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Droit et Institutions en Afrique Traditionnelle

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UNIVERSITE CHRETIENNE DE L’EXCELLENTE DE KINSHASA

« UCEK »
FACULTE DE DROIT

COURS DE DROIT, STRUCTURE ET INSTITUTIONS SOCIOPOLITIQUE


DE L’AFRIQUE TRADITIONNELLE

RESUME DU COURS

Assistant Brunel LUNGAMBU

Année académique 2018-2019


INTRODUCTION GENERALE

La bonne compréhension de ce cours de « droit, structure et institution sociopolitiques de


l’Afrique traditionnelle » exige avant toute chose l’étude de chaque concept la composant.

Ainsi, nous étudierons dans la présente introduction générale les différents concepts qui
composent l’intitulé de ce cours avant d’aborder par la même occasion la problématique.

Section 1. Etude des concepts


Les principaux concepts sont notamment le droit, structure, institution, sociopolitique et
traditionnel.

Paragraphe premier : Le concept « Droit »

A. Notion
Souvent la définition du droit par un juriste donne à priori l’impression d’être éloignée de la
réalité sociale. De cette façon, une définition plus mécanique du droit pourrait faire croire que
celui-ci n’a rien avoir avec le social qui, renferme à la fois le secteurs social, politique,
économique et culturel.

Le droit étant inséparable de la notion de la culture, fiat donc partie du secteur socio-culturel.

Toute collectivité repose, en effet, sur un ensemble complexe de modèle de comportements


auxquels se conforment plus ou moins les membres du groupe dans une situation donnée. Les
rôles sociaux ou modèles culturels apparaissent ainsi comme des faisceaux de règles de
conduite dans la vie sociale. Ces règles de conduite collective s’appellent « normes ».

Les normes sus évoquées font appel à deux éléments indissociables. Il s’agit d’un côté de la
menace de sanctions sociales, qu’elles soient organisées ou diffuses (vagues, imprécises, etc.),
de l’autre, l’obéissance à une prescription sociale. C’est-à-dire la soumission à une règle.
Cette soumission n’est pas forcement dû au risque éventuel de la sanction mais plutôt à la
valeur qu’on attache donc c’est avant tout une acceptation intérieure de cette règle.

Il est à remarquer que les règles sociales évoquées ici sont édictées par l’autorité publique
suivant un long processus dont il est inutile de revenir.

En ce qui concerne les règles établies par la coutume, la tradition et les usages, c’est le groupe
social lui-même qui les élaborait d’une façon inorganisée. A ce stade seul le mode de sanction
pouvait caractériser ces règles de droit.

A ce jour, l’édiction des règles de droit est bien différente, bien que celles-ci garde les mêmes
caractères.

Ces caractères sont doubles. Soit, ces règles constituent un ordre positif soit elles constituent
un ordre négatif.
B. comparaison avec les autres règles de conduites
1. Le droit et les usages

Les usages constituent les irritations ,c’est à dire une forme du conformisme d’acte et
de comportement ,contrairement au droit qui une sanction de l’autorité publique , la
violation des usages est sanctionnée par une réprobation diffuse et inorganisée du
groupe social .Il cependant quelques règles nées de l’usage des habitudes des
hommes que le droit prend et donne un caractère obligatoire et la sanction.

2. Le droit et la morale

La morale est lié à la notion du bien et du mal. La plupart des règles de droit sont
empruntées à la morale et le droit peut aussi exercer une influence sur les mœurs
d’un pays (lorsque par exemple le parlement adopte une loi accordant le droit
d’avorter aux femmes , du coup l’avortement à la longue sera considéré comme
faisant partie du bien dans le pays).

Malgré tout ,la morale à un domaine plus vaste que le droit .Elle se limite pas qu’en
société mais aussi l’individu personnellement (le remord de l’individu fait partie des
sanctions de la morale, ce qui n’est pas le cas pour les règles de droit).Aussi, la
morale vise la perfection alors paix sociale.

Paragraphe 2. Le concept structure

A .Notion
Le concept apparait dans plusieurs domaines scientifiques d’après le dictionnaire
Lalande, la structure est la disposition des parties qui forment un tout par opposition à leur
fonction. Le terme s’emploie ainsi pour désigner, par opposition à une simple combinaison
d’éléments, un tout formé de phénomènes solidaires, tels que chacun dépend des autres et ne
peut être ce qu’il est que dans et par sa relation avec eux.

S’agissant de la structure sociale, l’élément de base reste l’individu. Par conséquent, une
structure sociale serait un groupe d’hommes vivant en société. C’est par rapport à cet aspect
que certains auteurs considèrent une structure comme un ensemble de relations sociales dans
une société à un moment donné.

Parmi ceux-ci, on peut citer Radcliffe Brown. Pour cet auteur, la structure est un arrangement
de personnes ayant entre elles des relations institutionnellement contrôlées et définies telles
que les relations du roi et de son sujet ou celles du mari et de sa femme. Une structure sociale
peut donc, à la lumière de ce raisonnement, être définie comme un réseau permanent des
relations sociales au sein d’une société.

Dans un contexte mondial, le terme « structure » évoque un sens différent, celui de la «


structure », du structuralisme, doctrine qui, se ramifiant dans tous les domaines de
connaissance, est présente dans l’anthropologie.
B. le structuralisme et le système
1. Structuralisme

Au regard de ce cours ,le structuralisme doit être compris comme un courant de


pensée commun à plusieurs sciences humaines (psychologies ,sociologie, anthropologie,
…..) ,donc un ensemble visant à définir un fait humain en fonction d’un ensemble
organisé et à rendre compte à ce dernier.

Par rapport au structuralisme ,les structures ne restent plus aussi immobiles que ça, elles
peuvent subir une transformation sensible liée à un élément interne de la structure
même.

De la notion de structure et celle de structuralisme, se dégage une troisième: la théorie


des systèmes .

2. Théorie des systèmes

A l’opposé du structuralisme dans lequel les structures étudiées sont immobiles ou


changent lentement( la langue, la société primitive,….),l’analyse des systèmes porte
essentiellement sur les transformations du système opposé à des impulsions extérieurs
susceptibles de modifier brutalement ce dernier( un coup d’état par exemple).

Ainsi, nous pouvons dire autrement que le milieu influe sur le système ,provoque des
transformations et subit également ses effets , même s’il y a de distinguer les
transformations dans le système qui affectent l’état du système sans en changer les
caractéristiques fondamentales et les transformations du système qui au contraire
modifient l’état et en altèrent définitivement les caractéristiques .

Paragraphe 3. .Le concept Institution

A. Notion
Ce mot institution vient du latin: « statu », qui veut dire ce qui est établit , Ainsi ,
nous définissons le concept institution comme ce qui est établi par la volonté
humaine. C’est à dire une création humaine contrairement à tout ce qui est produit
par la nature .

Il y a à noter cependant que tout ce que l’homme établit n’est pas une institution.
L’institution suppose une création collective débouchant sur une organisation durable
et permanente . C’est en réalité un ensemble des plusieurs volontés humaines.

Il faut distinguer de ce fait des institutions organes et les institutions mécaniques.

Les premières forment un corps (un tout) et sont constituées par une collectivité
humaine unie par une idéologie ou un besoin commun et soumise à une autorité
reconnue et à des règles fixes . Souvent les institutions parviennent à une existence
propre.
L’Etat est le model parfait d’une institution organe les secondes, sont aussi appelées
des institutions .Elles sont des mécanismes sociaux destinés à pouvoir au bien
commun. Il s’agit d’un système des règles juridiques qui collaborent les unes avec les
autres pour constituer un ensemble des mécanismes et engendrer une série indéfinie des
relations ,ces mécanismes institutionnels régissent les organes et posent des règles
auxquelles ils obéissent .ce sont des règles de fonctionnement .

Ex :les régimes politiques (parlementaire ,présidentiels,……)dans lesquels la


responsabilité politique ou non du gouvernement est une institution mécanisme
régissant deux organes ou encore que a famille est une institution organe et la
puissance potentielle ,une institution mécanisme.

En résumé ,contrairement à l’institution organe qui est un complexe humain


juridiquement unifié et structuré ,l’institution est simplement un système des
règles du droit.

B. Institution politique et institution sociale


Plusieurs auteurs ont défini une institution politique .Pour nous ,la définition de
Kenneth Wright nous semble plus appropriée dans la mesure où il définit une
institution politique comme *un ensemble d’idées et d’usages collectifs formant un
tout coordonné d’idée et d’usages qui concernent les rapports entre le gouvernant
d’une société organisée et ses membres.

C’est donc un ensemble des principes qui facilite la gestion politique d’une société .

Cependant, toutes les institutions relatives au pouvoir ne sont pas nécessairement


politique ,il existe des institutions sociales , administratives ou judiciaire qui concourent
aussi à l’exercice du pouvoir .

Paragraphe 4. Le concept traditionnel


Le terme « traditionnel » est un adjectif qui signifie tout ce qui est fondé sur la
tradition, tout ce qui est passé dans les habitudes ou dans l’usage .Etymologiquement ,
tradition signifie la transmission des doctrines, des légendes , des coutumes pendant un
long espace et temps . En d’autres termes ,une manière d’agir ou de penser transmise
de génération en génération.

Accouplé à l’Afrique ,ce concept voudrait signifier que l’Afrique à considérer , c’est
cette Afrique authentique dans ses coutumes ,dans ses traditions que ni l’innovation de
la culture occidentale ,ni l’impact des institutions et d’autres.

Section 2 : Problématique

Paragraphe 1. Position du problème


Les concepts qui composent ce cours, et que nous venons de parcourir, se rattachent au droit,
à la linguistique, à la psychologie, à la sociologie et même à l’anthropologie (structures)
autant qu’à la science politique et au droit (institutions). Enseignement carrefour qui embrasse
les éléments disparates des sciences sociales, ce cours est ainsi difficile à être classifié dans
une discipline scientifique précise. Cependant, malgré le recours à ces différentes disciplines
et même surtout à l’histoire pour constituer cette étude, le choix par nous opéré d’insister sur
les aspects relatifs au droit constitutionnel et à la science politique se justifie : rendre
l’enseignement plus utile aux futurs juristes et à l’élite intellectuelle auxquels il est destiné. En
réalité, il s’agit d’une sorte de cours de Droit Constitutionnel et Institutions politiques
traditionnelles, enseignement qui rentre dans la subdivision classique du droit public.

Paragraphe 2. Intérêt
D’abord, cet enseignement apporte un cinglant démenti à l’affirmation de certains selon
laquelle la vie politique était inconnue dans les sociétés africaines précoloniales et démontre
ainsi qu’avant la colonisation, l’Afrique avait connu certaines formes d’organisation sociale et
politique, des institutions à tendance « étatique » dont certaines ont même survécu à
l’invasion des institutions d’origine étrangère apportées par la colonisation.

Ensuite, une autre dimension est la consécration des aspects positifs des coutumes et
traditions, pour leur intégration au processus du développement (par exemple : la solidarité et
l’hospitalité face à la montée de la xénophobie). On découvre donc qu’au rendez-vous du
donner et du recevoir, l’Afrique apporte sa part à l’humanité.

Enfin, cet enseignement a l’ambition de se livrer à la contribution d’une recherche


permanente, des structures qui correspondent le mieux au tempérament des populations
africaines. C’est le cas, à titre exemplatif, du consensus qui caractérise la prise de décisions du
groupe et non la règle de la majorité qui découle d’un vote.

Paragraphe 3. Plan
Toutes ces considérations nous amènent à subdiviser cette étude en deux titres plus un titre
liminaire ; en dehors du titre liminaire qui nous permet d’entrée en douceur dans la matière,
les deux titres correspondant aux époques différentes, à savoir, la période précoloniale,
coloniale et postcoloniale.
TITRE LIMINAIRE : SOCIÉTÉ ET AUTORITÉ TRADITIONNELLE
Il est important pour nous d’appréhender en liminaire les sociétés et autorités
traditionnelles puisque cette étude tournera essentiellement autour de ces deux
notions .Ainsi nous les aborderons tour à tour dans le présent titre .

CHAPITRE [Link]É TRADITIONNELLE

Section [Link]és

L’histoire de l’humanité enseigne qu’à une certaine époque, les hommes vivaient dans un état
proche des bêtes, donc à un stade correspondant à celui des sociétés naturelles.

Ces sociétés naturelles vont devenir des sociétés politiques, à partir du moment où les progrès
de la production matérielle et de la pensée vont permettre aux hommes de se constituer en
sociétés capables de réfléchir et de décider des affaires communes de la collectivité, c’est-à-
dire de se livrer à la planification de la vie.

C’est ainsi que, vis-à-vis de l’extérieur, toute société globale cherche sa survie physique en
s’opposant aux autres sociétés globales ou en coopérant avec elles ; ceci nécessite des
structures ou des institutions. À travers des exemples tels que des traités signés entre tribus ou
des guerres livrées en vue de défendre le territoire ou de conquérir d’autres territoires, on est
porté à soutenir, même au niveau de sociétés politiques élémentaires, qu’il a existé une sorte
de vie internationale.

Vue sous son aspect interne, toute organisation sociale renferme une fonction politique, celle
consistant à assurer le maintien de l’ordre social interne grâce à l’idée de contrainte découlant
d’un ensemble des relations dictées de l’ascendance de certains hommes sur d’autres.
Cependant, cette contrainte ne doit pas nécessairement se traduire par des mécanismes
spécialisés comme la prison, le fouet ou des juges spécialisés.

Bref, la contrainte ne doit pas être exprimée nécessairement par une institution
gouvernementale ; elle peut juste découler d’une simple crainte révérencielle.

Section 2. Sociétés étatiques et sociétés non étatiques

Le premier stade par lequel sont passées les sociétés africaines est celui des sociétés
primitives, caractérisées par l’absence d’exploitation des uns par les autres. Le deuxième
stade fait apparaître des signes de décomposition primitive.

Plusieurs auteurs qui ont écrit sur les organisations politiques de l’Afrique noire établissent
une nette distinction entre, d’une part, les sociétés étatiques et, d’autre part, les sociétés non
étatiques : D’un côté, les sociétés possédant une autorité centrale, des institutions judiciaires
et une administration ; dans une telle société, la distinction de fortune et de statut se fait
d’après les modes de distribution des pouvoirs ;
De l’autre, les sociétés qui n’ont ni autorité centrale, ni institutions judiciaires, ni
administration ; il s’agit, en fait, des sociétés sans gouvernement dans lesquelles aucune
différence de statut, de rang ni de fortune ne compte.

Ici, il faut éviter de confondre l’Etat et le politique. Si l’on peut prétendre au non existence
des Etats dans certaines sociétés traditionnelles africaines, il ne semble pas logique d’y nier la
notion de politique, qui se trouve partout, même dans les sociétés animales. L’Etat et le
politique sont deux notions à ne pas confondre d’autant plus qu’il n’y a pas équivoque entre
l’organisation d’une société relevant de la notion d’Etat et le phénomène de politique qui est
inhérent à l’existence de tout groupe social donné.

Dans une société étatique comme dans une société « anétatique », le pouvoir se caractérise par
l’existence d’une contrainte organisée dans l’une et généralement inorganisée dans l’autre. En
tout état de cause, l’intérêt de la société globale est précisément de détecter le politique même
dans la société qui ne présenterait pas les caractéristiques d’un Etat (ex. dans la famille, le
clan, la tribu…).

CHAPITRE 2 : AUTORITÉ TRADITIONNELLE


Il sera question dans ce chapitre d’analyser respectivement l’autorité en général ,les
types d’autorité ,les déviances de l’autorité et la psychologie de l’autorité.

[Link]é et type d’autorité

Paragraphe 1. Autorité en général


L’autorité est un phénomène social traduisant un mode de vivre en ensemble. Les
sociétés ne fonctionnent pas d’une addition des décisions ou d’actes individuels, mais
d’œuvres collectives. Et quand un groupe d’hommes doit agir de concert , il faut tenir
compte de deux évidences : Chacun tend à n’écouter que ses propres désirs qui ne
concourent que moins de fois, à l’état brut ,à l’intérêt commun. Ainsi ,pour canaliser ces
aspirations individuelles ,la présence d’un chef devient une nécessité.

Comme ne peut faire agir les hommes par pure contrainte de peur de préparer ces
derniers au révolte la société se dote donc, en vue de faire face à ces désagréments,
d’autorité fonctionnelle et officielle.

Ainsi, elle confère à quelqu’un l’autorité pour commander les autres.

Le terme autorité désigne à la fois le pouvoir ,la puissance détenue par un individu ou
un groupe d’individus appelés à commander les autres et à se faire obéir.

Cela indique aussi celui ou ceux qui détient le pouvoir et l’exerce.

Paragraphe 2. Types d’autorité


L’autorité diffère tantôt par ses origines tantôt par les domaines dans lesquels elle
s’exerce.
A. Description selon l’origine
Il est établie l’autorité qu’exerce un individu sur les autres peut provenir soit des
croyances religieux ,soit des traditions ,soit d’origine dynastique, soit des idéologies ou
même de la nature qui prédestinent un individu ou un groupe d’individus à se faire
obéir par d’autres.

L’autorité est donc une disposition personnelle permettant de se faire obéir sans
employer la force, laquelle peut intervenir en dernier recours en cas de dissidence.
C’est ce qui évoque l’ordre de la logistique et la notion de légitimité.

B. Description selon les domaines


Selon les domaines où s’exerce l’autorité , pourra distinguer notamment l’autorité
militaire de l’autorité civile , l’autorité familiale de l’autorité d’une cité, etc. Mais à
travers tous les domaines c’est l’autorité politique qui s’exerce.

Toute société humaine pour survivre, elle a besoin d’une autorité. En définissant
l’homme comme « animal politique » Aristote voulait dire que l’homme appartient
naturellement à la cité c’est à dire une société gouverné.

L’autorité qui s’exerce ainsi (forme d’autorité) sur les hommes de même race ou
libres est l’autorité politique ,laquelle est définie par le commandement des hommes
libres, la cité ne peut exister sans le commandement, ce qui nous amène à l’utiliser
dans le sens de l’autorité traditionnelle africaine qui dans un sens très large désigne
les personnes et /ou les groupes investis des responsabilités de quelque nature soient-
elles. Dans une acception plus étroite ,il s’agira plus particulièrement des autorités
politiques agissant entant que telles dans la société.

Ainsi , cette autorité traditionnelle s’exerce autant dans les sociétés organisées en Etat
ou chefferie que dans celles

Section 2 : Déviance et psychologie de l’autorité

Paragraphe 1. Déviance de l’autorité


L’autorité doit s’exercer avec le consentement de ceux qui obéissent. L’autorité est
donc fondé sur les qualités repérées sur celui ou ceux qui l’exerce.

Cependant ,l’autorité peut se servir de la science ,soit de concept idéologiques, soit de


la propagande ou culte de la personnalité pour asservir ses concitoyens et les
contraindre à lui obéir.

A. Au nom de la science
Certaines affirmations scientifiques peuvent aveugler tout un peuple et l’amener à
obéir à une mauvaise autorité qui l’amène loin de son propre bien.

