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Conflit Israël-Palestine : Historique et enjeux

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Relations Internationales par Aires Géographiques

CMEAE 2 Année 2024-2025


Philippe GUILLOT
Maître de conférences HDR en Droit public

B) Israël-Palestine
Le journaliste austro-hongrois Theodore HERZL, en poste à Paris lors de l’affaire DREYFUS, est
choqué par le déferlement de haine antisémite, alors que la France était censée être le pays où les juifs sont
les mieux intégrés. Il écrit alors en 1896 L’Etat juif dans lequel il plaide pour la création d’un Etat où ses
coreligionnaires pourraient vivre en paix et qui est à l’origine du mouvement sioniste laïc. Il existait en effet
parmi les communautés ashkénazes (juifs d’Europe de l’Est) un sionisme à fondement religieux porté par
le mouvement des Amants de Sion aspirant au retour en Palestine. En 1897, HERZL fonde l’Organisation
sioniste mondiale puis, en 1899, le Fonds pour l’implantation juive. Le début du XXe siècle voit les premières
implantations sionistes en Palestine, alors terre ottomane. Les colons juifs s’installent sur des terres achetées
aux Arabes. Ce ne sont pas les meilleures terres mais les colons les font fructifier suscitant le ressentiment
arabe.
En 1916, par un accord secret entre Georges PICOT et Sir Mark SYKES, France et Royaume-Uni
s’accordent sur le dépeçage de l’empire ottoman et leurs zones d’influence respective (Palestine, Jordanie et
Mésopotamie – aujourd’hui Irak – pour la Grande-Bretagne ; Liban, Syrie et Sandjak d’Alexandrette –
aujourd’hui en Turquie – pour la France, cf. carte ci-dessous). En novembre 1917, le ministre britannique
des Affaires étrangères, Arthur BALFOUR écrit à Lord Lionel Walter ROTHSCHILD, président de la
Fédération sioniste de Grande-Bretagne que le Royaume-Uni envisage favorablement l’établissement en
Palestine d’un « foyer national juif » (Jewish Homeland). Il faut noter que ce texte connu sous le nom de
« Déclaration BALFOUR » ne fait nullement référence à un Etat et que d’ailleurs, il précise que « rien ne sera
fait qui pourrait préjudice aux droits civils et religieux des communautés non juives en Palestine ». A l’issue
de la Première guerre mondiale, le Royaume-Uni se voit confier un mandat par la Société des Nations sur la
Palestine.

L'opposition arabe au sionisme apparaît dès le début du mandat avec un flux ininterrompu
d’immigrants juifs venus d’Europe – les juifs représentaient 11 % de la population totale de la Palestine au
recensement de 1922 mais 17 % à celui de 1931 et ils seront 33 % en 1945 – qui ont souvent un meilleur
niveau de vie que les Arabes. De nombreuses émeutes et massacres et une révolte arabes ont lieu entre 1936
et 1939 contre la présence juive. 132

Cf. B. DUMORTIER, « Le conflit israélo-palestinien », in R. POURTIER (dir.), Géopolitique de l’Afrique et du Moyen-Orient, Nathan, 2022, pp. 401-
132

405.

