Droit et Institutions en Afrique Traditionnelle
Droit et Institutions en Afrique Traditionnelle
« UCEK »
FACULTE DE DROIT
RESUME DU COURS
Ainsi, nous étudierons dans la présente introduction générale les différents concepts qui
composent l’intitulé de ce cours avant d’aborder par la même occasion la problématique.
A. Notion
Souvent la définition du droit par un juriste donne à priori l’impression d’être éloignée de la
réalité sociale. De cette façon, une définition plus mécanique du droit pourrait faire croire que
celui-ci n’a rien avoir avec le social qui, renferme à la fois le secteurs social, politique,
économique et culturel.
Le droit étant inséparable de la notion de la culture, fiat donc partie du secteur socio-culturel.
Les normes sus évoquées font appel à deux éléments indissociables. Il s’agit d’un côté de la
menace de sanctions sociales, qu’elles soient organisées ou diffuses (vagues, imprécises, etc.),
de l’autre, l’obéissance à une prescription sociale. C’est-à-dire la soumission à une règle.
Cette soumission n’est pas forcement dû au risque éventuel de la sanction mais plutôt à la
valeur qu’on attache donc c’est avant tout une acceptation intérieure de cette règle.
Il est à remarquer que les règles sociales évoquées ici sont édictées par l’autorité publique
suivant un long processus dont il est inutile de revenir.
En ce qui concerne les règles établies par la coutume, la tradition et les usages, c’est le groupe
social lui-même qui les élaborait d’une façon inorganisée. A ce stade seul le mode de sanction
pouvait caractériser ces règles de droit.
A ce jour, l’édiction des règles de droit est bien différente, bien que celles-ci garde les mêmes
caractères.
Ces caractères sont doubles. Soit, ces règles constituent un ordre positif soit elles constituent
un ordre négatif.
B. comparaison avec les autres règles de conduites
1. Le droit et les usages
Les usages constituent les irritations ,c’est à dire une forme du conformisme d’acte et
de comportement ,contrairement au droit qui une sanction de l’autorité publique , la
violation des usages est sanctionnée par une réprobation diffuse et inorganisée du
groupe social .Il cependant quelques règles nées de l’usage des habitudes des
hommes que le droit prend et donne un caractère obligatoire et la sanction.
2. Le droit et la morale
La morale est lié à la notion du bien et du mal. La plupart des règles de droit sont
empruntées à la morale et le droit peut aussi exercer une influence sur les mœurs
d’un pays (lorsque par exemple le parlement adopte une loi accordant le droit
d’avorter aux femmes , du coup l’avortement à la longue sera considéré comme
faisant partie du bien dans le pays).
Malgré tout ,la morale à un domaine plus vaste que le droit .Elle se limite pas qu’en
société mais aussi l’individu personnellement (le remord de l’individu fait partie des
sanctions de la morale, ce qui n’est pas le cas pour les règles de droit).Aussi, la
morale vise la perfection alors paix sociale.
A .Notion
Le concept apparait dans plusieurs domaines scientifiques d’après le dictionnaire
Lalande, la structure est la disposition des parties qui forment un tout par opposition à leur
fonction. Le terme s’emploie ainsi pour désigner, par opposition à une simple combinaison
d’éléments, un tout formé de phénomènes solidaires, tels que chacun dépend des autres et ne
peut être ce qu’il est que dans et par sa relation avec eux.
S’agissant de la structure sociale, l’élément de base reste l’individu. Par conséquent, une
structure sociale serait un groupe d’hommes vivant en société. C’est par rapport à cet aspect
que certains auteurs considèrent une structure comme un ensemble de relations sociales dans
une société à un moment donné.
Parmi ceux-ci, on peut citer Radcliffe Brown. Pour cet auteur, la structure est un arrangement
de personnes ayant entre elles des relations institutionnellement contrôlées et définies telles
que les relations du roi et de son sujet ou celles du mari et de sa femme. Une structure sociale
peut donc, à la lumière de ce raisonnement, être définie comme un réseau permanent des
relations sociales au sein d’une société.
Par rapport au structuralisme ,les structures ne restent plus aussi immobiles que ça, elles
peuvent subir une transformation sensible liée à un élément interne de la structure
même.
Ainsi, nous pouvons dire autrement que le milieu influe sur le système ,provoque des
transformations et subit également ses effets , même s’il y a de distinguer les
transformations dans le système qui affectent l’état du système sans en changer les
caractéristiques fondamentales et les transformations du système qui au contraire
modifient l’état et en altèrent définitivement les caractéristiques .
A. Notion
Ce mot institution vient du latin: « statu », qui veut dire ce qui est établit , Ainsi ,
nous définissons le concept institution comme ce qui est établi par la volonté
humaine. C’est à dire une création humaine contrairement à tout ce qui est produit
par la nature .
Il y a à noter cependant que tout ce que l’homme établit n’est pas une institution.
L’institution suppose une création collective débouchant sur une organisation durable
et permanente . C’est en réalité un ensemble des plusieurs volontés humaines.
Les premières forment un corps (un tout) et sont constituées par une collectivité
humaine unie par une idéologie ou un besoin commun et soumise à une autorité
reconnue et à des règles fixes . Souvent les institutions parviennent à une existence
propre.
L’Etat est le model parfait d’une institution organe les secondes, sont aussi appelées
des institutions .Elles sont des mécanismes sociaux destinés à pouvoir au bien
commun. Il s’agit d’un système des règles juridiques qui collaborent les unes avec les
autres pour constituer un ensemble des mécanismes et engendrer une série indéfinie des
relations ,ces mécanismes institutionnels régissent les organes et posent des règles
auxquelles ils obéissent .ce sont des règles de fonctionnement .
C’est donc un ensemble des principes qui facilite la gestion politique d’une société .
Accouplé à l’Afrique ,ce concept voudrait signifier que l’Afrique à considérer , c’est
cette Afrique authentique dans ses coutumes ,dans ses traditions que ni l’innovation de
la culture occidentale ,ni l’impact des institutions et d’autres.
Section 2 : Problématique
Paragraphe 2. Intérêt
D’abord, cet enseignement apporte un cinglant démenti à l’affirmation de certains selon
laquelle la vie politique était inconnue dans les sociétés africaines précoloniales et démontre
ainsi qu’avant la colonisation, l’Afrique avait connu certaines formes d’organisation sociale et
politique, des institutions à tendance « étatique » dont certaines ont même survécu à
l’invasion des institutions d’origine étrangère apportées par la colonisation.
Ensuite, une autre dimension est la consécration des aspects positifs des coutumes et
traditions, pour leur intégration au processus du développement (par exemple : la solidarité et
l’hospitalité face à la montée de la xénophobie). On découvre donc qu’au rendez-vous du
donner et du recevoir, l’Afrique apporte sa part à l’humanité.
Paragraphe 3. Plan
Toutes ces considérations nous amènent à subdiviser cette étude en deux titres plus un titre
liminaire ; en dehors du titre liminaire qui nous permet d’entrée en douceur dans la matière,
les deux titres correspondant aux époques différentes, à savoir, la période précoloniale,
coloniale et postcoloniale.
TITRE LIMINAIRE : SOCIÉTÉ ET AUTORITÉ TRADITIONNELLE
Il est important pour nous d’appréhender en liminaire les sociétés et autorités
traditionnelles puisque cette étude tournera essentiellement autour de ces deux
notions .Ainsi nous les aborderons tour à tour dans le présent titre .
Section [Link]és
L’histoire de l’humanité enseigne qu’à une certaine époque, les hommes vivaient dans un état
proche des bêtes, donc à un stade correspondant à celui des sociétés naturelles.
Ces sociétés naturelles vont devenir des sociétés politiques, à partir du moment où les progrès
de la production matérielle et de la pensée vont permettre aux hommes de se constituer en
sociétés capables de réfléchir et de décider des affaires communes de la collectivité, c’est-à-
dire de se livrer à la planification de la vie.
C’est ainsi que, vis-à-vis de l’extérieur, toute société globale cherche sa survie physique en
s’opposant aux autres sociétés globales ou en coopérant avec elles ; ceci nécessite des
structures ou des institutions. À travers des exemples tels que des traités signés entre tribus ou
des guerres livrées en vue de défendre le territoire ou de conquérir d’autres territoires, on est
porté à soutenir, même au niveau de sociétés politiques élémentaires, qu’il a existé une sorte
de vie internationale.
Vue sous son aspect interne, toute organisation sociale renferme une fonction politique, celle
consistant à assurer le maintien de l’ordre social interne grâce à l’idée de contrainte découlant
d’un ensemble des relations dictées de l’ascendance de certains hommes sur d’autres.
Cependant, cette contrainte ne doit pas nécessairement se traduire par des mécanismes
spécialisés comme la prison, le fouet ou des juges spécialisés.
Bref, la contrainte ne doit pas être exprimée nécessairement par une institution
gouvernementale ; elle peut juste découler d’une simple crainte révérencielle.
Le premier stade par lequel sont passées les sociétés africaines est celui des sociétés
primitives, caractérisées par l’absence d’exploitation des uns par les autres. Le deuxième
stade fait apparaître des signes de décomposition primitive.
Plusieurs auteurs qui ont écrit sur les organisations politiques de l’Afrique noire établissent
une nette distinction entre, d’une part, les sociétés étatiques et, d’autre part, les sociétés non
étatiques : D’un côté, les sociétés possédant une autorité centrale, des institutions judiciaires
et une administration ; dans une telle société, la distinction de fortune et de statut se fait
d’après les modes de distribution des pouvoirs ;
De l’autre, les sociétés qui n’ont ni autorité centrale, ni institutions judiciaires, ni
administration ; il s’agit, en fait, des sociétés sans gouvernement dans lesquelles aucune
différence de statut, de rang ni de fortune ne compte.
Ici, il faut éviter de confondre l’Etat et le politique. Si l’on peut prétendre au non existence
des Etats dans certaines sociétés traditionnelles africaines, il ne semble pas logique d’y nier la
notion de politique, qui se trouve partout, même dans les sociétés animales. L’Etat et le
politique sont deux notions à ne pas confondre d’autant plus qu’il n’y a pas équivoque entre
l’organisation d’une société relevant de la notion d’Etat et le phénomène de politique qui est
inhérent à l’existence de tout groupe social donné.