Nous pouvons citer à titre d’exemple le magazine pour lequel ,le peuple
allemand ,face à certaines affirmations scientifiques a adopter et approuver les
décisions de ces autorités de l’époque.
B. Autorité idéologique
L’idéologie sert à certaines autorités d’asservir les individus. L’idéologie ici entendu
comme une conception du monde structuré et achevé ,donnant sens à l’existence des
toutes ses dimensions physique ou métaphysique.

C. Autorité par propagande


L’autorité politique peut aussi ,en vue de se faire obéir , utiliser les moyens de
propagande à sa disposition pour se faire passer pour ce qu’elle n’est pas en
réalité ,aveugler ainsi les individus et les amener à consentir à lui obéir.

D. Autorité par culte de la personnalité


La divinisation de l’autorité politique est la meilleur manière de comprendre ce
[Link] comme un divin, un homme dieu ,l’autorité politique impose sa volonté
aux membres de la société qui, cause de la naïveté se soumettant à son autorité. C’est
la fascination qui règne dans le peuple et l’autorité lui-même qui se croit être un être
supérieur.

Paragraphe 2. Psychologie de l’autorité


La relation existent entre l’autorité et les membres de la société n’est pas celle
d’amitié. Loin de là c’est une relation spécifique puisqu’elle suppose une inégalité
positive.

C’est donc un rapport hiérarchique ,tout en évoquant les cas de dénaturation ou


d’excès évoqué précédemment. Il existe de ce fait en principe une relation et cette
relation a pour fondement le bien -être commun, surtout de celui ou ceux qui
obéissent.

Pour ce faire ,l’autorité doit à tout prix éviter l’autoritarisme et préserver sa distance.
TITRE PREMIER : LES SOCIETES AFRICAINE AVANT ET PENDANT LA
COLONISATION
Il sera question dans ce titre d’analyser les sociétés africaines précoloniales (chapitre I)
avant d’analyser les sociétés africaines face à la colonisation (chapitre II).

CHAPITRE I : LES SOCIETES AFRICAINES PRECOLONIALES


Il y a une difficulté apparente lorsqu’il faut analyser les sociétés africaines avant leur
forme actuelle (Etat moderne). D’ailleurs, d’aucun n’estime que avant la colonisation il
n’est eu d’existence des sociétés politiques à proprement parler. Il existait plutôt selon
certains auteurs des sociétés en état d’anarchie, sans aucune organisation.

Pourtant, l’histoire nous renseigne le contraire. Il a bel et bien existé des sociétés
politiques, avec une forte organisation, presque semblable aux Etats moderne pour
certaines.

Cependant, il faut distinguer selon qu’il s’agit des sociétés étatiques et les sociétés non
étatiques ou an étatiques dites primitives.

Ainsi, bien qu’il n’existait pas des institutions au sens moderne, il n’existait pas une
anarchie comme les autres disent mais plutôt un mécanisme de participation de
membres à la gestion de la société.

Nous allons donc étudier tour à tour l’autorité traditionnelle dans les sociétés sans état
et sans chefferies, l’autorité traditionnelle dans les sociétés étatique avant d’étudier
enfin les différents mécanismes de prise des décisions

Section 1 : L’autorité traditionnelle dans les sociétés sans Etat et sans chefferies
Il convient de souligner avant tout que ces sociétés présentent de nombreuses variantes
caractérisées par l’absence d’un appareil d’Etat.

Les sociétés non étatiques n’avaient pas d’organes législatif, exécutif ni juridictionnel,
comme c’est le cas dans les Etats moderne.

Dans ces conditions, la gestion supposait l’intervention soit du peuple tout entier, ou du
moins, de l’ensemble des hommes (démocratie populaire), soit de groupements divers
(classes d’âge, associations, groupes de parenté) et d’individus à prestige (démocratie
clanale). Cela n’excluait pas l’existence d’un chef, mais le chef était un « leader » et non
un « ruler » dont la fonction était de diriger les affaires communes (chasse, la guerre, le
commerce, ect.).
A ce propos, nous pouvons citer le cas cité par David Tait écrit que les Konkomba
localisés dans le Nord du Togo, qui n’avaient aucune institution juridique, en ce sens
qu’il n’y avait aucun cadre pour la législation formelle ni pour les décisions
juridictionnelles, aucune espèce d’agents chargés de faire appliquer la loi. Plus loin, tout
en remarquant qu’il n’y avait pas des règles de conduite (standards), il ajoute que les
règles ne furent à aucun moment établies par un parlement, ni interprétées par des
tribunaux, ni mises en application par un exécutif.

Les exemples sont multiples, seulement, manquant des moyens efficaces permettant de
transmettre l’histoire intégralement, nous nous contentons de l’histoire nous donné par
les anciens collons d’Afrique et le problème est que ces observations étaient faites alors
que les sociétés africaines avaient déjà subies l’influence du colonisateur.

Ainsi, la cohésion des sociétés politiques était assurée, non par des institutions de
domination, mais par des mécanismes divers de participation.

Les études des ethnologues le démontrent, les sociétés anétatiques dites primitives
constituaient des sociétés globales qui résultaient chacune d’un territoire bien délimité,
d’un espace propre à un groupement humain déterminé et organisé sur base de la
parenté. Ainsi, le territoire jouait un rôle très important dans la séparation nette entre
l’intérieur et l’extérieur des groupements humains.

La classification faite pas Lombard distingue le système à pouvoir parental, celui à


pouvoir partager entre les autorités familiales et certains individus et celui à pouvoir
exercé par les collectivités ayant fonction de conseil.

Paragraphe 1. Système à pouvoir politique parental

A. Notion
Les rapports politiques sont confondus avec les rapports de parenté et la structure
politique et l’organisation de parenté complètement fusionnés. L’unité politique la plus
large que puisse recouvrir ce système politique n’englobe que des éléments établissant
des liens de parenté.

Dans ce système, il n’existe aucune institution ni autorité que le groupement familial


dont le représentant dispose du pouvoir politique.

B. Organisation
L’unité politique et territoriale supérieure dans ces sociétés est le groupe familial, la
maisonnée (lignage nucléaire), le lignage majeur (groupe de plusieurs familles ayant un
ancêtre commun), parfois, le clan.

Ces sociétés sont souvent segmentaires, c’est-à-dire que les groupes de parenté se
divisent continuellement pour former les uns vis-à-vis des autres des groupes
autonomes antagonistes, susceptibles cependant de s’unifier en cas de conflit avec une
unité supérieure. L’exemple classique de ces organisations est celui du peuple Tiv du
Nord du Nigeria, société segmentaire où l’unité politico-territoriale la plus élevée est la
maisonnée familiale, ce qui implique une grande dispersion des groupes de parenté.

S’agissant des pouvoirs, leur extension est très limitée et seuls en sont investis les chefs
de maisonnées ou de collectivités familiales restreintes, les conseils formés de ces
derniers et, éventuellement, certains chefs éphémères de groupements alliés. L’autorité
s’établit sur les liens personnels et non pas d’une façon anonyme.

De la sorte, l’autorité est partout l’exclusivité des chefs de lignage.

Paragraphe 2. Système à pouvoir politique à deux foyers d’autorité

A. Notion
C’est un système dans lequel il y a coordination entre la structure familiale et la
structure politique. Le pouvoir est donc partagé entre les autorités familiales et certains
individus à prestige appelés « leaders », c’est-à-dire des chefs ayant une autorité autre
que familiale mais qui ne la détiennent qu’à titre provisoire (pour regler certaines
situations ou résoudre des problèmes).

Il peut exister une forme de superposition des groupements familiaux par des groupes
de voisinage participant au même culte.

B. Organisation
Comme précédemment dit, dans ce système, les pouvoirs politiques sont partagés entre
la structure familiale et certains individus à prestige ou leaders.

Deux types principaux de leaders se révèlent :

- Le leader – arbitre : principalement dans les sociétés segmentaires en proie à des


luttes intestines continuelles ;
- Le chef de la terre : arbitre également, mais essentiellement prêtre et chef d’une
communauté religieuse de voisinage.

On peut citer, à titre d’exemple, l’apparition de leaders à prestige rituel pour régler les
conflits et arrêter les vendettas. C’est le cas des chefs à peau de léopard chez les Nuer
dont le rôle est de concilier les parties en lutte, sans autre pouvoir judiciaire ou exécutif.
C’est là un cas qui laisse entrevoir un début de différenciation dans les formes
d’autorités, celle du chef de lignage – satellite, celle du chef de lignage dominant et celle
du leader –arbitre.

Les leaders se retrouvent aussi dans d’autres sociétés comme chez les Dinka au Soudan
et tant d’autres.

L’exemple des populations Tallensi du Ghana du Nord, illustre d’une façon assez
typique le partage du pouvoir politique entre les autorités familiales et celles chargées
des cultes de la terre.
Paragraphe 3. Système à pouvoir politique à trois foyers d’autorité

A. Notion
Dans ce système, le rôle politique des autorités familiales va décroître au profit des
institutions collectives locales. En effet, il s’agit du système où le pouvoir est exercé par
différentes collectivités ayant fonction de conseil, des classes d’âges et des individus à
prestige.

En d’autres termes, dans ce type de système, la collectivité à laquelle la société renvoie


n’exclut pas un certain rôle du système de parenté dans la vie politique, elle tient
simplement ce rôle pour secondaire et articule l’organisation politique sur des unités
territoriales.

B. Organisation
Dans ce système, les pouvoirs politiques sont partagés entre les trois foyers d’autorité
qui ne les exercent que dans une région restreinte. Ceci entraîne une gradation des cas,
selon la prééminence qu’ils accorderont à l’une plutôt qu’à l’autre de ces institutions.
C’est-à-dire lorsqu’il y a un cas on commence par la première autorité à défaut de le
régler le cas est transféré à l’autre instance.

L’exemple type est le cas des Galla d’Ethiopie, où la tribu, subdivision du groupe
ethnique, est composée de dix classes d’âge dont la quatrième, la classe des guerriers,
dispose du pouvoir politique qu’elle exerce avec le groupe des guerriers et avec son
leader nommé pour huit ans, qui est à la fois prêtre, chef de guerre et auteur des lois,
discutées en conseil de groupe.

D’autres systèmes, au contraire, accordent une importance presque égale aux conseils,
aux classes d’âge et à certains leaders. C’est le cas, par exemple, des Kikuyu et des Nandi
du Kenya, dont l’organisation est assez voisine.

Il y a d’autres systèmes, enfin, qui attachent une plus grande importance aux conseils
plutôt qu’aux classes d’âge et aux leaders ; c’est le cas notamment des Ibo au Nigeria de
l’Est.

En règle générale, il est rare de trouver, dans une société sans Etat, le conseil comme
institution politique essentielle réunissant des membres de familles différentes choisis
au sein des groupes voisins et non parmi les mêmes groupements de parenté, comme
c’était le cas pour les systèmes lignagers. Pourtant, le conseil constitue en Afrique noire
l’institution politique la plus répandue. Dans les structures étatiques, le conseil forme
un élément de l’Etat.

Il y a à remarquer enfin que ces sociétés ont quelques caractères communs :

a) L’autorité apparaît dans ces sociétés comme diffuse et s’exerce dans tous les
domaines de la vie sociale, particulièrement dans les domaines familial et religieux.
b) Dans ce type de sociétés, non seulement la séparation entre les pouvoirs n’apparaît
pas, mais l’absence de véritables superstructures politiques rend nécessaire
l’intervention dans le domaine politique de groupements (groupes de parenté, classes
d’âge, communautés culturelles) qui, dans des organisations étatiques, ne joueraient
qu’un rôle secondaire dans le maintien de l’ordre social.

c) Dans cette première catégorie des sociétés où le statut social se fonde sur l’âge, les
pouvoirs magiques ou religieux, éventuellement la fortune plus que sur la naissance, le
caractère politique de l’autorité est intimement associé aux institutions familiales et
religieuses ou aux structures d’âge.

En face des pouvoirs accordés aux représentants des groupes de parenté ou de


génération, pouvoirs étroitement contrôlés par les conseils issus de ces groupes,
l’autorité de l’individu s’affirme mal et demeure limitée à un domaine bien déterminé
(arbitrage, conduite des groupes de guerre, maîtrise de la pluie). C’est pourquoi, dans ce
type de sociétés, le pouvoir individuel fera de celui qui le détient un leader reconnu par
le groupe pour une tâche précise et une durée limitée plutôt qu’un chef disposant
traditionnellement d’une autorité, en vertu d’un droit en principe héréditaire.

Bref, les taches de l’autorité traditionnelle est précises et il ne peut pas outrepasser.

Ces caractères font que la légitimité dans ces groupes résulte du consensus accordé par
chacun des groupes à ces différents niveaux et non de la volonté d’une autorité
supérieure, qui délègue une partie de ses fonctions.

C’étaient des sociétés totales et collectivistes ou communautaristes ; l’individu ne vivait


pas pour lui-même mais pour la collectivité et le activités étaient du groupe et non de
l’individu.

C’est ainsi que dans le domaine économique, par exemple, les fraternités d’âge jouaient
un rôle considérable.

On peut dire enfin que les sociétés africaines étaient des sociétés sacrales. Ce caractère
sacral était directement lié au système économique et social. Ici, il faut souligner
l’importance du facteur religieux dans la vie sociale traditionnelle dont on peut dire
qu’elle était littéralement imprégnée de religion. C’est meme ce qui poussa certains
auteurs à dire que « la religion pénètre tout sans être tout et le Noir peut se définir
comme un être incurablement religieux » ou encore « aucune institution n’existe que
ce soit dans le domaine social ou dans le domaine politique, voire en matière
économique, qui ne repose sur un concept religieux ou qui n’ait pas la religion comme
pierre angulaire. Ces peuples dont on a parfois nié qu’ils eussent une religion sont, en
réalité, parmi les plus religieux de la Terre »

Tous ces caractères doivent être pris en considération, au même titre que les
mécanismes, pour expliquer le fonctionnement des sociétés politiques non étatiques
aussi bien que celui des Etats, car ils ne disparaissent pas avec l’apparition de l’Etat. Au
contraire, le pouvoir d’Etat les utilisera pour asseoir sa domination. En particulier, la
religion demeurera un facteur fondamental dans la vie politique africaine au point que
Luc de Heusch a pu écrire que « la science politique relève de l’histoire comparée des
religions ».

Section 2 : L’autorité traditionnelle dans les sociétés à Etat et à chefferies permanentes


Si, comme précédemment décrit, au premier stade par lequel sont passées les sociétés
africaines dites primitives, il y avait absence de l’appareil de l’Etat, le deuxième stade, au
contraire, fait apparaître les sociétés possédant une autorité centrale, des institutions
politiques et judiciaires et une administration.

Dans cette dernière catégorie de sociétés, l’autorité individuelle, sans prendre pour
autant une place prépondérante, s’affirme plus nettement vis-à-vis des institutions
collectives. Ces dernières revêtent, en outre, un caractère plus nettement politique.

Dans la voie qui les mène à l’organisation étatique, ces sociétés vont présenter un
certain nombre de traits caractéristiques qui les éloignent progressivement de celles
que nous venions d’examiner.

Ici Le groupe territorial, originaire et hiérarchisé, tend à se substituer dans ce domaine


aux groupes de parenté. De même, les classes d’âge vont être privées du rôle politique
que les sociétés sans chefs leur accordaient. En conséquence, ces sociétés auront un
caractère moins égalitaire et la différenciation y sera plus marquée entre groupements
d’origine ethnique ou sociale différente. Les relations à l’intérieur de la société
déborderont largement le cadre des groupes de parenté et revêtiront un aspect moins
personnel, plus anonyme. Et, enfin, l’existence d’une administration plus ou moins
différenciée et d’un pouvoir judiciaire aura pour conséquence la suppression totale de
toutes les formes de vengeance privée et, en principe, de luttes intestines.

Parmi ces sociétés, toutes ne seront pas organisées en Etat, toutes ne seront pas
politiquement unifiées. Il importe de distinguer, en effet, à l’intérieur des systèmes
pourvus de chefs politiques, ceux qui ont reçu le nom de chefferies et qui sont privés de
tout appareil étatique et ceux, au contrarie, qui constituent de véritables Etats.

Nous allons avant tout étudier le passage des états non étatiques aux états étatiques,
avant d’examiner la position des dirigeants dans les sociétés à chefferies et celle des
dirigeants dans les sociétés à Etat.

Paragraphe 1. Passage des sociétés anétatiques aux sociétés étatiques


Il est à préciser avant toute chose que l’Afrique détenait déjà une organisation
sociopolitique particulière avant même la colonisation. Il est cependant nécessaire
d’analyser l’évolution de celle-ci, originale fut-elle, avant l’influence coloniale.

Cette évolution peut être mieux appréhendée à travers la naissance d’un Etat dit africain,
les formes de celui-ci et sa nature.
A. Naissance de l’Etat africain
La naissance de l’Etat en Afrique n’est qu’un aspect particulier du problème général de
l’origine de l’Etat.

Dans la naissance de l’Etat, il y a des facteurs exogènes, c’est-à-dire lorsque l’Etat est le
résultat des multiples conquêtes et guerres d’invasion, aussi il y a des facteurs
endogènes qui ont expliqué la constitution de certains Etats en absence de toute
conquête et enfin, il y a le mode de production asiatique qui se caractérise par la
stactification sociale d’origine économique ; c’est-à-dire le besoin économique justifie la
domination d’une société parmi les autres ou d’un individu.

On pourrait donc dire qu’il y a eu en Afrique deux types d’Etats : les Etats primaires ou
de fondation et les Etats secondaires ou dérivés. Alors que dans les premiers, la
formation de l’Etat résulte d’un processus interne, dans les seconds, au contraire, les
facteurs extérieurs expliqueraient l’origine de l’Etat. On peut ainsi noter que c’est à
partir des Etats primaires que se sont constitués des Etats secondaires ou dérivés :
royaumes et empires.

Cette observation conduit à aborder, après le problème de la formation de l’Etat, celui


des formes d’Etat.

B. Formes d’Etat
L’étude de ce problème permet d’établir une filiation entre les formes anciennes et les
formes actuelles. Il va de soi que les solutions sont liées au mode d’exercice du pouvoir,
c’est-à-dire à la nature du régime politique. Plus le régime est autoritaire, voire
despotique, plus la tendance à unifier est grande.

En fonction du degré d’unité réalisé au sein de l’Etat, il est possible de répartir les Etats
précoloniaux en deux catégories. Il y a le cas d’Etat unitaire et le cas d’Etat de type
fédéral. Selon les époques, tel ou tel royaume a pu passer d’un type à un autre ou, à
l’intérieur d’un type, présenter des caractères différents.

[Link] Etats de type fédéral :

Il peut paraître étonnant de parler de fédéralisme à propos des sociétés africaines


précoloniales. Dans ce type d’Etat les collectivités composantes ont une certaine
autonomie et la volonté de créer une communauté globale groupant ces collectivités.
Selon que la tendance à l’autonomie ou la tendance à l’unité l’emporte, il est évident
qu’on peut aboutir à des structures très différentes les unes des autres.

