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Évolution des institutions policières

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Histoire des institutions

policières
Introduction
Cf : Paolo Napoli, Naissance de la police, parle d’un concept évolutif et difficile à cerner.

Lorsque l’on étudie la police, on parle de centralisation et de décentralisation, on parlera


également de liens entre police et justice. C’est une question fondamentale dans un Etat de droit. Étudier
la police, c’est aussi concilier des besoins contradictoires de liberté et d’ordre : la police n’a pas toujours
eu bonne presse.
La police reproche à la justice la lenteur, et la justice reproche à la police le manque de garantie et
sa rapidité et surtout d’efficacité. La police, produit de la justice, commence à s’autonomiser de la justice
sous Louis XIV, Colbert (Ordonnance qui créer le lieutenant général de police).

Les institutions policières peuvent sembler d’une légitimité naturelle même si elles sont souvent
contestées à partir du moment où il s’agit d’assurer la vie en société et par la même occasion, la sécurité
du groupe ou des individus qui le compose.
Être en sureté, c’est faire en sorte qu’il n’y ait pas d’atteinte aux personnes ni aux biens, c’est
aussi ne pas être inquiété « physiquement ». Cette notion va évoluer, car si au premier abord on se
souciait de la sureté individuelle, on finit par s’inquiéter de la sureté même de l’État.

Aristote part de loin, il propose une définition de l’Homme comme assimilé à un animal
pensant, un « animal politique », « animal social ». Une des conséquences est de faire de l’H un être
voué à la vie dans la société. Le premier terme ne doit pas être occulté.
Dans son ouvrage sur la police, [Link] a immédiatement rappelé les études qui se sont
développées dans la lignée de Konrad Lorenz et de son étude sur l’agression, sur l’éthologie humaine
(étude du comportement animal) apporte des éléments de compréhension à la criminologie et de
justification des politiques de sécurité.

Il est utile de mentionner l’existence de deux courants :


- Celui initié par le créateur de la discipline, Konrad Lorenz, qui évoque l’agressivité en tant que
pulsion ou instinct, pulsion inhérente à l’ensemble du règne animal ;
- Celui influencé par le behaviorisme pour lequel l’agression, serait la résultante d’apprentissage par
observation. La plupart des sociétés ne feraient que renforcer les comportements d’agression.

La sécurité est un besoin essentiel, peut-être une condition même de la liberté. Alors, un principe
d’ordre serait nécessaire au développement de la vie organisée, qui n’efface pas pour autant celui de la
liberté. Concilier des besoins contradictoires de liberté et d’ordre est peut-être l’une des raisons qui fait
que la police n’a pas toujours eu bonne presse.
Ses buts, ses moyens (bras armé de la « violence légitime » Weber) son rapport parfois concurrent
avec la justice n’aide pas à avoir une vision objective de celle-ci.

C’est donc ce que semble rappeler Fouché, dans une Circulaire adressée aux préfets pendant le
Directoire :
« Entourée de formes qu’elle ne trouve jamais assez multipliées, la justice n’a jamais pardonné à la police sa rapidité.
La police, affranchie de presque toutes les entraves, n’a jamais excusé dans la justice ses lenteurs ; les reproches
qu’elles se font mutuellement, la Société les a faits souvent à l’une et à l’autre. On reproche à la police d’inquiéter
l’innocence, à la justice de ne savoir ni prévenir ni saisir le crime. Parce qu’elle ait dans les mains du Roi, la police a
passé plus généralement pour un instrument de despotisme ; la justice parce qu’elle est rendue par les organes des lois
a paru égarée dans les obscurités et leurs contradictions […]. Il faut convaincre les français que la police n’a pour but
que le maintien de l’ordre social ».
 On voit l’opposition police/justice, on retrouve l’idée de nécessité.
 A cette méfiance qui explique la faiblesse historiographique à son sujet, nous pourrions rajouter des
difficultés pour définir ce qu’est la police.

Section 1 : Les méfiances vis-à-vis de la police et de ses institutions

Des difficultés ont existé pour mettre en œuvre des recherches, difficultés qui tiennent pour une bonne
part à la police elle-même.

Deux obstacles majeurs :


▪ Le secret

Le secret, c’est celui d’une police qui ne désire pas mettre en avant ses pratiques, ses méthodes,
ses forces et faiblesses. Il s’agit de laisser croire que la police est plus puissante qu’elle ne l’est par ce
secret. Ce culte du secret est encore directement lié au secret d’État et de Gouvernement. C’est pourquoi
la police, étroitement lié à la souveraineté royale sous l’Ancien Régime, ne pouvait pas faire l’objet de
grandes délibérations publiques. Ce n’est pas sans rappeler l’absence de motivation des cours souveraines
en matière de justice.
C’est encore pourquoi, malgré l’évolution révolutionnaire, les versements d’archives ont été
insuffisants (incomplets, tardifs, accès impossible…).

▪ L’éclatement des forces de police

C’est une donnée historique des institutions judiciaires. Longtemps la police a été lié à la justice,
or la justice, dans l’Ancien Droit est elle-même complètement éclatée.

§1 : Méfiances chez les concitoyens

Ces méfiances peuvent s’expliquer en partie par les interactions qui existent entre la police et la
politique ; c’est-à-dire par le manque d’indépendance.

On pourrait dire que le pouvoir politique influence l’administration de la police. Le lien est
même naturel si on considère que les polices sont déterminées par un « ordre administratif général »
inséparable du contexte (constitutionnel, politique).
2Souvent les réformes policières surgissent au moment de crises politiques. Ces réformes
dépendent de conception de programmes généraux, d’orientations, d’organisation de l’État. L’histoire
nous donnes une diversité d’exemple, soit de tentative de prise en main par l’État lorsque celui-ci se
développe sous l’AR soit des mouvements de décentralisation lors de l’époque révolutionnaire ou encore
des mouvements de centralisations (régime plus autoritaire).

Plusieurs procédés permettent l’intervention de l’État et l’usage de moyens de pression (statuts,


effectifs, avancement de carrière, salaire…) ou de manière plus brute, les épurations. Certains régimes
politiques exigeront des prestations de serment de tous les fonctionnaires.

L’administration policière peut elle-même influencer le cours de la vie politique. La police


joue un rôle essentiel dans l’application des lois et décisions règlementaires. Le pouvoir a besoin de la
police. La police est le bras armé de l’État, sa fidélité est vitale à l’État.

§2 : Méfiances académiques

Cette méfiance s’exprime par la faiblesse de la production scientifique pendant longtemps


(jusqu’axux années 1990). Quelques ouvrages existaient mais pour l’essentiel, non-scientifiques, et
dépourvus d’objectivité.
Il est donc évoqué un « trou noir » dans l’historiographie française. C’est expliqué par un manque
d’intérêt pour un « objet d’étude qui serait sale ». La police était assimilée à la seule répression, à la seule
défense d’un ordre bourgeois. Elle a été perçue comme une administration au service d’une oppression
consubstantielle à un État capitaliste.

L’institution policière a aussi ses responsabilités. Elle a été elle-même réticente à l’égard de
toutes recherches scientifiques. Peut-être craignait-elle un regard malveillant, ou voulait-elle garder une
part de mystère.

Les temps ont changé, historiens, politologues, sociologues, s’intéressent à la police ; mais tous
rencontrent une difficulté, l’approche juridico-historique est difficile (Paolo Napoli).

Section 2 : Les difficultés pour cerner le concept de police


2
Que signifie le terme police ? Est-ce que ce sont les mesures prises par les autorités publiques pour
l’exécution des lois, le maintien de l’ordre, est-ce que ce sont les services et les agents prenant ces
mesures ? Tous les auteurs constatent que le terme est ambigu.

Paolo Napoli ou d’autres encore ont préféré l’idée de concept avec l’idée d’un phénomène
évolutif. On aurait donc à avoir affaire à un « objet juridiquement impur » qui s’est développé en dehors
de la tradition savante (du droit romain classique et médiéval). Le terme police n’a pas la même sens
selon les siècles ou même durant une même période.

La police se prête mal par essence aux conceptualisations théoriques. En effet, son action ne se
justifie que dans une pratique dénuée de référent métaphysique. Elle se fonde dans une activité
continuellement en adaptation aux conditions sociales.
Ce terme de police a une étymologie parce qu’il vient de politia, est issu du grec politeia. Ainsi,
c’est l’art de gouverner, on voit le lien avec le politique. Le terme polis fait référence à la cité. Il est donc
difficile de le distinguer de la politique.

Par exemple, Aristote dans l’Etique donnait une définition de la police de manière large « Le bon
ordre, le gouvernement de la ville, le soutien de la vie du peuple, (..) c’est le premier et le plus grand bien
». Ainsi, on voit déjà des idées de réglementation de police et de mœurs, etc. Dans les traités médiévaux,
ce mot de police désigne aussi bien la forme de gouvernement, ceux qui gouverne, que la société qui est
gouverné.

À partir de ce constat de grande largesse dans la définition, on a au moins une idée qui peut
ressortir : le caractère régalien de son origine. Autre conséquence de l’étymologie : il va y avoir des
confusions avec d’autres notions, qui vont être très liées, notamment la justice et la législation.
 Il faudra attendre l’AR pour avoir, un peu, de clarification. C’est notamment là que ≠ auteurs
importants vont essayer de donner des définitions.

U8n auteur fondamental : Nicolas Delamare (1706-1738). Il écrit Traité de la police, il ne propose pas
une définition globale, il va proposer 3 sens au mot de police, qu’il va décliner en ≠ polices : -
 c’est le gouvernement général des États,
 c’est le gouvernement de chaque État, avec les polices civile, militaire, ecclésiastique,
 l’ordre public de chaque ville.

Un siècle plus tard, sous la monarchie de Juillet, un administrateur de police Vivier va donner une
définition beaucoup plus proche que la nôtre, parce que la Révolution est passée par là. Il la définit en
évoquant les fonctions de cette police. Il dit « Le préfet de police participe par le droit de rendre des
ordonnances au rôle de législateur, par le droit de dénonciation aux fonctions du ministère public, par celui
d’arrestation et de recherche en fonction des magistrats instructeurs ». On voit déjà ≠ entre la police
administrative et police judiciaire.
On ne parle pas de la définition de la police, mais une définition de ses fonctions. On voit se
dessiner la police administrative, qui est la police qui a pour objet le maintien habituel de l’ordre public
(définition de 1795) et qui tend principalement à prévenir les infractions. En face, l’idée d’une police
judiciaire, qui recherche les délits que la police administrative n’a pas pu empêcher de commettre. Elle
rassemble les preuves, livre les auteurs aux tribunaux chargés de les punir. On aura d’autres types de
police : police mobile (employée en 1907 pour désigner les brigades régionales), police répressive, police
politique et secrète à certaines périodes.

Ainsi, ce qui ressort de cela est que même s’il est difficile de définir la police, cela ne signifie pas
qu’elle n’existe pas. À la chute de l’Empire romain d’Occident, en 476, l’État centralisé s’écroule et
disparaît, mais ce n’est pas pour autant que la police cesse. Avec l’éclatement des structures étatiques,
le pouvoir est atomisé. Plusieurs institutions vont être amenées à exercer les fonctions de police, parfois
en concurrence.
L’évolution des institutions policières doit commencer alors même que la notion de police
moderne n’existe pas. L’historienne Claude Gauvard parlera de « la police avant la police », c’est à
dire que la police existait avant qu’elle ne soit bien définie.

On distinguera 3 grands mouvements :


 L’hétérogénéité des pouvoirs de police sous l’AR, soit l’absence de corps uniformisé,
 La Révolution qui clarifie l’état des pouvoirs de police (municipale, correctionnelle et de sureté),
 Le 19e qui est une évolution vers l’étatisation.

Chapitre 1 : La police avant la police


Ce sont des rappels historiques qui sont connus, on ne peut pas les connaître parfaitement, donc on va
aller vite.

2Après la chute de l’Empire romain d’Occident en 476, l’ensemble des structures étatiques, qui
avaient donné un ordre à l’Empire, s’écroulent. La place est laissée à de multiples royautés barbares. Peu
à peu, ce8s royaumes vont être dominés par les francs. Face à cette royauté patrimoniale, fondée sur des
liens personnels, de serment, entre le roi et ses fidèles, la notion d’ordre public disparait. Les sociétés
vont se réguler simplement différemment, et la police va jouer un rôle secondaire, avec d’autres
modes de régulation, etc..

De Clovis à Hugues Capet, on ne sait pratiquement rien de la manière dont la police était exercée sous
les rois francs. On sait que ce sont des hauts personnages choisis par l’entourage royal cumulaient
pouvoirs civils et militaires. Ainsi, ces fonctions de police étaient réduites au minimum.

Section 1 : Le rôle secondaire de la police (Ve-XIIIe siècle)


§1 : L’affaiblissement du pouvoir de commandement

Ce pouvoir de commandement est particulièrement faible parce qu’il n’existe plus, à proprement parler, de
souveraineté. L’éclatement du territoire, et avec lui du pouvoir, va entrainer l’éclatement du droit de police.

A) L8’éclatement des règles de régulation


1. Les règles écrites

L’instauration de peuples barbares, puis de royautés barbares, dans l’ancienne Gaule romaine a
nécessité un système de coexistence de droits : système de la personnalité des lois. Malgré tout, ce
système va exister mais sur un plan assez court. Chacun va se voir appliquer sa loi particulière,
personnelle.
On peut parler des lois romaines des barbares pour les gallo-romains en territoire barbare, où
le droit romain change de nature parce qu’il était universel et il devient une simple loi particulière. Il est
réduit à une simple nécessité de la vie quotidienne, notamment assuré par le jugement. Par exemple, la loi
romaine des Wisigoths : bréviaire d’Alaric.

Puis, des lois barbares pour les barbares eux-mêmes. La plus importante étant la loi salique :
elle va cons2igner toutes les coutumes des francs-saliens dans un texte écrit. Il y a peu de droit privé mais
beaucoup de droit pénal. À l’origine, c’est un pacte de paix, le but était de contrôler la violence des
francs. Elle se présente comme une longue clarification avec des compositions pécuniaires, pour chaque
délit on fixe le montant de la réparation : première régulation sociale pour dépasser la vengeance privée.
 Autrement dit, l’objectif est la paix sociale parce que la partie offensée renonce à la vengeance privée
puisqu’elle obtient une contrepartie.

