeune ado. Avant l’âge de seize ans, j’avais déjà dépassé la possibilité d’être choquée
par quoi que ce soit. Je pense que Judith et Marnie ont davantage été choquées par ma virginité que ce
qu’elles ont pu me choquer.
– J’imagine bien, répondit-il en riant.
– Elles ont essayé de me soulager de ma « condition » pendant des mois. J’ai vraiment dû les
engueuler pour qu’elles arrêtent.
Son visage s’assombrit.
– Je suis content qu’elles n’aient pas réussi. L’idée me rendrait violent.
Je levai les yeux au ciel.
– Elles étaient très loin de réussir. Elles essayaient de me faire coucher avec des types qu’elles
s’étaient déjà tapés.
– Murphy va obtenir ses ailes rouges ce soir ! cria Marnie bruyamment.
Je regardai James qui se tenait à côté de moi, au bord de la piscine.
– Qu’est-ce que ça veut dire ? demandai-je en sachant que c’était quelque chose de coquin et
qu’il était expert dans ce domaine.
Il ricana en se collant contre moi.
– C’est de l’américain bien vulgaire : c’est quand tu fais ton premier cunni à une fille qui a ses
règles. J’ai l’intention d’obtenir mes ailes rouges avec toi.
J’eus l’impression de rougir des pieds à la tête. Je dus regarder ailleurs. Je ne savais pas
comment, mais il parvenait encore à me choquer.
Il me serra le menton et le tourna pour que je le regarde.
– Alors, tu ne l’as encore jamais fait ? demandai-je.
Il secoua la tête.
– Et c’est vraiment quelque chose que les gens font ?
Il haussa les épaules.
– Moi je vais le faire, en tout cas.
Je fronçai le nez.
– Tu es tellement coquin et étrange. J’ai toujours supposé que les gens arrêtaient de faire… des
trucs… pendant cette période du mois.
Il rit.
– Regarde-toi. Tu ne peux même pas le dire. Je ne vais pas passer une semaine sans sexe juste
parce que tu as tes règles, je peux te le dire. Et je ne passerai pas non plus une semaine sans te faire un
cunni. Alors oui, j’obtiendrai bientôt mes ailes rouges.
Je rougis. L’idée était très embarrassante, mais le fait que rien ne le décourage m’excitait
néanmoins.
Il sourit en tenant mon visage et en se penchant tout près.
– Les mots ne peuvent même pas exprimer à quel point j’aime causer ce regard scandalisé chez
toi.
– Pourquoi cela ne me surprend-il pas ? chuchotai-je, toujours rouge.
– Mon Dieu, ce que vous êtes doués pour vous baiser avec les yeux ! nous interpella Marnie en
me faisant rougir encore plus. Trouvez-vous un lit !
– Je ne serai peut-être pas d’humeur quand j’aurai mes règles, lui dis-je en ignorant Marnie. Je
suis parfois fatiguée et grognon.
Il rit, imperturbable.
– Oh, fais-moi confiance, je te rendrai d’humeur.
Le connaissant, je n’en doutais pas.
– Il faut que j’aille aux toilettes, espèce de gros pervers, lui dis-je.
Il me fit une scène gênante en me sortant de la piscine, en me séchant et en me mettant ma robe
de plage. Mes amis l’encourageaient pendant que je rougissais. Il essaya même de m’accompagner
aux toilettes.
Je le regardai dans les yeux.
– James, je peux aller aux toilettes toute seule.
Cela ne sembla pas l’enthousiasmer, mais il me tendit une clé qu’il sortit de la poche de son
maillot.
– Utilise celles de notre chambre. Elles sont fermées à clé.
Je hochai la tête et je partis en serrant la serviette autour de ma taille.
Quand j’eus terminé et que je retournai au rez-de-chaussée, je fus particulièrement surprise de
trouver une fêtarde que je reconnus, mais que je ne m’attendais absolument pas à voir.
– Salut, Melissa, lui dis-je.
Elle buvait un martini en flirtant avec un barman d’un des bars improvisés installés ici et là dans
la maison.
Elle me jeta un regard très dégoûté pour quelqu’un qui faisait la fête dans la maison de mon petit
ami.
– Bianca, dit-elle avec mépris.
Je ne savais pas si c’était son venin ou bien le culot d’être désagréable dans cet endroit en
particulier, mais son mépris chassa d’un coup toute ma politesse.
Je lui pris le bras et je la traînai presque dans la pièce la plus proche. C’était une sorte de salle de
spectacle, avec une télé géante fixée au mur, des sièges de cinéma et un long canapé installé à
l’arrière de la pièce. Je n’avais vu l’endroit qu’une seule fois et très brièvement, quand j’avais enfin
eu droit au tour complet de la maison.
Un couple était en train de s’embrasser sur le canapé. Je leur ordonnai de sortir comme si j’étais
propriétaire de l’endroit. Ils semblèrent penser que c’était le cas, parce qu’ils m’écoutèrent et obéirent
sans protester. Je fermai la porte derrière eux et me tournai vers Melissa.
– OK, dis-moi ce que c’est, lui dis-je de ma voix la plus froide. C’est quoi, ton problème ? Je te
déplais ou bien ton caractère est toujours aussi horrible ?
Normalement, je ne supportais pas d’être aussi grossière avec quelqu’un, mais cette fois-ci cela
me posa pas de problèmes.
Elle croisa les bras en me jetant un air de défi plus boudeur que convaincant.
– C’est toi. Tu es précisément le genre de femme que je méprise.
Je n’étais pas surprise qu’elle ne m’aime pas, après tout elle ne s’en était jamais cachée, mais
j’étais rarement décrite comme un genre de femme. Sauf si c’était pour dire que j’étais du genre à
être distante et réservée. Et ce genre-là appelait rarement autant de haine. Je n’eus pas besoin de lui
demander ce qu’elle voulait dire, elle fut ravie de développer.
– Tu agis comme une connasse prude, tu regardes les filles qui veulent se faire un vieux riche de
haut, mais tu es exactement comme nous ! Tu joues au même jeu que moi : tu es simplement moins
honnête. C’est tout ce que je déteste ! Et tu t’es dégoté le type le plus riche de tous ! Tu ne le mérites
pas. Tu ne mérites rien de tout cela ! Je suis née riche. Née dans cette vie, née pour mériter cette vie,
mais mon père a tout perdu et maintenant je dois distribuer des putains de cacahuètes pour joindre les
deux bouts et sucer des sexagénaires pour obtenir les sacs à main que mon père me donnait pour un
bisou sur la joue. Et toi, avec ta supposée vertu, tu obtiens le plus riche dès ton premier essai. Tu nuis
à la réputation des filles honnêtes comme moi.
Je ris. Je ne pus pas m’en empêcher. Je lui ris au nez.
– Alors c’est ça, ton problème, lui dis-je d’un ton cinglant.
Je n’arrivais pas à croire qu’elle avait encore moins de valeur que ce que j’avais pensé.
– T’es une petite pourrie gâtée qui n’a jamais grandi. Ton papa t’a tout donné et regarde ce que
tu es devenue. Une pute pour des sacs ?
Elle eut le culot d’essayer de me mettre une claque. Je la vis arriver et j’attrapai son poignet.
– Je ne te ressemble absolument pas, continuai-je comme si elle ne venait pas d’essayer de me
frapper. Le fait que James ait de l’argent a joué contre lui, pas pour lui, et les sacs à main, je n’en ai
rien à foutre. Tu as besoin d’une bonne dose de monde réel, petite gamine, et j’espère que tu l’auras.
La porte s’ouvrit d’un coup et James, les yeux fous, se précipita à l’intérieur, suivi de quatre
gardes de sécurité. Il ne regarda même pas Melissa quand il la fit jeter dehors.
Je gardai les yeux fixés sur elle, soutenant son regard mauvais pendant qu’elle partait.
Je finis par croiser le regard de James. Je savais ce que j’allais y trouver. Assez d’inquiétude et
de fureur pour me rendre tendue.
– C’est la dernière fois, putain. Tu n’iras plus jamais aux toilettes sans garde du corps.
Je levai les yeux au ciel.
– S’il te plaît. C’était Melissa. Elle est hostile, mais elle ne présente aucun danger pour moi.
– Elle t’a jeté un putain de verre à la tête !
Je me rendis compte qu’il était vraiment en train de se mettre en colère.
Je m’approchai de lui et j’enfouis mon visage contre son torse. Il me prit dans ses bras. C’était
une réaction automatique, qu’il soit furieux ou pas. Je me dis que c’était révélateur.
– Je vais parfaitement bien. En fait, nous avons eu une conversation très intéressante.
– Ah bon ? s’étonna-t-il en me caressant le dos d’un air possessif.
– Ouais, j’ai compris son problème.
– J’adorerais le connaître.
– Elle est pourrie gâtée, dis-je simplement.
– Ah.
– Et une pute pour sacs de haute couture.
Cela le fit rire.
– Elle doit vraiment aimer les sacs à main, dit-il.
– J’espère, parce qu’elle prétend avoir sucé un sexagénaire pour en avoir un.
Je ne sais pas pourquoi cela me parut drôle quand je le dis, car en réalité c’était seulement triste
et pathétique, mais je ne pus pas le dire sans rire.
Cela devait être contagieux, parce que James se mit à rire aussi fort que moi.
Stephan nous trouva encore en train de rire quand il se précipita dans la pièce, à bout de souffle.
Il pointa James du doigt.
– C’est cruel. À cause de toi, j’étais mort de trouille qu’elle ait disparu, et te voilà en train de rire
et de plaisanter sans prendre la peine d’interrompre les recherches.
– Pardon, dit James toujours en riant.
Ce devait être ce genre de rire qui soulage les tensions, car je ne pus pas m’arrêter non plus.
– Qu’y a-t-il de si drôle ? demanda Stephan en souriant de voir notre fou rire.
Il était toujours rapide pour passer à autre chose.
– Melissa a sucé un sexagénaire pour un sac à main, soufflai-je.
Je savais que c’était méchant de répéter ce qu’elle avait dit, mais c’était Stephan, et puis en ce qui
la concernait, la méchanceté ne me gênait plus.
Son sourire s’élargit.
– Ce n’est pas surprenant, mais il se pourrait que ce que tu viens de dire devienne ma sonnerie de
téléphone.
– Pourquoi ?
– Parce que je n’imagine pas un moment de la journée où le fait de t’entendre dire ça ne me
ferait pas sourire. Alors, vous avez fini par régler vos comptes ?
Je hochai la tête en essayant toujours de contenir mon rire.
– Elle pensait que j’étais une croqueuse de diamants comme elle, mais que je ne voulais pas le
montrer. Cela insultait sa sensibilité raffinée. Je l’ai traitée de pourrie gâtée et de pute pour sacs à
main.
Cela fit rire Stephan autant que James et moi.
– Oh mon Dieu, dit Stephan à bout de souffle, j’adore que tu lui aies dit ça. Elle l’a bien cherché.
Nous rejoignîmes la fête qui fut plus détendue après l’étrange petite confrontation. Je ne pensais
pas qu’une dispute avec Melissa allait en fait devenir un moyen de me détendre. Il fallait peut-être que
je le fasse plus souvent.
On ne raconta pas la petite confession de Melissa à nos autres amis. Cela aurait été un ragot
mesquin, même si c’était vrai. Le caractère de Melissa était assez clair pour tout le monde. Je n’avais
pas besoin d’en rajouter.
22
Monsieur Distant
Le mercredi, James revint étrangement tendu et silencieux du travail. Il me fit l’amour avec
intensité ce soir-là, les yeux pleins de… quelque chose. Je n’arrivais pas à l’identifier, mais cela
m’inquiétait. Et le fait d’aller au lit sans qu’il éclaircisse les choses m’inquiéta encore plus.
Mon inquiétude ne fut pas apaisée le lendemain matin lorsque je me réveillai en voyant qu’il me
tournait le dos. Il était nu et le fantôme d’un drap était posé sur une hanche bronzée. Même inquiète, je
dus admirer l’élégant jeu de muscles sur ses flancs nus. Je ne voyais jamais ce côté de lui. Je caressai
sa hanche d’une main.
Il s’écarta, toujours profondément endormi.
Mon premier instinct fut de le laisser tranquille. Je comprenais très bien qu’il en ait besoin. Mais
je commençais à le comprendre suffisamment bien pour savoir que ce n’était pas ce qu’il voulait ni
même ce dont il avait besoin.
Je collai mon corps contre son dos en caressant sa hanche sexy. Je mis mon nez dans son cou.
Il se raidit, puis il se détendit contre moi.
– Bianca, chuchota-t-il d’une voix rauque. Reste, Bianca, reste. Je t’en prie.
Je caressai sa hanche et l’embrassai dans le cou.
– Je ne vais nulle part, mon amour, lui dis-je pour le rassurer.
Cela sembla fonctionner. Il se détendit contre moi et je lui fis un câlin dans son dos. Il avait
encore une heure avant de devoir se réveiller, alors je me rendormis en le tenant toujours contre moi.
Quand je me réveillai à nouveau deux heures plus tard, James était parti depuis longtemps.
Je travaillais ce soir-là sur un vol à destination de JFK pour notre escale habituelle. James
occupait son siège coutumier, le 2D. Il était venu à l’aéroport directement depuis son casino, alors
nous n’eûmes même pas le temps de nous voir avant le vol.
Il semblait aller bien, il était juste un peu silencieux et réservé.
Le vol était complet et il s’était endormi avant que j’aie terminé mon service. Je ruminai,
inquiète pour lui et ses changements d’humeur.
– L’équipage va faire du shopping demain, me dit Stephan. Sur Canal Street.
Canal Street était la capitale américaine des produits de luxe de contrefaçon. Tous les équipages
avec qui nous avions travaillé y allaient au moins une fois par mois.
– Ça te dit ?
Nous mangions nos repas d’équipage dans le galley. Je secouai la tête et avalai ma nourriture
avant de répondre.
– Non merci.
J’avais d’autres projets pour le lendemain, des projets qui me rendaient nerveuse et qui me
donnaient encore une autre raison de ruminer.
Il ne me demanda pas ce que j’allais faire et j’en fus soulagée. Je n’aurais pas eu le cœur de lui
mentir, même en sachant qu’il n’aimerait pas ce que j’avais décidé de faire. En fait, cela lui déplairait
tellement que je pensais qu’il pourrait essayer d’interférer dans ma décision. Le fait qu’il ne me pose
pas de questions me rendait les choses beaucoup plus faciles.
James me facilita également les choses quand nous arrivâmes à New York. Il demanda au
chauffeur de le déposer directement à son hôtel au lieu de rentrer avec moi pour une sieste.
– J’ai beaucoup de choses à faire aujourd’hui. Il faut que j’aille tout de suite au travail, expliqua-
t-il.
– Tu veux que je vienne déjeuner avec toi ? Je suis libre. Dis-moi juste l’heure.
Il secoua la tête, son visage était indéchiffrable.
– Pas aujourd’hui, dit-il.
Et ce fut tout.
Quand il se contenta de poser un petit baiser sur mon front sans même me regarder avant de
descendre de la voiture, je sus avec certitude que quelque chose n’allait pas. Ce n’était pas simplement
une saute d’humeur.
J’essayai de faire la sieste chez nous, sans y réussir. J’étais troublée, nerveuse et perturbée. Il
valait mieux s’en débarrasser tout de suite. Cela pourrait peut-être même me faire penser à autre
chose pendant un temps, au lieu de ruminer au sujet de James.
Je cherchai le contact « Jr » dans mon téléphone. J’avais essayé d’écrire son prénom quand
j’avais enregistré le numéro, mais je n’avais pas pu le faire. Même en sachant qu’il ne s’agissait pas
de mon père, j’aurais été horrifiée d’avoir son nom dans ma liste de contacts.
Monsieur Barbare
Je restai beaucoup plus longtemps que prévu. Je ne m’étais pas attendue à ce que nous ayons tant
de choses à nous dire. Je pensais que ce serait gênant, bref et inutile. Je ne pensais pas que j’allais
ressentir ce type de lien. Il y eut immédiatement une relation que je ne comprenais pas, mais je sus
sans aucun doute que nous allions nous revoir.
J’avais été si longtemps privée de tout lien familial que ce fut une révélation pour moi de me
rendre compte que cela pouvait avoir une importance. Sven et moi, nous avions des choses en
commun que personne d’autre n’avait et ne pouvait partager avec nous. Il y avait quelque chose qui
valait la peine d’être développé. Je ne m’y étais pas du tout attendue.
– Alors, que fais-tu ici à New York ? demandai-je.
Nous avions fait la conversation à l’envers, commençant par les choses les plus graves pour
finir par les bavardages sans importance.
Il fit un sourire d’autodépréciation.
– Je suis agent de change. Je me débrouille pas mal, même si je me rends compte que mon
métier signifie que j’ai hérité au moins d’une partie des gènes familiaux qui nous font aimer le jeu.
Pour ma défense, cependant, les jeux d’argent de New York sont beaucoup moins dangereux que ceux
de Vegas. Je suppose que nous disons tous cela jusqu’à ce que nous perdions gros. Et toi, tu es hôtesse
de l’air. Je dois avouer que j’ai lu tout ce que j’ai pu trouver à ton sujet. Je suis curieux par nature.
Cela me fit grimacer.
Il leva les mains pour me faire signe de ne pas m’inquiéter.
– Je sais que la plupart des informations sont fausses, mais ma sœur inconnue, cela m’a toujours
intrigué. J’ai si peu de famille que j’ai toujours eu l’impression que quelque chose me manquait.
J’avais juste envie de te voir, de voir des photos de toi et de me faire une idée de comment tu allais.
Même si je dois admettre que certaines de ces photos m’ont fait rougir.
Je rougis rien qu’en y pensant. La première photo qui me vint à l’esprit fut celle où je portais
cette nuisette transparente sur la couverture d’un magazine. Il y avait peu de chances qu’il n’ait pas vu
celle-là.
– Comment as-tu obtenu mon numéro ? demandai-je.
– Ma mère me l’a envoyé. Elle a dit qu’elle avait croisé un de tes collègues et qu’elle avait réussi
à le convaincre de lui donner. Je ne sais pas qui ni comment.
– Il me faudra bientôt un nouveau numéro. Quelques sources dans les médias ont mis la main
dessus. Je te le ferai savoir quand il changera.
Il inclina la tête.
– Merci, j’apprécie.
– Et je ne serais plus hôtesse de l’air pour longtemps. Ma compagnie a fait faillite.
– J’en ai entendu parler. Désolé.
Je haussai les épaules.
– Je démissionne volontairement. Je vais essayer de faire une carrière dans la peinture.
– Waouh ! C’est incroyable ! J’adorerais voir ton travail.
Je rougis.
– J’ai bientôt une exposition dans une galerie à Los Angeles. Je te ferai parvenir une invitation,
mais je le comprendrais si tu ne pouvais pas venir. C’est à l’autre bout du pays.
– J’y serai. Dis-moi juste quand. C’est un tel accomplissement. Il paraît que c’est presque
impossible d’obtenir une expo.
Je rougis encore davantage.
– Pour être honnête, mon petit ami y est pour beaucoup, mais je vais quand même essayer.
– James Cavendish, dit-il.
Je hochai la tête.
– Eh bien, tiens-moi au courant. Il me tarde de voir ton travail.
Il semblait sincère.
– D’accord. Nous sommes encore en train de planifier, mais je te donnerai la date.
– J’ai une petite amie, dit-il. Elle est très gentille. C’est sérieux. J’espère que tu pourras la
rencontrer un jour.
Je hochai la tête.
– Ce serait sympa. Nous pourrions peut-être manger tous ensemble, un jour.
– Oui, ce serait bien. Elle a de drôles d’horaires, elle travaille beaucoup, mais je suis sûr que
nous trouverons un moment.
– Elle fait quoi ? demandai-je.
– Elle est mannequin. Je suis allé à une de ses séances photo. C’est un travail étrange, mais elle
l’adore.
Je souris en me souvenant de ma récente expérience.
– J’étais à une séance photo pour James il n’y a pas longtemps. C’est vrai que c’est bizarre. Ils
avaient toute une équipe pour le couvrir d’huile.
Il rit.
– Oui, c’est un milieu très étrange.
Il regarda soudain son téléphone pour la première fois depuis mon arrivée.
– C’est bizarre, marmonna-t-il.
– Qu’y a-t-il ? demandai-je.
– C’est un de mes collègues qui me demande où je suis. Il dit que le patron me cherche, mais je
suis en pause, donc il n’y a aucune raison.
Il se mit à répondre au texto.
– Tu lui as dit ? demandai-je en commençant à m’angoisser.
Il hocha la tête.
– Ce ne sont pas ses affaires, mais je ne veux pas le vexer. C’est bizarre de me chercher pendant
ma pause. Cela ne lui ressemble pas du tout.
J’avais laissé mon téléphone à la maison, mais personne n’aurait dû savoir que j’étais partie.
Alors pourquoi étais-je soudain tendue et inquiète ?
Je regardai nerveusement autour de moi.
– Il se peut que je me trompe, mais cela pourrait avoir un rapport avec mon petit ami. Il est très
protecteur depuis l’agression.
Je savais que j’essayais de me mentir avec cette remarque. Il était sans doute ainsi dans tous les
cas, avec ou sans l’agression pour excuse. C’était dans sa nature.
– Quelle agression ? demanda Sven, et je me souvins qu’il n’était pas au courant.
L’agression n’avait pas dû paraître dans les médias sous sa véritable forme. Ils avaient sans
doute transformé le fait que je sois emportée par une ambulance et hospitalisée pendant une semaine
en une histoire d’overdose ou quelque chose de ce genre. Je n’avais pas voulu vérifier.
– C’était notre père, il y a plus d’un mois. Il est venu chez moi et il m’a attaquée. La police et une
équipe de détectives privés le recherchent depuis.
– Après tout ce temps, il en avait toujours après toi ?
J’expliquai quelques-uns des événements précédant l’agression. Le peu d’éléments dont je
disposais, du moins.
– Il m’a vue dans la presse. Il a vu que je sortais avec quelqu’un de riche et il s’est dit qu’il y
aurait plus de probabilités pour que je le dénonce. Le pire, c’est qu’il avait raison, au moins en partie.
Je me préparais effectivement à le dénoncer, même si l’argent n’avait aucun rapport.
Sven regarda autour de nous d’un air un peu nerveux.
– Je suis surpris qu’il ne t’ait pas adjoint des gardes du corps, après l’agression, et tout ça.
Je soupirai.
– En réalité, je ne lui ai pas dit que je partais. Il doit encore penser que je dors dans notre
chambre.
– Vous habitez ensemble ? demanda-t-il.
Je hochai la tête.
Il écarquilla les yeux.
– Ouais, je pense qu’il y avait bien un rapport avec le comportement bizarre de mon patron, en
ce cas. Je devrais peut-être te raccompagner chez toi avant d’avoir des problèmes.
Je levai ma tasse de café à moitié vide. Nous avions passé une demi-heure à parler avant que je
me mette à le boire.
– Bonne idée. Laisse-moi finir mon café et allons-y.
J’eus presque terminé quand l’expression de Sven se figea. J’étais dos à l’entrée alors que lui y
faisait face, donc je sus immédiatement qui venait d’entrer.
– On dirait que tu ne te trompais pas en ce qui concerne ton petit ami, dit-il en gardant les yeux
rivés sur la porte du café.
J’inspirai profondément, car je me sentais soudain nerveuse. Je savais que je devais me lever et
marcher jusqu’à la porte. C’était ce qu’il y avait de mieux à faire pour désamorcer la situation.
J’ordonnai à mon corps de le faire, mais j’étais figée sur place et mon corps attendait simplement de
voir ce que James allait faire.
Je ne me retournai pas pour le regarder, mais j’aurais pu jurer sentir sa présence derrière moi,
son regard posé sur moi. Je savais qu’il était immobile près de cette porte, puis je l’entendis bouger,
traverser lentement la salle bondée. Lorsqu’il se tint directement derrière mon dos, je le sus avec
certitude.
Sven semblait tout aussi figé et il le fixait avec de grands yeux. Une bonne minute s’écoula avant
qu’il essaie de parler.
– B… fut tout ce qu’il put dire.
– Pas maintenant, Sven Karlsson, dit James doucement, d’un ton plus menaçant que jamais. Nous
parlerons plus tard, toi et moi. Ce n’est pas le bon moment.
Une main se posa tout doucement au creux de ma nuque. Cela ne fit rien pour m’apaiser. J’avais
l’impression que mon cœur battait jusqu’à exploser de ma poitrine.
– Lève-toi, Bianca, dit Monsieur Cavendish doucement.
Sa voix n’était pas moins menaçante en s’adressant à moi. C’était le dom qui menait la barque à
ce moment-là et il n’y avait aucune trace de son autre personnalité.
Je me levai, mon corps obéissant sans hésiter à ce ton dangereux.
James me serra légèrement le bras, juste au-dessus du coude, et me fit sortir du café sans un
autre mot.
Je vis que la sécurité était là en force. Mes gardes habituels étaient là, sans Johnny, et Clark était
à la voiture. Lorsqu’il nous ouvrit la portière, il hocha poliment la tête en gardant un visage neutre.
James me fit entrer dans la voiture. Je me décalai sur le siège, mais il ne se colla pas à moi,
restant au contraire aussi loin que possible.
Clark démarra à la seconde où les portières se fermèrent, laissant les autres gardes du corps au
café.
Je tournai ma tête pour les regarder. Apparemment, ils allaient revenir à pied.
J’inspirai profondément.
– James…
Il leva la main.
– Pas. Maintenant.
Je la bouclai. Si ses mots n’avaient pas suffi à me faire taire, le regard qu’il me jeta avant de
détourner les yeux aurait fait l’affaire.
Son visage restait stoïque, mais ses yeux… étaient sauvages.
Quand nous atteignîmes l’entrée de l’appartement dans le garage souterrain, il me tendit la main
pour me faire sortir de la voiture sans un mot, en me touchant le moins possible.
Il ne reprit mon bras qu’une fois dans l’appartement, où il me tira hors de l’ascenseur et
directement vers les escaliers.
Nous n’avions pas encore fait un pas sur les marches qu’un vacarme venant de la cuisine attira
mon attention.
Stephan apparut, l’air hagard.
– B ! James a presque envoyé un avis de recherche !
Il s’avança vers nous, mais James tendit une main.
– Pas maintenant, lui dit James en le regardant à peine.
Stephan dut détecter quelque chose d’inquiétant dans le visage de James, car il s’approcha
résolument de nous.
– Je crois qu’il faut que tu te calmes, James. Tu n’es pas en état de…
– N’essaie même pas, dit James d’une voix dangereuse en lâchant mon bras pour venir à sa
rencontre.
Les deux hommes étaient nez à nez et l’atmosphère de la pièce devint subitement hostile.
– Tu ne t’immisceras pas entre nous. Tu n’as pas à te mêler de ceci, Stephan. Je t’ai laissé faire
une fois, mais il est hors de question que cela se reproduise. Personne ne se tient entre Bianca et moi,
toi y compris.
– Ce n’est pas à toi de décider. Je serai là pour Bianca quand elle en a besoin, dit Stephan en
étirant le cou pour arriver à me regarder. Ça va, B ?
Je hochai la tête en espérant que cela suffirait à désamorcer la situation. Ce ne fut pas le cas.
– Va-t’en, Stephan.
Stephan secoua la tête.
– Non. Je ne peux pas. Je ne suis pas à l’aise avec cette situation. Tu as l’air d’être prêt à tuer
quelqu’un, James. Je ne t’ai jamais vu comme ça et je ne vais pas laisser ma Bianca seule avec toi tant
que tu ne t’es pas calmé.
– Ta Bianca ? grogna James en attrapant sa chemise.
Je vis que les choses allaient rapidement dégénérer. Je posai une main sur le dos de Monsieur
Cavendish. Je ne fus pas rassurée de voir que cela le fit frissonner.
– James. Emmène-moi à l’étage, s’il te plaît.
Cela fonctionna, heureusement. James lâcha Stephan en faisant un pas en arrière.
Je regardai Stephan.
– Tout va bien, Stephan. Il est contrarié, mais il se contrôle très bien. Tu n’as jamais besoin de
t’inquiéter pour moi quand je suis avec James, et lui et moi nous devons régler seuls nos problèmes.
Stephan m’étudia attentivement en essayant de me déchiffrer, mais il accepta ce que j’avais dit et
il finit par hocher la tête.
– Je suis là si tu as besoin de moi. Toujours.
Je hochai la tête.
– Je sais.
James fit passer un doigt dans mon collier et il serra légèrement l’arrière de mon cou pour me
guider en haut des marches en silence. Il était dans un état pas possible, et chaque obstacle entre nous
et l’intimité le braquait un peu plus.
Il ferma la porte de la pièce et il la verrouilla avec un clic très définitif.
Je le regardai desserrer sa cravate pendant qu’il s’avançait directement jusqu’à l’ascenseur. Il
appuya sur le bouton et l’ascenseur s’ouvrit immédiatement.
– Monte, grogna-t-il.
Je fis tomber mes chaussures et je montai. Il me suivit et nous nous rendîmes au quatrième étage.
24
Monsieur Réticent
Quand l’ascenseur s’ouvrit, il glissa un doigt dans mon collier et me guida le long du couloir. Il
s’arrêta juste avant la salle de jeu et ouvrit une porte sur la droite.
Alors même que j’étais nerveuse et anxieuse, j’étais terriblement curieuse de voir ce qui se
trouvait là. Ce n’était cependant pas bon signe qu’il ne m’y emmène que quand il était dans une
humeur pareille.
C’était une chambre plutôt petite et quelconque, dans laquelle il n’y avait qu’un lit à deux places.
– Monte sur le lit, dit-il de sa voix inquiétante. Sur le ventre.
Je lui obéis en tournant la tête pour le regarder s’avancer vers moi.
– Ne me regarde pas, dit-il.
Vexée, je détournai rapidement la tête.
– Les bras au-dessus de la tête, ordonna-t-il.
J’obéis.
Il lia mes mains puis mes pieds ensemble avant de les attacher au lit. Je tirai sur les liens pour
voir, et je remarquai qu’il m’avait laissé du mou.
Je me tendis quand je le sentis tirer sur mes vêtements. Un bruit de vêtements déchirés me
renseigna sur ce qu’il faisait. J’étais nue quand il eut terminé.
– James, recommençai-je.
Il serait peut-être plus calme maintenant que j’étais attachée.
– Ne parle pas. Je n’ai pas confiance en moi, dit-il d’un ton bourru.
Il ajusta ma tête et la posa sur un oreiller.
– Dors. Tu n’as pas dormi de la nuit, et je dois me prendre en main. On parlera plus tard.
Avant que j’aie le temps de répondre, il avait éteint la lumière et fermé la porte. J’entendis un
lourd verrou se mettre en place.
Je n’arrivais pas à le croire. Après toute cette colère, il m’avait simplement laissée là. Il savait
que c’était la punition que je détestais le plus, avec le suspense et les questions sans réponse. Et puis il
m’avait laissée dans le noir. Dans une cellule. L’enfoiré.
Je passai un long moment à ruminer des idées noires à son sujet dans cette pièce sombre avant
de parvenir à me détendre assez pour m’endormir. Il ne m’avait même pas laissé un rai de lumière
sous la porte verrouillée. J’étais enfermée dans le noir total.
Je me réveillai quand la porte s’ouvrit et que la lumière du couloir m’éclaira. Je détournai la
tête. Le plafonnier s’alluma. Mes liens étaient déjà assez peu serrés, mais Monsieur Cavendish les
desserra encore et il me souleva par les épaules pour me faire asseoir.
Je le regardai en plissant les yeux, n’étant pas encore habituée à la lumière soudaine. Il était torse
nu et il transpirait. Ses cheveux étaient attachés en arrière. Une assiette était posée sur ses genoux.
Il détacha mes mains, posa l’assiette sur mes genoux et me tourna le dos. J’observai son dos
raide pendant un moment en me demandant quoi dire.
Je mangeai. Parce que j’avais faim et parce que j’espérais que si je mangeais, James
commencerait à me parler.
Je mangeai peut-être la moitié du poulet, du riz brun et des épinards avant de lui rendre l’assiette.
Il la prit sans un mot, puis il se leva et partit.
Il avait éteint la lumière et fermé la porte avant que je comprenne son intention.
– James ! appelai-je.
Il ne répondit pas.
J’étais si frustrée que je poussai un cri.
J’étais si furieuse et si angoissée que je mis encore plus longtemps à me détendre pour
m’endormir. Mon corps finit cependant par céder à l’obscurité.
Lorsque je me réveillai à nouveau, j’étais toujours dans l’obscurité, mais un fin rai de lumière
était apparu sur le côté de la porte. Elle était entrouverte.
Je m’assis en testant mes chevilles et mes poignets. J’étais libre. J’avançai doucement vers la
porte et je l’ouvris.
Je dus plisser les yeux contre la lumière vive du couloir. Je regardai le couloir en mettant un
moment à m’habituer à la luminosité.
James était assis sur une chaise appuyée contre le mur et il ne portait qu’un boxer. Il était penché
en avant, la tête dans les mains, les coudes sur les genoux. Il paraissait complètement abattu.
Je m’approchai lentement et prudemment de lui. Je ne savais pas s’il dormait.
– James, dis-je doucement.
– Appelle-moi Monsieur Cavendish, dit-il à voix basse, sans bouger.
