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Succès du Rafale : enjeux et perspectives

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Succès du Rafale : enjeux et perspectives

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LE MAGAZINE

DES INGÉNIEURS DE L’ARMEMENT


N° 106 - JUIN 2015

LE RAFALE

PRÉFACE UN SYSTÈME
JEAN-YVES D’ARME
LE DRIAN BIEN NÉ MANAGEMENT
P04 P16 P66
– Début des études supérieures –
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ÉDITO CAIA N°106 - Juin 2015

Des contrats en rafale, pourrait-on dire, en voyant les commandes s’accumuler pour notre avion
de combat national. S’y ajoutent des commandes considérables en matière d’hélicoptères,
ou de frégates et corvettes. Ne boudons pas notre satisfaction, cela faisait longtemps
que l’industrie française n’avait pas eu de succès aussi visibles à l’export, dans un monde
particulièrement difficile et concurrentiel.
Et il convient de saluer l’implication personnelle de Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense
particulièrement engagé, qui nous fait l’honneur et l’amitié de préfacer ce magazine.

A l’occasion du salon international du Bourget 2015, nous avons souhaité présenter cet avion –
le meilleur de sa génération – en donnant la parole à quelques représentants institutionnels
et industriels ayant pris part à ce programme extrêmement complexe.

La place des ingénieurs y est essentielle, pour définir des performances, assurer la cohérence
entre systèmes et à l’intérieur de chaque système, gérer les multiples configurations, piloter
les projets, assumer les risques techniques… et livrer un produit aux performances optimales.

A travers l’exemple du Rafale, se perçoit mieux le rôle des ingénieurs de l’armement et de la


DGA qui permet au triptyque opérationnels (Armées), financiers (Bercy), et industriels de prendre
et tenir au profit de la nation des paris technologiques et capacitaires de long terme, dépassant
souvent le temps politique.

La réussite ne doit pas masquer les difficultés et les efforts consentis et à consentir.
L’aéronautique, et plus largement les systèmes critiques, sont des domaines extrêmement
exigeants, à tous points de vue.
L’accident de l’A400M en Espagne, dont l’analyse des causes n’est pas achevée à l’heure
où nous mettons sous presse, vient tristement nous le rappeler.

L’intérêt des corps d’ingénieurs semble hélas mal perçu lorsqu’on examine les résultats
de recrutement à Polytechnique : les grands corps attirent moins d’élèves et ne saturent
pas cette année. Perte d’attractivité, de sens, de lisibilité de ce que
l’Armement et la fonction publique proposent ou simplement morosité
et difficulté à se projeter dans l’avenir ? Le succès du Rafale apporte des
réponses éclairantes, susceptibles de susciter un regain d’intérêt pour le
métier d’ingénieur, peut-être à mieux faire connaître ?

Bonne lecture

Jérôme de Dinechin
Rédacteur en chef
CAIA N°106 - Juin 2015 3
PRÉFACE

de Jean-Yves Le Drian
Ministre de la Défense

L
a signature récente de deux contrats de vente
d’avions Rafale avec l’Egypte et le Qatar, de
même que l’annonce simultanée d’une prochaine
commande indienne, constituent d’excellentes
nouvelles pour notre défense, et l’industrie de défense
française en particulier.

Ce succès, tant attendu, est selon moi le résultat logique


des efforts réalisés par l’ensemble des acteurs étatiques
et industriels ayant contribué à ce projet majeur de
l’effort militaire français. Il est le fruit d’une approche
respectueuse des clients, qui place aussi chaque partie
dans le rôle qui doit être le sien. Du côté industriel,
c’est un nouveau succès pour l’avionneur Dassault,
mais également pour les nombreux équipementiers
et sous-traitants ayant participé à l’élaboration de
ce produit d’excellence qu’est le Rafale. Ce numéro
donne la parole aux plus importants d’entre eux, mais
je dois dire que beaucoup d’autres mériteraient d’être
également cités.

Je salue aussi le travail réalisé par la Direction générale


de l’armement, qui a suivi et continue de suivre ce
programme entamé dès le milieu des années quatre-
vingt et poursuivi depuis, malgré des contraintes
budgétaires de plus en plus serrées et la sortie de la
France de la coopération européenne en matière
d’avion d’armes. Cette décision, prise en 1985 pour

4 CAIA N°106 - Juin 2015


maintenir l’exigence d’une capacité aérienne multi- le terrain toute l’étendue de la gamme de missions
rôles et navalisable, qui avait été demandée par les pour laquelle il a été conçu. Quelques grands chefs
armées, fut critiquée en son temps. Elle se révèle opérationnels de nos forces en témoignent dans ce
aujourd’hui payante. numéro. Nul doute que la contribution du Rafale au
succès des opérations Harmattan et Serval aura pesé de
Cette réussite met également en lumière les efforts
tout son poids dans la confiance que nous accordent
consentis par l’Etat et l’industrie de défense depuis
près de trente ans en matière d’investissement de aujourd’hui nos partenaires étrangers.
défense. Elle souligne le caractère visionnaire des L’exportation du Rafale s’inscrit dans une longue
innovations mises en place il y a plusieurs décennies
tradition française d’exportation aéronautique
lors de la conception de l’appareil. Ces efforts ont
commencée il y a plus de cinquante ans par la vente
permis le développement de technologies-clés
du premier Mirage III. Je me réjouis que cette tradition
aujourd’hui reconnues au niveau international, et dont
se perpétue aujourd’hui, tout comme je me réjouis du
la contribution à la compétitivité-export du Rafale
lancement il y a quelques jours des études préliminaires
est considérable. Mieux qu’aucune autre aventure
à la conception d’un drone de surveillance européen.
industrielle française, la vente du Rafale à l’export
illustre parfaitement l’idée selon laquelle une capacité Car si la vente du Rafale reste avant tout une réussite
de défense ne se construit pas en un jour, mais à l’issue française, je tiens à rappeler néanmoins mon plein
d’une longue préparation technologique, industrielle attachement à la coopération européenne en
et humaine. matière d’industrie de défense, seule à même de
J’ajoute que l’exportation du Rafale n’aurait sans doute permettre à notre pays de rester une puissance de
pu avoir lieu sans l’éclatante démonstration de son premier ordre dans un environnement économique
efficacité opérationnelle que donnent aujourd’hui nos et géopolitique toujours plus instable. Seules une plus
pilotes de l’Armée de l’air et de la Marine nationale grande coopération et une meilleure mutualisation de
sur les différents théâtres d’opération où la France est leurs forces permettront aux Européens de garder la
engagée. Le Rafale aura ainsi eu l’occasion, en l’espace maîtrise de leur destin, pour défendre toujours plus
de quelques années seulement, de démontrer sur efficacement leurs intérêts et leurs valeurs.

CAIA N°106 - Juin 2015 5


Maritime Predator B

SAVING
LIVES
• Detect, track and identify most vessels including semi-submersible craft
• Illegal drug and immigration interdiction
• Performs long-endurance maritime surveillance and reconnaissance operations
• Wide-area surveillance with a 360° digital multi-mode maritime radar
• Costs a fraction of most comparable alternative systems
• In service with the U.S. Department of Homeland Security

[Link]
©2015 General Atomics Aeronautical Systems, Inc. Leading the Situational Awareness Revolution
SOMMAIRE CAIA N°106 - Juin 2015

3 Editorial
4 Préface de Jean-Yves Le Drian,
Ministre de la Défense

Le Rafale
9 Introduction au dossier, par Patrick Bellouard
10 Le Rafale ou la polyvalence durable, par Antoine Coursimault
14 Une adaptation facile du Rafale au Charles de Gaulle, par Xavier Lebacq
16 Le Rafale, un système d’arme bien né, avec un potentiel de croissance important,
par Guilhem Reboul et Marc Howyan
19 Les essais en vol du Rafale, par Jean-Baptiste Rabilloud
22 Les essais en vol du Rafale vus du cockpit, par Christophe Bretault
24 Le Rafale : en avance sur son temps, Eric Trappier
Rédacteur en chef : Jérôme de Dinechin
Rédacteur en chef délégué :
26 Immersion d’un jeune IA au cœur du système, par Alexandre Constantin
Patrick Bellouard 28 Le moteur du Rafale, la performance maîtrisée, par Stéphane Cueille
Directeur de publication : Philippe Hervé
Comité de rédaction : Arnaud Salomon, 30 Le radar RBE 2 à antenne active, par Pierre Eric Pommellet et Bruno Carrara
Daniel Jouan, Denis Plane, Dominique
Luzeaux, Flavien Dupuis, Frédéric Tatout,
34 SAGEM, les yeux et les griffes du Rafale, par Hervé Bouaziz
Jocelyn Escourrou, Louis Le Pivain, 38 La contribution du missilier à la polyvalence du Rafale, par Olivier Martin
Olivier-Pierre Jacquotte
40 Un Rafale, des rafaut !, Bruno Berthet
Crédits photo : SIRPA Mer, SIRPA Air, ONERA
42 Le Rafale soumis au vent des souffleries, par Patrick Wagner
Edition et régie publicitaire :
SACOM 01 41 10 84 40, 44 Le Rafale dans l’Armée de l’Air : le chasseur omni-rôles en action,
lneyret@[Link]
par Hubert Vailong et Philippe Suhr
Création graphique : La Clique
[Link] 48 Le Rafale marine, un avion « combat proven », par Bruno Thouvenin et Michel Wencker
CAIA 52 Le Maintien en Condition Opérationnelle (MCO) de la flotte Rafale, par Patrick Armando
16 bis, avenue Prieur de la Côte d’Or,
CS 40300 - 94114 ARCUEIL Cedex
56 Enjeux et défis de la formation des pilotes de chasse, par Olivier Le Bot
Tél. : 01 79 86 55 13 58 Le Rafale en stage OPS, par Michael de Bellefon
Télécopie : 01 79 86 55 16
Site : [Link] 60 L’ISAE-SUPAERO – Un Institut en mouvement, par Olivier Lesbre
E-mail : contact@[Link]
caia@[Link]
numéro de dépôt légal : 2265-3066
63 Dossier industrie
ATELIERS DE LA HAUTE-GARONNE
Jacquelot PE

66 Management 73 Lu au JO
Le leadership par la confiance,
73 Carnet Pro
par Jérôme de Dinechin
74 Nominations DGA
Vie de la CAIA
69 GALA de L’armement 2015
70 Du coté de Polytechnique
71 Lu pour vous
- Team Rafale, de Zephyr Editions
- Rafale leader

CAIA N°106 - Juin 2015 7


systèmes

munitions
équipe-
ments
NEXTER, ACTEUR DE PREMIER PLAN EN EUROPE et référence majeure dans les systèmes de combat,
d’artillerie et de munitions, conçoit des solutions innovantes pour accompagner les armées au cœur de l’action.
Afghanistan, Liban, Mali, Centrafrique, les matériels Nexter, du VBCI au CAESAR® ont prouvé leur fiabilité, leur apport au combat
Crédits photos : ©Nexter, ©Armée de Terre/[Link]

et la protection fournie aux soldats sur le terrain.

CRÉATEUR DE NOUVELLES RÉFÉRENCES DE DÉFENSE I [Link]


INTRODUCTION

de Patrick BELLOUARD, IGA


Membre d’EuroDéfense-France

L
es succès récents du RAFALE à l’exportation consacrent, enfin, pourrait-
on ajouter, les efforts menés depuis un certain nombre d’années pour la
promotion de cet appareil, mais surtout le travail réalisé par les ingénieurs,
ouvriers, pilotes et techniciens français depuis une trentaine d’années pour
imaginer, définir, mettre au point et produire l’un des meilleurs systèmes
d’armes aériens - voire le meilleur - de sa génération, qui a démontré toute son
efficacité opérationnelle et sa supériorité lors de son engagement sur plusieurs
théâtres d’opérations depuis quelques années.
Ce dossier consacré au Rafale, qui présente sans aucune prétention d’exhaustivité
les contributions à ce programme d’un certain nombre d’acteurs, constitue
avant tout un hommage aux femmes et aux hommes, à tous les niveaux, qui ont
œuvré pour ce programme et en ont construit le succès reconnu aujourd’hui.
Après 25 ans à la DGA, dont Lorsque l’on croit aux vertus d’une coopération européenne menée dans
5 ans comme directeur du des conditions efficaces et compétitives, on peut évidemment regretter que
Service des programmes
la France et ses partenaires européens n’aient pas su s’entendre il y a une
aéronautiques, Patrick
trentaine d’années sur la réalisation d’un avion commun, notamment du fait de
Bellouard a été chargé
divergences sur les spécifications et sur les questions industrielles. Néanmoins
de mission du Premier
Ministre pour la coordination il faut bien reconnaître d’une part la justesse des choix faits à l’époque par
interministérielle du la France en matière de spécifications (notamment la polyvalence et la
programme Galileo de 2004 flexibilité du système), qui permet à la France de disposer aujourd’hui d’un
à 2008, puis directeur de système répondant parfaitement aux besoins des forces armées, d’autre part la
l’OCCAR jusqu’en février 2013. compétence des équipes françaises qui ont mené le programme avec rigueur
et efficacité, tant du côté étatique que du côté industriel, évitant des dérives
de coûts qui n’auraient pu être supportées par la France dans un contexte
budgétaire particulièrement contraint (budget de défense globalement en
réduction depuis le lancement du programme).
Cela démontre aussi qu’un programme d’une telle complexité se construit sur
le long terme, à partir d’études et recherches technologiques qui sont menées
bien en amont et qui doivent atteindre un niveau de maturité suffisant avant
de pouvoir être mises en œuvre avec un niveau de risque maîtrisé dans le cadre
du développement d’un nouveau système.
Le Rafale a de longues années devant lui. La polyvalence et la flexibilité du
système lui permettront d’évoluer encore, avec des coûts et des risques
maîtrisés, pour répondre aux menaces futures dans les meilleures conditions.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là et l’on doit dès à présent penser au système
(ou au système de systèmes) qui lui succèdera à plus long terme, en continuant
à travailler sur les nouvelles technologies qui seront nécessaires et accessibles à
cet horizon, mais aussi et surtout en réfléchissant en liaison avec nos partenaires
Crédits photos : ©Nexter, ©Armée de Terre/[Link]

européens aux futures spécifications, car il est peu probable que la France
pourra s’offrir seule un tel système à l’avenir compte tenu des contraintes
budgétaires : l’expérience montre que la convergence des spécifications et des
conditions de la coopération entre partenaires prendra du temps et demandera
une bonne dose de confiance réciproque, qui reste à contruire.

CAIA N°106 - Juin 2015 9


L E R A FA L E

LE RAFALE OU LA POLYVALENCE
DURABLE
UNE LONGUE HISTOIRE ET TOUJOURS D’ACTUALITÉ
Après des études prospectives, les premiers travaux techniques sur le ou les avions
de combat devant succéder aux Mirage et Jaguar pour l’Armée de l’air, et aux Crusader
et Super-Etendard pour la Marine ont débuté à la DGA en 1978, voilà bientôt 40 ans !
Le Mirage 2000 prototype de défense aérienne venait de faire son premier vol,
le Super Etendard arrivait tout juste dans la Marine et l’on pensait déjà à l’avion suivant.
Les temps ont bien changé.

Des Mirage au Rafale tion des Mirage s’étendait à celle plus vaste née dans le passé vers le Crusader américain.
Pour l’Armée de l’air il s’agissait de rempla- de supériorité aérienne sur des théâtres par- Bien que le Charles de Gaulle ait été la solution
cer d’abord le Jaguar pour la mission air-sol fois lointains, et on cherchait des capacités nominale pour succéder aux Foch et Clemen-
et beaucoup plus tard les Mirage F1 C pour la offensives très augmentées par rapport aux ceau, certains dans la Marine continuaient à
défense aérienne. Pour la Marine il s’agissait générations précédentes. considérer des bâtiments plus petits (12 –
de succéder d’abord aux Crusader vieillissants La question posée était celle de savoir si, 15000 t), pour réduire les coûts, sans brins
pour la défense aérienne du groupe aérona- compte tenu de l’expérience acquise et des d’arrêts ni catapulte sur le modèle de la Royal
val autour du porte-avions Foch et, beaucoup perspectives technologiques, il était envisa- Navy à l’époque et des US Marines encore au-
plus tard pour le Charles-de-Gaulle, aux Su- geable de développer un couple avion-moteur, jourd’hui, avec des avions V/STOL du type Har-
per-Etendard qui venaient d’entrer en service et un seul, pour satisfaire l’ensemble des rier et dérivés. Cette option a été vite écartée
sur le Foch et le Clemenceau. La notion de dé- besoins. Le Rafale d’aujourd’hui n’est pas le à partir des modélisations, faites au STPA1, qui
fense aérienne rapprochée du territoire na- premier avion au monde à être polyvalent air - concluaient à l’impossibilité de remplir toutes
tional qui avait présidé, au fond, à la concep- marine. Les F4 Phantom et F18 de l’US Navy les missions avec un concept type Harrier,
ont fait une belle carrière en version « air », même amélioré, à un horizon prévisible. Les
mais les porte-avions US ont un tonnage américains l’ont tenté beaucoup plus tard ….
double des nôtres. Il y avait eu en France des avec le JSF F-35 qui est en fait un programme
tentatives infructueuses de navalisation du Ja- de 3 avions pour l’Air Force, les Marines et
guar et des avant-projets de Mirage navalisés. l’US Navy avec un tronc commun assez réduit.
Le Mirage III E a été un avion multi-missions La version B des Marines à atterrissage verti-
pour l’Armée de l’air. Un amiral disait « faites cal a renoncé, comme prévisible, au concept
moi un bon avion embarqué, vous en ferez un aéro-propulsif du Harrier et a repris la formule
bon avion pour l’Armée de l’air ; dans l’autre très complexe expérimentée en France par le
par Antoine sens, ça ne marche pas ». En nombre d’avions Mirage V « Balzac », et utilisée sur les porte-
commandés et en capacités de financement avions russes avec le Yak 36, avec réacteurs
COURSIMAULT, ICA pour un développement, le centre de gravité de sustentation dédiés… que les ponts d’en-
était quand même du côté Armée de l’air. La vol supportent mal.
Dans la DGA, Antoine COURSIMAULT
Marine avait une vraie urgence calendaire, La conclusion préliminaire a été que, choix
a été notamment ingénieur système
l’Armée de l’air beaucoup moins. Les Mirage judicieux de formule et préparation tech-
d’armes du Mirage 2000 et ingénieur
2000 DA et N étaient en développement et nologique aidant, l’option d’un même avion
de marque du programme RAFALE
une version air - sol conventionnel du Mirage conventionnel air et marine pour la France
pendant la phase de définition
2000 N pouvait sans problème succéder au n’était pas irréaliste. La formule delta-canard
du programme. Après avoir été
Jaguar. Il n’y avait donc pas urgence absolue qui était privilégiée pour ses performances en
conseiller technique au cabinet du
côté Armée de l’air. Le Super-Etendard entrait vol n’était cependant pas la plus facile pour
Délégué Général pour l’Armement, il
en service, mais cet avion ne pouvait pas rem- l’embarquement sur porte-avions. Il a fallu
a rejoint THALES en 1990, puis Airbus
plir les missions de supériorité aérienne. Dans beaucoup d’études compliquées, y compris
Group en 2000. Depuis 2009 il exerce
un contexte analogue la Marine s’était tour- celle d’un mini-tremplin, avant d’aboutir à la
une activité de conseil.

1) STPA : Service technique des programmes aéronautiques

10 CAIA N°106 - Juin 2015


Rafale M au catapultage, avec son armement

solution simple, relativement, d’un train avant Si toutes les aéronavales dimensionner l’avion de combat des décennies
« sauteur » à restitution d’énergie pour le Ra- d’Europe … à venir tombait.
fale Marine. Un choix V/STOL aurait conduit Le compromis était difficile à trouver car les Ceci explique d’un point de vue technique,
à terme à prendre le JSF. Restait cependant installations aviation du Foch étaient bien évi- hors les nombreux autres aspects, qu’il n’a
ouverte l’option F 18 si on ne convergeait pas demment figées et les objectifs capacitaires pas été possible de s’entendre avec nos par-
rapidement vers un avion unique avec un tronc de l’avion ambitieux. Le projet Charles de tenaires européens sur un avion commun car
commun air-marine suffisant. L’optimisation Gaulle offrait encore des possibilités d’évolu- nous étions les seuls à garder des porte-avions
du tronc commun a fait l’objet d’études pré- tion, mais limitées par la réutilisation imposée conventionnels et vouloir préserver l’option
cises et le débat, très animé, Rafale Marine des chaufferies nucléaires K 15 des SNLE. Les d’une version embarquée très dimensionnante
contre F-18 fut finalement tranché des années performances aérodynamiques du Rafale, sa pour la conception de l’avion. Par exemple, la
plus tard au plus haut niveau de l’Etat. L’ami- masse et son architecture sont étroitement disposition des entrées d’air imposée par le
ral avait raison, l’avion marine était le plus liées à ces contraintes. Il se trouve que les catapultage par le train avant requis de nos
difficile à faire, et il fallait éviter de pénaliser contraintes du Foch pour l’avion en mission jours pour simplifier la mise en œuvre. Ceux
la version air, cœur de programme. En effet, de défense aérienne et celles du Charles de de nos ex-partenaires européens qui avaient
fallait-il dimensionner l’avion de combat fran- Gaulle en mission d’assaut à la mer, avec une aéronavale embarquée sur porte-aéronefs
çais de nouvelle génération pour remplacer des masses au catapultage et à l’appontage de 12 à 20 000 t sans catapultes, le Royaume-
un petit nombre de Crusader hors d’âge, pour plus élevées, ont été trouvées équivalentes du Uni, l’Italie et l’Espagne ont dû ou devront pas-
un porte-avions, le Foch, lui-même en fin de point de vue des limites de masse à vide de ser au JSF pour succéder à leurs Sea Harrier.
vie, par seulement quelques dizaines au mieux l’avion préservant une capacité d’emport de Ironie de l’histoire, les britanniques ont évolué
d’avions embarqués ? Certains disaient que carburant et d’armements suffisante. Le Foch, depuis vers des porte-avions de 60 – 70 000 t,
le jeu n’en valait pas la chandelle, d’autres dans la mesure où ses Rafale seraient affectés envisagé tardivement des catapultes en pas-
que si, quand même, pour ne pas acheter à à la supériorité aérienne, n’était donc finale- sant du JSF-B V/STOL des Marines au JSF-C
l’étranger du moment que, cette fois, l’indus- ment pas plus contraignant que le Charles de catapulté de la Navy, fait mine de s’intéresser
trie nationale pouvait fournir une solution avec Gaulle plus tard. L’objection de la durée de vie au Rafale Marine au passage, ont renoncé à
un tronc commun Air - Marine. limitée des quelques Crusader et du Foch pour tout cela en gardant in fine des navires sans

CAIA N°106 - Juin 2015 11


L E R A FA L E
N
D
catapultes avec le JSF-B V/STOL développé hydraulique à 350 bars, réseau électrique à Un programme controversé
pour les Marines. En plus de l’Eurofighter pour fréquence variable, numérisation, etc. et pourtant …
la Royal Air Force qui n’est pas navalisable en On restera « discret » sur la réduction des Le Rafale a soulevé les passions ; on était pour
pratique et n’a rien en commun avec le JSF … signatures radar et infrarouge qui a permis ou on était contre ! Après quelques déceptions
La politique française a été moins heurtée et de minimiser la vulnérabilité. Le Rafale n’est il vient de connaître ses premiers succès à
elle a résisté à l’épreuve du temps. pas un avion complètement furtif, la versatilité l’exportation dans des compétitions très ou-
Si en ce temps là, en 1985 - 90, il y avait recherchée nécessitant l’emport d’un grand vertes, choisi par des pays qui ont des enjeux
eu une vision franco-britannique commune nombre de charges externes, carburant et ar- de défense importants.
sur les porte-aéronefs et l’aviation embar- mements, et la furtivité étant une notion très Cet avion a des capacités très supérieures à
quée, la face de l’Europe aurait pu, sur le relative pouvant mener à une véritable esca- ses prédécesseurs Mirage, mais il est évidem-
papier au moins, en être changée. lade technologique. ment plus coûteux unitairement. C’est un choix
Ces travaux de pré-développement et d’opti- raisonné bien adapté au contexte d’opérations
Un programme minutieusement misation d’ensemble ont été pilotés par une actuel. Ces capacités viennent qualitativement
préparé équipe étatique s’appuyant sur une équipe des systèmes embarqués, qui n’ont pas fini
Les compromis cellule - moteur ont été réso- industrielle dite de coordination industrielle et d’évoluer, mais quantitativement du couple
lument orientés vers les missions air - air car dont les principes avaient été éprouvés pour cellule - moteur qui permet une grande puis-
l’expérience passée des Mirage montrait qu’il le développement des systèmes embarqués du sance de feu sur des théâtres lointains, en
est facile de transformer un avion de supériorité Mirage 2000. La coordination industrielle a été simplifiant beaucoup le problème du ravitaille-
aérienne en avion air - sol très valable. En re- étendue par rapport au Mirage 2000 pour trai- ment en vol, et en revenant le cas échéant se
vanche, des avions trop optimisés autour de la ter, dès avant le développement, les problèmes poser sur le « mouchoir de poche » d’un porte-
mission air - sol comme le Jaguar ou le Torna- critiques d’intégration et on n’a pas hésité à avions ! Pour des coûts de développement qui,
do ne peuvent pas faire de bons « chasseurs ». dupliquer les travaux dans les situations de pour élevés qu’ils furent, n’ont rien à voir avec
Autant la partie « systèmes embarqués » peut concurrence pour être assurés de recueillir les les gouffres financiers des programmes étran-
évoluer au cours du temps, autant la compo- meilleures idées. gers cités dans cet article.
sante cellule est peu évolutive. Le moteur peut Fort des expériences précédentes, et progrès C’est le premier programme d’avion de com-
évoluer dans certaines limites tant qu’on reste techniques aidant, l’avion et ses systèmes ont bat de l’Armée de l’air et de la Marine depuis
compatible des débits possibles de la manche à été conçus pour être robustes aux évolu- la seconde guerre mondiale qui ait fait l’objet
air sans refaire le fuselage. Le radar multi-mo- tions des besoins opérationnels. Plus que la d’une fiche programme commune constam-
des du Rafale, quant à lui, passe aujourd’hui polyvalence, c’est la « polyvalence durable ». ment mise à jour mais jamais remise en cause
aux modules actifs, étape introduite à la fin des Les bases en ont été jetées au début des et d’une préparation aussi rationnelle. Comme
années 80 dans les feuilles de route radar. années 1980, en pleine Guerre froide, et cet dans les manuels de conduite des programmes
Depuis le début des années 80 avait été en ef- avion fait « le job » sur les théâtres actuels, et d’armement !
fet mis en place un plan très complet d’études plutôt bien, avec des armements non prévus Sur ce thème on renvoie le lecteur à l’œuvre
orientées « avion de combat futur », technolo- au départ et qualifiés rapidement. Trente ans collective COMAERO qui relate en détail l’his-
gies et sous-ensembles clés, démonstrateurs après, les fondamentaux de ce système torique mouvementé des programmes aéro-
complets dans tous les domaines : cellule, d’armes n’ont pas pris une ride et le Rafale nautiques français depuis la seconde guerre
moteur, équipements, armements et système. est continûment amélioré. Dans les nombreux mondiale dans un contexte pourtant figé de
L’architecture de l’avionique et les outils de différends que nous avons eus vers 1985 avec guerre froide : changements fréquents de
développement ont été conçus pour permettre nos amis européens il y avait celui-là : nous fiches programmes suivant les priorités opé-
de qualifier vite des fonctionnalités nouvelles pensions d’expérience avec nos camarades de rationnelles du moment, avions expérimentaux
et armements non prévus au départ. Les très l’Armée de l’air et de la Marine que les besoins et prototypes les plus divers, contraintes finan-
nombreuses versions du Mirage 2000, deux opérationnels sont difficiles à prévoir, surtout cières parfois sous-estimées, hésitations sur
versions monoplace de défense aérienne pour lorsqu’ils concernent l’avenir … et qu’il fal- la politique moteur, et, last but not least, ini-
la France, la version biplace nucléaire, les dif- lait donc éviter une trop grande spécialisa- tiatives industrielles pour disposer de produits
férentes versions export, et l’engorgement des tion en privilégiant les capacités d’évolution. compétitifs à l’exportation. Une longue période
moyens de développement qui en a résulté L’Eurofighter a été calibré et « architecturé » d’apprentissage avant la maturité ?
avaient servi de leçon. uniquement autour de la défense aérienne du Comparativement, le programme Rafale est
Les systèmes tels que l’hydraulique, l’électrici- continent européen contre le pacte de Varso- d’une étonnante stabilité bien que la date du
té et le conditionnement, etc. et les interfaces vie depuis des bases terrestres. On le voit peu lancement de son développement en 1988
homme - machine correspondantes n’ont pas sur les théâtres actuels. Il deviendra plus po- marque le début des bouleversements géos-
été oubliés. Ces technologies sont aujourd’hui lyvalent un jour, à n’en pas douter, mais cela tratégiques, ce qui en justifie a posteriori les
devenues standard dans l’aéronautique civile : prendra du temps et de l’argent. options de départ.

12 CAIA N°106 - Juin 2015

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L E R A FA L E

UNE ADAPTATION FACILE DU


RAFALE AU CHARLES DE GAULLE
On a beaucoup parlé des « mises au point » du PA CDG ; il y a pourtant des choses qui
se sont passées sans problème ou presque : c’est, entre autres, l’intégration du Rafale
à bord ! FACILE … Si l’on en juge par le peu de difficultés dont les médias se sont fait
écho mais un processus de décision, conception, réalisation et d’essais de plus de 15 ans.
On pourrait dire que c’est davantage le Rafale qui s’est adapté aux porte-avions que
l’inverse ! Un plaisir pour le directeur de programme mais quelques frayeurs et beaucoup
d’émotions quand même.