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Si durant la Seconde guerre mondiale, des volontaires de la Haganah – milice d’autodéfense sioniste
– combattent au côté des Britanniques (dont le futur général israélien Moshe DAYAN), le Grand Mufti de
Jérusalem est en revanche allié d’HITLER. Toutefois, après 1945, le Royaume-Uni s'oppose à l'accueil en
Palestine des rescapés juifs des camps de concentration nazis (Cf. l’épisode du navire Exodus), ce sont les
Juifs qui se révoltent, le groupe Stern commet notamment un attentat contre l’hôtel King David alors quartier
général britannique à Jérusalem.
A la demande du Royaume-Uni, la question palestinienne est portée, en février 1947, devant l’ONU.
Le 28 avril, l’Assemblée générale crée une Commission spéciale pour la Palestine (UNSCOP) qui présente
le rapport aboutissant à l’adoption du plan de partage par la résolution 181 (II) – cf. carte page suivante. Ce
plan est rejeté par les pays arabes – provoquant l’exode d’environ 300.000 civils palestiniens. Alors que les
Britanniques se retirent, les accrochages entre forces paramilitaires juives et arabes s’intensifient. Le Conseil
de sécurité à l’unanimité invite par sa résolution 43 du 1er avril 1948 l’Agence juive et le Haut-Comité arabe
à conclure une trêve. Le 17 avril, la résolution 46 (1948) décrit les modalités de la trêve, elle est adoptée par
9 voix, l’URSS et l’Ukraine s’abstenant car aux dires de GROMYKO, le texte favoriserait les Arabes et porterait
atteinte aux droits légitimes des Juifs. 133 Le 23 avril, la résolution 48 (1948) institue une commission chargée
de surveiller la trêve composée des consuls de Belgique, des Etats-Unis et de France qui constatent très vite
qu’ils ne peuvent pas remplir la mission à eux seuls. Fin mai, le comte Folke BERNADOTTE, diplomate
suédois, est nommé Médiateur et est assisté par une centaine d’observateurs de l’ONU (officiers détachés
par les Etats membres).
Entretemps, le 13 mai le mandat britannique expire officiellement et le 14 mai 1948, David BEN
GOURION proclame la création de l’Etat d’Israël déclare son indépendance, déclenchant la première guerre
israélo-arabe : les pays membres de la Ligua arabe attaquent le jeune Etat – causant le départ
d’approximativement 300.000 Palestiniens supplémentaires. Le ministre soviétique des Affaires étrangères
GROMYKO se déclare profondément surpris par les Etats arabes qui
…entreprennent des opérations militaires dans le but avoué d’anéantir un mouvement de
libération nationale. 134
La résolution 54 (1948) impose une nouvelle trêve qui débute le 8 juillet. Le comte BERNADOTTE
propose alors un régime pour tout Jérusalem. La Ligue arabe répond qu’elle accepte un « cessez-le-feu
permanent », tandis qu’Israël refuse un tel régime sous prétexte qu’il conduirait à l’arabisation de la ville. 135
Malgré cet échec, le comte BERNADOTTE tente de trouver de nouvelles solutions en révisant le plan de
partage d’après le principe de l’homogénéité géographique et de l’intégration avec Jérusalem et ses environs
– dont Bethlehem – constituée en corpus separatum. Ce qui lui attire l’hostilité des extrémistes sionistes et, le
17 septembre, il est assassiné, ainsi que le colonel français SEROT, par des membres du groupe Stern. 136
La résolution 62 (1948) convie instamment les parties à la conclusion d’un armistice. Une série
d(‘armistice est signé, à Rhodes, par Israël avec l’Egypte le 24 février 1949, le Liban le 23 mars, la Jordanie
le 3 avril et la Syrie le 20 juillet. La résolution 73 (1949) transforme le corps d’observateurs en Organisation
des Nations Unies pour la Surveillance de la Trêve (ONUST) mais
…les Etats signataires des Accords d’Armistice vont se trouver enclins à considérer que
l’ONUST n’a pas de responsabilité propre sur leur territoire et que son activité dépend de leur
bon vouloir. De ce fait, les observateurs se trouveront rapidement pris dans un lacis
d’interdictions qui va leur enlever toute liberté d’action. 137
La première guerre israélo-arabe se solde par des gains territoriaux pour l’Etat hébreu, tandis que la
Bande de Gaza passe sous contrôle égyptien et que la Cisjordanie est rattachée à la Transjordanie pour
former la Jordanie.

