Cécité Monoculaire Transitoire
Cécité Monoculaire Transitoire
La cécité monoculaire transitoire désigne tout trouble visuel concernant strictement la vision d’un œil et
spontanément résolutif en moins de 24 heures. Il s’agit le plus souvent d’un diagnostic d’interrogatoire et
c’est sur les caractéristiques de l’épisode que va reposer le diagnostic. En particulier, distinguer cette entité
d’un trouble visuel binoculaire transitoire n’est pas toujours aisé mais va radicalement modifier les
orientations diagnostiques. Les principales étiologies à redouter en cas d’amaurose monoculaire
transitoire sont l’origine vasculaire artérielle, thromboembolique. Un certain nombre d’anomalies du
globe oculaire et du nerf optique peuvent également mimer une amaurose transitoire (anomalies du film
lacrymal, crise de glaucome aigu par fermeture de l’angle, œdème papillaire, drusen de la papille,
occlusion de la veine centrale de la rétine, tumeur orbitaire). Dès lors que l’examen ophtalmologique ne
retrouve pas de cause évidente, on recherche une maladie des vaisseaux carotidiens (athérome,
dissection, etc.), de la crosse aortique, une cardiopathie emboligène, et enfin des troubles de la
coagulation. Chez le sujet âgé, la recherche d’une maladie de Horton est impérative et urgente,
l’amaurose transitoire précédant fréquemment la baisse visuelle définitive de peu. Dans un certain
nombre de cas, en particulier chez le sujet jeune, aucune cause ne peut être identifiée. Le traitement est
avant tout étiologique. Le bénéfice de l’endartérectomie en cas de lésion athéromateuse de la carotide
interne homolatérale n’est démontré qu’en présence d’autres facteurs de risque associés. Le pronostic
dépend essentiellement du terrain sous-jacent et de l’étiologie retrouvée.
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Mots clés : Baisse visuelle transitoire ; Athérome ; Cardiopathie emboligène ; Dissection carotidienne ;
Éclipses visuelles ; Migraine
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visuel homonyme. Dans tous les autres cas, un doute diagnos- associée à la présence d’un athérome carotidien [2], mais n’en est
tique persiste. Il est alors très utile d’interroger sur la gêne à la pas spécifique [5]. La récupération visuelle se fait en général en
lecture : si le patient a été gêné pour lire, il s’est très certaine- sens inverse de l’installation.
ment agi d’une hémianopsie latérale homonyme (HLH) transi-
toire, car une CMT ne doit pas gêner la lecture compte tenu de Facteur déclenchant
la compensation par l’œil adelphe. De même, lorsque le patient Un certain nombre d’événements susceptibles de déclencher
peut préciser que lors de son trouble visuel, il ne percevait que une CMT ont été décrits, tels que l’activité physique, un
la moitié des visages, on pourra en conclure qu’il s’est agi d’une repas [6], une lumière vive [2]. Ce dernier facteur déclenchant est
HLH et non pas d’une CMT. Une situation délicate est celle du fortement associé à une sténose carotidienne serrée [2]. En effet,
patient monophtalme, ou simplement amblyope d’un œil, car lors d’un éclairement important, les besoins métaboliques de la
il est alors particulièrement difficile de faire la part des choses rétine sont accrus et en cas de sténose carotidienne sévère sans
entre CMT et HLH. Pour poser un diagnostic final, on tient circulation collatérale suffisante, ils ne peuvent être compensés
compte de l’ensemble des caractéristiques de la CMT, quitte à par un accroissement du flux sanguin.
