Introduction : Les relations internationales
Éléments de définition
L'expression "relations internationales" désigne à la fois l'objet d'étude et la
discipline qui les étudie. L'objet d'étude, ce sont les relations entre nations.
La discipline est la science universitaire qui porte sur cet objet d'étude.
Quand on parle des relations internationales, on ne peut pas s'en tenir aux
relations entre Etats. Il peut exister des nations sans Etats; d'autres forces
(organisations non gouvernementales, forces religieuses) interviennent. Si
l'on veut rendre compte autant que possible de la réalité afin de
comprendre le monde contemporain et de pouvoir agir sur lui, il faut
prendre en compte ces différents paramètres.
La nécessité d'approcher les relations internationales de manière ouverte
conduit à donner la définition suivante, dont on va développer les différents
éléments: les relations internationales sont des relations entre des corps
politiques, qui relèvent du droit international et ne se limitent pas aux
relations diplomatiques.
Des relations entre corps politiques
Les relations internationales ne sont pas des relations entre individus. Les
relations entre deux particuliers dépendant. de deux structures différentes
ne sont pas des relations internationales. Elles ne dépendent pas du droit
international, mais du droit privé interne (même la discipline qui les étudie
s'appelle le « Droit international privé ». Les relations internationales ne
sont plus des relations entre un individu et un État. De telles relations
dépendent exclusivement de l'Etat, même si l'individu n'est ressortissant de
l'Etat.
Les relations internationales sont des relations entre corps politiques,
c'est-à- dire des relations entre structures collectives n'ayant pas une
finalité individuelle: les nations. Une fois cela énoncé, on se trouve
confronté au caractère polysémique du mot nation. Selon l'approche
d'Ernest Renan : «la nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses,
qui à vrai dire n'en font qu'une, constituent cette âme, ce principe spirituel.
L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en
commun d'un riche legs de souvenirs; l'autre est le consentement actuel, le
désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage
qu'on a reçu indivis». Selon une approche pragmatique, on considère
comme une nation tout corps ayant une vocation politique et qui se définit
lui-même comme nation.
Les relations internationales relèvent du droit international. Les relations
internationales sont des relations relevant du droit international et non du
droit interne. C'est le critère essentiel sur lequel l'auteur du néologisme
international, Jeremy Bentham insistait.
Le caractère ce principe a produit des conséquences concrètes lors de la
décolonisation des années 1950-1970: les partisans de la décolonisation se
sont efforcés d'internationaliser les rapports entre colonisés et puissances
coloniales renforçant ainsi la légitimité de la revendication d'indépendance.
L'enjeu de la reconnaissance comme mouvement de libération nationale
était central: en reconnaissant qu'un groupe constituait un mouvement de
libération nationale, la communauté internationale considérait que ses
rapports avec la puissance coloniale devaient relever non du droit interne
mais du droit international, et donc que, juridiquement et politiquement,
'indépendante devait suivre.
Les relations internationales sont plus que les relations diplomatiques. Les
relations diplomatiques sont des relations officielles que les Etats ont entre
eux, par le biais d'agents diplomatiques (corps diplomatique; chefs d'Etat et
de gouvernement; ministres des Affaires étrangères). Limiter les relations
internationales aux relations diplomatiques donnerait une image déformée
de la réalité. Les relations diplomatiques sont une forme codifiée des
rapports entre Etats: la réalité des rapports internationaux contemporains
est le dépassement des formes diplomatiques, notamment par la
multiplication des rapports directs entre dirigeants. La forme diplomatique
n'a plus qu'un poids marginal. Par ailleurs, les relations diplomatiques sont
par nature avant tout bilatérales. Elles n'excluent pas le multilatéralisme,
mais ne le favorisent pas. Or, le multilatéralisme est devenu le cadre des
relations internationales.
II) Histoire des relations internationales :
1) Un monde sans relations internationales: de l'époque romaine à la
rupture de l'unité chrétienne.
Pas d'idée de relations internationales sous l'empire romain, les romains ne
connaissent pas l'idée de relations internationales. Certes ils sont
confrontés à des structures ne dépendent pas d'eux, à d'autres unités
politiques.