J’avais été si fâchée contre lui, furieuse même, mais tout cela s’évapora d’un seul coup en le
voyant ainsi. Il était comme un animal blessé et j’avais une seule envie : le réconforter.
Je m’agenouillai devant lui. Je touchai sa tête et il se redressa en me jetant un regard très
mauvais.
Je m’approchai encore en passant entre ses jambes.
Il me serra la gorge.
– Pourquoi ? demanda-t-il doucement.
Je déglutis et fis passer ma langue sur mes lèvres.
Il fixa attentivement ma bouche.
– Pourquoi suis-je allée voir Sven sans la sécurité ? demandai-je pour clarifier.
– Oui. Ça.
– J’étais nerveuse à l’idée de le rencontrer. J’ai même eu du mal à y aller. Je savais que ce serait
parfaitement sûr, puisque nous serions dans un espace public bondé, en plein jour. Je ne voyais aucun
danger et j’avais envie d’avoir une rencontre normale. Mon équipe de sécurité me rend nerveuse. Je
ne peux même pas imaginer ce qu’une personne extérieure pourrait penser de tout cela. Je voulais
simplement un peu de normalité pour notre première rencontre. C’est tout. Je suis désolée de t’avoir
inquiété.
– Inquiété ? C’est comme ça que tu l’appelles ? Cette équipe te garde, Bianca, parce que c’est le
seul moyen pour que je supporte ton absence. Il y a un homme dehors, un homme qui a tué au moins
deux femmes et qui veut te tuer. C’est un déséquilibré et il est totalement imprévisible. La seule chose
que nous pouvons prédire, c’est qu’il t’en veut. Tu sais ce que cela me fait ? Tu es plus précieuse à
mes yeux que ma propre vie, et de loin. Ce n’est même pas une question. Je ferais n’importe quoi
pour toi. Tout ce que je te demande, c’est que tu me laisses te protéger contre un danger connu.
Comment as-tu pu être aussi imprudente, Bianca ? Aussi indifférente ?
J’ouvris la bouche pour répondre, mais il la couvrit de son autre main, un rictus sur les lèvres.
– Ton père est recherché depuis plusieurs semaines. Nous savons seulement où il était il y a
presque une semaine, et c’est parce qu’un cadavre marquait son passage. Il peut être n’importe où.
Tout ce qu’il a à faire pour savoir que tu es à New York, c’est de regarder sur Internet. Les paparazzis
ont fléché ton parcours hebdomadaire. Je comprends que tu aies eu envie de rencontrer ton demi-
frère. Je n’essayais pas de t’en empêcher. Tout ce que je voulais, c’est que tu sois accompagnée par
tes gardes du corps. Ton père et ton frère auraient pu travailler ensemble. Ton frère aurait pu te
tendre un piège. Ils auraient pu t’enlever avant que quiconque ait pu les arrêter.
J’essayai de protester à travers sa main, mais je m’arrêtai en voyant ses yeux.
– Non. Ce n’est pas parce que ce n’est pas arrivé que tu étais en sécurité. Tu n’étais pas en
sécurité. Un homme avec un pistolet veut te tuer. Il ne lui faudra qu’une seule balle.
Ses yeux étaient terribles d’angoisse, et je savais que la peur était en train de le submerger. Il
avait l’impression de ne pas prendre soin de moi et cela le rongeait de l’intérieur.
Il découvrit ma bouche.
Je parlai doucement.
– Je suis désolée. Je pensais pouvoir y aller et revenir avant que tu le saches. Je ne voulais pas
t’infliger ça. Je te jure que je ne sèmerai plus mes gardes du corps. En tout cas, pas tant que mon père
n’aura pas été retrouvé.
Il ferma les yeux et hocha la tête.
– Quand je n’ai pas réussi à te joindre et que Blake m’a dit avoir trouvé ton téléphone à côté de
ton lit, je pensais que tu m’avais quitté.
Je fronçai les sourcils.
– Pourquoi as-tu pensé cela ? Je ne comprends pas.
La main sur mon cou monta vers mes cheveux.
– Non. Tu n’auras pas de réponses tant que tu n’auras pas été punie.
Je m’humectai nerveusement les lèvres.
– La cellule là-bas n’était pas une punition ?
Il secoua la tête.
– C’était une sieste. Et l’occasion pour moi de soulager mon agressivité à la salle de gym. Plus
de questions.
Son autre main tira sur son boxer et j’essayai de voir ce qu’il faisait, mais la main dans mes
cheveux me retenait.
Il poussa ma tête sur son érection nue. Il s’enfonça dans ma bouche et je le suçai en me disant
que ce n’était pas une punition du tout.
Il guida ma tête de haut en bas quatre fois avant de jouir profondément au fond de ma gorge. Je
faillis m’étouffer tant je fus surprise par les jets impérieux. C’était inhabituel pour lui de jouir aussi
vite. La maîtrise qu’il avait sur son plaisir m’étonnait toujours, même si cela n’aurait pas dû me
surprendre puisqu’il était si doué pour contrôler le mien.
Il me retira au milieu de son éjaculation et me releva alors que je voyais encore sa bite frémir
sous l’orgasme. Je murmurai une objection.
Il me frappa violemment les fesses, puis il passa un doigt dans mon collier. Il se mit à me tirer,
mais ce n’était pas vers la salle de jeu. Il se dirigea dans la direction opposée, vers la cellule. Je dus
retenir une protestation. Je ne voulais pas y retourner, mais je savais que mon sort était entre ses
mains.
– Agenouille-toi, dit-il en lâchant mon collier.
J’obéis en le regardant. Il s’avança vers le petit lit. D’un geste de la main, le lit disparut dans le
mur. Je ne savais pas que c’était ce genre de lit.
Il toucha le mur et quelque chose de grand descendit du plafond. J’écarquillai les yeux en voyant
un grand X descendre vers moi. Il faisait la même taille que James, ce qui me donna une indication de
son rôle.
– Ceci s’appelle une croix de Saint-André, me dit-il doucement.
Ce fut tout.
Il me releva avec un doigt dans mon collier et en serrant son poing dans mes cheveux. Il me
poussa face à ce X menaçant. Il y attacha très rapidement mes poignets et mes chevilles, avant
d’appuyer son corps contre mon dos. Je sentis son érection contre mon cul et j’essayai de me
cambrer contre lui. Il me frappa durement les fesses avant de s’éloigner.
Je posai ma tête contre mon bras et j’étais penchée en avant en attendant et en écoutant ce qu’il
allait faire ensuite.
Je sursautai quand quelque chose de dur mais lisse me caressa l’autre joue. Je tournai la tête et je
vis une tapette noire ovale et épaisse, parsemée de trous. Il la retira avant que je puisse l’examiner.
Il frappa rapidement et de manière répétée le long de mon cul et de mes cuisses. J’étais encore
meurtrie par les roses, ce qui ajoutait à ma douleur, mais il fut sans pitié et il ne se retint pas du tout. Il
s’acharna durement sur moi. Je ne pouvais rien tenir, il n’y avait rien que je puisse serrer sur la croix,
alors je fermais et j’ouvrais mes poings à chaque coup.
Mes jambes étaient écartées et quelques coups violents contre l’intérieur très sensible de mes
cuisses me coupèrent le souffle de douleur. Il avait été le dom réticent depuis qu’il m’avait ramenée
du café, mais la force de ses coups me communiquait tout ce qu’il ne m’avait pas dit. Il était furieux et
blessé et effrayé, et ces émotions accumulées pleuvaient à présent sur moi.
Ma peau était en feu quand il eut terminé. Il n’y eut aucune pause entre le dernier coup et le
moment où il s’enfonça brusquement en moi par-derrière.
– Ce n’était pas ta punition, Bianca, grogna-t-il à mon oreille. Veux-tu connaître ta vraie
punition ?
Je hochai la tête, car j’étais incapable de parler alors qu’il me pénétrait sans relâche. J’étais très
proche de l’orgasme quand il se retira brutalement.
– Tu ne jouiras pas avant ce soir, ma belle. Pas avant plusieurs heures. Je vais te travailler au
corps, te baiser minutieusement, et tu n’as pas droit à l’orgasme. C’est un ordre. Et si par hasard tu
désobéissais à mon ordre, tu n’auras pas le droit de jouir pendant une semaine.
J’eus envie de crier de frustration, mais au lieu de cela, je poussai un petit cri quand il revint en
moi et qu’il fit quelques mouvements répétés à l’intérieur de moi.
– Non, dit-il en sachant que j’étais à la limite.
Il toucha le fond de mon corps et il jouit avec ce petit grognement rauque que j’adorais. Je le
détestai à ce moment-là et je sanglotai de frustration.
– S’il te plaît, suppliai-je quand il se retira.
– Pas avant ce soir, répondit-il fermement.
Il me laissa là un long moment avant de revenir me détacher. Je ne bougeai pas quand je fus
libérée ; je restai appuyée contre ce X et j’attendis.
Il soupira et me souleva dans ses bras.
Il me porta jusqu’à la salle de jeu où il me posa sur une surface rembourrée. Dès que mon dos
toucha la table, je commençai à regarder autour de moi. À ma connaissance, cette pièce comportait
deux tables de ce genre. Depuis l’endroit où j’étais posée, je vis ce qu’il avait en tête, mais pas avant
que mes poignets et mes chevilles soient attachés fermement aux coins de la table.
Il me regarda attentivement en enfilant des gants en latex.
– Des objections ? demanda-t-il avec une pointe de défi.
Je serrai la mâchoire et je me contentai de le regarder, le défiant à mon tour. Il fit un petit
sourire tendu avant de se mettre au travail.
Il lava et sécha minutieusement la zone entourant mes tétons. Il sortit de minuscules forceps en
métal du tiroir intégré à la table.
Il n’hésita pas et s’en servit pour serrer fermement mon téton gauche. Au bout de l’instrument en
métal se trouvait une petite boucle qui s’adaptait parfaitement autour de mon téton dur. Il le retint ainsi
en se penchant sur moi pour dessiner une marque de chaque côté.
Je dus me forcer à respirer en le regardant. J’étais douloureusement tendue, car je ne savais pas
à quoi m’attendre. Mis à part mes oreilles, je ne m’étais encore rien fait percer.
Il étudia attentivement les marques qu’il avait faites tout en tenant toujours fermement mon téton
avec cet abominable petit forceps. Il rangea le stylo et avec la même main, il sortit une aiguille
sadique.
Mes yeux étaient rivés sur cette aiguille épaisse quand il poussa la pointe creuse contre ma peau.
J’inspirai profondément et je bloquai ma respiration.
Il la poussa à travers ma peau d’un geste rapide et presque fluide. Ce fut douloureux, mais court.
Mon corps resta choqué par la vue et la sensation de cette aiguille.
Il enfila une minuscule boucle en argent dans l’aiguille, puis il retira la grosse aiguille.
Je regardai ma poitrine monter et descendre quand je recommençai à respirer.
Il appliqua doucement un tissu sur la zone percée avant de s’éloigner.
Il revint moins d’une minute plus tard avec deux petites pochettes de gel froid dans les mains. Il
en posa une dans le tiroir ouvert et l’autre sur mon téton percé.
– Prête pour le second ? demanda-t-il en me regardant attentivement.
Je vis l’inquiétude dans son regard malgré son humeur dangereuse.
J’inspirai profondément et je hochai la tête.
Il changea de gants avant d’appliquer le même traitement au sein droit avec rapidité et beaucoup
de talent. Il soigna les deux seins et les nettoya minutieusement avant de poser le froid dessus. Les
soins furent beaucoup plus longs que le perçage.
Quand il eut terminé, il ôta ses gants et me détacha, puis il me souleva pour me porter jusqu’au
lit.
Il me posa sur le dos et sa main passa entre mes jambes pour enfoncer un doigt en moi.
Je lui jetai un regard noir.
Il rit. C’était un rire froid. Mon amant tendre était toujours absent, malgré l’inquiétude que
j’avais brièvement pu voir quand il s’était occupé de mes piercings.
– Non, non, ma belle. Tu peux aussi être punie pour ce genre de regard. Ne pense pas que cela ne
peut pas être pire qu’un cul endolori, des tétons percés et une journée sans orgasme.
Je fermai intentionnellement les yeux et je détournai la tête, ne lui donnant pas ce qu’il voulait.
J’étais très énervée.
Il eut un rire sans pitié.
– D’accord, c’est comme tu veux. J’allais te laisser tranquille, mais ceci est beaucoup plus drôle
pour moi.
Il me poussa à plat sur le lit et il m’attacha au lit, jambes et bras écartés. Je gardai les yeux
fermés.
Il avança entre mes jambes et il me prit le menton dans la main en prenant bien soin d’éviter de
toucher mes seins meurtris.
– Regarde-moi. Maintenant, grogna-t-il.
J’hésitai, mais je finis par le regarder. Je déglutis puis je gémis bruyamment quand il se
positionna devant ma fente puis qu’il s’enfonça brusquement jusqu’au bout.
– Ne jouis pas, m’ordonna-t-il en s’enfonçant une fois en moi, puis deux, puis trois.
Il jouit en poussant son grognement délicieux, juste avant que je perde la tête.
– Très bien, ma belle, murmura-t-il en se retirant alors que son épaisse bite vibrait encore.
Il détacha mes deux pieds, mais un seul poignet. Il laissa celui-là attaché, mais avec beaucoup de
mou. Il se colla contre mon dos en enfonçant son visage dans mon cou. Je m’arrangeai avec
précaution pour éviter que mes seins ne touchent mon bras ou le lit.
– Tu as peur que je m’enfuie ? C’est pour cela que je suis toujours attachée ? demandai-je, parce
qu’il n’avait encore jamais fait cela.
Quelque chose clochait vraiment.
– Oui, dit-il. Plus de questions maintenant.
J’essayai de rouler plus loin, mais il me tenait fermement en me serrant contre lui. Sa bite était à
moitié dure contre l’arrière de ma cuisse.
– Détends-toi. Tout ce qu’il te reste à faire, c’est de t’endormir. Quand tu te réveilleras, ta
punition sera terminée.
C’était beaucoup plus facile à dire qu’à faire. J’étais agitée, perdue et furieuse, et le fait que
James se soit endormi rapidement et paisiblement contre mon dos ne m’aidait pas du tout.
25
Monsieur Manipulateur
STEPHAN
J’avais été réveillé après une sieste d’une demi-heure seulement, mais je savais malgré tout que
je n’allais pas pouvoir me rendormir. Et je ne pouvais pas la laisser seule ici, même si je savais qu’il
ne fallait pas que j’interfère à nouveau.
Alors je restai. Je mangeai, je jouai à des jeux vidéo, j’envoyai de nombreux textos à Javier et je
m’inquiétai. Je n’aimais pas ça mais je ne pouvais pas m’en empêcher en ce qui concernait Bianca. Si
elle allait bien, j’allais bien, dans le cas contraire…
Je me souvenais de la première fois que je l’avais vue. Elle portait un jean baggy et un sweat à
capuche qui couvrait presque entièrement ses cheveux, mais elle n’avait pas pu cacher le fait qu’elle
était incroyablement belle, avec des traits réguliers et une peau parfaite.
Nous avions été dans un foyer pour sans-abri, mais aucun de nous n’y était resté longtemps. À
notre âge, lorsque l’on passait trop de temps avec des gens qui voulaient nous aider, ils essayaient
inévitablement de nous aider à trouver nos parents. C’était toujours avec de bonnes intentions, mais
d’une certaine façon, c’était plutôt insultant. Comme si nous aurions vécu dans la rue si nous avions
eu un autre choix acceptable… Mais je savais que même cela, c’était injuste. Certains de ces enfants
perdus n’étaient pas vraiment perdus. Parfois ils étaient fâchés, ou ils essayaient de faire peur à leurs
parents, ou ils voulaient simplement prouver qu’ils n’avaient besoin de personne.
Je sus au premier coup d’œil qu’elle ne faisait pas partie de ceux-là. Oui, elle levait fièrement
son menton délicat, mais ce n’était pas une enfant gâtée. Elle était comme moi. Elle n’avait nulle part
où aller. Elle était vraiment perdue.
Je l’avais suivie en gardant mes distances, souhaitant instinctivement m’assurer qu’elle soit en
sécurité. Si elle était comme moi, nous pourrions peut-être nous entraider. Elle avait l’air d’avoir
mon âge. Nous pourrions peut-être nous tenir compagnie. Cette idée me donnait un espoir pathétique.
Je restai loin d’elle en me contentant d’observer, mais je ne mis pas longtemps à remarquer le
vieil homme qui la suivait.
Je savais où elle se rendait. Il y avait un entrepôt non loin de là. C’était un endroit populaire chez
les squatters. Seuls les sans-abri s’intéressaient à cet endroit.
Je les suivis jusque là-bas.
Il commençait à faire nuit dehors et je ne reconnus donc pas le grand homme qui se mit en
travers de mon chemin. Je regardai avec méfiance celui qui venait de m’empêcher d’avancer, en
essayant de le distinguer.
– Le vieux Sam a un combat pour toi, dit l’homme, et je le reconnus vaguement.
J’étais presque sûr qu’il s’appelait Mike.
– Ce n’est pas le bon moment, lui dis-je en le contournant.
Je n’aimais pas l’idée de la laisser seule près de ce vieil homme pendant ne serait-ce qu’une
minute. Surtout pas dans l’obscurité où personne ne tiendrait compte de ce qui se passait.
Je me mis à marcher plus vite vers l’entrepôt, cherchant frénétiquement à distinguer toutes les
ombres dans l’obscurité.
– Tu vas le regretter si tu le fâches ! m’interpella Mike dans le dos.
Je ne tins pas compte de lui.
J’avais presque atteint l’entrée cassée sur le côté quand j’entendis un léger bruit au fond de
l’allée. C’était un grognement étouffé et féminin, et cela suffit pour que je me précipite sans hésiter
dans l’allée.
Je vis d’abord le vieux pervers parce qu’il était sur le dos de Bianca. Il avait déjà descendu son
pantalon jusqu’aux chevilles et il était en train de défaire celui de Bianca d’une main. L’autre couvrait
sa bouche.
Il jura et retira la main sur sa bouche pour lui donner un coup de poing à l’arrière de la tête au
moment où elle cria.
Je bondis en hurlant de fureur. Je vis rouge pendant longtemps et je fus incapable de former une
pensée cohérente avant de sentir une main se poser doucement sur mon épaule.
– Tu peux t’arrêter. Il ne m’embêtera plus maintenant, dit-elle d’une voix douce.
J’arrêtai de frapper la tête du vieux sur le sol et j’examinai mes mains ensanglantées.
Elle tira sur mon T-shirt pour essayer de me relever.
– Bien. Je connais un endroit où tu peux te laver. Tu ne devrais pas avoir à supporter son sang
dégoûtant sur tes mains.
Elle me prit le bras et commença à me guider à l’arrière du bâtiment, toujours avec autant de
douceur. Chaque fois qu’elle me touchait, c’était comme une question. Elle savait ce qu’elle faisait,
mais je ne la pensais pas capable d’être autoritaire.
Je la regardai, très effrayé de ce que j’allais voir dans ses yeux.
Elle croisa mon regard et le sien était plein de gratitude et de compréhension, sans le moindre
soupçon de peur.
– Merci beaucoup. Je ne savais pas qu’il existait des hommes gentils dans ce monde. Je pensais
que c’était un mythe, mais tu m’as sauvée.
Cela suffit à ma perte.
– Je m’appelle Bianca, dit-elle avec un sourire triste et les yeux un peu perdus dans le vague
pendant qu’elle me lavait.
– Je m’appelle Stephan, lui dis-je d’un air hébété.
Cela faisait si longtemps que personne ne s’était occupé de moi, que personne ne m’avait touché,
que j’étais presque sous le choc.
– Tu es comme moi, dit-elle doucement en continuant à laver avec délicatesse le sang de mes
mains et de mes poignets.
Elle ne leva pas la tête.
Je dus m’éclaircir la gorge pour parler.
– Que veux-tu dire ?
Elle leva alors son visage pour me regarder dans les yeux. Je vis sa force et sa détermination.
– Tu ne pourras jamais rentrer chez toi.
Je serrai la mâchoire et hochai lentement la tête.
Elle n’eut jamais l’air de me craindre alors que plus je la connaissais, plus je me rendais compte
qu’étant donné son passé, elle aurait tout à fait pu avoir peur.
On ne se posa jamais la question de savoir si nous allions rester ensemble : on ne se sépara tout
simplement plus.
– Tu n’auras jamais besoin de t’inquiéter… Je n’essaierai jamais ce que voulait faire ce vieil
homme. Je suis gay, donc ce n’est pas un problème, lui dis-je la première nuit que nous passâmes
ensemble, l’un contre l’autre sous un drap fin.
Ce n’était pas seulement pour la rassurer que je le lui dis. Si mes préférences la dégoûtaient, je
préférais le savoir tout de suite.
Elle se contenta de se coller contre moi.
– Je n’étais pas inquiète, Stephan. Je n’ai jamais pensé que tu essaierais de me faire du mal. Tu es
quelqu’un de bien, un héros. Je n’ai jamais été aussi certaine de moi. Je me sens tellement en sécurité
avec toi. Plus en sécurité que jamais.
Ses mots me réchauffèrent le cœur et au-dessus de sa tête, mes yeux se remplirent de larmes.
Pour la première fois depuis des années, je ressentis une joie féroce. J’avais peut-être trouvé une
personne qui pourrait m’aimer. J’avais peut-être trouvé une famille.
Je fus terriblement soulagé lorsque James réapparut deux heures après qu’ils étaient montés,
mais je l’aurais été encore plus si Bianca avait été avec lui. Il ne portait qu’un short de sport et il était
couvert de sueur. Il s’était attaché les cheveux en arrière et ses yeux étaient effrayants. Il portait un
petit ordinateur portable dans la main.
Je déglutis. Je voulais voir Bianca, je voulais savoir que cette chose effrayante dans ses yeux
n’était pas plus qu’elle ne pourrait en supporter, mais je savais qu’elle me faisait confiance pour ne
pas interférer, et sa confiance comptait pour moi.
– Nous devons parler, me dit-il.
Je hochai la tête. Toutes les informations étaient bonnes à prendre.
Il s’assit à côté de moi et ouvrit l’ordinateur. Il le posa sur mes genoux. Une vidéo tournait à
l’écran. Je la regardai pendant peut-être une minute avant de devoir détourner les yeux en rougissant.
Je lui rendis l’ordinateur avec une grimace.
– Bon sang ! Pourquoi me montres-tu cela, James ?
– Bianca ne t’en a donc pas parlé ?
Cela me rendit furieux et prêt à le frapper.
– Tu lui as montré ça ?
– Non ! Bien sûr que non.
J’écarquillai les yeux en comprenant.
– C’est sur Internet ?
Il hocha la tête d’un air misérable et furieux à la fois.
– Je ne comprends pas comment. Je suis en train d’enquêter. Mais je dois savoir si elle est déjà
au courant. Et j’ai besoin de connaître ton opinion. Me quittera-t-elle si elle le voit ?
Je me frottai les tempes.
– Je suppose que c’est vieux. Cela date de longtemps avant que tu la rencontres.
– Évidemment. Je ne savais même pas que cela existait jusqu’à il y a quelques semaines.
– Cela va la perturber. Et elle est tellement nerveuse. Je n’ai aucune idée de ce qu’elle fera,
James. Elle est si différente avec toi. Quand elle t’a quitté pour la première fois, j’étais presque
certain qu’elle ne te donnerait jamais une seconde chance. Toutes les règles ont changé depuis que tu
es entré dans sa vie. Je ne peux pas prédire ce qu’elle fera avec toi. Mais ne lui laisse pas voir cette
vidéo. Cela n’aidera pas du tout. Voir et savoir, ce n’est pas pareil.
– Comment puis-je l’en empêcher ? Tu la connais. Elle voudra la voir par elle-même. J’en suis
sûr. Ça me bouffe, Stephan. Que puis-je faire ?
Je secouai la tête.
– C’est donc pour cela que tu étais si contrarié ? Ce n’est pas parce qu’elle est sortie sans ses
gardes du corps ?
Je vis ses poings se serrer et les miens copièrent son mouvement.
– Les deux. Tu sais ce qu’elle a fait, putain ? Elle est allée toute seule rencontrer son frère. Sven
Karlsson. Il a le même putain de nom, et elle est allée le voir toute seule.
Je sentis mon estomac se nouer.
– Que s’est-il passé ? Est-il comme son père ?
Il secoua la tête.
– Je ne sais pas. Je ne pense pas. Je le saurai bientôt. Ne t’inquiète pas pour lui, Stephan. Je vais
m’assurer qu’il est bien avant de le laisser à nouveau respirer le même air qu’elle. Je te le jure.
Je hochai la tête. Je savais qu’il s’en assurerait. J’avais eu tort de douter de lui. Même d’aussi
mauvaise humeur, il ne pensait toujours qu’au bien-être de Bianca. Il avait été ainsi depuis le début, ce
qui m’avait tant aidé à la partager avec lui. Il y avait quelque chose de tellement ferme chez lui. Il était
arrivé dans nos vies avec une sorte d’autorité bienveillante. Le gamin perturbé et blessé qui vivait
encore à l’intérieur de moi souhaitait son approbation et il la donnait avec générosité. Il pensait que
j’étais incroyable – il me le disait souvent – et il trouvait que j’étais digne de l’aider à prendre soin de
Bianca qu’il aimait plus que sa propre vie : je le savais, car j’étais comme lui. Il remplissait à la fois
le rôle d’ami et de mentor, ce qui avait manqué dans ma vie sans que je m’en rende compte. J’avais
donc encore plus de mal à me disputer avec lui. Mais en ce qui concernait Bianca et moi, il fallait
qu’il sache que je serais toujours de son côté. Le contraire était impensable.
– Je suis désolé d’avoir essayé de me mêler de votre relation, James. C’est tellement difficile
pour moi…
– C’est bon, m’interrompit-il avec impatience. Nous devons discuter d’autre chose.
Je hochai la tête pour qu’il continue, soulagé qu’il ne semble pas m’en vouloir.
– Je sais que ton premier instinct sera de me dire non, mais souviens-toi que c’est pour Bianca.
Je veux qu’elle quitte cette maison. Il sait où elle est, il l’a attaquée là-bas, et chaque fois qu’elle y est
sans moi, cela me rend complètement débile. Elle ne quittera pas l’endroit si tu y restes. Je le sais. J’ai
besoin que tu vendes ta maison.
Je le regardai bouche bée, complètement hébété.
– Il y a une propriété à côté de la mienne qui te conviendra et vous seriez toujours voisins. Elle
en a besoin. Tu le sais. Je t’achète cette maison, et tu dois m’aider à la convaincre de vendre la sienne.
Elle va résister, mais c’est important. Il faut qu’elle sorte de là. Ma propriété est beaucoup plus sûre.
Il parut sentir mon malaise.
– Je vais te donner du temps pour y réfléchir, poursuivit-il, mais tu verras que j’ai raison. Je sais
que ça te met mal à l’aise que je t’achète une maison, mais ce n’est vraiment rien pour moi, alors si tu
ne peux pas le faire pour toi, fais-le pour Bianca.
Je savais qu’il était manipulateur. Généreux, mais manipulateur. Je pensais sincèrement qu’il ne
pouvait même pas s’en empêcher, il avait tellement l’habitude d’avoir ce qu’il voulait. Même en le
sachant, je réfléchis à sa proposition.
Si je fais ce qu’il veut, cela signifie que je resterai près d’elle pour toujours. Quand je m’en
rendis compte, je n’eus plus besoin de réfléchir.
26
Monsieur Désespéré
BIANCA
Je me réveillai quand James entra en moi. Je mouillais tant qu’il glissa facilement en moi. Je
frissonnai de plaisir avant que le sommeil ait complètement quitté mon corps. C’était sans le moindre
doute la manière dont je préférais me réveiller.
– Bonjour, ma belle, dit James d’une voix éraillée.
Son visage était juste au-dessus du mien, mais son torse restait prudemment loin de mes seins.
J’étudiais ses yeux et ma main libre monta pour attraper ses cheveux soyeux. J’avais envie
d’apercevoir mon amant tendre dans ces yeux intenses, et je fus soulagée de le trouver dans la
douceur de ces puits turquoise. Il m’avait laissée avec tant de froideur. J’avais besoin de tendresse.
Mais d’abord, j’avais besoin de ceci…
Il allait et venait en moi avec de délicieuses et lentes caresses. Ses mains écartèrent mes jambes
jusqu’à ce qu’un étirement douloureux vienne s’ajouter à ses à-coups parfaits. J’eus un hoquet de
plaisir quand il se retira lentement puis qu’il entra de nouveau jusqu’au bout. Il répéta longtemps ce
mouvement.
Je me serrai autour de lui en un merveilleux orgasme de réveil, mais il continua à s’enfoncer en
moi sans s’arrêter pour me faire monter jusqu’à un autre sommet de plaisir alors que je descendais
tout juste du précédent. Je criai son nom en jouissant encore une fois.
Je pris son visage dans les mains et je le regardai avidement quand il atteignit son propre
orgasme beaucoup plus tard.
On se regarda dans les yeux pendant qu’il restait au-dessus de moi, toujours enfoncé
profondément. Ce fut une de nos petites compétitions silencieuses, et je fus la première à céder.
– Vas-tu me dire ce qui te fait craindre que je te quitte ? Ce qui t’inquiète tant que tu te sentes
obligé de m’attacher au lit pendant notre sommeil ?
Il serra la mâchoire en grimaçant, mais il hocha la tête.
– Une… vidéo a été mise en ligne ce matin. Elle est partout sur Internet. Il n’y a aucun moyen de
la contrôler. Cela fait une semaine que je suis au courant de cette vidéo et j’ai fait de mon mieux pour
empêcher les fuites, mais je n’ai pas réussi. La personne responsable ne le fait pas pour l’argent.
Je déglutis en essayant de chasser la boule d’angoisse qui se formait dans ma gorge.
– Une sextape, devinai-je.
Il détourna les yeux pour regarder nos corps joints.
– Oui, je suis désolé. Cela arrive juste au moment où j’essaie d’améliorer mon image,
d’améliorer ma vie. Je me dégoûte moi-même, si cela peut te rassurer.
Ce ne fut pas le cas.
– Quand la vidéo a-t-elle été tournée ? demandai-je.
Il se retira et la sensation intense me coupa le souffle. Ses cheveux tombèrent devant son visage
magnifique quand il releva la tête pour me regarder.
– C’était il y a trois ans, je crois, ou peut-être quatre. Je suis gêné de t’avouer qu’elle a été filmée
sans que je le sache. C’était un coup monté. Une des rares fois où je ne me trouvais pas dans une de
mes propriétés. Je suis désolé. Mon passé refait toujours surface. S’il te plaît, dis-moi que ce n’est pas
ton point de rupture.
Je l’étudiai en me demandant comment fonctionnait son esprit.
– Ça ne me fait pas plaisir, bien sûr, mais je ne te quitterai pas pour ça, James.
Je ne pus pas parler pendant un moment parce que son étreinte soudaine chassa l’air de mes
poumons. J’eus un sursaut à cause de la sensation douloureuse de mes tétons.
Il s’écarta en s’en apercevant et murmura des excuses. Il se rapprocha ensuite plus prudemment
de moi.
– Merci, murmura-t-il à mon oreille.
– Je suis au courant de ton passé, poursuivis-je quand il me laissa parler. Tu as été honnête au
sujet de tes mœurs légères, mais tu aurais dû m’en parler il y a une semaine, dès que tu as été au
courant. Tu étais étrange et de mauvaise humeur et je n’aime pas que tu me caches des choses. Tu
devrais le savoir. Pour que cela fonctionne entre nous, tu ne dois rien me cacher. Ton honnêteté est
une des choses qui me font avoir confiance en toi. J’ai besoin de cette honnêteté, James. Tu
comprends ?
Il hocha la tête en gardant son visage enfoui dans mes cheveux.
– J’étais terrifié que tu partes à nouveau.
Je tirai sur une mèche de ses cheveux.
– Ce qui m’empêchera de partir, c’est que tu sois franc avec moi.
– Oui, d’accord. Je comprends.
J’inspirai profondément, car je détestais la question, mais pas assez pour la poser.
– C’est avec qui ?
Il se tendit contre moi.
– Jolene.
Je hochai la tête. D’une certaine façon, je l’avais su, même si cela ne compensait rien.
– Alors, elle a fait cette vidéo et elle est à l’origine de la fuite, c’est évident.
Il secoua la tête.
– Je ne peux pas faire une croix sur cette hypothèse. Eh oui, il est évident qu’elle a mis en place
ce coup monté. Mais je n’imagine pas qu’elle soit à l’origine de la fuite, pas avec la quantité d’argent
que je proposais pour éviter de publier la vidéo. Et puis, cela brisera ce qu’elle a avec Scott. Elle est
trop mercenaire pour faire cela par dépit sans rien gagner en retour.
Je le crus sur parole, puisqu’il la connaissait mieux que moi.
Il enleva les cheveux de mon visage et la lumière vint souligner les cicatrices sur ses poignets.
Je pris sa main et je la portai à mes lèvres. Je posai doucement un baiser sur l’intérieur de son
poignet.
– Me diras-tu un jour d’où viennent ces cicatrices ?
Je vis une lueur vulnérable dans ses yeux que je commençais à reconnaître. Cela devait être
terrible, même si j’avais toujours supposé que les cicatrices sur ses poignets marquaient des blessures
profondes.