D
ès les années 80, le Rafale se met câbles d’acier de près de 4 cm de diamètre, de valider les modifications du Rafale pour
sur les rangs pour devenir le succes- un train avant modifié pour permettre le cata- oser apponter sans état d’âme sur le PA CDG.
seur du Crusader sur le porte-avions pultage qui fait passer l’avion de 20 tonnes à Mais, lors des premiers étirements des brins
Charles de Gaulle et, à terme, l’avion polyvalent 250 km/h sur 75 m, le calage de sa centrale à d’arrêt sur le pont avec des tracteurs, ces
de l’aéronavale. Mais il n’est encore pas le favori inertie depuis le porte-avions, des renforts de derniers se rapprochaient dangereusement
de quelques marins étoilés qui rêvent plutôt du structure pour encaisser des milliers de chocs du bord … Pour faire simple, la raison en
F18C Hornet. Ce n’est qu’à la fin des années 80 à l’appontage et au catapultage et … une était essentiellement un défaut de qualité du
que le choix du Rafale est confirmé au plus haut échelle de pilote rétractable ! Ce n’est quand liquide hydraulique dont les presses de freins
niveau de l’Etat. même pas rien sur un avion sophistiqué où la étaient remplies dès l’usine. Ces presses de
Le Rafale dut alors se parer des attributs d’un moindre modification doit faire l’objet de qua- freins sont situées sous le pont et les brins
avion embarqué : une solide crosse d’appon- lifications longues, rigoureuses et coûteuses. d’arrêt leur transmettent les efforts de l’ap-
tage pour accrocher les « brins d’arrêt », des Ces modifications ont surtout nécessité de pontage. Les mêmes presses équipent aussi
nombreux essais. Des vols d’approche du Cle- les porte-avions US et c’est tout un lot du li-
menceau ont permis d’appréhender les para- quide hydraulique qui fut incriminé, y compris
mètres de vol. Plusieurs campagnes d’essais sur certains porte-avions US qui consignèrent
ont été menées dans des centres d’essais certains brins d’arrêt !
aux Etats-Unis, seuls à posséder au sol des Cette péripétie a créé une certaine méfiance
installations de catapultage et les brins d’ar- de mes homologues directeurs de programmes
rêts identiques à ceux des porte-avions amé- avions. Malgré des revues techniques et de
ricains, et du PA CDG qui les a aussi adoptés. sécurité très pointilleuses à l’issue desquelles
Plusieurs campagnes d’essais ont également je déclarais « bonnes pour le service » les ins-
par Xavier LEBACQ, IGA eu lieu sur le Foch, sur lequel on avait aména- tallations aviation du pont, rien n’y faisait, il n’y
gé un « tremplin » pour faciliter le catapultage. avait toujours pas de candidat pour apponter !
n PRÉSIDENT DE LA SAS
La catapulte du Foch de 50 m était en effet un J’avais même osé alors interpeller le directeur
XAVIERLEBACQ CONSEIL
peu courte alors que celles du PA CGD font du service des programmes aéronautiques
Xavier Lebacq a effectué une 75 m. pour lui dire que lorsqu’il avait été nécessaire
grande partie de sa carrière à la de passer le mur du son, il fallut bien y aller
DGA dans une large palette de avec un avion et que cela était aussi vrai pour
apponter sur le PA CDG. Je crois d’ailleurs
métiers, dont celui de directeur de «… les tracteurs
programme du PA CDG. Après avoir qu’il est devenu ensuite DGA, mais il m’a par-
se rapprochaient donné ma passion …
supervisé les études du second
dangereusement J’avais donc imaginé un plan B qui consistait à
porte-avions, avorté faute de budget
et de coopération des Britanniques, du bord … » immerger par grands fonds des gueuzes reliées
il s’attela au démantèlement du par de grandes longueurs de câble aux brins
Clémenceau puis de tous les d’arrêt. Le choc final d’une gueuze aérodyna-
matériels militaires avant de quitter Pendant que la construction du PA CDG mique qui coule pouvait approcher l’effort réel
l’administration en 2010. s’achevait, presque 300 appontages et cata- d’appontage sur le brin d’arrêt. Ceux qui se
pultages à terre et sur le Foch avaient permis souviennent du film « Abysse », où une grue de

14 CAIA N°106 - Juin 2015


en fonctionnement ne procurait hélas que peu
de vitesse additionnelle aux 40 000 tonnes du
PA CDG, mais il nous contraignit à prévoir une
isolation substantielle de la plage arrière pour
éviter les émissions sonores et atmosphériques
d’un moteur M88 à pleine puissance. Et, faute
de place, je ne vous parle pas des études de
sécurité pour les chaufferies nucléaires du PA
CDG ! Connaître le pouvoir calorifique d’un Ra-
fale qui brûle était nécessaire !
Malgré les essais réalisés précédemment sur
le Foch, les efforts encaissés par la structure,
les trains d’atterrissage et les pneus du Ra-
fale étaient légèrement différents car PA CDG
et Foch ne sont pas identiques. Les experts
de Dassault Aviation et de la DGA analysaient
tous les paramètres, parfois inquiets, y compris
quand il s’agissait d’apponter avec une bombe
ou un missile nucléaire par exemple, mais ils
étaient toujours finalement rassurés.
Le revêtement de pont du PA CDG, du même
type que celui du Foch, était assez agressif
à l’état neuf, déjà pour les brins d’arrêts qui
s’usaient à grande vitesse. J’avais alors fait
procéder à son arasement dans la zone d’ap-
Sur la photo, autour du Rafale sur le PA CdG : l’amiral pontage avec des « herses ponceuses » trac-
Philippe de Gaulle, Jacques Chirac, l’auteur (encore
jeune et beau), Serge Dassault, l’amiral Delaunay, tées inlassablement par des chariots, un peu à
Yves Kerhervé, un Rafale et un Super Etendard la « Mac Giver », pour que les essais en mer
puissent se poursuivre … On changea ensuite
surface coule et s’écrase au fond, savent que nous avions réalisé que les presses de freins la peinture de pont pour y mettre la même que
la vitesse d’immersion peut atteindre en effet n’avaient pas toutes reçu leurs dernières mo- celle des porte-avions US. Retenez que l’une
jusqu’à 0,9 fois la vitesse de chute dans l’air ! difications. Il ne s’agissait certes pas de mo- des interfaces la plus délicate à maîtriser entre
Heureusement pour le commandant qui s’in- difications essentielles à la sécurité, mais cela pneus d’avion et porte-avions est peut-être le
quiétait légitimement de mon plan B, un arbi- nous avait plongé dans le doute pour le premier coefficient de frottement de la peinture de pont,
trage eut lieu à très haut niveau pour que le catapultage. Alors que Rafale et SEM étaient le « mu » pour les connaisseurs.
premier appontage soit quand même réalisé le donc parés au catapultage sur le pont, nous Au final donc, vraiment très peu de difficultés
6 juillet 1999 avec un Super Etendard moder- épluchions encore la documentation pour être car un énorme travail avait été fait en amont par
nisé (SEM) de série piloté par Eric Gérard et le certains que les catapultes avaient bien reçu les équipes du Rafale et du porte-avions. Une
Rafale M02 piloté par Yves Kerhervé apponta le leurs dernières modifications … Moments in- coopération cordiale, constructive et devenue
lendemain. Tous deux étaient pilotes d’essais de tenses ! amicale a permis de régler tous les paramètres
Dassault Aviation. Les grandes adaptations techniques du porte- lors des essais sur le PA CDG pour qu’il forme
C’est le cas de le dire, tout le monde n’était avions au Rafale ont été un renforcement de un tandem de choc avec le Rafale. Encore bravo
pas sur le pont (pour raison de sécurité), mais l’isolation acoustique des locaux sous le pont, à tous ceux qui ont contribué à cette réussite.
sur les moindres recoins de l’îlot pour assister l’aménagement dans le prolongement du han- Je crois qu’on n’est pas loin des 33 000 appon-
dans un impressionnant silence aux premiers gar des impressionnants ateliers pour la main- tages et catapultages, tous avions confondus,
appontages. Des tonnerres d’applaudissements tenance du Rafale et notamment la réalisation sur le PA CDG ; le couple PA CGD/Rafale, c’est
s’en suivirent ! Mais nous n’avions pas fini d’un banc d’essais des moteurs du Rafale. Si- vraiment du solide et nul doute qu’il fêtera un
notre journée. Lors des premiers appontages, tué à l’extrême arrière du navire, le banc moteur jour ses noces de rubis !

CAIA N°106 - Juin 2015 15


L E R A FA L E

LE RAFALE, UN SYSTÈME D’ARME


BIEN NÉ, AVEC UN POTENTIEL
DE CROISSANCE IMPORTANT
Le Rafale a été conçu dès l’origine comme un avion
polyvalent et évolutif, ce qui a permis de disposer des
capacités opérationnelles de façon progressive selon une
logique de développement incrémentale : standards SU0/
SU1/SU2 à la fin des années 1990, suivis rapidement par les
F1/F2/F3 dans la décennie 2000. Compte tenu des choix
de conception initiaux faits sur le programme, le Rafale est
un avion qui possède toutes les capacités pour s’adapter
par Guilhem REBOUL, ICA à un environnement évolutif, dans tous les domaines de
n DIRECTEUR ADJOINT DU l’architecture de la plate-forme, du SNA1, des capteurs ou du
PROGRAMME RAFALE EN moteur. L’article fait le point sur les évolutions envisageables
CHARGE DU DÉVELOPPEMENT et précise comment la démarche d’ingénierie système va
aider à leur émergence.
Guilhem Reboul a débuté sa carrière

L
à DGA/EV en 1999 comme ingénieur
d’essais sur le programme Mirage ’architecture fonctionnelle et matérielle du croissance des systèmes et capteurs du Rafale.
2000. Après avoir été sous-directeur Rafale a été optimisée dès le début du pro- En fonction des missions futures, le développe-
technique à Istres, il rejoint le gramme afin de satisfaire un spectre de mis- ment de nouvelles technologies de souveraineté,
programme Rafale en 2010 en tant sions particulièrement large, auparavant assuré par par exemple liées à la furtivité pourra s’avérer
qu’architecte de cohérence technique une demi-douzaine d’avions spécialisés. La prise en nécessaire (bords de fuite plus ciblés, antennes
Rafale jusqu’en septembre 2012. compte dès le début de la conception de l’avion de conformées, capacité d’emport discrète …).
l’ensemble des exigences a ainsi conduit à dévelop- Néanmoins, il n’y aura pas de besoin de modi-
per de façon équilibrée les fonctions macroscopiques fication lourde et profonde pour introduire par
nécessaires à un chasseur omni-rôle (ex : fonction exemple des évolutions structurelles majeures.
« suivi de terrain » pour la pénétration basse altitude, Par ailleurs, l’architecture des différents réseaux
système de guerre électronique intégré et réparti). bords (hydraulique, électricité, conditionnement)
Cette caractéristique intrinsèque au Rafale lui a per- permet d’envisager l’avenir avec sérénité.
mis de s’adapter avec succès aux fortes évolutions Le système de navigation et d’attaque pourra
du contexte opérationnel depuis 20 ans, et lui confère évoluer pour tenir compte des besoins futurs : les
un excellent potentiel de croissance pour de futurs choix de conception d’un SNA intégrant de nom-
par Marc HOWYAN, IGA développements dans la décennie 2020. En atten- breuses sources d’informations internes ou ex-
n DIRECTEUR DU PROGRAMME dant des expressions formelles de besoin opération- ternes (synthèse tactique avec fusion multi-cap-
RAFALE nel et des choix capacitaires associés au futur stan- teurs, compatibilités fréquentielle et temporelle,
dard F4, un rapide tour d’horizon peut être fait afin liaisons de données tactiques) et de l’avionique
Marc Howyan a réalisé la majeure de dégager les principales orientations techniques modulaire intégrée ont permis non seulement
partie de sa carrière à la DGA et concernant l’architecture de la plate-forme, du SNA, de garantir une grande souplesse d’emploi mais
occupé plusieurs postes sur le des capteurs ou du moteur. également de prendre en compte des besoins
programme Rafale avant d’être L’architecture de la plateforme restera stable : nouveaux tout au long du programme, à travers
directeur de programme adjoint
elle évoluera nécessairement à la marge, compte notamment des évolutions du cœur système.
en 2006 et désormais directeur du
tenu du juste dimensionnement actuel (la plate- Les choix initiaux d’architecture fonctionnelle et
programme depuis 2012.
forme est reconnue mature et innovante, avec matérielle du Rafale, ainsi que son processus de
des configurations lourdes) et du potentiel de développement incrémental, lui confèrent des

16 CAIA N°106 - Juin 2015


capacités d’évolution encore très importantes, triels du secteur. Ces dernières sont connues «… perspectives de
notamment pour maîtriser la complexité inhé- dans leurs grandes lignes et les premières
développement sur
rente aux systèmes de combat temps réel. En analyses montrent que le potentiel d’évolu-
particulier, l’accroissement de certaines capaci- tion à long terme du Rafale est très fort : par
plus de 20 ans. »
tés apparaît facilement accessible : augmenta- exemple, recours à de futurs calculateurs ou
tion de la maîtrise des effets (précision des ar- architectures modulaires issus du domaine de Le Rafale se caractérise donc par son poten-
mements, réduction des dommages collatéraux), l’aéronautique civile. tiel d’évolution système à court, moyen et long
travail accru en réseaux ou contribution à la fonc- Les capteurs pourront évoluer pour tenir compte terme, avec des perspectives de développement
tion renseignement/anticipation. des besoins futurs : contre-mesures électroma- sur plus de 20 ans.
Si l’on veut détailler un peu plus, le potentiel gnétiques, localisation passive, radar à antenne
d’évolution s’évalue à court, moyen et long active ou désignation laser sont des sujets par Le rôle de l’ingénierie système
terme compte tenu des cycles de développement définition pour lesquels des démarches incré- dans la préparation des évolutions
des technologies aéronautiques. A ce titre, les mentales et modulaires ont été mises en place futures
conduites de tir constituent un exemple perti- depuis très longtemps, et qui se poursuivront. Afin de continuer à maîtriser les développements
nent : Nous touchons là encore des technologies futurs du Rafale, il est indispensable de tenir
• à court terme (classe 1 an), tout avion doit être de souveraineté et des emplois à forte valeur compte des changements structurels de l’en-
capable de s’adapter à un besoin nouveau s’il ajoutée et haute technicité, qui permettront au vironnement : évolution de la maîtrise d’œuvre
ne s’écarte pas trop du périmètre de mission : porteur d’évoluer dans un environnement plus industrielle et de ses méthodes de travail, com-
cette activité dite de « suivi en service » s’ap- contraint. Prenons l’exemple du radar RBE 2 à plexité croissante des problèmes techniques à
puie sur la flexibilité de l’interface homme - antenne active : cet équipement est le fruit de 10 résoudre, contraintes de ressources sur la maî-
système actuelle et consiste en des évolutions ans d’effort de R&D mais également d’une vision trise d’ouvrage DGA … Cette démarche conduit
ne nécessitant pas de modifier profondément claire des évolutions possibles de ce capteur. à renforcer les compétences DGA en matière
le logiciel du cœur système. De telles implé- D’autres évolutions sont rendues possibles par le d’ingénierie système, tout en conservant les ac-
mentations sont possibles sur Rafale car les potentiel de l’avion et du radar, incluant des com- quis de la maîtrise d’ouvrage du programme Ra-
conduites de tir ont été bien spécifiées et réa- posants et des traitements nouveaux le rendant fale en termes de compétences et de méthodes
lisées : par exemple, la conduite de tir air - sol plus performant. Prenons un autre exemple, le (qualification via dossier de justification de défi-
GBU 12 a ainsi été réalisée en urgence opéra- domaine de la guerre électronique : l’architecture nition, etc.).
tionnelle en 2007 sur la base des développe- du SPECTRA2 et la capacité gestion multi-cap- Cette démarche d’ingénierie système appliquée
ments air - sol déjà réalisés pour l’intégration teurs de ce système d’autoprotection très bien au programme Rafale répond à trois objectifs
de l’armement air - sol modulaire (AASM) ; conçu, nous permet d’envisager des évolutions principaux dans le cycle méthodologique de dé-
• à moyen terme (classe 4 - 5 ans), le système limitées à certains blocs sans remettre en cause veloppement (cf. schéma) :
doit avoir la capacité d’intégrer des évolutions le système complet. • L’amélioration de la satisfaction du besoin opé-
fonctionnelles relativement lourdes sans évo- Le moteur possède des performances a priori rationnel : d’une part, via une formalisation par
lution hardware (ou middleware) : il faut non suffisantes : la plateforme bimoteur est éprouvée l’Etat de l’expression du besoin (complète et
seulement avoir gardé des marges dans le - le moteur possède d’excellentes performances au plus juste des exigences opérationnelles ;
cœur système (bus, calculateur, interfaces …) et les évaluations faites lors des évaluations ex- selon des spécifications techniques optimales
mais également avoir un logiciel de grande port n’ont jamais mis en difficulté l’avion. en termes de performances, coûts et risques ;
qualité permettant des évolutions réalisées en
continuité avec les développements passés. On
touche également à un autre aspect essentiel Adéquation de
la solution avec
sur Rafale, à savoir la continuité du travail et le besoin
le maintien des équipes avec des noyaux durs Capture
de compétences critiques : par exemple, la et formalisation Traçabilité 3
du besoin des choix
mise au point de la conduite de tir air - air d’un
1 Démonstration
missile nouvelle génération tient compte des de la preuve
travaux passés sur la conduite de tir air - air,
Compréhension 2
bien qu’étant un nouveau développement et du besoin
non une évolution de cette dernière ; pour l’industrie Maturation
• à long terme (classe 10 - 15 ans), les services de la solution
étatiques travaillent à la mise en cohérence
des orientations capacitaires et des stratégies Bénéfices attendus de l’ingénierie système dans le cycle méthodologique classique
de développement technologiques des indus-

1) Système de navigation et d’attaque


2) Système de Protection et d’Evitement des Conduites de Tir du RAfale

CAIA N°106 - Juin 2015 17


L E R A FA L E

avec la participation nécessaire de l’industrie) • La traçabilité des choix réalisés (en phase de partagée et permanente sur le développement
et, d’autre part, via l’assurance, en préalable au spécification du besoin par l’Etat ; en phase de du standard F4, avec en particulier des gains
lancement du développement, de la compré- réalisation par l’industrie) et de la démonstra- attendus en termes de :
hension par l’industrie de cette expression de tion de l’adéquation de la solution finale avec • limitation au strict nécessaire des échanges
besoin et de l’existence in fine d’une solution ses spécifications techniques. formels ;
issue des spécifications techniques, vérifiable En phase préparatoire du standard F4, le dispo- • non duplication de la charge de travail (no-
et cohérente des objectifs de performances. sitif de gouvernance se traduit notamment par la tamment celle liée à la démonstration de la
• L’élaboration par l’industrie de la solution la mise en place : « rejointe » des spécifications, du respect des
plus pertinente possible, comprise par l’en- • d’un groupe de travail « cohérence et analyse exigences de navigabilité et du bon avance-
semble des acteurs au fil de sa maturation en de la valeur » ; ment des travaux techniques).
cours de développement (par un processus • de groupes de spécification de besoin théma- Dans la continuité de la méthodologie « histo-
itératif de génération / évaluation des données tiques classiques, pilotés selon une double ap- rique » appliquée depuis le standard F2 par le
d’ingénierie, permettant de dégager une vision proche de type « maturity gates » et « feuille de programme Rafale (spécifications de haut niveau
partagée Etat - industrie de l’avancement tech- route technologique (TRM) » ; décrivant le besoin, dossier de justification de la
nique de l’opération et de sa cohérence avec dont les principes de fonctionnement auront définition faisant la démonstration de la preuve
les spécifications techniques) et en fin de dé- vocation à se prolonger en phase de développe- …), la démarche d’ingénierie système permet-
veloppement (par la production par l’industrie ment du standard F4. tra donc de garantir la cohérence des capacités
des données d’ingénierie nécessaires et suf- De façon très concrète, la mise en place de techniques développées, malgré la complexité
fisantes pour que l’Etat démontre l’adéquation la stratégie d’ingénierie système permettra croissante des objectifs des futurs systèmes de
de la solution finale avec le besoin exprimé). d’établir entre l’Etat et l’industrie une visibilité combat aérien, qu’ils soient pilotés ou non.

[Link] 1 06/05/2015 10:34:44

18 CAIA N°106 - Juin 2015


L E R A FA L E

LES ESSAIS EN VOL DU RAFALE


Un vol d’essai se caractérise par l’utilisation de moyens techniques et humains permettant
de suivre un scénario précis (l’ordre d’essai) et d’enregistrer voire transmettre en temps
réel des données prédéfinies, à des fins d’analyse détaillée pendant et après le vol. Ces
moyens spécifiques comprennent notamment des installations embarquées adaptées
aux informations recherchées (enregistreurs de bus informatique, capteurs d’efforts, de
vibrations ou d’autres grandeurs physiques, caméras, émetteurs télémesure, interfaces
avec le système en essai), un contrôle aérien dédié, et des moyens sol (station de
réception de télémesure, salle de conduite d’essai, radars de trajectographie, simulateurs
interfacés en liaison de données, simulateurs de menaces ou menaces réelles, etc.).

L
es essais en vol d’un aéronef militaire
constituent une étape particulière-
ment visible et cruciale de son déve-
loppement, qui est cependant totalement inté-
grée dans un processus plus global comprenant
également, entre autres, de nombreuses simu-
lations (parfois basées sur des données d’essai
réels) et essais sur banc, chez les industriels et à
la DGA. La cohérence d’ensemble du processus

Tir de qualification d’un AASM laser – résultat d’une instrumentation vidéo

passe notamment par la mise en œuvre de l’in- Forces est déclenché, tout d’abord dans les
génierie système. centres d’expérimentation (CEAM1 pour l’Ar-
par Jean-Baptiste Une fois l’aéronef ou ses évolutions officiel- mée de l’air ; CEPA2 pour la Marine nationale,
RABILLOUD, ICA lement qualifiés par la DGA (vérification de STAT3 pour l’Armée de terre) qui en définissent
l’adéquation au cahier des charges, et de la la doctrine d’emploi, puis dans les escadrons
n ARCHITECTE ESSAIS- sécurité d’utilisation), le déploiement dans les opérationnels.
EXPERTISES-ÉVALUATIONS
RAFALE À DGA ESSAIS EN VOL Essais en vol Rafale –
X99, Supaéro, Jean-Baptiste organisation générale et grands
Rabilloud, a successivement développements
encadré à DGA EV Cazaux les Les essais en vol liés au programme Rafale
activités d’essais en vol de sont réalisés par l’avionneur Dassault Aviation
capteurs électromagnétiques, puis dont le service essais en vol est localisé sur la
d’armements aéroportés. Il a été base aérienne d’Istres, et par DGA Essais en
nommé en 2013 A3E Rafale à DGA vol (DGA EV) au départ de ses sites d’Istres
EV Istres, chargé de coordonner et de Cazaux. Les autres industriels concou-
l’activité d’essai Rafale au profit de rant au programme, au premier rang desquels
l’UM ACE. Thales (capteurs, calculateurs) et Snecma
Kit enregistreur intégral des bus avion, pouvant équiper
des Rafale de série (moteurs), mais aussi MBDA (missiles) et Sa-

CAIA N°106 - Juin 2015 19


L E R A FA L E

Avion banc d’essai d’aujourd’hui (Mystère XX) et de demain (ABE NG - Fokker 100)

gem (centrales inertielles, certains capteurs organisées par DGA EV au profit de la direc- par ailleurs d’optimiser la prise de compétence
optroniques, AASM4) participent également ac- tion de programme et des états-majors, afin des opérationnels et l’enchaînement entre les
tivement aux phases d’essais en vol de déve- de mettre à l’épreuve les évolutions de l’avion essais de développement et les campagnes
loppement, à l’occasion des vols organisés par ou de ses principaux capteurs dans des sce- d’expérimentations opérationnelles.
Dassault et DGA EV. Les essais en vol de dé- narii les plus proches possibles des missions
veloppement de la plupart des capteurs (radar opérationnelles, en impliquant des unités aé- Soutien aux Forces
RBE 2, optronique secteur frontal OSF, trans- riennes (jouant le rôle de patrouilles amies et DGA EV réalise également des essais en vol
pondeur - interrogateur IFF, pod de désignation ennemies) et terrestres (batteries de défense pour le Rafale dans des cadres plus ponctuels
laser, nacelle de reconnaissance RECO NG …), sol - air, contrôleurs avancés …) . Ainsi, dans que les grands développements, généralement
et de certains armements, sont réalisés par un passé récent, le nouveau radar RBE 2 AESA dans un contexte de soutien aux opérationnels,
DGA EV pour le compte des industriels, sur des (antenne active), mis en service en 2013, et le par exemple pour les opérations extérieures
aéronefs banc d’essais (ABE5) et parfois sur dernier standard F3-4+ du SNA, en cours de (OPEX). Caractérisation de l’efficacité de sé-
des Rafale de série, instrumentés pour l’occa- déploiement en 2015, ont fait l’objet d’essais quences de leurrage (en coopération avec DGA
sion. Dassault est quant à lui responsable de en vol de constat étatique respectivement en Maîtrise de l’information et l’EPIGE7), adapta-
l’organisation et de la réalisation des essais de 2012 et 2014, après la phase d’essais de dé- tion et vérification de bon fonctionnement
développement de l’avion de base et de son veloppement proprement dite. de nouveaux armements, perfectionnement
SNA6, et des essais d’intégration des capteurs Le principe des RAU est similaire, mais ces de certains domaines de tir de bombes, vols
et armements à l’avion : l’avionneur dispose campagnes interviennent plus tôt. L’objectif d’emport et tirs de munitions ayant subi des
actuellement pour ces essais d’en moyenne d’une RAU est de confronter un état système cycles de vieillissement accéléré, expertises et
trois avions Rafale instrumentés. certes non abouti, mais déjà suffisamment essais sur des faits techniques … La liste est
Pour le programme Rafale, une organi- mature, à une utilisation de type opérationnel, longue.
sation en équipe intégrée d’essais en vol en bénéficiant des moyens d’enregistrement et DGA EV intervient par ailleurs en soutien de cer-
(EIEV) a été mise en place dès le standard d’analyse propres aux essais en vol. Ainsi, ces taines expérimentations Rafale du CEAM et du
F1 dans les années 90. L’EIEV regroupe, au phases d’essais sont positionnées de façon CEPA, en fournissant par exemple des moyens
sein d’une équipe resserrée, des pilotes et in- suffisamment amont dans le calendrier de dé- sol de guerre optronique et électronique.
génieurs d’essais industriels (Dassault) et éta- veloppement pour rendre possibles certaines
tiques (DGA EV, et centres d’expérimentations : réorientations du développement lorsque les Essais de réception
CEAM et CEPA, représentant les clients finaux, conclusions des essais en démontrent la per- Le tableau des essais en vol ne serait pas
Armée de l’air et Marine nationale). Une part tinence. Le nouveau standard F3-R, dont le complet sans évoquer les essais de réception.
des essais en vol de développement et mise développement s’étale de 2014 à 2018, doit Le processus de réception permet de vérifier,
au point de Dassault est allouée aux équipages donner lieu à une RAU par an en moyenne, pour un Rafale neuf sortant des chaînes de
étatiques de l’EIEV, afin de donner à l’Etat une dont la première a été réalisée en décembre Dassault à Bordeaux Mérignac, la sécurité de
bonne visibilité sur les développements et de 2014 à DGA EV Istres avec l’implication des l’avion, sa qualité de fabrication, et les per-
garantir l’adéquation des fonctions dévelop- intervenants étatiques et industriels de l’EIEV, formances de ses systèmes, avant livraison
pées au besoin opérationnel. ainsi que de participants supplémentaires de aux Forces. Ce processus est effectué en deux
Au cours des développements, des campagnes DGA EV, du CEAM et du CEPA. La participa- temps pour les avions livrés à l’Armée de l’air
d’essais en vol de constat étatique et de RAU tion des centres d’expérimentation à ces cam- et à la Marine, avec l’implication du SQ (ser-
(revue d’aptitude à l’utilisation) sont également pagnes de RAU et de constat étatique permet vice de la qualité de la DGA) tout au long de

20 CAIA N°106 - Juin 2015


Salle d’écoute et de suivi d’essais
la chaîne de fabrication jusqu’aux opérations veloppement menés selon les préceptes férents standards de l’aéronef. Si le Rafale
de réception. Dassault effectue tout d’abord d’ingénierie système aident à réduire la est aujourd’hui un aéronef dont l’efficacité
un essai « rouleur », en fait une accélération - durée des phases d’essais en vol, celles- et la polyvalence sont mondialement re-
arrêt sur piste, puis deux vols de mise au point ci restent indispensables pour finaliser la connues, c’est aussi grâce à l’organisation
de l’avion et de ses systèmes, qui peuvent mise au point d’un appareil. particulière mise en place pour ses essais
déboucher sur des premières retouches. En- Dans le cas du Rafale, le travail en équipe en vol, et à l’engagement et au profession-
suite, l’avion est présenté à l’équipe de récep- intégrée pendant les phases d’essais en nalisme des équipes d’essais aussi bien
tion DGA EV, qui réalise également deux vols vol a démontré son efficacité, permettant étatiques qu’industrielles.
d’essais, pouvant amener d’autres remarques la livraison en temps et en heure des dif-
et retouches. DGA EV émet un avis favorable
à la réception, qui permet finalement à la di- Les essais en vol de développement du standard F3-R
rection de programme d’officialiser la livraison - décembre 2013 : notification du contrat F3-R par la DGA aux industriels
de l’avion. - 450 vols d’essai de développement F3-R prévus chez Dassault
Les essais en vol constituent le moment - 120 vols sur avions bancs d’essai étatiques de DGA EV (M 2000 B, Mystère
XX et Fokker 100 ABE NG) pour le développement des nouvelles fonctions
de vérité pour un nouvel aéronef militaire
du radar RBE2 et du transpondeur - interrogateur IFF prévues pour F3-R
ou ses évolutions. Ils concernent toutes - 130 vols sur Mirage 2000 D banc d’essai instrumenté de DGA EV pour le
les phases de son existence, du dévelop- développement du pod de désignation laser nouvelle génération (PDL NG)
pement au suivi en service en passant par TALIOS
la livraison des avions neufs, et jusqu’à - 300 vols d’aéronefs plastrons organisés par DGA EV au profit des vols
d’essais F3-R menés par Dassault
l’adaptation réactive en réponse à de nou-
- 5 tirs de missiles Meteor sous Rafale
veaux besoins OPEX. L’expérience montre - octobre 2018 : qualification prévue du standard F3-R
que si la simulation et des travaux de dé-

1) CEAM : Centre d’Expériences Aériennes Militaires


2) CEPA : Centre d’expérimentations pratiques et de réception de l’aéronautique navale
3) STAT : Section Technique de l’Armée de Terre
4) AASM : Armement Air - Sol Modulaire
5) ABE : un aéronef banc d’essais est un aéronef fortement modifié et instrumenté, dédié à la réalisation de vols d’essais. Dans le cas du programme Rafale, il peut s’agir de M2000
ou de Mystère XX qui permettent de réaliser la mise au point d’équipements en avance de phase avant intégration sur Rafale. L’ABE NG (Fokker 100) sera utilisé par DGA EV
à partir de fin 2015 notamment pour des essais du programme Rafale.
6) SNA : Système de Navigation et d’Attaque
7) EPIGE : Escadron de Programmation et d’Instruction en Guerre Electronique

CAIA N°106 - Juin 2015 21


LE RAF
FAA LLEE

Fin d’essai, tous les avions rentrent à la base © DGA EV (V. Ricco / G. Grasset / G. Grasset)

 
LES ESSAIS EN VOL DU RAFALE
VUS DU COCKPIT
Les essais en vol ont pour objectif de mettre à l’épreuve
les nouveaux matériels et fonctionnalités. Pour réaliser ces
« premières fois », les aéronefs à tester sont mis en œuvre
par des professionnels dont le but est d’appréhender des
situations nouvelles en recherchant la sécurité et l’efficacité
de l’essai. Embarquement immédiat pour le premier vol
d’essai sur Rafale d’un jeune ingénieur navigant d’essai.