On peut citer à ce sujet les cas du royaume Ashanti au Ghana qui avait connu la structure
fédérale et dans lequel le roi Asante Hene avait des vassaux qui étaient tenus de lui
prêter serment d’allégeance et il représentait l’unité du royaume. Il pouvait même
arriver que les vassaux se fassent la guerre dans lequel cas le monarque jouait le rôle
d’autorité suprême et d’arbitre.
Précisons que cet exemple n’est pas unique, on pourrait également citer les Bemba de la
Zambie que, malgré l’unité de la tribu fondée sur l’homogénéité ethnique, l’existence
d’une langue et de tradition communes, l’allégeance à un chef suprême (citimoukoulou)
constituaient un Etat de type fédéral.

[Link] Etats unitaires :

À côté des Etats de type fédéral, l’Afrique a connu aussi des Etats unitaires, plus ou
moins centralisés.

En Afrique noire, on peut prendre l’exemple du royaume d’Abomey, qui est sans doute le
cas le plus achevé d’Etat unitaire. Le royaume était divisé en provinces ou régions, mais
ces collectivités ne disposaient d’aucune espèce d’autonomie connue. Elles étaient
administrées par des personnages placés sous la dépendance totale du roi et, de façon
plus directe, sous le contrôle du Migan, sorte de ministre de l’intérieur chargé de
l’administration territoriale. En fait, la décentralisation était très faible et le royaume
était plus proche d’un Etat centralisé que d’un Etat décentralisé.

Mais, à côté des Etats unitaires centralisés, on trouvait aussi des Etats décentralisés, en
fait ou en droit. Le plus souvent, les chefs ou les monarques n’étaient pas parvenus à
réaliser une centralisation aussi poussée qu’au Dahomey

Ces observations au sujet des formes d’Etat en Afrique précoloniale nous amènent, à
présent, à aborder la question de la nature de l’Etat.

C. La nature de l’Etat
Les auteurs se divisent à ce sujet. Certains vont jusqu’à nier l’existence d’Etat en Afrique
précoloniale, d’autres parlent d’Etat primitif ou traditionnel, les autres encore parlent du
type féodal tout en les distinguant du type européen.

Une première question qu’il est intéressant de poser est de savoir comment se situent
les sociétés politiques africaines par rapport à l’évolution générale de l’humanité ? Cette
évolution est-elle singulière ou bien n’est-elle qu’une illustration des lois générales de
l’évolution ?

On sait que les marxistes distinguaient la communauté primitive, la société esclavagiste,


la société féodale, la société capitaliste et la société communiste en voie de construction.
A chacune de ces étapes de l’évolution correspond un type de société politique. Par
rapport à cette échelle, où situer les Etats africains précoloniaux ?

D’abord, on ne peut pas dire que les Etats africains étaient de type esclavagiste en ce
sens que la possession d’esclaves aurait joué un rôle prédominant dans la vie des
sociétés africaines. La seule forme d’esclavage connue fut celle de l’esclavage
communautaire ou patriarcal caractérisé par l’appropriation collective de l’esclave ainsi
que par la faible importance du nombre et de l’exploitation de la main-d’œuvre servile.
Cependant, il y a lieu de retenir que par certains traits, l’Etat précolonial présentait les
caractères d’un Etat esclavagiste, notamment par la contribution des esclaves à la
production et leur rôle en tant qu’éléments de l’appareil de l’Etat.

Ensuite, quant à savoir si les Etats africains précoloniaux étaient de type féodal, il y a lieu
de considérer la féodalité comme un régime politique caractérisé par le lien
interpersonnel et non un mode de production. Les institutions féodales organisent entre
deux personnes, inégales en pouvoir, des relations de protection d’une part, de fidélité et
de service d’autre part. Elles lient donc le seigneur au vassal, le patron au client.

Cette conception ne saurait cependant être admise dans le cas de l’Etat africain
précolonial dans lequel on ne peut pas oublier que, liées aux conditions socio-
économiques existantes, la plupart des sociétés africaines étaient devenues des sociétés
de classes.

C’est donc par rapport à la notion de classes sociales que, comme le souligne Georges
Balandier, la nature de l’Etat africain doit être dégagée.

En effet, la notion de fief dont le sens étymologique a donné naissance au mot « féodalité
» est fondé sur l’appropriation privée de la terre, caractéristique de l’Etat féodal, n’est
apparue qu’après celle du bénéfice, caractérisée par l’attribution des terres à titre
d’usufruit et à titre temporaire par le monarque à ses vassaux. Or en Afrique, les terres
étaient avant tout un bien communautaire légué des ancêtres, donc impossible
d’envisager les vendre, même pas le roi lui-même n’avait ce droit.

C’est même ce sens que semblent préconiser les codes fonciers de presque tous les Etats
africains actuels, en consacrant l’appropriation exclusive du sol et du sous-sol, à la
communauté nationale représentée par l’Etat, et leur caractère inaliénable. Pareille
préoccupation semble avoir de mobiles religieux : en Afrique, la terre appartient aux
ancêtres, l’aliéner (la vendre aux étrangers), serait s’exposer aux pires calamités pour
des hommes qui restent attachés avant tout au culte de la terre. Le chef politique n’était
pas un chef terrien comme le souligne Gonidec.

Certains auteurs comme J. Lombard conclurent à juste titre que le féodalisme africain,
s’il existe, doit être recherché plus par rapport à une forme d’organisation politique que
par rapport à des droits réels se manifestant par l’attribution de « fief ».

Le rapport dit féodal intervient en tant que moyen mis en service d’une stratégie visant
la conservation par une aristocratie réduite et ses dépendants du pouvoir et de l’avoir.

En raison de cette situation, l’Etat colonial n’aura que deux alternatives :

- ou bien détruire l’Etat traditionnel dont le pouvoir pourrait être susceptible, dans
sa nature communautairement singulière de rivaliser avec le sien.
- ou bien le neutraliser et s’en servir comme d’un instrument politique, d’un relais
entre lui-même et la population.

Ces deux solutions ont été, en fait, utilisées selon les circonstances de temps et de lieu.
En face de pareille situation, la position des dirigeants dans les sociétés africaines
précoloniales doit avoir, certainement, été très délicate.

Paragraphe 2. Position des dirigeants dans les sociétés à chefferies


Avant d’aborder la question de la position des dirigeants dans ce type de sociétés, il est
nécessaire d’évoquer la notion de chefferie.

A. Chefferie, quid ?
Pour Bibombe Muamba, la chefferie est l’unité territoriale fonctionnant sous l’autorité
d’un chef, mais également toute forme d’organisation politique sans Etat, disposant
d’une autorité stable et continue. Pour sa part, le professeur Mbaya Ngang définissait la
chefferie comme étant une communauté naturelle dont la population reste attachée à
ses us et coutumes essentiellement dominés par le sens du sacré et de l’attachement
indéfectible au clan et à la parenté ou à la famille étendue.

Une société à chefferies est donc un groupe tribal divisé en de multiples unités
politiques. Mais face aux exigences modernes et aux impératifs du développement du
pays, les chefferies traditionnelles ont subi une évolution dans leur structure et dans
leur institution politico-sociale.

B. Position des dirigeants


Dans les sociétés à chefferies, le chef est un personnage choisi en raison de sa naissance
et de ses qualités au sein d’une famille ayant traditionnellement le pouvoir sur un
groupement de dimension restreinte, composé de familles d’origines différentes et
occupant un territoire limité.

Le chef est donc à distinguer du leader, qui dispose, lui, d’une autorité temporaire
d’origine populaire et n’est pas un aristocrate. Il convient également de le distinguer du
souverain ou du monarque, terme qui est réservé à des chefs d’Etat qui sont à la tête
d’une société politique différenciée et hiérarchisée, occupant généralement un territoire
important.

En règle générale, la distribution des pouvoirs entre les différents détenteurs de


l’autorité se fera suivant un modèle identique dans tous les types de chefferie : le chef
partage la responsabilité du groupe avec son conseil (conseil du village ou conseil
constitué des représentants de son village et ceux des villages dépendants), composé
d’Anciens et parfois de quelques-uns de ses proches, avec éventuellement un maître
de terre, quand il ne cumulera pas lui-même les deux fonctions.

Dans certains cas, des associations regroupant des individus de même classe d’âge ou
vénérant un même culte pourront opérer un certain contrôle sur les pouvoirs du chef.

La distinction essentielle, à l’intérieur de cette catégorie, se fera d’après l’origine du


pouvoir exercé par le chef et opposera les chefferies de fondation aux chefferies de
conquête ou nées de l’occupation par un groupe étranger. Cette distinction est
importante, en effet, pour la nature de l’autorité du chef :
Il y a à distinguer l’origine du pouvoir exercé dans la chefferie selon deux cas :

- Dans le cas d’une aristocratie d’ancienneté, cette autorité découlera de la qualité


du fondateur ou de descendant du fondateur du groupe ; le chef aura alors des
pouvoirs religieux importants, ainsi que la maîtrise de la terre, lui conférant des
fonctions de juge et d’arbitre suprême.
- Dans le cas d’une aristocratie de conquête tirant son pouvoir de la force ou du
prestige, l’autorité résultera de la soumission de la masse autochtone : le chef
détiendra alors des pouvoirs avant tout politiques, laissant aux groupes conquis
certaines fonctions religieuses, et maintiendra la paix et l’ordre social plus par la
contrainte et l’arbitraire que par son influence spirituelle.

Il est à noter, cependant, que malgré l’émergence d’une autorité individuelle


permanente, les institutions politiques continuent à ne présenter qu’un très faible degré
de différenciation. Il en sera différemment dans les systèmes à Etats.

Paragraphe 3. Position des dirigeants dans les sociétés à Etat


Les anthropologues sont, nous l’avons affirmé, très divisés sur le problème de la nature
des sociétés africaines précoloniales.

Afin de réaffirmer quand est-il possible de qualifier telle société, « d’Etat » et non telle
autre, nous sommes obligé de dire encore un mot sur la notion d’Etat avant de
rechercher la position des dirigeants de pareille société.

A. Notion d’Etat
Certes, nous avons soutenu que le mot « Etat », entendu comme forme d’organisation
sociale, n’est pas à confondre avec celui de « politique » qui se rapporte à l’exercice de
pouvoir inhérent à l’existence de tout groupe social évolué.

Beaucoup de facteurs (géographiques, socio-économiques, familiaux, politico-


administratifs, religieux) peuvent être pris en considération pour qualifier une société
d’Etat. Selon que l’un des facteurs prédomine ou aboutit à telle ou telle définition de
l’Etat.

En tant qu’institution, l’Etat demeure tributaire de la société au sein de la quelle il prend


naissance, se développe et meurt.

Il est constitué des classes antagonistes et pour que ces dernières ne se consument pas,
le besoin s’impose d’un pouvoir qui, placé en apparence au-dessus de la société, doit
estomper le conflit, le maintenir dans les limites de l’ordre. Ce pouvoir, né de la société,
mais qui se place au-dessus d’elle et lui devient de plus en plus étranger, c’est l’Etat.

Né de l’antagonisme des classes, l’Etat n’est que la représentation ou le symbole de la


classe la plus puissante, celle qui domine au point de vue économique, et qui, grâce au
pouvoir et au prestige que confère l’Etat, devient aussi une classe politiquement
dominante et acquiert ainsi de nouveaux moyens pour mater et exploiter la classe
opprimée.

Dans cette perspective, le phénomène « Etat » existe dès l’instant où, sur la base des
différenciations sociales apparues dans les sociétés africaines, un individu ou un groupe
d’individus s’emparent de la fonction politique et l’exercent, non plus dans l’intérêt de
tous, mais dans leur propre intérêt.

Cette conclusion ouvre le voile sur la position des dirigeants de pareilles Etat.

B. Position des chefs dans les sociétés à Etat


1. Quelques Observations

Trois observations méritent d’être relevées :

a) Bien qu’on trouve, selon les sociétés, une variété relativement grande des
structures étatiques, l’organisation politique présente cependant un certain
nombre de caractères permanents et communs :
L’autorité des chefs d’Etat est héréditaire, comme celle des dirigeants des
chefferies, mais elle revêt un caractère religieux plus marqué, qui résulte de
l’origine surnaturelle qu’on attribue à la dynastie du souverain ;
La famille dirigeante tend à symboliser le peuple tout entier et par conséquent,
représente l’institution essentielle du gouvernement à la différence de la
chefferie, où le lignage des chefs n’est pas l’objet d’un même culte ;
L’autorité individuelle repose donc sur un fondement, même lorsque le mode de
séparation des pouvoirs ne lui accorde que des fonctions politiques limitées.

b) En outre, la mise en place d’un système plus élaboré d’administration hiérarchise


l’autorité et multiplie, aux différents échelons de l’organisation, les représentants du
pouvoir central, si bien que l’autorité tend à s’individualiser encore plus, non seulement
au sommet du système, mais à tous les niveaux des unités politiques secondaires. Certes,
le rôle des conseils et des formes collectives du pouvoir n’en disparaît pas pour autant,
mais les institutions collectives apparaissent toujours comme un moyen de contrôle
politique, jamais comme un rouage principal du gouvernement.

c) Qu’il s’agisse des sociétés multi-étatiques que celles qui n’ont pas réussi à unifier
totalement l’ensemble de la société, certains groupes ethniques ayant gardé leur
structure politique propre, ou des sociétés ayant unifié l’ensemble de la société, la
différence entre ces Etats n’a consisté ni dans le type d’autorité qui les gouvernait, ni par
le mode de répartition des pouvoirs. Ainsi, dans les uns comme dans les autres, les
détenteurs du pouvoir ont la même position.

2. Autorité et formes d’Etat


Les principaux critères sont fournis par le degré de centralisation politique, le degré de
concentration des pouvoirs et la nature du contrôle exercé par les autres institutions
sur le Chef de l’Etat.

a) Position de l’autorité dans les Etats centralisés

Ici, le souverain détient tout le pouvoir, ne laissant aux autorités régionales que les
fonctions exécutives. Dans certains cas, il est entouré des dignitaires qui on le role de
contrôler les régions.

Les exemples de ces types d’Etats peuvent être trouvés chez les Nyoro et les Buganda de
l’Ouganda dont le Chef, le Kabaka, était un monarque quasi absolu ; les Temne de Sierra
Leone, les Sérères du Sénégal, etc.…

b) Position de l’autorité dans les Etats décentralisés

Dans les systèmes décentralisés, l’Etat reste encore fragile et l’autorité centrale impose
difficilement sa domination sur un ensemble de provinces, jouissant sinon d’une
relative autonomie, du moins de très larges pouvoirs.

Ici, le Chef de l’Etat délègue une partie de son autorité aux différents commandements
régionaux, à la tête desquels se trouvent souvent des dirigeants unis à lui par des liens
personnels, parfois familiaux, mais qui ne sont jamais des fonctionnaires susceptibles
d’être nommés ou révoqués par le pouvoir central. Chaque province dispose d’un
embryon de gouvernement.

Ce type d’autorité apparaît surtout dans les systèmes de forme « féodale ». En règle
générale, les pouvoirs sont monopolisés par le groupe de dirigeants, qui les exercent
seuls ou en conseil, les autres catégories sociales n’ont qu’une faible influence dans le
gouvernement.

Parmi ces types d’Etats, on peut citer notamment les Bariba du Dahomey, les Cotocoli du
Togo, les Dagomba du Ghana, les Bemba de la Zambie et de la République Démocratique
du Congo.

A la différence des exemples précédents, les Ashanti formaient une sorte de


confédération, dominée par la région centrale avec comme capitale Kumasi, composée
de provinces jouissant d’une certaine autonomie malgré la disposition par un Chef
suprême de pouvoirs particuliers sur l’ensemble du groupe.

Section 3 : Le processus de prise de décision dans les sociétés traditionnelles


On ne peut pas parler du processus de prise de décision, dans les sociétés
traditionnelles, sans avoir, auparavant, situé le moment de la décision en général.
C’est ainsi que nous traiterons d’abord de la décision en général avant de situer le
processus dans la vie traditionnelle, en vue de mieux établir la comparaison avec le
processus moderne de prise de décision.

Paragraphe 1. De la décision en général

A. Notion
Eternelle décision, sacré phénomène résistant à toutes les critiques ! Le schéma
traditionnel de la décision perdure. Il fractionne la décision en trois moments :
préparation, décision, exécution. Il privilégie le second moment, appelé seul décision,
moment, paraît-il, de l’acte créateur. Il méprise l’exécution servile, toujours en aval.

Pourtant, la décision est un enchaînement ou un processus non susceptible de


fractionnement, il n’y a pas d’acte créateur isolable, puisque la création est continue et
dans la moindre parcelle d’exécution, une politique entière peut échouer ou réussir. Il
faut donc soigner chacun de prétendus chaînons de la chaîne.

Le schéma traditionnel a pour souci constant de préserver une décision libre et donc
de majorer le moment du choix par rapport aux autres moments qui composent le profil
de l’acte volontaire. Toutes les philosophies qui se sont attaquées à ce schéma «
libérateur » se sont vues traitées de fatalistes, sombrement ou bassement matérialistes,
déshumanisantes, pessimistes, allant contre la « grandeur » de l’homme.

B. Fonctions de la décision
La décision remplit au moins quatre fonctions fondamentales dans la société
d’aujourd’hui.

1° La première fonction est de permettre à l’acteur d’agir.

2° La décision a pour fonction, également, de permettre à l’agi, au citoyen, de supporter


le monde.

Grâce à la décision, le citoyen crée le bouc émissaire ; en cas de succès, acclamations


provisoires ; en cas d’échec, récrimination et renvoi de l’homme ou de l’équipe
responsable.

3° En troisième lieu, la décision a pour fonction de fragmenter les actes étatiques en


autant de compétences respectives. Cette fragmentation crée des contrepoids, permet la
liberté dans l’ordre.

4° A cette fonction, on peut rattacher une quatrième, celle qui estime que soient
séparées des tâches absorbantes qu’entraîne la prise de décision au niveau
opérationnel, l’élaboration de la politique au risque de voir les pressions du court
terme empiéter sur cette élaboration qui peut toujours se voir remise au lendemain. Il
faut donc la séparer de la prise de décision afin d’offrir une perspective à la fois plus
objective et plus impartiale à la formulation des choix.
C. La décision selon les âges
A chaque âge, classique, moderne et contemporain, la définition de la décision a succédé
à l’autre.

La décision classique, c’est la bonne décision droite, en ligne, celle qui assure au sujet
libre les choix de rentabilité progressiste, linéaire.

La décision moderne, c’est un processus d’engagement progressif, connecté à d’autres,


marqué par l’équi-finalité, c’est-à-dire, par l’existence reconnue de plusieurs chemins
pour parvenir au même et unique but.

3. L’âge contemporain

Dans l’âge contemporain, à l’homme certain répondait la définition de la décision


comme acte rationnel et linéaire, marqué par un but ; à l’homme probable, la même
définition mais avec la reconnaissance de plusieurs chemins pour parvenir au même
but. A l’homme aléatoire, celui de l’époque contemporaine, répond une définition
nouvelle.

La décision contemporaine est un récit toujours interprétable, multi- rationnel, dominé


par la multi-finalité, marquée par la reconnaissance de plusieurs buts possibles,
simultanés, en rupture.

De ce foisonnement d’intérêts, de passions, d’aléas, de nombreuses théories se sont


préoccupées s’attachant platement à photographier le réel ou tentant à l’inverse de le
modeler par des notions préconçues.

