Succès du Rafale : enjeux et perspectives
Succès du Rafale : enjeux et perspectives
LE RAFALE
PRÉFACE UN SYSTÈME
JEAN-YVES D’ARME
LE DRIAN BIEN NÉ MANAGEMENT
P04 P16 P66
– Début des études supérieures –
VOTRE ENFANT PREND SON ENVOL,
UNÉO CONTINUE À PRENDRE SOIN DE LUI.
Unéo, mutuelle soumise aux dispositions du livre II du Code de la mutualité, inscrite au répertoire SIRENE sous le numéro SIREN 503380081 et dont le siège social est situé 48 rue Barbès - 92544 Montrouge Cedex – *Appel non-surtaxé – L A S U I T E & CO
Unéo s’engage pour faciliter l’accès à des soins de qualité pour ses adhérents, tout en
maîtrisant leur budget. Votre enfant commence des études supérieures, vous devez
obligatoirement l’inscrire à la Sécurité sociale étudiante. Mais pour sa complémentaire santé, c’est
vous et lui qui choisissez. Votre enfant peut continuer à être bien protégé par Unéo en adhérant
en son nom. Avec la garantie Utile, pour un tarif attractif, il bénéficie en plus d’une protection
adaptée à sa nouvelle vie, d’un accompagnement avec des services d’assistance à domicile et
domestique et de la confidentialité des remboursements même si les cotisations restent, si vous le
souhaitez, à votre charge. La protection santé du militaire et de sa famille ne s’improvise pas.
Des contrats en rafale, pourrait-on dire, en voyant les commandes s’accumuler pour notre avion
de combat national. S’y ajoutent des commandes considérables en matière d’hélicoptères,
ou de frégates et corvettes. Ne boudons pas notre satisfaction, cela faisait longtemps
que l’industrie française n’avait pas eu de succès aussi visibles à l’export, dans un monde
particulièrement difficile et concurrentiel.
Et il convient de saluer l’implication personnelle de Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense
particulièrement engagé, qui nous fait l’honneur et l’amitié de préfacer ce magazine.
A l’occasion du salon international du Bourget 2015, nous avons souhaité présenter cet avion –
le meilleur de sa génération – en donnant la parole à quelques représentants institutionnels
et industriels ayant pris part à ce programme extrêmement complexe.
La place des ingénieurs y est essentielle, pour définir des performances, assurer la cohérence
entre systèmes et à l’intérieur de chaque système, gérer les multiples configurations, piloter
les projets, assumer les risques techniques… et livrer un produit aux performances optimales.
La réussite ne doit pas masquer les difficultés et les efforts consentis et à consentir.
L’aéronautique, et plus largement les systèmes critiques, sont des domaines extrêmement
exigeants, à tous points de vue.
L’accident de l’A400M en Espagne, dont l’analyse des causes n’est pas achevée à l’heure
où nous mettons sous presse, vient tristement nous le rappeler.
L’intérêt des corps d’ingénieurs semble hélas mal perçu lorsqu’on examine les résultats
de recrutement à Polytechnique : les grands corps attirent moins d’élèves et ne saturent
pas cette année. Perte d’attractivité, de sens, de lisibilité de ce que
l’Armement et la fonction publique proposent ou simplement morosité
et difficulté à se projeter dans l’avenir ? Le succès du Rafale apporte des
réponses éclairantes, susceptibles de susciter un regain d’intérêt pour le
métier d’ingénieur, peut-être à mieux faire connaître ?
Bonne lecture
Jérôme de Dinechin
Rédacteur en chef
CAIA N°106 - Juin 2015 3
PRÉFACE
de Jean-Yves Le Drian
Ministre de la Défense
L
a signature récente de deux contrats de vente
d’avions Rafale avec l’Egypte et le Qatar, de
même que l’annonce simultanée d’une prochaine
commande indienne, constituent d’excellentes
nouvelles pour notre défense, et l’industrie de défense
française en particulier.
SAVING
LIVES
• Detect, track and identify most vessels including semi-submersible craft
• Illegal drug and immigration interdiction
• Performs long-endurance maritime surveillance and reconnaissance operations
• Wide-area surveillance with a 360° digital multi-mode maritime radar
• Costs a fraction of most comparable alternative systems
• In service with the U.S. Department of Homeland Security
[Link]
©2015 General Atomics Aeronautical Systems, Inc. Leading the Situational Awareness Revolution
SOMMAIRE CAIA N°106 - Juin 2015
3 Editorial
4 Préface de Jean-Yves Le Drian,
Ministre de la Défense
Le Rafale
9 Introduction au dossier, par Patrick Bellouard
10 Le Rafale ou la polyvalence durable, par Antoine Coursimault
14 Une adaptation facile du Rafale au Charles de Gaulle, par Xavier Lebacq
16 Le Rafale, un système d’arme bien né, avec un potentiel de croissance important,
par Guilhem Reboul et Marc Howyan
19 Les essais en vol du Rafale, par Jean-Baptiste Rabilloud
22 Les essais en vol du Rafale vus du cockpit, par Christophe Bretault
24 Le Rafale : en avance sur son temps, Eric Trappier
Rédacteur en chef : Jérôme de Dinechin
Rédacteur en chef délégué :
26 Immersion d’un jeune IA au cœur du système, par Alexandre Constantin
Patrick Bellouard 28 Le moteur du Rafale, la performance maîtrisée, par Stéphane Cueille
Directeur de publication : Philippe Hervé
Comité de rédaction : Arnaud Salomon, 30 Le radar RBE 2 à antenne active, par Pierre Eric Pommellet et Bruno Carrara
Daniel Jouan, Denis Plane, Dominique
Luzeaux, Flavien Dupuis, Frédéric Tatout,
34 SAGEM, les yeux et les griffes du Rafale, par Hervé Bouaziz
Jocelyn Escourrou, Louis Le Pivain, 38 La contribution du missilier à la polyvalence du Rafale, par Olivier Martin
Olivier-Pierre Jacquotte
40 Un Rafale, des rafaut !, Bruno Berthet
Crédits photo : SIRPA Mer, SIRPA Air, ONERA
42 Le Rafale soumis au vent des souffleries, par Patrick Wagner
Edition et régie publicitaire :
SACOM 01 41 10 84 40, 44 Le Rafale dans l’Armée de l’Air : le chasseur omni-rôles en action,
lneyret@[Link]
par Hubert Vailong et Philippe Suhr
Création graphique : La Clique
[Link] 48 Le Rafale marine, un avion « combat proven », par Bruno Thouvenin et Michel Wencker
CAIA 52 Le Maintien en Condition Opérationnelle (MCO) de la flotte Rafale, par Patrick Armando
16 bis, avenue Prieur de la Côte d’Or,
CS 40300 - 94114 ARCUEIL Cedex
56 Enjeux et défis de la formation des pilotes de chasse, par Olivier Le Bot
Tél. : 01 79 86 55 13 58 Le Rafale en stage OPS, par Michael de Bellefon
Télécopie : 01 79 86 55 16
Site : [Link] 60 L’ISAE-SUPAERO – Un Institut en mouvement, par Olivier Lesbre
E-mail : contact@[Link]
caia@[Link]
numéro de dépôt légal : 2265-3066
63 Dossier industrie
ATELIERS DE LA HAUTE-GARONNE
Jacquelot PE
66 Management 73 Lu au JO
Le leadership par la confiance,
73 Carnet Pro
par Jérôme de Dinechin
74 Nominations DGA
Vie de la CAIA
69 GALA de L’armement 2015
70 Du coté de Polytechnique
71 Lu pour vous
- Team Rafale, de Zephyr Editions
- Rafale leader
munitions
équipe-
ments
NEXTER, ACTEUR DE PREMIER PLAN EN EUROPE et référence majeure dans les systèmes de combat,
d’artillerie et de munitions, conçoit des solutions innovantes pour accompagner les armées au cœur de l’action.
Afghanistan, Liban, Mali, Centrafrique, les matériels Nexter, du VBCI au CAESAR® ont prouvé leur fiabilité, leur apport au combat
Crédits photos : ©Nexter, ©Armée de Terre/[Link]
L
es succès récents du RAFALE à l’exportation consacrent, enfin, pourrait-
on ajouter, les efforts menés depuis un certain nombre d’années pour la
promotion de cet appareil, mais surtout le travail réalisé par les ingénieurs,
ouvriers, pilotes et techniciens français depuis une trentaine d’années pour
imaginer, définir, mettre au point et produire l’un des meilleurs systèmes
d’armes aériens - voire le meilleur - de sa génération, qui a démontré toute son
efficacité opérationnelle et sa supériorité lors de son engagement sur plusieurs
théâtres d’opérations depuis quelques années.
Ce dossier consacré au Rafale, qui présente sans aucune prétention d’exhaustivité
les contributions à ce programme d’un certain nombre d’acteurs, constitue
avant tout un hommage aux femmes et aux hommes, à tous les niveaux, qui ont
œuvré pour ce programme et en ont construit le succès reconnu aujourd’hui.
Après 25 ans à la DGA, dont Lorsque l’on croit aux vertus d’une coopération européenne menée dans
5 ans comme directeur du des conditions efficaces et compétitives, on peut évidemment regretter que
Service des programmes
la France et ses partenaires européens n’aient pas su s’entendre il y a une
aéronautiques, Patrick
trentaine d’années sur la réalisation d’un avion commun, notamment du fait de
Bellouard a été chargé
divergences sur les spécifications et sur les questions industrielles. Néanmoins
de mission du Premier
Ministre pour la coordination il faut bien reconnaître d’une part la justesse des choix faits à l’époque par
interministérielle du la France en matière de spécifications (notamment la polyvalence et la
programme Galileo de 2004 flexibilité du système), qui permet à la France de disposer aujourd’hui d’un
à 2008, puis directeur de système répondant parfaitement aux besoins des forces armées, d’autre part la
l’OCCAR jusqu’en février 2013. compétence des équipes françaises qui ont mené le programme avec rigueur
et efficacité, tant du côté étatique que du côté industriel, évitant des dérives
de coûts qui n’auraient pu être supportées par la France dans un contexte
budgétaire particulièrement contraint (budget de défense globalement en
réduction depuis le lancement du programme).
Cela démontre aussi qu’un programme d’une telle complexité se construit sur
le long terme, à partir d’études et recherches technologiques qui sont menées
bien en amont et qui doivent atteindre un niveau de maturité suffisant avant
de pouvoir être mises en œuvre avec un niveau de risque maîtrisé dans le cadre
du développement d’un nouveau système.
Le Rafale a de longues années devant lui. La polyvalence et la flexibilité du
système lui permettront d’évoluer encore, avec des coûts et des risques
maîtrisés, pour répondre aux menaces futures dans les meilleures conditions.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là et l’on doit dès à présent penser au système
(ou au système de systèmes) qui lui succèdera à plus long terme, en continuant
à travailler sur les nouvelles technologies qui seront nécessaires et accessibles à
cet horizon, mais aussi et surtout en réfléchissant en liaison avec nos partenaires
Crédits photos : ©Nexter, ©Armée de Terre/[Link]
européens aux futures spécifications, car il est peu probable que la France
pourra s’offrir seule un tel système à l’avenir compte tenu des contraintes
budgétaires : l’expérience montre que la convergence des spécifications et des
conditions de la coopération entre partenaires prendra du temps et demandera
une bonne dose de confiance réciproque, qui reste à contruire.
LE RAFALE OU LA POLYVALENCE
DURABLE
UNE LONGUE HISTOIRE ET TOUJOURS D’ACTUALITÉ
Après des études prospectives, les premiers travaux techniques sur le ou les avions
de combat devant succéder aux Mirage et Jaguar pour l’Armée de l’air, et aux Crusader
et Super-Etendard pour la Marine ont débuté à la DGA en 1978, voilà bientôt 40 ans !
Le Mirage 2000 prototype de défense aérienne venait de faire son premier vol,
le Super Etendard arrivait tout juste dans la Marine et l’on pensait déjà à l’avion suivant.
Les temps ont bien changé.
Des Mirage au Rafale tion des Mirage s’étendait à celle plus vaste née dans le passé vers le Crusader américain.
Pour l’Armée de l’air il s’agissait de rempla- de supériorité aérienne sur des théâtres par- Bien que le Charles de Gaulle ait été la solution
cer d’abord le Jaguar pour la mission air-sol fois lointains, et on cherchait des capacités nominale pour succéder aux Foch et Clemen-
et beaucoup plus tard les Mirage F1 C pour la offensives très augmentées par rapport aux ceau, certains dans la Marine continuaient à
défense aérienne. Pour la Marine il s’agissait générations précédentes. considérer des bâtiments plus petits (12 –
de succéder d’abord aux Crusader vieillissants La question posée était celle de savoir si, 15000 t), pour réduire les coûts, sans brins
pour la défense aérienne du groupe aérona- compte tenu de l’expérience acquise et des d’arrêts ni catapulte sur le modèle de la Royal
val autour du porte-avions Foch et, beaucoup perspectives technologiques, il était envisa- Navy à l’époque et des US Marines encore au-
plus tard pour le Charles-de-Gaulle, aux Su- geable de développer un couple avion-moteur, jourd’hui, avec des avions V/STOL du type Har-
per-Etendard qui venaient d’entrer en service et un seul, pour satisfaire l’ensemble des rier et dérivés. Cette option a été vite écartée
sur le Foch et le Clemenceau. La notion de dé- besoins. Le Rafale d’aujourd’hui n’est pas le à partir des modélisations, faites au STPA1, qui
fense aérienne rapprochée du territoire na- premier avion au monde à être polyvalent air - concluaient à l’impossibilité de remplir toutes
tional qui avait présidé, au fond, à la concep- marine. Les F4 Phantom et F18 de l’US Navy les missions avec un concept type Harrier,
ont fait une belle carrière en version « air », même amélioré, à un horizon prévisible. Les
mais les porte-avions US ont un tonnage américains l’ont tenté beaucoup plus tard ….
double des nôtres. Il y avait eu en France des avec le JSF F-35 qui est en fait un programme
tentatives infructueuses de navalisation du Ja- de 3 avions pour l’Air Force, les Marines et
guar et des avant-projets de Mirage navalisés. l’US Navy avec un tronc commun assez réduit.