133 Cf. F. LE GUINER, Le Conseil de Sécurité de l’ONU – Son rôle dans les conflits internationaux depuis 1946, thèse, Université de Paris, 1968, p. 248 ;
rappel : l’Ukraine et la Biélorussie étaient membres de l’ONU, suite à un marchandage à la Conférence de San Francisco, l’URSS disposait donc de
3 voix à l’AGNU.
134 Cité par P. LE PEILLET, Les bérets bleus de l’ONU à travers 40 ans de conflit israélo-arabe, France Empire, 1988, p. 33.
135 Cf. S.D. BAILEY, Four Arab-Israeli Wars and the Peace Process, Macmillan, 4e éd., 1990, pp. 36-38.
136 Cf. ibidem, pp. 42-45. L’auteur précise qu’Itzhak Shamir fait certainement partie des conspirateurs ayant fomenté l’attentat.
137 P. LE PEILLET, op. cit., pp. 48-49.

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En 1956, afin de justifier l’intervention franco-britannique à la suite de la nationalisation par le


Colonel NASSER de la compagnie gérant le canal de Suez, Israël attaque l’Egypte et s’empare du Sinaï. Afin
de faciliter le retrait franco-britannique et d’éviter la reprise des hostilités israélo-égyptiennes, l’Assemblée
générale crée la Force d’Urgence des Nations Unies.

En juin 1967, Israël lance une attaque préventive contre l’Egypte et la Syrie (guerre des Six Jours).
Israël occupe la Cisjordanie, la bande de Gaza, le plateau du Golan et le Sinaï. Cette occupation marque un
tournant, exacerbant les tensions et les revendications territoriales et provoquant un nouvel exode
palestinien depuis la Cisjordanie vers la Jordanie, ainsi que l'arrivée en Israël de près de 600 000 Juifs en
provenance des pays arabes, chassés de chez eux. Les mouvements de populations ont débouché sur le

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problème des réfugiés palestiniens, qui sont près de cinq millions aujourd’hui. Israël présente aussi une
minorité d'environ deux millions d'Arabes israéliens. Le Conseil de sécurité adopte la résolution 242 (1967)
demandant à Israël de se retirer « des territoires occupés » (from occupied territories – Israël se prévaut de la
version anglaise pour dire qu’elle s’est conformée à la résolution en ce retirant de certains territoires).
En 1973, la guerre du Kippour (jour du Pardon, fête juive importante) voit une attaque surprise des
forces égyptiennes et syriennes, mais Israël parvient à repousser les assauts. Le Conseil de sécurité institue
la seconde Force d’Urgence des Nations Unies (FUNU II) chargée de s’assurer du retrait israélien du Sinaï
et la Force des Nations Unies chargée d’Observer le Désengagement qui doit surveiller le retrait des troupes
syriennes et israéliennes et établir une zone démilitarisée. Le président égyptien Anouar EL-SADATE ayant
démontré qu’Israël n’était pas invincible, il accepte de négocier, sous égides états-uniennes, avec l’Etat
hébreu un traité de paix, signé à Washington le 26 mars 1979 – auquel l’URSS répliquera par un veto à la
prorogation de la FUNU II qui est alors remplacé par une Force Multinationale et d’Observateurs (FMO)
du Sinaï à forte participation états-unienne et avec, notamment, des détachements britannique et français 138
– mais l’Egypte sera mise au ban du monde arabe jusqu’aux accords d’Oslo.
Les fréquentes incursions israéliennes au Liban (1978, 1982, 2006, 2024) sont examinées dans la
section suivante.

138 La France fournit une unité de transport aérien d’une quarantaine d’hommes, un Transal, deux avions légers et un équipement au sol, cf. J.

POISSON, « La Force multinationale et d’observateurs au Sinaï », Arès, 1988, n° 2, pp. 116 ; pour la première fois depuis 1966, des militaires français
sont placés directement sous commandement américain, cf. L. WIZNITZER, Le grand gâchis. La faillite de la politique étrangère de François Mitterrand,
First, 1991, p. 99.

