INTRODUCTION
La lexicographie spécialisée, la terminographie et la terminologie s’appuient
sur des bases complémentaires et partagent le même objectif, à savoir la simpli-
fication de la communication dans les langues de spécialité (voir, entre autres,
De Bessé, 1990 ; Lerat, 1995 ; Humbley, 1997 ; Bergenholtz et Tarp 1995 ;
Van Campenhoudt, 2000 ; L’Homme et Vandaele, 2007 ; Fuertes-Olivera et
Arribas-Baño, 2008 ; Edo Marzá, 2009). Chaque discipline garde pourtant ses
propres spécificités : ainsi, si la terminologie et la terminographie privilégient
une approche onomasiologique et normalisée conduisant à la description des
termes, des structures cognitives et des relations notionnelles, la lexicographie
spécialisée se focalise sur l’aspect sémasiologique et son analyse porte sur les
mots en tant qu’unités linguistiques et phraséologiques.
La révolution du Web 2.0 a énormément influencé la lexicographie spécialisée
non seulement en termes de web genres (Garzone et al., 2007 ; Puschmann,
2013), à savoir réseaux sociaux, podcasts, blogs, pages officielles, sites
d’entreprises et d’institutions, banques de données, dictionnaires Internet,
mais aussi, a priori, de dynamiques communicationnelles et de réalisations
socio-discursives, autrement dit de spécificités linguistiques liées à l’écriture
en ligne dans ses environnements natifs (Paveau, 2015).
La connaissance spécialisée et la terminologie qui la véhicule doivent ainsi
être appréhendées dans leurs rapports avec, d’une part, la pratique sociale de
groupes produisant et organisant les terminologies dont ils se servent pour la
communication à tous les niveaux de spécialisation (Cabré, 1998 ; Gaudin,
2003 ; Temmerman, 2000 ; Temmerman et Van Campenhoudt, 2014 ; Kaguera,
2002), et, d’autre part, les genres discursifs plus ou moins spécialisés dans les-
quels elles apparaissent, caractérisés par des « univers discursifs numériques »
(Paveau, 2015) à observer dans leur environnement écologique. Dans le cadre
de la lexicographie et de la terminologie, cette numérisation des contextes doit
s’accompagner d’un processus de banalisation et de déterminologisation des
termes (Meyer et Mackintosh, 2000). Bien que la langue commune et la langue
de spécialité constituent un continuum, tant la communication traditionnelle
que les espaces offerts par la Toile sont exploités pour construire et véhicu-
ler des connaissances entre experts d’une même discipline (communication
restreinte, entre pairs) mais surtout – et tel est l’objectif visé par ce volume
– pour transmettre ces connaissances via différents discours de vulgarisation
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(communication adressée au grand public) par des ajustements dus au rapport
d’inégalité entre les co-énonciateurs impliqués, d’autant plus si cette implica-
tion passe par un canal virtuel. Le discours de vulgarisation est ainsi second
et secondaire par rapport au discours spécialisé, mais doit être également
adapté au type de public auquel il s’adresse. La prise en compte des enjeux de
la technologie discursive met en œuvre une dynamique discursive qui ouvre
plusieurs pistes de réflexion. Tel est le cas, par exemple, de la cohérence et de
la correction des choix terminologiques présentés et des recontextualisations
et reconceptualisations proposées.
La diffusion des discours par le Web est favorisée par la démocratisation
des nouveaux médias (Reboul-Touré, 2005), dont surtout Internet. Le réseau
abonde en documents de vulgarisation, aussi bien en ligne que portés sur
le Web, dont la circulation et la diffusion croissantes sont également dues
à leur caractère souvent gratuit. Sur Internet, la visée vulgarisatrice passe
également par des outils en ligne, notamment par les liens hypertextuels, qui
permettent de renvoyer à une nouvelle page pour approfondir le sujet abordé
par des définitions, des gloses ou des reformulations. Autrement dit, le Web
permet de dédoubler le document et les stratégies de reformulation utilisées
sur plusieurs couches textuelles (Reboul-Touré, 2005).
