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Introduction à la philosophie morale

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PLAN DU COURS

INTRODUCTION GENERALE :

1. Qu’est-ce que la morale ?


2. Qu’est-ce que la philosophie morale ?

PREMIERE PARTIE. L’homme comme animal normatif : Les grands


questionnements philosophiques de la morale

1- La question de Socrate : Comment doit-on vivre ?


2- La question de Kant : Que dois-je faire ?
3- La morale comme fait de la passion ou l’appétit général pour le bien (David Hume)
4- Nécessité pratique et raisons internes (Bernard Williams)
5- Libéralisme moral : la fin de la morale ?

DEUXIEME PARTIE : Les grandes orientations de la philosophie morale.

1- L’approche téléologique ou morale eudémoniste


I-1- Platon et l’idée du Bien
I-2- Aristote et le Souverain Bien
I-3- Saint Thomas d’Aquin et la Béatitude

I- L’approche utilitariste et conséquentialiste ou morale hédoniste


II- II-1- Jérémy BENTHAM
II-2- John STUART MILL

III- L’approche déontologique


III-1- Le déontologisme kantien
III-2- Le déontologisme rawlsien
III-3- Le déontologisme habermassien

TROISIEME PARTIE : APPROCHE CRITIQUE

I- Critique de l’eudémonisme
II- Critique de l’hédonisme

Dr ONDOBO ROBERT

1
III- Critique du déontologisme
IV- L’éthique de la vertu

CONCLUSION GENERALE

1. BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE :
1- Aristote, Ethique à Nicomaque ;
2- Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs.
Critique de la raison pure.
3- David Hume, Traité de la nature humaine.
4- John Rawls, Théorie de la justice, Paris, Seuil, 1987.
5- Jürgen Habermas, De l’éthique de la discussion, Paris, Cerf, 1992.
6- Catherine Audard, Anthologie historique et critique de l’utilitarisme (3
tomes), Paris, PUF ? 1999.
7- Luc Ferry, Qu’est-ce qu’une vie réussie ? Paris, Grasset, 2002.
8- Monique Canto-Sperber, Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale,
Paris, PUF, 2001.
9- Raymond Boudon, Le juste et le vrai, Paris, Fayard, 1995.
10- Hillary Putnam, Raison, vérité et histoire, Paris, Les éditions de minuit ;
1984
11- Sylvie Mesure(s/dir.), La rationalité des valeurs, Paris, PUF, 1998.

INTRODUCTION GENERALE

1- Qu’est-ce que la morale ?

Le terme « Morale » vient étymologiquement du mot latin « mors, moris, moralis


» qui signifie mœurs, coutumes, habitudes qui sont en vigueur dans un groupe
déterminé. Cela signifie que, « agir moralement », c’est agir conformément à ces
coutumes. Tandis que « agir de façon immorale », c’est agir contrairement aux
habitudes, à ce qui est convenu dans une société donnée.

Dr ONDOBO ROBERT

2
Mais dans un sens plus précis, voire restreint, la morale ne concerne que, ce qui
dans les mœurs, a trait au bien et au mal. Dans ce sens étroit, la morale englobe
les pensées, les théories, les lois et règles qui sont destinées à régler la conduite
humaine à partir d’une représentation du bien et du mal, du juste et de l’injuste.
Dès lors, La morale c’est aussi ce à quoi on se réfère pour juger une conduite ou
pour qualifier un acte posé. Il s’agit des critères arrêtés pour qualifier des actes,
des attitudes. « La morale est constituée par l’essentiel des principes ou des
normes relatives au bien et au mal qui permettent de qualifier et de juger les
actions humaines. Ces normes peuvent être les lois universelles qui s’appliquent
à tous les êtres humains et contraignent leurs comportements. Il s’agit par
exemple du respect dû à l’être humain en tant qu’homme de l’obligation de
traiter les individus de manière égale, du refus absolu de la souffrance infligée
sans raisons »1.

Morale et éthique

La morale peut aussi se définir en référence à ces deux notions. La question est
alors de savoir, sont-elles des notions équivalentes ou des concepts différents ?
Quand on se réfère à l’étymologie des deux termes, on découvre que ces deux
notions recouvrent exactement la même réalité, à la seule différence que mors
est d’origine latine tandis que ethos est d’origine grecque, mais les deux termes
signifient mœurs.

