Évolution de la responsabilité civile
Évolution de la responsabilité civile
Reconnaitre que les H sont obligés de tenir leur engagement (respecter la parole donnée), de réparer leur faute,
le tort causé semble évident car tout ceci existe depuis Rome et même sans doute avant et permet le maintien
de l’ordre et de la paix dans une société donnée.
Le terme « responsabilité » est apparu assez tardivement et a été consacré au XVIIIe dans le Dictionnaire de
l’Académie Française en 1798. Pour autant, le terme va mettre un certain temps à s’imposer. Le Cciv et de
CPénal n’emploient pas le terme et c’est un mot qui finira par s’imposer au cours du XIXe très
progressivement.
L’adjectif « responsable » qui apparait au M-A est issus de la racine « respons » dont la matrice de cette
dernière est le verbe « respondere ». Au M-A, le responsable est le garant et il y a une très forte
imprégnation morale derrière ce mot.
A la racine respons a été rajouté « -able » ce qui signifie être capable de. Donc les deux termes ajoutés
signifient être capable de répondre, et dans le contexte, de répondre de ses actes.
En revanche, l’idée de responsabilité (répondre de ses actes et réparer le tort) est très ancienne. C’est une
valeur de toutes les cultures puisque la responsabilité permet le bon ordre d’une société.
Il faut ajouter qu’en matière de Rté, la réparation est inséparable de la sanction. Réparer et sanctionner
semblent à l’origine se confondre.
Il faut mesurer tout le chemin que la responsabilité a parcouru, plusieurs choses à remarquer :
- Dans l’ordre juridique actuel, la responsabilité civile se distingue de la responsabilité pénale : dans la
responsabilité pénale, le préjudice est une atteinte à l’OP (à la société). Une atteinte suffisamment grave pour
provoquer une réprobation sociale et pour être érigé en infraction.
La sanction pénale a une fonction répressive et punitive.
- 2Dans la responsabilité civile, le droit cherche à assurer aux individus la réparation de leurs dommages privés
afin de remettre les choses en état. Le but est donc de rétablir l’équilibre qui a disparu du fait du dommage.
La sanction civile est restitutive et indemnisatrice.
- Pendant très longtemps, les deux responsabilités ont été confondu et aujourd’hui encore il existe des interférences
même si on arrive assez bien à les distinguer.
La responsabilité civile depuis quelques années est sous le feu des projecteurs. En effet, le droit de la
responsabilité civile repose aujourd’hui sur 5 articles du CCiv quasiment inchangés depuis 1804. Depuis 1804,
le régime a été enrichi par deux siècles de JP très inventive et abondante à la mesure des changements de la
société (meilleure indemnisation des victimes). Ces articles ne correspondent plus du tout à la réalité de la
responsabilité civile.
2
Depuis le début des années 2000, plusieurs projets de réforme ont vu le jour comme les travaux de Pierre
Catala et Geneviève Viney, du professeur Terré…
Ces réflexions ont abouti à un grand projet de réforme présenté en mars 2017 par le ministère de la Justice et
un projet qui depuis est en attente, son entrée en vigueur étant incertaine.
En 2016 a eu lieu une importante réforme du droit des obligations qui n’a pas touché ou très peu au droit de
la responsabilité.
La commission des lois du Sénat a créé en 2017 une mission d’information afin de préparer la discussion
parlementaire. La mission a rendu le 22/07/2020 un rapport s’intitulant « Responsabilité civile : 23
propositions pour faire aboutir une réforme annoncée ».
Dans ce rapport sont contenus des dispositions faisant consensus, donc il est pensé que ces dernières
pourraient facilement être contenues dans le CCiv. Les rapporteurs font pression sur le fait qu’il ne faut plus
repousser cette réforme afin qu’elle soit enfin concrétisée.
Quelques jours après le dépôt de ce rapport, le 29/07/2020, les sénateurs ont franchi une étape
supplémentaire, ils déposent une proposition de loi visant à réformer la responsabilité civile. Cette proposition
en est toujours à la première étape de lecture devant le Sénat. Les points ne font pas consensus et certains
parmi la doctrine disent que la réforme a perdu une certaine ambition.
Il existe actuellement des réflexions autour d’une unification au niveau européen. Il y a déjà des textes
européens intervenant en matière de responsabilité (ex : environnement). Depuis 1992, on a un groupe de
doctrine, dit « Tilburg » qui s’intéresse à ces questions. Ce groupe a publié un certain nombre d’études,
notamment un ouvrage du nom de « Principes du droit européen de la responsabilité civile ».
Dans cet ouvrage, il y a un exposé des points de convergence en matière de responsabilité, il s’agit de
simuler une discussion parmi les universitaires, praticiens, magistrats, avocats et d’aller vers une
harmonisation européenne qui aurait des bénéfices en termes de sécurité juridique. In fine, essayer d’établir un
système européen de la responsabilité civile.
Pour l’heure, on n’en est pas là, nous en sommes un peu à un point mort, un point de carrefour instauré par un
blocage législatif.
L’intérêt de réformer cette responsabilité, c’est aussi de rendre le droit de la responsabilité
plus cohérent et adapté à la société moderne.
Mme SUTRA Romy
Ce droit de la responsabilité est fascinant car ce droit est un droit vivant, c’est le reflet de la société.
A la fin du XIXe, les accidents du travail, la R° industrielle et d’autres phénomènes font prendre conscience
qu’il existe plus de situations que celles prévues initialement dans le code de 1804. Le droit de la
responsabilité a envahi tout le droit.
Dans le droit romain, seul compte l’acte illicite qui fait naitre au profit de la victime, un droit. Ce droit, on
l’appellera un droit à la vengeance. Cette vengeance sera très tôt remplacée par une composition pécuniaire
qui au départ est librement choisie/consentie mais qui sera progressivement imposée.
On parle dans ce cas de « poena », donc autrement dit de châtiment, on distingue mal la peine de la
réparation.
Lorsqu’une autorité publique forte s’impose à Rome, commence à s’imposer la notion de délit public
s’opposant au délit privé :
- Délit public : on parle de crimina, donc de délit lésant le bien commun, l’IG dont l’E est censé être
le garant (ex : les délits religieux qui sont susceptibles d’attirer sur la société la colère des Dieux).
- Délit privé : on parle de delicta, donc l’offense faite à un particulier, un individu. La peine est
privée et donc au bénéfice de la victime. C’est pour ces délits là qu’on a recours à la vengeance
puis la composition pécuniaire.
Les délits privés sont très nombreux en droit romain et c’est dans l’ordre de ces délits et procès privés que se
situe le cadre de l’essence des fondements anciens de la responsabilité.
Il y a donc des éléments de responsabilité générale et parmi les délits privés de droit romain :
- On retrouve les délits classiques contenus dans la loi des douze tables : on y retrouve l’injuria (acte
commis sans droit), le délit contre les personnes. Ensuite, on retrouve le furtum, c’est l’acte commis contre
les biens (vol, dégradation, maniement sans droit de la chose d’autrui…)…
- On retrouve également d’autres délits : comme le délit de pastu (faire paitre notre animal sur le terrain
d’autrui), le délit arboribus succissis (couper des arbres appartenant à autrui)…
En droit romain, tout est littéral, on peut intenter une action contre le délinquant qui a coupé l’arbre mais
s’il a simplement mis que des coups de hache, cela n’est pas possible.
Si l’action n’est pas prévue par le droit, on ne peut pas obtenir réparation (pas d’action=pas de
droit).
La loi « Aquilia » consacre la notion de dommage causé à autrui injustement. C’est une expression très
générale, mais à l’intérieur de cette loi on retrouve trois situations permettant d’engager la responsabilité qui
donnent lieu à réparation. Les conditions d’engagement de la responsabilité sont limitées en raison de
divers éléments : il faut un contact physique entre la victime et l’auteur du dommage.
On constate une extension successive de ces cas notamment sous l’influence de l’action des prêteurs, les
romains étendent les hypothèses dans lesquelles la responsabilité d’un individu peut être mise en cause.
L’évolution la plus marquée concerne la notion de « faute » (désignée par le terme « culpa ») car elle vient
se distinguer de la notion de « dol ». On en vient à considérer qu’une faute peut engendrer réparation.
La démarche correspond au fait de vouloir réparer de plus en plus. Néanmoins, en droit romain on reste
dans une conception étriquée de la responsabilité. Le droit romain conçoit une multitude d’actes
dommageables pour lesquels il prévoit une action et une sanction, mais il n’y a pas en droit romain de principe
général de responsabilité.
Mme SUTRA Romy
En droit romain, la faute n’est pas au centre, elle n’est pas nécessaire. Les juristes romains n’éprouvent
aucune difficulté à reconnaitre des cas de responsabilité sans faute (ex : obligation de réparer le dommage
d’une chute à cause d’une tuile).
Comme le dit [Link], « dans le droit romain, sont responsables tous ceux qui peuvent être convoqués devant un
tribunal parce que pèse sur eux une certaine obligation que leur dette procède ou non d’un acte de leur volonté ou
non ».
On trouve dans le droit romain, des éléments de responsabilité spéciale car comme on le sait, l’esclavage
en droit romain se pratique. Il y a la puissance du père sur sa famille (pater familias) sur ses enfants et sa
femme, donc par extension, le maitre sur ses esclaves, sur ses animaux détient le même pouvoir. Il existe un
régime de responsabilité qui se prénomme « alieni iuris ». Ce régime correspond presque au régime des
animaux (noxalité).
Dès lors, lorsqu’un enfant, un esclave, un animal cause un dommage, le pater est responsable, il peut
soit payer une amende, soit abandonner le coupable à la victime.
Dans le droit romain, il y a une distinction entre les choses animés et inanimés. Dans ce droit, l’animal est
animé d’une volonté propre, psychisme propre que ne possède pas une chose inanimée.
Au IVe siècle, l’Empire romain est immense, riche avec un fort système fiscal pourvu d’une très bonne
organisation. Au milieu de ce siècle, l’Empire romain entre dans une période de crise qui va durer durant des
décennies et qui va conduire à la disparition de l’Empire romain d’Occident, traditionnellement on retient 476.
On trouve dans l’ancienne province des gaules, plusieurs royaumes : Wisigoths, Burgondes, Saliens.
Le royaume des Francs Saliens en 476 occupe une partie allant de la Belgique jusqu’à la Seine.
- Les échanges intellectuels et commerciaux se rarifient car on rentre dans une période d’insécurité,
les villes perdent à partir du Ve siècle de leur rayonnement au profit des campagnes.
Ce qui ne change pas, c’est que des éléments de droit romain et du système administratif et institutionnel
romain vont perdurer. Le droit qui s’applique dans ces nouveaux royaumes n’exclut pas totalement le droit
romain : c’est un mélange entre des éléments barbares et des éléments romains.
Plus simplement, plusieurs ordres juridiques coexistent, le droit romain ne disparait pas complètement.
