Relations Archontes-Assemblées en Anatolie
Relations Archontes-Assemblées en Anatolie
Les rapports entre les archontes et les Assemblées dans les cités grecques
anatoliennes d’époque hellénistique et romaine
Sana BALDÉ
Université Bourgogne Franche-Comté de Besançon
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Résumé : Cet article analyse les relations entre les archontes et les Assemblées dans les cités
grecques d’Asie Mineure pendant les époques hellénistique et impériale romaine. Les
archontes, constituant l’un des principaux collèges de magistrats attestés en Anatolie,
notamment à partir de l’époque hellénistique et jusque sous la période impériale romaine,
entretenaient des rapports assez étroits avec l’ecclèsia et la boulè et/ou la gérousia pour le bon
fonctionnement de la vie socio-politique dans les cités grecques de la péninsule anatolienne.
Cette contribution met particulièrement en exergue la présence des archontes dans le bureau
directeur des Assemblées dans les cités grecques anatoliennes, le rôle des archontes dans la
procédure d’élaboration et d’adoption des décrets et enfin l’exécution des décisions prises par
les instances délibératives par les archontes.
Abstract : This article analyses the relationship between the archons and the Assemblies in
the Greek cities of Asia Minor during the Hellenistic and Roman imperial periods. The
archons, constituting one of the main colleges of magistrates attested in Anatolia, especially
from the Hellenistic period until the Roman imperial period, maintained quite close relations
with the ecclesia and the boulè and/or gerousia for the proper functioning of the socio-
political life in the Greek cities of the Anatolian peninsula. This contribution highlights the
presence of the archons in the governing bodies of the Assemblies in the Anatolian Greek
cities, the role of the archons in the procedure of elaboration and adoption of decrees and
finally the execution of decisions taken by the deliberative bodies by the archons.
Cette étude est une version remaniée d’un chapitre de notre thèse (en cours) intitulée : Les archontes en
Anatolie hellénistique et romaine (IVe s. av. J.-C. – IVe s. apr. J.-C.).
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Introduction
Les cités grecques d’Anatolie (actuelle Turquie d’Asie) des époques hellénistique et
romaine étaient dirigées dans leur immense majorité par une administration de type hellénique
composée entre autres de l’Assemblée du peuple, du Conseil et de plusieurs collèges de
magistrats. Parmi ces collèges de magistrats existant dans les cités grecques anatoliennes,
nous avons celui des archontes qui, en tant que principaux magistrats, entretenait des relations
assez étroites avec les principales Assemblées, à savoir l’Assemblée du peuple (ecclèsia) et le
Conseil (boulè et/ou gérousia), permettant ainsi le bon fonctionnement des affaires publiques.
Cette étude, particulièrement basée sur une documentation épigraphique, s’intéresse en effet
aux principaux rapports existant entre les archontes et les Assemblées. Elle constitue de ce fait
une contribution à l’histoire institutionnelle et politique des cités grecques anatoliennes
pendant les époques hellénistique et romaine. Pour analyser ces rapports, nous montrerons
d’abord la place des archontes dans la composition du bureau directeur de l’Assemblée du
peuple et du conseil, puis l’implication des titulaires de l’archontat dans la procédure
d’attribution des honneurs et d’adoption des décrets votés par les Assemblées et, enfin, le rôle
des archontes dans l’authentification et l’exécution des décisions prises par celles-ci.
1
CHAPOT V., 1904, La province romaine proconsulaire d’Asie depuis ses origines jusqu’à la fin du Haut-
Empire, Paris, Librairie Émile Bouillon, Collection « Bibliothèque de l’École des Hautes Études. Sciences
historiques et philologiques, 150 », p. 209. Les prytanes (ou prytaneis) constituent particulièrement à Athènes
pendant l’époque classique un collège de cinquante membres appartenant à la même tribu ; ils étaient chargés de
la présidence du Conseil et de l’Assemblée du peuple pendant un dixième de l’année. Ils furent remplacés dans
la fonction de présidence des Assemblées athéniennes vers 403/402 avant J.-C. par les proèdres (proédroi), cf.
HANSEN M. H., 2009, La démocratie athénienne à l’époque de Démosthène : structure, principes et idéologie,
traduit par BARDET S. et PH. GAUTHIER, Paris, Tallandier, Collection « Texto : le goût de l’histoire », p. 448 et
BAILLY A., 2000, Dictionnaire grec français, Paris, Hachette, s.v. prytanis (πρύτανις). Les proèdres désignaient
à Athènes une commission de neuf membres tirée au sort pour un jour parmi les 450 conseillers qui n’étaient pas
prytanes et avaient comme seule fonction la présidence des réunions du Conseil et de l’Assemblée du peuple (cf.
HANSEN M. H., 2009, La démocratie athénienne à l’époque de Démosthène, p. 447 et et BAILLY A., 2000,
Dictionnaire grec français, s.v. proèdros [πρόεδρος]).
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laisser la direction à des hommes dont ils étaient sûrs2 (auxquels ils avaient confiance), à
savoir les hauts magistrats qui se trouvaient à la tête des cités. Dès lors, la présidence des
Assemblées revenait aux magistrats municipaux comme les stratèges, les secrétaires du
peuple, les prytanes ou encore les archontes3. Ainsi, les principaux magistrats de la cité,
comme les archontes, constituaient avec le grammateus (secrétaire) le bureau directeur de
l’ecclésia et celui de la boulè dans plusieurs cités grecques d’Asie Mineure4.
Dès la haute période hellénistique, les archontes sont mentionnés dans les textes
épigraphiques comme les « proposants officiels » des décrets soumis à l’approbation du
Conseil et du peuple. En effet, à Cyzique, en Mysie, les archontes apparaissent comme les
proposants d’un fragment de décret du IVe/IIIe siècle avant J.-C., dont le texte a été voté sous
la présidence de l’épistate Athènaios5. La présence des archontes dans la formule de
proposition laisse penser qu’ils faisaient partie du bureau directeur de la boulè et de
l’Assemblée du peuple, d’autant plus que ce bureau avait l’attribution de soumettre et/ou
d’introduire des textes aux assemblées délibératives pour discussion et vote6.
À Milet, en Ionie, la présidence de l’Assemblée du peuple et simultanément celle du
Conseil (la boulè) étaient assurées par le collège des épistates depuis les années 280 avant J.-
C., probablement à la suite de l’intervention du roi Lysimaque dans l’organisation
institutionnelle de la cité7. H.-L. Fernoux souligne que le collège des épistates était chargé de
réceptionner sur son bureau les projets des textes présentés probablement par de simples
citoyens qu’il avalisait par une approbation préalable car, selon lui, c’est ce qu’indique
l’expression « γνώμη ἐπιστατῶν » (proposition des épistates) qui apparaît dans l’intitulé de
2
CHAPOT V., 1904, La province romaine proconsulaire d’Asie, p. 209.
3
CHAPOT V., 1904, La province romaine proconsulaire d’Asie, p. 209-210 et p. 243.
4
Cf. LÉVY I., 1899, « Études sur la vie municipale de l’Asie Mineure sous les Antonins. Seconde série », RÉG,
12, p. 255-289, spécialement p. 270.
5
MORDTMANN J. H., 1881, « Zur Epigraphik von Kyzikos », MDAI(A), 6, p. 121-131, spécialement p. 121, n° 3
: « Ἔδ]οξεν τῇ βουλῇ καὶ τῷ δήμῷ, [Ἀθ]ήναιος [ἐπεσ]τάτει, γνώμη τῶ[ν] ἀρχόντων‧ ἀναγρά[ψαι τὸν χρησμόν]
» (l. 1-4)
6
Cf. LÉVY I., 1895, « Études sur la vie municipale de l’Asie Mineure sous les Antonins. Première série :
l’Ecclesia, la Boulé, la Gerousia », RÉG, 8, p. 203-250, spécialement p. 211 ; voir aussi I. LÉVY, 1899, RÉG, 12,
p. 266-274.