Paragraphe 2. Du processus de prise de décision dans les sociétés traditionnelles


Le niveau de décision dans les sociétés traditionnelles africaines diffère selon que l’on se
trouve dans les sociétés plus fortement ou moins organisées.

A. Dans les sociétés non étatiques


Ce sont des sociétés caractérisées par l’inexistence d’organes spécialisés d’exercice du
pouvoir. Ainsi, dans la gestion du quotidien, il ne semble pas y avoir eu, d’un côté, les
décideurs et, de l’autre, les assujettis.

La décision semble donc avoir obéi aux règles consistant à voir la communauté se
prendre en charge. Toutefois, les décisions du groupe, connues de tous, senties et
censées connues par ceux que l’âge, le prestige ou l’ascendant mettaient à la tête des
autres devaient être canalisées par ceux-ci et exécutées de bonne foi sans aucune
contrainte par tous.

Ici, la décision de cette société est plus proche de la décision classique qui concerne
l’homme certain, libre.
B. Dans les sociétés étatiques
Avec l’apparition d’autorités et institutions centrales se distinguent également les
véritables « décideurs », capables de préparer, de décider et de faire exécuter, même par
contrainte.

Dans l’ensemble, il faut tenir compte du consensus qui entoure les actes des « décideurs
» qui, généralement sont connus, acceptés et exécutés par tous comme préceptes
sociaux.

Paragraphe 3. Le processus moderne de prise de décision


Dans les Etats africains modernes les décisions sont plus caractérisées par des fraudes,
et cela à cause du mimétisme institutionnel.

A. Sur le plan constitutionnel


Les normes fondamentales qui étaient orales, observées par transmission de génération
en génération, ont cédé place à des textes écrits.

D’abord léguées par les colonisateurs lors de la naissance des nouveaux Etats africains,
les institutions métropolitaines sont venues se greffer sur des mentalités, des cultures,
en général, contraires à leur essence. Incapables de maîtriser un processus opposé à
des habitudes véhiculées par des traditions non conformes « réprimées » pendant des
décennies dans le subconscient, les africains n’ont pu être en mesure de se choisir un
système de gouvernement équilibré.

B. Sur le plan administratif


Généralement, les autorités administratives sont les appendices des autorités politiques
dont elles constituent le relais à la base, même si tantôt elles relèvent exclusivement du
sommet, tantôt elles tirent leur pouvoir de la base.

Dans le premier cas, le plus souvent, la fraude du sommet affecte sérieusement la base
et le sommet, par solidarité, vient à la rescousse de ses « délégués » pour régulariser
leurs actes illégaux.

Dans le deuxième cas, par crainte de la sanction latente de non reconduction, les abus
sont moindres et les décideurs sont plus attentifs aux avis et réactions diverses de la
population.

C. Sur le plan judiciaire


Le pouvoir judiciaire qui aurait pu être le rempart des institutions en censurant les
décisions des décideurs, s’est, en Afrique, complu à apporter son appui aux abus de tout
bord.

S’il ne se trouve pas devant des textes qui l’empêchent de jouer son rôle par leur
inapplicabilité, il se distingue par un déni regrettable.
Toutes les fois qu’il a réussi à siéger et à oser trancher, il a hypothéqué son
indépendance et sacrifié sa noblesse sur l’autel du pouvoir politique ou celui de l’argent.

CHAPITRE II : L’AUTORITE TRADITIONNELLE FACE AU POUVOIR


COLONIAL
Tout système de colonisation implique une dépendance à la fois politique, économique
et culturelle. Les groupes traditionnellement investis de l’autorité ont été les premières
victimes de la colonisation : ils ont directement et immédiatement perdu non seulement
leur souveraineté mais aussi tous les moyens (militaires, judiciaires et législatifs) de
l’exercice du pouvoir et progressivement à travers la balkanisation de l’organisation de
leurs entités.

Avant d’analyser l’altération des pouvoirs traditionnels (section 2) et la destruction des


organisations anciennes (section 3), il est utile de nous attarder sur le phénomène
colonial (section 1) qui en est à la base.

Section 1 : Nature du phénomène colonial


La bonne compréhension du phénomène colonial passe avant tout par la connaissance
de son origine, de ses motifs ainsi que les procédés qui ont permis de renforcer le lien de
dépendance et, éventuellement, de substituer l’Etat colonial aux Etats et sociétés
anétatiques préexistants.

C’est ainsi que dans cette section, nous étudierons successivement les origines de la
colonisation (§1), l’essence du phénomène colonial (§2) et les modes d’établissement de
la domination coloniale (§3).

Paragraphe 1. Les origines de la colonisation


On va se borner à donner les motivations principales et secondaires du phénomène.

A. Motivations principales
De nos jours, certains africains tente d’anoblir la colonisation le prenant pour une sorte
de « fatalité historique et cela juste pour se faire accepter de l’opinion internationale.

En réalité, le phénomène colonial ne peut être confondu, ni avec la migration, plus ou


moins spontanée, des populations en Afrique, ni avec l’accroissement d’un territoire
national par incorporation des zones avoisinantes.

La colonisation proprement dite est le produit original de l’Europe, parvenue à un


certain stade de son développement, celui du capitalisme. La bourgeoisie européenne
veut alors forcer tous les autres groupes à suivre ses pas, c’est-à-dire vivre son mode de
vie sous peine de mort. En un mot, la bourgeoisie européenne se façonne un monde à
son image.
Certains auteurs comme Luchaire présente la colonisation comme « le résultat d’un fait »
et ce fait, c’est le sous-développement économique, social, politique et culturel de
certaines régions. Ceci implique que le sous-développement précède la colonisation. La
colonisation aurait donc été motivée par le souci de tirer les sociétés africaines de ce
sous-développement.

Mais en réalité, la colonisation n’a rien de mystérieux. Elle n’est pas du tout une
entreprise humanitaire. La motivation principale ou déterminante est simple : il s’agit
de la période de l’accumulation du capital qui va permettre l’évolution du capitalisme,
le passage du capitalisme commercial et financier au capitalisme industriel. À partir de
ce moment, l’entreprise coloniale a un autre objet : assurer des débouchés pour les
manufactures et trouver des sources de matières premières en faveur de l’Occident.
L’idée du gain est toujours au premier plan bien que d’autres motifs ont pu inspirer la
colonisation et ne servant souvent qu’à masquer l’essentiel ou à justifier les excès.

B. Motivations secondaires
On pourrait aussi, pour justifier l’originalité du phénomène colonial, relever d’autres
motifs, notamment le souci de convertir les Africains à la foi chrétienne (religieux) ou
d’éduquer les populations indigènes (culturel).

Ou encore, il s’agissait pour le colonisateur d’assurer la sécurité intérieure de l’Etat


colonial, en éliminant les éléments perturbateurs (politique) (3). Dès le début d’ailleurs,
les auteurs ne manquèrent pas d’exposer ces motifs.

Il est vrai que le colonialisme a plusieurs visages. Les ouvrages scolaires, en particulier,
l’ont présenté sous son visage le plus aimable et le plus séduisant ; tandis que les
colonisés et leurs gouvernants étaient vilipendés. Cependant, le fait colonial n’est pas
une idée pure. On ne peut l’expliquer que si on le replace dans son contexte général,
variable d’ailleurs selon les époques.

Paragraphe 2. L’essence du phénomène colonial


Les motifs qui sont à la base de l’expansion coloniale expliquent que, dans son essence,
le phénomène colonial qui est un phénomène global de domination dont tous les aspects
sont solidaires et complémentaires. Dissocier l’aspect juridique et l’isoler, c’est ne
révéler qu’un aspect de la réalité, infiniment plus riche et plus complexe.

A. Domination économique
Pour nous limiter à l’Afrique noire, les premiers contacts avec l’Europe (16ème siècle)
furent dominés par un fait d’une portée incalculable : c’est le commerce des esclaves qui
marqua l’histoire de l’Afrique entre 1500 et 1900 et modifia la structure sociale de
beaucoup de royaumes et d’empires aussi bien en Afrique de l’Ouest qu’en Afrique
australe. On discute sur l’importance de la saignée subie par les populations africaines.
En tenant compte de morts, des auteurs évaluent la ponction entre 100 et 150 millions
d’âmes.
On peut en discuter, quoi qu’il en soit, ce rapportait des sommes fabuleuses grâce au
commerce triangulaire entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique : l’Afrique exportait des
esclaves vers l’Amérique, l’Amérique envoyait les produits agricoles et miniers en
Europe qui, à son tour, expédiait en Afrique les armes à feu et autres. Du point de vue de
l’Europe, la traite contribua à l’accumulation de richesses qui devaient permettre le
développement économique de ce continent. En revanche, du point de vue de l’Afrique,
la traite des esclaves entrava le développement des forces productives et entraîna la
désagrégation des sociétés politiques africaines.

L’effet premier de l’expansion coloniale fut donc essentiellement négatif et peut être
considéré comme une des causes du sous-développement économique.

En dehors de cet aspect particulier de la domination économique, il faut insister sur le


fait que les relations économiques sont établies dans l’intérêt de la métropole. Par voie
de conséquence, les économies africaines furent utilisées, non dans l’intérêt des
Africains, mais dans ceux des colonisateurs. C’est d’autant plus vrai qu’au sortir de la
deuxième guerre mondiale, la Belgique n’avait plus de dettes : l’effort de guerre imposé
aux Congolais contribua à équilibrer la balance des paiements de la métropole.

B. Domination culturelle
Au sens large du terme, cette domination est fondée sur le postulat de la supériorité de
la culture européenne, de la civilisation européenne sur les civilisations africaines. D’où,
les termes ‘barbares, sauvages, primitifs, arriérés, dégénérés’ utilisés pour désigner les
peuples africains. L’européen se veut ici d’être « civilisateur » en imposant sa culture au
peuple autochtone, du coup la culture européenne est utilisée pour servir l’intérêt du
colon. Au-delà de ce fait, Le résultat est que l’œuvre de colonisation culturelle est
demeurée inachevée.

D’une part, quelle que fût la politique coloniale, l’enfant fut traité comme une « tabula
rasa » sur laquelle on pouvait inscrire une culture entièrement différente de la culture
traditionnelle. Le colonisateur voulut créer des Africains qui fussent culturellement ses
semblables. La culture traditionnelle n’a point de place. Les Africains sont à la fois,
privés de leur propre culture, et acculturés, imprégnés de cultures occidentales. Il faut
dire, d’ailleurs, que le colonisé recherchait cette culture étrangère, car il pensait qu’elle
serait le moyen de faire cesser l’inégalité dont il était la victime. Mais, d’autre part,
l’éducation européenne était le privilège d’une minorité, car le colonisateur était mû
par son propre intérêt.

Il s’agissait essentiellement de donner au colonisateur des auxiliaires, aptes à servir


d’intermédiaires entre la masse et lui, pas question que l’africain ait un poste de
direction. Ainsi, il est limité d’apprendre comment exécuter les taches lui donné et rien
de plus. D’où le nombre élevé d’analphabètes.
C. Domination religieuse
De la domination culturelle, il faudrait rapprocher la domination religieuse. Ici encore,
on pense que les religions chrétiennes sont supérieures aux religions traditionnelles.
D’où, la conquête spirituelle que l’on trouve aux origines mêmes de la colonisation.
L’idée de guerre sainte (djihad) ne fut pas seulement une idée arabe. On la trouve
présente chez les colonisateurs chrétiens, bien que Saint Thomas d’Aquin eût préconisé
la propagation de la foi par la parole et l’exemple, et non par les armes.

Quelles que soient les méthodes, l’effort missionnaire soutient l’action de l’Etat colonial
et la parole prêchée ne pouvait aller en l’encontre de l’intérêt du colon. C’est ainsi que les
prophètes comme Simon Kimbangu était traqué pour être mis sous silence afin de
garantir les intérêts du colonisateur.

Les missionnaires de l’époque étaient accompagnateurs du conquérant et se soutiennent


mutuellement. Le divorce ne viendra qu’à la fin de l’ère coloniale, au moment où le
nationalisme finit par triompher.

Paragraphe 3. Les modes d’établissement de la domination coloniale


Seuls les procédés juridiques, empruntés au droit international, qui ont permis
l’établissement de la domination coloniale nous intéresse dans ce rubrique.

De ce point de vue, il y a trois procédés qui ont été utilisés successivement, à savoir
l’annexion pure et simple, le protectorat et le système des mandats (remplacé en 1945
par le système de la tutelle internationale).

A. L’annexion
C’est le procédé le plus radical. Violente ou pacifique, l’annexion se réalise par
l’occupation du territoire.

D’abord, on érige en principe que les territoires africains sont des territoires sans
maître, c’est-à-dire non soumis à une quelconque autorité politique souveraine, afin que
l’occupation puisse être considérée comme un titre juridique valable.

Ceci explique que les sociétés politiques africaines soient présentées comme des
anarchies au sens vulgaire du terme et, en tout cas, comme des sociétés « anétatiques »
ou simplement barbares.

De ces prémisses découlent des conséquences importantes :

D’abord, les territoires annexés faisaient partie intégrante du territoire de l’Etat


colonial. Il en résultait que ce dernier en avait la libre disposition et pouvait en faire
cession à des Etats étrangers selon les besoins de sa politique.

En second lieu, les Africains eux-mêmes étaient annexés en même temps que les
territoires, c’est-à-dire qu’ils acquéraient la nationalité de l’Etat colonial. Ils étaient
français, espagnols, anglais… selon les hasards de la conquête.
C’est en vertu de l’application d’un principe constant de droit international selon lequel
l’annexion d’un territoire a pour conséquence de faire acquérir aux habitants fixés sur ce
territoire, la nationalité de l’Etat qui s’accroît ainsi territorialement, que cette possibilité
a été retenue en général. De ce fait, les intéressés n’avaient même pas la possibilité de
conserver leur propre nationalité puisque, n’étant pas considérés comme les
ressortissants d’un Etat véritable : ils n’avaient en fait pas de nationalité.

Le troisième élément sociologique de l’Etat, l’organisation politique, était lui-même


affecté par l’annexion. Toute autonomie disparaissait. Il n’y avait plus qu’un
gouvernement, celui de la métropole, sauf à déléguer sur place des représentants du
pouvoir central et à utiliser éventuellement les chefs traditionnels comme auxiliaires du
pouvoir colonial.

Sur le plan international, les pays annexés perdaient toute personnalité. A vrai dire, on
considérait qu’ils n’avaient jamais été des personnes du droit international (puisqu’on
ne leur reconnaissait pas la qualité d’Etat.

La majorité des Etats d’Afrique noire, sauf l’Ethiopie, furent concernés par ce procédé.

B. Le protectorat
Le système du protectorat fut utilisé lorsque les Etats coloniaux se trouvèrent en
présence des pays qui étaient indiscutablement des Etats souverains (Maroc, Tunisie…)
ou lorsqu’ils voulaient ménager les susceptibilités des puissances rivales.

Formellement, le protectorat trouvait sa base juridique dans un traité conclu entre l’Etat
protecteur (colonial) et l’Etat protégé. On considérait qu’il n’y avait pas de conquête bien
qu’il y eut occupation du territoire de l’Etat protégé. Procédé de colonisation, le système
du protectorat établissait la domination de l’Etat protecteur tout en laissant subsister
l’Etat protégé comme personne du droit international.

Du point de vue du droit international, l’Etat protégé, considéré comme un Etat


souverain, avait par là même un territoire propre, non incorporé au territoire de l’Etat
colonial. De même, les ressortissants de l’Etat protégé conservaient leur propre
nationalité ; il eût été illicite de procéder massivement à leur naturalisation.

Cependant, le traité de protectorat avait eu pour effet de transférer à l’Etat protecteur


l’exercice, sinon la jouissance, de certaines compétences internationales : pouvoir de
conclure des conventions internationales, droit de légation, défense et sécurité
extérieures.

Dévié de ses principes originels, le protectorat aboutit finalement à des résultats


analogues, sinon identiques, à ceux de l’annexion, la seule différence étant que ce
système impliquait le maintien de l’Etat colonisé. Cela explique, en partie, l’émergence
des mouvements d’indépendance plus tôt que dans les pays annexés.
C. Le mandat ou la tutelle
Le système du mandat est présenté comme un progrès par rapport aux systèmes
précédents. Il manifestait l’intervention de la société internationale dans un domaine
abandonné aux appétits des Etats. Juridiquement, l’Etat protégé demeurait un Etat
souverain. Mais, en vertu du traité de protectorat, il déléguait l’exercice de ses
compétences internationales à l’Etat protecteur et acceptait même un contrôle étendu
sur ses compétences de droit interne.

Le mandat était soumis aux règles imposé par le pacte des Sociétés de Nations à
l’époque, celle qui devint les Nations Unies de nos jours et par le traité de mandat lui-
même.

Les termes employés par le Pacte de la Société des Nations (art. 22) : « le bien-être et le
développement de ces peuples (incapables de se gouverner eux-mêmes) forment une
mission de civilisation ». On considérait que la colonisation était devenue une fonction
sociale exercée dans l’intérêt des peuples colonisés.

Le caractère international du mandat se marquait d’abord dans le fait que le mandataire


devait être désigné par la S.D.N., après que le Traité de Versailles (art.119) eût transféré
en bloc aux « principales puissances alliées et associées » les anciennes colonies
allemandes. En second lieu, il ne s’agissait pas d’une annexion. Il en résultait que le
territoire des pays sous mandat n’était pas incorporé à celui de l’Etat mandataire, qui
ne pouvait en disposer sans le consentement du Conseil de la S.D.N. (avis de la C.I.J.,
avril 1950 Sud-Ouest africain). En troisième lieu, l’Etat mandataire était soumis à des
obligations, tant à l’égard des populations administrées, qu’à l’égard des Etats tiers, en
vertu du Pacte de la S.D.N. et des termes du mandat lui-même.

Pratiquement, les territoires sous mandat furent traités comme s’ils étaient des colonies.
C’est ainsi, par exemple, que le Togo et le Cameroun, administrés par la France reçurent
en bloc, en 1924, la législation applicable dans les colonies françaises. Ce système fut
repris avec quelques modifications par la Charte des Nations Unies sous la
dénomination de « tutelle internationale » que refusa d’accepter l’Afrique du Sud sur le
Sud-Ouest africain (actuelle Namibie).

Section 2 : Altération des pouvoirs traditionnels


On peut dire que la situation coloniale a affecté très durement les pouvoirs de l’autorité
traditionnelle.

D’abord, par ses conséquences politiques, la situation coloniale a dépossédé l’ancienne


aristocratie de ses pouvoirs et privilèges. Par ses conséquences culturelles, elle a, dans la
majorité des cas, entraîné sa disparition.

Ensuite, ces changements socio-culturels ont doublement affecté cette aristocratie :

- sous l’effet d’abord de l’abolition des coutumes et pratiques dites incompatibles


avec la civilisation ou l’ordre public, la colonisation a fait disparaître des
institutions qui, dans certaines sociétés, jouaient un rôle primordial dans le
fonctionnement du système social ;
- sous l’effet ensuite de la pénétration des idées et des valeurs occidentales, la
colonisation a porté une grave atteinte aux systèmes traditionnels d’organisation
et de pensée, auxquels était étroitement associée la conception de l’autorité ;
- - enfin, par la promotion des catégories sociales nouvelles, s’appuyant sur
l’ensemble de ces valeurs apportées par la colonisation, celle-ci a généré
l’opposition au maintien des anciens dirigeants à la tête de leurs collectivités et la
revendication pour leur propre compte, par ces nouvelles catégories de la
possession de l’instrument du pouvoir.