2) La naissance des relations internationales modernes (XVI-XVIIIème
Siècles:
Les rapports de forces changent: disparition de Byzance en 1453;
reconquête de l'Espagne et découverte de l'Amérique en 1492. Par ailleurs,
le sentiment national est une réalité depuis quelque temps déjà et se
renforce. Au début du XVIème siècle, la Réforme protestante met un terme
à l'unité religieuse en Occident. Le panorama a changé.
Les Etats souverains. Désormais, les acteurs internationaux sont des États
souverains. Ce sont déjà des Etats, c'est-à-dire des corps politiques
dissociés de la personne du prince qui est à leur tête. Cette dissociation a
lieu partout en Europe. Ils sont souverains car ils ne se reconnaissent aucun
supérieur. On est dans un contexte très différent de celui du Moyen Âge,
marqué par la multiplication des liens de vassalité et de soumission
(théoriques ou réels). Cette situation se traduit par les traités de Westphalie
qui réorganisent l'Europe après la guerre de Trente Ans (1648).
En théorie, la souveraineté de chaque prince est reconnue par les autres,
qui n'agissent plus dans son ordre intérieur. Le principe Cujus Regio Ejus
Religio en est le meilleur exemple: chaque prince détermine seul, sans
interférence extérieure, la religion de l'Etat. Au principe de souveraineté
des Etats est lié, comme une conséquence logique, celui d'égalité souveraine
des Etats. Ce principe correspond à une réalité concrète, du moins pour les
grandes puissances européennes (Angleterre, France, Habsbourg
d'Autriche et d'Espagne; pays Bas). Aucune n'est assez forte pour détruire
complètement l'autre.
La première colonisation européenne. L'Europe a colonisé le monde. Le
nouveau monde (les Amériques), celui des Espagnols, Portugais, Anglais,
Hollandais, Français se partagent. Mais aussi l'Extrême-Orient, où les
mêmes établissent des comptoirs ou des colonies.
La formation du droit international. C'est à cette époque que se forme
l'essentiel du droit international, en particulier le droit diplomatique. C'est
l'époque des premières légations que les grandes puissances établissent et
de la fixation des usages diplomatiques.
3) Les relations internationales en XIXe siècle :
Prédominance de l'Europe. La fin du XVIIIème siècle et le XIXe siècle ont
vu l'apparition de quelques nouveaux Etats issus de la décolonisation:
Etats-Unis d'Amérique au lendemain de la guerre d'Indépendance et
(1766-1783), anciennes colonies de l'Espagne en Amérique latine
(indépendantes à partir des années 1820). Mais la société internationale
demeure sous la prédominance européenne.
L'Europe du XIXème siècle :
La conséquence des guerres de la Révolution. Avec la déclaration de guerre
de 1792 (contre le roi de Bohême et de Hongrie et pas contre l'Empereur),
s'ouvre une période qui change fondamentalement la physionomie de
l'Europe. Aux termes de la guerre quasi ininterrompue qui dure jusqu'en
1815, la carte de l'Europe est profondément renouvelée. D'abord les
minuscules principautés allemandes disparaissent, au profit des plus
grandes d'entre elles (les grands gagnants: la Bavière, l'Autriche, la Prusse).
Au lendemain des guerres, les puissances européennes du congrès de
Vienne s'efforcent de contenir la France.
La Sainte-Alliance. C'est le traité conclu entre la Prusse, l'Autriche et la
Russie, ce traité signé le 26 septembre 1815 à un caractère quasi mystique.
Les Princes y affirment leur solidarité et leur fraternité, en affirmant qu'ils
tiennent leurs États en tant que " délégués de la providence ".
La Quadruple Alliance. La quadruple Alliance réunit les signataires de la
sainte-Alliance auxquels se joint le Royaume-Uni. Le traité est signé en
novembre 1815. L'un de ses objets est d'empêcher le retour au-pouvoir de
Napoléon ou d'un membre de sa famille ainsi que le retour à un régime
républicain en France: dans ces hypothèses les puissances entreraient en
guerre. Le concert européen. On parle de concert européen pour désigner la
coopération entre Etats européens dans un cadre informel, au cours de
conférences internationales que l'on réunit pour régler un problème:
conférence de Paris de 1856 pour mettre un terme à la guerre de Crimée;
conférence de Berlin de 1885 pour régler le statut du Congo et des
territoires africains etc., On réunit aussi des conférences pour élaborer des
règles applicables en cas de conflit ou pour le règlement des différends
(conférences de La Haye de 1899 et 1907).