7
Cf. MÜLLER H., 1976, Milesische Volksbeschlüsse : eine untersuchung zur Verfassungsgeschichte der Stadt
Milet in hellenistischer Zeit, Vandehoeck & Rupprecht, Collection « Hypomnemata, 47 », Göttingen, p. 85, note
la première attestation du collège des épistates à Milet vers 288-282 av. J.-C. Toutefois, NAWOTKA Kr., 1999,
Boule and demos in Miletus and its pontic colonies from classical age until third century A.D., Zakład
Narodowy im. Ossolińskich, Wydawnictwo - Wrocław, p. 107, et V. GRIEB, 2008, Hellenistische Demokratie :
politische Organisation und Struktur in freien griechischen Poleis nach Alexander dem Grossen, Stuttgart, F.
Steiner, p. 218-219, mettent en doute cette intervention de Lysimaque. À ce propos, voir aussi FERNOUX H.-L.,
2011, Le Demos et la cité. Communautés et assemblées populaires en Asie Mineure à l’époque impériale,
Rennes, PUR, Collection « Histoire. Série Histoire ancienne », p. 158-159.
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plusieurs décrets de la période hellénistique8. Selon H. Müller, à partir de la fin du IIIe siècle
et du début IIe siècle avant J.-C., la présidence de l’Assemblée du peuple de la cité milésienne
échut à deux collèges de magistrats réunis à cet effet, à savoir les prytanes et les « Préposés à
la sécurité » au détriment des épistates9.
Il semblerait qu’il y ait eu pendant cette époque un élargissement des prérogatives du
bureau de l’Assemblée ; son rôle ne se limitait plus à l’approbation préalable des textes qui lui
étaient présentés par des citoyens ordinaires, mais il pouvait désormais avoir une initiative de
préparation et de dépôt des textes auprès de l’Assemblée du peuple10. Le collège des épistates
retrouva, au début de l’époque impériale, sa fonction de présidence de l’Assemblée du peuple
de Milet, car la mention « γνώμη ἐπιστατῶν » réapparaît dans au moins quatre décrets11.
Toutefois, à partir du début du IIe siècle après J.-C., un changement serait survenu lorsque la
présidence, probablement de la boulè et de l’ecclèsia, revint aux archontes au détriment des
épistates12. En tout cas, c’est ce que laisse croire un décret honorifique en l’honneur de
Trajan, daté entre 102 et 117 après J.-C., qui voit le collège des archontes présidé par Marcus
Ulpius Pollio procéder à la mise aux voix de la motion13. En plus, pendant le Principat, seuls
deux collèges de magistrats attestés étaient chargés de préparer et de présenter à la boulè et au
peuple des motions : il s’agit des épistates et des archontes14.
À Éphèse, un décret honorifique du milieu du IIe siècle après J.-C. en l’honneur de
Cnæus Pompeius Quartinus, fils de l’asiarque et du néocore Pompeius Hermippos, a été mis
aux voix par les archontes Quintus Favius Nikias et Marcus Antonius Marcus15. La procédure
8
FERNOUX H.-L., 2012, « Le rôle du démos dans les procédures de décision dans les cités d’Asie Mineure à
l’époque impériale », B. LEGRAS (dir.), Transferts culturels et droits dans le monde grec et hellénistique : : actes
du colloque international, Reims, 14-17 mai 2008 [organisé par l’Équipe Phéacie Paris 1-Paris 7 et le Centre
d’étude et de recherche en histoire culturelle de Reims], Éditions de la Sorbonne, Collection « Histoire ancienne
et médiévale, 110 », Paris, p. 459-477, spécialement p. 471.
9
MÜLLER H., 1976, Milesische Volksbeschlüsse, p. 55.
10
FERNOUX H.-L., 2011, Le Demos et la cité, p. 159.
11
Cf. le décret des synèdres pour Épicratès (6/5 av. J.-C.) : SEG XLIV 940 ; le décret des synèdres (époque
augustéenne) : I. Didyma 199 ; le décret du peuple au sujet des Molpes et des Cosmes (époque de Néron) : Milet
I. 3, 134 et, enfin, le décret honorifique pour l’hydrophore Apollonia (125/150 apr. J.-C.) : I. Didyma 312.
12
NAWOTKA Kr., 1999, Boule and demos in Miletus and its pontic colonies, p. 147.
13
Milet I. 2, 17.
14
NAWOTKA Kr., 1999, Boule and demos in Miletus and its pontic colonies, p. 115.
15
I. Ephesos 710 et Add. p. 19 (= H. ENGELMANN, 1986, « Notizen zum Repertorium ephesischer Inschriften »,
EA, 8, p. 33-35, spécialement p. 34 [l. 17] ; SEG XXXVI 1018) : « ψηφισαμένων Κ(οΐντου) Φαβίου Νεικίου
φιλοσεβάστου καὶ Μά(ρκου) Ἀντωνίου Μάρκου τῶν ἀρχόντων ». Il convient de noter qu’aucun collège de
magistrats ne faisait clairement office de bureau de l’assemblée populaire de la cité éphésienne pendant l’époque
hellénistique (cf. RHODES P. J., 1997, The Decrees of the Greek States, Oxford, Clarendon Press, p. 364-367 ; S.
DMITRIEV, 2005, City government in hellenistic and Roman Asia Minor, Oxford, Oxford University press, p.
275. À partir du Ier s. av. J.-C., le collège des stratèges et le secrétaire du peuple commencèrent à jouer un rôle
important dans le mécanisme de prise de décision de l’Assemblée du peuple, car l’inscription I. Ephesos 1387
montre que les stratèges et le secrétaire du peuple présentèrent en 39/38 avant J.-C. un rapport au sujet de
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de la mise aux voix énoncée par l’expression « ψηφισαμένων » permet d’identifier les
archontes comme membres du bureau de l’ecclèsia de la cité éphésienne pendant cette époque
précise ; à moins qu’ils substituassent les stratèges dans le bureau de l’ecclèsia à partir du IIe
siècle après J.-C. En effet, pendant le Haut-Empire romain, notamment entre le Principat
d’Auguste et la fin du règne d’Hadrien, les stratèges et le secrétaire du peuple étaient
directement concernés par la rédaction des motions introduites devant la boulè et l’ecclèsia16.
En Carie, la documentation épigraphique de l’époque hellénistique de la cité de
Mylasa permet de voir que les archontes introduisirent un certain nombre de décrets auprès de
la boulè et de l’ecclèsia17. Ainsi, en tant qu’introducteurs des rapports de texte servant de base
pour la rédaction des futurs décrets à défaut d’en être les initiateurs, les archontes suivaient les
motions tout au long de la procédure18. À ce titre, nous pouvons considérer qu’ils formaient le
bureau de l’Assemblée et pouvaient intervenir par la suite dans l’application concrète des
décisions prises par les assemblées populaires. Par ailleurs, les textes proposés, voire
introduits, par les archontes subissaient un examen préalable devant la boulè avant d’être
débattus devant l’ecclésia. Il semblerait que le bureau de l’Assemblée du peuple servait de
cheville ouvrière entre la boulè et la première dans la procédure d’adoption des textes soumis
à leur approbation, notamment en réceptionnant le texte du conseil et en l’introduisant dans
l’ecclèsia pour discussion et mise aux voix.
l’adoption d’un décret concernant la surveillance du sanctuaire d’Artémis, le texte a été adopté par l’Assemblée
du peuple.
16
Cf. I. Ephesos 449 (daté de 94-95 apr. J.-C.), I. Ephesos 1024 (peu après 104 apr. J.-C.), I. Ephesos 1385 (105
apr. J.-C.) et I. Ephesos 21 (138 apr. J.-C.).