Le Mirage III E a été un avion multi-missions La version B des Marines à atterrissage verti-
pour l’Armée de l’air. Un amiral disait « faites cal a renoncé, comme prévisible, au concept
moi un bon avion embarqué, vous en ferez un aéro-propulsif du Harrier et a repris la formule
bon avion pour l’Armée de l’air ; dans l’autre très complexe expérimentée en France par le
par Antoine sens, ça ne marche pas ». En nombre d’avions Mirage V « Balzac », et utilisée sur les porte-
commandés et en capacités de financement avions russes avec le Yak 36, avec réacteurs
COURSIMAULT, ICA pour un développement, le centre de gravité de sustentation dédiés… que les ponts d’en-
était quand même du côté Armée de l’air. La vol supportent mal.
Dans la DGA, Antoine COURSIMAULT
Marine avait une vraie urgence calendaire, La conclusion préliminaire a été que, choix
a été notamment ingénieur système
l’Armée de l’air beaucoup moins. Les Mirage judicieux de formule et préparation tech-
d’armes du Mirage 2000 et ingénieur
2000 DA et N étaient en développement et nologique aidant, l’option d’un même avion
de marque du programme RAFALE
une version air - sol conventionnel du Mirage conventionnel air et marine pour la France
pendant la phase de définition
2000 N pouvait sans problème succéder au n’était pas irréaliste. La formule delta-canard
du programme. Après avoir été
Jaguar. Il n’y avait donc pas urgence absolue qui était privilégiée pour ses performances en
conseiller technique au cabinet du
côté Armée de l’air. Le Super-Etendard entrait vol n’était cependant pas la plus facile pour
Délégué Général pour l’Armement, il
en service, mais cet avion ne pouvait pas rem- l’embarquement sur porte-avions. Il a fallu
a rejoint THALES en 1990, puis Airbus
plir les missions de supériorité aérienne. Dans beaucoup d’études compliquées, y compris
Group en 2000. Depuis 2009 il exerce
un contexte analogue la Marine s’était tour- celle d’un mini-tremplin, avant d’aboutir à la
une activité de conseil.
solution simple, relativement, d’un train avant Si toutes les aéronavales dimensionner l’avion de combat des décennies
« sauteur » à restitution d’énergie pour le Ra- d’Europe … à venir tombait.
fale Marine. Un choix V/STOL aurait conduit Le compromis était difficile à trouver car les Ceci explique d’un point de vue technique,
à terme à prendre le JSF. Restait cependant installations aviation du Foch étaient bien évi- hors les nombreux autres aspects, qu’il n’a
ouverte l’option F 18 si on ne convergeait pas demment figées et les objectifs capacitaires pas été possible de s’entendre avec nos par-
rapidement vers un avion unique avec un tronc de l’avion ambitieux. Le projet Charles de tenaires européens sur un avion commun car
commun air-marine suffisant. L’optimisation Gaulle offrait encore des possibilités d’évolu- nous étions les seuls à garder des porte-avions
du tronc commun a fait l’objet d’études pré- tion, mais limitées par la réutilisation imposée conventionnels et vouloir préserver l’option
cises et le débat, très animé, Rafale Marine des chaufferies nucléaires K 15 des SNLE. Les d’une version embarquée très dimensionnante
contre F-18 fut finalement tranché des années performances aérodynamiques du Rafale, sa pour la conception de l’avion. Par exemple, la
plus tard au plus haut niveau de l’Etat. L’ami- masse et son architecture sont étroitement disposition des entrées d’air imposée par le
ral avait raison, l’avion marine était le plus liées à ces contraintes. Il se trouve que les catapultage par le train avant requis de nos
difficile à faire, et il fallait éviter de pénaliser contraintes du Foch pour l’avion en mission jours pour simplifier la mise en œuvre. Ceux
la version air, cœur de programme. En effet, de défense aérienne et celles du Charles de de nos ex-partenaires européens qui avaient
fallait-il dimensionner l’avion de combat fran- Gaulle en mission d’assaut à la mer, avec une aéronavale embarquée sur porte-aéronefs
çais de nouvelle génération pour remplacer des masses au catapultage et à l’appontage de 12 à 20 000 t sans catapultes, le Royaume-
un petit nombre de Crusader hors d’âge, pour plus élevées, ont été trouvées équivalentes du Uni, l’Italie et l’Espagne ont dû ou devront pas-
un porte-avions, le Foch, lui-même en fin de point de vue des limites de masse à vide de ser au JSF pour succéder à leurs Sea Harrier.
vie, par seulement quelques dizaines au mieux l’avion préservant une capacité d’emport de Ironie de l’histoire, les britanniques ont évolué
d’avions embarqués ? Certains disaient que carburant et d’armements suffisante. Le Foch, depuis vers des porte-avions de 60 – 70 000 t,
le jeu n’en valait pas la chandelle, d’autres dans la mesure où ses Rafale seraient affectés envisagé tardivement des catapultes en pas-
que si, quand même, pour ne pas acheter à à la supériorité aérienne, n’était donc finale- sant du JSF-B V/STOL des Marines au JSF-C
l’étranger du moment que, cette fois, l’indus- ment pas plus contraignant que le Charles de catapulté de la Navy, fait mine de s’intéresser
trie nationale pouvait fournir une solution avec Gaulle plus tard. L’objection de la durée de vie au Rafale Marine au passage, ont renoncé à
un tronc commun Air - Marine. limitée des quelques Crusader et du Foch pour tout cela en gardant in fine des navires sans
AP A
NOS SATELLITES OUVRENT
DE NOUVEAUX HORIZONS
WE BRING A NEW DIMENSION
TO YOUR HORIZONS
[Link]
D
ès les années 80, le Rafale se met câbles d’acier de près de 4 cm de diamètre, de valider les modifications du Rafale pour
sur les rangs pour devenir le succes- un train avant modifié pour permettre le cata- oser apponter sans état d’âme sur le PA CDG.
seur du Crusader sur le porte-avions pultage qui fait passer l’avion de 20 tonnes à Mais, lors des premiers étirements des brins
Charles de Gaulle et, à terme, l’avion polyvalent 250 km/h sur 75 m, le calage de sa centrale à d’arrêt sur le pont avec des tracteurs, ces
de l’aéronavale. Mais il n’est encore pas le favori inertie depuis le porte-avions, des renforts de derniers se rapprochaient dangereusement
de quelques marins étoilés qui rêvent plutôt du structure pour encaisser des milliers de chocs du bord … Pour faire simple, la raison en
F18C Hornet. Ce n’est qu’à la fin des années 80 à l’appontage et au catapultage et … une était essentiellement un défaut de qualité du
que le choix du Rafale est confirmé au plus haut échelle de pilote rétractable ! Ce n’est quand liquide hydraulique dont les presses de freins
niveau de l’Etat. même pas rien sur un avion sophistiqué où la étaient remplies dès l’usine. Ces presses de
Le Rafale dut alors se parer des attributs d’un moindre modification doit faire l’objet de qua- freins sont situées sous le pont et les brins
avion embarqué : une solide crosse d’appon- lifications longues, rigoureuses et coûteuses. d’arrêt leur transmettent les efforts de l’ap-
tage pour accrocher les « brins d’arrêt », des Ces modifications ont surtout nécessité de pontage. Les mêmes presses équipent aussi
nombreux essais. Des vols d’approche du Cle- les porte-avions US et c’est tout un lot du li-
menceau ont permis d’appréhender les para- quide hydraulique qui fut incriminé, y compris
mètres de vol. Plusieurs campagnes d’essais sur certains porte-avions US qui consignèrent
ont été menées dans des centres d’essais certains brins d’arrêt !
aux Etats-Unis, seuls à posséder au sol des Cette péripétie a créé une certaine méfiance
installations de catapultage et les brins d’ar- de mes homologues directeurs de programmes
rêts identiques à ceux des porte-avions amé- avions. Malgré des revues techniques et de
ricains, et du PA CDG qui les a aussi adoptés. sécurité très pointilleuses à l’issue desquelles
Plusieurs campagnes d’essais ont également je déclarais « bonnes pour le service » les ins-
par Xavier LEBACQ, IGA eu lieu sur le Foch, sur lequel on avait aména- tallations aviation du pont, rien n’y faisait, il n’y
gé un « tremplin » pour faciliter le catapultage. avait toujours pas de candidat pour apponter !
n PRÉSIDENT DE LA SAS
La catapulte du Foch de 50 m était en effet un J’avais même osé alors interpeller le directeur
XAVIERLEBACQ CONSEIL
peu courte alors que celles du PA CGD font du service des programmes aéronautiques
Xavier Lebacq a effectué une 75 m. pour lui dire que lorsqu’il avait été nécessaire
grande partie de sa carrière à la de passer le mur du son, il fallut bien y aller
DGA dans une large palette de avec un avion et que cela était aussi vrai pour
apponter sur le PA CDG. Je crois d’ailleurs
métiers, dont celui de directeur de «… les tracteurs
programme du PA CDG. Après avoir qu’il est devenu ensuite DGA, mais il m’a par-
se rapprochaient donné ma passion …
supervisé les études du second
dangereusement J’avais donc imaginé un plan B qui consistait à
porte-avions, avorté faute de budget
et de coopération des Britanniques, du bord … » immerger par grands fonds des gueuzes reliées
il s’attela au démantèlement du par de grandes longueurs de câble aux brins
Clémenceau puis de tous les d’arrêt. Le choc final d’une gueuze aérodyna-
matériels militaires avant de quitter Pendant que la construction du PA CDG mique qui coule pouvait approcher l’effort réel
l’administration en 2010. s’achevait, presque 300 appontages et cata- d’appontage sur le brin d’arrêt. Ceux qui se
pultages à terre et sur le Foch avaient permis souviennent du film « Abysse », où une grue de
L
à DGA/EV en 1999 comme ingénieur
d’essais sur le programme Mirage ’architecture fonctionnelle et matérielle du croissance des systèmes et capteurs du Rafale.
2000. Après avoir été sous-directeur Rafale a été optimisée dès le début du pro- En fonction des missions futures, le développe-
technique à Istres, il rejoint le gramme afin de satisfaire un spectre de mis- ment de nouvelles technologies de souveraineté,
programme Rafale en 2010 en tant sions particulièrement large, auparavant assuré par par exemple liées à la furtivité pourra s’avérer
qu’architecte de cohérence technique une demi-douzaine d’avions spécialisés. La prise en nécessaire (bords de fuite plus ciblés, antennes
Rafale jusqu’en septembre 2012. compte dès le début de la conception de l’avion de conformées, capacité d’emport discrète …).
l’ensemble des exigences a ainsi conduit à dévelop- Néanmoins, il n’y aura pas de besoin de modi-
per de façon équilibrée les fonctions macroscopiques fication lourde et profonde pour introduire par
nécessaires à un chasseur omni-rôle (ex : fonction exemple des évolutions structurelles majeures.
« suivi de terrain » pour la pénétration basse altitude, Par ailleurs, l’architecture des différents réseaux
système de guerre électronique intégré et réparti). bords (hydraulique, électricité, conditionnement)
Cette caractéristique intrinsèque au Rafale lui a per- permet d’envisager l’avenir avec sérénité.
mis de s’adapter avec succès aux fortes évolutions Le système de navigation et d’attaque pourra
du contexte opérationnel depuis 20 ans, et lui confère évoluer pour tenir compte des besoins futurs : les
un excellent potentiel de croissance pour de futurs choix de conception d’un SNA intégrant de nom-
par Marc HOWYAN, IGA développements dans la décennie 2020. En atten- breuses sources d’informations internes ou ex-
n DIRECTEUR DU PROGRAMME dant des expressions formelles de besoin opération- ternes (synthèse tactique avec fusion multi-cap-
RAFALE nel et des choix capacitaires associés au futur stan- teurs, compatibilités fréquentielle et temporelle,
dard F4, un rapide tour d’horizon peut être fait afin liaisons de données tactiques) et de l’avionique
Marc Howyan a réalisé la majeure de dégager les principales orientations techniques modulaire intégrée ont permis non seulement
partie de sa carrière à la DGA et concernant l’architecture de la plate-forme, du SNA, de garantir une grande souplesse d’emploi mais
occupé plusieurs postes sur le des capteurs ou du moteur. également de prendre en compte des besoins
programme Rafale avant d’être L’architecture de la plateforme restera stable : nouveaux tout au long du programme, à travers
directeur de programme adjoint
elle évoluera nécessairement à la marge, compte notamment des évolutions du cœur système.
en 2006 et désormais directeur du
tenu du juste dimensionnement actuel (la plate- Les choix initiaux d’architecture fonctionnelle et
programme depuis 2012.
forme est reconnue mature et innovante, avec matérielle du Rafale, ainsi que son processus de
des configurations lourdes) et du potentiel de développement incrémental, lui confèrent des
avec la participation nécessaire de l’industrie) • La traçabilité des choix réalisés (en phase de partagée et permanente sur le développement
et, d’autre part, via l’assurance, en préalable au spécification du besoin par l’Etat ; en phase de du standard F4, avec en particulier des gains
lancement du développement, de la compré- réalisation par l’industrie) et de la démonstra- attendus en termes de :
hension par l’industrie de cette expression de tion de l’adéquation de la solution finale avec • limitation au strict nécessaire des échanges
besoin et de l’existence in fine d’une solution ses spécifications techniques. formels ;
issue des spécifications techniques, vérifiable En phase préparatoire du standard F4, le dispo- • non duplication de la charge de travail (no-
et cohérente des objectifs de performances. sitif de gouvernance se traduit notamment par la tamment celle liée à la démonstration de la
• L’élaboration par l’industrie de la solution la mise en place : « rejointe » des spécifications, du respect des
plus pertinente possible, comprise par l’en- • d’un groupe de travail « cohérence et analyse exigences de navigabilité et du bon avance-
semble des acteurs au fil de sa maturation en de la valeur » ; ment des travaux techniques).
cours de développement (par un processus • de groupes de spécification de besoin théma- Dans la continuité de la méthodologie « histo-
itératif de génération / évaluation des données tiques classiques, pilotés selon une double ap- rique » appliquée depuis le standard F2 par le
d’ingénierie, permettant de dégager une vision proche de type « maturity gates » et « feuille de programme Rafale (spécifications de haut niveau
partagée Etat - industrie de l’avancement tech- route technologique (TRM) » ; décrivant le besoin, dossier de justification de la
nique de l’opération et de sa cohérence avec dont les principes de fonctionnement auront définition faisant la démonstration de la preuve
les spécifications techniques) et en fin de dé- vocation à se prolonger en phase de développe- …), la démarche d’ingénierie système permet-
veloppement (par la production par l’industrie ment du standard F4. tra donc de garantir la cohérence des capacités
des données d’ingénierie nécessaires et suf- De façon très concrète, la mise en place de techniques développées, malgré la complexité
fisantes pour que l’Etat démontre l’adéquation la stratégie d’ingénierie système permettra croissante des objectifs des futurs systèmes de
de la solution finale avec le besoin exprimé). d’établir entre l’Etat et l’industrie une visibilité combat aérien, qu’ils soient pilotés ou non.