4) Le XXème siècle (1914-1989): émergence, consolidation et déclin d'un
clivage bi populaire :
Pesanteur multinationale en 1914, on présente souvent le conflit mondial
comme inéluctable, la Triple-Entente (France, Russie, Angleterre)
s'opposant à la Triplice (Allemagne, Autriche-Hongrie et Italie), la
militarisation de l'Europe et le jeu des alliances ne pouvant que conduire,
par suite de l'enchaînement des uns par les autres, à l'explosion générale,
cette explosion générale étant d'autant plus probable que les nationalismes
brimés (Polonais, Slaves du Sud) sont très vifs.
Une telle vision néglige l'existence d'autres forces qui vont dans le sens de
la paix. C'est le cas de l'Internationale socialiste: Les liens noués au sein de
celle- ci, qui proclame son pacifisme, sont très forts. À la veille de la guerre,
la participation des socialistes à un conflit européen semble impossible.
Une autre pesanteur, dans le sens de la paix, est l'ensemble formé par les
alliances dynastiques: en 19t4; toute l'Europe est dirigée par des
monarchies,
1914-1945: le déclin des puissances européennes :
Les revendications nationalistes. La guerre de 1914 oppose les Empires
centraux (Allemagne, Autriche-Hongrie et Turquie) aux Britanniques,
Français et Russes. En 1917, les Etats-Unis entrent en guerre aux côtés des
Français et des Britanniques, tandis que la Russie soviétique sort de la
guerre. Pendant la guerre, sur fond de discours nationaliste, la France
revendique l'Alsace-Moselle, l'Italie revendique le Tyrol, Trieste, etc. Ces
revendications nationalistes sont exacerbées par le discours de janvier 1918
du président Wilson. Ses 14 points définissent les buts de guerre des
États-Unis, parmi lesquels on trouve: le retour de l'Alsace-Moselle à la
France (point 8); faire droit aux prétentions italiennes à un redécoupage
des frontières (point 9).
Les quatorze points du président Wilson, message au congrès, 8 Janvier
1918
Notre programme consiste à établir la paix dans le monde. Et ce
programme, le seul possible selon nous, est le suivant:
1. Des conventions de paix, au grand jour, préparées au grand jour [...]
2. Liberté absolue de la navigation sur mer, en dehors des eaux territoriales
[...]
3. Suppression, autant que possible, de toutes les barrières commerciales et
établissement de conditions égales pour toutes les nations [...]
4. Établir des garanties en vue de la réduction des armements de chaque
pays au minimum compatible avec sa sécurité.
5. Règlement après discussion de toutes les revendications coloniales, basé
sur la stricte observation du principe que [...] les intérêts des populations en
jeu seront pris en compte autant que les revendications équitables [des
puissances coloniales].
6. Évacuation du territoire russe tout entier et règlement de toutes
questions concernant la Russie [...] afin de laisser à la Russie toute liberté
pour décider sans obstacle, en pleine indépendance, de son propre
développement politique et de son organisation nationale.
7. Il faut que la Belgique soit évacuée et restaurée [...]
8. Le territoire français tout entier devra être libéré et les régions envahies
devront être restaurées; le tort causé à [la France par ta Prusse en 1871 en
ce qui concerne l'Alsace-Lorraine, préjudice qui a troublé la paix du monde
pendant près de cinquante ans, devra être réparé afin que ta paix puisse de
nouveau être assurée dans l'intérêt de tous
9. Une rectification des frontières italiennes devra être opérée,
conformément aux données clairement perceptibles du principe des
nationalités.
[Link] peuples d'Autriche-Hongrie, dont nous désirons voir sauvegarder, et
assurer la place parmi les nations, devra être accordé au plus tôt la
possibilité d'un développement autonome.
11 La Roumanie, la Serbie et le Monténégro devront être évacués; les
territoires occupés devront être restitués; à la Serbie devra être assuré un
libre et sûr accès à la mer.
12. Aux régions turques de l'Empire ottoman actuel devront être garanties
la souveraineté et la sécurité; mais aux nations qui sont maintenant sous ta
domination turque on garantira une sécurité absolue d'existence et la pleine
possibilité de se développer d'une façon autonome; quant aux Dardanelles,
elles devront rester ouvertes [...]