Ce système de personnalité fonctionne, mais on bascule rapidement vers la territorialité des lois,
parce que les barbares n’était pas assez nombreux pour imposer leur droit partout et à tous, parce que le
droit barbare germanique était trop rudimentaire et inférieur au droit romain, également parce que les
élites barbares étaient romanisées. Ainsi, très vite on rebascule vers la territorialité des lois.

2. L’extrême diversité des situations

Lorsqu’on évoque l’application du droit/ des mesures de police et de justice, l’application va


différer en fonction du statut des personnes et des endroits ou des lieux.
Les non-libres ne sont pas concernés par les règles du roi ou son administration parce qu’ils
dépendent d’un maître qui va réglementer leur vie, décide des peines, etc.. Mais il faut encore distinguer
la police des villes et la police des campagnes.

La police des campagnes est celle qui existe dans les grands domaines. Elle va s’appliquer aux
serviteurs de ce domaine, aux brusselaires, qui doivent défendre le domaine. Leur mission est d’assurer
l’ordre. C2’est une police locale.
Celle des villes se dessine au Moyen Âge. Le comte va administrer la cité au nom du souverain :
ce comte va assurer la justice. Les détenteurs des charges municipales ont en charge l’ordre, la police des
marchés, la surveillance des poids et mesures. Il faut aussi garder à l’esprit que l’on peut retrouver le
tribunal de l’évêque. Les grands de la cité ont la charge de l’ordre, de la surveillance des poids et
mesure, etc..

Dans toutes ces diversités de situations, on doit évoquer le rôle des règlements privés, des
transactions, arbitrages, et aussi la vengeance. L’homicide par vengeance est accepté, parce que
l’honneur a plus de valeur que la vie humaine à cette époque. Sur l’ensemble du territoire, c’est au roi
de faire appliquer ses propres ordres, et éventuellement de faire traduire les personnes devant les
tribunaux.
Mais, comment sont-appliqués les décisions des tribunaux ? L’exemple de la loi salique : elle
prévoit de faire venir devant le roi celui qui refuse de se rendre devant le tribunal, ou qui refuse même
d’appliquer les ordres. Deux siècles plus tard, on a le formulaire de Marculf qui sert de référence, mais il
ne donne plus aucune trace de cette permission de mener devant le roi les récalcitrants. Il se peut que la
faiblesse au niveau des forces de police s’explique par l’idée de vengeance mais aussi d’honneur.

B) La restauration d’un ordre carolingien ?

La création d’un pouvoir impérial favorise la reconstitution d’un pouvoir central. Ce nouveau
pouvoir carolingien s’appuie sur la loi, le rôle du prince, et essaie de ramener le pouvoir à la tête de l’Etat.
On peut dire que ce pouvoir central est le pouvoir concentré dans les mains de l’Empereur, c’est à
dire sa capacité à se faire respecter, à faire exécuter ses décisions sur tout le territoire. Se pose alors la
question des pouvoirs locaux et maîtrise du territoire, ce dernier étant un élément essentiel de la
souveraineté. Face aux injustices locales, doivent répondre la justice de l’Empereur et la police. C’est une
délégation de l’auctoritas. C’est grâce à eux que la législation va être appliquée de façon uniforme, mais
cela va disparaître avec Charlemagne, notamment dans la moitié du IXe siècle.
Il faut comprendre que l’Empire a favorisé la mise en place d’un ordre politique et hiérarchisé, il
commence à mettre en place un État, avec toutes les réformes de la justice qui vont avec.
§2 : La police à l’âge féodal
A) Police des campagnes, police des villes

L’État carolingien va connaitre les mêmes difficultés que la royauté mérovingienne. La faiblesse
des monarques empereurs (Charlemagne en 800) va entraîner des velléités d’indépendance. Le contexte
est celui d’invasion normande, hongroise, qui fait que la société se replie, et l’État se montre incapable de
protection. Ainsi, la société se tourne vers les comptes, vicomtes, etc., capable d’assurer leur
protection.

Le roi va devoir accorder à ces agents l’hérédité de leur charge. En 877, début du morcellement et
on accorde l’hérédité aux comptes. A nouveau, va découler un morcellement du pouvoir et du territoire,
un éclatement du pouvoir de police, jusqu’à l’apparition des seigneuries et des villes, villes qui vont
échapper à l’autorité des seigneurs. Ces villes ont leur liberté à travers les charges. A cette époque, la
police est encore la parente pauvre de la justice. Cet éclatement et enchevêtrement des compétences
va réduire d’autant son efficacité.
Cette situation aboutie à des situations incongrues, lorsqu’une frontière invisible sépare le ressort
de deux juridictions, et passe au milieu d’une rue, la difficulté vient lorsque le délinquant franchi cette
ligne. Il arrive que des juges préfèrent laisser échapper un suspect plutôt qu’entrer dans des conflits
interminables de compétences.

1. La police seigneuriale

Les seigneurs étaient à la fois « législateurs », « administrateurs », « juges » et « chef militaire » :


ils protègent les populations en assurant la haute et basse justice dans la seigneurie. Ils assurent le
maintien du bon ordre, c’est-à-dire de la police. Il existe des assises seigneuriales qui font publier les
ordonnances et règlements de police des seigneurs, pour que les justiciables aient connaissance de ce qui
leur est défendu. Ainsi, vrai pouvoir de police et de justice au sein de la seigneurie.

Ces fonctions régaliennes ont été usurpées au pouvoir royal. L’impôt, appelé la taille seigneuriale
(avant la taille royale), permet d’entretenir une force armée pour se faire obéir. Toute cette réglementation
seigneuriale est officiellement motivée par l’intérêt public et général. Toutefois, la mise en oeuvre de
cette réglementation va dépendre de la conception que les seigneurs se font de l’intérêt général. Pour eux,
l’ordre social est d’abord l’ordre seigneurial.

2. La police des villes

Le renouveau économique du 11e siècle a permis un nouveau développement des villes. Les
échanges commerciaux ont permis le repeuplement des villes, et les bourgeois (habitants de la ville)
ont de plus en plus difficilement supporté la mainmise seigneuriale.
Ainsi, des chartes municipales ont été négociée, parfois obtenue par la main violente, permettant
l’instauration de privilèges pour les villes. Ces villes vont pouvoir s’administrer elle-même, échapper à la
tutelle seigneuriale. Ces chartes traitent d’ordre public en diffusant un idéal de paix, en établissant parfois
des règles pour limiter les violences. Par exemple, à Arras, la charte de la ville interdit de pénétrer dans la
ville armée, sauf pour les marchands faisant du commerce.

Les habitants de ces villes participaient, par des représentants élus, à l’administration de leur cité :
la commune promulguait des règlements de police, envoyait ses membres juger les délinquants devant ses
propres tribunaux, percevaient les impôts pour assurer la défense, et elle imposait aux habitants de servir
dans une milice municipale (le guet). Vont donc apparaître des agents d’exécution de cette police.
À Toulouse, on parlera de dizeniers. Ces dizeniers sont dépourvus de toute autorité coercitive, et
n8e peuvent même pas dresser de procès-verbal. Malgré tout, ils étaient respectés. Le dizenier à Toulouse
devait veiller au respect de la réglementation urbaine. Il exerçait une sorte de police passive. Par exemple,
il doit surveiller son ilot, surveiller les endroits sensibles (cabaret, caverne, etc.). Il doit rendre des
comptes aux capitouls, sur les conduites scandaleuses, les cadavres éventuels, il dénonce les vagabonds,
dresse la liste des étrangers nouvellement arrivés.

Éventuellement, le dizenier à Toulouse doit en appeler au guet en cas de rixe. Il participe aux
dénombrements fiscaux. Il fait l’état des dommages lors d’une catastrophe. Pour les habitants, ce dizenier
est un conciliateur, il peut être médiateur aussi.
 Ainsi, agent important, même s’il a peu de pouvoir : leur omniprésence dans l’espace urbain permet
d’assurer l’encadrement des populations depuis le M-A.

3. Les autres formes de police

D’abord les foires et marchés, elles vont avoir un statut spécial en matière de police. Tant les
consommateurs, que les seigneurs, que les marchands eux-mêmes, souhaitent protéger leur marchandise
et transaction. Ainsi, tout le monde trouve intérêt à une police spécifique pour protéger cela.
Le grand commerce est organisé selon les cycles de foire (Paris, Lille, Montpellier et le plus
célèbre en Champagne). Des conduits de foire vont être organisés, pour protéger les marchandises et
marchands, par la justice de la foire. Le roi également pourra placer sous conduit royal les marchands
qui se rendent aux foires, venant de l’extérieur. Ainsi, des marchands vont finir par organiser leur
propre police, leur propre justice.

Ensuite l’Eglise, elle participe au maintien de l’ordre à travers les règlements ecclésiastiques : on
va user de la pénitence publique. L’évêque peut user de l’excommunication (peine la plus grave parce
qu’on est hors de l’Eglise).
Également, la police royale réapparaît à travers les baillis et prévôts. Le terme prévôt apparaît
surtout à la fin du 11e, avec des origines floues, mais on sait que ce sont des officiers locaux qui
collectent les revenus pour le roi, administre et juge en son nom. Ils vont être partout où le roi a des
droits et des exploitations domaniales. Toutefois, ce prévôt va décliner face au pouvoir du bailli. Ce
8prévôt va tendre à devenir un « officier de police municipale », ayant pour fonction la garde de l’ordre
public sur son territoire. Il transmet les ordres royaux, etc..

Les baillis et sénéchaux apparaissent eux plutôt au XIIe, avec transmission des ordres, arrestations,
assistés de sergent et doivent assurer le maintien de l’ordre.

B) L’exception parisienne

1. La mise en place du prévôt de Paris

C’est le roi, Henry Ier, qui va être conscient de la spécificité de Paris au moment de la reconquête
royale. Ce roi va nommer un prévôt à Paris, et le roi pourra assurer son contrôle parce qu’il est nommé
par lui, révocable à tout moment. Ce prévôt va avoir des pouvoirs très important : administrer le domaine
royal, percevoir les revenus, en charge de la sécurité à Paris (prendre des règlements en matière
d’hygiène, en matière de sureté de la ville, règle les ≠ entre les habitants donc pouvoir de justice, etc.). Il
aura avec lui des hommes d’armes pour faire exécuter ses décisions, ses sentences.

2. Les limites aux pouvoirs du Prévôt de Paris

La seule limite, qui n’en n’est pas moins importante, est celle des pouvoirs concurrents sur
Paris. On peut évoquer l’évêque avec son tribunal ecclésiastique, il ne s’occupe pas que des clercs et peut
intervenir comme arbitre dans les litiges entre les laïcs, il intervient dans les matières mixtes (à cheval sur
le domaine spirituel et temporel, comme les mariages, testaments, dès qu’il y a un serment). De plus,
l’évêque lui-même peut être un seigneur féodal, et donc il a des pouvoirs en matière de police, d’autorité,
etc...

Ens2uite, les bourgeois parisiens qui ont réussi à partager certaines taches avec le prévôt,
notamment concernant les recettes du domaine à partir du 13e. Enfin, la hanse des marchands, avec son
propre prévôt qui concerne les marchands de Paris, avec une juridiction interne. A terme, il deviendra le
prévôt des marchands. Il s’est occupé des affaires commerciales de la police du fleuve, également la
police des prix.

Section 2 : La police : enjeu de pouvoir dans la reconstruction de l’État

Dans les temps anciens, le mode de vie est très violent, et la population doit être « policée ». Un long travail de
civilisation des mœurs s’est accompli sous l’égide du pouvoir royal qui va renforcer son droit à contrôler l’ordre,
la police. Une explosion du nombre d’ordonnance témoigne de la nouvelle importance prise par la police, elle
devient objet de la reconquête.

§1 : Le renforcement de la police
A) De nouveaux moyens légitimant la police royale

1. La redécouverte du droit romain

L’usage du droit romain implique que désormais l’État suive un idéal d’ordre. C’est à partir
du XIè siècle que les compilations de Justinien sont redécouvertes. Ce droit romain va se diffuser, va être
analysé dans les grandes universités en Europe (Italie, Montpellier, Toulouse, Orléans, ect). Ce droit
romain va servir la reconquête royale, on le constate que l’adage « Le roi est Empereur en son royaume »
qui rassoit sa légitime interne et externe. Désormais, le roi affirme qu’il doit mettre « bon ordre et police
au pays ». Ce sont les fondements sur lequel repose le bien commun. Ce droit romain montre
l’exemple de contraintes pour que les sujets respectent les règles en vivant en communauté.

2. Les coutumiers

C’est la mise par écrit des coutumes, privée, souvent par des agents du roi (baillis, sénéchaux,
etc.) à partir du 12e et à usage des praticiens. Ce mouvement se poursuit jusqu’au 15e dans l’idée de
clarifier le droit, réduire le nombre de coutumes, et facilité les procès. Le roi va lui-même ordonner la
rédaction officielle de ces coutumes en 1454 avec l’ordonnance de Montils-les-Tours.
Ces coutumes ont été le fait d’agents du roi, ils vont insérer du droit romain sans le dire, et lors
de la rédaction officielle on voit les organisations royales entrer dans le processus. Sans le dire, on ne
fait pas que mettre par écrit la coutume, mais on va ajouter des choses, notamment le droit romain,
qui sert le roi dans son pouvoir. Ainsi, ces coutumes vont contenir du droit romain, des mesures
pénales, énumérer les délits principaux avec les peines encourues, etc.. Et on voit, en les lisant, que la
frontière entre justice et police est quasi-inexistante.

3. Les ordonnances de police

Le roi multiplie les actes normatifs. Les ordonnances touchent à l’OP, à la morale, ces deux
idées qui sont un souci nouveau pour la royauté. Dans ces ordonnances, pas de construction théorique,
mais elles vont donner déjà une idée des indications sur le contenu de la police. Elles nous montrent un
affermissement de l’État.

B) L’affinement de la notion de police : un pouvoir dérivé des fonctions gouvernementales

À la lecture de ordonnances de police, on peut dégager quelques conclusions. La notion de police


n’existe pas encore de manière autonome.
Chaque fois qu’elle est utilisée, elle est en rapport avec d’autres notions dérivées :
- De manière classique, elle est utilisée avec celle de justice, c’est la conséquence directe de la confusion des
deux fonctions. Dès qu’une instance a une autorité, elle peut exercer des pouvoirs de police. Donc elle édicte
une mesure, veille à son application, et sanctionne ceux qui la violent, tout cela en vue d’assurer la paix et la
tranquillité. Cela ne concerne pas que les autorités royales, tous les seigneurs qui peuvent rendre la justice ont
des compétences de police, 2
- Elle est également liée avec celle de gouvernement. Au XIVe, le mot police sert à qualifier l’action de l’État.
Le terme est lié encore au droit public, donc s’applique à l’action générale et l’administration du royaume,
- La police est aussi associée à la notion d’ordre. Là encore, c’est vrai tant au niveau de l’État, que des villes ou
corps de métiers qui assurent leur propre ordre.