Ces facteurs qui vont contribuer à l’effritement certain du pouvoir des autorités
traditionnelles seront analysés, sous un double éclairage : d’une part, on évoquera
l’abolition des valeurs traditionnelles qui sont prétendument incompatibles avec la
civilisation européenne et, d’autre part, l’introduction des idées et valeurs nouvelles en
contradiction avec le système socioculturel traditionnel.

§1. Abolition des valeurs traditionnelles dites incompatibles avec la civilisation


Le colonisateur a commencé par abolir certaines pratiques et a ainsi affaibli le pouvoir
de l’autorité traditionnelle. C’est le cas de l’abolition de l’esclavage et de la suppression
de la traite. C’est autant le cas de la confiscation des moyens militaires, judiciaires et
législatifs qui constituaient la pierre angulaire de l’exercice de leur pouvoir.

A. L’abolition de l’esclavage
Dans cette rubrique, nous essayerons d’abord de voir quel était l’apport de l’esclavage
sur le renforcement du pouvoir traditionnel, avant de découvrir la contribution de son
abolition à la ruine de ce pouvoir.

1. Apport de l’esclavage sur le renforcement du pouvoir coutumier

Il semble qu’il existait un lien étroit entre le développement de l’esclavage, et donc de la


traite qui en résulte, et le degré de l’individualisation de l’autorité politique. Nous l’avons
dit, une des caractéristiques des sociétés sans Etat était l’inexistence de toute forme
d’esclavage ; en revanche, celles disposant d’un appareil étatique et de chefs héréditaires
comprenaient bien souvent une importante catégorie servile, dont une partie constituée
des esclaves publics, soumis directement à un souverain ou aux autorités dirigeantes et
travaillant pour leur compte.

Dans ces sociétés, l’esclavage prenait des formes différentes selon le degré d’élaboration
de l’organisation politique et militaire. Dans certains systèmes sans centralisation
politique, où l’autorité des chefs était à peine affirmée, comme chez les Mandari du
Soudan, il existait un groupe de « clients », liés aux dirigeants et possédant un statut qui
n’était pas tout à fait celui de l’homme libre. Dans d’autres, au contraire, où les pouvoirs
de l’Etat étaient nettement marqués, l’esclavage était une véritable institution ayant des
implications diverses.
La vente des esclaves dans cette dernière catégorie de sociétés, constituait tout d’abord
la plus importante source de revenus pour le trésor royal, car le souverain disposait
d’un monopole absolu sur les activités de la traite, contrôlant les transactions avec les
négriers européens et conservant l’entière disposition des bénéfices réalisés. C’était un
privilège fiscal qui renforçait la position financière du roi. Cet argent servait aussi à
financer l’armée. Donc l’abolition de l’esclavage n’a pas permis à certains souverains de
demeurer puissants.

2. Contribution de l’abolition de l’esclavage à la ruine du pouvoir traditionnel

L’intervention coloniale dans une institution comme l’esclavage, qui était devenu un
véritable support tant économique que spirituel pour les dirigeants, devait être
durement ressentie par l’autorité traditionnelle établie.

Dans les Etats pratiquant la traite d’un groupement important de captifs, l’abolition de
l’esclavage et la liberté rendue à une main-d’œuvre dont les activités étaient utilisées au
profit d’une aristocratie guerrière, ruinèrent cette dernière et lui enlevèrent la plus
grande source de ses revenus.

B. La disparition des moyens d’intervention armée et de coercition


La domination coloniale, qu’elle ait été précédée ou non d’une conquête, démantela
tout l’appareil militaire des sociétés colonisées et enleva aux autorités investies du
pouvoir traditionnel toute possibilité de disposer des anciens moyens de contrainte. En
conséquence, à partir du moment où ces autorités, autrefois indépendantes, se virent
privées de tout droit de disposer d’une force militaire, leurs pouvoirs vis-à-vis du
peuple furent gravement compromis puisqu’elles étaient dans l’impossibilité d’assurer
l’exécution de leurs décisions ou de recourir à la sanction. Mais la privation des moyens
traditionnels de contrainte n’atteignit pas seulement le prestige ou la position des
anciens chefs, elle mit en cause à la fois le fondement de leur légitimité et tout
l’ensemble du système politique qui la conditionnait.

La conséquence de cette situation est que le désarmement de ces sociétés le mit à la


merci de l’autorité coloniale qui a d’abord instauré une nouvelle civilisation et une paix
coloniale (en interdisant des guerres intertribales).

Cependant, loin de n’avoir que des conséquences immédiates sur les pouvoirs des
anciens dirigeants, la « paix coloniale » détermina un ensemble de transformations, qui
favorisèrent l’introduction d’habitudes et de valeurs nouvelles ; celles-ci eurent à leur
tour des répercussions indirectes sur l’efficacité de l’autorité coutumière, de même que
certains changements socioculturels.

§2. Introduction des pratiques et valeurs nouvelles en contradiction avec le système


socio-culturel ancien
Grâce à la pénétration des idées et valeurs occidentales, la conception traditionnelle de
l’autorité a été affectée, les systèmes traditionnels d’organisation et de pensée ayant été
atteints. Aussi l’ensemble de ces nouvelles valeurs va entraîner la promotion de
catégories sociales nouvelles qui vont concurrencer et ébranler l’autorité des anciens
dirigeants. Le système monétaire lui-même va affaiblir l’autorité traditionnelle.

A. Les bouleversements démographiques et écologiques


En imposant aux divers groupements sociaux son régime de paix, la présence coloniale
détermina un ensemble de changements de caractère démographique ou écologique. La
tribu, perdant cet aspect de groupement clos qu’elle avait autrefois, autorisa sur son
territoire l’installation d’immigrants étrangers, tout en laissant partir ceux de ses
membres à la recherche des conditions d’établissement ou d’un genre de vie différents.

C’est ainsi que des groupes qui subissaient la domination des catégories dirigeantes,
s’éloignèrent de la région où s’exerçait encore l’autorité de leurs anciens maîtres et
fondèrent souvent des « villages de liberté ». D’autres, à la recherche de terres
nouvelles, quittèrent les villages pour s’installer dans des hameaux de cultures voisines.

Tous ces phénomènes, affectant la situation démographique précoloniale, contribuèrent


à affaiblir les pouvoirs des anciens dirigeants. Le phénomène de dispersion
démographique, démontré par l’étude menée sur une population proche des Tswana (1)
d’Afrique du Sud, a effectivement montré son influence sur l’affaiblissement des
pouvoirs coutumiers.

Mais cette facilité de déplacements, autorisés par la situation de sécurité, n’a pas
seulement entraîné la dispersion des groupes claniques ou tribaux, elle a aussi permis à
l’intérieur d’un groupement la pénétration d’éléments étrangers qu’après la
colonisation, se sont rarement reconnus comme assujettis aux pratiques et aux lois de
l’ancienne autorité coutumière.

B. La pénétration des valeurs religieuses et idéologiques


Le caractère religieux qui s’attachait à l’autorité en Afrique, la crainte qu’inspiraient les
sanctions mystiques émanant de celle-ci ont déjà été suffisamment soulignés. Le cadre
traditionnel dans lequel cette autorité s’exerçait était profondément religieux. Qu’il soit
l’Ancien d’un lignage, le maître de la terre ou de la pluie, leader guerrier ou responsable
d’une collectivité, le chef était toujours considéré comme un intermédiaire (4) entre les
hommes et les forces surnaturelles, comme celui dont la puissance spirituelle et
magique devait être utilisée pour attirer la bénédiction des esprits sur la communauté.

La vie sociale et politique traditionnelle était marquée par un ensemble de pratiques


rituelles, auxquelles le peuple était associé et qui renforçaient à ses yeux la valeur
mystique du Chef. Bien que cet aspect sacré du pouvoir se manifestât différemment
selon les peuples, il n’en apparaissait pas moins dans toutes les sociétés et conféraient à
l’autorité traditionnelle une double efficacité : il inspirait une attitude de respect à
l’égard de celui qui en était investi ; il provoquait la crainte des sanctions mystiques,
auxquelles tout chef, même dénué de moyens de contrainte physique, pouvait, en
dernier lieu, recourir.
L’autorité coloniale, particulièrement dans le système français, en reconnaissant dans
l’organisation ancienne certains éléments institutionnels du pouvoir, a isolé ces
derniers de l’ensemble social dans lequel cette organisation fonctionnait. Des Chefs,
nommés à des tâches nouvelles, ont été dissociés des groupements qui coopéraient
traditionnellement avec eux. Bien souvent même, ils cherchèrent à se débarrasser de ces
autorités secondaires qui les gênaient.

Dans les sociétés où « l’animisme formait le ciment de la chefferie », la pénétration des


valeurs chrétiennes ou laïques a désacralisé les pouvoirs. Cette désacralisation de
l’autorité peut être illustrée avec une particulière signification par l’exemple du vol de
trône d’or des Ashanti. Le siège d’or était le symbole de l’unité de la confédération
politique, l’autel tribal le plus sacré. En 1895, le peuple préféra accepter la déportation
de son Chef, Asante Hene, par les Anglais, plutôt que de risquer de perdre ce siège dans
une guerre. Ce siège fut caché, enterré près du village. En 1920, à l’occasion des travaux
d’une route, on découvrit en terre la caisse qui lui servait d’emballage, mais le Chef du
village parvint à persuader les ouvriers de ne pas l’ouvrir, prétextant qu’il s’agissait d’un
fétiche contre la variole. Il la fit disparaître la nuit suivante et la cacha dans le village,
mais ayant bientôt su qu’elle contenait le siège royal, des voleurs s’emparèrent de ses
ornements d’or.

Cette grave affaire constituait le crime le plus grave perpétré contre la loi coutumière,
portant ainsi atteinte aux relations entre la collectivité Ashanti et les ancêtres royaux et
les dieux chargés de veiller au bien-être du pays, crime punissable de mort.
L’administration coloniale anglaise s’était opposée à la peine de mort infligée aux
coupables, l’ensemble des chefs considérèrent cette décision comme une humiliation
pour le pays tout entier, comme une nouvelle preuve de la perte de leur souveraineté
politique. Cet exemple montre qu’il a suffi de quelques années, pour enlever à l’autorité
traditionnelle son support religieux, dans un pays où la crainte mystique des chefs avait
pourtant toujours été très vive.

Mais l’indifférence progressive des Africains, vis-à-vis des religions traditionnelles, ne


suffit pas à expliquer la rapidité avec laquelle ce phénomène de désacralisation de
l’autorité est intervenu. La perte du pouvoir sacré fut causée aussi par l’intervention des
mouvements d’opposition au sein des éléments christianisés, ayant subi l’influence des
missions religieuses européennes.

Le développement du christianisme n’eut pas seulement pour conséquence de faire


naître des sentiments nouveaux d’égalité entre dirigeants et sujets, entre riches et
pauvres ; il suscita, dans le milieu tribal, des résistances à l’autorité ancienne et à tous
ses moyens d’expression de caractère animiste. Le christianisme contribua ainsi à
dissocier la notion du pouvoir et celle du culte des ancêtres.

L’action des éléments christianisés s’exerça également contre la polygamie, qui


constituait autrefois pour le pouvoir un instrument politique efficace, puisque par ses
mariages le chef pouvait multiplier des alliances avec des groupes susceptibles de lui
apporter ensuite un appui plus soutenu.

Dans les cas extrêmes, il arriva que l’influence chrétienne fut suffisamment forte pour
entraîner la conversion des chefs eux-mêmes. Ainsi, cette conversion priva le pouvoir
coutumier de son autorité.

C. La situation économique nouvelle


Les régimes économiques des anciennes sociétés d’Afrique noire, quels qu’en furent les
divers aspects, contribuaient toujours à renforcer le caractère symbolique des échanges,
notamment quand ils intervenaient entre gouvernants et gouvernés. De même que le
système des croyances, l’organisation économique était un puissant moyen
d’affermissement du pouvoir.

Comme le souligne Southall à propos des Alur, « la chefferie avait pour base économique
la réciprocité de biens et des services, au milieu desquels le Chef se situait comme le
centre principal des échanges ».

Dans ces sociétés disposant d’un pouvoir central, l’organisation économique


traditionnelle renforçait l’autorité à un triple point de vue :

1) Par des dons et des échanges symboliques des biens, cette organisation permettait
aux relations socio-politiques de se manifester d’une façon plus personnelle et donnait
au chef une place prépondérante dans le système de circulation des richesses, au centre
duquel il se trouvait placé à la fois comme destinataire et redistributeur.

2) Par la nature du système fiscal qu’il contrôlait, utilisant des ressources du pays aussi
bien pour la collectivité que pour son profit personnel ou celui de son entourage.

3) Par la possibilité offerte au chef d’avoir un contrôle sur l’ensemble des sources de
revenus ou de production et de conserver en ce domaine une position privilégiée par
rapport à n’importe lequel de ses sujets.

La colonisation, qui a introduit un système monétaire favorisant les tendances à


l’individualisation des biens et qui a supprimé les privilèges de la chefferie coutumière
en matière économique et fiscale, a réduit considérablement les possibilités qu’avait
l’aristocratie d’exercer son pouvoir.

Section 3 : Destruction des organisations anciennes


Si la colonisation implique pour toute société colonisée une situation de dépendance
culturelle, dont nous venons d’analyser certaines des conséquences, elle apparaît avant
tout comme une domination politique, affectant en premier lieu le statut de ses anciens
dirigeants. Parce que le statut des dirigeants est atteint, les institutions sur lesquelles
s’était assis leur pouvoir le sont davantage, car, comme le disait Nyerere, « la conception
africaine du gouvernement était personnelle, non pas institutionnelle ».
Afin de comprendre cette domination politique qui désorganise et même détruit les
organisations anciennes, il est utile de poser d’abord le problème de l’idée d’Etat
pendant la période coloniale avant d’appréhender celui de l’administration coloniale
face aux organisations socio-politiques et administratives africaines.

§1. Idée d’Etat pendant la période coloniale


L’idée de l’Etat avait déjà germé dans certaines sociétés africaines avant la conquête
coloniale. Cette idée subit cependant l’influence de la colonisation. Celle-ci a-t-elle
contribué à faire naître un Etat nouveau, différent de l’Etat ancien ?

L’Etat colonial a donné aux pays africains, l’image d’un certain Etat, qui fut et demeure
largement celle de l’Etat européen.

A. La constitution de quasi nations


La Nation est un phénomène d’ordre sociologique, fait d’éléments divers et solidaires,
les uns d’ordre spirituel, les autres d’ordre matériel. Ce n’est donc pas un phénomène
spontané, mais le produit de l’histoire.

S’agissant des pays africains, les différents stades d’évolution ont démontré
certainement des communautés primitives composées d’ethnies ou tribus avant
d’aboutir à des nationalités (Etat précolonial). L’idée de nation apparaît au cours de la
colonisation qui fait surgir les différents éléments composants de la nation.

La nation suppose d’abord un territoire commun. Certes, antérieurement à la conquête


coloniale, la communauté de territoire existait quelle que fût la dimension des sociétés
africaines. Celle-ci contribue ainsi à créer une communauté d’existence. Mais il faut
préciser que les frontières actuelles sont les créations de la colonisation. En effet, l’Etat
colonial a fixé les contours géographiques du territoire qui est devenu celui de l’Etat
nouveau. Il a obligé à vivre ensemble dans un cadre déterminé des populations qui,
avant la conquête coloniale, étaient séparées les unes des autres et même parfois en
lutte les unes contre les autres.

S’il est vrai que la nation est une communauté de culture, il est important de souligner
que le colonisateur a également contribué à faire apparaître, à côté des cultures
traditionnelles, une culture nouvelle, la sienne, désormais partagée par les habitants
d’un même territoire (même en petit nombre). C’est le cas de la langue dont l’imposition
peut être considérée comme un aspect de l’oppression coloniale, mais dont l’importance
pour le colonisé n’est plus à démontrer :

- trait d’union entre les personnes qui parlent des langues différentes, elle permet
de communiquer et renforce la solidarité ;
- permet d’accéder aux connaissances et aux techniques du colonisateur et de
rivaliser avec lui ;
- émergence d’une élite dont l’espèce va subir des mutations curieuses : des
revendications à la participation au fonctionnement des institutions politiques
et administratives, l’élite devient rebelle et tend à conquérir tout le pouvoir
colonial, voire détruire tout le système.

Ainsi, au cours de la période coloniale sont apparus des éléments divers qui, les uns et
les autres sont constitutifs de la nation au sens moderne du terme : territoire, culture,
économie. Mais le processus qui conduit à la création de communautés stables n’est pas
encore achevé. On est encore en présence de nations en voie de formation, de quasi
nations.

B. L’image de l’Etat moderne


Inévitablement, l’Etat colonial a apporté à l’Afrique l’image d’un Etat moderne qui est sa
propre image.

D’une part, le colonisateur pensait que l’Etat colonial était périssable et qu’il évoluerait
vers une unité qui ferait corps avec la métropole. Il fallait alors mettre en place une idée
d’empire pour pouvoir associer la colonie à la métropole et ce, avec une idée de
domination et d’assujettissement assurant l’indissolubilité. Ce procédé ne permit pas
aux Etats colonisateurs de créer au sens logique du terme cet Etat ensemblant la
métropole des sociétés africaine colonisées. Néanmoins, la poursuite de cet objectif
conduit l’Etat colonial à doter ses colonies d’institutions et de systèmes juridiques copiés
sur les siens, de sorte que les structures et le droit de l’Etat nouveau sont ceux de l’Etat
colonial.

D’autre part, une deuxième formule, surtout utilisée par la Grande- Bretagne
traumatisée par la sécession américaine, acceptait l’idée de l’évolution vers l’autonomie
et même l’indépendance, mais ne répugnait pas l’idée d’une certaine communauté
destinée à maintenir certains liens économiques, financiers, culturels avec l’ancienne
métropole. C’est ainsi que la Grande-Bretagne, bien qu’ayant doté chaque colonie
d’institutions politiques propres, avait exporté en Afrique son propre système
d’éducation, ses institutions politiques et son système juridique.

Dans tous les cas, la politique coloniale qu’elle soit française, portugaise, britannique ou
belge eut des résultats identiques. Le colonisateur a transféré aux Africains son idée de
l’Etat, dont l’image, celle de l’Etat colonial, hante les Africains décolonisés, incapables de
retrouver une image de l’Etat conforme à leurs besoins et à leurs possibilités.

§2. Les systèmes d’administration coloniale


La gestion des Etats coloniaux est caractérisée par une dépendance totale (politique,
administrative, …). Peu importe la place que l’on accordée à l’autorité traditionnelle, elle
se voyait dépourvu de tout pouvoir de décision.

Dans une situation de dépendance politique qui a, pour ainsi dire, nivelé les anciens
pouvoirs coutumiers, le colonisateur en instituant son propre système d’administration,
a introduit une variable qui a joué sur la position des élites traditionnelles. Selon les
doctrines mises en pratique, les nations européennes en Afrique ont accordé aux
anciennes autorités une plus ou moins large place dans leur système.

