Évolution des institutions policières
Évolution des institutions policières
policières
Introduction
Cf : Paolo Napoli, Naissance de la police, parle d’un concept évolutif et difficile à cerner.
Les institutions policières peuvent sembler d’une légitimité naturelle même si elles sont souvent
contestées à partir du moment où il s’agit d’assurer la vie en société et par la même occasion, la sécurité
du groupe ou des individus qui le compose.
Être en sureté, c’est faire en sorte qu’il n’y ait pas d’atteinte aux personnes ni aux biens, c’est
aussi ne pas être inquiété « physiquement ». Cette notion va évoluer, car si au premier abord on se
souciait de la sureté individuelle, on finit par s’inquiéter de la sureté même de l’État.
Aristote part de loin, il propose une définition de l’Homme comme assimilé à un animal
pensant, un « animal politique », « animal social ». Une des conséquences est de faire de l’H un être
voué à la vie dans la société. Le premier terme ne doit pas être occulté.
Dans son ouvrage sur la police, [Link] a immédiatement rappelé les études qui se sont
développées dans la lignée de Konrad Lorenz et de son étude sur l’agression, sur l’éthologie humaine
(étude du comportement animal) apporte des éléments de compréhension à la criminologie et de
justification des politiques de sécurité.
La sécurité est un besoin essentiel, peut-être une condition même de la liberté. Alors, un principe
d’ordre serait nécessaire au développement de la vie organisée, qui n’efface pas pour autant celui de la
liberté. Concilier des besoins contradictoires de liberté et d’ordre est peut-être l’une des raisons qui fait
que la police n’a pas toujours eu bonne presse.
Ses buts, ses moyens (bras armé de la « violence légitime » Weber) son rapport parfois concurrent
avec la justice n’aide pas à avoir une vision objective de celle-ci.
C’est donc ce que semble rappeler Fouché, dans une Circulaire adressée aux préfets pendant le
Directoire :
« Entourée de formes qu’elle ne trouve jamais assez multipliées, la justice n’a jamais pardonné à la police sa rapidité.
La police, affranchie de presque toutes les entraves, n’a jamais excusé dans la justice ses lenteurs ; les reproches
qu’elles se font mutuellement, la Société les a faits souvent à l’une et à l’autre. On reproche à la police d’inquiéter
l’innocence, à la justice de ne savoir ni prévenir ni saisir le crime. Parce qu’elle ait dans les mains du Roi, la police a
passé plus généralement pour un instrument de despotisme ; la justice parce qu’elle est rendue par les organes des lois
a paru égarée dans les obscurités et leurs contradictions […]. Il faut convaincre les français que la police n’a pour but
que le maintien de l’ordre social ».
On voit l’opposition police/justice, on retrouve l’idée de nécessité.
A cette méfiance qui explique la faiblesse historiographique à son sujet, nous pourrions rajouter des
difficultés pour définir ce qu’est la police.
Des difficultés ont existé pour mettre en œuvre des recherches, difficultés qui tiennent pour une bonne
part à la police elle-même.
Le secret, c’est celui d’une police qui ne désire pas mettre en avant ses pratiques, ses méthodes,
ses forces et faiblesses. Il s’agit de laisser croire que la police est plus puissante qu’elle ne l’est par ce
secret. Ce culte du secret est encore directement lié au secret d’État et de Gouvernement. C’est pourquoi
la police, étroitement lié à la souveraineté royale sous l’Ancien Régime, ne pouvait pas faire l’objet de
grandes délibérations publiques. Ce n’est pas sans rappeler l’absence de motivation des cours souveraines
en matière de justice.
C’est encore pourquoi, malgré l’évolution révolutionnaire, les versements d’archives ont été
insuffisants (incomplets, tardifs, accès impossible…).
C’est une donnée historique des institutions judiciaires. Longtemps la police a été lié à la justice,
or la justice, dans l’Ancien Droit est elle-même complètement éclatée.
Ces méfiances peuvent s’expliquer en partie par les interactions qui existent entre la police et la
politique ; c’est-à-dire par le manque d’indépendance.
On pourrait dire que le pouvoir politique influence l’administration de la police. Le lien est
même naturel si on considère que les polices sont déterminées par un « ordre administratif général »
inséparable du contexte (constitutionnel, politique).
2Souvent les réformes policières surgissent au moment de crises politiques. Ces réformes
dépendent de conception de programmes généraux, d’orientations, d’organisation de l’État. L’histoire
nous donnes une diversité d’exemple, soit de tentative de prise en main par l’État lorsque celui-ci se
développe sous l’AR soit des mouvements de décentralisation lors de l’époque révolutionnaire ou encore
des mouvements de centralisations (régime plus autoritaire).
§2 : Méfiances académiques
L’institution policière a aussi ses responsabilités. Elle a été elle-même réticente à l’égard de
toutes recherches scientifiques. Peut-être craignait-elle un regard malveillant, ou voulait-elle garder une
part de mystère.
Les temps ont changé, historiens, politologues, sociologues, s’intéressent à la police ; mais tous
rencontrent une difficulté, l’approche juridico-historique est difficile (Paolo Napoli).
Paolo Napoli ou d’autres encore ont préféré l’idée de concept avec l’idée d’un phénomène
évolutif. On aurait donc à avoir affaire à un « objet juridiquement impur » qui s’est développé en dehors
de la tradition savante (du droit romain classique et médiéval). Le terme police n’a pas la même sens
selon les siècles ou même durant une même période.
La police se prête mal par essence aux conceptualisations théoriques. En effet, son action ne se
justifie que dans une pratique dénuée de référent métaphysique. Elle se fonde dans une activité
continuellement en adaptation aux conditions sociales.
Ce terme de police a une étymologie parce qu’il vient de politia, est issu du grec politeia. Ainsi,
c’est l’art de gouverner, on voit le lien avec le politique. Le terme polis fait référence à la cité. Il est donc
difficile de le distinguer de la politique.
Par exemple, Aristote dans l’Etique donnait une définition de la police de manière large « Le bon
ordre, le gouvernement de la ville, le soutien de la vie du peuple, (..) c’est le premier et le plus grand bien
». Ainsi, on voit déjà des idées de réglementation de police et de mœurs, etc. Dans les traités médiévaux,
ce mot de police désigne aussi bien la forme de gouvernement, ceux qui gouverne, que la société qui est
gouverné.
À partir de ce constat de grande largesse dans la définition, on a au moins une idée qui peut
ressortir : le caractère régalien de son origine. Autre conséquence de l’étymologie : il va y avoir des
confusions avec d’autres notions, qui vont être très liées, notamment la justice et la législation.
Il faudra attendre l’AR pour avoir, un peu, de clarification. C’est notamment là que ≠ auteurs
importants vont essayer de donner des définitions.
U8n auteur fondamental : Nicolas Delamare (1706-1738). Il écrit Traité de la police, il ne propose pas
une définition globale, il va proposer 3 sens au mot de police, qu’il va décliner en ≠ polices : -
c’est le gouvernement général des États,
c’est le gouvernement de chaque État, avec les polices civile, militaire, ecclésiastique,
l’ordre public de chaque ville.
Un siècle plus tard, sous la monarchie de Juillet, un administrateur de police Vivier va donner une
définition beaucoup plus proche que la nôtre, parce que la Révolution est passée par là. Il la définit en
évoquant les fonctions de cette police. Il dit « Le préfet de police participe par le droit de rendre des
ordonnances au rôle de législateur, par le droit de dénonciation aux fonctions du ministère public, par celui
d’arrestation et de recherche en fonction des magistrats instructeurs ». On voit déjà ≠ entre la police
administrative et police judiciaire.
On ne parle pas de la définition de la police, mais une définition de ses fonctions. On voit se
dessiner la police administrative, qui est la police qui a pour objet le maintien habituel de l’ordre public
(définition de 1795) et qui tend principalement à prévenir les infractions. En face, l’idée d’une police
judiciaire, qui recherche les délits que la police administrative n’a pas pu empêcher de commettre. Elle
rassemble les preuves, livre les auteurs aux tribunaux chargés de les punir. On aura d’autres types de
police : police mobile (employée en 1907 pour désigner les brigades régionales), police répressive, police
politique et secrète à certaines périodes.
Ainsi, ce qui ressort de cela est que même s’il est difficile de définir la police, cela ne signifie pas
qu’elle n’existe pas. À la chute de l’Empire romain d’Occident, en 476, l’État centralisé s’écroule et
disparaît, mais ce n’est pas pour autant que la police cesse. Avec l’éclatement des structures étatiques,
le pouvoir est atomisé. Plusieurs institutions vont être amenées à exercer les fonctions de police, parfois
en concurrence.