Finalement, on peut conclure de ces ordonnances qu’à la fin du M-A la police trouve les mêmes
justifications, fondements, que les fonctions générales de gouvernement et de justice. Cela signifie qu’elle
devient une mission essentielle de l’État. Ainsi, elle devient au centre des préoccupations de l’État
naissant.

§2 : Concurrence des autorités et concentration de l’État


A) Une mosaïque de pouvoirs

Le roi va devoir faire face à ces concurrents traditionnels en matière de police, notamment les
seigneurs, hauts justiciers, qui sont parvenus à maintenir leurs attributions de police. On redécouvre
aujourd’hui la vitalité des autorités seigneuriales (jusqu’au XVIIIe), on les croyait moribondes au profit
des juridictions royales, mais on s’aperçoit qu’elles sont restées très actives, notamment dans le domaine
de la police rurale (voiries, le prix et façon du pain, gestion des terres, eaux et forêts, lutte contre les
disettes, tout ce qui relève du blé/grain, poids et mesures, armes, etc.).
Finalement, c’est la vie quotidienne de ces villages qu’ils règlent, et la royauté a vue d’un regard
bienveillant ces seigneurs en raison de leur proximité avec les habitants, d’une adéquation entre les
règlements et la réalité du terrain. Les corps municipaux, villes, vont perpétuer ce rôle réglementaire.

Également les corps de métier.

B) Une nouvelle vision régalienne de l’Etat

En cette période de construction de l’État, de concentration des pouvoirs, le souverain ne pouvait


laisser échapper la police. Il ne sera pas le seul à rédiger des ordonnances à son égard.

1. Conseil du Roi et Parlement

Le Conseil du Roi participe directement à l’élaboration de toute mesure édictale, il est


obligatoirement consulté par le roi dès qu’il y a une mesure de police en rôle. Le roi, pour reconquérir
son pouvoir, est quand même celui qui tranche à la fin et peut ne pas tenir compte de l’avis de son conseil.
Le Parlement participe à la procédure d’élaboration des ordonnances avec le droit de
remontrance qui participe du devoir de conseil. En effet, il enregistre et publie les ordonnances et en cela
participe déjà au devoir de conseil par son pouvoir de faire des remontrances au roi. Évidemment, le roi
est libre d’accepter ou non ces conseils.

2Mais il existe un autre moyen de participation à la réglementation : les arrêts de règlement :


s’il y a un vide législatif, cet arrêt va le combler et on les appelle les « quasi-lois » dans des domaines
particuliers, notamment en matière de police pour remédier au vide législatif ou réglementaire. Le
Parlement de paris intervient pour la sureté, police des mœurs et métiers, ect.

2. Les agents territoriaux

Cette logique régalienne qui est en train de se mettre en place s’applique aux agents territoriaux :
ils ont reçu la délégation en matière de police, donc ils peuvent prendre des ordonnances au nom du roi
(prévôts, baillis, sénéchaux, gouverneurs de provinces).
Chapitre 2 : La naissance de la police moderne (XVIe-
XVIIIe)
Les juristes vont écrire davantage sur la police et s’engagent à renforcer l’autorité du roi. Que
ce soit le gouvernement royal ou les juristes, ils conçoivent de plus en plus la police comme un
mécanisme général de régulation, de maintien de l’ordre urbain et de la vie civile.

Section 1 : Un droit de police précisé

La police c’est un instrument essentiel par lequel l’État intervient dans l’économie, le travail, la
santé, etc.. Le développement de la police à l’époque moderne indique qu’elle est fortement liée aux
conceptions économiques et sociales de la monarchie qui devient absolue. Cette police ne pouvait être
qu’un instrument au service du souverain, et c’est ce qui sera remis en cause à la Révolution.
Ainsi, on a deux choses : la montée de l’absolutisme qui entraîne l’étatisation générale de la
police à Paris, mais également une police qui sert le souverain dans ce contexte de monarchie absolue (et
qui sera reproché par la suite).

§1 : La mise en ordre des attributs du droit de police

Entre le XVI et XVIIIe, les auteurs, légistes, continuent d’essayer de comprendre la notion de
police. Ils évoquent toujours son sens général. Le principal d’entre eux est Nicolas Delamare qui parle
dans un sens général, du « gouvernement général de chaque Etat ». Egalement Domat, dans son ouvrage
sur le droit public, qui parle de « police universelle de la société » ou encore de « police générale de
l’Etat ».

Toutefois, l’application du droit de police devra s’adapter aux localités, parce que l’Etat n’a
encore qu’insuffisamment de moyens. Ainsi, la police devient aussi synonyme d’administration
municipale. Selon le juriste Claude de Ceyssel, La grande monarchie de France, il nous dit que la
police constitue un des freins à la toute-puissance des rois parce que le roi doit respecter les privilèges et
la coutume (privilèges des villes, des corporations de métiers, etc.).

Un sens plus étroit commence à se dessiner. Il s’agit de plus en plus de l’activité que déploie
l’Etat pour policer la vie sociale, assurer la sécurité, prévenir les délits, éviter les accidents, assurer la
bienfaisance, ect. Ainsi, rôle de prévention extrêmement important. Il s’agit surtout d’empêcher et de
prévenir les désordres plutôt que de les punir. On va voir 3 moyens d’intervention.

A) Faire des règlements

La police est la première appellation du droit administratif. C’est le droit de faire des
règlements par le seul intérêt du bien public qui lie tous les citoyens d’une ville, comme le dit Loyseau.
Selon lui, une règle permettra de discipliner, empêcher les abus, les interdits deviennent
innombrables dans la réglementation. D’ailleurs, les termes utilisés dans les règlements sont
suffisamment flous pour permettre de les étendre. Par exemple : « tout ce qui peut blesser l’honnêteté, la
décence ».

B) Juger

Si les fonctions de justice et de police ne peuvent pas encore être très clairement séparées, des
distinctions commencent quand même à apparaître. On cite Montesquieu, qui commence à les distinguer
et dit « Les matières de police sont des choses de chaque instant et où il ne s’agit d’ordinaire que de peu… Il ne faut pas
confondre les grandes violations des lois avec la violation de la simple police. Ces choses sont d’un ordre différent ».
Ces choses sont encore différentes quant à la procédure : les modalités de police sont simples
et rapides. La ≠ réside encore dans la gravité des peines prononcées, souvent légères pour ce qui concerne
la police, mais plus grave concernant la justice.

C) Inspecter

Pour appliquer des règlements, la police doit être présente aux endroits sensibles, il s’agit de
prévenir. Par exemple, prévenir tout ce qui peut gêner les cérémonies (émeutes pendant les banquets),
assurer la décence dans les lieux publics, surveiller les spectacles. L’inspection peut entraîner des
arrestations en cas de flagrant délits, entraîner la recherche des gens suspects.
Finalement, il y a d’un côté cette police qui s’occupe de garantir l’approvisionnement régulier de
la cité à un prix raisonnable, d’améliorer l’éclairage urbain, salubrité publique, etc.. De l’autre, une police
qui mène sa lutte contre les « mauvais lieux », les cabarets, la chasse aux mendiants, aux filles publiques,
etc..

Donc une police qui administre les règlements et celle qui veille/inspecte, d’ailleurs cette
seconde police ne semble pas très regardante sur les moyens de la lutte. Il existe de « véritable
enlèvement de police » sans autre forme de procès avec les lettres de cachet, internements dans des
maisons de force et lieux insalubres, etc…

§2 : De nouvelles institutions au service du Roi

Le roi est, sans conteste, titulaire du droit de police, mais on n’imagine pas qu’il puisse l’exercer de
manière complète. Montesquieu disait « la police est affaire de détails ». Ainsi, le roi s’appuie sur de
nouvelles autorités.

Les parlements interviennent en matière de tranquillité publique, de règlement de la circulation et


approvisionnement, surveillance des hôpitaux, et s’occupent de toutes les questions de police notamment
police religieuse. Cette police religieuse va tout de même devenir un sujet capital avec l’apparition du
protestantisme, certains parlements y seront plus confrontés que d’autres, notamment à Toulouse. Sur
cette matière, la légende noire du parlement de Toulouse peut être nuancée (affaire Callas).

Il faut parler de l’intendant, institution qui apparaît au cours du XVIe, d’abord de manière
intermittente, elle sera systématique au XVIIe. Ce sont les agents du roi, placé dans une généralité et leur
titre leur indique leur compétence : intendant de justice, police, et finance. Ils ont un statut de
commissaire, ils ont une commission : nommés et révocables par le roi.

Concernant la police, ils doivent assurer l’OP. Ils ont la police en matière de culte protestant, de
publication et diffusion des imprimés, surveillance mendiants et vagabonds, etc..

On peut classer l’activité de l’intendant en 5 grands domaines :


- La police du bon ordre, maintien de l’OP,
- Police des villes et des communautés,
- Police économique,
- Police des voies et communications,
- Police des affaires militaires.

Il y a aussi le commandant de province, le lieutenant général de police. Il est créé à Paris par l’Édit de
Mars 1667, puis en province avec l’édit de 1699.

Section 2 : La police détachée de la justice

La situation de Paris inquiétait en termes de sécurité. Au 17e, on voit même une nette dégradation
par rapport à l’époque médiévale, et des institutions en charge de la sécurité sont impuissantes. Pire
encore, la concurrence entre les ≠ institutions nuisait à toute efficacité en matière de sécurité, une solution
sera de clarifier les compétences. Une « véritable révolution » va avoir lieu : séparation de la police et de
la justice à Paris.

§1 : Paris, capitale du crime

Le Paris du XVIIe est un véritable coupe-gorge, la situation s’est dégradée depuis le M-A, parce
qu’au MA la solidarité de rue pouvait encore freiner d’éventuels délinquants. Traditionnellement,
s’exerçait une régulation de quartier par la surveillance des voisins, tout le monde sait ce que font les
autres. Le cri de « Haro » servait à mettre en fuite le délinquant.
Quiconque n’accourait pas à son secours ou ne poussait pas se cri était puni. Or, ces liens se
sont distendus, il n’est plus rare que, pour donner suite à une agression, les potentiels témoins déclarent
n’avoir rien vu/entendu. Ainsi, la ville de Paris, plus peuplée et grande, a perdu son caractère rural qui
permettait l’esprit communautaire. Celui qui s’aventure dans les rues de Paris le soir prend beaucoup de
risques s’il n’est pas escorté par des serviteurs armés, eux-mêmes éclairés par des flambeaux.
Paris est marquée par son incivilité, le manque d’éclairage, le manque d’hygiène.

De plus, Paris attire les déshérités qui viennent chercher un sort meilleur dans la grande ville, les
mendiants sont ainsi nombreux et s’entassent dans la fameuse Cour des Miracles (bidonville de 30 000
personnes). Les temps sont passés depuis que les mendiants étaient considérés comme les enfants du
Christ, désormais apparaissant comme ceux qui refusent de travailler, parfois sans domicile dont il faut se
méfier.

Exemple d’insécurité : en janvier 1606, 19 cadavres sont retrouvés dans les rues de Paris sur 35
meurtres ou assassinats au total, et seulement 5 coupables sont arrêtés. Et autour de 1620, recrudescence
de la criminalité.

Dans ce contexte, va arriver un événement majeur par l’instrumentalisation qui va en être faite :
l’assassinat, en août 1665, du lieutenant criminel Tardieu chez lui. Cet événement va servir de prétexte à
Colbert pour réunir une commission afin de travailler « au rétablissement du bon ordre et de la discipline
». Une véritable révolution administrative s’opère avec l’Edit de Saint-Germain-en-Laye du 15 mars
1667 = acte de naissance de la police.

§2 : La lieutenance générale de la police

Cet édit de 1667 entre dans une volonté de Louis XIV d’étatiser la police à Paris. Il va confier la
direction de la police à un officier le représentant directement dans ces affaires : le lieutenant général de
police. Derrière cette étatisation, un phénomène se dessine à savoir une remise, à l’autorité
administrative, des prérogatives policières.
Toutefois, on pourra dire que cette volonté va faire face à des résistances locales. Mais pour la
première fois, nous trouverons une définition des devoirs du nouveau lieutenant, qui permettra de
cerner le champ particulier de la police et ses finalités, et le distinguant de la justice.

A) L’édit de Mars 1667

Comme souvent, c’est un fait divers qui a justifié une réforme de grande ampleur. L’assassinat de
Tardieu a entraîné la fin des conflits de compétence qui avaient trop duré entre le lieutenant civil et le
lieutenant criminel de Paris. L’occasion était trop belle de rationaliser la police à Paris. Se faisant,
d’assurer la mainmise du pouvoir central sur les pouvoirs de police. Louis XIV va encore profiter, dans le
même temps, de la mort du lieutenant civil. C’est Dreux D’Aubray qui a été empoisonné par sa fille.

Une section du Conseil du Roi va donc travailler, sous l’égide du contrôleur général Colbert et
de son oncle Pussort conseiller d’état, à cet édit. L'expérience est tentée à Paris, si elle réussit elle sera
étendue aux villes de province.
Ainsi, l’assassinat et l’empoisonnement sont un prétexte car la réformation était voulue mais on ne
s’avait pas comment y aboutir. De plus, il faut retenir des conflits de compétences entre le lieutenant civil
et criminel.