remettre en cause le caractère monoculaire du trouble visuel si L’activité physique peut également occasionner une baisse
le reste de la description de l’épisode pointe vers un trouble visuelle par le biais du phénomène d’Uhthoff. Il s’agit d’un
visuel rétrochiasmatique. C’est pourquoi dans la description qui symptôme habituellement séquellaire d’une lésion le plus
suit, nous intégrons aussi les caractéristiques des troubles visuels souvent démyélinisante du nerf optique, pouvant survenir dans
binoculaires transitoires, car au stade de la description de un quart à un tiers des cas après névrite optique [7]. Il corres-
l’épisode, le médecin doit garder présent à l’esprit la possibilité pond à une diminution transitoire de la vision après un effort
d’un trouble rétrochiasmatique. physique ou toute circonstance responsable d’une élévation de
Le diagnostic de CMT est essentiellement un diagnostic la température corporelle, telle que bain chaud, fièvre, ou
d’interrogatoire, car il est extrêmement rare que le patient soit chaleur ambiante élevée. L’antécédent de neuropathie optique
examiné pendant l’événement lui-même. Le clinicien s’appuie homolatérale permet de poser le diagnostic dans la plupart des
donc sur une description rétrospective de l’épisode par le cas. Rarement, ce signe révèle une neuropathie optique inflam-
patient, tandis que l’examen clinique est dans la plupart des cas matoire chronique, sans que la phase aiguë ne se soit manifes-
normal. Analyser minutieusement les caractéristiques de la CMT tée ou n’ait été reconnue. Le phénomène d’Uhthoff n’est
est alors essentiel pour poser le bon diagnostic. cependant pas spécifique d’une neuropathie optique inflamma-
Les principales caractéristiques de la CMT à faire préciser pour toire. Il a rarement été décrit en cas de neuropathie optique
aider au diagnostic positif et étiologique sont les suivantes. compressive ou toxique au chloramphénicol, d’ataxie de
Friedreich, de neuropathie optique de Leber [7], de sarcoïdose ou
Scotome encore d’inflammation orbitaire [8].
Le scotome peut être négatif (vision sombre ou noire, ou Les éclipses visuelles, précédemment décrites dans le cadre de
simplement floue) ou positif (perception d’une tache lumineuse, l’œdème papillaire secondaire à une hypertension intracrâ-
de points brillants, de scintillements). En particulier, les nienne, sont souvent déclenchées par les mouvements de la
scotomes positifs sont souvent observés en cas d’hypoperfusion tête, des yeux, ou le passage rapide en orthostatisme. Par
oculaire et ne sont absolument pas spécifiques de l’aura ailleurs, une baisse visuelle déclenchée par les mouvements
migraineuse [1, 2]. Si des phénomènes positifs sont perçus, leur oculaires et surtout le maintien du globe dans une certaine
caractère géométrique en ligne brisée oriente davantage vers une position excentrée, oriente vers une tumeur orbitaire. Une
migraine, tandis que la perception de taches colorées est plus baisse visuelle transitoire déclenchée par les mouvements de la
volontiers rencontrée dans les épilepsies occipitales, ces deux tête oriente vers une atteinte des vaisseaux du cou : soit vers
dernières étiologies correspondant à une dysfonction de locali- une pathologie carotidienne comme une dissection, s’agissant
sation rétrochiasmatique. Rarement, les phénomènes épilepti- d’un trouble visuel monoculaire, soit une pathologie vertébrale,
ques peuvent se manifester sous forme de scotome négatif s’agissant alors d’une hémianopsie latérale homonyme.
isolé [3].
Répétition des épisodes
Vitesse d’installation Un certain nombre de patients voient leurs épisodes de CMT
se répéter, concernant toujours le même œil, ou bien alternati-
La vitesse d’installation d’une CMT est très rapide, instanta-
vement les deux yeux. La fréquence est très variable, allant de
née ou sur quelques secondes, ce qui oriente vers un phéno-
moins d’un épisode par an à plusieurs épisodes par jour. Cette
mène vasculaire sous-jacent. En cas d’hésitation diagnostique
caractéristique ne préjuge en rien du diagnostic étiologique, ni
entre une CMT et une aura migraineuse (rétrochiasmatique),
du pronostic. En particulier, l’étude North American Sympto-
une installation progressive sur quelques minutes oriente vers la
matic Carotid Endarteriectomy Trial (NASCET) a montré que le
seconde.
nombre et la durée des épisodes de CMT n’était pas corrélé avec
le degré de la sténose carotidienne, ni avec le risque d’accident
Durée ischémique constitué (oculaire ou cérébral) à 3 ans parmi le
La durée de l’épisode est en général brève, de 2 à 30 minutes. groupe de patients traités médicalement [9]. On peut simple-
Une étude réalisée en 1968 [4] a montré que parmi 67 patients ment ajouter que plus les CMT se répètent en l’absence de
ayant présenté une CMT, 51 (76 %) avaient récupéré en moins trouble hémisphérique associé, moins l’origine cardioembolique
de 30 minutes, parmi lesquels 29 (43 %) avaient même récupéré est probable.
en moins de 5 minutes. En revanche, une CMT extrêmement
brève, de l’ordre de quelques secondes, porte le nom d’éclipse Douleur
visuelle et oriente davantage vers un œdème papillaire, ou Les principales étiologies de CMT douloureuses sont énumé-
éventuellement vers d’autres anomalies de la papille, telles que rées dans le Tableau 1.
les drusen. Enfin, là encore si le caractère mono- ou binoculaire
n’est pas clairement établi, une aura migraineuse dure typique- Signes associés
ment une vingtaine de minutes.