L’évolution des institutions policières doit commencer alors même que la notion de police
moderne n’existe pas. L’historienne Claude Gauvard parlera de « la police avant la police », c’est à
dire que la police existait avant qu’elle ne soit bien définie.
2Après la chute de l’Empire romain d’Occident en 476, l’ensemble des structures étatiques, qui
avaient donné un ordre à l’Empire, s’écroulent. La place est laissée à de multiples royautés barbares. Peu
à peu, ce8s royaumes vont être dominés par les francs. Face à cette royauté patrimoniale, fondée sur des
liens personnels, de serment, entre le roi et ses fidèles, la notion d’ordre public disparait. Les sociétés
vont se réguler simplement différemment, et la police va jouer un rôle secondaire, avec d’autres
modes de régulation, etc..
De Clovis à Hugues Capet, on ne sait pratiquement rien de la manière dont la police était exercée sous
les rois francs. On sait que ce sont des hauts personnages choisis par l’entourage royal cumulaient
pouvoirs civils et militaires. Ainsi, ces fonctions de police étaient réduites au minimum.
Ce pouvoir de commandement est particulièrement faible parce qu’il n’existe plus, à proprement parler, de
souveraineté. L’éclatement du territoire, et avec lui du pouvoir, va entrainer l’éclatement du droit de police.
L’instauration de peuples barbares, puis de royautés barbares, dans l’ancienne Gaule romaine a
nécessité un système de coexistence de droits : système de la personnalité des lois. Malgré tout, ce
système va exister mais sur un plan assez court. Chacun va se voir appliquer sa loi particulière,
personnelle.
On peut parler des lois romaines des barbares pour les gallo-romains en territoire barbare, où
le droit romain change de nature parce qu’il était universel et il devient une simple loi particulière. Il est
réduit à une simple nécessité de la vie quotidienne, notamment assuré par le jugement. Par exemple, la loi
romaine des Wisigoths : bréviaire d’Alaric.
Puis, des lois barbares pour les barbares eux-mêmes. La plus importante étant la loi salique :
elle va cons2igner toutes les coutumes des francs-saliens dans un texte écrit. Il y a peu de droit privé mais
beaucoup de droit pénal. À l’origine, c’est un pacte de paix, le but était de contrôler la violence des
francs. Elle se présente comme une longue clarification avec des compositions pécuniaires, pour chaque
délit on fixe le montant de la réparation : première régulation sociale pour dépasser la vengeance privée.
Autrement dit, l’objectif est la paix sociale parce que la partie offensée renonce à la vengeance privée
puisqu’elle obtient une contrepartie.
Ce système de personnalité fonctionne, mais on bascule rapidement vers la territorialité des lois,
parce que les barbares n’était pas assez nombreux pour imposer leur droit partout et à tous, parce que le
droit barbare germanique était trop rudimentaire et inférieur au droit romain, également parce que les
élites barbares étaient romanisées. Ainsi, très vite on rebascule vers la territorialité des lois.
La police des campagnes est celle qui existe dans les grands domaines. Elle va s’appliquer aux
serviteurs de ce domaine, aux brusselaires, qui doivent défendre le domaine. Leur mission est d’assurer
l’ordre. C2’est une police locale.
Celle des villes se dessine au Moyen Âge. Le comte va administrer la cité au nom du souverain :
ce comte va assurer la justice. Les détenteurs des charges municipales ont en charge l’ordre, la police des
marchés, la surveillance des poids et mesures. Il faut aussi garder à l’esprit que l’on peut retrouver le
tribunal de l’évêque. Les grands de la cité ont la charge de l’ordre, de la surveillance des poids et
mesure, etc..
Dans toutes ces diversités de situations, on doit évoquer le rôle des règlements privés, des
transactions, arbitrages, et aussi la vengeance. L’homicide par vengeance est accepté, parce que
l’honneur a plus de valeur que la vie humaine à cette époque. Sur l’ensemble du territoire, c’est au roi
de faire appliquer ses propres ordres, et éventuellement de faire traduire les personnes devant les
tribunaux.
Mais, comment sont-appliqués les décisions des tribunaux ? L’exemple de la loi salique : elle
prévoit de faire venir devant le roi celui qui refuse de se rendre devant le tribunal, ou qui refuse même
d’appliquer les ordres. Deux siècles plus tard, on a le formulaire de Marculf qui sert de référence, mais il
ne donne plus aucune trace de cette permission de mener devant le roi les récalcitrants. Il se peut que la
faiblesse au niveau des forces de police s’explique par l’idée de vengeance mais aussi d’honneur.
La création d’un pouvoir impérial favorise la reconstitution d’un pouvoir central. Ce nouveau
pouvoir carolingien s’appuie sur la loi, le rôle du prince, et essaie de ramener le pouvoir à la tête de l’Etat.
On peut dire que ce pouvoir central est le pouvoir concentré dans les mains de l’Empereur, c’est à
dire sa capacité à se faire respecter, à faire exécuter ses décisions sur tout le territoire. Se pose alors la
question des pouvoirs locaux et maîtrise du territoire, ce dernier étant un élément essentiel de la
souveraineté. Face aux injustices locales, doivent répondre la justice de l’Empereur et la police. C’est une
délégation de l’auctoritas. C’est grâce à eux que la législation va être appliquée de façon uniforme, mais
cela va disparaître avec Charlemagne, notamment dans la moitié du IXe siècle.
Il faut comprendre que l’Empire a favorisé la mise en place d’un ordre politique et hiérarchisé, il
commence à mettre en place un État, avec toutes les réformes de la justice qui vont avec.
§2 : La police à l’âge féodal
A) Police des campagnes, police des villes
L’État carolingien va connaitre les mêmes difficultés que la royauté mérovingienne. La faiblesse
des monarques empereurs (Charlemagne en 800) va entraîner des velléités d’indépendance. Le contexte
est celui d’invasion normande, hongroise, qui fait que la société se replie, et l’État se montre incapable de
protection. Ainsi, la société se tourne vers les comptes, vicomtes, etc., capable d’assurer leur
protection.
Le roi va devoir accorder à ces agents l’hérédité de leur charge. En 877, début du morcellement et
on accorde l’hérédité aux comptes. A nouveau, va découler un morcellement du pouvoir et du territoire,
un éclatement du pouvoir de police, jusqu’à l’apparition des seigneuries et des villes, villes qui vont
échapper à l’autorité des seigneurs. Ces villes ont leur liberté à travers les charges. A cette époque, la
police est encore la parente pauvre de la justice. Cet éclatement et enchevêtrement des compétences
va réduire d’autant son efficacité.
Cette situation aboutie à des situations incongrues, lorsqu’une frontière invisible sépare le ressort
de deux juridictions, et passe au milieu d’une rue, la difficulté vient lorsque le délinquant franchi cette
ligne. Il arrive que des juges préfèrent laisser échapper un suspect plutôt qu’entrer dans des conflits
interminables de compétences.
1. La police seigneuriale
Ces fonctions régaliennes ont été usurpées au pouvoir royal. L’impôt, appelé la taille seigneuriale
(avant la taille royale), permet d’entretenir une force armée pour se faire obéir. Toute cette réglementation
seigneuriale est officiellement motivée par l’intérêt public et général. Toutefois, la mise en oeuvre de
cette réglementation va dépendre de la conception que les seigneurs se font de l’intérêt général. Pour eux,
l’ordre social est d’abord l’ordre seigneurial.
Le renouveau économique du 11e siècle a permis un nouveau développement des villes. Les
échanges commerciaux ont permis le repeuplement des villes, et les bourgeois (habitants de la ville)
ont de plus en plus difficilement supporté la mainmise seigneuriale.
Ainsi, des chartes municipales ont été négociée, parfois obtenue par la main violente, permettant
l’instauration de privilèges pour les villes. Ces villes vont pouvoir s’administrer elle-même, échapper à la
tutelle seigneuriale. Ces chartes traitent d’ordre public en diffusant un idéal de paix, en établissant parfois
des règles pour limiter les violences. Par exemple, à Arras, la charte de la ville interdit de pénétrer dans la
ville armée, sauf pour les marchands faisant du commerce.
Les habitants de ces villes participaient, par des représentants élus, à l’administration de leur cité :
la commune promulguait des règlements de police, envoyait ses membres juger les délinquants devant ses
propres tribunaux, percevaient les impôts pour assurer la défense, et elle imposait aux habitants de servir
dans une milice municipale (le guet). Vont donc apparaître des agents d’exécution de cette police.