Commentaire du texte « Edit du Roy de 1667 créant le lieutenant de police à Paris » :


On voit une spécificité de Paris, qui est la capitale, mais plus loin concernant le contexte Paris est une ville qui attire de plus
en plus de monde donc la sécurité est au coeur du problème,
1667 = grande date, parce que plusieurs ordonnances, avant et après cette date, vont être importantes (civile et criminelle
notamment),
Spécificité de Paris avec l’idée que si ça marche, alors on étendra au territoire,
On voit une séparation justice/police, et on peut parler du fait qu’avant elles étaient confondues et que la police émanait de la
justice. Ainsi, cet édit peut être une révolution en la matière,
Def° de la police, et on sait que la def° est complexe à donner donc on a une tentative, mais là encore on donne une def° en
lien avec ses fonctions,
Suppression de l’office, avant y’avait deux lieutenants criminel et civil, et on supprime la charge MAIS pour en créer une
nouvelle, et la police sera aux mains du lieutenant de police (et cette volonté de suppression montre le pouvoir qu’a le roi de
faire et refaire = montée en puissance de l’absolutisme),
On précise fonctions et compétences du nouveau lieutenant civil dont la police est exclue,
On montre qu’il n’y a pas de subordination entre le deux, parce que chacun a des compétences propres, puis énumération
des ≠ compétences pour la police. Malgré tout, le lieutenant de police va manquer de moyens et donc des conflits de
compétences vont arriver dans la pratique,
On a une énumération mais pas une catégorisation,
Le lieutenant de police sera juge des délits de police = sorte de compétence sur la justice, donc on pourrait se poser la
question de la réelle séparation justice/police MAIS c’est simplement justice sur les affaires qui touchent la police,
Ce lieutenant possède un office et est directement révocable par le roi.

Cette réforme permet surtout de séparer les fonctions de justice et de police. C’est en ce sens
qu’on a pu dire que la police ne naît réellement qu’à ce moment-là. Toute la philosophie se trouve dans
cette simple phrase révolutionnaire « Les fonctions de justice et de police sont souvent incompatibles et
trop étendues pour être exercées par un seul homme ».
La volonté du roi et de Colbert, derrière tout cela, est de mettre la main sur la police de Paris :
étatisation de la police. D’une manière générale, les années Colbert (entre 1661 et 1683) ont joué un rôle
décisif dans l’élaboration d’une police, mais plus encore d’un système de gouvernement visant à mieux
contrôler le territoire et les populations.

Plusieurs moyens sont dans cet édit pour mieux contrôler :


- Création d’un magistrat unique en charge de la sûreté de la ville,
- Précision des tâches et fonctions de ce magistrat,
- Séparation des fonctions de justice et de police,
- Place ce magistrat sous l’autorité du secrétaire d’état à la maison du roi (en réalité sous l’autorité du roi lui-même).

1. « Centralisation » de la police parisienne

Pour une réforme si fondamentale, le texte est bref. Le lieutenant civil du Châtelet, qui avait
pris le pas sur le lieutenant criminel en matière de police, à son tour est évincé au profit du lieutenant de
police. Les charges existantes des lieutenants sont supprimées et remplacées. Ainsi, l’innovation capitale
est la création du nouveau lieutenant du Châtelet, spécialement chargé de la police. Dès lors, le lieutenant
civil perd cette compétence qui lui avait été donnée par un arrêt du Parlement de Paris en mars 1630.

Pour argumentation, cet édit rappelle que la justice « contentieuse et distributive » sert à régler les
conflits entre les particuliers, sert à rendre à chacun son dû (= équité d’Aristote) et sert à veiller au respect
des règles de droit. Cela suffit donc à occuper un magistrat tout entier. Il en est de même pour la police.
Le texte dit « dont les missions nécessitent un magistrat particulier qui put être présent à tout » :
la police est désormais incarnée par une institution détachée de la justice. Ce lieutenant de police sera
entre les mains du pouvoir central, il est révocable à tout moment, directement nommé par le roi, ne
rend compte devant aucun ministre. En théorie, il dépend du secrétariat d’état à la maison du roi, mais la
pratique montre que ce lieutenant est très proche du souverain. Il est, de fait, par la pratique et non en
droit, un quasi-ministre.
Louis-Sébastien Mercier (romancier, journaliste, philosophe, ect), dans son Tableau de Paris,
écrit entre 1780 et 1788, dit « Un lieutenant de police est devenu un ministre important, quoi qu’il n’en
porte pas le nom. Il a une influence secrète et prodigieuse, il fait tant de chose qu’il peut faire beaucoup
de mal ou beaucoup de bien ».
2. Compétences du lieutenant de police

L’Edit de 1667 ne classe pas les compétences. Cependant, on peut faire quelques catégories.

a) La sécurité

L’état de la sécurité à Paris était une priorité.

Cela implique :
- L’éclairage des rues,
- Le nettoiement de la voie publique (toujours encombrée par les objets laissés par les riverains) qui permettra
d’assurer le passage des forces de l’ordre,
- L’interdiction du port d’armes,
- Le pavement des rues, qui permet un meilleur passage des officiers et limiter les accidents, les incendies,
- Ect.
b) La police économique

Les subsistances apparaissent comme un élément fondamental de la tranquillité publique. On a


une économie dominée par l’agriculture, les grains déterminent le développement du commerce et
représentent une source de revenu pour l’Etat, l’Eglise, noblesse, et grande partie du Tiers-état. Ainsi, les
grains permettent la survie d’une grande partie de la population.

Tous craignent de manquer, d’où l’élaboration de règles pour mobiliser l’abondance avec la police
de subsistance, pour assurer la stabilité des prix sur le marché, pour assurer la régularité des
approvisionnements, etc.. Pourvoir à la subsistance est une condition nécessaire au maintien de l’ordre.
Le lieutenant de police doit veiller à ce que la ville soit approvisionnée en denrées de première
nécessité, connaître les stocks chez les marchands, devra contrôler les manufactures et corps de métiers,
surveiller foires et marchés, etc…

En période de crise, il faut veiller à ce que l’accaparement ne vienne pas aggraver la pénurie. En
effet, les arrivages de blé pouvaient se raréfier et les accapareurs pouvaient stocker en spéculant à la
hausse. Par exemple, les émeutes parisiennes de l’été 1725, au faubourg Saint-Antoine, montrent à quel point la
police considère les subsistances comme un problème d’OP. Des incidents se produisent chez des boulangers
accusés de vendre trop cher le pain, des centaines de personnes pillent et saccagent les boulangeries, la police est
dépassée et cela coutera sa place au lieutenant général de police.

Pour comprendre cette police des subsistances, au sommet de la politique d’approvisionnement


se trouve le roi. Le roi va s’appuyer sur son contrôleur général des finances, avec lequel il tient le bureau
des subsistances et recueille les données sur la production et conservation des prix. En dessous, les
intendants sont sous les ordres du contrôleur général, ils l’informent régulièrement et doivent composer
avec le Parlement.
Pour Paris, le procureur général du Parlement réunit tous les mois une « assemblée de police »
pour la politique d’approvisionnement de la capitale. Dans cette assemblée, on trouve le lieutenant
général de police. Ce lieutenant domine le champ de l’approvisionnement grâce à son réseau de collecte
d’informations. Il peut intervenir pour réquisitionner les grains, il dispose d’agents qui contrôlent les
marchés de Paris et ses environs. Enfin, il dispose d’une réserve d’urgence de grains. Toutefois, dans
cette assemblée il y a aussi le prévôt des marchands, qui gère le commerce fluvial, c’est-à-dire l’arrivage
des céréales dans les ports.

c) La police des mœurs


Le lieutenant de police surveille les auberges, hôtelleries, soit le Paris du XVIIe. Ce sont des
lieux souvent sordides, des points de rassemblement de la délinquance. Également, surveillance des
maisons de jeu, or ces maisons attirent les tricheurs, donc escroquerie et lieux de violence. Le commerce
des jeux d’argent, du sexe, est en plein essor dans ce Paris du XVIIe. Ces commerces sont donc
surveillés, mais il faut comprendre le double jeu de la police : réprimés tout en étant parfois tolérés.
On sait qu’à Paris le lieutenant général de police va envoyer chaque semaine des chariots de
prostitués à la Salpetrière. Pour préserver la paix des familles, il pourra enfermer les filles débauchées et
libertins à l’hôpital général. Toutefois, de l’autre côté, les inspecteurs de police et leurs espions tolèrent de
nombreuses maisons de débauche, de jeu, et ce en échange de renseignements sur usagés de ces lieux par
exemple.

AINSI dans tous ces domaines (sécurité, économie, moeurs), l’édit accorde au lieutenant un pouvoir
réglementaire sans restriction, sans contrôle, et cela assortis de sanctions. En effet, le lieutenant de
police peut encore juger les coupables pris en flagrant délit (selon le principe que l’autorité qui édicte
est celle qui sanctionne).

On a un véritable abrégé de philosophie policière parce que pour la première fois, de façon précise, le
champ de la police, ses fins, ses outils techniques, sont précisés en le distinguant de la justice.

Ces compétences vont régulièrement s’accroître :


- Ordonnance du 21 avril 1667, un mois après l’édit, décide que les ordonnances du lieutenant de police, sur lue
fait des marchandises et denrées nécessaires, seront exécutoires dans tout le royaume,
- Déclaration du 25 août 1737 donne au lieutenant la police des soldats, mais aussi des traineurs d’épées.
- Il faut noter que les infractions à ces règlements de police vont relever de la chambre du Châtelet de Paris (le
Châtelet est une juridiction royale).
- Dès février 1674, le lieutenant de police devient lieutenant général de police.

À certains égards, cette réforme a été un véritable succès, à tel point que la lieutenance générale a été
perçue comme un modèle en Europe pour ≠ raisons :
- Parce qu’on a une autorité titulaire des fonctions de police unique,
- Parce qu’on a des agents de la police a même d’exécuter efficacement les décisions du lieutenant général,
- Parce qu’on a des méthodes de renseignements extrêmement efficaces parce que le territoire parisien va être
entièrement quadrillé.
- Parmi les agents d’exécution, les commissaires au Châtelet, placés sous la double autorité du lieutenant général
de police et lieutenant criminel, on trouvera encore les inspecteurs de police crées en février en 1708. Ils sont
placés sous l’autorité des commissaires.
- En dessous, on trouvera le guet, placé sous l’autorité des chevaliers du guet lui-même sous l’autorité du
lieutenant général de police.

B) Les limites

1. Les limites autour de Paris

La première limite est la concurrence des autres institutions. Sûrement que le pouvoir central,
royal, ne se sentait pas en mesure de renverser toutes les institutions en charge de la police, comment
s’attaquer au Parlement de Paris ou bien au prévôt des marchands ?
Le lieutenant criminel reste en place avec des compétences juridiques. Tous vont continuer à
intervenir en matière de police. En réalité, l’édit ne dit rien du Parlement de Paris. C’est une institution
importante qui représente le roi, qui représente la population.

Également, la faiblesse des moyens. En réalité, la situation est ambiguë. Dans l’ordre
hiérarchique du Châtelet, le lieutenant de police est placé derrière le lieutenant civil. Il n’est pas à la tête
d’une pyramide d’agents qui seraient soumis au principe hiérarchique. Il n’a pas de local spécifique. Il
aura comme auxiliaires des commissaires, qui dépendent aussi du lieutenant civil. Ainsi, au départ, on
aura un lieutenant de police aux compétences importantes mais sans moyens.
Il convient de préciser que c’est la pratique des ≠ lieutenants généraux de police qui va remédier,
de manière considérable, à ces limites. Le premier lieutenant général de police, Nicolas de la Reynie, ne
pouvait compter à ses débuts que sur un secrétaire. Au départ, il ne contrôlait aucune force exécutante.
Il va exercer la fonction pendant 30 ans, et immédiatement il commence par un « coup médiatique
» : la liquidation de la Cour des miracles. Il fait cerner le quartier et laisse le choix aux personnes de
partir ou de résister. Les 12 premiers qui résistent sont pendus, donc tous partent et la Cour est rasée.
Alors, il va entamer la conquête des forces de police, et finir par mette la main sur des
commissaires au Châtelet repartis dans des quartiers de Paris. Il obtient un meilleur traitement annuel
pour eux, en échange ces commissaires vont se consacrer aux missions de police, lui rendre des comptes
tous les soirs : il commence à avoir des personnes sous ses ordres.

Un siècle plus tard, Lenoir, ancien lieutenant général de Paris, décrit dans ses mémoires ce
passage avec De la Reynie comme « une machine centralisée où le magistrat commande tous ceux qui se
rattachent à son administration, en s’attachant tous les ? Par une politique de ? ou en créant de
nouveaux corps policiers ».
Son successeur à de la Reynie est D’Argenson, qui confie à ≠ officiers du Châtelet, hors de toute
fonction officielle, des missions de surveillance des espaces publics, d’infiltration « des groupes à risques
». Il va faire appel à des mouches (criminels retournés) et leur fournit, avec les ordres du roi en blanc, un
instrument d’arrestation par simple voie administrative de tous ceux que la police considère comme
suspect.

2. L’échec d’une généralisation aux provinces

Une limite fondamentale tient à l’échec de cette extension. L’expérience a été un succès à Paris :
en octobre 1699, des lieutenants de police sont établis dans toutes les villes d’importance, on créer des
offices de lieutenant général de police là où siège des juridictions royales. Le mois suivant, on organise la
vente des offices.
Le problème en province est que les municipalités, parfois les officiers de justice, vont racheter
la charge pour ne pas être menacé par un nouveau pouvoir. Parfois, il s’agira de faire remplir ces
fonctions de lieutenant général par le maire, les membres de la municipalité, donc on est loin de la
séparation des fonctions souhaitée. Par exemple, à Toulouse, cette commune a décidé de racheter pour
faire revenir ces compétences au sein du corps municipal, des capitouls. Parfois, ce sont des juridictions
locales qui avancent l’argent : échec.

C) Les autres agents de police à Paris

1. Les commissaires de police

La police, dans les ≠ quartiers de Paris, était confiée à des commissaires. Toute affaire criminelle
commence dans leurs greffes, et leurs PV sont la base de la procédure :
 Au civil, ces commissaires vont rédiger des CV avec décès, les comptes de tutelles, les partages, ect,
 Au criminel, ils reçoivent les plaintes, interrogent les accusés amenés devant eux, auditionnent les premiers
témoins, etc..

En matière de police, ces commissaires veillent à la sécurité, au maintien de l’ordre, dans leur
quartier. Sur commission du lieutenant général, ils peuvent parfois être chargé de taches précises (police
des prostitués ou étrangers, des protestants, des juifs, ect). En matière civile, ils ont un droit exclusif de
faire des enquêtes et interrogatoires.