L’influence du droit royaume et des institutions romaines va se maintenir par le biais de l’Église.
Lorsque l’Empire romain chute, on entre dans l’époque franque, ce qui nous ramène à des conceptions très
archaïque qui rappellent beaucoup le très ancien droit romain. La vengeance domine et dans ces peuples
barbares, on exerce des responsabilités essentiellement objectives : la sanction consiste en des compositions
pécuniaires. Dans cette législation barbare, il est difficile de distinguer la peine de la réparation, tout est
confondu, même si l’idée d’indemnisation existe.
Mme SUTRA Romy
Lorsqu’on passe au moment de la redécouverte du droit romain, cette renaissance du droit romain et surtout
l’influence du droit canonique cela va venir modifier/tempérer les règles archaïques de la période précédente.
La morale chrétienne va venir envahir le droit, la notion de responsabilité va changer de visage. On
s’achemine vers une individualisation marquée de la responsabilité.
La faute (culpa), qui est dans l’esprit des canonistes, le péché devient le fondement essentiel. Il faut dès lors
réprimer l’acte, mais aussi réparer le tort causé.
A partir de cette période, on voit des notions comme la faute, le dommage, la réparation apparaitre.
Le XVIIe siècle subit l’influence de l’école du droit naturelle et l’influence très importante de Jean Domat
qui lui et les autres auteurs viennent accentuer la faute afin de dégager des principes de la responsabilité
sans pour autant les consacrer.
A) Époque franque
Avant que le Gouvernement ne s’affirme, tout est vengeance privée. Lorsque l’E commence à s’affirmer, il
prend à sa charge un certain nombre de délits (portant atteinte à l’OP, autorité publique…).
Pendant longtemps, cela va dominer le pénal et le civil qui vont tous deux être confondus.
La vengeance permet de résoudre le litige. Cette dernière est physique et va être progressivement
remplacée par le système de la compensation pécuniaire qui est une renonciation à la vengeance.
Au départ, les compositions sont librement consenties par les parties. Progressivement, elles vont être
imposées par la loi ou la coutume qui vient fixer des tarifs.
Par exemple, la loi Salique indique que la vengeance n’est plus le droit, mais la composition pécuniaire
devient la règle.
Pour les atteintes physiques, le coupable devra s’acquitter du wergeld (le prix de l’H), s’il ne s’acquitte pas
de celui-ci, il subira la vengeance de la victime ou de son entourage. Cependant, si la victime accepte le
wergeld, elle renonce à la vengeance (extinction de la vengeance). Son montant est variable en fonction de
l’endroit géographique (600 sous pour un H sous protection du roi et 200 pour un H ordinaire) mais aussi de la
gravité (si la main pend encore 2 500 deniers pour la victime, si la main est complètement séparée 4 000). On
retrouve les premiers barèmes d’indemnisation.
Tout cela est précis, car la loi salique veut prévoir tous les dommages possibles pour éviter toute tentative
d’interprétation. La loi Salique cherche à rétablir la paix en évitant la vengeance, avec une réconciliation
obligatoire dans la société franque.
Pour calculer le montant de la composition, on ne tient compte d’aucun autre élément que de la qualité de la
victime, sa condition sociale (un homme coutera plus cher qu’une femme ou qu’un enfant, une femme plus
cher qu’un enfant). On ne cherche pas à savoir si le coupable était un insensé ou non. Seule compte la
matérialité de l’acte.
La responsabilité en droit franc est considérée comme une responsabilité strictement objective, on
cherche à réprimer et réparer.
Généralement, deux cas variables sont prévus, tout l’argent ne revient pas à la victime :
- Une part revient à la victime à titre d’indemnité : on appelle cela la « faidus » (2/3)
- L’autre part revient au Roi car l’infraction a porté atteinte à l’OP : on appelle cela le « fredus » (1/3).
La vengeance est généralement familiale, pour la composition c’est pareil car elle fait jouer la solidarité
familiale. Toute la famille du coupable devrait l’aider à payer l’amende.
B) Époque féodale
A l’époque de la féodalité, le pouvoir et les prérogatives de puissance publique (rendre la justice, lever
l’impôt, armée) sont détenues par des seigneurs féodaux. La puissance publique n’est plus dans les mains d’un
roi, elle est démembrée. La responsabilité pénale et la responsabilité civiles sont confondues.
Au temps de ces seigneurs, le seigneur qui dirige dispose d’un pouvoir de justice important. Il utilise son
tribunal comme un instrument de puissance et comme source de profit. La justice de cette époque est
oppressive et répressive et est imposée par les seigneurs. Le moindre litige est considéré comme lésant les
intérêts du seigneur. Toutes les peines sont rachetables.
Progressivement et sous l’influence de l’Église, avec également l’intervention royale, les choses évoluent
et le terrain est en pleine évolution pour un régime. Ce sera le régime qui sera celui des délits, un régime de
responsabilité très influencé par les idées romaines et par le droit canonique.
§2 : L’influence romano-canonique
A la fin du XIe siècle, l’Occident redécouvre le droit romain, ce droit romain (savant) va offrir un véritable
modèle très développé de règles écrites, fixes. Il offre également un modèle d’organisation et de procédure
judiciaire dont vont se servir les juristes médiévaux.
Cette redécouverte, c’est une R° dans l’Occident médiéval et à partir de là on constate qu’un nouveau savoir
s’élabore autour de ce droit romain et du droit canonique. Cet ensemble forme donc « les droits savants ».
Durant le XIe et XIIe, le droit va faire une réflexion globale, systématique de caractère scientifique.
Durant le XII-XIIIe on se situe dans une étape majeure dans l’ancrage du droit de la responsabilité.
Pour les romanistes, le délit se distingue de la faute, la faute n’implique pas une intention de nuire, elle se
caractérise plutôt par de la maladresse, de l’imprudence ou encore de la négligence.
A côté, les canonistes ajoutent à cela l’importance de la volonté. Ils considèrent que le coupable commet un
péché si et seulement s’il agit avec intelligence et liberté (idée de libre-arbitre).
Dans cette optique, le dol suppose une intention de nuire que l’on ne retrouve pas dans la simple faute. Le dol
en vient à être confondu avec le délit, donc la faute devient le quasi-délit.
Le délit impose une peine alors que la faute ouvre droit seulement à une indemnité au profit de la
victime : peu à peu la sanction pénale commence à être dégagé de la sanction civile.
A partir du XII-XIIIe siècle, la responsabilité est envahie par la morale chrétienne et le libre-arbitre devient la
pierre angulaire de la responsabilité. Ceci est logique car l’objectif des canonistes était d’éviter les péchés mais
aussi de les réprimer si c’était le cas.
Autrement dit, l’individu n’est responsable que des fautes qu’il a commises librement et volontairement
(motus animi).
Mme SUTRA Romy
Pour illustrer cela, STA affirme que l’H possède le libre-arbitre, ce l-a qui est lié à la faculté de jugement, à
la raison. Un l-a sans lequel les conseils, interdictions et récompenses seraient vaines. L’H est responsable
dans la mesure où il est libre et conscient, donc capable de se représenter à l’avance les conséquences de
ses actes, de les évaluer à l’aune d’un certain nombre de valeurs morales.
Cette liberté (l-a) suppose l’aptitude au discernement, celui qui en est incapable, on considère qu’il ne commet
ni faute ni délit. Il faut donc ce l-a, cette volonté (motus animi) pour qu’un H puisse se voir imputer un certain
nombre d’actes.
A l’époque médiévale, les juristes distinguent entre plusieurs choses, ils distinguent l’inconscience
permanente/naturelle de l’inconscience accidentelle :
- L’I permanente ou naturelle affecte : les fous/aliénés, les enfants en bas-âge (- de 7 ans), les
impubères en distinguant filles (7 et 12 ans) et les garçons (7 et 14 ans). Au-delà de cet âge, on est
considéré comme responsable mais jusqu’à 25 ans il s’agit d’une responsabilité atténuée. Il y a
également les animaux.
Cette inconscience fait que la volonté de nuire est considérée comme absente. Par exemple au XIIIe siècle,
Ph. de Beaumanoir pose nettement la règle selon laquelle « les forcenés ne sont pas justiciables puisqu’ils ne
savent pas ce qu’ils font ».
Si on les considère comme irresponsables, afin de préserver l’OP, il faut les maintenir en prison afin
qu’ils ne commettent pas d’actes semblables.
Le traitement de la folie n’est pas un traitement médical.
La q° de l’irresponsabilité des insensés fait débat car cela fait appel à ce qui relève de l’incontrôlable ;
l’humain n’a pas d’emprise sur cela. Mais l’H a toujours besoin de trouver un responsable.
La JP va aussi aller dans le sens de la sévérité et elle ne sera plus admise pour l’homicide. Celui qui s’est
rendu coupable d’un homicide en cas de LD devra être jugé. Il pourra demander son pardon au roi par le biais
d’une lettre de rémission.2
Au XIIIe siècle, les juristes commencent à distinguer de + en + nettement la peine de la réparation. La peine
constitue la sanction (publique, personnelle). Indépendamment de la sanction de la peine, la victime a le
droit à une indemnité pour le dommage subit, il s’agit de la réparation.
A l’époque, on distingue la réparation civile (préjudice vers les personnes) et les D/I (les biens).
Rapidement, on va voir que la question de l’indemnisation ne pose pas de difficulté car elle apparait
comme la conséquence de la faute. On a longtemps considéré que la sanction se confondait avec la réparation
et à partir du XIIIe la responsabilité civile va gagner en indépendance et petit à petit on voit que ce régime se
construit au fil du temps.
Il y a une différence à poser entre les régions de coutumes et les régions romanisées :
Mme SUTRA Romy
- Pour les régions de coutumes, si on prend la Bourgogne, les tarifications héritées de lois barbares se
maintiennent pendant longtemps. On va établir le montant de la réparation de tout un tas de critères
précisés par la coutume.
Par exemple, on aura une réparation forfaitaire (somme fixe) à laquelle on ajoute une somme
supplémentaire.
- En revanche, dans les régions plus romanisées (Provence, Languedoc), le principe selon lequel
c’est au juge qu’il appartient de déterminer le montant de la répartition se généralise. On constate
que la partie lésée a un rôle à jouer dans le sens où elle va essayer de conseiller le juge pour évaluer
la perte qu’elle a subi (à titre indicatif).
Cette faculté d’appréciation du juge est limitée notamment en matière d’homicide et la doctrine
discute beaucoup pour savoir ce qu’il est convenable d’indemniser.
RQ : A l’époque, les romanistes et les canonistes sont d’accord sur le fait de dire qu’il faut au moins
rembourser les conséquences pécuniaires du décès (s’il y a) et en cas de blessure il faut au moins indemniser
les frais médicaux et le gain manqué des journées de travail perdu.