Cependant, historiquement ces deux notions ont revêtu des acceptions plus ou
moins différenciées. D’abord chez les Anciens, morale et éthique sont des notions
synonymes. Cicéron dit : « parce qu’elle a trait aux mœurs que les Grecs
appellent ethos, nous avons coutume d’appeler cette partie de la philosophie,
étude des mœurs (de morbus) mais il convient en enrichissant la langue latine
de la nommer morale (moralis)2»
Au XVIIIème Siècle les deux termes sont considérés comme synonymes comme
en témoignage cette définition du mot éthique dans le Dictionnaire de Furetière.
Ethique c’est un nom tiré du grec qu’on donne quelques fois à la morale ou à la
science des mœurs qui enseigne à conduire sa vie, ses actions. C’est chez les
modernes qu’on voit apparaître une différenciation entre morale et éthique. La
morale pour eux, désigne les normes qui sont en vigueur dans une société

1
Cf. Monique Canto- SPERBER, La philosophie morale, Paris, PUF, Coll. « Que sais-je ? », p.5
2
Cf. Laurent Jaufro, « éthique et morale », in Notion de philosophie III, Paris, Gallimard, 1995, p. 221.

Dr ONDOBO ROBERT

3
donnée. Et, éthique c’est la théorie philosophique qui étudie ces normes, c'est-à-
dire la science qui étudie ces normes.

Les contemporains vont maintenir cette distinction à partir d’autres critères. On


trouve cette explication chez Monique Canto Sperber : « La morale désigne le
plus souvent l’héritage commun des valeurs universelles qui s’appliquent aux
actions des hommes. D’où la connotation un peu traditionaliste qui reste
attachée à ce terme. Par contraste, le terme « éthique » est plus souvent
employé pour désigner le domaine plus restreint dans les actions liées à la vie
humaine. En ce sens, il demeure indemne des reproches de conformisme ou de
« moralisation » portés contre le terme « morale »3. »

Pour sa part, Paul Ricœur reconnaît d’emblée qu’en se référant à l’étymologie, il


n’y a pas de distinction entre les deux notions. Parce que les mœurs (ethos ou
mos) connotent à la fois « ce qui est estimé bon et ce qui s’impose comme
obligatoire ». Mais par convention, Paul Ricœur préfère considérer l’éthique
comme la visée d’une bonne vie et la morale comme étant la traduction de cette
visée dans les normes ayant prétention à l’universalité et ayant un caractère
contraignant4.

Chez les Anciens, ajoute Paul Ricœur ; il y a la primauté de l’éthique sur la


morale. Quelle est la visée d’une vie bonne ? Et ensuite, la morale nous fournit
les normes, les commandements, les règles qui, étant respectés, nous
permettent d’atteindre cette vie bonne.
Dans sa morale déontologique il y a la primauté de la morale sur l’éthique parce
que dans la déontologie c’est l’impératif : « Tu dois, il faut, c’est une obligation. »
qui prime. Donc, la représentation des fins ici, est secondaire par rapport à
l’obligation de la morale. Kant incarne l’approche déontologique : pour lui, ce qui
est premier, c’est l’obligation, c’est la morale.

2- Qu’est-ce que la philosophie morale ?

C’est la réflexion sur la morale. Il s’agit d’une réflexion sur les règles et les
normes de la conduite humaine. Autrement dit, c’est une tentative
d’interprétation rationnelle de l’expérience morale des hommes (tout homme a
une morale, toute communauté a une morale). Donc l’expérience morale est une
donnée sociologique puisqu’on se réfère toujours à des évaluations morales. À

3
Cf. Monique Canto- SPERBER, La philosophie morale, Paris, PUF, Coll. « Que sais-je ? », p.7

4
Paul Ricœur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, 1990, (7ème et 8ème étude)

Dr ONDOBO ROBERT

4
titre d’exemple : Pourquoi tel a agi de telle manière ? Est-ce que c’est bien ? Et
du coup on peut affirmer que la philosophie morale n’est pas la morale. (Cela va
sans dire, mieux encore en le disant). La philosophie morale ne prescrit pas des
normes de conduite : « Elle n’est ni moralisante ni moralisatrice. » D’après
François Ewald. C’est simplement une certaine manière d’argumenter la morale.
Il s’agit de chercher à fonder en raison ce qui est permis.