Dans une société étatique comme dans une société « anétatique », le pouvoir se caractérise par
l’existence d’une contrainte organisée dans l’une et généralement inorganisée dans l’autre. En
tout état de cause, l’intérêt de la société globale est précisément de détecter le politique même
dans la société qui ne présenterait pas les caractéristiques d’un Etat (ex. dans la famille, le
clan, la tribu…).
Comme ne peut faire agir les hommes par pure contrainte de peur de préparer ces
derniers au révolte la société se dote donc, en vue de faire face à ces désagréments,
d’autorité fonctionnelle et officielle.
Le terme autorité désigne à la fois le pouvoir ,la puissance détenue par un individu ou
un groupe d’individus appelés à commander les autres et à se faire obéir.
L’autorité est donc une disposition personnelle permettant de se faire obéir sans
employer la force, laquelle peut intervenir en dernier recours en cas de dissidence.
C’est ce qui évoque l’ordre de la logistique et la notion de légitimité.
Toute société humaine pour survivre, elle a besoin d’une autorité. En définissant
l’homme comme « animal politique » Aristote voulait dire que l’homme appartient
naturellement à la cité c’est à dire une société gouverné.
L’autorité qui s’exerce ainsi (forme d’autorité) sur les hommes de même race ou
libres est l’autorité politique ,laquelle est définie par le commandement des hommes
libres, la cité ne peut exister sans le commandement, ce qui nous amène à l’utiliser
dans le sens de l’autorité traditionnelle africaine qui dans un sens très large désigne
les personnes et /ou les groupes investis des responsabilités de quelque nature soient-
elles. Dans une acception plus étroite ,il s’agira plus particulièrement des autorités
politiques agissant entant que telles dans la société.
Ainsi , cette autorité traditionnelle s’exerce autant dans les sociétés organisées en Etat
ou chefferie que dans celles
A. Au nom de la science
Certaines affirmations scientifiques peuvent aveugler tout un peuple et l’amener à
obéir à une mauvaise autorité qui l’amène loin de son propre bien.
Nous pouvons citer à titre d’exemple le magazine pour lequel ,le peuple
allemand ,face à certaines affirmations scientifiques a adopter et approuver les
décisions de ces autorités de l’époque.
B. Autorité idéologique
L’idéologie sert à certaines autorités d’asservir les individus. L’idéologie ici entendu
comme une conception du monde structuré et achevé ,donnant sens à l’existence des
toutes ses dimensions physique ou métaphysique.
Pour ce faire ,l’autorité doit à tout prix éviter l’autoritarisme et préserver sa distance.
TITRE PREMIER : LES SOCIETES AFRICAINE AVANT ET PENDANT LA
COLONISATION
Il sera question dans ce titre d’analyser les sociétés africaines précoloniales (chapitre I)
avant d’analyser les sociétés africaines face à la colonisation (chapitre II).
Pourtant, l’histoire nous renseigne le contraire. Il a bel et bien existé des sociétés
politiques, avec une forte organisation, presque semblable aux Etats moderne pour
certaines.
Cependant, il faut distinguer selon qu’il s’agit des sociétés étatiques et les sociétés non
étatiques ou an étatiques dites primitives.
Ainsi, bien qu’il n’existait pas des institutions au sens moderne, il n’existait pas une
anarchie comme les autres disent mais plutôt un mécanisme de participation de
membres à la gestion de la société.
Nous allons donc étudier tour à tour l’autorité traditionnelle dans les sociétés sans état
et sans chefferies, l’autorité traditionnelle dans les sociétés étatique avant d’étudier
enfin les différents mécanismes de prise des décisions
Section 1 : L’autorité traditionnelle dans les sociétés sans Etat et sans chefferies
Il convient de souligner avant tout que ces sociétés présentent de nombreuses variantes
caractérisées par l’absence d’un appareil d’Etat.
Les sociétés non étatiques n’avaient pas d’organes législatif, exécutif ni juridictionnel,
comme c’est le cas dans les Etats moderne.
Dans ces conditions, la gestion supposait l’intervention soit du peuple tout entier, ou du
moins, de l’ensemble des hommes (démocratie populaire), soit de groupements divers
(classes d’âge, associations, groupes de parenté) et d’individus à prestige (démocratie
clanale). Cela n’excluait pas l’existence d’un chef, mais le chef était un « leader » et non
un « ruler » dont la fonction était de diriger les affaires communes (chasse, la guerre, le
commerce, ect.).
A ce propos, nous pouvons citer le cas cité par David Tait écrit que les Konkomba
localisés dans le Nord du Togo, qui n’avaient aucune institution juridique, en ce sens
qu’il n’y avait aucun cadre pour la législation formelle ni pour les décisions
juridictionnelles, aucune espèce d’agents chargés de faire appliquer la loi. Plus loin, tout
en remarquant qu’il n’y avait pas des règles de conduite (standards), il ajoute que les
règles ne furent à aucun moment établies par un parlement, ni interprétées par des
tribunaux, ni mises en application par un exécutif.
Les exemples sont multiples, seulement, manquant des moyens efficaces permettant de
transmettre l’histoire intégralement, nous nous contentons de l’histoire nous donné par
les anciens collons d’Afrique et le problème est que ces observations étaient faites alors
que les sociétés africaines avaient déjà subies l’influence du colonisateur.
Ainsi, la cohésion des sociétés politiques était assurée, non par des institutions de
domination, mais par des mécanismes divers de participation.
Les études des ethnologues le démontrent, les sociétés anétatiques dites primitives
constituaient des sociétés globales qui résultaient chacune d’un territoire bien délimité,
d’un espace propre à un groupement humain déterminé et organisé sur base de la
parenté. Ainsi, le territoire jouait un rôle très important dans la séparation nette entre
l’intérieur et l’extérieur des groupements humains.
A. Notion
Les rapports politiques sont confondus avec les rapports de parenté et la structure
politique et l’organisation de parenté complètement fusionnés. L’unité politique la plus
large que puisse recouvrir ce système politique n’englobe que des éléments établissant
des liens de parenté.
B. Organisation
L’unité politique et territoriale supérieure dans ces sociétés est le groupe familial, la
maisonnée (lignage nucléaire), le lignage majeur (groupe de plusieurs familles ayant un
ancêtre commun), parfois, le clan.
Ces sociétés sont souvent segmentaires, c’est-à-dire que les groupes de parenté se
divisent continuellement pour former les uns vis-à-vis des autres des groupes
autonomes antagonistes, susceptibles cependant de s’unifier en cas de conflit avec une
unité supérieure. L’exemple classique de ces organisations est celui du peuple Tiv du
Nord du Nigeria, société segmentaire où l’unité politico-territoriale la plus élevée est la
maisonnée familiale, ce qui implique une grande dispersion des groupes de parenté.
S’agissant des pouvoirs, leur extension est très limitée et seuls en sont investis les chefs
de maisonnées ou de collectivités familiales restreintes, les conseils formés de ces
derniers et, éventuellement, certains chefs éphémères de groupements alliés. L’autorité
s’établit sur les liens personnels et non pas d’une façon anonyme.
A. Notion
C’est un système dans lequel il y a coordination entre la structure familiale et la
structure politique. Le pouvoir est donc partagé entre les autorités familiales et certains
individus à prestige appelés « leaders », c’est-à-dire des chefs ayant une autorité autre
que familiale mais qui ne la détiennent qu’à titre provisoire (pour regler certaines
situations ou résoudre des problèmes).
Il peut exister une forme de superposition des groupements familiaux par des groupes
de voisinage participant au même culte.
B. Organisation
Comme précédemment dit, dans ce système, les pouvoirs politiques sont partagés entre
la structure familiale et certains individus à prestige ou leaders.
On peut citer, à titre d’exemple, l’apparition de leaders à prestige rituel pour régler les
conflits et arrêter les vendettas. C’est le cas des chefs à peau de léopard chez les Nuer
dont le rôle est de concilier les parties en lutte, sans autre pouvoir judiciaire ou exécutif.
C’est là un cas qui laisse entrevoir un début de différenciation dans les formes
d’autorités, celle du chef de lignage – satellite, celle du chef de lignage dominant et celle
du leader –arbitre.
Les leaders se retrouvent aussi dans d’autres sociétés comme chez les Dinka au Soudan
et tant d’autres.
L’exemple des populations Tallensi du Ghana du Nord, illustre d’une façon assez
typique le partage du pouvoir politique entre les autorités familiales et celles chargées
des cultes de la terre.
Paragraphe 3. Système à pouvoir politique à trois foyers d’autorité
A. Notion
Dans ce système, le rôle politique des autorités familiales va décroître au profit des
institutions collectives locales. En effet, il s’agit du système où le pouvoir est exercé par
différentes collectivités ayant fonction de conseil, des classes d’âges et des individus à
prestige.
B. Organisation
Dans ce système, les pouvoirs politiques sont partagés entre les trois foyers d’autorité
qui ne les exercent que dans une région restreinte. Ceci entraîne une gradation des cas,
selon la prééminence qu’ils accorderont à l’une plutôt qu’à l’autre de ces institutions.
C’est-à-dire lorsqu’il y a un cas on commence par la première autorité à défaut de le
régler le cas est transféré à l’autre instance.
L’exemple type est le cas des Galla d’Ethiopie, où la tribu, subdivision du groupe
ethnique, est composée de dix classes d’âge dont la quatrième, la classe des guerriers,
dispose du pouvoir politique qu’elle exerce avec le groupe des guerriers et avec son
leader nommé pour huit ans, qui est à la fois prêtre, chef de guerre et auteur des lois,
discutées en conseil de groupe.
D’autres systèmes, au contraire, accordent une importance presque égale aux conseils,
aux classes d’âge et à certains leaders. C’est le cas, par exemple, des Kikuyu et des Nandi
du Kenya, dont l’organisation est assez voisine.
Il y a d’autres systèmes, enfin, qui attachent une plus grande importance aux conseils
plutôt qu’aux classes d’âge et aux leaders ; c’est le cas notamment des Ibo au Nigeria de
l’Est.
