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La pensée politique de Hobbes et l'état de nature

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Chapitre 2 : La pensée politique de Hobbes

Thomas Hobbes (1588-1679) est un philosophe anglais. Il a notamment


élaborée une théorie de l’homme et une théorie politique moderne.

Ses principaux ouvrages sont Du citoyen (1642) et Léviathan (1651).

Dans ce chapitre, nous étudierons, tout d’abord, la représentation de la


nature humaine proposée par Hobbes. Ensuite, nous verrons pourquoi Hobbes
associe l’état de nature à une situation de guerre et comment cette situa-
tion conduit à la société civile. Puis, nous expliquerons en quoi consiste le
libéralisme politique introduit par Hobbes. Finalement, nous étudierons com-
ment l’économie intervient dans l’analyse de Hobbes.

2.1 Individu et raison


Thomas Hobbes considère son ouvrage intitulé Du citoyen comme la
première contribution à la philosophie politique. Ce qu’il reproche à ses
prédécesseurs est soit d’avoir imaginer des systèmes politiques utopiques 1 ,
soit de traiter la question politique comme une question de pratique. Or,
dans l’esprit de Hobbes, la question de l’émergence du pouvoir politique doit
être envisagée comme une question théorique : “Je ne parle pas des hommes,
mais, dans l’abstrait, du siège du Pouvoir” (Léviathan, chapitre préliminaire).

Hobbes recherche les principes généraux expliquant la mise en place du


pouvoir politique afin d’ériger la politique au rang de science. Il s’agit de
construire “une véritable science guidée par les règles infaillibles de la rai-
son” (Léviathan, chapitre préliminaire). La guerre civile qui ébranla les struc-
tures politiques anglaises a sans doute confirmé Hobbes dans l’idée qu’il était
nécessaire de fonder théoriquement et scientifiquement le pouvoir politique
afin d’éviter la discorde, le conflit et la guerre 2 .

Le refus d’aborder la question de l’origine de la société civile par des


causes factuelles et historiques implique de passer du récit à la déduction,
1. T. More, L’Utopie (La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle ı̂le
d’Utopie), 1516.
2. Première révolution anglaise : 1ère guerre 1642-1645, 2ème guerre 1648-1649 ; 3ème
guerre 1649-1651.

1
de circonstances particulières à des principes universaux. En termes de disci-
plines, il s’agit d’abandonner l’histoire au profit de la philosophie politique.
L’objectif poursuivi est alors de construire une réflexion générale sur l’orga-
nisation de la société.

Par cette démarche, Hobbes a bien inventé un nouveau style de pensée,


une nouvelle manière de poser le problème de l’institution du social. Cette
mutation intellectuelle s’accompagne d’une réflexion sur l’individu, et sur le
statut de la raison humaine. Revenons sur ces points qui vont fortement in-
fluencer la pensée des XVIIième et XVIIIième siècles.

Pour Hobbes, la société civile est une invention humaine. Afin d’établir
les origines la société d’un point de vue scientifique, il est nécessaire de re-
chercher dans l’individu des caractéristiques universelles, qui constituent la
nature humaine. Il s’agit de mettre en évidence les motifs et les types de com-
portements des individus dans l’état de nature, c’est-à-dire indépendamment
de toute considération sur l’existence d’un pouvoir politique.

Hobbes retient plusieurs principes universaux caractéristiques du com-


portement humain.
1. Premièrement, l’individu est un être de désir. Le désir est une force in-
citant l’être humain à agir. L’individu désire principalement préserver
son être (c-à-d assurer sa survie).
2. Deuxièmement, l’être humain est pourvu d’une raison. Il est ainsi
capable de mener des raisonnements.
3. Troisièmement, l’individu est un être doté de la parole. Ce trait le
différencie d’un animal. De plus, par la parole, les individus peuvent
se signifier mutuellement leurs pensées. C’est de cette façon que les
idées de justice, de loi prennent un sens.
4. Quatrièmement, l’individu dans l’état de nature est un être libre de
penser et d’agir selon sa volonté. Cette liberté constitue le droit na-
turel des individus : “le droit naturel est la liberté que chacun a d’user
de sa propre puissance, comme il le veut lui-même pour la préservation
de sa propre nature, autrement dit de sa propre vie” (Léviathan, cha-
pitre 14). Ce droit est naturel puisque il est lié à la nature humaine.
Autrement dit, le droit naturel découle de la condition d’être humain
et non pas de l’appartenance à une société.