– Spencer utilisait des menottes coupantes. Elles m’entamaient la peau. Ce fut une des premières
choses que je remarquai. Les coupures sur mes poignets sont apparues d’abord. Je les ai cachées,
parce que c’est un endroit bien visible et embarrassant pour une coupure, d’autant plus que j’avais
quatorze ans et que la moindre petite chose me complexait.
Je ne sais pas s’il a utilisé ce genre de menottes pour que je reste immobile, ou s’il voulait
simplement me faire saigner. S’il essayait de m’empêcher de lutter, cela n’a pas fonctionné. Si j’avais
pu me couper les deux mains pour lui échapper, je l’aurais fait. J’ai essayé.
Il me laissa caresser ses minuscules cicatrices, puis les embrasser tout le long, avec précaution.
Des larmes coulaient en silence sur mes joues. Je ne pouvais pas écouter ce qu’il me disait sans que
cela m’affecte.
Il essuya mes larmes avec douceur.
– C’est à cette époque environ que j’ai commencé à coucher dans tous les sens. Je ne passais pas
une journée sans baiser. Je n’analysais pas la chose à l’époque, mais je suppose que c’était pour
reprendre un peu le contrôle, puisque j’en avais tant perdu. En outre, j’étais une boule d’hormones.
Tout cela s’est amplifié et ne s’est pas amélioré à l’âge adulte. Je préférais le sexe sans prise de tête,
alors je faisais presque toujours des efforts pour trouver des femmes sexy, mais pour lesquelles je ne
culpabiliserais pas de les quitter. Ce qui explique Jules et Jolene, je suppose, même si je ne choisissais
pas exclusivement des pétasses déchaînées.
Je dus me retenir de faire un commentaire. Il parlait enfin et je ne voulais surtout pas le couper
dans son élan.
– Le sexe n’était jamais « vanille » pour moi, mais les trucs vraiment pervers se sont développés
avec le temps. Je savais que j’aimais des choses un peu différentes de la norme et j’allais toujours un
peu plus loin. À l’âge où un gamin normal s’enthousiasmait de conduire sa première voiture, je
gérais une chaîne internationale d’hôtels, j’apprenais obsessionnellement à faire des nœuds de marin
et je baisais toutes les femmes en vue. Les choses s’améliorèrent quand je commençai à consulter un
psy. Je devins plus concentré, plus maîtrisé, mais cela prit du temps. Entrer dans le cercle BDSM à
mes dix-huit ans m’aida également beaucoup. Il y avait des règles et des gens qui acceptaient de me
montrer comment il fallait faire, et je reçus la formation adéquate.
Cela me laissa perplexe alors que je n’aurais pas dû l’être. Je n’avais aucune expérience de ce
cercle, mais sa maîtrise était si parfaite que j’aurais dû supposer qu’il avait été formé d’une façon ou
d’une autre.
– C’est là que j’ai rencontré Frankie. Elle a trois ans de plus que moi et elle savait ce qu’elle
faisait. Pour des raisons évidentes, ils n’acceptent que les plus de dix-huit ans, alors les trois années
d’avance qu’elle avait sur moi étaient trois années d’expérience dans le BDSM. Au début, j’essayai de
la draguer, de la faire devenir soumise, et… hétéro, mais elle m’a ri au nez. Même après ça, elle s’est
donné du mal pour me former, pour m’apprendre les règles. Dans cette communauté, on n’a même
pas le droit d’approcher une femme avant d’y être autorisé. Jusqu’à ce jour, c’est une de mes amies
les plus proches.
J’ai continué à coucher avec tout le monde sans distinction, mais le BDSM me satisfaisait
beaucoup plus et j’ai fini par m’y plonger entièrement. Mais même avec mes soumises sous contrat,
ce n’était que du sexe et rien d’autre. En plus de l’ascenseur, il y a une porte pour le quatrième étage
et la plupart des soumises n’avaient pas le droit d’entrée dans ma maison ailleurs qu’à cet étage. Tu ne
peux pas imaginer à quel point tu étais une anomalie pour moi, Bianca. L’intimité m’était
insupportable avant que je te rencontre. Tu as changé tellement de choses pour moi et je n’aurais
jamais cru ressentir quelque chose de si merveilleux. J’ai l’impression d’avoir été ramené à la vie,
d’être une personne réelle au lieu d’un imposteur.
Je ne savais que trop bien ce qu’il ressentait. Je ne pensais pas que beaucoup de gens auraient pu
comprendre ce qu’il voulait dire aussi parfaitement que moi.
– Oui, chuchotai-je en regardant ses yeux ternis mais exquis. Je ressens la même chose. Je sais
exactement ce que tu veux dire.
Il me jeta un regard désespéré.
– Je le sais. Je te dis depuis le début que nous sommes faits l’un pour l’autre et je le pense
vraiment. Ça va être très dur pendant un moment à cause de cette vidéo, en particulier avec la presse.
Je t’en supplie, Bianca, tiens le coup avec moi. Ne te renferme pas, ne fais pas de break. Même pas un
petit.
C’était un peu douloureux qu’il ne me fasse pas confiance, mais je savais que c’était de ma faute.
Je le regardai et lui dis sans hésiter :
– Je ne le ferai pas, James. Je reste. Je t’aime.
Son visage se ramollit un peu, comme si ces mots le choquaient encore.
– Merci. Je t’aime aussi. Plus que la vie, Bianca.
Je n’aimais pas cette dernière partie. Elle évoquait trop le sort d’un martyr, ce qui me rappelait
les affreux cauchemars de ces derniers temps.
27
Nous décidâmes de faire de l’exercice, puisque nous avions dormi la plus grande partie de la
journée et que je prenais un vol très tôt le lendemain matin. L’idée était de me débarrasser de l’excès
d’énergie accumulée par une sieste trop longue.
L’exercice ne me dérangeait pas, mais j’y allai en douceur, restant surtout sur un vélo
d’appartement pour regarder James travailler sur chaque pièce d’équipement de sa grande salle de
sport. Il valait vraiment le coup d’œil, torse nu dans l’effort. Ma mâchoire tomba quand il fit quelques
tractions à mettre l’eau à la bouche, d’autant plus que son short tombait très bas sur ses hanches. Je
pensais avoir trouvé une nouvelle raison pour apprécier la salle de sport.
Il me fit un sourire en passant aux haltères.
– Continue à me regarder comme ça si tu as envie que je te baise sur le vélo, ma belle.
Cela ne me posait pas de problème, alors je continuai.
Il me regardait dans les miroirs qui couvraient les murs de la pièce. Je le dévisageai de haut en
bas. Même ses mollets étaient sexy, pensai-je. Si longs et si fins, mais avec des muscles durs sous la
surface.
Il posa ses haltères.
– Ça suffit. Viens là.
Je me dirigeai vers lui sans hésiter.
Il me guida jusqu’à un endroit face au miroir. Il se mit à me déshabiller en silence. Je le laissai
faire en regardant nos reflets pendant qu’il se penchait sur moi. J’adorais son regard pendant qu’il
s’occupait de moi : il était tendre et presque paisible.
Quand je fus nue, il leva mes bras au-dessus de la tête. Nous nous trouvions à côté d’un engin et
il y avait une barre au-dessus de ma tête. Elle était ajustable et il la déplaça jusqu’à ce que je puisse
l’atteindre.
– Tiens-la, me dit-il.
Je m’étirai pour l’attraper. Le mouvement tira durement sur mes seins meurtris, mais je ne dis
rien, car je ne voulais pas qu’il s’arrête…
Il se colla contre mon dos en me regardant dans le miroir. Ses mains parcoururent l’avant de
mon corps pendant que nous regardions nos reflets. Il souleva très doucement le dessous de mes seins
puis il les relâcha vite. Une main descendit pour se poser sur ma hanche et l’autre se faufila le long de
mes côtes, au-delà de mon nombril et dans mon sexe. Il me tripota, mais il s’arrêta brusquement. Il
leva ses doigts mouillés.
– Tu mouilles toujours pour moi. Toujours. J’adore ça, putain, grogna-t-il.
Son short tomba et il se positionna dans mon dos. Il écarta durement mes jambes en posant les
mains sur l’avant de mes cuisses et il me tira vers l’arrière contre lui. Je regardai ses genoux se plier
puis se retendre quand sa verge disparut en moi.
– Oh, soufflai-je, quand il me pénétra violemment.
Je le regardai se retirer. Ce fut long et il prolongea le moment, ce qui me permit de bien voir
son érection massive entre mes jambes.
– Tu arrives à tenir ? demanda-t-il en revenant en moi.
Je dus déglutir avant de répondre, les yeux toujours rivés sur sa bite magnifique.
– Oui, parvins-je à dire.
– Bien. Regarde-moi, Bianca. Je vais te baiser très fort et il faut que tu me le dises si tu es sur le
point de lâcher prise.
Je hochai la tête en croisant son regard.
Il se mordit la lèvre et se mit à me pénétrer pour de vrai. Je poussai un gémissement, car
j’adorais le mélange de douleur et de plaisir quand il me baisait si fort que cela faisait mal. Je me dis
que c’était ce que je désirais toujours le plus. À la fin, je commençai à lâcher prise et je le lui dis en
haletant.
Il s’interrompit à peine.
– Lâche, me dit-il en posant ses mains sur mes hanches.
Il approcha du miroir jusqu’à ce que mes seins touchent presque le verre. Il gémit en voyant
cela.
– Les mains sur le miroir, me dit-il, et j’obéis.
Ses hanches me frappaient sous la force de ses à-coups.
Je gardai les yeux ouverts, mais ma vue fut brouillée quand je tombai en miettes en le serrant de
l’intérieur.
– James, criai-je en jouissant.
Il trembla et grogna et il s’enfonça jusqu’au bout, sa bite tressaillant en moi pendant son
orgasme.
– Si parfaite, me dit-il simplement en embrassant mon épaule.
Mes jambes tremblaient quand il se retira, mais pas les siennes, et il me souleva dans ses bras.
– C’est l’heure de la douche, me dit-il avec un sourire.
– Euh, ne devrait-on pas s’habiller ?
La salle de gym était au deuxième étage et nous allions devoir longer le couloir, monter les
marches, puis longer un autre couloir complètement nus avant d’atteindre notre chambre.
Il haussa les épaules.
– Je marcherai vite, dit-il.
Je ris.
Évidemment, Stephan nous aperçut quand James me porta dans les escaliers.
– Ah, euh, salut, nous interpella-t-il depuis le deuxième étage. J’imagine que vous avez réglé vos
problèmes ?
On rit tous les deux.
– Tout est parfait, lui dit James en continuant à monter les marches.
J’étais certaine que Stephan avait une vue spectaculaire sur son cul.
– Les habits ont tendance à se mettre en travers du chemin, hein ? dit-il en riant.
– Ouais, dit James. Bonne nuit.
– Bonne nuit, dit Stephan.
– Bonne nuit, dis-je entre deux fous rires incontrôlables.
On se doucha et lorsqu’on sortit, il y avait de la nourriture posée devant notre porte. James me
donna chaque bouchée et chassait mes mains chaque fois que j’essayais d’attraper la fourchette.
C’était une sorte de soufflé aux légumes. C’était délicieux, et j’étais affamée, alors j’avalai une
portion énorme avant de lui faire signe que j’en avais eu assez.
Il finit le reste et reposa le plateau derrière la porte.
Il revint au lit et me tira contre lui.
– Es-tu assez fatiguée pour dormir ? demanda-t-il.
Je secouai la tête.
– J’ai trop dormi aujourd’hui.
Ses doigts se faufilèrent entre mes jambes et il me tripota.
– Tu as envie de baiser jusqu’à ce qu’on en tombe d’épuisement ? demanda-t-il avec un grand
sourire.
Je me mis à rire.
– Tu es insatiable et j’ai un peu mal.
Il retira ses doigts en me jetant un regard plein de regret. Il soupira.
– Très bien. On va se trouver des habits et aller regarder la télé.
On finit par regarder des films avec Stephan pendant la plus grande partie de la nuit. Les garçons
insistèrent pour regarder Princess Bride à nouveau. À un moment, James se pencha contre moi et il
chuchota : « Comme tu voudras, Bouton d’Or. »
Je lui jetai un regard. Je me souvins soudain qu’il me l’avait déjà dit, plusieurs fois en fait, et je
compris ce que cela voulait dire dans le contexte du film, mais la première fois qu’il me l’avait dit,
cela ne faisait que quelques jours que nous nous fréquentions…
– Tu es fou, lui dis-je doucement.
Il hocha la tête en souriant.
– Complètement timbré, acquiesça-t-il.
Le lendemain matin, il était sur mon vol pour Vegas, à faire son truc de harceleur riche. Ce
matin-là, il fut même encore plus attentif que d’habitude, me quittant à peine des yeux, comme s’il
avait peur que je disparaisse. Il semblait avoir pour habitude d’être très attentionné après avoir été très
distant.
Malgré tout, je fus occupée du décollage jusqu’à l’atterrissage et j’eus à peine un moment à lui
accorder en dehors du service normal. Un vent de derrière écourta notre temps de vol, alors le
voyage fut agréable et rapide.
Nous allions dormir chez moi. Je fis du covoiturage avec Stephan. Une voiture remplie de
gardes du corps nous suivait de près. James nous rejoignit à la maison.
Il attendait dans mon allée et il semblait être en train de crier contre un paparazzi quand nous
arrivâmes.
– Merde, jura Stephan. J’aurais aimé avoir la télécommande de ton garage. On va aller
directement dans le mien, comme ça, tu pourras passer par l’arrière en sautant au-dessus de la haie.
Tu ne devrais pas avoir à gérer tout ce bordel.
Je soupirai.
– Mes gardes du corps vont avoir une attaque si je vais quelque part avant que ce soit sécurisé,
même ton garage.
– Ah ouais, dit-il. Même moi, ils m’ont donné le traitement royal. Tu savais que j’avais un garde
du corps quand je sors, maintenant ?
Je ne le savais pas. Je le regardai, perplexe. J’avais si peu fait attention ces derniers temps. Mais
je ressentis d’un coup une vague de soulagement et ma poitrine se gonfla de tendresse. J’adorais cet
homme fou. Tellement. Stephan se gara dans son allée et on laissa beaucoup de temps aux gardes
pour qu’ils puissent encadrer la voiture avant que nous sortions. Stephan et moi échangeâmes un
regard avant de descendre. Ce regard disait : « C’est de la folie. »
James avait terminé de crier contre le photographe quand nous approchâmes de la maison. Il me
vit et se précipita vers nous. Clark bloquait le paparazzi avec beaucoup de talent. À tel point, en fait,
que je n’arrivais même pas à le voir.
James me prit le bras, son visage était tendu et irrité. Il hocha la tête en direction de Paterson
pour que celui-ci entre dans la maison. Un garde du corps que je ne reconnus pas pénétrait déjà dans
la maison de Stephan.
On attendit juste devant la porte pendant que Paterson fouillait la première pièce.
– Bianca ! Qu’est-ce que cela fait de vivre avec une star du porno ? Quand avez-vous l’intention
de publier votre propre vidéo ? cria le paparazzi dans notre dos.
Je me tournai contre James avant que l’homme ait fini de crier. Il s’était tendu et je savais ce
qu’il avait envie de faire. Je jetai mes bras autour de son cou. Il me serra la taille, mais sa tête était
tournée vers l’homme détestable.
– Entrons. Que quelqu’un nous ouvre la porte ! dis-je d’une voix forte.
– Toi aussi, tu aimes la fessée, Bianca ? Je te donnerai la fessée quand tu veux ! cria l’homme
imprudent.
Mon câlin se transforma en étau. S’il voulait retourner voir le paparazzi, James allait devoir me
prendre avec lui. Je jetai un regard désespéré vers notre équipe de sécurité qui me sembla totalement
inutile à ce moment-là.
– Si James frappe ce type, je vous vire tous ! criai-je. Faites-nous entrer, ou sortez-moi cet
homme de là !
Heureusement, nous entrâmes enfin dans la maison. James finit par me porter à l’intérieur parce
que je ne voulais pas le lâcher.
Ce ne fut qu’alors que je me rendis compte que Stephan n’était pas avec nous. Je regardai autour
de moi.
James fulminait encore, mais sa voix était plus calme que son visage quand il parla.
– Moi tu m’as arrêté, mais tu es toute seule, et je n’étais pas le seul à m’énerver.
Je ressortis de la maison avant que James ne comprenne ce que j’allais faire. Il m’attrapa juste
devant la porte et il entoura mes épaules de ses bras. Cela ne fut toutefois pas utile.
Stephan et Clark marchaient vers nous avec de grands sourires.
– Que s’est-il passé ? demandai-je à Stephan.
Le photographe avait disparu.
Stephan haussa les épaules.
– Je suis allé donner un coup de main à Clark pour chasser ce gros con, mais il n’en a pas eu
besoin.
Nous regardâmes tous Clark.
Il haussa les épaules.
– Je lui ai simplement expliqué certaines choses, et il est parti. Nous aurons peut-être d’autres
paparazzis, mais celui-ci ne reviendra plus.
– Que lui as-tu dit ?
J’étais très curieuse d’entendre son explication, car il était très difficile de se débarrasser de ces
photographes.
Clark rit. Il avait un rire superbe.
– Je lui ai simplement expliqué que ce que je lui ferais s’il ne partait pas l’affecterait à vie, alors
que moi je ne ferais que cinq à dix ans de prison. Et je lui ai expliqué que les millions de dollars qui
m’attendraient en sortant de prison ainsi que l’humeur dans laquelle il m’avait mis rendaient la chose
plus qu’attrayante. Après ça, pouf, il a disparu.
Il mima avec les mains.
On se mit à rire et toute la tension que cet homme horrible avait créée s’évanouit d’un seul coup.
Je ne m’étais pas rendu compte que Clark était si drôle. D’habitude, il était si sérieux, mais il souriait
librement à présent. Il commençait peut-être à nous apprécier, Stephan et moi.
La maison fut vérifiée et on put aller dans ma chambre sans autre incident.
– Je suis surprise que tu aies pu revenir à Vegas si vite, dis-je pendant que nous nous
déshabillions dans le dressing. Tout se passe bien à New York ?
– Oui. Mais je serais venu dans tous les cas.
Je le regardai.
Il me fit un petit sourire triste.
– Je ne peux plus dormir sans toi, ma belle. Et puis, je ne peux plus te laisser dans cette maison,
où cet homme t’a attaquée. Il y a une équipe entière qui garde l’endroit.
Il haussa les épaules.
– Je me le suis dit et j’ai même passé un week-end en te laissant ici sans moi, mais je connais
mes limites et je ne peux pas le refaire, pas depuis qu’il a tué cette femme.
– On devrait peut-être loger chez toi, au moins jusqu’à ce qu’il soit pris. Je me demande si nous
pourrions convaincre Stephan d’y loger avec nous. Je me sentirais…
Il me poussa contre le mur du dressing, au milieu des habits. Il m’embrassa.
– Merci. Je m’occuperai de Stephan. On peut faire la sieste ici et aller chez moi ce soir, après ton
rendez-vous avec Danika. Elle a besoin de ton accord pour certaines choses et elle est en ville pour la
journée.
Nous fîmes une sieste de trois heures avant de nous réveiller tranquillement. Entre le sexe dans
la douche et le cunnilingus que James me fit dans le dressing quand j’essayai de me trouver des
vêtements, nous ne fûmes prêts à partir au casino pour le travail qu’une bonne heure après notre
réveil.
Je portais une jupe droite bicolore, bleu marine et noire. Je l’associai avec un chemisier en soie
ample de couleur bleu roi avec des manches trois-quarts. Je ne savais pas ce que Jackie penserait de la
tenue, mais elle n’avait pas associé mes vêtements dans ce dressing, et j’aimais l’ensemble.
Je me dépêchai de me coiffer et me maquiller. Je mis des talons hauts blancs et je regardai James
terminer de se préparer. Pour une fois, j’avais fini la première et le spectacle en valait la peine.
Il était en train de fermer son pantalon quand je me perchai sur le lit, les yeux rivés sur ses
mains. Il me regarda en levant un sourcil pendant qu’il enfilait une chemise blanche.
– Tu profites du spectacle ? demanda-t-il en fermant les boutons.
Je hochai la tête.
Il ricana.
– J’ai l’impression de devoir danser pour toi. Il y a un éclat dans tes yeux qui ne laisse aucun
doute, Bianca. Je ne suis pas un morceau de viande, tu sais.
Je me contentai de lui sourire en regardant chacun de ses mouvements.
Il glissa sa chemise dans son pantalon et enfila une veste gris sombre accordée au pantalon. Il fit
passer une cravate jaune autour de son cou, et ses doigts talentueux l’attachèrent avec rapidité, avant
de boutonner sa veste sévèrement cintrée.
– J’adore tes mains, lui dis-je.
– On est en retard, murmura-t-il.
Je laissai mes yeux lui montrer à quel point je m’en moquais.
On mit une demi-heure de plus à sortir de la maison.
James m’accompagna jusqu’à la galerie avant d’aller à son bureau pour faire de la paperasse. Il
salua Danika avec un sourire.
– Rejoins-moi à mon bureau quand tu as terminé, me dit James. Blake ou Danika pourront te
montrer où c’est.
Il posa un baiser affectueux sur mon front avant de s’en aller.
Danika le regarda partir. Elle me sourit.
– Il est tellement différent avec toi. C’est merveilleux à voir.
Je lui souris à mon tour.
Danika portait une version très moderne d’un costard pour femmes, avec un short plissé gris
ardoise et un chemisier masculin blanc très ample ceinturé à la taille. Elle avait l’air délicate et très
jolie. Je trouvais que c’était la femme la plus élégante que je connaissais. Ses cheveux avaient une raie
au milieu et quand elle se baissait pour me montrer un détail de ses projets, ils tombaient devant son
visage comme un rideau noir soyeux. Je me demandai à nouveau ce qu’il s’était passé entre Tristan et
elle, mais je chassai ces pensées inutiles de ma tête. Nous avions beaucoup de travail et je n’allais pas
lui poser la question de toute façon.
Nous travaillions bien ensemble. Danika ne me mettait jamais la pression, mais elle parvint enfin
à me faire fixer une date pour l’exposition. Elle fut prévue pour le premier vendredi après ma
démission. James allait être fou de joie. J’étais nerveuse : si nerveuse que l’idée suffisait à me donner
un peu la nausée.
– As-tu d’autres grands projets après ta démission ?
Je souris en me souvenant de nos projets. Ça, c’était quelque chose qui m’enthousiasmait
beaucoup.
– James et moi nous allons au Japon.
Surprise, elle leva ses sourcils élégants.
– C’est fabuleux. Ma mère était à moitié japonaise. Je ne l’ai pas bien connue, mais j’ai toujours
été fascinée par la culture japonaise.
Je souris.
– Je n’y ai pas de liens familiaux, mais j’ai toujours été très intéressée par cette culture, moi
aussi. Nous y allons parce que James m’a dit de choisir un endroit dans le monde et je savais où
j’avais envie d’aller.
Elle sourit en penchant la tête sur le côté.
– Eh bien, amusez-vous. Je pense que vous allez attirer les regards là-bas.
Je me mis à rire.
– Oui, hein ? Je ne pense pas qu’on se fondra dans le décor.
Elle pinça les lèvres.
– Parce que cela vous arrive ici ? Je ne vois pas beaucoup de couples de top models se promener
ensemble.
Je fronçai le nez.
– C’est James, le top model.
Son joli front se plissa de consternation.
– Alors, c’est comme ça, hein ? Tu vas devoir travailler ton estime de toi, ma fille, pour sortir
avec un homme pareil, sinon vous ne vous en sortirez pas.
Je la regardai bouche bée. Son ton avait été ferme mais gentil, alors je ne me vexai pas. Je
n’étais tout simplement pas d’accord.
– Je n’ai pas une mauvaise estime de moi. Je sais simplement que je ne joue pas dans la même
catégorie.
Elle secoua obstinément la tête, ce qui fit bouger ses cheveux noirs soyeux sur ses épaules et elle
serra la bouche comme un bouton de rose.
– C’est ridicule. Réponds à cette question : as-tu déjà été contactée par une agence de
mannequins ?
Je rougis.
– Pas par des gens sérieux. Quelques personnes m’en ont parlé, mais je savais qu’ils essayaient
juste de m’arnaquer.
Elle me jeta un regard compatissant.
– Sérieusement, c’est une fille hétéro fascinée par ta beauté qui te parle et je t’assure que tu dois
travailler sur ton estime de toi. Tu es magnifique et tu dois l’accepter, puis passer à autre chose.
Toute cette conversation me mettait mal à l’aise.
– Euh, merci. Y avait-il d’autres détails à voir pour l’exposition ?
Elle soupira et secoua la tête.
– Non. Allons chercher Frankie pour déjeuner. Je ne peux pas venir en ville et ne pas aller la
voir. Elle me tuerait.
Nous eûmes un déjeuner entre filles improvisé. Je ne savais pas si c’était un déjeuner tardif ou
un dîner tôt.
Frankie me salua par un câlin, un bisou sur la joue et un sourire immense. Elle portait son demi-
T-shirt habituel avec un minishort en jean, montrant ainsi sa myriade de tatouages.
– Je viens de parler avec James, nous dit-elle. Il doit travailler quelques heures et il m’a dit de
t’occuper. Quel pigeon !
Elle se frotta les mains comme un méchant de dessin animé avant d’ajouter :
– J’ai un plan.
Danika partit d’un grand rire.
– Holà, il va avoir des problèmes, c’est ça ?
Frankie hocha la tête. J’essayai de suivre leur étrange conversation.
– D’abord, on mange, dit-elle.
Nous nous rendîmes au restaurant mexicain du casino. On commanda et on se mit à grignoter
des chips avec de la sauce.
– Est-ce que ça te gêne si Tristan m’accompagne au vernissage de Bianca ? demanda Frankie à
Danika en l’examinant de près.
Danika n’hésita pas.
– Pourquoi cela me gênerait ? Tu peux venir avec qui tu veux.
– Eh bien, je sais que tu ne lui parles plus…
– Ce n’est pas vrai. Lui et moi nous n’avons absolument rien à nous dire, mais je n’essaie pas de
l’éviter.
Frankie hocha la tête.
– Bien. Parce qu’il y aura une soirée de gala pour ma série télé. C’est en ville la semaine
prochaine, et je veux que tu viennes. J’avais peur que tu ne le fasses pas, puisque Tristan sera là, mais
maintenant tu ne peux plus te servir de cette excuse.
Danika haussa les épaules.
– Si tu as envie que j’y sois, j’y serai. Tristan et moi nous n’aurons qu’à nous éviter.
Frankie soupira.
– Vous étiez meilleurs amis. J’aimerais bien que vous vous remettiez à vous parler, au moins.
Danika lui jeta un regard dur.
– Ne t’en mêle pas, Frankie. Crois-moi quand je te dis qu’il ne faut pas que tu insistes. Je peux
rester polie, mais lui et moi nous ne serons plus jamais proches. Nous ne sommes pas bons l’un pour
l’autre, même en tant qu’amis. De mauvaises choses se produisent quand nous sommes ensemble.
– Tu te sentirais mieux si tu lui pardonnais…
– Je lui ai pardonné. Nous avons fait tout cela quand il était en désintox. J’ai dépassé ça, mais le
fait que je lui ai pardonné ne signifie pas que je suis prête à refaire toutes les mêmes erreurs stupides.
– Tu sais qu’il t’aime, non ?
Danika rit avec amertume.
– S’il te plaît. Ne me fais pas rire. Cet homme en est incapable. Maintenant, laisse tomber,
Frankie, sinon je m’en vais.
Frankie fit une grimace et jeta les mains en l’air pour montrer sa défaite.
– D’accord, d’accord, je suis désolée. Considère que je laisse tomber.
La nourriture arriva et les deux femmes firent comme si cet échange gênant n’avait jamais eu
lieu.
Je fis de même, même si j’étais terriblement curieuse de savoir ce qui s’était passé entre Danika
et Tristan.
28
Monsieur Furieux
Monsieur Désemparé
James resta collé à moi pendant presque une semaine entière. Si je ne travaillais pas sur un vol,
il était là. Cela ne me dérangeait pas du tout, bien que je commence à en soupçonner la raison.
Il était terrifié que je regarde la vidéo de Jolene et lui. Il ne m’avait pas demandé de ne pas la
regarder, mais il me connaissait assez bien pour savoir que j’aurais envie de découvrir ce que le reste
du monde pouvait voir.
Je ne fus donc pas seule pendant presque une semaine après la sortie de la vidéo. James avait
beaucoup travaillé cette semaine-là, mais seulement quand moi je travaillais, ou quand quelqu’un me
tenait compagnie. Lana m’amena faire du shopping, Stephan s’assit avec moi pendant que je peignais.
Marnie et Judith prirent un vol pour New York pour y passer l’après-midi avec moi. Danika passa un
après-midi à la maison pour observer mes projets en cours. Il y avait tout le temps des amis pour me
tenir compagnie si James devait travailler et je ne pensais pas du tout qu’il s’agisse d’une
coïncidence.
J’étais en train de peindre dans l’appartement de New York quand je me rendis soudain compte
que j’étais seule.
Je jetai un coup d’œil à l’ordinateur dans mon studio, mais je continuai à peindre. Une fois que
l’idée m’était venue, j’eus du mal à me concentrer sur autre chose. Je savais que j’allais devoir la
regarder au bout d’un moment, et il me sembla qu’il valait mieux m’en débarrasser tout de suite. Le
monde entier semblait avoir regardé cette vidéo et c’était mon amant dévoué, alors pourquoi ne
devrais-je pas regarder ?
Avant de réfléchir davantage, j’étais assise à mon ordinateur et je la cherchais en ligne. Je tapai
« James Cavendish sextape » dans le moteur de recherche. Ce fut aussi simple que cela.
Mon estomac se noua douloureusement à partir du moment où je plaçai le curseur sur le bouton
« play ». Tous mes instincts me disaient de l’éteindre. Il y avait certaines choses qu’on ne pouvait pas
effacer, et regarder James coucher avec une autre femme, une femme que j’avais rencontrée et que je
détestais, cela ne pouvait pas être sain pour notre relation. Je regardai malgré tout.
Cela n’avait pas été filmé dans un endroit que je reconnaissais. Je m’y étais attendue. C’était dans
une petite chambre avec un grand lit et la caméra devait être cachée dans un endroit élevé de la pièce
et dans le coin.
La petite chambre resta longtemps vide avant que Jolene entre et s’agenouille sur le sol devant le
lit.
Elle portait un minuscule bout de tissu noir transparent autour de ses hanches, qui ne cachait
rien. Je reconnus ce tissu ou son style, en tout cas. C’était comme une gifle de voir qu’il m’avait fait
porter quelque chose de si ressemblant à ce qu’elle avait porté pour lui. Ce n’était pas un bon début,
même si cette vidéo horrible ne pouvait pas avoir de bon début.
Elle resta agenouillée en exposant ses meilleurs atouts et ses tétons percés pointèrent pendant un
long moment avant que James la rejoigne dans la chambre. Quelqu’un, soit la personne qui avait fait
sortir la vidéo soit celle qui possédait le site sur lequel je la regardais, avait ajouté des petits
commentaires désobligeants. Directement en dessous de Jolene était écrit « LA PLUS SEXY DES
SALOPES ! » en lettres rose vif.
James était torse nu, il ne portait qu’un pantalon déboutonné. Son corps était musclé et
spectaculaire même s’il était légèrement plus mince à l’époque et que ses cheveux étaient un peu plus
longs, car ses mèches blondes étaient attachées en arrière.
Son visage était d’une indifférence froide et je ne pus voir que sa personnalité dominante. Il lui
dit quelque chose et elle se baissa davantage. Il n’y avait pas de son, hormis la chanson de rap très
crue qui avait été ajoutée par celui qui avait édité la vidéo.
Il la releva par les cheveux et il la guida jusqu’au lit. Elle garda les yeux baissés tout le temps.
Le lit ressemblait vaguement à une version plus petite du lit qu’avait James dans ses maisons,
avec une structure solide et une partie haute conçue pour le bondage. Ce lit avait des barres sur le
haut. James attacha lestement ses bras au-dessus de la tête. Je n’arrivais pas à distinguer ses paroles, il
ne parlait pas beaucoup, mais quand il le faisait, Jolene frissonnait de plaisir. Elle me rappelait une
chatte en chaleur, avec son dos cambré et son corps gigotant répondant à chacun de ses mouvements.
Je détestais le regarder, mais je ne m’arrêtai pas. Je me sentis obligée de terminer, car une partie de
moi cherchait à savoir s’il lui montrait ne serait-ce qu’une fraction de la tendresse qu’il me
manifestait dans nos moments passionnés.
Une fois qu’elle fut bien attachée, il se plaça derrière elle. Il s’appuya contre elle et il dut se
baisser très bas pour lui dire quelque chose à l’oreille. Je pensai mesquinement qu’elle était trop
petite pour lui. La différence de taille était ridicule. Elle lui arrivait à peine à la poitrine.
Elle frissonna et il s’éloigna. Il sortit de la pièce sans un regard en arrière et il revint peu de
temps après avec un objet dans la main.
C’était un martinet avec de longues lanières et de petites boules argentées au bout. Cela m’avait
l’air brutal et il n’avait jamais rien utilisé de ce genre sur moi. Il lui dit quelque chose juste avant de
se mettre à la fouetter.
Au premier coup de fouet, la musique de la vidéo devint « Smack My Bitch Up » de The
Prodigy. Celui qui avait édité la vidéo semblait s’être bien amusé.
