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Mers et Océans : Clés de la Mondialisation

Géographie

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Aline Lozach
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MERS ET OCEANS DANS LA MONDIALISATION

I- Mers et océans, vecteurs essentiels de la mondialisation


Les possibilités de mise en contact engendrées par les mers et océans d’une part et
les ressources qu’ils abritent d’autre part en ont fait des espaces stratégiques à l’échelle
mondiale

Pourquoi les mers et océans constituent-ils des supports et des ressources majeurs de la
mondialisation ?

A- Un support pour des flux toujours plus massifs


Les mers et océans jouent un rôle essentiel dans la mise en relation croissante des
différentes parties du monde grâce à leurs fonctions de support de flux toujours plus
massifs. Nous distinguerons :
1- Les flux matériels
a) Un transport mondialisé et croissant
Les mers et océans offrent de nombreux avantages pour le transport de
marchandises : liberté de circulation, faibles coûts, fiabilité et régularité. Il en résulte une
croissance incessante des échanges internationaux par voie maritime qui s’est accompagné
d’une révolution du transport maritime. Ce dernier achemine 85% du commerce
international des marchandises (70% en valeur). C’est dans ce contexte
d’internationalisation du système de production (DIT) que s’inscrit le processus de
maritimisation (degré de dépendance croissant d’une économie aux mers et océans) et de la
littoralisation (concentration des populations et des espaces productif sur les littoraux). Mers
et océans sont parcourus par des navires de plus en plus gros, plus rapides et plus spécialisés
dont les porte-conteneurs sont devenus les symboles.
b) une circulation inégale selon les territoires
Les routes maritimes sur lesquels circulent les porte-conteneurs et les navires
spécialisés mettent en relation les pôles majeurs de production et de consommation via les
principaux ports d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie orientale. Les routes Est-Ouest,
Asie orientale-Europe, trans-pacifique et transatlantique, supportent les volumes les plus
importants et les plus variés car elles relient les pôles majeurs de la mondialisation qui
concentrent 85% du commerce mondial. Les quantités transportées sur les routes Nord-Sud
et Sud-Sud entre pays développés et pays en développement ou entre PED, ne cessent
d’augmenter. Ils reflètent les contrastes d’une mondialisation des échanges inégale entre
territoires plus ou moins intégrés au processus et de manière plus ou moins profitable.
c) Détroits et canaux, des passages stratégiques
Du fait qu’ils sont les passages essentiels du trafic maritime mondial, détroits et canaux,
véritables goulets d’étranglement (shake points), où s’entremêlent les enjeux locaux,
régionaux et internationaux, constituent des passages stratégiques :
- le détroit d’Ormuz : véritable verrou du Moyen-Orient, par lui transitent un tiers des
échanges maritimes pétroliers mondiaux ;
- les détroits de Gibraltar, la Manche et Malacca : une extrême diversité des flux et la
présence de grands ports caractérisent ces trois passages ;
- les canaux de Suez et de Panama : ils permettent d’écourter les longs détours
commerciaux contre l’acquittement d’un péage par les navires qui les traversent, le
premier en raccourcissant le trajet Europe-Asie par la Mer Rouge et la Méditerranée ;
le second en formant un trait d’union entre les océans Atlantique et Pacifique.
MERS ET OCEANS DANS LA MONDIALISATION

2- Les flux immatériels


Ils sont nés au XIXe siècle, de la modernisation des télécommunications qui utilise les fonds
marins pour y faire passer des câbles. Bien que dématérialisés et de plus en plus
automatisés, les flux immatériels revêtent donc une réelle matérialité. Grâce au système de
production mis en place par la mondialisation (DIT) et Internet, les flux d’information qui
transitent par les câbles sous-marins sont acheminées presque instantanément et à bas
coût. Ils sont de plus en plus massifs. La géographie de ce réseau, déployé par une poignée
de FTN, révèle un monde inégalement connecté avec une domination des pôles nord-
américain, européen et est-asiatique et une dépendance de l’Amérique latine et de l’Afrique.

La maîtrise des réseaux de communication via les câbles sous-marins revêt une importance
géoéconomique considérable pour les Etats dans le contexte d’une concurrence globalisée
dans le cadre de la mondialisation. De plus, sur le plan géopolitique, après les attentats du
11 septembre 2001, l’attention portée par les Etats aux flux massifs d’informations n’a cessé
de croître. Ils n’hésitent pas à poser des sondes aux points d’atterrage des câbles afin
d’intercepter les communications des terroristes… Jusqu’à ce que, en 2013, Edward
Snowden, révèle l’ampleur des écoutes de la NASA et d’autres services de renseignement
sur le réseau.

B- Des ressources abondantes, exploitées et menacées


Avec 71% de la surface terrestre et un volume de 1 320 millions de Km2, les océans
constituent la plus grande masse biologique mondiale, loin devant les continents. Les
ressources énergétiques y sont nombreuses et prometteuses ainsi que les ressources
minérales. Nous distinguerons :
1- Les ressources halieutiques
La pêche mondiale connaît une très forte augmentation depuis 1950. Aujourd’hui, elle
nourrit 1 milliards d’êtres humains et fournit du travail à des millions d’actifs, dans l’artisanat
et l’industrie. Les 2/3 de la production sont destinés à la consommation humaine (pêche
alimentaire) et le reste à l’industrie (pêche minotière pour les farines, l’huile et les colles).

La croissance de la demande mondiale, notamment sous l’effet des pays riches et


émergents, s’accompagne du ratissage des mers par l’industrie hauturière, ce qui a pour
effet :
- une menace sur l’artisanat, notamment dans les zone où persiste une économie
vivrière (cf. les mêmes zones où la pêche illicite, non déclarée, non réglementée (NN)
est massive…) ;
- une surpêche qui met en danger le renouvellement de la ressource.

