0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
15 vues5 pages

Comprendre le dissensus selon Rancière

Ma note sur la notion de dissensus

Transféré par

Di Janeiro
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
15 vues5 pages

Comprendre le dissensus selon Rancière

Ma note sur la notion de dissensus

Transféré par

Di Janeiro
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

DISSENSUS

Ait AHMED Lahcen


BLOC 3 – ANIM
TSC 22-23

1
Introduction : « TINA »
On doit, la notion de dissensus présentée ici au philosophe Jacques Rancière.
Pour comprendre le sens politique et philosophique de la notion de « dissensus », le mieux est peut-
être de repartir de son contraire : la notion de « consensus ». L’idée de consensus est toute contenue
dans la formule suivante : TINA (There Is No Alternative). Le slogan « TINA » symbolise depuis une
quarantaine d’année l’ordre néolibérale de nos sociétés. « TINA » signifie ceci :
1. Il n’y a pas d’alternatives aux politiques économiques/sociales néolibérales actuelles.
2. Celles et ceux qui s’opposent à ces politiques sont soit trop « bêtes » ; soit « utopistes » pour
comprendre que c’est ainsi et pas autrement.
3. Il doit y avoir « consensus » autour de cette vision politique,

Le consensus : vision dominante du partage du monde,


Ainsi, selon Jacques Rancière, il existe un consensus assez simpliste qui consiste à diviser le monde
social en deux : il y aurait d’un côté des incompé[Link] ET de l’autre des compé[Link] ; d’un côté
ceux*celles qui savent ET de l’autre ceux* celles qui ne savent pas ; ceux* celles qui peuvent donner
un avis ET celles* ceux dont l’avis est toujours interprété en termes de méconnaissances (« ces gens
ne savent pas ») et/ou affectifs (« ces gens souffrent »). Cette division, Jacques Rancière lui donne le
nom de « consensus ». Le « consensus » nous impose un perceptible (des choses que l’on voit, que
l’on entend) et un pensable (l’avis qu’on doit avoir sur ce qu’on voit, l’avis qu’on peut donner). Le «
consensus » est cette vision dominante du monde social qui nous « oblige » en quelque sorte à être
d’accord sur l’état de la situation donnée.

Le dissensus : « pas de côté » et mise en évidence d’autres possibles,


Face au « consensus », l’action socioculturelle/socioartistique doit introduire des écarts pour autant
que possible troubler le paysage sensible1; en proposant de nouveaux récits/visibles/audibles.
L’action socioculturelle rendra visible « ce que l’on ne percevait pas, ce qui (…) n’avait pas de raisons
d’être, ce qui n’avait pas de nom ». L’action socioculturelle sera « dissensuelle » en questionnant
«l’évidence de ce qui est perçu, pensable et faisable, et le partage de ceux qui sont capables de
percevoir, penser et modifier les données du monde commun ».
Le dissensus commence quand des êtres destinés à demeurer dans l’espace invisible prennent un « temps
qu’ils n’ont pas pour s’affirmer copartageants d’un monde commun, pour y faire voir ce qui ne se voyait pas,
ou entendre comme de la parole discutant sur le commun ce qui n’était entendu que comme le bruit des corps.
(…) Le dissensus désigne un mode d’intervention sur la configuration du monde et sur ses « évidences » qui
entretiennent l’ordre normal des choses. Non seulement vient-il bouleverser la carte du donné, du pensable et
de l’énonçable, mais le dissensus, en tant que reconfiguration conflictuelle du monde, institue des rapports
inédits entre ces éléments. (…) il est manifestation de la contingence, création de capacités et ouverture de
nouveaux possibles là où il n’y avait que nécessité, incapacités et impossibilités... » (Jacques Rancière).

1
Ce qu’on voit, entend, lit de façon dominante.
2
L’expérience du dissensus : points d’attention
A travers une expérience dissensuelle, il s’agira donc de :
• Prendre un temps pour mettre en évidence de nouveaux possibles, des capacités méconnues,
des paroles négligées,
• Prendre un temps pour remettre en question le partage entre les « incapables » (qui ne sauraient
que crier et souffrir) et les « capables » (qui seraient doués de paroles et de raisons);
• Prendre un temps pour mettre en évidence des singularités, des expériences de vies qui
troublent le consensus;
• Prendre un temps pour mettre en évidence des alternatives.

ATTENTION !!! ATTENTION !!! ATTENTION !!! ATTENTION !!!

Il ne faut pas confondre toute


contestation/critique (la critique de type
complotiste par exemple) avec la notion de
dissensus. Le complotisme sur les réseaux sociaux
et/ou dans l’espace public ne relève pas du tout
du dissensus (au sens rancièrien). Et pour s’en
convaincre, il suffira sans doute de constater que
les complotistes traitent le plus souvent de
thématiques très « consensuelles » ; des
thématiques très médiatiques : des sujets qui
sont en quelque sorte « imposés » par le «
pouvoir » : covid : « nous savons mieux que le
pouvoir, il n’y a pas d’épidémie, les vaccins sont des poisons,… ; migrations : « nous savons mieux que
le pouvoir, les migrant.e.s préparent l’invasion de l’Europe » ;…

Bien entendu l’esprit critique est nécessaire mais la dimension dissensuelle d’une action ne se situe
pas dans l’expression d’un mécontentement ou d’un désaccord (un enfant de trois ans peut se fâcher et
crier sur ses parents. Il n’en est pas pour autant « dissenssuelle »2). La dimension dissensuelle est bien plus
dans la mise en évidence d’une égalité là où l’égalité n’est pas reconnue ; la mise en évidence
d’autres possibles là où le pouvoir vous annonce à longueur de journées qu’il n’y a pas d’alternatives
;…Cette mise en évidence par l’action donne à voir quelque chose qui ne se voyait pas/ne s’entendait
pas.