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La première Intifada (« soulèvement ») de 1987 à 1993 est une révolte palestinienne contre
l’occupation israélienne, caractérisé par des manifestations et des violences. Appelée également « guerre des
pierres », elle oppose de jeunes – souvent mineurs – Palestiniens armés de frondes aux forces de sécurité
israéliennes (police mais aussi armée) dont l’emploi excessif de la force décrédibilise l’Etat hébreu, comparé
à l’Afrique du Sud de l’apartheid. Le capital de sympathie pour Israël dans les opinions publiques occidentales
s’érode. Cet épisode est aussi marqué par la montée en puissance du Mouvement de la résistance islamique
– dont l’acronyme arabe, Hamas, signifie « ferveur » – au détriment de l’organisation nationaliste laïque
Organisation de Libération de la Palestine (OLP). En 1993, les accords d’Oslo sont signés, établissant un
cadre pour la paix et la création d’une Autorité palestinienne autonome en Cisjordanie et à Gaza
À la fin des années 1980, les dirigeants d’Israël et de l’OLP, principal groupe représentant le
peuple palestinien, se sentaient piégés.
Israël continuait de payer le prix de l’opération Paix en Galilée, son invasion désastreuse du
Liban de 1982 à 1985, au cours de laquelle des milliers de Libanais et de Palestiniens, ainsi que
des centaines de soldats israéliens, furent tués.
Au cours de cette même guerre, l’OLP, dirigée par son président Yasser ARAFAT, fut expulsée
du Liban où elle était basée depuis plus de dix ans et s’exila en Tunisie.
Ainsi, les deux parties furent prises au dépourvu au début de la première Intifada en
décembre 1987, lorsque de jeunes Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie protestèrent contre
l’occupation israélienne. Israël fut condamné par la communauté internationale pour avoir
réprimé les manifestations, au cours desquelles plus d’un millier de Palestiniens furent tués.
George SHULTZ, le secrétaire d’État des États-Unis, tint à renforcer le processus de paix et à
mettre fin aux violences de l’Intifada.
Washington avait une expérience passée dans ce domaine : en 1978, le président Jimmy
CARTER avait négocié les accords de Camp David, qui aboutirent au traité de paix israélo-
égyptien de 1979 (et pour lequel ses signataires reçurent également le prix Nobel de la paix).
ARAFAT, qui risquait de perdre le contrôle des événements en Palestine, voulait discuter. Sa
position fut renforcée en juillet 1988 lorsque la Jordanie, qui avait auparavant revendiqué la
Cisjordanie, rompit ses liens administratifs et reconnut les ambitions de l’OLP afin de pouvoir
se concentrer sur ses propres frontières.
Ainsi, l’OLP devenait le plus important représentant des intérêts palestiniens dans la région
avec lequel Israël était potentiellement prêt à négocier.
S’exprimant à Stockholm en décembre 1988, ARAFAT déclara que l’OLP « acceptait l’existence
d’Israël ». Le New York Times rapporta que la déclaration D’ARAFAT, « qu’il a présentée comme
une étape importante, a été immédiatement rejetée en Israël et accueillie froidement par les
États-Unis ». Shimon PERES, ministre israélien des Affaires étrangères, qui allait jouer plus tard
un rôle clé dans les négociations d’Oslo, qualifia ces commentaires de « stratégie de relations
publiques ».
Toutefois, ARAFAT persévéra. Plus tard au cours du même mois, après avoir pris la parole
devant l’Assemblée générale des Nations unies à Genève, le dirigeant Palestinien reconnut
officiellement Israël et renonça à l’utilisation du terrorisme par l’OLP.
Il accepta également la résolution 242 de l’ONU, adoptée après la guerre des Six Jours, et
appela au retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés, le droit d’Israël à exister
pacifiquement à l’intérieur de frontières sûres et reconnues et la nécessité d’un accord de paix
durable au Moyen-Orient.
La résolution 338, qui appelait à une paix durable à la suite de la guerre israélo-arabe de 1973,
reçut également le soutien de l’OLP.
Les Américains commencèrent à discuter avec l’OLP à Tunis, où l’organisation était alors
basée, en décembre 1988. Cela ouvrit finalement la voie à la conférence de Madrid en 1991,
dont le but était de rassembler les personnes intéressées par le conflit israélo-arabe non résolu,
lequel oscillait entre tensions sous-jacentes et effusions de sang à grande échelle au cours des
décennies écoulées depuis qu’Israël avait déclaré son indépendance en 1948.

