Introduction à la théorie politique
Introduction à la théorie politique
C’est une branche de la science politique qui se concentre sur les idées et donc les grands
concepts pour comprendre comment est organisée la politique dans le présent. La théorie
politique explore des questions sur le pouvoir, l’autorité, la justice, la citoyenneté, l’égalité et la
gouvernance.
R. Aron a souligné les risques de vouloir faire une synthèse de la théorie politique en 1962 dans la
RFSP
La théorie politique cherche à analyser et comprendre les phénomènes politiques en utilisant des
approches conceptuelles et normatives (= qu’est ce qu’il faudrait faire ?).
Quelle est la nature et le rôle de l’état dans la société ? Qu’est-ce que la justice ? Comment et
sous quelles formes se manifeste la violence en politique ? Comment les conflits politiques sont-
ils résolus ? Qui peut prendre part aux politiques ?
La théorie politique doit-elle être militante ? Alain Touraine considère que la politique doit être
mise au service d’une cause noble. D’autres auteurs considèrent qu’elle doit rester neutre.
Positiviste : considère que la réalité est telle qu’elle est donc on peut décrire le monde tel qu’on
le voit.
Interprétativiste : considère que la réalité est constituée de notre compréhension de cette réalité.
Dans ce cas là, qui on est est important. En théorie politique, on considère cela car les questions
qu’on se pose ne se prêtent pas à la même réponse en fonction de qui on est/la place qu’on
occupe.
La théorie politique est une science du réel qui utilise les grands auteurs classiques pour
comprendre l’établissement de structures collectives en appliquant les outils de la science sociale
à un objet mouvant dont nous sommes partie prenante.
En grec, la polis c’est tout ce qui touche à la cité, ce qui concerne le gouvernement de la
collectivité.
P. Braud analyse les différents emplois du mot « politique ». En tant qu’adjectif, politique est
souvent utilisé avec un contraire. Il identifie 4 significations à la politique :
• 1° : Espace symbolique de compétition entre les candidats à la représentation du peuple.
• 2° : Activité spécialisée.
• 3° : Ligne de conduite. L’enchainement de prises de position, décisions et séquences
cohérentes d’actions.
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Théorie politique
• 4° : Activité délibérée pour un objet particulier (politique de santé).
Au masculin, les sens sont plus restreints. Le politique réfère souvent à la littérature savante
(science sociales, philosophie). En ce sens, le politique est un champ social dominé par des
conflits d’intérêts et qui sont régulés par un pouvoir monopolisateur de la coercition légitime.
Aucun problème de société n’est intrinsèquement politique mais tous peuvent le devenir dès lors
qu’ils sont portés dans le débat public comme revendication à satisfaire ou question à traiter par
le pouvoir public.
La théorie politique a été créée aux Etats-Unis. En anglais, il y a 3 termes pour couvrir la notion de
politique :
• Polity : le politique => l’ensemble des principes, des règles et des institutions qui régissent le
vivre ensemble. Le lieu où se définit un intérêt commun qui transcende les préférences
particulières.
• Politics : la politique => scène d’affrontement quotidien entre représentants qui souhaitent
obtenir le pouvoir.
• Policy : les politiques => produits de l’action étatique.
Claude Lefort considère que la science politique c’est l’étude de la politique, la théorie politique
c’est la pensée du politique, l’ensemble des principes par lesquels une société se met en forme.
Bertrand de Jouvenel considère que toute action qui n’est pas individuelle et matérielle suppose
un concours de volontés. En cela, elle est politique. Pour lui, ce qui est politique par excellence,
c’est l’action qui n’a pas d’autre but que la formation même d’une entité, d’un collectif humain.
L’action de politique pure est agrégative. C’est une activité collective, constructive et consolatrice
d’agrégats humains.
Aron est en désaccord avec cette définition. Si la politique c’est simplement créer un groupe,
alors créer une entreprise est politique. Pour lui, il y a quelque chose de plus nécéssaire. Il préfère
s’appuyer sur la définition de Weber qui définit le politique en termes fonctionnels. Pour Weber,
« la communauté politique est une communauté dont l’action vise à réserver un territoire et
l’action des personnes qui s’y trouvent en permanence ou temporairement à la domination
ordonnée des participants par la disposition de la violence physique et de la violence armée ». Le
but du politique c’est la régulation d’un territoire et des comportements afin de les dominer de
façon ordonnée par le monopole de la coercition légitime. Aron définit le politique en deux
temps. D’abord, il trouve le contraire du politique : l’économique. La conduite économique se
repère immédiatement donc pour identifier le politique il faut trouver tout ce qui n’est pas
économique. La conduite économique est caractérisée par un choix entre des usages alternatifs
de biens rares. Ensuite, Aron trouve une caractéristique au politique : la pluralité. Selon lui, « à
tous les niveaux, ce qui caractérise la conduite politique c’est une décision entre des termes
hétérogènes. Quand la collectivité est en proie aux querelles intestines, le politique est prêt à tout
sacrifier aux exigences de la paix civile » (= le politique c’est la question de la prise de décision
dont le but est de maintenir le bien civil, le collectif).
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Théorie politique
D’après David Hume, la théorie c’est la passe des hypothèses. Il l’oppose à l’observation des faits.
Le but de la théorie est d’observer les faits à partir de quoi on génère un ensemble de
propositions/explications.
On entend par théorie une construction spéculative qui cherche à articuler des énoncés sur le
réel. Popper considère qu’une théorie se construit par essais et erreurs. Pour Aron, le rôle de la
théorie c’est de faire une hiérarchie entre les différents faits.
La théorie politique s’est inscrite par opposition à deux tendances. Elle est née dans les années
1970 aux Etats-Unis. On assiste à un double déclin dans les sciences sociales. Le premier
intervient au sein de la philosophie politique. Dans les années 1950/1960, on observe le triomphe
du positivisme dans les départements de philosophie. Ils refusent donc de faire du normatif. Dès
lors, la réflexion sur le politique se réduit : il s’agit simplement d’anticiper le résultat de prochaines
élections. Ceux qui souhaitent faire du normatif arrivent dans les départements de science
politique mais se heurtent à une résistance : à l’époque, les départements de science politique
sont dominés par le behavioralisme (il faut appliquer les outils des sciences naturelles pour
mesurer le réel et l’anticiper). La science politique se retrouve dénuée de tout jugement de
valeurs. Dahl considère que tous les théoriciens du politique devraient rendre leurs hypothèses
vérifiables en indiquant comment les tester. La théorie politique nait en réaction à ce double
mouvement. Elle refuse l’absence de normativité dans l’étude du politique et le rejet de
l’interprétativisme et de la vérifiabilité des résultats. Ce mouvement commence dans les années
1950 autour de Strauss qui considère qu’on ne peut pas étudier le politique sans jugement de
valeurs. Les mouvements étudiants/sociaux dans les années 1960/1970 sollicitent le monde
universitaire avec de nouvelles interrogations (justice, égalité, guerre, environnement, condition
des femmes). En réaction à ces demandes, l’université développe une nouvelle approche du
politique. La théorie politique est donc une réponse à des demandes du présent. La publication
de la Théorie de la justice de Rawls en 1971 permet de créer une nouvelle école de pensée. Par la
suite cette pensée normative de la justice se développe - y compris en Europe autour de la 2ème
génération de l’école de Francfort (Habermas, Aron, Freund).
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Théorie politique
• Fonction euristique : élucider des phénomènes, des concepts
Séance 2 - État
En science politique on considère que l’État est un acquis. Pour autant, même si l’État domine les
formes de pratiques politiques, il ne faut pas le prendre comme un présupposé. C’est le résultat
d’une construction sociale.
I. Origines
A. Fondements
Pour comprendre l’émergence de l’État, les historiens étudient la manière dont les communautés
politiques se sont assemblées avec les processus de conquêtes (Traités de Westphalie 1648).
L’état de nature est une situation hypothétique où l’on essaye d’imaginer les individus avant
l’apparition de l’État. T. Hobbes n’est pas le seul à avoir pensé l’état de nature. Ses auteurs se
revendiquent du contractualisme. C’est le choix des citoyens qui a constitué l’État.
• T. Hobbes
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T. Hobbes est un philosophe anglais du XVIIème siècle qui présente l’état de nature dans Le
Léviathan. Selon lui, l’Homme est un animal apolitique à l’état de nature : c’est un être solitaire
qui ne souhaite pas et n’a pas besoin de s’assembler dans une communauté politique.
Cependant, plusieurs caractéristiques de l’état de nature forcent les Hommes à s’assembler.
D’abord l’égalité de force : tous les corps sont égaux donc même le plus faible peut parvenir à
tuer le plus fort. Ensuite l’égalité d’esprit : les Hommes sont capables de ruse. Enfin, il y a
l’émergence d’une prétention égale des Hommes à obtenir leurs fins. L’état de nature est un état
de guerre de tous contre tous. Il y a donc une escalade permanente de la violence. En somme
l’état de nature est un état d’insécurité perpétuelle dont les Hommes vont chercher à sortir à des
fins de sécurité.
Pour Hobbes (conception réaliste), la création de l’État c’est le problème de la survie. On doit
donc se soumettre à un prince et aliéner sa liberté individuelle pour sa propre sécurité. Les
Hommes acceptent de ne plus être entièrement libres afin d’être protégé des autres. Le Léviathan
incarne la toute puissance de l’État (civile et ecclésiastique). L’État provient du bas et ce sont les
citoyens qui sont responsables de leur propre soumission : moins de libertés pour survivre.
• J. Locke
J. Locke est un philosophe anglais du XVIIème siècle qui contrairement à Hobbes considère que
l’état de nature était agréable. Les Hommes n’ont pas de relations entre eux mais sont dans la
solitude face à la nature. Cet Homme individuel est libre et respectueux de ses semblables. Les
Hommes ont les mêmes facultés. L’Homme ayant des difficultés d’accès aux ressources dans l’état
de nature, il doit en sortir. L’Homme ne doit pas s’auto-détruire et va donc chercher chez l’autre.
On créé donc l’État pour réguler le droit de propriété.
Pour Locke (conception libérale), la sortie de l’état de nature répond à un besoin : avoir des juges
impartiaux qui organisent les obligations des uns envers les autres. La seule fonction de l’État est
de minorer les conflits sociaux.
• JJ. Rousseau
JJ. Rousseau est un philosophe français du XVIIIème siècle. Son objectif n’est pas de chercher à
comprendre pourquoi l’État a émergé mais pourquoi les Hommes sont inégaux. Pour cela, il part
de l’état de nature. Les 3 caractéristiques de l’Homme chez Rousseau :
‣ Il n’y a pas une guerre de tous contre tous. Nous sommes au contraire dans un état
d’abondance. Les Hommes sont tous libres, il y a la paix.
‣ Il y a un instinct de conservation. L’Homme doit oeuvrer à sa survie.
‣ L’Homme a une répugnance à voir les autres souffrir (= la pitié naturelle).
À l’état de nature, il y a l’amour de soi et des autres donc pour Rousseau, l’Homme ne fera jamais
du mal à un autre Homme excepté dans le cas légitime où sa conservation se trouvant intéressée,
il est obligé de se donner la priorité. C’est la société qui corrompt l’Homme. Il faut donc rendre le
peuple souverain pour créer un contrat social.
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Théorie politique
Pour Rousseau, on créé une société pour organiser le bien commun : le contrat social sert à
garantir l’égalité et la liberté. Le contrat social n’est pas une aliénation au profit d’une autorité
supérieure mais un contrat entre les Hommes eux-mêmes : ils décident ensemble de se soumettre
à la volonté générale définie collectivement. L’État est un engagement de tous envers tous.
L’objectif est de conserver la liberté des Hommes. Il faut donc veiller à ne pas donner trop de
puissance à l’État.
=> Décision collective prise pour protéger l’intérêt général, assurer la liberté, l’égalité
Selon Buchanan, on se constitue en État afin de garantir la propriété privée dans une situation
d’anarchie (Hobbes + Locke).
B. Dé nir
La théorie des 3 éléments de M. Weber : l’État est une entreprise politique de caractère
institutionnel dont la direction administrative revendique avec succès le monopole de la violence
physique légitime.
• Population : les juristes la conçoive comme les individus qui relèvent de la juridiction d’un État
et qui y sont donc juridiquement assujettis. Il y a donc 2 catégories : les nationaux et les
étrangers. Néanmoins, la population peut être liée au sentiment d’appartenance.
• Territoire : Hauriou considérait que l’État est un phénomène spatial. Pour Kelsen, le territoire
c’est le domaine de validité des normes juridiques. L’État est défini par ses frontières et sur son
territoire il a le monopole sur l’édiction des règles applicables. Mais certaines micro-entités sont
si étroites que leur territoire est considéré insuffisant (Monaco)
• Gouvernance politique : pouvoir politique organisé donc l’État a le pouvoir de contrainte (= la
capacité d’imposer des actes unilatéraux) qui s’accompagne d’un monopole de la contrainte
physique légitime (= c’est le seul qui peut utiliser la force contre les particuliers).
L’EI a proclamé un khalifat à Mossoul en 2014 sur le territoire irakien mais aussi sur certains
territoires syriens. Avant 2014 l’EI a émergé en Irak où il s’est allié avec Al-Kaida mais il a rompu
avec lui en 2016. En 2014, le khalife supprime le caractère territorial car tous les musulmans du
monde devraient y appartenir donc il ne devrait pas y avoir de frontière. Pourtant le khalife répète
qu’il s’agit d’un État. Dès lors, au plus fort de sa puissance et de son contrôle, l’EI a-t-il constitué
un État ?
Aujourd’hui, depuis 2019, l’EI n’a plus de territoire sous son contrôle mais il a eu 60 000km2 de
territoire et 185 000km2 de zone de désert sous influence. En 2014, il contrôlait 40% du territoire
irakien et 33% du territoire syrien. En mars 2019, il perd son dernier territoire à Baghouz en Syrie.
En dépit de ce souhait de l’étendre sans frontière, l’EI avait un ministère chargé de la frontière et
opérait une territorialisation.
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Théorie politique
Sur la population, l’EI rejette le concept de nationalité (quand les militants arrivent dans le khalifat,
ils jettent leur passeport et font acte d’allégeance). Il y a une délivrance de certificats
administratifs. L’EI veut homogénéiser sa population et effectue des actes d’exclusion.
Sur la gouvernance, l’EI a été étudié pour son système de gouvernance. Autour du khalife, un
système de gouvernement se met en place avec 2 Premiers Ministres et 2 gouvernements. Al-
Baghdadi est le chef de l’exécutif. Il est accompagné de 8 ministères : guerre, renseignement,
propagande, affaires militaires, santé, éducation, finances. L’EI met en place des tribunaux avec
des fonctionnaires payés. Il n’y a pas de pouvoir législatif car la Charia décide des lois.
L’EI n’avait pas de relation avec les autres États mais une capacité à influer sur eux. Imposition de
la force mais contestation du contrôle par les autres États.
Sur les critères weberiens, le monopole de la contrainte physique légitime n’était pas contrôlé à
tout moment par l’EI. Pour autant, des États en situations de conflits internationaux ne perdent
pas la qualité d’État sans avoir de monopole de la contrainte physique légitime. Par ailleurs, le
Costa Rica ne dispose pas non plus de force armée.
II. Fonctionnement
C’est la théorie libérale qui développe cette conception : l’État sert simplement à protéger les
libertés et se limite aux fonctions régaliennes. Pour Foucaut, le principe clé de l’État c’est de ne
pas trop gouverner. Cette conception nait lors des discussions sur les colonies américaines. Price
considère que tout gouvernement devient tyrannique dès qu’il exerce un pouvoir inutile et
gratuit. Il a deux rôles : assurer la paix entre les citoyens et faire en sorte que l’État ne meurt pas.