Ils orientent davantage le diagnostic étiologique que le
diagnostic positif de la CMT. On est particulièrement attentif à
Phénomène de rideau
rechercher des signes indiquant un déficit hémisphérique,
La description du scotome comme un rideau, ascendant ou transitoire ou permanent, tels qu’une hypoesthésie, des pares-
descendant, qui occulte de manière rapidement progressive le thésies ou un déficit moteur, sur tout ou partie d’un hémicorps,
champ visuel, est très typique d’une origine vasculaire intéres- ou bien un trouble du langage ou de la parole. Ces manifesta-
sant un seul œil, mais ne survient que dans un cas sur quatre. tions neurologiques peuvent être contemporaines de la CMT,
L’installation du déficit sur un mode altitudinal est fortement mais le plus souvent, elles sont chronologiquement dissociées et
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Tableau 1.
Cécités monoculaires transitoires douloureuses.
Terrain Facteur déclenchant Type de douleur Caractéristiques
du trouble visuel
Dissection carotidienne Sujet jeune ou d’âge moyen, Parfois mouvements du cou, Douleur projetée, autour de
sans facteur de risque ou orthostatisme l’œil. Peut accompagner une
cardiovasculaire, parfois douleur cervicale ou être
traumatisme cervical isolée
Maladie de Horton Sujet âgé Céphalée, parfois temporale,
parfois localisée autour de
l’œil
Syndrome d’ischémie oculaire Facteurs de risque Douleur oculaire et
cardiovasculaires périoculaire
Crise de glaucome aigu par Sujet âgé, hypermétrope, Passage en semi-pénombre ; Douleur intense de l’œil Accompagné de vision
fermeture de l’angle prédominance féminine instauration d’un traitement colorée
atropinique
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Pathologie athéromateuse
La pathologie athéromateuse représente l’étiologie prédomi-
nante. L’atteinte de la bifurcation carotidienne homolatérale est
plus fréquemment en cause que celle de la crosse de l’aorte [5]
(Fig. 8). L’atteinte visuelle monoculaire transitoire est le fait
d’emboles de dépôts calciques, de cholestérol ou de matériel
fibrinoplaquettaire, issus d’une plaque ulcérée ; plus rarement,
un mécanisme hémodynamique survenant sur une sténose
serrée de la carotide interne est en cause. Le lien entre CMT et
Figure 6. Coupe horizontale de scanner X, après injection iodée, mon-
athérome carotidien est détaillé (cf. infra) [32-34].
trant un méningiome des gaines du nerf optique (flèche) chez une
patiente présentant une neuropathie optique modérée et une amaurose Liens entre cécité monoculaire transitoire
induite par la déviation du regard.
et athérome d’une part, cécité monoculaire
transitoire et arythmie complète par fibrillation
auriculaire (ACFA) d’autre part
également en tête qu’une paralysie oculomotrice, lorsque les
deux images ne sont pas assez éloignées pour être décrites Le lien entre CMT et athérome d’une part, CMT et cardiopa-
comme deux images distinctes, peut être décrite comme un flou thie emboligène d’autre part a fait l’objet de nombreuses études,
visuel intermittent. Le flou visuel disparaît alors avec l’occlusion compte tenu du fait que la CMT peut être annonciatrice d’un
de l’un ou de l’autre œil. accident ischémique cérébral.
