LA BIOETHIQUE
I. Introduction
La bioéthique est l’ensemble des réflexions, recherches et pratiques cherchant à résoudre des questions
morales suscitées par l'avancement des sciences et des techniques biomédicales et proposant une limite aux
interventions de l'Homme dans le domaine des sciences de la vie. Avec les progrès de la technique et le
développement des connaissances en biologie et en médecine, des problèmes éthiques se posent de plus en plus
fréquemment sur la nécessité de certains gestes thérapeutiques ou l'opportunité de poursuivre certaines
recherches appliquées.
En médecine, ces problèmes se posent avec force dans des domaines très variés : la procréation artificielle
(qui peut bénéficier de cette technique et par quels moyens ?), la réanimation des prématurés (à partir de quel
âge faut-il tenter de sauver un prématuré et quelle qualité de vie lui assurer ou lui refuser ?), l'avortement
thérapeutique (dans quelles conditions un médecin peut-il proposer cette intervention ?), les thérapies géniques
(jusqu'où autoriser les modifications du patrimoine génétique ?), l'acharnement thérapeutique (jusqu'où
poursuivre le maintien en survie artificielle de personnes en coma dépassé ?) ou encore l'euthanasie (a-t-on le
droit de mettre fin à la vie d'une personne souffrante et condamnée ?).
Dans le domaine de la biologie, il est aussi naturel de s'interroger sur le bien-fondé de certaines
recherches effectuées sur des virus extrêmement puissants, contre lesquels il n'existe, aujourd'hui, aucun
traitement, compte tenu des risques de contamination de la population. Pouvons-nous aussi, et dans quelles
conditions, intégrer dans la nature des organismes génétiquement modifiés sans être totalement certains des
conséquences à long terme d'un tel geste sur la faune et la flore, ou même sur la santé des hommes ? Est-il
acceptable de faire des recherches et des manipulations très poussées sur les embryons humains ? De qui les
banques d'embryons sont-elles la propriété, ou encore l'embryon est-il considéré comme étant un individu avec
un minimum de droits ?
Autant de questions et d'interrogations auxquelles il est très difficile de répondre de façon certaine. Tâche
d'autant plus difficile que certains de ces développements sont trop récents pour que notre jugement ne soit pas
influencé par notre peur de la nouveauté ou simplement par des règles morales qui ne valent, peut-être, que
pour notre époque.
La procréation médicalement assistée
Ce domaine, qui a connu un extraordinaire développement ces dix dernières années, est
certainement un de ceux qui posent le plus de problèmes éthiques. En France, seuls les couples, mariés ou
vivant en concubinage, peuvent y avoir recours. Les couples homosexuels et les femmes seules n'y ont pas
accès. Environ 6 % des naissances sont dues à la procréation médicalement assistée (PMA), en incluant les
techniques comme l'insémination artificielle (avec le sperme du conjoint ou d'un donneur anonyme) ou la
fécondation in vitro avec
réimplantation des embryons.
Toujours en France, le don du sperme est assimilé à un don d'organe et, en tant que tel, est
anonyme et gratuit. Le sperme du donneur est simplement soumis à des tests pour vérifier qu'il ne véhicule pas
de germes pathogènes. Mais certains chercheurs, par exemple, tentent de mettre au point des techniques
permettant de séparer les spermatozoïdes ayant un chromosome X de ceux ayant un chromosome Y, ce qui
permettrait, comme c'est déjà le cas aux Etats-Unis, de choisir le sexe de l'enfant à venir ; certaines banques de
spermes américaines proposent de choisir le QI du donneur et se ventent d'avoir l'exclusivité des échantillons de
sperme
des prix Nobel….
Avec le développement des techniques de cartographie génétique, il va aussi devenir possible d'écarter les
dons porteurs d'anomalies génétiques. Cette recherche pourrait être effectuée pour les affections les plus
graves,
mais, dans un avenir plus lointain, les possibilités de sélection risquent d'être beaucoup plus grandes (Eugénisme).