13. Un Etat polonais indépendant devra être créé, qui comprendra les
territoires habités par des populations indiscutablement polonaises,
auxquelles on devra assurer un libre accès à la mer.
14. Il faut qu'une société générale des nations soit constituée, qui aura pour
but d'offrir des garanties mutuelles d'indépendance politique et d'intégrité
territoriale aux petits comme aux grands Etats.
Le déclin de l'Europe.
Au lendemain de la guerre, l'Europe est ruinée. La France est
particulièrement touchée. C'est un drame démographique: 1,4 million de
morts, soit 14% de la population masculine de 14-10 ans. Quant à
l'Allemagne, en 1919 elle est touchée par une crise sociale sans précédent.
Les communistes pensent prendre le pouvoir à Berlin. Les Etats-Unis sont
plus forts que jamais. Leur puissance est avant tout économique et
financière: ils ont prospéré pendant que l'Europe se détruisait. En 1919,
l'équilibre des puissances européennes est détruit: il n'y a plus aucune
puissance continentale. Les Britanniques commencent à se tourner de
manière structurelle vers les Etats-Unis.
La tentative d'assurer la paix par la coopération.
Le traité de Versailles crée la Société des Nations, qui se veut un organe
permanent de discussion. Dans le système international postérieure à 1919,
deux principes prennent une place particulière: le principe du droit des
peuples à disposer d'eux-mêmes (qui est une condamnation du
colonialisme, en pratique largement tempérée par le système des mandats,
qui placent les anciennes colonies allemandes et les territoires orientaux de
l'ancien Empire ottoman sous le contrôle certains vainqueurs); le principe
du règlement pacifique des différends (le pacte Briand- Kellogg de 1928
interdit la guerre).
La, Société des Nations est d'abord porteuse d'un espoir de paix, que
renforce l'entrée de l'Allemagne et de la Russie; mais son action est
entravée par l'absence des Etats-Unis, déjà ta première puissance
économique, puis par la sonie de l'Allemagne. Son échec est patent dès
l'affaire de l'Éthiopie en 1935, et la guerre d'Espagne en 1936.
Deux super-puissances: 1945-1989
État du monde en 1945.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le monde a profondément
changé. L'Europe entière a souffert de la guerre. L'Italie est profondément
touchée, du fait notamment de la guerre longue et difficile sur son sol (en
particulier des destructions américaines). La France est très atteinte par
quatre années d'occupation et une campagne de France qui a donné lieu à
d'importantes destructions. L'Angleterre a souffert sur son sol de cinq
années de bombardements. Quant à l'Union soviétique, son sort n'est pas
meilleur, mais sa force militaire est indéniable. L'Europe centrale et
orientale s'apprête à connaître l'occupation russe pendant quarante-cinq
ans. Les Américains sont plus forts que jamais. Ils se sont vraiment engagés
dans la guerre: 30% du PIB ont été consacrés aux dépenses militaires, mais
leur sol n'a pas été touché.
Les deux blocs.
Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, il apparaît assez
rapidement que l'Europe est séparée en deux. Dès 1946, Churchill prononce
son discours de Fulton, dans lequel il parle de «rideau de fer». La
séparation apparaît comme consommée lors du coup d'État communiste de
Prague en février 1948.
La conséquence est la prise de conscience de l'ouest de la nécessité
d'assurer sa sécurité. Le 4 mars 1947, un traité franco-britannique de
défense commune est signé. Le 17 mars 1948, 11 est élargi à la Belgique, aux
Pays-Bas et au Luxembourg. Là est la base de ce qui donnera naissance à
l'union de l'Europe occidentale. Suit de peu le pacte Atlantique (duquel est
issue l'organisation du
traité de l'Atlantique Nord, créée par le traité de 1949, qui prévoit une
obligation d'engagement militaire en cas d'agression d'un Etat, ce dont les
Français ne veulent pas pour l'Allemagne).
A l'Est également, il paraît nécessaire de s'organiser. C'est d'abord le cas
économiquement: en réplique au plan Marshall, l'Union soviétique conclut
avec les démocraties populaires un traité instituant un conseil d'assistance
économique mutuelle signé le 21 janvier 1949. La coopération est
initialement limitée au secteur du commerce. Elle s'exprime dans des
accords bilatéraux. Plus tard, elle s'élargit à la coordination des
planifications économiques.