Dans l’Ancien Droit, le caractère personnel de la responsabilité s’affirme. Lorsqu’on consulte les traités, et
autres textes on lit chez les canonistes et aussi chez les romanistes, que l’expiation des péchés de même que le
châtiment des crimes ne concerne que ceux qui s’en sont rendus personnellement coupables.
Néanmoins, des nuances existent. En effet, dans la réalité, la responsabilité personnelle doit s’entendre
largement. Cette R personnelle peut être directe ou indirecte :
- Caractère direct : l’auteur d’un acte dommageable doit en assumer les conséquences et réparer le tort
commis. Tout individu doit répondre de son fait.
- Caractère indirect : il s’agit, dans certaines circonstances, de faire porter la R à quelqu’un qui n’est pas
directement l’auteur de l’acte. Théoriquement, cela ne fait pas obstacle au caractère personnel car il existe
un lien entre l’auteur de l’acte et la personne qui sera désignée comme responsable.
Chez les théologiens, canonistes il y en a qui au nom de la fonction préventive et sociale de la R, acceptent
d’admettre des cas de R du fait d’autrui.
D’un pdv religieux, la peine religieuse ne peut être que personnelle, c’est donc l’auteur de l’acte dans son
for intérieur qui subira une culpabilité juridique.
D’un pdv temporel, la peine peut frapper celui qui n’a pas commis l’acte. L’idée est qu’il faut assurer à la
victime la possibilité d’obtenir réparation.
2
Plusieurs cas de figure doivent être envisagés :
Le père est considéré comme le chef de famille, il y a un rapport de dépendance qui existe entre lui et son
épouse et lui et ses enfants. Concernant les actes commis par l’épouse, le mari n’est globalement pas
concerné. En revanche, il peut être tenu pour responsable des actes commis par ses enfants.
De manière générale, la R du père résulte moins de la puissance paternelle que de l’éducation. La faute est
analysée en termes de défaut de surveillance. Il lui reste la possibilité d’échapper à une telle R « en mettant
l’enfant hors de sa main, de son pain et de son pot », donc en répudiant, en chassant son enfant de la
maison.
Mme SUTRA Romy
Quelques coutumes ont néanmoins conservé l’abandon noxal. Cet abandon demeure très rare.
Le chef de la maison ou de l’entreprise peut être mis en cause par les délits commis par ses domestiques ou par
ses commis (employés). On considère qu’il a mal choisi ses employés, il n’a pas fait preuve de la
surveillance nécessaire et de l’autorité nécessaire sur ses employés (défaut d’autorité).
Les recours contre le père ou le maitre répondent à une exigence très pragmatique car concrètement les
enfants ne vont pas réparer pécuniairement la chose et on sait que dans plus de 90% des cas les domestiques et
commis sont insolvables. Ces individus n’ont pas les fonds nécessaires pour réparer, donc le but qui se cache
c’est d’assurer un patrimoine solvable.
In fine, cela revient à assurer une caution solvable afin de réparer et de pouvoir indemniser la partie lésée.
Lorsqu’on pense à cette question, cela peut faire référence aux procès faits aux animaux. Ces procès n’étaient
pas la règle mais l’exception. En réalité, les coutumes prévoyaient généralement de faire poser la R du fait
des animaux sur les maitres.
Entre le XIIe et le XIIIe siècle, on dénombre un peu moins d’une centaine de condamnation d’animaux sur le
territoire du Royaume de France. Il y a en réalité deux types de procès :
La première catégorie regroupe les procès conduits devant les tribunaux ecclésiastiques contre les insectes ou
les rongeurs qui détruisent souvent les récoltes. La communauté affronte une nuisance qu’elle ne peut pas
contrôler, donc elle fait appel à une officialité. Des délégués (juges ecclésiastiques) vont intimer l’ordre aux
insectes/rongeurs de se présenter devant le tribunal. Une audience se tient, le juge ordonne au « prétendu chef de
ce type de nuisibles » de se retirer des champs menacés avec le reste des nuisibles.
- S’ils s’exécutent, on considère que la menace a fait effet, la communauté va remercier Dieu avec des prières.
- Si le fléau persiste, le tribunal se réuni une seconde fois pour punir les délinquants en leur jetant un anathème ou
en exorcisant. Cela rassemble les autorités laïques et ecclésiastiques de la communauté.
La seconde catégorie intéresse les instances laïques qui ont le monopole des affaires criminelles : ici c’est à
l’encontre des animaux accusés d’avoir blessé ou tué des êtres humains. Le plus souvent, ce sont des cochons
qui sont impliqués.
Pour le cas du chat, ils ne sont pas jugés des méfaits pour ce qu’ils représentent. Ils sont considérés comme
étant le diable, et ils sont jugés aussi pour leurs tempéraments. Le chat incarne de nombreux vices et de
nombreux péchés car il a une vie nocturne en général, une sexualité active et il est d’un tempérament
manipulateur. Il fait preuve d’une extrême paresse.
Dans la religion catholique, toutes ces marques sont considérées comme démoniaques, il est donc fatalement criminel.
Le plus symbolique, c’est le chat noir compagnon des sorcières (attrapé avec elles et brûlé avec elles ou crucifiés sur les
portes des maisons).
Dans les archives de procédures judiciaires, on retrouve de nombreuses mentions de chats diaboliques, mais aussi dans
les actes d’accusation et de dépositions mais aussi au sein des aveux ou encore dans la doctrine.
Par exemple, dans un traité du XVe nommé le « Malleus Maleficarum » rédigé par les Dominicains, on voit une série de
réponses pour les juges dans la traque des sorcières (capture, instruction du procès, organisation de la détention,
élimination des sorcières). Il est précisé dans ce traité que les sorcières peuvent se transformer en animal pour commettre
leurs méfaits et leur animal de prédilection, c’est le chat. Cette transformation se nomme la galéanthropie.
On trouve dans les dépositions que l’accusé s’est transformé en chat pour entrer dans la maison par une petite fenêtre et
il a repris sa forme humaine dans la maison. L’accusé a repris son apparence de chat pour s’échapper.
Dans ces procès, la réalité de la métamorphose est plus ou moins admise par les juges :
Mme SUTRA Romy
- Pas mal d’entre eux considèrent que cela est valable dès lors que les témoins sont des personnes censées,
crédibles et jouissant d’une bonne réputation.
- D’autres considèrent que cette métamorphose est impossible mais ils concèdent que le diable peut faire
illusion et faire croire à quelqu’un qu’il a vu un chat alors que non c’était bien un humain.
Cette seconde idée est partagée par un certain nombre de juristes, de démonologues et parmi eux on a Jean
Bodin (De la démonomanie des sorciers) qui affirme à croire à une certaine métamorphose. Il affirme que les
transformations physiques sont possibles et est persuadé que le changement de nature n’est pas
possible.
Il cite le cas de l’affaire d’un soldat anglais qui aurait été transformé en âne et qui aurait attiré l’attention sur
lui en s’agenouillant dans une église.
En 1682, la sorcellerie est dépénalisée, cela permet la fin de cette traque à la sorcellerie avec les procès et la
condamnation. Cela sonne le glas de la fin de la traque de leurs fameux compagnons, les chats.
Les animaux qui commettent des actes sur les humains restent principalement des cochons. Les troupeaux
ou hordes de cochons sont présents dans les campagnes et même dans les villes. Ils circulent librement du
8fait de l’utilité, étant omnivores, ils jouent un rôle de nettoyage des villes et villages.
Lors de leurs déambulations, il arrive qu’ils engloutissent des enfants. Il s’agit en général des petits enfants.
Le plus célèbre des procès mettant en cause un cochon, c’est le procès de la truie anthropophage de Falaise.
On est au XIVe siècle, en l’an 1386, un jour une truie renverse un nourrisson et elle commence à le dévorer au
niveau du bras, du visage, nourrisson ne survit pas et la truie est conduite au tribunal. La truie est condamnée
et est jugée responsable du meurtre. Elle est habillée avec des vêtements de femmes, trainée dans la ville
accrochée sur le morceau de bois, un bourreau lui coupe le grouin, elle est torturée puis pendue avant d’être
brûlée.
Qu’ils soient accusés d’infanticide ou d’homicide, les animaux sont toujours jugés comme de véritables
criminels. Il faut remarquer trois choses :
- Les animaux sont enfermés de manière préventive durant l’instruction du procès ;
- Dans lpp des affaires, il y a un avocat qui se charge de la défense de l’animal en cause et qui tente de lui trouver
des circonstances atténuantes ;
- Lorsque l’accusation est prononcée, elle est executée par la personne habilitée : le bourreau du village. Les
cadavres restent suspendus sur les gibets durant un temps plus ou moins long comme les corps humains pour
rappeler le crime commis.
Qu’on soit dans le cadre des procès laïques ou ecclésiastiques, on se trouve face à un véritable mystère
quant au fondement juridique de ces actes. En effet, les prescriptions légales qui les sous-tendent restent
totalement dans l’ombre. Aucun texte de loi ni aucune coutume ne parle de la possibilité d’organiser de tels
procès, ni l’existence d’une responsabilité juridique personnelle de l’animal.
Ce qui est mieux connu, ce sont les réflexions des observateurs de l’époque sur cette question. Cela est très
curieux car il y a un décalage étant donné que lpp des commentateurs qui s’expriment s’opposent à ces procès.
Il est compliqué d’expliquer la persistance de ces pratiques.
En cherchant un peu, plusieurs hypothèses ont été avancé, mais aucune d’entre elles ne résout intégralement
l’énigme :
Certains nous disent que ces procès d’animaux répondent à des préoccupations religieuses : quand un
animal blesse un humain, il viole la hiérarchie divine. Le procès est là pour rétablir l’ordre cosmique qui a
été perturbé. Le problème c’est comment expliquer le si faible taux de procès ? Comment expliquer que ces
instances soient dans les mains de la j° laïque ?
Certains nous disent qu’il faut y avoir la survivance de superstitions populaires : cela voudrait dire que
pendant 6/7 siècles, les mentalités n’évoluent pas. Cela est impossible d’autant plus que ces pratiques entrent
en contradiction avec la position majoritaire de l’époque (juristes étant opposés à ces pratiques).
Ph. de Beaumanoir se prononce sur la question et critique de manière virulente les procès fait aux animaux en
expliquant que « c’est justice perdue car les bêtes n’ont pas l’entendement de ce qui est bien ou de ce qui est mal ». Donc, in
fine, il ne peut pas y avoir R car pas de libre-arbitre.
Mme SUTRA Romy
Certains auteurs pensent que ces procès ne sont pas destinés à punir les animaux eux-mêmes mais plutôt à
punir les propriétaires, coupables de négligence. Il y aurait une sorte de double bénéfice : on puni le pptre
de la bête, et on élimine une menace pesant sur la société. Cette hypothèse ne permet pas de comprendre
pourquoi ces procès sont nécessaires.