S
par Christophe ur le parking avions de DGA Essais en METEOR. Nous sommes équipier de la patrouille

 
BRETAULT, IA Vol site d’Istres, un Rafale m’attend F3-R. L’ordre d’essai prévoit des passes de tir
pour un vol de la première campagne calibrées conçues pour pousser le système à ses
n RESPONSABLE TECHNIQUE
de RAU1 du dernier standard en développement, limites et qu’il s’agit de réaliser au plus juste, des
ESSAIS EXPERTISE À DGA
dit F3-R. Ce sera mon premier vol d’essai depuis tests fonctionnels sur la liaison de données L16
ESSAIS EN VOL
ma formation d’ingénieur navigant, une année à et un simulacre de combat aérien.
X05 Supaéro, pilote des corps apprendre comment évaluer les performances Une fois sanglés à nos sièges, nous mettons
techniques, Christophe Bretault systèmes et avions, du Mirage 2000 au PC7 en les moteurs en route, procédons aux tests pré-
est responsable technique d’essais passant par l’A320. vol et roulons vers la piste. Nous rejoignons le
à DGA Essais en Vol depuis 2010. Le pilote fait le tour de l’appareil pour en vérifier leader de la patrouille au point d’arrêt. Sur le
Après avoir été responsable de le bon état. De mon côté, je m’installe en place siège avant, le pilote d’essai effectue le briefing
plusieurs campagnes d’essais sur arrière, lance l’alignement des centrales iner- décollage en rappelant la séquence attendue et
l’hélicoptère EC665 Tigre et une tielles et prends une minute pour repenser au vol les conduites à tenir en cas de panne. Dernière
formation d’ingénieur navigant qui nous attend. Une patrouille de deux Rafale vérification de la cabine, nos sièges éjectables
d’essais à l’Ecole du Personnel biplaces au standard F3-R, indicatif Azur Lima, sont armés, pas d’alarme. Nous nous alignons en
Navigant d’Essais et Réception évoluera face à un Rafale au standard F3-3’, ac- patrouille sur la large piste d’Istres à côté du lea-
à Istres, il participe, à la DGA, au tuellement déployé dans les forces, et un Mirage der. La tour nous donne le feu vert : « Azur Lima,
développement et à la qualification 2000-5 pour évaluer la conduite de tir du missile clear for takeoff ». Pieds sur les freins, les mo-
du Rafale.
1) RAU : Revue d’Aptitude à l’Utilisation (cf l’article sur les essais en vol du Rafale)

22 CAIA N°106 - Juin 2015


teurs de nos deux Rafale montent en puissance, des gênes perçues et les axes d’améliorations. Il stabilisées destinées à menacer l’adversaire et
les paramètres sont stables. Je peux voir l’équi- faut alors faire parler le pilote et stimuler sa ré- les changements brusques d’altitudes destinés à
page de l’autre avion se caler dans le siège avant flexion pour recueillir un compte-rendu circons- le surprendre.
qu’il ne s’élance dans un grondement rauque et tancié au-delà du premier avis subjectif, tout en A bord, les avantages du Rafale sur les appareils
s’envole. Quelques secondes plus tard, c’est à préparant le prochain point d’essai. de la génération précédente sont indéniables.
notre tour. Le pilote lâche les freins, l’avion accé- Une fois les passes analytiques réalisées, nous Les différents écrans tactiles présentent à
lère, de plus en plus vite. Je suis collé au siège passons aux passes opérationnelles de combat l’équipage de manière organisée et synthétique
sous l’effet de la poussée des deux M88 qui nous BVR (Beyond Visual Range), pour lequel le Meteor l’état des différents systèmes et capteurs. Le
propulsent à pleine puissance, postcombustions est un atout capacitaire. Les passes opération- collimateur tête moyenne affiche une situation
enclenchées. L’accélération est conforme à la nelles sont destinées à évaluer le matériel dans tactique d’une grande lisibilité, qui ne demande
prévision, nous pouvons poursuivre le décollage. sa globalité en générant une charge de travail pas au pilote de dégrader sa vision de loin pour
La vitesse de rotation arrive. En une traction sur réaliste qui peut mettre en évidence des défauts rechercher une information tactique en cockpit.
le mini-manche, le pilote lève le nez de l’appareil à corriger. Seules des conditions d’essai aussi Les poignées manche et gaz, placées de part et
qui s’envole. Le train d’atterrissage est rentré et proches que possibles de la réalité permettent d’autres du siège et les nombreuses commandes
nous montons rapidement vers notre leader qui d’optimiser le système en vue de son utilisation qui les recouvrent réduisent les mouvements
apparait sur l’écran de situation tactique grâce opérationnelle. Un scénario réaliste a d’ailleurs de bras du pilote et lui permettent de contrôler
à la liaison 16. En patrouille, à 10m de l’autre été posé : notre objectif est d’empêcher une pa- l’ensemble des systèmes nécessaires au combat
avion, nous sommes guidés par les contrôleurs trouille ennemie, constituée du troisième Rafale air-air comme air-sol. A l’image de ces exemples,
d’essais vers notre zone de travail. et du Mirage 2000, de pénétrer une zone située le Rafale démontre son adéquation aux missions
derrière nous. Le temps de resserrer le harnais qui lui sont dévolues.
L’essai du siège, nous nous organisons en hippodromes
Le responsable d’essai en salle d’écoute briefe défensifs et attendons « l’ennemi » qui ne tardera Fin d’essai, le débriefing
la passe de tir à venir à l’ensemble du disposi- pas. La liaison 16 nous permet de partager la Après une vingtaine de minutes soumis à ce ré-
tif. Dans l’avion, nous nous rappelons les tâches situation tactique de notre leader et le système gime et de nombreux missiles tirés en mode en-
et paramétrons le système d’arme. Alors que de guerre électronique SPECTRA nous renseigne trainement, le leader arrête le combat et ordonne
le pilote exécute les différentes manœuvres, je en complément de notre radar. Sur nos écrans le retour à la base. A peine avons-nous le temps
dois en superviser le bon déroulement de ma- s’affichent alors les plots de la patrouille adverse. de descendre de l’appareil et de décharger les en-
nière à en assurer la conformité par rapport à S’ensuit une danse à quatre avions, où il faut me- registrements qui serviront au rejeu et à l’analyse
l’ordre d’essai et dans le même temps observer ner l’adversaire dans nos domaines de tir ou le en détail du vol que nous nous apprêtons déjà à
la conduite de tir pour en détecter les éven- contraindre à faire demi-tour hors de la portée débriefer. Il s’agit de détailler les résultats essen-
tuels dysfonctionnements. S’ensuivent plusieurs de nos armes, tout en évitant de se faire leurrer tiels qui serviront aux bureaux d’études industriels
passes évaluant les possibilités offertes par la et déborder par l’ennemi. Aux performances du qui ont développé les modifications évaluées. Il est
conduite de tir du Meteor. Le pilote me fait part matériel s’ajoute la capacité offerte au pilote de donc nécessaire d’être convaincant et juste face
de ses remarques à chaud qu’il faut consigner et se représenter une situation tactique claire qui lui à la douzaine d’experts industriels présents quant
ordonner en vue du débriefing qui aura lieu aus- permettra de prendre la bonne décision. Il s’agit au bienfondé des critiques formulées qui seront
sitôt que le vol sera terminé. La difficulté est alors donc d’évaluer l’aisance qu’a le pilote à réaliser l’impulsion initiale du processus d’amélioration.
d’extraire les évènements réellement importants, sa mission et recueillir ses impressions alors que Au-delà du vol d’essai, partie émergée de l’ice-
avec un maximum d’éléments de contexte qui je suis sanglé à un siège qui joue l’essoreuse, berg, l’ingénieur navigant d’essai doit également
permettront d’identifier les éventuelles sources alternant les virages à 5g, les courtes phases concevoir, préparer et analyser minutieusement
ses essais, argumenter et tracer ses prises de
positions mais également conseiller, par son
expertise de première main, les choix pris sur
le programme. Professionnalisme, adaptabilité,
connaissances scientifiques et aéronautiques,
aussi bien théoriques que pratiques, et une bonne
dose d’honnêteté intellectuelle et d’humilité sont
autant de qualités qui lui sont nécessaires, no-
tamment sur un programme aussi vaste, varié
et exigeant que le Rafale. Ces caractéristiques
sont également celles des Ingénieurs de l’Arme-
ment et il semble logique qu’ils contribuent à la
phase cruciale du déroulement des programmes
aéronautiques d’armement que sont les essais
Depuis l’avion leader : « Azur Lima, clear for takeoff » © DGA EV (V. Ricco / G. Grasset / G. Grasset) en vol.

CAIA N°106 - Juin 2015 23

 
LE RAF
FAA LLEE

Les Rafale de l’Armée de l’Air Française en opérations


extérieures (Opération Serval) - Vue en vol au dessus du Mali.
Equipés de la nacelle Damoclès et de GBU-12.
A. Jeuland © Armée de l’air

LE RAFALE :
EN AVANCE SUR SON TEMPS
Le premier contrat Rafale export, signé en février 2015
avec l’Égypte, a suscité un enthousiasme notable, dans les
médias et dans l’opinion, pour un programme qui se révèle
exemplaire.

L
ongtemps, le Rafale a souffert de nombreux capable d’effectuer tous les types de mission et
clichés : trop franco - français, trop sophisti- d’équiper l’armée de l’Air aussi bien que l’Aéro-
qué, trop cher, inexportable ... Ces critiques navale. L’incompatibilité des cahiers des charges
ont été émises dès le lancement du programme. Elles fut constatée formellement par les gouvernements

par Eric TRAPPIER ont été reprises à l’envi par des médias pas toujours
au fait du dossier. Mais, depuis que le Rafale a fait
concernés en 1985. Depuis, les faits démontrent
le bien fondé de l’approche française :
n PRÉSIDENT-DIRECTEUR ses preuves en opération et à l’export, les clichés font - Afghanistan, Libye, Mali, Irak : le Rafale est inter-
GÉNÉRAL DE DASSAULT enfin place aux faits. Et ce n’est que justice. venu sur tous les théâtres d’opérations majeurs
AVIATION ces dernières années. Il a fait la démonstration
Trop franco - français ? éclatante de sa polyvalence, en remplissant
Pour ses contempteurs, c’est le « péché ori- toutes les missions dévolues à l’aviation de
Eric Trappier est président-directeur ginel » du Rafale : la France aurait préféré faire combat : défense et supériorité aérienne, appui
général de Dassault Aviation son avion seule plutôt que de s’associer au pro- rapproché, frappe air - sol longue distance, lutte
depuis 2013. Il y a effectué toute sa gramme Eurofighter réunissant le Royaume-Uni, antinavires, reconnaissance, ravitaillement en vol
carrière : bureau d’études, direction l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. La raison de ce de chasseur à chasseur. Le tout depuis une base
technique internationale et direction choix est pourtant claire : au milieu des années au sol ou depuis un porte-avions, et avec une
générale internationale où il a 1980, nos voisins envisageaient un chasseur as- disponibilité opérationnelle exemplaire ;
négocié des contrats export Mirage sez lourd, spécialisé dans les missions air - air et - l’Eurofighter, quant à lui, n’est pas intervenu en
et Rafale. non destiné à opérer depuis un porte-avions ; la Afghanistan et en Irak. En Libye, il a effectué des
France souhaitait un avion de combat plus léger, missions limitées. Plus lourd que le Rafale, conçu

24 CAIA N°106 - Juin 2015


pour l’air - air, dépourvu de capacités air - mer, tombées pour l’aéronautique civile et l’industrie en Le Rafale remplace sept
reconnaissance ou nucléaire, il ne devrait être général : filière numérique (logiciels CATIA et ses types d’avion
équipé d’un radar à antenne active et de réelles dérivés), commandes de vol, matériaux spéciaux Depuis que le Rafale a commencé
fonctionnalités air - sol qu’à la fin de la décennie. et composites, codes de calculs aérodynamiques, à être livré à la France, au début
Quant à sa navalisation, elle semble bien peu acoustiques, infrarouges et électromagnétiques, des années 2000, ont pu être
mis à la retraite : le Crusader
envisageable. Des capacités restreintes, donc, simulation, intelligence artificielle, transmission de
(chasse embarquée, entrée
obligeant le Royaume-Uni et l’Italie à se doter de données, pyrotechnie. en service : 1964), le Mirage
F-35 américains censés réaliser ce que l’Eurofi- IV (dissuasion nucléaire et
ghter ne sait pas faire ; Trop cher ? reconnaissance stratégique, 1964),
- un F-35, d’ailleurs destiné essentiellement aux De toute évidence, un avion sophistiqué, réalisé le Jaguar (attaque au sol, 1973)
et le Mirage F-1 (appui tactique
missions air - sol, qui n’est toujours pas opé- par un seul pays, devrait coûter beaucoup plus
et reconnaissance, 1973). Restent
rationnel en raison de l’accumulation de nom- cher qu’un avion moins complet dont les coûts pour finaliser la transition avec
breux problèmes. Un appareil dont les coûts ont de développement sont partagés par plusieurs le Rafale : le Super-Étendard
explosé. Les Pays-Bas prévoyaient d’acquérir nations et/ou dont les séries sont plus allongées. (attaque à la mer, 1979) et les
85 F-35 il y a une dizaine d’années. A budget Pourtant, les audits des cours des comptes bri- versions D/N (attaque au sol
/ dissuasion nucléaire) et -5/C
constant, ils sont aujourd’hui contraints de pla- tannique et allemande démontrent que le Rafale a
(défense aérienne) du Mirage
fonner leur achat à 37 appareils dont ils estiment coûté 60 % moins cher à la France que l’Eurofigh- 2000 (1984).
tions la consommation de carburant 60 % supérieure ter à la Grande-Bretagne ou à l’Allemagne. En 20
Mali. à celle du F-16, les obligeant à mettre en œuvre ans, le budget de l’avion « dit européen » a dérapé modèles d’aéronefs spécialisés. La formation, la
U-12.
e l’air des moyens accrus de ravitaillement en vol ; de 75 % contre moins de 5 % pour son concur- documentation, les pièces de rechange, l’outillage,
- totalement français, le Rafale offre une pleine rent français. En cause : absence de leadership, les infrastructures, les armements et emports :
souveraineté au Président de la République et spécifications multiples, doublons industriels et tout est simplifié avec le Rafale.
une précieuse polyvalence aux armées. mauvaise répartition des compétences.
Par rapport au F-15 et au F-18 américains, le Inexportable ?
Trop sophistiqué ? Rafale se situe à des niveaux de prix équivalents, Jusqu’à la signature du contrat avec l’Égypte (fé-
La polyvalence impose la sophistication. Dans une malgré un effet série défavorable. L’avion français vrier 2015), le Rafale était considéré par une partie
cellule optimisée dotée de commandes de vol nu- a cependant longtemps été désavantagé par la de la presse comme « un échec à l’export » … En
mériques ultra-performantes, le Rafale embarque parité Euro/Dollar. Le Gripen suédois est un ap- raison des étalements budgétaires (les dividendes
des systèmes très avancés comme son puissant pareil plus léger, monomoteur et beaucoup moins de la paix !), la mise en service du Rafale dans
radar à antenne active (le premier en Europe), sa performant comme l’a démontré l’évaluation de l’armée de l’Air française n’est pas intervenue en
suite d’autoprotection Spectra, ou encore sa fusion l’armée de l’air Suisse. Quant aux avions russes, 1996, comme prévu initialement, mais en 2006.
de données multi-capteurs. les comparaisons sont impossibles car les prix La crédibilité du Rafale à l’export est donc récente.
Outre son intérêt opérationnel, cette sophistication sont fixés directement par Moscou en fonction de Si l’on ajoute à ce facteur celui de la dimension
permettra aux forces françaises de passer d’envi- considérations purement politiques. très géopolitique des ventes d’armements et ce-
ron 700 avions de combat de sept types différents Enfin, il faut prendre en compte l’extraordinaire lui de la surévaluation de l’euro entre 2004 et
dans les années 1980 à 225 à l’horizon 2030. rationalisation permise par le Rafale qui rempla- 2014, on comprend mieux la difficulté de l’exer-
Par ailleurs, la sophistication a un fort impact cera à terme 7 types d’avions à lui seul : une flotte cice, même si le chasseur de Dassault Aviation a
industriel : les technologies du Rafale innervent aérienne composée uniquement du Rafale, poly- toujours été classé premier dans les évaluations
les 500 entreprises du programme et tirent ainsi valent, est évidemment moins coûteuse à mettre technico-opérationnelles où il a été présenté.
l’économie française vers le haut. Exemples de re- en œuvre qu’une flotte où cohabitent plusieurs Aujourd’hui, la conjoncture devient favorable au
Rafale qui a fait ses preuves au combat ; le dollar
remonte sensiblement face à l’euro ; et surtout les
Saint-Cloud, le 23 janvier 2014 - Le équilibres géopolitiques mondiaux se modifient,
Rafale a effectué avec succès ses notamment au Moyen-Orient et en Asie. La déci-
premiers vols d¹essais dans une
nouvelle configuration très lourdement sion du gouvernement indien d’acheter 36 Rafale
armée, comprenant 6 missiles air-sol en urgence est une preuve supplémentaire de ces
de précision AASM Hammer, 4 missiles
air-air moyenne et longue portée de la changements.
famille MICA, 2 missiles Meteor très Avec les Opex et, plus encore, avec le contrat
longue portée ainsi que 3 réservoirs de
2 000 litres. Ces travaux préliminaires, égyptien, l’image du Rafale a changé. Il faut s’en
financés sur fonds propres de Dassault réjouir. L’appareil apparaît de plus en plus pour
Aviation et qui aboutiront à une
ouverture complète du domaine de vol , ce qu’il est : une réussite française industrielle
sont le fruit d¹une collaboration avec la et opérationnelle ainsi qu’une source de fierté
Direction Générale de l¹Armement.
© Dassault Aviation - V. Almansa nationale. En somme, le Rafale était sans doute
un peu trop en avance sur son temps.

CAIA N°106 - Juin 2015 25


L E R A FA L E

IMMERSION D’UN JEUNE IA


AU CŒUR DU SYSTÈME
DU RAFALE
Depuis quelques années, la DGA encourage les jeunes officiers du corps de l’armement
à s’immerger dans le monde industriel dès leur premier poste par le biais de conventions
d’affectation temporaire. Ce dispositif est gagnant pour les trois parties : il permet à l’IA
d’approfondir ses compétence techniques et d’appréhender le fonctionnement interne de
l’entreprise, à la DGA et à l’entreprise de faciliter leurs relations au retour de l’IA grâce à la
connaissance concrète que celui-ci a acquise des métiers et des contraintes de l’industriel.

Motivations de mon choix


Cabine du simulateur Rafale
et ambiance de travail
A l’issue de ma formation aux Etats-Unis (MSc au
MIT orienté robotique et contrôle des systèmes au-
tonomes), j’avais à cœur de participer aux étapes
de conception et développement d’un programme
aéronautique. La possibilité de découvrir les ar-
canes du monde industriel me semblait également
pertinente dans la perspective de mon retour à la
DGA. J’ai donc saisi sans hésiter cette opportunité
de rejoindre Dassault Aviation, en septembre der-
nier, au sein du département «Dynamique du Vol»
(DT Systèmes), pour travailler notamment sur le
programme Rafale. Une expérience enrichissante tions de performances pour un standard ultérieur.
Les activités militaires de l’entreprise sont très liées Le cœur du métier des commandes de vol C’est là tout l’intérêt du SCV du Rafale qui auto-
aux Pouvoirs Publics et la DGA en est l’un des prin- consiste à développer un avion le plus performant rise une grande évolutivité avec l’ajout possible
cipaux clients. Cet état de fait pouvait me laisser et transparent possible pour que les pilotes aient de nouvelles fonctions pour rester au top depuis
présager un léger climat de méfiance... Il n’en est pleine confiance pour effectuer leurs missions le premier vol du Rafale A en 1986. Par ailleurs,
rien. Je me sens au contraire pleinement intégré dans les meilleures conditions. Dans ce cadre, j’ai également travaillé sur le système anémo-
au sein des équipes, pouvant interagir dans une at- ma hiérarchie me propose de travailler sur des métrique discret du Neuron, démonstrateur dont
mosphère de confiance et de respect mutuels. études variées d’une durée assez courte, ce qui l’expérience acquise servira au programme FCAS.
me permet d’acquérir rapidement un bon aperçu Cette première expérience au sein du monde
du panel d’activités liées au système. Ce métier industriel, même s’il est encore trop tôt pour
étant intrinsèquement lié à d’autres composantes en dresser un bilan, se révèle d’ores et déjà
du programme telles que les structures, l’aérody- très enrichissante. D’un point de vue intellec-
namique, la gestion des emports ou encore les es- tuel, la conception d’un système complexe
sais en vol, ces études me permettent également comme le Rafale avec ses capacités d’avion
d’appréhender les interactions avec les autres multirôle est une activité particulièrement
secteurs de l’entreprise. stimulante. D’un point de vue plus organi-
En quelques mois seulement, j’ai pu ainsi interagir sationnel, ces premiers mois m’ont permis
avec la Direction de la Sécurité des Vols (anciens d’acquérir une bonne vision de l’élaboration
par Alexandre pilotes de l’armée) sur des questions de procé- d’un nouveau standard, de la conception aux
CONSTANTIN, IA dure de pilotage et j’ai participé à la validation, essais en vol en passant par la validation au
au simulateur, du Système de Commandes de Vol simulateur, tout en m’imprégnant par la même
n INGÉNIEUR QUALITÉ DE VOL
(SCV) qui équipera le prochain standard F3-R, en occasion des réalités du fonctionnement de
CHEZ DASSAULT AVIATION
testant les nouvelles fonctions comme l’AGCAS l’entreprise pour la conduite d’un projet com-
(en affectation temporaire)
(Automatic Ground Collision Avoidance System). plexe qui s’étale sur des dizaines d’années.
J’ai aussi participé aux réflexions sur les améliora-

26 CAIA N°106 - Juin 2015


L E R A FA L E

LE MOTEUR DU RAFALE,
LA PERFORMANCE
MAÎTRISÉE
On attend d’un moteur d’avion de combat avant tout de la performance, mais le
moteur M88 du Rafale, concentré de technologies, innove aussi sur la maintenabilité et
a fait l’objet d’une amélioration continue de son coût de possession. C’est le fruit d’une
collaboration exemplaire entre l’industrie, la DGA et les forces armées.

U
n de mes grands souvenirs d’ingénieur
de l’armement est d’avoir, lorsque
j’avais trente ans et que j’étais archi-
tecte M88 à la DGA, arpenté le pont du Charles
de Gaulle et senti, littéralement dans ma chair, la
vibration lancinante des deux moteurs du Rafale.
Une sensation de puissance tout aussi marquante
que lorsque le pilote déchaîne, en présentation
en vol, les 15 tonnes de poussée rugissante des
deux moteurs en post-combustion !

L’intégration du moteur dans le Rafale permet un accès très simple et un temps record de pose - dépose.

par Stéphane CUEILLE,


Puissance, compacité, rapport poussée sur flux froid en composite « tiède », des volets
ICA
masse, c’était avant tout le défi de la moto- extérieurs de tuyère en composite à matrice
n DIRECTEUR DE SAFRAN TECH, risation pour Snecma et la DGA au lancement céramique (la première application au monde
CENTRE DE R&T DU GROUPE du programme. Il s’agissait de répondre aux en aéronautique), un nouveau concept de ré-
SAFRAN besoins d’un avion ambitieux, poussant la chauffe … Ces technologies avaient fait l’objet
polyvalence à un niveau jamais imaginé (et d’études amont depuis la fin des années 1970
Après trois ans en R&T chez Snecma
jamais égalé) et de développer un moteur au pour certaines, mais le passage à l’application
dans le cadre de l’« immersion dans
meilleur niveau mondial. industrielle n’en représentait pas moins un
l’industrie », Stéphane Cueille (X91,
saut considérable.
docteur en Physique statistique) a
Un concentré de technologies Un des sauts technologiques les plus impor-
passé sept ans à la DGA. Il a ensuite
Par rapport au moteur M53 du Mirage 2000, tants a concerné les aubes de turbine. Il s’agit
dirigé l’activité industrielle aubes
le saut technologique était majeur : un moteur des ailettes du rotor de l’étage de turbine situé
de turbine de Snecma et la filiale
double corps, une régulation complètement directement derrière la chambre de combus-
britannique d’Aircelle, et est, depuis
numérique, des aubes de turbine en alliage tion. Pour faire simple, il s’agit d’une « éo-
janvier 2015, en charge du nouveau
monocristallin, des disques aubagés mono- lienne » qui entraîne le compresseur - situé
centre de R&T Safran Tech.
blocs dans le compresseur, des nouveaux en amont du moteur - grâce à l’énergie de l’air
alliages en métallurgie des poudres, un canal comprimé et réchauffé qui se détend en met-

28 CAIA N°106 - Juin 2015


Le moteur Snecma M88-4E du Rafale à la sortie de sa chaîne d’assemblage. On remarquera la position des équipements en partie inférieure. Elle a été optimisée pour permettre de les
remplacer sans déposer le moteur de l’avion.

tant en mouvement la turbine. L’augmentation de générer des films d’air frais en surface. Et
de la température d’entrée dans la turbine est comme cela ne suffit encore pas, elles sont
un - sinon le - paramètre primordial ayant per- recouvertes d’une « barrière thermique » -
mis aux moteurs d’avion de combat de gagner couche de céramique isolante micro-texturée
en compacité et en rapport poussée sur masse obtenue par un procédé complexe ! Seuls les
de manière spectaculaire. A titre d’exemple, motoristes majeurs maîtrisent ces technolo-
le M88 est plus petit que le seul canal de gies et leur bonne combinaison grâce aux-
post-combustion du moteur ATAR 9K50 du Mi- quelles le Rafale peut jouer dans la cour des
rage F1 alors qu’il a une poussée supérieure ! grands.
La température d’entrée turbine sur le Rafale Roue de turbine HP
est de près de 1 600 °C, 1 200 °C sur le Mi- Un souci permanent de
rage 2000 et seulement 900 °C sur Mirage F1. maintenabilité et de coût de tion des pièces critiques à limite de vie (les
Cependant, cette augmentation pose un défi possession disques de turbine et de compresseur), pour
majeur pour la tenue des aubes de turbine. Ces Sur un avion, le moteur est le principal poste améliorer la disponibilité et réduire le coût de
aubes sont soumises à des efforts centrifuges de maintenance, aussi l’innovation a-t-elle maintenance, un enjeu essentiel pour le client.
énormes : chaque ailette de 10 cm de haut porté dès le départ sur le concept de mainte- Ainsi, sur près de quinze ans, la DGA et Snec-
est soumise à une force centrifuge de l’ordre nance : grande accessibilité du moteur et des ma ont conduit ensemble une série de dé-
de 15 tonnes qui tend à l’étirer et l’arracher, équipements dans l’avion, modularité, mais monstrateurs : TOP, PHT, TOP+, THEO, ECO,
et ce dans un air à 1 600 °C. Il faut donc des aussi un concept très innovant « zéro aire de permettant de tester et démontrer des amélio-
matériaux extraordinaires : des superalliages point fixe » qui permet de remettre en service rations technologiques des aubes de turbine,
monocristallins à base nickel. Dans ces maté- un moteur après maintenance sans aucun es- qui ont permis une succession d’évolutions
riaux, pour améliorer la résistance en fluage, sai de mise à feu, sur banc ou sur avion au incrémentales du moteur, se caractérisant
on supprime tous les joints de grain : pour ce sol … Des éléments essentiels pour le client à chaque fois par une amélioration de plu-
faire la pièce entière doit être constituée d’un et qui constituent un des atouts du Rafale sieurs centaines d’heures de la durée de vie
seul cristal d’alliage – un peu comme un dia- au-delà de sa performance opérationnelle. des aubes, jusqu’à la dernière version M88-
mant. On peut obtenir cela grâce à un procédé Pour la première fois, l’Armée de l’air opère un 4E (dite pack CGP pour coût global de pos-
sophistiqué de fonderie. moteur sans le moindre banc d’essai, ni dans session) qui permet d’atteindre une durée de
Mais où cela se complique encore, c’est que les forces ni au SIAé. Une économie substan- vie de 4 000 TACs (tactical air cycles) contre
ces alliages ont une température acceptable tielle et une grande flexibilité opérationnelle en 2 500 TACs pour la version précédente.
de fonctionnement limitée, de l’ordre de termes de projection. J’ai eu la chance de participer en tant que
1 100 °C. Il faut donc que les pièces soient Au-delà de ces choix structurants sur le client et puis industriel à des étapes impor-
refroidies – par de l’air à 600 °C, considéré concept de maintenance, l’effort a été porté tantes de cette aventure et je suis personnel-
comme tiède par un motoriste ! Elles sont donc dès le départ sur l’amélioration permanente lement fier de ce que nous avons accompli,
creuses avec des canaux complexes de refroi- de la durée de vie des parties chaudes et et qui contribue à faire du Rafale un succès
dissement, des micro-perçages permettant sur l’augmentation des intervalles d’inspec- opérationnel.