Il semble que l’athérome carotidien soit une cause plus
fréquente de CMT que l’ACFA [32, 33]. En cas d’ACFA traité par
■ Étiologies aspirine (étude Stroke Prevention in Atrial Fibrillation [SPAF]), le
risque d’accident ischémique cérébral hémisphérique est 25 fois
Une CMT d’origine vasculaire artérielle peut résulter d’un plus élevé que le risque d’accident ischémique oculaire [34]. Au
mécanisme embolique, d’un mécanisme hémodynamique, liés à contraire, dans l’étude NASCET incluant des patients porteurs
un rétrécissement d’un vaisseau nourricier pour l’œil combiné de sténose carotidienne sans pathologie thromboembolique
à un événement hypotensif, ou d’un mécanisme de spasme du sous-jacente, le risque d’accident hémisphérique n’était que
réseau vasculaire rétinien. Nombre de situations cliniques sont 2 fois supérieur au risque d’accident oculaire. Bien qu’il s’agisse
susceptibles de combiner ces différents mécanismes, comme en de deux études différentes, les populations semblaient compa-
cas de dissection carotidienne, où le rétrécissement du calibre rables en termes de facteurs de risque cardiovasculaires et il
artériel peut générer un hypodébit d’aval, mais aussi un semblerait que l’athérome carotidien génère davantage de CMT
thrombus à l’origine d’une pluie d’emboles fibrinoplaquettaires. que l’ACFA. Pour expliquer cette différence, on pense que la
Les structures vasculaires à destinée oculaire potentiellement taille des emboles dans l’ACFA est supérieure à celle des emboles
impliquées comportent l’artère centrale de la rétine – nourricière survenant dans l’athérome carotidien, ce qui rend leur passage
pour la rétine et le nerf optique en avant de la lame criblée – et dans l’artère ophtalmique plus difficile [32]. Soutenant cette
les artères ciliaires courtes postérieures – nourricières pour la hypothèse, on retrouve davantage d’accidents ischémiques
choroïde et le nerf optique en arrière de la lame criblée ; lorsque transitoires de longue durée et d’accidents ischémiques céré-
l’artère ophtalmique est impliquée, le tableau est celui d’une braux (AIC) constitués en cas d’ACFA qu’en cas d’athérome
ischémie du globe oculaire dans son ensemble, associée à une carotidien. Également, les plus petits emboles qui surviennent
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Tableau 2.
Principales étiologies de trouble visuel binoculaire et leurs caractéristiques.
Aura migraineuse Épilepsie occipitale Ischémie vertébrobasilaire
Terrain Début chez l’adulte jeune Lésion occipitale dans 90 % des cas chez Facteurs de risque cardiovasculaires
Le plus souvent, antécédents personnels ou l’adulte ; parfois survenant de manière
familiaux de migraine isolée chez l’enfant
Répétition des Identiques les uns aux autres Les épisodes sont souvent variables dans Pas de caractère stéréotypé
épisodes Chaque patient a généralement un seul, leur morphologie et durée
voire deux types d’aura
Examen clinique Toujours normal Rechercher une hémianopsie latérale Une hémianopsie latérale homonyme
homonyme entre les épisodes est possible.
Auscultation des vaisseaux
Tableau 3.
Étiologies principales des cécités monoculaires transitoires avec leurs diagnostics différentiels.
Étiologies de CMT Diagnostic différentiel : trouble visuel Diagnostic différentiel : trouble visuel
monoculaire transitoire non vasculaire binoculaire transitoire
Vaisseaux Anomalie de surface (film cornéen, kératocône) Migraine
Athérome carotidien Glaucome aigu par fermeture de l’angle Épilepsie
Athérome de la crosse de l’aorte Hyphéma Accident ischémique occipital
Dissection carotidienne Occlusion de la veine centrale de la rétine Diplopie a minima
Dysplasie fibromusculaire Œdème papillaire (éclipses visuelles)
Maladie de Horton Drusen papillaires
Maladie de Takayasu Papille malformative
Cœur Compression du nerf optique dans l’orbite
Troubles du rythme Phénomène d’Uhthoff
Valvulopathie Neuropathie optique : fluctuations visuelles
Cardiopathie ischémique Hypoperfusion oculaire
Foramen ovale perméable + anévrisme du septum
interauriculaire
Troubles de la crase
Déficit en protéine C
Déficit en protéine S
Déficit en antithrombine III
Mutation du facteur V Leiden
Hyperhomocystéinémie
Mutation du facteur II
Anticoagulants circulants
Syndrome des antiphospholipides
Maladie inflammatoire sous-jacente (lupus...)