Le sort de l’animal n’est pas le seul enjeu. La procédure judiciaire elle-même revêt une importance.
Un argument un peu plus pragmatique a été avancé. Pour certains auteurs, c’est la cupidité des seigneurs
avides de retirer des bénéfices à l’occasion de ces procès. Cette interprétation ne résiste pas à l’analyse car
si on regarde sur les comptes, on voit que les dépenses occasionnées par la tenue de ces procès se font à perte.
Une autre explication d’ordre psychologique est avancée, par Gratien qui nous dit qu’il ne s’agit pas de
punir les animaux pour leurs crimes mais plutôt dans le but que ces actes horribles puissent être
oubliés. On peut interpréter cela comme un moyen d’affronter l’horreur afin que la société puisse passer à
autre chose.
Une autre explication psychosociologique serait de dire que ces procès seraient à rapprocher des
procédés d’inversion de la nature comme ce qui va être charivaris des carnavals. On est dans la
transgression permise, c’est le moment autorisé dans lequel les règles de la vie normale sont suspendues.
C’est un temps de désordre nécessaire à la société pour que l’on puisse rétablir l’ordre. C’est un procédé
ayant pour but de réguler les comportements sociaux.
Il semblerait que l’on se rapproche d’une explication en mélangeant plusieurs hypothèses. Le procès a une
propriété apaisante, la même que les rituels magiques. Le procès vient recadrer ce qui inquiète la
communauté, vient poser un cadre rationnel, rassurant qu’est le cadre judiciaire.
Face à ces catastrophes pour lesquelles on ne peut rajouter la faute sur personne, il n’y a pas de
responsable, ces procédures constitueraient la seule réponse envisageable. Elles permettraient de redonner
l’initiative à l’H, qui reprendrait le pouvoir sur un acte qui est finalement inexplicable.
Ces mécanismes sont avancés comme étant des mécanismes de préservation de l’ordre à une époque où la
Justice n’est pas complètement rationnalisée.
Ces mises en scène sont dites expiatoires car elles permettent de sacrifier un animal dont on sait bien que le
caractère malveillant n’est pas en cause mais pour pouvoir réparer la faute commise.
Avec la philosophie des Lumières, ces pratiques vont se dissiper notamment avec la théorie de Descartes
qui assimile l’animal à une machine.
Ces procès ont quand même marqué les esprits car ils n’ont pas été la règle, le principe demeurait
de faire porter la responsabilité sur le maitre de l’animal.
Ce qui est reproché au maitre, c’est un défaut de garde. Les solutions peuvent varier selon les coutumes.
Par exemple, il peut être prévu que la victime d’un dommage causé par une bête puisse obtenir réparation en
se faisant attribuer la bête elle-même. Certaines coutumes sont plus sévères et prévoient que la bête ayant
causé le dommage soit tuée (coutume des Pyrénées) et partagée entre le blessé et les parents de la victime.
La seule chose prise en compte c’est le cas de la maison menaçant ruine. On a ici un quasi-délit qui se
constitue dans l’imprudence humaine. La personne a laissé la maison se dégrader jusqu’à provoquer un
accident.
Tout est limité jusqu’au XIXème siècle puisqu’à partir de cette période, l’ampleur de la R des choses
inanimées va se développer.
Mme SUTRA Romy
Pour conclure le §, on se sert du droit romain comme de base mais la morale des réflexions chrétiennes est
ajoutée comme les apports de droit coutumier. Ce mélange crée un droit de la responsabilité. Malgré les
progrès accomplis, le droit de la R se caractérise encore par une très grande diversité de solutions. L’empreinte
casuistique romaine est encore assez présente, il n’est pas question de ppe général de R. Un pas en avant sera
accompli par la doctrine des XVII et XVIIIe.
§3 : L’apport de la doctrine des XVII et XVIIIe : l’effort de systématisation et les limites de sa réception
A) L’effort de systématisation
L’Ecole du droit naturel moderne va dépasser l’étude du droit conçu comme un ensemble de règles : elle va
dégager quelques grands principes, elle va systématiser le droit. Ses représentants mettent notamment en
évidence que la ppté, le contrat sont de droit naturel car ils sont imposés par les nécessités naturelles de l’H.
Ces idées seront développées aux XVII et XVIIIe siècle par Grotius, Pufendorf.
En matière de R, l’énoncé d’une clause générale revient à Grotius. C’est un juriste humaniste hollandais.
Dans son ouvrage Droit de la guerre et de la paix, il énonce un ppe général à propos de la faute et du
dommage en des termes génériques.
Les successeurs de Grotius vont préciser certains aspects, c’est le cas de Pufendorf qui met l’accent sur les
fondements moraux du principe.
Sous la plume de Jean Domat (grand juriste, avocat) qui publie en 1689 Les lois civiles dans leur ordre
naturel qui est une œuvre répondant à un but précis, donc présenter le droit selon un plan défini. On retrouve
dans son œuvre, un exposé avec des définitions claires et précises. Il s’agit du premier exposé faisant la
synthèse du droit romain, des pratiques coutumières et des ordonnances royales.
Il présente tout le droit applicable au sein du Royaume de France. Les développements sont clairs, et il
dispose d’une méthode, il part de cas précis pour dégager les idées générales.
C’est la première fois qu’un ouvrage de droit FR réserve une place importante aux obligations. Jean
Domat explique que l’obligation est un devoir de conscience auquel nous sommes tenus à l’égard d’autrui et
réparer le dommage causé. Tout est éclairé par la morale chrétienne chez lui.
Pour lui, le fondement de l’obligation de réparer le tort fait à autrui repose sur la notion de faute.
Il puise à deux sources d’inspiration :
- Il explique que la faute c’est le péché, mais ce n’est pas que cela (inspiration canonique).
- C’est encore plus large car elle comprend l’imprudence, la légèreté, l’ignorance (inspiration romaniste).
Il apporte une touche personnelle en affirmant un principe général de réparation du dommage fondé
exclusivement sur la faute.
Partant de cette définition, il explique que -puisqu’il y a des fautes provenant des crimes et des délits (délictuelle),
d’autres qui sont des manquements aux engagements des conventions (contractuelle) et enfin d’autres qui ne sont ni
l’une ni l’autres et d’autres qui ne sont ni l’une ni l’autre (quasi-délictuelle)- , il faut considérer que la faute peut être
délictuelle, contractuelle ou quasi-délictuelle.
Il développe un argumentaire autour de la faute quasi-délictuelle. Domat réunit tous les éléments pour élaborer
la théorie de la responsabilité pour faute.
Mme SUTRA Romy
Après Domat, on a Pothier qui reprend le flambeau et qui éclaire les propos de Domat en donnant des
définitions très claires du délit et du quasi-délit.
A la fin de l’AR, on en vient à admettre la distinction fondamentale entre obligation délictuelle et quasi-
délictuelle et à admettre l’affirmation générale que toute faute oblige celui qui l’a commise à réparer le tort
qu’elle a provoqué. Avec Domat et Pothier on a un modèle, des théorisations, définitions qui serviront
directement au rédacteur du Code Civil de 1804.
Dans la pratique comment fait-on pour savoir si ces théories sont appliquées ? On va consulter les
dictionnaires et du côté de la JP.
En consultant les dictionnaires de l’ancien droit, la matière de la responsabilité est éparpillée, il n’y a pas
de définition propre de la R et encore moins de principe général. Dans le Dictionnaire Denisart, l’idée que
l’on pourrait avoir c’est de chercher la lettre R pour y trouver la définition de responsabilité, mais il n’y
a rien. Donc il faut chercher ailleurs et se reporter à d’autres entrées. Par exemple, on va aller chercher au
terme délit, dommage, faute…Les définitions sont assez sommaires, elles sont explicitées ou définies par des
exemples.
Les autres termes qui tendent à évoquer la R découlent d’application pratique ; si on est dans le cadre
d’un dommage causé par un hôtelier, un aubergiste, un moulin, des animaux, on va se reporter à ces entrées.
C’est ce que confirme l’analyse, l’étude des recueils d’arrêts qui regroupent la JP qui vont nous éclairer
sur ce que jugent les tribunaux. Beaucoup d’affaires de cochets qui sont responsables des biens qui leur ont été
confiés, en revanche ils ne sont pas tenus pour responsables en cas de vol commis avec effraction. Pas mal
d’affaires concernent la R des hôteliers et des aubergistes qui doivent répondre des vols commis contre leurs
clients à l’intérieur de l’hôtel, de l’auberge.
Les juges sont un peu réticents au dernier cas de responsabilité (si le vol est commis par une personne
occupant la même chambre) car ils craignent que l’aubergiste s’entende avec les voleurs.
En ce qui concerne la R du fait d’autrui, on retrouve la R du maitre des délits commis par ses domestiques.
Il y a la survivance de l’abandon noxal. Comme pour le cas des anomaux, là on peut dire que l’abandon noxal
disparait. Le maitre va payer une somme d’argent. Les animaux sont responsables en général d’accident en
lien avec leur cavalier (souvent les chevaux : quand il ne le maitrise pas, on parle d’impéritie).
On trouve quelques affaires de responsabilité du fait des choses inanimées, avec la question des maisons
menaçant ruines, édifices menaçant de tomber, quelques affaires d’incendies. Il y a une évolution assez nette
de la JP depuis le M-A jusqu’au XVIIIe car jusque-là, les juges manifestent beaucoup d’indulgence vàv
des propriétaires d’où né l’incendie. Fréquemment, il est déchargé de toute R, ils considèrent qu’il a déjà
subi un malheur par la perte de sa maison.
A partir du XVIIIe, la JP va se montrer beaucoup plus pragmatique car une présomption de faute pèse
sur le propriétaire et sur le locataire, le propriétaire étant dans tous les cas, responsable de l’incendie et il
devra réparation.
On note quelques cas de R professionnelles, essentiellement le cas des médecins qui sont tenus responsables
de la mort du malade s’ils ont commis une faute. La responsabilité professionnelle des nourrices car elles
acceptent de garder énormément d’enfants, elles n’arrivent pas à tous les surveiller.
Mme SUTRA Romy
La doctrine est en avance, mais dans la pratique, globalement on peine beaucoup à s’affranchir de la
démarche casuistique, on est toujours au cas par cas. Pour mettre en adéquation théorie et pratique, il
faudra une consécration législative. Cette mise en accord se réalisera plus tard avec la fameuse codification
napoléonienne.
En matière de théorie de la R, les avancées sont un peu moins nettes, cela s’explique par le fait que les
projets de CCiv n’ont pas aboutis en raison de toute une conjecture politique très compliquée.
Il y a plusieurs réflexions sous la R°, avec un idéal de liberté, le droit de la R s’affranchi de manière très
nette de la faute, sur laquelle il reposait jusqu’alors. Sous la R°, un principe de R objective s’ébauche, ppe
qui doit être tiré de la survenance d’un dommage qui est dégagé de tout critère de faute.