CAIA N°106 - Juin 2015 29


L E R A FA L E

LE RADAR RBE 2
À ANTENNE ACTIVE
ATOUT MAJEUR DU RAFALE
À L’EXPORT
par Pierre Eric A partir de la quatrième tranche de production de l’avion
POMMELLET, ICA pour le marché français, le radar du Rafale est équipé
n DIRECTEUR GÉNÉRAL, de l’antenne à balayage électronique actif appelée
DIVISION SYSTÈMES DE AESA – Active Electronically Scanned Array -.
MISSION DE DÉFENSE, Cette technologie révolutionnaire développée
THALES
par Thales permet d’améliorer considérablement
Polytechnicien, diplômé de Sup Aero les performances notamment dans les modes de
et du MIT, Pierre Eric Pommelet a détection. Elle laisse aussi entrevoir un fort potentiel
débuté à la DGA avant de devenir d’évolution qui intéresse au plus haut point les clients
chef de Cabinet de Jean-Pierre à l’export d’autant plus que très peu d’industriels
Raffarin, Ministre du commerce de
au niveau mondial disposent de ce savoir-faire
1995 à 1997 et de rejoindre Thales
où, après avoir occupé différentes exceptionnel.
fonctions, il est, depuis 2009,
Directeur Général de la Division des
Systèmes de Mission de Défense.

par Bruno CARRARA


n DIRECTEUR DES ACTIVITÉS
AVIONS DE COMBAT,
DIVISION SYSTÈMES DE
MISSION DE DÉFENSE THALES
Le radar RBE 2 AESA à bord du Rafale - Eric Raz © Thales
Entré dans le groupe Thales en
1981, il a pris en charge en 2000 les

L
activités de radars aéroportés, et es avions des générations précédentes ger instantanément de direction, ce qui permet
en particulier le développement du sont dotés pour détecter leurs cibles de notamment de rendre indépendante la fonction
radar RBE 2 AESA. En 2005, il a été radars dans lesquels l’onde à rayonner « recherche » de la fonction « pistage » et de trai-
chargé des activités optroniques en direction des cibles recherchées est amplifiée ter un grand nombre de cibles quelles que soient
aéroportées, avant d’être dans un émetteur de puissance, puis dirigée dans leur localisations. Plus généralement, l’agilité de
responsable en 2010 des activités la direction voulue par un déplacement mécanique déplacement du faisceau radar permet la mise
Avions de Combat. de l’antenne. A l’inverse le Rafale est équipé d’un en œuvre simultanée de fonctions qui nécessitent
radar à antenne fixe dont le faisceau est com- chacune des types d’équipements dédiés dans le
mandé électroniquement. Le faisceau peut chan- cas de radars à balayage mécanique.

30 CAIA N°106 - Juin 2015


Thales à bord du Rafale - ©Thales

De l’antenne à balayage au qualificatif « active » attribué à cette nouvelle levée de risque, la DGA lance fin 2006 le déve-
électronique passif à l’antenne génération. Ce principe garantit une augmenta- loppement et l’industrialisation du RBE 2 AESA
à balayage électronique actif tion des distances de détection des cibles, une destiné à équiper la 4e tranche de production du
Les premières générations de radars à balayage fiabilité très haute par l’emploi d’étages d’am- Rafale. Ce développement a mobilisé plusieurs
électronique ont utilisé des antennes de tech- plification à état solide répartis sur un grand centaines d’ingénieurs de différentes spécialités
nologie dite « passive » (Passive Electronically nombre de modules indépendants, une sou- allant de la conception de composants hyper-
Scanned Array, PESA). Dans cette architecture, plesse accrue dans les stratégies de recherche fréquences au traitement de signal temps réel,
comme dans un radar classique, un émetteur et de pistage des cibles, ainsi que la capacité en passant par les bureaux d’étude capables de
produit l’onde électromagnétique de forte puis- de mettre en œuvre de multiples fonctions simul- maîtriser les technologies d’intégration méca-
sance qui est ensuite orientée dans la direction tanées. Elle nécessite toutefois la maîtrise d’un nique et thermique de haute densité imposées
voulue par une lentille électronique. La rapidité ensemble de technologies très spécifiques. par l’environnement contraint de l’avion de com-
du dispositif électronique élimine le délai de bat. Grâce à une collaboration étroite de Thales
changement de direction induit par le mou- Le RBE 2 AESA, fruit d’une longue avec les meilleures entreprises technologiques
vement mécanique de l’antenne. Néanmoins, expérience radar chez THALES européennes (plus de 100 PME travaillent pour la
l’orientation du faisceau dans l’espace étant Après avoir développé depuis le début des an- fabrication du RBE 2), l’antenne active du RBE 2
réalisée en aval de la génération de puissance, nées 80 les radars à balayage mécanique équi- est entièrement assemblée à partir de compo-
les pertes ohmiques liées au dispositif de dépha- pant les différentes versions du Mirage 2000, sants européens.
sage électronique impactent l’efficacité énergé- Thales s’est lancé, avec le soutien de la Direc- Le premier RBE 2 AESA de série a été livré pour
tique du radar. tion générale de l’armement (DGA), dans les l’intégration à l’avion par Dassault Aviation en
L’antenne à balayage électronique actif repose travaux d’étude et de développement du radar à 2011. La livraison des premiers Rafale équi-
sur un panneau composé de plusieurs centaines balayage électronique RBE 2 qui équipa au dé- pés intervient en 2012 au CEAM, puis dans les
de modules actifs. L’application des déphasages but des années 2000 le standard F1 de l’avion Forces à partir de 2013.
appropriés à l’intérieur de chaque module oriente Rafale déployé dans l’aéronavale, puis les Rafale Grâce aux efforts conjoints de THALES, de la DGA
virtuellement le faisceau de l’antenne dans la di- aux standards F2 et F3 aujourd’hui en service. et de Dassault Aviation, le Rafale devient alors le
rection désirée, avant que le signal à transmettre En parallèle au développement du RBE 2 PESA, premier avion de combat européen équipé d’un
ne soit amplifié au sein des différents modules Thales investit sur les nouvelles technologies radar à antenne active, avec des performances
par des amplificateurs à état solide, et rayonné nécessaires pour doter le RBE 2 d’une antenne du meilleur niveau mondial qui confèrent au sys-
dans l’atmosphère. La localisation des étages active. Le premier vol sur Rafale du radar RBE 2 tème d’armes du Rafale une efficacité inégalée.
d’amplification au sein même de l’antenne sup- équipé d’un démonstrateur d’antenne active L’obtention du contrat Rafale Egypte et les
prime l’impact des pertes ohmiques et a conduit a lieu en 2002 et, après des travaux amont de perspectives d’autres contrats à l’export vont

CAIA N°106 - Juin 2015 31


L E R A FA L E

pactes permettra d’adjoindre de nouveaux pan- équipements aujourd’hui dédiés et de réaliser


neaux d’antennes à différents emplacements sur des fonctions dépassant le radar, telles que la
l’avion et de repenser l’ensemble des capacités guerre électronique ou les communications, pour
de détection embarquées. Ces nouvelles techno- passer d’un radar polyvalent à une suite de sen-
logies permettront de fédérer des capteurs ou seurs multifonction intégrée.

THALES À BORD DU RAFALE


Test du RBE 2 AESA en chambre anéchoïque, site Thales à Un concentré de hautes technologies
Elancourt - © Yves Kervel – I3M ©Thales
Les équipements de Thales fournissent aux équipages du Rafale
permettre à THALES et à l’ensemble de ses les capacités de perception, d’analyse et de représentation de leur
environnement, indispensables à la réalisation des missions qui leur sont
sous-traitants de conserver cette avance techno-
confiées :
logique, d’investir pour rester au meilleur niveau - le RBE 2 AESA (radar à balayage électronique 2 plans), premier radar
de compétitivité et de préparer ainsi les enjeux d’avion de combat européen à antenne active ;
futurs de l’électronique aéronautique militaire. - le système d’autoprotection SPECTRA en co-traitance avec MBDA.
A noter que le Rafale est le premier avion au monde équipé d’un
système d’autoprotection aussi complet, ne mettant en œuvre que des
L’avenir du RBE 2 se prépare
technologies à état solide et sans emport extérieur à la cellule avion ;
dès aujourd’hui - les systèmes électro-optiques tels que l’OSF (optronique secteur
Les évolutions futures du radar devront satisfaire frontal) ainsi que les pods de reconnaissance AREOS ou de
les besoins opérationnels toujours croissants en désignation laser Damocles ou Talios ;
termes de menaces traitées ou de règles d’en- - la suite de communication, navigation et d’identification ;
- l’ EMTI, Equipement Modulaire de Traitement de l’Information ;
gagements toujours plus strictes (identifica-
- la majeure partie des systèmes d’affichage présents dans le cockpit ;
tion positive des cibles, maîtrise des dégâts - les autodirecteurs de missiles et les fusées de proximité ;
collatéraux …). A plus long terme, l’introduction - les systèmes de génération électriques.
de nouvelles technologies encore plus com-

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32 CAIA N°106 - Juin 2015


L E R A FA L E

L’OSF, Optronique Secteur Frontal, avec la voie Infrarouge de SAGEM (à gauche)

SAGEM,
LES YEUX ET LES
GRIFFES DU RAFALE
par Hervé BOUAZIZ, ICA SAGEM, équipementier aéronautique et défense du
Groupe SAFRAN, assure la maîtrise d’œuvre d’éléments
n DIRECTEUR DE LA
STRATÉGIE ET DU BUSINESS critiques pour la performance opérationnelle du Rafale.
DEVELOPMENT SAGEM Lesquels ? Des équipements parfois peu visibles, mais si
essentiels à l’efficacité de l’avion. Il s’agit principalement
Hervé Bouaziz (X88 – SupAéro) du système de navigation à gyrolasers Sigma RL 90,
a commencé sa carrière à la
de l’Optronique Secteur Frontal (OSF, voie Infrarouge),
DGA, où il sera Directeur des
programmes Mirage 2000 N et D.
des autodirecteurs MICA Infrarouge, et de l’Armement
Après avoir été attaché d’armement air-sol modulaire (AASM). Autant d’équipements
adjoint à l’ambassade de France à combinant les technologies de souveraineté cœur de
Washington, il devient chef de la métier de Sagem : l’optronique, la navigation inertielle et
Division des systèmes de forces l’électronique embarquée critique. Les récentes opérations
du Centre d’Analyse de Défense
militaires dans lesquelles le Rafale a été impliqué ont
en 2008 avant d’entrer chez Safran
comme Adjoint au Directeur général
démontré l’indiscutable efficacité du système d’arme, et
Défense et Sécurité et de prendre notamment son aptitude à « entrer en premier » sur des
ses fonctions actuelles chez Sagem théâtres d’opérations complexes. Les succès à l’export
en 2013. qui s’enchaînent « en rafale » couronnent enfin cette
remarquable réussite.

34 CAIA N°106 - Juin 2015


Les yeux et … l’oreille interne optronique, puisqu’il permet de surveiller un ban-
La Sigma RL 90 est un système de navigation pré- deau sectoriel choisi et de fournir au système des
cis et autonome à base de gyrolaser. C’est la vé- pistes de détection dans une logique de fusion
ritable oreille interne du système fournissant les multicapteurs. C’est ensuite la capacité à identi-
données intègres de localisation et d’orientation fier visuellement un aéronef à grande distance, un
plate-forme à l’ensemble du système. Elle est le élément critique des règles d’engagement dans
fruit d’une expérience de plus de 50 ans dans la les conflits modernes. C’est enfin le potentiel à
navigation inertielle, pour le tactique ou le stra- terme d’identifier un tir missile adverse, un point
tégique, puisque les centrales SAGEM équipent clé pour le combat aérien au-delà de la portée
les principaux systèmes d’armes de notre outil visuelle (Fox 3 BVR pour les initiés). Depuis le
de défense, des sous-marins nucléaires lan- début du développement de l’OSF dans les an-
ceurs d’engin aux missiles balistiques, du NH nées 90, SAGEM a travaillé à l’amélioration des
90 à l’A 400 M. Elle possède des capacités de performances de détection de la portée de la voie
navigation dite optimale, par hybridation GPS ou IR. L’évolution rapide des capacités de calcul et
par recalage via la corrélation d’altitude, fichier des détecteurs infrarouge ouvrent aujourd’hui la
ou carte radar, utilisées dans la plupart des mis- voie à des gains opérationnels très substantiels.
sions conventionnelles. Sa précision inertielle Mais les yeux du Rafale se cachent aussi parfois
pure et son intégrité deviennent des atouts clés dans des endroits insoupçonnés. L’autodirecteur
dans le cadre de missions difficiles et de longue infrarouge du missile MICA est un concentré de
durée, telle la mission nucléaire avec l’ASMPA technologie, qui contribue fortement à l’efficacité
où la navigation doit se faire de manière totale- opérationnelle redoutable du missile, et qui ré-
Fabrication des Gyrolasers SAGEM dans l’usine Coriolis à
ment autonome. Dans un scénario de pénétration pond à des spécifications sévères d’environne-
Montluçon
tout temps en basse altitude, c’est encore elle ment en emport et en tir. Partenaire de longue
qui sécurise le suivi de terrain qui s’effectue sur date du missilier MBDA, SAGEM a développé un la ligne de visée et une électronique de guidage.
fichier, le radar étant préservé pour la surveil- Le module optronique disposant d’un refroidis-
lance air – air. La RL 90 dispose également pour sement à cycle Joule - Thomson souple d’utilisa-
le Rafale Marine d’un mode d’alignement à tion, les pilotes font tourner communément
la mer, qui peut se faire sur transmis- le MICA en mode veille en permanence
sion des données de navigation du pendant les vols, et il devient
porte-avions. ainsi un capteur secondaire
Les yeux, c’est l’optro- dont les détections sont
nique secteur frontal immédiatement reportées
du Rafale, un équi- en tête haute. Cette fonc-
pement logé dans tion est particulièrement
la pointe avant, et utile en vol basse altitude
développé à 50 – 50 où c’est au pilote d’assurer
avec Thales, un peu son anticollision, face par-
Optrolead avant fois à des petits avions, vo-
l’heure ! SAGEM est lant pas vite et près du sol,
responsable de la voie parfois difficilement détec-
infrarouge (IR), Thales tables. Deux paires d’yeux
de la voie visible (TV) valent mieux qu’une …
et laser et de l’inté- Calculateur de
gration à l’aéronef. régulation M 88 AASM, les griffes
Les armées ont com- du Rafale
mandé l’OSF en ver- L’AASM de SAGEM est l’armement
sion IR + TV avec la tranche air - sol de prédilection du Rafale, et
de Rafale F2, et en version uni- certainement un atout majeur pour la mission
quement TV avec la tranche de Rafale F3. d’appui aérien. Il peut en délivrer six simultané-
Opérationnellement, l’OSF comme tout IRST (Infra ment via un emport triple sous chaque aile, sur
Red Search and Track) a une portée relativement savoir-faire unique dans ce domaine des autodi- six cibles différentes. Le AASM est constitué d’un
restreinte par rapport à un radar, mais il présente recteurs, où il faut intégrer dans un volume très kit de guidage avant et d’un kit arrière d’aug-
intrinsèquement des avantages différenciants réduit un capteur infrarouge, une optique perfor- mentation de portée qui se montent sur un corps
dans le combat moderne. C’est d’abord une veille mante, un dispositif (inertiel) de stabilisation de de bombe standard de type Mk 82 de 250 kg ou

CAIA N°106 - Juin 2015 35


L E R A FA L E

Les AASM en emport triple (en bas) et le MICA IR (en haut)

autre. Il est disponible dans trois versions per- des cibles diffuses et éphémères en évitant les
mettant de s’adapter à une palette très large de dommages collatéraux. Avec les engagements Un outil industriel national
conditions d’emploi. Une première version dite récents en opérations extérieures du Rafale, le de classe mondiale pour
INS + GPS, dans laquelle le guidage est assuré AASM a démontré son efficacité opérationnelle soutenir des technologies
de souveraineté
sur coordonnées absolues ou relatives via une puisque plusieurs centaines de tirs ont été ef-
centrale de navigation extrêmement compacte et fectués avec un taux de réussite très proche de Les technologies de
sans parties mobiles (« strap-down ») à base de 100 %. Il a été utilisé avec succès dans le cadre souveraineté, optronique,
navigation inertielle et
la toute dernière technologie gyroscope dévelop- de missions de type DEAD (Destruction of Enne-
électronique embarquée,
pée par SAGEM, le Gyroscope Résonnant Hémis- my Air Defense) contre des sites sol - air. développées par SAGEM
phérique (GRH). La deuxième version dite « Infra- pour garantir la maîtrise d’un
rouge » est dotée en plus d’un imageur et d’une Le cerveau du moteur système d’armes comme le
capacité de reconnaissance pour un guidage Le Rafale est motorisé par deux turboréacteurs Rafale, reposent sur des milliers
d’emplois hautement qualifiés,
terminal métrique. La troisième version est à gui- SAFRAN SNECMA M88 développant chacun
et un outil industriel national
dage laser et a été qualifiée y compris sur cible 7,5 tonnes de poussée. SAGEM réalise pour conséquent, dont la rentabilité
mobile. Le kit arrière dispose d’ailes déployables SNECMA les calculateurs moteurs civils, notam- économique passe par des
et d’un propulseur solide qui confèrent à l’AASM ment CFM 56 et LEAP, et militaires. Le calcula- positions de marché à l’échelle
une portée hors norme pour ce type d’armement, teur RN 2588 du M 88 est de type FADEC (Full mondiale. SAGEM, numéro un
européen et numéro 3 mondial
jusqu’à 60 km, et un domaine de tir extrêmement Authority Digital Engine Control). Il est l’organe
de la navigation inertielle,
étendu qui comprend la très basse altitude. Du intelligent du moteur, critique pour la sécurité des produit ainsi à Montluçon dans
point de vue système, il est le seul armement vols. Chaque moteur est doté, pour des questions sa toute nouvelle usine Coriolis
de sa classe avec un dispositif de stabilisation de redondance, de deux calculateurs dialoguant (60 M€ d’investissement) des
active qui permet de sécuriser la séparation de ensemble qui assurent les fonctions de régula- milliers de gyrolasers et de
GRH pour les marchés terrestre,
l’aéronef quel que soit le porteur, et ce dans une tion, de surveillance notamment vibratoire et de
naval, aéronautique et spatial.
large enveloppe de vol. Opérationnellement, ses protection du moteur. Le savoir-faire de SAGEM La même philosophie d’acteur
capacités de tir à distance de sécurité en font réside dans le développement d’une électro- mondial est de mise pour
une arme de choix pour « l’entrée en premier » nique critique, intégrée et fiable, devant résister l’optronique produite à Poitiers
sur un théâtre d’opération. Sa flexibilité d’emploi à des contraintes d’environnement vibratoire et et Dijon, et pour l’électronique,
produite dans l’usine de
et sa précision répondent particulièrement bien à en température extrêmement sévères, et qui est
Fougères.
l’évolution récente des conflits, où il faut traiter certifiée avec le moteur.

36 CAIA N°106 - Juin 2015


L’AGGLOMÉRATION DE BOURGES :

Une présence militaire historique


Un savoir-faire reconnu
Des grands groupes à dimension internationale
Un tissu de PME-PMI de haute technologie
Une recherche diversifiée
L’innovation encouragée
Une technopôle spécialisée dans la prévention des risques
© [Link] - gegelaphoto

© DGA/Michel Py
[Link]

MBDA / Nexter / Safran / Esterline / Roxel / Pôle Capteurs & automatismes /


ENSIB / PRISME / Base aérienne d’Avord / LEES / LASEP / CETIM-CERTEC /
SC AERO / SECO Tools / Cogit Composites / ASB / Ecoles Militaires / DGA
Techniques terrestres / Michelin…

CAIA N°106 - Juin 2015 37


L E R A FA L E

Mica-Rafale 2 © [Link] - AIR&COSMOS

Meteor_Mica_Mica IR_2
© MBDA UK Limited 2005 LA CONTRIBUTION
DU MISSILIER
À LA POLYVALENCE
DU RAFALE
par Olivier MARTIN, IGA
Le Rafale a été le premier avion de combat de l’armée
n SECRÉTAIRE GÉNÉRAL de l’Air française conçu dès son origine comme un avion
DU GROUPE MBDA
multi-rôle. Cette capacité multi-rôle a été brillamment
Olivier Martin (X77 – ENSTA) a démontrée lors des interventions récentes en Libye,
commencé sa carrière à la DGA au Mali et aujourd’hui en Irak.
avant d’entrer en 1991 chez Matra

C
Défense et de devenir chez Matra
e résultat est le fruit d’une coopération plate-forme et celles de ses armements. C’est
BAE Dynamics (MBD) directeur des
très étroite entre les partenaires indus- un atout français. Il faudra le préserver dans la
programmes anti-surface. En 2003,
triels du Rafale et notamment l’avion- perspective des futures plates-formes qui seront
il dirige l’entité Defence Electronics
neur (Dassault), le radariste (Thalès) et le missilier développées en coopération, notamment au sein
France du groupe EADS, puis la
(MBDA). Cette démarche a porté ses fruits car les du programme de futur drone de combat entre la
stratégie de l’entité Defense &
conditions d’un véritable dialogue, en amont des France et la Grande-Bretagne.
Security SAS d’EADS. Depuis fin
développements, entre la puissance publique, Avec cette coopération, la France a ainsi fait le
2007, il est le Secrétaire Général du
l’avionneur et les industriels responsables des choix de l’efficacité économique en considé-
groupe MBDA.
senseurs et des missiles existent et permettent rant le système d’arme comme un ensemble
de trouver un équilibre entre les exigences de la avion – capteurs - missile optimisé dans le but

38 CAIA N°106 - Juin 2015


d’assurer une polyvalence totale tout en limi-
tant à l’essentiel le nombre des intégrations
de missiles. Avec seulement 5 missiles diffé-
rents (Mica, Scalp, AASM, Exocet et ASMP-A),
le Rafale est aujourd’hui capable d’assurer
toutes les missions de défense aérienne et no-
tamment celles d’entrée en premier, de frappe
de précision à courte, moyenne et longue
distance, d’attaque antinavire, et - incontesta-
blement la mission la plus exigeante de toutes
- celle de dissuasion nucléaire. A ces capa-
cités, s’ajoutera d’ici 2018 avec le standard
F3R l’interception à longue distance avec le
missile européen Meteor, dont un tir d’essai Mica_Mica IR_Mica RF_Scalp_Storm Shadow_Rafale
à partir du Rafale a été couronné de succès. © MBDA Alexandre Paringaux

Cet armement aux performances cinématiques


aujourd’hui inégalées triplera au minimum la plaide pour des vecteurs plus rapides, plus dis- tinavires actuellement occupée par l’Exocet AM39
no escape zone par rapport à tout autre arme- crets ou eux-mêmes mieux protégés). et ce, au milieu de la prochaine décennie.
ment air - air aujourd’hui en service. La polyvalence sans égal du Mica - missile de Toujours dans le domaine de la frappe air - sol,
combat et d’interception équipé d’un autodi- MBDA prépare un projet de missile compact et
«Avec 5 missiles, recteur infrarouge ou électromagnétique - est stand-off (100 km / 100 kg) d’emploi général
à préserver. Des études amont sont en cours à bas coût qui accroîtra la puissance de feu
toutes les missions
pour réaliser les choix techniques d’évolutions du Rafale dans des scénarios d’engagements
de défense aérienne possibles du missile visant à pérenniser ses ca- complexes. Dénommé AASL (Armement Air
sont asurées » pacités au-delà des années 2020 pour être au Sol Léger), ce système vise le rendez-vous
rendez-vous de la rénovation à mi-vie du Rafale. du Rafale standard F4. Sur la base de l’AASL,
La pérennité des capacités du Rafale passe éga- Quant au Meteor, des études ont été lancées pour une famille d’armements peut être déclinée
lement par les évolutions de ses armements qu’il explorer le potentiel qu’offrent la cellule et sa pro- comme un AS500 de 500 kg et toujours de
faudra planifier en fonction des futurs standards pulsion pour d’autres applications que sa mission 100 km de portée. Ces armements équiperont
avion. Afin de faire face à l’évolution de l’environ- initiale d’interception à très longue distance. aussi le futur drone de combat (UCAV).
nement tactique, nos aviateurs devront, d’une part, Le Scalp, que les Rafale Air et Marine ont employé En ce qui concerne la mission nucléaire au-
être capables d’assurer des frappes toujours plus lors de l’opération Harmattan, fait actuellement jourd’hui assurée avec le missile ASMPA par
précises et avec moins d’effets collatéraux (ce qui l’objet d’un programme de rénovation à mi-vie. les FAS (Rafale Air) et la FANU (Rafale Marine /
plaide pour le développement de missiles air - sol Des études pour un successeur ont été initiées PACDG), le Président de la République a récem-
à charges plus petites), et d’autre part, pour les dans un cadre franco-britannique dans la dyna- ment confirmé que des études pour un succes-
conflits de plus forte intensité, continuer de faire mique du traité de Lancaster House. Un dérivé de seur ont été engagées pour explorer les techno-
progresser les capacités de pénétration (ce qui ce successeur couvrira également la mission an- logies les plus exigeantes et, en particulier, être
encore plus efficace dans les domaines de la
vitesse, des matériaux et de la furtivité.
En conclusion, grâce notamment à son
système d’armes capable de mettre en
œuvre aujourd’hui et à l’avenir une pa-
noplie de missiles aéroportés particuliè-
rement performants, les perspectives à
l’export de l’avion de combat Rafale se
révèlent particulièrement prometteuses.
Les récents succès remportés au début de
cette année à l’exportation, avec le soutien
très efficace des autorités françaises, sont
de puissants encouragements à poursuivre
dans cette voie de coopération étroite
entre les industriels concernés pour main-
tenir au plus niveau l’excellence opération-
Exocet AM39_MICA_MICA RF © Dassault Aviation 2005
nelle du système d’armes Rafale.

CAIA N°106 - Juin 2015 39


L E R A FA L E

UN RAFALE, DES RAFAUT !