17
LBW 394, l. 6-8 : décret honorifique de la boulè et du peuple pour Moschion fils de Aristeidès a été présenté
devant ces assemblées par les archontes Hékatomnos, Léontos et Diogénès : « ἔδοξεν τῇ βουλῇ καὶ τῷ δήμῳ,
[γνώμη] ἀρχόντων Ἑκατόμνω, Λέοντος, Διογένου, περὶ ὧν ἐισεγράψατο [Ἑκα]ταῖος Μέλανος τοῦ Υψικλείους
Κορμοσκωνεύς » ; LBW 400, l. 1-3 : fragment d’un décret instituant probablement quelque fête en l’honneur de
Zeus Osogos : « ἔδοξε τῇ βουλῇ καὶ τῷ δήμῳ, γνώμη ἀρχ[όντων . . . . . το]ῦ Ἰάσονος, Ἀμύντου τοῦ Μεγίστου,
τῶν . . . . . Διὸς Ὀσογ]ὼ σωτῆρος καὶ εὐεργέτου τῆς πόλεως » et PH. GAUTHIER, 1999, « Nouvelles
inscriptions de Claros : décrets d’Aigai et de Mylasa pour des juges colophoniens », RÉG, 112, p. 1-36,
spécialement p. 17-36, n° 2, l. 30-34 : décret de Mylasa pour des juges Colophoniens, daté vers 250 av. J.-C. :
« γνώμη ἀρχόντων· δεδόχθαι τῆι βουλῆι καὶ τῶι δήμωι συντελεῖσθαι τοῖς δικασταῖς καὶ τῶι δήμωι τῶι
Κολοφωνίων καθάπερ Ἰάσων εἰσεγράψατο ». On aperçoit clairement dans la première inscription (LBW 394) et
la troisième (Ph. GAUTHIER, 1999, RÉG, 112, p. 17-36, n° 2) que les archontes s’étaient chargés d’introduire
devant le Conseil et l’Assemblée un projet déjà rédigé par un particulier. La deuxième inscription étant
fragmentaire, il nous est difficile d’affirmer si les archontes étaient de simples introducteurs de la proposition du
décret ou en étaient en même temps les initiateurs.
18
Le bureau de l’ecclèsia réceptionnait, si l’initiative n’émanait pas de lui-même, non seulement les textes
proposés, mais aussi avait un droit de regard sur ces textes avant de les présenter par la suite devant les
assemblées délibératives et législatives, notamment sous l’Empire où l’approbation préalable des textes par les
collèges de magistrats avant leur discussion devant les assemblées était devenue la règle générale, cf. H.
SWOBODA, 1971, Die Griechischen Volksbeschlüsse. Epigraphische Untersuchungen, 2e édition, Hildesheim,
Gerstenberg H. A, p. 179 et suiv. et p. 218 et suiv., cité par FERNOUX H.-L., 2011, Le Demos et la cité, p. 175,
note 57.
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La cité d’Aphrodisias en Carie née d’une sympolitie19 avec sa voisine Plarasa (située à
15 kilomètres au sud-ouest) au cours du IIe siècle avant J.-C. présente une documentation bien
fournie pour ce qui concerne la présidence de son ecclèsia. En effet, dès le Ier siècle avant J.-
C., deux décrets de la boulè et de l’Assemblée du peuple montrent que la proposition des
décrets a été élaborée par le collège des stratèges, le secrétaire du peuple et le stratège du
territoire20. À partir de l’Empire, le collège des archontes se substitua aux stratèges au niveau
du bureau chargé de la présidence de l’Assemblée du peuple. En effet, quelques décrets datant
entre le règne de l’empereur Claude et le premier quart du IIe siècle après J.-C. montrent,
après la formule de décision, que les archontes et le secrétaire du peuple étaient les
« proposants officiels » constants des textes présentés à la boulè et à l’ecclèsia au côté
desquels gravitaient d’autres magistrats21.
19
La sympolitie est un terme grec qui désigne la fédération ou le regroupement d’agglomérations ou de bourgs
voisins en une entité politique plus vaste, cf. A. BAILLY, 2000, Dictionnaire grec français, s.v. sympoliteia
(συμπολιτεια).
20
Il s’agit d’un décret de la boulè et de l’Assemblée du peuple au sujet de l’envoi d’une ambassade auprès du
préteur Q. Oppius en 88 av. J.-C. (cf. J. REYNOLDS, 1982, Aphrodisias and Rome : documents from the
excavation of the theatre at Aphrodisias, Londres, Society for the promotion of Roman studies, Collection
« Journal of Roman Studies, Monographs, 1 », p. 11 et suiv., n° 2) et d’un décret honorifique posthume de la
boulè et du peuple de Plarasa et d’Aphrodisias pour Hermogénès dans le I er s. av. J.-C. (cf. A. CHANIOTIS, 2004,
« New Inscriptions from Aphrodisias (1995-2001) », AJA, 108, p. 377-416, spécialement p. 378, n° 1). J.
Reynolds estime que la sympolitie entre Aphrodisias et Plarasa entre dans le cadre de la politique de
rapprochement qui a été favorisée par Rome dans les premières années de la province d’Asie dans le but de
mieux contrôler les populations rurales. Constatant une coloration militaire du bureau de l’Assemblée à cette
époque, FERNOUX H.-L. note que celle-ci « reflète les conditions de naissance difficile de la cité et les
exigences d’un contrôle territorial délicat dans cette région intérieure de la Carie », cf. FERNOUX H.-L., 2011,
Le Demos et la cité, p. 170.
21
MAMA VIII 408 (règne de Claude ?) : décret de consolation pour la famille de Titus Antonius Lysimachos :
« Ἔδοξεν τῇ βουλῇ [κα]ὶ [τ]ῳ [δήμῳ. γ]νώμη ἀρχόντων καὶ Υψικλέους τοῦ Υψικλ[έ]ους τοῦ Μενάνδρου
[γ]ραμ[μα]τέως δήμου καὶ Μενίππου τοῦ Τειμοκλέους τοῦ Πολεμάρχου τοῦ ἐπὶ τῆς χώρας στρατηγοῦ » (l. 1-3) ;
MAMA VIII 414 (début du IIe s. apr. J.-C.) : décret honorifique posthume pour Praxitélès : « [Ἔδοξεν τῇ βουλῇ
καὶ τ]ῷ δήμ[ῳ] [γνώμη ἀρχόντω]ν καὶ Ἀρτεμι[δώρου τ]οῦ Ἀ[ρτε]μιδώρου τοῦ [Νεικοτ]είμου (?) γραμματέως
δή[μου καὶ] Φιλίππου τοῦ Ἀρτεμιδώ[ρου] παραφύλακος » (l. 1-6) ; voir aussi le décret posthume de la boulè et
du peuple d’Aphrodisias en l’honneur de Tatia Attalis, cf. REYNOLDS J. et ROUECHÉ Ch., 1992, « The Funeral of
Tatia Attalis of Aphrodisias », Ktèma, 17, p. 153-160, spécialement p. 55 (= Th. REINACH, RÉG, 19, 1906, p. 93-
96, n° 9) : [Εἰσηγησ]αμένης τῆς βουλῆς,∙ [ἔ]δ̣οξε [τῷ δήμῳ, γνώμη] ἀρχόντων καὶ Ζήνωνος τοῦ Ὑψικλέους το[ῦ
Ζήνωνος τοῦ Ὑψικλέ]ους τοῦ Μενάνδρου τοῦ Ζήνωνος γραμμα̣[τέως δήμου τὸ δεύ]τερον, καὶ Ἀπολλωνίου τοῦ
Δημητρίου τοῦ Ἀ̣[πολλωνίου τοῦ Δημη]τρίου, καὶ Διογένους τοῦ Διογένους τοῦ Μενά̣[νδρου τοῦ Διογένους?