En règle générale, il est rare de trouver, dans une société sans Etat, le conseil comme
institution politique essentielle réunissant des membres de familles différentes choisis
au sein des groupes voisins et non parmi les mêmes groupements de parenté, comme
c’était le cas pour les systèmes lignagers. Pourtant, le conseil constitue en Afrique noire
l’institution politique la plus répandue. Dans les structures étatiques, le conseil forme
un élément de l’Etat.
a) L’autorité apparaît dans ces sociétés comme diffuse et s’exerce dans tous les
domaines de la vie sociale, particulièrement dans les domaines familial et religieux.
b) Dans ce type de sociétés, non seulement la séparation entre les pouvoirs n’apparaît
pas, mais l’absence de véritables superstructures politiques rend nécessaire
l’intervention dans le domaine politique de groupements (groupes de parenté, classes
d’âge, communautés culturelles) qui, dans des organisations étatiques, ne joueraient
qu’un rôle secondaire dans le maintien de l’ordre social.
c) Dans cette première catégorie des sociétés où le statut social se fonde sur l’âge, les
pouvoirs magiques ou religieux, éventuellement la fortune plus que sur la naissance, le
caractère politique de l’autorité est intimement associé aux institutions familiales et
religieuses ou aux structures d’âge.
Bref, les taches de l’autorité traditionnelle est précises et il ne peut pas outrepasser.
Ces caractères font que la légitimité dans ces groupes résulte du consensus accordé par
chacun des groupes à ces différents niveaux et non de la volonté d’une autorité
supérieure, qui délègue une partie de ses fonctions.
C’est ainsi que dans le domaine économique, par exemple, les fraternités d’âge jouaient
un rôle considérable.
On peut dire enfin que les sociétés africaines étaient des sociétés sacrales. Ce caractère
sacral était directement lié au système économique et social. Ici, il faut souligner
l’importance du facteur religieux dans la vie sociale traditionnelle dont on peut dire
qu’elle était littéralement imprégnée de religion. C’est meme ce qui poussa certains
auteurs à dire que « la religion pénètre tout sans être tout et le Noir peut se définir
comme un être incurablement religieux » ou encore « aucune institution n’existe que
ce soit dans le domaine social ou dans le domaine politique, voire en matière
économique, qui ne repose sur un concept religieux ou qui n’ait pas la religion comme
pierre angulaire. Ces peuples dont on a parfois nié qu’ils eussent une religion sont, en
réalité, parmi les plus religieux de la Terre »
Tous ces caractères doivent être pris en considération, au même titre que les
mécanismes, pour expliquer le fonctionnement des sociétés politiques non étatiques
aussi bien que celui des Etats, car ils ne disparaissent pas avec l’apparition de l’Etat. Au
contraire, le pouvoir d’Etat les utilisera pour asseoir sa domination. En particulier, la
religion demeurera un facteur fondamental dans la vie politique africaine au point que
Luc de Heusch a pu écrire que « la science politique relève de l’histoire comparée des
religions ».
Dans cette dernière catégorie de sociétés, l’autorité individuelle, sans prendre pour
autant une place prépondérante, s’affirme plus nettement vis-à-vis des institutions
collectives. Ces dernières revêtent, en outre, un caractère plus nettement politique.
Dans la voie qui les mène à l’organisation étatique, ces sociétés vont présenter un
certain nombre de traits caractéristiques qui les éloignent progressivement de celles
que nous venions d’examiner.
Parmi ces sociétés, toutes ne seront pas organisées en Etat, toutes ne seront pas
politiquement unifiées. Il importe de distinguer, en effet, à l’intérieur des systèmes
pourvus de chefs politiques, ceux qui ont reçu le nom de chefferies et qui sont privés de
tout appareil étatique et ceux, au contrarie, qui constituent de véritables Etats.
Nous allons avant tout étudier le passage des états non étatiques aux états étatiques,
avant d’examiner la position des dirigeants dans les sociétés à chefferies et celle des
dirigeants dans les sociétés à Etat.
Cette évolution peut être mieux appréhendée à travers la naissance d’un Etat dit africain,
les formes de celui-ci et sa nature.
A. Naissance de l’Etat africain
La naissance de l’Etat en Afrique n’est qu’un aspect particulier du problème général de
l’origine de l’Etat.
Dans la naissance de l’Etat, il y a des facteurs exogènes, c’est-à-dire lorsque l’Etat est le
résultat des multiples conquêtes et guerres d’invasion, aussi il y a des facteurs
endogènes qui ont expliqué la constitution de certains Etats en absence de toute
conquête et enfin, il y a le mode de production asiatique qui se caractérise par la
stactification sociale d’origine économique ; c’est-à-dire le besoin économique justifie la
domination d’une société parmi les autres ou d’un individu.
On pourrait donc dire qu’il y a eu en Afrique deux types d’Etats : les Etats primaires ou
de fondation et les Etats secondaires ou dérivés. Alors que dans les premiers, la
formation de l’Etat résulte d’un processus interne, dans les seconds, au contraire, les
facteurs extérieurs expliqueraient l’origine de l’Etat. On peut ainsi noter que c’est à
partir des Etats primaires que se sont constitués des Etats secondaires ou dérivés :
royaumes et empires.
B. Formes d’Etat
L’étude de ce problème permet d’établir une filiation entre les formes anciennes et les
formes actuelles. Il va de soi que les solutions sont liées au mode d’exercice du pouvoir,
c’est-à-dire à la nature du régime politique. Plus le régime est autoritaire, voire
despotique, plus la tendance à unifier est grande.
En fonction du degré d’unité réalisé au sein de l’Etat, il est possible de répartir les Etats
précoloniaux en deux catégories. Il y a le cas d’Etat unitaire et le cas d’Etat de type
fédéral. Selon les époques, tel ou tel royaume a pu passer d’un type à un autre ou, à
l’intérieur d’un type, présenter des caractères différents.
On peut citer à ce sujet les cas du royaume Ashanti au Ghana qui avait connu la structure
fédérale et dans lequel le roi Asante Hene avait des vassaux qui étaient tenus de lui
prêter serment d’allégeance et il représentait l’unité du royaume. Il pouvait même
arriver que les vassaux se fassent la guerre dans lequel cas le monarque jouait le rôle
d’autorité suprême et d’arbitre.
Précisons que cet exemple n’est pas unique, on pourrait également citer les Bemba de la
Zambie que, malgré l’unité de la tribu fondée sur l’homogénéité ethnique, l’existence
d’une langue et de tradition communes, l’allégeance à un chef suprême (citimoukoulou)
constituaient un Etat de type fédéral.
À côté des Etats de type fédéral, l’Afrique a connu aussi des Etats unitaires, plus ou
moins centralisés.
En Afrique noire, on peut prendre l’exemple du royaume d’Abomey, qui est sans doute le
cas le plus achevé d’Etat unitaire. Le royaume était divisé en provinces ou régions, mais
ces collectivités ne disposaient d’aucune espèce d’autonomie connue. Elles étaient
administrées par des personnages placés sous la dépendance totale du roi et, de façon
plus directe, sous le contrôle du Migan, sorte de ministre de l’intérieur chargé de
l’administration territoriale. En fait, la décentralisation était très faible et le royaume
était plus proche d’un Etat centralisé que d’un Etat décentralisé.
Mais, à côté des Etats unitaires centralisés, on trouvait aussi des Etats décentralisés, en
fait ou en droit. Le plus souvent, les chefs ou les monarques n’étaient pas parvenus à
réaliser une centralisation aussi poussée qu’au Dahomey
Ces observations au sujet des formes d’Etat en Afrique précoloniale nous amènent, à
présent, à aborder la question de la nature de l’Etat.
C. La nature de l’Etat
Les auteurs se divisent à ce sujet. Certains vont jusqu’à nier l’existence d’Etat en Afrique
précoloniale, d’autres parlent d’Etat primitif ou traditionnel, les autres encore parlent du
type féodal tout en les distinguant du type européen.
Une première question qu’il est intéressant de poser est de savoir comment se situent
les sociétés politiques africaines par rapport à l’évolution générale de l’humanité ? Cette
évolution est-elle singulière ou bien n’est-elle qu’une illustration des lois générales de
l’évolution ?
D’abord, on ne peut pas dire que les Etats africains étaient de type esclavagiste en ce
sens que la possession d’esclaves aurait joué un rôle prédominant dans la vie des
sociétés africaines. La seule forme d’esclavage connue fut celle de l’esclavage
communautaire ou patriarcal caractérisé par l’appropriation collective de l’esclave ainsi
que par la faible importance du nombre et de l’exploitation de la main-d’œuvre servile.
Cependant, il y a lieu de retenir que par certains traits, l’Etat précolonial présentait les
caractères d’un Etat esclavagiste, notamment par la contribution des esclaves à la
production et leur rôle en tant qu’éléments de l’appareil de l’Etat.
Ensuite, quant à savoir si les Etats africains précoloniaux étaient de type féodal, il y a lieu
de considérer la féodalité comme un régime politique caractérisé par le lien
interpersonnel et non un mode de production. Les institutions féodales organisent entre
deux personnes, inégales en pouvoir, des relations de protection d’une part, de fidélité et
de service d’autre part. Elles lient donc le seigneur au vassal, le patron au client.
Cette conception ne saurait cependant être admise dans le cas de l’Etat africain
précolonial dans lequel on ne peut pas oublier que, liées aux conditions socio-
économiques existantes, la plupart des sociétés africaines étaient devenues des sociétés
de classes.
C’est donc par rapport à la notion de classes sociales que, comme le souligne Georges
Balandier, la nature de l’Etat africain doit être dégagée.
En effet, la notion de fief dont le sens étymologique a donné naissance au mot « féodalité
» est fondé sur l’appropriation privée de la terre, caractéristique de l’Etat féodal, n’est
apparue qu’après celle du bénéfice, caractérisée par l’attribution des terres à titre
d’usufruit et à titre temporaire par le monarque à ses vassaux. Or en Afrique, les terres
étaient avant tout un bien communautaire légué des ancêtres, donc impossible
d’envisager les vendre, même pas le roi lui-même n’avait ce droit.
C’est même ce sens que semblent préconiser les codes fonciers de presque tous les Etats
africains actuels, en consacrant l’appropriation exclusive du sol et du sous-sol, à la
communauté nationale représentée par l’Etat, et leur caractère inaliénable. Pareille
préoccupation semble avoir de mobiles religieux : en Afrique, la terre appartient aux
ancêtres, l’aliéner (la vendre aux étrangers), serait s’exposer aux pires calamités pour
des hommes qui restent attachés avant tout au culte de la terre. Le chef politique n’était
pas un chef terrien comme le souligne Gonidec.