RAFAUT = (AIRBUS + DASSAULT), OU UNE PME
AÉRONAUTIQUE DUALE FRANÇAISE EN 2015

La société RAFAUT célèbre cette année son soixante-


quinzième anniversaire. Entreprise de sous-traitance
automobile (composants de boîtes de vitesse notamment)
créée par Raymond Rafaut, elle est reprise, après son
décès brutal en 1960, par son fils Jacques. Celui-ci l’oriente
très rapidement, au cœur des Trente Glorieuses,
vers la sous-traitance aéronautique.

par Bruno BERTHET, ICA

L
e hasard des rencontres lui permet, une Istres puis à Cazaux sont couronnés de succès.
Bruno Berthet (X78 – SupAéro) a été dizaine d’années après, de fabriquer en L’opération Epervier confirmera dès 1988 l’inté-
chargé de la guerre électronique série pour le SPAé (Service de la production rêt de la solution retenue, que l’Armée de l’air
et des armements aéroportés à la aéronautique) un émerillon : le voici fournisseur de décidera donc d’étendre au Jaguar au point voi-
DGA. Après avoir été directeur des la DGA. La légende veut qu’en fait aucun industriel lure – choix largement valorisé lors de la guerre
programmes Mirage 2000, il devient (majeur) ne voulait réaliser ce « bout de fil », surtout du Golfe en 1991.
sous-chef Plans Programmes de en urgence … En parallèle, la DGA avait notifié à Rafaut un dé-
l’EMAA et en 2007 directeur adjoint La PME deviendra vraiment équipementier veloppement exploratoire pour le développement
du Développement International dans le domaine des interfaces entre aéronefs d’un éjecteur 14 ’’ / 30 ’’. Rafaut faisait en outre
(DGA). Il rejoint Rafaut fin 2011. de combat et charges, grâce au STAé (Service la promotion d’une poutre d’interface permettant
technique aéronautique) et aux Avions Marcel de coupler deux AUF.2 – démontrant sa capa-
Dassault, sous l’avion d’entraînement Alphajet, cité à prendre en charge une structure de type
avec un éjecteur et un lance-bombes d’entraî- pylône. La société allait donc tout naturellement
nement. En parallèle, sous-traitante aéronautique faire acte de candidature pour les emports des-
civile, notamment de la SNIAS, elle participe aux tinés au Rafale.
débuts de l’aventure d’Airbus. C’est l’époque Dassault Aviation a organisé, à la demande de
où les économistes du milieu expliquaient doc- la direction de programme, la mise en compéti-
tement qu’aéronautique civile et aéronautique tion des moyens d’emport Rafale – en ce début
militaire sont et seront des activités à cycles des années 90, donc bien avant que la notion
forts et contracycliques. Le business model de de plans d’acquisition soit formalisée dans les
Rafaut vise alors un partage sensiblement équi- méthodes de la DGA. Les équipements concer-
valent entre les deux secteurs. Depuis, le succès nés étaient les pylônes des trois points d’emport
commercial d’Airbus a déplacé ce ratio vers 2/3 – qui redevenaient comme pour le Mirage F1
- 1/3, mais l’objectif reste bien le même. des pylônes « universels », capables de l’emport
L’étape suivante sera le choix de la société par la d’armement mais aussi de réservoir largable – et
DTCA/STTE en 1984 pour le développement de l’éjecteur 14 ’’ x 30 ’’.
l’adaptateur bibombe AUF.2 pour le point voilure La volonté d’autonomie nationale conduisait de
du Mirage F1. Il s’agit cette fois d’une véritable facto, très naturellement à l’époque, à restreindre
aérostructure complexe, fortement sollicitée, in- la compétition aux champions nationaux. Das-
tégrant toutes les fonctions air - sol convention- sault lui-même, Alkan et Rafaut, qui venait donc
nelles d’un avion de combat et destinée à l’in- de démontrer ses compétences dans un domaine
tégration sous une voilure dont la susceptibilité connexe, ont été consultés pour les pylônes ; Alk-
au flutter était réputée. Les travaux réalisés en an et Rafaut pour l’éjecteur.
Emérillon de Sécurité Largable RAFAUT… étroite coopération avec la direction des essais Dassault fut alors tenté de se retenir, probable-
Le début de l’aventure en vol de Dassault et le Centre d’essais en vol à ment pour minimiser les risques techniques et

40 CAIA N°106 - Juin 2015


Les équiments RAFAUT sous RAFALE du haut (l’aile) vers le bas (la bombe AASM en cours de séparation) : le pylône PU708, le tribombe AT730, l’éjecteur 14’’ TG480 (pistons détendus)
et le fil de sécurité largable.

simplifier sa gestion des interfaces. La DCAé/ rement difficile, laborieux et donc long. Le pro- gamme du bureau d’études de la PME Rafaut.
STTE1 poussa néanmoins à un partage : le pylône gramme Rafale, lui, n’avait pas été décalé dans Une centaine de PU 708 sont aujourd’hui en
fuselage sera réalisé par Alkan, le pylône point 12 cette période. Le sujet était donc devenu tout na- service opérationnel. Ils ont largement démon-
par Dassault et le pylône point 2 par Rafaut. turellement très urgent. Les systèmes d’emport tré leur capacité à contribuer au succès de la
Ce choix impliquait cependant des contraintes sont donc redevenus, sous cette pression, des mission du Rafale, tant Air que Marine. Ils em-
particulières. Ce dernier pylône était à l’époque équipements approvisionnés par l’Etat, et des portent sur tous les théâtres réservoirs, mis-
considéré comme le plus complexe à concevoir lettres de commande ont été émises par le STTE. siles de croisière SCALP, bombes de 1000 kg
et à fabriquer car il assure toutes les fonctions Le défi industriel était dès lors amplifié pour Ra- (GBU 24 par exemple), trios de bombes de
des deux autres pylônes dans un volume sensi- faut : fournir des prototypes bons de vol dans un 250 kg (AASM par exemple), sous adaptateur
blement plus restreint. délai maximum de 24 mois. tribombe Rafaut … mais ceci est une autre
En outre, une règle d’or alors en vigueur pour le histoire.
programme Rafale imposait une prise en charge «Ils ont largement Une nouvelle série de soixante est en cours de
par l’industrie de 25 % des coûts de dévelop- fabrication pour la France, à laquelle viennent
démontré leur
pement, démontrant la confiance collective dans s’ajouter les commandes destinées à l’export.
l’exportabilité du produit.
capacité à contribuer La DGA et Dassault Aviation auront donc eu
Dès lors le développement simultané du pylône au succès de la raison de faire confiance pour un équipe-
point 2 et de l’éjecteur dépassait sans doute les mission du Rafale » ment mécaniquement complexe à cette PME
capacités techniques et financières de Rafaut, et qui avait démontré sa capacité à réaliser des
la DGA décida de confier l’éjecteur à la société Ce challenge fut relevé, bien sûr grâce à son équipements militaires assurant des fonctions
Alkan – les dépouillements avaient conduit à des dynamisme, à sa compétence technique et proches, sa volonté de monter en compétence,
résultats très proches, sans doute en sa faveur à sa volonté de réussir ce qui était pour elle et qui était aussi capable de participer à l’aven-
pour le coût complet de possession. un nouveau positionnement stratégique, mais ture Airbus comme sous-traitant de rang 1. Ra-
La consultation avait en fait (un peu) tardé à aussi grâce à la coopération et à la détermi- faut allait dès lors s’appliquer à dégager, avec
être lancée ; son dépouillement, ici rapporté en nation de Dassault qui, une fois les règles ar- succès, les synergies entre ces milieux méca-
quelques lignes rapides, avait été tout particuliè- rêtées, a largement contribué à la montée en niques des aéronautiques civile et militaire.

1) Le directeur était alors l’ingénieur général de l’armement Jacques Vedel, qui deviendra le dernier Directeur des constructions aéronautiques le 1er juillet 1991.
2) Les points d’emport d’un aéronef d’armes sont classiquement repérés à partir du fuselage, en incrémentant vers l’extrémité de voilure : le central est le point 0.

CAIA N°106 - Juin 2015 41


L E R A FA L E

LE RAFALE SOUMIS
AU VENT DES SOUFFLERIES
30 ANS DE CONTRIBUTION DE L’ONERA
La France est une nation associée à l’aéronautique, reconnue comme telle. Parmi les
facteurs différenciants qui permettent à nos industriels de concevoir des aéronefs qui
égalent ou dépassent la concurrence internationale, il y a les compétences et moyens
de l’ONERA. L’expérimentation demeurant un moyen incontournable sur les sujets
d’aérodynamique, le fait que l’ONERA ait développé le parc de souffleries le plus
performant au monde n’est pas étranger aux succès de notre industrie aéronautique
et en particulier du Rafale. Un rapide survol des nombreuses campagnes d’essais, au
total plus de 160, réalisées dans les grandes souffleries de l’ONERA pour le Rafale est
ici proposé.

L
es premiers essais en grandes souffleries
sur le Rafale, ou sur les démonstrateurs
qui l’ont précédé (ACT, ACX), remontent
au tout début des années 80, fin des années 70.
La longue suite des essais s’est alors déroulée
dans les grandes installations de Modane sur

par Patrick WAGNER Trajectographie de l’AM39 Exocet sous Rafale dans la soufflerie S2MA

n DIRECTEUR DES GRANDS


tout le domaine de vol pendant une trentaine
MOYENS TECHNIQUES À « explorer le
d’années. La soufflerie transsonique et super-
L’ONERA
sonique S2MA de Modane-Avrieux, ainsi que sa
comportement des
voisine, la très grande soufflerie S1MA, ont été entrées d’air »
Ingénieur d’essais dans les les lieux principaux de toute l’activité expérimen-
grandes souffleries de Modane, tale menée sur le Rafale, mais pas uniquement. essentiel que l’alimentation des moteurs se
puis ingénieur de conception à Il a fallu très tôt examiner la faisabilité d’op- fasse « correctement » dans tout le domaine
la soufflerie cryogénique ETW à tions de conception ayant un impact majeur de vitesse transsonique et supersonique, ce
Cologne en Allemagne, Patrick sur la conception de l’appareil. Au premier qui, en termes plus techniques, se traduit par
Wagner a occupé depuis 1999 rang de ces évaluations il faut citer l’étude des une maîtrise des distorsions de l’écoulement
divers postes de responsabilité à entrées d’air qui sont les orifices de captation immédiatement en amont du moteur. Un ex-
l’ONERA avant d’être chargé de de l’air qui va alimenter les moteurs. Il est tout cès d’inhomogénéité de l’écoulement pourrait
la division souffleries, bureaux à fait évident, lorsqu’on observe cet avion, que avoir pour conséquence une extinction du
d’études, valorisation des codes. les entrées d’air sont très particulières et se moteur. Il faut également que la résistance à
distinguent de celles observées sur d’autres l’avancement générée par ces entrées d’air
avions militaires conçus à l’étranger. Il est ne pénalise pas les performances de l’avion,

42 CAIA N°106 - Juin 2015


passer à une phase d’expérimentation en vol.
La détermination de la compatibilité entre la
charge et l’avion en soufflerie se réalise par un
« robot » appelé « système de trajectographie
captive » qui prend en compte la totalité des
paramètres évoqués précédemment. Une me-
sure en « temps réel » de tous les paramètres,
et en particulier des efforts, permet de restituer
la trajectoire et les attitudes, parfois extrêmes,
des charges lors de cette phase très critique.
L’ONERA possède un dispositif de trajectogra-
phie adapté à la soufflerie S1MA et un autre
adapté à la soufflerie S2MA. Le choix de la souf-
flerie étant déterminé par le type de charge, air
- air ou air - sol, et la vitesse de l’avion lors du
tir (transsonique ou supersonique). Les échelles
lors des essais de trajectographie varient du 1/6
au 1/16.
Il y a un certain nombre d’autres essais réali-
Essais à haute incidence du Rafale dans la veine transsonique de la soufflerie S2MA sés à l’ONERA au bénéfice du Rafale : des es-
sais d’identification de la signature infrarouge,
quel que soit le régime du moteur. Les entrées le 1/4 et le 1/16. Il vient évidemment immé- des essais de caractérisation de l’arrière corps
d’air pourraient également être des éléments diatement à l’esprit que les performances de de l’appareil, des essais de caractérisation
limitants pour la manœuvrabilité de l’appareil. l’avion vont grandement dépendre de ce qu’il des paramètres de mécanique du vol, des es-
Il est donc nécessaire d’explorer le comporte- emporte avec lui, attaché à ses ailes ou sous sais de couplage vibratoire entre la voilure et
ment de ces éléments sur toute la plage d’at- son fuselage. De nombreuses configurations l’écoulement, des essais à basse vitesse réa-
titude de l’appareil. Seuls des essais à assez « d’emport » ont effectivement été essayées lisés dans la soufflerie F1 du Fauga-Mauzac
grande échelle donnent accès à une simula- en souffleries incluant des réservoirs supplé- de l’ONERA. Il faut également citer des essais
tion expérimentale représentative et transpo- mentaires de 1 250 l et 2 000 l, positionnés pour déterminer avec une très grande préci-
sable au vol. L’ONERA possède des souffleries en différents points d’attache, des missiles sion la poussée du moteur M88. Des essais
de grandes tailles, ayant permis d’essayer (Apache, MICA-IR, MICA-EM, AS30L, Magic2, dans le cadre des études amont ont également
des échelles aussi grandes que le 1/4 sur les AASM, MARS, SCALP-EG, ASMP-A, METEOR, été réalisés dans les souffleries de recherche
entrées d’air. En plus de ses capacités expé- AM39), des bombes (GBU12 et GBU24). de l’ONERA à Meudon, qui visaient à caracté-
rimentales, l’ONERA a développé des com- riser le jet moteur et définir des stratégies de
pétences de métrologie et de traitement du De nombreuses configurations contrôle de jet.
signal au meilleur niveau mondial spécifiques d’emport L’ensemble des essais réalisés dans les souf-
aux essais d’entrée d’air. Ces moyens et com- L’étude des emports est immédiatement suivie fleries de l’ONERA ont permis d’apporter au
pétences ont été mis au service des ingénieurs de l’étude des conditions de largage des réser- concepteur Dassault Aviation ainsi qu’aux
de Dassault Aviation qui ont ainsi pu concevoir voirs par exemple, ou de tir et de séparation des concepteurs de missiles et charges des élé-
cette partie de l’avion, qui conditionne gran- missiles. La compatibilité des trajectoires de ments information permettant d’optimiser de
dement les performances et la capacité mul- l’avion et de la charge doivent être analysées façon globale l’appareil et son environne-
ti-mission de l’avion, de façon originale et en de façon détaillée afin d’éviter tout problème de ment. L’aérodynamique reste un domaine où
avance sur la concurrence mondiale. collision. Les facteurs suivants doivent être pris toute rupture ou même évolution majeure de
Une seconde grande famille d’essais est la en compte lors de cette séparation de charge configuration doit être soumise à l’arbitrage
détermination des efforts aérodynamiques : le facteur de charge de l’avion en mouve- de l’expérimentation si on veut éviter d’avoir
sur l’avion dans tout le domaine de vol. Ces ment, la force d’éjection de la charge à partir au final un produit à performances amoindries
essais incluent la détermination des efforts de son point d’encrage, la force de propulsion par excès de conservatisme, ou au contraire
sur la voilure, sur les plans canard, sur les de la charge lors de l’allumage de son moteur, inapte au service par excès d’optimisme. La
gouvernes ainsi que la résistance à l’avance- les mouvements des gouvernes de l’avion, les porte du succès est étroite. L’ONERA a mis
ment de l’avion, la « traînée », pour vérifier sa systèmes de contrôle du vol de la charge, les ses installations et compétences au service
capacité à réaliser les performances prévues masses et inerties, les efforts aérodynamiques du Rafale. Le but initial était d’obtenir un pro-
en vitesse. Ces essais se sont également dé- sur l’avion et la charge. Tout ceci représente un duit final qui puisse prendre l’avantage sur les
roulés dans les grandes souffleries de Modane champ d’analyse relativement complexe, mais théâtres d’opération ; toute l’expérience ré-
S1MA et S2MA à des échelles comprises entre qui ne laisse pas de place au flou, avant de cente montre que l’objectif est atteint.

CAIA N°106 - Juin 2015 43


L E R A FA L E

LE RAFALE DANS
L’ARMÉE DE L’AIR :
LE CHASSEUR OMNI-
par Hubert VAILONG, ICA
n ADJOINT AU SOUS-CHEF
RÔLES EN ACTION
« PRÉPARATION DE L’AVENIR »
À L’ÉTAT-MAJOR DE L’ARMÉE Le 27 juin 2006, sur la base aérienne 113 de Saint-Dizier,
DE L’AIR
Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, déclare
Hubert Vailong (X91, Supaéro 96, le Rafale opérationnel au standard F2 au sein de l’escadron
MIT MS97) a notamment conduit la de chasse 1/7 « Provence » nouvellement réactivé. Le
qualification du standard F2 du Rafale 19 septembre 2014, quelques heures après la décision du
en tant qu’architecte technique, puis
a été directeur du programme MRTT
Président de la République, François Hollande, d’apporter
(avions multi-rôles de ravitaillement une assistance militaire directe à l’Irak, des Rafale F3
en vol et de transport) au sein de mènent les premières frappes de l’opération Chammal
l’unité de management « Avions de contre Daesh. Entre ces deux événements, le Rafale a
mission et de support » de la DGA.
gagné ses galons d’avion « omni-rôles », capable d’assurer
l’ensemble du spectre des missions confiées aux chasseurs
de l’Armée de l’air. Retour sur près de 10 ans d’activité
opérationnelle.

par Philippe SUHR,


Colonel
n OFFICIER DE SYNTHÈSE
« AVIONS DE COMBAT ET
ÉQUIPEMENTS » AU BUREAU
« EXPERTISE ORGANIQUE
– PROGRAMMES » DE L’ETAT-
MAJOR DE L’ARMÉE DE L’AIR

Le colonel Suhr (EA93).a commencé


sa carrière dans la reconnaissance
aérienne sur mirage F1CR. Après
Rafale au-dessus de Bagdad pendant Chammal
un premier passage à l’EMAA,
suivi de l’école de guerre, il

C
commande l’escadron de chasse et
d’expérimentations du CEAM, où il omme le Mirage 2000, le Mirage F1 ou le particulièrement jeune, puisqu’elle vient à peine de
effectue une transition sur Rafale. Mirage III avant lui, le Rafale fait désormais fêter ses quatre-vingts ans !
De retour à Paris, il occupe le poste partie des avions de chasse embléma- Conçu pour remplacer l’ensemble de ses prédé-
d’officier programme Rafale pendant tiques des armées françaises. Symbole de haute cesseurs (7 types d’avions différents), et assurer
2 ans. technologie et de performance, il représente par- les missions les plus complexes, le Rafale incarne
faitement l’Armée de l’air d’aujourd’hui. Une armée l’excellence au cœur des valeurs de l’aviateur. Il

44 CAIA N°106 - Juin 2015


le cadre de l’OTAN était avant tout politique. Mal-
gré tout, les performances du système Rafale
en termes d’interopérabilité, à la fois technique
(fonctions natives sur le Rafale) et opérationnelle
(entraînement des unités Rafale aux procédures
OTAN), ont également permis d’asseoir la crédi-
bilité de l’Armée de l’air et de la France en tant
qu’Allié.

… à « combat proven »
C’est d’ailleurs dans le cadre de l’OTAN que le
Rafale a connu son baptême du feu. Aguerri et
perfectionné en Afghanistan, où il est engagé
début 2007, moins de 9 mois après sa mise
en service opérationnel dans l’Armée de l’air,
et délivre ses premières bombes guidées laser
et ses premiers armements air-sol modulaires
Ravitaillement en vol exercice nuc : un Rafale et un Mirage 2000 armés de l’ASMP-A en ravitaillement sur un C-135 FR (AASM), le Rafale va démontrer toute sa perti-
des FAS.
nence et ses capacités avec l’opération Harmat-
est devenu incontournable pour la réalisation des stratégiques (FAS) arment des « plots », acti- tan au-dessus de la Libye. Dans le cadre d’une
trois missions fondamentales de l’Armée de l’air : vés 24 heures sur 24, afin d’assurer la posture campagne purement aérienne, le Rafale y met en
la dissuasion, la protection et l’intervention. permanente de sûreté en coordination avec les œuvre l’ensemble du spectre de ses armements
moyens de contrôle du commandement de la air - sol, y compris le missile de croisière SCALP-
De « combat ready » … défense aérienne et des opérations aériennes EG. Les incertitudes persistantes sur l’état de la
Le niveau d’engagement des armées françaises (CDAOA). Placés sous les ordres de la Haute menace aérienne font par ailleurs du Rafale le
en dehors de la Métropole a rarement été aussi autorité de la défense aérienne, ils garantissent choix préférentiel pour la première mission de la
élevé et aussi médiatisé. Pourtant, les opérations la souveraineté de l’espace aérien national et campagne (voir encadré). Son armement air - air
extérieures ne sont que la partie émergée de la protection des populations. Des Rafale sont (missiles MICA) et son système d’autoprotection
l’iceberg. Dans l’ombre, l’Armée de l’air assure ainsi prêts à décoller en quelques minutes afin
en permanence deux missions primordiales pour d’intercepter un aéronef hostile en tout point
la sécurité des Français : la dissuasion et la pro- du territoire, ou de participer à des missions de Opération Harmattan :
tection. service public, comme l’assistance en vol ou les première mission
Face aux débats récurrents sur la dissuasion et recherches à la suite d’un accident aérien. Le 19 mars 2011, une première
sa composante aérienne, les forces aériennes La dissuasion et la protection sont rarement patrouille de quatre Rafale est
engagée de manière autonome
stratégiques (FAS) démontrent au quotidien la mises en avant pour illustrer les qualités du Ra-
au départ de la base aérienne 113
pertinence de leur action. Depuis le 1er juillet fale car il y met en œuvre ses armements uni- de Saint-Dizier, dans le nord-est
2010, les Rafale de l’escadron de chasse 1/91 quement en dernier recours, sur ordre du pouvoir de la France, pour assurer une
« Gascogne » armés du missile ASMP-A sont politique (Président de la République et Premier zone d’exclusion aérienne au-
en alerte 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 sur Ministre respectivement). Pourtant, c’est bien dessus de Benghazi. Elle permet
à une seconde patrouille de
la base aérienne 113 de Saint-Dizier, aux côtés sur ces missions, pour lesquelles le Rafale a été
deux Rafale équipés de nacelles
des Mirage 2000N de l’escadron de chasse 2/4 conçu dès l’origine, que l’Armée de l’air s’est RECO NG (AREOS) de recueillir
« La Fayette » et des K/C 135 du groupement construite. Elles lui ont permis de développer la le renseignement nécessaire à
de ravitaillement en vol 2/92 « Bretagne » de la réactivité nécessaire pour intervenir hors de nos la prise de décision politique
base aérienne 125 d’Istres. En combinant leur frontières dans des délais très courts. Grâce au d’engager les premières frappes.
Quelques heures plus tard, deux
entraînement quotidien avec des exercices de niveau d’expertise opérationnelle atteint sur Ra-
autres Rafale équipés d’AASM,
montée en puissance (au sol) et des simulations fale, l’Armée de l’air offre au pouvoir politique un accompagnés par deux Mirage
de raids nucléaires (en vol sans armement réel), système de combat crédible et cohérent, à la fois 2000D, délivrent leur armement
les Rafale, leurs équipages et leur personnel de en termes d’équipements et de compétences. sur des blindés des forces fidèles
mise en œuvre apportent la crédibilité nécessaire C’est pourquoi des Rafale ont été déployés en au Colonel Kadhafi. Cette mission
emblématique a permis de
à notre dissuasion, et garantissent au Président Pologne pour assurer des opérations de police
démontrer toute la polyvalence
de la République la protection des intérêts vitaux du ciel au-dessus de la mer Baltique et des Etats du Rafale ainsi que sa capacité
de la Nation. baltes à la suite de la montée des tensions entre d’entrée en premier, mission parmi
De même, les Rafale du commandement des l’Ukraine et la Russie en 2014. L’effet recherché les plus exigeantes pour toute
forces aériennes (CFA) et des forces aériennes de cette mesure de « réassurance » menée dans force aérienne moderne.

CAIA N°106 - Juin 2015 45


L E R A FA L E

La première mission du Rafale


dans le cadre de l’opération
Serval
13 janvier 2013. A peine deux jours
après la décision du Président
de la République de déclencher
l’opération Serval, quatre Rafale
décollent de la base aérienne 113
de Saint-Dizier, dans le nord-est de
la France, pour ce qui va devenir la
mission de bombardement la plus
longue de l’histoire de l’Armée de
l’air. Ravitaillés par trois C-135 FR
de la base aérienne 125 d’Istres, ils
se posent à N’Djamena (Tchad)
après 9 h 45 de vol, au cours
desquelles ils ont frappé et détruit
21 objectifs des forces rebelles
maliennes. Dès le lendemain, ces
mêmes avions reprendront les
Cartes superposées BSS/Europe : le théâtre de la bande sahélo - saharienne couvert par l’opération Barkhane frappes sur le Mali à partir de
a une étendue supérieure à celle de l’Europe. N’Djamena, soutenus pendant
trois jours par les seuls personnels
SPECTRA lui permettent, quelle que soit sa confi- polyvalence et à la faible empreinte au sol néces-
et moyens embarqués dans les
guration, d’assurer sa propre protection face à saire à leur mise en œuvre, ils sont en mesure C 135 FR, participant de manière
tout type de menaces, air - air comme sol - air, de répondre à toutes les sollicitations du théâtre, décisive au coup d’arrêt donné
qu’il soit armé pour une mission de frappe au sol depuis les frappes air - sol jusqu’aux missions de à l’offensive rebelle qui menaçait
ou pour une mission de reconnaissance. reconnaissance. Bamako.
A contrario, lors de l’opération Serval au Mali, ce Enfin, depuis l’été 2014, la France est engagée
sont plutôt les capacités du Rafale à se proje- aux côtés de ses alliés (de l’OTAN ou non) dans
ter dans des délais très courts et à mener des l’opération Chammal. Dès le 15 septembre, Mission Adrar Fever
frappes d’ampleur dans la profondeur qui ont avant même les premières frappes, le Rafale Dans la nuit du 2 au 3 février 2013,
été mises à contribution pour répondre au tempo réalise ses premières missions de reconnais- en coordination étroite avec les
souhaité par les autorités politiques (demande sance au-dessus de l’Irak, permettant au pou- troupes au sol de l’Armée de terre,
d’assistance du président malien le 10 janvier voir politique, grâce aux informations recueillies un premier raid de deux Rafale
(12 AASM) et quatre Mirage 2000
2013, décision d’intervenir et premières frappes par la nacelle AREOS, d’apprécier la situation de
D (8 GBU49) tire simultanément
par des Mirage 2000 D pré-positionnés le 11). manière indépendante, et de conserver son auto- 20 bombes en moins d’une
Le premier raid effectué par des Rafale a alors nomie de décision. Depuis, la capacité d’emport minute, grâce notamment au
confirmé leur rôle clé dans la capacité d’entrer du Rafale, son interopérabilité, la performance mode « salve » des Rafale et au
en premier des armées françaises (voir encadré). de son système d’armes reposant sur la fusion guidage GPS des AASM. Ils créent
ainsi un effet de « sidération » qui
Après ces premières frappes aériennes, l’opé- des capteurs et la pertinence de son interface
prive l’ennemi de toute capacité
ration Serval a surtout été marquée par la forte homme - système (qui met l’équipage dans de réaction et d’adaptation
intégration des actions aériennes et terrestres. de bonnes conditions pour réaliser sa mission, tactique. Après cette première
Les frappes réalisées dans l’Adrar des Ifoghas même après plusieurs heures de vol) ont permis passe, une seconde patrouille de
en support de nos troupes au sol ont démontré de démontrer une nouvelle fois son efficacité en Rafale assure encore six heures
de permanence sur la zone pour
les bénéfices de la capacité d’emport inégalée du opération.
interdire toute échappatoire à
Rafale (1,5 fois sa masse à vide) et sa redoutable Au bilan, le Rafale cumule aujourd’hui environ l’ennemi.
efficacité face à un ennemi asymétrique, parti- 17 000 heures de vol en opérations extérieures,
culièrement mobile et prompt à disparaître (voir dont plus de 25 % en missions de nuit.
encadré). Dans ce cadre, la capacité du Rafale à mission nucléaire. Egalement basé à Saint-Dizier,
s’insérer dans la chaîne du renseignement grâce Et maintenant ? L’avenir du Rafale son ouverture est prévue en 2017, et il deviendra
à sa nacelle AREOS a été déterminante. dans l’Armée de l’air opérationnel en 2018, date à laquelle le Rafale
Aujourd’hui, les Rafale déployés à N’Djamena A l’heure où l’export du Rafale se concrétise et remplacera définitivement le Mirage 2000 N pour
permettent d’alimenter trois opérations en pa- vient consolider la loi de programmation militaire, la mission de dissuasion. A l’instar de l’escadron
rallèle1 sur la bande sahélo-saharienne, dont l’Armée de l’air s’apprête à faire face au défi de la de chasse 1/91 « Gascogne », il s’appuiera sur la
l’étendue dépasse celle de l’Europe. Grâce à leur constitution du second escadron apte à réaliser la totale polyvalence du Rafale et de ses équipages

1) Barkhane sur l’ensemble de la bande sahélo - saharienne, Sangaris en République centre-africaine, Sabre au Mali

46 CAIA N°106 - Juin 2015


pour réaliser l’ensemble des missions de combat
de l’Armée de l’air.
Par ailleurs, dans le format actuellement défini
par le Livre blanc, ces deux escadrons intégrés
dans les FAS et six escadrons de Rafale du CFA
assureront à terminaison l’ensemble des mis-
sions conventionnelles de l’Armée de l’air (air -
air, air - sol, reconnaissance). Compte tenu de la
polyvalence du Rafale, chaque escadron sera ca-
pable de réaliser chacune de ces missions, mais
aura également un rôle de « référent opération-
nel » sur une mission donnée pour l’ensemble de
l’Armée de l’air (ainsi, l’escadron de chasse 2/30
« Normandie - Niémen » est le référent « recon-
naissance et air - sol conventionnel » et l’esca-
dron de chasse 1/7 « Provence » est le référent
« défense aérienne »).
Sur le plan fonctionnel, le prochain standard Rafale + nEUROn : un Rafale en vol en patrouille avec le démonstrateur nEUROn

F3.R doit apporter avant la fin de la décennie des


évolutions majeures, notamment avec l’intégra- en fonction des enseignements des conflits où il conduite (C2) des opérations de l’armée de l’air.
tion du missile à longue portée METEOR et d’un est engagé. Elément désormais incontournable des opé-
nouveau pod de désignation laser (TALIOS). Les Enfin, le Rafale a vocation à s’intégrer dans le rations en cours, fort de ses près de 100 000
réflexions sur un futur standard sont également système de combat aérien futur, aux côtés des heures de vol, le Rafale a encore devant lui de
déjà bien avancées, et permettront de tirer plei- drones de combat préfigurés par le nEUROn et nombreuses années d’exploitation au sein de
nement parti du potentiel d’évolution du Rafale et le futur démonstrateur franco-britannique, et l’Armée de l’air.
de sa capacité à être adapté de manière réactive des futurs systèmes de commandement et de

CAIA N°106 - Juin 2015 47


L E R A FA L E

LE RAFALE MARINE,
UN AVION « COMBAT
PROVEN »
par Bruno Le Rafale marine (RFM) est un avion polyvalent, doté
d’une grande polyvalence lui permettant de s’adapter
THOUVENIN,
à tout type de missions, qu’il s’agisse de supériorité
Contre-amiral
aérienne, de pénétration et d’attaque au sol par tout
n COMMANDANT LA FORCE DE temps, d’attaque à la mer, de reconnaissance tactique
L’AÉRONAUTIQUE NAVALE et stratégique ou de dissuasion nucléaire. Évoluer
(ALAVIA) dans un environnement hostile et exigeant nécessite
par ailleurs du pilote qu’il apprivoise le milieu maritime
Pilote de chasse embarquée en 1986,
il a commandé la Flottille 17F (SEM). et maîtrise les tactiques du combat naval, en liaison
Pilote d’essais en 1992, il a œuvré avec le porte-avions et les frégates. Dans ce contexte
aux développements de programmes et face à des menaces toujours plus imprévisibles, le
aéronautiques et a été officier de
binôme Rafale marine - « marins du ciel » a démontré
programme du RFM, puis officier de
cohérence des systèmes de forces qu’il peut évoluer avec endurance, autonomie et
à l’EMM, OCA Marine et sous-chef polyvalence, surpassant le Super-Étendard Modernisé
d’état-major « Plans et Programmes ». (SEM).
Il est ALAVIA depuis le 1er août 2014.

par Michel
WENCKER,
IGA

n ADJOINT AU SOUS-CHEF
D’ÉTAT-MAJOR « PLANS
ET PROGRAMMES »

Michel Wencker a dirigé le


© Marine nationale - Frédéric Duplouich

programme « Porte-avions Charles de


Gaulle », avant d’être secrétaire du
Comité ministériel d’investissement du
Ministère de la défense puis sous-
directeur de la politique d’exportation
à la DGA. Il a rejoint le 15 juin 2014
l’Etat-major de la marine.
Rafale M en sortie de pont du porte-avions en post-combustion