À Toulouse, on parlera de dizeniers. Ces dizeniers sont dépourvus de toute autorité coercitive, et
n8e peuvent même pas dresser de procès-verbal. Malgré tout, ils étaient respectés. Le dizenier à Toulouse
devait veiller au respect de la réglementation urbaine. Il exerçait une sorte de police passive. Par exemple,
il doit surveiller son ilot, surveiller les endroits sensibles (cabaret, caverne, etc.). Il doit rendre des
comptes aux capitouls, sur les conduites scandaleuses, les cadavres éventuels, il dénonce les vagabonds,
dresse la liste des étrangers nouvellement arrivés.
Éventuellement, le dizenier à Toulouse doit en appeler au guet en cas de rixe. Il participe aux
dénombrements fiscaux. Il fait l’état des dommages lors d’une catastrophe. Pour les habitants, ce dizenier
est un conciliateur, il peut être médiateur aussi.
Ainsi, agent important, même s’il a peu de pouvoir : leur omniprésence dans l’espace urbain permet
d’assurer l’encadrement des populations depuis le M-A.
D’abord les foires et marchés, elles vont avoir un statut spécial en matière de police. Tant les
consommateurs, que les seigneurs, que les marchands eux-mêmes, souhaitent protéger leur marchandise
et transaction. Ainsi, tout le monde trouve intérêt à une police spécifique pour protéger cela.
Le grand commerce est organisé selon les cycles de foire (Paris, Lille, Montpellier et le plus
célèbre en Champagne). Des conduits de foire vont être organisés, pour protéger les marchandises et
marchands, par la justice de la foire. Le roi également pourra placer sous conduit royal les marchands
qui se rendent aux foires, venant de l’extérieur. Ainsi, des marchands vont finir par organiser leur
propre police, leur propre justice.
Ensuite l’Eglise, elle participe au maintien de l’ordre à travers les règlements ecclésiastiques : on
va user de la pénitence publique. L’évêque peut user de l’excommunication (peine la plus grave parce
qu’on est hors de l’Eglise).
Également, la police royale réapparaît à travers les baillis et prévôts. Le terme prévôt apparaît
surtout à la fin du 11e, avec des origines floues, mais on sait que ce sont des officiers locaux qui
collectent les revenus pour le roi, administre et juge en son nom. Ils vont être partout où le roi a des
droits et des exploitations domaniales. Toutefois, ce prévôt va décliner face au pouvoir du bailli. Ce
8prévôt va tendre à devenir un « officier de police municipale », ayant pour fonction la garde de l’ordre
public sur son territoire. Il transmet les ordres royaux, etc..
Les baillis et sénéchaux apparaissent eux plutôt au XIIe, avec transmission des ordres, arrestations,
assistés de sergent et doivent assurer le maintien de l’ordre.
B) L’exception parisienne
C’est le roi, Henry Ier, qui va être conscient de la spécificité de Paris au moment de la reconquête
royale. Ce roi va nommer un prévôt à Paris, et le roi pourra assurer son contrôle parce qu’il est nommé
par lui, révocable à tout moment. Ce prévôt va avoir des pouvoirs très important : administrer le domaine
royal, percevoir les revenus, en charge de la sécurité à Paris (prendre des règlements en matière
d’hygiène, en matière de sureté de la ville, règle les ≠ entre les habitants donc pouvoir de justice, etc.). Il
aura avec lui des hommes d’armes pour faire exécuter ses décisions, ses sentences.
La seule limite, qui n’en n’est pas moins importante, est celle des pouvoirs concurrents sur
Paris. On peut évoquer l’évêque avec son tribunal ecclésiastique, il ne s’occupe pas que des clercs et peut
intervenir comme arbitre dans les litiges entre les laïcs, il intervient dans les matières mixtes (à cheval sur
le domaine spirituel et temporel, comme les mariages, testaments, dès qu’il y a un serment). De plus,
l’évêque lui-même peut être un seigneur féodal, et donc il a des pouvoirs en matière de police, d’autorité,
etc...
Ens2uite, les bourgeois parisiens qui ont réussi à partager certaines taches avec le prévôt,
notamment concernant les recettes du domaine à partir du 13e. Enfin, la hanse des marchands, avec son
propre prévôt qui concerne les marchands de Paris, avec une juridiction interne. A terme, il deviendra le
prévôt des marchands. Il s’est occupé des affaires commerciales de la police du fleuve, également la
police des prix.
Dans les temps anciens, le mode de vie est très violent, et la population doit être « policée ». Un long travail de
civilisation des mœurs s’est accompli sous l’égide du pouvoir royal qui va renforcer son droit à contrôler l’ordre,
la police. Une explosion du nombre d’ordonnance témoigne de la nouvelle importance prise par la police, elle
devient objet de la reconquête.
§1 : Le renforcement de la police
A) De nouveaux moyens légitimant la police royale
L’usage du droit romain implique que désormais l’État suive un idéal d’ordre. C’est à partir
du XIè siècle que les compilations de Justinien sont redécouvertes. Ce droit romain va se diffuser, va être
analysé dans les grandes universités en Europe (Italie, Montpellier, Toulouse, Orléans, ect). Ce droit
romain va servir la reconquête royale, on le constate que l’adage « Le roi est Empereur en son royaume »
qui rassoit sa légitime interne et externe. Désormais, le roi affirme qu’il doit mettre « bon ordre et police
au pays ». Ce sont les fondements sur lequel repose le bien commun. Ce droit romain montre
l’exemple de contraintes pour que les sujets respectent les règles en vivant en communauté.
2. Les coutumiers
C’est la mise par écrit des coutumes, privée, souvent par des agents du roi (baillis, sénéchaux,
etc.) à partir du 12e et à usage des praticiens. Ce mouvement se poursuit jusqu’au 15e dans l’idée de
clarifier le droit, réduire le nombre de coutumes, et facilité les procès. Le roi va lui-même ordonner la
rédaction officielle de ces coutumes en 1454 avec l’ordonnance de Montils-les-Tours.
Ces coutumes ont été le fait d’agents du roi, ils vont insérer du droit romain sans le dire, et lors
de la rédaction officielle on voit les organisations royales entrer dans le processus. Sans le dire, on ne
fait pas que mettre par écrit la coutume, mais on va ajouter des choses, notamment le droit romain,
qui sert le roi dans son pouvoir. Ainsi, ces coutumes vont contenir du droit romain, des mesures
pénales, énumérer les délits principaux avec les peines encourues, etc.. Et on voit, en les lisant, que la
frontière entre justice et police est quasi-inexistante.
Le roi multiplie les actes normatifs. Les ordonnances touchent à l’OP, à la morale, ces deux
idées qui sont un souci nouveau pour la royauté. Dans ces ordonnances, pas de construction théorique,
mais elles vont donner déjà une idée des indications sur le contenu de la police. Elles nous montrent un
affermissement de l’État.
Finalement, on peut conclure de ces ordonnances qu’à la fin du M-A la police trouve les mêmes
justifications, fondements, que les fonctions générales de gouvernement et de justice. Cela signifie qu’elle
devient une mission essentielle de l’État. Ainsi, elle devient au centre des préoccupations de l’État
naissant.
Le roi va devoir faire face à ces concurrents traditionnels en matière de police, notamment les
seigneurs, hauts justiciers, qui sont parvenus à maintenir leurs attributions de police. On redécouvre
aujourd’hui la vitalité des autorités seigneuriales (jusqu’au XVIIIe), on les croyait moribondes au profit
des juridictions royales, mais on s’aperçoit qu’elles sont restées très actives, notamment dans le domaine
de la police rurale (voiries, le prix et façon du pain, gestion des terres, eaux et forêts, lutte contre les
disettes, tout ce qui relève du blé/grain, poids et mesures, armes, etc.).
Finalement, c’est la vie quotidienne de ces villages qu’ils règlent, et la royauté a vue d’un regard
bienveillant ces seigneurs en raison de leur proximité avec les habitants, d’une adéquation entre les
règlements et la réalité du terrain. Les corps municipaux, villes, vont perpétuer ce rôle réglementaire.
Cette logique régalienne qui est en train de se mettre en place s’applique aux agents territoriaux :
ils ont reçu la délégation en matière de police, donc ils peuvent prendre des ordonnances au nom du roi
(prévôts, baillis, sénéchaux, gouverneurs de provinces).
Chapitre 2 : La naissance de la police moderne (XVIe-
XVIIIe)
Les juristes vont écrire davantage sur la police et s’engagent à renforcer l’autorité du roi. Que
ce soit le gouvernement royal ou les juristes, ils conçoivent de plus en plus la police comme un
mécanisme général de régulation, de maintien de l’ordre urbain et de la vie civile.
La police c’est un instrument essentiel par lequel l’État intervient dans l’économie, le travail, la
santé, etc.. Le développement de la police à l’époque moderne indique qu’elle est fortement liée aux
conceptions économiques et sociales de la monarchie qui devient absolue. Cette police ne pouvait être
qu’un instrument au service du souverain, et c’est ce qui sera remis en cause à la Révolution.
