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Écologie des langues et diversité mondiale

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1.

L’écologie des langues

L’écologie des langues est la


diversité linguistique, le panorama
général des langues du monde ;
c’est le cadre théorique qui étudie
les rapports entre les codes
linguistiques.

Puisque la diversité linguistique se réduit de plus en plus, les contacts entre les langues
provoquent des con its et impliquent des rapports de pouvoir entre les locuteurs qui
utilisent ces codes. Ainsi, l’écologie des langues pose la question des rapports de pouvoir
entre les langues.

→ Les variations linguistiques étaient déjà une forme d’inégalité

La globalisation comme cause de perte de diversité linguistique : lors de la colonisation au


15e siècle, mais même avant avec les grands empires (grecs, romains…) il y a eu un
rassemblement de petites structures étatiques qui homogénéisaient culturellement. Les
empereurs ne voulaient pas imposer une langue mais à force de vivre tous dans un même
endroit, on adoptait la langue de l’empire ou les langues de colonisation (sans forcément
arrêter de parler les autres langues).

1. Langues du monde

L’environnement linguistique d’une langue est l’ensemble des autres code avec lesquels
cette langue interagit et entre en contacts, ainsi que d’autre éléments déterminés par une
série d’autres facteurs.

Réalité linguistique = plurilinguisme

Il existe à peu près 7000 langues réparties dans plus de 220 États. Si les langues étaient
réparties de manière équilibrée, on compterait 30 langues par pays. Mais la réalité est
toute autre : quelques rares pays (Barbade, Cuba, Corée du Nord, Cor e du Sud,
Maldives, Islande, Liechtenstein) n’en comptent qu’une seule, alors que certains autres en
dénombrent des dizaines, sinon plusieurs centaines (comme l’ile de la Nouvelle-Guinée,
en Papouasie-Nouvelle-Guinée).

⇨ La réalité la plus répandue partout est le plurilinguisme, il existe très peu de pays
monolingue.
fl

Frontières politiques/linguistiques :

Les frontières politiques et linguistiques ne coïncident pas. La carte peut s’expliquer par
l’histoire (politique linguistique, émigrations, etc). La colonisation a eu un effet permanent
sur la linguistique. Ex : diffusion de l’arabe. → Changements permanents dans l’écologie
linguistique.

Densité linguistique ≠ nombres de locuteurs

Mikael Parkval, linguiste, a imaginé une carte imaginaire de la taille des pays selon leur
densité linguistique. L’Europe n’existe presque pas.

Les pays les plus importants seraient : la Papouasie-Nouvelle-Guinée (830 langues),


l’Indonésie (722), le Nigeria (521), l’Inde (445), les tats-Unis (364), le Mexique (297), la
Chine (296), le Cameroun (279), le Congo-Kinshasa (217) et l’Australie (207). A noter que
certaines langues parlées en Papouasie ne sont parlées que par quelques personnes.

Il y a aussi d’autres pays o le nombre de langues est important : le Brésil (193), la


Malaisie (145), la Russie (135), le Soudan (134), le Tchad (133), le Népal (127), la
Tanzanie (129) et Vanuatu (114).


2. Comment calcule-t-on les langues du monde ?

Même si on est parvenu à chiffrer avec une certaine précision la quantité de langues sur
notre planète, il est impossible de déterminer leur nombre exact. On dénombre plus de
7000 langues, dont tout au plus 200 sont écrites. Or, il est plus dif cile de recenser des
langues parlées que des langues crites.

L’une des dif cult s les plus considérables provient justement du sens que l’on donne au
mot langue par rapport au mot dialecte. Par exemple, les dizaines de variétés d’arabe
constituent-elles une langue ou autant de langues, ou des dialectes ? Les 4000 codes
parlés en Inde sont- ils des langues ou des dialectes?

Dans de nombreux pays, on ne recueille des informations statistiques que sur les langues
écrites ou sur la/les langues of cielles. On ignore alors les langues parlées à l’intérieur des
frontières, c’est-à-dire celles qui n’ont pas de statut of ciel ou qui ne sont qu’orales. Au
Canada, par exemple, lors des recensements antérieurs 1981, on ne distinguait pas les
langues amérindiennes uniquement parlées ; on se contentait d’indiquer «Indien, nord-
américain». Cela donne un aper u de la dif cult recueillir ces données.