En 1702, Paris sera divisée en 20 quartiers et le lieutenant répartira ces commissaires :


quotidiennement, ils rendent des comptes au lieutenant de tous les événements se déroulant dans leurs
quartiers. Plusieurs sujets les concernent : la religion, OP et bonnes moeurs, police de la presse,
ravitaillement, surveillance des mendiants et vagabonds, police politique = direction de l’opinion
publique. Parfois, ils peuvent même faire répandre des nouvelles dans les assemblées.
2. Les inspecteurs de police

Ces inspecteurs sont les principaux acteurs de cette affirmation de la police face aux officiers
de justice. D’ailleurs, ils ont été très tôt considérés comme les « créatures » du lieutenant général, mais
aussi comme des concurrents par les commissaires. Ils incarnent, probablement à côté des espions et
mouches, la face sombre et despotique de la police parisienne d’AR. Créés en 1708, ils se voient
accordés dès 1712 le titre de conseillers du roi, 40 au départ mais diminué à 20.

L’édit de mars 1740 va préciser leurs fonctions, ils sont distribués dans les ≠ quartiers de Paris
par le lieutenant général de police, ils ont l’inspection sur le nettoyage des rues, des lanternes, inspection
sur les périls imminents, et compétence pour l’observation de tous les règlements de police. Leur
réputation est particulièrement mauvaise. On peut l’expliquer par le contexte de leur apparition :
volonté de s’émanciper des lenteurs de la justice.

Ses missions de surveillance, d’infiltration de groupe à risques, d’arrestation administrative graves


aux ordres du roi les distinguent des commissaires du Châtelet. Les commissaires, eux, sont des officiers
en robe noire et leurs décisions sont susceptibles d’appel au Parlement. Cela est très ≠ de la pratique des
inspecteurs.
Ainsi, une véritable légende noire va suivre ces inspecteurs. On dit d’eux qu’ils sont issus d’une
basse extraction sociale, qu’ils sont peu respectables, sans grade, sans bagage juridique, ignorant des
formes et de la procédure, accusés « de mordre dans le pain du vice ». Leur utilisation des ordres du roi,
la pratique des « enlèvements de police » contre les indésirables, va à l’encontre même des principes de
justice (arrestation, prise de corps, etc.). On touche ici à l’arbitraire, aux pratiques d’un internement
administratif sans jugement.

Des arguments sont mis en avant, celui de « l’excès nécessaire » que la police d’AR met en
avant pour répondre aux difficultés de gouvernement d’une grande ville comme Paris, pour juguler la
menace due à la prolifération des indésirables. Cet argument montre encore les tensions qui peuvent
exister entre les nécessités d’action de la police et les nécessités d’une défense des libertés par le juge.

3. Les mouches/mouchards

Toutes les branches de la police avaient ces observateurs, subordonnés aux inspecteurs. Dans ce
Paris des Lumières, la lieutenance générale va développer une activité de surveillance qui comprend
toutes les branches, notamment préservation des mœurs et de l’honorabilité des quartiers et voisinage,
problème de la propriété dans une ville où les écarts de fortune est extrême, problème du bruit, imprimés,
surveillance des lieux (parce que c’est là où il y a des discussions et qu’il faut préserver les réputations
des rois, ministres), etc...

Ainsi, les officiers du Châtelet vont développer des auxiliaires naturels, on les cherche chez des
personnes lambda : principaux marchands, maîtres des métiers et manufactures, directeur des cabarets,
aubergistes, etc.. Il ne faut pas oublier ceux qui connaissent l’état moral de la population, les frasques, la
vie des familles : les curés de paroisses.

Chapitre 3 : La police en Révolution


Une évolution silencieuse se développe durant la seconde moitié du XVIIIe pour aboutir à la
reconfiguration révolutionnaire séparant clairement les fonctions policières et judiciaires. Ces formes
révolutionnaires ne sont pas nées de nul part.

Section 1 : Une « évolution silencieuse » des rapports police/justice (seconde moitié du XVIIIe)

Le processus de différenciation police/justice avait commencé dès la seconde moitié du XVIIe.


Toutefois, nous constatons une nette accélération au cours du XVIIIe, notamment seconde moitié.
Deux processus sont à mettre en avant :
- L’intervention des militaires dans la sécurité urbaine,
- L’action des inspecteurs de police au Châtelet en dehors de tout cadre légal.

§1 : L’intervention des militaires en matière de police

Dans cette seconde moitié du XVIIIe, se banalise l’intervention d’un personnel militaire,
indépendant des tribunaux, d’où l’enjeu : comme ils sont indépendants des tribunaux, plus ils agissent,
plus on voit la séparation police/justice. Ils garantissent la sûreté, l’OP dans les villes. C’est un
phénomène européen. Pourquoi des militaires ? On les considère comme obéissant envers leur supérieur,
mais ils sont également nombreux.

Cette ingérence des militaires a parfois été imposé par l’autorité souveraine, parfois demandé par
les magistrats eux-mêmes. Ce n’est pas seulement en ville, mais également à la campagne. Cette
intervention va modifier l’équilibre institutionnel. L’institution phare est l’utilisation de la marée-
chaussée. Elles sont apparues dès le MA pour contrôler les soldats, puis vont se développer au XVIe
comme une partie de l’appareil judiciaire de la monarchie en tant que juridiction prévôtale, toujours avec
des compétences militaires.

Ces juridictions prévôtales sont chargées de punir la criminalité militaire, mais encore les délits
commis sur les grands chemins (sédition, vagabondage, etc.). Comme ils sont nombreux, ils permettent
d’avoir plus de forces de police. Cette marée-chaussée est la seule forme disponible pour répondre aux
soucis du maillage territorial.
La marée-chaussée doit rechercher les infractions, les constater, rassembler les preuves, trouver les
auteurs. De plus, elle dispose d’un droit d’arrestation, de perquisition, et une fois-là elle remet les
individus au juge (limite de la fonction), sauf si cela relève de la juridiction militaire et on renvoie devant
juridiction prévôtale.

Également, elle assure le maintien de la paix publique, par exemple la surveillance des marchés,
des lieux de passage, des cabarets, la répression des émeutes, etc.. Dans les provinces, les prévôts des
maréchaux constituent la seule force de soutien aux décisions de justice, ils les font appliquer. Ainsi, on
voit le rôle de ces militaires, tant concernant le maintien de l’ordre, mais également exercice de la
police.

Au XVIIIe, ces unités de marée-chaussée sont implantées sur tout le territoire. Jusqu’en 1720,
c’est un corps ambulatoire qui se déplace. L’édit du 9 mars 1720 va reformer l’institution, l’uniformiser
dans tout le royaume. On comptera environ 30 nouvelles compagnies, une par généralité.
À la veille de la Révolution, cette marée-chaussée uniformisée est un corps de police militarisé qui
est devenu de plus en plus indépendant de la juridiction prévôtale. Ainsi, s’est opéré un mouvement vers
la séparation des fonctions.

§2 : L’« invention pratique » de la police judiciaire par les inspecteurs de la sûreté

Ce sont ces inspecteurs qui vont faire évoluer la donne. On sait que la lieutenance générale à Paris
va être extrêmement efficace, notamment en raison de l’action des premiers lieutenants généraux. Pour
donner quelques noms : Nicolas de la Reynie, d’Argenson, Sartine, Lenoir.
Cette efficacité retrouvée va entraîner, malheureusement et inévitablement, un certain nombre
d’abus. Parmi les abus, on trouve les lettres de cachet signées en blanc par le roi, parfois en l’absence
même de la même infraction, en dehors de toute procédure judiciaire. Également, le développement du
renseignement et de l’espionnage.

On va étudier un de ces abus, une évolution institutionnelle, secrète, illégale dans un premier
temps, plus précisément : le développement des moyens d’actions de la justice pénale comme un
facteur d’autonomisation de la fonction policière.
Il faut se tourner du côté du Châtelet de Paris, c’est la juridiction de laquelle dépend le prévôt,
base judiciaire du lieutenant général. Au sein du Châtelet, on a 48 commissaires repartis dans 20
quartiers, qui découpaient administrativement la ville de Paris depuis 1702.

Ces commissaires étaient :


- Des officiers aux attributions très importantes : Ils recevaient les plaintes, dénonciations, les instruisaient, avant
d’en faire un rapport au lieutenant général de police,
- Ils étaient aussi administrateurs chargés d’un « département » particulier : la bourse, l’opéra, etc..

Apparaît le corps des inspecteurs de police du Châtelet, et c’est d’eux que va venir l’évolution
décisive. Ce corps apparait en 1708, avec d’Argenson, refondé en 1740. Ces inspecteurs sont dépourvus
de toute compétence juridique, ce sont souvent d’anciens soldats mis au service de la police de Paris.

L’origine est l’utilisation de ces petits officiers pour s’émanciper des lenteurs de la justice. Le but
initial, en les utilisant, est de constituer une force de police chargée d’infiltrer les réseaux/milieux à
risques, agents spécialisés dans l’exécution des ordres du roi.
 Ce qui se dessine ici est une police très particulière, qui se « libère » des « contraintes »
légales. C’est vraiment la ≠ avec la police des commissaires, où il y a le suivi d’une procédure,
ici nous avons une police extra-judiciaire, ils n’ont pas à fournir de preuves juridiques.

Immédiatement, cela va soulever de l’hostilité :


De la part des commissaires, qui voit des concurrents dépourvus de la dignité de magistrat,
La population concernée par ces pratiques et qui subit l’arbitraire de certaines de ces actions,
Mais aussi les juges du Parlement qui étaient la garantie de l’action des commissaires. Ce Parlement
perçoit bien le développement des pouvoirs du lieutenant général à travers ce corps des inspecteurs de
police qu’il contrôle.
En 1708, ils étaient 40, 20 en 1740, ce qui correspondra aux nombres de quartiers. Ils sont repartis dans
les quartiers, en théorie sous autorité du commissaire. Ils ne sont pas officiers de justice, mais officiers de
police. Seuls les commissaires peuvent procéder légalement aux interrogatoires, ont le pouvoir d’écrouer.
Seuls eux peuvent dresser un PV, et par ce biais-là donner une forme légale aux interventions des
inspecteurs.
Le rôle policier des inspecteurs va apparaître de deux façons :
Soit à travers le versant administratif, le rôle préventif : surveillance, renseignement, contribution aux
arrestations, ect,
Soit le versant judiciaire, puisque ces inspecteurs vont jouer un rôle dans les instructions criminelles.
En théorie, la distribution des rôles est claire, ils sont subordonnés aux commissaires. Mais la pratique va
détourner cette distribution.
Lors des déclarations de vol, les inspecteurs, s’ils ont été les seuls à les recevoir, doivent orienter les
parties vers le commissaire. Cette déclaration déclenche l’enquête criminelle. Commencent alors les
recherches, et cela concerne spécialement les inspecteurs. Ils prennent des renseignements, indices, et
pour cela ils sont assistés par toute une équipe. S’ils découvrent l’auteur du délit, ils peuvent procéder à sa
capture et cela les dessaisit.
Or, dans les faits, on constate que l’inspecteur reste présent lors de l’interrogatoire, ils suivent l’examen
physique du détenu, reste présent après la fouille, présent sur la scène du crime, etc.. Ils vont s’efforcer de
déduire les modes opératoire, l’identité du criminel et finissent par recevoir les déclarations, auditionner
les témoins, procéder aux interrogatoires. Ainsi, ils participent sans que cela est le moindre caractère
légal.
Ils sont très efficaces parce que c’est leur réseau, leur présence rapide sur les lieux du crime, leur
connaissance du territoire, qui vont justifier ces entorses à la légalité.
=> Peu à peu, avec cette pratique, on constate l’autonomisation de la police vis à vis de la justice.
Évidemment, ce sont des pratiques propices à l’arbitraire.
Pour conclure sur cette section, il faut dire qu’à la veille de la Révolution, on peut dire que la police
classique est en crise. Cette crise est en grande partie due aux changements radicaux dans la conception
de la police elle-même. Plus généralement, changements dans la conception de l’Etat même par les
libéraux.
Les temps sont à la déréglementation, au retrait de l’Etat, alors que jusque-là l’Etat était conçu à travers
un « roi nourricier », d’où la réglementation du commerce, réglementation sur la circulation des denrées,
ect. Par exemple, la politique libérale de Turgot en 1774-76 qui a vocation à mettre en cause la
réglementation préventive. On a un édit sur le commerce des grains du 13 septembre 1774 qui va
engendre un cycle émeutier. Un de février 1776 souhaite supprimer les corporations et entraîne une
montée des insubordinations. Ainsi, on a une politique libérale selon laquelle le roi n’a pas à intervenir.
Cette politique va avoir des conséquences au sein même de la police, avec des divisions lourdes. Par
exemple, le renvoi du lieutenant général Lenoir qui refusait l’orientation libérale. La société toute entière
est en train de changer.

Section II - La police sous la Révolution

Cette police va faire l’objet de critiques extrêmement dures durant tout le processus révolutionnaire.
Pour en avoir une idée, on peut s’en référer à l’ouvrage de Pierre Manuel La police dévoilée, 1793. C’est
un ouvrage à charge contre cette police. Il évoque les atteintes à la liberté des citoyens, que la police
faisait espionner, mais encore la censure des ouvrages audacieux et des libelles contre les ministres et
l’Eglise. Il dénonce l’arbitraire avec les lettres de cachet. Il rejette une police exercée par des hommes
nommés par le gouvernement royal. Il présente une police discréditée en raison de sa violence.
Pour toutes ces raisons, qu’on retrouvera dans les cahiers de doléances, les révolutionnaires vont reformer
cette police. À la Révolution, un nouveau principe est à prendre en compte, parce que la théorie des 3
pouvoirs va désormais compliquer la tâche. La justice est désormais séparée de l’exécutif et du
législatif, ainsi où s’insère la police ?
Une réflexion s’engage autour du rôle et des fonctions de la police, avec pour point de départ les cahiers
de doléances et la DDHC.
Cette réflexion globale est possible grâce à la tenue des Etats généraux. Evidemment, la question de la
police intéresse les 3 ordres, tous sont sensibles à la sécurité et l’OP. Pourtant, rares sont ceux qui vont
avoir une analyse de fond de la question. Document extrait d’un cahier de doléance :
On voit une critique du lieutenant général de police, qui a tout dans ses mains et répond au roi, donc lien à une seule personne
et arbitraire (lettre de cachet, ect),
La liberté est la valeur fondamentale des révolutionnaires donc la prison devient une peine par excellence, mais doit rester
une peine et non être utilisée dans la procédure.
=> Trop de pouvoir entre une seule main, arbitraire, et liberté mise en avant.