L’État ne doit donc pas intervenir dans la sphère religieuse ou dans la sphère de la pensée. Pour
Locke, l’État n’est pas capable de me convaincre donc son intervention dans le religieux est inutile
car on ne peut pas me forcer à croire. Chez Popper, l’État ne doit pas se soucier de toutes les
croyances privées. Pour lui, l’État est une association pour la prévention du crime. On retrouve
cette pensée chez Skhlar, la pire erreur que peut faire l’État c’est de vouloir la loyauté. Pour eux,
l’intervention de l’État est inutile et contreproductive : Smith considère que l’homme est un être
d’échange qui est lui-même capable de veiller à ses intérêts. Le rôle de l’État est de donner les
moyens aux individus de défendre son propre intérêt par rapport aux intérêts des autres. Chez
Friedman et Buchanan, les institutions politiques sont simplement un marché régit par les
échanges contractuels. 3 critères du libéralisme néo-classique : le marché est le meilleur
mécanisme d’allocation des ressources donc l’État ne doit pas intervenir lui-même, l’État est
incapable donc le marché fera toujours mieux, les individus sont responsables et capables de
défendre leurs propres intérêts et de faire des calculs rationnels. L’État doit exister mais avec un
rôle minimal parce qu’il doit organiser le droit de chacun à défendre son propre intérêt. Le
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Théorie politique
gouvernement est un forum où sont fixées les règles du jeu. Certains libéralistes attribuent à l’État
d’autres fonctions comme la gestion des externalités négatives.
• L’État providence
C’est un terme créé au milieu du XXème siècle dans sa version anglaise par l’archevêque de York
(= welfare state). Certains considèrent que pour maintenir l’État, il faut empêcher que les
inégalités deviennent trop criantes. Pour ces penseurs, l’État se met en danger s’il n’est pas
capable de défendre l’égalité. Aujourd’hui le concept de l’état providence renvoie à l’État qui
utilise son pouvoir pour régler le marché.
Briggs considère que l’État providence a trois types d’intervention :
‣ Mettre en place une forme de revenu minimum
‣ Prévenir l’insécurité liée à la maladie, la vieillesse et le chômage
‣ Offrir des services sociaux aux membres de la société
L’état providence n’est pas une version unitaire. Il existe des conceptions marxistes : État très
interventionniste ; féministes : État qui fourni des services pour assurer l’égalité entre les genres ;
libérales : frein aux libertés individuelles ; conservatrices : incite les gens à ne pas travailler.
Ce que ces formes de gouvernement ont en commun est la séparation des pouvoirs. Pour
Montesquieu, l’État est d’autant juste qu’il est opposable. Il ne doit pas être tout puissant.
III. Critiques
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Théorie politique
• Pour Proudhon, la propriété c’est le vol donc son objectif est d’oeuvrer pour la propriété
collective où les individus s’organisent de façon autonome.
• Pour Bakounine, il faut renverser les structures autoritaires.
• Pour Goldman, l’anarchie s’allie avec l’émancipation des travailleurs et l’égalité des sexes. Elle
croyait en l’éducation pour faire changer les mentalités sur ce que doit être l’État.
• Malatesta a promu la notion de propagande par l’action : il faut faire des actions directes pour
renverser l’État et les structures sociales autoritaires.
Il y a l’idée que l’État lui-même est déjà dépassé. Bodin en 1576 avait lié la souveraineté à son
indépendance : l’État est l’État car il est le seul titulaire de la souveraineté. Les principales
décisions ne sont pas prises à l’échelle étatique mais plus haut ou plus bas. L’État serait soumis
aux décisions d’autres entités. Pour plus d’efficacité sur la scène internationale certains États
confient des prérogatives à des instances supranationales.
La crise économique de 2008 à fait qu’Athènes a du solliciter l’aide de la troïka. En mai 2010, le
plan de sauvetage financier pousse la Grèce à accepter un plan économique austère et a fait que
la Grèce n’était plus maitresse de ses dépenses publiques. Pendant toute cette période, chaque
décision budgétaire devait être votée par la troïka. Cette intervention a été perçue comme une
négation de l’État grec dans la prise de décision.
Sur les instances de justice, il est possible désormais d’avoir un mécanisme par le haut pour
sanctionner les abus de pouvoir des États. L’État cohabite avec d’autres forme d’organisations.
Séance 3 - La justice
Juste : conforme à des principes que je juge juste. Varie selon différents critères. S’arrête à la
moralité.
Légal : conforme aux lois en vigueur dans une juridiction donnée. S’arrête à la loi.
Légitime : ce qui est reconnu. Fait référence à la validité ou la justification externe d’une action ou
d’une autorité.
Parfois la légitimité correspond directement à la légalité mais parfois elle ne recoupe pas
directement les critères de la légalité.
I. Déterminer le juste
A. Déontologie (éthique)
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Théorie politique
Selon les doctrines déontologiques on considère que chaque action doit être jugée selon sa
conformité à des devoirs ou des obligations peu importe les conséquences de mon acte. Cela
correspond à la philosophie morale de Kant : on donne la priorité au juste sur le bien. Autrement
dit, aucun acte injuste ne saurait être légitimé au motif que ses effets seraient avantageux pour la
société. Selon la déontologie, on a des actions qui sont justes ou injustes par elles-mêmes
indépendamment du contexte. Les actions ont un effet intrinsèque. Les principes de justice
prennent la forme de commandements. Un acte est juste s’il respecte des règles.
• Contractualisme (Rawls, Habermas) : la justice n’existe pas à l’état de nature. C’est par le contrat
social qu’on établit une forme de justice procédurale. Selon les contractualistes, une règle est
juste si elle a été élaborée selon une procédure adéquate.
B. Conséquentialisme
Les doctrines conséquentialistes considèrent que chaque action doit être jugée en fonction de ses
conséquences. Contrairement à la philosophie morale de Kant, c’est le bien qui prime sur le juste.
Ce qui compte c’est la justesse du résultat obtenu par l’action. Une action est considérée comme
juste si les conséquences contribuent à la maximisation de la justice et du bien.
• L’utilitarisme (Bentham) : met en avant un principe de bien (= l’hédonisme) : ce qui est bien c’est
ce qui procure du plaisir. Le juste peut être subordonné à ma propre satisfaction ou à la
satisfaction collective. L’hédonisme collectif c’est ce qui oeuvre au plus grand bonheur du plus
grand nombre.
• L’utilitarisme des préférences : cherche à satisfaire les préférences individuelles (= chacun a une
conception différente du bonheur donc il est impossible d’oeuvrer au bonheur collectif).
C. Ethique de la vertu
Éthique de la vertu (Aristote, St Thomas) : approche de la justice centrée sur l’agent plutôt que sur
l’action (= est-ce qu’un agent en accomplissant son action agit pour la vie bonne ?). On s’appuie
l’idée de l’excellence avec une supériorité du bien sur le juste. Un des principes utilisés dans
l’éthique de la vertu est l’agent vertueux.
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Théorie politique
Une société juste est une société qui assure une distribution juste des accès, des chances et des
ressources. Selon la manière dont on conçoit la justice, on opte pour une autorité étatique plus ou
moins redistributrice. On fait face à une confrontation entre plusieurs valeurs (liberté ou égalité).
A. Utilitarisme
L’utilitarisme (Bentham et Stuart Mill) est une version du conséquentialisme qui considère que ce
qui est juste c’est ce qui oeuvre au plus grand nombre. L’allocation juste des ressources c’est
l’allocation qui maximise la somme de toutes les utilités dans une population donnée. L’utilité
peut être mesurée à l’échelle individuelle par le bien-être subjectif de la personne ou dans une
version collective.
L’impôt a un objectif de maximisation du bien-être total de la société. La somme des utilités est
supérieure au cout subit par une personne pour payer ses impôts.
C’est un modèle critiqué car c’est une redistribution des ressources compatible avec de forts
niveaux d’inégalités. Selon Rawls, cela s’accommode d’inégalités mais aussi d’une forte
discrimination. Le seul critère pour évaluer le juste c’est que tout le monde soit satisfait mais tout
le monde ne veut pas le bien ou le juste.
La deuxième critique est formulée par Nozick qui considère que l’utilitarisme met en avant une
logique de justice sacrificielle : on justifie la violation des droits de certains si cela engendre un
plus grand bien pour d’autres. On applique au collectif ce qui fonctionne pour l’individuel.
B. L’approche communautarienne
Pour les communautariens, il est impossible de déterminer un principe de justice universel. Les
normes morales ne sont pas choisies par des individus en particulier mais partagées par des
groupes. Elles sont le résultat d’un processus communautaire. Walzer considère qu’une société
juste est celle en accord avec les principes sur lesquels la communauté se met d’accord. Le
principal enjeu est d’éviter que les compréhensions partagées par la communauté soit celles des
dominants. Il insiste sur le rôle des critiques sociales dont le but est de proposer une idée encore
plus radicale. La répartition des ressources reflète les priorités et les croyances spécifiques en la
communauté. C’est ce qu’on retrouve chez Sandel qui considère qu’avoir des principes universels
pose problème car on ne peut jamais remettre en cause notre identité.
Critique du relativisme culturel : si on insiste sur la primauté des valeurs, les valeurs locales
peuvent conduire à justifier des principes injustes au sein des communautés au nom de la
préservation de la communauté locale.
Les injustices au sein des communautés : la compréhension partagée de ce qu’est le juste peut
négliger des inégalités qui existent et entraîner une hiérarchisation des membres (croyance de la
domination).
S’il est impossible d’avoir des normes universelles comment mettre en oeuvre un dialogue
communautaire. Cette non-universalité rend impossible la résolution des conflits ou un accord
minimal sur ce que peuvent être les droits humains.
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Théorie politique
Ce n’est pas le résultat de la répartition qui doit être juste mais la procédure qui a créé la
répartition.
Rawls a une position déontologique : priorité du juste sur le bien. Pour lui l’approche
communautarienne se heurte au pluralisme. Il serait impossible de traiter les citoyens comme
égaux parce que les personnes sont distinctes. Rawls veut trouver une conception du juste sur
laquelle les gens pourraient s’entendre. Le principe de justice doit être indépendant de tout
contexte. Selon lui, la justice procédurale est une procédure correcte ou équitable qui détermine
si un résultat est correct ou équitable quel que soit le contenu et pourvu que la procédure ait été
correctement appliquée. Son but est d’offrir une version du contrat social qui s’intéresse à la
justice. Pour cela, il imagine le voile d’ignorance. C’est une situation fictive avec des individus
rationnels, égaux et de bonne volonté qui sont invités à définir ensemble des principes pour la vie
en commun. L’originalité est qu’ils ne connaissent pas leur position particulière dans la société ce
qui les conduit à être impartiaux. Rawls considère que dans cette situation, les contractants sont
obligés d’imaginer tous les points de vue. La question posée est : quel est le meilleur principe de
répartition des ressources pour celui qui ignore s’il sera riche ou pauvre ?
Dans la situation la plus défavorable, on essaye de minimiser le pire (maximin). On rend le plus
supportable possible la situation la plus défavorable.
2 principes de justice :
• L’égal accès de tous aux libertés de base : a la primauté sur tous les autres principes de justice
qu’il pourrait déterminer.
• La différence : les inégalités sociales ne peuvent être acceptées que si elles améliorent la
situation des plus démunis.
Dworkin reproche à Rawls de ne pas prendre en compte les différences de capacité des individus
et la liberté de choix des individus (= les préférences). L’allocation des ressources est juste mais
elle ne demande pas son avis aux individus sur les ressources qu’ils souhaiteraient recevoir. Pour
cela, il propose un système de mise aux enchères : un bateau s’est échoué sur une île déserte et il
faut répartir les ressources parmi les naufragés. On met en place un système d’enchères où tous
les individus ont le même pouvoir d’achat. C’est le test de l’envie. Une société est juste quand
chacun des naufragés préfère son pack de ressources à celui des autres.
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Théorie politique
III. La justice comme pratique de réparation des violations
La justice se pense aussi comme une activité professionnelle, des institutions, etc. Une société
juste c’est aussi une société qui met en place un système juste de réparation de la violation des
normes. Dans les conceptions traditionnelles de la justice, il y a 2 critères pour définir ce qu’est la
bonne justice : elle est publique et elle contribue à la lutte contre l’impunité.
A. Publique/privée
B. Retributive/restaurative
Il y a un débat entre justice rétributive et restaurative. Cette distinction a été proposée par Zehr
en 2002. La justice rétributive est la justice punitive (= une action criminelle mérite une
rétribution). Dans ce cadre, le but de la justice est d’établir la culpabilité et une peine
proportionnée. L’auteur est confronté à l’État et les règles l’emportent sur le résultat. Elle est
concentrée sur la nécessité de lutter contre l’impunité.
La justice restaurative est une démarche pénale qui cherche en premier lieu à rétablir la cohésion
sociale. On fait participer l’auteur d’une infraction à la correction de cette infraction. Dans cette
perspective, on ne cherche pas à avoir une peine mais à identifier les besoins et ce qui convient
par rapport à ces besoins. On donne aux victimes et aux auteurs un rôle central et on détermine
ensemble quels sont les besoins pour la guérison sociétale.
Exemple 1 : la CPI
La CPI est régulée par des règles (statut de Rome de 1998) avec un but exclusivement retributif.
Les génocides, crimes de guerre, crimes contre l’humanité et agressions sont jugés par la CPI. Elle
a été saisie de 31 affaires mais les procédures durent parfois très longtemps. La CPI déclare qu’il
faut lutter contre l’impunité car les crimes les plus graves ne peuvent pas être prescrits. En termes
de post-conflits, les mécanismes de la CPI sont parfois critiqués car trop lents.
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C. Étude de cas : justice transitionnelle
Séance 4 - La liberté
I. Liberté ou libertés ?
A. Liberté naturelle
Certains penseurs, notamment ceux de l’état de nature, considèrent que la liberté n’est pas un
idéal. Pour eux, c’est un droit inhérent à l’Homme donné par la nature. Dans l’état de nature,
cette liberté s’exprime comme étant la liberté de faire ce que l’on veut. Dans cet état de nature, la
seule loi valable est la poursuite de la satisfaction avec l’idée que la liberté de chacun s’arrête là
où s’arrête sa force. C’est la conception qu’on retrouve chez Hobbes : si ma force me permet de
faire quelque chose, je devrais pouvoir le faire. La liberté s’exprime en termes d’indépendance.
C’est une conception qu’on retrouve dans la déclaration unanime des 13 États premiers des Etats-
Unis de 1776.
Pour Tocqueville, la liberté est le droit égal et imprescriptible de vivre indépendant de ses
semblables.
Chez Rousseau, il y a l’idée que la liberté c’est ce qui fait la qualité de l’Homme. La liberté devient
même un devoir : « renoncer à la liberté c’est renoncer à sa qualité d’Homme ».
C’est ce que Berlin qualifie de liberté négative : « c’est l’espace à l’intérieur duquel un Homme
peut agir sans que d’autres l’en empêche ».
Le problème de cette liberté comme présente dans l’état de nature, c’est qu’elle n’est jamais
effective. Même si je suis le plus fort, rien ne m’empêche de subir la ruse.
Pour les contractualistes, pour qu’il puisse y avoir liberté, il faut qu’il y ai des lois.
B. Liberté politique
La liberté politique peut aussi être qualifiée de liberté civile. On a une conception de la liberté
comme un idéal qui se pratique. La liberté politique est la liberté qui est régulée par la loi. Le
contrat social met ma liberté à l’abris du danger de la liberté naturelle. Avec le contrat social, on
ne renonce pas à sa liberté mais on organise la cohabitation des libertés.