Il la couvrit de coups sans aucune pitié. Elle garda la tête penchée en avant, sans jamais lever les
yeux. Elle semblait être une personne totalement différente de la Jolene que j’avais dû subir.
Son corps gigotait et ses gros seins tremblaient à chaque coup. Quand il s’arrêta, la peau de ses
cuisses et de son cul était couverte de zébrures roses.
J’eus l’impression de voir la vidéo au ralenti quand il laissa tomber le martinet et qu’il défit son
pantalon. Je serrai les poings en enfonçant mes ongles dans les paumes. J’allais souffrir en regardant
ça. Malgré tout, je ne pus pas détourner les yeux.
Il libéra son érection épaisse.
« PUTAIN D’ÉNORME BITE ! » apparut sur le fond de l’écran.
Je détestai au plus haut point celui qui avait édité cette vidéo.
J’eus l’impression que j’allais me sentir mal quand il se caressa en se tenant juste derrière elle.
Il sortit un préservatif de sa poche, l’ouvrit et le déroula sur lui avec des gestes fluides et
expérimentés.
Il se positionna derrière elle et son érection énorme semblait encore plus grosse par rapport à sa
taille menue. Je savais que c’était totalement irrationnel, mais bon Dieu, ce que je la haïssais.
Je me couvris la bouche quand il la pénétra. J’avais su avant de commencer que la vidéo allait
me faire mal au cœur, mais je me le dis à nouveau.
Il la baisa si fort qu’elle dut avoir mal, même si je supposais que c’était le but. Elle frissonna en
jouissant et il se retira, toujours dur, pendant que des vagues de plaisir agitaient encore le corps de
Jolene.
Il la retourna et je me rendis compte que le pire était encore à venir.
Elle commença à lever les yeux quand il la pénétra, mais il dit quelque chose et elle baissa de
nouveau les yeux. Je sentis l’étau autour de mon cœur se desserrer un peu. Il n’y eut pas de contact
visuel pendant qu’il entrait en elle de cette façon. Il la baisa durement jusqu’à ce qu’il la fasse frémir
de plaisir encore une fois, puis encore une fois.
De nouveaux mots s’étalèrent en bas de l’écran. « RICHE, BEAU, ET IL BAISE COMME UNE
MACHINE. COMMENT NE PAS L’AIMER ? »
J’eus encore une fois des pensées méchantes pour l’éditeur de la vidéo.
Il se retira brutalement d’elle et je vis sa bite tressaillir dans le caoutchouc serré quand il éjacula.
Malheureusement, la qualité de la vidéo était assez bonne pour que je puisse voir tous les détails,
même le bout du préservatif qui se remplissait de sperme.
Il n’avait pas joui en elle, au moins. Et il avait porté une capote. Je savais qu’il était ridicule
d’être possessive envers un corps que je ne connaissais même pas à l’époque de cette vidéo, mais le
fait de le savoir n’y changeait rien.
Il la laissa attachée au lit et il sortit de la chambre. Lorsqu’il revint, il était entièrement vêtu d’un
costard.
Ils n’eurent pas l’air de se dire autre chose et elle ne leva jamais les yeux vers lui quand il la
détacha et qu’elle s’allongea sur le lit. Elle était recroquevillée autour d’un oreiller quand il sortit de
la pièce. Il ne regarda pas en arrière.
Mon cœur battait la chamade quand la vidéo se termina. Cela avait été douloureux à voir, mais
j’avais l’impression d’avoir appris quelque chose d’important. Que James couchait avec tout ce qui
bougeait avant de me rencontrer était un fait. Même si les images de la vidéo m’avaient contrariée, il
n’y avait eu aucun moment d’interaction durant lequel il avait partagé autre chose que son corps et sa
froide domination. Il n’y avait eu aucune intimité entre eux.
Il m’avait dit un jour que le sexe n’était qu’une fonction de l’organisme avant qu’il me
rencontre, et je venais d’en voir la preuve. Je savais que c’était tordu, mais je me sentais à la fois
nauséeuse et soulagée.
Je vis un mouvement du coin de l’œil qui attira mon attention. Je me retournai.
James se tenait debout dans l’encadrement de la porte.
Il était désemparé et il regardait l’écran de l’ordinateur avec des yeux sombres. Je me demandai
depuis combien de temps il était là, mais cela avait manifestement été suffisant pour voir ce que je
regardais.
Je fermai beaucoup trop tard la fenêtre de cette vidéo affreuse.
Je me retournai pour le regarder, mais lui ne me regardait pas. Ses yeux étaient vitreux et perdus
dans le vague, toujours rivés sur l’ordinateur. Il fit un pas en arrière et ferma la porte derrière lui, me
laissant seule dans la pièce.
Je restai assise là pendant quelques minutes en réfléchissant à ce que je venais de voir. J’avais
besoin d’une minute pour me reprendre avant d’en parler avec lui, même si je ne savais pas quoi en
dire.
Il avait donc couché avec cette horrible femme, sans doute trop de fois pour pouvoir les
compter. Voir cela m’avait au moins éclairée sur certains points. Au plus fâché, au plus froid, au plus
furieux, James ne s’était jamais comporté avec moi comme il l’avait fait avec Jolene. Ils n’avaient été
qu’un dom et une soumise qui se détendaient, rien d’autre.
Même si je ne m’en étais pas rendu compte à l’époque, James avait toujours été différent avec
moi. En y repensant, il m’avait montré une tendresse profonde et un amour qui n’étaient que pour moi
depuis notre première fois ensemble. Je me rendis compte que je devais chérir cela, car il s’agissait
d’un cadeau plus précieux que ce que je m’étais autorisée à penser. Il était mon dom et j’étais sa
soumise, mais notre amour avait transformé cela en beaucoup plus que ce que j’avais vu sur cette
vidéo. Oui, James avait été un hédoniste qui couchait avec tout ce qui bougeait avant que je le
rencontre, mais je vis à présent que j’avais été son premier amour. Il avait changé ses règles pour
moi. Il s’adaptait constamment pour moi. Parce qu’il m’aimait.
Je restai assise à ruminer pendant presque dix minutes avant de me lever pour le suivre.
Je pensais le trouver dans notre chambre. Elle était vide. Je pris mon téléphone et je l’appelai. Il
ne répondit pas. Je fouillai l’énorme appartement à sa recherche, passant même avec hésitation au
quatrième étage.
Je finis par me décider à appeler Blake.
– Miss Karlsson, répondit-elle promptement.
– Blake, sais-tu où se trouve James ? A-t-il quitté l’appartement ?
– Oui, Madame. Il est parti quelques minutes seulement après être arrivé.
– Sais-tu où il est allé ?
– Non…
– Peux-tu te renseigner ? demandai-je en commençant à paniquer un peu.
Je voulais le voir. Je ne voulais pas qu’il s’imagine le pire au sujet de ma réaction à la vidéo.
– Je vais passer quelques coups de fil, Miss Karlsson.
– Merci, dis-je.
Elle raccrocha.
Elle me rappela environ dix minutes plus tard.
– Je n’ai pas réussi à le localiser, Miss Karlsson. Clark ne décroche pas, et il est le seul à se
trouver auprès de Monsieur Cavendish. Tout ce que les autres ont pu me dire, c’est qu’il est sorti.
30
Monsieur Coquin
J’essayai de me contenter d’attendre, mais j’étais agitée et inquiète. Je n’avais aucune idée de
l’endroit où il pouvait être. Je ne savais pas où il se rendait quand il était contrarié. Il n’était que deux
heures de l’après-midi. Était-il simplement retourné au travail ? Je n’en avais pas la moindre idée.
Je fis de mon mieux pour attendre patiemment son retour. J’essayai de peindre, sans succès.
J’essayai de regarder la télévision, mais j’étais terriblement distraite. J’appelai Stephan qui était à
Vegas avec Javier, mais il n’avait pas eu de nouvelles de James. Je lui racontai ce qui s’était passé.
– Tu vas bien ? demanda-t-il. Tu veux en parler ?
Bien entendu, il s’inquiète d’abord de mes propres sentiments, pensai-je.
– Je vais bien, lui dis-je. C’était désagréable, mais ce n’est pas comme si James avait caché son
passé. En fait, cela m’a montré que ce qu’il faisait avec ces autres femmes n’était pas la même chose
qu’avec moi. Je m’inquiète pour lui, pas pour moi. Le regard dans ses yeux, Stephan… J’ai
l’impression de lui avoir encore une fois brisé le cœur. Il faut que je le retrouve.
Il ne savait pas non plus où James avait pu aller, mais Stephan fit ce qu’il faisait de mieux. On
parla pendant des heures, de tout et n’importe quoi, mais principalement de James, et je me sentais
mieux quand on se dit au revoir.
Cette impression dura environ une heure, mais toujours aucun signe de James. Il était presque
dix-neuf heures quand je me sentis désespérée. Je portais une toute petite robe sans soutif. C’était une
espèce de tenue pour la maison au plus chaud de l’été. Je pris le temps de mettre un soutien-gorge et
je trouvai des chaussures confortables qui s’accordaient à la robe blanc cassé sans manches.
J’appelai Blake en attrapant mon sac. J’étais en haut de l’escalier quand elle répondit.
– Je sors, lui dis-je avant qu’elle ait le temps de dire quoi que ce soit.
– Je vous rejoins à l’ascenseur.
Et elle était là, rapide comme l’éclair.
Le reste de la sécurité nous attendait dans le hall d’entrée. Ils n’avaient pas remplacé Johnny et
cela ne me dérangeait pas. Je me dis que si tant de gens ne pouvaient pas me protéger, c’était une
cause perdue de toute façon.
Personne ne me demanda où nous allions avant que nous soyons installés dans le grand 4x4
urbain qui m’avait été attribué.
– L’hôtel Cavendish, dis-je.
Ce n’était qu’une hypothèse de ma part, mais je l’imaginais bien aller à son bureau s’il était
contrarié.
La sécurité m’escorta jusqu’au bureau et je me dis que j’avais dû avoir raison en voyant que sa
réceptionniste était toujours au travail. Elle hocha la tête pour me faire signe d’entrer dans le bureau,
comme si on lui avait dit de me faire entrer.
Personne ne me suivit quand j’ouvris la porte en hésitant.
James était là, assis à son bureau, en train de regarder son ordinateur sans le voir, la main
immobile sur sa souris.
J’entrai et je fermai doucement la porte derrière moi. Je marchai vers lui, mais il ne me regarda
pas.
Malgré tout, je vis quelque chose de blessé et de vulnérable dans ses yeux ternis quand je
m’approchai.
– James, dis-je doucement.
– Je suis désolé, dit-il d’une voix cassée et à peine plus forte qu’un chuchotement. On dirait que
je ne fais que te décevoir. Si cela peut te réconforter, je commence à détester l’homme que j’étais
avant de te rencontrer.
Je caressai ses cheveux.
– Bien sûr que cela ne me réconforte pas. Pour moi, tu as toujours été merveilleux, même
pendant ton époque de débauche.
– J’ai l’impression que la vie était facile avant de te rencontrer, parce qu’elle n’avait aucune
importance, dit-il d’une voix rauque en se penchant contre ma main. Rien n’avait d’importance avant
que je te rencontre. J’étais un imposteur, je jouais à la vie avec l’argent du Monopoly. Je ne ressentais
rien. Rien ne changeait vraiment, parce que je n’en avais rien à faire. Et maintenant que c’est
important, maintenant que tout est important, c’est tellement plus difficile, parce que les choses ont un
poids et que ma vie a une substance. On peut blesser une chose qui a de la substance. Je suis devenu
vulnérable alors que rien ne pouvait me blesser dans le passé. Mes erreurs, même celles de mon
passé, ont des conséquences, maintenant.
Je me collai contre lui en posant sa tête sur ma poitrine. Il y enfouit son nez, et la force de son
affection me fit chanceler. J’embrassai le haut de sa tête pour le réconforter.
– Je le comprends tout à fait, James. J’ai très longtemps lutté contre mes sentiments pour toi,
précisément pour cette raison. Te laisser entrer dans mon cœur signifiait m’ouvrir à une douleur
contre laquelle je pensais être immunisée parce que je m’étais fermée à tout cela. C’était injuste
envers toi et même envers certains de mes amis. Tu avais raison quand tu m’as dit que j’ai de la place
dans mon cœur pour quelqu’un d’autre que Stephan. Tu m’as très bien comprise sans que j’aie jamais
besoin de le dire avec des mots. Cela me stupéfie. Peut-être sommes-nous effectivement faits l’un
pour l’autre. Tu me rends croyante, mon amour.
Il m’enveloppa dans ses bras.
– Je suis désolé que tu aies eu à voir cette vidéo, Bianca. J’ai fait tellement d’efforts pour essayer
de l’empêcher de sortir.
Je frottai ma joue contre ses cheveux soyeux.
– Tu ne m’as pas forcée à la regarder. J’en prends toute la responsabilité. Et cela m’a appris
quelque chose d’important. C’était douloureux de te voir avec elle, mais d’une certaine façon, je
pense que ça en valait la peine.
Il s’écarta suffisamment pour me jeter un regard perplexe.
– Pourquoi ? Comment ?
Je lui fis un petit sourire tout en soutenant son regard.
– Parce que j’ai appris que même si tu as baisé beaucoup de femmes, James, je suis la première
avec qui tu as fait l’amour.
– Oui, souffla-t-il en m’embrassant comme si je lui appartenais.
J’adorais ce baiser et cette appartenance également.
– Tu es tellement différent avec moi, lui dis-je quand il s’écarta assez longtemps pour m’attirer
sur ses genoux.
Je fus alors assise à cheval sur lui.
– Tu l’as toujours été, depuis le début.
– Oui, murmura-t-il en défaisant son pantalon pour sortir cette pine délicieuse.
Elle était dure comme un bâton et prête à l’action, comme toujours.
– Je te l’ai déjà dit. C’est malheureux que tu aies dû me voir faire le pire pour le croire.
Il arracha ma culotte en parlant, ce qui donna des intonations dures à ses mots.
Il m’empala sur sa bite raide sans vérifier si j’étais prête, sans me laisser réagir. Cela ne faisait
rien. Je frissonnai du plaisir et de la douleur de lui appartenir.
Il ne bougea plus quand il fut enfoncé jusqu’au bout, mais il me laissa là en me regardant avec
des yeux pleins d’amour. J’aimais tant ces yeux.
Je posai la main sur sa joue.
– Tu es tellement différent avec moi, répétai-je. Tu ne m’as jamais demandé de baisser les yeux,
tu ne m’as jamais laissé détourner les yeux. Tu n’es jamais parti sans te retourner.
Il secoua la tête.
– Jamais.
– J’ai adoré tes yeux en premier, lui dis-je en répétant les paroles qu’il m’avait dites quelques
semaines plus tôt, parce que c’était vrai et parce que nous étions deux moitiés d’un tout.
Nous l’étions depuis le début et il avait été assez intelligent pour le voir tout de suite. J’avais
pensé que c’était complètement fou, mais je commençais à penser que c’était du pur génie.
– Je le vois aussi, James. Je vois l’autre moitié de mon âme en toi.
Il tressaillit soudain contre moi en me frottant contre lui. Il ne rompit jamais le contact visuel en
jouissant en moi.
Il tira mon front contre le sien en me faisant un sourire d’autodérision.
– Eh bien, c’est embarrassant. J’ai l’impression d’être un ado. Je dois me faire pardonner.
Je souris à mon tour, pas du tout contrariée. J’adorais l’affecter au point de lui faire perdre le
contrôle.
– Je sais que tu y arriveras, dis-je avec sincérité.
Si nous tenions le compte des orgasmes, j’étais devant à quatre contre un, au moins. Cet homme
savait jouer de mon corps comme d’un instrument de musique.
Il fit glisser une main entre nos corps et il décrivit de petits cercles doux sur mon clitoris en
faisant tourner ses hanches pour déplacer sa verge épaisse en moi.
– Touche-moi, dit-il d’une voix rauque.
Je savourai l’opportunité. D’habitude, ce n’était que lui qui touchait.
Je fis courir ma main sur son torse jusqu’à ses épaules. Je pris son visage entre mes mains avant
de faire glisser mes doigts avides sur les boutons de sa chemise. Je les défis maladroitement en
faisant sauter quelques boutons malchanceux. Je gémis quand je parvins à dévêtir son torse
suffisamment pour caresser sa peau dorée parfaite.
Il me conduisit au plaisir de cette façon, avec ses petits cercles des hanches et son pouce agile, sa
peau sous mes mains. Ce fut une vague de sensations douces.
Il me saisit fermement par les hanches et me pénétra avec plus de force pendant que je continuais
à tressaillir autour de lui. Des va-et-vient durs devinrent des ruades brutales. Il me fit presque tomber
de son érection avant de me refaire monter sur lui. Ce qui avait commencé doucement devint une
chevauchée délicieusement sauvage pendant que je me remettais encore de mon premier orgasme.
Ses yeux tendres changèrent entre deux va-et-vient et prirent un éclat possessif. Il n’eut même
pas besoin de dire les mots. Je savais ce qu’il voulait.
– Je suis à toi, James. À toi.
Son regard terni étincela en me refaisant passer la limite du plaisir. Il ne ralentit pas et il
continua à me pénétrer fortement, au point que je savais que je serais délicieusement irritée après. Il
contrôlait les mouvements de mon corps par en dessous, sans avoir besoin de prononcer une parole.
C’était ce que j’aimais le plus : je pouvais lui donner tout le contrôle sur moi et au moins là, comme
cela, il savait toujours exactement ce dont j’avais besoin.
Il me fit jouir à nouveau et il regarda mes yeux quand je fondis avant de s’autoriser à se
déverser en moi avec ce petit gémissement rauque que j’adorais.
Il était en train de se retirer quand il se figea. Il me regarda dans les yeux d’un air inquiet.
– Tu saignes, me dit-il.
Je grimaçai.
– Ouille, mes règles doivent commencer. Je pense qu’on a dû les déclencher.
Il rit d’un air soulagé.
– Tant que ça ne vient pas de moi. Et ne sois pas désolée. Cela ne me gêne pas.
Il poussa mes hanches en arrière contre le rebord de son bureau et il remonta ma robe. J’essayai
de chasser ses mains.
Il rit à nouveau.
– C’est là que tu fixes ta limite ? Je ne comprendrai jamais pourquoi certaines choses sont plus
taboues que d’autres.
– Et c’est ce qui te rend si coquin : le fait que tu ne puisses pas voir la différence.
Il haussa les épaules. Il était à l’aise avec son côté coquin.
– Lève la jambe. Laisse-moi te regarder.
Je chassai à nouveau ses mains en grimaçant quand je vis le sang sur son costard.
– Je ne veux même pas connaître le prix de ce costume que nous venons de détruire.
Il baissa les yeux pour se regarder et il haussa les épaules.
– Je me fous complètement du costume. Je ne me fous pas de ton air scandalisé. Il faut que tu te
rendes compte que c’est comme d’agiter un chiffon rouge pour moi.
– Littéralement, marmonnai-je en chassant toujours ses mains.
– Pose ton cul sur mon bureau, dit-il avec un sourire. Je veux te faire un cunnilingus pendant que
tu rougis de cette façon.
Je lui jetai un regard méchant, car j’étais terriblement gênée. L’idée suffisait à me paralyser de
honte.
– Je vais te faire un cunni, dit-il d’une voix sévère, même si le sourire qui persistait au coin de
ses lèvres en cassa l’effet. Sur le bureau ou sous la douche. Je te laisse choisir.
– Douche, dis-je rapidement.
Cela me semblait nettement préférable. Au moins il n’y aurait pas du sang partout sous la
douche.
Il me traîna dans la salle de bains et me poussa contre le mur carrelé. Il se mit ensuite à genoux
sous le jet fumant. Il enfouit son visage entre mes jambes et il jeta ma cuisse par-dessus son épaule.
J’attrapai ses cheveux en le laissant supporter une grande partie de mon poids pendant que sa langue
habile travaillait sur moi. Sa langue était habile, mais ses doigts étaient géniaux. Il utilisa les deux sur
moi, jouant avec des nerfs différents, tirant des gémissements de ma gorge et me poussant au
summum du plaisir en quelques instants. Je perdis tout souvenir de ma gêne sous ses gestes parfaits.
Il se releva et me pénétra durement. Je poussai un gémissement, les vagues de plaisir parcourant
encore délicieusement mon corps. J’étais un peu irritée, mais j’étais conditionnée et la douleur ne fit
qu’ajouter à mon plaisir.
Il m’embrassa avec force, insérant sa langue dans ma bouche pendant qu’il enfonçait sa verge
dans mon corps. Je me goûtai sur sa bouche, ainsi que son goût à lui, tout cela mêlé à un goût cuivré.
C’était différent, mais pas déplaisant.
– Tu vois, dit-il en me pénétrant, en me poussant contre le mur par à-coups avec ma cuisse posée
sur son bras et levée très haut. Tu peux jouir quand tu saignes. Cela n’éteint pas par magie le bouton
des orgasmes.
J’essayai de lui lancer un regard exaspéré, mais c’était difficile quand il me baisait à en perdre la
raison.
– Je… je ne pensais… mmm… pas… que…
– Ton corps m’appartient, Bianca, peu importe le moment du mois, grogna-t-il contre moi.
Il n’y avait que lui pour se servir de mes règles comme d’un moyen de montrer qu’il me
possédait. Ce fut ma dernière pensée avant qu’il ne les chasse toutes avec sa bite, et je jouis à nouveau
en poussant un petit cri dans sa bouche. Il continua son va-et-vient en se cambrant et en me poussant
vers le haut quand il finit par atteindre l’orgasme. Il grogna et frissonna contre moi, sa main glissant
dans mes cheveux tandis qu’il me laissait voir ce que son plaisir lui faisait dans ses yeux profonds.
J’adorai chaque seconde.
Nous nous étions séchés et nous étions en train de nous habiller quand il se remit à parler en
ayant le dos tourné.
– Je crois que j’ai mérité mes ailes rouges.
Il y avait un sourire dans sa voix. Je rougis jusqu’aux oreilles.
31
Monsieur Domestiqué
L’histoire de la vidéo intime était toujours à la une des journaux, mais en ce qui concernait
James et moi, c’était de l’histoire ancienne. Nous étions passés à autre chose. Je trouvais cela
encourageant. Nous étions bien ensemble. Nous réglions les choses et c’était terminé, elles ne
refaisaient plus sans cesse surface comme dans les nombreuses relations toxiques que j’avais
observées.
Ce vendredi fut ma dernière escale de travail à New York. Évidemment, l’équipage avait envie
de sortir, mais James voulait déjeuner avec ses amis Parker et Sophia. Je ne voyais pas pourquoi nous
ne pourrions pas faire les deux.
Sophia nous ouvrit la porte de leur appartement de luxe avec un enfant qui gigotait dans ses bras.
J’eus l’impression que c’était un garçon, même si ses cheveux étaient plutôt longs et son visage était
si délicat que c’était difficile à dire au premier coup d’œil.
James prit l’enfant dans ses bras et le posa sur ses épaules sans un mot.
– Voici Elliot, me dit-il avec son plus charmant sourire. Elliot, voici Bianca. Dis « bonjour,
Bianca ».
Je souris au petit garçon. Il avait des cheveux noirs comme son père, mais avec les boucles
adorables de sa mère et des yeux gris ardoise qui m’étudiaient avec intensité.
– Bochour, Banca, dit-il en hochant la tête.
Il fit un câlin à la tête de James en frottant sa joue contre les cheveux dorés.
– Tu m’as manqué, Jamech.
James leva la main et il chatouilla le genou du petit garçon. Elliot se lova contre lui en riant sans
pouvoir s’arrêter.
Parker cuisina pour nous tous, ce que je trouvai charmant. Je savais qu’il était important dans le
monde des affaires, héritier de l’empire lucratif de sa famille, mais cela ne se voyait pas à la façon
dont il cuisina et nous servit tous.
Sophia et lui étaient visiblement fous amoureux. Cela se voyait à la manière dont ils se
regardaient. Ils agissaient comme de jeunes mariés, alors que cela faisait des années qu’ils étaient
ensemble.
Nous restâmes plusieurs heures à parler et à jouer avec Elliot. James était merveilleux avec lui :
il se roulait sur le tapis comme s’il était lui-même un enfant.
Ce n’était pas que je n’aimais pas les enfants. Je trouvais le petit Elliot mignon à mourir. Je
pensais simplement ne pas avoir les capacités à en avoir moi-même. J’avais trop de pensées sombres
et de craintes que les gens normaux n’avaient pas à subir selon moi, et je ne voulais pas qu’une
nouvelle génération hérite de mon passé tordu.
J’appréciais vraiment Parker et Sophia. Ils me parurent sincèrement gentils et ils semblaient
beaucoup apprécier James. Je trouvais également très encourageant que les gens décents dans sa vie
dépassent maintenant en nombre les pétasses folles.
Cependant, j’étais troublée quand nous partîmes. Voir James interagir avec Elliot m’avait
montré encore plus clairement qu’il voulait ses propres enfants.
– James, je ne suis pas sûre qu’être mère peut me conv…
Il m’attira contre lui et couvrit ma bouche de sa main. Il adoucit le geste en embrassant le haut de
ma tête. Juste avant que la porte de l’ascenseur ne s’ouvre, il murmura à mon oreille.
– Cela ne fait rien, ma belle. Nous avons tout le temps du monde pour nous décider, et je laisse
cette décision être entièrement la tienne. Je ne peux pas vivre sans toi. C’est tout ce qui reste à dire à
ce sujet.
J’aurais aimé que cela soit aussi simple, mais il voulait clairement des enfants. L’idée d’être la
seule chose qui l’empêche d’être père me faisait culpabiliser. Je ne savais pas si je pouvais être aussi
égoïste. La fête folle qui eut lieu à Red ce soir-là était exactement ce dont j’avais besoin pour ne plus
penser de cette façon. Tout le monde était de bonne humeur. Notre équipage, sans Melissa, était là
pour fêter le départ de Stephan et moi, étant donné que nous étions les seuls à démissionner tout de
suite. Ils levèrent leur verre pour nous en nous souhaitant plein de bonnes choses. Ils nous rendirent
heureux en général, mais tristes de devoir quitter un groupe aussi amusant. Malgré tout, rien de tout
cela ne me fit douter de ma décision. Je savais que ce que je faisais était le plus logique étant donné
les circonstances.
La fin de ma carrière d’hôtesse de l’air fut étrangement banale. Je fis ma dernière journée le
dimanche, puis le lundi je passai d’hôtesse de l’air à plein temps à peintre en herbe à plein temps.
C’était intimidant mais exaltant.
Stephan et Javier avaient fini par démissionner également, grâce à l’opportunité qu’ils avaient
d’ouvrir leur bar dans un des casinos les plus en vogue du Strip. Ils avaient encore beaucoup de
travail à faire, mais peu de gens obtenaient des fonds pareils sans avoir à justifier leur projet. Nous
étions tous reconnaissants envers James pour avoir fait quelque chose qui leur changeait la vie à ce
point-là.
Nous partîmes pour Los Angeles la nuit précédant le vernissage et nous logeâmes dans le
complexe hôtelier Cavendish qui se trouvait commodément à côté de la galerie Cavendish.
Ce soir-là, je visitai la galerie en avant-première et je fus renversée par les merveilles
accomplies par Danika. Mes peintures étaient montrées sous leur meilleur jour, les cadres étaient
exquis, la luminosité de chaque pièce était parfaite, et les peintures étaient groupées par couleur,
assemblées de manière à se compléter au mieux.
Danika nous fit faire le tour de la galerie dans laquelle chaque pièce exposait mes peintures.
Lorsque ce fut terminé, je ressentis le besoin de la prendre dans mes bras tant j’étais reconnaissante et
admirative de ce qu’elle avait fait avec mon travail.
L’idée de cet événement me remplissait d’angoisse, mais il s’avéra que la soirée fut plaisante.
J’avais déjà décidé que je ne lirais aucune des critiques négatives sur mon travail. Personne n’était
plus critique de mon travail que moi, et je savais que cela briserait ma créativité de ruminer tout le
négatif, alors j’appréciai l’événement pour ce qu’il était : une soirée de nouvelles rencontres et une
occasion de voir quelques visages connus et appréciés.
Je portais une robe à dos nu gris foncé que je trouvais flatteuse et James un costard assorti avec
une cravate bleu clair.
James resta à mon bras pendant la soirée entière : c’était le cavalier parfait et attentionné. Et
aussi le partenaire de la plus grande valeur à la surface de la planète.
Je vendis même quelques peintures, ce qui m’avait semblé fortement improbable quand j’avais
vu leur prix. Certaines parmi les plus grandes étaient parties pour plus de cinquante mille dollars.
Cela me surprit tellement que je fus un peu choquée lorsque Danika m’apporta la nouvelle. Elle avait
catalogué chaque peinture qu’elle avait vendue pour moi en me disant qui avait acheté quoi et pour
quelle somme.
Elle me prit dans ses bras avec un grand sourire. Elle était devenue le soutien le plus
enthousiaste de mon travail et je lui en étais très reconnaissante. C’était une femme équilibrée et très
manifestement douée pour son travail avec une grande influence sur le monde de l’art. À ce stade de
ma carrière, j’avais fondamentalement besoin de la confiance en moi que me donnait l’appui d’une
telle personne. Elle soutenait très sincèrement mon travail. James et Stephan étaient des fans, mais le
fait qu’une professionnelle me soutienne, quelqu’un qui n’était ni mon meilleur ami ni mon petit ami,
était une aubaine que je n’allais pas oublier de sitôt.
Quelques-unes des peintures plus petites se vendirent aux alentours de dix mille dollars. Danika
nous en informa en nous avertissant ainsi : « C’est seulement parce que c’est ta première exposition.
À la prochaine, ton travail se vendra plus cher, je peux te le garantir. Tu verras au moins doubler ou
tripler les prix par rapport à ce soir. » J’en restai stupéfaite. J’avais trouvé que les prix étaient déjà
exagérés cette fois-ci…
Frankie était là. Elle était accompagnée par sa petite amie Estella et par Tristan, comme elle
l’avait annoncé. Je me souvins de la description d’Estella par Tristan : je vis en quelques instants que
« petite furie latino » était une description tout à fait adaptée. Elle avait une épaisse chevelure ondulée
qui descendait presque jusqu’à sa taille, une taille de guêpe et une attitude fougueuse amusante,
séductrice et excentrique. Il y avait une alchimie visible entre Frankie et elle, et elles échangeaient des
regards et des commentaires qui auraient même pu faire rougir James.
Tristan, Frankie et Estella s’entendirent tout de suite avec Stephan et Javier, et ils passèrent tous
les cinq une grande partie de la soirée à parler et à rire, rendant l’événement nettement plus amusant.
Nous observâmes un de ces instants éphémères où Danika et Tristan respiraient le même air,
juste en passant, et c’était tout aussi intense que la première fois que nous l’avions vu. James et moi
nous échangeâmes un regard lorsque Danika lui dit au revoir avec raideur et politesse. Même si
Danika aurait aimé le contraire, il y avait encore des sentiments très forts entre ces deux-là. Le passé
peut néanmoins être puissant et les sentiments ne suffisent pas toujours.
J’avais invité mon demi-frère Sven et sa petite amie, Adèle, et je fus flattée et ravie qu’ils aient
pu venir.
Adèle ressemblait à un mannequin, avec la bonne taille et la silhouette, mais sans la beauté
extravagante. Ce n’était pas Lana. Elle était jolie, mais sans originalité, et cela lui permettait sans
doute de décrocher beaucoup de travail, parce que cela la rendait plus polyvalente. Elle avait les
cheveux châtains et raides jusqu’aux épaules et ses yeux étaient d’un joli marron doux.
Elle avait un sourire adorable et elle était très présente, comme si elle était heureuse d’être
exactement là où elle était. Elle me plut. Quand Sven avait dit qu’il sortait avec une mannequin, j’avais
imaginé une fille narcissique aux yeux vides, et Adèle dépassait de très loin mes attentes qui avaient
été injustes.
Blake et compagnie ne me suivaient pas sur les talons, car la liste des invités était très exclusive
et ils gardaient obstinément les entrées et les sorties. Je trouvais cela agréable de pouvoir aller aux
toilettes sans qu’une ombre me suive, même si James fit presque la même chose en m’accompagnant
dans le couloir jusqu’aux toilettes de la galerie et en m’attendant avec application dans la salle
d’exposition la plus proche.
J’avais presque terminé lorsque la porte des toilettes s’ouvrit puis se referma, puis s’ouvrit
encore.
– Tu me suis à présent ? demanda une voix de femme agitée.
Je reconnus instantanément la voix de Danika.
– Oui, si c’est la seule façon pour que tu me parles, répondit un homme.
Je reconnus également cette voix profonde et rocailleuse. C’était Tristan.
– Nous n’avons rien à di… commença Danika.
– Je pense encore à toi tous les jours, l’interrompit durement Tristan. Parlons de ça.
Je restai parfaitement immobile, écoutant maintenant officiellement aux portes depuis l’intérieur
de ma cabine de toilettes.
– Oh, s’il te plaît. Prends ta culpabilité et dégage, Tristan. Je ne veux rien avoir à faire avec elle.
– Ce n’est pas de la culpabilité que je parlais, dit-il d’une voix basse et blessée. C’est à toi que je
pense. Toujours à toi.
Elle renifla sans élégance. Cela ne lui ressemblait pas du tout.