Dans ces cahiers de doléances, police et justice sont extrêmement liées. On souhaite, dans ces derniers,
généralement une uniformisation du droit, des pratiques. Les critiques sont classiques : lettres de cachet,
arbitraire, censure, ect. Pour beaucoup de ces cahiers, l’exercice de la police était critiqué dans une
confusion avec une critique générale de la justice.
Aux yeux du peuple des campagnes, le vice fondamental, de l’administration en général, tient en ce
qu’elle est considérée comme l’instrument de l’oppression étatique. Pour ce peuple, la police ne peut être
qu’entre les mains de municipalités élues, ce qui permettrait d’en diminuer la force. À un mouvement
d’étatisation de la police sous l’AR correspond, au début de la Révolution, un mouvement favorable aux
municipalités. Ces municipalités seraient les détentrices innées des fonctions de police.
Dans ce cahier de Paris, on voit le lieutenant général de police désavoué au nom de l’arbitraire qu’il
représente. Il incarne l’autorité royale. Les commissaires de quartiers seront également critiqués en
raison des pots de vin, corruption, ect. Les PV devraient être éclairés de près : est attaquée la procédure
criminelle en général et le secret qui l’entoure.
Quant aux informateurs, le cahier de police de Paris souhaite qu’ils soient conservés, mais qu’ils
n’enfreignent pas une certaine idéologie.
Certains cahiers quand même vont plus loin dans l’analyse du problème. Les cahiers du Tiers-état de
Brest sont quasiment les seuls à fournir des réflexions fondamentales. Ils proposent notamment la
séparation entre « police contentieuse » et « police active ». Cela anticipe la séparation entre police
judiciaire et administrative.
Avec le processus révolutionnaire, cette police va subir des modifications majeures. On a vu les sachets
de doléances, mais il faut aussi parler de la DDHC du 26 août 1789.
Pour garantir le primat de la liberté contre l’arbitraire, les hommes de 89 ont assigné une tache aux
hommes de la police qui est la conservation des droits naturels et imprescriptibles = article 2. La liberté,
droit naturel, comment envisager de la limiter ? Comment assurer sa protection ? Quels moyens seraient
assez puisants pour la faire respecter sans la mettre en péril ?
Avec l’article 7, la police ne peut plus emprisonner ou faire emprisonner à sa guise, proscription des
lettres de cachet.
Est posé le problème de la force publique, à l’article 12. Cette force publique est créée pour la garantie
des droits de l’Homme, instituée pour l’avantage de tous. L4art 13 évoque une contribution commune
pour l’entretien des fonctionnaires de police, ces derniers seront rémunérés sur la somme recueillie par les
impôts.
Toutefois, cette DDHC va poser plus de questions qu’elle n’en résout. L’article 16 : est l’expression
révolutionnaire de la séparation des pouvoirs, séparation appliquée au champ politique mais également
dans le champ judiciaire. La Révolution va s’employer à faire sortir la police de la compétence du juge.
Mais, comment cette force publique va t’elle agir ? Quand ? Avec quels moyens ? Surtout, à qui la police
doit être confiée ?
Avant de répondre à cette dernière question, il faut évoquer 2 idées révolutionnaires :
Il va s’agir d’abord de reconnaître les pouvoirs municipaux comme responsables de la police,
Il s’agit de cette séparation entre police et justice. Sur ce point on peut parler de l’avocat Adrien Duport
qui appartient à la noblesse, mais rejette l’AR. Il est partisan de la Révolution américaine, a réclamé la
réunion des Etats généraux, élu député de la noblesse mais va rejoindre le Tiers état. Il participe quand
même à la rédaction des articles 7,8 et 9 de la DDHC. Il participe à l’élaboration de la nouvelle C° de 91
et au premier code pénal de la même année. Dans Principes fondamentaux de la justice et de la police,
Duport pose une distinction entre cette police et cette justice, texte qui explique que elles sont conçues
comme des étapes successives dans la chaine du pénal.
Deux conceptions vont s’opposer dès le début de la Révolution. Pour les uns, la police est un attribut du
pouvoir local (Henrion de Pansey et 4e pouvoir), et c’est ce qui prévôt dans la loi municipale de décembre
1789 par hostilité au pouvoir royal.
Pour d’autres, la police est une prérogative du pouvoir central. C’est la tendance jacobine, qui va
l’emporter d’ailleurs sous le Directoire et l’Empire.
1§. L’avènement de la police municipale

A. La « décentralisation » révolutionnaire

La décentralisation est un curseur, il y a plusieurs degrés dans la décentralisation. Nombre d’historiens se


sont étonnés que la police parisienne est pu laisser passer la Révolution, elle qui était si puissante jusque-
là, pour qui le moindre complot était connu. Toujours est-il que la Révolution devait laisser un vide
policier immédiat dans la capitale. Tout ce qui avait contribué au maintien de l’ordre dans la capitale se
trouvait anéanti. Le lieutenant général de police, Thiroux de
Crosne, préférant par ailleurs s’enfuir.
Dans un premier temps, des solutions improvisées pourront être reprises par le législateur révolutionnaire.
1) La garde nationale
Un premier instrument de la décentralisation sera au départ la garde nationale. Cette dernière a des
origines lointaines, féodales, puisque ces gardes sont les héritières des milices urbaines qui assuraient la
défense des cités. Au moment de la révolte pré-révolutionnaire, des bourgeoise s’arment et s’organisent
dans plusieurs villes pour rétablir l’ordre. Plusieurs villes seront alors sous la protection de troupes
improvisées.
Le 13 juillet, face à l’inaction de la police, les citoyens vont créer la garde nationale qui s’appelait la
garde bourgeoise : volontaires militaires ou civils qui auront pour but la sûreté intérieure et extérieure de
la capitale. Cette formation va être étendue aux villes de provinces.
C’est alors que les maires interviennent avec l’impulsion venant de Paris où les municipalités élues vont
avoir un maire investit de l’autorité de police. Avant la loi de décembre 89, des mairies se créer de
manière provisoire. Le 10 aout, un décret demande à des milices d’assurer des missions de police sous
l’autorité des municipalités.
Puis, il y a la loi des 29 septembre et 4 octobre 1791 qui régularise et fixe cette institution qui devient
une institution d’état. Désormais, tous les citoyens actifs de 18 ans doivent s’inscrire sur les rôles de la
garde nationale de leur commune. On a ainsi des compagnies d’environ 50 hommes, plusieurs
compagnies pourront former un bataillons, et plusieurs bataillons pourront former une légion de
district/de ville.
Ces citoyens actifs sont tenus d’effectuer gratuitement des services de garde et de patrouille. Ils doivent
maintenir l’ordre les jours de manifestation. Un citoyen peut payer un remplaçant et se dégager de cette
obligation.
Par la suite, ses effectifs vont se trouver amalgamé avec les anciens soldats de l’armée royale dans
l’armée de la république. Ils vont constituer une forme de réserve militaire qui va intéresser l’Empire
ensuite, qui aura ainsi des troupes de seconde ligne.
Cette garde va participer à la Commune de 1871, ce qui va entraîner sa dissolution.
2) La police municipale
Lorsqu’on évoque la police municipale, il faut garder en tête le mode de désignation des maires. Quand
le pouvoir de police municipal est confié à un maire, il est important de savoir s’il est élu ou nommé par
le pouvoir central. S’il est nommé, il n’y a aucun inconvénient à lui confier l’intégralité des pouvoirs de
police. S’il est élu, il devient dépendant du pouvoir central.
Sous l’Assemblée constituante, toutes les autorités communales seront élues. La C° de 95 va maintenir le
principe électif, mais la loi du 28 pluviôse an VIII revient en arrière avec des maires et des adjoints
nommés par le chef de l’Etat ou le préfet. Deux conceptions vont donc s’affronter.
Pour les uns, la police est essentiellement un attribut du pouvoir local, c’est la conception d’Henrion
de Pansey. Il écrit Du pouvoir municipal, de sa nature, de ses attributions et de ses rapports avec
l’autorité judiciaire, en 1820. Pour lui, la commune est antérieure à l’Etat, elle est investie dès l’origine
d’un pouvoir propre, en vertu duquel elle exerce, en toute indépendance, les attributions de police à
l’intérieur de son territoire. On aurait donc tout simplement un 4e pouvoir, le pouvoir municipal étant
indépendant des 3 autres pouvoirs. Ainsi, de l’agrégation successive des municipalités serait né le
gouvernement.
Pour les autres, conception jacobine, la police est une prérogative du pouvoir central. On peut lire une
thèse de 1897, Emile Miriel, Des rapports des municipalités et du pouvoir central en matière de police.
Selon lui, la police municipale est un démembrement de la police générale, soit une délégation
révocable consentie par l’Etat. L’intervention de l’Etat se justifie comme prérogative de la défense du
territoire. Que doit faire l’Etat ? Il doit assurer aux citoyens, sans distinction de lieu et de personne, des
conditions de sécurité. C’est pour cela qu’il va déléguer. Miriel critique Pansey, il dit que Pansey parle de
la société toute entière et évite le mot « Etat », or seul l’Etat a la personnalité juridique, seul l’Etat a le
pouvoir de coercition, pas la société, donc la distinction Etat/commune ne s’opère pas. Elle ne va s’opérer
que lorsque l’Etat se sera formé définitivement après la Révolution. Autrement dit, c’est à l’Etat que les
municipalités, simples groupements économiques, doivent la consécration de leur personnalité
juridique et la conservation de leurs droits.
L’Etat serait donc le seul souverain dans cette conception.
Les constituants, quant à eux, vont plutôt confirmer ce renversement de la situation qui était celui de
l’AR : au lieu des lieutenants de police, qui représentaient le gouvernement, ce sont les maires élus par
leurs concitoyens qui vont assumer désormais les pouvoirs de police. Ces maires élus vont disposer de
la garde nationale.
Les législateurs consacrent cette innovation née d’une police provisoire au départ, avec les principes
révolutionnaires par excellence : élection et reconnaissance de la coutume.

Henrion de Pansey écrit après la loi de décembre 1789. Mais avant d’arriver à cette loi, on peut parler
d’un décret provisoire pour Paris du 5 novembre 1789 qui va donner un cadre légal à l’exercice de la
police dans la capitale, police plus réglementée depuis le départ du lieutenant général. Dans son article
1er, il est dit que les comités de police détiendront les pouvoirs de police sous l’autorité de la municipalité
parisienne. C’est provisoire, mais important parce que la chose est actée = police dans la municipalité.
Cela signifie que la justice est dépossédée de la police, elle appartient désormais à la municipalité.
Puis, c’est la loi du 14 décembre 1789 qui consacrera l’existence d’un pouvoir municipal de police.
C’est les articles 49, 50, et 51 qui nous intéresse. Selon l’art 49, la loi distingue dans les fonctions de
police remplies par les corps municipaux, celles qui étaient des attributions « propres au pouvoir
municipal », qui vont s’exercer « sous la surveillance de l’administration » (50), distinguées de celles
propres à l’administration générale de l’Etat et qui étaient « déléguées par elle aux municipalités »
(51).
Cette distinction entraîne des interprétations ≠, et toute une réflexion sur la nature des fonctions de
police :
- Selon la conception d’Henrion de Pansey, défendue tout au long du 19e, la loi de décembre reconnait et
consacre l’existence d’un pouvoir propre municipal qui serait antérieur aux autres pouvoirs,
- Pour les autres, jacobins notamment, ce pouvoir municipal n’existe toujours pas, même à la lecture de
la loi de décembre. On n’aurait qu’une concession du pouvoir central. Cela vont parler de ce fameux
article 49. Pour eux, l’expression « pouvoir propre » a été employé par les rédacteurs sans qu’ils aient
attaché l’importance qui lui sera accordé plus tard. Ce n’est pas pouvoir au sens d’un 4e pouvoir. Pour se
défendre, ils s’appuient sur un texte : Les bases fondamentales de la C°, novembre 1789. Dans ce texte, il
n’était pas question de pouvoir municipal à coté des autres pouvoirs, ainsi pour eux pouvoir est
synonyme de fonction. L’art 50 de la loi parle d’ailleurs de « fonctions propres », ainsi on peut voir une
ambiguïté. Ils expliquent également que les municipalités sont sous la surveillance et inspection des
assemblées administratives (district, département, ect), ainsi l’Etat a cherché à conserver un droit de
contrôle et limiter ce pouvoir propre.
En pratique, dans le domaine de la police, le système mis en place par les constituants témoigne
incontestablement d’une méfiance à l’égard du pouvoir royal et une forme de conception libérale. Cela va
entraîner un émiettement important de la police = 40 000 municipalités.
Les compétences de la police seront précisées en 1790 et 1791 par deux lois : sûreté et commodité du
passage dans les rues/places/voies publiques, répression et punition des délits contre la tranquillité
publique, maintien de l’ordre dans les lieux où se font de grands rassemblements d’homme, inspection sur
la fidélité du débit des denrées, prévenir et faire cesser les accidents et fléaux calamiteux (incendias,
épidémies, ect), remédier aux événements fâcheux occasionnés par les insensés et les animaux
malfaisants.
B. L’échec de la décentralisation
Il y a 3 grandes raisons à cet échec.
D’abord, il faut comprendre que la réforme de la police s’intègre dans une réforme générale de
l’administration. Or, la réforme administrative n’a pas pu être menée à bien en raison du recours
systématique à l’élection. On finit par saturer les électeurs par des élections trop nombreuses, ainsi le
nombre d’lecteurs baisse sans cesse et il manque du monde pour se présenter aux élections. Cela va
aboutir à un manque d’agents.
Ensuite, la multiplication immodérée des décrets et des lois. On veut donner le pouvoir au peuple avec
de nombreuses lois, mais les réformes se succèdent, parfois s’annulent, dans une période politiquement
tourmentée.
Enfin, il existe des difficultés financières qui vont participer aux difficultés de fonctionnement. La crise
économique de la Révolution va entraîner des problèmes insolubles pour les municipalités.
Ils leur faut payer l’entretien des locaux, frais de fonctionnement, agents, ect. Bref, on a des municipalités
qui ne parviennent plus à subvenir à leurs propres besoins.
Cela a des conséquences, notamment sur le recrutement, la qualité du personnel, ect. De plus, dans le
recrutement on a un critère patriotique, ce qui limite encore plus le nombre potentiel de recruté. Au final,
ces municipalités n’arrivent pas à recruter un personnel de qualité et bien payé.
Ainsi, cette expérience de police municipale tourne mal. Rapidement, on va entrer dans la phase de la
Terreur. La police va être de nouveau un instrument du pouvoir, et on retrouve confusion entre les
pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.
2§. La définition des fonctions de la police et de la justice