La liberté n’est effective que si la loi empêche les empiètements des autres libertés sur ma liberté.
Rousseau considère qu’il n’y a point de liberté sans loi. Le contrat social permet d’obéir aux lois
mais pas aux autres hommes.
14
Théorie politique
Selon Berlin, il faut que l’Homme puisse être maitre de sa propre loi. Un homme libre est celui qui
est habilité à dire ce qu’il doit faire. C’est la différence entre autonomie (= j’obéis aux règles que
je me suis moi-même fixé) et hétéronomie (= j’obéis à des règles créées par quelqu’un d’autre
que moi).
Chez Rousseau, l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté. C’est quelque chose qu’on
retrouve aussi chez Kant : une société qui permet la liberté est la forme d’association par laquelle
chacun s’unissant à tous, n’obéit pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant.
On retrouve cette conception chez Aron : c’est quand je participe en tant que citoyen à
l’administration des affaires locales que je suis libre.
En somme, la liberté c’est d’être citoyen. La liberté politique est la capacité d’exercer avec ses
semblables un contrôle sur son existence.
La liberté politique implique que l’individu soit responsable. C’est ce qu’on retrouve chez Sartre
qui considère que l’homme est condamné à être libre. Comme il est libre, l’homme est déterminé
par ce qu’il fait et non par ce qu’il est.
On obéit qu’à des lois auxquelles on participe ou consent. La notion de consentement se retrouve
dans la déclaration de 1776 des Etats-Unis selon laquelle le juste pouvoir du gouvernement
émane du consentement des gouvernés.
Cette conception de la liberté est rationaliste : on considère qu’on participe toujours de façon
rationnelle mais il est possible d’avoir des lois bâties sur le règne des passions plutôt que par la
raison. C’est pourquoi on limite l’exercice de la loi. On propose une distinction entre sphère
publique et sphère privée.
C. Liberté individuelle
Chez Constant, on dépasse la liberté civile positive. Selon lui, la liberté des modernes est une
forme de liberté individuelle proche de la liberté négative sous l’état de nature mais sous le règne
de la loi.
Chez les anciens, on a une participation effective des citoyens au vote des lois. Mais la loi régit
tout : la sphère privée est aussi régulée par la loi. Le corps social intervient dans la sphère privée
et peut gêner les facultés des individus. L’individu est souverain dans toutes les affaires publiques
mais esclave de la loi dans les affaires privées.
La liberté des modernes s’exprime comme liberté autonomie : on créé une sphère individuelle
que l’État n’a pas le droit de régir. Le but des modernes c’est les jouissances privées. Les individus
n’ont plus le temps ni le désir de rester sur la place publique pour décider et discuter de tout.
Pour Constant la liberté est une sphère d’activités opposables à la puissance de l’État.
15
Théorie politique
Il y a 2 catégories d’obstacles à la liberté : les structures et institutions qui nous encadrent et le
déterminisme social.
A. Le pouvoir de l’État ?
Pour les libéralistes, l’État doit garantir la liberté individuelle mais seulement elle. Il ne doit pas
intervenir dans la sphère privé.
• Libéralisme politique : l’individu est libre dans les silences de la loi. Cela signifie que la liberté
est inversement proportionnelle au domaine de l’État. Le rôle de l’État est de ne pas trop
gouverner, de ne pas faire de mal.
• Libéralisme économique : la liberté s’exerce quand l’État se retire. Pour Friedman, il ne peut y
avoir de liberté politique tant qu’il n’y a pas de liberté économique. En ce sens, il faut laisser
faire le marché.
D’après les libéralistes, l’État sert à garantir la liberté individuelle mais c’est tout. Certains
considèrent au contraire que l’État est le premier garant des libertés. C’est ce qu’on retrouve chez
Hobbes. Il fait une opposition entre l’état de nature et la société civile sur le plan de la liberté.
Pour lui, la liberté n’est effective qu’une fois que l’État intervient pour régler cette liberté. Les lois
définissent les choses que nous ne pouvons pas faire mais laissent une grande liberté sur tout
ceux sur quoi elles ne statuent pas. Cette conception considère que la liberté ne peut exister dans
l’état de nature car elle est tout le temps en danger.
On a une conception similaire de la liberté dans les théories socialistes de l’État. Selon Marx, pour
promouvoir la liberté réelle, il faut l’égalité. Il faut égaliser l’accès des individus aux moyens de
production. Pour les théories socialistes, il y a l’idée que la liberté ne peut exister que si elle
s’exprime dans une communauté solidaire. La liberté n’est pas individuelle mais sociale. Le
problème est que dans le social, les Hommes ne sont pas libres car ils sont dominés.
Rosa propose la théorie de l’accélération sociale en 2005. Il considère que les individus dans la
modernité ne sont pas libres parce qu’il y a un triple mouvement d’accélération :
‣ Accélération technique : tous les processus s’accélèrent
‣ Changement social : mutations plus rapides sur les modes d’association dans la famille
‣ Rythme de vie : on a ce besoin de faire plus de choses en moins de temps
Cette triple accélération est inhérente à l’économie capitaliste. Dans la modernité, l’individu n’a
plus le temps d’être libre. Rosa parle de dictat de la vitesse : l’individu n’a plus le temps d’exercer
sa liberté politique et sa liberté individuelle. Dans ce cadre, le rôle de l’État est d’assurer l’égalité,
16
Théorie politique
de faire en sorte que tous puissent avoir un égal accès à des services qui facilitent l’exercice de
notre liberté.
C’est cette double intervention de l’État dans la liberté qu’on retrouve dans la DUDH de 1948 où
l’on trouve la tension entre libertés s’exerçant en dehors de l’État et dans l’État par l’État.
Les droits libertés sont les droits fondamentaux (libertés qui correspondent à une vision libérale
de l’État et que je peux opposer à l’État car elles sont inhérentes à l’humain). Ces droits ne sont
pas suffisants selon Marx car ils sont formels et garantis uniquement aux bourgeois. Il propose
donc la création de droit effectifs. C’est ce que la DUDH appelle les droits créances (droit au
travail, à la santé, au logement, à la culture). Ces droits ne peuvent pas exister sans une
organisation sociale et économique pour les rendre effectifs. Il est possible d’obliger l’État aux
droits créances pour garantir la liberté.
Avec la théorie de l’État comme veilleur de nuit, l’État n’est là que pour garantir les droits libertés.
S’il fait plus il s’oppose à la liberté. Au contraire, avec l’État providence, on promeut l’État comme
garant des droits créances.
B. Le déterminisme
C’est le fait que nos actions soient les effets de causes dont nous sommes inconscients. C’est ce
qu’on retrouve chez Spinoza : l’Homme se croit libre mais il ne l’est jamais tout à fait car il ignore
ce pourquoi il le fait.
Marx considère que la pensée de chacun est déterminée par les conditions matérielles de son
existence.
Chez Bourdieu, il y a une critique sociale du jugement : l’Homme n’est pas libre de ses
préférences et de ses gouts. Il y a une distinction entre gouts de nécessité et gouts de liberté. Ce
que nous aimons est déterminé par la socialisation. Les pratiques sont représentatives de
systèmes de représentation propre de notre groupe social. Chez Bourdieu, les gouts et
préférences sont le reflet de notre classe sociale, nous cherchons à ne pas aimer ce qui nous est
directement inférieur et nous cherchons à apprendre à aimer ce qui nous est directement
supérieur. Même dans la sphère privée, notre liberté est déterminée par la socialisation.
Exemple : les classes bourgeoises cherchent à imiter les classes aristocratiques et se saisissent de
la musique classique.
Même dans l’exercice de la liberté politique, on est déterminé par notre socialisation
On a l’idée que ma liberté commence là où s’arrête celle des autres. Donc le rôle de l’État serait
de garantir l’exercice des libertés mais il a aussi pour objectif de protéger l’ordre public. Il y a
fréquemment des tensions entre liberté et sécurité.
Exemple : Patriot Act, loi de sécurité globale, confinement, état d’urgence.
En mai 2021, certains députés plaident pour l’instauration d’une Cour de sécurité de la
République dont le but est de placer en détention des personnes fichées S pour des soupçons
avérés et concrets et sans possibilité de faire appel.
17
Théorie politique
En 2015, l’état d’urgence a conduit à la facilitation des opérations de surveillance : il est possible
de contrôler l’identité pour rentrer dans un établissement public.
Avec la pandémie de Covid-19, limitation de la liberté de mouvement et d’association.
Ces restrictions aux libertés sont prévues par la loi Peyrefitte du 2 février 1981 aussi appellée loi
sécurité et liberté. Cette loi permettait la systématisation des contrôles d’identité, l’allongement
des délais de prescription et l’alourdissement des peines. On avait considéré qu’un juste équilibre
entre sécurité et liberté avait été trouvé avec cette loi car a été mis en place un processus
d’indemnisation en cas de préjudice.
En 2015, avec la loi sur le renseignement, M. Valls considère que « le projet de loi a pour objectif
de garantir la protection des libertés : garantir la sécurité ». Cela a été dénoncé par plusieurs
manifestations qui ont dénoncé une mise sous surveillance généralisée de la population.
Constant considère que la liberté des anciens est possible car il y a des mécanismes d’exclusion :
je peux être un homme libre dans la sphère publique parce que d’autres assument la servitude du
travail.
Marx considère que les libertés fondamentales sont des libertés bourgeoises car elles impliquent
l’exploitation de la classe sociale populaire.
Selon la conception de notre liberté, chacun peut faire ce qu’il veut, aller où il veut, consommer
ce qu’il veut. On est dans un environnement où les biens sont partagés par tout le monde. À ce
titre Marx critique les propriétés privées. La question de l’administration des communs (= océan,
eau, air) est importante : comment assurer la gestion collective des biens sans limiter la liberté de
tous à y avoir accès ?
Hardin a proposé la théorie des communs en 1968. Il considère que l’usage collectif d’une
ressource conduit à sa surexploitation et sa destruction. Dans cette perspective la liberté de tous
d’utiliser ses biens collectifs conduit à ce que chacun le consomme mais personne n’en assure la
gestion. Aristote considère que l’homme prend le plus grand soin de ce qui lui est propre mais a
tendance à négliger les communs. Hardin aboutit à la même conclusion et considère que ce n’est
pas un problème technique mais un problème moral car l’homme a intérêt à être égoïste. Il y
aurait donc une incompatibilité entre l’exploitation commune d’un bien et sa protection dans la
durée. Pour Hardin, cela conduit à dire que la liberté de se multiplier est intolérable (=
malthusianisme). Hardin utilise un problème moral : comment gérer la liberté collective avec des
ressources en danger ?
Pour Ostrom, une manière d’assurer les libertés serait de promouvoir l’auto-gouvernance pour
assurer la liberté collective.
Séance 5 - La violence
Introduction
18
Théorie politique
Violence : usage excessif de la force.
La force est le moyen et la violence est l’action, une modalité d’utilisation de la force. Lorenz va
considérer que tout être est potentiellement violent et l’agressivité est une disposition
fondamentale. Il fait une distinction avec les animaux chez qui la violence est limitée par l’instinct
et par opposition chez les humains c’est la socialisation qui poserait des limites à la violence.
Distinction entre violence et pouvoir (Arendt) : pour qu’il y ait du pouvoir il faut qu’il y ait du
consentement. La violence s’exerce de manière directe sur l’individu.
La violence politique est une violence qualifiée d’instrumentale, c’est lorsqu’elle est utilisée
comme une ressource mobilisable dans le cadre de la lutte politique. Nieburg propose une
définition de la violence politique qui est une conception qui montre que si les effets sont
politiques alors cela peut être de la violence politique. Elle ne prend pas en compte la question
d’un jugement de valeur émis sur le fait d’utiliser la violence à des fins politiques mais il n’y a
aucune notion sur la violence symbolique, psychique.
Généralement en TP, on ne va pas avoir d’indication sur le caractère légitime de cette violence. La
violence va être comprise comme un moyen d’accéder à l’existence politique (exemple :
protestations contre l’exclusion de l’Apartheid).
Cela conduit à définir la violence en fonction de si elle provient de l’État ou des individus.
19
Théorie politique
Violence (Bourdieu) : tout acte qui entraine une souffrance morale.
Dans la violence politique, ce qui détermine son impact politique est toujours la dimension
symbolique. Pour Braud, l’assassinat d’un ambassadeur pèse plus que l’assassinat de 4 touristes.
L’État peut être un vecteur de violence. Le Tesoro politico est un recueil de traités diplomatiques
italien sur comment mener des relations entre différentes cités. Il est publié au moment où Henri
de Navarre assiège Paris. Le fondement de la machine de l’État réside dans l’utilisation
systématique de la force à la fois comme instrument de domination interne et pour protéger l’État
de la violence étrangère. Dès le XVIe siècle on observe une distinction entre la violence extérieure
et la violence intérieure.
• Violence extérieure exercée par l’État : L’État qui exerce une violence à travers sa politique
étrangère ne s’exerce pas d’individus à individus, « la guerre n’est pas une relation d’homme à
homme mais d’État à État » (Rousseau). La violence par l’État à l’extérieur est finalement un
moyen d’action de l’État sur la scène internationale (théorie réaliste). Selon Waltz les États sont
dans un système anarchique dans lequel aucun État ne sait quand un autre va l’attaquer ce qui
conduit à une course à l’armement. Selon Waltz la guerre aura toujours lieu parce que le
système international est un système d’État de nature hobbesien. La violence politique s’exerce
dans un contexte où on est plutôt dans l’ordre de la survie selon les réalistes.
• Violence intérieure : c’est tout ce qu’on trouve avec l’exercice de la force, de contraintes. Pour
Foucault c’est la manière dont on peut exercer une forme de contrainte par l’État. Il s’agit de
formes d’actions de violence illégitime, on pense notamment aux formes de violences policières
excessives. Toute société même libérale est potentiellement en danger d’avoir des formes de
violence illégitimes de la part de l’État (exemple : Guantanamo).
La violence est aussi un moyen d’action pour les individus pour modifier l’État, y exister ou le
dépasser (Malatesta). Certaines formes de violences vont contester le monopole de la contrainte
physique légitime de l’État. C’est le cas des guerres civiles étudiées par Kalyvas. Selon lui, les
conflits de guerre civile sont ceux qui conduisent à une rupture de ce monopole par une
contestation armée. Pour Platon, la guerre intérieure est celle qui apparaît quand « gouverner une
ville devient une chose pour laquelle on se bat ». Il y a des violences si fortes qu’elles permettent
de contester ce monopole, ce sont des « statis », quand le politique devient divisé depuis
l’intérieur.
La décolonisation c’est « prendre les armes contre l’État pour le dépasser pour l’indépendance »
selon Fanon. Il va considérer que la colonisation est une violence physique forte. Dépasser l’État
doit se faire par la violence, aussi comme une catharsis, c’est une violence de libération.
20
Théorie politique
Ce sont les formes de violences qui ne semblent pas impliquer directement l’État. Par exemple,
lorsqu’on a un groupe comme GI qui repousse les gens à la frontière des Alpes. Cela a un but
politique mais l’État n’est pas directement impliqué. Les violences dans l’État sont souvent émises
dans le but d’envoyer un message. On peut avoir des formes de violences collectives qui
permettent d’être politique sans impliquer l’État (exemple : bloquer une université).
On a aussi les violences interculturelles qui excluent une partie de la population (exemple :
violences racistes).