5) Depuis la chute du mur de Berlin: 1989-1991.
En décembre 1988, le président Gorbatchev annonce la liberté de choix
pour les États de rester ou non membres du pacte de Varsovie. 1989 est
l'année de la libération: en Pologne, c'est la constitution d'un gouvernement
dirigé par Solidarité et, en Tchécoslovaquie, «la de Révolution de velours »,
en novembre a lieu la chute du mur de Berlin et en décembre la révolution
en Roumanie. En janvier 1991, la Tchécoslovaquie, la Hongrie et la Pologne
annoncent leur retrait du pacte pour le 1 juillet. La Bulgarie se retire en
février lorsqu'il apparaît que le pacte est mort. L'Union soviétique reconnaît
l'état de fait et le Pacte est dissous officiellement lors d'une réunion à
Prague le 1 juillet 1991. Les échecs des Etats Unis.
Une vingtaine d'années après, les échecs de l'unilatéralisme américain sont
patents. Même lorsqu'ils interviennent directement, ils sont incapables
d'atteindre les objectifs qu'ils se sont fixés. L'opération militaire en Somalie,
en 1992, se termine par le retrait des américains, suivi de 15 ans de guerre.
Le 11/09/2001 montre que les américains peuvent être atteints au cœur
même des Etats Unis par des moyens inimaginables. Ils ne sont pas tout
puissants, ou plutôt leur puissance militaire est incapable leur volonté, ce
que rendent manifeste les échecs de la deuxième guerre d'Irak (2003).
Un monde multipolaire.
Multiplicité des acteurs. Il apparaît désormais clairement que les
Etats-Unis ne sont plus la seule grande puissance. Ils ont perdu
partiellement ce qui a fait leur force (pendant peu de temps): la crédibilité
lorsqu'ils invoquent les droits de l'Homme et la démocratie. La politique
extérieure de Barack Obama, malgré ses réussites, ne suffit pas à la leur
redonner.
La Russie apparaît sur la scène internationale. Sa puissance militaire est
encore grande, ainsi que sa sphère d'influence. Ses intérêts divergent de
ceux des Etats-Unis, au Moyen-Orient (les affaires de Syrie et de Libye en
2011 l'ont montré) et dans les Balkans. Le poids géopolitique de la Chine
paraît également notable. Sa puissance économique est désormais évidente,
sa puissance militaire également. Sa diplomatie la conduit à se trouver
potentiellement en opposition avec les Américains.
Reste à savoir si l'Union européenne est une quatrième puissance? Forte de
500 millions d'habitants, elle est la première puissance économique, mais
sa diplomatie commune reste embryonnaire et l'intégration militaire
limitée.
Des modalités d'intervention différentes. Les relations internationales sont
caractérisées par des traits nouveaux. D'abord l'éparpillement et
l'éloignement des champs territoriaux d'intervention: Les Etats
interviennent loin de leur territoire national. Ensuite, les enjeux
internationaux paraissent avoir un conflit immédiat malgré l'éloignement
territorial: territorialement mais immédiatement politiquement. La
situation au Moyen-Orient est à cet égard révélatrice. Enfin, se sont
multipliés les champs d'intervention non liés au territoire: la lutte
internationale contre le terrorisme en est l'exemple.
III) Quelques théories des relations internationales :
A) J Jusqu'à la Première Guerre mondiale :
a) Les précurseurs:
Grotius (1583-1641).Il a rédigé un traité sur Le Droit de la guerre et de la
paix. Pour lui, « l'homme possède en lui -même un penchant dominant vers
la vie sociale. ». Cela le conduit à ressentir « le besoin de se réunir,
c'est-à-dire de vivre avec les êtres de son espèce, non pas dans une
communauté banale, mais dans un état de société paisible, organisée
suivant les données de son intelligence ». Grotius considère que l'Homme
est naturellement porté à rechercher une vie paisible en collectivité. Il ne
nie pas ce qu'il appelle la « débauche de guerre », mais selon lui, au delà de
la force, certaines lois existent et régissent les relations entre les puissances:
« Certaines lois ont pu naître entre les Etats en vertu de leur consentement
tendant à l'utilité, non de chaque association d'homme en particulier, mais
du vaste assemblage de toutes ces associations. Tel est le droit qu'on appelle
le droit des gens. >>
Thomas Hobbes (1588-1678). Il présente une doctrine des relations
internationales dans le Léviathan. Hobbes estime que la nature a fait les
hommes « égaux quant aux facultés du corps et de l'esprit », ce qui
implique que chacun ait « une égalité dans l'espoir d'atteindre les mêmes
fins ». L'état de nature est donc une lutte permanente de chacun contre
tous, ce qui fait dire à Hobbes que l'homme est un loup pour l'homme.