Les données statistiques sur les langues sont souvent aléatoires, ce qui rend dif cile
d'obtenir des chiffres précis. Des chercheurs préconisent des études indépendantes du
pouvoir politique, bien que complexes à réaliser. Ainsi, les estimations varient : Ethnologue
comptait 6703 langues en 1996 et 6800 en 2002, grâce à une meilleure comptabilisation
plutôt qu'à l'apparition de nouvelles langues. Malgré tout, il est possible de déterminer un
ordre de grandeur sans atteindre une précision exacte.

Les cartes linguistiques apportent très peu d’informations sur les rapports de force entre
les langues, sur leur valeur relative. Par exemple, on classe comme langues
fi

fi


fi


fi

fi
fi
internationales l’anglais, l’espagnol et le français, mais pas le swahili ou le malais, qui sont
parlés dans plusieurs pays.

3. Répartition des langues du monde

A. Europe

• Des langues minoritaires (et non vernaculaires) ont obtenu un statut of ciel
◦ basque, catalan et galicien en Espagne
◦ gallos, écossais et irlandais en UK
◦ frison aux Pays-Bas
fi
• Quelques dizaines de langues régionales sans statut de co-of cialité sont
présentes et parfois protégées
◦ breton, corse et occitan en France
◦ sarde en Italie
◦ lapon en Finlande et Suède
• Langues d’immigration : non recensées

Le Conseil de l'Europe promeut


la diversité culturelle, incluant
les langues régionales ou
minoritaires, et depuis 1992,
invite les États membres à
protéger ce patrimoine en
rati ant la Charte européenne
des langues régionales ou
minoritaires.

Certains avancent des arguments en défaveur de la Charte :

À première vue, la démarche semble justi ée et utile pour la France mais il s’agit en réalité
d’une “machine de guerre” contre la République et la démocratie. Assez violent, mais
coïncide avec modèle républicain et universaliste français : tous les citoyens ont les
fi
fi
fi
mêmes droits et devoirs face à la République. Tout ce qui a attrait aux communautés est
suspect en France car cela menace la cohésion de l’État. Culture très centralisée en
France, tout ce qui ne fait pas partie de cela est très mal vu.

Prenons un pays comme l’Italie : pays très jeune, n’a pas vécu la violence contre les
minorités linguistique (même si on interdisait aux gens de parler leur langue maternelle,
mais pas la même violence que pdt la Révolution française lorsque les gens ne suivaient
pas la langue de la République)

Exemple de Bruxelles :

Langues non vernaculaires : chinois, italien, turque, arabe (darija), espagnol,


portugais… toutes les langues d’immigration nalement
Langues of cielles : français et néerlandais (et dialectes du néerlandais qui sont des
dialectes ou langues régionales)
Langues minoritaires/régionales (en Belgique) : wallon, bruxellois, west vlaams

L'Europe compte environ 222 langues, dont 35 of cielles, représentant 3 % des langues
mondiales, avec une moyenne d'une langue pour 4,3 millions d'habitants, illustrant une
relative homogénéité linguistique.

B. Amériques
fi
fi
fi
Les 1000 langues de l’Amérique représentent 15 % des langues du monde. En ce sens,
l’Amérique parait beaucoup plus diversi ée que l’Europe sur le plan linguistique avec une
langue par tranche de 760 000 habitants (comparativement à une langue par 4,3 millions
d’habitants en Europe).

Les pays les plus plurilingues demeurent le Mexique (289 langues), le Brésil (195
langues), les États-Unis (176 langues), le Pérou (96 langues), la Colombie (79 langues), le
Canada (76 langues), le Guatemala (51 langues), le Venezuela (40 langues), la Bolivie (33
langues) et le Paraguay (21 langues). Les pays monolingues sont la Barbade (anglais) et
Cuba (espagnol).

Un grand pourcentage de la population a abandonné la langue maternelle pour


l’espagnol ; car la langue perd de la valeur dans le marché linguistique. Même dans les
endroits très denses linguistiquement, on va dans une homogénéisation.

La raison de ceci est que la langue est dévalorisée en raison de stéréotypes négatifs et
des compétences nécessaires pour s'intégrer au marché du travail et communiquer dans
les grandes villes. Les représentations associées aux langues amérindiennes existent
malgré le fait qu’il s’agit de langues anciennes qui ont été des langues d’empire. On peut
constater que la faible valeur d’une langue dans le marché linguistique va de pair avec des
représentations négatives liées à un groupe ethnique ou culturel.