48 CAIA N°106 - Juin 2015


A
u-delà des capacités de l’appareil
acquises à sa conception, l’opéra-
tion « Harmattan », menée en 2011
au-dessus de la Lybie, aura permis à la force
de l’aéronautique navale de valider la maturi-
té technique du Rafale marine (RFM), faisant
de cet appareil un avion « Combat Proven »
dont les capacités sont aujourd’hui uniques
en Europe. Alors que le RFM au standard F3
effectuait sa montée en puissance au moment
d’être engagé, il s’est révélé être au point dans
son emploi en contexte opérationnel, permet-
tant même de valider de nouveaux armements,
comme le missile d’attaque au sol à longue
portée SCALP-EG ou la bombe autopropulsée
AASM avec extraction de coordonnées à partir
du Pod Damoclès. Certains matériels et pro-
cessus, comme la nacelle de reconnaissance
RECO NG ou la liaison 16 pour la transmission
Rafale M au catapultage, avec son armement
de la situation « Air » entre les aéronefs, le
groupe aéronaval et le Combined Air Operation D’autre part, son autonomie et ses capacités
Center (CAOC), ont également pu être utilisés d’emport, en armement et munitions, lui per- Mémo programme du
dans un contexte d’opérations aériennes in- mettent d’inscrire dans la durée sa puissance Rafale marine
tenses, sur des objectifs définis. Plus récem- de frappe. Il lui reste à acquérir la capacité Premier vol du M01, avion
ment, le théâtre Irakien a d’ores et déjà éprou- de tir d’armement air - sol « bas coût », au- marine de développement : 1991.
Premier appontage sur le Foch,
vé le RFM pour assurer des permanences (par jourd’hui portée uniquement par la GBU 49 sur
le 19/04/1993. 58 avions prévus
relève) de l’ordre de la dizaine d’heures, afin SEM (qui sera retiré du service en 2016). au programme en 5 tranches,
« une vaste zone Au-delà de ces apports, les techniciens y ont dont aujourd’hui 48 ont été
aussi gagné en souplesse, avec la mainte- commandés et 41 ont été livrés
d’action et à plus de (perte de 2 avions par la DGA
nance préventive et curative assistée par ordi-
600 nautiques d’un nateur. En permettant de localiser et de traiter
en 2009 et de 2 avions par la
porte-avions » rapidement les pannes, celle-ci réduit de fait
Marine Nationale en 2010 et
2012).
d’effectuer le traitement d’objectifs d’opportu- les périodes d’immobilisation de l’avion et Mise en service opérationnelle
nité, au-dessus d’une vaste zone d’action et concourt donc à optimiser son emploi. du F1 : 2004 (version air - air),
à plus de 600 nautiques d’un porte-avions. La Marine nationale poursuit activement la puis F2 (version air - sol) en
2008 et enfin F3 en 2009 (radar
Il a en outre permis d’effectuer de nombreux transformation du groupe aérien embarque-
actif).
vols d’ISR (Intelligence Surveillance and Re- ment (GAé). Elle se dirige à l’été 2016 vers une Les jalons prochains sont :
connaissance), dont le résultat est prisé par entité redoutablement polyvalente et efficace, - F3R en 2018 avec la capacité
la coalition. Néanmoins, derrière cet aspect avec l’avènement d’un GAé « tout Rafale », METEOR, TALLIOS (nouveau
technique et opérationnel, la clé de ces succès ce qui entraînera une forte augmentation des pod de désignation laser)
et une nouvelle nacelle
reste avant tout le facteur humain, puisque le capacités militaires offensives et défensives
de ravitaillement en vol,
savoir-faire des pilotes et des techniciens va- du groupe aéronaval, les RFM au standard indispensable pour assurer
lide à ces occasions le défi de la polyvalence. F3 ayant inauguré une transformation radi- l’autonomie du porte-avions ;
Le RFM présente donc de nombreux avantages cale du chasseur de défense aérienne initial. - F4 en 2023 dont les
techniques pour le pilote. Avoir un avion bimo- En outre, avec une trentaine d’appareils d’un évolutions sont en cours de
définition et de choix (viseur
teur apporte davantage de sécurité et rend les type unique à bord du porte-avions, il y aura
de casque, améliorations
phases de catapultage et d’appontage plus davantage de souplesse dans la gestion des ergonomiques, armement
sûres, les aides au pilotage et la manœuvra- configurations pour les différentes missions, air -sol, connectivité, guerre
bilité de l’avion rendant quant à eux l’appon- avec une augmentation de la disponibilité et électronique) ;
tage moins difficile, en particulier de nuit, bien une réduction des mouvements entre le pont - rénovation mi-vie en 2030
avec notamment la prise en
que l’exercice reste complexe. Dans le cock- d’envol et le hangar. En somme, une nouvelle
compte des drones de combat.
pit, l’adaptabilité de l’ergonomie, associée au ère s’ouvrira pour le système d’arme du porte-
confort de l’habitacle, sont des améliorations avions.
indéniables pour les vols longs et stressants.

CAIA N°106 - Juin 2015 49


L E R A FA L E

Retour d’expérience sur l’utilisation opérationnelle du Rafale marine


Les premières missions opérationnelles du RFM ont été faites en Afghanistan,
avec notamment les premiers tirs de bombes dès 2007 et la première utilisation
opérationnelle de la nacelle RECO NG en 2010. Durant l’opération « Harmattan » en
2011, au large de la Libye, des missions de reconnaissance de Rafale équipés du Pod
RECO NG étaient planifiées deux fois par jour. Les avions, après avoir effectué leurs
missions, commençaient à envoyer leurs recueils au porte-avions par transmission
de données. Les premières images étaient donc analysées avant même que les
avions n’aient apponté et pouvaient être transmises aux pilotes qui partaient en
mission de SCAR (recherche et destruction d’objectifs d’opportunité) dans les
zones de prises de vues. Le traitement en boucle courte de ces images permettait
ainsi aux pilotes de partir avec plus d’informations sur leurs zones d’opérations,
voire de trouver plus rapidement d’éventuels objectifs d’opportunité. Les experts
imageurs pouvaient également créer, après analyse fine des images recueillies et
extraction des coordonnées puis vérification des potentiels dommages collatéraux,
des dossiers d’objectifs pour les missions de bombardement planifié (ou Air
Interdiction) les jours suivants. La mise en service du standard F2, puis F3, aura en
outre permis la mise en œuvre du missile d’attaque au sol à longue portée SCALP-
EG, dans deux raids nocturnes menés depuis le porte-avions au large des côtes
libyennes contre plusieurs sites militaires situés à plusieurs centaines de kilomètres
à l’intérieur des terres.
L’opération « Chammal » en 2015, au-dessus de l’Irak, a permis d’élargir encore le
spectre des capacités du Rafale Marine en coopération avec d’autres aéronefs.
En effet, par mauvaises conditions climatiques rendant difficile l’utilisation du Pod
Damoclès, le RFM a tiré des munitions à guidage laser qui ont été illuminées par un
drone jusqu’à l’objectif qui avait été assigné. Ceci illustre bien l’étroite coopération
entre tous les acteurs aériens nécessaire sur un théâtre d’opérations. Enfin, grâce
aux facultés de ravitaillement à partir de tous types de tankers, les vols peuvent
durer plusieurs heures, optimisant encore la permanence sur zone en dizaine
B:176 mm
d’heures (playtime) avec un emport de munitions accru par rapport aux avions
d’ancienne génération, et ce à plusieurs centaines de nautiques T:170du
mmporte-avions.
Rafale M sur le pont du porte-avions « Charles de Gaulle »
S:164 mm

B:126 mm
T:120 mm
S:114 mm

50 CAIA N°106 - Juin 2015


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L E R A FA L E

Pose d’une verrière sur un Rafale de l’armée de l’air sur la Base Aérienne 113 Saint Dizier.

LE MAINTIEN EN CONDITION
OPÉRATIONNELLE (MCO)
DE LA FLOTTE RAFALE
L
’avion de combat Rafale est optimisé pour Un MCO découlant des principes
une activité moyenne comprise entre 250 et constructifs originels et de
300 heures de vol par an et par avion. Cette l’emploi de l’avion, et du degré de
donnée dimensionne le soutien qu’il convient de lui maturité. Les enjeux
consacrer afin que les pilotes puissent s’entraîner Le Rafale, fruit de générations de savoir-faire
avec la qualité de formation et le niveau d’exigences français uniques dans le domaine de l’aéronau-
requis, pour que les opérations militaires soient réa- tique de combat, bénéficie d’innovations tech-
lisées avec succès. nologiques majeures qui font ses performances,
Or il suffit d’une pièce manquante, parmi les milliers ainsi que d’un système de soutien ayant été
de références du Rafale, pour obérer sa disponibilité encore plus soigneusement étudié que pour les
par Patrick ARMANDO, et le clouer au sol. De plus, au retour de vols, il doit générations précédentes. Les concepts de sou-
IGA être capable de reprendre l’air « rapidement » ; la tien sont étroitement liés aux technologies de
durée entre deux vols (inter-tour) est à maîtriser. Le construction, à leur degré de maîtrise scientifique
n DIRECTEUR ADJOINT
diagnostic des pannes est essentiel. en matière de comportement à l’endommage-
DE LA SIMMAD
Le fait de disposer de la bonne pièce au bon mo- ment, et au plan d’entretien, largement évolutif,
ment au bon endroit pour mettre en vol un Rafale est dérivé de la nature de ces technologies, du do-
Patrick Armando a commencé l’objectif fondamental de l’organisation du MCO, maine d’emploi, de la sévérité des missions.
sa carrière en 1980 au Centre sous réserve que les faits techniques « graves » qui A titre d’exemple :
d’essais aéronautique de Toulouse font peser un risque sur la sécurité des vols et ou la - absence de visite d’entretien périodique pré-
et a été notamment directeur de mission soient traités, que la documentation avion ventif pour la cellule ;
programme du Super Etendard soit à jour de la définition approuvée, que les effets - moteur modulaire ;
modernisé et adjoint gestion au d’usure soient corrigés, que les matériels disposent - gestion des pièces selon leur calcul et dimen-
SPAé. Il a rejoint la SIMMAD le du potentiel technique requis. C’est la mission que sionnement aux charges : fiabilité, limite de
1er septembre 2006 comme chef la SIMMAD, maîtrise d’ouvrage déléguée, gestion- fonctionnement ...
du service contrats finances, puis naire de biens, intégrateur de MCO, doit construire - maintenance selon état : on attend la panne
adjoint Industrie. tout en permettant de disposer à tout moment des pour intervenir.
bons leviers d’action pour en maitriser le coût. La flotte Rafale aujourd’hui a presque 15 ans
d’exploitation opérationnelle ; la flottille des pre-

52 CAIA N°106 - Juin 2015


miers Rafale marine et les premiers avions au
standard air ont d’abord permis un rodage du
QUELQUES MOTS SUR LES TROIS MCO.
MCO ; puis les heures de vols accumulées ont Rafale Care
permis d’atteindre un degré de maturité probant. Le principe de la forfaitisation à l’heure de vol était déjà connu ; toutefois,
Les processus et mécanismes entre acteurs - In- pour la cellule, ce n’est qu’en 2008, à l’issue d’une phase de 7 ans de
dustrie (NSI), utilisateurs (NSO) - sont désormais maturité que ce modèle économique a pu être contractualisé : il fallait
d’abord mieux maîtriser la connaissance des MTBF pour limiter les
bien établis. risques (risques industriels pour être sûr de pouvoir réaliser le + 15 % ;
En 2008, la flotte est en montée en puissance risques financiers ...). Ainsi le MCO cellule Rafale Care a vu le jour,
au rythme des livraisons ; les escadrons se avec une exigence de délais de réparations (TAT). En 2014, fort des
constituent ; l’apprentissage se fait ; la connais- acquis sur le MCO moteurs et les équipements B, le marché connaît un
sance des fiabilités, des comportements réels « rajeunissement» : introduction de l’exigence de disponibilité des OAE
envoyés en réparations, et d’une « supply chain » externalisée automatisée
se forge ; les mécaniciens sur le terrain ap- puisqu’un forfait à l’heure de vol intègre les 23 000 nomenclatures
prennent le Rafale. L’activité aérienne est en de consommables inscrites au catalogue Rafale. Ce type de modèle
pleine augmentation. où l’Industrie a une assiette de latitude élargie permet d’absorber des
La LPM 2008 - 2013 dessine déjà le cadre évolutions importantes : sans surcoût à l’heure de vol, les heures de vol ont
budgétaire et fixe des objectifs de performances pu être alignées à la baisse en conformité avec la LPM.
économiques. Des cibles de coût à l’heure de vol M88
se dégagent. A l’évidence, la communauté aéro- Le MCO « moteur » conditionne la disponibilité à travers les interventions
nautique concernée est poussée par cette phase liées aux inspections ou aux déposes, mais aussi les coûts, car du fait de
porteuse de « performance compétitive » ; des son besoin d’entretien, la motorisation représente une part significative du
gains de productivité sont possibles, à condition coût du MCO des aéronefs.
Une part du MCO est générée par l’utilisation de pièces de rechanges
de se montrer innovant, les données techniques tant au NSO dans les ateliers des forces qu’au NSI pour les réparations. Le
étant celles qu’elles sont. Le système d’exploita- modèle d’acquisition par bons de commande a laissé la place à un marché
tion de la flotte Rafale doit être à coût objectif ; au de service en disponibilité de pièces ; confiant à l’industrie les prévisions
fil des ans, il devra être de plus en plus efficient de consommation, les lancements en production, la maîtrise des dérives
pour tenir les exigences de la LPM 2014 - 2019. des coûts unitaires et les dérives de consommation. La disponibilité des
pièces s’est grandement améliorée et ce modèle a permis de créer une
communauté qui trouve son prolongement avec le plateau CICoMORe qui,
Dans ce cadre et pour relever sous pilotage SIMMAD, coordonne les activités des industriels SIAé, de
ces défis, un système de MCO Safran/Snecma et des forces.
novateur. Le cahier de charges Pour le MCO du M88, le SIAé joue un rôle fondamental : il est le MOI
fonctionnel pour la réparation des 20 modules « turbomachines » et du module 21, le
calculateur.
Dans ce contexte, l’équation est celle d’un sys- Le MCO du moteur M88 est donc agencé autour de deux contrats
tème en dynamique croissante, où la meilleure essentiels :
disponibilité opérationnelle est recherchée, à - le réapprovisionnement en pièces de rechanges avec Safran/Snecma ;
coûts maîtrisés, avec une pérennité des solutions. - la réparation des 21 modules auprès du SIAé associant en sous-traitance
Avec le Rafale, le MCO bascule dans une autre Safran/Sagem et Snecma.
Il y a nécessairement une concertation avec le NSO dans la gestion des
approche, avec des commandes à façon auprès modules. Ce qui compte c’est de pouvoir reconstituer un moteur bon de
d’une Industrie « fournisseur de moyens » : il vol à partir des modules disponibles. C’est pourquoi la logique de pièces
doit apporter de la valeur ajoutée. Les destins de disponibles va être étendue par la SIMMAD aux modules : le but n’est plus
l’Etat utilisateur et de l’Industrie, conceptrice et de faire faire des réparations, mais d’obtenir des modules disponibles selon
réalisatrice des matériels, sont liés. Le MCO doit besoin.
se montrer inventif à deux : Etat - Industrie. Des MCO des équipements B
matériels qui dorment sur une étagère, des dé- De façon itérative, après le MCO moteur, le MCO des équipements B a été
penses mal choisies sont contre-productifs. élaboré dans la même logique.
L’Etat définit les compétences qu’il doit possé- Le marché MAESTRO notifié à THALES SA en 2011 permet d’assurer
der pour être autonome selon les situations de le MCO de l’ensemble des équipements B de conception THALES. Les
guichets sur base gèrent les volants de rechanges d’URA (hors lot
guerre et les lieux d’exploitation : le NSO ; l’in- de projection) et les flux de réparation vers les différentes usines des
dustrie a en charge, au titre du NSI, les opéra- entités du groupe. Ce marché prévoit intrinsèquement des mécanismes
tions qu’elle seule peut réaliser, complétées d’incitation à l’amélioration des équipements. Enfin, cette organisation
potentiellement des actes de maintenance que contractuelle permet de réduire les délais d’acheminement ou de
les armées peuvent céder, car en dehors de leur réparations entraînant un besoin moindre d’équipements dans le volant de
fonctionnement. Il est complété d’un marché spécifique auprès de MBDA
cœur de métier ou jugés moins prioritaire. pour une partie de SPECTRA, et auprès de SAGEM pour les centrales
La SIMMAD doit appréhender le réglage de son inertielles.
curseur : le bon degré d’intégration de MCO. Le

CAIA N°106 - Juin 2015 53


L E R A FA L E

Préparation d’un réacteur M88 avant sa pose sur un Rafale.

corollaire est le partage des risques entre Etat Rafale : il s’agit d’appeler les compétences au L’ingénierie de ces marchés de service est carac-
et Industrie, en bonne intelligence. Ceci signifie, bon endroit. Hors armement et équipements de térisée par un mode de rémunération « à l’heure
en particulier, partager, voire pouvoir modéliser, missions, le MCO repose sur trois piliers essen- de vol », bien adapté à la phase de montée en
la LOI du BESOIN : quelles quantités d’actes de tiels (cf. encart n°1) qui représentent l’essentiel puissance ; le principe est qu’à chaque heure de
maintenance ; quels risques ? du dispositif (85 % des dépenses). Il porte des vol, il y a un « endommagement moyen » (des
L’innovation, c’est aussi de savoir particulariser le principes de fonctionnement contractuel nou- OAE tombent en pannes ; des rechanges sont
MCO par domaine technologique en fonction de veaux, qui sont venus bousculer les habitudes consommés …).
facteurs clefs ; c’est de définir le juste besoin ; de travail. Les maîtres d’œuvre étatiques ont dû Ce type de rémunération permet de conserver
c’est de faire évoluer d’un MCO de moyens à un s’adapter et accompagner le « changement » afin une parfaite cohérence entre le besoin opé-
MCO de service ajusté au besoin : de permettre aux nouveaux concepts de donner rationnel et les capacités de financement des
- regroupement des actes de maintenance au la pleine mesure de leur efficacité. états-majors. Le fonctionnement du marché est
sein de contrats forfaitaires globalisés raison-
nablement, à durée optimisée ; Le CODIR Rafale : une gouvernance de haut niveau.
- engagement de résultats en disponibilité/ponc-
Le comité État - Industrie a été mis en place fin 2010. Il se réunit une fois
tualité ;
par an (deux fois au début). Son objectif était la définition et le pilotage
- mécanismes de gouvernance ; de haut niveau de plans d’actions destinés à améliorer la disponibilité
- optimisation et fluidification des interfaces entre opérationnelle de la flotte Rafale. Depuis sa mise en place, un certain
acteurs. nombre d’actions concrètes ont été mises en œuvre permettant une
Un élément fort d’évolution est celui relatif à la amélioration sur la durée de la disponibilité. Deux exemples :
- la mise en place de conseillers techniques dans le cadre d’un plateau
logistique : le MCO a évolué d’une logique de
technique à Saint-Dizier puis Mont-de-Marsan ;
stocks à une logique de flux, dictée par l’évolu- - l’instauration du plateau intermédiaire Rafale pour coordonner, sous la
tion des menaces et sous pression économique, houlette de la SIMMAD, l’action des industriels et des forces.
où l’amélioration de la chaîne logistique, « la sup- Les conseillers techniques ont eu deux champs d’action : aide au
ply chain », devient une exigence forte. diagnostic de cas de pannes complexes permettant une remise en vol plus
rapide des avions concernés ; actions de formation auprès des mécaniciens
Cela nécessite de revoir le positionnement des
de l’Armée de l’air destinées à leur permettre d’appréhender avec
acteurs, de faire intervenir l’Industrie sur un pé- davantage d’autonomie ce type de panne.
rimètre plus vaste afin de libérer des optimisa- Le plateau intermédiaire Rafale a été créé en 2012 pour servir de forum
tions et in fine d’optimiser la disponibilité à coût d’échanges entre l’État et l’Industrie afin de coordonner les actions de tous
maîtrisé. les acteurs du MCO. Sa vocation première est de présenter mensuellement
l’activité prévisionnelle à 3 mois des forces pour mettre en tension les
guichets industriels en fonction des besoins de réactivité, d’alerter les
les solutions mises en place industriels de difficultés techniques et logistiques rencontrées sous les
auprès de l’industrie et avec elle avions ou dans les ateliers et d’élaborer des plans d’actions permettant
La SIMMAD a construit son arborescence d’éviter les effets négatifs sur la disponibilité de crises techniques ou
contractuelle auprès de l’Industrie en transposant logistiques. Après deux années d’existence, la preuve de l’efficacité de ce
plateau a été démontrée.
celle ayant présidé à la réalisation du programme

54 CAIA N°106 - Juin 2015


« centré » sur le besoin planifié des forces (LPM/
VAR) exprimé au travers d’un nombre d’heures
de vol à effectuer dans l’année. Les marges de
fonctionnement (en général entre + 15 % et –
20 %) laissent suffisamment de souplesse pour
pallier les évolutions dues à une accélération des
opérations ou à une réduction (en dehors l’ave-
nant reste toujours possible). Ce mode de rému-
nération forfaitaire incite l’Industrie à améliorer la
fiabilité du matériel et celle du diagnostic : la ré-
munération étant forfaitaire, l’industriel a intérêt
à limiter le nombre de retours pour panne. Ces
améliorations se ressentent directement dans les
forces, où la charge de maintenance qui pèse sur
les techniciens diminue.
Sur le plan de la performance budgétaire de Dans le cadre de la maintenance, un technicien consulte la documentation électronique du Rafale.
l’EPM, ce type de rémunération permet de dispo-
ser d’une relation quasi-univoque entre le besoin amortis, de décider des améliorations de fiabilité Glossaire
opérationnel et les besoins de financement des ou de Plan Recommandé d’Entretien qui auront EPM Entretien Programmé du Matériel
états-majors. un retour sur investissement. ESTA Escadron de Soutien Technique
Aéronautique
Ce mode de rémunération, utilisé seul, n’aurait Le retour sur investissement pour l’Etat est très MTBF Mean Time Between Failure
pas permis d’atteindre la performance recher- fort puisque le coût du MCO est diminué de fa- NSI niveau de soutien industriel
chée. Ces marchés de service passent d’une lo- çon non marginale, parfois 30 % à terme. Cha- NSO niveau de soutien opérationnel
OAE organes, accessoires, équipements
gique d’en-cours maximal chez l’industriel ou de cun des trois contributeurs a ainsi atteint la cible URA Unité remplaçable en atelier
délai de réparation maximal (TAT) à une logique dans une démarche de « conception du MCO à URL unité remplaçable en ligne
d’engagement de performance en disponibilité. coût objectif » imaginée par la MMAé en 2007. TAT Turn Around Time
Au lieu d’attendre les commandes de l’Etat, l’In-
dustrie les anticipe pour pouvoir y répondre dans La mobilisation au sein de l’Armée les plans d’actions. Si la problématique de for-
des délais contraints. Dès qu’un besoin local se de l’air mation était moins prégnante à cause de son
déclenche, l’industriel doit fournir la pièce rapi- La mise en vol d’un système d’arme complexe statut de précurseur et du fait de sa taille plus
dement (1 à 4 jours ouvrés) au point d’emploi. comme le Rafale est le résultat des actions coor- modeste, les travaux de réduction de la charge
Pour ce faire, beaucoup de leviers, notamment données de l’ensemble des acteurs. Après une de maintenance, en particulier sur les tâches
logistiques, lui ont été donnés. Ceci se traduit période difficile où la disponibilité n’était pas au préventives sur la cellule (lutte contre la corrosion
par la mise en place au plus près des utilisateurs niveau des attentes initiales, c’est toute la chaîne par exemple) ou sur le moteur M88, ont permis
de guichets, armés par l’Industrie, incitée à di- qui a œuvré pour trouver les solutions néces- de retrouver une activité normale de mainte-
minuer le flux de retour des matériels dans ses saires à la remontée. nance lors des embarquements sur le Charles
usines pour ne pas tarir les rechanges suscep- En particulier, l’Armée de l’air s’est approprié le de Gaulle.
tibles d’être fournis aux ateliers étatiques. Ces concept de maintenance selon état et a optimi- Le MCO ne doit pas être considéré comme un
marchés globaux rémunérés à l’heure de vol per- sé l’organisation de ses ESTA. La différenciation simple service : c’est une science. Il néces-
mettent d’enclencher un cercle vertueux où tous entre les chantiers longs planifiés à l’avance et site une forte ingénierie, par exemple pour
les acteurs sont gagnants : des flux moindres les chantiers courts, réduits au minimum pour réduire le nombre de pannes non confirmées
améliorent le modèle économique et réduisent permettre le retour des avions en ligne le plus vite comme cela vient d’être le cas sur les cal-
d’autant la charge de maintenance qui pèse sur possible, a été un des facteurs de succès. Elle a culateurs du M88. Réaliser l’activité aérienne
les techniciens en unités. permis aussi d’accélérer, sur les chantiers longs, nécessite une ingénierie du MCO ; réaliser
L’Etat n’achète plus de façon patrimoniale des l’introduction de modifications améliorant la fia- l’activité avec une disponibilité optimale
rechanges ; il a externalisé dans le principe la bilité. Une coordination plus étroite entre les opé- nécessite une ingénierie de la disponibilité
majorité de la « Supply Chain ». Une loi de be- rationnels et les techniciens a été l’autre facteur portée par la communauté du soutien. C’est
soin est déposée sur la durée du marché. Ce de réussite. La disponibilité moyenne en 2014 a dans cette logique que la SIMMAD a œuvré
partenariat est inscrit dans la durée : 10 ans sont augmenté de manière significative, le nombre de pas à pas. Il convient d’optimiser le NSO,
contractualisés avec une tranche ferme de 5 ans pièces critiques est en nette diminution (- 15 % le NSI et les interfaces. Dans cette optique,
afin de permettre à l’Industrie de s’organiser, de sur un an). L’ensemble de ces actions a permis la maîtrise des données constitue très cer-
sceller des contrats de sous-traitance, de per- de gagner entre 20 et 30 % d’activité. tainement le prochain défi qui permettra la
mettre au Maître d’œuvre Industriel de jouer son La Marine nationale a également bénéficié de définition et la mise en place de nouveaux
rôle, de permettre des investissements qui seront la dynamique instaurée par les CODIR Rafale et concepts de maintenance.

CAIA N°106 - Juin 2015 55


L E R A FA L E

ENJEUX ET DÉFIS DE LA FORMATION


DES PILOTES DE CHASSE
Former, c’est d’abord et surtout préparer l’avenir. Former, c’est transmettre des
compétences. L’enjeu de la formation des pilotes de chasse de l’Armée de l’air est
donc de parvenir à transmettre des compétences maîtresses et stratégiques, en étant
sûr que le niveau délivré correspond à ce qu’attendent les unités de combat, sans
toutefois pouvoir s’appuyer sur des moyens infinis, ni en temps, ni en finances.

L
e projet Cognac, et le programme d’arme-
ment corollaire FoMEDEC, est un projet in-
novant qui permettra à l’Armée de l’air de
moderniser et d’optimiser la formation des équipages
« chasse » en l’adaptant aux technologies des avions
de chasse modernes, tel que le Rafale, avec un très
haut niveau d’ambition tout en étant source d’écono-
mie et en réduisant la durée de formation.