L
es essais en vol d’un aéronef militaire
constituent une étape particulière-
ment visible et cruciale de son déve-
loppement, qui est cependant totalement inté-
grée dans un processus plus global comprenant
également, entre autres, de nombreuses simu-
lations (parfois basées sur des données d’essai
réels) et essais sur banc, chez les industriels et à
la DGA. La cohérence d’ensemble du processus
passe notamment par la mise en œuvre de l’in- Forces est déclenché, tout d’abord dans les
génierie système. centres d’expérimentation (CEAM1 pour l’Ar-
par Jean-Baptiste Une fois l’aéronef ou ses évolutions officiel- mée de l’air ; CEPA2 pour la Marine nationale,
RABILLOUD, ICA lement qualifiés par la DGA (vérification de STAT3 pour l’Armée de terre) qui en définissent
l’adéquation au cahier des charges, et de la la doctrine d’emploi, puis dans les escadrons
n ARCHITECTE ESSAIS- sécurité d’utilisation), le déploiement dans les opérationnels.
EXPERTISES-ÉVALUATIONS
RAFALE À DGA ESSAIS EN VOL Essais en vol Rafale –
X99, Supaéro, Jean-Baptiste organisation générale et grands
Rabilloud, a successivement développements
encadré à DGA EV Cazaux les Les essais en vol liés au programme Rafale
activités d’essais en vol de sont réalisés par l’avionneur Dassault Aviation
capteurs électromagnétiques, puis dont le service essais en vol est localisé sur la
d’armements aéroportés. Il a été base aérienne d’Istres, et par DGA Essais en
nommé en 2013 A3E Rafale à DGA vol (DGA EV) au départ de ses sites d’Istres
EV Istres, chargé de coordonner et de Cazaux. Les autres industriels concou-
l’activité d’essai Rafale au profit de rant au programme, au premier rang desquels
l’UM ACE. Thales (capteurs, calculateurs) et Snecma
Kit enregistreur intégral des bus avion, pouvant équiper
des Rafale de série (moteurs), mais aussi MBDA (missiles) et Sa-
Avion banc d’essai d’aujourd’hui (Mystère XX) et de demain (ABE NG - Fokker 100)
gem (centrales inertielles, certains capteurs organisées par DGA EV au profit de la direc- par ailleurs d’optimiser la prise de compétence
optroniques, AASM4) participent également ac- tion de programme et des états-majors, afin des opérationnels et l’enchaînement entre les
tivement aux phases d’essais en vol de déve- de mettre à l’épreuve les évolutions de l’avion essais de développement et les campagnes
loppement, à l’occasion des vols organisés par ou de ses principaux capteurs dans des sce- d’expérimentations opérationnelles.
Dassault et DGA EV. Les essais en vol de dé- narii les plus proches possibles des missions
veloppement de la plupart des capteurs (radar opérationnelles, en impliquant des unités aé- Soutien aux Forces
RBE 2, optronique secteur frontal OSF, trans- riennes (jouant le rôle de patrouilles amies et DGA EV réalise également des essais en vol
pondeur - interrogateur IFF, pod de désignation ennemies) et terrestres (batteries de défense pour le Rafale dans des cadres plus ponctuels
laser, nacelle de reconnaissance RECO NG …), sol - air, contrôleurs avancés …) . Ainsi, dans que les grands développements, généralement
et de certains armements, sont réalisés par un passé récent, le nouveau radar RBE 2 AESA dans un contexte de soutien aux opérationnels,
DGA EV pour le compte des industriels, sur des (antenne active), mis en service en 2013, et le par exemple pour les opérations extérieures
aéronefs banc d’essais (ABE5) et parfois sur dernier standard F3-4+ du SNA, en cours de (OPEX). Caractérisation de l’efficacité de sé-
des Rafale de série, instrumentés pour l’occa- déploiement en 2015, ont fait l’objet d’essais quences de leurrage (en coopération avec DGA
sion. Dassault est quant à lui responsable de en vol de constat étatique respectivement en Maîtrise de l’information et l’EPIGE7), adapta-
l’organisation et de la réalisation des essais de 2012 et 2014, après la phase d’essais de dé- tion et vérification de bon fonctionnement
développement de l’avion de base et de son veloppement proprement dite. de nouveaux armements, perfectionnement
SNA6, et des essais d’intégration des capteurs Le principe des RAU est similaire, mais ces de certains domaines de tir de bombes, vols
et armements à l’avion : l’avionneur dispose campagnes interviennent plus tôt. L’objectif d’emport et tirs de munitions ayant subi des
actuellement pour ces essais d’en moyenne d’une RAU est de confronter un état système cycles de vieillissement accéléré, expertises et
trois avions Rafale instrumentés. certes non abouti, mais déjà suffisamment essais sur des faits techniques … La liste est
Pour le programme Rafale, une organi- mature, à une utilisation de type opérationnel, longue.
sation en équipe intégrée d’essais en vol en bénéficiant des moyens d’enregistrement et DGA EV intervient par ailleurs en soutien de cer-
(EIEV) a été mise en place dès le standard d’analyse propres aux essais en vol. Ainsi, ces taines expérimentations Rafale du CEAM et du
F1 dans les années 90. L’EIEV regroupe, au phases d’essais sont positionnées de façon CEPA, en fournissant par exemple des moyens
sein d’une équipe resserrée, des pilotes et in- suffisamment amont dans le calendrier de dé- sol de guerre optronique et électronique.
génieurs d’essais industriels (Dassault) et éta- veloppement pour rendre possibles certaines
tiques (DGA EV, et centres d’expérimentations : réorientations du développement lorsque les Essais de réception
CEAM et CEPA, représentant les clients finaux, conclusions des essais en démontrent la per- Le tableau des essais en vol ne serait pas
Armée de l’air et Marine nationale). Une part tinence. Le nouveau standard F3-R, dont le complet sans évoquer les essais de réception.
des essais en vol de développement et mise développement s’étale de 2014 à 2018, doit Le processus de réception permet de vérifier,
au point de Dassault est allouée aux équipages donner lieu à une RAU par an en moyenne, pour un Rafale neuf sortant des chaînes de
étatiques de l’EIEV, afin de donner à l’Etat une dont la première a été réalisée en décembre Dassault à Bordeaux Mérignac, la sécurité de
bonne visibilité sur les développements et de 2014 à DGA EV Istres avec l’implication des l’avion, sa qualité de fabrication, et les per-
garantir l’adéquation des fonctions dévelop- intervenants étatiques et industriels de l’EIEV, formances de ses systèmes, avant livraison
pées au besoin opérationnel. ainsi que de participants supplémentaires de aux Forces. Ce processus est effectué en deux
Au cours des développements, des campagnes DGA EV, du CEAM et du CEPA. La participa- temps pour les avions livrés à l’Armée de l’air
d’essais en vol de constat étatique et de RAU tion des centres d’expérimentation à ces cam- et à la Marine, avec l’implication du SQ (ser-
(revue d’aptitude à l’utilisation) sont également pagnes de RAU et de constat étatique permet vice de la qualité de la DGA) tout au long de
Fin d’essai, tous les avions rentrent à la base © DGA EV (V. Ricco / G. Grasset / G. Grasset)
LES ESSAIS EN VOL DU RAFALE
VUS DU COCKPIT
Les essais en vol ont pour objectif de mettre à l’épreuve
les nouveaux matériels et fonctionnalités. Pour réaliser ces
« premières fois », les aéronefs à tester sont mis en œuvre
par des professionnels dont le but est d’appréhender des
situations nouvelles en recherchant la sécurité et l’efficacité
de l’essai. Embarquement immédiat pour le premier vol
d’essai sur Rafale d’un jeune ingénieur navigant d’essai.
S
par Christophe ur le parking avions de DGA Essais en METEOR. Nous sommes équipier de la patrouille
BRETAULT, IA Vol site d’Istres, un Rafale m’attend F3-R. L’ordre d’essai prévoit des passes de tir
pour un vol de la première campagne calibrées conçues pour pousser le système à ses
n RESPONSABLE TECHNIQUE
de RAU1 du dernier standard en développement, limites et qu’il s’agit de réaliser au plus juste, des
ESSAIS EXPERTISE À DGA
dit F3-R. Ce sera mon premier vol d’essai depuis tests fonctionnels sur la liaison de données L16
ESSAIS EN VOL
ma formation d’ingénieur navigant, une année à et un simulacre de combat aérien.
X05 Supaéro, pilote des corps apprendre comment évaluer les performances Une fois sanglés à nos sièges, nous mettons
techniques, Christophe Bretault systèmes et avions, du Mirage 2000 au PC7 en les moteurs en route, procédons aux tests pré-
est responsable technique d’essais passant par l’A320. vol et roulons vers la piste. Nous rejoignons le
à DGA Essais en Vol depuis 2010. Le pilote fait le tour de l’appareil pour en vérifier leader de la patrouille au point d’arrêt. Sur le
Après avoir été responsable de le bon état. De mon côté, je m’installe en place siège avant, le pilote d’essai effectue le briefing
plusieurs campagnes d’essais sur arrière, lance l’alignement des centrales iner- décollage en rappelant la séquence attendue et
l’hélicoptère EC665 Tigre et une tielles et prends une minute pour repenser au vol les conduites à tenir en cas de panne. Dernière
formation d’ingénieur navigant qui nous attend. Une patrouille de deux Rafale vérification de la cabine, nos sièges éjectables
d’essais à l’Ecole du Personnel biplaces au standard F3-R, indicatif Azur Lima, sont armés, pas d’alarme. Nous nous alignons en
Navigant d’Essais et Réception évoluera face à un Rafale au standard F3-3’, ac- patrouille sur la large piste d’Istres à côté du lea-
à Istres, il participe, à la DGA, au tuellement déployé dans les forces, et un Mirage der. La tour nous donne le feu vert : « Azur Lima,
développement et à la qualification 2000-5 pour évaluer la conduite de tir du missile clear for takeoff ». Pieds sur les freins, les mo-
du Rafale.
1) RAU : Revue d’Aptitude à l’Utilisation (cf l’article sur les essais en vol du Rafale)
LE RAF
FAA LLEE
LE RAFALE :
EN AVANCE SUR SON TEMPS
Le premier contrat Rafale export, signé en février 2015
avec l’Égypte, a suscité un enthousiasme notable, dans les
médias et dans l’opinion, pour un programme qui se révèle
exemplaire.
L
ongtemps, le Rafale a souffert de nombreux capable d’effectuer tous les types de mission et
clichés : trop franco - français, trop sophisti- d’équiper l’armée de l’Air aussi bien que l’Aéro-
qué, trop cher, inexportable ... Ces critiques navale. L’incompatibilité des cahiers des charges
ont été émises dès le lancement du programme. Elles fut constatée formellement par les gouvernements
par Eric TRAPPIER ont été reprises à l’envi par des médias pas toujours
au fait du dossier. Mais, depuis que le Rafale a fait
concernés en 1985. Depuis, les faits démontrent
le bien fondé de l’approche française :
n PRÉSIDENT-DIRECTEUR ses preuves en opération et à l’export, les clichés font - Afghanistan, Libye, Mali, Irak : le Rafale est inter-
GÉNÉRAL DE DASSAULT enfin place aux faits. Et ce n’est que justice. venu sur tous les théâtres d’opérations majeurs
AVIATION ces dernières années. Il a fait la démonstration
Trop franco - français ? éclatante de sa polyvalence, en remplissant
Pour ses contempteurs, c’est le « péché ori- toutes les missions dévolues à l’aviation de
Eric Trappier est président-directeur ginel » du Rafale : la France aurait préféré faire combat : défense et supériorité aérienne, appui
général de Dassault Aviation son avion seule plutôt que de s’associer au pro- rapproché, frappe air - sol longue distance, lutte
depuis 2013. Il y a effectué toute sa gramme Eurofighter réunissant le Royaume-Uni, antinavires, reconnaissance, ravitaillement en vol
carrière : bureau d’études, direction l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. La raison de ce de chasseur à chasseur. Le tout depuis une base
technique internationale et direction choix est pourtant claire : au milieu des années au sol ou depuis un porte-avions, et avec une
générale internationale où il a 1980, nos voisins envisageaient un chasseur as- disponibilité opérationnelle exemplaire ;
négocié des contrats export Mirage sez lourd, spécialisé dans les missions air - air et - l’Eurofighter, quant à lui, n’est pas intervenu en
et Rafale. non destiné à opérer depuis un porte-avions ; la Afghanistan et en Irak. En Libye, il a effectué des
France souhaitait un avion de combat plus léger, missions limitées. Plus lourd que le Rafale, conçu
LE MOTEUR DU RAFALE,
LA PERFORMANCE
MAÎTRISÉE
On attend d’un moteur d’avion de combat avant tout de la performance, mais le
moteur M88 du Rafale, concentré de technologies, innove aussi sur la maintenabilité et
a fait l’objet d’une amélioration continue de son coût de possession. C’est le fruit d’une
collaboration exemplaire entre l’industrie, la DGA et les forces armées.
