Chapitre II :
Nanomatériaux et
Nanotechnologie
Une chronologie pour la
nanotechnologie
Comment je peux développer les nanomatériaux pour
l’utiliser dans le domaine industriel et commercial
Les développements industriels et commerciaux des
nanomatériaux impliquent la maîtrise des processus de
production et la valorisation des propriétés d’usage. Les
verrous qu’il est nécessaire de lever sont présentés par
ordre de préséance dans la suite.
Les procédés de production
Le premier verrou aux développements industriels et commerciaux est
relatif aux procédés de production.
Si la littérature scientifique est abondante sur les méthodes de synthèse
de nanomatériaux au laboratoire, la transposition de ces dernières à
l’échelle du kilogramme reste encore réellement problématique.
La plus-part du temps, la montée en échelle des procédés est bloquée
par le nombre et ou la complexité des étapes à mettre en œuvre.
L’ampleur des blocages est en lien direct avec la qualité des
nanomatériaux souhaités, à savoir au premier niveau le contrôle de la
taille et de la distribution en taille et au second niveau le contrôle de la
composition.
Offres commerciales et formulation
En effet, une offre commerciale doit s’adapter aux usages du secteur concerné.
En d’autres termes, les nanomatériaux doivent facilement être intégrables grâce
à une formulation adaptée. La grande majorité des produits nanométriques
disponibles proposée sous des formes pulvérulentes, aussi bien au niveau des
laboratoires qu’au niveau commercial.
Initialement, cet état de fait résulte de contraintes scientifiques et technologiques
propres, en partie, à l’état nanométrique. Toutefois, cet argumentaire ne peut
justifier intégralement cet état de fait.
Les poudres sont également imposées par des aspects culturels et historiques. En
effet, les additifs, les bases actives et les principes actifs sont principalement sous
forme pulvérulentes. Historiquement, culturellement, et indépendamment de
l’état nanométrique, les procédés de formulation et d’intégration d’additifs
inorganiques, comme les oxydes ou les métaux, imposent l’état solide, donc les
poudres. L’intégration dans un milieu liquide de ces nanopoudres ou
nanomatériaux pulvérulents est réellement problématique.
Validation et valorisation des propriétés d’usages
En effet, le caractère innovant des fonctionnalités implique
obligatoirement de redéfinir les tests normalisés caractéristiques de
chaque secteur.
On peut citer l’exemple des fonctionnalités activables par les ultra-
violets. Dans ce cas particulier, l’intégration des sources ultra-violettes
implique une refonte intégrale des tests normalisés nationaux et
européens. Cette démarche implique des investissements conséquents
et longs à mettre en place.
Toxicologie et nano risque
L’éventuelle toxicité de ces derniers, particulièrement sous formes pulvérulentes,
reste à ce jour une question ouverte.
En effet, leurs niveaux de taille facilitent leur dispersion, et donc leur absorption
par certaines muqueuses (poumon, peau). De nombreuses études
toxicologiques sont en cours au niveau national et international.
La production et la mise en œuvre de ces matériaux devra obligatoirement
prendre en compte cette problématique afin de limiter au maximum le risque
éventuel pour les producteurs et les utilisateurs. Dans les biens de
consommations finaux,
Aspects économiques
Le cinquième verrou aux développements industriels et
commerciaux est relatif à l’aspect économique.
En effet, contrairement à l’idée reçue commune qui veut que le
prix d’un produit innovant soit totalement libre, l’intégration des
nanomatériaux ne doit pas engendrer de surcoûts conséquents.
Dans le secteur de la plasturgie ou des peintures et vernis le seuil
du surcoût psychologique est toujours inférieur à 25% du prix. Il est
donc indispensable de proposer des additifs à haute activité pour
minimiser les taux d’insertion dans les matrices.
En résumé, les développements industriels et
commerciaux des nanomatériaux imposent des
procédés de productions propres à échelle industrielle.
Ces procédés doivent conduire à des additifs formulés
et prêts à l’emploi pour chaque secteur concerné avec
des surcouts d’intégration minimes.
Les nanomatériaux
Il existe de nombreuses définitions du terme « nanomatériau ».
La Commission européenne a proposé en octobre 2011, dans le cadre d’une
recommandation , une définition pour le terme « nanomatériau ». Un nanomatériau est un
matériau naturel, formé accidentellement ou manufacturé contenant des particules libres,
sous forme d’agrégat ou sous forme d’agglomérat, dont au moins 50 % des particules,
dans la répartition numérique par taille, présentent une ou plusieurs dimensions externes se
situant entre 1 nm et 100 nm.