Certains auteurs comme J. Lombard conclurent à juste titre que le féodalisme africain,
s’il existe, doit être recherché plus par rapport à une forme d’organisation politique que
par rapport à des droits réels se manifestant par l’attribution de « fief ».
Le rapport dit féodal intervient en tant que moyen mis en service d’une stratégie visant
la conservation par une aristocratie réduite et ses dépendants du pouvoir et de l’avoir.
- ou bien détruire l’Etat traditionnel dont le pouvoir pourrait être susceptible, dans
sa nature communautairement singulière de rivaliser avec le sien.
- ou bien le neutraliser et s’en servir comme d’un instrument politique, d’un relais
entre lui-même et la population.
Ces deux solutions ont été, en fait, utilisées selon les circonstances de temps et de lieu.
En face de pareille situation, la position des dirigeants dans les sociétés africaines
précoloniales doit avoir, certainement, été très délicate.
A. Chefferie, quid ?
Pour Bibombe Muamba, la chefferie est l’unité territoriale fonctionnant sous l’autorité
d’un chef, mais également toute forme d’organisation politique sans Etat, disposant
d’une autorité stable et continue. Pour sa part, le professeur Mbaya Ngang définissait la
chefferie comme étant une communauté naturelle dont la population reste attachée à
ses us et coutumes essentiellement dominés par le sens du sacré et de l’attachement
indéfectible au clan et à la parenté ou à la famille étendue.
Une société à chefferies est donc un groupe tribal divisé en de multiples unités
politiques. Mais face aux exigences modernes et aux impératifs du développement du
pays, les chefferies traditionnelles ont subi une évolution dans leur structure et dans
leur institution politico-sociale.
Le chef est donc à distinguer du leader, qui dispose, lui, d’une autorité temporaire
d’origine populaire et n’est pas un aristocrate. Il convient également de le distinguer du
souverain ou du monarque, terme qui est réservé à des chefs d’Etat qui sont à la tête
d’une société politique différenciée et hiérarchisée, occupant généralement un territoire
important.
Dans certains cas, des associations regroupant des individus de même classe d’âge ou
vénérant un même culte pourront opérer un certain contrôle sur les pouvoirs du chef.
Afin de réaffirmer quand est-il possible de qualifier telle société, « d’Etat » et non telle
autre, nous sommes obligé de dire encore un mot sur la notion d’Etat avant de
rechercher la position des dirigeants de pareille société.
A. Notion d’Etat
Certes, nous avons soutenu que le mot « Etat », entendu comme forme d’organisation
sociale, n’est pas à confondre avec celui de « politique » qui se rapporte à l’exercice de
pouvoir inhérent à l’existence de tout groupe social évolué.
Il est constitué des classes antagonistes et pour que ces dernières ne se consument pas,
le besoin s’impose d’un pouvoir qui, placé en apparence au-dessus de la société, doit
estomper le conflit, le maintenir dans les limites de l’ordre. Ce pouvoir, né de la société,
mais qui se place au-dessus d’elle et lui devient de plus en plus étranger, c’est l’Etat.
Dans cette perspective, le phénomène « Etat » existe dès l’instant où, sur la base des
différenciations sociales apparues dans les sociétés africaines, un individu ou un groupe
d’individus s’emparent de la fonction politique et l’exercent, non plus dans l’intérêt de
tous, mais dans leur propre intérêt.
Cette conclusion ouvre le voile sur la position des dirigeants de pareilles Etat.
a) Bien qu’on trouve, selon les sociétés, une variété relativement grande des
structures étatiques, l’organisation politique présente cependant un certain
nombre de caractères permanents et communs :
L’autorité des chefs d’Etat est héréditaire, comme celle des dirigeants des
chefferies, mais elle revêt un caractère religieux plus marqué, qui résulte de
l’origine surnaturelle qu’on attribue à la dynastie du souverain ;
La famille dirigeante tend à symboliser le peuple tout entier et par conséquent,
représente l’institution essentielle du gouvernement à la différence de la
chefferie, où le lignage des chefs n’est pas l’objet d’un même culte ;
L’autorité individuelle repose donc sur un fondement, même lorsque le mode de
séparation des pouvoirs ne lui accorde que des fonctions politiques limitées.
c) Qu’il s’agisse des sociétés multi-étatiques que celles qui n’ont pas réussi à unifier
totalement l’ensemble de la société, certains groupes ethniques ayant gardé leur
structure politique propre, ou des sociétés ayant unifié l’ensemble de la société, la
différence entre ces Etats n’a consisté ni dans le type d’autorité qui les gouvernait, ni par
le mode de répartition des pouvoirs. Ainsi, dans les uns comme dans les autres, les
détenteurs du pouvoir ont la même position.
Ici, le souverain détient tout le pouvoir, ne laissant aux autorités régionales que les
fonctions exécutives. Dans certains cas, il est entouré des dignitaires qui on le role de
contrôler les régions.
Les exemples de ces types d’Etats peuvent être trouvés chez les Nyoro et les Buganda de
l’Ouganda dont le Chef, le Kabaka, était un monarque quasi absolu ; les Temne de Sierra
Leone, les Sérères du Sénégal, etc.…
Dans les systèmes décentralisés, l’Etat reste encore fragile et l’autorité centrale impose
difficilement sa domination sur un ensemble de provinces, jouissant sinon d’une
relative autonomie, du moins de très larges pouvoirs.
Ici, le Chef de l’Etat délègue une partie de son autorité aux différents commandements
régionaux, à la tête desquels se trouvent souvent des dirigeants unis à lui par des liens
personnels, parfois familiaux, mais qui ne sont jamais des fonctionnaires susceptibles
d’être nommés ou révoqués par le pouvoir central. Chaque province dispose d’un
embryon de gouvernement.
Ce type d’autorité apparaît surtout dans les systèmes de forme « féodale ». En règle
générale, les pouvoirs sont monopolisés par le groupe de dirigeants, qui les exercent
seuls ou en conseil, les autres catégories sociales n’ont qu’une faible influence dans le
gouvernement.
Parmi ces types d’Etats, on peut citer notamment les Bariba du Dahomey, les Cotocoli du
Togo, les Dagomba du Ghana, les Bemba de la Zambie et de la République Démocratique
du Congo.
A. Notion
Eternelle décision, sacré phénomène résistant à toutes les critiques ! Le schéma
traditionnel de la décision perdure. Il fractionne la décision en trois moments :
préparation, décision, exécution. Il privilégie le second moment, appelé seul décision,
moment, paraît-il, de l’acte créateur. Il méprise l’exécution servile, toujours en aval.
Le schéma traditionnel a pour souci constant de préserver une décision libre et donc
de majorer le moment du choix par rapport aux autres moments qui composent le profil
de l’acte volontaire. Toutes les philosophies qui se sont attaquées à ce schéma «
libérateur » se sont vues traitées de fatalistes, sombrement ou bassement matérialistes,
déshumanisantes, pessimistes, allant contre la « grandeur » de l’homme.
B. Fonctions de la décision
La décision remplit au moins quatre fonctions fondamentales dans la société
d’aujourd’hui.
4° A cette fonction, on peut rattacher une quatrième, celle qui estime que soient
séparées des tâches absorbantes qu’entraîne la prise de décision au niveau
opérationnel, l’élaboration de la politique au risque de voir les pressions du court
terme empiéter sur cette élaboration qui peut toujours se voir remise au lendemain. Il
faut donc la séparer de la prise de décision afin d’offrir une perspective à la fois plus
objective et plus impartiale à la formulation des choix.
C. La décision selon les âges
A chaque âge, classique, moderne et contemporain, la définition de la décision a succédé
à l’autre.
La décision classique, c’est la bonne décision droite, en ligne, celle qui assure au sujet
libre les choix de rentabilité progressiste, linéaire.
3. L’âge contemporain
La décision semble donc avoir obéi aux règles consistant à voir la communauté se
prendre en charge. Toutefois, les décisions du groupe, connues de tous, senties et
censées connues par ceux que l’âge, le prestige ou l’ascendant mettaient à la tête des
autres devaient être canalisées par ceux-ci et exécutées de bonne foi sans aucune
contrainte par tous.
Ici, la décision de cette société est plus proche de la décision classique qui concerne
l’homme certain, libre.
B. Dans les sociétés étatiques
Avec l’apparition d’autorités et institutions centrales se distinguent également les
véritables « décideurs », capables de préparer, de décider et de faire exécuter, même par
contrainte.
Dans l’ensemble, il faut tenir compte du consensus qui entoure les actes des « décideurs
» qui, généralement sont connus, acceptés et exécutés par tous comme préceptes
sociaux.
D’abord léguées par les colonisateurs lors de la naissance des nouveaux Etats africains,
les institutions métropolitaines sont venues se greffer sur des mentalités, des cultures,
en général, contraires à leur essence. Incapables de maîtriser un processus opposé à
des habitudes véhiculées par des traditions non conformes « réprimées » pendant des
décennies dans le subconscient, les africains n’ont pu être en mesure de se choisir un
système de gouvernement équilibré.
Dans le premier cas, le plus souvent, la fraude du sommet affecte sérieusement la base
et le sommet, par solidarité, vient à la rescousse de ses « délégués » pour régulariser
leurs actes illégaux.
Dans le deuxième cas, par crainte de la sanction latente de non reconduction, les abus
sont moindres et les décideurs sont plus attentifs aux avis et réactions diverses de la
population.
S’il ne se trouve pas devant des textes qui l’empêchent de jouer son rôle par leur
inapplicabilité, il se distingue par un déni regrettable.
Toutes les fois qu’il a réussi à siéger et à oser trancher, il a hypothéqué son
indépendance et sacrifié sa noblesse sur l’autel du pouvoir politique ou celui de l’argent.
C’est ainsi que dans cette section, nous étudierons successivement les origines de la
colonisation (§1), l’essence du phénomène colonial (§2) et les modes d’établissement de
la domination coloniale (§3).
A. Motivations principales
De nos jours, certains africains tente d’anoblir la colonisation le prenant pour une sorte
de « fatalité historique et cela juste pour se faire accepter de l’opinion internationale.
Mais en réalité, la colonisation n’a rien de mystérieux. Elle n’est pas du tout une
entreprise humanitaire. La motivation principale ou déterminante est simple : il s’agit
de la période de l’accumulation du capital qui va permettre l’évolution du capitalisme,
le passage du capitalisme commercial et financier au capitalisme industriel. À partir de
ce moment, l’entreprise coloniale a un autre objet : assurer des débouchés pour les
manufactures et trouver des sources de matières premières en faveur de l’Occident.