Les auteurs des différents projets de CCiv comme Cambacérès appuient leurs théories sur l’idée de
dommage et non pas sur l’idée de faute. On lit également dans les projets de CCiv R° que celui qui cause un
dommage est tenu de le réparer dans tous cas. On est centré sur le résultat de l’acte et non pas sur les
modalités.
Tous les projets sont de la même manière, réticents à admettre la R d’autrui car dans l’esprit R°, cette R est
contraire au principe d’individualité des actes.
Il y a plusieurs hypothèses :
- Il y aura une assimilation tacite du fait à la chose dans ces projets ;
- Ne s’agirait-il pas plutôt du triomphe d’une conception libérale et individuelle qui rattacherait à la
liberté l’idée de la R qui en découle ;
- Est-ce que le dommage causé impliquerait sur le seul plan de la J une réparation ?
Il y a matière à creuser pour les chercheurs, mais il n’y a pas forcément de sources, contentieux.
Ces projets R° visent à indemniser dans tous les cas. C’est intéressant puisqu’on se plonge dans une
logique indemnitaire qui sera à l’œuvre dans la JP de la CCass.
Tout sera balayer par la codification napoléonienne qui apportera beaucoup de clarté, qui va revenir aux
conceptions fondées sur la faute et les codificateurs vont aller chercher leur modèle directement chez
Domat et chez Pothier.
Il parle de « masses de granit » qui sont capables de poser des bases solides. Ce sont les organes de l’E, par
exemple le CE crée en 1799, aux préfets, structures économiques (Banque de France, Franc germinal), codes
de lois (Code Civil 1804, Code de Commerce 1807, Code Pénal 1810…), à portée sociale (la légion
d’honneur, fondation des lycées…), à portée religieuse (Concordat 1801 qui vient régler les relations Eglises/E
durant 1 an).
Mme SUTRA Romy
Toutes ces institutions viennent stabiliser la société, l’E, et parmi elles, celle qui nous intéresse le plus c’est
le Code Civil. Il s’agit de la pièce maitresse de la société et de la reconstruction sociale après le chaos R°.
CCiv a aussi été un instrument de règne car il sécurise les relations entre les individus, vise à faire régner la
paix et l’ordre dans les familles. Pour la première fois dans l’histoire juridique de la France, les règles de vie
commune vont être unifiées.
Le succès du CCiv va être énorme et va être la petite fierté de Napoléon car il considère avoir réussi là où les
R° ont échoué avec leurs projets. Le 14/08/1800, Napoléon désigne une commission de juristes, au nombre de
4 pour rédiger ce code. Il s’agit de Portalis, Bigot de Préameneu, Malville, Tronchet sous la direction de
Cambacérès. Le rôle de Bonaparte a été de choisir les codificateurs mais surtout d’imposer ses volontés, il lui
ressemble car des domaines l’intéressaient plus que d’autres (lpp des codificateurs étaient opposés au divorce,
il impose également sa vision en matière d’autorité).
Napoléon n’a pas eu le rôle de juriste mais celui de catalyseur, de déclencheur, il voyait que les débats
s’enlisaient, donc il tranchait. Cela a pris 4 ans de réflexion car les rédacteurs du code s’intéressaient à des
sources très diverses : le droit romain, droit coutumier, la législation royale (notamment celle de Louis XV),
les règles de droit élaborées sous la R°.
Le code sera promulgué le 21/03/1804 (30 Ventôse An XII) sous l’appellation de CCiv des Français.
En 1807, sous l’occasion d’une deuxième édition du code, il change de nom et va s’appeler le Code
Napoléonien. Bigot de Préameneu explique que « c’est un hommage rendu par la vérité à celui à qui ce grand
ouvrage doit sa naissance… ».
Ce nom lui sera retiré en 1814, avec la chute de l’Empire par la Charte. Il lui sera rendu sous Napoléon III
(son neveu) en 1852.
En 1804, le code vient parachever les fondements d’une société rassemblée autour de valeurs communes,
parfois de nouvelles valeurs. Ce CCiv, c’est le symbole du patrimoine juridique français.
Les rédacteurs du CCiv s’inspirent beaucoup des principes de Domat, des classifications de Pothier et
parviennent à dégager un principe général et à le consacrer. Le droit de la R moderne né avec le code de 1804
et tout le droit de la R est contenu dans 5 articles seulement qui fixe des principes classiques, qui se résument
en quelques mots : faute, dommage, réparation.
Cette généralité a été critiqué au cours du XIXe car cela veut dire que beaucoup de questions ont été laissé
sans réponse et ont laissé place à l’interprétation. Cette généralité a aussi été bénéfique pour notre matière
car elle laissait place à des interprétations JP ou doctrinales favorables et en adéquation avec les évolutions de
la société.
Dans ce système, tout repose sur la cause, mais au fur et à mesure du XIXe, les accidents dus au progrès
rendent le critère de la faute insuffisants, il va donc falloir trouver d’autres fondements. La JP et la doctrine
vont s’atteler à cette mission avec beaucoup de difficultés, parfois beaucoup de violence.
Chez les rédacteurs du CCiv, un mot va faire fortune : la faute. Cela va être le fondement unique de la R et
l’ensemble de l’édifice repose sur la fameuse formule de l’article 1382 CCiv (aujourd’hui 1240) à savoir
« tout fait quelconque de l’H qui cause à autrui un dommage oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le
réparer ». Donc la R du fait personnel repose sur la faute de l’agent.
A la suite de cette disposition très générale, le code précise quelque peu, dans l’article 1383 en ajoutant que
« la faute peut s’entendre de négligence ou d’imprudence ».
Mme SUTRA Romy
Ensuite, on trouve dans les articles suivants, un certain nombre d’hypothèses très concrètes dans lesquelles
peuvent être envisagées la R du fait d’autrui (article 1384) et R du fait des chose susceptibles de causer un
dommage à savoir 2 choses : les animaux (1385) et les bâtiments en ruine (1386).
Toutes ces dispositions reposent sur le fait qu’il ne faille pas faire à autrui ce que l’on ne voudrait pas que l’on
nous fasse. Donc la loi pose une règle morale, précepte du droit naturel. L’idée du législateur étant de
maintenir l’ordre social, ce système vient consacrer deux devoirs relevant de la morale : nul ne doit nuire
à autrui, l’obligation de réparer le dommage causé.
Afin que ce ppe de droit naturel prenne pied en droit positif, les rédacteurs ont fait le choix d’une généralité
des termes qui permet une lecture élastique de la faute. L’existence d’une faute, si légère soit-elle, se trouve à
l’origine de toute mise en action qu’il s’agisse de la R de son propre fait ou de la R du fait d’autrui ou de la
chose.
§1 : L’établissement général d’un ppe général de R directe pour faute personnelle (article 1382 et 1383 CCiv)
L’accent est mis sur la nécessité d’une faute quelle que soit sa nature. Une faute est nécessaire, un
comportement fautif doit être constaté. Une analyse de la survenance du dommage doit être opérée pour savoir
si celui qui a causé le dommage a commis une faute.
Cette R repose sur le fait que tout individu réponde de son fait (maxime de la société), mais une distinction est
posée entre 1382 et 1383. Il y a une sorte de répartition des comportements.
La volonté des rédacteurs est de se montrer très prudents car ils ne veulent pas enfermer les praticiens dans un
cadre trop contraignant. L’absence de définition de la faute est volontaire.
Aux cours des débats, concernant l’adoption des articles 1382 et 1383 a été posé la question de l’opportunité
de condamner un H qui a commis une faute d’imprudence.
C’est à cette occasion que Bertrand de Greuille (rapporteur de la loi devant le Tribunat) argumente sur la
nécessité d’admettre la R dans ce cas même s’il y a seulement négligence ou imprudence. Cependant, il
considère que « ce qu’il a le droit d’exiger (le responsable), c’est qu’on ne sévisse pas contre sa personne, c’est qu’on lui
conserve l’honneur, parce que les condamnations pénales ne peuvent atteindre que le crime et qu’il n’en peut exister que là
où l’intention de nuire est établie et reconnue ».
Quant au rôle du dommage, celui-ci aussi est développé dans l’exposé des motifs de la loi. Une
généralisation a lieu pour la faute, les rédacteurs du CCiv effectuent la même démarche pour le dommage : les
rapporteurs précisent que le ppe de R précise tous les types de dommages. L’article 1382 couvre les atteintes
sur les personnes depuis l’homicide jusqu’à la blessure légère. Il couvre aussi toutes les atteintes sur les biens,
de l’incendie à la rupture d’un meuble. Tout est déclaré susceptible d’une appréciation visant à indemniser la
personne lésée.
Que recouvre la R du fait personnel ? S’agissant de cette dernière, les tribunaux ont été amené à préciser ce
que l’on pouvait entendre par faute et ce qu’il fallait en retenir. Par exemple, les tribunaux ont reconnu la R du
fait des auteurs d’imprudence : le cas du fumeur, qui jette sa cigarette dans la forêt et qui allume un incendie.
La négligence, c’est lorsque l’on ne prend pas les précautions nécessaires (oublier un panier en osier
devant un feu). La négligence est un manque d’attention, alors que l’imprudence c’est plus un manque de
réflexion.
Mme SUTRA Romy
Quelques décisions fondent également la R sur l’impéritie ou l’ignorance de l’art dont prétend faire la
possession. Cela concerne essentiellement les professions de type médecin.
La R est essentiellement individuelle, conditionnée par la faute et le responsable doit réparer les
conséquences dommageables de ses agissements, de sa négligence ou son imprudence.
Ce n’est qu’exceptionnellement que la R d’un individu pourra être engagée sans fait direct de sa part mais
plutôt du fait de certaines choses placées sous sa garde, de certaines personnes dont il doit répondre.
Il s’agit donc d’une exception.
L’article 1384 CCiv est conçu en plusieurs parties : l’alinéa 1 prévoit : « On est responsable non
seulement du dommage que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait
des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l’on a sous sa garde ».
Pendant près d’1 siècle, cet alinéa 1 n’avait aucune valeur juridique. Il était
considéré comme le préambule servant à annoncer les R particulière du fait
d’autrui et du fait des animaux et des bâtiments en ruine. Une sorte
d’introduction.
Pourquoi les codificateurs ont choisi de consacrer, d’établir des R indirecte. La R indirecte est le seul moyen
d’assurer la réparation du dommage causé. La finalité est de trouver un patrimoine solvable.
A) Les R indirectes pour les dommages causées par les personnes que l’on a sous sa garde (article
1384 CCiv)
Le fondement de la R demeure la faute. Il a fallu trouver un subterfuge pour faire en sorte que le fondement
reste la faute. Tous les auteurs considèrent que la R du fait d’autrui trouve sa justification dans une faute qui
peut être différente.