τῶν] ἐπὶ τῆς χώρας στρατηγῶν » (l. 1-6). On constate une composante fixe du bureau de l’Assemblée, à savoir
les archontes et le secrétaire du peuple, autour de laquelle gravitaient d’autres éléments comme le stratège du
territoire (MAMA VIII 408 et J. REYNOLDS et Ch. ROUECHÉ, 1992, Ktema, 17, p. 153-160 = Th. REINACH, 1906,
RÉG, 19, p. 93-96, n° 9) et le paraphylaque (MAMA VIII 414). Dans le décret de consolation (?) pour la famille
de Tatia Attalis, il apparaît que la motion a été « introduite » dans la boulè par les bouleutes eux-mêmes et que le
texte fut ensuite proposé au vote de l’Assemblée par les archontes, le secrétaire du peuple et les stratèges du
territoire, cf. FERNOUX H.-L., 2011, Le Demos et la cité, p. 221, note 192 et P. J. RHODES, 1997, The Decrees
of the Greek States, p. 558.
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22
MAMA IX List, p. 179, n° P27 (= CIG 3831a14(a) ; LBW 857 ; IGR IV 582) : « [ψήφισμα τ]οῦ δήμου τοῦ
Αἰζαν[ειτῶν]. [ἐπὶ ἀρχόντων — — ἐπὶ τῆς ε]ὐκοσμίας ἄρχοντος διὰ βίου καὶ Μηνοφί[λου — — ] [— — — καὶ
Τιβε]ρίου Κλαυδίου Εὐδόξου υἱοῦ, Κουιρείνᾳ, Εὐδ[όξου καὶ — — ] — — — Ζεύξιδος » (l. 1-4).
23
Ainsi, à Prousias de l’Hypios, le collège des cinq archontes, élu par le Conseil puis par le peuple, constituait le
bureau des assemblées ; il en est de même à Nicée où le collège des archontes composait, avec le secrétaire et
l’endicos (ou ekdikos) à vie le bureau qui présidait les assemblées délibératives, cf. FERNOUX H.-L., 2004,
Notables et élites des cités de Bithynie aux époques hellénistique et romaine (IIIe siècle av. J.-C. - IIIe siècle ap.
J.-C.). Essai d’histoire sociale, Lyon, Maison de l’Orient et de la Méditerranée, « Collection de la Maison de
l’Orient méditerranéen, 31. Série épigraphique et historique, 5 », p. 323.
24
RÉMY B., 1989, Les carrières sénatoriales dans les provinces romaines d’Anatolie au Haut-Empire (31 av. J.-
C.–284 ap. J.-C.) : Pont-Bithynie, Galatie, Cappadoce, Lycie-Pamphylie et Cilicie, Istanbul - Paris, Institut
Français d’Études Anatoliennes et Éditions Divit - Maisonneuve, Collection « Varia Anatolica, 2 », p. 44-45.
25
CUVIGNY M., 1994, Dion de Pruse, Discours bithyniens (discours 38-51), traduction, introduction, notices et
commentaire, Besançon, Faculté des lettres et sciences humaines, Collection « Annales littéraires de l’Université
de Besançon ; 520. Centre de recherches d’histoire ancienne ; 129 », Discours 48, 5 et suiv., p. 155-162. Au sujet
de la charge de premier archonte assumée à cette date par Dion, cf. C. VIELMETTI, 1941, « I Discorsi Bitinici di
Dione Crisostomo », Studi italiani di Filologia classica, 18, p. 89-108, spécialement p. 97. Par ailleurs, Dion de
Pruse (vers 101 après J.-C.), sollicité par ses concitoyens pour donner son avis au sujet du règlement d’un conflit
entre sa cité (Pruse) et sa voisine Apamée-Myrléa en Bithynie, avait ainsi apporté son appui à une proposition
qui allait dans ce sens et qui procédait d’une initiative individuelle soutenue par le premier archonte de cette
année-là, cf. M. CUVIGNY, 1994, Dion de Pruse, Discours bithyniens (discours 38-51), Discours 40, 20, p. 63 ;
FERNOUX H.-L., 2004, Notables et élites des cités de Bithynie, p. 325. Ce personnage exerçant le premier
archontat serait non seulement le président du bureau de l’Assemblée de la cité, mais également le proposant
probable de la motion (FERNOUX H.-L., 2011, Le Demos et la cité, p. 216).
26
Cf. IG XII.1, 762 (Sardes). Il en est de même pour les cités grecques bithyniennes où les membres du collège
des archontes, constituant la principale composante du bureau, avaient un mandat d’un an, l’itération étant
permise (cf. FERNOUX H.-L., 2004, Notables et élites des cités de Bithynie, p. 323).
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de présider le conseil27, en l’occurrence la boulè. Les boulai des cités grecques anatoliennes
étaient généralement composées de notables locaux recrutés notamment parmi les anciens
magistrats, du moins à partir de la basse époque hellénistique. Pendant l’époque impériale, le
phénomène de « l’oligarchisation » des régimes locaux s’accentua, probablement sous
l’influence romaine. D’ailleurs, à partir de la Lex Pompeia de 64-62 avant J.-C., on note une
rupture incontestable dans l’histoire institutionnelle des cités grecques de Bithynie à travers
notamment une réorganisation de l’intérieur des conseils locaux28. En effet, la loi pompéenne
retenait deux conditions pour entrer dans les boulai des cités de la province de Bithynie-Pont :
l’exercice préalable d’une magistrature et un âge minimum requis de trente ans pour entrer
dans le Conseil local29. Ainsi, dans plusieurs cités bithyniennes, les archontes sortis de charge
accédèrent, comme d’autres magistrats, dans les boulai. En effet, la voie de la cooptation était
le seul moyen d’accéder à ces conseils constitués en ordres fermés, dont les censeurs tenaient
la liste30.
Vers le début du IIe siècle après J.-C., les archontes semblent avoir servi de bureau
directeur de la boulè, du moins ils constituaient l’une des composantes de ce bureau à côté du
secrétaire (grammateus), dans plusieurs cités anatoliennes notamment en Bithynie. En effet, il
ressort de deux paragraphes du Discours 50 de Dion de Pruse31 que le collège des archontes
constituait le bureau directeur des Assemblées (l’Assemblée du peuple et du Conseil) de la
cité de Prousa de l’Olympe, où le premier archonte faisait office de prostatès (président) de la
boulè et ses collègues lui servaient probablement d’assesseurs. À Prousias de l’Hypios,
pendant la période impériale, le premier archonte dirigeait, avec l’assistance de ses quatre
collègues archontes, le bureau de l’ecclèsia et de la boulè32. En Lydie, un décret du IIe siècle
après J.-C. de la corporation des teinturiers (les βαφεῖς) de Thyatire en l’honneur d’un certain
Marcus fils de Ménandros33, l’ἀντάρχων βουλῆς, δήμου β´, montre que ce dernier était
27
JONES A. H. M., 1966, The Greek City from Alexander to Justinian, 2e édition, Oxford, Clarendon Press, p.
166.
28
FERNOUX H.-L., 2004, Notables et élites des cités de Bithynie, p. 130-131. Pour un tableau de la vie
politique et institutionnelle des cités grecques bithyniennes, cf. T. BEKKER-NIELSEN, 2008, Urban life and local
politics in Roman Bithynia : the small world of Dion Chrysostomos, Aarhus - Lancaster - Oakville, Aarhus
University Press, Collection « Black Sea studies, 7 », p. 61-97.
29
FERNOUX H.-L., Le Demos et la cité, p. 351. Voir aussi Pline le Jeune, Lettres, X, 79, 1. Dès lors, « le
conseil, dans chaque ville, fut alors formé de l’aristocratie locale, des magistrats sortis de charge, et ses membres
étaient désignés à vie » (CHAPOT V., 1904, La province romaine proconsulaire d’Asie, p. 196).
30
FERNOUX H.-L., 2011, Le Demos et la cité, p. 352.
31
CUVIGNY M., 1994, Dion de Pruse, Discours bithyniens (discours 38-51), 50, 7 et 10, p. 179-181.