Selon la norme ISO TS 80004-1, un nanomatériau est un matériau dont au moins une
dimension externe est à l’échelle nanométrique c'est-à-dire comprise approximativement
entre 1 et 100 nm ou qui possède une structure interne ou de surface à l’échelle
nanométrique.
Il existe deux grandes familles de nanomatériaux :
1- Les nano-objets
La base de fabrication des nanomatériaux sont les « nano-objets », Qui sont des matériaux
dont une, deux ou trois dimensions externes se situent à l’échelle nanométrique c'est-à-
dire approximativement entre 1 et 100 nm. Parmi les nano-objets, il est possible de
distinguer trois catégories :
- Les nanoparticules ou particules ultrafines (PUF) dont aucune dimension n’est
supérieure à 100 nanomètres.
- L'appellation « nanoparticules » est plutôt réservée aux particules manufacturées et
destinées à des usages industriels, que ce soit des nanoparticules connues et produites
depuis déjà plusieurs années et dont les tonnages sont élevés comme le dioxyde de
titane ou la silice (ils représentent 95 % du marché des nanoparticules) ou des
nanoparticules nouvelles comme les fullerènes. Les nanoparticules peuvent se
présenter sous la forme de poudre, de suspension, de solution ou de gel. L'appellation
« particules ultra-fines » se réfère davantage aux particules présentes depuis toujours
dans l'environnement, comme les fumées de volcan, et anciennes dans le monde du
travail, comme les émissions secondaires liées à certains procédés industriels (sous-
produits de procédés mécaniques, thermiques : fumées de soudage, émissions diesel,
etc.).
Les nanofibres, nanotubes, nano-filaments, et les nano-bâtonnets
qui présentent une section de quelques dizaines de nanomètres et une
longueur qui varie de 500 à 10 000 nanomètres.
Les nanofilms, les nano-couches et les nano-revêtements,
dont au moins deux de leurs dimensions sont supérieures à 100
nanomètres.
Ces nano-objets sont ensuite utilisés comme tels ou servent à la
fabrication de nanomatériaux qui peuvent être classés en trois
catégories :
Les matériaux nano-chargés ou nano-renforcés. Ils sont élaborés par
incorporation de nano-objets dans une matrice organique ou minérale afin
d’apporter une nouvelle fonctionnalité ou de modifier des propriétés
mécaniques, optiques, magnétiques ou thermiques.
Les matériaux nanostructurés en surface. Ils sont recouverts d’une ou plusieurs
couches de nanoparticules qui forment un revêtement bien défini, permettant
de doter la surface de propriétés (résistances à l’érosion, hydrophile, etc.) ou
de fonctionnalités nouvelles (adhérence, dureté, aspect, etc.)
Les matériaux nanostructurés en volume. Ils possèdent une structure
intrinsèque nanométrique (microstructure, porosité, etc.) leur conférant ainsi
des propriétés physiques particulières.
2- Les matériaux nanostructurés
qui possèdent une structure interne ou de surface à l’échelle nanométrique.
Parmi les matériaux nanostructurés, il est possible de distinguer plusieurs familles
parmi lesquelles :
- les agrégats et agglomérats de nano-objets. Les nano-objets peuvent se
présenter soit sous forme individuelle (c'est-à-dire sous forme de particules
primaires) ou soit sous forme d’agrégats ou d’agglomérats dont la taille est
sensiblement supérieure à 100 nm.
- les matériaux nanoporeux. Ces matériaux possèdent des pores de taille
nanométrique. Les aérogels de silice sont des matériaux nanoporeux qui
présentent d’excellentes propriétés d’isolation thermique.
les nanocomposites. Ces matériaux sont composés pour tout ou
partie de nano-objets qui leur confèrent des propriétés améliorées
ou spécifiques de la dimension nanométrique.
Les nano-objets sont incorporés dans une matrice ou sur une
surface afin d’apporter une nouvelle fonctionnalité ou de modifier
certaines propriétés mécaniques, magnétiques, thermiques, etc.
Les polymères chargés de nanotubes de carbone utilisés dans le
secteur des équipements sportifs, afin d’améliorer leur résistance
mécanique et de diminuer leur poids, constituent un exemple de
nanocomposites.