La morale a-t-elle besoin d’une réflexion de type philosophique ? Si une telle


question se pose, c’est parce que chaque communauté considère sa morale
comme allant de soi. Du coup, elle ne l’interroge plus, ne prend pas de distance
par rapport à elle. En effet, les membres d’une communauté ne sont pas
naturellement portés à remettre en cause leurs valeurs morales qu’ils n’hésitent
d’ailleurs pas à présenter comme étant les meilleures. On parlerait dans de cas
d’un certain « ethnocentrisme moral » ; cela signifie simplement l’attitude qui
considère son ethnie comme le centre ou la référence de toutes les valeurs. Or,
la philosophie apparaît là où les choses ne vont pas de soi, là où il y a matière à
questionnement. La philosophie naît de la notion d’incertitude, c’est -à- dire, de
la fissuration, de l’ébranlement dans l’édifice de nos convictions ; ce que d’autres
appellent « étonnement ».

Au début est la certitude morale : on sait ce qu’il faut faire et éviter ce qui est
désirable ou non, bon ou mauvais. Par la suite ce sont les conflits des morales, la
découverte des contradictions à l’intérieur d’une même morale (visibles
seulement après de tels conflits) qui ont mené à la réflexion sur la morale. Plus
exactement, c’est la perte de la certitude ou son refus qui y conduisent »

Comme on peut le constater, la philosophie morale n’a pas d’intérêt pour la


morale elle-même mais plutôt pour la philosophie. Quand le philosophe pense par
exemple la société, c’est par rapport au devoir qui lui revient de penser toute
chose. Voilà donc une première manière de justifier la philosophie morale. Car, il
n’y a pas de morale qui puisse échapper à la réflexion philosophique. Il n’existe
pas de morale qui ne soit pas justifiable comme question philosophique. Quand
bien même une morale se présenterait comme un système cohérent ou stable, il
faudrait encore questionner cette cohérence, cette stabilité, ou tout au moins la
suspecter ou la soupçonner parce que bien souvent la cohérence et la stabilité ne
s’obtiennent qu’au prix d’une certaine démarche. Par conséquent, une morale
parfaite ne peut relever que de la fiction. À supposer que cette fiction soit vraie, il

Dr ONDOBO ROBERT

5
faudrait encore qu’elle soit fondée en raison, car ce qui est en même temps
reconnue comme bon et fondé en raison vaut plus que ce qui ne l’est pas.

À partir de là, Quelle que soit l’hypothèse que nous retenons, le rapport de la
philosophie morale avec la morale est toujours regardé avec soupçon ; parce que
quand le philosophe remet en question les valeurs de sa communauté, il est
considéré comme un traître, ce fut le cas par exemple de Socrate. Et quand il ne
conteste pas, il est considéré comme complice. Voilà la difficulté du philosophe :
il est pris entre la rupture et la conciliation ; tiraillé entre la dissidence et
l’engagement, entre la corruption et la démission, parce qu’on s’attend à ce que
la raison philosophique soit toujours audacieuse.

Notre parcours dans ce cours s’emploiera à faire découvrir toutes les


problématisations de la philosophie morale déployée historiquement. Ce ne sera
pas de l’histoire en tant que telle parce que nous n’allons pas étudier tous les
philosophes de la philosophie morale, mais, nous essayerons de faire ressortir
toutes les problématisations essentielles.

PREMIERE PARTIE. L’homme comme animal normatif : Les grands


questionnements philosophiques de la morale

Pourquoi devons-nous agir moralement ? Pourquoi il y a la morale plutôt que rien ?