Le terrorisme quant à lui n’a pas de définition officielle. Le terme est originellement associé par
des pratiques par l’État, le terme terrorisme vient du latin « effrayé » et de la Terreur de
Robespierre. Aujourd’hui selon Hoffmann, le terme moderne de terrorisme recouvre les « groupes
armés non-étatiques qui visent des non-combattants afin d’exercer une forme de pression sur des
cibles indirectes afin d’atteindre des objectifs politiques ». Le terrorisme est donc une méthode.
Dans la version ancienne, le terrorisme est une violence du fait de son perpétuateur. La version
moderne dit que le terrorisme est politique en raison du message qu’il contient.
En 1988 Schmid et Jongman recensent 134 définitions du terrorisme. La violence est mentionnée
dans 84 % des définitions. 65 % insiste sur le but politique recherché. 51 % sur l’idée de créer de
la peur et de la terreur et 21 % sur l’arbitraire. Le terrorisme est une forme de violence qui cherche
à créer de l’anxiété par l’utilisation répétée de la violence pour des raisons politiques.
Contrairement aux assassinats, les cibles directes de la violence ne sont pas la cible principale, ce
sont des cibles d’opportunité par ce qu’elles représentent. Ce sont des cibles symboliques ou
représentatives. Ces cibles de la violence physique directe servent à générer des messages pour
exercer des violences symboliques sur un autre.
Aron souligne que le terrorisme est « une action dont les effets psychologiques sont
disproportionnés par rapport à ses résultats purement physiques ».
A. Puri er et détruire
Purifier et détruire est une œuvre de Semelin pour qui l’objectif est de comprendre la violence
extrême. Il va appliquer la démarche proposée par Weber de sociologie pour comprendre les
acteurs bourreaux, le sens qu’ils donnent à leurs actions. L’objectif du livre est de comprendre
comment des États peuvent mettre en œuvre des pratiques politiques de purification ou de
destruction de corps social. Il va se concentrer sur la catégorie des massacres.
Ils sont définis comme la forme d’action le plus souvent collective de destruction de non
combattants. Le massacre est caractérisé par la manière dont on se place face à un autre. Pour
Semelin, le massacre c’est avant tout une opération de l’esprit, une manière de voir un autre, de
le stigmatiser, le rabaisser, l’anéantir avant de le tuer réellement. Aucune société n’est à l’abri
des violences extrêmes.
Semelin dit que la voie qui conduit au massacre dans les cas qu’il étudie est caractérisée par un
discours avec 3 notions principales :
21
fi
Théorie politique
• l’identité : Après l’humiliation du traité de Versailles on va avoir dans l’idéologie allemande la
création d’un nouveau « nous » grandiose dans lequel les individus vont puiser la force du
relèvement. La manière de répondre au traité était de créer un « nous » par rapport à un « eux »
qui nous attaque, nous punit. Cet aspect identitaire a été étudié par Lefort qui analyse la
fonction d’un « nous » unifié, un peuple 1 qui va éliminer toutes les perceptions de ce peuple 2
et éliminer même physiquement des individus. Ceux qui ne font pas partie du « nous » devront
être éliminés.
• la pureté : l’idée de pureté va durcir ce critère identitaire, le « nous » va être identifié comme
pur face aux « eux » impurs.
• propreté du nous. Étudié par des anthropologues qui soulignent que les discours vont chercher
à insister sur la nécessité de défendre la pureté de la civilisation (purification ethnique).
Exemple : au Moyen Age le terme massacre signifiait la mise à mort des animaux pour des
questions d’hygiène.
• aspect sacré
• la sécurité : on qualifie cet autre d’impropre et de dangereux. Au discours de haine on ajoute
un discours de peur.
Dans ces sujets, on retrouve la notion de nuisible à éliminer, à nettoyer, c’est le discours mis en
œuvre par la radio 1000 collines et les génocidaires les plus hauts placés. Les Tutsis sont
présentés comme des nuisibles mais on ne retrouve pas de discours concernant la sécurité.
Depuis 2020, 600 000 Tigriens sont décédés, ces violences extrêmes subsistent encore.
C. La banalité du mal
Expérience de Milgram : c’est une expérience sur l’obéissance qui consistait en un individu
dans une pièce qui peut envoyer des décharges électriques puissantes lorsque l’élève répond
mal. L’individu en charge le fait sous la direction d’un chercheur. On n’évalue pas l’effet de la
décharge sur la mémorisation mais la capacité d’un individu à exercer de la violence lorsqu’il
obéit. Milgram pensait que les individus stopperaient facilement l’expérience mais il découvre
que 65 % des individus testé ont administré des voltages potentiellement mortels. Son but était
de découvrir à quel point un individu peut être docile.
Milgram démontre l’état agentique : c’est l’état psychologique du sujet qui obéit docilement à
une autorité que l’on considère comme légitime. Le mal peut-être banal, la violence même
extrême peut être administrée par des gens ordinaires.
La question de la banalité du mal est théorisé par Arendt dans son analyse du procès Eichmann.
Selon elle, la violence se traduit dans le quotidien, Eichmann disait que son métier était de mettre
des gens dans des trains. Cet acte de petit fonctionnaire montre que la violence s’exerce surtout
dans le quotidien et la répétition automatique d’actes qui semblent anodins.
22
Théorie politique
III. Effets et limites de la violence
La violence va être théorisée par certains comme étant créatrice, la condition même de l’État.
Schmitt dit que parce qu’il y a un ennemi il y a du politique, sans ennemi la communauté ne peut
pas être.
La violence a contribué à créer l’État et continue de créer le progrès comme le pensent Dufendorf
et Bartelsen. Ils insistent sur la fonction ontogénétique de la violence. La guerre a une force
productive parce que dans l’histoire de l’humanité, l’art de la guerre a été crucial parce que les
États civilisés ont un État militaire. Il y a un intérêt militaire à être civilisé, à avoir une structure
hiérarchique de commandement militaire.
Les auteurs des lumières disent que la guerre de l’État vers l’extérieur permet de solidifier le
groupe, la paix et le développement intérieur. C’est la force ontogénétique de la guerre
extérieure.
Séance 6 – Pouvoir
Introduction
En TP, on considère que le pouvoir est le moyen et que la fin est la domination ou la puissance. La
puissance, selon Serge Sur, se définit comme la possession de 4 pouvoirs : le pouvoir de faire, de
faire faire, de refuser de faire, d’empêcher de faire.
La question de la relation entre la puissance et le pouvoir est un débat français. Dans la littérature
anglo-saxonne on se questionne sur la relation entre pouvoir et la domination et non pas le
pouvoir et la puissance car les deux se traduisent par power.
Selon Weber, la domination est « la chance pour des ordres spécifiques de trouver obéissance de
la part d’un groupe déterminé d’individus ».
• Domination charismatique avec une forme de pouvoir exercée par l’agent qui a la capacité de
séduction par l’utilisation des émotions. C’est la forme de domination la plus fragile, elle est
sujette aux différents travers politiques, elle est imprévisible, fluctuante.
A. Le débat agent-structure
Quand on identifie un agent qui exerce son pouvoir, son agency, c’est la capacité à exercer son
libre arbitre, des actions délibérées, en choisissant son comportement on parle de la théorie de
l’agent. Ces approches se retrouvent dans la théorie comportementaliste de Dahl, mais aussi dans
les courants interactionnistes et dans des formes de courants individualistes.
Les approches structurelles considèrent que le pouvoir ne vient pas d’un agent mais d’une
structure, c’est donc un pouvoir diffus. Il s’exerce par une somme de micro-injonctions qui
s’exercent à plusieurs niveaux de la structure. L’un des penseurs principaux, c’est Giddens. Il
considère que la relation entre l’agent et la structure est forcément mutuelle. Selon lui, les
relations de pouvoir s’exercent dans les deux. L’autonomie individuelle est dominée par la
structure. La structure a du pouvoir sur l’agent mais les structures se maintiennent et s’adaptent à
24
Théorie politique
la réalité politique via l’exercice de l’agent. C’est le pouvoir de l’agent qui façonne les structures.
Les approches structurelles se retrouvent dans les courants structuralistes (Lévi-Strauss, Foucault,
Lacan, Barthes) et aussi dans les courants fonctionnalistes (Comte, Giddens, Merton).
L’individu a la capacité de faire des choix délibérés et peut influencer la structure et les agents de
la structure. Chez Dahl, on est dans une situation où le pouvoir est mesurable comme étant
l’ensemble des décisions et des comportements causés par le pouvoir. Cette perspective
comportementaliste va étudier le pouvoir politique de façon empirique et le conceptualiser
comme comportement. C’est un ensemble de pratiques. Le pouvoir est étudié en examinant
comment il est utilisé. Théorie comportementaliste de Dahl : le critère de décision permet
d’identifier quelqu’un qui a le pouvoir.
L’exercice du pouvoir se comprend comme la manifestation d’un échange forcément inégal. C’est
le déséquilibre de l’échange qui signale l’importance du pouvoir de l’un ou de l’autre. Si l’agent A
parvient à obtenir de B un comportement qui lui est complètement antagoniste, alors A un
pouvoir élevé.
La relation de pouvoir est une forme de bien. Le pouvoir s’inscrit dans une asymétrie des
ressources disponibles. Capacité de A de formuler une injonction à l’égard de B (approche de
Chazel). Selon cette approche, l’étendue du pouvoir se mesure à l’importance de l’avantage
obtenu. C’est l’agent A qui a la possibilité de forcer B à faire quelque chose. Si la chose est très
éloignée des préoccupations de B, alors A un pouvoir élevé.
Limites de cette approche : si l’on mesure l’ensemble des décisions subies par l’agent B, cette
approche ne dit pas grand-chose de l’imputation de la décision => le pouvoir d’imposer la
décision est-il un pouvoir décisif ou de compromis ?
La majorité des formes de pouvoir sont un mixte de ces deux pouvoirs. Dans l’expérience de
Milgram, on obéit aux superviseurs en émettant un voltage puissant car le superviseur a l’autorité
pour me retirer du projet (pouvoir d’injonction) mais j’obéis parce que je respecte sa légitimité et
sa position de chercheur (pouvoir d’influence).
Dans le soft power (Nye), on a une forme d’influence culturelle sans le recours à la menace ou à la
force. Un agent A essaye d’avoir une capacité de décision sur l’agent B, qui provient d’une
injonction liée à sa fonction ou par sa capacité d’influence.
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fl
Théorie politique
L’État est l’outil de la classe dominante pour maintenir l’ordre et protéger les intérêts de la
bourgeoisie. Les rapports de classes sont donc des rapports de pouvoir et la domination est
permise par la manière dont l’État en tant que structure organise le pouvoir d’une classe
déterminée sur une autre classe. La structure État exerce un pouvoir diffus et oppressant sur les
classes ouvrières parce qu’elle concentre les moyens de production dans une classe dominante.
Pouvoir disciplinaire : pour évoquer la manière dont le système met en place des systèmes de
surveillance pour assurer l’intégration des discours. C’est un concept développé dans Surveiller et
Punir pour déterminer la manière dont les institutions sociales vont exercer un contrôle sur les
individus. C’est l’ensemble des techniques pour régler et normaliser le comportement des
individus au sein de la société. Les individus ont conscience d’être constamment surveiller et donc
ils vont intégrer les normes.
Iris Marion Young définit en 1990 ce qu’elle appelle les 5 visages de l’oppression : forme de
pouvoir et de domination qui s’exercent de manière systémique sur les minorités.
26
Théorie politique
• L’exploitation : idée que lorsqu’un groupe est désavantagé économiquement, il y a une forme
de pouvoir
• La marginalisation : quand des groupes vont être maintenus en marge des sociétés, exclus des
droits et privilèges
• Le pouvoir interne limité : capacité limitée d’un groupe pour influencer les processus
décisionnels
• La violence culturelle : production de discours, images qui vont décrédibiliser un groupe
• L’aliénation : les individus vont se sentir déconnectés de la société ce qui implique un isolement
Ces 5 oppressions sont exercées en permanence contre les minorités. Ces 5 visages proviennent
du système et pas d’un agent. On a donc une approche du pouvoir systémique et diversifiée. Les
approches systémiques sont les seules développées dans les théories post-coloniales et
féministes.
Saïd dans sa théorie de l’orientalisme montre comment les puissances occidentales ont construit
une vision occidentale de l’Orient.
Fanon montre que la domination coloniale s’est surtout jouée par l’influence sur la psyché des
colonisés.
De Beauvoir montre comment la société et la culture ont relégué la position des femmes.
Lorde montre l’oppression sur les femmes noires.
Dans ces approches on a une perspective systémique du pouvoir et c’est pour cela qu’il est dur
de sortir de la domination. La domination est à la fois institutionnelle et insidieuse par l’influence
et les discours la résistance est donc difficile.
Tout pouvoir se caractérise par la présence d’une opposition. « Tous les pouvoirs sont aux prises
avec une opposition ouverte ou clandestine, à l’étranger ou sur le territoire national » (Aron).
A. L’approche de Machiavel
Penseur politique italien de la Renaissance. Il rejette toutes les conceptions moralistes du pouvoir
dans Le Prince. Il préconise certaines stratégies pour conserver le pouvoir, il s’inscrit dans une
perspective agentielle. Il est dans une conception de l’État qui se limite à l’injonction publique
mais qui dans la sphère privée des valeurs, va se mettre en retrait pour éviter des rebellions.
• Primauté de l’autorité et de la fermeté
• L’utilisation de la peur
• Diviser pour mieux régner
Il propose une réflexion sur l’exigence de la conservation du prince au pouvoir : il est plus utile
d’être craint que d’être aimé. Il pose deux présupposés :
• les hommes sont de manière inhérente ingrats, infidèles
• tous les hommes veulent le pouvoir
Donc il faut inspirer la crainte pour conserver le pouvoir. Il y a la réflexion qu’il faille se faire
craindre. Cela implique le consentement.
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Théorie politique
Le pouvoir comprend toujours une part de consentement, ce qui le distingue de la force (Arendt).
Un pouvoir qui se maintient dans le temps, c’est celui qui maintient une forme de légitimité.
C’est une notion fondamentale dans les théories contractualistes de l’Etat. le pouvoir politique
selon Rousseau est légitime quand il obtient le consentement volontaire des citoyens. Pour Locke,
si un gouvernement viole les droits naturels des individus sans le consentement, il perd sa
légitimité.
Selon Aron, « n’importe quel pouvoir ne sera pas accepté durablement, la légitimité du pouvoir,
le consentement des citoyens, l’efficacité de la gestion paraissent en d’autres temps, l’enjeu de
luttes et l’objet de revendications ». Il semble possible qu’il existe des formes de gouvernement
sans consentement direct des populations mais elles ne durent pas dans le temps selon Aron, on
peut avoir un consentement actif ou un consentement apathique.
Le contexte du consentement est important selon Braud : le consentement peut être acquis sous
l’influence ou la pression d’un tiers. Exemple : les traités inégaux qui sont imposés aux pays de
l’Asie.
Selon Aron, le meilleur régime c’est le régime où le pouvoir fait l’objet d’une compétition
permanente. Le bon pouvoir c’est le pouvoir où les gouvernés sont très régulièrement appelés à
réitérer ou non leur consentement. Il appelle cela le « régime constitutionnel pluraliste ». Il y a une
compétition permanente pour l’accès au pouvoir et les citoyens ont la possibilité d’y adhérer avec
leur consentement.
Séance 7 - Vérité
• Les réalistes considèrent que la vérité existe indépendamment de nos croyances et de nos
perceptions. Selon nos perceptions, il y a des faits objectifs qui sont vrais (exemple : une table a
4 pieds). C’est une conception qu’on retrouve dans les sciences dures.