Les nanomatériaux produits de façon intentionnelle par l’Homme
à des fins d’applications précises et possédant des propriétés
spécifiques sont nommés « nanomatériaux manufacturés ».Parmi
ces nanomatériaux manufacturés, certains sont produits depuis
déjà de nombreuses années dans des tonnages importants tels
que le dioxyde de titane, le noir de carbone, l’alumine, le
carbonate de calcium ou la silice amorphe. D’autres plus récents
sont fabriqués dans des quantités moindres tels que les nanotubes
de carbone, les quantum dots et les dendrimères
les quantum dots : pour "point quantique", désigne une
technologie de nano-cristaux utilisée en complément du
rétroéclairage LED dans certaines TV et certains moniteurs
pour améliorer le rendu des couleurs.
les dendrimères : vient des termes grecs « dendron » qui
signifie arbre ou branche, c’est une macromolécules, dont la
forme reprend celle des branches d’un arbre,utilisé pour le
transport des médicaments.
Il existe également des nanomatériaux produits par l’Homme de
façon non intentionnelle, appelés parfois particules ultra-fines,
issus de certains procédés thermiques et mécaniques tels que les
fumées de soudage ou de projection thermique, les émissions de
moteurs à combustion, etc. Enfin, des particules ultra-fines
naturelles sont présentes dans notre environnement, à l’image des
fumées volcaniques ou des virus.
Procédés De Fabrication Des Nanomatériaux
Les nanomatériaux manufacturés et destinés à des usages
industriels peuvent être synthétisés selon deux approches
différentes. On différencie la méthode dite « ascendante »
(en anglais bottom-up) de la méthode dite
« descendante » (top-down).
L’approche « ascendante » vient des laboratoires
de recherche et des nanosciences. Elle consiste à
construire les nanomatériaux atome par atome,
molécule par molécule ou agrégat par agrégat.
L’assemblage ou le positionnement des atomes,
des molécules ou des agrégats s’effectue de
façon précise, contrôlée et exponentielle,
permettant ainsi l’élaboration de matériaux
fonctionnels dont la structure est complètement
maîtrisée.
L’approche « descendante » est issue de la
microélectronique. Elle consiste à réduire et plus
précisément à miniaturiser les systèmes actuels
en optimisant les technologies industrielles
existantes. Les dispositifs ou les structures sont
ainsi graduellement sous-dimensionnés ou
fractionnés jusqu’à atteindre des dimensions
nanométriques. Le broyage à haute énergie est
l’une des principales techniques utilisées dans
cette approche actuellement
Les deux approches tendent à converger en termes de
gamme de tailles des objets. L’approche « bottom-up »
semble néanmoins plus riche en termes de type de
matière, de diversité d’architecture et de contrôle de
l’état nanométrique alors que l’approche « top-down »
permet d’obtenir des quantités de matière plus
importantes mais le contrôle de l’état nanométrique
s’avère plus délicat.
Les procédés actuels permettant la fabrication de nanomatériaux sont classés en
trois grandes catégories :
procédés par voie physique :
l’évaporation/condensation,
l’ablation laser,
la décharge électrique,
les flammes de combustion,
la pyrolyse laser,
les micro-ondes,
l’irradiation ionique ou électronique,
la décomposition catalytique,
les dépôts physiques en phase vapeur regroupés sous le terme de PVD (Physical
Vapor Deposition), etc.
Procédés par voie chimique :
les réactions en phase vapeur regroupées sous le terme de CVD (Chemical Vapor
Deposition),
les réactions en milieu liquide : co-précipitation chimique, hydrolyse, etc.,
les réactions en milieu solide,
les fluides supercritiques avec réaction chimique,
les techniques sol-gel : sol-gel à base de silice, alkoxyde de métal, etc.
Procédés par voie mécanique :
le broyage à haute énergie ou mécano-synthèse,
a consolidation et la densification,
les techniques de forte déformation : torsion, friction, laminage, etc.
L’approche « ascendante » fait appel à des procédés d’élaboration chimiques et
physiques alors que l’approche « descendante » induit, principalement, l’utilisation de
méthodes mécaniques.