32
I. Prusias ad Hypium 38. Voir aussi FERNOUX H.-L., 2004, Notables et élites des cités de Bithynie, p. 323.
33
FOUCART P.-Fr., 1887, « Exploration de la plaine de l’Hermus par M. Aristote Fontrier », BCH, 11, p. 79-107,
spécialement p. 100, n° 23 (= TAM V.2, 991). P.-Fr. FOUCART souligne l’importance des corporations d’artisans
qui témoigne le développement industriel grandissant de Thyatire dans l’Antiquité (ibid., p. 100-101). En effet,
de nombreuses corporations d’artisans furent attestées à Thyatire : il s’agit des potiers – travailleurs de la poterie
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(κεραμεῖς) : CIG 3485 ; des boulangers (ἀρτοκόποι) : CIG 3498 ; des corroyeurs ou tanneurs (βυρσεῖς) : CIG
3499 ; des travailleurs du lin – ou tisserands (λινουργοί) ; des forgerons – travailleurs du fer, du cuivre et de
l’airain (χαλκεῖς χαλκότυποι) : M. A. CLERC, 1886, « Inscriptions de Thyatire et des environs », BCH, 10, p.
398-423, spécialement p. 407, n° 10 ; des cordonniers (σκυτοτόμοι) : M. A. CLERC, 1886, BCH, 10, p. 421-422,
n° 31. Sur les métiers du textile en Asie Mineure aux époques hellénistique et romaine, cf. G. LABARRE et M.
Th. LE DINAHET, 1996, « Les métiers du textile en Asie Mineure de l’époque hellénistique à l’époque
impériale », Aspects de l’artisanat du textile dans le monde méditerranéen (Égypte – Grèce – Rome), Lyon,
Université Lumière-Lyon 2, « Collection de l’Institut d’Archéologie et d’Histoire de l’Antiquité », p. 49-115,
spécialement p. 79-80, n° 22.
34
LÉVY I., 1899, RÉG, 12, p. 270, note 5.
35
À ce propos, un décret honorifique mutilé et daté du tout début du I er siècle apr. J.-C. de la cité de Nysa en
Carie indique que le personnage honoré par ledit texte avait été simultanément premier archonte et président de
la boulè, cf. cf. G. A. RADET, 1890, BCH, 14, p. 232-233, n° 4. En Ionie, un texte épigraphique de la cité
d’Érythrées, datant de la période impériale romaine, nous fait savoir que la même personne avait cumulé les
fonctions d’archonte et de boularque, cf. I. Erythrai und Klazomenai 66 ; W. PEEK, 1976, « Epigramme aus
Erythrai », ZPE, 23, p. 82-86, spécialement p. 82.
36
FERNOUX H.-L., 2011, Le Demos et la cité, p. 157-158. Le respect du calendrier des séances régulières
constituait la principale règle formelle, à quoi s’ajoutent des réunions exceptionnelles dictées par des
circonstances particulières.
37
FERNOUX H.-L., 2011, Le Demos et la cité, p. 158.
38
Dans son Discours 50, Dion de Pruse relate les vives protestations qui ont été soulevées par la non-
convocation en assemblée de la boulè par les archontes, cf. M. CUVIGNY, 1994, Dion de Pruse, Discours
bithyniens (discours 38-51), 50, 10, p. 181. En effet, le fils de Dion qui était premier archonte de la cité possédait
le droit exclusif de réunir le conseil et devait, à ce titre, le présider, cf. ibid., p. 181, note 18.
39
CHAPOT V., 1904, La province romaine proconsulaire d’Asie, p. 209-210.
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2- Les relations entre les archontes et les Assemblées dans le vote des
décrets et l’attribution des honneurs aux personnages
Les archontes étaient impliqués, en tant que bureau de l’Assemblée du peuple et du
Conseil, ou encore en tant que principal collège de magistrats, dans la procédure de vote des
décrets en collaboration avec les assemblées populaires. En effet, ils étaient souvent associés
avec les deux assemblées dans les intitulés des décrets des cités grecques d’Asie Mineure,
notamment sous la période impériale romaine. Constatant le rôle essentiel des magistrats qui
composaient le bureau de l’Assemblée du peuple, H.-L. Fernoux, dans sa contribution au
colloque international consacré aux Transferts culturels et droits dans le monde grec et
hellénistique, estime que l’autorité des magistrats sur l’Assemblée a été renforcée par la
nature des procédures d’élection et de contrôle dont ils font l’objet à partir de la période
impériale43.
Dès la période hellénistique, les archontes apparaissent comme les proposants des
textes soumis à la boulè et à l’Assemblée du peuple et dont l’approbation aboutit en décrets
40
FERNOUX H.-L., 2004, Notables et élites des cités de Bithynie, p. 325 ; voir aussi FERNOUX H.-L., 2011,
Le Demos et la cité, p. 158 : « Au bureau incombaient en effet l’introduction de l’ordre du jour des réunions et la
proposition des textes à discuter, de sorte qu’il jouait un rôle essentiel dans l’orientation future des débats en
réceptionnant les textes qui seraient soumis à discussion ».
41
FERNOUX H.-L., 2011, Le Demos et la cité, p.182 et suiv.
42
FERNOUX H.-L., 2011, Le Demos et la cité, p. 194, souligne en effet que l’action des magistrats dans
l’activité de l’Assemblée du peuple, qu’ils fassent partie du bureau ou qu’ils soient dans les gradins, était
incontournable et essentielle.
43
FERNOUX H.-L., 2012, « Le rôle du démos dans les procédures de décision dans les cités d’Asie Mineure à
l’époque impériale », p. 469. Il écrit à juste titre que les magistrats composant le bureau jouent « un rôle essentiel
dans l’orientation future des débats en réceptionnant les textes qui seraient soumis à discussion ». Sur le rôle du
bureau de l’Assemblée du peuple, cf. FERNOUX H.-L., 2011, Le Demos et la cité, p. 158.
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honorifiques ou en décrets accordant des privilèges aux notables. Ainsi, le peuple de la cité de
Lampsaque en Troade adopta un décret, daté vers 200 avant J.-C., accordant la proxénie et
d’autres privilèges (l’atélie et l’asylie) à un personnage (inconnu) et à sa descendance. Ledit
décret a été introduit et mis aux voix par le collège des archontes, qui semble constituer le
bureau de l’Assemblée du peuple44. Dans une inscription de la cité d’Adramyttion en Mysie,
datée de 106 avant J.-C., on voit apparaître les archontes dans la formule de proposition du
long décret honorifique en l’honneur du juge Timocritos fils de Sôklès et de son secrétaire
Iphikratès fils de Isochrysos45. Le projet de décret, c’est-à-dire la prographè, rédigé par les
archontes, qui constituent probablement le bureau de la boulè et de l’Assemblée du peuple,
était soumis dans un premier temps à la première instance pour approbation et, dans un
second temps, le rapport de la boulè (probouleuma) fut introduit en séance de l’Assemblée
qui, à son tour, examina et adopta le texte du décret.
Un décret honorifique voté par la cité de Cyzique en Mysie, en 37 après J.-C., en
l’honneur de Tryphaina et ses fils, est très riche en enseignements dans les rapports entre les
archontes et l’Assemblée du peuple46. Le texte, dont les « introducteurs » sont les archontes et
le proposant officiel le secrétaire du conseil, qui était en même temps le porte-parole des
archontes, rappelle dans les considérants comment le peuple avait « ordonné aux archontes de
déposer un décret de bienvenue » en l’honneur de leur bienfaitrice et de sa famille47. Ainsi, il
y aurait eu une discussion pendant une première assemblée au cours de laquelle il a été décidé
de voter un décret de bienvenue pour Tryphaina, à la suite d’un vote solennel du peuple qui
demandait aux archontes de rédiger le projet de décret et de le présenter à une session
ultérieure de l’Assemblée. Dans le deuxième quart du Ier siècle après J.-C., l’Assemblée du
peuple de Cyzique, voulant prendre des mesures de consolation en faveur de la famille de la
44
I. Lampsakos 3. Voir aussi H. SWOBODA, 1971, Die Griechischen Volksbeschlüsse, p. 157.
45
IG XII.5, 722, l. 23-44 ; G. REGER, 1990, « The Decree of Adramytteion for an Andrian Dikast and his
Secretary (I.G. XII 5.722, 23-44) », EA, 15, p. 1-6, spécialement p. 2 : « Τιμοκρίτου τοῦ Σωκλέους δικαστοῦ καὶ
Ἰφικράτου τοῦ Ἰσοχρύσου γραμματέως ἀρχόντων γνώμη περὶ ὧν προεγράψαντο καὶ ἡ βουλὴ προεβούλευσεν· »
(I, l. 1-4) ; cf. aussi H. SWOBODA, 1971, Die Griechischen Volksbeschlüsse, p. 156-157.