2
Hobbes tire un enseignement principal de ces caractéristiques individuelles
concernant la formation de la société civile. La raison permet aux individus
de faire émerger un objectif collectif désirable par tous. Puisque chaque in-
dividu désire conserver son être, chacun souhaite créer un contexte favorable
à la réalisation de ce désir. Il s’agit donc de chercher les conditions assurant
la sécurité de chacun, garantissant la paix afin de limiter la violence qui met
en péril la survie de chaque individu. Par un calcul rationnel, les individus
découvrent que “tout homme doit s’efforcer à la paix aussi longtemps qu’il a
l’espoir de l’obtenir” (Léviathan, [Link]).

De plus, la raison permet également aux hommes de découvrir que la


formation de la société civile est le moyen permettant d’atteindre cet objectif
commun. Autrement dit, par un calcul rationnel, les individus arrivent à la
conclusion qu’un Etat doit être institué. Expliquons comment se décide et se
réalise cette mise en place de l’Etat.

2.2 Guerre et paix


La représentation de l’individu comme être de parole conduit nécessairement
à l’étude des relations interindividuelles. Or, selon Hobbes, dans l’état de na-
ture, ces relations sont marquées par une double inquiétude.
1. Premièrement chaque individu est inquiet d’avoir à trouver constam-
ment de quoi se nourrir, se vêtir, s’abriter, bref est inquiet d’avoir à
conserver son être. En l’absence de règles juridiques, le désir de conser-
vation se traduit par le droit de chacun sur toutes choses. En effet, si
chacun a par nature le droit de préserver son existence, tout le monde
a forcément droit aux moyens que nécessite la satisfaction de cette fin.
2. Deuxièmement, il est inquiet des intentions des autres individus. En
effet, en l’absence de lois, la recherche de pouvoir par les individus
s’exprime sans limite. Chacun est libre de choisir les moyens pour
atteindre ses fins. Dès lors, la coexistence des individus ne peut être
qu’un rapport de force et l’inquiétude se transforme en crainte. Les re-
lations entre individus vont se caractériser par la défiance 3 , la rivalité,
et la recherche de la domination.
3. La défiance est la crainte d’être trompée. La méfiance est la disposition à soupçonner
le mal chez les autres individus.

3
Ces relations entre individus conduisent à ce que Hobbes appelle un état
de guerre. Cet état renvoie à une situation où les individus sombrent dans
des relations conflictuelles.

Le droit de chacun à toute chose jugée nécessaire pour sa survie implique


que, dans l’état de nature, il ne peux pas exister de droit de propriété.
De plus, dans l’état de nature, il est impossible d’envisager des engage-
ments durables entre les individus. En effet, en tant qu’êtres de parole et
de raison, les individus pourraient concevoir certains accords (notamment
s’engager pour la réalisation en commun de certaines tâches). Cependant,
l’absence de force contraignante rend impossible de tels accords. Aucun ac-
cord entre deux parties ne peut être envisagé dès lors qu’aucune des parties
n’est assurée de la collaboration effective de l’autre partie (car aucun dispo-
sitif ne contraint une partie à tenir ses engagements).

Cette situation de conflits perpétuels est le moment où s’éveille en chacun


la nécessité d’instituer un pouvoir politique. L’Etat, en imposant des limites
aux actions des individus, pourra établir les principes d’une paix civile.