Cette question suppose d’emblée une réalité sociologique. Le fait sociologique est
que la morale fait partie des choses que chaque individu apprend en se socialisant.
Chaque individu naît dans une société où il y a une morale, c’est-à-dire un certain
nombre de règles, et, il les apprend en même temps que toutes les autres réalités.
Autre fait c’est que les hommes se posent toujours des questions normatives « Que
dois-je faire ? Qu’aurais-je dû faire ? Quelles sont les limites de mes actions ?
Jusqu’où puis-je aller ? N’aurais-je pas mieux fait de… ? Est-ce bien la fin
souhaitable ?5

Ce sont là des questions qu’on pose aussi par rapport aux autres. Puisque nous
jugeons toujours les actions des autres, nous ne sommes pas seulement les

5
Cf. Monique Canto Sperber, La philosophie morale, Coll. Que sais-je ? pp.3-4.

Dr ONDOBO ROBERT

6
témoins. C’est quasi spontanément que nous jugeons : c’est bien ! C’est
inacceptable ! Nous éprouvons soit un sentiment de culpabilité par rapport à nos
propres faits, soit une indignation par rapport aux crimes commis vis-à-vis des autres
Dès lors, on pourrait définir l’être humain comme un être susceptible de culpabilité.

1- La question de Socrate : comment doit-on vivre ? (REPUBLIQUE, I,


352d.)

Comment doit-on vivre ? Cette question apparaît au cours d’une conversation entre
Socrate et Thrasymaque à propos de la justice. Socrate essaye de montrer à son
interlocuteur que leur discussion porte sur une question morale fondamentale : la
question de savoir comment vivre. Cette question résume l’exigence de
l’interrogation éthique en générale. Il s’agit de savoir comment on doit mener la
meilleure vie possible, où sont les conditions pour mener une vie bonne. C’est
d’ailleurs la question qui a inspiré Luc Ferry dans le titre de son ouvrage Qu’est- ce
qu’une vie réussie ?

Pour Bernard Williams la question de Socrate est le meilleur point de départ de


l’éthique. C’est cette question qui a guidé toute la réflexion éthique dans l’antiquité.
Pour Socrate, s’interroger sur la manière dont on doit vivre est aussi essentiel que
philosopher pour Descartes.

 Le contenu de la question de Socrate

Dans cette question il y a le pronom indéterminé « on » qui situe le problème du


bien-vivre au-delà de la sphère de l’individualité et de l’ego. Cela signifie que c’est
tout sujet qui est interpellé par la question : chaque individu est appelé à répondre
à cette question. Même en remplaçant le « on » par « je » il s’agit d’un « je
impersonnel ». Ce n’est pas un individu préoccupé par ses problèmes familiaux,
sa réussite sociale, économique ; ce n’est pas une individualité empirique. C’est,
comme le dit Jankélévitch, un sujet « méta empirique ». C’est l’individu en tant
qu’il est dans son individualité même un représentant de l’humanité, une
concrétisation de l’universel. Chaque individu est la traduction dialectique de
l’universel et du particulier. Il s’agit de l’individu dans son ipséité.

Dr ONDOBO ROBERT

7
La question de Socrate dépasse aussi l’aspect de la quotidienneté. Il ne s’agit
pas de voir comment réussir dans telles ou telles circonstances. Il ne s’agit
guère des meilleures recettes pour réussir dans toutes les circonstances
comme le faisaient miroiter les Sophistes. Il n’est pas question pas non plus
du culte de la performance ou de la réussite sociale qui alimente nos rêves
diurnes et nocturnes, encore moins du souci narcissique et illimité du pouvoir,
de l’argent et de la reconnaissance de soi.

Une des particularités de cette question c’est qu’elle est encore valable au
niveau de l’éthique contemporaine. Ex. : L’enquête faite en France en 2001
par le Journal Le Point sur la question : qui est celui qui a le plus réussi sa
vie ? La réponse ayant obtenue le plus de suffrages était : Mère Thérèsa.
Comme on peut s’en apercevoir, cette question de Socrate renvoie à la vie
entière. Elle n’est pas liée à une circonstance particulière. Il s’agit de se situer
au-delà des aléas de la fortune parce que le hasard est toujours capable de
détruire même les vies les mieux élaborées. En effet, personne n’est à l’abri
d’un revers de fortune. Personne n’est à l’abri de l’insécurité matérielle,
affective, etc.