4. Le système linguistique mondial

Grand nombre de langues mais majorité des locuteurs ne parlent qu’un petit nombre de
langues. Pour évaluer le poids d’une langue, on évalue 4 points :
fi
Les 25 langues les plus parlées en langue maternelle :

Parmi ces langues, certaines dont on a rarement entendu parlé. Ça pose la question du
poids des langues : ce n’est pas parce qu’une langue est bcp parlée qu’elle a un poids
important dans le monde. Par exemple, le français n’est pas très bien situé car même en
Afrique, on ne considère pas le fr en tant que L1 mais bcp en tant que L2. La colonisation
a ramené le fr un peu partout qui est maintenant présent dans les 5 continents. Aussi, le
français était la langue de l’élite universelle.
4,7 milliards d’individus se partagent 74 langues. Cela signi e que 1% des langues du
monde (c’est- -dire 74 langues) est parlée par 94% de la population (4,7 milliards
d’habitants). Alors que la quasi-totalité de la population mondiale ne se sert que d’un tout
petit nombre de langues (1%), il ne reste que 6 % de la population mondiale pour se
partager le 99 % des langues existantes. → Le poids d’une langue ne réside pas dans le
nombre de locuteurs

Avec 7,2 milliards de personnes ne parlant que 12 langues parmi les 7 800 existantes,
plusieurs conséquences se dessinent pour l’avenir des langues :

• Langues en danger : De nombreuses langues sont menacées de disparition en


raison du faible nombre de locuteurs. Les communautés linguistiques qui les
parlent sont très réduites, ce qui complique leur survie.
• Transmission intergénérationnelle compromise : Les parents cessent souvent
d’enseigner leur langue à leurs enfants, car celle-ci n'est pas valorisée sur le
marché linguistique, ce qui aggrave la situation.
• Petites langues en péril : Les langues parlées par seulement 0,2 % de la
population sont particulièrement en danger et risquent de disparaître.

Ces dynamiques soulignent la nécessité de préserver et de valoriser la diversité


linguistique pour éviter la disparition de ces langues.

Nous pouvons conclure de ces données que la plupart des langues du monde sont en
danger, car 99% des langues sont parlées par des groupes réduits de locuteurs : quelques
dizaines de milliers de personnes, souvent quelques centaines, parfois quelques dizaines,
voire quelques individus.

Langues en danger :

fi
5. Inégalités dans les statuts des langues

Au-delà des chiffres, il faut parler du statut de ces langues, de leur prestige, de leur valeur
dans le « marché linguistique ».

• Langues of cielles VS langues sans État : des langues avec beaucoup de locuteurs
pevent être des “petites” langues si elles ne sont pas protégées par l’État et si celui-
ci ne leur donne pas de statut déterminé
• Langues of cielles VS langues minoritaires/régionales : sans parler du fait que ces
langues sont très fragmentées en dialectes et que souvent le gouvernement
entrave leur standardisation, comme en Chine, pour ne pas menacer la langue
of cielle.

Plusieurs types de plurilinguisme :

TYPE DE
RÉGION/ SITUATION
PLURILINGUIS DÉTAILS
PAYS LINGUISTIQUE
ME
Plurilinguisme Français parlé par presque toute la
Français langue
à langue population ; langue première pour la
France of cielle et
dominante majorité, et seule langue à avoir un statut
dominante
unique of ciel et dominant culturellement.
Trois langues
principales : arabe L’arabe classique est of ciel mais peu parlé
Plurilinguisme
classique en tant que langue maternelle ; langues
à langues
Maghreb (of cielle), locales (arabes dialectaux, berbères)
dominantes
français, et dominent statistiquement, mais sont
minoritaires
langues politiquement/culturellement dominées.
maternelles
(parlers
Langue ofarabes
cielleet Français dominant culturellement et
Afrique
Plurilinguisme (souvent le institutionnellement mais parlé par
francoph
à langue français) sert à seulement 10% de la population ; au
one (ex.
dominante l’éducation, aux Sénégal, le wolof est majoritaire (80%),
Sénégal,
minoritaire médias, et à tandis qu’au Gabon, aucune langue
Gabon)
l’administration nationale n’a ce statut dominant.
Suisse, Plurilinguisme
Dans ces pays, les langues of cielles ne
Belgique avec Langues of cielles
sont souvent pas les langues maternelles
, coexistence coexistent avec
de toute la population ; plurilinguisme
Canada, de langues diverses langues
institutionnalisé mais variable selon le
îles of cielles et maternelles
contexte national.
créoloph maternelles
ones
fi
fi
fi
fi
fi
fi
fi
fi
fi
fi
fi
Ainsi, des choix politiques sont
faits et seulement un petit
nombre de langues accède à
une reconnaissance of cielle
ou semi-of cielle. Les autres
demeurent sans protection.