U
n de mes grands souvenirs d’ingénieur
de l’armement est d’avoir, lorsque
j’avais trente ans et que j’étais archi-
tecte M88 à la DGA, arpenté le pont du Charles
de Gaulle et senti, littéralement dans ma chair, la
vibration lancinante des deux moteurs du Rafale.
Une sensation de puissance tout aussi marquante
que lorsque le pilote déchaîne, en présentation
en vol, les 15 tonnes de poussée rugissante des
deux moteurs en post-combustion !
L’intégration du moteur dans le Rafale permet un accès très simple et un temps record de pose - dépose.
tant en mouvement la turbine. L’augmentation de générer des films d’air frais en surface. Et
de la température d’entrée dans la turbine est comme cela ne suffit encore pas, elles sont
un - sinon le - paramètre primordial ayant per- recouvertes d’une « barrière thermique » -
mis aux moteurs d’avion de combat de gagner couche de céramique isolante micro-texturée
en compacité et en rapport poussée sur masse obtenue par un procédé complexe ! Seuls les
de manière spectaculaire. A titre d’exemple, motoristes majeurs maîtrisent ces technolo-
le M88 est plus petit que le seul canal de gies et leur bonne combinaison grâce aux-
post-combustion du moteur ATAR 9K50 du Mi- quelles le Rafale peut jouer dans la cour des
rage F1 alors qu’il a une poussée supérieure ! grands.
La température d’entrée turbine sur le Rafale Roue de turbine HP
est de près de 1 600 °C, 1 200 °C sur le Mi- Un souci permanent de
rage 2000 et seulement 900 °C sur Mirage F1. maintenabilité et de coût de tion des pièces critiques à limite de vie (les
Cependant, cette augmentation pose un défi possession disques de turbine et de compresseur), pour
majeur pour la tenue des aubes de turbine. Ces Sur un avion, le moteur est le principal poste améliorer la disponibilité et réduire le coût de
aubes sont soumises à des efforts centrifuges de maintenance, aussi l’innovation a-t-elle maintenance, un enjeu essentiel pour le client.
énormes : chaque ailette de 10 cm de haut porté dès le départ sur le concept de mainte- Ainsi, sur près de quinze ans, la DGA et Snec-
est soumise à une force centrifuge de l’ordre nance : grande accessibilité du moteur et des ma ont conduit ensemble une série de dé-
de 15 tonnes qui tend à l’étirer et l’arracher, équipements dans l’avion, modularité, mais monstrateurs : TOP, PHT, TOP+, THEO, ECO,
et ce dans un air à 1 600 °C. Il faut donc des aussi un concept très innovant « zéro aire de permettant de tester et démontrer des amélio-
matériaux extraordinaires : des superalliages point fixe » qui permet de remettre en service rations technologiques des aubes de turbine,
monocristallins à base nickel. Dans ces maté- un moteur après maintenance sans aucun es- qui ont permis une succession d’évolutions
riaux, pour améliorer la résistance en fluage, sai de mise à feu, sur banc ou sur avion au incrémentales du moteur, se caractérisant
on supprime tous les joints de grain : pour ce sol … Des éléments essentiels pour le client à chaque fois par une amélioration de plu-
faire la pièce entière doit être constituée d’un et qui constituent un des atouts du Rafale sieurs centaines d’heures de la durée de vie
seul cristal d’alliage – un peu comme un dia- au-delà de sa performance opérationnelle. des aubes, jusqu’à la dernière version M88-
mant. On peut obtenir cela grâce à un procédé Pour la première fois, l’Armée de l’air opère un 4E (dite pack CGP pour coût global de pos-
sophistiqué de fonderie. moteur sans le moindre banc d’essai, ni dans session) qui permet d’atteindre une durée de
Mais où cela se complique encore, c’est que les forces ni au SIAé. Une économie substan- vie de 4 000 TACs (tactical air cycles) contre
ces alliages ont une température acceptable tielle et une grande flexibilité opérationnelle en 2 500 TACs pour la version précédente.
de fonctionnement limitée, de l’ordre de termes de projection. J’ai eu la chance de participer en tant que
1 100 °C. Il faut donc que les pièces soient Au-delà de ces choix structurants sur le client et puis industriel à des étapes impor-
refroidies – par de l’air à 600 °C, considéré concept de maintenance, l’effort a été porté tantes de cette aventure et je suis personnel-
comme tiède par un motoriste ! Elles sont donc dès le départ sur l’amélioration permanente lement fier de ce que nous avons accompli,
creuses avec des canaux complexes de refroi- de la durée de vie des parties chaudes et et qui contribue à faire du Rafale un succès
dissement, des micro-perçages permettant sur l’augmentation des intervalles d’inspec- opérationnel.
LE RADAR RBE 2
À ANTENNE ACTIVE
ATOUT MAJEUR DU RAFALE
À L’EXPORT
par Pierre Eric A partir de la quatrième tranche de production de l’avion
POMMELLET, ICA pour le marché français, le radar du Rafale est équipé
n DIRECTEUR GÉNÉRAL, de l’antenne à balayage électronique actif appelée
DIVISION SYSTÈMES DE AESA – Active Electronically Scanned Array -.
MISSION DE DÉFENSE, Cette technologie révolutionnaire développée
THALES
par Thales permet d’améliorer considérablement
Polytechnicien, diplômé de Sup Aero les performances notamment dans les modes de
et du MIT, Pierre Eric Pommelet a détection. Elle laisse aussi entrevoir un fort potentiel
débuté à la DGA avant de devenir d’évolution qui intéresse au plus haut point les clients
chef de Cabinet de Jean-Pierre à l’export d’autant plus que très peu d’industriels
Raffarin, Ministre du commerce de
au niveau mondial disposent de ce savoir-faire
1995 à 1997 et de rejoindre Thales
où, après avoir occupé différentes exceptionnel.
fonctions, il est, depuis 2009,
Directeur Général de la Division des
Systèmes de Mission de Défense.
L
activités de radars aéroportés, et es avions des générations précédentes ger instantanément de direction, ce qui permet
en particulier le développement du sont dotés pour détecter leurs cibles de notamment de rendre indépendante la fonction
radar RBE 2 AESA. En 2005, il a été radars dans lesquels l’onde à rayonner « recherche » de la fonction « pistage » et de trai-
chargé des activités optroniques en direction des cibles recherchées est amplifiée ter un grand nombre de cibles quelles que soient
aéroportées, avant d’être dans un émetteur de puissance, puis dirigée dans leur localisations. Plus généralement, l’agilité de
responsable en 2010 des activités la direction voulue par un déplacement mécanique déplacement du faisceau radar permet la mise
Avions de Combat. de l’antenne. A l’inverse le Rafale est équipé d’un en œuvre simultanée de fonctions qui nécessitent
radar à antenne fixe dont le faisceau est com- chacune des types d’équipements dédiés dans le
mandé électroniquement. Le faisceau peut chan- cas de radars à balayage mécanique.
De l’antenne à balayage au qualificatif « active » attribué à cette nouvelle levée de risque, la DGA lance fin 2006 le déve-
électronique passif à l’antenne génération. Ce principe garantit une augmenta- loppement et l’industrialisation du RBE 2 AESA
à balayage électronique actif tion des distances de détection des cibles, une destiné à équiper la 4e tranche de production du
Les premières générations de radars à balayage fiabilité très haute par l’emploi d’étages d’am- Rafale. Ce développement a mobilisé plusieurs
électronique ont utilisé des antennes de tech- plification à état solide répartis sur un grand centaines d’ingénieurs de différentes spécialités
nologie dite « passive » (Passive Electronically nombre de modules indépendants, une sou- allant de la conception de composants hyper-
Scanned Array, PESA). Dans cette architecture, plesse accrue dans les stratégies de recherche fréquences au traitement de signal temps réel,
comme dans un radar classique, un émetteur et de pistage des cibles, ainsi que la capacité en passant par les bureaux d’étude capables de
produit l’onde électromagnétique de forte puis- de mettre en œuvre de multiples fonctions simul- maîtriser les technologies d’intégration méca-
sance qui est ensuite orientée dans la direction tanées. Elle nécessite toutefois la maîtrise d’un nique et thermique de haute densité imposées
voulue par une lentille électronique. La rapidité ensemble de technologies très spécifiques. par l’environnement contraint de l’avion de com-
du dispositif électronique élimine le délai de bat. Grâce à une collaboration étroite de Thales
changement de direction induit par le mou- Le RBE 2 AESA, fruit d’une longue avec les meilleures entreprises technologiques
vement mécanique de l’antenne. Néanmoins, expérience radar chez THALES européennes (plus de 100 PME travaillent pour la
l’orientation du faisceau dans l’espace étant Après avoir développé depuis le début des an- fabrication du RBE 2), l’antenne active du RBE 2
réalisée en aval de la génération de puissance, nées 80 les radars à balayage mécanique équi- est entièrement assemblée à partir de compo-
les pertes ohmiques liées au dispositif de dépha- pant les différentes versions du Mirage 2000, sants européens.
sage électronique impactent l’efficacité énergé- Thales s’est lancé, avec le soutien de la Direc- Le premier RBE 2 AESA de série a été livré pour
tique du radar. tion générale de l’armement (DGA), dans les l’intégration à l’avion par Dassault Aviation en
L’antenne à balayage électronique actif repose travaux d’étude et de développement du radar à 2011. La livraison des premiers Rafale équi-
sur un panneau composé de plusieurs centaines balayage électronique RBE 2 qui équipa au dé- pés intervient en 2012 au CEAM, puis dans les
de modules actifs. L’application des déphasages but des années 2000 le standard F1 de l’avion Forces à partir de 2013.
appropriés à l’intérieur de chaque module oriente Rafale déployé dans l’aéronavale, puis les Rafale Grâce aux efforts conjoints de THALES, de la DGA
virtuellement le faisceau de l’antenne dans la di- aux standards F2 et F3 aujourd’hui en service. et de Dassault Aviation, le Rafale devient alors le
rection désirée, avant que le signal à transmettre En parallèle au développement du RBE 2 PESA, premier avion de combat européen équipé d’un
ne soit amplifié au sein des différents modules Thales investit sur les nouvelles technologies radar à antenne active, avec des performances
par des amplificateurs à état solide, et rayonné nécessaires pour doter le RBE 2 d’une antenne du meilleur niveau mondial qui confèrent au sys-
dans l’atmosphère. La localisation des étages active. Le premier vol sur Rafale du radar RBE 2 tème d’armes du Rafale une efficacité inégalée.
d’amplification au sein même de l’antenne sup- équipé d’un démonstrateur d’antenne active L’obtention du contrat Rafale Egypte et les
prime l’impact des pertes ohmiques et a conduit a lieu en 2002 et, après des travaux amont de perspectives d’autres contrats à l’export vont
OUTILS DE
TESTEUR PITOT
STATIC
MAINTENANCE
ADSE 650
AÉRONAUTIQUE
TESTEUR DE BATTERIES
EEST 5060 COMPACT
MILLIOHMMÈTRE ADAPTATEURS
D'ATELIER PS/PT
AX 6000
[Link]
SAGEM,
LES YEUX ET LES
GRIFFES DU RAFALE
par Hervé BOUAZIZ, ICA SAGEM, équipementier aéronautique et défense du
Groupe SAFRAN, assure la maîtrise d’œuvre d’éléments
n DIRECTEUR DE LA
STRATÉGIE ET DU BUSINESS critiques pour la performance opérationnelle du Rafale.
DEVELOPMENT SAGEM Lesquels ? Des équipements parfois peu visibles, mais si
essentiels à l’efficacité de l’avion. Il s’agit principalement
Hervé Bouaziz (X88 – SupAéro) du système de navigation à gyrolasers Sigma RL 90,
a commencé sa carrière à la
de l’Optronique Secteur Frontal (OSF, voie Infrarouge),
DGA, où il sera Directeur des
programmes Mirage 2000 N et D.
des autodirecteurs MICA Infrarouge, et de l’Armement
Après avoir été attaché d’armement air-sol modulaire (AASM). Autant d’équipements
adjoint à l’ambassade de France à combinant les technologies de souveraineté cœur de
Washington, il devient chef de la métier de Sagem : l’optronique, la navigation inertielle et
Division des systèmes de forces l’électronique embarquée critique. Les récentes opérations
du Centre d’Analyse de Défense
militaires dans lesquelles le Rafale a été impliqué ont
en 2008 avant d’entrer chez Safran
comme Adjoint au Directeur général
démontré l’indiscutable efficacité du système d’arme, et
Défense et Sécurité et de prendre notamment son aptitude à « entrer en premier » sur des
ses fonctions actuelles chez Sagem théâtres d’opérations complexes. Les succès à l’export
en 2013. qui s’enchaînent « en rafale » couronnent enfin cette
remarquable réussite.