Il y a donc à distinguer clairement la doctrine française à la doctrine anglaise : la


première fait allusion à une administration directe dans laquelle les chefs des anciennes
sociétés étaient utilisés entant que fonctionnaire subalterne, la deuxième est une
doctrine indirecte, unissant les chefs théoriquement autonomes à un système
d’administration locale. Mais à la longue, toutes ces doctrines ont eu un résultat
similaire : c’est l’affaiblissement du statut et de l’influence des chefs.

La colonisation ne fit pas seulement que renforcer artificiellement des pouvoirs qu’elle
avait par ailleurs largement réduits, elle orienta l’activité de ses nouveaux auxiliaires
dans un domaine qui n’avait jamais été le leur et pour lequel ils ne pouvaient avoir des
compétences. En tant qu’agents de l’administration, ils
durent faire face à des responsabilités nouvelles découlant d’une conception moderne
du gouvernement. Il s’agissait d’une conception administrative nouvelle, fondée sur des
rapports de caractère anonyme entre l’agent du gouvernement et la circonscription
administrative sur laquelle devait s’exercer son autorité.
TITRE II : LA PLACE DE L’AUTORITE TRADITIONNELLE DANS L’ETAT
AFRICAIN POST COLONIAL OU INDEPENDANT
Devenus indépendants, les Etats africains revêtirent un nouveau visage, celui des Etats
moderne du style européen. Surpris par cette situation, l’autorité coutumière éprouve à
la fois les sentiments de soumission, de révolte et de résignation.

Ces Etat africains nouveau-nés suite à un phénomène progressif et non brutal comme le
prétendent certaines opinions, par l’indépendance issue d’un traité (bilatéral) ou un acte
unilatéral du métropole vont connaitre quelques problèmes liés à l’espace leur reconnu
lors de l’indépendance ou encore l’autonomisation totale de ses institutions et pour faire
face à ce problèmes il leur faudra donc reconstruire ces nouveaux Etats selon les
exigences et les modes de vie adaptés à sa situation.

Il sera question dans ce titre de cerner la question délicate du visage actuel du pouvoir
et de l’autorité traditionnels (premier chapitre) et de mettre en perspective l’avenir de
l’autorité traditionnelle (deuxième chapitre).

Chapitre I : Visage actuel de l’autorité traditionnelle


Secoué par l’assaut colonial, lézardé par les guerres d’indépendance et de libération,
l’édifice de l’autorité traditionnelle a subi des mutations qui ont dénaturé ses éléments
essentiels. Ceci explique la décomposition de son visage qui ne peut garder les traits
fermes, en raison du ballottage au gré des vagues de l’histoire nationale. Parfois, l’on se
demande si l’autorité traditionnelle existe toujours, lorsque ceux qui sont censés être les
gardiens des traditions les bafouent sans remords. Mais l’autorité traditionnelle n’est-
elle pas un véritable serpent de mer qui réapparaît, dès lors que l’on tente de confirmer
sa mort ?

Section 1. Visage décomposé


Trois raisons expliquent la déteinture du visage actuel de l’autorité traditionnelle.
Premièrement, comment maintenir une coutume authentique dans un monde où
l’américanisation de la vie internationale, sinon l’européanisation des us et coutumes
s’appelle civilisation de l’universel ? Par ailleurs, une différence notable de perception de
l’autorité traditionnelle mérite d’être relevée entre, d’une part les chefs traditionnels et,
d’autre part, leurs « sujets ».
Paragraphe 1. L’impossible tentative de maintenir une coutume authentique

La colonisation comme phénomène historique a presqu’absorbé les modes de vie


existant avant son arrivé.

La colonisation, entendue comme négation et absorption de l’autre ou, tout au moins


ravalement, au niveau de la chose, ne pouvait que détruire l’autre ou ce qui constitue le
noyau dur d’une culture pour éviter les résistances ou les révoltes.

Outre la colonisation, l’école, par sa capacité de brassage, sinon d’affranchissement, aura


poussé dans le précipice les coutumes qui fondent l’autorité traditionnelle.

A. La déstructuration de la tribu par la colonisation


L’entreprise coloniale a étouffé l’évolution des coutumes, de plusieurs manières. Sur le
plan purement politique, entretenir les rivalités des tribus les unes contre les autres
ferait jouer à l’occupant le beau rôle d’arbitre, apportant la paix aux sauvages qui se
guerroient sans raison. Cette carte a été utilisée à fond tant et si bien qu’à la veille de
l’indépendance nationale, le pays s’est trouvé piégé, nonobstant le discours rassembleur
des nationalistes. Telle est l’explication logique des guerres tribales qui ont paralysé le
pays dans les premières années de l’accession à la souveraineté nationale et
internationale.

Si, sur le plan politique, la devise « divide et impera » permettait au pyromane de porter
le casque de sapeur-pompier, un autre danger, qui n’était pas des moindres, guettait le
système colonial : opposés entre eux, les chefs coutumiers risquaient de devenir
suffisamment forts dans leurs fiefs respectifs et rien ne les empêcherait d’élever des
revendications autonomistes.

Pour faire face à ce danger qui n’était plus potentiel, mais plutôt réel, l’occupant a fait
des chefs coutumiers de véritables obligés qui ne devaient leur ascension sociale que par
lui. De la sorte, les chefs de souche ou de sang royal étaient systématiquement écartés au
profit des chefs médaillés.

Ceux-ci étaient pour la plus part des cas des bruts qui n’obéissaient à aucune loi.

Dans ces conditions, l’on comprend que les coutumes aient été galvaudées et gardassent
un arrière-goût amer, celui de l’occupation. La plupart des chefs coutumiers, même les
chefs médaillés qui, par sursaut de nationalisme, rejetaient l’asservissement de leur
peuple, étaient purement et simplement relégués, déracinés de leurs terroirs, en vue de
préserver l’ordre public colonial

Certes, le système coercitif colonial aura déstructuré la tribu à telle enseigne que
maintenir une coutume authentique relève de l’exploit. Mais la négation ne se limite pas
sur le plan politique : la plus soporifique, sinon la plus mortelle aura été la négation
culturelle dont le suppôt essentiel sera l’école.
B. L’abâtardissement de la coutume par l’école
L’école a été un impitoyable instrument utilisé par la colonisation afin de diminuer, pour
ne pas dire éliminer l’impact des coutumes sur la vie des communautés.

Du fait de la domination due à l’occupation, l’image des coutumes transmises par l’école
était fort négative. Et donc, les traditions ne pouvaient, en aucun cas, devenir une
référence. Pour accéder à la nouvelle idéologie prônée par l’école, il fallait purement et
simplement renoncer aux traditions ancestrales, et donc être soi tout en se reniant
indéfiniment. A partir de ce traumatisme psychique, il devient facile de comprendre
l’état de tiraillement dans lequel ont vécu les Africains qui adoptèrent le mode de vie de
l’occupant. L’école aura, en quelque sorte, broyé l’être profond des « assiégés », les
pauvres assujettis.

Relevant d’une culture infériorisée, il ne fallait pas s’en réclamer. Outre l’occupant qui
oblige le Noir à se renier par la force de la chicotte, le même travail est abattu
efficacement, mais sans effusion de sang par les religieux. Les traditions et coutumes des
dominés passent pour l’incarnation du diable. Autant y renoncer pour avoir le salut au
jugement dernier.

La religion va jouer un rôle plutôt psychologique de déstabilisation et d’anéantissement


des us et anciennes coutumes (lois) leurs donnant un aspect maléfique et brisant ainsi la
conscience collective.

Paragraphe 2. L’impact de la mondialisation sur les coutumes ancestrales


Lorsque l’on exige, actuellement, chez les pygmées de la grande forêt équatoriale, parmi
les biens qui doivent nécessairement faire partie de la dot, non pas de noix de cola, mais
plutôt des canettes de coca-cola, la question est de savoir s’il existe ou persiste encore
des coutumes. Le cas pertinent est celui que l’on désigne sous l’expression de la coutume
évoluée de la Ville de Kinshasa, une coutume qui ne se réclamerait d’aucune tribu, et
donc, une coutume nationale créée automatiquement au fil des temps? C’est ce que l’on
va essayer de confirmer ou d’infirmer.

A. Coutume ou simple alibi ?


Certes, la cire posée par les occupants sur les corps des colonisés a fondu dès lors que les
maîtres ont plié bagages. Mais en fondant, la cire ne disparaît pas. Elle laisse plutôt des
sillons qui marquent encore profondément le dominé. La marque au fer rouge aura été
telle que la mort du bourreau n’effacera pas les balafres hideuses qui rappellent toujours
la sombre histoire de la colonisation.

Quelle est encore la part de l’authenticité dans les coutumes, elles ont été dénaturées
selon la volonté de l’occupant.

Par ailleurs, l’accélération de l’urbanisation chaotique, sinon la « villageoisisation des


villes » qui affranchit les individus des chaînes des solidarités traditionnelles, la
globalisation de l’économie qui internalise et institutionnalise le mode de vie à
l’occidental, la force de la propagande des médias détenus par les multinationales, sont
là des phénomènes qui poussent à s’interroger non pas sur la nécessité de la coutume,
mais plutôt sur sa force, car tout est mis en œuvre pour uniformiser aussi bien la
nourriture que l’habillement, pour ne pas dire la langue, de New York à Kimbila-Ngundu.

Au vu de ce qui précède, nous pouvons dire qu’il ait eu naissance des usages qui ont
construit une nouvelle coutume qu’on peut qualifier de monstre, puisqu’elle n’est
rattachable à aucune tribu.

B. Cas de la coutume évoluée de la Ville de Kinshasa.


Création judiciaire ne reposant sur aucune tradition, en vue de maintenir la paix sociale,
la coutume évoluée de la Ville de Kinshasa est une invention des juges pour donner
l’impression aux justiciables qu’ils continuent à être régis par les us et coutumes.

On peut donc dire que la cohabitation de plusieurs ethnies dans la Ville de Kinshasa a
secrété des coutumes nouvelles dans le but de s’adapter aux règles coloniales et de
trouver un modus vivendi qui n’affronte pas l’ordre public colonial.

Est-ce un avantage ou un appauvrissement que les coutumes aient été dépouillées des
aspects non conformes aux prescriptions coloniales ? Répondre à cette question peut
entraîner le risque de tomber dans le piège d’extrémisme de gauche ou de droite. Le
premier se réduit à un discours anticolonial qui pense que, sans la colonisation, le destin
de l’Afrique aurait été meilleur ; le continent noir aurait évolué suivant un autre schéma.
En conséquence, la colonisation est une plaie incurable qui condamne indéniablement
l’Afrique à végéter. Cette position, évidemment, nie à l’homme toute forme de liberté de
choix ainsi que la capacité de s’amender. C’est un raisonnement contre la raison, sinon
l’éloge à la déraison.

Le second extrémisme, aussi condamnable que le premier, fait l’apologie de la


colonisation en soutenant que sans la colonisation, l’Afrique serait un grand jardin
zoologique sans intérêt pour l’humanité. Si, aujourd’hui, ce continent s’est empêtré dans
des problèmes qui paraissent insolubles, c’est, justement, parce que la colonisation s’est
arrêtée trop tôt.

Il n’y a pas de bonne ou mauvaise colonisation, car situer un autre peuple au niveau de
l’objet et s’octroyer le droit d’opérer tous les choix sur son destin est non seulement
criminel, mais aussi et surtout mérite la condamnation la plus énergique.

En définitive, quel est l’impact de la mondialisation sur les coutumes ancestrales ?


Entendue comme un lieu d’échange d’avantages mutuels, la mondialisation paraît être
une machine qui broie, de manière impitoyable, les vestiges anciens.

Serait-ce pécher contre la mondialisation que de démontrer que celle-ci emportera nos
coutumes déjà fragilisées par la traite des nègres, les corvées coloniales et les guerres
fratricides des milices à la solde des multinationales ?
Paragraphe 3. L’ambiguïté dans la perception de l’autorité traditionnelle
Il est vrai que la perception de l’autorité traditionnelle est sujet à nombreuse confusion.
Il y a ce qui semble être et ce qui est.

A. L’auto-perception de l’autorité traditionnelle


Gardienne des valeurs ancestrales, détentrice d’un pouvoir magico- religieux, l’autorité
traditionnelle incarnerait un prestige justifiant le respect lui voué.

Parallèlement à la fonction d’encadrer la population à la base, les chefs coutumiers


rendraient service à l’Etat à plusieurs niveaux. Premièrement, par les travaux des
champs pour lesquels ils assistent et encouragent leurs populations, ils évitent l’exode
rural et contribuent à fixer durablement les jeunes à l’arrière-pays. Deuxièmement, la
déliquescence de l’Etat, pour plusieurs raisons, fait que, finalement, c’est eux qui
deviennent le symbole de l’Etat. A ce titre, ils entretiennent les routes, remettent en état
les ponts et tiennent même les registres de l’état-civil.

Par ailleurs, dans les dures épreuves qui ont secoué le pays, les chefs coutumiers ont
payé un lourd tribut, considérés par les uns comme les privilégiés du pouvoir établi et
par les autres comme les traîtres à la nation, entre deux feux, victimes expiatoires, ils ont
payé de leur vie. Et donc, derrière les chefs traditionnels se profile l’image du
dévouement à la population, du modèle de désintéressement, d’abnégation et de la
redistribution équitable. C’est pourquoi, le pouvoir coutumier résiste à toutes les
tempêtes, parce qu’aussi bien la population que les autorités étatiques en ressentent la
nécessité.

Ne peut-on pas se demander si le pouvoir coutumier, qui se veut comme une église au
milieu du village, ne doit sa longévité qu’aux manipulations politiciennes, depuis la traite
des nègres jusqu’à ce jour ? D’autre part, n’est-il pas légitime de rechercher de quelle
manière l’image véhiculée par l’autorité traditionnelle est perçue par la population ?

B. La perception de l’autorité traditionnelle par la population


Ici, un distinguo doit être fait suivant qu’il s’agit des populations urbaines ou des
populations rurales. Pour les premières, les chefs coutumiers ne seraient que de vieilles
reliques, des vestiges que l’on garde inutilement. C’est donc aberrant que, dans une
république, les gens continuent à détenir une parcelle du pouvoir du fait de leur sang.
Par contre, s’agissant des populations rurales, même si celles-ci déplorent de
nombreuses exactions et traitements dégradants dont elles sont victimes de la part des
chefs coutumiers, elles réclament une certaine démocratisation de ce pouvoir et non sa
suppression pure et simple qui reviendrait à la trahison de la mémoire des anciens.

Impossible de résoudre ce dilemme puisque la population rurale continue à vivre au


rythme quasi ancestral et que les citadins quant à eux connaissent la fusion des cultures
et voient ces chefs coutumier migré pour la plus part des cas vers les villes. Cette
nouvelle forme de relations se tissant dans un espace ouvert à toutes les cultures et où la
contestation est acceptée dans toutes ses formes parce que protégée par la loi en tant
qu’expression de certains droits, pose des problèmes nouveaux qui méritent d’être
analysés. Parmi ces problèmes, celui de savoir si dans pareilles conditions l’autorité
traditionnelle existe encore, paraît majeur.

Section 2. Dilution de l’autorité traditionnelle


La décomposition de l’autorité traditionnelle ne signifie pas son oblitération. La survie
de celle-ci suppose la réunion, de manière cumulative, de trois conditions ci-après : un
espace territorial, une certaine sacralité entretenue autour de ce pouvoir et, enfin, une
sédentarité qui participe à la fixation de la coutume sur ledit espace.

Lorsqu’une de ces conditions vient à manquer, il s’agit là soit d’une crise profonde, à tout
le moins d’un bouleversement qui instaure un déséquilibre à même de balayer les
traditions existantes. C’est justement ce phénomène qui caractérise la plupart des
contrées, même si, par une résistance farouche, sinon un combat d’arrière-garde, les
chefs coutumiers se cramponnent autour de la perpétuité du pouvoir traditionnel.

Paragraphe 1. Délocalisation de l’autorité traditionnelle


L’expression paraît ambiguë ; est-ce à dire que l’autorité traditionnelle serait devenue
nomade et donc difficilement localisable, ou est-ce à dire que l’autorité traditionnelle
serait déracinée de son terroir en subissant une forme de relégation pour être implantée
ailleurs ? Ce sont là les deux branches de la question soumise à l’examen.

A. Du village à la ville
Le lieu naturel, sinon la compétence territoriale d’un chef coutumier, ce sont les limites
de son village ou de son « royaume ». Toutefois, il est aisé de comprendre, certains
villages ayant été transformés en villes, le cas le plus connu étant celui des Teke et
Humbu dont le village est devenu la Ville de Kinshasa, qu’il devienne difficile de situer
l’espace de l’exercice du pouvoir coutumier. Même alors, en pleine ville, persistent
toujours des îlots où n’habiteraient que les Teke et Humbu s’imprégnant ainsi de leurs
traditions.

En réalité, la délocalisation dont il est question concerne plutôt les chefs coutumiers qui
ont volontairement quitté leurs villages pour s’installer en ville, dans la perspective de
continuer à exercer leur influence sur les ressortissants de leurs terroirs habitant la
ville. Ne sont pas non plus compris dans cette catégorie les chefs coutumiers qui, en
raison de la guerre ou pour d’autres circonstances indépendantes de leur volonté, se
trouvent loin de leur milieu d’origine.

L’autorité coutumière en ville rencontre des problèmes de plusieurs ordres. N’ayant pas
une source sûre de revenus, l’autorité coutumière ne peut s’affirmer indépendante
matériellement. Elle se trouve dans l’obligation de s’accrocher au groupe des
ressortissants nantis et, de ce fait, elle se disqualifie par rapport à la masse des
prolétaires qui la considère comme un traître à la remorque des possédants. De là naît
une sorte de sourde contestation qui déplume nécessairement l’autorité coutumière et
amoindrit son aura. Entraîné sinon traîné dans toutes les réunions initiées par ses «
bailleurs », le chef coutumier perd toute neutralité, prenant fait et cause pour ceux qui
s’occupent de son « ventre » et, comble de bouffonnerie, il ennoblit même certains.

A tout prendre, en ville, l’autorité traditionnelle adopte le comportement de


fonctionnaire et s’adapte mal aux changements réguliers qui, chaque jour, rongent son
pouvoir. En définitive, les mutualités provinciales qui prennent beaucoup d’ampleur, ne
vont-elles pas précipiter la mort des solidarités tribales ?

B. Des mutualités tribales aux mutualités provinciales


Pour constituer une force face aux autres tribus, à l’instar de leurs villages, les citadins
qui n’ont quitté le village qu’avec le corps et non avec leur cœur, reproduisent plusieurs
formes de solidarités. Celles-ci ne se limitent plus aux groupes d’âge, mais embrassent
toute la tribu sans tenir compte des spécificités propres à chaque sous-groupe.

De manière provisoire, les antagonismes entre sous-groupes sont minimisés puisque le


plus important est défendre les intérêts de la communauté, mieux la tribu. C’est ainsi
que l’on voit pulluler les mutualités des ressortissants Buluem, Kimbilangundu, Yakoma,
Bana Boma…

Est-ce par simple nostalgie ou y aurait-il quelque chose de profond qui ferait que sans
les attaches tribales, les individus se sentiraient insécurisés ? Ne faudrait-il pas atténuer
cette assertion, car, si chacun devrait se replier sur sa tribu, comment se bâtirait la
nation en Afrique ?