Par cette question, on apprend à se situer au-delà de l’aléatoire, par-delà


l’imprévisible. « La question de Socrate revêt une importance spécifique en
raison de la distance quelle entretient avec toutes les occasions effectives et
particulières de considérer ce qu’il faut faire. C’est une question générale sur
ce qu’il faut faire parce qu’elle se demande comment il faut vivre et c’est
également en un certain sens une question intemporelle en ce qu’elle
m’invite à penser ma vie en général et non à tel moment de son cours 6. »

Pour approfondir le sens de la question de Socrate, il faut aussi considérer la


réponse que Socrate fournit lui-même à cette question essentielle. Il faut
rappeler que le contexte de cette question et de cette réponse est marqué
par l’érosion de la morale traditionnelle opérée par les Sophistes. Ils
remettent en cause les fondements dans le sens mythique, métaphysique,
religieux, etc. Pour eux, il appartient à l’homme de trouver lui-même la
solution à ses problèmes car, comme le dit Protagoras, « l’homme est la
mesure de toute chose. » Par conséquent, chacun doit trouver, à ses risques
6
Cf. Bernard Williams, l’Éthique et les limites de la philosophie, Paris,
Gallimard, 1990, p.26.

Dr ONDOBO ROBERT

8
et périls, le sens de son existence. Chacun doit autant que possible maximiser
ses chances de réussite de sa vie. Pour les Sophistes, la justice, la vérité ne
sont pas des valeurs en soi, plutôt de convention arbitraire (qui a dit que la
vérité était une bonne chose ?)

La réponse de Socrate se trouve dans la République (Livre I) et dans la


Gorgias où il discute avec Thasymaque et Calliclès sur la justice, le bien, le
bonheur. Ces deux grands auteurs sont représentants de la sophistique. Pour
eux, la justice est l’intérêt du plus forts, c’est-à-dire des dirigeants. Du coup,
être juste n’est rien d’autre qu’agir en fonction de leurs intérêts. C’est
pourquoi l’homme juste est toujours plus malheureux que l’homme injuste.
Donc pour les Sophistes on se fait plus de mal en voulant être juste. Pour eux,
pourquoi se faire tant de mal ? Il faut laisser que les désirs prennent en nous
toute leur extension possible parce que les lois nous empêchent de vivre. Ils
enseignent alors à la jeunesse de ne pas croire à la justice, à la vérité, au
bien.

Socrate intervient donc pour montrer la trop courte vue des Sophistes. Pour
lui, on a intellectuellement tort de confondre le bonheur avec la satisfaction
des désirs ponctuels. Il montre que l’homme de désir est un être insatiable. Il
n’y a pas un moment où l’homme du désir est capable de dire : « maintenant
je suis épanoui, je suis satisfait » Pour Socrate, il ne s’agit pas de procurer des
satisfactions aux plaisirs éphémères. Il faut viser l’accomplissement total qui
ne se manifeste véritablement qu’à la fin de notre parcours existentiel. En
effet, on est vraiment heureux qu’à la fin de notre vie.

Pour Socrate, la seule réponse qui convienne c’est de prendre soin de son âme c'est-à-
dire la garder de toute contamination venant du désir corporel. Pour lui, ainsi
que pour son disciple Platon, le corps est le tombeau de l’âme, les passions
ensorcellent l’âme. Il faut éviter aussi l’injustice plutôt que de la commettre. »
Et quand on l’a commise il faut se soumettre à une sanction expiatoire. Platon
termine la partie de l’argumentation rationnelle de son discours par le recours
aux mythes eschatologiques7. Ces deux mythes eschatologiques montrent
que la justice va au-delà du monde sublunaire. Et c’est dans ce monde
sublunaire qu’on trouve le fondement ultime de la question « comment doit-
on vivre ?»

3- La question de Kant : Que dois-je faire ?


7
Cf. Platon, La République, live X

Dr ONDOBO ROBERT

9
Kant a ramené à quatre grandes questions les principales interrogations sur
l’homme :
1) Que dois-je faire ?

2) Que n’est-il permis d’espérer ?

3) Que puis-je savoir ?

4) Qu’est-ce que l’homme ?

C’est le « Que dois-je faire ?» qui pose le problème de la moralité. La réponse


à cette question se ramène aux thèses suivantes :

- Agir moralement c’est agir par devoir


- Agir par devoir c’est agir par respect pour la loi morale
- La loi morale se présente sous la forme d’un impératif catégorique : « agir
de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée en loi
universelle. » La question est la suivante : « D’où proviennent ces
exigences ? Quel est ce genre d’impulsions qui nous pousse à agir ainsi ?
Pour répondre à cette question, il y a quatre hypothèses que nous allons
voir maintenant.