autre. Il est disponible dans trois versions per- des cibles diffuses et éphémères en évitant les
mettant de s’adapter à une palette très large de dommages collatéraux. Avec les engagements Un outil industriel national
conditions d’emploi. Une première version dite récents en opérations extérieures du Rafale, le de classe mondiale pour
INS + GPS, dans laquelle le guidage est assuré AASM a démontré son efficacité opérationnelle soutenir des technologies
de souveraineté
sur coordonnées absolues ou relatives via une puisque plusieurs centaines de tirs ont été ef-
centrale de navigation extrêmement compacte et fectués avec un taux de réussite très proche de Les technologies de
sans parties mobiles (« strap-down ») à base de 100 %. Il a été utilisé avec succès dans le cadre souveraineté, optronique,
navigation inertielle et
la toute dernière technologie gyroscope dévelop- de missions de type DEAD (Destruction of Enne-
électronique embarquée,
pée par SAGEM, le Gyroscope Résonnant Hémis- my Air Defense) contre des sites sol - air. développées par SAGEM
phérique (GRH). La deuxième version dite « Infra- pour garantir la maîtrise d’un
rouge » est dotée en plus d’un imageur et d’une Le cerveau du moteur système d’armes comme le
capacité de reconnaissance pour un guidage Le Rafale est motorisé par deux turboréacteurs Rafale, reposent sur des milliers
d’emplois hautement qualifiés,
terminal métrique. La troisième version est à gui- SAFRAN SNECMA M88 développant chacun
et un outil industriel national
dage laser et a été qualifiée y compris sur cible 7,5 tonnes de poussée. SAGEM réalise pour conséquent, dont la rentabilité
mobile. Le kit arrière dispose d’ailes déployables SNECMA les calculateurs moteurs civils, notam- économique passe par des
et d’un propulseur solide qui confèrent à l’AASM ment CFM 56 et LEAP, et militaires. Le calcula- positions de marché à l’échelle
une portée hors norme pour ce type d’armement, teur RN 2588 du M 88 est de type FADEC (Full mondiale. SAGEM, numéro un
européen et numéro 3 mondial
jusqu’à 60 km, et un domaine de tir extrêmement Authority Digital Engine Control). Il est l’organe
de la navigation inertielle,
étendu qui comprend la très basse altitude. Du intelligent du moteur, critique pour la sécurité des produit ainsi à Montluçon dans
point de vue système, il est le seul armement vols. Chaque moteur est doté, pour des questions sa toute nouvelle usine Coriolis
de sa classe avec un dispositif de stabilisation de redondance, de deux calculateurs dialoguant (60 M€ d’investissement) des
active qui permet de sécuriser la séparation de ensemble qui assurent les fonctions de régula- milliers de gyrolasers et de
GRH pour les marchés terrestre,
l’aéronef quel que soit le porteur, et ce dans une tion, de surveillance notamment vibratoire et de
naval, aéronautique et spatial.
large enveloppe de vol. Opérationnellement, ses protection du moteur. Le savoir-faire de SAGEM La même philosophie d’acteur
capacités de tir à distance de sécurité en font réside dans le développement d’une électro- mondial est de mise pour
une arme de choix pour « l’entrée en premier » nique critique, intégrée et fiable, devant résister l’optronique produite à Poitiers
sur un théâtre d’opération. Sa flexibilité d’emploi à des contraintes d’environnement vibratoire et et Dijon, et pour l’électronique,
produite dans l’usine de
et sa précision répondent particulièrement bien à en température extrêmement sévères, et qui est
Fougères.
l’évolution récente des conflits, où il faut traiter certifiée avec le moteur.
© DGA/Michel Py
[Link]
Meteor_Mica_Mica IR_2
© MBDA UK Limited 2005 LA CONTRIBUTION
DU MISSILIER
À LA POLYVALENCE
DU RAFALE
par Olivier MARTIN, IGA
Le Rafale a été le premier avion de combat de l’armée
n SECRÉTAIRE GÉNÉRAL de l’Air française conçu dès son origine comme un avion
DU GROUPE MBDA
multi-rôle. Cette capacité multi-rôle a été brillamment
Olivier Martin (X77 – ENSTA) a démontrée lors des interventions récentes en Libye,
commencé sa carrière à la DGA au Mali et aujourd’hui en Irak.
avant d’entrer en 1991 chez Matra
C
Défense et de devenir chez Matra
e résultat est le fruit d’une coopération plate-forme et celles de ses armements. C’est
BAE Dynamics (MBD) directeur des
très étroite entre les partenaires indus- un atout français. Il faudra le préserver dans la
programmes anti-surface. En 2003,
triels du Rafale et notamment l’avion- perspective des futures plates-formes qui seront
il dirige l’entité Defence Electronics
neur (Dassault), le radariste (Thalès) et le missilier développées en coopération, notamment au sein
France du groupe EADS, puis la
(MBDA). Cette démarche a porté ses fruits car les du programme de futur drone de combat entre la
stratégie de l’entité Defense &
conditions d’un véritable dialogue, en amont des France et la Grande-Bretagne.
Security SAS d’EADS. Depuis fin
développements, entre la puissance publique, Avec cette coopération, la France a ainsi fait le
2007, il est le Secrétaire Général du
l’avionneur et les industriels responsables des choix de l’efficacité économique en considé-
groupe MBDA.
senseurs et des missiles existent et permettent rant le système d’arme comme un ensemble
de trouver un équilibre entre les exigences de la avion – capteurs - missile optimisé dans le but
L
e hasard des rencontres lui permet, une Istres puis à Cazaux sont couronnés de succès.
Bruno Berthet (X78 – SupAéro) a été dizaine d’années après, de fabriquer en L’opération Epervier confirmera dès 1988 l’inté-
chargé de la guerre électronique série pour le SPAé (Service de la production rêt de la solution retenue, que l’Armée de l’air
et des armements aéroportés à la aéronautique) un émerillon : le voici fournisseur de décidera donc d’étendre au Jaguar au point voi-
DGA. Après avoir été directeur des la DGA. La légende veut qu’en fait aucun industriel lure – choix largement valorisé lors de la guerre
programmes Mirage 2000, il devient (majeur) ne voulait réaliser ce « bout de fil », surtout du Golfe en 1991.
sous-chef Plans Programmes de en urgence … En parallèle, la DGA avait notifié à Rafaut un dé-
l’EMAA et en 2007 directeur adjoint La PME deviendra vraiment équipementier veloppement exploratoire pour le développement
du Développement International dans le domaine des interfaces entre aéronefs d’un éjecteur 14 ’’ / 30 ’’. Rafaut faisait en outre
(DGA). Il rejoint Rafaut fin 2011. de combat et charges, grâce au STAé (Service la promotion d’une poutre d’interface permettant
technique aéronautique) et aux Avions Marcel de coupler deux AUF.2 – démontrant sa capa-
Dassault, sous l’avion d’entraînement Alphajet, cité à prendre en charge une structure de type
avec un éjecteur et un lance-bombes d’entraî- pylône. La société allait donc tout naturellement
nement. En parallèle, sous-traitante aéronautique faire acte de candidature pour les emports des-
civile, notamment de la SNIAS, elle participe aux tinés au Rafale.
débuts de l’aventure d’Airbus. C’est l’époque Dassault Aviation a organisé, à la demande de
où les économistes du milieu expliquaient doc- la direction de programme, la mise en compéti-
tement qu’aéronautique civile et aéronautique tion des moyens d’emport Rafale – en ce début
militaire sont et seront des activités à cycles des années 90, donc bien avant que la notion
forts et contracycliques. Le business model de de plans d’acquisition soit formalisée dans les
Rafaut vise alors un partage sensiblement équi- méthodes de la DGA. Les équipements concer-
valent entre les deux secteurs. Depuis, le succès nés étaient les pylônes des trois points d’emport
commercial d’Airbus a déplacé ce ratio vers 2/3 – qui redevenaient comme pour le Mirage F1
- 1/3, mais l’objectif reste bien le même. des pylônes « universels », capables de l’emport
L’étape suivante sera le choix de la société par la d’armement mais aussi de réservoir largable – et
DTCA/STTE en 1984 pour le développement de l’éjecteur 14 ’’ x 30 ’’.
l’adaptateur bibombe AUF.2 pour le point voilure La volonté d’autonomie nationale conduisait de
du Mirage F1. Il s’agit cette fois d’une véritable facto, très naturellement à l’époque, à restreindre
aérostructure complexe, fortement sollicitée, in- la compétition aux champions nationaux. Das-
tégrant toutes les fonctions air - sol convention- sault lui-même, Alkan et Rafaut, qui venait donc
nelles d’un avion de combat et destinée à l’in- de démontrer ses compétences dans un domaine
tégration sous une voilure dont la susceptibilité connexe, ont été consultés pour les pylônes ; Alk-
au flutter était réputée. Les travaux réalisés en an et Rafaut pour l’éjecteur.
Emérillon de Sécurité Largable RAFAUT… étroite coopération avec la direction des essais Dassault fut alors tenté de se retenir, probable-
Le début de l’aventure en vol de Dassault et le Centre d’essais en vol à ment pour minimiser les risques techniques et
simplifier sa gestion des interfaces. La DCAé/ rement difficile, laborieux et donc long. Le pro- gamme du bureau d’études de la PME Rafaut.
STTE1 poussa néanmoins à un partage : le pylône gramme Rafale, lui, n’avait pas été décalé dans Une centaine de PU 708 sont aujourd’hui en
fuselage sera réalisé par Alkan, le pylône point 12 cette période. Le sujet était donc devenu tout na- service opérationnel. Ils ont largement démon-
par Dassault et le pylône point 2 par Rafaut. turellement très urgent. Les systèmes d’emport tré leur capacité à contribuer au succès de la
Ce choix impliquait cependant des contraintes sont donc redevenus, sous cette pression, des mission du Rafale, tant Air que Marine. Ils em-
particulières. Ce dernier pylône était à l’époque équipements approvisionnés par l’Etat, et des portent sur tous les théâtres réservoirs, mis-
considéré comme le plus complexe à concevoir lettres de commande ont été émises par le STTE. siles de croisière SCALP, bombes de 1000 kg
et à fabriquer car il assure toutes les fonctions Le défi industriel était dès lors amplifié pour Ra- (GBU 24 par exemple), trios de bombes de
des deux autres pylônes dans un volume sensi- faut : fournir des prototypes bons de vol dans un 250 kg (AASM par exemple), sous adaptateur
blement plus restreint. délai maximum de 24 mois. tribombe Rafaut … mais ceci est une autre
En outre, une règle d’or alors en vigueur pour le histoire.
programme Rafale imposait une prise en charge «Ils ont largement Une nouvelle série de soixante est en cours de
par l’industrie de 25 % des coûts de dévelop- fabrication pour la France, à laquelle viennent
démontré leur
pement, démontrant la confiance collective dans s’ajouter les commandes destinées à l’export.
l’exportabilité du produit.
capacité à contribuer La DGA et Dassault Aviation auront donc eu
Dès lors le développement simultané du pylône au succès de la raison de faire confiance pour un équipe-
point 2 et de l’éjecteur dépassait sans doute les mission du Rafale » ment mécaniquement complexe à cette PME
capacités techniques et financières de Rafaut, et qui avait démontré sa capacité à réaliser des
la DGA décida de confier l’éjecteur à la société Ce challenge fut relevé, bien sûr grâce à son équipements militaires assurant des fonctions
Alkan – les dépouillements avaient conduit à des dynamisme, à sa compétence technique et proches, sa volonté de monter en compétence,
résultats très proches, sans doute en sa faveur à sa volonté de réussir ce qui était pour elle et qui était aussi capable de participer à l’aven-
pour le coût complet de possession. un nouveau positionnement stratégique, mais ture Airbus comme sous-traitant de rang 1. Ra-
La consultation avait en fait (un peu) tardé à aussi grâce à la coopération et à la détermi- faut allait dès lors s’appliquer à dégager, avec
être lancée ; son dépouillement, ici rapporté en nation de Dassault qui, une fois les règles ar- succès, les synergies entre ces milieux méca-
quelques lignes rapides, avait été tout particuliè- rêtées, a largement contribué à la montée en niques des aéronautiques civile et militaire.
1) Le directeur était alors l’ingénieur général de l’armement Jacques Vedel, qui deviendra le dernier Directeur des constructions aéronautiques le 1er juillet 1991.
2) Les points d’emport d’un aéronef d’armes sont classiquement repérés à partir du fuselage, en incrémentant vers l’extrémité de voilure : le central est le point 0.
LE RAFALE SOUMIS
AU VENT DES SOUFFLERIES
30 ANS DE CONTRIBUTION DE L’ONERA
La France est une nation associée à l’aéronautique, reconnue comme telle. Parmi les
facteurs différenciants qui permettent à nos industriels de concevoir des aéronefs qui
égalent ou dépassent la concurrence internationale, il y a les compétences et moyens
de l’ONERA. L’expérimentation demeurant un moyen incontournable sur les sujets
d’aérodynamique, le fait que l’ONERA ait développé le parc de souffleries le plus
performant au monde n’est pas étranger aux succès de notre industrie aéronautique
et en particulier du Rafale. Un rapide survol des nombreuses campagnes d’essais, au
total plus de 160, réalisées dans les grandes souffleries de l’ONERA pour le Rafale est
ici proposé.
L
es premiers essais en grandes souffleries
sur le Rafale, ou sur les démonstrateurs
qui l’ont précédé (ACT, ACX), remontent
au tout début des années 80, fin des années 70.
La longue suite des essais s’est alors déroulée
dans les grandes installations de Modane sur
par Patrick WAGNER Trajectographie de l’AM39 Exocet sous Rafale dans la soufflerie S2MA
LE RAFALE DANS
L’ARMÉE DE L’AIR :
LE CHASSEUR OMNI-
par Hubert VAILONG, ICA
n ADJOINT AU SOUS-CHEF
RÔLES EN ACTION
« PRÉPARATION DE L’AVENIR »
À L’ÉTAT-MAJOR DE L’ARMÉE Le 27 juin 2006, sur la base aérienne 113 de Saint-Dizier,
DE L’AIR
Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, déclare
Hubert Vailong (X91, Supaéro 96, le Rafale opérationnel au standard F2 au sein de l’escadron
MIT MS97) a notamment conduit la de chasse 1/7 « Provence » nouvellement réactivé. Le
qualification du standard F2 du Rafale 19 septembre 2014, quelques heures après la décision du
en tant qu’architecte technique, puis
a été directeur du programme MRTT
Président de la République, François Hollande, d’apporter
(avions multi-rôles de ravitaillement une assistance militaire directe à l’Irak, des Rafale F3
en vol et de transport) au sein de mènent les premières frappes de l’opération Chammal
l’unité de management « Avions de contre Daesh. Entre ces deux événements, le Rafale a
mission et de support » de la DGA.
gagné ses galons d’avion « omni-rôles », capable d’assurer
l’ensemble du spectre des missions confiées aux chasseurs
de l’Armée de l’air. Retour sur près de 10 ans d’activité
opérationnelle.