On avait cité plus haut Montesquieu qui parlait de la police qui s’occupait des détails et la justice des
peines plus lourdes. On avait donc un critère de distinction qui reposait sur la gravité des peines
encourues.
Avec Adrien Duport, on va voir autre chose (texte du 22 décembre 1789 on où voit rappel de la DDHC
et distinction justice/police). Duport sépare les fonctions de police et de justice en tant qu’état
successif de la chaine du pénal, ≠ de Montesquieu qui résonnait en terme de degré de gravité.
C’est une « révolution juridique » parce qu’on sort des distinctions reposant sur la gravité des infractions.
Il n’y a pas que lui, l’abbé Siéyes reprend la même idée et dit que la police se caractérise par des
fonctions antérieures à l’action judiciaire, elle a pour mission de prévenir les délits, de rechercher leurs
auteurs et de les livrer à la justice. Il qualifie les fonctions de police d’ante-judiciaire.
C’est cette nouvelle conception révolutionnaire, qui se rattache à la séparation des pouvoirs, qui va
prévaloir en matière de poursuites criminelles. La marée-chassée perd définitivement sa fonction
judiciaire. Les tribunaux ne peuvent plus édicter de règlements de police = application directe de la
séparation justice/police.
Dans les faits, on sait que cette séparation ne sera pas toujours effective. Il y aura des zones crises dans
cette séparation, des juges de paix pourront décerner des mandants d’amener/ d’arrestation, pourront
incarcérer un individu pendant 24h avant de le présenter à la justice.
Un objet de débat portera sur ce droit d’arrestation confié aux officiers de police. On a donc une
séparation qui est immédiatement mise à mal. Malgré tout ce qu’il a écrit, Duport défendra cette
enfermement du prévenu par mesure de police, dans la limite de 24h.
C’est avec le code des délits et des peines du 3 brumaire an IV, soit 25 octobre 1795, que la police
judiciaire sera la plus clairement précisée. On a quelques articles qui posent des fondamentaux :
Art 16 « La police est instituée pour maintenir l’ordre et la tranquillité publique, la liberté, la propriété
et la sûreté individuelle »,
Art 17 « Son caractère principal est la vigilance, la société considérée en masse est l’objet de sa
sollicitude »,
Art 18 « Elle se divise en police administrative et police judiciaire »,
Art 19 « La police administrative a pour objet le maintien habituel de l’OP dans chaque lieu, chaque
partie de l’administration générale, elle tend principalement à prévenir les délits »,
Art 20 « La police judiciaire recherche les délits et les crimes que la police administrative n’a pu
empêcher de commettre. On rassemble les preuves et on livre les auteurs aux tribunaux ».

3§. La mainmise politique sur la police

Cette période de la Convention, en 1792, est particulièrement sujette aux tumultes politiques et surtout,
alors que la guerre se poursuit, le gouvernement devient révolutionnaire « jusqu’à la paix ». Dans ce cadre
de guerres externes et troubles internes, la police devient un enjeu essentiel.
L’idée première est toujours celle d’une police par le bas, on veut toujours privilégier la démocratie
directe, le contrôle des élus. Des organes « révolutionnaires » vont apparaître et vont finir par doubler les
institutions locales.
Se multiplient les comités révolutionnaires avec des fonctions répressives surtout. Ce sera aggravé avec
la loi du 17 septembre 1793 qui dresse la liste des suspects, ceux que le comités vont devoir arrêter. C’est
très grave à cause du flou dans le terme suspect. Selon le lieu où on se trouve, chaque comité va mettre
l’accent sur tel ou tel délit (ceux qui ont fuient la Révolution, prêtres qui n’ont pas prêté serment, ect).
Dans de nombreux départements, ces comités vont recevoir l’appui des armées révolutionnaires.
Egalement, les représentants en mission vont être important, qui sont les yeux et les bras des organes
qui les commissionnent et vont commettre parfois de nombreux abus.
Enfin, il faut citer au niveau national, le comité de salut public et de sûreté général.

A. La police de la Terreur : police politique et comités


Dans les petites villes, cette police municipale qu’on a vu naître va se révéler particulièrement inefficace.
Paris, en 1792, va devenir commune insurrectionnelle. Dès lors, cette commune va implanter dans les
quartiers ou « sections » des comités de surveillance. Le contexte est très favorable à avoir une police plus
efficace, plus contrôlée.
C’est dans ce contexte qu’apparait la notion de « police de sûreté générale ». La sûreté est apparue à la
Révolution, notamment individuelle, pour luter contre les pratiques arbitraires, ect. Avec cette idée de
police de sûreté générale, c’est l’idée de protéger la nation des complots, c’est une police politique
confiée aux comités.
Le comité de sureté générale apparaît en 1792 et a pour mission la police générale intérieure, ce qui
implique la surveillance des ennemis de la chose publique. Finalement, il s’occupe de tout ce qui est
relatif à la personne et à la police. Il s’occupe de la police, du contre-espionnage et des affaires d’Etat. Ses
cibles sont les émigrés, les royalistes, les chouans (des contre-révolutionnaires du Nord de la France),
prêtres réfractaires ayant refusé le serment à la C° civile du clergé de 1790, ect. Pour tenir l’opinion
publique, est établie une surveillance des spectacles et autre.
Ce comité va être concurrencé par le bureau de surveillance administrative et de police générale, créé
en aout 1794 au sein du comité de salut public. On sait que ce comité de salut public a la main sur les
fonctionnaires, contrôle le tribunal révolutionnaire, a la main sur les représentants en mission qu’il
emploie, ect. Ce bureau central va tenir une véritable police secrète, procéder à des arrestations, donc
c’est une police révolutionnaire. Le comité de salut public surveille tous les fonctionnaires, établit les
relations avec les représentants en mission, lutte contre les accapareurs, contre la corruption. Bref, deux
entités interviennent en police.
C’est de manière abusée qu’on a évoqué une « guerre des polices » à travers une guerre entre les
comités. Il est vrai que les empiètements d’un comité sur l’autre a laissé penser à une rivalité qui aurait
entrainé la chute de Robespierre. En réalité, l’élimination de Robespierre est d’avantage due aux divisions
au sein même du comité de salut public et de l’agacement face à tant de sang coulé.
Egalement, les comités de surveillance, révolutionnaire, ect, sont animés par les sociétés populaires
locales, peuplées de2 jacobins, et ces comités contrôlent toutes les personnes étrangères de la ville,
délivrent les certificat de civisme, reçoivent les dénonciations, lancent des mandants d’arrêts et traduisent
devant le tribunal révolutionnaire. La police participe à une parodie de justice.
D’un autre coté, les représentants en mission sont chargés de faire la liaison entre les ≠ comités. Ces
derniers prolongent les directives venues de Paris, portent leur message, certains ont évoqué des «
missionnaires républicains prêchant partout l’amour de la patrie ». Parfois ils sont réclamés par les
autorités locales elles-mêmes pour évangéliser le pays. Ces missionnaires vont parfois déborder et
dépasser la docilité attendue par les comités.
Le problème est qu’ils avaient des pouvoirs illimités pour maintenir l’ordre : pouvaient mettre en
arrestation et faire exécuter leurs propres ordres. Le 7 septembre 1793, la Convention déclare que les
arrêtés des représentants en mission ont valeur « de loi provisoire tant que le comité de salut public ne les
a pas dénoncé comme contraire aux principes ».
Pour mettre en oeuvre les décisions de toutes ces autorités, il y a la garde nationale et la gendarmerie
nationale.
Cet épisode de la Terreur va prendre fin devant la lassitude face au sang versé. Robespierre est renversé le
9 thermidor an II, soit le 27 juillet 1794, par les plus modéré. La période sera celle du reflux, de la
réaction désormais.

B. La police sous le Directoire


Le Directoire est un régime contesté avec une séparation stricte des pouvoirs, un exécutif fort mais divisé
en 5 directeurs, le bicamérisme, le règne des coups d’état, le règne de la corruption, ect. Toutefois, ce
régime apporte le code des délits et des peines, va vouloir refonder la police en se fondant sur la loi,
notamment avec la création du ministère de la police générale en 1796.
Après la période de la Convention nationale, les premières formes de centralisation de l’administration
policière vont voir le jour avec le Directoire. Est créé en décembre 95 un Bureau central rattaché au
ministère de l’intérieur. Le problème est qu’ayant des compétences trop larges, il est décidé, en janvier
96, de créer un ministère dédié à part entière aux affaires ministère : Ministère de la police générale de
janvier 96.
Il faut rappeler le contexte du Directoire : on sort de la Terreur, contexte politique tendu, on a les
séquelles de 6 années de Révolution, une crise économique, des mouvements sociaux, la corruption, ect.
La priorité est la reconstitution de la police.
Deux grands mouvements dans cette reprise en main :
Le maintien de l’ordre va d’abord passer de la garde nationale à l’armée, c’est un renouveau des
interventions de l’armée en la matière,
Ensuite, ce maintien de l’ordre passe des municipalités à l’Etat.
Il s’agissait de liquider le passé immédiat, temps de l’épuration qui est un phénomène classique lorsqu’on
change de régime. Les comités révolutionnaires sont réduis, et la police est toujours sous la tutelle des
comités et sous celle de la législation. Une partie des gardes nationaux sont désarmés.
Les directeurs vont évoquer dans leur programme « l’ordre social », nouveau nom de l’ordre public,
qu’on veut rétablir. Cela se fera sous le règne de la loi. Immédiatement, il y a de gros problèmes parce
qu’on a des actions de bande qui vont commettre des violences, les attaques de ferme, et cela amène à des
attaques contre le régime.

1) Un « ordre social » militarisé


L’armée apparait vite comme la force la plus capable de maintenir l’ordre. C’est pourquoi les troupes, qui
initialement avait été attachée aux frontières, sont appelés pour renforcer l’action de la garde nationale et
de la gendarmerie. Surtout, l’instrument de la déclaration de l’état de siège va permettre de transférer un
transfert de compétence au commandant militaire. C’est le gouvernement qui décide de transférer les
compétences à l’armée.
Initialement, cet état de siège doit permettre de rétablir l’ordre. Toutefois, il est de plus en plus utilisé à
d’autres fins. Par exemple, on peut utiliser une centaine de soldats qui s‘établissent dans chaque commune
pour des opérations de désarmement des paysans, pour entraver les
opposants pendant les élections (fin politique), ect.
Il y aura une réelle efficacité de ces interventions de l’armée, notamment lors de la répression de
mouvements insurrectionnels (coup d’état). Toutefois, cette efficacité se fait par la violence.
L’armée n’hésite pas à faire feu s’il le faut sur la garde nationale elle-même.
Le résultat de cette prise de pouvoir par l’armée est que la garde nationale va devenir un simple
complément de l’armée. Ces gardes nationales ne sont plus le symbole de l’autonomie municipale, elle
sont désormais sous l’égide de l’armée.
La gendarmerie connait également un renouveau, notamment au niveau du recrutement, avec un jury
d’examen, enquête sur les prétendants (loi février 1797).
La loi d’avril 1798 précise la mission de la gendarmerie. Notamment, la patrouille sur les routes/
marchés/foires, collecte des renseignements sur les crimes et délits, dispersion des attroupement armé,
arrestations lors des flagrants délits, protection de la libre circulation des grains et liberté des cultes.
2) Les difficultés du ministère de la Police générale (1796-1799)
Portalis a été avocat à Aix, député au Conseil des Anciens sous le Directoire, et c’est surtout le grand
artisan du Concordat et du Code civil. Document sur un discours devant le Conseil des Anciens sur le nouveau
ministère créé :
Il y a autant de polices que d’unités urbaines, cela veut aussi dire qu’on a presque un OP particulier à chaque localité,
Il ne faut pas un centre supérieur qui serait éloigné des priorités locales,
Il distingue police générale et police locale,
La police est affaire de technique et c’est pas elle qui doit décider sinon elle deviendrait un outil politique.
Elle risque de devenir un Etat dans l’Etat et espionner les autres ministère.
Ainsi, Portalis met en lumière deux idées dans son discours.
D’abord, il y a autant de police que d’unités urbaines. Elles sont non-réductibles à l’hégémonie d’un
centre = volonté de décentraliser. L’OP apparaît comme une notion polymorphe, il se conforme à la
particularité des cas et n’est pas figé dans un schéma a priori.
De plus, la police poursuit des finalités décidaient par d’autres autorités. Si ces dispositifs se posent aux
services d’eux-memes, ils se transforment en projet politique. C’est pourquoi, dans la logique de Portalis,
la police doit rester pure technique et ne doit pas se consolider dans un ministère qui lui serait propre. La
police s’offre à tous les centres de pouvoir et à aucun en particulier. À la fin de son raisonnement, Portalis
indique la nature historique du phénomène : l’action de police « s’étend sur tout ». Il faut donc éviter que
les techniques de police se concentrent dans une seule instance de pouvoir, il vaut mieux diluer ses
moyens plutôt qu’ils ne soient politiquement et juridiquement cohérent au sein d’un seul ministère.
Ainsi, l’objectif, avec la création de ce ministère de la police générale, est d’unifier et de centraliser les
actions de police sous l’action de ce ministère. Il s’agit également de décharger le ministère de l’intérieur
qui remplissaient beaucoup de fonctions : en plus de la police il avait le commerce et industrie, instruction
publique, surveillance des administrations.
Ce ministère de la police générale est voué à une politique d’ordre, de défense de l’Etat. Là aussi, comme
on est dans le contexte de la Révolution, ses attributions sont tournées vers les ennemis de la République,
avec une vision extensive = tous ceux qui fragilisent le régime.
Entre 1796 et 1799, ce nouveau ministère n’a pas suffit à assurer l’efficacité de la police. L’insécurité
n’a cessé de croitre parce que le ministère n’a que peu de moyens, un personnel réduit, et il est très
critiqué en raison de ses techniques d’infiltration, d’espionnage, ect. L’argent qui le finance provient
autant du gouvernement que des redevances des maisons de jeu, où il faut parfois payer les informateurs.
On sait qu’il y aura une caisse secrète dans le ministère pour payer les espions. Ainsi, on aura pendant
longtemps une réputation de corruption de cette police.
Il faut attendre l’arrivée de Joseph Fouché en 1799 pour que ce ministère trouve de nouveaux moyens,
une plus grande cohésion. Fouché va financer, avec la caisse noire du ministère, le coup d’Etat de
Napoléon Bonaparte.