Néoplasie sous-jacente
Drépanocytose
Spasmes artériels
Migraine rétinienne
Existence de cette entité débattue
Diagnostic d’élimination
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“ À retenir
une CMT comme symptôme initial et traités médicalement a
fait l’objet d’analyses complémentaires [9]. Il apparaît ainsi que
le risque de développer un accident ischémique constitué
Migraine rétinienne : critères diagnostiques de (accidents ischémiques cérébraux ou OACR) à 3 ans après une
CMT est deux fois moins important qu’après un accident
l’IHS
ischémique transitoire hémisphérique, soit 4,1 % contre 10 %
A. Au moins deux épisodes remplissant les critères B et C. chez les sujets de moins de 50 ans, 10,3 % contre 20,3 % chez
B. Phénomène visuel monoculaire totalement réversible les sujets de plus de 50 ans. De plus, lorsqu’un accident
positif et/ou négatif (scotome, scotome scintillant ou ischémique constitué survient après une CMT, il s’agit d’une
cécité) confirmé par un examen clinique pendant un OACR dans 31 % des cas et d’un accident ischémique cérébral
épisode ou la reproduction graphique du déficit du dans 69 % des cas, dont 18 % suivis d’un handicap lourd.
champ visuel monoculaire par le patient pendant un Inversement, lorsqu’un accident ischémique constitué fait suite
épisode. à un accident ischémique transitoire, il s’agit d’un accident
C. Céphalée remplissant les critères B-D de migraine sans ischémique cérébral dans 94 % des cas, dont 28 % suivis d’un
aura définis par l’IHS, débutant durant les symptômes handicap lourd. Il semble donc que la CMT soit associée à un
risque d’accident ischémique constitué (accident ischémique
visuels ou dans les 60 minutes qui suivent.
cérébral ou OACR) moindre, un risque d’accident ischémique
D. Examen ophtalmologique normal entre les épisodes. cérébral moindre parmi les accidents ischémiques constitués et
E. Exclusion des autres causes de CMT. en cas d’accident ischémique cérébral, à une gravité moindre
des séquelles [9]. L’explication de cette différence de pronostic
entre accident ischémique transitoire et CMT n’est que partiel-
• Enfin, dans un certain nombre de cas – difficilement chiffra- lement élucidée. Dans le groupe CMT, la présence d’une
ble – le ou les épisode (s) reste (nt) inexpliqué (s). circulation collatérale était trois fois plus fréquente que dans le
• La survenue d’une CMT chez un sujet jeune mérite une groupe accident ischémique transitoire, mais ceci n’explique pas
attention particulière. Rappelons à quel point il est important totalement la différence observée. La sensibilité de la rétine aux
(et parfois difficile) chez le sujet jeune de distinguer CMT et emboles est supérieure à celle du cerveau, ce qui contribue à
migraine, cette dernière étant la première cause de baisse observer le second événement ischémique plus fréquemment au
visuelle transitoire du sujet jeune. Soulignons ensuite que les niveau oculaire qu’hémisphérique. Enfin, il est possible qu’un
études disponibles sur les CMT du sujet jeune sont peu certain nombre de CMT en présence d’athérome carotidien ne
nombreuses, rétrospectives et déjà anciennes (donc ne faisant soient pas secondaires à cette lésion, mais relèvent de lésions
pas appel aux moyens diagnostiques actuels) [49, 51, 54-59]. De plus distales difficilement appréciables en imagerie, sur l’artère
sorte que la prévalence de chaque étiologie et le pronostic ophtalmique en particulier.
après une CMT chez le sujet jeune restent mal précisés. Le Le degré de sténose carotidienne n’influence pas la localisa-
contexte clinique prend alors toute son importance : on tion de la récidive ischémique (hémisphérique ou rétinienne) en
recherche attentivement la présence de facteurs de risque cas d’accident initial rétinien [34] ; en revanche, plus le degré de
cardiovasculaires pouvant générer un athérome précoce, des sténose est élevé, plus le risque d’accident ischémique cérébral
antécédents personnels ou familiaux de thrombose, des à 2 ans augmente après une CMT (11,2 % pour une sténose de
symptômes ou signes de pathologie cardiaque, l’utilisation de 75 %, 17,8 % pour une sténose de 85 % et 28,9 % pour une
drogues illicites, des signes de connectivite. Des indices en sténose de 95 %) comme après un accident ischémique transi-
faveur d’une dissection carotidienne sont également attenti- toire hémisphérique (37,4 % pour une sténose de 75 %, 60 %
vement recherchés (histoire de manipulation cervicale, pour une sténose de 85 % et 96,3 % pour une sténose de
douleur cervicale ou projetée autour de l’œil, signe de Claude 95 %) [62].