L’idée du gain est toujours au premier plan bien que d’autres motifs ont pu inspirer la
colonisation et ne servant souvent qu’à masquer l’essentiel ou à justifier les excès.
B. Motivations secondaires
On pourrait aussi, pour justifier l’originalité du phénomène colonial, relever d’autres
motifs, notamment le souci de convertir les Africains à la foi chrétienne (religieux) ou
d’éduquer les populations indigènes (culturel).
Il est vrai que le colonialisme a plusieurs visages. Les ouvrages scolaires, en particulier,
l’ont présenté sous son visage le plus aimable et le plus séduisant ; tandis que les
colonisés et leurs gouvernants étaient vilipendés. Cependant, le fait colonial n’est pas
une idée pure. On ne peut l’expliquer que si on le replace dans son contexte général,
variable d’ailleurs selon les époques.
A. Domination économique
Pour nous limiter à l’Afrique noire, les premiers contacts avec l’Europe (16ème siècle)
furent dominés par un fait d’une portée incalculable : c’est le commerce des esclaves qui
marqua l’histoire de l’Afrique entre 1500 et 1900 et modifia la structure sociale de
beaucoup de royaumes et d’empires aussi bien en Afrique de l’Ouest qu’en Afrique
australe. On discute sur l’importance de la saignée subie par les populations africaines.
En tenant compte de morts, des auteurs évaluent la ponction entre 100 et 150 millions
d’âmes.
On peut en discuter, quoi qu’il en soit, ce rapportait des sommes fabuleuses grâce au
commerce triangulaire entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique : l’Afrique exportait des
esclaves vers l’Amérique, l’Amérique envoyait les produits agricoles et miniers en
Europe qui, à son tour, expédiait en Afrique les armes à feu et autres. Du point de vue de
l’Europe, la traite contribua à l’accumulation de richesses qui devaient permettre le
développement économique de ce continent. En revanche, du point de vue de l’Afrique,
la traite des esclaves entrava le développement des forces productives et entraîna la
désagrégation des sociétés politiques africaines.
L’effet premier de l’expansion coloniale fut donc essentiellement négatif et peut être
considéré comme une des causes du sous-développement économique.
B. Domination culturelle
Au sens large du terme, cette domination est fondée sur le postulat de la supériorité de
la culture européenne, de la civilisation européenne sur les civilisations africaines. D’où,
les termes ‘barbares, sauvages, primitifs, arriérés, dégénérés’ utilisés pour désigner les
peuples africains. L’européen se veut ici d’être « civilisateur » en imposant sa culture au
peuple autochtone, du coup la culture européenne est utilisée pour servir l’intérêt du
colon. Au-delà de ce fait, Le résultat est que l’œuvre de colonisation culturelle est
demeurée inachevée.
D’une part, quelle que fût la politique coloniale, l’enfant fut traité comme une « tabula
rasa » sur laquelle on pouvait inscrire une culture entièrement différente de la culture
traditionnelle. Le colonisateur voulut créer des Africains qui fussent culturellement ses
semblables. La culture traditionnelle n’a point de place. Les Africains sont à la fois,
privés de leur propre culture, et acculturés, imprégnés de cultures occidentales. Il faut
dire, d’ailleurs, que le colonisé recherchait cette culture étrangère, car il pensait qu’elle
serait le moyen de faire cesser l’inégalité dont il était la victime. Mais, d’autre part,
l’éducation européenne était le privilège d’une minorité, car le colonisateur était mû
par son propre intérêt.
Quelles que soient les méthodes, l’effort missionnaire soutient l’action de l’Etat colonial
et la parole prêchée ne pouvait aller en l’encontre de l’intérêt du colon. C’est ainsi que les
prophètes comme Simon Kimbangu était traqué pour être mis sous silence afin de
garantir les intérêts du colonisateur.
De ce point de vue, il y a trois procédés qui ont été utilisés successivement, à savoir
l’annexion pure et simple, le protectorat et le système des mandats (remplacé en 1945
par le système de la tutelle internationale).
A. L’annexion
C’est le procédé le plus radical. Violente ou pacifique, l’annexion se réalise par
l’occupation du territoire.
D’abord, on érige en principe que les territoires africains sont des territoires sans
maître, c’est-à-dire non soumis à une quelconque autorité politique souveraine, afin que
l’occupation puisse être considérée comme un titre juridique valable.
Ceci explique que les sociétés politiques africaines soient présentées comme des
anarchies au sens vulgaire du terme et, en tout cas, comme des sociétés « anétatiques »
ou simplement barbares.
En second lieu, les Africains eux-mêmes étaient annexés en même temps que les
territoires, c’est-à-dire qu’ils acquéraient la nationalité de l’Etat colonial. Ils étaient
français, espagnols, anglais… selon les hasards de la conquête.
C’est en vertu de l’application d’un principe constant de droit international selon lequel
l’annexion d’un territoire a pour conséquence de faire acquérir aux habitants fixés sur ce
territoire, la nationalité de l’Etat qui s’accroît ainsi territorialement, que cette possibilité
a été retenue en général. De ce fait, les intéressés n’avaient même pas la possibilité de
conserver leur propre nationalité puisque, n’étant pas considérés comme les
ressortissants d’un Etat véritable : ils n’avaient en fait pas de nationalité.
Sur le plan international, les pays annexés perdaient toute personnalité. A vrai dire, on
considérait qu’ils n’avaient jamais été des personnes du droit international (puisqu’on
ne leur reconnaissait pas la qualité d’Etat.
La majorité des Etats d’Afrique noire, sauf l’Ethiopie, furent concernés par ce procédé.
B. Le protectorat
Le système du protectorat fut utilisé lorsque les Etats coloniaux se trouvèrent en
présence des pays qui étaient indiscutablement des Etats souverains (Maroc, Tunisie…)
ou lorsqu’ils voulaient ménager les susceptibilités des puissances rivales.
Formellement, le protectorat trouvait sa base juridique dans un traité conclu entre l’Etat
protecteur (colonial) et l’Etat protégé. On considérait qu’il n’y avait pas de conquête bien
qu’il y eut occupation du territoire de l’Etat protégé. Procédé de colonisation, le système
du protectorat établissait la domination de l’Etat protecteur tout en laissant subsister
l’Etat protégé comme personne du droit international.
Le mandat était soumis aux règles imposé par le pacte des Sociétés de Nations à
l’époque, celle qui devint les Nations Unies de nos jours et par le traité de mandat lui-
même.
Les termes employés par le Pacte de la Société des Nations (art. 22) : « le bien-être et le
développement de ces peuples (incapables de se gouverner eux-mêmes) forment une
mission de civilisation ». On considérait que la colonisation était devenue une fonction
sociale exercée dans l’intérêt des peuples colonisés.
Pratiquement, les territoires sous mandat furent traités comme s’ils étaient des colonies.
C’est ainsi, par exemple, que le Togo et le Cameroun, administrés par la France reçurent
en bloc, en 1924, la législation applicable dans les colonies françaises. Ce système fut
repris avec quelques modifications par la Charte des Nations Unies sous la
dénomination de « tutelle internationale » que refusa d’accepter l’Afrique du Sud sur le
Sud-Ouest africain (actuelle Namibie).
Ces facteurs qui vont contribuer à l’effritement certain du pouvoir des autorités
traditionnelles seront analysés, sous un double éclairage : d’une part, on évoquera
l’abolition des valeurs traditionnelles qui sont prétendument incompatibles avec la
civilisation européenne et, d’autre part, l’introduction des idées et valeurs nouvelles en
contradiction avec le système socioculturel traditionnel.
A. L’abolition de l’esclavage
Dans cette rubrique, nous essayerons d’abord de voir quel était l’apport de l’esclavage
sur le renforcement du pouvoir traditionnel, avant de découvrir la contribution de son
abolition à la ruine de ce pouvoir.
Dans ces sociétés, l’esclavage prenait des formes différentes selon le degré d’élaboration
de l’organisation politique et militaire. Dans certains systèmes sans centralisation
politique, où l’autorité des chefs était à peine affirmée, comme chez les Mandari du
Soudan, il existait un groupe de « clients », liés aux dirigeants et possédant un statut qui
n’était pas tout à fait celui de l’homme libre. Dans d’autres, au contraire, où les pouvoirs
de l’Etat étaient nettement marqués, l’esclavage était une véritable institution ayant des
implications diverses.
La vente des esclaves dans cette dernière catégorie de sociétés, constituait tout d’abord
la plus importante source de revenus pour le trésor royal, car le souverain disposait
d’un monopole absolu sur les activités de la traite, contrôlant les transactions avec les
négriers européens et conservant l’entière disposition des bénéfices réalisés. C’était un
privilège fiscal qui renforçait la position financière du roi. Cet argent servait aussi à
financer l’armée. Donc l’abolition de l’esclavage n’a pas permis à certains souverains de
demeurer puissants.
L’intervention coloniale dans une institution comme l’esclavage, qui était devenu un
véritable support tant économique que spirituel pour les dirigeants, devait être
durement ressentie par l’autorité traditionnelle établie.
Dans les Etats pratiquant la traite d’un groupement important de captifs, l’abolition de
l’esclavage et la liberté rendue à une main-d’œuvre dont les activités étaient utilisées au
profit d’une aristocratie guerrière, ruinèrent cette dernière et lui enlevèrent la plus
grande source de ses revenus.
Cependant, loin de n’avoir que des conséquences immédiates sur les pouvoirs des
anciens dirigeants, la « paix coloniale » détermina un ensemble de transformations, qui
favorisèrent l’introduction d’habitudes et de valeurs nouvelles ; celles-ci eurent à leur
tour des répercussions indirectes sur l’efficacité de l’autorité coutumière, de même que
certains changements socioculturels.
C’est ainsi que des groupes qui subissaient la domination des catégories dirigeantes,
s’éloignèrent de la région où s’exerçait encore l’autorité de leurs anciens maîtres et
fondèrent souvent des « villages de liberté ». D’autres, à la recherche de terres
nouvelles, quittèrent les villages pour s’installer dans des hameaux de cultures voisines.