Applications Des Nanomatériaux
Le passage de la matière à des dimensions nanométriques fait apparaître des
propriétés inattendues et souvent totalement différentes de celles des mêmes
matériaux à l’échelle micro ou macroscopique, notamment en terme de
résistance mécanique, de réactivité chimique, de conductivité électrique et
de fluorescence. Les nanotechnologies conduisent donc à l’élaboration de
matériaux dont les propriétés fondamentales (chimiques, mécaniques,
optiques, biologiques, etc.) peuvent être modifiées. Par exemple, l’or est
totalement inactif à l’échelle micrométrique alors qu’il devient un excellent
catalyseur de réactions chimiques lorsqu’il prend des dimensions
nanométriques.
Toutes les grandes familles de matériaux sont concernées : les
métaux, les céramiques, les diélectriques, les oxydes magnétiques, les
polymères, les carbones, etc.
Du fait de leurs propriétés variées et souvent inédites, les
nanomatériaux recèlent de potentialités très diverses et leurs utilisations
ouvrent de multiples perspectives.
Les nanomatériaux permettent ainsi des innovations incrémentales et de
rupture dans de nombreux secteurs d’activité tels que la santé,
l’automobile, la construction, l’agroalimentaire ou encore l’électronique.
Applications des nanotechnologies et des nanomatériaux en fonction
des secteurs d’activité
Quelques exemples de nano-objets et de nanomatériaux
Nano cristaux fluorescents
Le séléniure de cadmium (CdSe) est un matériau fluorescent.
Lorsqu'il est préparé sous la forme de grains nanométriques (nanocristaux), des effets
quantiques apparaissent en raison des faibles dimensions des grains.
Eclairés en ultraviolets, les nanocristaux émettent une lumière dont la couleur change en
fonction de leur dimension (cette couleur est, par exemple, respectivement bleue et rouge
pour des tailles de grains de 2 nm et 5 nm).
Ces matériaux peuvent être utilisés pour le marquage moléculaire c'est-à-dire pour
jouer le rôle de sonde fluorescente et suivre à la trace les réactions chimiques ou les
processus biologiques dans les cellules vivantes.
D'autres nanocristaux fluorescents ont été élaborés. Nanocristaux semi-conducteurs
(également nommés quantum dots) de type séléniure de cadmium
Revêtements nanomodifiés
Inspirés du monde végétal, des revêtements nanomodifiés sont
actuellement en cours de développement. La surface de la feuille de
lotus est recouverte par des nanocristaux de cire qui forment un réseau
de minuscules piliers semblable à une planche cloutée. Les gouttes d'eau
ne peuvent pas mouiller la surface et demeurent sphériques sans s'étaler
car elles sont soutenues par ces piliers. De même, les grains de poussière
n'adhèrent pas et sont emportés à la première pluie. Fabriquer par
biomimétisme de telles surfaces artificielles à l'aide de nanomatériaux est
un enjeu industriel considérable tant les applications sont nombreuses :
vitres anti-salissures, peintures faciles à lessiver, revêtements
antibactériens, etc.
Le dioxyde de titane
Le dioxyde de titane est l’un des pigments minéraux synthétiques les plus utilisés à
travers le monde depuis les années 20 (notamment dans les peintures, les encres, les
plastiques, les bitumes, etc.) avec les oxydes de fer et le noir de carbone. Ce
pigment blanc est aujourd’hui incorporé dans les ciments, mais également les
verres, en raison de ses propriétés photocatalytiques qui permettent de décomposer
une large variété de matières organiques, inorganiques et de micro-organismes
(NOX, CO, O3, etc.). Le ciment acquiert ainsi des caractéristiques autonettoyantes
(intéressantes pour la maintenance et la durabilité des bâtiments) et antipollutions.
Le dioxyde de titane nanométrique est également utilisé actuellement dans les
produits de protection solaire, tout comme l’oxyde de zinc, en tant que filtres
ultraviolets.
Les nanotubes de carbone
Les nanotubes de carbone constituent, avec d’autres molécules nommées fullerènes, la
troisième forme cristalline du carbone. Leur structure peut être représentée par un ou
plusieurs feuillets ou parois de graphène enroulés sur eux-mêmes ou les uns autour
des autres : on distingue ainsi les nanotubes de carbone mono-paroi (ou mono-feuillet)
des nanotubes de carbone multi-parois (ou multi-feuillets). Ces cylindres creux
démontrent des propriétés mécaniques et électriques remarquables (un nanotube de
carbone est 100 fois plus résistant et 6 fois plus léger que l’acier à section équivalente)
qui induisent de nombreuses applications : élaboration de matériaux composites haute
performance, de polymères conducteurs ou encore de textiles techniques. Ils sont ainsi
utilisés dans l’aéronautique (aile d’avion), les équipements sportifs (raquette, vélo),
l’électronique (diode, transistor, etc.).