– Mais bien sûr ! Tu as arrêté d’essayer de m’appeler il y a des années. Je n’ai plus entendu un
mot de ta part après ta désintoxication, quand tu as fait ton petit tour du repenti.
– Je n’avais pas confiance en moi, Danika. J’avais besoin de rester sobre. Je ne suis rien sans
cela, et tu étais un magnifique déclencheur pour moi. Ce regard dans tes yeux, après tout ce que
j’avais fait… Tu m’as regardé comme si j’étais un déchet, en sachant que je méritais toute ton
antipathie. Je savais que si tu me regardais à nouveau de cette façon, je toucherais le fond et que, cette
fois, je ne remonterais plus.
– Je suis avec quelqu’un, Tristan, dit-elle brusquement.
– Et si ce n’était pas le cas ? Accepterais-tu de me parler, de passer du temps avec moi, si tu
n’étais pas avec quelqu’un ?
– Non ! De mauvaises choses se produisent quand nous sommes ensemble, Tristan. Toi et moi,
cela ne fait que des ennuis. Le temps n’a pas changé cela. S’il te plaît, reste loin de moi.
J’entendis un mouvement, puis le chuchotement d’agonie de Tristan :
– Danika, je suis vraiment désolé. Tu me manqueras toujours. Tu étais ma meilleure amie.
Pourras-tu un jour me pardonner pour ce que j’ai fait ?
La réponse de Danika fut rapide, confiante et définitive.
– Je t’ai pardonné il y a longtemps, Tristan, mais je n’oublierai jamais. S’il te plaît, garde tes
distances.
La porte s’ouvrit et se ferma. Deux fois. J’attendis quelques minutes de plus avant de sortir, me
sentant coupable de ma curiosité. J’aurais dû dire quelque chose dès que je les avais entendus parler,
mais au lieu de cela, pour nous épargner à tous un moment gênant, et oui, aussi parce que j’étais
curieuse, j’avais entendu cette conversation douloureuse et personnelle.
J’aggravai mes péchés en racontant immédiatement à James ce que j’avais entendu. Je voulais
connaître son avis sur la question.
Il fronça les sourcils et il secoua la tête.
– Je ne sais vraiment pas ce qui s’est passé entre eux. Frankie est proche de tous les deux, mais
même elle ne veut pas en parler. Je suppose qu’ils sortaient ensemble, parce que Tristan est si
manifestement amoureux d’elle, mais même cela, c’est une hypothèse de ma part. Et je sais qu’il a un
rapport avec la blessure qui la fait boîter, mais c’est tout. Je ne sais pas ce qui a causé la blessure, ou
quelle a été sa part de responsabilité. Il m’a juste dit un jour que Danika avait été une danseuse
incroyable et qu’il avait gâché cela pour elle.
– C’est affreux, dis-je.
Il hocha la tête.
– Oui. Il y a un passé douloureux là-dessous, mais ce qu’il t’a dit au déjeuner l’autre jour était
plus que ce qu’il m’a raconté. Ils restent tous les deux très discrets à ce sujet. Nous ne connaîtrons
sans doute jamais tous les détails terribles.
Je savais qu’il avait sûrement raison.
– Ça t’embête si je vais voir s’il va bien ? demanda James.
– Pas du tout, le rassurai-je en pensant qu’il était l’homme le plus adorable et le plus attentionné
au monde.
Danika s’approcha de moi d’un air plus sérieux que ce qu’elle avait montré tout le reste de la
soirée. Chaque fois qu’elle était venue me voir auparavant, elle avait été rayonnante, folle de joie de
me raconter une autre vente.
– Je suis désolée que tu aies dû entendre ce petit échange dans les toilettes, dit-elle en me
regardant droit dans les yeux.
J’eus l’impression de rougir jusqu’aux oreilles.
– Je suis vraiment désolée, dis-je.
Elle balaya mes excuses de la main.
– Ce n’était pas de ta faute. Tu utilises simplement les toilettes. Mais j’ai vu tes chaussures sous
la porte et je voulais m’expliquer. Je t’ai sans doute donné l’impression d’être froide et conne.
Je l’arrêtai en levant la main.
– Pas du tout. Je comprends tout à fait. Parfois, la seule façon de ne pas devenir folle, c’est de
protéger son cœur.
Elle hocha la tête avec fermeté.
– Oui, exactement. Je ne veux plus être mêlée à lui et je refuse de le laisser espérer pour rien.
Quand j’étais plus jeune et stupide, je pensais qu’il était la personne la plus merveilleuse et la plus
exaltante au monde. Je suis tombée follement, stupidement, à en sauter dans le vide, amoureuse de lui.
C’était comme d’aimer une tornade. Et quand il en eut fini avec moi, j’avais l’impression d’avoir été
dans une tornade. J’ai mis des années à ramasser tous les morceaux, mais j’ai réussi et je ne
retournerai pas en arrière. Ces jours-ci, je veux de la stabilité dans ma vie. J’en ai besoin.
Je hochai la tête. Je comprenais très bien. Quand on avait traversé un enfer, la stabilité était le
paradis.
Elle sembla voir que j’avais compris. Elle me tapota l’épaule et elle s’éloigna.
Blake était venue traîner près de moi quand James était allé chercher Tristan. Toujours au
courant de tout, elle put me diriger vers lui.
Il était dehors en train de parler avec Frankie et Tristan dans une espèce de patio privé. James
tournait le dos vers la porte et il avait les mains dans les poches.
Je m’approchai d’eux en hésitant, ne souhaitant pas les interrompre.
Tristan tirait sur une cigarette comme si sa vie en dépendait. Il regardait Frankie avec de grands
yeux pendant qu’elle gesticulait des bras en lui parlant à voix basse : elle lui disait manifestement ce
qu’elle pensait. Tristan avait enlevé son veston et détaché sa cravate. Les manches blanches
immaculées de son costard étaient enroulées vers le haut pour révéler ses avant-bras tatoués. Il avait
bien joué à l’homme propre sur lui pendant quelques heures, mais son côté bad boy venait
apparemment de ressortir.
Tristan fut le premier à me voir. Il souffla.
– Bianca, aide-moi ! Frankie est une petite harpie. S’il te plaît, dis-lui qu’une seule cigarette ne
va pas me tuer.
James se retourna pour me regarder et il me dévisagea de haut en bas avec des yeux de braise. Il
m’attrapa le bras quand je fus assez près de lui et colla mon dos contre lui avant de poser un baiser
sur le haut de ma tête.
Un des minuscules doigts de Frankie pointa le torse massif de Tristan.
– Le problème n’est pas la cigarette. Tu as eu une courte conversation avec elle et tu reprends
une habitude que tu as abandonnée il y a cinq ans. Tu dois tout de suite appeler ton parrain.
Tristan leva les yeux au ciel en inspirant longuement la fumée de la cigarette.
– Tu sais que les remarques continuelles peuvent servir de déclencheur.
– Ce n’est pas une blague, fulmina-t-elle d’un air aussi inquiet que fâché. Je m’inquiète pour toi.
Tu agis bizarrement, et la première chose que tu as essayé de faire, c’était de t’échapper tout seul. Tu
n’as surtout pas besoin d’être seul maintenant.
– Frankie, je n’ai pas besoin d’être surveillé pour tendances suicidaires. Je fume une putain de
cigarette et je retourne à l’intérieur, d’accord ? Si tu es si inquiète à mon sujet, toi et ta copine vous
devriez peut-être dormir avec moi ce soir. Je ne devrais pas rester seul dans mon grand, immense lit
solitaire.
Elle jeta les bras en l’air.
– Comme si tu avais du mal à trouver des corps pour réchauffer ce lit.
– Tu l’as dit toi-même. Je suis vulnérable en ce moment, et je devrais être entouré par des gens
que j’aime. Alors, viens dormir avec moi, Frankie.
Elle le frappa violemment sur le bras.
– Quand est-ce que ce sera démodé d’essayer de coucher avec une lesbienne ? J’aimerais
vraiment le savoir.
Il ricana en lui montrant de profondes fossettes. Il jouait aux durs, mais il avait malgré tout l’air
d’être blessé.
– Tu n’es pas « une lesbienne », tu es ma lesbienne préférée. Je ne parlais que de câlins. C’est ton
esprit mal tourné qui a fait le reste.
Elle soupira d’un air abattu.
– D’accord. Je te réconforterai ce soir si cela veut dire que tu ne seras pas seul. Mais interdiction
de draguer ma copine.
Ils faisaient un drôle de couple. Le haut de sa tête atteignait à peine son torse et elle n’était pas du
tout impressionnée par sa taille et par son poids qui devait être le double du sien.
Tristan termina sa cigarette comme si c’était la dernière sur terre en savourant jusqu’à la
dernière bouffée. Frankie et lui retournèrent à l’intérieur, mais James m’empêcha de les suivre.
Il prit mon visage dans ses mains en me souriant.
– Puisque tu es là toute seule, je voulais te dire quelque chose : je suis vraiment fier de toi. Tu
sais déjà que je suis ton plus grand fan, mais je voulais que tu saches que ce soir est une très grande
réussite. Je sais que tu t’es convaincue que j’ai fait tout cela pour toi, mais ce n’est pas vrai. J’ai
organisé une réunion. C’est tout. À la seconde où Danika a vu ton travail, elle l’a adoré, et tu aurais eu
cette exposition avec ou sans moi. Ces peintures se sont vendues parce que les gens les voulaient et
leur ont accordé de la valeur. Ton talent me met à genoux. Merci de l’avoir partagé avec le monde.
– Merci, lui dis-je simplement en sentant mes yeux devenir humides.
Ce satané type me rendait tellement émotive. Et sa façon de parler me touchait à chaque fois.
– Je t’aime à la folie, James.
Ses yeux sourirent dans les miens.
– Oui. Je t’aime comme cela moi aussi. Le monde est passé du noir et blanc à la couleur quand
j’ai posé les yeux sur toi, ma belle. Il n’y a pas de retour en arrière possible.
Ce fut un moment tellement parfait qu’il me fallut réprimer les affreux doutes qui me disaient
que quelque chose d’aussi parfait devait brutalement mal finir. La vie peut simplement être belle, me
dis-je. Cette impression désagréable n’est pas une prémonition. Rien de mal ne nous arrivera. Ces
derniers temps, il fallait que je me le dise souvent.
Vers la fin de la soirée, Tristan acheta mon plus grand paysage et une nature morte plus petite.
Frankie acheta également une peinture. C’était une aquarelle du gros chat de mon jardin. Elle dit
qu’elle allait l’accrocher dans sa boutique de tatouages pour que le monde puisse la voir. Elle harcela
même James en lui disant qu’il devait lui donner le portrait de moi qui avait inspiré le tatouage dans
son dos. Il le prit bien, ce qui me montra qu’il lui avait pardonné le tatouage sur mon dos.
Sven acheta une de mes petites acryliques d’une fleur du désert. J’insistai longtemps en lui disant
qu’il n’avait pas besoin d’acheter quoi que ce soit.
– J’en ai envie, me dit-il fermement. C’est important pour moi d’accrocher chez moi quelque
chose que tu as fait, et j’adore cette peinture.
– Je peindrai quelque chose de gratuit ! Tu ne devrais pas avoir à payer treize mille dollars pour
un souvenir. Ce n’est pas trop tard pour changer d’avis.
Il secoua la tête.
– Non. C’est parfait. Mais si tu as un jour envie de me peindre quelque chose, je ne t’en
empêcherai surtout pas !
C’était agréable, mais un peu gênant que tout le monde me soutienne à ce point.
À la fin de la soirée, j’eus la tête qui tournait en me rendant compte que je m’étais amusée. La
soirée avait de loin dépassé mes attentes. L’angoisse m’avait empêchée d’attendre avec impatience le
lancement de ma nouvelle carrière, mais j’étais ravie de pouvoir regarder en arrière avec
soulagement et plaisir. C’était terminé, et cela avait été un succès.
La soirée fut ternie par un petit incident quand nous quittâmes la galerie.
C’était un grand bâtiment de trois étages, situé dans une zone à la mode à côté de l’hôtel
Cavendish L.A. avec lequel il partageait un parking à l’arrière. Nous sortîmes par l’avant, par où nous
étions entrés. Un petit tapis rouge avait été installé à l’extérieur pour les séances photo précédant
l’événement. Une foule assez polie de photographes avait pris des photos à notre arrivée. En sortant,
beaucoup plus tard dans la soirée, une foule plus grande s’était rassemblée. J’étais surprise qu’ils
aient attendu si longtemps. Ce qui me sembla encore plus étrange, c’était la foule de passants massés
derrière eux simplement pour nous regarder partir.
James manœuvra pour s’approcher de la foule, même si nous étions séparés d’eux par une
barricade. Il jeta un bras autour de mes épaules, posant l’autre main sur l’anneau de diamants attaché à
mon collier.
Nous avions peut-être fait six pas lorsqu’il y eut une exclamation collective de la foule, et je me
retournai juste à temps pour voir Blake sauter en l’air et attraper au vol un grand gobelet en plastique.
Son arrêt fut impressionnant, mais le couvercle s’envola et un soda sombre avec ses glaçons
s’éparpilla dans toutes les directions. Le gobelet visait soit James, soit moi, soit nous deux, mais
aucune goutte ne nous atteignit. Blake était trempée. Son chemisier et son visage mouillés ne
semblaient pas la perturber. Elle jeta le gobelet à terre et elle chercha la foule du regard d’un air très
hostile.
Ce fut comme si le jet de boissons avait ouvert les vannes. Les gens commencèrent à crier des
commentaires graveleux. Je n’arrivais pas à tous les distinguer, mais les commentaires les plus
bruyants semblaient venir des femmes et ils étaient pour James.
– Tu es si sexy, putain ! hurla une femme.
– Avec une bite aussi grosse, tu peux me donner la fessée quand tu veux ! cria une autre.
Tout cela était si bête qu’un fou rire m’échappa quand Clark nous fit entrer dans la limousine.
Blake nous suivit à l’intérieur.
– Bel arrêt, Blake, dit James. Tu mérites une augmentation pour n’avoir laissé aucune goutte
atteindre Bianca.
Elle hocha solennellement la tête.
– Je ne faisais que mon travail, Monsieur.
Sa réponse me rendit humble, parce que je me mis à penser à son travail. Si cela avait été une
balle au lieu d’une boisson, elle aurait sans doute fait la même chose. Je détestais cela. Je ne voulais
pas être blessée, mais l’idée que quelqu’un le soit à ma place me semblait encore pire.
32
Monsieur Entremetteur
J’eus à peine le temps de souffler après mon dernier vol avant qu’il soit temps de partir pour le
Japon. Je n’avais jamais été aussi enthousiaste que pendant mes préparatifs pour ce voyage. J’avais
beaucoup voyagé pour le travail, mais toujours pour des vols courts avec des escales courtes, plus de
travail que de loisirs, et quelque chose d’aussi frivole que deux semaines de tourisme me faisait
vraiment plaisir. James m’avait dit qu’il allait devoir travailler un peu, puisque nous visitions sa
propriété à Tokyo, mais même lui serait en congé pendant la majorité du voyage.
Je savais que le vol allait être très long – il pouvait durer jusqu’à quatorze heures – et que ces
heures allaient sembler s’étirer comme des jours, mais mon esprit était déjà à Tokyo quand nous
montâmes à bord.
James était en train d’attacher ma ceinture, souhaitant tout régenter comme d’habitude, lorsqu’il
m’informa d’un petit détour.
– Nous allons d’abord déjeuner à Maui, dit-il avec nonchalance.
Je fronçai les sourcils. Cela me semblait être un assez gros détour…
– Maui ? demandai-je.
Il haussa de nouveau les épaules.
– Je ne peux pas m’en empêcher. C’est la première fois qu’elle en a parlé. J’ai organisé un
déjeuner avec ce type, Akira. Je sais que je me mêle de ce qui ne me regarde pas, mais quelqu’un doit
le faire.
Je l’observai et je me sentis tomber un peu plus profondément amoureuse. Il avait une âme si
romantique. J’étais devenue plus romantique rien qu’en le connaissant. C’était un état d’esprit
contagieux.
– Qu’as-tu l’intention de lui dire ?
Il posa un baiser sur le bout de mon nez quand l’avion commença à bouger.
– Pas grand-chose. D’abord, je veux l’évaluer, voir s’il mérite quelqu’un d’aussi loyal que Lana.
Et si c’est le cas, je vais seulement lui dire qu’il doit agir en homme. Un homme amoureux doit faire
le premier pas. C’est la moindre des choses.
Je lui souris. Je sentis la douceur de ce sourire.
– Alors, tu es du genre entremetteur ?
Cela me rappelait tellement Stephan.
– Tu vas mettre en couple tous nos amis ?
Il me rendit mon sourire doux au centuple.
– L’amour est comme cela. C’est comme un feu sauvage, à mon sens, et maintenant que je sais
ce que cela fait ressentir, cela m’a rendu généreux. Je trouve que le monde entier devrait avoir ce
privilège. Et si je peux aider quelqu’un que j’aime à le trouver, alors je vais essayer.
– C’est tellement adorable lui dis-je avec sincérité.
Il me sourit, mais son sourire n’était pas adorable du tout.
– Tu ne penseras pas que je suis adorable dans une dizaine de minutes, quand je t’attacherai à
mon lit et que je te baiserai à mort.
Je sentis des organes du bas de mon corps se serrer.
– Tu es d’une humeur si romantique. Tu ne vas pas l’appeler faire l’amour, aujourd’hui ?
– Que dirais-tu de l’appeler « te baiser à mort avec amour » ?
Je ris. C’était plus approprié, pensai-je.
James m’épuisa pendant des heures avant de me laisser faire une petite sieste. Cet homme avait
redéfini le mot insatiable. J’eus l’impression d’avoir à peine fermé l’œil quand il me réveilla à
nouveau.
Nous nous arrêtâmes à l’hôtel Middleton pour nous rafraîchir avant notre déjeuner avec Akira.
James se changea pour enfiler sa version d’une tenue décontractée de vacances : c’était un T-shirt
blanc doux avec un col en V qui faisait ressortir ses muscles et sa peau dorée à la perfection. Il portait
un bermuda taille basse gris pâle et des mocassins sans chaussettes. J’étudiai ses chevilles avec une
fascination particulière.
– Avant de te rencontrer, si quelqu’un m’avait dit que les chevilles pouvaient être sexy, j’aurais
dit qu’il avait perdu la tête.
Il ricana.
– J’ai toujours pensé que les tiennes étaient sexy. C’est la première étape entre le sol et le
paradis, ma belle.
Je ris. Évidemment, il fallait qu’il parle de ça.
Je me changeai pour enfiler un débardeur rose soyeux et un short gris foncé qui était presque
trop court. Je portai des claquettes blanches pour le confort uniquement. James regarda mes jambes. Il
parcourut distraitement mon collier avec le doigt.
– Même sans talons, tu as les jambes les plus sexy de la planète.
Il m’avait complètement satisfaite, mais j’avais encore ce sentiment grisant de désir que lui seul
pouvait inspirer.
Nous rencontrâmes Akira dans le restaurant de l’hôtel Middleton. À l’instant où je vis Akira, je
compris son attrait. C’était un homme immense. Pendant que je lui serrais la main, je me rendis
compte que je n’avais jamais vu James se tenir côte à côte de qui que ce soit de plus grand que lui
avant Akira. Il devait bien faire cinq centimètres de plus que James. C’était un homme intimidant,
mais mon Dieu, qu’il était beau !
Il avait des traits hawaïens classiques, avec d’épais sourcils sombres au-dessus de ses beaux yeux
bruns, et une bouche généreuse avec un petit rictus. Ses cheveux étaient noirs et ondulés, et tout chez
lui était immense, mais musclé. Cet homme prenait bien soin de lui, cela se voyait aux énormes
muscles qui bougeaient sans relâche sous son costume.
Dès le début, il me traita avec respect. James, pas tellement. Il n’avait aucun scrupule à l’attaquer.
– Tu es sorti avec Lana. Je t’ai vu avec elle dans les journaux, une fois.
On ne pouvait pas confondre le ton d’Akira avec de l’amitié ou de l’indifférence.
James ricana. Paradoxalement, je pensais que James voyait l’hostilité d’Akira comme un bon
signe. Et paradoxalement, je pensais qu’il avait sans doute raison.
– Nous sommes amis depuis des années. Nous nous sommes accompagnés pour quelques
événements.
– Qu’est-ce que cela signifie, exactement ? J’ai lu un article qui disait que vous étiez sortis
ensemble.
James l’étudia.
– Pourquoi poses-tu la question ? Est-ce juste de la curiosité, ou bien es-tu jaloux ?
Akira ne répondit pas, il se contenta de dévisager James comme s’il avait envie de l’étrangler.
James était loin d’être intimidé.
– Je veux le savoir à cause de Lana. J’aimerais savoir ce que tu ressens pour elle.
Akira fulminait en silence. Il était facile de voir que c’était un homme lunatique, mais je vis
également qu’il avait dû passer beaucoup de temps à travailler sur le contrôle de ses émotions.
James soupira.
– Tu es difficile. Laisse Lana régler ça. Elle a quelque chose de tellement apaisant qu’il était
normal qu’elle tombe amoureuse d’un baril de poudre ambulant. La vie est drôle.
J’aurais pu jurer que la peau sombre d’Akira était devenue rouge.
– Je vais me mettre à ton niveau, Akira. Lana ne sort pas. Elle n’est jamais sortie avec personne,
alors certainement pas avec moi. Cela fait si longtemps qu’elle a le béguin pour toi, et c’est si fort,
qu’elle n’a jamais voulu sortir avec qui que ce soit. Cela fait des années qu’elle se languit de toi. J’ai
fait des recherches sur toi. Tu es célibataire, tu es hétéro, alors quel est ton problème, putain ? Elle ne
te plaît pas ?
Akira rougit. Il posa avec précaution ses poings serrés sur la table.
– En quoi ça te regarde ? grogna-t-il.
Toujours pas découragé, James se pencha en avant.
– Parce que j’apprécie Lana, et parce que je sais qu’elle ne viendra pas te voir d’elle-même. Il est
temps d’agir comme un homme, Akira. Si tu l’aimes, c’est à toi de le lui montrer.
Akira tapa de son poing géant sur la table. La table rebondit un peu, parce qu’une simple tape
d’un homme de sa taille était comme un coup de poing d’un autre homme.
– Comment suggères-tu que je fasse ? Je ne pense pas qu’elle répondrait à mes appels, et elle
n’est pas revenue sur l’île une seule fois depuis son départ.
– Appelle son père. Elle est obsédée par le travail. Demande-lui de l’envoyer ici pour le travail.
Si tu n’arrives pas à la faire rester, ce sera de ta faute.
Akira ne prit pas ce conseil aussi mal que j’aurais imaginé. Sa bouche se durcit et il hocha la tête
d’un air pensif.
– Tu jures ne jamais l’avoir touchée ?
James leva les mains.
– Je n’ai jamais essayé. Je te le jure ! Cela explique sans doute pourquoi nous sommes restés si
bons amis.
Nous déjeunâmes avant de quitter Akira. Il fut sévère, mais poli lors de notre départ. Il était du
genre indéchiffrable, mais j’eus l’impression qu’il avait commencé à apprécier James, au moins un
petit peu. Il fut parfaitement poli avec moi, mais bien sûr, je n’avais jamais été romantiquement liée à
Lana dans les médias, contrairement à James.
La seconde partie du vol fut plus longue, même si ce n’était pas du tout désagréable de partager
un jet privé spacieux avec James pendant huit heures supplémentaires.
Le jet privé n’était pas conçu avec un galley normal ni quoi que ce soit d’autre de normal.
L’hôtesse de l’air et nos gardes disposaient de leur propre espace fermé entre le poste de pilotage et
nous. Ainsi, tout le monde avait un peu d’intimité. James en profita pleinement.
L’avion avait à peine atteint l’altitude de croisière qu’il s’agenouillait devant mon siège, se
baissant pour embrasser mes cuisses, faufilant son nez entre elles et les écartant en posant son visage
contre ma chatte déjà humide. Je portais encore mon short pendant qu’il taquinait mon clitoris avec
son nez.
En seulement quelques secondes, il était passé de la position assise avec la ceinture à la position
agenouillée, à me faire haleter de désir. Il enleva mon short et ma culotte et j’attrapai des poignées de
ses cheveux quand il se mit à stimuler mon sexe nu.
– Tu es insatiable, m’exclamai-je pendant qu’il me léchait comme s’il ne s’arrêterait jamais.
– Oui, murmura-t-il contre ma peau. Je n’en aurai jamais assez de toi, et je ne te laisserai jamais
l’oublier, mais tu es mal placée pour dire ça, ma belle.
33
Monsieur Indulgent
La propriété Cavendish était située dans le quartier Ginza de Tokyo. J’avais récupéré tous les
guides touristiques que j’avais pu trouver, mais James disposait lui aussi d’une mine d’informations,
car il avait apparemment passé beaucoup de temps à Tokyo. D’après mon guide et d’après James,
Ginza était l’un des principaux quartiers de shopping de la ville.
On nous traita comme des rois dès que nous passâmes la porte. Je commençais à m’y habituer,
même si les Japonais atteignaient de nouveaux sommets. Je devais encore m’habituer à l’usage
japonais voulant que l’on s’incline par respect les uns pour les autres. Je trouvais leurs manières
charmantes, et j’essayai rapidement de les imiter, souhaitant me mêler autant que possible à leur
culture, même s’il était impossible pour moi de passer pour une autochtone. Malgré tout, je voulais
vraiment éviter de me faire remarquer comme une étrangère impolie.
James maîtrisait tout à la perfection, comme s’il venait souvent. Peut-être était-ce le cas. Il savait
même parler un peu japonais. Je l’avais un peu étudié, mais j’étais désespérément dépassée. Il suffisait
d’une phrase de japonais dans sa bouche et j’étais perdue : je le regardai alors avec admiration sans
comprendre un seul mot. Les gens du pays ne semblaient cependant avoir aucun mal.
Nous avions passé des semaines à discuter du genre de voyage que j’imaginais quand je pensais
visiter Tokyo. James semblait trouver charmant que j’aie seulement envisagé un tour très touristique
de la ville. Je voulais utiliser le métro, visiter chaque temple, chaque sanctuaire et chaque parc et
toutes les attractions populaires. En bref, je voulais découvrir autant que possible cette ville étrange.
Le projet était de passer neuf jours autour de la ville, puis encore quatre autour du mont Fuji, et un
jour au sommet de la montagne. J’avais même convaincu James de camper une nuit au sommet. Il
avait été facile à convaincre, si l’on tient compte du fait qu’il n’avait encore jamais campé. Je n’étais
pas moi-même une experte, mais je savais très bien vivre à la dure, et une nuit dans une tente au
sommet d’une montagne célèbre me paraissait amusant. J’avais eu cette idée dans la tête, et James
n’essaya même pas de m’en dissuader.
– Bien sûr, je m’arrangerai pour que nous ayons tout ce qu’il faut, fut tout ce qu’il dit en me
faisant un sourire indulgent.
Nous commençâmes notre première journée touristique à Tokyo à l’aube. Nous étions vêtus de
shorts et T-shirts et de chaussures confortables comme les touristes que nous étions, et nous partîmes
à pied pour notre première destination. Kyokyo, le palais impérial, ne se trouvait qu’à vingt minutes
de notre hôtel, donc nous nous y rendîmes en premier. Nos gardes du corps nous suivaient à une
distance discrète, et j’oubliais presque leur présence pendant la majeure partie de la journée. Les
terres du palais nous prirent déjà une grande partie de la matinée.
Nous croisâmes d’abord le chemin de jogging pittoresque qui faisait le tour de la propriété. La
veille, j’avais lu à voix haute un extrait du guide touristique mentionnant ce chemin, alors James
sourit en me le montrant.
– Tu veux faire un jogging ? me demanda-t-il.
J’acquiesçai en souriant. Je n’étais pas une grande joggeuse. Même quand il m’arrivait de faire
du sport, c’était en douceur et pas une vraie course, mais cela me sembla parfait à ce moment-là.
On courut pendant une dizaine de minutes, James se tenant à côté de moi, avant que je ralentisse
pour une marche rapide.
Je grimaçai.
– Je sais que ça ne va pas te surprendre, mais tu es en meilleure forme que moi.
Il me dévisagea lascivement des pieds à la tête.
– Je ne suis pas d’accord. J’aime beaucoup plus tes formes, ma belle.
Je ris. Cet homme-là savait tout transformer en allusions coquines.
On passa des heures à longer le chemin et à parcourir chaque centimètre des jardins
pittoresques. L’endroit était romantique et James, romantique qu’il était, ne perdit pas une occasion de
s’en servir à son avantage en me serrant la main et en me souriant. Si je n’avais pas déjà été
éperdument amoureuse de lui, une seule matinée comme celle-ci aurait suffi à me faire changer.
Nous prîmes le temps d’explorer l’endroit et quand nous eûmes terminé, nous trouvâmes un
autre parc charmant à quelques pâtés de maisons. Des enfants jouaient au football dans un pré
ombragé. Les gens que nous avions croisés étaient l’incarnation de la politesse, ne nous dévisageant
même pas, même si nous ne devions pas être à notre place aux yeux des habitants. La seule différence
était chez les moins de quinze ans. Ils nous dévisageaient sans honte et leur jeu s’arrêta quand nous
passâmes à côté d’eux. Quand on arriva à leur hauteur, tous les adolescents levèrent les mains en
l’air, comme s’ils l’avaient planifié, et ils se mirent à nous acclamer. Je gloussai en voyant leur
étrange réaction et je regardai James.
– Qu’est ce que c’était ?
Il ricanait.
– Je crois que nous venons de trouver de nouveaux membres de ton fan-club.
Je levai les yeux au ciel en riant toujours. Les garçons étaient vraiment bizarres.
On se promena dans le grand parc rond et on s’arrêta en voyant un concert improvisé dans le
parc. Une foule s’était formée pour regarder jouer un petit orchestre.
James m’attira dans ses bras et me manipula avec maîtrise et galanterie, ce qui était sûrement une
combinaison rare. Il se déplaça pour faire une valse légère en me souriant dans les yeux.
– Quelle ville charmante, lui dis-je en lui souriant à mon tour, appréciant la nouveauté d’une
danse matinale dans le parc.
Il hocha la tête.
– Je me découvre un nouvel amour pour cette ville. Pour tout. Tu as rendu le monde nouveau et
exaltant pour moi.
Je rougis de plaisir, croyant chacun de ses mots ensorcelants.
Nous marchâmes du palais impérial jusqu’au quartier de Kinshasa en prenant notre temps, en
faisant quelques magasins, mais surtout en explorant la ville fascinante. Nous traversâmes un centre
commercial en utilisant un guide touristique dans lequel j’avais marqué les grands jardins urbains de
la baie de Tokyo que nous voulions visiter.
Nous essayâmes de déchiffrer la carte pendant cinq minutes, en riant de notre confusion, lorsque
Clark s’approcha. Toute la journée, ils nous avaient suivis discrètement avec Blake.
– Les jardins Hamarikyu, c’est bien cela ? demanda-t-il en jetant un coup d’œil sur notre carte.
Je hochai la tête.
Il pointa le doigt dans une rue.
– C’est par là, dit-il. Nous passerons devant le marché aux poissons, qui est fermé pour la
journée, mais ce n’est que quelques pâtés de maisons après ça.
Apparemment, il était déjà venu ici.
On le remercia et on se mit en marche dans cette direction. James me tenait par la taille, me
serrant contre lui sans se soucier de la chaleur ou de l’humidité.
– Il faudra que nous allions voir le marché aux poissons demain matin, dit James. Ça vaut le
coup. Les meilleurs sushis au monde.
Je ne savais pas si c’était l’heure de la journée ou le jour de la semaine, mais les superbes
jardins étaient presque déserts, seuls quelques peintres occasionnels capturaient des monuments du
parc. La beauté des jardins bien entretenus contrastait vivement avec les gratte-ciel du quartier
Shiodome à côté. Nous fîmes tranquillement le tour du grand parc en nous arrêtant souvent pour
admirer la vue sur le jardin pittoresque ainsi que l’eau de la baie au-delà.
– Fais-le-moi savoir s’il y a quelque chose que tu veux absolument peindre, me dit James en
passant à côté d’un autre artiste. Si tu en as envie, je peux te faire apporter tes fournitures tout de suite.
Cet endroit semble inspirer les artistes.
Je lui souris, reconnaissante qu’il essaie autant de me comprendre. Je venais justement de penser
que j’aurais aimé passer une matinée à peindre ici.
– Tu es tellement adorable, lui dis-je.
Il me sourit, et son sourire n’avait rien d’adorable.
– J’étais justement en train de me demander à quel endroit j’allais te baiser. Tu as une drôle de
définition de ce qui est adorable.
Je me mis à rire. J’avais l’impression que voir le monde avec James me donnerait de drôles de
définitions de beaucoup de choses.
– Comment comptes-tu faire cela ?
Il me regarda avec des yeux de braise.
– Laisse-moi m’en charger. Il y a un salon de thé sur une petite île au centre des jardins.
Aimerais-tu assister à une cérémonie du thé japonaise traditionnelle ?
Cette idée m’enchanta.
– Plus que tout au monde. Sauf peut-être les autres projets.
Il me fit un clin d’œil avec un sourire espiègle.
– Rien ne dit que nous ne pouvons pas faire les deux.