Mais cette facilité de déplacements, autorisés par la situation de sécurité, n’a pas
seulement entraîné la dispersion des groupes claniques ou tribaux, elle a aussi permis à
l’intérieur d’un groupement la pénétration d’éléments étrangers qu’après la
colonisation, se sont rarement reconnus comme assujettis aux pratiques et aux lois de
l’ancienne autorité coutumière.
Cette grave affaire constituait le crime le plus grave perpétré contre la loi coutumière,
portant ainsi atteinte aux relations entre la collectivité Ashanti et les ancêtres royaux et
les dieux chargés de veiller au bien-être du pays, crime punissable de mort.
L’administration coloniale anglaise s’était opposée à la peine de mort infligée aux
coupables, l’ensemble des chefs considérèrent cette décision comme une humiliation
pour le pays tout entier, comme une nouvelle preuve de la perte de leur souveraineté
politique. Cet exemple montre qu’il a suffi de quelques années, pour enlever à l’autorité
traditionnelle son support religieux, dans un pays où la crainte mystique des chefs avait
pourtant toujours été très vive.
Dans les cas extrêmes, il arriva que l’influence chrétienne fut suffisamment forte pour
entraîner la conversion des chefs eux-mêmes. Ainsi, cette conversion priva le pouvoir
coutumier de son autorité.
Comme le souligne Southall à propos des Alur, « la chefferie avait pour base économique
la réciprocité de biens et des services, au milieu desquels le Chef se situait comme le
centre principal des échanges ».
1) Par des dons et des échanges symboliques des biens, cette organisation permettait
aux relations socio-politiques de se manifester d’une façon plus personnelle et donnait
au chef une place prépondérante dans le système de circulation des richesses, au centre
duquel il se trouvait placé à la fois comme destinataire et redistributeur.
2) Par la nature du système fiscal qu’il contrôlait, utilisant des ressources du pays aussi
bien pour la collectivité que pour son profit personnel ou celui de son entourage.
3) Par la possibilité offerte au chef d’avoir un contrôle sur l’ensemble des sources de
revenus ou de production et de conserver en ce domaine une position privilégiée par
rapport à n’importe lequel de ses sujets.
L’Etat colonial a donné aux pays africains, l’image d’un certain Etat, qui fut et demeure
largement celle de l’Etat européen.
S’agissant des pays africains, les différents stades d’évolution ont démontré
certainement des communautés primitives composées d’ethnies ou tribus avant
d’aboutir à des nationalités (Etat précolonial). L’idée de nation apparaît au cours de la
colonisation qui fait surgir les différents éléments composants de la nation.
S’il est vrai que la nation est une communauté de culture, il est important de souligner
que le colonisateur a également contribué à faire apparaître, à côté des cultures
traditionnelles, une culture nouvelle, la sienne, désormais partagée par les habitants
d’un même territoire (même en petit nombre). C’est le cas de la langue dont l’imposition
peut être considérée comme un aspect de l’oppression coloniale, mais dont l’importance
pour le colonisé n’est plus à démontrer :
- trait d’union entre les personnes qui parlent des langues différentes, elle permet
de communiquer et renforce la solidarité ;
- permet d’accéder aux connaissances et aux techniques du colonisateur et de
rivaliser avec lui ;
- émergence d’une élite dont l’espèce va subir des mutations curieuses : des
revendications à la participation au fonctionnement des institutions politiques
et administratives, l’élite devient rebelle et tend à conquérir tout le pouvoir
colonial, voire détruire tout le système.
Ainsi, au cours de la période coloniale sont apparus des éléments divers qui, les uns et
les autres sont constitutifs de la nation au sens moderne du terme : territoire, culture,
économie. Mais le processus qui conduit à la création de communautés stables n’est pas
encore achevé. On est encore en présence de nations en voie de formation, de quasi
nations.
D’une part, le colonisateur pensait que l’Etat colonial était périssable et qu’il évoluerait
vers une unité qui ferait corps avec la métropole. Il fallait alors mettre en place une idée
d’empire pour pouvoir associer la colonie à la métropole et ce, avec une idée de
domination et d’assujettissement assurant l’indissolubilité. Ce procédé ne permit pas
aux Etats colonisateurs de créer au sens logique du terme cet Etat ensemblant la
métropole des sociétés africaine colonisées. Néanmoins, la poursuite de cet objectif
conduit l’Etat colonial à doter ses colonies d’institutions et de systèmes juridiques copiés
sur les siens, de sorte que les structures et le droit de l’Etat nouveau sont ceux de l’Etat
colonial.
D’autre part, une deuxième formule, surtout utilisée par la Grande- Bretagne
traumatisée par la sécession américaine, acceptait l’idée de l’évolution vers l’autonomie
et même l’indépendance, mais ne répugnait pas l’idée d’une certaine communauté
destinée à maintenir certains liens économiques, financiers, culturels avec l’ancienne
métropole. C’est ainsi que la Grande-Bretagne, bien qu’ayant doté chaque colonie
d’institutions politiques propres, avait exporté en Afrique son propre système
d’éducation, ses institutions politiques et son système juridique.
Dans tous les cas, la politique coloniale qu’elle soit française, portugaise, britannique ou
belge eut des résultats identiques. Le colonisateur a transféré aux Africains son idée de
l’Etat, dont l’image, celle de l’Etat colonial, hante les Africains décolonisés, incapables de
retrouver une image de l’Etat conforme à leurs besoins et à leurs possibilités.
Dans une situation de dépendance politique qui a, pour ainsi dire, nivelé les anciens
pouvoirs coutumiers, le colonisateur en instituant son propre système d’administration,
a introduit une variable qui a joué sur la position des élites traditionnelles. Selon les
doctrines mises en pratique, les nations européennes en Afrique ont accordé aux
anciennes autorités une plus ou moins large place dans leur système.
La colonisation ne fit pas seulement que renforcer artificiellement des pouvoirs qu’elle
avait par ailleurs largement réduits, elle orienta l’activité de ses nouveaux auxiliaires
dans un domaine qui n’avait jamais été le leur et pour lequel ils ne pouvaient avoir des
compétences. En tant qu’agents de l’administration, ils
durent faire face à des responsabilités nouvelles découlant d’une conception moderne
du gouvernement. Il s’agissait d’une conception administrative nouvelle, fondée sur des
rapports de caractère anonyme entre l’agent du gouvernement et la circonscription
administrative sur laquelle devait s’exercer son autorité.
TITRE II : LA PLACE DE L’AUTORITE TRADITIONNELLE DANS L’ETAT
AFRICAIN POST COLONIAL OU INDEPENDANT
Devenus indépendants, les Etats africains revêtirent un nouveau visage, celui des Etats
moderne du style européen. Surpris par cette situation, l’autorité coutumière éprouve à
la fois les sentiments de soumission, de révolte et de résignation.
Ces Etat africains nouveau-nés suite à un phénomène progressif et non brutal comme le
prétendent certaines opinions, par l’indépendance issue d’un traité (bilatéral) ou un acte
unilatéral du métropole vont connaitre quelques problèmes liés à l’espace leur reconnu
lors de l’indépendance ou encore l’autonomisation totale de ses institutions et pour faire
face à ce problèmes il leur faudra donc reconstruire ces nouveaux Etats selon les
exigences et les modes de vie adaptés à sa situation.
Il sera question dans ce titre de cerner la question délicate du visage actuel du pouvoir
et de l’autorité traditionnels (premier chapitre) et de mettre en perspective l’avenir de
l’autorité traditionnelle (deuxième chapitre).
Si, sur le plan politique, la devise « divide et impera » permettait au pyromane de porter
le casque de sapeur-pompier, un autre danger, qui n’était pas des moindres, guettait le
système colonial : opposés entre eux, les chefs coutumiers risquaient de devenir
suffisamment forts dans leurs fiefs respectifs et rien ne les empêcherait d’élever des
revendications autonomistes.
Pour faire face à ce danger qui n’était plus potentiel, mais plutôt réel, l’occupant a fait
des chefs coutumiers de véritables obligés qui ne devaient leur ascension sociale que par
lui. De la sorte, les chefs de souche ou de sang royal étaient systématiquement écartés au
profit des chefs médaillés.
Ceux-ci étaient pour la plus part des cas des bruts qui n’obéissaient à aucune loi.
Dans ces conditions, l’on comprend que les coutumes aient été galvaudées et gardassent
un arrière-goût amer, celui de l’occupation. La plupart des chefs coutumiers, même les
chefs médaillés qui, par sursaut de nationalisme, rejetaient l’asservissement de leur
peuple, étaient purement et simplement relégués, déracinés de leurs terroirs, en vue de
préserver l’ordre public colonial
Certes, le système coercitif colonial aura déstructuré la tribu à telle enseigne que
maintenir une coutume authentique relève de l’exploit. Mais la négation ne se limite pas
sur le plan politique : la plus soporifique, sinon la plus mortelle aura été la négation
culturelle dont le suppôt essentiel sera l’école.
B. L’abâtardissement de la coutume par l’école
L’école a été un impitoyable instrument utilisé par la colonisation afin de diminuer, pour
ne pas dire éliminer l’impact des coutumes sur la vie des communautés.
Du fait de la domination due à l’occupation, l’image des coutumes transmises par l’école
était fort négative. Et donc, les traditions ne pouvaient, en aucun cas, devenir une
référence. Pour accéder à la nouvelle idéologie prônée par l’école, il fallait purement et
simplement renoncer aux traditions ancestrales, et donc être soi tout en se reniant
indéfiniment. A partir de ce traumatisme psychique, il devient facile de comprendre
l’état de tiraillement dans lequel ont vécu les Africains qui adoptèrent le mode de vie de
l’occupant. L’école aura, en quelque sorte, broyé l’être profond des « assiégés », les
pauvres assujettis.
Relevant d’une culture infériorisée, il ne fallait pas s’en réclamer. Outre l’occupant qui
oblige le Noir à se renier par la force de la chicotte, le même travail est abattu
efficacement, mais sans effusion de sang par les religieux. Les traditions et coutumes des
dominés passent pour l’incarnation du diable. Autant y renoncer pour avoir le salut au
jugement dernier.
Quelle est encore la part de l’authenticité dans les coutumes, elles ont été dénaturées
selon la volonté de l’occupant.
Au vu de ce qui précède, nous pouvons dire qu’il ait eu naissance des usages qui ont
construit une nouvelle coutume qu’on peut qualifier de monstre, puisqu’elle n’est
rattachable à aucune tribu.