Comment l’exposition aux nanomatériaux peut-elle être
mesurée ?
Les méthodes de mesure à utiliser dépendent du type d’exposition. Les méthodes les plus
fiables s’appliquent aux particules dans l’air. Le contact avec les solides et les liquides
intervient également, en particulier pour les produits de consommation.
Les techniques actuelles permettant d’évaluer l’exposition aux nanoparticules sont
adaptées au contrôle personnel ou dans une zone confinée, à une utilisation continue ou
discontinue, et à une caractérisation élémentaire des échantillons. Cependant, les données
concernant l’exposition aux particules dans l’air sont rares, et il n’existe pratiquement
aucune étude en dehors du milieu de travail.
Les estimations d’exposition à partir de produits alimentaires et de consommation restent
également difficiles. Les informations concernant la présence de nanomatériaux fabriqués
viennent des fabricants. Et il n’existe que peu d’informations sur l’utilisation de ces produits.
Quels sont les effets potentiels des nanomatériaux
sur la santé ?
Toute une gamme d’interactions possibles avec les systèmes biologiques et d’effets
des nanoparticules fabriquées sur la santé a été mise en évidence
expérimentalement. Dans les systèmes expérimentaux en laboratoire, ils peuvent
intervenir dans la formation d'enchevêtrements fibreux de protéines, similaires à
ceux que l'on voit dans certaines maladies, en particulier les maladies du cerveau.
Les particules véhiculées par l’air peuvent causer des effets dans les poumons mais
aussi dans le cœur et la circulation sanguine, similaires à ceux que l’on connaît déjà
dans la pollution de l’air par des particules. Il existe quelques rares preuves
scientifiques affirmant que les nanoparticules peuvent causer des dommages
génétiques, soit directement soit en provoquant une inflammation.
Tous ces effets dépendent du devenir des nanoparticules dans le
corps. Seule une infime fraction des doses
de nanoparticules s’échappe vers les poumons ou les intestins, mais
il est possible qu'une exposition à long terme puisse conduire à la
diffusion dans le corps d'un grand nombre de particules. La plupart
sont stockées dans le foie, mais certaines arrivent à atteindre tous
les tissus et organes. Des nanoparticules peuvent également
pénétrer dans le cerveau par les membranes de l’intérieur du nez.
Les nanotubes ou tiges ayant des caractéristiques similaires aux
fibres d’amiante représentent un risque de mésothéliome (forme
de cancer de la plèvre).
Les principaux facteurs influençant les effets sur la
santé
Les principaux facteurs qui déterminent les effets toxicologiques des nanomatériaux sur l’organisme sont les
suivants:
les facteurs liés à l’exposition: voies de pénétration dans l’organisme, durée et fréquence de l’exposition;
les facteurs liés à l’organisme exposé : susceptibilité individuelle, pratique d’une activité physique, sites de
dépôt, évolution et translocation des nanomatériaux après pénétration dans l’organisme;
les facteurs liés aux nanomatériaux: outre la composition chimique et la présence d’éventuelles substances
adsorbées (métaux, hydrocarbures aromatiques polycy- cliques…), plusieurs caractéristiques physico-
chimiques sont également impliquées
dans le degré de toxicité des nanomatériaux telles que la taille, la distribution granulométrique, la surface
spécifique, la réactivité de surface, le nombre, la morphologie, la pulvérulence, la porosité, la cristallinité,
la solubilité, la charge électrique et les degrés d’agrégation et d’agglomération. De même, les méthodes de
fabrication, les traitements de surface, ainsi que le vieillissement sont susceptibles d’influer sur la toxicité
des nanomatériaux. Chaque nanomatériau possède donc un potentiel de toxicité qui lui est propre.
Hypothèse sur la santé d’après Kreling et Coll.2016
Dépôt des particules dans
les voies respiratoires
Inflammation Activation du système
Voie neuronale
Allergie immunitaire
Troubles Evénement
respiratoire cardiaque
La classification CIRC (Centre international de
recherche sur le cancer) du noir de carbone et du dioxyde
de titane
En raison du caractère récent du secteur des nanomatériaux manufacturés, il n’existe pas aujourd’hui
d’étude épidémiologique publiée sur les populations de travailleurs exposés. Dans les industries les
plus anciennes, comme celles du dioxyde de titane ou du noir de carbone, plusieurs études de
morbidité et de mortalité ont été effectuées.