Le législateur vient sanctionner tantôt un défaut de surveillance, tantôt un manque d’autorité, un manque de
discernement dans le choix des membres du personnel…
Concernant l’autorité du chef de famille, le mari est le chef de la famille et dans le CCiv de 1804 la
femme majeure non-mariée et la veuve conservent la plénitude de leurs droits. En revanche, la femme
mariée a une capacité juridique très réduite. Le code consacre cette infériorité à l’article 213.
Le code de 1804 fait de la femme mariée une éternelle mineure avec une capacité juridique très réduite : elle
ne peut pas ester en justice, aliéner ses biens, conclure de contrat sans le consentement de son époux.
La seule véritable concession que le code fait à la femme, c’est le droit de divorcer, encore
sous des conditions complexes.
Mme SUTRA Romy
L’expression la plus éclatante de l’autorité du père, c’est le droit de correction du père sur ses enfants : il peut
faire emprisonner son enfant indiscipliné par exemple. Le fait de reporter la R sur le père ou à défaut sur la
mère, permet d’obtenir une indemnisation.
Le père ne peut pas se dégager de sa R sous prétexte qu’il ne vit pas en permanence sous son foyer,
ou encore en expliquant qu’il était absent lorsque l’enfant a commis l’acte en question.
La question s’est posée de savoir si l’on pouvait étendre la R sur le tuteur de l’enfant :
- Certains sont pour puisque le tuteur représente le père et la mère ;
- D’autres sont contre car cela reviendra à étendre la R beaucoup trop loin.
La R parentale s’applique qu’il s’agisse d’un enfant naturel ou d’un enfant légitime.
Les parents peuvent s’exonérer en disant qu’au moment où l’acte était commis, l’enfant n’était pas à leur
domicile (ex : école).
La preuve est impossible à rapporter lorsque le père n’a pas pu empêcher l’acte. Concrètement, dans les faits,
dans les JP, jamais les parents n’arrivent à prouver qu’ils n’ont pas pu empêcher l’acte.
Alinéa 5 : « La responsabilité ci-dessus a lieu, à moins que les père et mère, instituteurs et
artisans ne prouvent qu’ils n’ont pu empêcher le fait qui donne lieu à cette responsabilité ».
Exemple : Les parents ne peuvent pas arguer que leur enfant a pris des habitudes de liberté et que ce dernier a
l’habitude de se balader seul dans les rues par exemple.
La R des parents continue de subsister « lorsqu’ils laissent leurs enfants se livrer à une vie
vagabonde ».
Il s’agit ici de l’article 1384 et plus précisément de l’alinéa 4 : « Les instituteurs et les artisans, du
dommage causé par leurs élèves et apprentis pendant le temps qu’ils sont sous leur
surveillance ».
Le fondement de la R pour les artisans est identique à celle des enfants. Les enfants et apprentis ont été
confié, les instituteurs et les artisans ont un devoir de surveillance. Il y a donc une présomption de faute, mais
on trouve les mêmes causes d’exonération.
Par exemple, l’instituteur doit prouver que l’enfant n’était pas sous sa surveillance ou qu’il n’a pas pu
empêcher l’acte par exemple dans une cour de récréation des coups ont été porté à un enfant par d’autres
enfants mais à l’abri du regard de l’instituteur.
Les tribunaux se sont demander si la R des parents cesse à la majorité de l’enfant, qu’en est-il pour les
apprentis ? Au XIXe, l’apprenti était souvent accueilli par l’artisan, donc rapport de surveillance très
étroit entre eux. Aujourd’hui, c’est purement professionnel.
Les artisans sont-ils tenus d’une R à l’égard d’un apprenti majeur ? la doctrine a été très partagé, c’est la
JP qui a conclu que cette R s’appliquait aussi aux apprentis majeurs.
Ces R jouent un rôle comminatoire, la crainte de devoir réparer oblige les parents, instituteurs et artisans à
une prudence redoublée et à une attention particulière relative aux comportements de leurs enfants, élèves,
apprentis.
Cet alinéa nous dit que : « Les maîtres et les commettants, du dommage causé par leurs domestiques et préposés dans les
fonctions auxquelles ils les ont employés ; ».
Le commettant, c’est celui qui charge celui ou celle (préposé) d’une mission au cours de laquelle, le
préposé lui est subordonné.
L’employeur est le commettant, l’employé est le préposé.
Cette R est d’une toute autre nature que celle des parents ou encore instituteurs, elle ne repose pas sur le
défaut de surveillance. Lpp des commentateurs trouvent leur fondement au sein d’une faute, celle du mauvais
choix qu’aurait fait le commettant de son préposé ou le maitre de son domestique. Ce seul critère n’a pas suffi
à certains car le commettant exerce une autorité sur le préposé, il peut donner des instructions : la doctrine est
partagée entre mauvais choix et autorité.
Pour ce cas particulier de R de maitre et commettant, c’est une R de plein droit : le commettant ou le
maitre ne peut pas s’exonérer en prouvant qu’il n’a commis aucune faute. Il ne peut se dégager de cette R
uniquement en prouvant que le dommage est dû à un cas de force majeure ou en prouvant que le préposé ou le
domestique a agi en dehors des fonctions auxquelles il était employé.
Exemple : rixe dans un bar. Pas de lien de préposition.
Exemple : le préposé est un livreur de lait et agresse un client en lui livrant du lait chez lui, donc là lien de
préposition, donc le commettant est responsable.
Ce qu’il y a d’intéressant auprès de la R des maitres et des commettants c’est que certains auteurs disent
qu’elle est la conséquence du profit car elle est de plein droit et c’est la conséquence que le commettant ou le
maitre retire un profit de l’activité de son préposé ou son domestique. On a une ébauche de ce qui deviendra
plus tard la théorie du risque-profit (fin XIXe).
Ces cas très précis prévus par l’article 1384 et ses alinéas successifs montrent qu’il n’existe pas d’autres R du
fait d’autrui malgré la généralité des termes de l’alinéa 1er. L’opinion dominante est favorable à une
interprétation restrictive.
B) Les responsabilités indirectes pour les dommages causés par les choses animées ou inanimées
(articles 1385 et 1386)
L’article 1385 concerne la R du fait de l’animal : « Le propriétaire d’un animal, ou celui qui s’en sert, pendant
qu’il est à son usage, est responsable du dommage que l’animal a causé, soit que l’animal fût sous sa garde, soit qu’il fût
égaré ou échappé. ».
Il y a par rapport au droit romain, de l’ancien droit qu’il y a une forme d’adoucissement vàv de l’animal,
car selon l’article 1385, c’est la personne responsable qui devra réparation. L’article n’envisage pas la
possibilité de livrer l’animal à la victime.
La doctrine s’est posé la question de l’extension de la R au gibier (res nullius) :la question c’est est-ce que
le pptre d’un fond disposant de cerfs, biches… est-il responsable des dégâts causés par le gibier ? La réponse
est négative à moins que par sa faute ou sa négligence, il ait laissé le gibier proliférer excessivement.
L’article 1386 traite la question des bâtiments en ruine: « Le propriétaire d’un bâtiment est responsable du dommage
causé par sa ruine, lorsqu’elle est arrivée par une suite du défaut d’entretien ou par le vice de sa construction. »
Il faut un comportement fautif : défaut d’entretien du propriétaire du bâtiment. Dans ce cas de R, seul le
dommage actuel est réparable.
Conclusion : sur cet exposé de la JP, on voit que le contentieux se rapporte à peu de choses comparés à ce que
cela deviendra ensuite. Le contentieux n’est pas très différent de l’AR, les juges s’en tiennent toujours ç la
faute. Bientôt, ce fondement ne suffit plus car au fur et à mesure, les accidents liés au progrès technique
rendent le critère de la faute insuffisant, d’autant plus que la preuve de la faute est difficile à apporter, or les
problèmes pour rapporter la preuve prive la victime d’une réparation. De nouveaux fondements vont être
recherchés pour aider les victimes à être correctement indemnisés. Ce sont la doctrine et la JP qui vont faire
évoluer ces questionnements en abordant de nouveaux fondements (risque), l’assurance connaitra un essor
considérable.
Un contexte important est à relever. La codification de 1804 a eu pour effet de geler la doctrine, de figer
l’évolution du droit. Pendant près de 60 ans, en France, en dehors du Code Civil il n’y a pratiquement pas de
droit.
En effet, les premiers commentateurs du code vouent un culte absolu au CCiv, les premiers commentateurs
forment l’Ecole de l’Exégèse qui est une école utilisant la méthode exégétique fondée sur une analyse littérale
du code. Il y a une absence d’esprit théorique, aspect spéculatif, on s’en tient à un commentaire littéral du
code, on n’utilise peu voire pas de JP.
A l’opposé de l’Ecole de l’Exégèse, on a l’Ecole historique française tenant pour origine l’école historique
allemande ayant pour chef de lignée, Savigny. Cette école se regroupe dans la revue « La Thémis » et critique
le code. L’évolution de la France va favoriser cette école car le développement économique et industriel met
en avant les insuffisances du code notamment en matière du droit du travail.
Dès la première moitié du XIXe, ce code commence à être dépassé. Un tournant a lieu dans les années
1880-1900 car la JP et la doctrine viennent rompre avec les habitudes, elles prennent leur émancipation et elles
vont s’éloigner de l’emprise de la codification et forger un certain nombre de principes qui vont dominer tout
le XIXe siècle.
Tous ces éléments font qu’à partir des années 1880, les esprits évoluent, la R° sociale est en marche et
entraine une R° des rapports individuels. Tout cela va devoir trouver sa traduction dans le droit. Les
réformes se multiplient, mais modifient assez peu le code en lui-même.
Ces réformes font apparaitre trois éléments qui font faire dominer notre droit :
- L’évolution a pour conséquence le fait que le droit s’élabore largement en dehors du code, surtout
grâce à la JP et la doctrine. La JP construit le droit de manière empirique et la doctrine vient théoriser tout
cela en révélant certains arrêts, en pointant du doigt certains d’entre eux (arrêt de ppe, ligne JP constante).
L’une et l’autre se soutiennent.
- Il y a un passage qui s’effectue, à savoir celui du droit individuel qui tend vers un droit collectif.
- Le droit évolue aussi grâce à une nouvelle génération de juristes : Hauriou, Duguit, Planiol, Adhemar
Esmein, Gény, Saleilles, Demogue, Capitant… : ce qui les uni c’est une formation commune, ils ont tous
été formé au droit romain, histoire du droit, ont tous l’esprit philosophique, tous sensibles à la sociologie. Ils
ne s’enferment pas dans des catégories juridiques étroites, leurs pensées sont ouvertes à la comparaison. Il y
a aussi un aspect disciplinaire en plus de l’aspect géographique et théorique dont le regard est placé sous
l’angle des sciences auxiliaires. S’ajoute aussi le fait qu’il y ait une plus grande prise en compte de la JP, la
loi ne doit plus être la seule source du droit.