Comme Paveau (2012 ; 2015) le remarque, le terme « numérique » présente
une nature polysémique car il recouvre, en ce qui concerne les productions
écrites, des réalités sémiotiques différentes. Si un discours numérique natif est
un texte « numériqué » produit en ligne, délinéarisé, pourvu de technogenres et
de traits de plurisémioticité, composé d’énonciateurs potentiellement multiples,
à l’opposé, un discours numérisé est un discours non natif du Web mais qui
acquiert des traits natifs, comme la navigabilité, qui est porté dans un envi-
ronnement numérique et éventuellement mis en ligne. Au milieu de ces deux
discours, il est possible d’identifier le « texte numérique », à savoir un texte
doté d’une numérisation intermédiaire, mais dépourvu de traits technolanga-
giers, c’est-à-dire d’éléments cliquables conduisant à d’autres documents en
ligne. Quoique prioritairement réalisée hors ligne, cette production peut être
navigable et « prédisposée » à une lecture en ligne.
Plusieurs contributions de ce volume s’appuient sur l’analyse d’un corpus
composé de discours numériques natifs : tel est le cas des études de Jana
Altmanova exploitant les blogs journalistiques sur l’actualité des sciences, mais
aussi de Danio Maldussi, qui examine les recommandations d’investissement
en ligne faisant rebondir la terminologie financière dans le Web. De même,
Rita Temmerman analyse les nouveaux noms et descriptions de bières artisa-
nales bruxelloises au sein de deux sites web et du réseau social Facebook, et
Micaela Rossi et Anna Giaufret privilégient les apports des internautes dans
le processus néonymique gastronomique à partir de la communication web
du site d’un expert en gastronomie et au sein du dictionnaire gastronomique
de ce dernier. L’étude de Stefano Vicari, quant à elle, s’intéresse tant à des
discours numériques natifs (les forums en ligne) qu’à des textes numériques
(des articles internet) sur les énergies renouvelables et le photovoltaïque
de deuxième génération. Les discours numériques font par contre l’objet
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des analyses proposées par Daniela L. Dincă, qui analyse la terminologie
juridique présentée dans le site de l’Institut européen roumain à la fois pour
les spécialistes et les non-spécialistes intéressés à la législation européenne ;
par Chiara Preite, qui examine les dynamiques communicationnelles en jeu
dans le site des notaires de France pour l’appropriation cognitive des termes
spécialisés de la part du grand public ; par Silvia Modena, qui analyse les
dispositifs énonciatifs et la construction des connaissances spécialisées pour
le grand public au sein du portail ministériel Faciléco. En revanche, une
contribution, celle d’Alida M. Silletti, exploite un discours numérisé à partir
de productions textuelles traditionnelles : tel est le cas des documents grand
public disponibles sur le site de l’Union européenne qui abordent une présen-
tation juridique et institutionnelle de cette dernière. Enfin, Silvia Cacchiani
se penche sur la vulgarisation du concept « copyright » par une comparaison
entre l’univers numérique natif du site [Link] et le discours numérisé à partir
d’un dictionnaire juridique traditionnel.
Si les discours spécialisés peuvent se distinguer selon les contenus abordés
et relativement à leurs types – dont le scientifique, le juridique ou l’écono-
mique ne sont que des exemples –, il en va de même pour les discours de
vulgarisation, qui se déclinent au format grand public pour être adaptés à la
cible concernée et qu’il est aisément possible d’identifier au sein des contri-
butions à ce volume. Chaque article participe ainsi à la cohérence générale
du sujet par des convergences en termes de cadres analytiques (énonciation,
vulgarisation et reformulation terminologique), de domaines de spécialisation
(économie, science, gastronomie, droit, environnement) ainsi que d’univers
numériques observés.
Nous tenons à remercier le comité de lecture du présent numéro : Francesco
Attruia (Université de Pise), Marina Bondi (Université de Modène et Reggio
d’Emilie), Claudia Cagninelli (Université de Modène et Reggio d’Emilie),
Cécile Desoutter (Université de Bergame), Patricia Kottelat (Université de
Turin), Paulina Mazurckievicz (Université Catholique de Lublin), Chiara
Molinari (Université de Milan), Michela Murano (Université Catholique du
Sacré Cœur de Milan), Rachele Raus (Université de Turin), Giovanni Tallarico
(Université de Vérone), Daciana Vlad (Université d’Oradea), Valeria Zotti
(Université de Bologne).
Chiara PREITE
Université de Modène et Reggio d’Émilie
Alida Maria SILLETTI
Université de Bari Aldo Moro
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RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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