Ainsi, on a deux choses : la montée de l’absolutisme qui entraîne l’étatisation générale de la
police à Paris, mais également une police qui sert le souverain dans ce contexte de monarchie absolue (et
qui sera reproché par la suite).
Entre le XVI et XVIIIe, les auteurs, légistes, continuent d’essayer de comprendre la notion de
police. Ils évoquent toujours son sens général. Le principal d’entre eux est Nicolas Delamare qui parle
dans un sens général, du « gouvernement général de chaque Etat ». Egalement Domat, dans son ouvrage
sur le droit public, qui parle de « police universelle de la société » ou encore de « police générale de
l’Etat ».
Toutefois, l’application du droit de police devra s’adapter aux localités, parce que l’Etat n’a
encore qu’insuffisamment de moyens. Ainsi, la police devient aussi synonyme d’administration
municipale. Selon le juriste Claude de Ceyssel, La grande monarchie de France, il nous dit que la
police constitue un des freins à la toute-puissance des rois parce que le roi doit respecter les privilèges et
la coutume (privilèges des villes, des corporations de métiers, etc.).
Un sens plus étroit commence à se dessiner. Il s’agit de plus en plus de l’activité que déploie
l’Etat pour policer la vie sociale, assurer la sécurité, prévenir les délits, éviter les accidents, assurer la
bienfaisance, ect. Ainsi, rôle de prévention extrêmement important. Il s’agit surtout d’empêcher et de
prévenir les désordres plutôt que de les punir. On va voir 3 moyens d’intervention.
La police est la première appellation du droit administratif. C’est le droit de faire des
règlements par le seul intérêt du bien public qui lie tous les citoyens d’une ville, comme le dit Loyseau.
Selon lui, une règle permettra de discipliner, empêcher les abus, les interdits deviennent
innombrables dans la réglementation. D’ailleurs, les termes utilisés dans les règlements sont
suffisamment flous pour permettre de les étendre. Par exemple : « tout ce qui peut blesser l’honnêteté, la
décence ».
B) Juger
Si les fonctions de justice et de police ne peuvent pas encore être très clairement séparées, des
distinctions commencent quand même à apparaître. On cite Montesquieu, qui commence à les distinguer
et dit « Les matières de police sont des choses de chaque instant et où il ne s’agit d’ordinaire que de peu… Il ne faut pas
confondre les grandes violations des lois avec la violation de la simple police. Ces choses sont d’un ordre différent ».
Ces choses sont encore différentes quant à la procédure : les modalités de police sont simples
et rapides. La ≠ réside encore dans la gravité des peines prononcées, souvent légères pour ce qui concerne
la police, mais plus grave concernant la justice.
C) Inspecter
Pour appliquer des règlements, la police doit être présente aux endroits sensibles, il s’agit de
prévenir. Par exemple, prévenir tout ce qui peut gêner les cérémonies (émeutes pendant les banquets),
assurer la décence dans les lieux publics, surveiller les spectacles. L’inspection peut entraîner des
arrestations en cas de flagrant délits, entraîner la recherche des gens suspects.
Finalement, il y a d’un côté cette police qui s’occupe de garantir l’approvisionnement régulier de
la cité à un prix raisonnable, d’améliorer l’éclairage urbain, salubrité publique, etc.. De l’autre, une police
qui mène sa lutte contre les « mauvais lieux », les cabarets, la chasse aux mendiants, aux filles publiques,
etc..
Donc une police qui administre les règlements et celle qui veille/inspecte, d’ailleurs cette
seconde police ne semble pas très regardante sur les moyens de la lutte. Il existe de « véritable
enlèvement de police » sans autre forme de procès avec les lettres de cachet, internements dans des
maisons de force et lieux insalubres, etc…
Le roi est, sans conteste, titulaire du droit de police, mais on n’imagine pas qu’il puisse l’exercer de
manière complète. Montesquieu disait « la police est affaire de détails ». Ainsi, le roi s’appuie sur de
nouvelles autorités.
Il faut parler de l’intendant, institution qui apparaît au cours du XVIe, d’abord de manière
intermittente, elle sera systématique au XVIIe. Ce sont les agents du roi, placé dans une généralité et leur
titre leur indique leur compétence : intendant de justice, police, et finance. Ils ont un statut de
commissaire, ils ont une commission : nommés et révocables par le roi.
Concernant la police, ils doivent assurer l’OP. Ils ont la police en matière de culte protestant, de
publication et diffusion des imprimés, surveillance mendiants et vagabonds, etc..
Il y a aussi le commandant de province, le lieutenant général de police. Il est créé à Paris par l’Édit de
Mars 1667, puis en province avec l’édit de 1699.
La situation de Paris inquiétait en termes de sécurité. Au 17e, on voit même une nette dégradation
par rapport à l’époque médiévale, et des institutions en charge de la sécurité sont impuissantes. Pire
encore, la concurrence entre les ≠ institutions nuisait à toute efficacité en matière de sécurité, une solution
sera de clarifier les compétences. Une « véritable révolution » va avoir lieu : séparation de la police et de
la justice à Paris.
Le Paris du XVIIe est un véritable coupe-gorge, la situation s’est dégradée depuis le M-A, parce
qu’au MA la solidarité de rue pouvait encore freiner d’éventuels délinquants. Traditionnellement,
s’exerçait une régulation de quartier par la surveillance des voisins, tout le monde sait ce que font les
autres. Le cri de « Haro » servait à mettre en fuite le délinquant.
Quiconque n’accourait pas à son secours ou ne poussait pas se cri était puni. Or, ces liens se
sont distendus, il n’est plus rare que, pour donner suite à une agression, les potentiels témoins déclarent
n’avoir rien vu/entendu. Ainsi, la ville de Paris, plus peuplée et grande, a perdu son caractère rural qui
permettait l’esprit communautaire. Celui qui s’aventure dans les rues de Paris le soir prend beaucoup de
risques s’il n’est pas escorté par des serviteurs armés, eux-mêmes éclairés par des flambeaux.
Paris est marquée par son incivilité, le manque d’éclairage, le manque d’hygiène.
De plus, Paris attire les déshérités qui viennent chercher un sort meilleur dans la grande ville, les
mendiants sont ainsi nombreux et s’entassent dans la fameuse Cour des Miracles (bidonville de 30 000
personnes). Les temps sont passés depuis que les mendiants étaient considérés comme les enfants du
Christ, désormais apparaissant comme ceux qui refusent de travailler, parfois sans domicile dont il faut se
méfier.
Exemple d’insécurité : en janvier 1606, 19 cadavres sont retrouvés dans les rues de Paris sur 35
meurtres ou assassinats au total, et seulement 5 coupables sont arrêtés. Et autour de 1620, recrudescence
de la criminalité.
Dans ce contexte, va arriver un événement majeur par l’instrumentalisation qui va en être faite :
l’assassinat, en août 1665, du lieutenant criminel Tardieu chez lui. Cet événement va servir de prétexte à
Colbert pour réunir une commission afin de travailler « au rétablissement du bon ordre et de la discipline
». Une véritable révolution administrative s’opère avec l’Edit de Saint-Germain-en-Laye du 15 mars
1667 = acte de naissance de la police.
Cet édit de 1667 entre dans une volonté de Louis XIV d’étatiser la police à Paris. Il va confier la
direction de la police à un officier le représentant directement dans ces affaires : le lieutenant général de
police. Derrière cette étatisation, un phénomène se dessine à savoir une remise, à l’autorité
administrative, des prérogatives policières.
Toutefois, on pourra dire que cette volonté va faire face à des résistances locales. Mais pour la
première fois, nous trouverons une définition des devoirs du nouveau lieutenant, qui permettra de
cerner le champ particulier de la police et ses finalités, et le distinguant de la justice.
Comme souvent, c’est un fait divers qui a justifié une réforme de grande ampleur. L’assassinat de
Tardieu a entraîné la fin des conflits de compétence qui avaient trop duré entre le lieutenant civil et le
lieutenant criminel de Paris. L’occasion était trop belle de rationaliser la police à Paris. Se faisant,
d’assurer la mainmise du pouvoir central sur les pouvoirs de police. Louis XIV va encore profiter, dans le
même temps, de la mort du lieutenant civil. C’est Dreux D’Aubray qui a été empoisonné par sa fille.
Une section du Conseil du Roi va donc travailler, sous l’égide du contrôleur général Colbert et
de son oncle Pussort conseiller d’état, à cet édit. L'expérience est tentée à Paris, si elle réussit elle sera
étendue aux villes de province.