C
commande l’escadron de chasse et
d’expérimentations du CEAM, où il omme le Mirage 2000, le Mirage F1 ou le particulièrement jeune, puisqu’elle vient à peine de
effectue une transition sur Rafale. Mirage III avant lui, le Rafale fait désormais fêter ses quatre-vingts ans !
De retour à Paris, il occupe le poste partie des avions de chasse embléma- Conçu pour remplacer l’ensemble de ses prédé-
d’officier programme Rafale pendant tiques des armées françaises. Symbole de haute cesseurs (7 types d’avions différents), et assurer
2 ans. technologie et de performance, il représente par- les missions les plus complexes, le Rafale incarne
faitement l’Armée de l’air d’aujourd’hui. Une armée l’excellence au cœur des valeurs de l’aviateur. Il
… à « combat proven »
C’est d’ailleurs dans le cadre de l’OTAN que le
Rafale a connu son baptême du feu. Aguerri et
perfectionné en Afghanistan, où il est engagé
début 2007, moins de 9 mois après sa mise
en service opérationnel dans l’Armée de l’air,
et délivre ses premières bombes guidées laser
et ses premiers armements air-sol modulaires
Ravitaillement en vol exercice nuc : un Rafale et un Mirage 2000 armés de l’ASMP-A en ravitaillement sur un C-135 FR (AASM), le Rafale va démontrer toute sa perti-
des FAS.
nence et ses capacités avec l’opération Harmat-
est devenu incontournable pour la réalisation des stratégiques (FAS) arment des « plots », acti- tan au-dessus de la Libye. Dans le cadre d’une
trois missions fondamentales de l’Armée de l’air : vés 24 heures sur 24, afin d’assurer la posture campagne purement aérienne, le Rafale y met en
la dissuasion, la protection et l’intervention. permanente de sûreté en coordination avec les œuvre l’ensemble du spectre de ses armements
moyens de contrôle du commandement de la air - sol, y compris le missile de croisière SCALP-
De « combat ready » … défense aérienne et des opérations aériennes EG. Les incertitudes persistantes sur l’état de la
Le niveau d’engagement des armées françaises (CDAOA). Placés sous les ordres de la Haute menace aérienne font par ailleurs du Rafale le
en dehors de la Métropole a rarement été aussi autorité de la défense aérienne, ils garantissent choix préférentiel pour la première mission de la
élevé et aussi médiatisé. Pourtant, les opérations la souveraineté de l’espace aérien national et campagne (voir encadré). Son armement air - air
extérieures ne sont que la partie émergée de la protection des populations. Des Rafale sont (missiles MICA) et son système d’autoprotection
l’iceberg. Dans l’ombre, l’Armée de l’air assure ainsi prêts à décoller en quelques minutes afin
en permanence deux missions primordiales pour d’intercepter un aéronef hostile en tout point
la sécurité des Français : la dissuasion et la pro- du territoire, ou de participer à des missions de Opération Harmattan :
tection. service public, comme l’assistance en vol ou les première mission
Face aux débats récurrents sur la dissuasion et recherches à la suite d’un accident aérien. Le 19 mars 2011, une première
sa composante aérienne, les forces aériennes La dissuasion et la protection sont rarement patrouille de quatre Rafale est
engagée de manière autonome
stratégiques (FAS) démontrent au quotidien la mises en avant pour illustrer les qualités du Ra-
au départ de la base aérienne 113
pertinence de leur action. Depuis le 1er juillet fale car il y met en œuvre ses armements uni- de Saint-Dizier, dans le nord-est
2010, les Rafale de l’escadron de chasse 1/91 quement en dernier recours, sur ordre du pouvoir de la France, pour assurer une
« Gascogne » armés du missile ASMP-A sont politique (Président de la République et Premier zone d’exclusion aérienne au-
en alerte 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 sur Ministre respectivement). Pourtant, c’est bien dessus de Benghazi. Elle permet
à une seconde patrouille de
la base aérienne 113 de Saint-Dizier, aux côtés sur ces missions, pour lesquelles le Rafale a été
deux Rafale équipés de nacelles
des Mirage 2000N de l’escadron de chasse 2/4 conçu dès l’origine, que l’Armée de l’air s’est RECO NG (AREOS) de recueillir
« La Fayette » et des K/C 135 du groupement construite. Elles lui ont permis de développer la le renseignement nécessaire à
de ravitaillement en vol 2/92 « Bretagne » de la réactivité nécessaire pour intervenir hors de nos la prise de décision politique
base aérienne 125 d’Istres. En combinant leur frontières dans des délais très courts. Grâce au d’engager les premières frappes.
Quelques heures plus tard, deux
entraînement quotidien avec des exercices de niveau d’expertise opérationnelle atteint sur Ra-
autres Rafale équipés d’AASM,
montée en puissance (au sol) et des simulations fale, l’Armée de l’air offre au pouvoir politique un accompagnés par deux Mirage
de raids nucléaires (en vol sans armement réel), système de combat crédible et cohérent, à la fois 2000D, délivrent leur armement
les Rafale, leurs équipages et leur personnel de en termes d’équipements et de compétences. sur des blindés des forces fidèles
mise en œuvre apportent la crédibilité nécessaire C’est pourquoi des Rafale ont été déployés en au Colonel Kadhafi. Cette mission
emblématique a permis de
à notre dissuasion, et garantissent au Président Pologne pour assurer des opérations de police
démontrer toute la polyvalence
de la République la protection des intérêts vitaux du ciel au-dessus de la mer Baltique et des Etats du Rafale ainsi que sa capacité
de la Nation. baltes à la suite de la montée des tensions entre d’entrée en premier, mission parmi
De même, les Rafale du commandement des l’Ukraine et la Russie en 2014. L’effet recherché les plus exigeantes pour toute
forces aériennes (CFA) et des forces aériennes de cette mesure de « réassurance » menée dans force aérienne moderne.
1) Barkhane sur l’ensemble de la bande sahélo - saharienne, Sangaris en République centre-africaine, Sabre au Mali
LE RAFALE MARINE,
UN AVION « COMBAT
PROVEN »
par Bruno Le Rafale marine (RFM) est un avion polyvalent, doté
d’une grande polyvalence lui permettant de s’adapter
THOUVENIN,
à tout type de missions, qu’il s’agisse de supériorité
Contre-amiral
aérienne, de pénétration et d’attaque au sol par tout
n COMMANDANT LA FORCE DE temps, d’attaque à la mer, de reconnaissance tactique
L’AÉRONAUTIQUE NAVALE et stratégique ou de dissuasion nucléaire. Évoluer
(ALAVIA) dans un environnement hostile et exigeant nécessite
par ailleurs du pilote qu’il apprivoise le milieu maritime
Pilote de chasse embarquée en 1986,
il a commandé la Flottille 17F (SEM). et maîtrise les tactiques du combat naval, en liaison
Pilote d’essais en 1992, il a œuvré avec le porte-avions et les frégates. Dans ce contexte
aux développements de programmes et face à des menaces toujours plus imprévisibles, le
aéronautiques et a été officier de
binôme Rafale marine - « marins du ciel » a démontré
programme du RFM, puis officier de
cohérence des systèmes de forces qu’il peut évoluer avec endurance, autonomie et
à l’EMM, OCA Marine et sous-chef polyvalence, surpassant le Super-Étendard Modernisé
d’état-major « Plans et Programmes ». (SEM).
Il est ALAVIA depuis le 1er août 2014.
par Michel
WENCKER,
IGA
n ADJOINT AU SOUS-CHEF
D’ÉTAT-MAJOR « PLANS
ET PROGRAMMES »
B:126 mm
T:120 mm
S:114 mm
Pose d’une verrière sur un Rafale de l’armée de l’air sur la Base Aérienne 113 Saint Dizier.
LE MAINTIEN EN CONDITION
OPÉRATIONNELLE (MCO)
DE LA FLOTTE RAFALE
L
’avion de combat Rafale est optimisé pour Un MCO découlant des principes
une activité moyenne comprise entre 250 et constructifs originels et de
300 heures de vol par an et par avion. Cette l’emploi de l’avion, et du degré de
donnée dimensionne le soutien qu’il convient de lui maturité. Les enjeux
consacrer afin que les pilotes puissent s’entraîner Le Rafale, fruit de générations de savoir-faire
avec la qualité de formation et le niveau d’exigences français uniques dans le domaine de l’aéronau-
requis, pour que les opérations militaires soient réa- tique de combat, bénéficie d’innovations tech-
lisées avec succès. nologiques majeures qui font ses performances,
Or il suffit d’une pièce manquante, parmi les milliers ainsi que d’un système de soutien ayant été
de références du Rafale, pour obérer sa disponibilité encore plus soigneusement étudié que pour les
par Patrick ARMANDO, et le clouer au sol. De plus, au retour de vols, il doit générations précédentes. Les concepts de sou-
IGA être capable de reprendre l’air « rapidement » ; la tien sont étroitement liés aux technologies de
durée entre deux vols (inter-tour) est à maîtriser. Le construction, à leur degré de maîtrise scientifique
n DIRECTEUR ADJOINT
diagnostic des pannes est essentiel. en matière de comportement à l’endommage-
DE LA SIMMAD
Le fait de disposer de la bonne pièce au bon mo- ment, et au plan d’entretien, largement évolutif,
ment au bon endroit pour mettre en vol un Rafale est dérivé de la nature de ces technologies, du do-
Patrick Armando a commencé l’objectif fondamental de l’organisation du MCO, maine d’emploi, de la sévérité des missions.
sa carrière en 1980 au Centre sous réserve que les faits techniques « graves » qui A titre d’exemple :
d’essais aéronautique de Toulouse font peser un risque sur la sécurité des vols et ou la - absence de visite d’entretien périodique pré-
et a été notamment directeur de mission soient traités, que la documentation avion ventif pour la cellule ;
programme du Super Etendard soit à jour de la définition approuvée, que les effets - moteur modulaire ;
modernisé et adjoint gestion au d’usure soient corrigés, que les matériels disposent - gestion des pièces selon leur calcul et dimen-
SPAé. Il a rejoint la SIMMAD le du potentiel technique requis. C’est la mission que sionnement aux charges : fiabilité, limite de
1er septembre 2006 comme chef la SIMMAD, maîtrise d’ouvrage déléguée, gestion- fonctionnement ...
du service contrats finances, puis naire de biens, intégrateur de MCO, doit construire - maintenance selon état : on attend la panne
adjoint Industrie. tout en permettant de disposer à tout moment des pour intervenir.
bons leviers d’action pour en maitriser le coût. La flotte Rafale aujourd’hui a presque 15 ans
d’exploitation opérationnelle ; la flottille des pre-
corollaire est le partage des risques entre Etat Rafale : il s’agit d’appeler les compétences au L’ingénierie de ces marchés de service est carac-
et Industrie, en bonne intelligence. Ceci signifie, bon endroit. Hors armement et équipements de térisée par un mode de rémunération « à l’heure
en particulier, partager, voire pouvoir modéliser, missions, le MCO repose sur trois piliers essen- de vol », bien adapté à la phase de montée en
la LOI du BESOIN : quelles quantités d’actes de tiels (cf. encart n°1) qui représentent l’essentiel puissance ; le principe est qu’à chaque heure de
maintenance ; quels risques ? du dispositif (85 % des dépenses). Il porte des vol, il y a un « endommagement moyen » (des
L’innovation, c’est aussi de savoir particulariser le principes de fonctionnement contractuel nou- OAE tombent en pannes ; des rechanges sont
MCO par domaine technologique en fonction de veaux, qui sont venus bousculer les habitudes consommés …).
facteurs clefs ; c’est de définir le juste besoin ; de travail. Les maîtres d’œuvre étatiques ont dû Ce type de rémunération permet de conserver
c’est de faire évoluer d’un MCO de moyens à un s’adapter et accompagner le « changement » afin une parfaite cohérence entre le besoin opé-
MCO de service ajusté au besoin : de permettre aux nouveaux concepts de donner rationnel et les capacités de financement des
- regroupement des actes de maintenance au la pleine mesure de leur efficacité. états-majors. Le fonctionnement du marché est
sein de contrats forfaitaires globalisés raison-
nablement, à durée optimisée ; Le CODIR Rafale : une gouvernance de haut niveau.
- engagement de résultats en disponibilité/ponc-
Le comité État - Industrie a été mis en place fin 2010. Il se réunit une fois
tualité ;
par an (deux fois au début). Son objectif était la définition et le pilotage
- mécanismes de gouvernance ; de haut niveau de plans d’actions destinés à améliorer la disponibilité
- optimisation et fluidification des interfaces entre opérationnelle de la flotte Rafale. Depuis sa mise en place, un certain
acteurs. nombre d’actions concrètes ont été mises en œuvre permettant une
Un élément fort d’évolution est celui relatif à la amélioration sur la durée de la disponibilité. Deux exemples :
- la mise en place de conseillers techniques dans le cadre d’un plateau
logistique : le MCO a évolué d’une logique de
technique à Saint-Dizier puis Mont-de-Marsan ;
stocks à une logique de flux, dictée par l’évolu- - l’instauration du plateau intermédiaire Rafale pour coordonner, sous la
tion des menaces et sous pression économique, houlette de la SIMMAD, l’action des industriels et des forces.
où l’amélioration de la chaîne logistique, « la sup- Les conseillers techniques ont eu deux champs d’action : aide au
ply chain », devient une exigence forte. diagnostic de cas de pannes complexes permettant une remise en vol plus
rapide des avions concernés ; actions de formation auprès des mécaniciens
Cela nécessite de revoir le positionnement des
de l’Armée de l’air destinées à leur permettre d’appréhender avec
acteurs, de faire intervenir l’Industrie sur un pé- davantage d’autonomie ce type de panne.
rimètre plus vaste afin de libérer des optimisa- Le plateau intermédiaire Rafale a été créé en 2012 pour servir de forum
tions et in fine d’optimiser la disponibilité à coût d’échanges entre l’État et l’Industrie afin de coordonner les actions de tous
maîtrisé. les acteurs du MCO. Sa vocation première est de présenter mensuellement
l’activité prévisionnelle à 3 mois des forces pour mettre en tension les
guichets industriels en fonction des besoins de réactivité, d’alerter les
les solutions mises en place industriels de difficultés techniques et logistiques rencontrées sous les
auprès de l’industrie et avec elle avions ou dans les ateliers et d’élaborer des plans d’actions permettant
La SIMMAD a construit son arborescence d’éviter les effets négatifs sur la disponibilité de crises techniques ou
contractuelle auprès de l’Industrie en transposant logistiques. Après deux années d’existence, la preuve de l’efficacité de ce
plateau a été démontrée.
celle ayant présidé à la réalisation du programme
L
e projet Cognac, et le programme d’arme-
ment corollaire FoMEDEC, est un projet in-
novant qui permettra à l’Armée de l’air de
moderniser et d’optimiser la formation des équipages
« chasse » en l’adaptant aux technologies des avions
de chasse modernes, tel que le Rafale, avec un très
haut niveau d’ambition tout en étant source d’écono-
mie et en réduisant la durée de formation.