Bernard-Horner). Le bilan étiologique est ensuite guidé par ce
contexte clinique, en préférant l’échographie transœsopha- Risque lié au terrain
gienne à l’échographie transthoracique en cas de suspicion de
Risque de décès
pathologie cardiaque, du fait de la plus grande prévalence de
pathologies valvulaires et de défaut septal dans cette catégorie Le risque d’accident ischémique cérébral chez les patients
de population [60]. présentant une CMT et porteurs d’athérome carotidien est
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d’environ 4 % par an [5], la cause du décès étant plus fréquem- diagnostic de la maladie. L’hypertension artérielle, la dyslipidé-
ment cardiaque (31 %) que neurologique (10 %) [9]. Dans le mie et l’anémie augmentaient, dans ce travail, le risque de
travail d’Hurwitz, il est rapporté 27 % de décès dans le groupe développer un accident ischémique cérébral. Le risque d’acci-
CMT, c’est-à-dire autant que dans le groupe se présentant avec dent ischémique cérébral spécifiquement lié à l’artérite inflam-
un accident ischémique transitoire, mais cette étude a été matoire des vaisseaux à destinée cérébrale est vraisemblablement
réalisée sur un groupe de patients probablement biaisé par de moindre, mais non chiffré à ce jour.
très nombreux facteurs de risque cardiovasculaires [63]. Enfin,
Poole retrouve une mortalité parmi les patients ayant présenté Pronostic général
une CMT supérieure à la mortalité attendue [64], soit de 21 % à Le pronostic vital d’un sujet traité pour maladie de Horton ne
6 ans. diffère pas de celui d’un groupe de sujets du même âge et
genre [36, 39]. Cependant la mortalité par pathologie vasculaire
Risque d’infarctus du myocarde
est supérieure la première année suivant le diagnostic [66] .
Ce risque a été évalué dans un groupe de patients présentant L’utilisation des corticoïdes, en revanche, comporte une certaine
un grand nombre de facteurs de risque cardiovasculaires [63]. Il morbidité, en particulier chez le sujet âgé.
a été évalué à 33 % à 7 ans pour les patients ayant présenté une
CMT. Autres étiologies
Le pronostic à long terme des CMT liées à d’autres étiologies
Maladie de Horton n’est pas connu.
Concernant la maladie de Horton, le pronostic peut égale-
ment être développé sur les trois plans : risque d’accident
ischémique oculaire, risque d’accident ischémique cérébral
■ Bilan étiologique
hémisphérique et risque vital.
Interrogatoire
Risque d’accident ischémique oculaire constitué L’interrogatoire s’attache à préciser les caractéristiques de la
CMT et les signes associés (cf. Diagnostic positif). Le traitement
La CMT est suivie d’une baisse visuelle permanente dans
du patient est également renseigné.
64 % des cas, en lien avec une neuropathie optique ischémique
antérieure (62 %) ou postérieure (5 %), une occlusion de l’artère
centrale de la rétine (24 %), ou une combinaison d’une neuro- Examen clinique ophtalmologique
pathie optique ischémique antérieure avec une occlusion de Un certain nombre de diagnostics différentiels vont pouvoir
l’artère ciliorétinienne (9 %) [37]. être établis grâce à l’examen clinique ophtalmologique : une
Le risque d’atteinte visuelle bilatérale au diagnostic en cas de crise de glaucome aigu avortée, des anomalies de la papille, une
maladie de Horton à manifestation ophtalmologique se situe neuropathie optique sous-jacente, une occlusion de la veine
autour de 30 % [37, 39] . Avant l’utilisation des corticoïdes, centrale de la rétine, un syndrome d’ischémie oculaire, une
l’atteinte du 2e œil était rapportée comme survenant dans 20 % tumeur orbitaire, une hémorragie intraoculaire, des anomalies
à 88 % des cas [36, 39]. Avec l’instauration du traitement corti- du film lacrymal.
coïde, ce risque est nettement diminué, mais n’est pas nul en L’examen du fond d’œil peut aussi révéler la présence
particulier en début de traitement. d’emboles rétiniens qui, dans ce contexte, sont considérés
comme responsables de la CMT. Différents types d’emboles ont
Risque d’accident ischémique cérébral été décrits (Tableau 4) et orientent le bilan étiologique. Des
hémisphérique exemples de ces emboles sont donnés Figure 9.