46
IGR IV, 145 ; Syll3 798 ; A. LA ROCCA, 2005, « Diritto di iniziativa e potere populare nelle assemblee cittadine
greche », Fr. AMARELLI (éd.), Politica e partecipazione nelle città dell’impero romano, L’Erma di
Bretschneider, Collection « Saggi di storia antica, 25 », Rome, p. 93-118, spécialement p. 106.
47
IGR IV 145 (= Syll3 798). Voir aussi FERNOUX H.-L., 2011, Le Demos et la cité, p. 197, qui propose une
traduction du passage : « [Attendu que] le Peuple, considérant favorablement leur venue, a enjoint avec la plus
grande célérité aux archontes d’introduire en leur honneur un projet de décret de bienvenue, par lequel ils
rendront hommage, à travers eux, à leur mère Tryphaina, qui veut en leur nom accorder des bienfaits à la cité, et
rendront manifeste l’attitude du peuple à leur égard […] » (l. 15-18) et FERNOUX H.-L., 2012, « Le rôle du
démos dans les procédures de décision dans les cités d’Asie Mineure à l’époque impériale », p. 472-473.
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défunte Apollonis, ordonna à tous les magistrats de la cité, dont les archontes, de préparer un
décret prévoyant des mesures spécifiques48.
H.-L. Fernoux constate que la rédaction des textes initiés par l’Assemblée du peuple et
qui seront votés par elle sans consultation du Conseil était toujours laissée aux soins des
membres du bureau de l’Assemblée car, pendant l’époque impériale, les textes ne
mentionnent jamais un proposant qui ne soit pas un magistrat49. Toutefois, A. La Rocca
soutient que cette indication n’est que purement formelle, d’autant plus que la mention du
magistrat ne permet que d’officialiser et de valider une démarche ouverte éventuellement par
un particulier (simple citoyen)50. La boulè et le peuple de la cité d’Aphrodisias décernèrent à
travers un vote unanime de l’Assemblée du peuple un décret mutilé de l’époque impériale
accordant les premiers honneurs à un citoyen qui a présidé avec éclat en qualité de néope le
sacrifice en l’honneur de la déesse de la cité (Aphrodite). La motion aurait été introduite
auprès de la boulè et de l’Assemblée du peuple par le collège des cinq archontes et le
secrétaire du peuple, dont les noms complètent à partir de la ligne 12 le texte épigraphique51.
En plus, les archontes apparaissent dans les dédicants en association avec le Conseil et
l’Assemblée du peuple dans le cadre des décrets honorifiques adoptés par certaines cités
anatoliennes. Ce qui laisse croire qu’ils faisaient partie des auteurs des dédicaces adressées
aux autorités impériales et aux bienfaiteurs locaux. Ainsi, une dédicace de la cité de
Sébastopolis-Héracléopolis du Pont, datée de 137 après J.-C., en l’honneur de l’empereur
Hadrien et au César Lucius Aelius pendant le gouvernement de Lucius Flavius Arrianus
(Arrien), légat propréteur de Cappadoce de 131/132 à 136/137 après J.-C.52, est effectuée par
les archontes, la boulè et l’Assemblée du peuple53. Une autre inscription de la même cité,
48
SÈVE M., 1979, « Un décret de consolation à Cyzique », BCH, 103, p. 327-359, spécialement 327 et suiv. ;
voir aussi FERNOUX H.-L., 2011, Le Demos et la cité, p. 197, qui propose une traduction du passage :
« [Attendu que] le Peuple (?) est durement affligé par le deuil (?) et qu’il faut, selon lui, apporter consolation
[…….] son mari et ses enfants [……] par reconnaissance pour les qualités de celle-ci, et lui accorder les
honneurs appropriés ; pour ces raisons, le peuple, s’étant rassemblé […..], a ordonné à tous les magistrats
d’introduire les honneurs qui lui reviennent ».
49
FERNOUX H.-L., 2011, Le Demos et la cité, p. 199. Selon ce dernier (cf. ibid., note 143), le seul exemple de
motion déposée par un particulier et officialisée par sa mention dans un décret qui dérogerait à la règle est un
texte présenté à la boulè et au peuple par Hermès fils d’Aristoclès Molossos à Aphrodisias de Carie dans le I er s.
apr. J.-C. (cf. LBW 1611).
50
A. LA ROCCA, 2005, « Diritto di iniziativa e potere populare nelle assemblee cittadine greche », p. 115.
51
Th. REINACH, 1906, RÉG, 19, p. 97-98, n° 12 ; IAph2007, 12.1104. Le néope était un magistrat chargé d’une
responsabilité religieuse liée à un temple, à un sanctuaire majeur, dont il assurait la gestion des dépenses.
52
Cf. B. RÉMY, 1989, Les carrières sénatoriales, p. 213, n° 169.
53
L. RENIER, 1875, « Une inscription grecque découverte à Soulou-Séraï en Asie », CRAI, 19ᵉ année, n° 3, p.
184-185, spécialement p. 184 ; L. RENIER, 1877, « Sur une inscription grecque relative à l’historien Flavius
Arrianus », RA, Nouvelle Série, 33, p. 199-205, spécialement p. 201 ; voir aussi IGR III 111 et B. RÉMY, 1985,
« L’activité des fonctionnaires sénatoriaux dans les districts du Pont au Haut-Empire d’après les inscriptions »,
RÉA, 87 (Journées d’Études sur l’Asie Mineure, Bordeaux, 1986), p. 219-225, spécialement p. 223.
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datée en 199/200 après J.-C., montre que le collège des archontes était inclus dans les
dédicants d’un décret honorifique en l’honneur de Julia Domna, considérée comme la « mère
des camps »54. B. Rémy estime d’ailleurs que « la dédicace au nom des archontes, du conseil
et du peuple est la formule la plus couramment employée (avec quelques variantes mineures)
à Sebastopolis-Heracleopolis dans les inscriptions gravées en l’honneur des membres de la
famille impériale »55. Les archontes présidés par l’archonte éponyme sont mentionnés dans les
deux cas aux côtés du Conseil et du peuple de Sébastopolis-Héracleopolis du Pont. Ces trois
institutions constituent en effet les principaux organes de l’administration locale de la cité.
Dans le premier décret, le chef du collège des archontes, Julius Potitus, assume en même
temps la fonction de magistrat éponyme de la cité et il avait été mentionné comme Pontarque
dans un autre décret, où il figure comme l’auteur de la dédicace56.
Selon Arnold H. M. Jones, qui retient que l’auteur officiel d’un décret n’est
généralement pas la personne comparaissant ou présentant ledit décret devant le Conseil, la
procédure habituelle était qu’un membre du Conseil ou un magistrat ou encore une
commission investie des pouvoirs requis devait formellement proposer une résolution au sens
de la proposition57. En effet, un décret de la cité de Mylasa (en Carie) en l’honneur du peuple
et des juges venus de Colophon pour l’arbitrage d’un litige judiciaire démontre que les
archontes, constituant le bureau qui présidait alors le Conseil de ladite cité, étaient les
proposants officiels du projet de décret58. Cependant, selon Philippe Gauthier, ledit décret
avait été élaboré par un citoyen nommé Iason qui « le présenta sans doute à l’un des trois
archontes (un par tribu), qui présidaient le Conseil et l’Assemblée (l’un d’eux ayant le titre
d’épistate) »59. Pour lui, les archontes étaient ainsi censés approuver légalement le texte
proposé par un simple citoyen (chose qui est nécessairement délivrée par les présidents de
l’Assemblée) et le soumettre successivement aux deux organes délibératifs 60. Bref, les
54
De JERPHANION G., 1908, « Inscriptions d’Asie Mineure (Pont, Cappadoce, Cilicie) », MFO, 3, p. 437-478,
spécialement p. 453, n° 16 (photo, pl. XVIII) ; T. B. MITFORD, 1991, « Inscriptiones Ponticae – Sebastopolis »,
ZPE, 87, p. 181-243, spécialement p. 233-234, n° 44.