Le salon de thé avait un charme désuet, mais je le trouvais incroyablement beau. Les fenêtres
ouvertes sur les jardins formaient comme un cadre pour une peinture parfaite. Nous étions assis en
tailleur sur une natte en bambou pendant qu’une femme japonaise sans âge accomplissait
minutieusement l’élégant rituel. Je la regardai avec attention, fascinée par chaque détail, parce que
chaque détail était si parfaitement orchestré. Les gestes les plus simples devenaient de l’art chez cette
femme expérimentée qui effectuait le rituel avec fluidité, les manches de son kimono rose pâle
ondulant à peine avec les mouvements de ses bras.
James s’inclina très bas lorsqu’elle lui présenta son thé et il laissa échapper un flot de japonais
auquel je ne compris rien, mais il lui faisait très clairement un compliment.
Je ressentis une vague de jalousie totalement déraisonnable. Je la réprimai en sachant que c’était
insensé. Mais les compliments de sa part pour quelqu’un d’autre que moi me rendaient avide et
jalouse.
La femme rougit, ce qui fit davantage ressortir sa beauté pâle.
Je m’inclinais très bas lorsqu’elle me présenta le thé et je bafouillai un remerciement en
japonais. Cette femme était la grâce incarnée et je me sentais maladroite en la regardant.
La femme nous laissa seuls lorsque le long rituel fut terminé et nous eûmes le salon de thé pour
nous. Je savais que l’intimité respectueuse était un des effets de James Cavendish.
Je regardai James du coin de l’œil, toujours en sirotant mon thé. Il était en train de me regarder
et l’expression de son visage me fit me tortiller. Il avait un léger sourire, mais ses yeux étaient dom à
fond.
– Tu étais jalouse que je la regarde faire la cérémonie du thé, n’est-ce pas ? Tu es maintenant
possessive de mes émotions à ce point.
Je fronçai le nez en souhaitant qu’il ne puisse pas me déchiffrer aussi facilement. Je trouvai
gênant qu’il sache à quel point je pouvais être follement jalouse. Je hochai la tête. Cela ne servait à
rien de le nier, puisqu’il l’avait vu clairement.
– Elle est magnifique et tu étais fasciné par elle, dis-je, comme si je ne pouvais pas garder ça en
moi. Tu la désirais ? demandai-je en sachant que la question était stupide.
Je ne voulais pas savoir s’il la désirait et je ne voulais pas qu’il me mente, alors la question était
masochiste.
Son regard s’adoucit légèrement.
– Non, ma belle. L’idée ne m’a jamais traversé l’esprit. J’ai cependant pensé que j’adorerais que
tu apprennes à le faire. T’imaginer me servir avec une telle retenue m’ensorcelle…
– Je ne pourrai jamais le faire comme elle. Elle est parfaite.
Il fit passer sa langue sur ses dents.
– Je ne voudrais pas que tu le fasses comme elle. Je veux que tu le fasses à ta façon. Qu’en dis-
tu ? Aimerais-tu un kimono et des leçons de cérémonie du thé ?
Je hochai la tête sans hésiter.
– J’adorerais.
Il sourit en levant une main pour la poser à l’arrière de ma tête. Il s’approcha de moi.
– Alors, nous y passerons une matinée.
Il m’embrassa, puis il me poussa sur le sol en montant brutalement sur moi. Il appuya son
érection dure entre mes jambes, toujours entièrement habillé, pendant qu’il prenait possession de ma
bouche. Il ne montra pas sa délicatesse habituelle lorsqu’il attrapa mes hanches et qu’il bougea contre
moi en me mordant la lèvre inférieure. C’était comme s’il voulait être aussi sauvage que possible
pour contraster parfaitement avec notre environnement raffiné.
Il s’écarta et s’assit pour me regarder. Sa jolie bouche avait un rictus un peu méchant quand il
me sourit en passant une main dans ses cheveux.
– Lève-toi et déshabille-toi. Entièrement, me dit Monsieur Cavendish.
Je regardai autour de moi, un peu choquée à cette idée, alors que j’aurais dû dépasser cela
depuis longtemps. C’était peut-être à cause des manières impeccables de tous les gens que nous
avions croisés, mais cela me semblait un peu déplacé de faire quelque chose de si grossier dans ce
paisible salon de thé. En outre, il y avait des fenêtres ouvertes un peu partout, et de grandes chances
que l’on nous voie ou que l’on nous entende.
– On peut ? demandai-je en haletant.
Cela le fit rire et quand il me dévisagea de ses yeux de dom, je sus qu’il adorait mon air
scandalisé.
– Je fais tout ce que je veux, me dit-il. C’était une des premières choses que tu aurais dû
apprendre sur moi. Maintenant, enlève tes habits ou je ferai quelque chose qui va vraiment te gêner.
Je me dépêchai d’obéir, car c’était très embarrassant.
Il pencha la tête sur le côté en s’appuyant sur ses bras.
– Lentement. Prends le temps. Et touche ton corps pour moi pendant que tu me le révèles.
J’enlevai lentement mon haut au-dessus de ma tête et je défis l’agrafe de mon soutien-gorge
pour relâcher mes seins.
– Caresse-toi. Montre-moi avec quelle force tu veux que je les manipule.
Je pris fermement les larges globes dans les paumes de mes mains et les poussai l’un contre
l’autre en évitant mes tétons toujours douloureux, mais en malaxant la peau autour. J’aimais
effectivement qu’ils soient traités avec dureté, mais ses mains à lui étaient beaucoup plus adaptées.
– Maintenant, enlève ton short et ta culotte, mais ne te touche pas.
J’enlevai mes chaussures et fis glisser mon short et ma culotte vers le bas en un seul geste.
– Viens là. Je veux que tu poses un pied sur mon épaule. J’ai besoin de savoir à quel point tu
mouilles avant même que je t’aie touché.
J’obéis avec précaution, me penchant légèrement en avant pour maintenir l’équilibre. Le salon
de thé n’était éclairé que par la lumière de l’extérieur, mais je ne pensais pas m’être déjà sentie plus
nue qu’à ce moment-là, pendant que je regardais par les fenêtres ouvertes pour m’assurer que
personne ne nous regarde.
Il murmura son approbation.
– Déjà si mouillée. Montre-moi comment tu te touches. Frotte ton clitoris pour moi.
J’obéis, mais je laissai échapper un petit bruit de déception. Je voulais que ce soit lui qui me
touche.
– Ne te plains pas. Dis « oui, Monsieur Cavendish » ou je t’oblige à jouir toute seule.
– Oui, Monsieur Cavendish, murmurai-je en essayant de ne pas paraître amère.
Après tout, il m’avait gâtée. Être touchée par lui était une drogue dont je ne pourrais plus jamais
me passer.
Je décrivis doucement un cercle autour de mon clitoris, tout en faisant tourner mes hanches. Il
me regarda de près et ses paupières devinrent lourdes. Il se pencha tout près, maintenant mon pied sur
son épaule pour me faire tenir en équilibre. Je frissonnai en sentant son souffle sur moi.
– Mets-toi à quatre pattes, me dit-il, lorsque je me fus rendue fiévreuse de désir.
J’obéis et il me regarda simplement pendant un moment. J’entendis le froissement de ses
vêtements, le bruit de sa fermeture Éclair, puis le son qu’il fit en se déplaçant légèrement sur la natte
en bambou.
– Cambre le dos, me dit-il. Écarte un peu plus les jambes. Je vais te monter si fort que tu auras
mal aux genoux et au con quand on aura fini.
Je gémis et me cambrai. Il attrapa mes cheveux en tirant violemment ma tête en arrière quand il
me pénétra durement. Il fit des va-et-vient brutaux qui me secouaient, contrastant vivement avec notre
cadre raffiné. Cela me plut autant que ce qu’il pensait.
Il connaissait toutes les techniques de charme, mais il n’en utilisa aucune, me pénétrant avec une
détermination bestiale. Je pensais qu’il m’avait déjà prise de toutes les façons possibles, mais cette
fois, ce fut si sauvagement violent que cela combla à la fois mon besoin de plaisir et de douleur, et je
jouis autour de lui avec un sanglot rauque, me sentant autant punie que comblée.
Quand il eut fini lui aussi, mes genoux me faisaient mal. Il me tira brutalement les cheveux
quand il atteignit le fond de mon corps avec un basculement violent des hanches.
– Oh, Bianca, gémit-il, et sa voix contenait énormément d’admiration, comme si j’étais la seule
à pouvoir le faire jouir ainsi, et je fermai les yeux de plaisir à cette idée.
Il se recroquevilla sur mon dos en posant un baiser dans mon cou et sur son nom tatoué sur moi.
– Tu es si putain de parfaite, murmura-t-il en tressautant toujours en moi. Chaque centimètre de
toi vient directement du paradis.
Je souris à cette idée. J’étais encore parfois prise de court en voyant combien il pouvait être
fantaisiste et romantique, en particulier après ce que nous venions de faire.
– Tu es le seul à pouvoir transformer la copulation sur le sol comme des animaux en quelque
chose de romantique, lui dis-je en riant.
Il se retira de moi avec un petit bruit délicieux.
– Et pourquoi pas ? Qu’est-ce qui n’est pas romantique dans le fait de trouver quelques instants
de bonheur parfait avec la femme que j’aime ?
Je ne suis quoi répondre.
Nous traversâmes tranquillement le reste des jardins en nous tenant par la main et en partageant
des regards tendres. Son regard était particulièrement affectueux quand il regardait mes genoux
roses. Il adorait poser sa marque sur moi.
Le matin, nous visitâmes le marché aux poissons de Tsukiji et nous y goûtâmes quelques-uns des
meilleurs sushis au monde en déjeunant tôt. Nous passâmes l’après-midi entier au célèbre parc et zoo
Ueno, à regarder les gens et à admirer la vue.
Au cours des jours suivants, nous visitâmes chaque sanctuaire, chaque temple, chaque musée et
tout ce qu’il y avait à voir dans la ville. Clark ou Blake nous prenait en photo devant tous les
monuments célèbres. Nous avions dû prendre au moins mille photos pendant les cinq premiers jours
de notre voyage. Nous fîmes les magasins pendant des heures dans l’immense centre commercial à
prix réduit installé autour du temple Senso-ji et nous mangeâmes toutes sortes de nourritures vendues
dans la rue. Je goûtai tout vaillamment, mais je surprenais parfois les poings serrés de James quand il
me voyait essayer quelque chose.
– Quoi ? demandai-je en riant.
Il avait l’air renfrogné pendant que je goûtais une bouchée d’une boule de pieuvre frite.
– Si ça te rend malade, j’étranglerai ce vendeur de rues.
Cela ne me surprit pas. Cet homme était incapable de contrôler son besoin de protection.
James me séduisit un matin dans les jardins Koishikawa Korakuen, dans un sanctuaire au milieu
d’une petite clairière intime. J’étais certaine que Clark ou Blake nous gardait contre les intrus, car
James prit son temps. Il s’occupa de moi pendant que des rayons de soleil tombaient sur nous à
travers les feuilles des arbres qui entouraient notre petit coin de paradis.
Nous consacrâmes un dimanche entier à la rue Harajuku et au sanctuaire Meiji, car ils étaient
grands, même si on pouvait aller à pied de l’un à l’autre.
J’essayai de ne pas être impolie, mais je ne pus pas m’empêcher de regarder un cortège élégant
de mariés traverser le sanctuaire.
James mit ses bras autour de moi par-derrière. Je les regardais longtemps, fascinée par le
magnifique spectacle. J’observai James quand nous partîmes. Je m’étais attendue à ce qu’il fasse
quelques blagues au sujet des mariages, mais il était resté inhabituellement silencieux tout ce temps.
– C’était magnifique, lui dis-je.
Il se contenta de hocher la tête en pinçant les lèvres et en baissant les yeux vers nos mains jointes.
La rue Harajuku était tout ce que j’avais imaginé, et même plus. Je m’arrêtai pour regarder
chaque fois que des filles Harajuku passaient, parfois en groupe, vêtues en lolitas ou en lolitas
gothiques, parfois en cosplay complet. J’étais toujours enthousiaste quand je reconnaissais l’anime
qu’elles imitaient. James trouvait cela adorable et il me le montrait avec son sourire le plus indulgent.
Je nous trouvai des T-shirts assortis dans un magasin spécialisé dans les anime. Il s’agissait de
faux uniformes d’écoliers d’un anime que j’aimais. L’un était noir, l’autre blanc. Je fus surprise
lorsque James enleva son propre T-shirt. Je reluquai son torse lisse et doré quand il enfila le T-shirt
blanc de l’anime. Il était moulant comme un gant.
J’enfilai la version noire du même T-shirt dans une cabine d’essayage. La vendeuse regardait
James avec de grands yeux quand il paya, et je ne pus pas lui en vouloir. Il venait de lui offrir un
véritable spectacle. Lorsque James montrait autant de peau, quelle qu’en fût la raison, le spectacle
mettait l’eau à la bouche.
Je trouvais adorable qu’il se prête au jeu en portant le T-shirt pour le restant de la journée. Le
tissu était doux et fin, et je ne pouvais pas m’empêcher de toucher son torse pendant que nous
marchions dans les rues bondées. Cela ne le dérangeait pas.
Nous passâmes une soirée à Akihabara, la ville électrique, entrant même dans un de ses célèbres
« bars à soubrettes ». Il y avait de jolies Japonaises qui paraissaient trop jeunes pour travailler et nous
servir à manger, et des chatons qui se promenaient dans le café, l’un d’entre eux sautant même sur
notre table pour se faire caresser. C’était charmant, mais cela l’aurait été beaucoup plus s’il n’y avait
pas eu ces vieux hommes qui étaient là pour reluquer les filles bien trop jeunes.
Évidemment, James eut beaucoup de succès auprès des filles. La soubrette qui nous servit ne
pouvait même pas le regarder sans rougir, et plusieurs d’entre elles demandèrent à se faire prendre
en photo avec lui avant de partir, alors qu’une affiche écrite en anglais énonçait clairement que cela
coûtait quatre mille sept cents yens de se faire prendre en photo avec elles.
Quand nous quittâmes la ville pour passer à la partie du voyage autour du mont Fuji, j’avais vu
et fait toutes les attractions touristiques imaginables.
34
Nous prîmes le train pour Hakone pour profiter d’un jour et d’une nuit aux sources chaudes
avant d’escalader le majestueux mont Fuji. James avait loué une propriété entière pour que nous y
passions la journée. Ce n’était pas une propriété Cavendish, mais elle était impressionnante malgré
tout. C’était si grand que je ne savais vraiment pas si elle était censée être louée comme un hôtel ou
comme une maison.
L’endroit vantait son architecture japonaise traditionnelle, l’arrière de la propriété donnait sur le
lac et était parsemé d’innombrables sources chaudes naturelles.
Ce fut la journée la plus relaxante depuis notre arrivée au Japon. Nous restâmes à l’intérieur
pour faire l’amour pendant ce qui me parut être la journée entière.
Cela ne faisait pas trente minutes que nous étions dans la maison quand James me traîna
jusqu’aux sources chaudes en nous déshabillant tous les deux pendant que nous marchions.
L’eau chaude était délicieuse, car il faisait, près de la montagne, quelques degrés de moins qu’à
Tokyo. Il me suivit de près quand je me déplaçai dans l’eau jusqu’au bord du bassin pour admirer la
vue spectaculaire.
Il me fit l’amour là, me poussant contre le bord du bassin, et je regardai la vue parfaite sur la
montagne pendant qu’il me baisait à mort.
Le lendemain, nous partîmes assez tard pour escalader le mont Fuji. James me rassura en disant
que nous n’avions pas besoin de commencer tôt si nous restions camper sur place, et que la vue était
encore plus belle sous le soleil de l’après-midi. Alors, nous nous baignâmes encore délicieusement
dans les sources puis nous déjeunâmes tranquillement avant de partir.
– L’été, c’est le mieux pour le mont Fuji, me dit James au début de notre ascension. Mais il
faudra que nous revenions au Japon au printemps pour les cerisiers en fleurs.
Nous montâmes côte à côte le long du sentier pentu. Je ne portais qu’un minuscule sac d’eau.
James ne voulait pas que je porte autre chose, mais Clark et lui étaient lourdement chargés de
fournitures de camping.
– Y a-t-il quelque chose au monde que tu n’as pas encore vu ? demandai-je. J’adorerais aller
dans un endroit nouveau pour toi.
Il s’arrêta pour me jeter un de ses regards intenses à couper le souffle.
– Tout me paraît nouveau, maintenant que je suis avec toi. À présent, le monde est en couleurs, et
je veux tout revoir avec toi.
L’ascension fut assez rapide, car nous étions tous en forme et ceux qui portaient les sacs les plus
lourds étaient en grande forme. On s’arrêta souvent pour admirer la vue, mais on rattrapait le temps
perdu en marchant rapidement le reste du temps.
James me tendit une boisson énergétique au riz et lychee dans un sachet argenté. C’était un
étrange petit repas que nous avions pris quelques fois en marchant. Cela ne correspondait pas à son
régime habituel, car c’était principalement du sucre et des glucides simples, mais il s’était relâché
pendant les vacances.
Je bus l’étrange boisson, qui était en gros un paquet de calories à emporter, et j’admirai le
panorama.
En regardant l’ombre de la montagne se déplacer dans le paysage, j’éprouvai un incroyable
sentiment d’émerveillement. Le monde semblait si grand ici et moi si petite ! Souvent dans ma vie, le
monde m’avait paru trop petit, comme si, quel que fût l’endroit où j’allais, tous mes problèmes me
suivaient pour me dévorer. Je ressentais l’opposé ici : mes problèmes devenaient si petits qu’ils ne
m’inquiétaient plus.
Je surpris James en train de me regarder l’air perplexe.
Je lui souris.
– J’adore cet endroit, lui dis-je.
Un coin de sa bouche remonta.
– J’espère bien, il paraît qu’on y passe la nuit. Je dois dire que j’étais surpris de découvrir que tu
étais du genre à camper.
Je haussai les épaules.
– Pas vraiment. Je ne l’ai fait que quelques fois avec des amis, mais c’était assez facile et l’idée
de le faire ici était trop tentante.
– Quand es-tu allée camper pour la dernière fois ?
Je dus réfléchir.
– L’été dernier, sur le mont Charleston, avec l’équipage.
Il leva un sourcil.
– Avec des gens que je connais ?
Je soupirai.
– Murphy et Damien, et d’autres gens que tu ne connais pas.
Il serra la mâchoire.
Je lui jetai un regard exaspéré.
– Vraiment, James. Il faut que tu arrêtes d’être jaloux de lui.
– Je suppose que vous n’avez pas dormi dans le même sac de couchage ?
Je levai les yeux au ciel. Je sentis la colère monter.
– Non, j’ai partagé une petite tente avec Stephan.
Il hocha la tête.
– Je ne suis plus jaloux de lui. En tout cas, je m’en occupe.
Je l’observai, perplexe.
– Qu’est-ce que ça veut dire ?
Il ricana, et son air tendu disparut d’un seul coup.
– J’ai décidé de lui trouver une fille. S’il est fou d’amour, il ne pensera peut-être plus autant à
toi.
Je ris de surprise.
– Tu joues encore aux entremetteurs ? Le mot dominateur a vraiment un sens très fort chez toi.
Tes tendances autoritaires avec ton charme Cavendish font un mélange bien dangereux pour la vie
sentimentale de nos amis.
Il se contenta de hausser les épaules.
– Je sais que c’est ton ami et, en réalité, je l’aime bien, mais rien que d’imaginer les pensées
qu’il a sur toi, étant donné ce qu’il ressent, cela me rendait fou. Pour le gérer, j’ai dû imaginer une
stratégie le concernant. Quand je l’ai vu avec Jessa, j’ai soudain eu une inspiration. Elle lui plaît, et
plus qu’il ne le sait, je pense, mais il s’est simplement entiché de toi pendant si longtemps qu’il ne
s’en rend pas compte. Ne te méprends pas, je compatis. Un de mes passe-temps favoris est d’être
follement obsédé par toi, mais je ne laisserai à personne d’autre cet honneur.
Je pensai à Damien et Jessa.
– Ils iraient bien ensemble.
– Un vieil ami à moi a besoin d’un nouvel équipage pour son jet privé. J’ai recommandé
Murphy et Damien comme pilotes, et Jessa comme hôtesse de l’air. De cette façon, ils seront souvent
très proches. Tout ce que nous pouvons faire, c’est espérer que cela suffise.
– C’est adorable. J’étais justement en train de m’inquiéter que Damien et Murphy ne puissent
plus travailler ensemble, ce serait triste.
Il me fit un clin d’œil. J’en eus des papillons dans le ventre.
– Je le sais. Je guette les emplois pour tes amis, étant donné que beaucoup d’entre eux seront au
chômage au cours de l’année à venir.
Mon Dieu, ce que je l’aime, pensai-je pour la millionième fois.
– Merci pour ça, lui dis-je.
Il me caressa la joue.
– J’aime ton cœur tendre. L’objectif de ma vie sera de le satisfaire.
Nous poursuivîmes l’escalade d’un bon pas. Même en nous arrêtant fréquemment pour regarder
la vue incroyable, nous arrivâmes au sommet en un peu plus de quatre heures.
En parvenant au cratère en haut de la montagne, nous eûmes un aperçu spectaculaire du coucher
de soleil.
– On n’aurait pas pu tomber à un meilleur moment, dis-je en admirant la vue.
C’était sans aucun doute le plus beau coucher de soleil de ma vie.
– Oui, je sais, dit-il succinctement.
Je lui jetai un regard.
– Tu l’as calculé ?
– Oui. Je voulais qu’aujourd’hui soit un jour spécial. Je voulais qu’il soit parfait.
Quand il dit cela, je sentis qu’il me regardait. Je lui jetai un autre rapide coup d’œil.
– Qu’y a-t-il de si spécial aujourd’hui ? demandai-je, car le ton sérieux de sa voix m’avait
alertée.
Mon cœur s’arrêta puis se serra quand il posa un genou à terre devant moi.
– Je voulais que tu aies une vue parfaite sur le monde que je veux déposer à tes pieds, ma belle,
commença-t-il.
Ses yeux étaient clairs et incroyablement beaux pendant qu’il me faisait cette proposition, car
c’en était une, sans aucun doute.
Mes yeux se remplirent de larmes en voyant ce qu’il faisait et en comprenant les efforts auxquels
il avait dû consentir pour que ce soit parfait.
Il sortit une petite boîte de sa poche et j’eus un sanglot.
Il l’ouvrit pour me montrer une bague avec un gros diamant coupe princesse entouré de saphirs.
Je compris immédiatement qu’il devait s’agir de la bague de fiançailles de sa mère. Elle était assortie
aux boucles d’oreilles qu’il m’avait déjà données.
– Je t’aimerai jusqu’à la mort, Bianca. Épouse-moi.
Il n’y avait aucune interrogation dans sa voix. Tout était dans ses yeux : une vulnérabilité à
laquelle j’avais autant de mal à résister qu’à son autorité confiante.
J’avais à la fois redouté et anticipé ce moment. Il m’avait prévenue parce qu’il me comprenait si
bien. Le mariage représentait tant de choses effrayantes pour moi, depuis toujours, et j’avais du mal à
changer d’avis sur le sujet. C’était difficile, mais pas impossible, pas depuis que James était entré dans
ma vie, avait tout chamboulé et changé ma vision de tant de choses.
Je fus choquée par la rapidité avec laquelle je lui tendis ma main gauche tremblante.
– Oui, chuchotai-je.
Je recommençai d’une voix plus ferme et plus confiante :
– Oui, James, je vais t’épouser.
Pendant qu’il glissait la bague à mon doigt, je suivis une larme le long de sa joue de mon autre
main. La bague m’allait parfaitement.
Il se redressa et m’attira contre son torse d’un mouvement fluide pour m’embrasser avec une
tendresse brutale. Je lui rendis son baiser avec un désir qui ne pourrait jamais être apaisé. Je savais
avec certitude que je l’aimerais jusqu’à ma propre mort. Comment aurait-il pu en être autrement ?
On fit l’amour dans la poussière, à côté du cratère de la grande montagne, pendant que le
coucher de soleil glorieux nous baignait de sa lumière.
Quand il arracha mes vêtements, je ne pensai pas aux craintes que j’avais toujours d’être vue. La
température s’était rafraîchie à mesure que nous montions et nous nous étions rapidement couverts
pendant la marche. Il m’extirpa encore plus vite de ces habits. Il arracha mon pantalon et ouvrit mon
haut. Il en fit encore moins pour lui-même, retirant sa verge raide de son pantalon pour m’empaler
d’un coup brutal. Il s’enfonça en moi avec un regard de pur désir, de désir et de gratitude. Il n’avait
pas dû connaître ma réponse à l’avance et il avait malgré tout posé la question.
Il bougea en moi avec une détermination brutale, touchant chaque endroit sensible de manière
précise et répétée, et avec une force sans pitié. J’étais au bord de l’orgasme quand il dit :
– Dis-le, Bianca.
– Je suis à toi, James.
– Pour toujours, ajouta-t-il.
– Pour toujours. Oh oui, je suis à toi pour toujours, James.
Il jouit en moi en cambrant le dos. Ses petits mouvements en moi quand il eut terminé, ainsi
qu’un pouce habile sur mon clitoris, me firent rapidement suivre son exemple.
Nous nous habillâmes en nous souriant comme des crétins.
En redescendant un peu le long du chemin, nous trouvâmes Clark et Blake en train de monter
nos tentes et de les installer à côté d’un des petits bâtiments qui parsemaient le sommet de la
montagne.
Quand il vit nos airs réjouis, Clark nous fit le plus grand sourire que je lui avais jamais vu faire.
– Félicitations, nous dit-il en hochant la tête.
– Merci.
– Oui, merci.
– Oh, dis-je soudain pour que James soit le seul à m’entendre, je dois tout de suite le dire à
Stephan. Il serait dévasté s’il n’était pas l’un des premiers à l’apprendre.
– Nous le lui ferons savoir dès que possible, répondit-il doucement en me tirant par la main
pour aller voir les dernières superbes minutes du coucher de soleil.
– Il sera tellement heureux, dis-je à James en me sentant cependant un peu triste.
Je ne voulais pas voir Stephan moins souvent, mais nos vies étaient en train de changer si
rapidement et si étrangement que je ne pus pas m’empêcher de craindre que les choses seraient
différentes pour nous. Cela faisait si longtemps qu’il était la part la plus importante de ma vie…
– Bianca, ma belle, laisse-moi te promettre quelque chose, dit James doucement en observant
mon visage. Peu importe où nous vivrons, peu importe ce que nous ferons, nous le garderons près de
nous.
– Tu ne penses pas que lui et moi, nous sommes désespérément codépendants ? lui demandai-je.
Je connaissais la réponse. Nous l’étions, mais je n’étais pas prête à changer.
Il se contenta de sourire affectueusement.
– Je sais que vous l’êtes, mais je pense que, parfois, comme dans un mariage, ou avec les bonnes
personnes, ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Vous n’avez pas une relation toxique. Ce n’est
pas ce genre de codépendance. Vous survivez ensemble, vous vous épanouissez ensemble. Je ne
voudrais surtout pas te faire changer. J’essaie de rejoindre ta famille, pas de la déchirer, ma belle.
Il ne m’avait encore jamais dit quelque chose qui m’ait fait réaliser plus profondément à quel
point je l’aimais. La peur de ce qui était arrivé à ma mère n’avait pas été la seule cause de ma peur de
l’engagement. J’avais également peur de perdre un peu Stephan. Je fus terriblement reconnaissante et
soulagée de pouvoir mettre cette peur de côté pour toujours.
35
La nuit où la nouvelle de nos fiançailles fut révélée, nous nous rendîmes à un gala de charité, ce
qui fut peut-être une erreur. Ce fut le chaos sur le tapis rouge.
Pure coïncidence, le magazine de santé masculine avait publié ce même jour leur couverture et
leur article sur James. C’était très beau, mais ils avaient utilisé plusieurs des photographies de nous
deux. La photo de la une était en fait une de celles où James tournait le dos et où je riais contre son
épaule. Mes yeux rieurs étaient visibles au-dessus de son épaule, son visage était penché contre mon
oreille et on apercevait le coin de son sourire fou amoureux.
Évidemment, la sortie de ces photos romantiques en même temps que la première apparition de
ses tatouages dingues et l’annonce de nos fiançailles attirèrent l’attention des médias, et nous fûmes
bombardés à la seconde où nous sortîmes de la voiture. Nous n’entendions même pas ce que les
paparazzis nous demandaient, car ils criaient tous pour essayer de couvrir la voix des autres. Deux
photographes un peu trop zélés échangèrent même des coups. Mais dès que les coups commencèrent à
partir, nos gardes du corps nous firent entrer directement dans la fête.
Jackie avait choisi une longue robe pour moi et je devais la lever pour pouvoir avancer
rapidement. Elle avait un corsage moulant en soie couleur champagne qui tombait élégamment de
mes épaules et qui se transformait juste sous ma poitrine en une longue jupe carmin fluide. Elle
l’avait associée avec des chaussures vernies rouges et je me dis que c’était sans doute ma robe
préférée. Je me sentais féminine et sexy, et assez jolie pour avoir l’homme le plus beau du monde à
mon bras. James portait un costume noir classique avec une chemise couleur champagne et un nœud
papillon noir. Un mouchoir écarlate était plié dans la poche de sa poitrine. Je ne savais pas si c’était
Jackie ou James qui s’était arrangé pour nous assortir pour la soirée. C’était difficile à deviner.
À l’intérieur, nous fûmes assaillis par la foule, à tel point que j’espérais que nous n’allions pas
rester longtemps. En particulier parce que la première personne que nous vîmes était Scott, furieux.
On le vit arriver depuis le vestibule et je remarquai à nouveau qu’il me semblait étrangement
familier.
– Pourquoi ai-je l’impression de le connaître ? demandai-je à James qui l’examinait avec
intensité.
James rit.
– C’est un joueur de tennis très connu. Je supposais que tu savais qui il était. Il est très
reconnaissable. J’aime que les célébrités ne t’intéressent pas du tout.
Je haussai les épaules en me disant que c’était surtout parce que je n’étais pas au courant des
actualités.
– J’espère que tu es content, James. Jolene et moi nous nous sommes séparés à cause de ton
porno, commença Scott bruyamment à la seconde où nous fûmes à portée de voix.
Ce n’était pas un bon début, et je remarquai que la pièce entière devint silencieuse, tout le monde
essayait d’écouter la dispute entre ces deux hommes célèbres.
James passa devant moi d’un geste protecteur instinctif. Étant donné que nos gardes du corps
étaient tous là pour la soirée, je ne pensais pas être en danger, je ne risquais que quelques mots
d’insulte.
– Cela ne me fait pas plaisir, Scott, même si je pense que tu peux trouver mieux qu’une femme
qui ne s’intéresse qu’à ton argent et qui est sans doute incapable d’être fidèle. Il n’y a aucune raison
que cette vidéo ait pu causer votre séparation. Elle a été filmée il y a au moins trois ans, avant que
vous vous fréquentiez.
Scott se mordit la lèvre en fixant James intensément.
– Cela fait trois ans que tu es au courant de cette chose, et tu n’as jamais pris la peine de me le
dire ?
– Non. Je n’ai été au courant qu’il y a quelques semaines. Cela a été filmé sans que je le sache. Je
n’y aurais jamais consenti. Personne ne l’aurait fait.
– Peu importe. Je ne pouvais pas rester marié avec une femme que le monde entier a vue
coucher avec toi. Une femme qui a révélé une vidéo porno d’elle-même avec un autre homme alors
qu’elle était mariée avec moi.
– Si cela peut t’aider, je ne crois pas que la révélation vienne d’elle. Elle n’avait rien à y gagner,
et tout à perdre. Tout ce que cette vidéo a fait, c’est détruire ses dernières chances. Jolene a l’esprit
beaucoup trop pratique pour faire quelque chose de si violent sans avoir rien à y gagner.
Scott le regarda avec méfiance.
– Qui d’autre aurait pu le faire ?
– Je ne le sais pas encore, mais je suis bien décidé à le découvrir. Aimerais-tu que je te le fasse
savoir si je trouve des réponses ? Cela t’aiderait ?
Scott hocha la tête.
– Ça me tue, et je sais que tu ne le comprends pas, mais je n’arrive pas à la laisser partir. Cela
m’aiderait de savoir qu’elle n’est plus entichée de toi au point de faire quelque chose de ce genre par
dépit. L’idée qu’elle révèle cette vidéo sans se soucier de mettre un terme à notre relation est ce qui
m’ennuie le plus.
– Les goûts et les couleurs ne se discutent pas, mais je comprends très bien comment on peut être
obsédé par une femme sans être capable de la laisser partir, Scott. Je te souhaite beaucoup de chance.
Elle a peut-être changé.
– Je sais qu’elle n’est pas un ange, mais j’aime ce qu’elle est. Si seulement j’arrivais à me faire
aimer d’elle comme je l’aime, je pense que nous pourrions avoir un bon mariage.
Comme il était de dos, je ne voyais pas son visage, mais je vis clairement James hausser les
épaules.
– Je ne suis pas sûr que cela fonctionne ainsi, mais je sais que les gens sont capables de changer
et j’espère qu’elle changera pour toi. Je ne te souhaite que le meilleur, Scott. Depuis toujours.
Scott hésita encore un instant, l’air indécis, avant de finir par hocher la tête.
– Je crois que je le sais. Je suppose que je le sais depuis le début. Mais c’était plus facile de t’en
vouloir à toi, tu comprends ? Fais-le-moi savoir si tu découvres quoi que ce soit.