• D’autres ont une approche qui cherche à analyser par la correspondance. On considère que le
vrai n’existe pas simplement en dehors de nos perceptions mais quand il y a correspondance
entre une déclaration ou une croyance et les faits du monde (une proposition est vraie quand
elle correspond à la vérité).
• La vérité par cohérence considère plusieurs propositions : est vrai ce qui a une cohérence
logique entre différentes croyances.
• Le relativisme : la vérité est relative. Elle dépend des perspectives individuelles ou culturelles. Il
n’existe par de vérité absolue mais une somme de vérités subjectives qui varient en fonction des
points de vue.
28
Théorie politique
I. Vérité et politique
• Pour Castoriadis, la vérité relève de la doxa (= l’opinion). On ne peut pas dire en politique qu’il
y a des positions vraies et fausses. La politique est le monde du choix, de la décision donc ce
qui correspond à la volonté et à l’arbitraire.
• Foucault se méfie des discours donc la vérité, le savoir, les connaissances sont en réalité les
masques d’un pouvoir. Toute personne qui se réclame de la vérité cherche à imposer une
tyrannie, un pouvoir qui est potentiellement délétère.
• Pour Rawls, il faut une méfiance à associer vérité et politique. Pour lui, quand on associe les
deux, c’est pour convertir les autres à notre vérité. « C’est le raisonnable et non le vrai que nous
recherchons en doctrine politique ».
• La première conception voit la vérité comme un objectif qui doit guider la politique. C’est la
conception de Platon. Il développe la notion de « philosophe roi » qui dit que la vérité devrait
guider le dirigeant politique idéal. Les philosophes, puisqu’ils sont en quête permanente de la
vérité, sont les mieux placés pour gouverner de manière éclairée. Locke exprime la primauté de
la vérité en politique et considère que c’est un critère fondamental dans l’établissement des
contrats sociaux justes.
• La troisième conception voit la politique comme moyen d’atteindre la vérité. C’est que
qu’imagine Arendt. Elle dit que le politique est lié à la notion de monde commun partagé par
les citoyens où les individus débattent pour faire émerger la vérité. C’est la même chose chez
Habermas. « L’agir communicationnel » est l’idée que c’est par le dialogue politique qu’émerge
la vérité. La vérité ne peut pas exister si il n’y a pas un débat d’idées.
Constant et Kant se sont opposés sur la manière de savoir si un droit à la vérité existe en
politique.
En 1797, Constant considère qu’il n’y a pas de droit à la vérité au sens strict. Il y a 3 propositions
centrales : si il y avait un devoir absolu à la vérité, toute société humaine serait impossible ; le
devoir parfois nous demande de mentir ; on a un devoir de vérité que vis-à-vis de celui qui en est
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Théorie politique
digne parce qu’il me respecte et qu’il ne me nuit pas. Il n’y a pas un devoir égal de chacun à la
vérité.
Kant considère qu’il doit y avoir un refus absolu d’un droit de mensonge envers soi et envers
autrui. Tout homme sans exception et en toute occasion a le devoir de dire la vérité. Il réfute les
arguments de Constant. Pour Kant, un devoir est un impératif catégorique (donc absolu et vaut en
toute occasion). La source rationnelle du devoir est indépendante de toute expérience, elle vaut
universellement et pour tout homme : la loi existe peu importe le contexte. Kant critique aussi la
réciprocité entre droits et devoirs. Finalement, si la vérité est un devoir, alors elle est due
également à tout homme. On ne peut pas diviser arbitrairement l’humanité en deux parties. Kant
estime qu’il y a un droit absolu à la véracité : la vérité subjective de l’individu avec lequel
j’interagis. Si on commence à établir un droit de mentir, c’est l’effondrement de la société qui suit.
Certains considèrent que la démocratie permet l’émergence d’une forme de vérité en politique.
On retrouve Locke pour qui la quête de la vérité est un droit naturel et qui considère que la
recherche de la vérité est un droit fondamental donc il faut un régime qui autorise à mener la
recherche de la vérité comme on l’entend. Stuart Mill considère aussi que la vérité est un droit
naturel qui n’émerge que lorsqu’il y a conflit des opinions. Habermas considère qu’il faut qu’il y
ait pluralisme des idées pour qu’il y ait vérité. Chez Monod, le débat démocratique est ce qui
permet la vérité. Pour Arendt, les régimes totalitaires/autoritaires sont contraires à la vérité car ils
effacent des faits. Par opposition aux démocraties, les dictatures n’ont que des simulacres du vrai.
D’autres auteurs considèrent que la démocratie est antagoniste avec la vérité. C’est le cas de
Platon pour qui la politique est un exercice critiquable car il s’exerce via la réthorique. Dans la cité
grecque, il y a un lien indissoluble entre pouvoir et parole. La démocratie implique la puissance
de la parole devant un peuple assemblé. On cherche à convaincre le peuple en le persuadant par
la séduction. Pour Foucault, les notions de vérité et de pouvoir sont liées donc toute conception
de la vérité est une marque de pouvoir implicite donc incompatible avec la démocratie. En
donnant le pouvoir au peuple, la démocratie donne le pouvoir au langage et à la persuasion et
fourni un intérêt stratégique à la négation de la vérité. Dans certaines démocraties, il y a une
législation de la vérité (exemple : sanctions contre le négationisme en France et en Allemagne).
La démocratie considère qu’elle peut sur certains sujets émettre une opinion sur ce qu’est le vrai.
On peut considérer la vérité comme une ressource pour obtenir des objectifs politiques.
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Théorie politique
• Désinformation : choix délibéré de transmettre ou de produire une information que l’on sait
erronée
• Mésinformation : usage d’informations fausses sans en avoir l’intention
• Fake news : le terme ne dit rien sur l’intentionnalité et a une connotation politique
Face à la désinformation, on retrouve une réaction politique que la théorie politique analyse à
travers l’exigence de transparence : la transparence serait un droit pour les gouvernés de la part
des gouvernants. C’est ce qu’on retrouve chez Foucault qui parle de l’oeil du pouvoir.
Aujourd’hui on a une interrogation sur l’utilisation du mensonge en politique qui semble de plus
en plus fréquente. Cela conduit certains à considérer que nous sommes dans une ère de post-
vérité. C’est une vision fataliste qui considère qu’il n’y a plus de vrai et que désormais les
émotions et les croyances personnelles semblent prévaloir sur les faits objectifs. La post-vérité a
une connotation péjorative. D’Ancona considère que la post-vérité est une menace pour la
démocratie parce qu’il y a toujours cette exigence de pluralisme mais il y a une conception chez
tous les gens de se dire qu'on a le droit d’être en désaccord donc on ne va pas parvenir à un
consensus. La post-vérité fragilise la démocratie parce qu’elle sape la capacité des citoyens à
prendre des décisions parce que la démocratie repose sur la vérité partagée. On perd le critère
du vrai et les croyances personnelles prévalent.
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Théorie politique
que dans des situations impératives : la sécurité nationale. Les mensonges doivent être rares et
transparents (une fois la menace passée, il faut dire qu’il y a eu mensonge).
Le religieux est une conception verticale de la vérité. Sa place est centrale pour comprendre
l’articulation entre politique et vérité. La religion est un moyen d’accéder à une vérité divine. Les
textes sacrés sont considérés comme des sources de vérités religieuses. Saint Augustin considère
que la vérité réside en Dieu. La foi est le chemin par lequel les croyants accèdent à la vérité
divine. C’est aussi la philosophie de Pascal qui parle du « pari de Pascal » : le rapport à la vérité
implique la croyance en des vérités divines qui transcendent la vérité humaine. La vérité religieuse
peut donc aller au-delà des limites de la preuve rationnelle donc parfois en conflit avec la vérité
scientifique. C’est ce que Kirkegaard appelle le saut de la foi (décision de croire en Dieu malgré
l’absence de preuves rationnelles). La foi authentique repose sur un engagement existentiel
envers la vérité plutôt que sur la preuve de cette vérité.
C’est une conception critiquée par Nietzsche pour qui la vérité religieuse est une illusion qui a
perdu de son influence dans la société.
Le dialogue interreligieux se pense sur différentes religions qui ont différentes perspectives sur ce
qu’est le vrai. C’est sur cette base qu’est peut-être la place du religieux en politique.
Les phénomènes de domination et de pouvoir ont conduit à favoriser une religion par rapport à
d’autres. Dans les sociétés sécularisées, il y a un processus par lequel les vérités de la religion sont
renvoyées autant que possible dans la sphère privée où chacun a le droit de croire en sa
conception de la vérité. Malgré tout, des tensions ont quand même lieu. Dans des arènes comme
l’école, il est difficile d’avoir une égalité de traitement entre une conception scientifiquement
établie et une théorie qui parait fragile.
C. Étude de cas
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Théorie politique
Belin analyse le rôle des évangélistes comme puissant levier et source de pouvoir aux Etats-Unis.
Trump a déplacé l’ambassade américaine en Israel de Tel Aviv à Jérusalem. Il serait inscrit dans un
combat mondial contre le mal. Son discours est emprunt de références théologiques dans
l’évangélisme politique (phénomène qui remonte à Bush). 20 % des évangélistes du monde sont
Américains. Cela renvoie à la conviction d’être choisi par dieu pour faire de l’Amérique un phare
de la population mondiale. C’est un groupe qui a une conception du vrai religieux, une vérité
transcendante donc ce qui ressort des discours est une absence de rôle pour les peuples. On est
face à une négation du pluralisme inhérent à la conception démocratique de la vérité.
Le religieux permet la sécurité ontologique : qui je suis, ce que je fais, quel est mon rôle
Flockhert : l’anxiété existentielle rend incapable d’action => la vérité transcendante du religieux
fourni une grille de lecture d’un monde et une conception de la vérité qui soit s’accommode, soit
entre en conflit avec la vérité politique.
Séance 8 - La vengeance
Vengeance : acte de punition en réaction à qui blesse, quelqu’un jugé responsable en rétribution
à une offense subie. C’est une violence en retour.
• 4 caractéristiques :
‣ Un usage de la violence ou la menace d’employer de la violence
‣ La perception d’une offense initiale : notion d’interprétation
‣ La vengeance survient dans une communauté qui se reconnait comme telle (Eisenstat) : il faut
s’identifier à la personne jugée victime de l’acte initial
‣ La vengeance fournirait une certaine satisfaction résultant de la blessure de l’autre (Elster,
Nozick)
Dans l’Antiquité, les dieux sont vengeurs, ils se vengent entre eux et se vengent des hommes.
Chez les Égyptiens, il y a un dieu de la vengeance Khonsou. Les dieux auraient donc comme
pratique la vengeance entre eux.
Elle est encore invoquée pour justifier autant que pour dénoncer les causes politiques ou des
actions.
La vengeance est utilisée comme justification pour légitimer des cas de violences politiques :
‣ En 2015, un attentat au Danemark vise une synagogue et un centre culturel avec un assaillant
qui justifie l’attaque comme une vengeance contre des caricatures publiées.
‣ En Nouvelle-Zélande, un suprémaciste blanc vise des mosquées à Christchurch pour venger
une suédoise tuée en 2017.
‣ Depuis février 2022, Poutine utilise des discours de vengeance contre l’humiliation subie par
la Russie.
Il y a aussi des acteurs plus traditionnels qui utilisent la vengeance pour justifier leur action sur la
scène internationale :
‣ En aout 2022, Joe Biden pour qualifier l’élimination du leader d’Al Qaida, annonce que
justice a été rendue.
‣ 2 mai 2011 : élimination de Ben Laden, le NY Post titre : « vengeance, we got the bastard ».
D’autres acteurs sur la scène politique refusent de tomber dans des logiques de vengeance et la
dénonce. C’est le cas de plusieurs victimes du terrorisme. Arnaud Lançon a été actif pour s’assurer
qu’il y ait des droits de la défense au procès des terroristes de Charlie Hebdo.
Quand on a une situation de vengeance, c’est qu’il y a un déséquilibre entre les deux acteurs et
qu’on fait baisser le niveau de l’autre.
La revanche c’est quand on s’élève au dessus du niveau de l’adversaire.
La vengeance peut déstabiliser l’État, elle peut être mobilisée par l’État, elle peut être des formes
de violences politiques dans l’État ou être contre l’État. Elle peut aussi être ignorée, rejetée,
combattue.
Une première approche trouve que la vengeance n’a pas sa place dans la politique. C’est le point
de vue libéral. Il y a donc le développement de mythe d’un passage de la vengeance à la justice.
Dans la mythologie, Athéna pour stopper les cycles de vengeance établit le premier tribunal. Elle
rétablit l’équilibre des dieux et lutte contre l’impuni. En somme, avec la naissance de la justice, la
vengeance disparaît. La justice vient remplacer la vengeance grâce à la sagesse. Le progrès veut
donc que la vengeance soit exclue et qu’on privilégie la justice.
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Théorie politique
Cette approche de la vengeance comme ancêtre barbare de la justice moderne, est très
répandue dans la littérature. Verdier déplore qu’on pense que la justice d’un ordre social est
proportionnelle à son éloignement des procédures et de l’esprit de vengeance. Plus on est
éloigné de la vengeance, plus on est juste.
Chez Hobbes, Locke et Rousseau, dans l’état de nature, la vengeance était un comportement
normal et accepté qui organisait les relations entre les êtres humains.
Dans l’Antiquité, l’Iliade montre une situation où le chagrin personnel du chef devient la cause
publique de toute la tribut. On retrouve aussi des formes institutionnalisées de la vengeance
(code de Hammurabi). Selon le récit libéral, on a dans l’Antiquité une vengeance normativement
légitimée.
À la Renaissance, la vengeance devient plus secrète (scandale des poisons avec Louis XIV). On
est face à une vengeance de plus en plus disqualifiée normativement.
Dans l’État-nation moderne, la vengeance n’a pas lieu d’être car il y a un monopole de la
contrainte physique légitime.
Au Moyen-Âge, Zink va montrer qu’il y a une coexistence entre le code d’honneur et l’émergence
du christianisme qui promeut le pardon.
Dans la période moderne, Puigelier et Terré montrent qu’il y a 3 formes de vengeance qui
subsistent :
• Vengeance rejetée : disqualifiée sur le plan normatif, explicitement condamné par la doxa.
• Vengeance apprivoisée/institutionnalisée : il y a eu institutionnalisation de la vengeance dans
l’exercice du droit. Par exemple : constitution du plaignant dans les procès pénaux ou la
tendance du droit de la responsabilité civile à évoluer vers des dommages et intérêts.
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Théorie politique
‣ Selon Holmes, c’est le rôle du système judiciaire de travailler pour les personnes qui ont
besoin de se venger.
‣ Aladjem argumente que la guerre en Afghanistan est une vengeance des Etats-Unis pour le
11/09 et que les Etats-Unis l’institutionnalisent dans le cadre de l’art. 7 de la CNU.
‣ Coddacionni s’appuie sur le contexte législatif français pour montrer que la modernité a
étendu l’applicabilité de la légitime défense et donc on a intégré la vengeance comme cause
légitime de régulation des comportements
• Vengeance acceptée : certaines formes de vengeance ne sont pas institutionnalisée mais ne
nous semblent pas illégitimes dans la réalité.
‣ Jacoby a montré que dans la fiction, il y a un traitement de la vengeance qui promeut une
admiration pour la bravoure de la justice privée.
Il y a des situations où la vengeance est considérée comme utile : dans certaines villes du
Pakistan, il existe l’honneur moral qui se distingue de l’honneur politique et ces deux concepts
sont considérés comme des devoirs. Elster considère que chaque musulman nait avec l’honneur
moral et ne pas le protéger conduit à ne pas vivre en société. Par cette sacralisation, les
Pakistanais assurent une forme de lutte contre l’impunité. Dans cette conception, la vengeance
est vue comme un outil positif pour assurer et protéger l’estime de soi.