La technique de fécondation in vitro a connu son premier succès en 1982, en Grande-Bretagne. Depuis,
elle a engendré nombre de situations délicates du point de vue de l'éthique. En 1991, une jeune femme vierge a
persuadé des médecins anglais de la faire bénéficier de cette méthode. La justice a finalement considéré cette
demande comme abusive. En Italie, certains médecins sont spécialisés dans l'assistance à la procréation pour les
femmes âgées de plus de soixante ans (l'une d'elles a même porté l'enfant de sa fille). Peut-être faut-il voir cette
pratique comme une revendication égalitaire face aux hommes qui peuvent encore procréer à un âge avancé
sans que cela soit moralement condamnable.
En Allemagne, des médecins ont tenté, contre l'avis de la famille, de maintenir cliniquement en vie une
femme enceinte pour permettre le développement de son enfant. L'affaire, qui a beaucoup choqué la population,
s'est terminée par la mort naturelle de l'enfant.
Les mères porteuses sont un autre aspect de cette assistance à la procréation. En France, la pratique était
possible jusqu'en 1994, mais les abus sur la rémunération parfois exorbitante de la mère porteuse et les refus de
plus en plus nombreux de donner l'enfant à sa naissance à la femme qui désire le recevoir ont entraîné
l'interdiction de cette pratique.
Les avancées de la génétique
Il est à présent possible de cartographier et d'analyser le patrimoine génétique d'un individu. Cette
carte, qui est encore plus personnalisée que des empreintes digitales, peut révéler les anomalies du génome et
les prédispositions à développer certaines maladies. Pour éviter toute dérive, la loi a limité le cadre d'utilisation
de ces informations aux affaires de justice (identification d'un meurtrier, par exemple); elles ne pourront en
aucun cas être communiquées à des sociétés privées qui pourraient désirer de tels renseignements, telle
entreprise engageant du personnel ou une compagnie d'assurance établissant un contrat avec un assuré.
Aujourd'hui, il est exclu qu'une telle cartographie soit effectuée systématiquement pour chaque individu dans le
but de créer un fichier national. Seule exception connue : en Californie, les prisonniers libérés laissent des
échantillons de sang
et de salive pour être identifiés plus facilement en cas de récidive.
Les progrès de la génétique permettent également d'envisager, dans un avenir relativement proche,
la mise au point de thérapies pour lutter contre des maladies génétiques et d'autres pathologies, comme le
cancer ou le sida. Ces thérapies géniques, encore dans leurs premières phases d'expérimentation, sont porteuses
de grands espoirs mais aussi de quelques inquiétudes. Actuellement, tous les scientifiques sont à peu près
d'accord pour limiter ces interventions aux cellules somatiques afin que les modifications ne soient pas
génétiquement transmissibles. Néanmoins, la tentation est grande, comme l'ont exprimé des chercheurs
américains, de modifier les cellules germinales pour assurer une descendance saine ou même de modifier
directement les cellules d'un embryon que l'on sait porteur d'une anomalie. Si ces interventions sont un jour
possibles et praticables, et elles le seront probablement, quelles modifications génétiques les parents seront-ils
en droit de demander pour leur
embryon et leur futur enfant?
Comité d'éthique
Les premiers comités sont nés dans les années 1960 aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Suède et
dans quelques autres pays. Ils réunissaient quelques spécialistes et non-spécialistes sensibilisés par les
problèmes moraux générés par la science et la pratique médicale. Dans les années 1980, ces comités se sont
multipliés, certains devenant même internationaux. Les pouvoirs publics, sensibilisés à leur tour par ces
problèmes, ont créé des comités nationaux pour pouvoir bénéficier de leur réflexion et légiférer de manière
éclairée. En France, le Comité national d'éthique, présidé par Jean Bernard puis par Jean-Pierre Changeux, a été
créé par un décret de François Mitterrand en 1983. Il est composé de quarante et un membres.
La France est le premier pays à s'être doté de lois dans le domaine de la bioéthique.