En février 2006, le CIRC a publié les résultats des réévaluations du potentiel cancérogène du noir de
carbone et du dioxyde de titane sous formes nanométrique et micrométrique. Il a confirmé pour le
noir de carbone le classement établi en 1996 – à savoir cancérogène possible chez l’homme
(catégorie 2B) – et a modifié pour le dioxyde de titane celui établi en 1989, qui passe ainsi de la
catégorie 3 (classification impossible quant au pouvoir cancérogène pour les humains) à la catégorie
2B. Ces deux substances ne sont pas classées par l’Union européenne.
Quels sont les effets potentiels des nanomatériaux
sur l’environnement ?
L’utilisation de plus en plus grande des nanomatériaux va augmenter l’exposition
environnementale. On sait peu de chose sur la manière dont ils peuvent alors se comporter
dans l’air, l’eau ou le sol. Ils pourraient se concentrer dans des points particuliers, soit en
s’assemblant avec des minéraux ou par interaction avec de la matière organique.
Comme d’autres polluants, ils pourraient se transmettre d'organisme à organisme, et peut-
être remonter la chaîne alimentaire.
En raison de leur diversité, les nanomatériaux peuvent avoir une vaste gamme d’effets.
Certains tuent les bactéries ou les virus. Des expériences ont également montré jusqu'ici des
risques potentiels pour les invertébrés et les poissons, y compris des effets sur le
comportement, la reproduction et le développement. Actuellement il n'y a que peu de
recherches sur les effets des nanomatériaux sur les sols et les espèces terrestres et nous ne
savons pas encore si les résultats de laboratoire peuvent s’appliquer aux réalités du terrain.
Comment peut-on évaluer les risques des
nanomatériaux ?
Les méthodes existantes d'évaluation des risques sont applicables aux nanomatériaux en général,
mais certains aspects spécifiques des nanomatériaux nécessitent de nouveaux développements.
Elles comprennent des méthodes pour estimer l’exposition et pour identifier les dangers. Les risques
potentiels les plus élevés proviennent des nanoparticules libres et insolubles, qui sont dispersées soit
dans un liquide soit sous forme de poussière.
L’évaluation des risques exige un examen détaillé des propriétés, comprenant :
- La taille des particules
- La surface
- La stabilité
- Les propriétés de la surface
- La solubilité
- La réactivité chimique
Des comparaisons avec des dangers existants bien connus peuvent aider à améliorer
l’évaluation des risques. Elles comprennent le danger des particules fines véhiculées par l’air
et des fibres d’amiante.
Une évaluation complète des dangers potentiels de la plupart des nanomatériaux reste
encore à venir. Elle comprendra une estimation de l’exposition en utilisation normale, en
utilisation abusive, par les déchets et par le recyclage de produits contenant
des nanomatériaux, ainsi que des mesures détaillées des propriétés physiques et chimiques.
Un programme de l’OCDE est actuellement en train de créer des dossiers sur l’identification
des dangers concernant 14 nanomatériaux courants. Chacun abordera les propriétés
physiques et chimiques, les effets sur l‘environnement, la toxicologie chez les mammifères et
la sécurité des matériaux. Cela permettra de savoir si les lignes directrices de l’OCDE
concernant l’identification des dangers sont adaptées aux nanomatériaux. Au fur et à
mesure que nos connaissances s’améliorent, un système de classement
des nanomatériaux basé sur des catégories pourra être développé, mais pour le moment,
une approche au cas par cas est nécessaire, conduisant à une base de données d’histoires
de cas.
L’approche recommandée pour évaluer les risques des nanomatériaux reste
l’évaluation des risques en quatre étapes proposée par le CSRSEN en 2007. Aujourd’hui,
cette approche peut être complétée à la lumière de travaux récents sur l’évaluation
des possibles effets néfastes des nanomatériaux, en particulier grâce à des tests en
laboratoire contrôlés (essais in vitro). Ces tests sont utiles pour trier et investiguer les
mécanismes des effets négatifs. Cependant, des tests utilisant des organismes vivants
(essais in vivo) sont également nécessaires afin d’améliorer les informations concernant
les risques potentiels sur les êtres humains et l'environnement. Des améliorations sont
également recherchées pour déterminer les expositions, et il existe un besoin urgent
d’études sur les expositions à long terme.