On retrouve aussi cette conception dans la sociologie milliaire. Teboul a étudié la formation des
parachutistes et a montré que ne pas répondre aux offenses a un impact sur la réputation. On
attend du soldat qu’il soit capable de riposter face au bizutage afin de montrer sa virilité et de
protéger son honneur.
En fin de compte, la vengeance apparait compatible avec la modernité y compris dans les
sociétés où elle a été normativement disqualifiée.
En relations internationales, la vengeance est une arme narrative car on peut la rendre malléable
en fonction de la stratégie.
2 gains de la vengeance :
• Sécuritisation : acte par lequel on transforme une question pas sécuritaire en une question
sécuritaire. Les discours de vengeance permettent de sécuritiser l’islam.
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Théorie politique
• Sécurité ontologique : capacité de dire qui je suis, à quoi je sert et qu’est-ce qu’il va se passer
pour moi. Pour l’obtenir il faut un sentiment d’ordre, des routines et donner du sens.
Les discours de vengeance dans leur forme multiple permettent de combiner 2 choses : présenter
quelque chose comme étant grave tout en rassurant en disant que tout est sous contrôle. Donc
les récits de vengeance permettent de rationaliser le chaos.
Introduction
L’enjeu du politique est d’organiser la vie en collectif, de trouver une manière de structurer une
entité faite d’individualités. La relation à l’autre est au coeur de ce qui fait le politique. Le
politique, c’est penser l’autre en tant que membre extérieur à la communauté politique mais aussi
l’autre quand il est membre au sein de mon entité politique.
Autrui, en philosophie morale, est opposé au moi ; en philosophie politique, il est opposé à ma
communauté. Autrui, c’est un autre que j’exclue. Il peut être comme moi mais il n’est pas moi.
Dans autrui, il y a une notion possible d’égalité. Autrui, c’est ce qui rend possible la notion de
réciprocité. Il est possible qu’autrui ne soit pas mon égal mais il faut que les termes de l’échange
soient reconnus avec lui. Autrui est fondé sur la notion de reconnaissance.
C’est un concept qu'on retrouve chez Kant : autrui ce n’est pas moi mais il est respectable. Dans
sa formulation de l’impératif catégorique, il considère qu’il ne faut pas faire à autrui ce que tu ne
voudrais pas qui te sois fait.
L’altérité est souvent associée à un rapport de force, de domination. Le terme altérité souligne
une différence : l’alter n’est pas comme moi et ne pourra pas être comme moi. L’altérité souligne
une différence entre moi et l’autre.
Tous ceux qui ont réfléchi à la formation du politique voient dans le rapport à l’autre le fondement
de toute communauté. C’est l’acte de définition et de nomination d’un autre, sa désignation et
son exclusion qui vont fonder le contrat social. Le besoin du contrat provient de la désignation de
celles et ceux que l’ont doit exclure du contrat. Par analogie hobbesienne, la guerre de tous
contre tous devient une guerre de certains contre d’autres grâce à la constitution politique.
Schmitt dit que le fait même politique est le lien entre l’ami et l’ennemi. L’Autre est un autre
redoutable. Il est absolument différent de moi mais il est dangereux dans sa force. C’est l’acte de
désigner cet autre redoutable qui fait le politique. Il y a la nécessité d'un ennemi, réel ou virtuel,
et cet ennemi nous fédère.
Gagnepain montre que c’est par l’opposition aux Turcs que l’occident chrétien s’est constitué.
Pour lui, c’est parce qu’on a le même ennemi qu’on se ligue avec quelqu’un.
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Théorie politique
C’est l’approche qu'on retrouve chez Simmel qui considère que le conflit a une fonction
socialisante : « l’état de conflit, en revanche, resserre si fort les éléments et leur fait subir une
impulsion si unitaire qu’ils sont soit obligés de se supporter, soit de se repousser complètement ».
Pour Girard, l’acte fondateur du politique est le sacrifice. Le sacrifice ne peut pas sacrifier
n’importe qui, il faut sacrifier un bouc émissaire. Il a les caractéristiques d’un autre au sein de la
communauté. C’est cet acte de sacrifice qui restaure l’ordre social.
Pour Foucault, la forme même du pouvoir est la capacité discursive de définir ce qui est le normal
et donc ce qui est le déviant.
En TP, lorsqu’on nomme un autre auquel on s’oppose, c’est l’acte de naissance du politique.
Selon Lefort, cet autre, une fois qu'il est nommé, contribue à constituer le peuple un.
Premier mécanisme : Autrui est craint, donc on se constitue en communauté unie au cas où il
nous ferait du mal.
Autrui permet le renforcement de l’unité. Jaspers considère que contre la violence d’autrui, la
défense violente est nécessaire à moins que l’on ne soit prêt, par non violence, à devenir l’esclave
d’autrui ou à courir à sa perte. C’est le cas dans les relations internationales où, en état
d’anarchie, les États ont tendance à renforcer leur puissance militaire, pour se mettre à l’abris de
la puissance d’autrui.
Batistella dit que « étant donné que nul ne saurait jamais se sentir complètement en sécurité dans
un monde composé d’unités en compétition, la lutte pour la puissance s’en suit d’où le cercle
vicieux avec autrui de la sécurité et de la puissance ». C’est parce que autrui existe que je le crains
et comme je ne connais pas ses intentions, la quête de puissance existe pour renforcer ma
sécurité. Ce Peuple Un devient Un parce qu’il doit lutter contre un autre.
Deuxième mécanisme : Autrui est craint mais admiré donc on cherche sa reconnaissance donc
on se constitue via des règles.
Autrui n’est pas seulement celui que je crains mais c’est celui dont je souhaite la reconnaissance.
Pour Hegel, je rejette autrui mais ma relation avec lui est une relation de besoins réciproque. La
conscience de soi passe par la reconnaissance par une autre conscience.
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Théorie politique
La reconnaissance mutuelle par laquelle chacun se reconnait par un autre qu’il reconnait permet
d’atteindre la conscience de moi qui est la condition du politique. Je ne peux pas être moi si je ne
suis pas reconnu par les autres en tant que tel et particulièrement si je ne suis pas reconnu par
ceux que moi même je reconnais.
Pour Sartre, c’est sous le regard de l’autre que j’acquiers une existence objective. Je ne peux
exister que si un autre reconnait que j’existe.
Pour Levinas, cette reconnaissance vise l’éthique et le respect. Pour lui, dans la phrase « tu ne
tueras point », il y a la reconnaissance d’un agent responsable capable de faire des choix. C’est
cette personne qui me nomme « tu » qui fonde l’éthique. Je reconnais un autre comme mon égal.
Mead considère l’autrui généralisé. C’est cet autrui que je crains mais dont je vais intérioriser le
jugement et les attentes. J’agis en tant qu’agent politique quand je sais qu’il y a des attentes de
la part d’un autre dont j’ai intériorisé le jugement.
Autrui c'est un autre que je crains et que j’admire. Parce que je le crains, il me force à devenir une
communauté politique forte et unie au cas où il viendrait m’attaquer. Parce que je l’admire, il est
celui avec lequel je vais ordonner mon affrontement afin d’être reconnu de lui et donc d’exister.
Autrui fonde le politique d’abord comme un mécanisme d’exclusion et dans un autre temps, c’est
parce que cet autre est nommé et identifié que je vais établir des conventions, des régulations,
des traités.
L’altérité c’est celles et ceux qui dans la pratique du politique vont être jugés autre dans le sens
de différents. Ils ne sont pas ceux contre qui on se constitue mais ceux avec qui le politique pense
devoir composer.
Saïd, L’orientalisme : le pouvoir, le mode de penser dominant impose à l’autre son image en
définissant l’altérité. Il montre comment l’Occident à définit l’oriental en lui imposant ses propres
présupposés d’Occident. C’est un mécanisme réciproque : en définissant l’oriental, j’existe en tant
qu’occidental.
A. Revendiquer l’altérité
Il existe des stratégies de revendication de l’altérité : quand être un autre devient une politique :
on revendique avec fierté ou stratégiquement le statut d’autre qui a été mis en position d’alter.
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Théorie politique
Lucumba : au moment de l’indépendance du Congo a fait un discours où il a choisi de raconter
l’ensemble des humiliations qu’il a subit par l’ordre colonial.
Concept d’hybridité culturelle développé par Bhabha qui cherche à étudier comment
l’organisation politique au sortir de l’histoire coloniale va mettre en place une hybridité culturelle
avec une influence de la culture colonisatrice et une influence de la culture colonisée.
Chez De Beauvoir, la société et la culture ont historiquement opprimé les femmes car elles ont été
reléguées dans la position de l’autre par rapport aux hommes. Les stratégies féministes sont de
revendiquer le fait d’être cet autre.
Concept de la négritude : mouvement poétique et politique créé par Césaire puis repris par
Senghor : appropriation et revendication politique des souffrances noires dans l’histoire. Pour
Césaire, la négritude est un espace politique d’expression identitaire et surtout un combat
politique. Par la négritude il s’agit de refuser une domination totale. La négritude permet
d’assumer les frontières entre noirs et blancs hérités de l’histoire. Mais c’est un combat politique
donc il faut contester la position de dominé assigner aux noirs dans ce système de classement.
Césaire revendique une opposition à la position prise par leurs ancêtres. L’objectif est de
permettre l’émancipation. La négritude est un double mouvement : l’affirmation d’une identité
culturelle spécifique et l’opposition à un particularisme culturel de dominé. La négritude souhaite
revendiquer le statut d’autre en vue de la reconnaissance. Pour Senghor, la négritude est une
manière d’assumer les valeurs de civilisation du monde noir, de les actualiser et de les utiliser pour
faire vivre sa contribution à la civilisation de l’universel.
C’est un concept qui a été critiqué sur le plan politique par Fanon. Pour lui, la négritude contribue
à momifier le monde noir.
Ce sont des critiques qu’on entend aussi à propos du sud global. C’est un terme qui est utilisé par
les acteurs du sud à des fins politiques.
B. Organiser l’altérité
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Théorie politique
cosmopolitique est le droit qu’a l’étranger à son arrivée dans le territoire d’autrui de ne pas être
traité en ennemi.
Le projet cosmopolite est l’idée que toutes les altérités ont le droit de circuler, de visiter. Paquot
considère que la ville devrait être un territoire composite accessible gratuitement à une
population variée où chacun peut évoluer selon son rythme. Il faut que les frontières ne soient
plus fixes et qu’il y ait un droit de circulation de tous en tout temps et tout espace.
Exemple 1 : communautés basque, catalane avec des langues régionales mais une seule langue
au sein du système fédéral.
Exemple 2 : province d’Aceh en Indonésie. C’est une province qui a un statut automne particulier
avec une application de la Charia. Aceh met en place son propre système législatif mais fait
toujours partie de l’État indonésien.
Limite : cette idée de fédéralisme suppose que l’altérité soit géographiquement rassemblée. Par
ailleurs, c’est un système qui n’est pas vraiment cosmopolite parce qu’il n’y a pas de dialogue
entre les différentes communautés. C’est juste une séparation des altérités dans différentes
structures intermédiaires.
III. Penser avec les/grâce aux Autres : pour des théories politiques décentrées et plurielles
Aujourd’hui, on pense les relations internationales et les TP avec des auteurs occidentaux.
L’enjeu du décentrement c’est ce que Cassin appelle « compliquer l’universel, une première
manière de ne pas souffrir de sa pathologie, l’exclusion ».
L’enjeu est de penser avec les autres et grâce aux autres. Depuis une vingtaine d'années, il y a un
décentrement du regard dans les relations internationales pour plusieurs raisons :
‣ Justice : souligner la nécessité de diversifier les enjeux et de dévoiler les logiques post-
coloniales.
‣ Exercice intellectuel nécessaire : si on ne décentre pas, on s’enferme dans des fondements
ontologiques et épistémologiques ancrés sur la référence de Westphalie.
‣ Nécessité politique : les rapports de puissance se déplacent vers le sud et l’est
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Théorie politique
Exemples d’auteurs non-occidentaux : Chakrabarty, De Voto, Escude, Kautiliy, Lao Zi, Confucius,
David Diope et Fareed Zakaria.
Il ne s’agit plus seulement d’envisager l’altérité mais de penser avec elle, c’est-à-dire de diversifier
les perspectives pour comprendre l’espace mondial. Cassin propose de pluraliser notre référence
à l’universel cela sans se positionner par rapport à un référentiel dominant. Le décentrement est
un effort pour élargir les perspectives.
Pour Chakrabarty, l’objectif est de provincialiser l’Europe. Cela suppose de se défaire de certains
présupposés politiques : le stato-centrisme, l’anarchophilie et les perspectives ahistoriques.
Cela répond aussi à une nécessité politique parce que les rapports de puissance se déplacent.
Séance 10 - L’environnement
L’environnement renvoie à l’ensemble des conditions naturelles. En droit français, cela inclut 2
éléments :
‣ La nature : les espèces animales végétales, les équilibres biologiques et les ressources
naturelles
‣ Les sites et les paysages
Conte va montrer que l’harmonie entre l’être vivant et son milieu est la condition fondamentale
pour toute vie. Lovelock a un positionnement différent. Pour lui, la Terre est un être vivant dont
l’Homme fait partie or, l’Homme agresse la nature et pourrait se retrouver exclu de cet être vivant.
Les deux objectifs sont similaires : la préservation de l’environnement, mais les manières dont
l’Homme interagit avec lui sont différentes.
Certains auteurs comme Goodin considèrent que l’écologisme est un courant politique comme le
marxisme. Ce n’est pas une conception nouvelle. Dès 1866, il y a des réflexions dessus avec
Haeckel.
Deux idées :
‣ Limite de la croissance politique comme mode de faire du politique
‣ L’attribution d’une valeur morale aux entités non-humaines
Le concept d’écologie est avant tout scientifique. C’est une discipline qui s’intéresse aux relations
entre les sociétés et leur environnement. Elle est née au milieu du XIXème siècle. Haeckel fonde
le concept d’écologie en 1877. À l’origine, elle n’a donc pas de vocation politique. Ce qui va
rendre l’écologie politique, c’est un ensemble de travaux qui interrogent les détériorations que
les sociétés humaines causent à leur environnement. L’écologie politique a différentes origines
philosophiques et théoriques. Parmi elles, on retrouve l’éthique de la nature et l’éthique de
l’environnement. Elles naissent dans un contexte européen et nord-américain et sont souvent
développées dans le romantisme et le transcendantalisme. Il y a un deuxième foyer qui provient
plutôt du progrès technique avec un ensemble d’auteurs critiques. Le troisième foyer est un
ensemble de mouvements sociaux (anti-nucléaire, éco-féminisme, etc). Ils dénoncent une nouvelle
forme d’oppression.
Ce concept acquiert un sens philosophique avec les Lumières. Elle a d’abord une dimension
scientifique. La nature devient calculable, mesurable, classifiable.
La dimension morale de la nature se développe aussi avec les Lumières. Les auteurs nord-
américains, dans le cadre de la conquête de l’ouest, ont fait de la nature un lieu de culte. La
nature pour les premiers colons est pensée comme quelque chose de dangereux. C’est un lieu
païen où se trouvent les Indiens. Dans cet esprit colonial, il va falloir évangéliser la nature. Au fur
et à mesure de la conquête du territoire américain, la nature devient intimement liée à la
connaissance chrétienne. C’est ce qu’on retrouve chez Whitman et Emerson. La nature, dans ces
premiers ouvrages, est quelque chose qu’on doit protéger car c’est un lieu de communion.