Le cockpit du Rafale
rigueur, dextérité, discernement, adaptabilité, des contraintes de plus en plus drastiques sur la durée
capacités aigües d’anticipation et de décision et et le coût de la formation, est à l’origine du défi
un sang-froid à toute épreuve afin de réagir ra- posé à l’Armée de l’air de moderniser et adapter la
par Olivier LE BOT, pidement et faire face aux aléas et dangers de la formation des pilotes de chasse.
Lieutenant-colonel troisième dimension.
Au-delà de ces capacités, il devra également être Cognac, un projet permettant de
n OFFICIER DE COHÉRENCE un « manager de système d’armes », capable d’in- moderniser et pérenniser la forma-
D’ETAT-MAJOR BUREAU tégrer et de synthétiser un volume toujours plus tion des équipages « chasse »
PLANS DE L’ETAT-MAJOR important d’informations afin d’analyser en per- La formation basique des pilotes de chasse est
DE L’ARMÉE DE L’AIR manence et avec sagacité des situations tactiques aujourd’hui réalisée en deux temps. La première
Olivier Le Bot (EA95) est pilote de complexes, et ainsi être en mesure d’adapter le partie, appelée « pré-spécialisation chasse », a
chasse et totalise 2 500 heures de déroulement de sa mission en vue d’atteindre les lieu sur la base aérienne de Cognac, sur TB30
vol et 127 missions de guerre. Après objectifs assignés. Epsilon, tandis que la seconde, dite « spéciali-
avoir commandé l’Ecole de Transition L’outil de formation doit absolument combiner sation chasse », s’effectue sur les Alphajet qui
Opérationnelle (formation au combat le développement de cette dualité, de ces deux équipent la base aérienne de Tours.
aérien des pilotes de chasse), il est visages indissociables du pilote de chasse, en L’Epsilon et l’Alphajet accusent leur âge. A l’ho-
officier de cohérence en charge de particulier pour les pilotes de Rafale, un système rizon 2016, les TB30 seront en service depuis
l’expertise dans les domaines de omnirôle1 et en constante évolution, ce qui néces- 30 ans, les Alphajet de l’Ecole de Chasse de-
la simulation et de la formation des site des compétences toujours plus pointues, dans puis 35 ans, et surtout, sans amélioration si-
pilotes de chasse. l’ensemble des missions à conduire par les équi- gnificative de leurs systèmes. Ces appareils ne
pages Rafale. Ce contexte, auquel s’ajoutent les sont plus adaptés à la formation d’équipages
qui mettent en œuvre des appareils de dernière Un système de formation employables dans tout le spectre des opérations,
génération comme le Rafale. En effet, l’absence modernisé ouvert aux coopérations un « deuxième cercle » de pilotes s’appuyant sur
de système de mission moderne ne permet pas internationales un entraînement régulier sur avions d’armes et sur
l’acquisition précoce des compétences pourtant Fort de l’expérience franco-belge réussie d’AJeTS3 des moyens de substitution (avion de complément,
indispensables à la gestion de systèmes com- et de multiples actions bilatérales, le projet Cognac simulation) suffisamment évolués, sera capable de
plexes. sera naturellement ouvert à plusieurs formes de rapidement monter en puissance. Ce deuxième
La vision Cognac s’inscrit ainsi dans une dé- coopérations. La future école aura, en effet, voca- cercle pourra suppléer le premier pour certaines
marche de refonte globale de la formation des tion à former des pilotes de chasse au profit de nos missions, notamment dans les opérations dites
équipages de l’Armée de l’air, qui vise à opti- partenaires européens, renforçant l’Europe de la de « faible intensité », conférant à l’Armée de l’air
miser leur adaptation aux appareils de dernière défense et l’interopérabilité de nos armées de l’air, la capacité à durer et à intervenir sur plusieurs
génération. Elle s’appuie notamment sur l’ac- mais aussi d’autres nations souhaitant bénéficier théâtres simultanément.
quisition d’un avion de formation doté d’une du savoir-faire français en la matière, voie d’entrée
avionique moderne, dont les systèmes intégrés privilégiée pour un éventuel emploi d’équipements Un projet vertueux qui répond aux
de gestion de mission répondent aux mêmes français au sein de leurs armées de l’air. défis de la formation des pilotes
logiques que ceux des chasseurs de première de chasse
ligne. Il en découlera un cursus de formation Un projet permettant la mise en Extrêmement novateur et audacieux, le projet Co-
nouveau, dans lequel l’apprentissage simultané place de la différenciation de l’en- gnac répond donc à de multiples enjeux. Il mo-
des maniements du vecteur et de son système, traînement au travers d’un deu- dernisera et améliorera la formation des pilotes de
la part accrue de la simulation, au sol et em- xième cercle de pilotes de chasse chasse, pour un coût moindre, et offrira à la France
barquée, et le concept de downloading2 permet- Dans un cadre budgétaire toujours plus res- des opportunités de coopérations internationales
tront d’élargir le périmètre de la formation tout treint, il faut également relever le défi de disposer en proposant une alternative attractive et de
en réduisant le volume d’heures de vol total à d’équipages en nombre suffisant tout en ayant la haut niveau pour les pilotes étrangers. Il permet-
réaliser. capacité de leur fournir un niveau d’entraînement tra également de mettre en œuvre les principes
Ce nouveau programme permettra de mieux à même de garantir une extrême réactivité et un d’entraînement différencié, avec la création d’un
préparer les pilotes de chasse à leur futur envi- haut niveau de performance4. Face à un format deuxième cercle de pilotes de chasse, rendant
ronnement, de réduire la durée de leur forma- de l’aviation de chasse en forte réduction, la dif- possible le respect des contrats opérationnels
tion d’environ six mois grâce à la fusion de deux férenciation de l’entraînement apparaît comme le de l’Armée de l’air dans le cadre du format de
phases en une. L’apprentissage, aujourd’hui seul moyen de respecter ces exigences afin de l’aviation de chasse défini par le Livre blanc sur
réalisé sur deux types d’avion différents, se fera permettre à l’Armée de l’air d’être en mesure de la défense et la sécurité nationale et en diminuant
sur un seul aéronef à l’avionique beaucoup plus remplir ses contrats opérationnels. Ainsi au-delà le coût du maintien des compétences de ses équi-
moderne. d’un « premier cercle » de pilotes immédiatement pages.
1) Le Rafale est capable de réaliser des missions de défense aérienne, de dissuasion nucléaire, d’assaut conventionnel, de délivrer des armements guidés laser, guidés GPS ou des missiles
de croisière et d’effectuer des missions de reconnaissance.
2) Downloading : démarche technico-pédagogique qui permet à l’élève pilote d’acquérir sur un avion de formation, des compétences jusqu’alors développées sur avion d’armes (rapport du
Centre de recherche de l’Armée de l’air (CReA) « Optimisation de la formation du pilote de combat par downloading », par Julien Donnot et Vincent Ferrari).
3) AJeTS « Advanced Jet Training School » : école franco-belge de formation des pilotes de chasse créée en 2004. Cette école est également ouverte aux autres nations européennes ;
au-delà des pilotes belges, elle accueille notamment des pilotes Anglais, Italiens et Allemands.
4) Sans un entraînement adapté, au minimum de 180 heures de vol complétées par 70 heures de simulateur, par équipage « chasse » et par an, l’Armée de l’air ne serait pas en mesure de
répondre aux multiples sollicitations avec la réactivité et l’excellence attendues, comme l’ont démontré les derniers engagements en Libye, au Mali ou en Irak.
Ravitaillement en vol par un C135 ravitailleur d’un avion Rafale entre N’Djamena au Tchad et un objectif ciblé au Mali.
© Armée française - opérations militaires OPEX).
© 1/7 « Provence »
LE RAFALE EN STAGE OPS
UN JEUNE IA À SAINT DIZIER Le blason de l’escadron 1/7
« Provence » regroupe les symboles
des trois escadrilles qui le composent :
Spa 15, 77 & 162.
D
e la promotion 2010 de l’Ecole Poly- opération extérieure sur une courte période. Au A mille milles de tout MCO
technique, j’ai intégré le corps de l’Ar- sein du détachement chasse, il m’a ainsi été pos- Un pilote de chasse égaré au milieu de ces
mement en 2013. Ma passion pour les sible de découvrir le milieu opérationnel jusqu’à contrées n’a plus la même valeur marchande
avions a guidé mon début d’orientation profes- l’ultime jalon. que les pilotes des années 1930. Le meurtre
sionnelle ; c’est à Istres, au Centre d’Essais en Le contexte d’opération au Tchad est celui de médiatisé, en janvier 2015, d’un pilote Jorda-
Vol, dans le cadre du développement de l’avion l’opération Barkhane opérant sur la bande Sahé- nien éjecté en Syrie fournit un triste aperçu de la
de combat Rafale, que j’ai la chance d’effectuer lo-Saharienne (« BSS »). Les pays compris par politique que mènent ces extrémistes religieux.
mon premier poste en septembre 2015. Actuel- cette désignation territoriale s’étendent de la Les hommes, dans leur avion, volent au-dessus
lement, je réalise un stage opérationnel de trois Mauritanie au Tchad, en passant par le Mali et de territoires hostiles. Ils sont conscients des
mois sur la base de Saint-Dizier. J’ai l’honneur le Niger. Cette vaste région géographique hérite risques que procure une évacuation d’urgence.
d’être accueilli par escadron 1/7 « Provence » de l’histoire millénaire des tribus nomades. Pour Ainsi emportent-ils pour se défendre un pistolet
pour appréhender le Rafale, ses systèmes et les les pilotes de l’Aéropostale des années 1930 automatique et deux chargeurs, une ration de
équipes qui l’entourent. Dans ce cadre, j’ai eu qui survolaient ces territoires, il n’était pas rare combat pour se nourrir et de la monnaie son-
l’opportunité de partir à N’Djamena au Tchad en qu’un moteur capote au dessus du désert. Tom- nante et trébuchante pour négocier leur pas-
bés entre les mains d’une caravane, ces pilotes sage. Mais la possibilité d’une éjection n’est à
devenaient une monnaie d’échange de choix. envisager qu’en dernier recours. Le sol qui défile
Mermoz lui-même compte parmi l’un de ces au-dessous d’eux appartient à un monde qui
otages. n’est pas le leur. C’est l’excellente fiabilité des
Aujourd’hui, les groupes armés agissant au nom moyens techniques mis à leur disposition qui
d’Allah ont probablement perdu les lettres de permet aux pilotes de guerre d’accepter psycho-
noblesse que leur adressait Saint-Exupéry dans logiquement la réalisation d’une mission.
ses écrits. Un vent d’idéologie se répand dans De la Base de N’Djamena, des Rafale décollent
les communautés religieuses. Il souffle sur les tous les jours pour des missions diverses dans la
corpuscules armés et les rallie sur son passage « BSS ». Une préparation minutieuse des équipes,
© photo de l’auteur.
de réussite, la France emploie les efforts d’hommes génieur qu’incombe la responsabilité d’adapter
(et de femmes) qui s’impliquent dans l’action, sou- les remarques des utilisateurs aux innovations
vent par passion et patriotisme. techniques des constructeurs. Avoir appréhen-
L’humain a ses propres limites. Il est probable dé l’Armée de l’air de l’intérieur pendant une
Je remercie les personnels de l’escadron 1/7 « Provence »
qu’aujourd’hui ce ne soit plus la technologie de courte période me permet d’être moins anal- pour le temps qu’ils ont su m’accorder, me faisant
la machine qui limite une opération mais bien phabète dans la lecture des codes inhérents à découvrir l’environnement Rafale jusque dans des missions
d’entraînement.
l’homme, au contact avec les systèmes sophisti- la culture d’un escadron et aux problématiques
qués mis en place. liées aux opérations extérieures. core des hommes qui utilisent ces systèmes.
Le développement du Rafale consiste en l’incor- L’état d’esprit des équipes et des équipages
poration dans l’avion de moyens techniques de Le stage opérationnel au sein de l’Armée de conditionne les équipements. Bien sûr, la
plus en plus performants tels que le radar, les l’air m’a enseigné l’essentiel en un mot : les technique et la technologie sont au service de
différents systèmes optroniques, le système de hommes. En effet, ce sont des hommes qui l’efficacité de l’action ; mais la clé de l’action
guerre électronique, ou encore la capacité de tir mettent en œuvre les systèmes et ce sont en- demeure les hommes.