Parce qu'ils prennent conscience de ce danger permanent, les hommes
cherchent à établir entre eux un contrat
social.
Passant ainsi à l'état politique, ils abandonnent leur droit de se battre les
uns contre les autres, en échange de l'obligation de l'Etat de leur assurer la
sécurité. En revanche, entre Etats il n'y a pas de contrat social. Les Etats
sont comme les hommes à l'état de nature. Hobbes écrit: « De même que
parmi les hommes sans maître règne une guerre perpétuelle de chacun
contre son voisin, et n'existe aucune sécurité, mais seulement une liberté
pleine et absolue de chaque particulier, de même chaque République
possède la liberté absolue de faire ce qu'elle juge le plus favorable à son
intérêt ».
John Locke (1632-1704). Dans le traité du gouvernement civil, il défend une
approche assez semblable à celle de Grotius. Pour lui, l'Homme à l'état de
nature est en parfaite liberté, mais cette liberté est « un état de paix », de
bienveillance, d'assistance, et de conservation mutuelle ». Pour Locke, les
Etats sont à l'État de nature. Mais, cet état de nature n'implique pas la
guerre perpétuelle.
Jean Jacques Rousseau (1712-1778). Pour Jean Jacques Rousseau, à l'État
de nature, l'Homme est naturellement bon. Dans le Discours sur l'origine et
le fondement de l'inégalité parmi les hommes (1755), il décrit l'homme à
l'état de nature comme un bon sauvage, n'ayant guère de contact avec
autrui, vivant seul,« se rassasiant sous un chêne, se désaltérant au premier
ruisseau, trouvant son lit au pied du même arbre qui lui a fourni son repas,
et voilà sa besoins satisfaits ». En revanche, lorsqu'il se trouve en contact
avec autrui et décide d'établir une autorité commune, l'Homme perd sa
bonté naturelle et se pervertit. Pour Rousseau, les Etats sont comme les
hommes à l'état de nature, en ce sens qu'ils n'ont au-dessus d'eux aucune
autorité qui s'impose à eux. Toutefois, à la différence des hommes à l'état de
nature, leurs relations les font se trouver en permanence en situation de
conflit.
b) Les réalistes:
Traits généraux. La pensée des réalistes repose sur un certain nombre
d'idées qui leur sont communes. Pour eux, les relations internationales sont
dans un état d'anarchie. Il y a état de guerre en permanence faute d'autorité
centrale ayant pour finalité et pour mission d'arrêter la guerre. Les acteurs
principaux des relations internationales sont les groupes de conflit. Depuis
que les Etats-nations existent, ce sont eux, organisés sur une base
territoriale, qui sont les principaux groupes de conflit. Ces acteurs
principaux dans les relations internationales sont des acteurs rationnels,
car l'État s'incarne dans des chefs d'État qui déterminent leur politique
étrangère. Les organisations interétatiques et les entités non étatiques ne
sont pas des acteurs autonomes.
La politique extérieure d'un État vise à satisfaire l'intérêt national et lui
seul. C'est la recherche de cet intérêt national qui fonde et justifie cette
politique. Lorsque l 'intérêt national ne peut pas être atteint par des moyens
pacifiques.
Le recours à la guerre est un moyen légitime. Ce type d'analyse exclut que
l'on juge la politique d'un État sur la base des règles éthiques applicables
aux comportements individuels.
L'existence et l'effectivité du droit international et des institutions de
coopération sont fonction de leur conformité aux intérêts des Etats les plus
puissants.L'équilibre des puissances est le seul mode de régulation
susceptible d'assurer une stabilité internationale. La stabilité internationale
ne veut pas dire paix, mais ordre précaire.
