L’ozone
Laurent Borrel (ENM/RP), Yann Esnault (SaE)
L’ozone, molécule bénéfique ou nocive ?
Depuis les années 1990, les scientifiques soulignent la fragilité de la couche
d’ozone et son importance pour la vie sur Terre. Dans le même temps, les autorités
sanitaires communiquent, surtout en période ensoleillée, sur les dangers de l’ozone
pour la santé.
Existe-t-il donc un ozone favorable, un autre néfaste ?
Dans les deux cas, il s’agit bien de la même molécule composée de 3 atomes
d’oxygène (formule chimique O3 ; à ne pas confondre avec le dioxygène, O2!). Mais
les effets de l’ozone ne sont pas les mêmes selon l’altitude où on le rencontre :
¾ l’ozone nous protège des rayons ultraviolets lorsqu’il se trouve en haute
altitude (entre 15 et 25 km, dans la stratosphère) : on parle alors d’ozone
stratosphérique (voir l’animation sur le site Météo-Education)
¾ l’ozone est un oxydant très fort, dangereux s’il dépasse certaines
concentrations dans les basses couches (ozone troposphérique), au contact
des êtres vivants (voir l’animation). De plus, à ce niveau, sa capacité à capter le
rayonnement devient un problème et il constitue alors un gaz à effet de serre.
Répartition verticale de l’ozone
Le profil ci-dessous montre que l’ozone est principalement localisé dans la
stratosphère (90% de l’ozone total).
Même dans la stratosphère, ce gaz
reste un composant très minoritaire
de l’atmosphère : 8 parties par
million (ppm) dans la couche de la
stratosphère où il est le plus
abondant ! Comme cela est
expliqué en annexe, on utilise une
unité spécifique, l’unité Dobson,
pour exprimer sa concentration.
L’ozone stratosphérique, couche protectrice
L’ozone nous protège de la plupart des rayonnements ultraviolets (UV) émis par le
Soleil. Plus ces rayonnements ont une longueur d’onde courte, plus ils sont
énergétiques et plus ils sont dangereux pour nos cellules.
Les UVc, de plus courte longueur
d’onde, sont entièrement arrêtés.
La majeure partie des UVb, principaux
responsable des cancers de la peau et
de son vieillissement, sont arrêtés.
La majeure partie des UVa traversent.
L’énergie de ces rayonnements,
absorbée dans la stratosphère, se
retrouve sous forme de chaleur.
C’est la raison pour laquelle, au dessus
de la troposphère, la température
cesse de diminuer et même augmente
avec l’altitude (page précédente) !
L’ozone est ici mesurée en unités Dobson (DU) par kilomètre :
voir l’annexe à la fin du dossier pour des explications.
L’équilibre chimique de l’ozone stratosphérique
¾ La production initiale de l’ozone repose sur la dissociation de molécules de
dioxygène par les rayons ultraviolets (photochimie), en présence de diazote.
O O O O
UV +
O O
puis O O
O
O O O O
+
O O O
¾ L’ozone peut lui aussi être dissocié par les ultraviolets pour redonner du
dioxygène, mais l’atome d’oxygène libéré se réassocie généralement avec du
dioxygène pour redonner de l’ozone en libérant de la chaleur : on a un cycle.
O
UV O O
O
O + O
+ O
O O O O O
O
O
¾ Plus rarement, l’atome d’oxygène rencontre une molécule d’ozone, qui est
alors détruite pour redonner du dioxygène : sortie du cycle.
L’équilibre chimique de l’ozone stratosphérique
¾ Ce cycle repose exclusivement sur les produits les plus abondants de
l’atmosphère : l’oxygène et l’azote. Il est donc imperturbable.
¾Toutefois, ces réactions ne suffisent pas à expliquer entièrement l’équilibre de
l’ozone : la destruction de l’ozone se fait aussi selon un autre mécanisme,
reposant sur des corps très peu abondants tels que le chlore. L’activité
humaine, en libérant de telles substances, est donc capable de perturber les
concentrations en O3.
¾ Pour plus de détails sur ces mécanismes, on pourra se référer à la page
suivante du site Météo-Education.
Le trou dans la couche d’ozone
Ce cycle peut être perturbé à plusieurs conditions :
¾ Une concentration significative de produits chlorés :
les nuages stratosphériques, très froids, qui se créent
au dessus du pôle sud durant l’hiver austral contiennent
des cristaux de glace qui sont des réservoirs de chlore.
¾ Un espace confiné permettant aux réactions de se
développer : le vortex polaire qui se crée également
au dessus de l’Antarctique durant l’hiver austral joue
ce rôle.
¾ La présence de rayonnement : cette condition est
obtenue à la fin de l’hiver austral, lorsque le soleil
réapparaît. On a alors le maximum de destruction
d’ozone, fin septembre/début octobre.
Le trou dans la couche d’ozone
¾ Ensuite, le vortex disparaît et permet le comblement du en septembre 2010 (©NASA)
trou d’ozone au détriment des moyennes latitudes.
¾ La limitation des émissions humaines de chlore peut
seule enrayer la destruction de l’ozone stratosphérique.
Le trou dans la couche d’ozone (2)
Comment en est on arrivé là ?