Peu importe l’opinion que l’on se fait des solidarités tribales, mais rien ne pourrait
justifier que l’on se voile les yeux devant cette dure réalité. L’approuver ou la
désapprouver ne suffit pas. Il semble plutôt utile d’essayer de l’appréhender pour mieux
l’expliciter en proposant les voies de sortie ou des correctifs selon le cas. Quelle que soit
l’hypothèse envisagée, même si l’on considère que c’est un mal, comment expliquer que,
même les nationalistes les plus intransigeants tombent dans ce piège ? De façon
lapidaire, sinon laconique, il est permis de soutenir que si la tribalité connaît encore des
jours de gloire, c’est que la nation n’est pas suffisamment forte pour offrir à chacun
l’indépendance d’esprit qui permet de négliger, sinon de banaliser les solidarités
tribales. Il s’agit là d’un simple constat et non d’une piste de sortie. Le phénomène est
tellement envahissant, sinon englobant qu’il dépasse les limites tribales pour planter son
décor au niveau des provinces. Il ne s’agit plus de parler des ressortissants de Libenge ni
de Kasumbalesa, mais plutôt de la mutualité des originaires de l’Equateur, des
originaires du Katanga…

Plus encore, certaines de ces mutualités auraient même l’ambition de dépasser les
limites provinciales pour comprendre en leur sein deux ou trois provinces : le Grand
Kasaï et la solidarité Katanga-Kasaï sont là des exemples éloquents. Il importe de
signaler que l’ATCAR, l’association des Tchokwe du Congo Belge, d’Angola et de la
Rhodésie avait l’ambition de mettre sous la même bannière tous les Tchokwe,
nonobstant le fait qu’ils appartenaient aux puissances différentes. On peut relever le
pacte des provinces dites martyrs qui ont un programme commun de reconstruction et
qui se soudent en partant de la communauté linguistique.

La question est de savoir quelle est encore la place de l’autorité traditionnelle dans ces
mégastructures qui développent plus la revendication politique que les préoccupations
coutumières ? Certes, les chefs coutumiers sont embrigadés dans ces structures
complexes, pour faire valoir, mais en réalité, ils ne maîtrisent ni le jeu ni l’enjeu de ces
structures qui sont manipulées par une minorité à ses fins personnelles.

Paragraphe 2. Désacralisation de l’autorité traditionnelle


Si tout pouvoir s’entoure, qu’on le veuille ou non, d’une certaine sacralité, le pouvoir
coutumier l’est encore davantage, en raison du fait que ses détenteurs, pour la plupart,
sont considérés comme des médiateurs, des messagers attitrés par lesquels les ancêtres
passent pour communiquer leur volonté outre tombe.

En contrepartie de tout ce prestige, on attend de l’autorité traditionnelle un


comportement exemplaire sinon un modèle en tout, celui qui ne peut abuser ni dans les
beuveries, ni dans le plaisir de l’art culinaire. Il doit demeurer la référence puisqu’il est
censé détenir toutes les vertus. Mais cette autorité est désacralisée par certains
comportements contraires.

A. La violation des interdits par les chefs coutumiers


Pour peu qu’on puisse les analyser, les interdits relèvent du sacré et renforcent la
relation entre les communautés des morts et des vivants en ce que, souvent, violer les
interdits expose les vivants à la colère des ancêtres et peut entraîner une série de
malheurs. Dès lors, pour arrêter cette chaîne, des cérémonies de réconciliation
s’imposent pour apaiser la tempête soulevée.

La peur de cette vindicte contribue, même aujourd’hui encore, dans les villages, au
maintien de la cohésion et de la solidarité et allégeance aux chefs coutumiers qui sont les
grands prêtres à même d’interpréter les augures exprimant la volonté des « morts qui ne
sont pas morts ».

Lorsqu’un chef alors viole ces interdits il perd tout son pouvoir et la crédibilité auprès
de sa population.

L’autorité traditionnelle, par sa cupidité, est souvent à la une des journaux, alors que son
statut postule la modération en tout. Par son mauvais comportement dénoncé à diverses
occasions, elle perd tout crédit. Discréditée, elle s’enrage comme les fonctionnaires
véreux qui estiment que, dès lors qu’on les craint, tout ce que l’on pense d’eux importe
peu.

A la croisée des chemins, les chefs coutumiers préfèrent emprunter le chemin de la ville.
En ville, les déracinés croient pouvoir se ressourcer auprès des chefs coutumiers dont la
légitimité est mise à mal au village. Les uns croient pouvoir tirer profit des autres et
vice-versa. C’est sur ce rapport de malentendu que la ville, à son tour, commence à se
demander si le manteau d’hermine qu’arbore l’autorité traditionnelle est une vraie ou
une vile imitation.

B. Le rire sous cape des sujets


Souhaitant de plus en plus de deuils de ressortissants de chez eux, alors qu’ils ont
vocation de promouvoir la vie – afin qu’ils aient l’occasion de rencontrer les leurs pour
mieux brandir ce qu’il leur reste du pouvoir – les chefs coutumiers deviennent des griots
sans inspiration qui n’attirent plus les foules. A défaut de leur dire que c’est la même
histoire qu’ils racontent à tous les deuils et devant le même public qui s’en lasse, on rit
derrière leur dos.

Mais, ce rire, en lui-même, n’est-ce pas là une double déchéance ? D’abord, pour ceux
qui rient, c’est un véritable sacrilège, car le respect dû à l’autorité traditionnelle n’est pas
discutable. Il n’y a donc plus de tabou. Ensuite, pour ceux qui font l’objet de cette
moquerie, sans en rechercher les causes profondes, l’on comprend qu’ils ne sont plus les
repères. Il ne s’agit pas là d’un simple discrédit, mais plutôt d’un signe évident d’une
mutation dans les références d’une communauté. En bref, ces moqueries seraient la
conséquence du comportement décrit ci-haut.

Paragraphe 3. Vagabondage de l’autorité traditionnelle


Le vagabondage n’est pas une vertu. C’est le manque de fixité d’idée et de constance.

Quel sens donner encore à la coutume si l’on arrive à classifier l’autorité traditionnelle
parmi les personnes sans domicile fixe ? Obligés d’aller souvent d’un endroit à un autre,
suivant l’hospitalité des « sujets », les chefs coutumiers vivent, en ville, dans l’inconfort
matériel et moral qui rapproche leur condition à celle de la plupart des marginaux. C’est
ce que nous allons démontrer en partant de l’idée selon laquelle le fait pour eux de ne
plus être maître d’un quelconque territoire, puisqu’ils ont quitté le leur, parfois par
cupidité, en vue de venir « cueillir » à la source les cadeaux que les « sujets », en
vacances au village, leur apportent, par moment. Très vite, ils se rendent compte que,
sans territoire, le trône devient chancelant. Point d’adresse connue, les chefs coutumiers,
pour survivre, s’adonnent aux petits trafics allant jusqu’à la vente des « indulgences ».

Section 3. Visage recomposé


A travers les gerçures du visage se dessinent trois traits fermes. Le premier, allégorique,
évoque la mort. Par implosion ou par la volonté de l’administration, les heures de gloire
de l’autorité traditionnelle ne sont plus qu’à compter. Cette chronique d’une mort
annoncée, à force de jouer à la fausse alerte, a fini par lasser et prête, par voie de
conséquence, les vertus d’immortalité au pouvoir coutumier. Le second trait, quasi-
imperceptible, est celui d’un revenant. On ne sait par quelle magie l’administration elle-
même, par mégarde ou sciemment, assure la longévité à l’autorité traditionnelle. Le
troisième trait, celui d’un mage, envoie le pouvoir coutumier à la rescousse de l’Etat. Et
dans ce marché des dupes, chacun y trouve son compte. Ce qui importe n’est pas tant le
gain réel, mais plutôt la conviction selon laquelle l’un apporte des béquilles à l’autre et
vice-versa.
Paragraphe 1. La disparition de l’autorité traditionnelle

Véritable peau de chagrin, chronique d’une mort annoncée… comment, après avoir
résisté à la traite des nègres, à la colonisation et à la néo-colonisation, le pouvoir
traditionnel disparaîtrait-il facilement ? Deux axes paraissent possibles. Soit, par une
décision d’autorité, l’administration déciderait de ne plus reconnaître les chefs
coutumiers en n’entérinant plus le choix fait par les populations concernées. Et, dans ce
cas, se proclamer chef coutumier relèverait de la marginalité, un hors-la-loi qui aurait
maille à pâtir avec la justice. Soit, alors, par dégoût, les gens jugeant de l’inutilité du
pouvoir coutumier, ne lui accorderaient plus de crédit : celui-ci, lentement, mais
sûrement, finirait par s’éteindre

Paragraphe 2. La sauvegarde de l’Autorité traditionnelle par l’Administration.

Depuis l’Etat Indépendant du Congo jusqu’à la Constitution du 18 février 2006, même s’il
n’y a pas eu véritablement une politique de la promotion des coutumes ancestrales, à
part l’action isolée des prêtres coloniaux qui se mirent à brûler masques et fétiches en
traquant sans pitié les féticheurs et devins, l’on ne peut pas affirmer que l’administration
aurait entrepris les efforts tendant au bannissement des coutumes.

Si, pour l’Etat colonial, unifier les coutumes était un danger en ce que ce serait poser les
jalons d’une nation qui, à la longue, contesterait la colonisation, comment expliquer que,
devenu indépendant, le Congo ait maintenu les éléments des forces centrifuges qui ne
permettent pas d’accélérer la création de la nation ?

En partant de l’Etat Indépendant du Congo, nous mettrons en exergue certains textes


légaux qui prouvent, à suffisance, le concours qu’apporte l’administration à la coutume
afin que cette dernière survive, à condition de ne pas faire concurrence à la loi.

A. La Constitution et l’autorité traditionnelle


Loi fondamentale organisant les pouvoirs publics ainsi que la détermination de leurs
rapports, la Constitution, aujourd’hui, comporte des dispositions relatives aux droits et
libertés fondamentaux sans omettre l’organisation territoriale. Si l’autorité
traditionnelle est également comprise dans cette définition, c’est qu’elle est
constitutionnalisée.

A ce propos, l’article 207 de la Constitution du 18 février 2006 reconnait l’autorité


coutumière. Il ajoute : Elle est dévolue conformément à la coutume locale, pour autant
que celle-ci ne soit pas contraire à la Constitution, à la loi, à l’ordre public et aux bonnes
mœurs.

S’agissant des charges publiques électives, le constituant du 18 février 2006 est clair : «
Tout chef coutumier désireux d’exercer un mandat public électif doit se soumettre à
l’élection, sauf application des dispositions de l’article 197 alinéa 3 de la Constitution qui
accorde aux chefs coutumiers des sièges à la législation provinciale. Il reste cependant à
se demander si cette logique de soumettre à l’élection tout exercice par un cher
coutumier d’un mandat public n’est pas battu en brèche par la loi électorale qui semble
faire une véritable discrimination entre les chefs coutumiers désireux d’occuper ce
mandat au niveau du secteur face à leurs collègues décrétés d’office chefs de chefferies.

Tout en invitant l’autorité coutumière au devoir de la promotion de l’unité et la cohésion


nationales, le constituant congolais du 18 février 2006 renvoie la fixation du statut des
chefs coutumiers à une loi. L’ambition du constituant semble avoir été de révolutionner
le pouvoir coutumier en prévoyant une loi organique qui fixe les règles de l’exercice de
l’autorité traditionnelle.

B. L’engouement à obtenir de nouvelles chefferies


Circonscription administrative dotée de la personnalité juridique conformément à
l’article 3 de la Constitution du 18 février 2006, la chefferie comprend un ensemble
généralement homogène de communautés traditionnelles organisées sur base de la
coutume et ayant à sa tête un chef coutumier désigné par la coutume, reconnu et investi
par le pouvoir public.

Cette circonscription administrative s’administre conformément aux coutumes, sous


réserve des dispositions de la loi, et pour autant que ces coutumes ne soient contraires
aux règles de droit, ni à l’ordre public et aux bonnes mœurs.

Mais devenir chef coutumier semble à ce jour etre un phénomène de corruption. La


lignée cheffale ne compte même plus. A coup d’argent, les individus manigancent avec
les fonctionnaires du ministère de l’intérieur pour devenir chefs coutumiers. Tous ceux
qui, hier, sur le plan de la hiérarchie tribale, étaient des vassaux, se font passer,
aujourd’hui, pour des suzerains.

Ce phénomène entraîne des conflits qui ne peuvent laisser l’Etat indifférent, puisque
bien souvent ceux-ci affectent l’ordre public.

Paragraphe 3. L’autorité traditionnelle, interlocutrice de l’Etat


Conformément aux articles 144 et 146 du Décret-loi n° 81 du 02 juillet 1998 portant
organisation territoriale et administrative de la République Démocratique du Congo tel
que modifié et complété par le Décret-loi n° 18/2001 du 28 septembre 2001, le Chef de
chefferie qui, désigné par la coutume et reconnu par Arrêté du ministre de l’intérieur, est
à la fois représentant du Gouvernement et autorité locale. Il est officier de police
judiciaire à compétence générale et officier de l’Etat-civil. Il porte donc une double
casquette qui lui permet une certaine ascendance sur le reste de la population.

De même, l’actuelle loi organique n° 08/016 du 7 octobre 2008 portant composition,


organisation et fonctionnement des entités territoriales décentralisées et leurs rapports
avec l’Etat et les provinces reconnait cette autorité coutumière comme étant d’office chef
de chefferie, entité territoriale décentralisée.

En tant qu’autorité traditionnelle, le chef coutumier se fait passer pour le principal


responsable du syndicat de sa tribu. A ce titre de syndicaliste, il introduit plusieurs
revendications tendant à voir sa tribu assiéger pour siéger dans toutes les instances de
la hiérarchie du pouvoir de l’Etat. A toutes les occasions, il ne manque pas d’exprimer
son mécontentement au motif pris que malgré sa loyauté, sa tribu serait la plus oubliée
sinon la moins représentée dans le cercle du pouvoir : encore des postes et toujours des
postes pour contenter la tribu !

Vu sous l’angle du représentant du gouvernement, le chef de chefferie fait comprendre à


sa tribu qu’il est la voie obligée sinon la courroie de transmission avec le pouvoir.
Quiconque l’ignore ne peut prétendre avoir l’oreille du pouvoir. C’est ainsi qu’autrefois,
sous la dictature du maréchal Mobutu, certains chefs coutumiers se portaient garants en
offrant de faire revenir au bercail, les opposants au régime que l’on considérait comme
des brebis égarées.

Section 4. Visage insaisissable ou impact du pouvoir coutumier sur la vie de la


population
L’incidence du pouvoir coutumier dans la vie des populations paraît indéniable. Il y a
trois axes à savoir : la politique, sur le plan économique et sur le plan juridique.

C’est donc autour de ces trois axes que s’articulera l’analyse du visage actuel du pouvoir
coutumier.

Paragraphe 1. Sur le plan politique.


Le pouvoir coutumier, à défaut d’être démocratique, dans son champ micro politique,
rétroagit néanmoins sur le plan de la macro politique, dans ses rapports avec les
autorités étatiques et sur le plan de la méga politique : lorsqu’un Mwami du Kivu
dénonce auprès du Pape et du Secrétaire Général des Nations Unies, l’envahissement du
territoire national par le Rwanda, au-delà de son petit terroir qu’il défend, il se trouve en
plein dans les questions de droit international public. Le pouvoir coutumier a donc fini
par devenir non seulement un moyen d’ascension politique, mais aussi un instrument de
surenchères politiques.

A. Moyen d’ascension politique


On ne le dira jamais assez, lorsque les cadres bien formés désertent leurs bureaux
climatisés au profit des accoutrements bizarres, plumes d’oiseaux sur la tête, peau de
léopard et de buffle autour des hanches, il ne s’agit pas d’un amour profond pour le
naturalisme, mais plutôt d’un calcul politique.

En effet, le pouvoir coutumier est un moyen sûr de débuter, sans beaucoup d’efforts, une
carrière politique. Les plus indélicats, ceux qui n’ont pas froid aux yeux et donc les
audacieux, à défaut d’être élus - puisque les élections avaient été, pendant longtemps,
bannies des mœurs politiques congolaises - se proposent, eux-mêmes, à la nomination.
C’est ainsi que, du Comité Central du Maréchal Mobutu à l’Assemblée nationale et au
Sénat issus de l’Accord global et inclusif de Sun City, en passant par l’Assemblée
Constituante et Législative, Parlement de Transition de M’zee Laurent-Désiré Kabila, les
chefs coutumiers se sont retrouvés, par milliers, dans ces organes hétéroclites. D’autres,
par décence, n’occupent pas les premières loges : ils y délèguent leurs proches, sinon
leur propre progéniture. Leçon : représentant d’une féodalité moderne, les chefs
coutumiers, considérant leurs origines « nobles », estiment qu’ils sont les seuls mieux
outillés à traiter de la chose politique. C’est pourquoi, leurs fonctions pèchent contre les
règles de la démocratie, car s’ils tiennent à accéder aux fonctions politiques, ils devraient
plutôt se soumettre à la censure des urnes au lieu de mettre en exergue leur position
sociale.

Ainsi donc, il y a népotisme non seulement dans la haute bureaucratie administrative où


les dirigeants recrutent les fonctionnaires dans leurs tribus respectives, mais aussi par le
fait que les chefs coutumiers eux-mêmes deviennent juges et parties. Ceci apporte un
plus au discrédit général qui entoure l’autorité coutumière. Mais, puisque le ridicule ne
tue pas, les chefs coutumiers, comme de véritables dynasties régnantes, concluent des
alliances de raison pour maintenir leur hégémonie sur les populations. C’est ainsi que les
fils, neveux et nièces des chefs coutumiers du nord, du sud, de l’est et de l’ouest se
marient entre eux pour perpétuer leur influence.

B. Instrument des surenchères politiques


Entre les mains de ses détenteurs, le pouvoir traditionnel, quoique contesté, n’est pas
pour autant moins utilisé pour obliger les décideurs à aller dans tel ou tel autre sens.
C’est ainsi que l’on a vu, à la veille de la désignation d’un Vice- Président par la
composante gouvernementale, en exécution l’accord global et inclusif de Sun City, des
rituelles jusque-là inconnues, dirigées par des chefs coutumiers non reconnus, élaborer
des communiqués de revendication pour réclamer, au nom des ressortissants de telle ou
telle autre province, le poste de Vice- Président. Dans ce cas précis, l’autorité
traditionnelle a servi à monter les surenchères politiques. Et même actuellement, les
communiqués sont légions reprenant les mécontentements des autorités traditionnelles
de tel ou tel autre coin de la République au motif pris que les ressortissants de leurs
entités ne seraient pas représentés dans les institutions politiques.

Cette utilisation de la tribu, sinon de l’autorité traditionnelle à des fins politiques


s’observe également au sein des provinces. Dans celles-ci, il y a des ethnies qui se disent
majoritaires, d’autres minoritaires et, en fonction de cette distinction non pertinente, les
unes et les autres, sans mérite exceptionnel, se croient en droit d’accéder aux fonctions
précises, au nom de la tribu.