Ainsi, l’assassinat et l’empoisonnement sont un prétexte car la réformation était voulue mais on ne
s’avait pas comment y aboutir. De plus, il faut retenir des conflits de compétences entre le lieutenant civil
et criminel.
Cette réforme permet surtout de séparer les fonctions de justice et de police. C’est en ce sens
qu’on a pu dire que la police ne naît réellement qu’à ce moment-là. Toute la philosophie se trouve dans
cette simple phrase révolutionnaire « Les fonctions de justice et de police sont souvent incompatibles et
trop étendues pour être exercées par un seul homme ».
La volonté du roi et de Colbert, derrière tout cela, est de mettre la main sur la police de Paris :
étatisation de la police. D’une manière générale, les années Colbert (entre 1661 et 1683) ont joué un rôle
décisif dans l’élaboration d’une police, mais plus encore d’un système de gouvernement visant à mieux
contrôler le territoire et les populations.
Pour une réforme si fondamentale, le texte est bref. Le lieutenant civil du Châtelet, qui avait
pris le pas sur le lieutenant criminel en matière de police, à son tour est évincé au profit du lieutenant de
police. Les charges existantes des lieutenants sont supprimées et remplacées. Ainsi, l’innovation capitale
est la création du nouveau lieutenant du Châtelet, spécialement chargé de la police. Dès lors, le lieutenant
civil perd cette compétence qui lui avait été donnée par un arrêt du Parlement de Paris en mars 1630.
Pour argumentation, cet édit rappelle que la justice « contentieuse et distributive » sert à régler les
conflits entre les particuliers, sert à rendre à chacun son dû (= équité d’Aristote) et sert à veiller au respect
des règles de droit. Cela suffit donc à occuper un magistrat tout entier. Il en est de même pour la police.
Le texte dit « dont les missions nécessitent un magistrat particulier qui put être présent à tout » :
la police est désormais incarnée par une institution détachée de la justice. Ce lieutenant de police sera
entre les mains du pouvoir central, il est révocable à tout moment, directement nommé par le roi, ne
rend compte devant aucun ministre. En théorie, il dépend du secrétariat d’état à la maison du roi, mais la
pratique montre que ce lieutenant est très proche du souverain. Il est, de fait, par la pratique et non en
droit, un quasi-ministre.
Louis-Sébastien Mercier (romancier, journaliste, philosophe, ect), dans son Tableau de Paris,
écrit entre 1780 et 1788, dit « Un lieutenant de police est devenu un ministre important, quoi qu’il n’en
porte pas le nom. Il a une influence secrète et prodigieuse, il fait tant de chose qu’il peut faire beaucoup
de mal ou beaucoup de bien ».
2. Compétences du lieutenant de police
L’Edit de 1667 ne classe pas les compétences. Cependant, on peut faire quelques catégories.
a) La sécurité
Cela implique :
- L’éclairage des rues,
- Le nettoiement de la voie publique (toujours encombrée par les objets laissés par les riverains) qui permettra
d’assurer le passage des forces de l’ordre,
- L’interdiction du port d’armes,
- Le pavement des rues, qui permet un meilleur passage des officiers et limiter les accidents, les incendies,
- Ect.
b) La police économique
Tous craignent de manquer, d’où l’élaboration de règles pour mobiliser l’abondance avec la police
de subsistance, pour assurer la stabilité des prix sur le marché, pour assurer la régularité des
approvisionnements, etc.. Pourvoir à la subsistance est une condition nécessaire au maintien de l’ordre.
Le lieutenant de police doit veiller à ce que la ville soit approvisionnée en denrées de première
nécessité, connaître les stocks chez les marchands, devra contrôler les manufactures et corps de métiers,
surveiller foires et marchés, etc…
En période de crise, il faut veiller à ce que l’accaparement ne vienne pas aggraver la pénurie. En
effet, les arrivages de blé pouvaient se raréfier et les accapareurs pouvaient stocker en spéculant à la
hausse. Par exemple, les émeutes parisiennes de l’été 1725, au faubourg Saint-Antoine, montrent à quel point la
police considère les subsistances comme un problème d’OP. Des incidents se produisent chez des boulangers
accusés de vendre trop cher le pain, des centaines de personnes pillent et saccagent les boulangeries, la police est
dépassée et cela coutera sa place au lieutenant général de police.
AINSI dans tous ces domaines (sécurité, économie, moeurs), l’édit accorde au lieutenant un pouvoir
réglementaire sans restriction, sans contrôle, et cela assortis de sanctions. En effet, le lieutenant de
police peut encore juger les coupables pris en flagrant délit (selon le principe que l’autorité qui édicte
est celle qui sanctionne).
On a un véritable abrégé de philosophie policière parce que pour la première fois, de façon précise, le
champ de la police, ses fins, ses outils techniques, sont précisés en le distinguant de la justice.
À certains égards, cette réforme a été un véritable succès, à tel point que la lieutenance générale a été
perçue comme un modèle en Europe pour ≠ raisons :
- Parce qu’on a une autorité titulaire des fonctions de police unique,
- Parce qu’on a des agents de la police a même d’exécuter efficacement les décisions du lieutenant général,
- Parce qu’on a des méthodes de renseignements extrêmement efficaces parce que le territoire parisien va être
entièrement quadrillé.
- Parmi les agents d’exécution, les commissaires au Châtelet, placés sous la double autorité du lieutenant général
de police et lieutenant criminel, on trouvera encore les inspecteurs de police crées en février en 1708. Ils sont
placés sous l’autorité des commissaires.
- En dessous, on trouvera le guet, placé sous l’autorité des chevaliers du guet lui-même sous l’autorité du
lieutenant général de police.
B) Les limites
La première limite est la concurrence des autres institutions. Sûrement que le pouvoir central,
royal, ne se sentait pas en mesure de renverser toutes les institutions en charge de la police, comment
s’attaquer au Parlement de Paris ou bien au prévôt des marchands ?
Le lieutenant criminel reste en place avec des compétences juridiques. Tous vont continuer à
intervenir en matière de police. En réalité, l’édit ne dit rien du Parlement de Paris. C’est une institution
importante qui représente le roi, qui représente la population.
Également, la faiblesse des moyens. En réalité, la situation est ambiguë. Dans l’ordre
hiérarchique du Châtelet, le lieutenant de police est placé derrière le lieutenant civil. Il n’est pas à la tête
d’une pyramide d’agents qui seraient soumis au principe hiérarchique. Il n’a pas de local spécifique. Il
aura comme auxiliaires des commissaires, qui dépendent aussi du lieutenant civil. Ainsi, au départ, on
aura un lieutenant de police aux compétences importantes mais sans moyens.
Il convient de préciser que c’est la pratique des ≠ lieutenants généraux de police qui va remédier,
de manière considérable, à ces limites. Le premier lieutenant général de police, Nicolas de la Reynie, ne
pouvait compter à ses débuts que sur un secrétaire. Au départ, il ne contrôlait aucune force exécutante.
Il va exercer la fonction pendant 30 ans, et immédiatement il commence par un « coup médiatique
» : la liquidation de la Cour des miracles. Il fait cerner le quartier et laisse le choix aux personnes de
partir ou de résister. Les 12 premiers qui résistent sont pendus, donc tous partent et la Cour est rasée.
Alors, il va entamer la conquête des forces de police, et finir par mette la main sur des
commissaires au Châtelet repartis dans des quartiers de Paris. Il obtient un meilleur traitement annuel
pour eux, en échange ces commissaires vont se consacrer aux missions de police, lui rendre des comptes
tous les soirs : il commence à avoir des personnes sous ses ordres.
Un siècle plus tard, Lenoir, ancien lieutenant général de Paris, décrit dans ses mémoires ce
passage avec De la Reynie comme « une machine centralisée où le magistrat commande tous ceux qui se
rattachent à son administration, en s’attachant tous les ? Par une politique de ? ou en créant de
nouveaux corps policiers ».
Son successeur à de la Reynie est D’Argenson, qui confie à ≠ officiers du Châtelet, hors de toute
fonction officielle, des missions de surveillance des espaces publics, d’infiltration « des groupes à risques
». Il va faire appel à des mouches (criminels retournés) et leur fournit, avec les ordres du roi en blanc, un
instrument d’arrestation par simple voie administrative de tous ceux que la police considère comme
suspect.
Une limite fondamentale tient à l’échec de cette extension. L’expérience a été un succès à Paris :
en octobre 1699, des lieutenants de police sont établis dans toutes les villes d’importance, on créer des
offices de lieutenant général de police là où siège des juridictions royales. Le mois suivant, on organise la
vente des offices.