Cette vision religieuse de la nature se retrouve dans le transcendantalisme américain qui voit la
nature comme le lieu de la transcendance de l’être. C’est le lieu où l’on peut dépasser sa vision.
Parallèlement, la nature devient un lieu qu’on oppose de plus en plus à la cité. Si la nature est le
lieu de rencontre avec le vrai, la cité est le lieu de la corruption, des vices, de la dénaturation de
l’Homme. Thoreau créé le concept de wilderness. Pour lui, le fait de s’isoler dans la nature
apprend à désobéir et remettre en question toutes les lois qu’on nous a imposé. C’est un lieu
d’apprentissage politique. L’Homme doit être anarchique et ne pas obéir à des règles, comme la
nature. La nature est le lieu de régénération de l’esprit critique et de la liberté individuelle.
43
Théorie politique
C’est l’origine intellectuelle de la campagne de création des parcs nationaux aux Etats-Unis
incarnée par Roosevelt qui est convaincu de cette idée par Muir qui considère qu’il faut soustraire
à l’urbanisation de grands espaces naturels au sein desquels les citoyens américains vont pouvoir
expérimenter l’apprentissage de l’isolement et de la liberté. On célèbre aussi l’avènement de la
nation américaine comme quelque chose qui a été arrachée aux mains des Indiens.
Les parcs nationaux s’inspirent d’une dimension coloniale dans le monde anglo-saxon.
C’est une vision de la nature qui se développe en Europe. Descola montre que la nature n’a pas
le même sens dans toutes les régions du monde.
En France, le romantisme célèbre la nature et la vertu. C’est aussi ce que fait Rousseau qui pense
la valeur morale de la nature. Son état de nature est assez heureux. Il considère aussi que la
nature est un lieu d’apprentissage et que c’est un miroir de soi. C’est une opposition avec la
société qui est le lieu de la corruption. Contrairement à la tradition américaine, cette vision de la
nature est assez laïque. La raison joue une part plus importante que la religion.
Assez tôt, en France, on adopte l’idée de conservation de la nature pour des raisons nationales et
historiques. Au cours du XIXème siècle, la notion de patrimoine nait. Elle entend couvrir des lieux
qui évoquent la communauté nationale. Quand les notions de patrimoines et de monuments
naturels naissent au début du XXème siècle, on commence à classer des objets qui sont d’intérêt
historique.
À partir de deux traditions différentes, on en arrive à des politiques similaires. En France par
rapport aux Etats-Unis, la notion de patrimoine est liée aux générations futures. C’est l’aspect de
transmission.
Les éthiques de la nature sont anthropocentrées : on ne protège la nature que parce qu’elle
représente quelque chose pour les humains ou les sociétés humaines.
Le point commun de toutes les éthiques environnementales est de dire que la crise écologique
est une crise de l’anthropocentrisme. Certains auteurs comme White lient la crise écologique à
des origines religieuses. D’autres considèrent que la crise a des origines économiques.
44
Théorie politique
certains auteurs, on doit être égalitariste et considérer que toutes les vies se valent. Taylor
propose 4 devoirs que nous aurions envers les êtres vivants :
‣ Ne pas nuire à un être vivant
‣ Ne pas entraver la liberté d’un être vivant
‣ Ne pas rompre la fidélité avec les êtres vivants
‣ Rendre justice aux êtres vivants
Ce n’est pas de l’ordre du devoir absolu de ne pas nuire car il y a la possibilité de compenser ou
de réparer.
D’autres auteurs sont plus modérés, les conséquentialistes, et considèrent qu’on peut choisir
entre les différentes espèces d’êtres vivants qu’on doit protéger car il y a des formes de vie qui
ont un vouloir vivre plus important que d’autres.
Il y a aussi des éthiques écocentrées qui sont focalisées sur les écosystèmes en eux-mêmes qui
considèrent qu’il faut protéger toute la communauté écosytémique. C’est l’idée développée par
Leopold pour critiquer l’artificialisation des écosystèmes. Si on se contente de protéger la vie, rien
n’empêche l’extension des villes donc c’est les écosystèmes eux-mêmes qu’il faut protéger. Toute
action morale doit être jugée par rapport à ses effets sur les écosystèmes dans leur ensemble.
Cette approche va encore plus loin avec l’écologie profonde qui est un mouvement méta-
physique basé sur l’idée de l’humain comme faisant partie d’un tout. L’objectif est de protéger
l’intégrité de ce tout.
Latour défend cette vision éco-systémique à travers la théorie Gaïa. C’est une hypothèse
scientifique à l’origine développée par Lovelock qui postule que la Terre doit être considérée
comme un super-organisme avec une relation forte d’interdépendance entre tous les organismes.
Toute atteinte à l’équilibre du super-organisme est immorale. Aujourd’hui, le concept
d’anthropocène adopte cette vision systémique des effets de l’Homme sur notre environnement.
Une action morale a pour conséquence de renforcer l’équilibre de Gaïa contrairement aux actions
immorales. Pour Latour, plus on déséquilibre le super-organisme, plus il se venge.
On peut considérer qu’il y a une solidarité de destin entre l’avenir des sociétés humaines et
l’avenir des éco-systèmes. Il y a une approche anthropocentrée qui est cette idée qu’il faut
protéger les éco-systèmes pour nous protéger nous.
L’éthique animale s’intéresse à notre relation avec les animaux. Ils ont longtemps été victimes de
l’anthropocentrisme. Dès Aristote, il y a l’idée de supériorité morale de l’Homme sur les animaux.
L’Homme est particulier parce qu’il est doué de raison. Les autres espèces n’ont donc pas le droit
de participer aux débats politiques.
Dans l’Antiquité, cette supériorité morale de l’Homme se retrouve dans le christianisme. Saint
Thomas d’Aquin assimile les animaux à des serviteurs qu’on peut manger, emprisonner, torturer.
Au MA, on s’est intéressé à la reconnaissance d’une personnalité des animaux. Il y a ainsi eu des
procès des animaux. Les exemples restent rares et les animaux demeurent considérés comme des
serviteurs de l’Homme et non des sujets de droit.
45
Théorie politique
Les théories scientifiques de la Renaissance réactivent l’idée selon laquelle les bêtes sont dénuées
de raison.
Bentham pense qu’il faut inclure les animaux dans le calcul d’utilité. Le critère de la rationalité ne
doit pas être utilisé pour différencier les humains des animaux. Bentham met en avant que c’était
l’argument avancé pour l’esclavage.
Calcul d’utilité : dans une société donnée, toute action doit augmenter le bonheur commun,
l’utilité commune. Une action est immorale quand elle diminue le bonheur commun. On doit
donc diminuer la souffrance dans une société, à la fois humaine mais aussi animale. Cela signifie
qu’on doit diminuer le plus possible la souffrance animale en fonction de l’utilité que la pratique
concernée apporte à la société. Il y a un niveau de souffrance animale tolérable pour l’objectif de
bonheur commun.
Le grand apport de l’utilitarisme est de considérer que les intérêts animaux et humains doivent
être pris en compte de manière égale.
Singer utilise le terme de spécisme en disant qu’il est injuste de discriminer une espèce par
rapport à une autre dans le calcul d’utilité. Les utilitaristes se battent pour la diminution de la
souffrance mais ils reconnaissent que certaines pratiques ne vont pas disparaitre.
Pour autant, les animaux ne sont pas sur le même plan que les humains. Si il y a une égalité des
intérêts, il n’y a pas d’égalité des conditions. Les humains ont une supériorité sur les animaux qui
a deux critères : on a conscience de nous-mêmes et de notre intérêt à vivre.
Le welfarisme a abolit des pratiques qui apportaient beaucoup trop de souffrances animales pour
des intérêts limités.
L’abolitionnisme plaide pour une valeur intrinsèque de la vie animale : les animaux doivent être
protégés au même titre que les humains. Ils sont eux aussi autonomes et conscients et il est donc
barbare de les faire souffrir et de les tuer pour notre profit ou notre santé. C’est donc le rejet de
toute forme d’exploitation et un combat pour la libération animale.
Latour et Serres pensent que nous devons changer de système politique et juridique pour
réellement faire de l’écologie politique. Latour propose de donner une représentation politique
aux non-humains. Serres pense que nous devrions sortir du contrat social, le réformer et passer un
nouvel accord avec notre environnement et nous engager en tant que société éco-systémique
46
Théorie politique
dans un contrat naturel. Tous les deux dénoncent l’exclusion volontaire de la nature de nos choix
politiques or elle devrait les guider. Ce sont les scientifiques a qui on donne un rôle essentiel.
Cela peut aussi être des juristes notamment avec la tutelle.
Il y a 4 foyers de l’écologisme :
Arendt pense le nouvel ordre politique et scientifique de la seconde moitié du XXème siècle. Elle
dénonce un monde économique moderne dans lequel l’Homme est réduit au statut de simple
rouage de l’économie. L’Homme n’a pas le temps de réfléchir parce qu’il est pris dans une
machine économique de laquelle il ne sort pas. Le travail moderne empêche les Hommes de
s’émanciper. Elle en appelle à une sortie de l’aliénation du système économique moderne qui
passe par la prise de conscience de la vulnérabilité de l’expérience humaine mais aussi son
environnement et la possibilité de l’auto-destruction du système.
C’est ce que dit aussi Jonas qui considère que l’humanité est prise dans une forme d’euphorie
progressiste et ne pense plus les limites du progrès et de l’industrialisation. Pour lui, nous avons
besoin d’un impératif catégorique qui fixe des limites radicales à notre action. Tous les choix
technologiques doivent être évalués à la lumière de leurs potentielles conséquences sur notre
existence. Cela donne naissance au principe de précaution : quand on ne peut pas mesurer les
conséquences d’une technologie, on s’abstient de la mettre au point.
• Catastrophisme et collapsologie
La collapsologie considère que l’effondrement est inéluctable et la seule chose que nous pouvons
faire est nous y préparer. C’est l’idée de vivre avec la fin des temps.
Ce courant fait un lien entre écologie politique et toutes formes d’oppression de nos sociétés
contemporaines. La crise écologique vient du système capitaliste basé sur l’exploitation des
ressources. Les Hommes comme la nature sont victimes du capitalisme. C’est aussi un système
patriarcale pour les éco-féministes. Le patriarcat a pensé l’exploitation de la nature comme il a
pensé l’exploitation de la femme. On renvoie la femme à la nature et la nature à la femme.
• L’idéal libertaire
47
Théorie politique
pense les zadistes. Il y a une forme d’anarchisme de l’écologie politique qui provient de la
nécessité de s’émanciper.
Séance 11 - Genre
Introduction
On peut retracer l’étude du genre aux années 80. On s’intéresse à la manière dont les femmes se
sont mobilisées sur la question des politiques publiques genrées. Il y a 2 thématiques principales :
l’analyse du processus décisionnel qui conduit aux politiques publiques et les effets des
mobilisations des femmes sur les politiques publiques.
C’est dans les années 80, qu’il y a un sous-champ qui se met en place autour de la question des
femmes. Cela s’ancre dans un mouvement avant tout politique. Dès le XIXème siècle, il y a des
mobilisations féministes avec la revendication du droit de vote et contre le contrôle par l’État de
la sexualité et la reproduction. C’est la lutte politique qui est venue avant et qui a donné lieu à
des réflexions sur la place des femmes dans le politique.
En science politique, l’objet de recherche « femme » a une assez longue histoire. Il y a une
introduction de la variable de sexe dans les recherches de socio po et d’ACP dans les années 50.
À cette époque, les femmes obtiennent le droit de vote dans plusieurs démocraties et les
chercheurs se rendent compte de leur méconnaissance sur leur vote. Il se développe une crainte
d’une inclinaison à droite de ce vote. C’est donc pour vérifier cela que les études se développent.
Dans les années 50/60, se développe une étude sur les droits reproductifs des femmes et sur leur
rapport au travail. Sullerot, étudie comment les femmes au milieu du XXème siècle vont avoir ce
moment de découverte du monde du travail. Le travail va être perçu comme une manière
d’appartenir au monde et d’agir sur le monde. Finalement, on assiste aussi à un rendez-vous
manqué entre les femmes et la capacité à influencer le monde du travail/politique. Elle propose
une analyse psychologique sur les professions ouvertes aux femmes et leur place dans le foyer.
Friedan analyse la situation des femmes mariées aux Etats-Unis avec un constat : elles souffrent du
malaise d’un déséquilibre entre la possibilité de travailler et l’injonction à être femme au foyer. La
femme ne pourrait s’accomplir que dans sa fonction de femme au foyer et dans le travail
ménager. C’est l’ouvrage qui a déclenché la deuxième vague de féminisme aux Etats-Unis pour le
travail des femmes (Première vague : années 1920 pour le droit de vote des femmes).
48
Théorie politique
À l’époque, les femmes sont une partie de la classe politique donc il faut analyser comment elles
se comportent. On introduit donc la variable de sexe de la même manière qu’on introduit les
autres variables.
Duverger analyse la participation des femmes à la vie politique en 1955. Il propose un panorama
de l’abstentionnisme féminin, le type de vote féminin, la divergence de vote entre les sexes, la
sensibilité aux personnalités comme caractéristique du vote féminin. On étudie les femmes en
tant qu’objet d’étude où le sexe est une variable sociologique.
Dans les années 60/70, émerge un débat intellectuel sur l’approche féministe de la science
politique. On cherche à savoir ce qui la distinguerait de l’étude des femmes. À cette époque, on
se pose la question de comment peut-on étudier les femmes sans les réduire à une variable
sociologique. On étend le champ d’application de la chose politique.
Whitworth propose une typologie des approches féministes en relations internationales dès 1997.
Elle étudie le féminisme comme idée dans les relations internationales. Squires étudie le
féminisme dans la TP. Elles distinguent entre 2 types de féminismes comme programme d’action :
‣ Approche libérale : inclusion des femmes à égalité dans le système tel qu’il existe
‣ Approche radicale : met en avant les qualités et caractéristiques propres aux femmes, prône
une transformation du système politique fondé sur de nouvelles valeurs que les femmes
seraient plus à même d’incarner.
Dans les années 90, on se penche sur la présentation du féminisme comme idée. Une question
qui se pose est la distinction d’une approche féministe avec les approches traditionnelles.
L’approche féministe étudie comment fonctionne le système électoral, quels sont les modes de
scrutin, le rôle de gatekeeper des partis politiques qui empêchent aux femmes de rentrer en
politique. C’est le système politique qui constitue un obstacle à l’inclusion et la participation des
femmes. Les politistes montrent que pour améliorer la condition des femmes, il ne suffit pas
d’augmenter le nombre de femmes. C’est les travaux de Dahlerup qui introduisent le concept
d’acte critique : pour que les politiques publiques soient plus favorables aux femmes, il ne suffit
pas d’atteindre la masse critique, il faut des personnes à même de conduire des actes critiques.
On montre aussi que le féminisme n’est pas une idée linéaire. On s’intéresse donc à comprendre
comment l’idée du féminisme se constitue à partir de négociations et de compromis.
Dietz essaye de montrer que le féminisme comme idée se traduit dans plusieurs programmes
d’action. Elle considère qu’on peut distinguer ceux qui souhaitent renverser la domination
masculine, ceux qui veulent mettre fin à la discrimination, ceux qui souhaitent assurer la libération
sexuelle des femmes, ceux qui souhaitent faire advenir une prise conscience sur la condition des
femmes et ceux qui veulent féminiser la démocratie. Différents courants féministes s’opposent. Un
lien avec la TP peut être fait. À l’époque, quand on cherche à penser les apports du féminisme
49
Théorie politique
comme idée, on réfléchi à la manière dont le féminisme est pensé en lien avec des principes
normatifs : égalité, différents droits, liberté, autonomie et reconnaissance. On pense le féminisme
en lien avec les grands principes normatifs de la TP sans nécessairement que ces concepts soient
pensés comme le résultat d’un processus genré.