Cf : Frédéric Le Play
Pour l’ensemble de ces auteurs, le code peut/droit être critiqué si nécessaire. Ces juristes revendiquent le
droit pour la doctrine de dévoiler les insuffisances, défauts du code car on se rend compte que lors de la
rédaction en 1804, le code a été rédigé dans l’expression d’une société particulière.
L’idée c’est de prendre en compte les réalités sociales et d’adapter le code aux besoins sociaux ;
l’interprétation du code doit donc être évolutive.
Tout ce mouvement est essentiel en histoire du droit des obligations car la théorie générale du droit des
obligations va être renouvelée et la R va être bouleversée par cette nouvelle manière de voir le droit.
Sur la question de la R et du droit du travail, les accidents dus au progrès technique se multiplient et on se rend
compte que le critère de la faute est insuffisant donc le droit de la R va connaitre des transformations. Cela va
être le cas avec un mouvement d’objectivation de la R, une prise en compte plus importante de la notion de
risque, une généralisation de l’assurance, plusieurs changements de paradigmes.
D’une R individuelle et morale on semble s’acheminer vers une sorte de déresponsabilisation individuelle
progressive et de la même manière, on passe d’un modèle de prévention (jusqu’au XXe) à un modèle de
précaution.
Le développement du capitalisme au XIXe a engendré une mécanisation croissante, c’est ce que l’on entend
par machinisme (place des machines dans la vie des humains et plus spécialement au sein du monde du
travail). Ce terme de machinisme apparait au milieu du XIXe et le triomphe définitif de la machine court du
milieu du XIXe jusqu’à la veille de la 1ère GM à peu près.
L’industrialisation croissante, le développement des moyens de transports modernes multiplie les risques
d’accident et particulièrement le problème est d’autant plus important dans les usines. Plusieurs problèmes
sont à soulever au sein des usines :
- La vétusté des usines : elles ont été construites souvent à moindre coût (pas de fenêtre, pas de
ventilation : pas de norme de sécurité) et très rapidement des travailleurs développent des maladies,
ont des accidents dû à l’insécurité.
Mme SUTRA Romy
- Le défaut de sécurité : les ouvriers ne reçoivent pas de formation pour les machines qu’ils utilisent,
donc précarité de la formation, l’ouvrier évolue dans une forêt de machines dangereuses
dépourvues de notices de sécurité. Les accidents se multiplient.
En 1899 et 1912, ont été recensé 28 994 morts d’accidents du travail.
Aujourd’hui, dans une étude datant de septembre 2021 « Accident du travail, morts et blessés invisibles », l’auteur
donne un ratio de 14 morts par semaine, donc plus de 700 morts par an.
Cette thématique de « la machine dévoreuse d’hommes » se développe, suscite de nombreux écrits, et au sein
de ces derniers, sont développées les conditions de travail des ouvriers, le caractère spectaculaire des
accidents, mais aussi le supplice des accidentés du travail.
On a par exemple l’auteur Louis Reybaud qui a écrit un ouvrage se nommant Le fer et la houille. Il y décrit
une usine de fonderie où des travaux ont eu lieu mais aussi comment s’est produit un accident à l’intérieur,
avec 4 morts et 12 blessés. Il y a recueilli plusieurs témoignages par cet accident collectif dû à la vétusté des
locaux, insécurité.
Ces accidents spectaculaires sont relayés par la presse qui surfe sur le caractère sensationnel, tragique, et
cela permet de mettre à jour les conditions de travail des ouvriers. Ces accidents collectifs spectaculaires, nz
sont pas si nombreux.
Les accidents individuels quant à eux, sont beaucoup plus récurrents et il y a beaucoup de témoignages
d’époque à savoir par exemple, un ouvrier dans une usine en vapeur qui se retrouve avec le bras doigt pris
par la courroie et sa cuisse fracturée. Ce dernier s’en sort après plusieurs mois de traitement.
Un véritable problème social se pose, celui de la protection de l’ouvrier, mais surtout l’indemnisation de ces
victimes d’accident du travail. En effet, il y a pour certains, altération et pour d’autres pertes de capacité ou de
leur vie.
A) La prévention de l’accident
Comment éviter l’accident de travail ? C’est la question de la prévention qui agite les esprits depuis les
années 1860. Avant même que l’E ne légifère sur la question, des patrons se sont intéressés à ce sujet en
soutenant notamment deux idées fortes.
Cette sollicitude du patron envers le salarié rejoint des intéressements économiques : il y a donc une
question de rentabilité économique.
Mme SUTRA Romy
Les patrons essaient en prenant les devoirs sur la question de prévention, de court-circuiter l’action du
législateur qu’ils ne veulent pas laisser s’immiscer.
Dans tous les cas, l’idée de prévention fait son chemin car le législateur prend acte de cette volonté, de cette
tendance en matière de prévention. A la fin des années 1890, il va intervenir pour prévenir les accidents du
travail. L’E va se saisir de la question de sécurité au travail.
Pour autant, la liberté industrielle reste importante, le législateur évite les contrôles trop vexatoires
pour le patron, il y a donc un jeu d’équilibre.
Par une loi importante, celle du 12/06/1893, le législateur intervient, et cette dernière peut être
considérée comme l’ancêtre de toutes législations relatives à la sécurité dans l’entreprise.
Cette loi opère une distinction entre l’hygiène (maladie) et la sécurité (accidents) :
- En matière d’hygiène, l’article 2 pose un devoir général de prévention à la charge de
l’employeur : les établissements industriels doivent être tenus dans un état constant de propreté et
présenter des conditions d’hygiène et santé nécessaires à la santé du travailleur.
- En matière de sécurité : la loi prescrit des aménagements destinés à la sécurité du travailleur tels
que : l’isolement des machines mécaniques par des dispositifs de sécurité (ex : fermer tout ce qui
est trappes puits et autres ouvertures dangereuses au sein de l’usine).
Si malgré les précautions prises, l’accident survient il faudra se pencher sur la question de sa réparation, et
c’est à partir de là que les choses se compliquent surtout à partir des années 1880.
B) La réparation de l’accident
Du code de 1804 jusqu’à la fin du XIXe, c’est le système de la R civile délictuelle qui prévaut. Donc, en
cas d’accident, l’ouvrier ne peut pas fonder le droit d’indemnisation sur le contrat de travail (contrat de
louage).
Une indemnisation peut avoir lieu mais elle doit se faire selon le droit commun ; en d’autres termes il
n’existe pas de droit spécifique des accidents de travail.
Le droit commun, c’est l’article 1382 CCiv qui offre un recourt de l’accidenté face à son patron. La R du
patron, c’est une R délictuelle, qui n’a pas pour base le contrat de travail.
Le problème, c’est que dans ce système, l’indemnisation de l’ouvrier est très aléatoire car on reste attaché à
une conception subjective de la R et sur l’existence d’une faute. Ce système est inefficace car :
- La théorie de la faute de l’article 1382 CCiv laisse sans réparation tout ce qui est du fait du hasard,
cause incommise, hasard, force majeure, cas fortuit.
- La charge de la preuve incombe à l’ouvrir demandeur, donc la personne accidentée.
Dans le plus grand nombre des accidents de travail, il n’y a pas de faute perfectible expliquant l’accident de travail.
A défaut de faute clairement identifiée, lorsque le dommage est le résultat d’un cas fortuit ou d’un cas de
FM, il n’ouvre droit à aucune réparation. Ce système imparfait aboutit à ce que 80% des accidentés
n’obtiennent aucune réparation.
Or, il y a bien une victime, parfois il y a même une famille derrière qui compte par exemple sur le père
ouvrier qui perd sa capacité à travailler (temporaire ou définitive), donc se retrouve sans ressource.
Le droit en l’état est incapable de résoudre le problème à l’époque. La rigueur du système suscite des
questions quant à la place de la faute dans le système de la RC. La faute devient un vêtement trop étriqué pour
indemniser toutes les victimes.
Mme SUTRA Romy
Dans la mesure où on ne peut pas appliquer l’article 1382 CCiv, la question que l’on se pose c’est sur quel(s)
fondement(s) pourrait-on faire reposer la R de l’employeur ? La doctrine tente de trouver un nouveau
fondement.
En 1883-1884, on a deux juristes Charles Sainctelette et Marc Sauzet proposent d’étendre la R contractuelle
en introduisant dans le contrat de travail une obligation de sécurité pesant sur l’employeur.
La logique serait la suivante : le patron est débiteur contractuel de sécurité, s’il ne rend pas
l’ouvrier sain et sauf il manque à ses obligations à moins qu’il ne prouve qu’aucune faute ne
lui est imputable.
Donc la réforme que propose les deux juristes consiste à déplacer la charge de la preuve. Cependant, cette R
contractuelle n’est pas pleinement satisfaisante car elle laisserait l’ouvrier sans indemnité toutes les fois
où l’accident résulterait d’un cas fortuit, d’une imprudence ou d’une FM.
Elle n’a pas été retenu car la JP considérait que le contrat de travail (louage) se résume par
le seul échange salaire/service.
En conséquence, l’ouvrier victime d’un accident est privé de tout recours sur cette base.
D’autres juristes s’efforcent par d’autres biais de trouver une solution plus satisfaisante. Certains tournent
leur regard vers l’alinéa 1er de l’article 1384 CCiv qui ne servait que de préambule.
En 1896, la CCass vient renverser la tendance par une interprétation audacieuse qui va être le point de départ
d’une remise en cause du monopole de la faute comme fondement de la R.
2. L’audace de la JP
Par l’arrêt Teffaine du 16/06/1896, la CCass vient affirmer que l’alinéa 1er de l’article 1384 CCiv suffit à
fonder la R du propriétaire d’une chose. D’après la cour, cet alinéa contiendrait l’affirmation d’un ppe
général à savoir celui de la R du fait des choses.
Les faits : l’un des tubes d’une machine à vapeur placé sur un remorqueur explose, la vapeur s’échappe et cela
cause la mort du mécanicien de la machine, Mr Teffaine au bout de quelques heures. L’explosion avait pour
origine un vice de construction, un défaut de soudure à l’endroit de la rupture du tube. Un vice qui était resté
occulté de sorte que le propriétaire de la machine n’avait pas pu avoir connaissance de ce dernier. On ne
pouvait pas reprocher au pptre de la machine une faute.
Par conséquent, l’article 1382 était impossible à appliquer. Sa veuve demande réparation et en première
instance, sa demande est rejetée. Elle interjette l’appel et l’affaire est portée devant la CA de Paris. Cette
dernière guidée par un souci d’indemnisation de la veuve, condamne le pptre de la machine au paiement de
D/I en se fondant sur un article à savoir l’article 1386 CCiv, donc le cas spécial de R des bâtiments en ruine.