Chapitre 4 : Centralisation et étatisation de la police

Les 19 et 20ème siècle marquent un tournant dans la réflexion qui conduit à constituer une unité de police
nationale. Pour l’époque contemporaine, on a deux lignes directrices qui permettent le perfectionnement
de cette police :
*la centralisation de l’administration policière qui va lui permettre de renforcer son service de
renseignement
*l’étatisation de la police permettra à l’efficacité policière de la capitale de s’étendre sur tout le territoire.
Dès la constitution de l’an VIII, encore plus sous le Second Empire, l’organisation administrative va être
bouleversée. Les institutions publiques vont être centralisées plus que jamais. La division des institutions
policières renforce finalement le poids de départ.
La loi du 28 pluviôse an VIII va créer la fonction préfectorale. Désormais toutes les décisions
administratives vont passer par le préfet.
A la fin du Premier Empire, et surtout sous la Restauration puis sous la monarchie de Juillet, il va y avoir
une tentative de décentralisation. On va tenter de redonner du pouvoir aux communes. Le Second Empire
va rétablie l’organisation napoléonienne et la centralisation.
SECTION 1 : La police napoléonienne
Napoléon Bonaparte arrive au pouvoir après 10 ans de révolution et de guerre. La société aspire au calme,
à la stabilité. Il affirme qu’il termine la Révolution aux principes qui l’ont commencé.
Cette volonté de retour à l’ordre va trouver comme moyens fondamentales les forces de police. Il est
important de préciser qu’en arrivant au pouvoir, Napoléon veut mettre fin à trois grands conflits :
*le concordat
*la guerre avec le reste de l’Europe
*rétablir la paix à l’intérieur même du pays
A l’intérieur, toutes les forces de maintien de l’ordre vont jouer un rôle capital, depuis la gendarmerie
(rôle majeur sur la sécurité publique, application de la législation napoléonienne, assurer la
circonscription2, réprimer les complots) jusqu’aux forces de police qui vont faire respecter l’ordre public
et même plus que cela. Ces forces de police vont légitimer la lutte contre toute opposition à l’Empire. Il y
a eu dérive. Les opposants politiques vont être traités comme des délinquants.
Depuis la Directoire, le banditisme prend de l’ampleur. Bonaparte va avoir un certain succès face à ce
fléau même si les méthodes utilisées ne sont pas les plus adéquates. Il va y avoir un usage de l’état de
siège et il y aura un durcissement à partir de 1801, avec les corps d’éclaireur. Ces corps vont être envoyés
dans les zones les plus troublées. Il y aura une commission qui pourra juger ces bandits dans les 24
heures. On dans une police et une justice d’exception (avec des juridictions d’exception).
Des malfrats sont exécutés aux bords des routes, des prisonniers sont condamnés à mort par une justice
militaire.
Une fois l’ordre publique stabilisée, le régime va se tourner vers le contrôle et la surveillance.
Paragraphe 1 : La centralisation napoléonienne

La loi du 28 pluviôse an VIII réforme l’administration générale et de manière incidente la police. C’est
une loi de centralisation.
Cette loi va amoindrir considérablement les pouvoirs de police municipaux.
A)Un redécoupage territorial et centralisateur

1-Le ministère de la Police générale


Dans le texte Du ministère de la police de Peuchet, il va y avoir une défense du ministère de Police. On
retrouve trois grandes parties dans le texte :
*l’utilité de la police dans une période troublée avec des renversements de régime
*la dissociation qui est faite entre l’institution elle-même et ceux qui l’utilise (Fouchet). Pour les libéraux
la police est un instrument du despotisme impérial
*l’intérêt national de la police et la confiance qu’il faut avoir dans ce ministère
Le ministère de la Police générale a été supprimé en l’an X (1801-1802) mais a été rétablie dès juillet
1804. Ce ministère va être réorganisé jusqu’à devenir un instrument puissant pour toutes oppositions
politiques. On va avoir un usage très politique de ce ministère qui va agir par ses commissaires. Ils vont
échapper à l’autorité du préfet et relever directement du ministre. Ils s’occupaient des étrangers, des
vagabonds et des mendiants, des prisons, des théâtres, des cultes, des réunions diverses. Ces commissaires
généraux de police s’occupent aussi de la salubrité, de l’approvisionnement et de la petite voirie. Ils sont
très souvent en conflit avec les préfets.
Ces commissaires dirigeaient une foule d’« agent ». Ces derniers sont recrutés dans les milieux les plus
divers (anciens terroristes). Il y a en réalité des mouches dans tous les lieux. A l’étranger, la police avait
aussi ses indicateurs. On connait l’existence d’un cabinet noir qui ouvrait les lettres.
On sait qu’il existait aussi une police spéciale avec ce ministère. Elle réprimait la contrebande. La police,
instrument majeur du régime napoléonien, était partout.
Dans Du ministère de la police de Peuchet, il y a une crise majeure avec un contexte particulier où les
pratiques de la police impériale sont universellement déclinées. Peuchet veut concilier et inventer une
surveillance politique efficace compatible avec les libertés individuelles, garanties dans la charte de 1814.
Il s’agit d’imaginer une police libérale, inscrite dans la modernité et on veut en finir avec cette tyrannie
policière.
Peuchet prône toutefois le maintien du ministère. Il s’agit de réorganiser la police au moment de la chute
de l’Empire. Le ministère est supprimé en 1814 et se retrouve au ministère de l’Intérieur. Il y a un
démantèlement de la police impériale.
Peuchet est un ancien administrateur de la police. Sous Fouchet, la police va acquérir une puissance. Il va
y avoir une augmentation du nombre d’employé/ d’agent propre au ministère. Il va y avoir recours à
l’espionnage.
Peuchet évoque, dans une idée générale de critique, la crise qui caractérise l’ensemble de la période et le
passage à la monarchie constitutionnelle. Il faut s’interroger sur la manière d’adapter à des régimes
libéraux (ou à prétentions libérales) une organisation policière taillée par un régime autoritaire. En bref,
comment est-il possible d’inventer une police libérale ?
Pour Peuchet, il s’agit de dissocier le ministère, considéré comme un instrument neutre, de l’usage qu’en
a fait l’Empire. Pour lui, le démantèlement brutal de la police de l’Empire n’est pas souhaitable. Le
ministère doit être un moyen efficace dans la stabilisation du pays, il faut qu’il soit un moyen
d’enracinement du régime naissant. La police ministérielle peut faire tenir ensemble un pays déchiré, elle
apparait comme le seul moyen, pour un régime encore fragile, de s’imposer alors que les régimes libéraux
sont particulièrement vulnérables et que les opposants peuvent s’exprimer. C’est une nécessité
structurelle. La France postrévolutionnaire ne pourrait se passer des moyens de la surveillance.
L’idée est que la société a changé, il y a une mobilité des existences, un affaiblissement des cadres
sociaux traditionnels, une indépendance morale suite aux progrès des Lumières. Pour Peuchet, ces
évolutions ont entrainé un brouillage des identités dans une société plus complexe. Il y a donc
nécessairement un basculement des missions policières et de l’individuel vers le collectif.
Pour lui, dans une société déstabilisée par les changements, la surveillance continue envers les individus
dangereux, mais elle doit s’appliquer en réalité à la société tout entière. La police est donc ici une police
des opinions. La police politique la plus efficace est moins liberticide mais elle cherche à suivre, à
comprendre les évolutions de l’esprit public.
Pour Peuchet, le ministère de Police portera aux yeux du souverain les besoins des peuples. C’est un outil
d’expertise du social en plus de la surveillance. Le propos devient ambigu, le libéralisme se fissure quand
il présentera le ministère comme un instrument de moralisation et donc de royalisation. Il devient presque
un outil de cohésion et de correction. C’est typique de la pensée doctrinale qui met l’accent sur la
circularité/ les liens entre le pouvoir et la société. Le pouvoir peut influencer la société ce qui peut être en
décalage avec une doctrine authentique libérale dont l’objet serait de sauvegarder l’autonomie des
individus face au pouvoir. C’est l’idée de ce libéralisme spécifiquement français, l’Etat est le véritable
dispensateur des libertés individuelles. C’est un libéralisme anti-individualiste.
2-Préfet et préfecture de police
Les préfets sont la pièce maitresse de l’édifice napoléonien. Ils sont chargés du maintien de l’ordre, de la
tranquillité et de la sécurité publique et se faisant ils surveillent l’action des maires. En théorie, ils
n’exercent aucune influence concernant l’administration de la justice seulement dans la pratique les
choses sont différentes.
La loi du 28 pluviôse va créer la préfecture de police, c’est la résurrection de la lieutenance générale de
police. Cette préfecture de police s’occupe de la police de Paris. Elle a des attributions de police générale,
pout tout ce qui concerne les passeports, les permissions de séjour, la mendicité et le vagabondage, les
maisons de jeu, les attroupements, les coalitions d’ouvriers …. Elle a des attributions aussi de police
municipale (même si à l’époque il n’y a pas de maires à Paris). Elle s’occupe aussi de la salubrité, des
incendies, de la subsistance …
Elle a aussi des attributions de police judiciaire, elle peut décerner des mandats d’amené et traduire les
détenus devant les tribunaux correctionnels.
Ce préfet de police est sous la tutelle du ministère de l’Intérieur au grand désarroi de Fouchet. Il y aura
des difficultés récurrentes entre le ministère et la préfecture générale.
3-L’article 10 du code d’instruction criminelle
Cet article sera particulièrement critiqué par la doctrine libérale. Il apparait en contradiction même avec le
principe de la liberté individuelle et avec celui de la séparation des pouvoirs. Des pouvoirs exorbitants
sont confiés aux préfets des départements et au préfet de police à Paris par cet article 10. Il confère toutes
les prérogatives des magistrats à des fonctionnaires révocables.
L’article 8 du code d’instruction criminelle énumère les fonctions de police judiciaire, elle recherche les
infractions, instruit dans le but de rassembler les preuves et livre les auteurs aux tribunaux.
L’article 9 du code d’instruction criminelle, lui, énumère les officiers de police judiciaire. Le préfet n’est
pas cité dans cet article.
Vient ensuite l’article 10 du code d’instruction criminelle qui énumère simplement les fonctions
judiciaires des préfets. Ces derniers (et le préfet de police) peuvent personnellement faire requérir des
officiers de police judiciaire, peuvent faire tous les actes nécessaires pour recueillir et constater les
crimes. Deux problèmes vont se poser :
*sans être magistrat ni même officier de police judiciaire, des fonctionnaires directement subordonnés au
pouvoir politique en possède les prérogatives.
*l’étendue des pouvoirs judiciaires pose aussi un problème. La JP va successivement étendre ces
pouvoirs, en concurrence avec le parquet. Le préfet peut se saisir de tout fait délictueux, possède un droit
de perquisition et de saisie (même or flagrant délit) chez les prévenus ou chez les tiers, il peut délivrer un
mandat d’amener.
Les partisans de cet article le défendent au nom de la pratique de l’efficacité policière. Cette justification
est employée par Treilhard dans L’exposé des motifs. Il dit « ce pouvoir répond à l’urgence parfois
nécessaire pour saisir un coupable et les instruments du crime sans prendre le retard du recours à un
officier de police judiciaire ».
Cet article 10 du code d’instruction criminelle serait nécessaire à la répression de certain crime et délit
comme la fabrication de fausse monnaie, les jeux clandestins, le trafic de stupéfiant. Dans ces cas, il faut
des perquisitions immédiates que ne permettent pas les délais légaux et le recours au parquet.
On considère que cet article est indispensable pour la sureté de l’Etat notamment dans les affaires
d’espionnage, d’expulsion d’étrangers indésirables et dans tous les complots.
La réalité c’est que des policiers (=préfet en réalité) peuvent intervenir sans intervention du contrôle de la
justice.
Ce préfet échappe à la surveillance du procureur général de la Cour d’appel. Une justification pour ces
préfets est qu’ils rempliraient ces fonctions en raison d’une délégation spéciale.
Les abus sont connus, surtout fin 19ème. Le problème aussi est l’indépendance de la justice alors même
que la charte rappelle le droit à un juge, l’inamovibilité du magistrat, les garanties individuelles,
l’inviolabilité du domicile et des correspondances.
Finalement, le premier consul va gouverner en maitre absolu puisqu’il va nommer tous les membres de
son administration, depuis les préfets jusqu’aux maires. C’est le préfet qui va permettre le contrôle du
territoire et donc indirectement l’empereur.
4-La gendarmerie
La gendarmerie va devenir, en réalité, la force de police la plus importante en raison notamment du cadre
policier. C’est essentiellement à ces gendarmes qui revient le poids du contrôle de conscription. Trois à
quatre fois par an, les gendarmes assistent les sous-préfets dans les opérations de tirage au sort pour
sélectionner ceux qui partiront aux armées. Pour la gendarmerie, il s’agit d’escorter les conscrits, de
surveiller le bon déroulement des opérations et de poursuivre les déserteurs. La conscription est la
première source de rébellion contre les gendarmes et la cause de violence nombreuse. La gendarmerie
joue globalement un rôle de surveillance du territoire, chaque compagnie territoriale doit faire un rapport
sur la situation de son territoire. Les gendarmes vont informer sur l'état de l'opinion publique
B)La surveillance au service du régime (FIN DU PROGRAMME)
1-L’institutionnalisation de la surveillance
On sait que Fouchet a su se rendre indispensable par sa connaissance de l’opposition (notamment
royaliste ou celle des jacobins). L’efficacité de ses méthodes est liée aux services de renseignement et un
quadrillage policier.
Les agents de renseignement se recrutent dans tous les milieux et représentent toutes les tendances. Des
fiches individuelles sont tenues notamment sur tous ceux qui participent à des soulèvements. L’utilisation
des passeports permet de contrôler la mobilité des individus.
Pendant cette période la mission principale de la police est de déjouer les complots. Une des divisions du
ministère de la Police générale, la division sûreté générale et police secrète, est spécialement affectée au
renseignement.
Un décret du 21 janvier 1810 va instaurer un corps d’auditeurs mis à la disposition du ministère de Police,
de la préfecture et du Conseil d’Etat.
Ces auditeurs prennent acte de la vie interne des services, ils surveillent le personnel, inspectent les
locaux. Ils sont les précurseurs des contrôles généraux attribués ensuite à l’IGPN (inspection générale de
la police nationale).

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