On peut difficilement considérer que le discours antivaccins (durant la pandémie) ou anti-migratoires


n’est pas très visible/audible.

Dans les pages suivantes, je vous propose d’appliquer qqs éléments de la grille d’analyse ci-dessus
aux quelques exemples proposés en classe.

2
C’est la définition « basique » du dissensus : « Désaccord profond entre les membres d'un groupe. »
3
Exemple 1 : Donner une personnalité juridique à la Nature
Nous avons ici un très bel exemple d’expérience
dissensuelle : un artiste envisage la question du
dérèglement climatique en faisant intervenir le droit mais
également la littérature/la fiction. Il nous rappelle que
nous sommes toujours entouré de « fictions » : les
entreprises par exemple sont des fictions -c’est-à-dire des
catégories juridiques construites par les êtres humains. Il
n’y a donc aucune raison de ne pas construire une fiction
identique au sujet de la Nature. A travers cette
proposition3, il met en évidence des alternatives, de
nouveaux possibles.

Analyse

i. Quelles sont les évidences/la distribution des rôles que cette expérience questionne ? Donner
une personnalité juridique à un être non humain ; à un être « muet » : la Nature.
ii. Quel est*sont le*les consensus autour de ces évidences/ rôles ? La Nature est muette, elle est
victime des Humains ; les solutions passent pas les technologies, par la fiscalité, par le tri des
déchets,…
iii. Qui parle ? Un artiste (écrivain)
iv. Comment (quels supports, dispositifs, quel langage,…) ? Il utilise la notion littéraire de «
traduction » pour déplacer le sujet climatique.

Exemple 2 : « Edi Rama : Récupérez votre ville grâce à la peinture »

Le caractère dissenssuel de cette expérimentation


reposait principalement sur le fait que nous
entendions là un homme politique (Edi Rama, maire
de Tirana) nous expliquer l’impact de l’utilisation de
la couleur/de la peinture sur le vécu dans sa ville. Un
homme politique d’une capitale européenne nous
expliquait que le bien être passe par la
Beauté/l’Esthétique et non pas uniquement par la
marchandisation : créer des Jobs, Jobs, Jobs…

On peut bien entendu questionner la « véracité » des propos de [Link] (y-a-t-il eu diminution de la
criminalité, augmentation du paiement des impôts,…) et on peut également questionner un éventuel
objectif politique caché (« se faire bien voir, gagner des voix »). Ce qui est par contre assez
indiscutable c’est qu’on n’entend jamais (me semble-t-il) d’homme politique envisager la question
politique par le biais esthétique/la couleur. En adoptant cet angle d’approche, l’homme politique
déplace ainsi le visible, l’audible, le sensible. Les catégories proposées sont « neuves » et Edi Rama
essaye d’échapper au langage « consensuel » : catégories sociales préconstruites …Il n’y parvient pas
toujours mais il essaye et parvient ainsi en partie à nous offrir une expérience dissensuelle ; une
expérience singulière où des alternatives se présentent.

3
Qu’il n’est pas le seul faire puisqu’il existe un mouvement mondial à ce sujet et qui implique la notion
d’écocide
4
Exemple 3 : Porteurs de paroles

Le porteur de paroles est par définition un outil qui fait


naître du dissensus : cette technique reflète en effet
parfaitement la citation suivante de Jacques Rancière «
Lorsque ceux qui ne sont pas censés parler se mettent tout à
coup à parler ».

En effet, l’espace public (au sens matériel) est cet espace où


les « gens tracent » le plus souvent d’un point à l’autre, sans
pouvoir prendre le temps de s’arrêter pour parler librement
et dans une relation égalitaire avec des inconnu.e.s. Le porteur de paroles invite à prendre ce temps
de l’échange.

A travers un porteur de paroles, il s’agit bien de :


- parler entre « égaux » et de « faire parler » n’importe qui ;
- de parler là où on ne s’y attend pas
- de parler de sujets possiblement « originaux » (angles de la thématique) ;
- de publiciser quelques propos singuliers (via les pépites) ;

« Conclusion »

Est-ce qu’une expérience dissensuelle change le monde ?! Pour répondre à cette question, il faudrait
d’abord se mettre d’accord sur ce qu’on entend par « changer le monde » et puis surtout, on peut
considérer que la possibilité de changer le monde commence toujours ici et maintenant (là où l’on
est) et toujours par la possibilité offerte à chacun.e de parler en « égaux » ; la possibilité offerte à
chacun.e de parler de manière non consensuelle.

Tous les discours politiques consensuelles créent et enferment chacun.e d’entre nous dans des
catégories sociales prédéfinies (travailleurs*euses, chômeurs, femmes, étrangers,…) et ces catégories
prédéfinissent nos besoins (travail, sécurité, consommer,…). Pour un.e travailleur*euse du champ
socioculturel, il ne devrait donc pas être difficile de plaider pour d’autres sensibilités : voir, entendre,
dire, ressentir autre chose.

Le dissensus ne retire rien à la nécessaire critique sociale, au contraire il l’enrichit en montrant que
ceux*celles qu’on pense « incompé[Link] » sont en fait capables DE PENSER ET DE SE PENSER
AUTREMENT.

Vous aimerez peut-être aussi