Kenneth Waltz (né en 1924). Les réalisateurs américains sont nombreux. Il
n'est possible d'en mentionner que quelques-uns. Parmi ceux-ci, on compte
Kenneth Waltz, qui se distingue de Morgenthau en ce qu'il attribue l'état de
guerre permanent non à la nature humaine, mais à la structure anarchique
du système international et/ou à la souveraineté de l'Etat comprise comme
un absolu : << la guerre existe parce que rien ne l'empêche >>.
Robert Gilpin. Il intègre la dimension économique dans la théorie des
relations internationales. Il la prend en compte en tant que telle, comme un
élément pouvant expliquer les changements dans les capacités respectives
des États. L'approche de Gilpin est très différente de celle de Morgenthau,
pour qui l'économie n'était qu'un facteur utile du point de vue militaire,
mais non une clef de lecture des relations internationales. Autre spécificité
de Gilpin: pour lui, la stabilité internationale dépend d'un équilibre
unipolaire, c'est-à-dire que c'est la présence d'une puissance hémogénique
qui fonde la stabilité. Il prend comme exemple la pax romana.
De manière générale, Les réalistes débattent entre eux de l'intérêt national
et du fait de savoir si tel ou tel élément de politique étrangère correspond à
celui- ci. Les réalistes s'opposent ainsi au sujet de la politique américaine à
l'égard d'Israël. L'idée dominante est que tout ce qui est de l'intérêt d'Israël
correspond à l'intérêt national américain. Ceux qui veulent faire changer la
politique américaine au Moyen-Orient essaient de montrer le contraire. Tel
est le cas John J. Mearsheimer et Stephen W. Wait (Le Lobby pro-israélien
et la politique étrangère américaine, La Découverte, 2007), qui défendent
l'idée que le soutien à Israël est contraire à l'intérêt national américain.
D'abord il coûte cher (plus de 3 milliards de dollars par an). Ensuite il n'est
pas conforme aux intérêts américains dans la région: 1) le premier intérêt
américain est de protéger les sources d'approvisionnement en pétrole. Or,
le soutien à Israël met les Américains en opposition avec tous les peuples de
la région. Ce qui ne contribue pas à stabiliser ces sources
d'approvisionnement; 2) le deuxième élément essentiel est d'empêcher la
prolifération d'armes de destruction massive. Or, les Etats Unis laissent
Israël se réarmer. Ce qui produit une réaction de peur du monde arabe et le
pousse à l'armement. Donc c'est contre productif; 3) enfin, ils doivent
combattre le terrorisme anti-américain. Or, le soutien à Israël donne un
prétexte aux groupes terroristes qui, à tort ou à raison, assimilent leur lutte
à celle des Palestiniens. Puisque, pour ces auteurs, le soutien à Israël est
contraire à l'intérêt national américain, ils en déduisent qu'il faut changer
de politique. Raymond Aron (1905-1983). Très influencé par Clausewitz,
Raymond Aron est avant tout un sociologue des relations internationales.
Bien qu'il soit un réaliste, il se distingue des Américains en ce qu'il refuse de
voir dans le concept d'intérêt national le concept unique sur lequel une
théorie des relations internationales serait fondée.
Aron est particulièrement intéressant lorsqu'il affirme (ce que les réalistes
américains ne peuvent guère comprendre que « la conduite extérieure des
Etats n'est pas commandée par le seul rapport des forces ». Pour Aron, «
idées et sentiments influent sur les décisions des acteurs ». Il n'est pas
possible de faire abstraction du régime intérieur, des aspirations propres
aux différentes classes, de l'idéal politique de la cité. Les valeurs portées par
une société peuvent (et doivent) être prises en compte pour expliquer la
politique étrangère d'un Etat.
c) Les libéraux: X
Parmi les auteurs libéraux, on peut citer Alfred Zimmern, qui est l'auteur en
1936 de l'ouvrage The League of Nations and the Rule of Law. L'approche
de Zimmern est résolument pacifiste et défend l'idée de Rule of Law, (l'Etat
de droit), non seulement dans les Etats, mais dans les rapports entre Etats.
Après l'échec de la Société des Nations, la Seconde Guerre mondiale et le
déclenchement de la guerre froide, les doctrines libérales sont difficiles à
défendre. C'est contre elles que Morgenthau réagit lorsqu'il insiste sur le
concept de puissance. Néanmoins, quelques auteurs continuent de se situer
dans cette lignée, notamment Hedley Bull, dans The Anarchical Society
(1977).