Une troisième utilisation de la tribu aux fins politiciennes peut être située au niveau de
la direction de la plupart des partis politiques. On peut ne pas le croire, mais une
observation pointue de la division des postes au sein des organes dirigeants des partis
politiques permet de dire qu’il y a des postes au sein de ces organisations non
démocratiques réservés à certaines tribus eu égard aux origines des fondateurs de ces
partis. C’est aussi là l’une des causes de la faiblesse du phénomène partisan en
République Démocratique du Congo.

Par ailleurs, les partis politiques éprouvent des difficultés à s’implanter, car, dans la
plupart des groupements, les chefs coutumiers, premiers interlocuteurs, demandent aux
porteurs de la « bonne nouvelle : « Quels sont les gens de notre tribu qui se trouvent
dans la hiérarchie de votre parti ? » En cas de réponse négative ou balbutiante, la chaîne
du dialogue est rompue. « Si vous croyez que nous allons vous servir de marchepieds
pour vos ambitions politiques, vous vous trompez ; il n’y a rien pour rien. Vous avez
besoin de notre soutien, nous devons trouver notre compte ». Dans ces conditions, face à
la multitude des tribus en République Démocratique du Congo, comment seront
constitués les directions politiques des partis politiques si toutes les tribus doivent être
représentées ?

Si les déviances du pouvoir traditionnel sur le plan politique semblent inquiétantes,


n’empêche qu’elles se retrouvent, avec plus d’aigreur encore, dans le déroulement des
activités économiques.

Paragraphe 2. Sur le plan économique


Dans la plupart des cas, les chefs coutumiers sont économiquement plus assis, sinon plus
aisés que le reste de la population. Le plus grand du cheptel leur appartient, les terres les
plus fertiles se trouvent dans leurs domaines. Bref, ils font partie de la classe
possédante. A ce titre, ils jouissent d’un prestige certain qui force l’admiration de leurs
sujets : il y a des tissus luxueux qu’eux seuls peuvent porter ; ils ont les tables les plus
garnies…

Peut-on affirmer qu’ils participent à l’effort d’amélioration des conditions de vie en


créant des richesses nouvelles qui relèvent le niveau de vie de toute la population.

Paragraphe 3. Sur le Plan juridique


Le droit, considéré comme projet de chaque société pour permettre aux faibles et aux
forts de vivre en harmonie à un moment déterminé de l’histoire, ne peut ignorer les
marques profondes des coutumes sur l’agir quotidien des humains. Dans le cas de la
République Démocratique du Congo, ainsi que nous allons le démontrer, l’influence des
coutumes sur le droit écrit se fait sentir à deux niveaux. D’abord, dans la phase de
l’élaboration du droit : les coutumes locales sont de plus en plus légalisées. Ensuite, au
stade de l’application, les dispositions claires et explicites qui ne peuvent donner lieu à
interprétation, trouvent une signification différente en raison de la pesanteur qu’exerce
la coutume.

Dans ce double mouvement, aucune branche du droit n’est épargnée : un simple passage
en revue confirme cette assertion.
1. Le droit constitutionnel

Droit éminent en ce qu’il conditionne les autres, dès lors que celui-ci constitutionnalise
le statut des chefs coutumiers, peut-on encore mettre en doute la place de choix que le
droit accorde à ces dignes représentants des ancêtres ?

Les chefs coutumiers ont un statut constitutionnel, la coutume elle-même est reconnue
par la Constitution comme une des sources du droit ; comment, à partir de cet instant, se
douter encore de l’impact des coutumes ancestrales sur le droit ?

2. Le droit administratif

Nous l’avons démontré, non seulement les lois qui organisent la territoriale permettent
aux autorités administratives d’investir après l’acte de reconnaissance, les chefs
coutumiers, mais aussi et surtout, celles-ci fonctionnarisent les chefs coutumiers.

C’est donc le droit administratif qui reconnaît aux chefs coutumiers la qualité d’officier
de police judiciaire et leur attribue les avantages dus à leur rang.

3. Le droit pénal

Le droit pénal, en tant que branche du droit qui définit les incriminations et peines
nécessite une grande précision en ce qu’il touche directement aux droits et libertés des
citoyens. C’est la raison pour laquelle il s’entoure d’un grand soin, car il ne peut y avoir
de l’à-peu-près dans cette matière. Peut-on imaginer une quelconque incidence des
coutumes dans cette branche du droit ? La réponse semble affirmative pour plusieurs
raisons tant et si bien que l’on peut parler d’un droit pénal coutumier.

D’abord, en ce qui concerne les incriminations, l’article 57 du Code Pénal réprimant les
épreuves superstitieuses et les pratiques barbares démontre bien que le législateur
colonial n’a pas été indifférent aux coutumes ancestrales dans sa recherche d’ériger
certains comportements en infractions.

Ensuite, lorsque l’on sait que, dans l’organisation et la compétence judiciaires actuelles,
les tribunaux de paix qui devraient s’installer sur l’ensemble du territoire afin
d’uniformiser l’application du droit écrit ne fonctionnent, de manière effective, que sur
une infime partie du territoire nationale, l’on comprend aisément que le droit pénal
coutumier ait encore de beaux jours devant lui : dans la plupart des contrées, devant les
tribunaux coutumiers, jusqu’à ce jour, les gens sont jugés et condamnés pour avoir jeté
les mauvais sorts ou ensorcelé les autres, alors que le Code Pénal congolais ne comporte
pas cette incrimination. Comment se douter de l’influence du droit pénal coutumier tant
il s’applique à la majorité de la population ?

4. Le droit judiciaire

Définissant l’organisation et la compétence des cours et tribunaux, le droit judiciaire,


quoique relevant de l’héritage colonial, demeure cependant tinté de certaines marques
coutumières. Cette opinion est également partagée par Matadi Nenga Gamanda pour qui,
« la procédure judiciaire, en toute matière, a bel et bien existé dans le droit des sociétés
traditionnelles ayant vécu dans l’espace appelé aujourd’hui République Démocratique
du Congo ».

Pour confirmer la part des coutumes en droit judiciaire, l’auteur affirme : « Par ailleurs,
le législateur congolais s’est inspiré du droit coutumier, dans certaines procédures
devant les juridictions de jugement. C’est notamment le cas de la procédure en matière
de mariage et de divorce.

Ensuite, dans l’organisation judiciaire, non seulement que la coutume garde une place
imminente, mais aussi et surtout les tribunaux coutumiers couvrent la majeure partie du
pays et, par conséquent, concernent la majorité des justiciables. Enfin, il faut aussi noter
que la justice coutumière, bien que ses lois ne sont pas écrites, passe cependant pour
être plus crédible, parce qu’acceptée de tous. De même,

5. Le droit de la famille

S’il y a une matière en droit que la colonisation n’aura pas profondément affectée, c’est
justement le droit de la famille. Car, ici plus que partout ailleurs, les coutumes
ancestrales triompheront véritablement sur le droit écrit d’origine étrangère et
obligeront le législateur à constater leur exigence par la légalisation.

Cela commence par Les fiançailles, en passant par le mariage pour finir par la les
successions.

6. Le droit foncier

Il est important de souligner que les articles 385, 386 et 387 de la loi n° 80-008 du 18
juillet 1980 modifiant et complétant la loi n° 73-021 du 20 juillet 1973 portant régime
général des biens, régime foncier et immobilier et régime des sûretés, traitent des terres
et droits de jouissance régulièrement acquis sur ces terres en vertu du droit coutumier.
C’est ainsi Vincent Kangulumba considère que « la coutume a une place importante dans
la loi du 20 juillet 1973. Elle y est reconnue en tant que source des droits en rapport
avec les droits fonciers acquis en vertu de la coutume ».
CONCLUSION GENERALE
Il est claire qu’à l’issu de cet enseignement nous pouvons confirmer avec énergie qu’il a
bel et bien existé une Afrique avant la colonisation ; ce que nous avons appelée l’Afrique
traditionnelle dotée des micro et des grands Etats très organisés que ça soit avec ou sans
une autorité centrale investi des pouvoir politiques étatiques.

En effet, des sociétés sans Etat et sans chefferie aux sociétés à Etat en passant par les
sociétés à chefferie, le pouvoir politique, qu’il soit parental à un, deux ou trois foyers, a
existé. Les institutions politiques crédibles en sont résulté. Malheureusement, les
assauts perpétrés contre ce pouvoir, ces institutions et leurs animateurs, les autorités
traditionnelles en ont sérieusement lézardé l’édifice.

En dépit des divers changements d’époque ou d’âge, la tradition et la coutume persiste


en Afrique bien que constituée aujourd’hui des Etats modernes et cette réalité demande
à ce que la population et les dirigeants africains puissent remettre en question certains
points à l’ordre du jour à fin de permettre une communion avec le monde ancestral et
faire régner une paix plus durable. C’est là peut-être la seule voie menant vers le
développement de cette chère Afrique.
BIBLIOGRAPHIE

[Link] MUAMBA (B), Structures et Institutions Socio-politiques de l’Afrique


Traditionnelle, Cahiers d’études juridiques, Kinshasa, 1991.

2. DJELO (E., Droit constitutionnel et institutions politiques, Faculté de Droit, UNIKIN,


1998-1999.

3. KAMUKUNY MUKINAY (A), Droit, structure et institutions sociopolitique de l’Afrique


traditionelle

4. KAMUKUNY MUKINAY (A), Contribution à l’étude de la fraude en droit constitutionnel


congolais, Thèse de doctorat, Université de Kinshasa, 2007.

4. KITETE (K.O), Structures et Institutions Socio-politiques de l’Afrique Traditionnelle,


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5. MBAYA NGANG (K), Structures et Institutions Socio-politiques de l’Afrique


Traditionnelle, Faculté de Droit, UNIKIN, 1998-1999.

[Link] (E), Entre les Colombes et les Faucons, Où vont les partis politiques, PUC,
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7. BOSHAB (E), Pouvoir et droit coutumiers à l’épreuve du temps, Louvain-la-Neuve,


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[Link] MBAMBI (V), Précis de droit civil des biens. Théorie générale des biens
et théorie spéciale des droits réels fonciers et immobiliers congolais, Louvain-la-Neuve,
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9. MOUNIER (R), Sociologie coloniale, Paris, 1936.

[Link] (R), Féodalités et Collectivismes, Présence africaine, Paris, 4ème Trimestre,


1961.

Table des matières


INTRODUCTION GENERALE........................................................................................................................... 2
Section 1. Etude des concepts........................................................................................................................ 2
Paragraphe premier : Le concept « Droit »...............................................................................................2
A. Notion.............................................................................................................................................................. 2
B. comparaison avec les autres règles de conduites......................................................................3
Paragraphe 2. Le concept structure.......................................................................................................... 3
A .Notion.................................................................................................................................................................. 3
B. le structuralisme et le système...............................................................................................................4
Paragraphe 3. .Le concept Institution.......................................................................................................4
A. Notion.................................................................................................................................................................. 4
B. Institution politique et institution sociale.......................................................................................5
Paragraphe 4. Le concept traditionnel.....................................................................................................5
Section 2 : Problématique................................................................................................................................ 5
Paragraphe 1. Position du problème...........................................................................................................5
Paragraphe 2. Intérêt......................................................................................................................................... 6
Paragraphe 3. Plan.............................................................................................................................................. 6
TITRE LIMINAIRE : SOCIÉTÉ ET AUTORITÉ TRADITIONNELLE...............................................7
CHAPITRE [Link]É TRADITIONNELLE...............................................................................................7
Section [Link]és.......................................................................................................................................... 7
Section 2. Sociétés étatiques et sociétés non étatiques......................................................................7
CHAPITRE 2 : AUTORITÉ TRADITIONNELLE........................................................................................8
[Link]é et type d’autorité.....................................................................................................8
Paragraphe 1. Autorité en général.............................................................................................................. 8
Paragraphe 2. Types d’autorité.................................................................................................................... 8
A. Description selon l’origine....................................................................................................................9
B. Description selon les domaines.........................................................................................................9
Section 2 : Déviance et psychologie de l’autorité...............................................................................9
Paragraphe 1. Déviance de l’autorité........................................................................................................9
A. Au nom de la science.................................................................................................................................9
B. Autorité idéologique.................................................................................................................................. 10
C. Autorité par propagande......................................................................................................................... 10
D. Autorité par culte de la personnalité.............................................................................................10
Paragraphe 2. Psychologie de l’autorité............................................................................................... 10
TITRE PREMIER : LES SOCIETES AFRICAINE AVANT ET PENDANT LA COLONISATION11
CHAPITRE I : LES SOCIETES AFRICAINES PRECOLONIALES........................................................11
Section 1 : L’autorité traditionnelle dans les sociétés sans Etat et sans chefferies.............11
Paragraphe 1. Système à pouvoir politique parental........................................................................12
A. Notion................................................................................................................................................................ 12
B. Organisation................................................................................................................................................... 12
Paragraphe 2. Système à pouvoir politique à deux foyers d’autorité........................................13
A. Notion................................................................................................................................................................ 13
B. Organisation................................................................................................................................................... 13
Paragraphe 3. Système à pouvoir politique à trois foyers d’autorité........................................13
A. Notion................................................................................................................................................................ 13
B. Organisation................................................................................................................................................... 14
Section 2 : L’autorité traditionnelle dans les sociétés à Etat et à chefferies permanentes
................................................................................................................................................................................... 16
Paragraphe 1. Passage des sociétés anétatiques aux sociétés étatiques..................................16
A. Naissance de l’Etat africain......................................................................................................................16
B. Formes d’Etat................................................................................................................................................. 17
C. La nature de l’Etat........................................................................................................................................ 18
Paragraphe 2. Position des dirigeants dans les sociétés à chefferies.......................................20
A. Chefferie, quid ?............................................................................................................................................ 20
B. Position des dirigeants.............................................................................................................................. 20
Paragraphe 3. Position des dirigeants dans les sociétés à Etat....................................................21
A. Notion d’Etat.................................................................................................................................................. 21
B. Position des chefs dans les sociétés à Etat........................................................................................22
Section 3 : Le processus de prise de décision dans les sociétés traditionnelles...................23
Paragraphe 1. De la décision en général.................................................................................................24
A. Notion................................................................................................................................................................ 24
B. Fonctions de la décision............................................................................................................................ 24
C. La décision selon les âges......................................................................................................................... 24
Paragraphe 2. Du processus de prise de décision dans les sociétés traditionnelles..........25
A. Dans les sociétés non étatiques............................................................................................................. 25
B. Dans les sociétés étatiques...................................................................................................................... 25
Paragraphe 3. Le processus moderne de prise de décision...........................................................26
A. Sur le plan constitutionnel.......................................................................................................................26
B. Sur le plan administratif........................................................................................................................... 26
C. Sur le plan judiciaire................................................................................................................................... 26
CHAPITRE II : L’AUTORITE TRADITIONNELLE FACE AU POUVOIR COLONIAL..................26
Section 1 : Nature du phénomène colonial............................................................................................27
Paragraphe 1. Les origines de la colonisation......................................................................................27
A. Motivations principales.............................................................................................................................27
B. Motivations secondaires........................................................................................................................... 28
Paragraphe 2. L’essence du phénomène colonial...............................................................................28
A. Domination économique.......................................................................................................................... 28
B. Domination culturelle................................................................................................................................ 29
C. Domination religieuse................................................................................................................................ 29
Paragraphe 3. Les modes d’établissement de la domination coloniale....................................30
A. L’annexion....................................................................................................................................................... 30
B. Le protectorat................................................................................................................................................ 31
C. Le mandat ou la tutelle.............................................................................................................................. 31
Section 2 : Altération des pouvoirs traditionnels...............................................................................32
§1. Abolition des valeurs traditionnelles dites incompatibles avec la civilisation...............33
A. L’abolition de l’esclavage..........................................................................................................................33
B. La disparition des moyens d’intervention armée et de coercition.......................................34
§2. Introduction des pratiques et valeurs nouvelles en contradiction avec le système
socio-culturel ancien....................................................................................................................................... 34
A. Les bouleversements démographiques et écologiques..............................................................34
B. La pénétration des valeurs religieuses et idéologiques..............................................................35
C. La situation économique nouvelle........................................................................................................36
Section 3 : Destruction des organisations anciennes........................................................................37
§1. Idée d’Etat pendant la période coloniale.........................................................................................37
A. La constitution de quasi nations........................................................................................................... 38
B. L’image de l’Etat moderne....................................................................................................................... 38
§2. Les systèmes d’administration coloniale........................................................................................39
TITRE II : LA PLACE DE L’AUTORITE TRADITIONNELLE DANS L’ETAT AFRICAIN POST
COLONIAL OU INDEPENDANT....................................................................................................................41
Chapitre I : Visage actuel de l’autorité traditionnelle.......................................................................41
Section 1. Visage décomposé....................................................................................................................... 41
Paragraphe 1. L’impossible tentative de maintenir une coutume authentique....................41
A. La déstructuration de la tribu par la colonisation.........................................................................42
B. L’abâtardissement de la coutume par l’école..................................................................................42
Paragraphe 2. L’impact de la mondialisation sur les coutumes ancestrales..........................43
A. Coutume ou simple alibi ?........................................................................................................................ 43
B. Cas de la coutume évoluée de la Ville de Kinshasa.......................................................................44
Paragraphe 3. L’ambiguïté dans la perception de l’autorité traditionnelle............................44
A. L’auto-perception de l’autorité traditionnelle................................................................................44
B. La perception de l’autorité traditionnelle par la population....................................................45
Section 2. Dilution de l’autorité traditionnelle.....................................................................................45
Paragraphe 1. Délocalisation de l’autorité traditionnelle...............................................................46
A. Du village à la ville....................................................................................................................................... 46
B. Des mutualités tribales aux mutualités provinciales...................................................................46
Paragraphe 2. Désacralisation de l’autorité traditionnelle............................................................47
A. La violation des interdits par les chefs coutumiers......................................................................48
B. Le rire sous cape des sujets..................................................................................................................... 48
Paragraphe 3. Vagabondage de l’autorité traditionnelle.................................................................49
Section 3. Visage recomposé........................................................................................................................ 49
Paragraphe 1. La disparition de l’autorité traditionnelle................................................................49
Paragraphe 2. La sauvegarde de l’Autorité traditionnelle par l’Administration..................50
A. La Constitution et l’autorité traditionnelle.......................................................................................50
B. L’engouement à obtenir de nouvelles chefferies...........................................................................51
Paragraphe 3. L’autorité traditionnelle, interlocutrice de l’Etat..................................................51
Section 4. Visage insaisissable ou impact du pouvoir coutumier sur la vie de la
population............................................................................................................................................................ 52
Paragraphe 1. Sur le plan politique...........................................................................................................52
A. Moyen d’ascension politique.................................................................................................................. 52
B. Instrument des surenchères politiques.............................................................................................53
Paragraphe 2. Sur le plan économique....................................................................................................54
Paragraphe 3. Sur le Plan juridique.......................................................................................................... 54
CONCLUSION GENERALE.............................................................................................................................. 57
BIBLIOGRAPHIE................................................................................................................................................ 58

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