On peut donc dire que la cohabitation de plusieurs ethnies dans la Ville de Kinshasa a
secrété des coutumes nouvelles dans le but de s’adapter aux règles coloniales et de
trouver un modus vivendi qui n’affronte pas l’ordre public colonial.
Est-ce un avantage ou un appauvrissement que les coutumes aient été dépouillées des
aspects non conformes aux prescriptions coloniales ? Répondre à cette question peut
entraîner le risque de tomber dans le piège d’extrémisme de gauche ou de droite. Le
premier se réduit à un discours anticolonial qui pense que, sans la colonisation, le destin
de l’Afrique aurait été meilleur ; le continent noir aurait évolué suivant un autre schéma.
En conséquence, la colonisation est une plaie incurable qui condamne indéniablement
l’Afrique à végéter. Cette position, évidemment, nie à l’homme toute forme de liberté de
choix ainsi que la capacité de s’amender. C’est un raisonnement contre la raison, sinon
l’éloge à la déraison.
Il n’y a pas de bonne ou mauvaise colonisation, car situer un autre peuple au niveau de
l’objet et s’octroyer le droit d’opérer tous les choix sur son destin est non seulement
criminel, mais aussi et surtout mérite la condamnation la plus énergique.
Serait-ce pécher contre la mondialisation que de démontrer que celle-ci emportera nos
coutumes déjà fragilisées par la traite des nègres, les corvées coloniales et les guerres
fratricides des milices à la solde des multinationales ?
Paragraphe 3. L’ambiguïté dans la perception de l’autorité traditionnelle
Il est vrai que la perception de l’autorité traditionnelle est sujet à nombreuse confusion.
Il y a ce qui semble être et ce qui est.
Par ailleurs, dans les dures épreuves qui ont secoué le pays, les chefs coutumiers ont
payé un lourd tribut, considérés par les uns comme les privilégiés du pouvoir établi et
par les autres comme les traîtres à la nation, entre deux feux, victimes expiatoires, ils ont
payé de leur vie. Et donc, derrière les chefs traditionnels se profile l’image du
dévouement à la population, du modèle de désintéressement, d’abnégation et de la
redistribution équitable. C’est pourquoi, le pouvoir coutumier résiste à toutes les
tempêtes, parce qu’aussi bien la population que les autorités étatiques en ressentent la
nécessité.
Ne peut-on pas se demander si le pouvoir coutumier, qui se veut comme une église au
milieu du village, ne doit sa longévité qu’aux manipulations politiciennes, depuis la traite
des nègres jusqu’à ce jour ? D’autre part, n’est-il pas légitime de rechercher de quelle
manière l’image véhiculée par l’autorité traditionnelle est perçue par la population ?
Lorsqu’une de ces conditions vient à manquer, il s’agit là soit d’une crise profonde, à tout
le moins d’un bouleversement qui instaure un déséquilibre à même de balayer les
traditions existantes. C’est justement ce phénomène qui caractérise la plupart des
contrées, même si, par une résistance farouche, sinon un combat d’arrière-garde, les
chefs coutumiers se cramponnent autour de la perpétuité du pouvoir traditionnel.
A. Du village à la ville
Le lieu naturel, sinon la compétence territoriale d’un chef coutumier, ce sont les limites
de son village ou de son « royaume ». Toutefois, il est aisé de comprendre, certains
villages ayant été transformés en villes, le cas le plus connu étant celui des Teke et
Humbu dont le village est devenu la Ville de Kinshasa, qu’il devienne difficile de situer
l’espace de l’exercice du pouvoir coutumier. Même alors, en pleine ville, persistent
toujours des îlots où n’habiteraient que les Teke et Humbu s’imprégnant ainsi de leurs
traditions.
En réalité, la délocalisation dont il est question concerne plutôt les chefs coutumiers qui
ont volontairement quitté leurs villages pour s’installer en ville, dans la perspective de
continuer à exercer leur influence sur les ressortissants de leurs terroirs habitant la
ville. Ne sont pas non plus compris dans cette catégorie les chefs coutumiers qui, en
raison de la guerre ou pour d’autres circonstances indépendantes de leur volonté, se
trouvent loin de leur milieu d’origine.
L’autorité coutumière en ville rencontre des problèmes de plusieurs ordres. N’ayant pas
une source sûre de revenus, l’autorité coutumière ne peut s’affirmer indépendante
matériellement. Elle se trouve dans l’obligation de s’accrocher au groupe des
ressortissants nantis et, de ce fait, elle se disqualifie par rapport à la masse des
prolétaires qui la considère comme un traître à la remorque des possédants. De là naît
une sorte de sourde contestation qui déplume nécessairement l’autorité coutumière et
amoindrit son aura. Entraîné sinon traîné dans toutes les réunions initiées par ses «
bailleurs », le chef coutumier perd toute neutralité, prenant fait et cause pour ceux qui
s’occupent de son « ventre » et, comble de bouffonnerie, il ennoblit même certains.
Est-ce par simple nostalgie ou y aurait-il quelque chose de profond qui ferait que sans
les attaches tribales, les individus se sentiraient insécurisés ? Ne faudrait-il pas atténuer
cette assertion, car, si chacun devrait se replier sur sa tribu, comment se bâtirait la
nation en Afrique ?
Peu importe l’opinion que l’on se fait des solidarités tribales, mais rien ne pourrait
justifier que l’on se voile les yeux devant cette dure réalité. L’approuver ou la
désapprouver ne suffit pas. Il semble plutôt utile d’essayer de l’appréhender pour mieux
l’expliciter en proposant les voies de sortie ou des correctifs selon le cas. Quelle que soit
l’hypothèse envisagée, même si l’on considère que c’est un mal, comment expliquer que,
même les nationalistes les plus intransigeants tombent dans ce piège ? De façon
lapidaire, sinon laconique, il est permis de soutenir que si la tribalité connaît encore des
jours de gloire, c’est que la nation n’est pas suffisamment forte pour offrir à chacun
l’indépendance d’esprit qui permet de négliger, sinon de banaliser les solidarités
tribales. Il s’agit là d’un simple constat et non d’une piste de sortie. Le phénomène est
tellement envahissant, sinon englobant qu’il dépasse les limites tribales pour planter son
décor au niveau des provinces. Il ne s’agit plus de parler des ressortissants de Libenge ni
de Kasumbalesa, mais plutôt de la mutualité des originaires de l’Equateur, des
originaires du Katanga…
Plus encore, certaines de ces mutualités auraient même l’ambition de dépasser les
limites provinciales pour comprendre en leur sein deux ou trois provinces : le Grand
Kasaï et la solidarité Katanga-Kasaï sont là des exemples éloquents. Il importe de
signaler que l’ATCAR, l’association des Tchokwe du Congo Belge, d’Angola et de la
Rhodésie avait l’ambition de mettre sous la même bannière tous les Tchokwe,
nonobstant le fait qu’ils appartenaient aux puissances différentes. On peut relever le
pacte des provinces dites martyrs qui ont un programme commun de reconstruction et
qui se soudent en partant de la communauté linguistique.
La question est de savoir quelle est encore la place de l’autorité traditionnelle dans ces
mégastructures qui développent plus la revendication politique que les préoccupations
coutumières ? Certes, les chefs coutumiers sont embrigadés dans ces structures
complexes, pour faire valoir, mais en réalité, ils ne maîtrisent ni le jeu ni l’enjeu de ces
structures qui sont manipulées par une minorité à ses fins personnelles.
La peur de cette vindicte contribue, même aujourd’hui encore, dans les villages, au
maintien de la cohésion et de la solidarité et allégeance aux chefs coutumiers qui sont les
grands prêtres à même d’interpréter les augures exprimant la volonté des « morts qui ne
sont pas morts ».
Lorsqu’un chef alors viole ces interdits il perd tout son pouvoir et la crédibilité auprès
de sa population.
L’autorité traditionnelle, par sa cupidité, est souvent à la une des journaux, alors que son
statut postule la modération en tout. Par son mauvais comportement dénoncé à diverses
occasions, elle perd tout crédit. Discréditée, elle s’enrage comme les fonctionnaires
véreux qui estiment que, dès lors qu’on les craint, tout ce que l’on pense d’eux importe
peu.
A la croisée des chemins, les chefs coutumiers préfèrent emprunter le chemin de la ville.
En ville, les déracinés croient pouvoir se ressourcer auprès des chefs coutumiers dont la
légitimité est mise à mal au village. Les uns croient pouvoir tirer profit des autres et
vice-versa. C’est sur ce rapport de malentendu que la ville, à son tour, commence à se
demander si le manteau d’hermine qu’arbore l’autorité traditionnelle est une vraie ou
une vile imitation.
Mais, ce rire, en lui-même, n’est-ce pas là une double déchéance ? D’abord, pour ceux
qui rient, c’est un véritable sacrilège, car le respect dû à l’autorité traditionnelle n’est pas
discutable. Il n’y a donc plus de tabou. Ensuite, pour ceux qui font l’objet de cette
moquerie, sans en rechercher les causes profondes, l’on comprend qu’ils ne sont plus les
repères. Il ne s’agit pas là d’un simple discrédit, mais plutôt d’un signe évident d’une
mutation dans les références d’une communauté. En bref, ces moqueries seraient la
conséquence du comportement décrit ci-haut.
Quel sens donner encore à la coutume si l’on arrive à classifier l’autorité traditionnelle
parmi les personnes sans domicile fixe ? Obligés d’aller souvent d’un endroit à un autre,
suivant l’hospitalité des « sujets », les chefs coutumiers vivent, en ville, dans l’inconfort
matériel et moral qui rapproche leur condition à celle de la plupart des marginaux. C’est
ce que nous allons démontrer en partant de l’idée selon laquelle le fait pour eux de ne
plus être maître d’un quelconque territoire, puisqu’ils ont quitté le leur, parfois par
cupidité, en vue de venir « cueillir » à la source les cadeaux que les « sujets », en
vacances au village, leur apportent, par moment. Très vite, ils se rendent compte que,
sans territoire, le trône devient chancelant. Point d’adresse connue, les chefs coutumiers,
pour survivre, s’adonnent aux petits trafics allant jusqu’à la vente des « indulgences ».