Traits dominants. Les libéraux pensent que la guerre n'est pas dans la
nature de l'Homme. Elle est seulement la conséquence d'un programme
politique: << Elle n'est pas davantage un élément de la nature humaine que
ne l'est l'adoption de l'impôt sur le revenu », écrit Gilben Murray dans The
Ordeal of This Generation, en 1929.
La coopération entre les est possible et nécessaire car les Etats ont des
intérêts et des valeurs communs. Il faut coopérer et non lutter les uns
contre les autres dans des vues impérialistes. Alfred Zimmern affirme ainsi
l'existence d'un «corps politique mondial » dont tous les Etats sont
membres. Hedley Bull, dans The Anarchical Society, en 1977, considère que
la société internationale est certes une société anarchique, mais que les
Etats << sont conscient de certains intérêts et valeurs communs, sont liés
par un ensemble de règles communes dans leur relations réciproques au
bon fonctionnement d'institutions communes >>.
d) Les approches transnationales :
Des liens transnationaux. Un certain nombre d'auteurs partent de l'idée que
les liens transnationaux sont des réalités qui ne concernent pas seulement
les Etats, mais aussi les particuliers. Ces liens se renforcent d'eux-mêmes,
notamment du fait du développement des réseaux de communication, et il
en découle une intégration. Dès 1916, Leonard Woolf écrivait dans
International Gouvernement:
<<< Le monde est si intimement uni et nous sommes si étroitement liés à
nos voisins par les câbles dorés et argentés de la finance et du commerce,
sans oublia les câbles téléphoniques et les rails de chemins de fer (...) que
l'inadéquation du la conception de l'Etat indépendant et isolé est évidente».
Les internationalistes, dans cette lignée, insistent sur le caractère réducteur
d'une approche exclusivement stato-centrée.
Un auteur particulièrement important est James Rosenau. On parle parfois
pour désigner son travail de « modèle de la turbulence » ou de « politique
post- internationale ». Son ouvrage principal est Turbulence in World
Politics, publié en 1989..
e) Samuel P-Huntington et le Choc des civilisations:
Pour Samuel Huntington, la donnée de base de la politique internationale,
ce sont désormais les conflits entre groupes issus de civilisations
différentes. Ce critère a remplacé le critère idéologique qui prédominait
pendant la guerre froide. Par ailleurs, même si les Etats-nations restent des
acteurs majeurs, ils ne le sont qu'en tant qu'ils appartiennent à une
civilisation.
Quelles sont ces civilisations ? C'est là que l'analyse est la plus contestable.
Pour Samuel Huntington, «une civilisation est une culture au sens large >>.
Il n'y a pas de frontières précises, ni de début et de fin précis. Samuel
Huntington donne une liste: 1) civilisation chinoise; 2) civilisation
japonaise; 3) civilisation hindoue; 4) civilisation musulmane; 5) civilisation
occidentale (Europe; Etats- Unis); 6) Amérique latine; 7) civilisation
africaine; B) civilisation orthodoxe.
La multiplication des conflits entre civilisations. Les conflits entre
civilisations se multiplient, notamment parce que l'Occident prétend à
l'universalité, et qu'il entre ainsi en conflit avec d'autres civilisations. Dans
les zones frontalières, il y a une résurgence de conflits susceptibles de
dégénérer par le soutien des États importants. C'est notamment le cas des
conflits entre musulmans et non-musulmans,(Samuel Huntington est
obsédé par la guerre de Bosnie). L'intérêt des Etats dominants est d'agir,
non pour accentuer la violence, mais pour tenter d'arrêter ces guerres.
Amorce de solution. Pour Samuel Huntington, il existe une amorce de
solution. Les occidentaux doivent comprendre que leur civilisation n'est pas
universelle on évitera une guerre globale si les dirigeants admettent que le
monde est multi-civilisationnel et s'ils s'efforcent de coopérer en vue de
maintenir cet état de fait. Samuel Huntington n'aspire pas à la guerre. Il
tente de l'éviter et pense que cela est possible si l'on essaie de maintenir
l'équilibre. Il s'agirait, en quelque sorte, d'un équilibre multipolaire, après
l'équilibre bipolaire de la guerre froide.