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En juillet 1992, Yitzhak RABIN du Parti travailliste fut élu Premier ministre israélien. Frustrés
par le rythme des discussions de Madrid, ses représentants et l’OLP commencèrent à
s’entretenir en secret afin de se soustraire à un examen public.
Pour obtenir un soutien, ils se tournèrent vers la Norvège, dont les ministres des Affaires
étrangères avaient rencontré ARAFAT dans les années 1980 et avaient entretenu des relations
étroites avec Israël depuis sa fondation en 1948. 139

Si les accords d’Oslo font espérer une approche progressive vers une solution à deux Etats, il faut
assez rapidement désenchanter car les négociations dites « Camp David II » sont un échec :
Sans doute y avait-il trop d’empressement, trop de tension de part et d’autre. Trop de pression
publique également, et surtout trop peu de temps. Les deux équipes de BARAK et ARAFAT
repartent de Camp David bredouilles. Mais l’échec est loin d’être rédhibitoire. C’est le jeu
normal de négociations complexes que les choses prennent de temps. Et les négociations
doivent être faites en secret, loin des projecteurs.
Mais c’est là que les choses déraillent. BARAK est dépité. Il laisse se créer une version fâcheuse
des négociations de Camp David, à savoir qu’il aurait fait une offre extrêmement généreuse
que ARAFAT aurait refusée. Bref, il rejette l’entière responsabilité de l’échec des négociations
sur ARAFAT. Il s’avère que cette version est fausse […] En réalité, les deux parties étaient prêtes
à des compromis et voulaient résoudre le conflit, mais il n’y a pas eu assez de temps, pas assez
d’exploration des intérêts, pas assez de discussions autour des questions épineuses, trop de
pression publique. La discussion des offres est venue trop tôt dans la négociation et a empêché

139 [Link]