Véritable peau de chagrin, chronique d’une mort annoncée… comment, après avoir
résisté à la traite des nègres, à la colonisation et à la néo-colonisation, le pouvoir
traditionnel disparaîtrait-il facilement ? Deux axes paraissent possibles. Soit, par une
décision d’autorité, l’administration déciderait de ne plus reconnaître les chefs
coutumiers en n’entérinant plus le choix fait par les populations concernées. Et, dans ce
cas, se proclamer chef coutumier relèverait de la marginalité, un hors-la-loi qui aurait
maille à pâtir avec la justice. Soit, alors, par dégoût, les gens jugeant de l’inutilité du
pouvoir coutumier, ne lui accorderaient plus de crédit : celui-ci, lentement, mais
sûrement, finirait par s’éteindre
Depuis l’Etat Indépendant du Congo jusqu’à la Constitution du 18 février 2006, même s’il
n’y a pas eu véritablement une politique de la promotion des coutumes ancestrales, à
part l’action isolée des prêtres coloniaux qui se mirent à brûler masques et fétiches en
traquant sans pitié les féticheurs et devins, l’on ne peut pas affirmer que l’administration
aurait entrepris les efforts tendant au bannissement des coutumes.
Si, pour l’Etat colonial, unifier les coutumes était un danger en ce que ce serait poser les
jalons d’une nation qui, à la longue, contesterait la colonisation, comment expliquer que,
devenu indépendant, le Congo ait maintenu les éléments des forces centrifuges qui ne
permettent pas d’accélérer la création de la nation ?
S’agissant des charges publiques électives, le constituant du 18 février 2006 est clair : «
Tout chef coutumier désireux d’exercer un mandat public électif doit se soumettre à
l’élection, sauf application des dispositions de l’article 197 alinéa 3 de la Constitution qui
accorde aux chefs coutumiers des sièges à la législation provinciale. Il reste cependant à
se demander si cette logique de soumettre à l’élection tout exercice par un cher
coutumier d’un mandat public n’est pas battu en brèche par la loi électorale qui semble
faire une véritable discrimination entre les chefs coutumiers désireux d’occuper ce
mandat au niveau du secteur face à leurs collègues décrétés d’office chefs de chefferies.
Ce phénomène entraîne des conflits qui ne peuvent laisser l’Etat indifférent, puisque
bien souvent ceux-ci affectent l’ordre public.
C’est donc autour de ces trois axes que s’articulera l’analyse du visage actuel du pouvoir
coutumier.
En effet, le pouvoir coutumier est un moyen sûr de débuter, sans beaucoup d’efforts, une
carrière politique. Les plus indélicats, ceux qui n’ont pas froid aux yeux et donc les
audacieux, à défaut d’être élus - puisque les élections avaient été, pendant longtemps,
bannies des mœurs politiques congolaises - se proposent, eux-mêmes, à la nomination.
C’est ainsi que, du Comité Central du Maréchal Mobutu à l’Assemblée nationale et au
Sénat issus de l’Accord global et inclusif de Sun City, en passant par l’Assemblée
Constituante et Législative, Parlement de Transition de M’zee Laurent-Désiré Kabila, les
chefs coutumiers se sont retrouvés, par milliers, dans ces organes hétéroclites. D’autres,
par décence, n’occupent pas les premières loges : ils y délèguent leurs proches, sinon
leur propre progéniture. Leçon : représentant d’une féodalité moderne, les chefs
coutumiers, considérant leurs origines « nobles », estiment qu’ils sont les seuls mieux
outillés à traiter de la chose politique. C’est pourquoi, leurs fonctions pèchent contre les
règles de la démocratie, car s’ils tiennent à accéder aux fonctions politiques, ils devraient
plutôt se soumettre à la censure des urnes au lieu de mettre en exergue leur position
sociale.
Une troisième utilisation de la tribu aux fins politiciennes peut être située au niveau de
la direction de la plupart des partis politiques. On peut ne pas le croire, mais une
observation pointue de la division des postes au sein des organes dirigeants des partis
politiques permet de dire qu’il y a des postes au sein de ces organisations non
démocratiques réservés à certaines tribus eu égard aux origines des fondateurs de ces
partis. C’est aussi là l’une des causes de la faiblesse du phénomène partisan en
République Démocratique du Congo.
Par ailleurs, les partis politiques éprouvent des difficultés à s’implanter, car, dans la
plupart des groupements, les chefs coutumiers, premiers interlocuteurs, demandent aux
porteurs de la « bonne nouvelle : « Quels sont les gens de notre tribu qui se trouvent
dans la hiérarchie de votre parti ? » En cas de réponse négative ou balbutiante, la chaîne
du dialogue est rompue. « Si vous croyez que nous allons vous servir de marchepieds
pour vos ambitions politiques, vous vous trompez ; il n’y a rien pour rien. Vous avez
besoin de notre soutien, nous devons trouver notre compte ». Dans ces conditions, face à
la multitude des tribus en République Démocratique du Congo, comment seront
constitués les directions politiques des partis politiques si toutes les tribus doivent être
représentées ?
Dans ce double mouvement, aucune branche du droit n’est épargnée : un simple passage
en revue confirme cette assertion.
1. Le droit constitutionnel
Droit éminent en ce qu’il conditionne les autres, dès lors que celui-ci constitutionnalise
le statut des chefs coutumiers, peut-on encore mettre en doute la place de choix que le
droit accorde à ces dignes représentants des ancêtres ?
Les chefs coutumiers ont un statut constitutionnel, la coutume elle-même est reconnue
par la Constitution comme une des sources du droit ; comment, à partir de cet instant, se
douter encore de l’impact des coutumes ancestrales sur le droit ?
2. Le droit administratif
Nous l’avons démontré, non seulement les lois qui organisent la territoriale permettent
aux autorités administratives d’investir après l’acte de reconnaissance, les chefs
coutumiers, mais aussi et surtout, celles-ci fonctionnarisent les chefs coutumiers.
C’est donc le droit administratif qui reconnaît aux chefs coutumiers la qualité d’officier
de police judiciaire et leur attribue les avantages dus à leur rang.
3. Le droit pénal
Le droit pénal, en tant que branche du droit qui définit les incriminations et peines
nécessite une grande précision en ce qu’il touche directement aux droits et libertés des
citoyens. C’est la raison pour laquelle il s’entoure d’un grand soin, car il ne peut y avoir
de l’à-peu-près dans cette matière. Peut-on imaginer une quelconque incidence des
coutumes dans cette branche du droit ? La réponse semble affirmative pour plusieurs
raisons tant et si bien que l’on peut parler d’un droit pénal coutumier.
D’abord, en ce qui concerne les incriminations, l’article 57 du Code Pénal réprimant les
épreuves superstitieuses et les pratiques barbares démontre bien que le législateur
colonial n’a pas été indifférent aux coutumes ancestrales dans sa recherche d’ériger
certains comportements en infractions.
Ensuite, lorsque l’on sait que, dans l’organisation et la compétence judiciaires actuelles,
les tribunaux de paix qui devraient s’installer sur l’ensemble du territoire afin
d’uniformiser l’application du droit écrit ne fonctionnent, de manière effective, que sur
une infime partie du territoire nationale, l’on comprend aisément que le droit pénal
coutumier ait encore de beaux jours devant lui : dans la plupart des contrées, devant les
tribunaux coutumiers, jusqu’à ce jour, les gens sont jugés et condamnés pour avoir jeté
les mauvais sorts ou ensorcelé les autres, alors que le Code Pénal congolais ne comporte
pas cette incrimination. Comment se douter de l’influence du droit pénal coutumier tant
il s’applique à la majorité de la population ?
4. Le droit judiciaire
Pour confirmer la part des coutumes en droit judiciaire, l’auteur affirme : « Par ailleurs,
le législateur congolais s’est inspiré du droit coutumier, dans certaines procédures
devant les juridictions de jugement. C’est notamment le cas de la procédure en matière
de mariage et de divorce.
Ensuite, dans l’organisation judiciaire, non seulement que la coutume garde une place
imminente, mais aussi et surtout les tribunaux coutumiers couvrent la majeure partie du
pays et, par conséquent, concernent la majorité des justiciables. Enfin, il faut aussi noter
que la justice coutumière, bien que ses lois ne sont pas écrites, passe cependant pour
être plus crédible, parce qu’acceptée de tous. De même,
5. Le droit de la famille
S’il y a une matière en droit que la colonisation n’aura pas profondément affectée, c’est
justement le droit de la famille. Car, ici plus que partout ailleurs, les coutumes
ancestrales triompheront véritablement sur le droit écrit d’origine étrangère et
obligeront le législateur à constater leur exigence par la légalisation.
Cela commence par Les fiançailles, en passant par le mariage pour finir par la les
successions.
6. Le droit foncier
Il est important de souligner que les articles 385, 386 et 387 de la loi n° 80-008 du 18
juillet 1980 modifiant et complétant la loi n° 73-021 du 20 juillet 1973 portant régime
général des biens, régime foncier et immobilier et régime des sûretés, traitent des terres
et droits de jouissance régulièrement acquis sur ces terres en vertu du droit coutumier.
C’est ainsi Vincent Kangulumba considère que « la coutume a une place importante dans
la loi du 20 juillet 1973. Elle y est reconnue en tant que source des droits en rapport
avec les droits fonciers acquis en vertu de la coutume ».
CONCLUSION GENERALE
Il est claire qu’à l’issu de cet enseignement nous pouvons confirmer avec énergie qu’il a
bel et bien existé une Afrique avant la colonisation ; ce que nous avons appelée l’Afrique
traditionnelle dotée des micro et des grands Etats très organisés que ça soit avec ou sans
une autorité centrale investi des pouvoir politiques étatiques.
En effet, des sociétés sans Etat et sans chefferie aux sociétés à Etat en passant par les
sociétés à chefferie, le pouvoir politique, qu’il soit parental à un, deux ou trois foyers, a
existé. Les institutions politiques crédibles en sont résulté. Malheureusement, les
assauts perpétrés contre ce pouvoir, ces institutions et leurs animateurs, les autorités
traditionnelles en ont sérieusement lézardé l’édifice.
[Link] (E), Entre les Colombes et les Faucons, Où vont les partis politiques, PUC,
Kinshasa, 2001.
[Link] MBAMBI (V), Précis de droit civil des biens. Théorie générale des biens
et théorie spéciale des droits réels fonciers et immobiliers congolais, Louvain-la-Neuve,
Academia-Bruylant, 2007.
9. MOUNIER (R), Sociologie coloniale, Paris, 1936.