L’institution de la société civile est ce passage d’une multitude d’indivi-


dus indépendants à une société d’individus unis par un pouvoir commun, le
souverain, oeuvrant pour leur paix. Cette union est le produit d’un accord
entre les volontés des individus sous la forme d’un contrat social. Chacun ac-
cepte de limiter son droit naturel et autorise le souverain à exercer le pouvoir
de légiférer, d’exécuter des lois ainsi que de juger les actions des individus.
Puisque la société civile est le produit d’un accord entre individus, elle est
un artifice comparable, nous dit Hobbes, à “une création à partir du néant
opérée par l’esprit humain” (Eléments de la loi naturelle et politique, livre
II, chapitre 1).

Il est important de noter que la soumission à un souverain ne désigne pas


un rapport d’assujettissement entre le souverain et les contractants. L’as-
sejuttissement annule les droits des individus alors que, dans le contrat so-
cial, l’idée est que chaque individu autorise une personne ou un conseil à le
représenter. Les actions du souverain (politiques et juridiques) sont prioritai-
rement orientées vers la sécurité des individus représentés. Hobbes souligne
que l’individu conserve un droit de résistance dans l’éventualité où la société
civile tenterait de mettre sa vie en danger.

4
2.3 Le libéralisme politique
Hobbes défend une société artificielle, c-à-d une société considérée
comme un artefact, un phénomène d’origine humaine. Cette conception est à
l’opposée de la société naturelle à laquelle Filmer et la tradition pré-moderne
adhéraient. Dans ce courant, l’individu était subordonné à la société. De ce
postulat découlait l’idée que le premier fait moral est un devoir envers la
société et non un droit individuel.

Hobbes renverse la problématique en affirmant, au contraire, que l’indi-


vidu est à l’origine de la société. Pour cela, il fallait donc imaginer un individu
abstrait, indépendant du pouvoir politique : c’est l’individu de l’état de na-
ture. Tous les droits du souverain découlent des droits qui appartenaient à
l’origine aux individus. Les devoirs qu’il impose aux citoyens ont pour seul
objectif d’assurer leur sécurité.

On appelle libéralisme politique la tradition pour laquelle le fait fon-


damental réside dans le droit naturel de l’homme et pour laquelle la mission
politique de l’Etat consiste à protéger ses mêmes droits. Hobbes est ainsi
considéré comme le fondateur du libéralisme politique.

2.4 Droit de propriété et économie


Chez Hobbes, le droit de propriété est un élément qui survient uniquement
après l’instauration du pouvoir politique. L’existence du pouvoir politique est
nécessaire pour l’appariton de la propriété. L’Etat, par sa présence, rend pos-
sible l’appropriation des choses. En effet, la mise en place du contrat social
(en tant que transfert de droits individuels) implique que chaque individu ne
peut plus se prévaloir du droit de disposer de toute chose. De plus, l’appari-
tion d’une force contraignante extérieure aux individus (justice et puissance
coercitive) conduit chacun au respect du droit de propriété d’autrui. L’Etat
est l’élément qui garantit la propriété (et ainsi permet son émergence).

Plus généralement, pour Hobbes, l’institution de l’Etat est primordiale


puisqu’elle précède la possibilité de passer des accords entre les individus.
Seule la présence de l’Etat peut amener les individus à respecter les ac-
cords passés (et donc, par extension, rend envisageable le fait de passer
des accords). En conséquence, la mise en place de l’Etat est nécessaire à

5
la réalisation d’échanges, c-à-d les transferts des droits de propriété, mais
également à l’accomplissement de plans de coopération entre différents indi-
vidus.

Il apparait donc que chez Hobbes, le développement économique est condi-


tionné à l’apparition du pouvoir politique. Aucune organisation et aucun
développement économique n’est possible dans l’état de nature. Cette posi-
tion révèle que pour Hobbes la politique est première et que l’économique
est assujétie à l’organisation politique.

Nous verrons que pour les auteurs ultérieurs le développement économique


jouera un rôle plus important. Néanmoins, Hobbes est un auteur important
dans la mesure où il a mis en place un cadre qui sera repris (avec quelques
modifications) par de nombreux auteurs. Ce cadre peut être décrit en trois
points :
1. la formulation de principes sur les comportements individuels ;
2. une hypothèse concernant l’existence d’un état de nature ;
3. l’émergence d’un état social qui repose sur un contrat passé entre les agents.

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