Le risque d’accident ischémique cérébral a été évalué à
14,3 % dans une série rétrospective de 210 patients atteints de Examen clinique général
maladie de Horton [65], seuls 30 % de ces accidents ischémiques Celui-ci s’attache à rechercher des anomalies neurologiques
cérébraux étant survenus dans la première année suivant le associées, en particulier des signes d’examen indiquant une
Tableau 4.
Différents types d’emboles rétiniens au fond d’œil.
Nature Aspect Nombre Localisation Mobilité Ischémie Source
de l’embole au fond d’œil d’emboles rétinienne
Cholestérol Jaune-orange, brillant, Multiples dans 70 % Bifurcation artérielle Mobiles d’un examen Rare Athérome de la carotide
réfringent. Occlut la des cas à l’autre interne ou crosse de l’aorte
totalité de la lumière
artérielle, engainement
à son contact
Plaquettes Blanc-gris, pâles Souvent multiples Arcades temporales, Variable Fréquente Thrombus mural (carotide
+ fibrine Étagés dans la lumière plus distaux interne ou crosse aortique)
artérielle ou thrombus intracardiaque
Calcium Blanc, mat Unique Proximal, parfois sur Fixé Fréquente Valve cardiaque calcifiée
la papille (aortique ou mitrale), ou
calcification sur athérome
Tumoraux Blanc-gris Souvent multiples Myxome de l’oreillette
gauche
Infectieux Taches blanches Multiples Endocardite bactérienne,
candidose disséminée
Graisseux Taches colorées ; Multiples Fracture avec embolie
hémorragies, nodules graisseuse
dysoriques
Talc, farine Jaune chamois, Multiples Injections de drogues
réfringents intraveineuses
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Figure 9. Différents type d’emboles artériels rétiniens : embole calcique (A), embole de cholestérol (B), embole fibrinoplaquettaire (C).
A. Photographie couleur du fond d’œil de l’œil gauche. Embole calcique artériel au niveau de la tête du nerf optique, compliqué d’une occlusion de branche
temporale supérieure de l’artère centrale de la rétine.
B. Photographie couleur du fond d’œil de l’œil gauche. Embole de cholestérol visible au niveau d’une bifurcation artérielle, reconnaissable à son caractère
biréfringent.
C. Photographie couleur du fond d’œil de l’œil gauche. Présence d’emboles fibrinoplaquettaires au niveau d’une bifurcation de l’artère temporale inférieure.
souffrance dans le territoire de l’artère sylvienne homolatérale. pour étudier sa paroi et analyser la morphologie de la plaque
Leur association réalise alors le classique syndrome opticopyra- d’athérome. En l’absence de cause carotidienne retrouvée,
midal, en cas d’atteinte motrice transitoire ou permanente sur surtout chez le sujet jeune, une échographie transœsophagienne
l’hémicorps controlatéral à la CMT, ou le syndrome opticohé- est pratiquée. Elle détecte mieux que l’échographie transthora-
misphérique, lorsque les signes associés à la CMT ont été cique un athérome de la crosse aortique, une valvulopathie
sensitifs hémicorporels ou aphasiques. Des anomalies synchro- cardiaque minime et la possibilité d’un foramen ovale
nes dans de multiples territoires vasculaires orientent davantage perméable [67].
vers une étiologie cardioembolique. Enfin, on recherche atten- Une imagerie non invasive des vaisseaux du cou est néces-
tivement la présence d’un signe de Claude Bernard-Horner
saire si l’échodoppler des troncs supra-aortiques oriente vers une
homolatéral à la CMT, orientant vers une dissection
sténose importante de la carotide, ou même si l’examen est
carotidienne.