Le problème en province est que les municipalités, parfois les officiers de justice, vont racheter
la charge pour ne pas être menacé par un nouveau pouvoir. Parfois, il s’agira de faire remplir ces
fonctions de lieutenant général par le maire, les membres de la municipalité, donc on est loin de la
séparation des fonctions souhaitée. Par exemple, à Toulouse, cette commune a décidé de racheter pour
faire revenir ces compétences au sein du corps municipal, des capitouls. Parfois, ce sont des juridictions
locales qui avancent l’argent : échec.
La police, dans les ≠ quartiers de Paris, était confiée à des commissaires. Toute affaire criminelle
commence dans leurs greffes, et leurs PV sont la base de la procédure :
Au civil, ces commissaires vont rédiger des CV avec décès, les comptes de tutelles, les partages, ect,
Au criminel, ils reçoivent les plaintes, interrogent les accusés amenés devant eux, auditionnent les premiers
témoins, etc..
En matière de police, ces commissaires veillent à la sécurité, au maintien de l’ordre, dans leur
quartier. Sur commission du lieutenant général, ils peuvent parfois être chargé de taches précises (police
des prostitués ou étrangers, des protestants, des juifs, ect). En matière civile, ils ont un droit exclusif de
faire des enquêtes et interrogatoires.
Ces inspecteurs sont les principaux acteurs de cette affirmation de la police face aux officiers
de justice. D’ailleurs, ils ont été très tôt considérés comme les « créatures » du lieutenant général, mais
aussi comme des concurrents par les commissaires. Ils incarnent, probablement à côté des espions et
mouches, la face sombre et despotique de la police parisienne d’AR. Créés en 1708, ils se voient
accordés dès 1712 le titre de conseillers du roi, 40 au départ mais diminué à 20.
L’édit de mars 1740 va préciser leurs fonctions, ils sont distribués dans les ≠ quartiers de Paris
par le lieutenant général de police, ils ont l’inspection sur le nettoyage des rues, des lanternes, inspection
sur les périls imminents, et compétence pour l’observation de tous les règlements de police. Leur
réputation est particulièrement mauvaise. On peut l’expliquer par le contexte de leur apparition :
volonté de s’émanciper des lenteurs de la justice.
Des arguments sont mis en avant, celui de « l’excès nécessaire » que la police d’AR met en
avant pour répondre aux difficultés de gouvernement d’une grande ville comme Paris, pour juguler la
menace due à la prolifération des indésirables. Cet argument montre encore les tensions qui peuvent
exister entre les nécessités d’action de la police et les nécessités d’une défense des libertés par le juge.
3. Les mouches/mouchards
Toutes les branches de la police avaient ces observateurs, subordonnés aux inspecteurs. Dans ce
Paris des Lumières, la lieutenance générale va développer une activité de surveillance qui comprend
toutes les branches, notamment préservation des mœurs et de l’honorabilité des quartiers et voisinage,
problème de la propriété dans une ville où les écarts de fortune est extrême, problème du bruit, imprimés,
surveillance des lieux (parce que c’est là où il y a des discussions et qu’il faut préserver les réputations
des rois, ministres), etc...
Ainsi, les officiers du Châtelet vont développer des auxiliaires naturels, on les cherche chez des
personnes lambda : principaux marchands, maîtres des métiers et manufactures, directeur des cabarets,
aubergistes, etc.. Il ne faut pas oublier ceux qui connaissent l’état moral de la population, les frasques, la
vie des familles : les curés de paroisses.
Section 1 : Une « évolution silencieuse » des rapports police/justice (seconde moitié du XVIIIe)
Dans cette seconde moitié du XVIIIe, se banalise l’intervention d’un personnel militaire,
indépendant des tribunaux, d’où l’enjeu : comme ils sont indépendants des tribunaux, plus ils agissent,
plus on voit la séparation police/justice. Ils garantissent la sûreté, l’OP dans les villes. C’est un
phénomène européen. Pourquoi des militaires ? On les considère comme obéissant envers leur supérieur,
mais ils sont également nombreux.
Cette ingérence des militaires a parfois été imposé par l’autorité souveraine, parfois demandé par
les magistrats eux-mêmes. Ce n’est pas seulement en ville, mais également à la campagne. Cette
intervention va modifier l’équilibre institutionnel. L’institution phare est l’utilisation de la marée-
chaussée. Elles sont apparues dès le MA pour contrôler les soldats, puis vont se développer au XVIe
comme une partie de l’appareil judiciaire de la monarchie en tant que juridiction prévôtale, toujours avec
des compétences militaires.
Ces juridictions prévôtales sont chargées de punir la criminalité militaire, mais encore les délits
commis sur les grands chemins (sédition, vagabondage, etc.). Comme ils sont nombreux, ils permettent
d’avoir plus de forces de police. Cette marée-chaussée est la seule forme disponible pour répondre aux
soucis du maillage territorial.
La marée-chaussée doit rechercher les infractions, les constater, rassembler les preuves, trouver les
auteurs. De plus, elle dispose d’un droit d’arrestation, de perquisition, et une fois-là elle remet les
individus au juge (limite de la fonction), sauf si cela relève de la juridiction militaire et on renvoie devant
juridiction prévôtale.
Également, elle assure le maintien de la paix publique, par exemple la surveillance des marchés,
des lieux de passage, des cabarets, la répression des émeutes, etc.. Dans les provinces, les prévôts des
maréchaux constituent la seule force de soutien aux décisions de justice, ils les font appliquer. Ainsi, on
voit le rôle de ces militaires, tant concernant le maintien de l’ordre, mais également exercice de la
police.
Au XVIIIe, ces unités de marée-chaussée sont implantées sur tout le territoire. Jusqu’en 1720,
c’est un corps ambulatoire qui se déplace. L’édit du 9 mars 1720 va reformer l’institution, l’uniformiser
dans tout le royaume. On comptera environ 30 nouvelles compagnies, une par généralité.
À la veille de la Révolution, cette marée-chaussée uniformisée est un corps de police militarisé qui
est devenu de plus en plus indépendant de la juridiction prévôtale. Ainsi, s’est opéré un mouvement vers
la séparation des fonctions.
Ce sont ces inspecteurs qui vont faire évoluer la donne. On sait que la lieutenance générale à Paris
va être extrêmement efficace, notamment en raison de l’action des premiers lieutenants généraux. Pour
donner quelques noms : Nicolas de la Reynie, d’Argenson, Sartine, Lenoir.
Cette efficacité retrouvée va entraîner, malheureusement et inévitablement, un certain nombre
d’abus. Parmi les abus, on trouve les lettres de cachet signées en blanc par le roi, parfois en l’absence
même de la même infraction, en dehors de toute procédure judiciaire. Également, le développement du
renseignement et de l’espionnage.
On va étudier un de ces abus, une évolution institutionnelle, secrète, illégale dans un premier
temps, plus précisément : le développement des moyens d’actions de la justice pénale comme un
facteur d’autonomisation de la fonction policière.
Il faut se tourner du côté du Châtelet de Paris, c’est la juridiction de laquelle dépend le prévôt,
base judiciaire du lieutenant général. Au sein du Châtelet, on a 48 commissaires repartis dans 20
quartiers, qui découpaient administrativement la ville de Paris depuis 1702.
Apparaît le corps des inspecteurs de police du Châtelet, et c’est d’eux que va venir l’évolution
décisive. Ce corps apparait en 1708, avec d’Argenson, refondé en 1740. Ces inspecteurs sont dépourvus
de toute compétence juridique, ce sont souvent d’anciens soldats mis au service de la police de Paris.
L’origine est l’utilisation de ces petits officiers pour s’émanciper des lenteurs de la justice. Le but
initial, en les utilisant, est de constituer une force de police chargée d’infiltrer les réseaux/milieux à
risques, agents spécialisés dans l’exécution des ordres du roi.
Ce qui se dessine ici est une police très particulière, qui se « libère » des « contraintes »
légales. C’est vraiment la ≠ avec la police des commissaires, où il y a le suivi d’une procédure,
ici nous avons une police extra-judiciaire, ils n’ont pas à fournir de preuves juridiques.
Cette police va faire l’objet de critiques extrêmement dures durant tout le processus révolutionnaire.
Pour en avoir une idée, on peut s’en référer à l’ouvrage de Pierre Manuel La police dévoilée, 1793. C’est
un ouvrage à charge contre cette police. Il évoque les atteintes à la liberté des citoyens, que la police
faisait espionner, mais encore la censure des ouvrages audacieux et des libelles contre les ministres et
l’Eglise. Il dénonce l’arbitraire avec les lettres de cachet. Il rejette une police exercée par des hommes
nommés par le gouvernement royal. Il présente une police discréditée en raison de sa violence.