Il s’éloigna avant même d’avoir terminé de parler, ses mots nous parvenant de plus en plus loin.
Je trouvais que Scott aurait pu s’excuser, étant donné qu’il avait admis avoir tort au sujet de
James, mais je ne dis rien. Les amitiés pouvaient être compliquées et je n’aurais jamais osé m’en
mêler alors que je ne comprenais pas la leur.
Cependant, je pensais que Scott est Jolene se méritaient peut-être l’un l’autre, mais je ne
partageais pas non plus cette pensée avec les autres.
Je fus ravie que les visages suivants soient des visages familiers et amicaux. Sophia et Parker
m’embrassèrent chaleureusement en s’extasiant sur nos fiançailles. Je rougis de plaisir et, pour être
honnête, d’inquiétude également. Une partie de moi me hurlait que c’était trop et trop vite chaque fois
qu’on me rappelait ce que j’avais accepté.
– As-tu engagé une planificatrice de mariage ? Sais-tu où il aura lieu ? me demanda Sophia avec
un grand sourire.
Je la trouvais adorable avec ses boucles blondes et son enthousiasme, mais sa question me fit
affreusement stresser.
– Non, finis-je par dire. Je n’y ai même pas réfléchi.
Sophia sembla percevoir ma mine déconfite. Elle toucha doucement mon épaule.
– Il n’y a pas d’urgence. Et puis tu peux faire un mariage de la taille que tu veux, tant que tu nous
invites.
Je hochai la tête, un peu perdue à l’idée de planifier un mariage.
– Bien sûr. Petit ou grand, vous serez sur la liste des invités. Je ne peux pas dire la même chose
pour ta belle-sœur.
Elle rit.
– J’espère bien que non. Cette crétine débile essaierait de mettre le feu au mariage.
Cela me fit rire. Crétine débile semblait parfaitement décrire Jules et j’étais certaine que Sophia
devait encore moins l’apprécier que moi puisqu’elle s’était mariée dans sa famille.
Nous nous mêlâmes à la foule pendant un moment, mais je laissai James quand je vis des
toilettes. Blake me suivit et attendit même devant la porte, mais je commençais à m’y habituer. Son
côté perpétuellement stoïque commençait même à me plaire.
Je ne restai pas longtemps dans les toilettes, mais j’entendis de l’agitation de l’autre côté de la
porte juste avant de sortir.
Blake se tenait si près d’une autre femme que je ne la reconnus pas tout de suite. Je remarquai
que la préposée des toilettes était absente avant de pouvoir suffisamment voir l’autre femme pour la
reconnaître.
– Jules, dis-je froidement en la voyant. Blake, tu peux la laisser. Je suis préparée cette fois et elle
est venue sans sa complice.
Jules était vêtue d’une robe fourreau noire asymétrique. Elle était sophistiquée et magnifique,
mais le physique n’est rien si l’intérieur est pourri et gâté.
Jules me sourit avec un regard malveillant. La connaissant, cela annonçait des ennuis.
– Je voulais juste discuter un peu, Bianca. C’est vraiment pathétique que tu aies si peur de moi
qu’il te faille une garde du corps maintenant.
Blake s’était écartée, mais elle était prête à bondir sur l’autre femme.
Je lui souris. C’était un sourire désagréable, je le sentis. J’en avais assez de supporter ses petites
scènes.
– Félicitations pour vos fiançailles. Tu dois bien te rendre compte que cela ne durera jamais
avec James. Il se lassera de toi avant que l’encre soit sèche, mais bonne chance quand même.
– C’est tout ce que tu voulais me dire ? Quelle perte de temps !
– Non. En fait, ce n’était qu’une remarque en passant, répliqua Jules qui parut beaucoup plus
agitée après ma réponse. Ce que je suis venue te dire, c’est que c’est moi qui ai révélé la vidéo au
grand jour. Je l’ai volée à Jolene il y a plusieurs années, car j’avais peur qu’elle fasse quelque chose
de dingue avec. Elle m’en a parlé une nuit où elle était défoncée et que je savais qu’elle parlerait
facilement. À l’époque, je voulais sauver sa réputation, car je ne pouvais pas laisser mon futur mari
être vu ainsi. Je voulais juste que tu saches que c’est moi qui l’ai rendue publique. Sa réputation est
merdique, et je voulais que ça se sache.
Elle me dégoûtait tellement que je sentis ma bouche former un rictus. Je ne savais même pas que
j’avais ça en moi.
– Tu es pathétique, tu le sais ? Il n’a jamais été ton petit ami et encore moins ton futur mari.
Je levai la main gauche pour lui montrer ma bague de fiançailles.
– James n’est pas subtil, poursuivis-je. S’il avait eu l’intention de t’épouser, il te l’aurait fait
savoir. Qu’est-ce que tu espérais gagner avec ça ?
Elle haussa les épaules.
– J’ai perdu beaucoup de mes meilleures années…
– Pour un fantasme, l’interrompis-je sans pouvoir m’en empêcher.
Elle semblait prête à cracher.
– La vengeance. Je l’ai fait pour me venger. C’était aussi simple que cela. Et c’était agréable.
Elle eut l’air si contente d’elle en le disant, comme si elle avait accompli quelque chose de
fabuleux, que je craquai.
– Eh bien, ça n’a pas fonctionné. Il est toujours là. Maintenant, dégage.
Je m’étais avancée vers elle en parlant. Jolene et elle m’avaient prise au dépourvu la fois
d’avant, et elle avait eu le dessus dans une altercation physique, mais j’avais traversé l’enfer et j’étais
revenue : j’étais certaine de pouvoir battre cette connasse gâtée. Je l’attrapai par les cheveux avant
qu’elle puisse voir mon intention et elle se débattit à peine quand je la traînai à travers la pièce jusqu’à
une cabine de toilettes. Je plongeai sa tête dans la cuvette, en faisant très attention à ne pas mouiller
ma propre main. Je la maintins pendant une, deux, trois, quatre, cinq secondes avant de la relever et de
la tirer d’un coup sec hors des toilettes. Je la poussai loin de moi en ne touchant toujours que ses
cheveux.
Elle se retourna vers moi : elle était choquée et surprise et furieuse.
– Putain, c’est quoi ton problème ?
Je lui souris en montrant toutes mes dents.
– La vengeance. Je l’ai fait pour me venger. C’était aussi simple que cela. Et c’était agréable, dis-
je en citant ses paroles ridicules.
– Je te ferai arrêter ! Je… je te poursuivrai en justice ! balbutia-t-elle.
Je ris. Cette pétasse était une amatrice.
– Tu t’es débarrassée de ton seul témoin pour pouvoir t’en prendre à moi. Tu n’as aucune
marque et penses-tu vraiment que ma garde du corps va témoigner contre moi ? Je te suggère de
partir aussi vite et aussi discrètement que tu le peux, pour que je ne sois pas tentée de recommencer.
Tu as perdu ton temps et le mien. Alors, pars, trouve-toi une putain de vie.
Elle me jeta un dernier regard plein de haine avant de sortir en courant comme s’il y avait le feu.
Je jetai un coup d’œil à Blake. Elle ricanait. Cela me fit rire à nouveau.
– Tu penses qu’elle me laissera tranquille, maintenant ? demandai-je, souhaitant son opinion
professionnelle.
Elle hocha la tête.
– Traverser le bal comme cela, c’est sans doute ce que cette princesse aura vécu de plus
humiliant, alors j’ai envie de dire que oui, elle te laissera sans doute tranquille.
Je hochai la tête.
– Bien. C’était le but. M’amuser, ce n’était qu’un bonus.
Blake réprima un rire.
J’étais encore en train de me laver les mains, pour me débarrasser de toute trace de Jules, quand
Lana et James entrèrent dans les toilettes, l’air agités. Je me contentai de lever un sourcil.
– Tu vas bien ? Que s’est-il passé ? demanda James, très clairement inquiet.
– Nous avons vu Jules traverser le couloir les cheveux mouillés et le maquillage qui coulait,
ajouta Lana en m’étudiant attentivement.
Je haussai les épaules.
– Elle a volé cette vidéo à Jolene et l’a mise sur Internet. Elle est venue me le dire. Je ne l’ai pas
bien pris.
James jeta un regard interrogateur en direction de Blake, tout en avançant vers moi.
– Que s’est-il passé ?
– J’ai plongé sa tête dans la cuvette. Elle est partie. Je pense qu’elle ne m’embêtera plus.
Quand il fut à côté de moi, il passa doucement la main sur mes cheveux. Il fronça un instant les
sourcils en digérant ce que je venais de dire. Il cligna des yeux puis il jeta la tête en arrière en riant.
36
Monsieur Malheureux
James n’avait pas voulu que je le fasse, mais quelques jours après mon retour à Vegas, je
retournai chez moi pour récupérer des affaires. Le reste allait être mis dans des cartons et déménagé
dans la grande maison, mais je voulais prendre quelques affaires avant de laisser des étrangers y
toucher.
Je partageai la voiture avec Stephan et Javier qui allaient faire la même chose chez Stephan. Le
fait que Stephan fasse partie de la balade avait permis d’apaiser un peu Cavendish « l’Homme qui
Voulait tout Contrôler ». De toute façon, il n’aurait pas pu m’en empêcher, mais il n’eut pas besoin de
quitter le travail pour m’escorter quand il comprit que Stephan venait également. Je ne savais pas ce
qu’il pensait que Stephan pourrait faire de plus que mon escorte de gardes armés, mais c’était ainsi.
Les deux hommes s’entendaient d’une façon primaire que même moi je ne comprenais pas
totalement. Je ne pouvais qu’en être reconnaissante.
J’avais des étiquettes pour marquer où je voulais envoyer mes affaires, puisque la plupart
allaient être mises dans un entrepôt et que le reste serait donné à des œuvres de bienfaisance. En effet,
les propriétés de James étaient déjà bien remplies.
Je n’avais que quelques petits cartons pour mettre les choses que je voulais prendre tout de suite
et ils se remplirent lentement de souvenirs et de photographies.
Blake rôdait dans la maison près de moi, Paterson patrouillait à l’extérieur et Henry patrouillait
dans le quartier. Williams avait eu une urgence familiale en Californie, qui l’avait obligé à prendre
quelques jours de congé. Ils n’avaient pas réussi à lui trouver un remplacement, ce qui était une des
raisons pour lesquelles James avait été si nerveux de me laisser revenir à la maison sans lui, même en
plein jour.
La réaction inquiète de leur patron pour cette sortie banale avait semblé inquiéter Blake. J’étais
nerveuse rien que de la regarder. Elle faisait les cent pas dans la maison en regardant par les fenêtres
pour une raison que je ne comprenais pas.
– Tout va bien ? finis-je par lui demander.
Elle hocha la tête, mais ses lèvres étaient serrées.
– Ouais, juste un peu tendue aujourd’hui, je suppose. Je ne vois pas Paterson, mais c’est normal.
Ce n’est pas encore l’heure où il commence. Je ne sais pas quel est mon problème.
Je ne l’avais encore jamais vue aussi bavarde et cela me rendit encore plus nerveuse, parce que
cela révélait son agitation. Ce qui inquiétait une femme aussi imperturbable n’était pas bon pour ma
propre sérénité.
Je retournai emballer quelques vieilles photos en souriant quand j’en trouvai une série de
Stephan et moi. Il y en avait plusieurs de mon vingt et unième anniversaire, quand nous avions couru
comme des fous sur le Strip. Quelqu’un avait même pris une douzaine de photos de Stephan qui me
portait sur son dos à travers les fontaines du Caesar’s Palace. Nous étions bien habillés et nous avions
l’air d’être fous : le bas de son pantalon était mouillé et mes talons touchaient l’eau. Je souris à cette
photo. C’était un bon souvenir qui datait du temps où tout avait commencé à s’améliorer pour nous.
Le sourire sur le visage de Stephan me réchauffait le cœur. Il souriait pour la photo et moi je lui
souriais, et le fait qu’il était ce qui m’importait le plus au monde apparaissait de façon évidente sur
mon visage.
Je rangeai le paquet de photos dans mon sac en me disant qu’il fallait que j’en donne quelques-
unes à Stephan et que je trouve une place d’honneur dans ma nouvelle maison pour en poser au moins
une.
J’étais en train de fouiller dans mon sac en souriant toujours à ces souvenirs quand mon
téléphone se mit à sonner. Je regardai l’écran.
C’était James.
– Hé, dis-je au téléphone en souriant toujours. Comment va le travail ?
– Cela pourrait aller mieux, mais au moins c’est presque terminé. L’avocat et l’agent de Tristan
sont en train de faire quelques corrections, mais cela ne devrait pas prendre plus de trente minutes, et
puis nous en aurons terminé, heureusement. Tristan essaie de mettre le casino sur la paille pour
quelques tours de magie à deux balles.
James était allé travailler pour fignoler quelques détails du nouveau contrat de Tristan et
j’entendais à son ton que celui-ci devait être près de lui et qu’il essayait de le harceler.
– Salue Tristan de ma part, lui dis-je.
– Bianca te passe le bonjour, relaya-t-il à l’autre bout.
– Je te rejoins quand j’ai terminé, expliqua James. Tu en es où ?
Je regardai autour de moi. J’étais à peu près sûre d’avoir pris tout ce que je voulais emballer
moi-même, mais je voulais refaire un dernier tour de la maison pour m’en assurer.
– Ouais. Ça devrait être parfait.
– Tristan vient dîner ce soir. Apparemment, je ne le paie déjà pas assez pour faire disparaître les
lapins, alors maintenant je dois aussi lui faire à manger.
– J’ai un nouveau tour pour faire disparaître les PDG jolis garçons, dit Tristan d’une voix forte
de l’autre côté.
Je me mis à rire.
– Tu pourras dire aux garçons qu’ils sont invités eux aussi ? dit James.
J’entendais le sourire dans sa voix.
– Super, dis-je – et je le pensais vraiment.
Il y avait quelque chose de si joueur et amusant chez Tristan. On ne s’ennuyait jamais quand il
était dans les parages.
– J’imagine qu’il a obtenu un bon contrat pour les spectacles de l’année prochaine, ajoutai-je.
– Il a signé pour un an de plus, mais nous avons dû doubler le salaire de cet enfoiré, dit-il sans
rancœur.
Il dit autre chose, mais un bruit à l’extérieur détourna mon attention à ce moment-là. Qu’est-ce
que c’était que ce bruit ? Il n’avait pas été particulièrement fort. Quelque chose avait frappé le bitume,
mais cela suffit à me déconcentrer suffisamment pour ne plus écouter James qui continua à parler à
l’autre bout pendant quelques instants.
– Bianca ? demanda-t-il en me tirant de mes pensées.
– Hein ? Oh pardon, dis-je en essayant de me concentrer.
Cela aurait pu être n’importe quoi. Un voisin avait construit quelque chose dans son patio un peu
plus tôt, et cela avait fait beaucoup plus de bruit que cela. Qu’est-ce qui me troublait à ce point avec ce
bruit-là ?
Je gardai le téléphone à l’oreille en traversant la maison à la recherche de Blake. Le bruit n’était
sans doute rien, mais je me dis que cela nous inquiéterait moins si elle allait vérifier.
Je l’entendis à nouveau en avançant vers la cuisine. Cette fois-ci, le son était plus fort et j’aurais
pu jurer qu’il était accompagné d’un grognement de douleur.
– Blake, appelai-je, certaine à présent que quelque chose clochait.
Elle fit irruption dans la cuisine au moment où James commençait à s’agiter au téléphone.
– Bianca, qu’est-ce que c’est ? disait-il. Quelque chose ne va pas ? Parle-moi, ma belle.
J’ouvris la bouche pour répondre en croisant le regard de Blake lorsque j’entendis un bruit qui
me glaça le sang et qui fit bondir mon cœur. C’était un boum retentissant que je ne connaissais que
trop bien et qui me paralysa de terreur. Un petit cri s’échappa de ma gorge et je posai ma main libre
sur ma poitrine.
Blake agit immédiatement en me poussant à terre, son pistolet déjà dans la main.
– Reste à terre, Bianca, dit-elle. Ne bouge pas et quoi que tu fasses, ne quitte pas cette maison. Je
reviens.
Elle disparut vers l’avant de la maison alors que j’avais l’impression que le bruit venait de
l’arrière.
J’écoutai si attentivement ce qui se passait à l’arrière que je mis un moment à me souvenir que
James était toujours au téléphone, ce qui était surprenant, puisqu’il avait maintenu un monologue
continu et désespéré pendant tout ce temps.
– Dis-moi ce qui se passe, Bianca. Quel était ce bruit ? Pourquoi Blake t’a-t-elle dit de rester à
terre ? Où est-elle allée ? Il faut que je sache ce qui se passe !
Je clignai des yeux et mon esprit entra en état de choc à cause de ce bruit et des souvenirs qu’il
faisait remonter. Comment pouvait-il ne pas savoir ce qu’était ce bruit ? Pouvait-il être si différent à
l’autre bout du fil ?
Le bruit redouté résonna à nouveau et mon corps sursauta comme si j’avais été touchée, alors
que j’étais en sécurité à l’intérieur.
– Nous sommes en route vers toi, ma belle, et nous avons appelé la police, mais j’ai besoin que
tu me dises ce qui se passe. C’était quoi, ce bruit ?
Je déglutis en essayant de me concentrer sur cette voix adorée. Je fermai les yeux.
– Je t’aime, James, lui dis-je doucement.
J’entendis sa respiration tremblante.
– Que se passe-t-il là-bas ? demanda-t-il avec force.
Sa voix se brisa sur ces mots.
Je secouai la tête, mais il ne pouvait bien sûr pas me voir.
Le bruit résonna encore et je poussai un gémissement.
– Je t’aime, James, répétai-je, une joue posée sur le lino frais de ma cuisine.
J’étais si heureuse, si terriblement soulagée qu’il ne se trouve pas assez près pour être blessé par
ce qui se passait dans mon arrière-cour.
– Parle-moi. Il faut que je sache ce qui se passe. Nous sommes dans la voiture. Nous serons là
dans moins de vingt minutes, mais tu dois me parler. Quel est tout ce bruit ?
Je ne voulais pas le dire. C’était complètement ridicule, mais le fait d’en parler allait le rendre
plus réel. Le bruit résonna encore et je frissonnai, impuissante, sur le sol.
– Est-ce que ce sont des coups de feu ? demanda James d’une voix désespérée.
Je savais à son ton qu’il connaissait déjà la réponse, qu’il l’avait sans doute deviné dès le
premier tir.
– Oui, soufflai-je. Dans mon arrière-cour, je crois. J’ai peur, James. J’ai besoin que tu me dises
que tu m’aimes. S’il te plaît. Juste au cas où.
– Non, chuchota-t-il. J’arrive. Toutes tes portes sont fermées à clé ? Reste cachée et ne te relève
pas. Tout va bien se passer et je serai là très vite…
Je fermai les yeux, voulant seulement écouter sa voix jusqu’à ce que le danger soit passé.
Comme s’il allait disparaître par magie au bout d’autant de coups de feu…
Je me débrouillais bien, j’avais l’intention de rester où j’étais, lorsque j’entendis un autre bruit
qui changea tout.
Un cri rauque se fit entendre à l’arrière. Ce fut très court, et j’aurais dû ne pas pouvoir le
distinguer au milieu de tous les autres bruits, mais je sus avec certitude qui l’avait poussé. Je passai en
un court instant de la petite souris effrayée à une terreur si grande pour quelqu’un d’autre que moi
que je commençai à me lever sur mes jambes tremblantes.
Un autre coup de feu résonna, puis un autre. Un cri brutal qui me déchira le cœur fut coupé net
entre ces deux boum bruyants.
Je commençai à traverser la maison d’un air déterminé. Je n’oubliai pas que je tenais toujours le
téléphone. Je n’étais plus en état de choc, car j’avais atteint une sorte de lucidité désespérée.
– Je t’aime, James, dis-je encore. Tellement. Je suis vraiment désolée.
Je raccrochai le téléphone et je le sentis tomber de ma main avant d’atteindre la porte de
derrière. J’inspirai profondément puis je déverrouillai la porte et l’ouvris. Déterminée, je posai un
pied dehors.
37
Monsieur Tragique
STEPHAN – QUELQUES MINUTES PLUS TÔT
J’avançais bien et vite pour emballer mes affaires, jusqu’au moment où je trouvai un carton de
photos. Javier et moi nous examinâmes le premier paquet de photos en riant. Il y en avait beaucoup et
elles dataient d’une fête de Noël de la compagnie, trois ans plus tôt. Elles avaient été prises avec un
appareil photo bon marché, alors elles avaient du grain et beaucoup d’yeux rouges, mais elles
rappelaient de bons souvenirs et nous nous penchâmes sur mon lit pour les regarder avec attention.
Javier gloussa en me jetant une photo. Je ris si fort que je dus m’asseoir. Murphy était torse nu
sur la photo et il essayait de faire le grand écart sans le moindre succès. C’était drôle, mais le plus
marquant de la photo, c’était l’expression sur le visage de Damien dans le fond. C’était un mélange
d’admiration, d’horreur, de confusion. C’est moi qui avais dû prendre la photo, parce que Bianca était
sur le côté, pliée de rire, et je ne me trouvais pas à côté d’elle.
Javier me jeta une autre photo, toujours avec un grand sourire. Celle-ci était un gros plan de
Bianca qui riait toujours. Ses yeux pétillaient en regardant l’objectif. C’était une très bonne photo
d’elle, même si elle ne remarquerait pas à quel point elle était belle ce soir-là dans sa robe verte
éclatante, ses cheveux clairs et lisses tombant sur ses épaules. Je me dis qu’il fallait que j’en fasse une
copie pour James qui aimerait autant que moi une photo sur laquelle elle riait ainsi. Je pensais parfois
que notre amitié rapide avait été un peu comme de rejoindre un club : un club fait d’hommes qui
pensaient que Bianca Karlsson était la femme la plus parfaite sur cette planète.
Javier me jeta une autre photo avec un fou rire encore plus important que les précédents. Un seul
coup d’œil à l’image suffit à me mettre dans le même état.
Celle-ci montrait Murphy couché par terre sur le dos. Il levait les bras devant lui. Sa cravate et le
veston de son costume étaient froissés sur le sol près de lui. Je me souvins qu’il les avait mis dans cet
état au cours de son strip-tease improvisé.
Marnie se tenait à côté de lui, prise en train de faire la révérence.
Javier me jeta une autre photo.
Murphy faisait un effort vaillant pour soulever la minuscule femme comme si elle était une
barre de musculation.
Javier envoya une autre photo.
La même minuscule femme était tombée sur lui et ils riaient tous les deux de son échec. On se
mit à rire encore plus fort à ce souvenir.
– Ce travail va me manquer, dis-je avec nostalgie.
– Ce sont les gens qui rendaient ce travail si génial. Et ils ne nous manqueront pas. Que veux-tu
parier que Damien et Murphy seront des clients réguliers de notre bar ?
Je lui souris.
– Tu as totalement raison. Il faudra sans doute que nous les jetions dehors tous les soirs à la
fermeture.
Cette pensée me réchauffait le cœur. Oui, nos vies changeaient, mais c’était pour le mieux.
Javier jouait plus qu’il ne m’aidait à ranger, mais cela n’avait aucune importance. Cela ne me
gênait pas de le faire moi-même et je préférais sa compagnie, qu’il m’aide ou pas.
Quand je levai les bras pour attraper un carton posé en haut de l’armoire, je sentis ses bras
m’envelopper par-derrière. Il posa son nez au milieu de mon dos en me chatouillant exprès et je me
tournai contre lui en riant. Je le poussai jusqu’à ce que l’arrière de ses genoux touche le lit. Il se laissa
tomber en arrière et je le suivis.
Il essaya de se relever, mais c’est lui qui avait commencé et j’avais l’intention de terminer. Je le
chatouillai sans pitié et je luttai avec lui sur le lit pendant que les photos et les vêtements
s’éparpillaient autour de nous.
– Pouce ! cria-t-il en gloussant. Pouce !
Je m’arrêtai en l’embrassant. Il fondit sous moi. J’adorais cela. Je sentais à quel point je le
touchais et je chérissais cela. Je me redressai en lui caressant la joue et en le regardant au fond des
yeux.
Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais un gros boum me coupa le souffle.
Je me tendis un long moment en le fixant toujours du regard, avant de passer à l’action.
Je me levai en le pointant du doigt.
– Reste là et reste baissé, ok ?
Il déglutit.
– C’était un coup de feu ? demanda-t-il d’une toute petite voix.
– Je n’en suis pas sûr, mentis-je. Mais il faut que j’aille voir si Bianca va bien.
Je me précipitais déjà vers la porte de la chambre avant qu’il se remette à parler.
– N’y va pas, Stephan, s’il te plaît. Je t’aime. Ne te mets pas en danger.
Je le regardai avec amour.
– Je t’aime aussi. Reste baissé. Je dois m’assurer qu’elle va bien, Javier. Je ne le supporterais pas
s’il lui arrivait quelque chose.
J’essayais de paraître calme en fermant la porte de la chambre derrière moi, mais à la seconde
où elle se ferma, je traversai la maison comme un fou. Quand j’atteignis la porte de derrière, un
second puis un troisième coup retentirent. De peur, mon cœur essayait de bondir de ma poitrine. Je ne
pouvais pas la perdre. J’étais un survivant par nature, mais je savais que je ne pourrais pas survivre à
cela.
Je déverrouillai, j’ouvris et je sortis en un clin d’œil, poussé par une terreur aveugle. Si ce
monstre lui avait fait du mal, s’il lui avait infligé ne serait-ce qu’un bleu, je me jurai de le déchiqueter
à mains nues.
Un quatrième tir résonna juste avant que je me jette désespérément par-dessus le grand mur en
m’écorchant les mains. J’atterris de l’autre côté et j’observai la scène devant moi avec horreur.
Le père de Bianca se redressait au-dessus de la silhouette prostrée de Blake. Son torse était
sanguinolent, des cercles de sang s’épanouissaient sur son torse, mais il se tenait encore debout. Il
tenait un petit pistolet dans son énorme main. L’arme était si minuscule dans ses mains que l’on aurait
dit un jouet.
Un autre corps était allongé dans la cour. Paterson, pensai-je, mais je ne pus même pas lui
accorder un regard, car Sven Sr pointait l’arme sur Blake en se préparant à tirer.
– Non, hurlai-je en me précipitant sur lui.
Il se retourna incroyablement vite pour un homme aussi immense. Il me sourit, montrant ses
dents ensanglantées, visa mon torse et tira.
Ma dernière pensée fut le soulagement. Bianca ne faisait pas partie des victimes.
BIANCA
Je fis un pas dehors au milieu d’un cauchemar sanglant, et mes yeux se posèrent immédiatement
sur la silhouette recroquevillée de Stephan. Je ne fis pas un bruit, mais mon visage était trempé de
larmes. Il faut qu’il aille bien, me dis-je. Je pouvais survivre à beaucoup de choses, mais pas à la
perte de Stephan.
J’étais si concentrée sur cette pensée que, pendant longtemps, je ne regardai même pas le
monstre au milieu de ce carnage. Je m’étais approchée de Stephan avant de lever les yeux sur ce
regard bleu pâle qui ressemblait tant au mien.
C’était comme de regarder dans les yeux un animal enragé, sa malveillance était inscrite dans
chaque trait tendu de son visage. En le voyant là, il était difficile d’imaginer qu’il avait un jour été
sain d’esprit. Mais avait-il jamais été sain d’esprit ? Ce n’était peut-être pas la question. Il n’était
même pas humain pour moi ; c’était un démon monstrueux qui détruisait et terrifiait. Et le seul qui ait
su s’interposer entre lui et moi pour me protéger était recroquevillé à mes pieds avec des cercles
rouges sur son torse. Il avait fini par le faire. Le monstre m’avait brisée.
Mon instinct fut de me figer et je le regardai sans bouger quand il s’approcha de moi, un sourire
terrible prenant le contrôle de son visage.
Contrairement à mon père, je n’avais pas cette violence en moi. Je n’avais pas cette pulsion qui
poussait à faire du mal, jamais. Ce n’était même pas un besoin que je comprenais.
En tout cas, jusqu’à ce moment-là, jusqu’à ce que Stephan soit recroquevillé à mes pieds.
Mes yeux quittèrent ce visage horrible pour se poser sur le petit pistolet qu’il tenait en main. Je
le regardai comme une planche de salut en lui laissant voir ce que je regardais, ce qui m’obnubilait.
Il rit, ce fut un gloussement sec, et la folie de son rire me fit comprendre qu’il avait pris quelque
chose. Une espèce de drogue coulait en lui, le rendant plus fou, plus fort, anesthésié contre la douleur
et la peur. Cet homme était déjà une bête sans être excité par les drogues, alors ce n’était pas très
rassurant.
– Je t’ai prévenue, sötnos. Je t’ai prévenue que si tu allais voir la police, personne ne pourrait te
protéger contre moi, mais tu ne m’as pas cru. Et maintenant ton ami est mort. Cela en valait-il la
peine ?
Je poussai un gémissement totalement involontaire. Il ne peut pas être mort, me dis-je. Il fallait
que je le croie, sinon j’allais me laisser tomber sur le sol et je ne m’en relèverais jamais.
Mes yeux étaient toujours rivés sur ce petit pistolet dans sa main.
Il se remit à rire en l’agitant devant moi.
– Tu regardes ça. Tu crois que ça va t’aider ? Tu n’en as pas le courage, exactement comme ta
mère. Tu ne ferais pas de mal à une mouche. Ces femmes, bonnes à rien et pleurnichardes !
Il le tint juste devant mon visage avec un sourire sinistre. Ses yeux fous injectés de sang
soutenaient les miens et leur éclat hystérique me transperçait.
– Prends-le, si tu oses. Regarde ce qui va se passer, sötnos.
Je ne détournai jamais les yeux. Je ne me souvenais pas d’une époque où je ne l’avais pas
détesté, mais à présent, c’était comme une blessure qui se réveillait. Je me rendis compte que je
pouvais le tuer sans le moindre remords. Il m’avait fait cela, il avait fini par briser cette partie de moi.
Je n’aurais aucun regret s’il mourait, même si c’était de ma main. Je descendrais une bête sauvage
faisant un carnage. Le seul regret était ce qu’il avait réussi à faire avant d’être arrêté.
Je n’étais pas ma mère, même si j’aurais pu souhaiter ne ressembler qu’à elle. Je fuyais cette
idée, pourtant il y avait suffisamment de mon père en moi. Je ne me posai même pas la question,
même pas une fraction de seconde d’indécision, pas alors que Stephan était allongé immobile à mes
pieds. J’avais fait une terrible erreur en gardant son secret, en vivant dans la peur, je le comprenais
désormais. Il aurait mieux valu qu’il me tue à l’époque pour l’avoir dénoncé plutôt que de le laisser
tout saccager maintenant. C’était mon regret, et je le ressentis vivement en le voyant là, entouré de ses
victimes.
Si seulement j’avais regardé au-delà de ma propre peur et réfléchi à tout ce qu’il était encore
capable de faire.
Oui, mon regret était d’être restée silencieuse pendant toutes ces années, mais c’était mon seul
regret. Ce que j’étais sur le point de faire, je n’allais pas le regretter, pas même un instant.
Je n’avais rien à lui dire. Rien n’arrivait à la hauteur de ma haine et il n’aurait pas écouté de
toute façon. Il ne m’avait jamais accordé aucune valeur et on n’écoute pas les gens qui ne valent rien à
nos yeux. Mes paroles ne pouvaient pas le toucher. Je ne pris donc pas la peine de lui dire ce que je
ressentais. Je lui montrai.
Il me tendit le pistolet sans hésitation et sans peur, et je le pris en le tournant vers lui dans le
même mouvement. Je le poussai violemment contre son torse en visant son cœur. Je tirai et je sentis à
peine le recul du pistolet dans ma main quand le coup partit.
J’avais bêtement cru que ce serait la fin.
Le monstre se mit à rire en arrachant le pistolet de ma main. Je lui avais tiré dans la poitrine, une
poitrine déjà rouge de son propre sang, et il se contentait de rire. J’eus soudain l’idée folle qu’il
n’était pas humain. Comment pouvait-il encore tenir debout ?
Il ouvrit la bouche et du sang éclaboussa mon visage quand il parla.
– C’est mon tour, sötnos.
Il attrapa mes cheveux et tira ma tête en arrière en la maintenant immobile. Je commençai à lutter
en vain.
Il enfonça le pistolet dans ma bouche sans le moindre effort et posa ma propre main sur la
crosse, toujours avec ce sourire de détraqué sur le visage.
Je secouai la tête d’un côté à l’autre, prise entre sa main dans mes cheveux et le pistolet dans ma
bouche. J’étais encore désespérément en train de secouer la tête lorsque deux coups de feu simultanés
retentirent. Le monde s’assombrit.
STEPHAN
Mon torse était en feu. Chaque inspiration me mettait à l’agonie, mais je parvins à ouvrir un peu
les yeux quand j’entendis sa voix. Elle était évidemment venue à ma rescousse.
Non, non, non, pensai-je avec désespoir en voyant son père s’approcher d’elle.
Je mis horriblement longtemps à tourner la tête sur le côté. Blake était allongée, immobile, à
environ un mètre de moi.