L’ISAE-SUPAERO
– UN INSTITUT EN MOUVEMENT
L’ISAE - SUPAERO, produit du rapprochement de SUPAERO et de l’ENSICA, est une
référence mondiale pour l’enseignement supérieur et la recherche dans les domaines
de l’aéronautique et de l’espace. Parmi ses principales caractéristiques : des formations
d’ingénieur « architecte système » au meilleur niveau mondial ; une recherche de
renommée internationale et en forte croissance ; des partenariats avec les plus grandes
universités étrangères ; une coopération très étroite avec les entreprises du secteur
aérospatial.
Nouvelle entrée du campus Sup Aéro en septembre 2015 Une recherche d’avenir, en prise
Leader mondial de l’enseignement directe avec l’industrie
supérieur pour l’ingénierie Dans le domaine de la recherche, le foisonne-
aérospatiale ment des travaux est tel que je ne peux que le
Dans le domaine de la formation, l’ISAE - SU- survoler. Mais les indicateurs sont là, excellents.
PAERO est le leader mondial de l’enseignement Nous affichons en particulier une croissance
supérieur appliqué aux domaines aéronautique et très forte du chiffre d’affaires direct de notre
spatial. Il propose une palette exceptionnelle de recherche qui a progressé de près de 30 % en
formations de haut niveau scientifique et tech- 2014. La reconnaissance des travaux de nos
nique : 2 formations d’ingénieurs dont SUPAERO, équipes de recherche se traduit désormais régu-
ANN
FRENCH HAUTE COUTURE
SINCE 1915
EUROSAE :
LA SOCIETE DE REFERENCE
POUR LA FORMATION CONTINUE
D’INGENIEURS ET CADRES DANS LE DOMAINE
DES HAUTES TECHNOLOGIES
A propos d’EUROSAE :
EUROSAE est une filiale de l’Institut Supérieur de l’Aéronautique et de l’Espace (ISAE-SUPAERO), VISIT US AT
leader français des formations aéronautiques et spatiales et l’Ecole Nationale Supérieure HALL CONCORDE
de Techniques Avancées, (ENSTA PARISTECH) expert français des systèmes complexes Stand N° 14
appliqués à l’énergie et au transport.
Contact Jacquelot PE :
Yann JACQUIN - Directeur Général
yjacquin@[Link]
[Link].57
3, Avenue Jean Rostand
78190 TRAPPES
LE LEADERSHIP
PAR LA CONFIANCE
Une valeur éternelle, … et nouvelle
par Jérôme de Dinechin, ICA
n CGARM SECTION CARRIÈRES, COACH
Au cœur de la rosace :
leadership et confiance
Je ne vois pas de plus belle illustration de la
confiance que celle des premiers pas, lorsque
l’enfant se décide à lâcher le support qu’il te-
nait, pour se lancer vers l’adulte qui l’appelle.
De l’autre côté, le leadership consiste à af-
firmer son rôle de meneur d’hommes, par
l’attitude, la parole, les actes. Le leadership,
qui apparaît spontanément dans tout groupe
humain ou animal, s’affirme par la force, l’in-
trigue, le savoir, la terreur, la loi, …
Aussi, la première question est de savoir si
nous souhaitons que la confiance devienne
notre moteur de leadership. Si nous sommes
convaincus qu’elle sera utile pour nous. Ou
encore, si nous voulons miser sur cette valeur
pour « faire vivre des relations de travail moti-
vantes avec les personnes ».
La rosace de la confiance
Premier axe : rappellent rapidement. L’acceptons-nous, profond. L’expérience montre que les incohé-
re-choisir sa responsabilité qu’est-ce que cela signifie pour nous ? rences temporaires durent longtemps, et que
Pour mettre en œuvre la confiance, tour- Il nous faut trouver une cohérence entre nos les compromissions brouillent la lucidité. Et
nons-nous en premier lieu vers notre propre « moteurs intérieurs » et les valeurs de l’en- nous n’avons qu’une seule vie…
rôle, au sein de l’organisation que nous ser- treprise. Savoir pourquoi nous sommes là. Il Pour éclairer ce point, interrogeons-nous :
vons. En assumant un rôle de cadre, nous nous faut aussi être lucides sur nos incitations sommes-nous bienveillants vis-à-vis de l’ins-
sommes une courroie de transmission dans les extérieures (salaire, position, avantages) qui titution que nous servons ? Cela nourrit-il
valeurs et dans l’agir. Nous endossons un rôle peuvent dans certains cas nous faire accep- notre estime de nous-mêmes ou une part
de chef, et si nous l’oublions, les autres nous le ter des incohérences par rapport à notre être de nous trouve-t-elle cela « dégradant » ?
Le vivons-nous bien également par rapport aux fait de comprendre le point de vue de l’autre, reux, compatissant, intéressé à ce qui arrive
autres ? En définitive, comment vivons-nous même si nous ne l’approuvons pas. Nous pou- aux personnes, cadeaux), notre langage lu-
notre mission, et sommes-nous capables de la vons ainsi tomber d’accord sur le fait que nous dique (léger, amusé, capable de dédramatiser
re-choisir aujourd’hui ? ne sommes pas d’accord. Une telle approche avec humour) ou notre langage directif (donner
bienveillante permet même de reconstruire un ordre, prendre une décision en face et s’y
Deuxième axe : construire des une relation mal engagée. tenir). Pour le quatrième langage, « informatif
relations dans une posture bien- – interrogatif », j’ai observé que les ingénieurs
veillante Troisième axe : tenir compte n’ont besoin d’aucun conseil
Dans un rôle de chef, nombreuses sont les oc- des profils psychologiques
casions de rencontre. Elles peuvent être mises Beaucoup de temps a passé depuis le moment Quatrième axe : incarner
à profit pour construire des relations moti- où l’on ne voulait voir qu’une seule tête. Nous le leadership en paroles
vantes. Dans ce domaine, l’image du chef qui sommes tous différents par nos manières de Dans les différentes manières de travailler, la
sait et qui exige doit faire place à une image communiquer et nos ressorts internes. En confrontation à un groupe reste la plus angois-
du chef qui écoute et questionne. Ce que les prenant le modèle de la « Process Comm », sante. Et pourtant, elle est inévitable pour un
psychologues appellent la « position basse ». chacun a été marqué dans son enfance par chef. La prise de parole a un effet symbolique
De fait, les enquêtes sur le bien-être des l’un des six types de caractères (sa base), et majeur, car elle fonde et traduit l’existence
cadres mettent en avant, juste derrière la ré- vit aujourd’hui selon un autre de ces mêmes d’un groupe de personnes. D’autres leviers
munération, le sentiment de participer aux dé- types (sa phase). On ne parle pas, on ne mo- existent bien sûr, mais plus que tout autre, la
cisions… et pour cela, avoir voix au chapitre. tive pas de la même manière un travaillomane, prise de parole vous positionne et vous donne
Cela est plus facile à dire qu’à faire, car partir un persévérant, un empathique, un rêveur, un une légitimité.
de l’autre n’est pas naturel. Dans une logique rebelle ou un promoteur (types de l.a Process Réciproquement, le leader, souvent soumis à
d’efficacité, nous privilégions l’information Comm). une forte pression la transmet inconsciem-
« objective » à l’écoute de la personne. Je vous Plus grave encore, on peut démotiver sans ment à son équipe et cela pèse d’autant plus
invite à faire l’essai de vous observer dans les s’en rendre compte une personne, et la faire que ce n’est pas explicité. Regarder la diffi-
jours qui viennent, et dans une discussion tomber dans son scénario d’échec. Voir l’ar- culté en face a le mérite de mettre des mots
sans trop d’enjeu, de faire l’effort de répondre ticle d’un précédent magazine sur « mes col- et un contenu clair sur un ressenti jusque là
« en partant du point de vue de votre interlocu- laborateurs sont nuls, et si j’en étais respon- mystérieux et menaçant. J’ai parfois entendu
teur » plutôt que de votre propre point de vue. sable ». « Enfin, nous savons contre quoi nous battre »
Nous pourrions craindre de perdre notre as- Or, nous sommes nous-mêmes d’un type par- après une annonce d’un très mauvais résultat.
cendant en prenant cette position basse. En ticulier, avec une langue natale particulière. Mais la prise de parole en public ne s’improvise
réalité, nous ne faisons qu’ajouter à notre C’est notre responsabilité de patron d’ap- pas. Elle ne se copie pas non plus ! Chacun a
palette d’outils un mécanisme de motivation prendre à parler les autres langues de la le pouvoir de mettre en avant ses propres ta-
puissant : la compréhension. Nous ne perdons communication. Nous prenons bien des cours lents dans ses prises de parole, et de devenir
pas notre autorité, c’est-à-dire le rappel à la d’anglais pour pouvoir travailler en contexte un orateur apprécié. Les jeunes diplômés que
règle lorsque c’est nécessaire, et la décision international. Pourquoi ne pas apprendre à j’ai fait travailler sur ce sujet considéraient
d’accorder des moyens ; mais nous ajoutons le mieux utiliser notre langage nourricier (chaleu- initialement la prise de parole comme un
Comme chaque année la CAIA vous invite à participer au prochain Gala de l’armement qui
se tiendra le vendredi 16 octobre 2015 dans les salons de l’Hôtel lntercontinental Paris Le
Grand. Cette manifestation organisée au bénéfice de la caisse de secours de la CAIA réunit la
communauté des ingénieurs de l’armement et de tous ceux qui œuvrent tant dans la défense
nationale que dans les autres domaines où le corps rayonne.
Lors de la précédente édition, notre camarade Laurent Collet-Billon nous a fait l’honneur de sa
présence aux côtés de notre président Philippe Roger et de nombreux dirigeants d’entreprises.
par
Pour 2015, nous comptons tout particulièrement sur votre présence pour renforcer les liens
Frédéric Guir,
intersectoriels au sein de notre amicale. Tout d’abord nous nous adressons aux ingénieurs de
ICA
l’armement en poste à la DGA pour qu’ils viennent rehausser l’éclat de cette soirée de gala, qu’ils
Vice-président Gala
soient invités par un industriel ou qu’ils souhaitent participer à titre individuel. Nous n’oublions pas
non plus tous les ingénieurs de l’armement qui travaillent dans les autres secteurs d’activité, et
pour ceux qui dirigent des entreprises, nous les engageons à contribuer au succès de cette soirée
en y réservant une table.
Je souhaiterais que chacun se mobilise pour la réussite de notre gala soit en acceptant d’y
participer en honorant l’invitation qu’il aura reçue, soit en réunissant des camarades pour savourer
ensemble ce grand moment de convivialité.
information et réservation :
gala@[Link] - tél. : 01 56 81 16 93
BIENVENUE
AUX JEUNES IA
DE LA PROMOTION X 2012
par Jérôme de Dinechin, ICA
n CGARM SECTION CARRIÈRES, COACH
Bpifrance offre depuis le 1er janvier 2014 un financement bancaire sous forme de prêt par-
SOFiRED est désormais ticipatif particulièrement adapté aux PME de plus de trois ans et financièrement saines dont
une filiale l’activité est liée à la Défense, directement ou indirectement, pour financer en partenariat
à 100 du groupe Bpifrance (cofinancement) :
Le ministère de la Défense l des pro ets de croissance d e oppe ent ac isition o de trans ission porte rs
et Bpifrance d e p ois d rab es
ont créé par convention l et en partic ier des in estisse ents at rie s et i at rie s e besoin en fonds
le Prêt SOFiRED-PME Défense de ro e ent des rachats d actifs des ac isitions de titres et des re bo rse ents
de co ptes co rants en cas de reprise .
Ce prêt participatif Ce prêt participatif de 100 K€ à 1 M€ à taux fixe sur une durée de 7 ans, avec 2 ans de
finance le développement différé d’amortissement du capital, apporte les avantages suivants :
des PME de Défense
l des capita propres renforc s n ei e r effet de e ier
l non di tif entreprene r pr ser e son ind pendance
l a c ne arantie personne e ni s ret e i e
o re co ac :
lc ab e a ec to te a tre inter ention en finance ent o en arantie de
a l ielecki
l. : pifrance.
or able :
mail : [Link]@[Link] Le prêt SOFiRED-PME Défense est disponible sur un mini site internet dédié :
[Link]
@sofiredfr
Défense
Partout où l’enjeu est essentiel, nous sommes là
FRAPPE DE PRÉCISION
Assurer l’effet voulu, en évitant
les dommages collatéraux DÉTECTION DES MENACES
Assurer une alerte avancée, établir
les priorités, réagir au plus vite
CYBERDÉFENSE
Protéger activement
CONNAISSANCE DE LA SITUATION TACTIQUE le cyberespace COMMUNICATIONS EN RÉSEAU
Accélérer le tempo opérationnel, partager Accélérer le processus décisionnel
l’information au sein des forces et avec nos alliés dans le feu de l’action
Chaque jour, des millions de décisions critiques sont prises dans la défense
pour protéger les populations, les infrastructures et les nations. Thales est
au coeur du processus. Nos solutions servent tous les milieux traditionnels
(air, terre, mer, espace) et les nouveaux environnements (combat urbain,
cyberguerre), les opérations de coalition ainsi que la sécurité urbaine et la
cyberguerre. Nos technologies intégrées donnent aux décideurs
l’information, l’équipement et le contrôle dont ils ont besoin pour
répondre plus efficacement dans les environnements critiques. Partout,
avec nos clients, nous faisons la différence.
CARNET PRO
12:17
N O M I N AT I O N S D G A
DÉCORATIONS
Mouvements de mars
Nom Prénom Départ Arrivée
DAL François-Olivier DP HDSE EMAT
NOUREAU Jean-Christophe DI DP AC
QUINOT Claude HDSE DRH AC
STOFFT François HDSE DS ITE
CARON Guy Détaché AFF TEMP AFF
THERET Damien DT Détaché OCCAR
BELLEC Jean-René Détaché DO SMCO
THOME Emmanuel DT DO AC
TDATELS
[Link]
al
inim
m
on im ale
ax
si
em
ses
ite
édu
p os
r
tiq
ue
tac
Coût de
tiq
gis
Efficacité
e i nt e l o
lutives
p r
formes
Em
évo
late
es
Sol é
utions interarm
-p
lti
s mu
té
Ca paci
[Link]