55
RÉMY B., 1991, « Deux inscriptions du Pont en l’honneur de L. Aelius Caesar », dans B. RÉMY, Pontica I.
Recherches sur l’histoire du Pont dans l’Antiquité, Institut Français d’Études Anatoliennes, Collection « Varia
Anatolica, 5 », Istanbul, p. 97-115, spécialement p. 104.
56
MITFORD T. B., 1991, ZPE, 87, p. 233-234, n° 44 et p. 211-212, n° 19 (= IGR III 116 ; R. FLACELIÈRE, J. et L.
ROBERT, Bulletin épigraphique, 1938, p. 471, n° 478).
57
JONES A. H. M., 1966, The Greek City from Alexander to Justinian, p. 164.
58
PH. GAUTHIER, 1999, RÉG, 112, p. 18, n° II, l. 30-31. Ce décret, datant approximativement du milieu du III e
siècle avant J.-C., accordait spécialement aux cinq juges et à leurs descendants le droit de cité, la proxénie, la
proèdrie comme bienfaiteurs, ainsi que l’exemption de la taxe (atélie), cf. Ph. GAUTHIER, 1999, RÉG, 112, p. 29
et suiv. (pour la datation du texte) et p. 19 (traduction du décret)
59
Ph. GAUTHIER, 1999, RÉG, 112, p. 23.
60
Ph. GAUTHIER, 1999, RÉG, 112, p. 23. Dans le présent cas, l’archonte réceptionna donc le projet de décret
élaboré par le citoyen, l’approuva et le soumit aux organes délibératifs pour vote et adoption.
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archontes, représentant la plus haute magistrature dans certaines cités grecques anatoliennes,
étaient souvent associés avec les Assemblées dans les documents officiels qui font allusion à
l’attribution des honneurs accordés aux notables locaux, auteurs d’actes de bienfaisance
envers la cité, ou encore aux autorités de l’administration impériale.
61
ROBERT L., 1937, Études anatoliennes : recherches sur les inscriptions grecques de l’Asie Mineure, Paris, De
Boccad, Collection « Études orientales, 5 », p. 100 et suiv. Le contreseing désigne une deuxième signature
destinée à authentifier, valider, la signature principale.
62
FERNOUX H.-L., 2011, Le Demos et la cité, p. 237.
63
ROBERT L., 1937, Études anatoliennes, p. 101-102 (Plarasa) : à Plarasa, les archontes cités au bas du décret en
compagnie du secrétaire du peuple et du paraphylaque « ont dû signer l’acte et le sceller de leur sceau ». Dans le
texte de Mylasa, on voit que le verbe ὑπογράφειν (mettre sa signature au bas) permet d’annoncer l’acte
d’authentification par les noms de personnages qui précèdent le verbe (I. Mylasa 522) ; alors que, dans le texte
de Plarasa (Aphrodisias), les noms des magistrats signataires sont mentionnés seuls au bas du décret. Par ailleurs,
on voit à Éphèse les stratèges accomplir le même rôle d’authentification d’un décret de la cité pour des
médecins. Dans ce décret, les stratèges étaient chargés de signer le texte définitif issu des suffrages, dont la
rédaction revenait aux dogmatographes, cf. I. Ephesos 4101a.
64
FERNOUX H.-L., 2011, Le Demos et la cité, p. 239. À Aphrodisias, le bureau de l’Assemblée était également
composé de deux archontes, du secrétaire du peuple et du paraphylaque au début du II e s. apr. J.-C., cf. MAMA
VIII 414.
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engageaient leur responsabilité pour la suite ; il est donc naturel qu’à la fin de la chaîne ils
l’engagent à nouveau pour valider l’ensemble de la procédure65.
En dehors de leur présence dans le bureau de l’ecclèsia et du conseil ou encore de leur
implication dans la procédure d’adoption des décrets, les archontes des cités grecques
anatoliennes jouaient, toujours dans le cadre de leur collaboration avec les Assemblées, un
rôle très considérable dans la mise en œuvre des décrets honorifiques et des tituli honorarii
adoptés par les instances délibératives (ecclèsia, boulè et gérousia). En effet, les archontes
faisaient partie de ces collèges de magistrats qui se voyaient déléguer par leur cité, notamment
l’Assemblée du peuple, le fait d’assurer, en tant qu’épimélètes, la gravure et l’érection des
stèles et statues honorifiques et l’exécution des travaux de construction publique (routes,
bâtiments, etc.). H.-L. Fernoux souligne que les instances publiques étaient davantage portées
à assumer la responsabilité de l’ensemble du processus dans le cadre des honneurs conférés à
l’autorité impériale, d’autant plus que les relations entre la cité et le Prince constituaient un
enjeu primordial66. Ainsi, de nombreux collèges de magistrats, dont les archontes, furent
particulièrement chargés le soin d’appliquer ou de superviser les décisions prises par les
organes délibératifs comme l’érection des statues, dont le financement pouvait être supporté
par les magistrats eux-mêmes ou encore provenir des fonds publics de la cité.
Or, les instances délibératives des cités étaient pour la plupart à l’origine de ces projets
de réalisations de statues en l’honneur des notables locaux ou des autorités impériales. Il
ressort donc que les fonctionnaires chargés d’assurer le suivi des décisions prises furent
généralement délégués par les Assemblées (ecclèsia et boulè). Quelques textes épigraphiques
nous permettent d’étayer ce propos. En effet, une inscription honorifique de la boulè et du
peuple de Cyzique, en Mysie, en l’honneur de Dioclès fils de Théopompos indique que ce
dernier avait été honoré d’une couronne dorée perpétuelle dans les concours gymniques
célébrés annuellement et par la dédicace d’une image en bronze (probablement une statue ou
un portrait) dans l’entrecolonnement du bâtiment du Conseil (bouleutérion) ; la proclamation
annuelle de la couronne était assurée par le collège des archontes67.
En Carie, une inscription du IIe siècle après J.-C. montre que la cité d’Amyzon, qui
avait dû assumer l’exécution et les frais de construction de la partie de la route reliant Éphèse
à Magnésie du Méandre dans la province romaine d’Asie, avait chargé la surveillance des
65
FERNOUX H.-L., 2011, Le Demos et la cité, p. 239.
66
FERNOUX H.-L., 2011, Le Demos et la cité, p. 250.
67
ROBERT L., 1978, « Documents d’Asie Mineure », BCH, 102, p. 395-543, spécialement p. 452-460 (= IMT
Kyz Kapu Dağ 1443 ; SEG XXVIII 952). L’inscription date de la deuxième moitié du IIe s. av. J.-C. Selon le
document épigraphique, le personnage fut honoré pour sa valeur et sa justice à l’égard de la communauté.
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68
KEIL J., « Neue Inschriften aus dem Gebiete von Magnesia a. M. », JÖAI, 13, 1910, Beiblatt, p. 76-80 ; J. et L.
ROBERT, 1983, Fouilles d’Amyzon en Carie, tome I, Exploration, histoire, monnaies et inscriptions, Paris, De
Boccard, p. 31-32, n° 1.
69
SEG XXVI 1219 ; IAph2007, 8.84.