Dans les années 90, il y a une résistance forte à penser l’antagonisme de sexes comme objet de
penser. La TP à l’époque reste imperméable aux façons dont les hiérarchies pensées façonnent le
politique.
Les études féministes ont jusqu’alors essayé de monter que les femmes étaient des sujets
politiques sur lesquelles il fallait travailler pour redéfinir les frontières du politique et que les
revendications d’émancipation des femmes sont une idée politique à analyser. Rapidement, on
voit que les catégories de sexes sont insuffisantes pour plusieurs raisons. Dès 1949, De Beauvoir
critique la conceptualisation des femmes par le simple rôle de sexe. Elle critique la réduction de la
hiérarchie des sexes aux données biologiques. Elles ne les condamnent pas à conserver à jamais
ce rôle subordonné. Elle insiste sur la construction sociale autour de ces préconceptions sur la
domination des hommes. Elle est pionnière dans l’introduction de l’analyse du genre. Elle éclaire
les inégalités à la lumière de la construction sociale des rôles masculin et féminin. Le genre
permet de dénaturer les relations de pouvoir entre les hommes et les femmes. Le concept de
genre explique les phénomènes politiques touchant les rapports de sexe et dévoilent la
dimension genrée des processus politiques qui étaient alors vus comme neutres.
Genre : un système de relations sociales qui détermine la définition et le contenu des groupes
femmes et hommes avec plusieurs dimensions : dimensions sexuelle du travail, hétérosexualité
normative, discours, idéologie et maternité
50
fi
Théorie politique
d’emplois genrés. Enloe montre que le paysage en Relations internationales n’est pas
seulement fait d’hommes, la contribution des femmes est multiple et souvent invisible.
‣ Nouvelle analyse des politiques publiques. Analyse du rôle des croyances dans ce qu’est une
femme, un homme, un président.
Pateman montre que la liberté telle qu’on l’a conçue en TP ne peut pas être universelle. Elle
montre que la conception classique a été fondée sur des normes masculines qui ont exclu des
femmes de la liberté politique. Le concept de liberté est construit sur la division sexuée entre
l’espace public et privé. Elle refuse la citoyenneté universelle. Les femmes ne peuvent pas en tant
que femme être autonome dans le sens d’être constructrices de leurs propres normes et
contraintes.
Senac montre que le contrat social est construit sur un contrat sexuel. Il est rendu possible par
une séparation entre le monde du public (masculin) et le monde du privé (féminin). On a exclu la
femme en lui donnant un espace à elle fondamentalement apolitique.
On considère que le foyer n’est pas politique donc il n’y a pas de domination politique. Cela
permet d'invisibliser les rapports de domination dans la sphère privée dont on va nier le caractère
politique.
Okin s’intéresse aux théories de la justice de Rawls. Elles ne tiennent guère compte des rapports
de pouvoirs qui se jouent dans la famille. Il y a une invisibilisation d’un rapport de domination au
sein du foyer parce que les personnes placées sous le voile d’ignorance sont des pères. Donc il
faudrait redéfinir cela pour que les individus ne connaissent pas leur position au sein du foyer.
51
Théorie politique
II. Genre et théorie politique
Double-geste significatif : on célèbre la valeur universelle des oeuvres des grands penseurs dont
les oeuvres sont au préalable expurgées de leurs considérations sur la hiérarchie des sexes.
Selon Locke, une sujétion n’est légitime que si elle est consentie. Locke bat un contrat social qui
permet de limiter le pouvoir sur la base du consentement. Laslett montre que Locke théorise le
droit conjugal qui est selon lui un pouvoir naturel antérieur à la volonté des contractants. Il parle
d’une différence de nature entre le pouvoir conjugal et le pouvoir politique. Il montre que le
châtiment de Dieu contre Ève est la manière dont Dieu assujetti la femme à son mari. Dès lors,
cette sujétion a un fondement naturel et non politique et ne concerne que les femmes. Le pouvoir
d’Adam est celui que tout mari détient d’ordonner les choses d’intérêts privés. Le pouvoir
conjugal est donc fondé dans le droit naturel. Selon Locke, la famille devient le lieu d’une
domination naturelle et donc invisible qui prive les femmes des attributs de la liberté. En
naturalisant le pouvoir conjugal, il prive la femme du critère ultime de la liberté : le droit de
propriété. Il affirme la supériorité de tout homme sur toute femme dans et en dehors de la famille.
Pour, Astell, son étonnement n’est pas l’inégalité entre les hommes et les femmes mais son
fondement en nature. Pour elle, l’assujettissement des femmes à leur mari est du même ordre que
l’assujettissement de tous à une hiérarchie sociale. C’est une domination politique qui ne renvoie
pas à une infériorité naturelle. Locke construit la moitié de l’humanité en catégorie naturellement
inférieure. Cette infériorité est en fait politique. Elle montre une duplicité dans le principe de
liberté tel qu’il a été conçu.
B. Genre et pouvoir
Depuis une dizaine d’années, il y a une réflexion sur le genre en TP autour des questions du
pouvoir
2 caractéristiques :
‣ Reproduction d’attributs de pouvoir associés au masculin chez les femmes en politique
‣ Pouvoir d’influence de l’épouse
Senac dit que le pouvoir a un genre. Il faut dénoncer la légitimation du pouvoir au nom d’une
prétendue puissance naturelle. Il faut utiliser le genre comme une grille de lecture pour
comprendre les dispositifs de pouvoir. Habermas a montré la transversalité de la virilité du
pouvoir. Il insiste sur la manière dont on a relégué les femmes à la sphère privé et considéré que
la sphère publique doit être un lieu viril, ferme, etc.
• La notion de parité :
52
Théorie politique
Tous les débats autour de la parité ont permis de rendre visible les inégalités entre les sexes.
Selon Héritier, le concept de parité permet de dénoncer la valeur différente qu’on accorde à
chaque sexe. Elle essaye d’analyser que c’est une construction de l’esprit. La parité permet de
porter la conquête de l’égalité dans les lieux de pouvoirs. La lutte pour la parité est parfois faite
selon une perspective égalitariste (parce que l’on veut la justice) et parfois selon une perspective
de la différence (plus-value politique).
• Genre/pouvoir/autrui :
On peut penser le genre comme une manière de penser le pouvoir d’autrui et avec autrui. De
Beauvoir considérait que l’enjeu du féminisme est de comprendre comment et pourquoi la
femme est devenue un Autre. On essaye donc de comprendre les mécanismes de mise en altérité
de la femme. 2 courants :
‣ Approches féministes décentrées : approches féministes sur l’intersectionnalité (= met au jour
les relations de constructions mutuelles entre les rapports sociaux et les rapports de genre)
‣ Approche queer du politique : essaye de montrer les concepts de justice et liberté sans que ce
soit tributaire d’un statut de genre ou sexuel.
Séance 12 - Langage
A. La performativité du langage
La théorie de la performativité du langage a été développée par Austin. Il existe un lien entre
langage, mots, discours et la chose politique. Ils façonnent et ont une performativité sur la chose
politique. C’est ce que montre Austin. Lorsque nous parlons, nous faisons 3 types d’actes :
‣ L’acte de locution : on dit quelque chose qui a un sens
‣ L’acte illocutoire : on dit quelque chose qui porte en lui-même une force
‣ L’acte perlocutoire : on dit quelque chose qui va avoir des effets sur nous, notre public ou
d’autres
Austin montre que le langage n’est pas seulement descriptif mais il est performatif. Cela signifie
qu’il peut faire des choses. Exemple : je promets (= s’engager dans une relation de réciprocité).
L’acte de langage peut aussi créer une action (exemple : au feu ! => tout le monde s’enfuie). C’est
ce qu’on retrouve chez Foucault avec le pouvoir discursif. Cela a un effet sur moi (= interne) et sur
les autres (= externe).
Austin parle de pratiques langagières. Un lien est fait entre le comportement et le langage. Cela
devient intéressant pour la chose politique car, le politique, c’est le langage en vue de l’action.
• Discours (discourse) : instrument mis en action soit entre des interlocuteurs soit unilatéralement.
• Récits (narratives) : désignent une séquence temporelle qui inclut une causalité et, qui, dans la
plupart des cas, est composé d’une structure passé/présent/futur. Souvent, l’action du discours
est mise en oeuvre pour résoudre une situation.
• Langage/mots (words) : instrument de la communication, un outil.
• Mythe : désigne une histoire sacrée souvent posée dans des temps primordiaux et présentée
comme histoire vraie avec pour objectif d’orienter notre action et les comportements des
individus et des sociétés.
53
Théorie politique
B. Usages stratégiques du langage
Si on considère que le langage est un acte qui peut générer une action, cela signifie qu’il peut
être stratégique. Des théories sont développées pour analyser les dimensions stratégiques du
langage : les strategic narratives.
MisKimmon, O’Loughlin et Roselle désignent les strategic narratives comme étant un moyen par
lequel les acteurs politiques tentent de construire une signification commune du passé, du
présent et de l’avenir afin de façonner le comportement des acteurs nationaux et internationaux.
Exemple : recherche de l’indépendance par l’Écosse qui travaille à développer un récit national
pour développer l’imaginaire écossais en vue de construire une communauté.
C’est quelque chose qu’on retrouve chez Anderson qui travaille sur la communauté imaginée et
qui explique qu’il faut l’unir par une conception partagée du passé pour construire le futur.
Wittgenstein et Schaffer proposent une approche par élucidation : il s’agit de comprendre ce que
les concepts veulent dire. Ils s’inscrivent en contraste avec l’approche positiviste du langage (= il y
a des réalités dans le monde). Ce sont donc des interprétativistes.
• Approche positiviste :
C’est la croyance selon laquelle les chercheurs en sciences sociales peuvent observer de façon
directe et neutre un monde social composé d’entités. Ces entités vont avoir une existence
indépendante de la façon dont je les conçois. Le but du positivisme va être de formuler des
propositions sur ces identités pour identifier des régularités. Le pouvoir, la classe sociale, etc. sont
traités comme s’ils avaient une existence ontologique indépendante et réelle. Les positivistes
utilisent ces concepts comme des outils pour décrire la réalité. La relation entre les concepts et le
monde empirique est une relation d’idée à faits.
• Approche interprétativiste :
L’interprétativisme part du principe qu’il n’existe pas d’entité sociale réelle mais seulement des
faits sociaux médiatisés par la culture ou les idées. En somme, il ne peut pas y avoir de liberté s’il
n’y a pas de mot pour dire liberté (exemple : 1984 : on supprime des mots pour supprimer des
conceptions). Le but de l’interpétativisme est de comprendre comment les significations sont
partagées et la manière dont elle est parfois le fruit de pouvoir, de compromis.
54
Théorie politique
L’approche interprétativiste d’élucidation est préconisée par Schaffer. On cherche à comprendre
comment les individus utilisent les concepts (= une convention intersubjective qui fournit un
éclairage sur une situation sociale partagée). La réalité sociale ne peut pas être comprise
indépendamment du langage utilisé par les individus pour évoluer dans le monde. Taylor est un
des principaux théoriciens de l’interprétativisme et considère que le langage est constitutif des
pratiques sociales (= tout n’est pas déterminé par le langage). L’objectif est de comprendre
comment le monde social a été construit linguistiquement et comment les acteurs sociaux
développent des concepts pour atteindre leurs objectifs y compris politique. Comment est-ce que
les compréhensions communes sont créées ?
Chez les interprétativistes, il y a 3 principes :
‣ Tenir compte de l’ensemble des significations revêtues par le concept au sein d’une
communauté donnée
‣ Tout concept utilisé par le chercheur doit être lié à des contextes historiques et linguistiques
particuliers
‣ Tout concept est lié à une relation de pouvoir ce qui signifie que tout concept est politique
Pour Wittgenstein, pour comprendre un concept, il faut étudier les usages faits de ce concept. Il
prône l’analyse du langage en actes. « L'utilisation du mot dans la pratique est sa signification ».
Au lieu de se demander ce qu’est la longueur, on va plutôt comprendre comment le mot est
utilisé. Ambrose considère que comprendre un mot c’est être capable de l’utiliser.
Finalement, tout est interprétation donc il n’y a pas de réalité objective mais il y a quand même
des règles. On a une définition des concepts qui est de dire qu’ils sont multiples mais obéissent à
des règles : « l’usage d’un mot est définie par des règles de la même manière que l’utilisation du
roi aux échecs ». Le langage et les actions dans lesquelles il est tissé sont comme un jeu régit par
des règles et ces règles sont publiquement connues et partagées, elles sont mêmes négociées.
Selon Wittgenstein, un concept c’est l’ensemble des façons d’utiliser un mot ou une expression
particulière. C’est l’agrégation des différentes façons dont le mot est utilisé. Cela le conduit à
considérer que tout peut être un concept. Par exemple, le mot jeu est un concept. L’identification
du concept repose sur la capacité à identifier des ressemblances familiales. Nos concepts sont
des familles avec des ressemblances variées. L’enjeu est d’identifier les règles dictant les usages
au sein de cette famille.
Schaffer développe l’idée de grounding : pour être à même de comprendre ce qu’entendent les
gens derrière un mot, il faut aller sur le terrain. Il développe donc la méthode de l’ordinary
language interviewing avec une méthodologie sur la manière de mener un entretien avec 6 types
de questions :
‣ Questions de jugement : est-qu’il y a ‘concept’ là où vous vivez actuellement ? ‘Concept’ est-il
bon ou mauvais ? Existe-t-il un endroit ou un pays où il n’y a pas de ‘concept’
‣ Questions de quand et si : l’objectif est d’identifier dans quel contexte on peut utiliser le mot
‘concept’. Est-ce que vous pouvez donner un contexte ou une phrase où vous pouvez utiliser le
mot ‘concept’ ?
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Théorie politique
‣ Questions sur ce qui ne peut pas être dit : objectif de comprendre les limites de
l’applicabilité d’un terme. On propose des contextes où il serait étrange d’utiliser le terme
‘concept’.
‣ Questions sur les différences : le ‘concept’ est comme … Est-ce qu’il y a une différence entre
les deux
‣ Questions d’approfondissement et de logique interne : est-ce que vous pouvez expliquer ?
Donner des exemple, comment ça s’articule ?
‣ Question de dé nition : c’est quoi ‘concept’ ?
A. « Stuck in English » ?
L’université internationale est dominée par l’anglais donc les sciences sociales se font
principalement en anglais. Dès lors, tous les concepts doivent être pensés dans une langue qui
n’est pas la nôtre. Il y a une hégémonie de l’anglais qui renforce l’occidentalo-centrisme.
La langue académique est particulière et l’hégémonie de l’anglais renforce cela. Se pose alors la
question de la justice dans l’accessibilité à la recherche dans la TP. Il y a aujourd’hui une
hégémonie des concepts pensés en langue anglaise et il y a parfois des blocages linguistiques
(exemple : agency). Il y a aussi une invisibilisation de certains concepts.
Schaffer inclu cette difficulté dans sa méthodologie parce qu’il montre que les questions posées
varient en fonction de la langue utilisée par l’interlocuteur parce que la langue utilisée varie. La
positionnalité langagière fait qu’on pose des questions différentes. Il y a un appauvrissement de la
recherche à cause de l’hégémonie de l’anglais. Le rapport au langage au concept étudié définit le
rapport à l’épistémologie.
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