Pour toutes ces raisons, qu’on retrouvera dans les cahiers de doléances, les révolutionnaires vont reformer
cette police. À la Révolution, un nouveau principe est à prendre en compte, parce que la théorie des 3
pouvoirs va désormais compliquer la tâche. La justice est désormais séparée de l’exécutif et du
législatif, ainsi où s’insère la police ?
Une réflexion s’engage autour du rôle et des fonctions de la police, avec pour point de départ les cahiers
de doléances et la DDHC.
Cette réflexion globale est possible grâce à la tenue des Etats généraux. Evidemment, la question de la
police intéresse les 3 ordres, tous sont sensibles à la sécurité et l’OP. Pourtant, rares sont ceux qui vont
avoir une analyse de fond de la question. Document extrait d’un cahier de doléance :
On voit une critique du lieutenant général de police, qui a tout dans ses mains et répond au roi, donc lien à une seule personne
et arbitraire (lettre de cachet, ect),
La liberté est la valeur fondamentale des révolutionnaires donc la prison devient une peine par excellence, mais doit rester
une peine et non être utilisée dans la procédure.
=> Trop de pouvoir entre une seule main, arbitraire, et liberté mise en avant.
Dans ces cahiers de doléances, police et justice sont extrêmement liées. On souhaite, dans ces derniers,
généralement une uniformisation du droit, des pratiques. Les critiques sont classiques : lettres de cachet,
arbitraire, censure, ect. Pour beaucoup de ces cahiers, l’exercice de la police était critiqué dans une
confusion avec une critique générale de la justice.
Aux yeux du peuple des campagnes, le vice fondamental, de l’administration en général, tient en ce
qu’elle est considérée comme l’instrument de l’oppression étatique. Pour ce peuple, la police ne peut être
qu’entre les mains de municipalités élues, ce qui permettrait d’en diminuer la force. À un mouvement
d’étatisation de la police sous l’AR correspond, au début de la Révolution, un mouvement favorable aux
municipalités. Ces municipalités seraient les détentrices innées des fonctions de police.
Dans ce cahier de Paris, on voit le lieutenant général de police désavoué au nom de l’arbitraire qu’il
représente. Il incarne l’autorité royale. Les commissaires de quartiers seront également critiqués en
raison des pots de vin, corruption, ect. Les PV devraient être éclairés de près : est attaquée la procédure
criminelle en général et le secret qui l’entoure.
Quant aux informateurs, le cahier de police de Paris souhaite qu’ils soient conservés, mais qu’ils
n’enfreignent pas une certaine idéologie.
Certains cahiers quand même vont plus loin dans l’analyse du problème. Les cahiers du Tiers-état de
Brest sont quasiment les seuls à fournir des réflexions fondamentales. Ils proposent notamment la
séparation entre « police contentieuse » et « police active ». Cela anticipe la séparation entre police
judiciaire et administrative.
Avec le processus révolutionnaire, cette police va subir des modifications majeures. On a vu les sachets
de doléances, mais il faut aussi parler de la DDHC du 26 août 1789.
Pour garantir le primat de la liberté contre l’arbitraire, les hommes de 89 ont assigné une tache aux
hommes de la police qui est la conservation des droits naturels et imprescriptibles = article 2. La liberté,
droit naturel, comment envisager de la limiter ? Comment assurer sa protection ? Quels moyens seraient
assez puisants pour la faire respecter sans la mettre en péril ?
Avec l’article 7, la police ne peut plus emprisonner ou faire emprisonner à sa guise, proscription des
lettres de cachet.
Est posé le problème de la force publique, à l’article 12. Cette force publique est créée pour la garantie
des droits de l’Homme, instituée pour l’avantage de tous. L4art 13 évoque une contribution commune
pour l’entretien des fonctionnaires de police, ces derniers seront rémunérés sur la somme recueillie par les
impôts.
Toutefois, cette DDHC va poser plus de questions qu’elle n’en résout. L’article 16 : est l’expression
révolutionnaire de la séparation des pouvoirs, séparation appliquée au champ politique mais également
dans le champ judiciaire. La Révolution va s’employer à faire sortir la police de la compétence du juge.
Mais, comment cette force publique va t’elle agir ? Quand ? Avec quels moyens ? Surtout, à qui la police
doit être confiée ?
Avant de répondre à cette dernière question, il faut évoquer 2 idées révolutionnaires :
Il va s’agir d’abord de reconnaître les pouvoirs municipaux comme responsables de la police,
Il s’agit de cette séparation entre police et justice. Sur ce point on peut parler de l’avocat Adrien Duport
qui appartient à la noblesse, mais rejette l’AR. Il est partisan de la Révolution américaine, a réclamé la
réunion des Etats généraux, élu député de la noblesse mais va rejoindre le Tiers état. Il participe quand
même à la rédaction des articles 7,8 et 9 de la DDHC. Il participe à l’élaboration de la nouvelle C° de 91
et au premier code pénal de la même année. Dans Principes fondamentaux de la justice et de la police,
Duport pose une distinction entre cette police et cette justice, texte qui explique que elles sont conçues
comme des étapes successives dans la chaine du pénal.
Deux conceptions vont s’opposer dès le début de la Révolution. Pour les uns, la police est un attribut du
pouvoir local (Henrion de Pansey et 4e pouvoir), et c’est ce qui prévôt dans la loi municipale de décembre
1789 par hostilité au pouvoir royal.
Pour d’autres, la police est une prérogative du pouvoir central. C’est la tendance jacobine, qui va
l’emporter d’ailleurs sous le Directoire et l’Empire.
1§. L’avènement de la police municipale
A. La « décentralisation » révolutionnaire
Henrion de Pansey écrit après la loi de décembre 1789. Mais avant d’arriver à cette loi, on peut parler
d’un décret provisoire pour Paris du 5 novembre 1789 qui va donner un cadre légal à l’exercice de la
police dans la capitale, police plus réglementée depuis le départ du lieutenant général. Dans son article
1er, il est dit que les comités de police détiendront les pouvoirs de police sous l’autorité de la municipalité
parisienne. C’est provisoire, mais important parce que la chose est actée = police dans la municipalité.
Cela signifie que la justice est dépossédée de la police, elle appartient désormais à la municipalité.
Puis, c’est la loi du 14 décembre 1789 qui consacrera l’existence d’un pouvoir municipal de police.
C’est les articles 49, 50, et 51 qui nous intéresse. Selon l’art 49, la loi distingue dans les fonctions de
police remplies par les corps municipaux, celles qui étaient des attributions « propres au pouvoir
municipal », qui vont s’exercer « sous la surveillance de l’administration » (50), distinguées de celles
propres à l’administration générale de l’Etat et qui étaient « déléguées par elle aux municipalités »
(51).
Cette distinction entraîne des interprétations ≠, et toute une réflexion sur la nature des fonctions de
police :
- Selon la conception d’Henrion de Pansey, défendue tout au long du 19e, la loi de décembre reconnait et
consacre l’existence d’un pouvoir propre municipal qui serait antérieur aux autres pouvoirs,
- Pour les autres, jacobins notamment, ce pouvoir municipal n’existe toujours pas, même à la lecture de
la loi de décembre. On n’aurait qu’une concession du pouvoir central. Cela vont parler de ce fameux
article 49. Pour eux, l’expression « pouvoir propre » a été employé par les rédacteurs sans qu’ils aient
attaché l’importance qui lui sera accordé plus tard. Ce n’est pas pouvoir au sens d’un 4e pouvoir. Pour se
défendre, ils s’appuient sur un texte : Les bases fondamentales de la C°, novembre 1789. Dans ce texte, il
n’était pas question de pouvoir municipal à coté des autres pouvoirs, ainsi pour eux pouvoir est
synonyme de fonction. L’art 50 de la loi parle d’ailleurs de « fonctions propres », ainsi on peut voir une
ambiguïté. Ils expliquent également que les municipalités sont sous la surveillance et inspection des
assemblées administratives (district, département, ect), ainsi l’Etat a cherché à conserver un droit de
contrôle et limiter ce pouvoir propre.
En pratique, dans le domaine de la police, le système mis en place par les constituants témoigne
incontestablement d’une méfiance à l’égard du pouvoir royal et une forme de conception libérale. Cela va
entraîner un émiettement important de la police = 40 000 municipalités.
Les compétences de la police seront précisées en 1790 et 1791 par deux lois : sûreté et commodité du
passage dans les rues/places/voies publiques, répression et punition des délits contre la tranquillité
publique, maintien de l’ordre dans les lieux où se font de grands rassemblements d’homme, inspection sur
la fidélité du débit des denrées, prévenir et faire cesser les accidents et fléaux calamiteux (incendias,
épidémies, ect), remédier aux événements fâcheux occasionnés par les insensés et les animaux
malfaisants.