Nos sociétés de consommation ont fait un usage intensif de substances
destructrices d'ozone, et notamment de certains composés chlorés, les
chlorofluorocarbures (CFC), qui étaient présents par exemple dans les bombes
aérosols.
Le Protocole de Montréal,
entré en vigueur en 1989, a
banni les CFC. Depuis les
années 2000, l'ozone
stratosphérique a cessé de
régresser, et la couche
d'ozone devrait être
complètement reconstituée
vers 2050 !
Remarques sur l’ozone stratosphérique
Notons que c’est la vie qui est responsable de la présence de dioxygène en
abondance dans l’atmosphère terrestre, et donc de la couche d’ozone
protectrice… qui a permis à la vie de prospérer à la surface de la Terre !
Attention à une erreur très commune : confondre le problème du
changement climatique global et celui du trou dans la couche d'ozone.
La raison de cette confusion est que l'ozone, dans la troposphère, est aussi
un gaz à effet de serre. Il faut donc lutter contre la formation d’ozone
troposphérique (et ce, d’autant plus que ce gaz, comme on va le voir, est
nocif pour les êtres vivants). Mais il est tout aussi important de préserver
l'ozone dans la stratosphère ! Car sinon, qui nous protègerait des UV ?
L’ozone troposphérique
¾ Vous connaissez son odeur… c’est celle que vous sentez après un arc
électrique… ou après un orage.
¾ C’est un composé très oxydant, nuisible pour les êtres vivants :
- il affecte les poumons et les yeux,
- il fait des trous (nécrose) dans les feuilles des végétaux.
¾ Cet ozone troposphérique n’est pas produit directement par l’activité humaine ; il
résulte de la dissociation du dioxyde d’azote (NO2) en monoxyde d’azote (NO), en
présence de rayonnement.
L’ozone est donc qualifié de “polluant secondaire”, issu de polluants primaires (NO2
principalement).
L’étude des réactions (on pourra se référer à la page suivante) montre que la
production croit avec le rapport de concentrations [NO2]/[NO].
L’ozone troposphérique (2)
¾ Des composés tels que le monoxyde de carbone ou les hydrocarbures imbrûlés
intensifient cette réaction. C’est pourquoi les pics d’ozone apparaissent
généralement en aval des agglomérations.
¾ Evaluer le niveau de pollution oxydante nécessite de prendre en compte la
somme des concentrations d’ozone et de dioxyde d’azote notée Ox dans l’image
ci-dessous ; on voit que l’émission de NO au niveau de la ville aboutit à la formation
de NO2 aux dépends de l’ozone ; mais que, plus loin, l’ozone se reforme aux
dépens de NO2, pour atteindre un niveau plus élevé.
© R. Delmas, G. Mégie, VH Peuch-
Physique et chimie de l'atmosphère, Belin 2005
Annexe 1 : Unité de mesure de l’ozone
¾ On quantifie l’ozone contenu dans l’atmosphère par le nombre de molécules dans
une colonne de base égale à 1 cm2 s’étendant du sol au sommet de l’atmosphère.
¾ L’unité officielle de mesure de l’ozone est l’Unité Dobson (Dobson Unit, DU). Elle
correspond au nombre de molécules d’ozone contenues dans un volume cylindrique
de base égale à 1 cm2 et de hauteur égale à 0,01 millimètre, dans les conditions
standard de température et de pression (273 K et 1013 HPa).
¾ La valeur moyenne d’ozone mesurée dans l’atmosphère est de 300 DU, soit une
épaisseur de 3 mm.
Est-ce cohérent avec le profil vertical de la diapositive n°3, qui montre une couche
d’ozone s’étendant jusqu’à une quarantaine de km ? Oui, car aux altitudes
concernées, la pression est extrêmement faible, de l’ordre de quelques HPa. Si on
“recomprimait” cette colonne et les molécules qu’elle contient jusqu’aux conditions
standard (1013 HPa), on la réduirait bien à une épaisseur de 3 mm.
¾ Application : 1 DU correspond à quel nombre de molécules d’ozone dans la
colonne ? (Solution diapo suivante)
Solution de l’application
Nombre de molécules d’ozone correspondant à une épaisseur de 1 DU :
¾ On s’intéresse (cf. Définition) au nombre de molécules contenues dans un
cylindre de base 1 cm2, de hauteur 0,01 mm.
Soit un volume de 10-6 litre.
¾ Une mole de molécules, dans les conditions standard de température et de
pression, occupe un volume de 22,4 litres et contient 6,02 1023 molécules
(nombre d’Avogadro).
¾ Conclusion, 1 DU correspond au nombre de molécules suivant :
(6,02 x 1023 x 10-6) / 22,4 = 2,69 x 1016 molécules.
Annexe 2 : Historique de la découverte
de l’ozone stratosphérique
¾ La description de l’ozone date du 19e siècle
¾ Les premières mesures sont réalisées au début du 20e siècle
(Paris Montsouris)
¾ En 1929, Chapman (GB) présente le mécanisme qui porte désormais
son nom et qui explique la formation de l’ozone en grande partie.
¾ Les recherches menées durant les 50 années suivantes permettent
de compléter le cycle de Chapman par la chimie catalytique et
d’expliquer la totalité de la chimie de l’ozone. Cela met en évidence la
fragilité de l’équilibre.
¾En 1979, le trou dans la couche d’ozone stratosphérique est mis en
évidence expérimentalement.