normal, chez le sujet jeune et en particulier lorsqu’on suspecte
L’examen cardiovasculaire est attentif à la présence de souffle
vasculaire, en particulier en regard de la carotide interne une dissection carotidienne. Dans le cadre de l’athérome,
homolatérale, et analyse la régularité du rythme cardiaque ainsi l’imagerie par résonance magnétique (IRM) ou l’angioscanner
que la présence d’un souffle cardiaque ou d’un bruit surajouté. peuvent apporter des informations précises non seulement sur
Enfin, la prise de la pression artérielle est réalisée et la recherche la morphologie de la plaque et son retentissement hémodyna-
d’une hypotension orthostatique effectuée en cas de CMT mique, mais aussi sur sa composition, lipidique ou calcifiée,
positionnelle. Ceci est à confronter avec la liste des traitements bientôt sur sa biologie, selon la présence ou non de marqueurs
du patient, à la recherche notamment d’un surdosage d’un inflammatoires, ces éléments conditionnant largement le risque
traitement antihypertenseur. vasculaire d’aval. Si une dissection carotidienne est suspectée,
Chez le sujet âgé, la recherche de maladie de Horton impose une ARM ou un angioscanner est recommandé, pour explorer
la palpation des pouls temporaux. Chez le sujet jeune, les signes non seulement les vaisseaux du cou mais également la carotide
généraux de maladie de système ou de vascularite des gros et le réseau artériel intracrânien (Fig. 10). L’ARM est préférable
troncs sont également recherchés en fonction du contexte à l’angioscanner en raison de sa plus grande spécificité, l’exa-
clinique. men visualisant en coupe axiale l’hématome périartériel qui
signe le diagnostic. Le Doppler de l’artère ophtalmique peut
Examens complémentaires montrer une altération du flux chez des patients sans sténose de
la carotide interne et suggère alors une occlusion de l’artère
ophtalmique [5].
Enfin, devant une CMT typique inexpliquée, et d’autant plus
“ Point fort qu’il s’agit d’un sujet jeune, on pratique volontiers un bilan de
thrombose (protéine C, S, antithrombine III, recherche de la
résistance à la protéine C activée, mutation du gène du facteur
Toute CMT chez un sujet de plus de 50 ans doit faire II, recherche d’antiphospholipides, sérologie de la syphilis,
pratiquer en urgence le dosage de la vitesse de homocystéinémie, anticoagulants circulants).
sédimentation et de la CRP. L’imagerie cérébrale n’apporte que des éléments indirects, en
attestant du terrain vasculaire sous-jacent si de nombreuses
cicatrices cérébrales d’infarctus silencieux sont mises en évi-
Le dosage de la vitesse de sédimentation et de la C reactive dence. Elle n’est généralement pas nécessaire au diagnostic en
protein (CRP) est réalisé en urgence. Le reste du bilan étiologique l’absence de signe neurologique associé à l’épisode de CMT.
doit également être obtenu en urgence et comprend un Doppler L’imagerie orbitaire est pratiquée si l’on suspecte un processus
des troncs supra-aortiques, un électrocardiogramme, ainsi qu’un expansif orbitaire.
bilan biologique minimal (numération-formule sanguine [NFS]- Il n’est pas rare qu’une CMT reste inexpliquée, en particulier
plaquettes, taux de prothrombine-temps de céphaline activé chez le sujet jeune. Une imagerie non invasive des vaisseaux du
[TP-TCA], ionogramme sanguin, glycémie, bilan lipidique). cou et du réseau intracrânien (ARM ou angioscanner) excluent
L’échographie carotidienne combinée à une étude Doppler est alors la possibilité d’une dissection carotidienne ou d’une rare
essentielle pour mesurer le degré de rétrécissement du vaisseau, dysplasie fibromusculaire.
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Cécité monoculaire transitoire ¶ 17-046-A-20
Tableau 5.
Risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique constitué dans le
groupe de la North American Symptomatic Carotid Endarteriectomy Trial
(NASCET) [9] se présentant initialement avec une CMT et ayant une
sténose de la carotide interne d’au moins 50 %. Comparaison entre les
patients ayant reçu un traitement médical et les patients traités par une
endartérectomie.
Sous-groupe de la NASCET ayant une CMT comme présentation
initiale (397 patients)
Facteurs de risque (FdR) identifiés :
- âge > 75 ans
- sexe masculin
- antécédent d’AIT ou d’AVC hémisphérique
- claudication intermittente
- sténose carotidienne entre 80 et 94 %
- absence de circulation collatérale à l’artériographie cérébrale
Risque d’accident ischémique constitué (rétinien ou hémisphérique)
à 3 ans :
Traitement médical
- si 0 ou 1 FdR : 1,8 %
- si 2 FdR : 12,3 %
- si ≥ 3 FdR : 24,2 %
Traitement chirurgical (endartérectomie)
- si 0 ou 1 FdR : augmentation du risque de 2,2 %
- si 2 FdR : réduction du risque de 4,9 %
- si ≥ 3 FdR : réduction du risque de 14,3 %
AIT : accident ischémique transitoire.
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Toute référence à cet article doit porter la mention : Jacob M., Vighetto A. Cécité monoculaire transitoire. EMC (Elsevier Masson SAS, Paris), Neurologie,
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