B. L’échec de la décentralisation
Il y a 3 grandes raisons à cet échec.
D’abord, il faut comprendre que la réforme de la police s’intègre dans une réforme générale de
l’administration. Or, la réforme administrative n’a pas pu être menée à bien en raison du recours
systématique à l’élection. On finit par saturer les électeurs par des élections trop nombreuses, ainsi le
nombre d’lecteurs baisse sans cesse et il manque du monde pour se présenter aux élections. Cela va
aboutir à un manque d’agents.
Ensuite, la multiplication immodérée des décrets et des lois. On veut donner le pouvoir au peuple avec
de nombreuses lois, mais les réformes se succèdent, parfois s’annulent, dans une période politiquement
tourmentée.
Enfin, il existe des difficultés financières qui vont participer aux difficultés de fonctionnement. La crise
économique de la Révolution va entraîner des problèmes insolubles pour les municipalités.
Ils leur faut payer l’entretien des locaux, frais de fonctionnement, agents, ect. Bref, on a des municipalités
qui ne parviennent plus à subvenir à leurs propres besoins.
Cela a des conséquences, notamment sur le recrutement, la qualité du personnel, ect. De plus, dans le
recrutement on a un critère patriotique, ce qui limite encore plus le nombre potentiel de recruté. Au final,
ces municipalités n’arrivent pas à recruter un personnel de qualité et bien payé.
Ainsi, cette expérience de police municipale tourne mal. Rapidement, on va entrer dans la phase de la
Terreur. La police va être de nouveau un instrument du pouvoir, et on retrouve confusion entre les
pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.
2§. La définition des fonctions de la police et de la justice
On avait cité plus haut Montesquieu qui parlait de la police qui s’occupait des détails et la justice des
peines plus lourdes. On avait donc un critère de distinction qui reposait sur la gravité des peines
encourues.
Avec Adrien Duport, on va voir autre chose (texte du 22 décembre 1789 on où voit rappel de la DDHC
et distinction justice/police). Duport sépare les fonctions de police et de justice en tant qu’état
successif de la chaine du pénal, ≠ de Montesquieu qui résonnait en terme de degré de gravité.
C’est une « révolution juridique » parce qu’on sort des distinctions reposant sur la gravité des infractions.
Il n’y a pas que lui, l’abbé Siéyes reprend la même idée et dit que la police se caractérise par des
fonctions antérieures à l’action judiciaire, elle a pour mission de prévenir les délits, de rechercher leurs
auteurs et de les livrer à la justice. Il qualifie les fonctions de police d’ante-judiciaire.
C’est cette nouvelle conception révolutionnaire, qui se rattache à la séparation des pouvoirs, qui va
prévaloir en matière de poursuites criminelles. La marée-chassée perd définitivement sa fonction
judiciaire. Les tribunaux ne peuvent plus édicter de règlements de police = application directe de la
séparation justice/police.
Dans les faits, on sait que cette séparation ne sera pas toujours effective. Il y aura des zones crises dans
cette séparation, des juges de paix pourront décerner des mandants d’amener/ d’arrestation, pourront
incarcérer un individu pendant 24h avant de le présenter à la justice.
Un objet de débat portera sur ce droit d’arrestation confié aux officiers de police. On a donc une
séparation qui est immédiatement mise à mal. Malgré tout ce qu’il a écrit, Duport défendra cette
enfermement du prévenu par mesure de police, dans la limite de 24h.
C’est avec le code des délits et des peines du 3 brumaire an IV, soit 25 octobre 1795, que la police
judiciaire sera la plus clairement précisée. On a quelques articles qui posent des fondamentaux :
Art 16 « La police est instituée pour maintenir l’ordre et la tranquillité publique, la liberté, la propriété
et la sûreté individuelle »,
Art 17 « Son caractère principal est la vigilance, la société considérée en masse est l’objet de sa
sollicitude »,
Art 18 « Elle se divise en police administrative et police judiciaire »,
Art 19 « La police administrative a pour objet le maintien habituel de l’OP dans chaque lieu, chaque
partie de l’administration générale, elle tend principalement à prévenir les délits »,
Art 20 « La police judiciaire recherche les délits et les crimes que la police administrative n’a pu
empêcher de commettre. On rassemble les preuves et on livre les auteurs aux tribunaux ».
Cette période de la Convention, en 1792, est particulièrement sujette aux tumultes politiques et surtout,
alors que la guerre se poursuit, le gouvernement devient révolutionnaire « jusqu’à la paix ». Dans ce cadre
de guerres externes et troubles internes, la police devient un enjeu essentiel.
L’idée première est toujours celle d’une police par le bas, on veut toujours privilégier la démocratie
directe, le contrôle des élus. Des organes « révolutionnaires » vont apparaître et vont finir par doubler les
institutions locales.
Se multiplient les comités révolutionnaires avec des fonctions répressives surtout. Ce sera aggravé avec
la loi du 17 septembre 1793 qui dresse la liste des suspects, ceux que le comités vont devoir arrêter. C’est
très grave à cause du flou dans le terme suspect. Selon le lieu où on se trouve, chaque comité va mettre
l’accent sur tel ou tel délit (ceux qui ont fuient la Révolution, prêtres qui n’ont pas prêté serment, ect).
Dans de nombreux départements, ces comités vont recevoir l’appui des armées révolutionnaires.
Egalement, les représentants en mission vont être important, qui sont les yeux et les bras des organes
qui les commissionnent et vont commettre parfois de nombreux abus.
Enfin, il faut citer au niveau national, le comité de salut public et de sûreté général.
Les 19 et 20ème siècle marquent un tournant dans la réflexion qui conduit à constituer une unité de police
nationale. Pour l’époque contemporaine, on a deux lignes directrices qui permettent le perfectionnement
de cette police :
*la centralisation de l’administration policière qui va lui permettre de renforcer son service de
renseignement
*l’étatisation de la police permettra à l’efficacité policière de la capitale de s’étendre sur tout le territoire.
Dès la constitution de l’an VIII, encore plus sous le Second Empire, l’organisation administrative va être
bouleversée. Les institutions publiques vont être centralisées plus que jamais. La division des institutions
policières renforce finalement le poids de départ.
La loi du 28 pluviôse an VIII va créer la fonction préfectorale. Désormais toutes les décisions
administratives vont passer par le préfet.
A la fin du Premier Empire, et surtout sous la Restauration puis sous la monarchie de Juillet, il va y avoir
une tentative de décentralisation. On va tenter de redonner du pouvoir aux communes. Le Second Empire
va rétablie l’organisation napoléonienne et la centralisation.
SECTION 1 : La police napoléonienne
Napoléon Bonaparte arrive au pouvoir après 10 ans de révolution et de guerre. La société aspire au calme,
à la stabilité. Il affirme qu’il termine la Révolution aux principes qui l’ont commencé.
Cette volonté de retour à l’ordre va trouver comme moyens fondamentales les forces de police. Il est
important de préciser qu’en arrivant au pouvoir, Napoléon veut mettre fin à trois grands conflits :
*le concordat
*la guerre avec le reste de l’Europe
*rétablir la paix à l’intérieur même du pays
A l’intérieur, toutes les forces de maintien de l’ordre vont jouer un rôle capital, depuis la gendarmerie
(rôle majeur sur la sécurité publique, application de la législation napoléonienne, assurer la
circonscription2, réprimer les complots) jusqu’aux forces de police qui vont faire respecter l’ordre public
et même plus que cela. Ces forces de police vont légitimer la lutte contre toute opposition à l’Empire. Il y
a eu dérive. Les opposants politiques vont être traités comme des délinquants.
Depuis la Directoire, le banditisme prend de l’ampleur. Bonaparte va avoir un certain succès face à ce
fléau même si les méthodes utilisées ne sont pas les plus adéquates. Il va y avoir un usage de l’état de
siège et il y aura un durcissement à partir de 1801, avec les corps d’éclaireur. Ces corps vont être envoyés
dans les zones les plus troublées. Il y aura une commission qui pourra juger ces bandits dans les 24
heures. On dans une police et une justice d’exception (avec des juridictions d’exception).
Des malfrats sont exécutés aux bords des routes, des prisonniers sont condamnés à mort par une justice
militaire.
Une fois l’ordre publique stabilisée, le régime va se tourner vers le contrôle et la surveillance.
Paragraphe 1 : La centralisation napoléonienne
La loi du 28 pluviôse an VIII réforme l’administration générale et de manière incidente la police. C’est
une loi de centralisation.
Cette loi va amoindrir considérablement les pouvoirs de police municipaux.
A)Un redécoupage territorial et centralisateur