Qu’est-ce qu’un pilote de chasse


aujourd’hui ?
Comme ses glorieux anciens, le pilote de chasse
d’aujourd’hui et de demain devra savoir maîtriser
une machine d’une puissance extrême, exigeant

Le cockpit du Rafale

rigueur, dextérité, discernement, adaptabilité, des contraintes de plus en plus drastiques sur la durée
capacités aigües d’anticipation et de décision et et le coût de la formation, est à l’origine du défi
un sang-froid à toute épreuve afin de réagir ra- posé à l’Armée de l’air de moderniser et adapter la
par Olivier LE BOT, pidement et faire face aux aléas et dangers de la formation des pilotes de chasse.
Lieutenant-colonel troisième dimension.
Au-delà de ces capacités, il devra également être Cognac, un projet permettant de
n OFFICIER DE COHÉRENCE un « manager de système d’armes », capable d’in- moderniser et pérenniser la forma-
D’ETAT-MAJOR BUREAU tégrer et de synthétiser un volume toujours plus tion des équipages « chasse »
PLANS DE L’ETAT-MAJOR important d’informations afin d’analyser en per- La formation basique des pilotes de chasse est
DE L’ARMÉE DE L’AIR manence et avec sagacité des situations tactiques aujourd’hui réalisée en deux temps. La première
Olivier Le Bot (EA95) est pilote de complexes, et ainsi être en mesure d’adapter le partie, appelée « pré-spécialisation chasse », a
chasse et totalise 2 500 heures de déroulement de sa mission en vue d’atteindre les lieu sur la base aérienne de Cognac, sur TB30
vol et 127 missions de guerre. Après objectifs assignés. Epsilon, tandis que la seconde, dite « spéciali-
avoir commandé l’Ecole de Transition L’outil de formation doit absolument combiner sation chasse », s’effectue sur les Alphajet qui
Opérationnelle (formation au combat le développement de cette dualité, de ces deux équipent la base aérienne de Tours.
aérien des pilotes de chasse), il est visages indissociables du pilote de chasse, en L’Epsilon et l’Alphajet accusent leur âge. A l’ho-
officier de cohérence en charge de particulier pour les pilotes de Rafale, un système rizon 2016, les TB30 seront en service depuis
l’expertise dans les domaines de omnirôle1 et en constante évolution, ce qui néces- 30 ans, les Alphajet de l’Ecole de Chasse de-
la simulation et de la formation des site des compétences toujours plus pointues, dans puis 35 ans, et surtout, sans amélioration si-
pilotes de chasse. l’ensemble des missions à conduire par les équi- gnificative de leurs systèmes. Ces appareils ne
pages Rafale. Ce contexte, auquel s’ajoutent les sont plus adaptés à la formation d’équipages

56 CAIA N°106 - Juin 2015


Modernisation
de la formation des pilotes

La planche de cursus formation

qui mettent en œuvre des appareils de dernière Un système de formation employables dans tout le spectre des opérations,
génération comme le Rafale. En effet, l’absence modernisé ouvert aux coopérations un « deuxième cercle » de pilotes s’appuyant sur
de système de mission moderne ne permet pas internationales un entraînement régulier sur avions d’armes et sur
l’acquisition précoce des compétences pourtant Fort de l’expérience franco-belge réussie d’AJeTS3 des moyens de substitution (avion de complément,
indispensables à la gestion de systèmes com- et de multiples actions bilatérales, le projet Cognac simulation) suffisamment évolués, sera capable de
plexes. sera naturellement ouvert à plusieurs formes de rapidement monter en puissance. Ce deuxième
La vision Cognac s’inscrit ainsi dans une dé- coopérations. La future école aura, en effet, voca- cercle pourra suppléer le premier pour certaines
marche de refonte globale de la formation des tion à former des pilotes de chasse au profit de nos missions, notamment dans les opérations dites
équipages de l’Armée de l’air, qui vise à opti- partenaires européens, renforçant l’Europe de la de « faible intensité », conférant à l’Armée de l’air
miser leur adaptation aux appareils de dernière défense et l’interopérabilité de nos armées de l’air, la capacité à durer et à intervenir sur plusieurs
génération. Elle s’appuie notamment sur l’ac- mais aussi d’autres nations souhaitant bénéficier théâtres simultanément.
quisition d’un avion de formation doté d’une du savoir-faire français en la matière, voie d’entrée
avionique moderne, dont les systèmes intégrés privilégiée pour un éventuel emploi d’équipements Un projet vertueux qui répond aux
de gestion de mission répondent aux mêmes français au sein de leurs armées de l’air. défis de la formation des pilotes
logiques que ceux des chasseurs de première de chasse
ligne. Il en découlera un cursus de formation Un projet permettant la mise en Extrêmement novateur et audacieux, le projet Co-
nouveau, dans lequel l’apprentissage simultané place de la différenciation de l’en- gnac répond donc à de multiples enjeux. Il mo-
des maniements du vecteur et de son système, traînement au travers d’un deu- dernisera et améliorera la formation des pilotes de
la part accrue de la simulation, au sol et em- xième cercle de pilotes de chasse chasse, pour un coût moindre, et offrira à la France
barquée, et le concept de downloading2 permet- Dans un cadre budgétaire toujours plus res- des opportunités de coopérations internationales
tront d’élargir le périmètre de la formation tout treint, il faut également relever le défi de disposer en proposant une alternative attractive et de
en réduisant le volume d’heures de vol total à d’équipages en nombre suffisant tout en ayant la haut niveau pour les pilotes étrangers. Il permet-
réaliser. capacité de leur fournir un niveau d’entraînement tra également de mettre en œuvre les principes
Ce nouveau programme permettra de mieux à même de garantir une extrême réactivité et un d’entraînement différencié, avec la création d’un
préparer les pilotes de chasse à leur futur envi- haut niveau de performance4. Face à un format deuxième cercle de pilotes de chasse, rendant
ronnement, de réduire la durée de leur forma- de l’aviation de chasse en forte réduction, la dif- possible le respect des contrats opérationnels
tion d’environ six mois grâce à la fusion de deux férenciation de l’entraînement apparaît comme le de l’Armée de l’air dans le cadre du format de
phases en une. L’apprentissage, aujourd’hui seul moyen de respecter ces exigences afin de l’aviation de chasse défini par le Livre blanc sur
réalisé sur deux types d’avion différents, se fera permettre à l’Armée de l’air d’être en mesure de la défense et la sécurité nationale et en diminuant
sur un seul aéronef à l’avionique beaucoup plus remplir ses contrats opérationnels. Ainsi au-delà le coût du maintien des compétences de ses équi-
moderne. d’un « premier cercle » de pilotes immédiatement pages.

1) Le Rafale est capable de réaliser des missions de défense aérienne, de dissuasion nucléaire, d’assaut conventionnel, de délivrer des armements guidés laser, guidés GPS ou des missiles
de croisière et d’effectuer des missions de reconnaissance.
2) Downloading : démarche technico-pédagogique qui permet à l’élève pilote d’acquérir sur un avion de formation, des compétences jusqu’alors développées sur avion d’armes (rapport du
Centre de recherche de l’Armée de l’air (CReA) « Optimisation de la formation du pilote de combat par downloading », par Julien Donnot et Vincent Ferrari).
3) AJeTS « Advanced Jet Training School » : école franco-belge de formation des pilotes de chasse créée en 2004. Cette école est également ouverte aux autres nations européennes ;
au-delà des pilotes belges, elle accueille notamment des pilotes Anglais, Italiens et Allemands.
4) Sans un entraînement adapté, au minimum de 180 heures de vol complétées par 70 heures de simulateur, par équipage « chasse » et par an, l’Armée de l’air ne serait pas en mesure de
répondre aux multiples sollicitations avec la réactivité et l’excellence attendues, comme l’ont démontré les derniers engagements en Libye, au Mali ou en Irak.

CAIA N°106 - Juin 2015 57


L E R A FA L E

Ravitaillement en vol par un C135 ravitailleur d’un avion Rafale entre N’Djamena au Tchad et un objectif ciblé au Mali.
© Armée française - opérations militaires OPEX).

© 1/7 « Provence »
LE RAFALE EN STAGE OPS
UN JEUNE IA À SAINT DIZIER Le blason de l’escadron 1/7
« Provence » regroupe les symboles
des trois escadrilles qui le composent :
Spa 15, 77 & 162.

D
e la promotion 2010 de l’Ecole Poly- opération extérieure sur une courte période. Au A mille milles de tout MCO
technique, j’ai intégré le corps de l’Ar- sein du détachement chasse, il m’a ainsi été pos- Un pilote de chasse égaré au milieu de ces
mement en 2013. Ma passion pour les sible de découvrir le milieu opérationnel jusqu’à contrées n’a plus la même valeur marchande
avions a guidé mon début d’orientation profes- l’ultime jalon. que les pilotes des années 1930. Le meurtre
sionnelle ; c’est à Istres, au Centre d’Essais en Le contexte d’opération au Tchad est celui de médiatisé, en janvier 2015, d’un pilote Jorda-
Vol, dans le cadre du développement de l’avion l’opération Barkhane opérant sur la bande Sahé- nien éjecté en Syrie fournit un triste aperçu de la
de combat Rafale, que j’ai la chance d’effectuer lo-Saharienne (« BSS »). Les pays compris par politique que mènent ces extrémistes religieux.
mon premier poste en septembre 2015. Actuel- cette désignation territoriale s’étendent de la Les hommes, dans leur avion, volent au-dessus
lement, je réalise un stage opérationnel de trois Mauritanie au Tchad, en passant par le Mali et de territoires hostiles. Ils sont conscients des
mois sur la base de Saint-Dizier. J’ai l’honneur le Niger. Cette vaste région géographique hérite risques que procure une évacuation d’urgence.
d’être accueilli par escadron 1/7 « Provence » de l’histoire millénaire des tribus nomades. Pour Ainsi emportent-ils pour se défendre un pistolet
pour appréhender le Rafale, ses systèmes et les les pilotes de l’Aéropostale des années 1930 automatique et deux chargeurs, une ration de
équipes qui l’entourent. Dans ce cadre, j’ai eu qui survolaient ces territoires, il n’était pas rare combat pour se nourrir et de la monnaie son-
l’opportunité de partir à N’Djamena au Tchad en qu’un moteur capote au dessus du désert. Tom- nante et trébuchante pour négocier leur pas-
bés entre les mains d’une caravane, ces pilotes sage. Mais la possibilité d’une éjection n’est à
devenaient une monnaie d’échange de choix. envisager qu’en dernier recours. Le sol qui défile
Mermoz lui-même compte parmi l’un de ces au-dessous d’eux appartient à un monde qui
otages. n’est pas le leur. C’est l’excellente fiabilité des
Aujourd’hui, les groupes armés agissant au nom moyens techniques mis à leur disposition qui
d’Allah ont probablement perdu les lettres de permet aux pilotes de guerre d’accepter psycho-
noblesse que leur adressait Saint-Exupéry dans logiquement la réalisation d’une mission.
ses écrits. Un vent d’idéologie se répand dans De la Base de N’Djamena, des Rafale décollent
les communautés religieuses. Il souffle sur les tous les jours pour des missions diverses dans la
corpuscules armés et les rallie sur son passage « BSS ». Une préparation minutieuse des équipes,

par Michael à la guerre qu’ils mènent contre l’Occident. En


quête de reconnaissance et de financements, ces
des équipements et des équipages accompagne
chaque décollage. La rapidité de l’action est ca-
de BELLEFON, IA hommes endoctrinés prêtent allégeance à l’Etat dencée par l’opérabilité des systèmes et la com-
Islamique récemment autoproclamé au Levant. pétence des hommes qui les mettent en œuvre.

58 CAIA N°106 - Juin 2015


En opération extérieure, le temps est au service d’armements complexes. L’enjeu est de conser-
de l’action. Il n’est pas de place à l’improvisation. ver une accessibilité opérationnelle des systèmes
Une défaillance technique est catastrophique car acceptable par le pilote. Le dialogue entre l’ingé-
elle peut mettre en jeu le succès de l’opération, nieur et le pilote n’a jamais été aussi important
ou pire, la vie de cinq hommes dans un ravitail- que pour développer des outils d’interaction et
leur ou de deux hommes dans le Rafale. d’interface efficaces entre l’homme et son envi-
La réussite d’une mission est l’héritage du succès ronnement machine.
de la France. Succès scientifique au service de la Au cours de mes futures années au Centre
capacité technique, succès industriel qui opère la d’essais en vol, je suppose qu’une difficulté
réalisation technique et succès étatique qui réalise majeure sera l’adaptation de langage entre mes
au quotidien l’entraînement de l’armée sur son ter- interlocuteurs industriels et militaires. La DGA
ritoire. Bien sûr, à chacune des étapes de la chaîne est bien au service des armées ; c’est à l’in-

© photo de l’auteur.
de réussite, la France emploie les efforts d’hommes génieur qu’incombe la responsabilité d’adapter
(et de femmes) qui s’impliquent dans l’action, sou- les remarques des utilisateurs aux innovations
vent par passion et patriotisme. techniques des constructeurs. Avoir appréhen-
L’humain a ses propres limites. Il est probable dé l’Armée de l’air de l’intérieur pendant une
Je remercie les personnels de l’escadron 1/7 « Provence »
qu’aujourd’hui ce ne soit plus la technologie de courte période me permet d’être moins anal- pour le temps qu’ils ont su m’accorder, me faisant
la machine qui limite une opération mais bien phabète dans la lecture des codes inhérents à découvrir l’environnement Rafale jusque dans des missions
d’entraînement.
l’homme, au contact avec les systèmes sophisti- la culture d’un escadron et aux problématiques
qués mis en place. liées aux opérations extérieures. core des hommes qui utilisent ces systèmes.
Le développement du Rafale consiste en l’incor- L’état d’esprit des équipes et des équipages
poration dans l’avion de moyens techniques de Le stage opérationnel au sein de l’Armée de conditionne les équipements. Bien sûr, la
plus en plus performants tels que le radar, les l’air m’a enseigné l’essentiel en un mot : les technique et la technologie sont au service de
différents systèmes optroniques, le système de hommes. En effet, ce sont des hommes qui l’efficacité de l’action ; mais la clé de l’action
guerre électronique, ou encore la capacité de tir mettent en œuvre les systèmes et ce sont en- demeure les hommes.

CAIA N°106 - Juin 2015 59


L E R A FA L E

L’ISAE-SUPAERO
– UN INSTITUT EN MOUVEMENT
L’ISAE - SUPAERO, produit du rapprochement de SUPAERO et de l’ENSICA, est une
référence mondiale pour l’enseignement supérieur et la recherche dans les domaines
de l’aéronautique et de l’espace. Parmi ses principales caractéristiques : des formations
d’ingénieur « architecte système » au meilleur niveau mondial ; une recherche de
renommée internationale et en forte croissance ; des partenariats avec les plus grandes
universités étrangères ; une coopération très étroite avec les entreprises du secteur
aérospatial.

de mener les grands projets aérospatiaux de


demain, dans la lignée de ceux qui ont conçu et
fait voler Caravelle et Concorde, Airbus et Ariane,
Mirage et Rafale ces dernières décennies. En tant
qu’école d’application de l’Ecole Polytechnique
nous sommes également attachés à adapter
notre offre à la fois aux exigences des industriels
et de la DGA (pour la formation spécifique des
ingénieurs de l’armement) et aux aspirations des
élèves polytechniciens (voir encadré 2).

Nouvelle entrée du campus Sup Aéro en septembre 2015 Une recherche d’avenir, en prise
Leader mondial de l’enseignement directe avec l’industrie
supérieur pour l’ingénierie Dans le domaine de la recherche, le foisonne-
aérospatiale ment des travaux est tel que je ne peux que le
Dans le domaine de la formation, l’ISAE - SU- survoler. Mais les indicateurs sont là, excellents.
PAERO est le leader mondial de l’enseignement Nous affichons en particulier une croissance
supérieur appliqué aux domaines aéronautique et très forte du chiffre d’affaires direct de notre
spatial. Il propose une palette exceptionnelle de recherche qui a progressé de près de 30 % en
formations de haut niveau scientifique et tech- 2014. La reconnaissance des travaux de nos
nique : 2 formations d’ingénieurs dont SUPAERO, équipes de recherche se traduit désormais régu-

par Olivier LESBRE, IGA 3 diplômes nationaux de master, 18 mastères


spécialisés, 5 masters recherche, et 6 écoles
lièrement par la signature de nouvelles chaires
dans des domaines porteurs d’avenir. Ce fut le
n DDIRECTEUR GÉNÉRAL DE doctorales, ce qui lui permet de décerner chaque cas en 2014 avec la société Nuclétudes à propos
L’INSTITUT SUPÉRIEUR DE année près de 700 diplômes de niveau master de l’« impact de l’environnement radiatif sur la
L’AÉRONAUTIQUE ET DE ou supérieur à ses 1 700 étudiants, dont près de conception des systèmes spatiaux », mais éga-
L’ESPACE (ISAE) À TOULOUSE 30 % d’étrangers. Ce leadership, qui remonte à lement avec l’assureur AXA sur le thème de la
la fondation en 1909 de la première école d’in- « neuro-ergonomie et facteurs humains pour la
Après un début de carrière à la DGA, génieurs aéronautiques au monde par le colonel
Olivier Lesbre a été directeur adjoint Roche, constitue pour nous un atout pour attirer
du programme d’avion de transport les meilleurs étudiants nationaux et étrangers,
Airbus A 400 M à l’OCCAR, puis mais en aucun cas un acquis. C’est pourquoi
Attaché d’armement à l’Ambassade nous adaptons en permanence nos formations
de France à Londres (de 2006 à aux besoins des entreprises, futurs employeurs
2009), et directeur de l’établissement de nos diplômés. Nous venons en particulier de
DGA - Maîtrise de l’information (ex refondre la formation ingénieur ISAE - SUPAERO,
CELAR). Il a ses fonctions à l’ISAE en qui débutera dans son nouveau format à la ren-
septembre 2014. trée de septembre 2015 (voir encadré 1). L’ob-
Banc turboréacteur DGEN-380
jectif est clair : former des ingénieurs capables

60 CAIA N°106 - Juin 2015


Nouvelle formation ingénieur SUPAERO :
des élèves acteurs de leur propre formation
L’organisation du nouveau cursus vise à répondre aux besoins des
employeurs qui veulent des ingénieurs aptes à gérer la complexité
technique et managériale tout en évoluant dans un environnement instable.
Le « conseil industrie » de l’Institut nous permet de discuter avec les
professionnels du secteur afin de prévoir ses évolutions futures, ce qui
nous a conduits à adapter l’ensemble de nos formations. Nous mettons
ainsi l’accent sur la pédagogie par projet qui impacte l’ensemble du cursus
Eleves Sup’Aéro en amphi
ingénieur. Le projet de première année est destiné à développer la créativité
et la capacité à innover des élèves ; celui de deuxième année est centré
sécurité aérienne ». Au début de l’année 2015,
sur la découverte du monde de la recherche. En troisième année, le projet
nous avons signé avec l’Ecole Polytechnique, de fin d’études ouvre sur le monde professionnel et la conduite de projet.
BNP Paribas et Zodiac Aerospace une chaire sur Nous allons offrir aux étudiants un plus grand éventail de choix, qu’il
l’innovation technologique et l’entrepreneuriat, s’agisse d’approfondissement d’une discipline scientifique ou de maîtrise
ce qui porte à 8 le nombre de chaires actives d’un domaine d’application. Des parcours renforcés sont proposés dans
les domaines de la recherche, de l’international ou de l’entreprenariat, avec
à l’ISAE - SUPAERO. D’autres partenariats de-
plusieurs possibilités de doubles diplômes. Nous soutenons également ceux
vraient être conclus dans les mois qui viennent. qui veulent prendre une année de césure pour élargir leur expérience, ce qui
leur permet souvent de faire mûrir considérablement leur projet personnel
Des moyens de recherche parfois et professionnel. Nos ingénieurs seront donc les acteurs de leur propre
uniques en Europe formation et auront à l’issue des profils plus variés, ce qui correspond au
souhait des industriels.

X - SUPAERO : la maîtrise de l’approche « systèmes »


L’objectif de l’ISAE - SUPAERO comme école d’application de l’X est d’utiliser
le bagage scientifique acquis durant la formation initiale à l’X au service du
génie aéronautique et spatial. Il s’agit de montrer comment la mécanique
des solides et des fluides peut être utilisée pour concevoir la structure et
les gouvernes d’un avion, comment la thermodynamique peut être utilisée
pour concevoir un réacteur d’avion. Il s’agit aussi de maîtriser les bases de
la théorie des systèmes (automatique, traitement du signal, informatique,
télécommunications …) qui sont maintenant très utilisées dans ce secteur
industriel, en interaction constante avec les disciplines physico-mécaniques.
La recherche à l’ISAE C’est l’approche « système » qui permettra au chef de projet de déterminer
qualitativement quelles seront les performances d’un nouveau véhicule, quels
Sur le plan des infrastructures, l’ISAE - SUPAERO seront les compromis déterminants pour la réussite d’un nouveau projet.
Pour atteindre cet objectif et rester au centre de ce transfert entre monde
s’est engagé dans un regroupement géographique
académique et monde industriel, l’ISAE - SUPAERO a bâti un programme
de toutes ses activités sur le campus de Rangueil d’enseignement qui s’appuie sur une participation très importante
à Toulouse. Cette opération qui aura mobilisé près d’intervenants industriels (Airbus, EADS, Dassault Aviation ...) et des
de 100 M€ d’investissement verra son aboutis- laboratoires et agences de recherches (ONERA, CNES, CNRS ...). Cela
sement en septembre 2015. Il permettra à nos garantit un enseignement en constante adéquation avec les derniers résultats
scientifiques et les nouvelles problématiques soulevées par les industriels.
quelque 1 700 étudiants (dont 30 % de nationalité
Il est également possible pour les élèves polytechniciens de construire des
étrangère), à nos enseignants chercheurs et à nos parcours orientés recherche, international ou entrepreneuriat.
personnels de vivre sur un campus en grande par-
tie rénové aux meilleurs standards internationaux. Programme RAFALE - Les ingénieurs de DASSAULT AVIATION
Ce campus dispose également de moyens de re- diplômés de SUPAERO qui ont eu un rôle de tout premier plan
cherche remarquables et pour beaucoup uniques dans le programme RAFALE sont les suivants :
en Europe, comme un banc turboréacteur ou une • X-SUPAERO Investisseur • Ingénieurs d’essais en vol :
soufflerie dédiée aux micro-drones, et très bientôt & Actionnaire principal : - Patrick CASTAGNOS (77)
- Monsieur Serge DASSAULT - Paul MUSTACCHI (80)
une nouvelle soufflerie aéroacoustique.
• Responsables Techniques - Pierre Cyril DELANGLADE (84)
Des formations de haut niveau scientifique adap-
de Programmes, Chefs d’Avion : • Directeur Commercial France :
tées aux besoins des industriels, une recherche
- Jean-Claude HIRONDE (68) - Claude DEFAWE (76)
dynamique dans des secteurs porteurs d’avenir, - Lionel de la SAYETTE (79)
des infrastructures à la pointe de la modernité : - Didier GONDOIN (77)
l’ISAE - SUPAERO est en mouvement et consolide - Nicolas MOJAISKY (81)
sa place de leader mondial de l’enseignement su- - Eric BOUCHE (86)
périeur pour l’ingénierie aérospatiale. On estime à environ 500 ingénieurs SUPAERO ou ENSICA ont été impliqués
dans le programme RAFALE depuis les premiers avant projets jusqu’à nos jours.

CAIA N°106 - Juin 2015 61


DOSSIER INDUSTRIE

1915 1984 2015


L’histoire débute La conquête de l’Ouest Un futur en marche
Marcellin AURIOL, compagnon du devoir et forgeron, Conscient des enjeux du marché, AHG s’élance Afin d’affirmer sa position de producteur mondial
crée les ATELIERS DE LA HAUTE GARONNE (AHG). à l’export international. Apres de nombreuses sur le marché de la visserie aéronautique, la
L’entreprise est mobilisée au titre de l’effort de guerre années de persévérance, d’amélioration conti- société AHG augmente de 2000 m² sa surface
pour la production de charnières de mitrailleuses. nue, de brevets et d’innovations, AHG voit enfin de production dédiée. En plus de l’investisse-
son savoir-faire reconnu outre-Atlantique et ses ment réalisé sur ses sites de production de Tanger
efforts récompensés par l’obtention de la pre- et Casablanca, AHG étoffe son infrastructure par

1920 mière qualification chez BOEING. Parallèle-


ment, AHG continue de répondre aux besoins
la construction d’un site logistique de stockage
de 1800 m² : LOMAG. Avec un siège social basé
La vision de ses partenaires historiques dans le cadre à Flourens, à proximité de Toulouse, les Ateliers
du développement de nouveaux programmes. de la Haute-Garonne conçoivent et fabriquent les
A la fin de la guerre, AHG se met en quête de nou-
AHG dépose ainsi en 1986 un brevet pour une éléments de fixations permettant d’assembler les
veaux débouchés pour maintenir l’activité. L’en-
fixation conçue spécifiquement pour l’avion structures en alliages métalliques et en composite
treprise se lance dans la fabrication de martinets,
de chasse Rafale : Fybrfast® des avions civils et militaires.
cintreuses et autres machines destinées à la fer-
ronnerie. Sensible à l’innovation et aux perspectives
qu’elle promet, Marcellin AURIOL est interpellé lors
d’une visite de foire-exposition par une machine
1915-2015
suédoise avalant du fil métallique d’un côté et recra-
chant des rivets de l’autre. Conquis par la technique,
2004 Un siècle de performance
il en achète deux et débute avec son fils Eloi la Une recherche toujours en pointe et d’innovation
fabrication de rivets. Depuis les années 2000 et en raison de l’accrois- Un siècle époustouflant de progrès technolo-
sement des demandes particulières d’applica- gique pour le monde aéronautique : repoussant
tion, AHG entame une mutation de sa structure toujours plus loin les limites du possible, élevant

1950 en investissant dans le domaine de la recherche


et développement et de la visserie aéronautique.
toujours plus haut les performances, renforçant
sans cesse la fiabilité et la qualité de la pro-
L’envol Une nouvelle organisation voit le jour avec la duction. Cette histoire a été construite par des
création d’un département dédié à la R&D et hommes visionnaires, à l’intelligence éclairée et
Tout juste arrivé dans l’entreprise, Jean Marc AU-
d’unités de production de fixations filetées. pugnace face aux défis à relever. L’aventure de
RIOL, fils d’Eloi, assiste à la mise en place de la
En parallèle, AHG met au point de nouveaux la société AHG s’inscrit pleinement dans cette
collaboration avec Dassault aviation. Avec ces
produits spécifiquement adaptés aux struc- lignée… AHG a déposé pendant ces années
premières certifications démarre la production de
tures composites, tels que : FybrFlush®, Fybr- une cinquantaine de brevets. L’entreprise est
rivets destinés à l’aéronautique. AHG devient en
Comp®, FybrLoad®. AHG conçoit également aujourd’hui le fournisseur en rivets, fixations
quelques années le premier producteur français
deux fixations temporaires qui permettent à temporaires et visserie de la plupart des ac-
de rivets pour avions.
ses clients d’assurer un meilleur rendement sur teurs majeurs de l’industrie aéronautique, qu’ils
leurs chaines de montage : Hi-Clamp® et Serti- soient avionneurs, motoristes, équipementiers
bolt®. AHG devient le 1er producteur mondial ou distributeurs. AHG collabore régulièrement
1960 de rivets pleins. avec la Direction Générale de l’Armement.
Une innovation au service
de la performance
Constamment soucieux de suivre l’évolution tech-
nique et de relever les nouveaux défis que présente
le secteur aéronautique, la société AHG remplace
les rivets en alliage monel par des rivets en ti-
tane brevetés dans la cadre du programme de
développement du légendaire Concorde. Au-delà
de la rupture technologique opérée, ce travail de re-
cherche et développement permet d’alléger l’avion
de 300 kg. Il initie la collaboration d’AHG avec
l’Aerospatiale, société qui donnera naissance
au groupe AIRBUS. Jean Marc Auriol développe
la commercialisation en France, en Europe et aux
États Unis.
Salle des traitements thermiques des AHG

62 CAIA N°106 - Juin 2015

ANN
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fixations, c’est d’abord une question
de performance. Anticiper et
accompagner les progrès techniques
et industriels, c’est surtout une
question d’innovation. Les Ateliers de
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POUR EN SAVOIR PLUS :


Rendez vous sur [Link]
ou appelez le Tel : 01 41 08 12 13
DOSSIER INDUSTRIE

Les antennes du SPECTRA,


un atout pour le RAFALE
Les fameuses OPEX (opérations extérieures en Libye au Mali et en Irak) ont été une excellente vitrine
commerciale pour le Rafale, lui permettant de remporter différents succès à l’export. Car l’appareil
développé et mis au point par Dassault Aviation et ses partenaires au sein du GIE Rafale (Thales et Safran)
a aujourd’hui atteint un degré de maturité opérationnel de très haut niveau, en partie grâce au fameux
système de guerre électronique SPECTRA…
pour proposer aux grands donneurs d’ordres des
solutions inattendues mais pertinentes. A l’image
du dernier PEA (Programme d’Etude Amont) que la
DGA lui a confié l’année dernière pour le dévelop-
pement d’une nouvelle génération d’antennes trac-
tées pour sous-marins, les solutions Jacquelot PE
offrent des possibilités opérationnelles jusqu’alors
jamais imaginées par les « pacha » (surnom du
commandant d’un navire dans la Marine Natio-
nale). La consolidation de ces compétences fait de
Jacquelot PE une réponse efficace à l’enjeu essen-
Les succès export : une bonne nouvelle pour tionnel de nos ateliers d’intégration, nous donne tiel du Ministère de la Défense.
Jacquelot PE, PME francilienne située à quelques la capacité d’accompagner nos clients de la
centaines de mètres de son partenaire historique phase R&D, à celle du prototype et à l’industria- « L’enjeu, c’est de disposer des technologies pour
Thales à Elancourt, intégrateur des panneaux lisation », confie Yann JACQUIN, directeur général lesquelles il est nécessaire d’avoir une autonomie
antennaires du Système de Protection et d’Évite- de Jacquelot PE. stratégique ; c’est de pouvoir compter sur les
ment des Conduites de Tir du Rafale (SPECTRA). compétences industrielles, qui nous permettront
En effet, les ventes export successives (Egypte, Progressivement, la PME a évolué du statut de de réaliser les programmes futurs » indique M.
Qatar, Inde et peut-être aux Emirats Arabes Unis sous-traitant à façon (à sa création en 1929) à Jean-Yves LE DRIAN, Ministre de la Défense lors
prochainement) donnent de la visibilité long terme celui de concepteur et d’intégrateur, contrôlant la de la 3ème édition du forum DGA innovation 2014.
à cette entreprise technologique. Jacquelot PE totalité des opérations nécessaires comme l’as-
est en effet un partenaire de premier rang du semblage, le câblage, les tests ou les mesures Au delà du succès à l’export du Rafale, sur lequel
groupe Thales pour lequel il réalise les systèmes hyperfréquences. de nombreux équipements de pointe (SPECTRA,
antennaires de bon nombre d’équipements stra- OSF, DAMOCLES, IFF, MICA, etc.) passent à diffé-
tégiques utilisés par les Forces Armées (avions Cette évolution s’explique par le savoir-faire acquis rents niveaux entre les mains des collaborateurs
de chasse, hélicoptères de combat, frégates et initialement par Jacquelot PE dans la mise au point expérimentés de Jacquelot PE (la moyenne d’an-
sous-marins par exemple). d’équipement électronique pour milieux sévères, cienneté des collaborateurs est de 18 années), la
l’intégration et le câblage de systèmes durcis. Mais réussite en général et la position de premier plan
« Depuis quelques années maintenant, nous depuis une quinzaine d’année maintenant, la PME de l’industrie de défense française dans le monde
sommes associés très en amont à la concep- de Défense se positionne très clairement comme sont dues à un partenariat de plus en plus resser-
tion des éléments stratégiques et notre bureau une entreprise innovante qui profite de son histoire ré entre les grands groupes et les PME, orchestré
d’études intégré, associé au savoir-faire excep- riche et de son retour d’expérience conséquent, avec succès par la Direction Générale de l’Arme-
ment depuis quelques années maintenant.

Dorénavant, Jacquelot PE ambitionne d’asseoir


sa position d’innovateur sur les systèmes an-
tennaires sur mesure, pour tous les secteurs
d’activité, en développant plus encore sa struc-
ture d’ingénierie, aujourd’hui composée d’une
quinzaine de personnes (docteurs, ingénieurs et
techniciens) et tout en renforçant son outil indus-
triel, pour accompagner ses partenaires dans les
challenges technologiques de demain.