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l’exploration de solutions créatives La déception pour les deux camps est d’autant plus grande
que les espoirs étaient élevés. 140
La seconde Intifada (2000-2005) éclate après l’échec des négociations de Camp David II. Elle est
marquée par une violence accrue, des attentats-suicides et des opérations militaires israéliennes :
La géographie de la confrontation n’est pas la même que pour le précédent soulèvement, qui
opposait au cœur des villes une population désarmée aux forces israéliennes d’occupation.
Cette fois, les affrontements, limités mais violents, éclatent aux lisières des zones
palestiniennes, aux abords des colonies, ce qui explique la violence de la répression israélienne
(recours à des tireurs d’élite, utilisation de blindés, d’hélicoptères pour le lancement de missiles
sur des cibles précises). A la différence de la première Intifada, la seconde obéit à des mots
d’ordre plus radicaux : la disparition de l’Etat d’Israël. Le cycle infernal des attentats meurtriers
du Hamas, fort d’un incontestable soutien populaire et de leur répression aveugle est
enclenché.
L’opération « Rempart », l’offensive militaire la plus importante en Cisjordanie depuis
1967, est déclenchée en mars 2001. De très nombreuses villes sont de nouveau occupées,
nombre d’infrastructures civiles et militaires de l’Autorité palestinienne sont démantelées,
témoignant de la volonté d’affaiblir durablement les institutions mises en place dans le cadre
du processus d’Oslo.
Israël démembre l’Autorité palestinienne à Gaza, puis assassine les chefs du H amas ,
mais le mouvement leur survit. En août 2005, Israël procède au retrait unilatéral de la
bande de Gaza. Pour le Hamas, dont l’influence est prépondérante, c’est la preuve éclatante
de la supériorité de la lutte armée sur le dialogue, et pour la majorité des Palestiniens, ce retrait
est porté au crédit de la « résistance » du Hamas. 141
A partir de 2002, Israël érige une clôture de sécurité en lisière de la Cisjordanie afin d’éviter les
infiltrations de terroristes, considérée comme illicite par un avis de la Cour internationale de justice,
Conséquences juridiques de l’édification d’un mur dans le territoire palestinien occupé du 9 juillet 2004 142. En 2007, Israël
et l’Egypte instaurent le blocus de la bande de Gaza. Quatre opérations militaires d’envergure sont lancées
par Israël : « Plomb durci » en 2008-2009, « Pilier de défense » en 2012, « Bordure protectrice » en 2014 et
l’opération en cours à la suite du pogrom du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas. Si la licéité du droit d’Israël
à se défendre face à une attaque terroriste contre des civils israéliens ne fait pas l’ombre d’un doute, en
revanche, il est patent que Tsahal (acronyme hébreu pour Forces de défense israéliennes) ne respecte pas les
principes de proportionnalité et de précaution du droit des conflits armés.
Le Secrétaire général Antonio GUTTERES, très peiné des souffrances actuelles à Gaza, rappelle que
2 millions de Palestiniens restent englués dans la pauvreté, le chômage et des problèmes d’hygiène et
d’assainissement, et exhorte Israël à lever le blocus et le Hamas à cesser d’accumuler des moyens militaires
et de lancer des engins incendiaires. Le Secrétaire général salue l'agence des Nations Unies chargée des
réfugiés palestiniens, l’UNRWA, qui continue de mener à bien son mandat malgré des difficultés financières
sans précédent. La Présidente de l’Assemblée générale des Nations Unies, Maria Fernanda ESPINOSA, juge
qu’il incombe à la communauté internationale de tout mettre en œuvre pour mettre fin au « cauchemar »
qu’endurent les Palestiniens. Elle appelle les dirigeants de la planète, y compris les chefs religieux, à faire
de la cause palestinienne une priorité absolue et à démontrer une véritable volonté politique. S’appuyant sur
des données du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), la Présidente de l’Assemblée
générale indique que 43% de la population palestinienne est réfugiée, dont la moitié a moins de 18 ans. De
plus, l’insécurité alimentaire touche 47% de la population de Gaza et la consommation d’eau est bien en
deçà des 100 litres quotidiens par personne recommandés par l’Organisation mondiale de la santé
(OMS). Pour la Présidente de l’Assemblée générale, la paralysie actuelle reflète l’impasse dans laquelle se
trouve le multilatéralisme, et il est impératif de le renforcer, de sorte que les Nations Unies fonctionnent
réellement pour tous. 143

140 Interview de Marwan SINACEUR, 7 octobre 2024, <[Link]

processus-de-paix/>, notes omises.


141 B. DUMORTIER, op. cit., pp. 408-409.
142 Cf. [Link]
143 [Link]

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Sur le plan strictement militaire, Israël engrange les succès en ayant très fortement réduit le potentiel
– et la direction – du Hamas, en ouvrant même un second front contre le Hezbollah libanais (Cf. infra) et en
ayant détruit une bonne partie des installations militaires (stocks d’armes chimiques, défense aérienne, flotte)
syriennes. Ce faisant, il réduit très fortement la menace iranienne :
Jusqu’en mars 2024, l’Iran apparaissait comme le grand bénéficiaire de la situation. Mais, dès
avril, l’Iran est entré directement en conflit avec Israël, ce qui a entraîné les deux Etats dans un
ping-pong infernal où chacun se rend coup pour coup. Le régime iranien en est ressorti
considérablement affaibli du fait que ses dirigeants ont réalisé brutalement que ce qui
constituait leur principale capacité de dissuasion ne faisait plus peur. La capacité de dissuasion
de l’Iran reposait essentiellement sur deux piliers : les missiles balistiques et les proxys. Or, ces
derniers se font aujourd’hui laminer les uns après les autres et les missiles balistiques iraniens
ont fait la démonstration de leur incapacité à mettre à mal le bouclier antimissile israélien. 144

144 P. RAZOUX, « Moyen-Orient : une région durablement déstabilisée par le face à face Israël/Iran ?», Diplomatie – Les grands dossiers, n° 83, décembre

2024-janvier 2025, p. 42.

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