6. Langues internationales

L’anglais est une langue importante à la fois par le nombre de locuteurs (322 millions) et
par son expansion : plus de 65 pays répartis sur les cinq continents. En revanche, l’hindi
ne l’est que par le nombre de ses locuteurs (182 millions), étant limité à un seul État :
l’Inde. Lorsqu’une langue est à la fois numériquement importante et répandue dans
l’espace, on parle de langue internationale.

L’espagnol (332 millions), l’anglais (322 millions de locuteurs), l’arabe (200 millions), le
russe (170 millions), le portugais (170 millions) sont considérés des langues
internationales. Avec ses 72 millions mais répandu dans plus de 30 états ou territoires, le
français est également une langue internationale, tandis que le chinois (885 millions de
locuteurs) et le russe correspondent moins aux critères proposés, car ils ne sont parlés
que dans une seule région du monde.

⇨ Langue internationale = numériquement importante + expansion territoriale


fi
fi
7. Le poids des langues

Toutes les langues se valent d’un point de vue linguistique mais pas politique. Le poids
d’une langue détermine l’usage que nous en faisons.

Le poids d’une langue est inversement proportionnel au danger de disparition de cette


langue.

- Facteur démographique : le nombre de locuteurs est un facteur important mais pas


déterminant ;

- Facteur géographique : les langues avec le plus de poids aujourd’hui sont les langues
de colonisation qui se sont répandues, avec production culturelle ;

- Facteur institutionnel : statut (co-) of ciel de la langue1 ;


- Facteur historique, politique : ça peut varier, changer ;
- Facteur économique : fondamental aujourd’hui, explique aussi le poids de l’anglais
(même si vient d’abord de la colonisation britannique qui a répandu cette langue dans le
monde) ;

- Facteur sociolinguistique : ça se réfère à la multifonctionnalité de la langue, c’est-à-dire


une langue qui s’utilise dans tous les aspects de la vie, taux de véhicularité (le fait
qu’elle est choisie en tant que langue véhiculaire en dehors des États où elle est parlée
en L1)

1 Exemple : catalan en Espagne, poids plus important que le basque car la Catalogne est très active
économiquement, par exemple.
fi
8. Vitalité d’une langue

Cette notion rejoint le concept de « poids d’une langue » de Calvet, qui est inversement
proportionnel au danger de disparition de cette langue.

Pour déterminer la vitalité d’une langue, l’UNESCO a proposé ces critères (qui rejoignent
les critères de poids d’une langue) :
- Transmission de la langue d’une génération à l’autre
- Nombre absolu de locuteurs
- Taux de locuteurs sur l’ensemble de la population
- Utilisation de la langue dans les différents domaines publics et privés
- Réaction face aux nouveaux domaines et médias
- Matériels d’apprentissage et d’enseignement des langues.

Par exemple, plus une langue


est présente sur Wikipedia,
plus c’est un indice de sa
vitalité.
Écologie des langues = terme
par Einar Haugen = étude des
relations entre une langue et
son environnement.

Repris par JC Calvet -> modèle


gravitationnel = organisation
mondiale des rapports entre les
langues.

9. Le « modèle gravitationnel » (Calvet)

Pour schématiser les relations entre les langues, nous aurons recours à un modèle
descriptif baptisé par les sociolinguistes « écologie des langues ».

L’idée d’une écologie des langues a été notamment reprise par Louis-Jean Calvet (1999),
qui développe un « modèle gravitationnel » décrivant l’organisation mondiale des rapports
entre les langues. Pour développer son modèle, Calvet utilise la métaphore de la galaxie,
c’est-à-dire le système mondial des langues. Dans cette galaxie il y a des constellations,
qui s’organisent autour d’une ou de plusieurs langues centrales. Toutes ces langues sont
reliées entre elles par des bilingues :

Les langues périphériques « gravitent » autour d’une langue centrale ou hypercentrale,


c’est-à-dire qu’il existe un bilinguisme orienté vers le centre.

Dans la galaxie d’une


langue, il y a 4 niveaux :
• Plurilinguisme à langue dominante unique: France -> le plurilinguisme existe mais aucune langue ne peut concurrencer le français dans
toutes ses fonctions sociales
• Plurilinguisme à langues dominantes minoritaires: Maroc -> le français et l’arabe sont statistiquement minoritaires
• Plurilinguisme à langue dominante minoritaire: Afrique -> La langue dominante est le français ,en tant que langue de culture,
d’enseignement et de l’État, mais elle n’est parlée que par 10% de la population

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