70
La statue honorifique pour Marcus Aurelius Onésimos a été érigée par les archontes Tiberius Claudius
Tatianos, Marcus Aurelius Ménémakhos et Tiberius Claudius Artémas, cf. LBW 612 (= W. DÖRPFELD,
« Funde », MDAI(A), 22, 1897, p. 476-486, spécialement p. 484-485 ; I. Tralleis und Nysa 67). Le monument en
l’honneur de Trajan fut élevé par le secrétaire Tiberius Claudius Minnos et les archontes Philouménos fils
d’Epaphras, Kharmosynos fils d’Héracleidès et Apollonios fils de Apollonios, qui étaient en réalité les membres
du bureau de ladite gérousia, cf. A. E. CONTOLÉON, 1886, « Epigraphai Klarou, Phokaias, Tralleon, Nysis,
Thyateiron », BCH, 10, p. 514-521, spécialement p. 516-517, n° 7 (= I. Tralleis und Nysa 41).
71
E. VARINLIOGL̆ U, « Inscriptions from Erythrae », ZPE, 44, 1981, p. 45-50, spécialement p. 49-50, n° 3 ; SEG
XXXI 970. Le collège des archontes qui avait assuré l’élévation du monument était composé de Titus Flavius
fils de Khærèmôn, Aurelius Mènoga et Pomponius Eirènæos. Dans la même cité, toujours pendant l’époque
impériale, les archontes [..?] Philônidès Artéma et Ménandros avaient assuré, à la suite d’une décision de la
gérousia, l’érection d’une statue honorifique en l’honneur d’un certain Pherekleidès avec les fonds publics de la
cité, cf. LBW 53 ; I. Erythrai und Klazomenai 105.
72
J. KEIL et A. von PREMERSTEIN, 1914, Bericht über eine zweite Reise in Lydien : und den angrenzenden
Gebieten ioniens, Vienne, A. Hölder, p. 106-107, n° 162 (= I. Ephesos 3412).
73
Milet I.7, 230 ; SEG IV 425. Le collège des archontes de cette année-là était composé de Marcus Ulpius, de
Flavianus Damas, de Gaius Cossutius, de Fronton fils de Dionysios lui-même fils d’Eumachos, d’Apollônios fils
d’Hépigonos, de Diodôros fils de Diodôros et de Sôsos fils d’Adrastos.
74
H. W. PLEKET, 1978-1979, « New inscriptions from Lydia », Talanta, 10-11, p. 74-91, spécialement p. 79-81,
n° 5 (= SEG XXIX 1156). La supervision a été assurée par Claudius Florus, qui était prêtre de Zeus Polieus,
archonte pour la deuxième fois, néocore du temple des Augustes et prêtre de la déesse Rome, et ses collègues
archontes Sôsthénès fils de Ménékratès et Apollônios fils d’Apollônios. Zeus Polieus était la divinité protectrice
de la cité de Daldis, cf. BMC Lydia, p. 69, n° 2 ; p. 70, n° 6 et 9 et p. 72, n° 17, on retrouve Zeus Lydios qui
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Septime Sévère fut honoré, entre 193 et 211 après J.-C., par la cité de Magnésie du Sipyle à
travers une statue qui a été élevée par le premier archonte Hermogénès fils de Karikos75. En
Phrygie, une statue honorifique dédiée à l’empereur Septime Sévère entre 199-210 après J.-C.
par la cité de Brouzos avait été érigée par le collège des archontes présidé par Apellis, fils
d’Apellis et petit-fils de Lucius, et ses collègues Scipion fils de Scipion, Polliôn et Apollônios
Papias76. Dans la cité d’Apamée en Phrygie, le collège des archontes composé de Valerius
Corvinus et de Valerius Fronto était chargé de l’érection de la statue honorifique consacrée
par la gérousia en l’honneur de Claudia Lorentia, qui fut grande-prêtresse du culte impérial de
la province romaine d’Asie77. En Paphlagonie, quelques textes épigraphiques attestent
l’érection par les archontes des statues décernées aux autorités impériales romaines78.
Conclusion
En guise de conclusion, nous pouvons retenir que le collège des archontes entretenait
divers rapports avec les instances délibératives des cités grecques anatoliennes. En effet, les
archontes, en tant que membres du bureau de l’Assemblée du peuple et/ou du Conseil,
jouaient un rôle considérable dans l’organisation et le fonctionnement des Assemblées : ils
avaient ainsi la charge de convoquer les Assemblées, de les présider et de diriger les débats et
les votes. Ainsi, les archontes se retrouvèrent en étroite collaboration avec les celles-ci,
particulièrement dans les procédures de vote et d’adoption des décrets. À partir de l’époque
désigne la divinité protectrice de la cité. La dénomination Zeus Polieus semble être sa plus récente appellation
(H. W. PLEKET, 1978-1979, Talanta, 10-11, p. 81). Le texte épigraphique nous renseigne par ailleurs que la
prêtrise de Zeus Polieus était assumée par l’un des archontes qui semble être le président dudit collège. Ce
dernier accomplissait en même temps d’autres fonctions liées au culte impérial romain.
75
I. Magnesia am Sipylos 10 (IGR IV 1335 ; TAM V.2, 1361).
76
RAMSAY W. M., 1882, « Les trois villes phrygiennes Brouzos, Hiéropolis et Otrous », BCH, 6, p. 503-520,
spécialement p. 514, n° 1 ; W. M. RAMSAY, 1895-1897, The Cities and Bishoprics of Phrygia, Being an Essay of
the Local History of Phrygia from the Earliest Times to the Turkish Conquest, vol. I, Parts I-II, Oxford,
Clarendon Press, p. 700, n° 634.
77
LEGRAND Ph.-E. et CHAMONARD J., 1893, « Inscriptions de Phrygie », BCH, 17, p. 241-293, spécialement p.
280, n° 79 ; H. BRU, Ü. DEMIRER et N. TÜNER ÖNEN, 2016, « Inscriptions de Pergè », ZPE, 199, p. 65-82,
spécialement p. 72-78, n° 2.
78
MAREK Chr., 1993, Stadt, Ära und Territorium in Pontus-Bithynia und Nord-Galatia, Tübingen, E. Wasmuth,
Collection « Istanbuler Forschungen, 39 », Katalog der Inschriften von Abonuteichos, p. 156, n° 3 : décret
honorifique pour Septime Sévère, datant de 204 apr. J.-C. (Gallus fils d’Avitus, présidant le collège des
archontes pour la 2e fois en charge de l’érection du monument) ; Chr. MAREK, 1993, Stadt, Ära und Territorium
in Pontus-Bithynia und Nord-Galatia, Katalog der Inschriften von Abonuteichos, p. 156, n° 4 : décret
honorifique pour Caracalla, daté entre 213 et 217 apr. J.-C. (la statue fut élevée par le collège des archontes
présidé par le premier archonte Sextus Vibius Diogénès). Les statues honorifiques des empereurs Septime Sévère
et Caracalla furent érigées avec les fonds de la cité par le collège des archontes dirigé par le premier archonte.
Un texte épigraphique de la cité d’Amastris fait également allusion à la consécration d’une statue honorifique, en
190 apr. J.-C., à Ulpius Arabianus, illustre consulaire, légat d’Auguste propréteur de la province de Syrie-
Palestine, qu’érigea son propre ami Aelius Aurelius Marcianus, qui exerçait alors le premier archontat, cf. Chr.
MAREK, 1993, Stadt, Ära und Territorium in Pontus-Bithynia und Nord-Galatia, Katalog der Inschriften von
Amastris, p. 163, n° 16.
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impériale romaine, l’épigraphie montre que les archontes intervenaient parfois après le vote et
l’adoption des textes par l’ecclèsia et la boulè en contresignant (en paraphant) ceux-ci afin de
les donner une validité, une authenticité. En outre, leur rôle dans l’exécution des décisions
prises par les instances de délibération est assez significatif. En effet, de nombreux textes
épigraphiques montrent que les titulaires de l’archontat étaient souvent chargés, comme
épimélètes, de superviser l’érection des statues honorifiques attribuées aux bienfaiteurs des
cités ou aux autorités impériales et d’assurer la surveillance de certains travaux publics
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