Prévention des risques
La démarche de prévention
Les nanomatériaux manufacturés constituent une nouvelle famille d’agents
chimiques qui présentent de multiples différences en termes de composition
chimique, de propriétés physico-chimiques, de profils toxicologiques et de
caractéristiques dimensionnelles.
Les stratégies de prévention et les bonnes pratiques de travail qu’il convient de
mettre en place dans les entreprises et les laboratoires doivent donc être élaborées
au cas par cas. Elles visent à réduire l’exposition des salariés au niveau le plus bas
possible. Compte tenu des connaissances encore limitées sur la toxicité des
nanomatériaux, la prévention des risques repose en effet principalement sur la
limitation des expositions professionnelles (niveau d’exposition, durée d’exposition,
nombre de salariés exposés, etc.).
Concrètement, il s’agira de définir et de mettre en place des pratiques de
travail sécurisées et adaptées en fonction des résultats de l’évaluation des
risques. Ces pratiques seront amenées à évoluer au fur et à mesure de la
publication d’informations stabilisées sur les dangers des nanomatériaux pour
la santé et la sécurité. Ces pratiques sécurisées ne sont pas très différentes de
celles qui sont recommandées pour toute activité exposant à des agents
chimiques dangereux, mais elles prennent une importance particulière en
raison de la très grande capacité de persistance et de diffusion
(aérosolisation et dispersion) des nanomatériaux dans l’atmosphère des lieux
de travail.
Une attention particulière doit être portée aux nanomatériaux pour lesquels il
y a peu de données toxicologiques ou pour lesquelles les premières
recherches démontrent des effets toxiques, notamment chez l’animal.
Le schéma général de la démarche de prévention édictée par le
code du travail comporte six étapes :
identifier les dangers présentés par le ou les nanomatériaux ;
éviter les risques si possible en les supprimant ;
évaluer les risques pour la santé et la sécurité au travail qui ne peuvent être évités, en fonction des
procédés appliqués et des modes de travail (apprécier la nature et l’importance des risques) ;
mettre en place des mesures visant à prévenir ou à limiter les risques (privilégier les mesures de
protection collective aux mesures de protection individuelle) ;
vérifier l’efficacité des mesures prises ;
assurer la formation et l’information des salariés.
Les principales voies de la démarche de prévention sont alors les suivantes:
modifier le procédé ou l’activité de façon à ne plus produire ou utiliser le ou les nanomatériaux ;
remplacer le ou les nanomatériaux par des substances dont les effets sur la santé sont moindres
optimiser le procédé pour obtenir un niveau d’empoussièrement aussi faible que possible afin de limiter les
expositions : privilégier les systèmes clos, les procédés mécanisés et les opérations automatisées;
capter les polluants à la source: mettre en place une ventilation locale ;
filtrer l’air avant rejet à l’extérieur des bâtiments;
employer un équipement de protection individuelle si les mesures de protection collective s’avèrent
insuffisantes;
collecter et traiter les déchets;
former et informer les salariés exposés sur les risques potentiels et les mesures de prévention en l’état des
connaissances : donner aux salariés les informations nécessaires à l’exécution de leurs tâches dans des
conditions de sécurité optimales;
assurer une traçabilité des expositions des opérateurs, c’est-à-dire noter et conserver toutes les informations
pertinentes relatives à leur exposition : types de nanomatériaux manipulés, quantités mises en œuvre,
opérations et tâches effectuées, moyens de prévention mis en place, etc. ;
analyser et exploiter les incidents et accidents survenus.
Cycle de vie des nanomatériaux dans
l'environnement
Les nanoparticules introduites dans l’environnement peuvent par divers processus (déposition,
volatilisation,…) engendrer une contamination de l’air, des eaux de surface
et souterraines, du sol et par voie de conséquence entraîner une exposition des organismes
vivants. Afin d’évaluer les impacts environnementaux des nanoparticules, la compréhension de
leur comportement, de leur composition, des mécanismes de transfert ainsi que des
transformations dans l’environnement est fondamentale.
Analyse du cycle de vie
Au cours de la dernière décennie, le volume de production et la diversité des applications
des nanomatériaux manufacturés n’a cessé d’augmenter. Les nanomatériaux évoluent au
cours de leur cycle de vie. L’analyse de ce cycle, depuis la production jusqu’au déchet,
est une approche indispensable qui prend également en compte le recyclage en fin de
vie.