Chapitre 5.
Fissions et Fusions Nucléaires
5.1 Fission nucléaire provoquée
Suite à la découverte de la radioactivité artificielle par les Curie-Jolliots
en 1934 avec les particules α, Fermi a décidé de poursuivre la recherche
dans ce domaine avec des neutrons (plus facile d’entrer dans les noyaux
pour provoquer des transformations).
– Il a produit la radioactivité artificielle dans le fluor, l’aluminium, etc.,
près de 40 au total. Puis finalement, l’uranium.
les noyaux lourds bombardés se transforment en un isotope plus
lourd en absorbant le neutron, puis se désintègrent par la
désintégration β:
– Mais l’uranium (Z=92) était l’élément à la fin de la table périodique en
1934. Effectivement Fermi a créé un nouvel élément avec Z=93!
– En plus il a observé plusieurs composantes de β avec des τ différents
le nouvel élément se désintègre dans la voie de β à son tour,
donnant naissance ainsi à un élément avec Z=94.
– la chaîne de désintégration pourrait encore continuer pour
produire des éléments trans-uraniques
une découverte très importante: le taux de réaction augmente si les
neutrons sont filtrés par des matériaux hydrogènes (paraffine, eau, etc.).
– Les neutrons sont ralentis efficacement par des diffusions élastiques
avec les noyaux d’hydrogène. Ils passent plus de temps dans les noyaux
de cible, donc ont plus de probabilité d’être capturés. 1
Mais ce qui s’était avéré difficile, et déconcertant, c’était l’identification
des éléments transuraniques dans l’échantillon d’uranium après l’activation
par neutrons. Dans la poursuit, O. Hahn et F. Strassmann ont découvert un
phénomène inattendu: la fission d’uranium.
– Ils ont démontré que parmi les produits de réaction il y avait des
nuclides ayant les propriétés chimiques du baryum, qui a un Z (56) loin
de celui de l’uranium, contrairement à ce qu’on attendait d’une chaîne
de désintégration.
La théorie de fission basée sur le modèle de la goutte de liquide a été
donnée pat L. Meitner et O. Frisch, qui a adopté le nom fission de biologie.
Ils ont en plus prédit qu’une libération d’une quantité importante d’énergie
accompagnerait la fission!
– Il a été aussi observé que dans la fission, un ou plusieurs neutrons se
trouvent dans l’état final, indiquant une réaction en chaîne, fait
(premier réacteur nucléaire) réalisé par Fermi en 1942 à Chicago.
La fission spontanée d’uranium a été observée en 1940 par Flerov et
Petrjak. La demi-vie est dans l’ordre de 1014 ans (une fission par minute
dans un gramme d’uranium naturel). Le taux de désintégration α d’uranium
est un million de fois plus important.
Le premier élément trans-uranique, Np (Neptunium, Z=93) identifié en 1940
par McMillan et Abelson. Ensuite une série de découvertes (1940-1950)
faites par l’équipe de Seaborg avec le cyclotron à Berkeley: Pu (Plutonium),
Am (Américium), Cm(Curium), Bk(Berkelium), Cf(Californium). 2
Phénoménologie de la fission
Le phénomène de fission peut être décrit qualitativement et
quantitativement sur la base du modèle de la goutte de liquide
– Selon le modèle de la goutte de liquide, la forme d’un noyau est sphérique
pour les grands noyaux, la forme sphérique n’est pas nécessairement
très stable. Ils se mettent facilement à vaciller.
une perturbation externe, tel qu’un neutron incident, pourrait
déformer le noyau, par exemple l’élonger.
– Si la déformation est suffisamment importante, la situation est instable
la répulsion de Coulomb entre les deux bouts de l’élongation peut
produire une structure de deux lobes, qui accentue encore la
répulsion, jusqu’à ce que la goutte initiale soit complètement cassée
en deux ou même plusieurs gouttelettes ⇒ fission
Si la déformation n’est pas
très importante, la goutte de
liquide pourrait former un état
excité du noyau composé
– par la suite se désexcite,
par l’émission d’un photon,
à l’état plus stable de
noyau avec A+1
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à partir de quel Z les noyaux deviennent instables envers la fission ? (au-
dessus de cette valeur la répulsion coulombienne l’emporte sur l’attraction
de force nucléaire)
– Considérons qu’une goutte de
liquide sphérique de rayon R
déformée à un ellipsoïde de
rotation avec deux axes a et b
– Le volume reste constant, puisque c’est une goutte de liquide, mais la
surface (donc énergie) change. Volume :
la surface d’un ellipsoïde de rotation est
– Pour une déformation faible, on peut poser
pour faible e :
donc :
avec
la surface :
encore une approximation :
– on arrive au : 4
l’augmentation de la surface est
– Le changement de surface entraîne un changement d’énergie de
surface et d’énergie de Coulomb. Selon le modèle de la goutte de
liquide (formule de Weizsäcker), les changements sont
– L’énergie de coulomb est calculée avec la formule
on peut aussi obtenir le changement en considérant que
l’augmentation de surface équivaut à une transformation
– la déformation augmente l’énergie de surface, tandis qu’elle diminue
l’énergie de Coulomb. Ces deux termes d’énergie contribuent
négativement à l’énergie de liaison, donc ils ont des effets opposés sur
la stabilité du noyau.
Si le changement total est négatif, le noyau déformé est plus
stable, donc une fission s’est produite. La condition pour
l’instabilité est :
⇒
C’est le cas pour les noyaux avec Z>114 et A>270. Ces noyaux se
cassent en deux ou plusieurs aussitôt qu’ils se forment (temps de
vie ≲ 10-12 s), ils ne peuvent donc pas exister dans la nature 5
Pour les noyaux avec (tous les noyaux connus) la forme sphérique
est stable envers les petites déformations (barrière de fission)
– Mais la fission spontanée n’est pas interdite complètement
l’énergie de liaison et l’effet quantique de tunnel
– la variation de EL/A en fonction de A montre qu’un processus de
fission spontané en 2 (éventuellement 3) fragments d’un noyau lourd
est en principe énergiquement possible, puisque cette valeur est plus
petite pour les noyaux lourds
exemple simple : un noyau lourd de paire-paire se fragmente en
deux noyaux filles identiques. La différence de l’énergie de liaison,
en négligeant les termes de la mécanique quantiques, est
ΔEL > 0 à partir de Z2>17.23A : la condition où les deux noyaux
filles sont plus fortement liés que le noyau mère
– dans la région où la forme sphérique du noyau est stable
contre les faibles perturbations, il est néanmoins favorable,
énergiquement, pour que le noyau se fragmente en deux noyaux légers.
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