Le propriétaire de la machine se pourvoit en cassation et la chambre civile de la CCass (on s’attendait à ce
qu’elle casse l’arrêt de la CA) qui rejette le pourvoi formé par le pptre de la machine. Elle ne retient pas
pour autant l’article 1386 CCiv, car selon elle l’article n’avait pas vocation à s’appliquer. Elle se base sur le
fondement qui est l’article 1384 alinéa 1er.
Par l’arrêt Teffaine, l’alinéa 1er de l’article 1384 CCiv se voit reconnaitre pour la première fois une
réelle valeur normative. La CCass prend le soin de préciser que la R du pptre est engagée « sans qu’il puisse
s’y soustraire en prouvant soit la faute du constructeur de la machine soit le caractère occulte du vice incriminé ».
On voit donc avec cette arrêt les prémices d’une R de plein droit car le responsable ne peut pas s’exonérer en
prouvant la faute du constructeur ou le fait que la cause du fait dommageable était inconnue. Les deux seules
possibilités sont le cas fortuit ou la FM.
Cette solution est porteuse de grands bouleversements car elle constitue l’amorce de l’autonomie de la R
fondée sur la garde. Cependant, cette décision ne fige pas la JP, les tribunaux se montrent hésitants au début
quant à l’application du régime du fait des choses qui vient d’être découvert.
Mme SUTRA Romy
Moins d’un an après, la chambre des requêtes CCass contredit en partie l’argumentation de Teffaine, c’est
l’arrêt « Compagnie Transatlantique » 3/03/1897 où la CCass considère que l’alinéa 1er de l’article 1384
CCiv édicte une simple présomption de faute pouvant être combattue par la preuve contraire.
er
Malgré tout, semble s’être imposée l’idée que cet alinéa 1 a une réelle valeur, donc le
principe général de R du fait d’autrui.
La JP a envie de progresser sur la question et le législateur vient suivre la tendance en particulier concernant le
droit du travail en venant affirmer l’existence d’une R sans faute.
La genèse est complexe car beaucoup étaient réticents à l’idée de voir l’E intervenir dans le domaine
industriel. On peut citer un discours de Léon Say qui explique devant le Sénat en 1889 qu’il était
inadmissible que l’E intervienne en matière industrielle : « ce grand risque professionnel de l’humanité, c’est
que tout être humain est mortel, il peut perdre ses facultés physiques et mentales….que de toute autre branche
de l’activité humaine ». Selon lui, le risque professionnel est un risque comme les autres.
Devant la multiplication des accidents, d’autres personnes partisanes de l’interventionnisme lui répondent que
le Parlement doit corriger les lois économiques en y appliquant un « coefficient d’humanité ». La loi doit donc
venir rééquilibrer la situation.
A partir de 1883, diverses propositions voient le jour avec le dépôt du premier projet de loi, et pendant près
de 15 ans, la chambre des députés et le Sénat ne parviennent pas à se mettre d’accord.
En 1898, les deux chambres parviennent à un accord, il y a l’avènement de la loi du 9/04/1898. Il s’agit d’un
monument du droit du travail lié intrinsèquement au droit de la R. L’objectif est de réparer 4 accidents sur 5.
Cette loi institue la R du chef d’entreprise reposant sur le risque professionnel. L’article 1er précise que
les accidents survenus par le fait du travail ou l’occasion du travail donnent droit au profit de la victime ou de
ses représentants à une indemnité à la charge du chef d’entreprise à la condition que l’interruption du travail
ait duré plus de 4j.
Au départ, le domaine d’application de cette loi est circonscrit aux industries mais il sera par la suite
étendu aux autres secteurs dans lesquels on fait l’usage de machine (ex : secteur agricole, ateliers
commerciaux…).
Dans la nouvelle loi, l’accident pris en compte est l’atteinte au corps humain, donc qu’un accident se soit
produit. La maladie professionnelle est donc exclue et ce sera en 1919 pour qu’une loi en reconnaisse deux
(plomb et mercure).
Afin d’éviter l’engorgement des tribunaux liées à des contestations sur les montants de l’indemnisation
et dans un souci de pacification sociale (+rationalisation judiciaire), la loi a pris soin de régler d’avance les
indemnités par un tarif. Elle a prévu l’instauration d’un régime forfaitaire fondée sur la quasi-automaticité de
la réparation. Ce dernier varie en fonction du degré d’incapacité au travail causé par l’accident.
Exemple : en cas d’incapacité temporaire, l’ouvrier perçoit ½ de son salaire quotidien.
L’idée est que le législateur de 1898 a pris le parti du compromis. Un compromis entre un salarié qui
abandonne les poursuites à l’encontre de son patron et d’autre part un patron juridiquement responsable de
tout accident du travail dans la limite de la tarification légale. Il n’y a donc pas de compensation intégrale.
Mme SUTRA Romy
Cette loi de 1898 introduit un ppe de justice équitable et cette notion de risque professionnel permet à
toute victime de demander une compensation financière.
Cette loi est un tournant dans l’histoire du droit du travail et du droit de la R à plusieurs égards :
- Abandon de l’idée selon laquelle l’accident de travail est une fatalité. L’accident du travail
devient un fait social passible d’un traitement spécifique et d’un effort de maitrise.
- Par le renversement de perspectives dans l’approche des mécanismes de la R : ce renversement est
justificatif de l’inversion de la charge de la preuve. Cette R repose désormais sur le droit à
l’existence de l’ouvrier. Avec ce déplacement du risque individuel vers un risque social, c’est le
ppe de J individuelle qui cède le pas à la J sociale.
- Le régime de R avec cette loi subit une opération d’objectivation : c’est par exemple ce qu’illustre
Jules Cabouat (professeur à la faculté de droit de Caen, un des ppx commentateurs de la loi de
1898, traité en 1901) qui indique que « l’idée de R accomplis une remarquable évolution en ce sens qu’elle
tend en matière civile à se dépouiller de son caractère subjectif traditionnel ». Il poursuit en indiquant « la faute
cesse d’apparaitre une manifestation d’essence subjective pour se confondre objectivement avec certains faits dont la
matérialité suffit à engager la responsabilité de l’auteur ».
Avec la théorie du risque s’affirme ce que Léon Duguit nommera plus tard, le droit objectif qui est dérivé des
exigences sociales. La question est de savoir à quel type de besoins sociaux il importe de répondre.
- Cette loi s’inscrit dans un processus que François Ewald a qualifié la naissance de l’E providence
car la logique individualiste/libérale fondée sur la R pour faute qui marchait jusque-là s’incline
devant une technique de répartition des risques conçue pour concilier les intérêts du patronat
et des ouvriers. Cela est à mettre en parallèle avec le dispositif d’indemnisation prévu par cette loi.
L’idée de faire de l’E un acteur partie prenante de la loi de 1898 a fait l’objet d’une vive hostilité en parti
venant du patronat. On sait que le débat s’est achevé par l’adoption d’un système d’assurance privé qui est
non-obligatoire.
NB : L’impact de cette loi a eu un énorme effet sur les compagnies d’assurance.
Le souci est qu’il fallait trouver des garanties aux victimes d’accident du travail qui auraient été exposé aux
défaillances de leur patron. Afin de protéger les victimes contre l’insolvabilité potentielle de leurs patrons, la
loi de 1898 a prévu un système de R solidaire avec un fond de garantie géré par l’E.
A la fin du XIXe, dans un système qui se voulait assez détaché de l’ingérence des pouvoirs publics, cet
aspect de la loi pourrait surprendre. Dans la rétrospective, il faut y voir un signe prémonitoire de la création
quelques années plus tard un système de gestion collectif de l’ensemble des risques sociaux.
Cette loi de 1898 constitue un bouleversement conceptuel majeur puisqu’il rejette le droit commun de la R
fondé sur l’individu, la faute pour promouvoir le risque désincarné. On a une logique sociale qui vient se
substituer à la logique civiliste.
L’accident n’est plus considéré comme la conséquence d’une faute, donc la recherche de R est hors de
propos. Cela a de quoi dérouter les juristes attachés à la R de l’H.
On y retrouve Raymond Saleilles (soutient sa thèse de doctorat en 1883 sous la direction de Claude Bufnoir),
il débute sa carrière à la faculté de droit de Grenoble, puis rejoint Dijon. En 1895, il rejoint la faculté de droit
de Paris où il enseigne en droit civil et en droit comparé après avoir enseigné le droit C°.
Le parcours de Saleilles montre qu’il a une réflexion très novatrice et ses réflexions donnaient lieu à des
publications. Il a multiplié les initiatives doctrinales, la création de revues comme celle de droit civil.
Il fait partie de cette nouvelle génération qui vient donner une nouvelle dimension au droit, scientifique. Sur le
plan technique, il milite en faveur de la théorie du risque. En 1896, l’arrêt Teffaine lui donne l’occasion
d’exprimer plus amplement sa pensée. Il va le commenter l’arrêt dans le Dalloz et dans note il promeut la
théorie du risque professionnel mais il va aller plus loin en 1897.
Il publie une brochure « Les accidents du travail et la R civile » en 1897. Il met à la charge des entreprises
les risques inhérents à leurs activités sur le fondement de la R du fait des choses déduite d’une faute
objective. Il propose une systématisation de l’idée de risque, ce que reprendra Josserand.
Il indique « appelons les choses par leur nom, laissons cette idée de faute de côté et disons tout simplement ce qui est…et plus
conforme à l’idée de la R individuelle et disons que chacun en agissant court des risques…l’auteur du fait paiera les risques. »
Le développement des risques professionnels lui semble conforme à celle de l’équité.
Il appartient à celui qui a mis son ouvrier en situation de danger d’en assumer la conséquence.
Le patron en créant son entreprise, donne naissance à un risque et c’est aussi lui qui retire les bénéfices :
c’est à lui d’assumer les conséquences d’un éventuel accident.
Cet ouvrage s’ouvre sur l’arrêt Teffaine et il en déduit qu’il n’y a pas de faute. Ce n’est pas l’accident qui est
important, c’est le risque professionnel. Il soutient que l’article 1384 CCiv alinéa 1er est porteur d’une R
objective du fait des choses.
Un juriste du nom de François Laurent avait exploré la R matérielle dans le cadre du travail à travers la R du
fait des choses en droit du travail. On peut citer aussi Labbé. Ces deux auteurs envisageaient la
transformation de l’al1er en règle, ils pensaient que ce dernier n’avaient pas de valeur contrairement à
Saleilles qui nous dit que cet alinéa a toujours eu une portée normative.
Saleilles soutient que c’est la propriété de la chose qui est source de R et il tente aussi dans son ouvrage le
fait d’écarter la faute de ce nouveau régime de même que toute cause d’irresponsabilité.
Il élabore le système qui sera celui de l’arrêt Jand’Heur de 1930 qui établit la présomption de
responsabilité du gardien d’une chose inanimée.
Cette théorie du risque-profit sera développée par un autre juriste à savoir Louis Josserand.