Devant l’épuisement des ressources, on a de plus en plus recours à l’aquaculture, censée


régler les questions de gestion des stocks. Or, l’élevage de poissons et de crustacés nécessite
un apport alimentaire lui-même pêché, ce qui ne fait que déplacer le problème.

2- Les ressources énergétiques


a) les hydrocarbures off-shore
Leur exploitation répond à une triple logique :
1°) la maîtrise des technologies permettant de pratiquer des forages en mer ;
2°) la mise en exploitation des gisements océaniques jusque-là non rentables, après les deux
chocs pétroliers de 1973 (guerre du Kippour) et 1979 (révolution iranienne) ;
MERS ET OCEANS DANS LA MONDIALISATION

3°) l’attitude des Etats-Unis qui, n’étant plus autosuffisant après 1974, ont encouragé la
recherche offshore.
Aujourd’hui, l’offshore représente 30% de la production mondiale de pétrole et 27% de celle
du gaz. Les réserves sont, elles, estimées respectivement à 20 et 30% des réserves
mondiales. On distingue traditionnellement trois types d’offshore : classique (peu profond),
profond (jusqu’à 1 000 m) et ultra profond (plus de 1 500 m) et trois types de plateformes.

Le transport s’effectue par pipeline et/ou tankers. En revanche, le transport du gaz a posé
longtemps d’immenses problèmes logistiques en raison de son volume, résolu par le GPL et
le GNL.

b) les énergies renouvelables


L’éolien marin est en pleine expansion grâce à la régularité des vents et l’absence
d’habitants dans les espaces maritimes, surtout en Europe. D’autres ressources marines sont
potentiellement exploitables comme la houle ou les différentiels de température entre eaux
de surface et eaux profondes. Mais de nombreuses questions accompagnent leur
développement.

3- Les ressources minérales


Mers et océans renferment également des ressources minérales qui attisent les convoitises
des compagnies d’extraction minières :
- encroûtements rocheux riches en métaux rares ;
- nodules polymétalliques au fond des étendues marines, riches en métaux non
ferreux.
Mais ces ressources restent encore largement inexploitées en raison d’une rentabilité
industrielle encore très incertaine et des risques environnementaux.

II- Mers et océans : entre appropriation, protection et liberté de


circulation
Comment les mers et les océans sont-ils au cœur des relations et rivalités entre Etats ?
MERS ET OCEANS DANS LA MONDIALISATION

En tant que vecteurs de la mondialisation, les mers et les océans sont aussi l’objet de
tensions fortes entre volonté d’appropriation de la part des Etats, principe de liberté de
circulation et protection nécessaire.
A- Appropriation et liberté de circulation
1- La territorialisation des espaces maritimes
A partir de 1958, le droit de la Mer fait l’objet d’une première codification. Adoptée en 1982,
la Convention de Montego Bay accélère le processus en faveur d’un découpage et d’une
territorialisation des espaces maritimes selon un principe simple : plus on est proche des
côtes d’un Etat, plus les droits souverains sont importants et plus on s’en éloigne, plus la
liberté est grande. Il en ressort que :
a) les limites des eaux territoriales sont élargies jusqu’à 12 MN (22 km) du trait de côte,
sur lesquelles s’applique l’entière souveraineté des Etats qui bénéficient de
l’exclusivité pour l’exploitation des ressources ;
b) Au delà des eaux territoriales, s’étend la ZEE, définie comme une bande limitée à la
ligne des 200 milles (370 km) à partir de la ligne de base en l’absence d’autre rivage,
sur laquelle la Convention prévoit l'extension des droits d'exploitation sur le sous-sol
et le sol du plateau continental par les Etats côtiers.
c) Au delà des 200 MN, s’étend la haute mer sur laquelle règne la liberté des mers et
dont les fonds sont le patrimoine commun de l’humanité.
La mondialisation a renforcé ce processus. Depuis 1982, 35% du domaine maritime mondial
est tombé dans l’escarcelle des Etats. La France est particulièrement active dans ce domaine.
Elle possède désormais la première ZEE mondial devant les Etats-Unis (plus de 11 millions de
km2 dont 97% outre-mer). Reste que :
a) le régime des détroits internationaux comme Malacca garantit sur ces bras de mer et
le libre transit des navires internationaux ;
b) les espaces maritimes internationaux ne peuvent être en principe accaparés en tant
que biens communs de l’humanité.
2- Les ZEE, objet de litiges entre Etats côtiers
Compte tenu des droits sur l’exploitation des ressources qu’elles contiennent, les ZEE sont
l’enjeu de tensions géopolitiques entre Etats. Les revendications autour de la délimitation
des frontières maritimes autour des îles Paracels et Spartley en Mer de Chine la Malaisie,
Bruneï, le Vietnam, les Philippines et la Chine est emblématique. Pour sa part, la France
connaît de nombreux litiges avec Madagascar, les Comores et Maurice pour la possession
des îles Eparses dans l’Océan indien.
3- Liberté et sécurité de navigation
Le maintien de la liberté de navigation au service de la mondialisation est une obsession des
Etats les plus impliqués. C’est pourquoi la lutte contre la piraterie et le brigandage,
concentrées dans quelques zones particulièrement fréquentées (Mer des Caraïbes, Golfe de
Guinée, côte indo-Pacifique-Sud), donne lieu à des coopérations régionales et
internationales. La surveillance et le contrôle des étendues maritimes, est un enjeu de
puissance que très peu d’Etats peuvent assumer en dehors des Etats-Unis, première
puissance militaire mondiale. De leur côté, l’Inde et surtout la Chine s’affirment de plus en
plus comme des puissances maritimes, ce qui accroit les tensions avec les Etats-Unis et ses
alliés.
B- Protection

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