Contact Jacquelot PE :
Yann JACQUIN - Directeur Général
yjacquin@[Link]
[Link].57
3, Avenue Jean Rostand
78190 TRAPPES

CAIA N°106 - Juin 2015 65


MANAGEMENT

LE LEADERSHIP
PAR LA CONFIANCE
Une valeur éternelle, … et nouvelle
par Jérôme de Dinechin, ICA
n CGARM SECTION CARRIÈRES, COACH

Dans son livre testament, « La Société de Confiance », Alain Peyrefitte résumait la


recherche de toute une vie, expliquant qu’au au-delà du capital et du travail, la confiance
était la source de toute cohésion et tout processus de développement des sociétés :
confiance entre époux, entre parents en enfants, entre malade et médecin, entre chef et
subordonnés, entre prêteur et emprunteur, entre client et fournisseur, tandis qu’à l’inverse,
la défiance stérilise. » Or, nous constatons tous que nos organisations ont du mal à
intégrer cette valeur : la pression augmente, les marges de manœuvre diminuent, le droit
à l’erreur – et la valeur ajoutée personnelles – disparaissent. Alors, faire confiance, facile
à dire… En voici pourtant un mode d’emploi circulaire pour la décliner au quotidien :
une « rosace de la confiance » sur laquelle j’ai travaillé en élaborant – avec d’autres -
le label « captain confiance ».

Au cœur de la rosace :
leadership et confiance
Je ne vois pas de plus belle illustration de la
confiance que celle des premiers pas, lorsque
l’enfant se décide à lâcher le support qu’il te-
nait, pour se lancer vers l’adulte qui l’appelle.
De l’autre côté, le leadership consiste à af-
firmer son rôle de meneur d’hommes, par
l’attitude, la parole, les actes. Le leadership,
qui apparaît spontanément dans tout groupe
humain ou animal, s’affirme par la force, l’in-
trigue, le savoir, la terreur, la loi, …
Aussi, la première question est de savoir si
nous souhaitons que la confiance devienne
notre moteur de leadership. Si nous sommes
convaincus qu’elle sera utile pour nous. Ou
encore, si nous voulons miser sur cette valeur
pour « faire vivre des relations de travail moti-
vantes avec les personnes ».
La rosace de la confiance

Premier axe : rappellent rapidement. L’acceptons-nous, profond. L’expérience montre que les incohé-
re-choisir sa responsabilité qu’est-ce que cela signifie pour nous ? rences temporaires durent longtemps, et que
Pour mettre en œuvre la confiance, tour- Il nous faut trouver une cohérence entre nos les compromissions brouillent la lucidité. Et
nons-nous en premier lieu vers notre propre « moteurs intérieurs » et les valeurs de l’en- nous n’avons qu’une seule vie…
rôle, au sein de l’organisation que nous ser- treprise. Savoir pourquoi nous sommes là. Il Pour éclairer ce point, interrogeons-nous :
vons. En assumant un rôle de cadre, nous nous faut aussi être lucides sur nos incitations sommes-nous bienveillants vis-à-vis de l’ins-
sommes une courroie de transmission dans les extérieures (salaire, position, avantages) qui titution que nous servons ? Cela nourrit-il
valeurs et dans l’agir. Nous endossons un rôle peuvent dans certains cas nous faire accep- notre estime de nous-mêmes ou une part
de chef, et si nous l’oublions, les autres nous le ter des incohérences par rapport à notre être de nous trouve-t-elle cela « dégradant » ?

66 CAIA N°106 - Juin 2015


Mes occasions d’être présent : 30% à 50% de mon temps du manager

Le vivons-nous bien également par rapport aux fait de comprendre le point de vue de l’autre, reux, compatissant, intéressé à ce qui arrive
autres ? En définitive, comment vivons-nous même si nous ne l’approuvons pas. Nous pou- aux personnes, cadeaux), notre langage lu-
notre mission, et sommes-nous capables de la vons ainsi tomber d’accord sur le fait que nous dique (léger, amusé, capable de dédramatiser
re-choisir aujourd’hui ? ne sommes pas d’accord. Une telle approche avec humour) ou notre langage directif (donner
bienveillante permet même de reconstruire un ordre, prendre une décision en face et s’y
Deuxième axe : construire des une relation mal engagée. tenir). Pour le quatrième langage, « informatif
relations dans une posture bien- – interrogatif », j’ai observé que les ingénieurs
veillante Troisième axe : tenir compte n’ont besoin d’aucun conseil
Dans un rôle de chef, nombreuses sont les oc- des profils psychologiques
casions de rencontre. Elles peuvent être mises Beaucoup de temps a passé depuis le moment Quatrième axe : incarner
à profit pour construire des relations moti- où l’on ne voulait voir qu’une seule tête. Nous le leadership en paroles
vantes. Dans ce domaine, l’image du chef qui sommes tous différents par nos manières de Dans les différentes manières de travailler, la
sait et qui exige doit faire place à une image communiquer et nos ressorts internes. En confrontation à un groupe reste la plus angois-
du chef qui écoute et questionne. Ce que les prenant le modèle de la « Process Comm », sante. Et pourtant, elle est inévitable pour un
psychologues appellent la « position basse ». chacun a été marqué dans son enfance par chef. La prise de parole a un effet symbolique
De fait, les enquêtes sur le bien-être des l’un des six types de caractères (sa base), et majeur, car elle fonde et traduit l’existence
cadres mettent en avant, juste derrière la ré- vit aujourd’hui selon un autre de ces mêmes d’un groupe de personnes. D’autres leviers
munération, le sentiment de participer aux dé- types (sa phase). On ne parle pas, on ne mo- existent bien sûr, mais plus que tout autre, la
cisions… et pour cela, avoir voix au chapitre. tive pas de la même manière un travaillomane, prise de parole vous positionne et vous donne
Cela est plus facile à dire qu’à faire, car partir un persévérant, un empathique, un rêveur, un une légitimité.
de l’autre n’est pas naturel. Dans une logique rebelle ou un promoteur (types de l.a Process Réciproquement, le leader, souvent soumis à
d’efficacité, nous privilégions l’information Comm). une forte pression la transmet inconsciem-
« objective » à l’écoute de la personne. Je vous Plus grave encore, on peut démotiver sans ment à son équipe et cela pèse d’autant plus
invite à faire l’essai de vous observer dans les s’en rendre compte une personne, et la faire que ce n’est pas explicité. Regarder la diffi-
jours qui viennent, et dans une discussion tomber dans son scénario d’échec. Voir l’ar- culté en face a le mérite de mettre des mots
sans trop d’enjeu, de faire l’effort de répondre ticle d’un précédent magazine sur « mes col- et un contenu clair sur un ressenti jusque là
« en partant du point de vue de votre interlocu- laborateurs sont nuls, et si j’en étais respon- mystérieux et menaçant. J’ai parfois entendu
teur » plutôt que de votre propre point de vue. sable ». « Enfin, nous savons contre quoi nous battre »
Nous pourrions craindre de perdre notre as- Or, nous sommes nous-mêmes d’un type par- après une annonce d’un très mauvais résultat.
cendant en prenant cette position basse. En ticulier, avec une langue natale particulière. Mais la prise de parole en public ne s’improvise
réalité, nous ne faisons qu’ajouter à notre C’est notre responsabilité de patron d’ap- pas. Elle ne se copie pas non plus ! Chacun a
palette d’outils un mécanisme de motivation prendre à parler les autres langues de la le pouvoir de mettre en avant ses propres ta-
puissant : la compréhension. Nous ne perdons communication. Nous prenons bien des cours lents dans ses prises de parole, et de devenir
pas notre autorité, c’est-à-dire le rappel à la d’anglais pour pouvoir travailler en contexte un orateur apprécié. Les jeunes diplômés que
règle lorsque c’est nécessaire, et la décision international. Pourquoi ne pas apprendre à j’ai fait travailler sur ce sujet considéraient
d’accorder des moyens ; mais nous ajoutons le mieux utiliser notre langage nourricier (chaleu- initialement la prise de parole comme un

CAIA N°106 - Juin 2015 67


MANAGEMENT

Et s’il nous reste un doute dans notre approche


de la confiance, rappelons-nous que déléguer
fait grandir nos collaborateurs.
Tenir la pression se traduit également par
gérer efficacement et avec bienveillance les
difficultés vécues : les apports de la commu-
nication non violente peuvent nous y aider de
même que les bases de l’Estime de Soi pour
continuer à se donner le droit de survivre
même en cas de forte difficulté, voire d’échec.
L’épreuve de la confiance est une constante
de la vie professionnelle d’aujourd’hui. Elle
intervient de manière prioritaire dans les pro-
jets, dont elle est une composante inséparable.
Le diagramme d’EIsenhower Cultivons donc notre confiance dans notre
« cauchemar » ! Après quelques séances, ils rendez-vous occasionnels, comme l’arrivée ou droit de vivre aussi bien que dans note capaci-
améliorent considérablement leurs trois « V », le départ d’une personne, un anniversaire, un té à réussir nos projets.
le verbal, le vocal et le visuel, et parviennent à drame personnel ou un événement heureux.
un impact tout à fait appréciable sur leur au- La présence s’impose aussi lors de crises ou Conclusion
ditoire à condition de rester eux-mêmes. De de pics de stress, pour objectiver les faits et On pourrait avoir l’impression que le lea-
nombreuses formations existent sur ce sujet. encourager les équipes. dership par la confiance n’est qu’une utopie.
Et nous, quel est notre temps de présence à Il est bien commode de le croire, pour tuer
Cinquième axe : Etre présent nos équipes ? Regardons nos agendas ! en nous l’envie de progresser malgré des
sur le bon canal, aux bonnes Autre axe d’amélioration, celui des grands ou- exemples probants à portée de main. « A quoi
personnes, au bon moment bliés dans notre plan de présence ? Ceux qui bon essayer, je n’y arriverai jamais, ce n’est
La conduite des affaires nécessite la présence nous ennuient, ou au contraire ceux qui ne font pas possible, il a de la chance, lui, d’avoir des
du chef, dans le bon timing, au bon endroit. jamais de problème. Ceux à qui on ne peut pas équipes pareilles, etc… » L’expérience de
Selon le type d’avis à donner et l’urgence (!) faire confiance, ou ceux qui pensent telle- nombreux séminaires montre si besoin était
requise, on peut agir et réagir par email, par ment comme nous qu’on se comprend sans que l’envie de la confiance est au cœur de
note, par téléphone ou SMS. Parfois, le tête à parler. Les pompeurs d’énergie. En réutilisant l’homme. Lorsqu’on mise sur elle, à chaque
tête s’impose sans témoin pour un recadrage la grille de lecture de l’axe 3 (profils psycho- échelle, se met en œuvre une dynamique po-
par exemple, ou une valorisation pour un évé- logiques), quels seraient mes grands oubliés ? sitive de « good will » qui rend possible ce qui
nement particulièrement réussi, cf 2ème axe. apparaissait hors de portée. Même Jack Wel-
Une bonne partie de la présence passe égale- Sixième axe : tenir la pression ch, charismatique patron de General Electric et
ment par les réunions. Tenir la pression signifie en premier lieu se peu connu pour son côté compassionnel dé-
Diriger, cela reste quand même être présent. dégager du temps. En la matière, pas d’autre clarait : « Donner confiance, la diffuser partout,
Certains patrons de grands programmes en levier plus efficace que la délégation. Pas de est ce que j’ai fait de plus important. »
phase finale m’ont confié avoir « pris leur sac » délégation sans contrôle, dit-on. Pas de délé- Aussi, plutôt que de décréter que c’est im-
lors de leur nomination pour être sur place gation si l’on n’est pas prêt à faire confiance, possible, examinons notre envie profonde, et
pour tous les essais. D’une manière générale, et donc à tolérer l’erreur, pourrait-on rajouter. faisons tourner la rosace de la confiance. Il
un leader devrait consacrer 30% à 50% de son C’est en réalité un véritable choix de confiance serait bien étonnant de n’y trouver aucun point
temps à ses équipes et personnels. que de déléguer, dans lequel nous devons brillant !
En cherchant à faire la liste des occasions initialement perdre du temps, pour en gagner
de présence, on identifie aisément des ren- par la suite, en admettant que pour un temps,
dez-vous programmés, comme par exemple ce que nous faisions vite et bien sera moins
le bonjour quotidien, la réunion hebdomadaire, bien fait et plus lentement. En priorité, nous
l’entretien annuel, les vœux, le lancement de délèguerons nos urgences peu importantes,
projet, la livraison d’un lot. Le contenu en est comme l’illustre le diagramme d’Eisenhower.
un peu convenu, mais rien n’empêche d’y Nous poserons un « contrat » afin que si la
mettre une intensité de présence forte. personne se sent dépassée, elle n’hésite pas
Il importe d’être également présent lors des à le rapporter.

68 CAIA N°106 - Juin 2015


VIE DE LA CAIA

GALA DE L’ARMEMENT 2015


Rendez-vous pour tous le 16 octobre 2015 !

Salon Opéra de l’Hôtel InterContinental Paris Le Grand

Comme chaque année la CAIA vous invite à participer au prochain Gala de l’armement qui
se tiendra le vendredi 16 octobre 2015 dans les salons de l’Hôtel lntercontinental Paris Le
Grand. Cette manifestation organisée au bénéfice de la caisse de secours de la CAIA réunit la
communauté des ingénieurs de l’armement et de tous ceux qui œuvrent tant dans la défense
nationale que dans les autres domaines où le corps rayonne.

Lors de la précédente édition, notre camarade Laurent Collet-Billon nous a fait l’honneur de sa
présence aux côtés de notre président Philippe Roger et de nombreux dirigeants d’entreprises.
par
Pour 2015, nous comptons tout particulièrement sur votre présence pour renforcer les liens
Frédéric Guir,
intersectoriels au sein de notre amicale. Tout d’abord nous nous adressons aux ingénieurs de
ICA
l’armement en poste à la DGA pour qu’ils viennent rehausser l’éclat de cette soirée de gala, qu’ils
Vice-président Gala
soient invités par un industriel ou qu’ils souhaitent participer à titre individuel. Nous n’oublions pas
non plus tous les ingénieurs de l’armement qui travaillent dans les autres secteurs d’activité, et
pour ceux qui dirigent des entreprises, nous les engageons à contribuer au succès de cette soirée
en y réservant une table.

Je souhaiterais que chacun se mobilise pour la réussite de notre gala soit en acceptant d’y
participer en honorant l’invitation qu’il aura reçue, soit en réunissant des camarades pour savourer
ensemble ce grand moment de convivialité.

Je compte sur vous !

Pour mémoire les photos de cette soirée


sont disponibles à l’adresse suivante :
[Link]/galart/[Link]

M. Laurent Collet-Billon, DGA, et M. et Mme Yves Gleizes

information et réservation :
gala@[Link] - tél. : 01 56 81 16 93

CAIA N°106 - Juin 2015 69


VIE DE LA CAIA

BIENVENUE
AUX JEUNES IA
DE LA PROMOTION X 2012
par Jérôme de Dinechin, ICA
n CGARM SECTION CARRIÈRES, COACH

La CAIA souhaite la bienvenue aux polytechniciens de troisième


année qui ont choisi le corps de l’Armement au terme de la période
des feuilles de botte.
Albert DESMOULINS
Alexander SCHAUB
Yoël DADOUN
Thibaut LAJOIE-MAZENC
Léo WOJSZVZYK
Nathan DE LARA
Pierre-Yves POINSARD
Nicolas CLICHE
Lucien MASSON
Hervé STROZYK
Ils partiront en septembre faire leur 4A dans différentes écoles avant de se retrouver en
janvier 2017 pour six mois de formation « corps » dont trois mois de FAMIA, formation
administrative et militaire des IA, puis trois mois de stage opérationnel, et un embarquement
sur la Mission Jeanne d’Arc. Cette année, contrairement aux années précédentes, les places
offertes par le corps de l’Armement n’ont pas toutes été prises.

Organisation d’un concours sur titres pour la fin de l’année


Les jeunes IA polytechniciens seront rejoints en fin d’année par des élèves d’autres Grandes
Ecoles ou titulaires de diplômes équivalents (et âgés de moins de 27 ans) dans le cadre
d’un concours sur titres qui n’avait pas pu être organisé depuis la réforme du statut des IA
en 2008.

Réforme de la pantoufle à l’X


Le 23 mai dernier, a été publié au JO le décret réformant la pantoufle. A l’étude depuis
plusieurs années, ce décret vise à rétablir une pantoufle pour tous les X qui ne serviraient
pas 10 ans dans un service public (au sens large : fonctions publiques, établissements ou
entreprises publics) ou dans le cadre d’une mission d’intérêt général après leur scolarité.
De fait, depuis la réforme X 2000, seuls étaient tenus de rembourser leur pantoufle les
corpsards qui démissionnaient avant 10 ans.
Le remboursement porte sur la solde perçue durant la scolarité à Palaiseau, à l’exclusion
de la première année. Elle se monterait aux alentours de 30 000 € dans les conditions
actuelles.

70 CAIA N°106 - Juin 2015


LU POUR VOUS

TEAM RAFALE RAFALE LEADER


de Zephyr Editions

Team Rafale est une série de BD en cours d’édition.


Déjà 7 tomes, à raison d’un par an depuis 2007. Cette
série à la gloire du Rafale, de l’Armée Française, et
du séduisant capitaine Tom Nolane, pilote de combat
et également pilote d’essais, et de sa non moins
séduisante collègue pilote Jessica Nate. Dans la verve
des grands héros de la bande dessinée d’aviation, les
intrigues se déroulent dans un contexte géopolitique
actualisé : satellites espions, trafic d’ordinateur
quantique en Afghanistan, vol de drones armés
prototypes, poursuite de l’or d’Al Qaida entre le Soudan
et la Somalie,… Petits frères de la série TEAM, les héros de Rafale
On y voit également une belle coopération inter-armées : Leader ne sont que lieutenants, mais bien décidés à
commandos, hélicos, transporteurs, chasseurs français en remontrer à leurs aînés. Adeptes des sensations
et internationaux… fortes, des sports extrêmes, du pilotage aux limites
Les amateurs de matériels seront ravis de la précision et des femmes, Léo et Tibs, avec cette nouvelle
des dessins du Rafale, bien sûr, mais aussi des missiles, série, nous emmènent aux confins de l’aventure
hélicoptères, jets, qu’ils soient alliés ou adversaires. Et aéronautique contemporaine aux commandes du
notre âme d’enfant se réjouira de ces histoires où les plus moderne des chasseurs.
matériels français sont les meilleurs du monde, et où
les gentils gagnent à la fin.

Bpifrance offre depuis le 1er janvier 2014 un financement bancaire sous forme de prêt par-
SOFiRED est désormais ticipatif particulièrement adapté aux PME de plus de trois ans et financièrement saines dont
une filiale l’activité est liée à la Défense, directement ou indirectement, pour financer en partenariat
à 100 du groupe Bpifrance (cofinancement) :

Le ministère de la Défense l des pro ets de croissance d e oppe ent ac isition o de trans ission porte rs
et Bpifrance d e p ois d rab es
ont créé par convention l et en partic ier des in estisse ents at rie s et i at rie s e besoin en fonds
le Prêt SOFiRED-PME Défense de ro e ent des rachats d actifs des ac isitions de titres et des re bo rse ents
de co ptes co rants en cas de reprise .
Ce prêt participatif Ce prêt participatif de 100 K€ à 1 M€ à taux fixe sur une durée de 7 ans, avec 2 ans de
finance le développement différé d’amortissement du capital, apporte les avantages suivants :
des PME de Défense
l des capita propres renforc s n ei e r effet de e ier
l non di tif entreprene r pr ser e son ind pendance
l a c ne arantie personne e ni s ret e i e
o re co ac :
lc ab e a ec to te a tre inter ention en finance ent o en arantie de
a l ielecki
l. : pifrance.
or able :
mail : [Link]@[Link] Le prêt SOFiRED-PME Défense est disponible sur un mini site internet dédié :
[Link]
@sofiredfr

Encart Sofired/BPI [Link] 1 29/04/14 16:30

CAIA N°106 - Avril 2015 71


[Link]

Défense
Partout où l’enjeu est essentiel, nous sommes là

FRAPPE DE PRÉCISION
Assurer l’effet voulu, en évitant
les dommages collatéraux DÉTECTION DES MENACES
Assurer une alerte avancée, établir
les priorités, réagir au plus vite

CYBERDÉFENSE
Protéger activement
CONNAISSANCE DE LA SITUATION TACTIQUE le cyberespace COMMUNICATIONS EN RÉSEAU
Accélérer le tempo opérationnel, partager Accélérer le processus décisionnel
l’information au sein des forces et avec nos alliés dans le feu de l’action

OPTIMISATION DES MISSIONS


Réduire le temps de réaction en
facilitant la tâche des personnels

PROJECTION DES FORCES


Fournir les solutions logistiques pour le déploiement
des forces et la conduite des opérations

Chaque jour, des millions de décisions critiques sont prises dans la défense
pour protéger les populations, les infrastructures et les nations. Thales est
au coeur du processus. Nos solutions servent tous les milieux traditionnels
(air, terre, mer, espace) et les nouveaux environnements (combat urbain,
cyberguerre), les opérations de coalition ainsi que la sécurité urbaine et la
cyberguerre. Nos technologies intégrées donnent aux décideurs
l’information, l’équipement et le contrôle dont ils ont besoin pour
répondre plus efficacement dans les environnements critiques. Partout,
avec nos clients, nous faisons la différence.

Defence14_French_C35651.006_270x190_Jun15_DefSolutions_v1.indd 1 05/06/2015 12:17


LU AU JO

PAR DÉCRET ET ARRÊTÉ DE MARS 2015 PAR DÉCRETS D’AVRIL 2015

Est nommée : Sont nommés :


L’IGAHC Laurent Caroline, membre du conseil d’administration de L’IGA2 Paris (Etienne, Jean-Marie), délégué contrôle export auprès du
l’Institut des hautes études de défense nationale (19 mars 2015). directeur stratégie de défense, prospective et contre-prolifération à la
Direction générale des relations internationales et de la stratégie du
Fixation du nombre de postes offerts au recrutement dans le corps ministère de la défense (9 avril 2015)
des IA : L’ICA Moschetti Pierre (au titre du Ministère de l’écologie, du
Le nombre de places offertes pour le recrutement d’ingénieurs de développement durable et de l’énergie), l’IGHC Laurent Caroline, l’IGA
l’armement en 2015 est fixé à : Vincent-Rouchon Blandine, l’ICA Ripoche Jean-François (au titre du
- 18 places au titre du tableau de classement de sortie de l’Ecole Ministère de la défense), les IGA Sainjon Bruno et Duquesne Thierry
Polytechnique (article 4 du décret 2008-941) (en qualité de personnalités choisies en raison de leur connaissance
- 1 place au titre du recrutement à titre initial d’IA stagiaires par concours des activités publiques et privées dans le domaine aérospatial), l’ICA
sur titres (article 5 – 2°) Cueille Stéphane (en qualité de personnalités appartenant à l’industrie
- 2 places au titre du recrutement en cours de carrière par concours sur aérospatiale), membres du conseil d’administration de l’Office national
épreuves au grade d’IA (article 6 – 1°) d’études et de recherches aérospatiales (30 mars 2015).
- 3 places au titre du recrutement en cours de carrière par concours sur
épreuves au grade d’IPA (article 6 – 2°). PAR DÉCRETS DE MAI 2015
- 1 place au titre du recrutement en cours de carrière par concours sur
titres au grade d’ICA (article 6 – 3°). Sont nommés :
L’IGA Serge Duval, directeur des services administratifs et financiers du
Premier ministre (11 mai 2015)
L’IGA2 Terrail (François, Maurice, Jean), chargé des fonctions de chef
du service central de la gestion budgétaire et des comptabilités de la
direction des plans, des programmes et du budget, et directeur du service
de l’exécution budgétaire et comptabilités des opérations d’armement
(1er juin 2015).

CARNET PRO

Olivier De la Bourdonnaye (1967), directeur industriel de DCNS (23/02/2015)


Guy Caron (1967), membre de la Direction générale des entreprises, chargé
de mission microsystèmes, interconnexion et packaging - Ministère de
l’économie, de l’industrie et du numérique - Ivry sur Seine (01/03/2015)
Jérôme Paillet (1968), directeur du département océanographie et
dynamique des écosystèmes de l’IFREMER/Brest (16/03/2015)
Damien Theret (1980), Certification and qualification coordinator dans la
division A 400 M de l’OCCAR/A 400 M/Toulouse (31/03/2015)
Didier Brugère (1952), président du conseil d’administration de l’ENSTA
(01/04/2015)
Nadim Traboulsi (1980), directeur développement à la direction commerciale
France de Thales Communication and Security (01/04/2015)
Jean-Paul Herteman (1950), Représentant spécial pour les relations
économiques avec le Canada au Ministère des affaires étrangères
(24/04/2015)
Jacques Lengyel (1975), adjoint au directeur de la plate-forme nationale
d’interceptions judiciaires du Ministère de la justice (01/05/2015)
Michel Even (1966), directeur des opérations de production et des services
du SHOM - EPSHOM Brest (02/05/2015)
Benjamin Gallezot (1972), chargé de mission auprès du directeur de la
Direction générale des entreprises (15/05/2015)
Geoffroy Lenglin (1976), directeur affaires de DGA CEPR (01/07/2015)
Flavien Dupuis (1985), adjoint au chef de bureau de la sous-direction des
Affaires financières multilatérales et développement (MULTIFIN) - Ministère
de l’économie, de l’industrie et du numérique (01/07/2015)

CAIA N°106 - Juin 2015 73

12:17
N O M I N AT I O N S D G A

DÉCORATIONS

AERO 2014 - PROMOTION DE JANVIER 2015 LETTRE DE FELICITATIONS


LESTIENNE Tanguy AUCOUTURIER Alix
MOSCHETTI Pierre DUGRAIN Louis

MERITE MARITIME 2014 - PROMOTION DE JANVIER 2015


ARNAUD Walter - AGRAFE MOYEN ORIENT
DUGRAIN Louis - AGRAFE SAHEL

MOBILITÉS ET DÉPARTS INGÉNIEURS DE L’ARMEMENT

Mouvements de janvier Au grade d’ingénieur en chef de l’armement


Nom Prénom Départ Arrivée 1er janvier 2015
AUFRANT Lauriane DRH DRH FORM Benoît PEUDON
BAHUREL Philippe DO DO SMCO Jean PRUDHOMME
BENESSY Claude Détaché AFF TEMP MINEFI Maximilien PORTIER
BLAES Dominique Détaché AFF TEMP MINEFI Axel DELONCLE
BOUVIER Pierre DO DO UM AMS Antoine OSMONT
CARLIER Alain DO EMAA DC SIAE
CORTAMBERT Jean-Marc DO HDSE DPID 1er février 2015
DE ROBILLARD Gilles HDSE DRH AC Jérôme LAVERGNE
DECKERS Jean Détaché AFF TEMP MINEFI Nadim TRABOULSI
DONATI Régis DO DO UM COE Pierre GRAVELINES
GOSSET Thomas Détaché AFF TEMP MINEFI Laëtitia MABILE
GUELDRY Olivier DO DS SRTS
LAVARDE Axel Détaché DO UM COE 1er mars 2015
MAILLARD Frédéric Détaché AFF TEMP MINEFI Elodie FREBOURG
PAUL Sylvain DT DT DGA Maîtrise de l’information Emilie VIEU
ROUSSEAU Emmanuel DO DO UM NBC Guillaume DUVEAU
ROUSSEAU Cyril Détaché AFF TEMP MINEFI
VIEILLEMARD Marie-Caroline DO DO UM HELI Au grade d’ingénieur principal
BURIGANA Dany DS HDSE DGRIS de l’armement
ROVES Jean-Paul DS HDSE DGRIS 1er janvier 2015
MARTIN Jean-Christophe Détaché HDSE DIIE Xavier MALDAGUE
Anne-Hélène BRIAND
Mouvements de février Guillaume BROSSE
Nom Prénom Départ Arrivée
DE ROBILLARD Gilles DRH DS AC 1er février 2015
DELETANG Stéphane CCPNR HDSE CGARM Frédéric GRELOT
FAIRBANK Xavier DT DO AC Emmanuel LAFFONT
GEOFFROIS Edouard DS AFF TEMP ANR
HUA Minh-Tam DT DT DGA Ingénierie des projets 1er mars 2015
JAOUEN Alain DP DS CATOD Nathanaël GILBERT
LECINQ Xavier DO DRH AC Florian LEMOINE
MERET épouse DAVID Marie DT DP AC
ROUSSEL Nadège DO DO SCA
BOUGANNE Raphaël DRH CCPNR CCPNR

Mouvements de mars
Nom Prénom Départ Arrivée
DAL François-Olivier DP HDSE EMAT
NOUREAU Jean-Christophe DI DP AC
QUINOT Claude HDSE DRH AC
STOFFT François HDSE DS ITE
CARON Guy Détaché AFF TEMP AFF
THERET Damien DT Détaché OCCAR
BELLEC Jean-René Détaché DO SMCO
THOME Emmanuel DT DO AC

74 CAIA N°106 - Juin 2015

TDATELS
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Systèmes de roquettes à induction


‘NATO Battle Proven’ depuis 2009

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Les Systèmes de Roquettes à Induction (SRI) de deuxième génération de TDA


fournissent des solutions de protection avancée et d’attaque pour tous les types de
plateformes, conformes aux normes OTANiennes les plus drastiques. Offrant des
niveaux sans précédent de sécurité et éliminant les risques de dégâts par éjectas, nos
SRI sont impossibles à transformer en Engins explosifs improvisés (EEI). Très facile, le
chargement s’effectue, sans outil, par un seul opérateur et le maintien en condition se
limite au minimum, ce qui réduit considérablement t le coût de possession. Les
solutions proposées incluent une gamme de lance-roquettes TELSON™ (comprenant
de 2 à 22 tubes) et la gamme de roquettes à induction ACŪLEŪS™, dont la Roquette
à induction guidée laser programmable ‘en vol’. Seules les règlementations françaises
en matière de contrôle des exportations s’appliquent.

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