Je ressentis un énorme soulagement en voyant qu’il y avait un pistolet à côté d’elle. Je savais que
je ne devais pas faire de bruit en me traînant jusque-là. C’était une course, et je ne pouvais pas laisser
la douleur me ralentir. Je n’avais pas parcouru la moitié du chemin qu’un autre coup de feu
retentissait et je dus me retenir de crier de détresse et de regarder ce qui s’était passé. Je n’avais pas le
temps de regarder. Il fallait que j’atteigne ce pistolet et que je tire.
Dès que j’arrivai à sa hauteur, je l’attrapai d’une main tremblante. Je me laissai rouler sur le dos
et la douleur du mouvement troubla ma vue pendant quelques instants précieux.
Je visai la tête de son père et je tirai.
Non, pensai-je en voyant que j’arrivai une fraction de seconde trop tard. Je ne pourrais jamais
oublier le moment où je l’ai vue tomber en même temps que son père. Non, s’il vous plaît, non.
Je perdis connaissance.
38
James
JAMES – QUELQUES MINUTES PLUS TÔT
Normalement, j’aimais beaucoup une bonne négociation. Même en connaissant les résultats, il
m’était arrivé de les faire durer. Pas aujourd’hui, toutefois. J’étais rongé par une étrange tension.
J’aimais emmerder Tristan, comme toujours, mais aujourd’hui tout était un peu plus terne.
– Il y a intérêt à ce que ce soient de très beaux tours de cartes, lui dis-je pendant que les avocats
rédigeaient encore une autre version du contrat.
C’était de la pure mauvaise foi qui me poussait à lui dire cela. C’était un génie dans son
domaine. En seulement quelques années, il s’était fait un nom parmi les grands spectacles de magie de
Vegas. Il avait apporté un nouvel éclat éblouissant à une activité qui avait besoin d’être renouvelée, et
ça, ce n’était qu’avec ses tours de passe-passe. Et je savais qu’il était loin de nous avoir montré tous
ses tours. Il trouvait constamment quelque chose de nouveau à montrer. Et comme prévu, il savait ce
qu’il valait et nous allions le payer en conséquence.
Tristan fit un grand sourire en me montrant ses dents blanches. Il regarda sa montre en levant un
sourcil, me montrant très clairement qu’il portait ma propre Rolex. Je baissai les yeux pour regarder
mon poignet nu et je jurai. Il se trouvait à l’autre bout de la table.
– Comment as-tu pu faire ça de là-bas ? lui demandai-je.
Il montra du doigt les avocats qui marchandaient avec son agent.
– Il me semble que ton contrat stipule que je n’ai pas le droit de parler de ce genre de choses. Les
secrets du métier, tout ça… Tes avocats devraient sans doute réviser le contrat si je te le disais. Tu as
vraiment tant de temps à perdre ?
Il tapota ma montre pour souligner son propos.
Je ris. C’était difficile de se retenir. C’était un salopard odieux, mais il était toujours amusant.
– Il faudra que nous le revoyions de toute façon, si tu as l’intention de t’octroyer une montre à
cinquante mille dollars pour bonus.
Il tendit la main vers moi et la montre apparut dans sa paume en un instant. J’approchai la main
pour l’attraper et il me la mit au poignet avec la même vitesse floue. Je secouai la tête. Le salaud
habile !
– Félicitations pour tes fiançailles. La nouvelle est partout. Comment as-tu fait pour qu’elle
accepte ? J’aurais pu jurer qu’elle était plus raisonnable que cela.
Je lui jetai un regard que je voulais mauvais, mais la mention de notre futur mariage me donnait
surtout envie de sourire comme un idiot.
– Je l’ai suppliée si pathétiquement qu’elle a fini par avoir pitié de moi, lui dis-je.
– C’était gentil de sa part. Elle aurait pu trouver beaucoup mieux. Sans vouloir te vexer.
Je me contentai de rire, sachant très bien qu’il essayait de me vexer.
– Bien sûr. Elle a fini par décider qu’elle préférait savoir où se trouvait l’homme qui la harcelait
sans relâche. Je lui ai promis qu’elle pourrait m’accrocher une clochette.
Tristan secoua la tête.
– Pauvre fille. Elle n’avait aucune chance. Tu l’as sans doute courtisée avec une OPA hostile.
Je levai les yeux au ciel.
– Je ne fais jamais d’OPA hostile. Tiens-toi à tes tours de magie, Tristan. Ta connaissance du
monde des affaires est embarrassante.
En réalité, je l’avais trouvé étrangement doué pour la partie business de son travail, mais nous
étions comme cela. C’était agréable de m’en prendre à quelqu’un d’aussi peu susceptible que moi.
Tristan ricana.
– D’accord, patron. Tu m’invites à dîner ? Si je dois signer ce papier pour toi, j’attends au moins
de toi que tu me cuisines un repas. Et j’ai envie de revoir ta fiancée.
– Pourquoi pas ? D’accord, viens dîner, si tu peux te retenir de voler les couverts en argent.
Je sortis mon téléphone.
– Laisse-moi appeler Bianca. On va inviter les garçons.
Bianca répondit très vite.
– Hé, dit-elle avec un sourire dans la voix. Comment va le travail ?
Ce sourire dans sa voix me fit sourire à mon tour, et sa voix me fit bander en l’espace d’une
respiration. Un seul mot d’elle, prononcé avec son timbre régulier, m’affectait plus que toute autre
femme dans ma vie. Les images de toutes les façons dont je l’avais prise, de toutes les manières dont
j’avais l’intention de la baiser me traversèrent l’esprit et détournèrent mon attention comme rien
d’autre. Mon Dieu, ce que je la désirais. Penser à elle m’était plus érotique que le sexe avec d’autres
femmes l’avait jamais été. J’avais ressenti cela dès le début avec elle, et avec le temps, je ne faisais
que tomber plus profondément amoureux.
– Cela pourrait aller mieux, mais au moins c’est presque terminé, lui dis-je en faisant un effort
pour me concentrer.
Je m’obligeai à ne plus penser être en elle, mais c’était un véritable combat. Ma bite tressauta
avec agitation et j’étais content qu’elle soit cachée sous la table de conférence.
– L’avocat et l’agent de Tristan sont en train de faire quelques corrections, mais cela ne devrait
pas prendre plus de trente minutes et puis nous en aurons terminé, heureusement. Tristan essaie de
mettre le casino sur la paille pour quelques tours de magie à deux balles.
Je regardai Tristan en souriant.
Il me fit un doigt d’honneur.
– Salue Tristan de ma part, dit-elle.
– Bianca te passe le bonjour, dis-je à Tristan.
Je n’aimais pas entendre son nom dans la bouche de Bianca, mais je m’efforçai de contrôler ma
jalousie ridicule. Cette jalousie allait devenir un problème pour nous si je ne la contrôlais pas. Je le
comprenais bien. J’avais besoin que cela fonctionne entre nous et cela m’aidait à garder ma jalousie
pour moi quand je savais que ce n’était pas raisonnable.
– Je te rejoins quand j’ai terminé. Tu en es où ?
Je n’avais pas vraiment besoin de savoir si elle avait terminé. J’étais impatient de la voir et
j’allais me rendre là-bas pour l’attendre si nécessaire. J’espérais que ma compagnie ne la fatiguait
pas, parce que nous n’avions été séparés que pendant quelques heures et j’étais déjà fou de désir de la
voir.
J’étais en train de visualiser comment j’allais la prendre dans sa petite maison quand elle
répondit.
– Ouais. Ça devrait être parfait.
Je me dis que cela devrait être parfait de la baiser une dernière fois dans cette maison, même si
elle avait fini de tout emballer. Je m’enfoncerais en elle, quel que soit l’endroit où je la trouverais.
Peut-être que je lui dirais de se pencher sur le plan de travail de la cuisine, ou que je la prendrais sur
la table de la salle à manger. Je me secouai. Elle m’avait jeté un sort et je n’en serais pas débarrassé
dans un futur proche. Ou jamais, pensai-je avec un ricanement. C’était si joli,
« Monsieurs Cavendish ».
– Tristan vient dîner ce soir. Apparemment, je ne le paie déjà pas assez pour faire disparaître les
lapins, maintenant je dois aussi lui faire à manger.
– J’ai un nouveau tour pour faire disparaître les PDG jolis garçons, me dit Tristan.
Bianca rit dans mon oreille. J’adorais ce rire.
– Tu pourras dire aux garçons qu’ils sont invités, eux aussi ? demandai-je en souriant.
– Super, dit-elle. J’imagine qu’il a obtenu un bon contrat pour les spectacles de l’année
prochaine.
– Il a signé pour un an de plus, dis-je en regardant Tristan avec un sourcil levé, mais nous avons
dû doubler le salaire de cet enfoiré. C’est amusant comme il oublie vite qui a découvert son misérable
talent.
Bianca était devenue très silencieuse à l’autre bout. Mon corps entier se tendit comme si je me
préparais à recevoir un coup sans savoir d’où il allait venir. Je grattai distraitement les cicatrices sur
mes poignets, le meilleur indice de ma nervosité. Je pensais que l’habitude m’était passée. Que
m’arrivait-il aujourd’hui ?
– Bianca ? demandai-je.
Tout irait bien si j’entendais à nouveau sa voix.
– Hein ? Oh pardon, dit-elle, et la distance dans sa voix me rendit encore plus agité.
– Y a-t-il un problème, ma belle ? (Je me levai et commençai à faire les cent pas, car j’étais
devenu incapable de rester immobile.) Tu as l’air contrariée.
Elle ne répondit pas pendant un moment interminable. Je commençais à me désespérer quand
j’entendis à nouveau sa voix.
– Blake ! appela-t-elle avec une trace manifeste de panique dans la voix.
Un boum résonna à l’autre bout de la ligne et mon sang se glaça. Bianca poussa un petit cri.
Non, pensai-je, et je me mis à marcher.
– Reste à terre, Bianca, entendis-je Blake lui dire. Ne bouge pas et quoi que tu fasses, ne quitte
pas cette maison. Je reviens.
Non. Mon cœur se serra.
Je l’entendais respirer, mais pendant que je parlais, que je la cajolais et que je la suppliais de me
dire ce qui se passait, elle ne me parla pas pendant un long moment. Je me souvins de ce terrible
après-midi à peine quelques mois auparavant, où je l’avais regardée partir dans l’ambulance, le cœur
en miettes, en attendant de savoir si elle allait bien.
Clark me suivit sans un mot quand je me précipitai à travers les bureaux jusqu’à l’ascenseur. Je
vis à quel étage il se trouvait et je pris les escaliers, ne voulant pas attendre, le téléphone toujours
collé à l’oreille. Je descendis les marches en sprintant.
– Dis-moi ce qui se passe, Bianca. Quel était ce bruit ? Pourquoi Blake t’a-t-elle dit de rester à
terre ? Où est-elle allée ? Il faut que je sache ce qui se passe !
Un autre coup de feu retentit à l’autre bout et une partie de moi mourut en l’entendant.
Je fis de mon mieux pour paraître calme, mais c’était une lutte.
– Nous sommes en route vers toi, ma belle, et nous avons appelé la police, mais j’ai besoin que
tu me dises ce qui se passe. C’était quoi, ce bruit ?
Je savais que je me raccrochais à n’importe quoi en espérant avoir entendu un moteur pétarader
au loin. Deux fois…
– Je t’aime, James, dit-elle très doucement.
Cela me brisa, et je fus rempli d’un sentiment d’impuissance et d’effroi.
– Que se passe-t-il là-bas ? demandai-je avec force.
Je remarquai à peine que ma voix se brisait en parlant.
Un nouveau coup de feu résonna à l’autre bout et elle poussa un gémissement. Cela m’anéantit.
J’avais envie de me serrer la poitrine et de hurler de peur, mais au lieu de cela je courus, bien décidé
à la rejoindre.
– Je t’aime, James, répéta-t-elle.
La résignation de sa voix n’était pas du tout rassurante.
Clark allait aussi vite que moi puis il partit devant quand nous atteignîmes les portes. Il parla
avec le manager des employés de parking et nous procura une voiture avec une vitesse remarquable.
Il se mit au volant et je m’assis du côté passager. La voiture fonçait dehors avant même que je sois
bien attaché.
– Parle-moi, lui dis-je avec désespoir. Il faut que je sache ce qui se passe. Nous sommes dans la
voiture. Nous serons là dans moins de vingt minutes, mais tu dois me parler. Quel était ce bruit ?
Un autre tir retentit et je fermai les yeux de peur.
– Est-ce que ce sont des coups de feu ? demandai-je, affolé.
Je ne m’étais encore jamais senti si impuissant et si inutile de ma vie.
– Oui, souffla-t-elle. Dans mon arrière-cour, je crois. J’ai peur, James. J’ai besoin que tu me
dises que tu m’aimes. S’il te plaît. Juste au cas où.
La plus grande terreur de ma vie me prit aux tripes. Je n’étais pas superstitieux, mais j’eus
soudain l’impression que si je le lui disais maintenant, ce serait la dernière fois, et je ne pouvais pas
le faire. Ce n’était pas logique, mais je ne pouvais pas lui redire ces mots avant de la tenir dans mes
bras.
– Non, chuchotai-je, et ce refus brutal me fit mal au cœur. J’arrive. Toutes tes portes sont
fermées à clé ? Reste cachée et ne te relève pas. Tout va bien se passer et je serai là très vite pour te
dire ces mots.
Elle poussa soudain un petit cri et sa respiration changea, comme si elle était en train de bouger.
J’étais complètement paniqué et je dus écouter, sans pouvoir rien faire, deux autres coups de feu
retentir en arrière-plan.
Deux sanglots s’échappèrent comme s’ils avaient été arrachés de sa gorge.
Non, non, non, pensai-je.
– Je t’aime, James, dit-elle encore, mais d’une voix posée à présent.
Cela me terrifia encore plus que tout le reste.
– Tellement. Je suis vraiment désolée.
Je hurlai d’une voix brisée quand elle me raccrocha au nez.
39
Monsieur Affligé
JAMES
J’aurais pu souhaiter que le trajet de vingt minutes soit un moment flou pour moi, mais
évidemment ce ne fut pas le cas. Ce fut le plus long de ma vie. Je mourus un million de petites morts
au cours de ce trajet et j’avais les pensées les plus sombres.
Je me surpris même à maudire Dieu, alors que j’avais toujours été agnostique. Pourquoi me
haïssait-il tant ? me demandai-je avec colère. Il avait d’abord pris mes parents, que j’adorais, et là
j’avais retrouvé un foyer et une famille que je convoitais et que je vénérais avec détermination. Je ne
pouvais pas supporter l’idée de la perdre juste au moment où je l’avais trouvée. Je rejetais cette idée.
Ce n’était pas possible. Si son père l’avait attaquée, la sécurité l’aurait neutralisé avant qu’ils puissent
la toucher. Il n’y avait aucune autre possibilité acceptable.
Je fixai l’horloge du tableau de bord pendant tout le trajet. Clark grilla des feux rouges,
zigzagua entre les voitures et conduisit comme si sa vie en dépendait. Il allait vite, et nous arrivâmes
dans son quartier moins de quinze minutes après être montés en voiture. Je bondis de la voiture avant
qu’elle ne se soit arrêtée et je me précipitai vers la porte d’entrée. Elle était verrouillée et je poussai
un juron en sortant mes clés. Je remarquai distraitement que Clark prenait un autre chemin : pendant
que j’entrais dans la maison, il sauta par-dessus la palissade dans l’arrière-cour. Elle était dans la
maison quand je lui avais parlé en dernier, c’est donc là que je regardai d’abord.
Les premières pièces étaient vides et j’entendis des sirènes s’approcher au moment où je jetai un
coup d’œil à la cuisine.
Lorsque j’entrai dans la chambre, Clark se tenait devant la porte de derrière qui menait à la cour.
J’eus tellement l’estomac noué que cela faillit me plier en deux. La porte de derrière avait été
ouverte…
Je me précipitai en avant, mais Clark m’en empêcha. Il m’attrapa avant que j’atteigne la porte.
Je luttai contre lui. Nous n’avions pas une seconde à perdre.
– S’il te plaît, James, dit-il d’une voix douce que j’eus du mal à reconnaître. Tu ne veux pas voir
ce qu’il y a là-bas. Personne ne devrait voir cela. Les secours sont arrivés. Laissons-les entrer pour
faire leur travail.
J’entendis un horrible petit gémissement qui semblait venir de loin et je remarquai tout juste
qu’il s’était échappé de ma propre gorge.
Il n’aurait dit cela que s’il n’y avait plus rien à faire, et Bianca n’était manifestement pas dans la
maison.
– Est-elle là, derrière ? lui demandai-je d’une voix brisée.
J’avais l’impression que je me brisais moi-même.
Il hocha la tête, et une larme coula le long de sa joue.
– Tu ne peux rien faire pour elle, James, mais tu peux t’épargner la douleur de la voir ainsi.
Évidemment, je ne pouvais pas rester loin d’elle. Je refusai d’accepter ce que ces mots
signifiaient, même si mon propre visage était trempé de larmes.
– Laisse-moi passer, lui dis-je d’une voix tremblante. Il faut que je sois avec elle.
Il baissa la tête et me laissa passer en voyant ma détermination.
La scène que je vis alors me mit littéralement à genoux.
Depuis que je l’avais rencontrée, j’avais profité pleinement de chaque seconde. Je l’avais aimée,
je l’avais chérie, je l’avais convoitée, et j’avais adoré chaque centimètre d’elle, mais cela ne me
semblait toujours pas assez. J’avais fait des faux pas, j’avais fait beaucoup d’erreurs, mais nous
avions traversé tout cela. La vie aurait pu être parfaite. Tout ce qu’il nous avait manqué, c’était un peu
plus de temps…
Je me traînai jusqu’à elle en remarquant à peine que son corps n’était pas le seul dans la petite
arrière-cour.
Elle était allongée sur le dos, la tête tournée d’un côté, ce qui cachait une moitié de son visage.
Ce qu’on voyait de son visage était étrangement intact, presque paisible. Ses cheveux étaient étalés
autour d’elle, les mèches blond pâle à présent mouillées et teintées de sang. J’essayai de me dire
qu’elle pourrait s’en sortir, qu’elle pouvait survivre, mais je voyais clairement, d’après l’endroit où
coulait le sang, que c’était une blessure à la tête.
Des soupirs déchirants d’angoisse s’échappaient de moi à chaque mouvement que je faisais vers
elle.
Légèrement, tout doucement, comme si elle était faite de verre, je lui tins la main et je sanglotai.
Je ne pouvais pas lui survivre. Je ne voulais pas lui survivre. Il n’y avait rien dans ce monde qui me
motivait à vivre après avoir enduré ceci.
Pour la première fois de ma vie, je commençai à prier. Pour sa vie ou pour ma mort, je ne le
savais pas. À ce moment-là, n’importe laquelle des deux aurait fait l’affaire.
Je ne levai même pas la tête quand les secours arrivèrent en force. Je ne remarquai le corps
allongé à côté d’elle que lorsqu’il fut enlevé. Apparemment, les secours n’allaient pas essayer d’aider
celui-là, puisque sa tête manquait. Son torse massif était criblé de balles et je vis alors que c’était son
père. Sa mort ne me procura aucune satisfaction. Cela ne suffisait pas et il n’était certainement pas
mort à temps pour que Bianca puisse être épargnée.
Comment cela a-t-il pu arriver ? me demandai-je misérablement.
Ma vue se troublait et je n’arrivais pas à me concentrer sur autre chose que sa main. Elle était
immobile dans la mienne, mais elle était intacte et si je levais la tête, je savais que j’allais sans doute
trouver des réponses que je n’étais pas prêt à accepter. D’une certaine façon, je pouvais me
raccrocher encore à l’incertitude quand le pire scénario était beaucoup plus probable.
Un secouriste était accroupi de l’autre côté d’elle, mais je ne pouvais pas le regarder
directement, je ne pouvais pas regarder ce qu’il trouvait en vérifiant ses signes vitaux.
Le secouriste cria quelque chose. Je ne compris pas ce qu’il dit. J’étais toujours fixé sur cette
belle main. Je ne sus pas combien de temps je restai accroupi là, paralysé de terreur, essayant de
prolonger le moment, me disant qu’elle irait bien, mais rempli d’un vide terrible qui me donnait du
mal à respirer.
Le secouriste me dit autre chose et je ne compris qu’il me parlait que lorsqu’il me poussa
impatiemment sur le côté. Je regardai l’homme d’un air perplexe, mais sans vraiment le voir et
j’essayai d’entendre ce qu’il disait.
– S’il vous plaît, Monsieur, poussez-vous. Nous devons la poser sur un brancard. Vous nous
gênez.
Je bougeai automatiquement, tellement peu habitué à recevoir des ordres que j’obéis
instinctivement en sachant que personne n’oserait me donner d’ordres si ce n’était pas important.
Je ne reculai qu’un tout petit peu, mais un brancard fut poussé contre moi jusqu’à ce que je
finisse par reculer suffisamment pour leur laisser la place de travailler.
Je les poussai à mon tour quand je me rendis compte qu’ils allaient la poser sur un brancard.
Je ne les laisserai pas me la prendre, pensai-je. Je mourrai avant qu’ils la mettent dans un sac.
De grands bras m’entourèrent et me tirèrent en arrière.
– Laisse-les travailler, James, me dit doucement Tristan à l’oreille.
Je ne m’étais même pas rendu compte qu’il nous avait suivis.
– Monsieur, chaque seconde que vous nous faites perdre peut être cruciale pour sa survie, dit un
autre secouriste avec une impatience manifeste.
Je laissai Tristan me tirer en arrière pendant que je digérais ces mots.
Survie, avait-il dit, comme s’il lui restait une chance. Ils ne la mettaient pas dans un sac, ils
arrêtaient le flot de sang sur le côté de sa tête et ils la déplaçaient.
Il a dit survie, pensai-je à nouveau. Ils ne l’emportaient pas parce qu’elle était morte. Ils
pensaient pouvoir l’aider. Je restai tout près, mes pensées devenant lentement plus cohérentes à
mesure que je comprenais qu’elle n’était pas morte et, si Dieu le voulait bien, elle allait pouvoir
survivre. Je commençai à m’autoriser à espérer avec désespoir, tremblant de tout mon corps.
Je leur laissai de l’espace pour travailler, mais je restai aussi près que possible, souhaitant
désespérément voir ce qu’ils allaient faire, craignant de la perdre si je regardais ailleurs.
Je bougeai autour d’elle, essayant de m’approcher sans les gêner, et je vis un secouriste tourner
suffisamment sa tête pour faire pression sur la blessure. Je gémis en voyant le trou sanglant sur le
côté de son visage. C’était près de l’endroit où sa mâchoire rejoignait l’oreille, du moins c’est ce
qu’il me sembla. C’était difficile à dire avec tout ce sang.
Je ne la quittai pas des yeux et je regardai tout ce qu’ils faisaient, mais je commençais à entendre
d’autres bruits dans la cour quand d’autres secouristes arrivèrent. J’entendis un autre homme
sangloter. Cela durait depuis un moment, mais je ne l’avais pas vraiment remarqué – je faisais
tellement de bruit moi-même.
Javier, pensai-je, en le cherchant des yeux avec horreur. Il se tenait au-dessus du corps allongé
de Stephan. Un secouriste essayait d’arrêter l’hémorragie de la poitrine de Stephan et il se prépara à
le poser sur un brancard avec l’aide d’un autre homme. Non, pensai-je, non, s’il vous plaît.
Je suivis le brancard de très près quand ils la déplacèrent et personne n’osa me dire de ne pas le
faire. Je regardai sa poitrine pendant qu’elle respirait tout doucement tout le long du trajet jusqu’à
l’hôpital. C’est un miracle, me dis-je. Il a mis ce pistolet dans sa bouche et il a tiré, et si elle y survit,
j’aurais été témoin d’un miracle. Au cours de ce long trajet, je fis quelques promesses folles à Dieu,
des promesses de lui donner mon âme en échange de ce miracle.
Je n’étais pas moi-même en suivant son corps inconscient à l’intérieur de l’hôpital. Je me sentais
déconnecté de la réalité pendant qu’ils s’affairaient sur elle. Je commençai à lutter quand ils ne me
laissèrent pas la suivre en chirurgie. Clark et Tristan durent me sortir de mon état second. Ce n’est
que lorsque le monde redevint visible que je me rendis compte que j’avais été en état de choc.
– James, il faut que tu sois présent, me disait Tristan fermement en me regardant dans les yeux.
Ton influence peut les aider. Je te le garantis. Tu ne peux pas la suivre en chirurgie, mais tu peux
appeler du monde pour demander que l’on te rende service.
– Achète ce putain d’hôpital si tu veux qu’ils donnent les meilleures chances à Bianca, Stephan et
Blake, ajouta Clark.
L’infirmière posa une couverture sur mes épaules en me disant des choses apaisantes et en jetant
des regards perplexes en direction de Tristan et Clark. Cependant, Tristan me comprenait bien et sa
tactique fut des plus efficaces. Je n’avais pas le temps de m’apitoyer sur mon sort et encore moins de
me laisser aller à la douleur. J’avais besoin d’agir. Plus j’agissais, mieux ce serait. Je pouvais faire
des choses pour les aider.
– Appelle le conseil d’administration et le directeur de l’hôpital, dis-je à Clark. S’ils demandent
l’objet de cet appel, dis-leur que quelqu’un est prêt à faire don d’une somme d’argent incroyable pour
quelques traitements de faveur.
Il hocha la tête et partit avec un petit sourire satisfait. Je me souvins qu’il avait également cité
Blake. J’étais soulagé qu’elle ait au moins une chance. Je savais également que les noms qu’il n’avait
pas mentionnés étaient sans doute morts. Paterson et Henry étaient tombés en protégeant Bianca. Je
me dis de ne pas oublier de payer les familles des deux hommes. C’était une maigre consolation, mais
au moins ils ne laissaient pas d’enfants ni des d’épouse derrière eux.
Mon premier appel fut pour mes bureaux à Vegas, puis à New York pour joindre mon bras
droit. Je fis appel à toute l’aide à ma disposition pour que les choses aillent plus vite.
40
Monsieur Impuissant
BIANCA
Épilogue
PRESQUE UN AN PLUS TARD
Son regard ne me quitta jamais, même lorsque ses yeux se remplirent de larmes, que ses larmes
débordèrent très vite, coulant le long de ses joues avant que le prêtre ait terminé la dernière phrase.
Je levai la main et les essuyai doucement. C’était normal. Il avait silencieusement séché mes
larmes pendant le reste de la cérémonie.
Il y eut quelques phrases de plus, mais je les entendis à peine pendant que je regardais les lèvres
tremblantes de James former les mots « Je t’aime » en chuchotant.
J’entendis vaguement la phrase célèbre demandant d’embrasser la mariée, mais je n’avais pas
encore compris les paroles que James m’attirait déjà contre lui pour m’embrasser doucement. Ce fut
un baiser plein de finesse qui promettait l’éternité. Mes propres lèvres répondirent avidement à cette
promesse.
Je poussai un petit cri gêné lorsqu’il me souleva soudain. Il rit en me faisant tourner.
J’agrippai ses épaules pendant que ses yeux brillaient en fixant les miens.
– Nous avons réussi, ma belle, me dit-il doucement d’une voix émerveillée. Tu es à moi, pour
toujours, Madame Cavendish.
Je secouai la tête quand il me redescendit lentement jusqu’au sol. Sa joie était contagieuse et je
me mis à rire avec lui.
– Tu es cinglé. Je suis à toi depuis toujours, Monsieur Cavendish.
5 ANS PLUS TARD
Je me réveillai avec une étrange sensation dans le bas du corps qui était devenu presque
insensible au cours des dernières semaines.
Je tapotai la main qui entourait ma taille.
– James, m’exclamai-je.
Je le sentis se raidir contre moi, immédiatement réveillé.
– Il est temps, Bianca ?
Je me mordis la lèvre, morte de honte.
– Je ne sais pas. Soit je viens de perdre les eaux, soit je me suis pissé dessus.
L’enfoiré se mit à rire et je lui donnai un coup de coude. Il fut debout à côté du lit, à sourire
comme un débile en l’espace d’une seconde. Il étudia mes jambes humides et je fermai les yeux,
n’ayant jamais eu autant honte.
– J’ai perdu les eaux ? lui demandai-je.
Il continua à m’examiner en fronçant les sourcils.
– Je ne sais pas comment faire la différence. Tu ne le sens pas ?
Je haussai les épaules, je me sentais pitoyable.
– Tout est devenu insensible ces derniers temps. Je déglutis, détestant lui poser la question : Tu
peux le sentir ?
Il ne fut pas offensé. Il ne l’était jamais. C’était le plus dévoué des maris pour une épave de
femme enceinte pour la première fois.
Je ne pouvais pas me résoudre à le regarder pendant qu’il vérifiait.
– Aucune odeur. Je pense que nous allons avoir notre bébé, ma belle.
Nous savions tous les deux quoi faire et James passa à l’action, mais j’eus l’impression de ne
pas pouvoir bouger au début, submergée par l’idée que la prochaine fois que nous allions revenir ici,
nous aurions un bébé avec nous.
J’entendis James parler au téléphone dans son dressing.
– Stephan. C’est l’heure. Tu as cinq minutes pour nous venir à la voiture, sinon tu devras nous
rejoindre à l’hôpital. (Il fit une pause.) Tout à fait sûr. Elle a perdu les eaux. Nous allons tous
rencontrer notre bébé aujourd’hui.
Quelques instants plus tard, il fut de retour à mes côtés, déjà habillé. Je ne l’aidai pas beaucoup
quand il enleva ma chemise de nuit et qu’il m’enfila une robe confortable.
– Tu peux te lever ? demanda-t-il doucement.
Je hochai la tête et me levai lentement en me sentant maladroite. Les bras forts de James
m’aidèrent à garder l’équilibre jusqu’à ce que je puisse me tenir debout sans son soutien.
Il s’agenouilla à mes pieds et me nettoya avec un linge humide, changeant mes sous-vêtements
sans un mot. Il fit passer un bras autour de ma taille, l’autre bras tenait fermement le mien pour me
guider en bas des escaliers jusqu’au garage.
Clark et Blake nous attendaient à côté d’un grand 4x4 urbain noir. Nous avions déjà préparé les
bagages pour l’hôpital plusieurs mois auparavant, grâce à Cavendish, l’homme-qui-veut-tout-
contrôler, alors je fus soulagée de ne pas avoir à m’inquiéter de ça.
James s’assura que je sois confortablement assise et bien attachée avant de monter lui-même.
Mon énorme ventre avait tout rendu plus difficile ces derniers temps et je n’avais jamais autant
apprécié sa sollicitude que pendant les épreuves de la grossesse.
Clark recula la voiture et s’arrêta juste à l’extérieur du garage colossal avec un immense sourire
quand il se tourna vers nous.
– Les garçons ont réussi à être prêts, nous dit-il.
Je regardai derrière la voiture et je vis nos deux voisins préférés courir vers nous, Stephan
laissant Javier loin derrière lui.
James et moi échangeâmes un sourire de bonheur.
Quelques secondes plus tard, Stephan montait dans la voiture, à bout de souffle et en me jetant
des regards inquiets. Il s’installa juste derrière nous et se décala pour pouvoir poser un baiser sur le
haut de ma tête avant de s’asseoir.
– Comment vas-tu ? Comment va notre bébé ? me demanda-t-il en regardant James.
James ne pouvait pas s’arrêter de sourire.
– Notre bébé est prêt à nous rencontrer aujourd’hui.
Je frottai mon ventre en essayant de ne pas stresser au sujet de l’épreuve qui allait venir. James
me vit faire et se baissa pour embrasser mon ventre, comme il l’avait fait d’innombrables fois au
cours des huit mois et demi passés. Je caressai ses cheveux soyeux.
Javier monta dans la voiture alors que James rendait toujours hommage à mon énorme ventre. Il
sourit en voyant la scène.
– Nous ne verrons plus cela aussi souvent dorénavant, dit-il.
Je tapotai James sur la tête.
– Ça va me manquer, dis-je doucement.
Il se déplaça de façon à pouvoir me regarder dans les yeux, la joue toujours appuyée doucement
sur mon ventre.
– Nous pouvons faire cela aussi souvent que tu le veux, Madame Cavendish.
Nous étions à dix minutes de l’hôpital et le trajet fut occupé par nos bavardages, si bien qu’il
passa très rapidement, comme mon admission à l’hôpital, expédiée par mon mari immensément
riche. Je fus au lit en un temps record.
Dr Lisa nous y rejoignit presque en même temps, sans avoir l’air d’avoir été tirée du lit, alors
que je savais que c’était le cas. Elle me sourit d’un air rassurant.
– Tu vas être maman aujourd’hui, me dit-elle après un court examen.
C’était une idée intimidante.
Quelques heures éreintantes plus tard, surtout pour James, un petit bébé fut posé dans mes bras.
J’avais été si certaine qu’un enfant rouvrirait de vieilles blessures, qu’il déchirerait les choses en
moi qui n’avaient jamais été complètement guéries. Même lorsque j’avais été certaine de vouloir des
enfants et même au cours de la grossesse, quand j’avais ressenti les premiers symptômes de l’amour
parfait d’une mère, j’avais eu ce doute. Je n’avais absolument pas pu savoir que la vue du visage
parfait de notre fils allait avoir l’effet opposé. Cela ne m’avait pas ouverte. Mes blessures n’avaient
pas été aggravées. Comme mon amour pour James, cela m’avait guérie. James me disait toujours
qu’il m’avait aimée dès le premier regard et il m’arriva la même chose avec Duncan Stephan
Cavendish.