L’hypothèse de la conviction morale


Dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, Kant soutient
premièrement qu’il y a une raison pratique commune à tous les hommes. Il
y a une sorte de consensus ou de conviction commune sur le fait que la
bonne volonté est la seule chose qui puisse être tenue par bonne sans
restriction. En outre, personne ne considère comme étant juste le fait
qu’une personne heureuse soit dépourvue de bonne volonté

L’hypothèse de l’argument finaliste


Selon elle, la raison n’a pas d’autre finalité que de nous conduire vers la
moralité. En réalité, l’homme peut poursuivre plusieurs espèces de fins.
Par exemple rechercher son plaisir, son bonheur personnel ; ce sont là des
fins subjectives. L’homme peut aussi viser le bien de l’humanité ou encore
des fins qui sont communes à l’espèce humaine et même à l’espèce
animale. Par exemple la santé.
La volonté humaine est mue par plusieurs espèces de mobiles : il y a de
mobiles empiriques et des mobiles rationnels. Pour réaliser des fins

Dr ONDOBO ROBERT

10
subjectives l’homme n’a pas besoin de mobiliser sa raison. Donc si ces fins
subjectives et même générales ne peuvent pas être réalisées par la raison,
cela signifie que la raison nous a été accordée pour autre chose. C’est pour
des fins objectives. Elle n’a d’autre finalité que de nous conduire vers la
moralité. Les fins subjectives relèvent du monde sensible ; pour notre
sensibilité ; nous sommes beaucoup plus enclins à rechercher notre plaisir,
notre désir … Le seul rapport entre les deux mondes est celui de
l’imposition des impératifs du monde intelligible au monde sensible.

L’hypothèse de la loi morale comme fait de la raison


« La loi morale nous est donnée en quelque sorte comme un fait de la
raison pure dont nous avons conscience à priori et qui est apodictique
même certain quand même on admettrait qu’il est impossible de trouver
dans l’expérience un seul exemple où cette loi fut exactement suivie 8 »

La loi morale est une sorte de donnée immédiate de la conscience. Elle n’a
pas besoin d’être apprise. Les hommes considèrent d’emblée loi morale
comme une source d’obligation. Et il s’agit d’une capacité qui est
commune à tous les êtres humains. C’est pourquoi cette exigence n’a pas
besoin d’être justifiée. Tout être raisonnable est conscient de ce que la loi
morale est une sorte d’autorité régulatrice.
« Notre conscience de la loi morale par le biais de l’impératif catégorique
est présente dans nos pensées, nos sentiments et nos jugements moraux
de tous les jours. Et cette loi est reconnue au moins implicitement comme
faisant autorité par la raison ordinaire 9. »

L’hypothèse du sentiment moral comme conscience morale


Ici il faut se référer à la doctrine de la vertu pour voir ces arguments
indiquant la présence de qualité morale chez l’être humain comme ce qui
détermine sa réceptivité au concept du devoir. C'est-à-dire que nous
sommes presque naturellement disposés à accueillir la loi morale. Tout
homme en tant qu’être moral, a en lui originairement un sentiment
moral.10

8
Kant, Critique de la raison pratique, Paris, Gallimard, p.74
9
J. Rawls, Leçon sur l’histoire de la philosophie morale, Paris, PUF ? 2002, p.267.

10
Cf. Kant, Fondements de la Métaphysique des mœurs

Dr ONDOBO ROBERT

11
S’agissant maintenant de la conscience morale, il s’agit aussi d’une
donnée originaire. La conscience morale se définit comme la raison
pratique représentant à l’être humain son devoir dans chaque cas où
intervient une loi que ce soit pour l’acquitter ou pour le condamner.

4- DAVID HUME : L’APPETTIT GENERAL POUR LE BIEN

David Hume est un des représentants de l'empirisme, thèse selon laquelle nos idées
viennent de l'expérience sensible. En cela il influença Kant qu'il tira, selon la propre
expression de Kant, de son "sommeil dogmatique". Il se réclame aussi du
scepticisme.

Il faut par ailleurs préciser que Hume est à peu près contemporain de Kant. Mais si
Kant a essayé de fournir une explication rationaliste de la morale ; Hume par contre
cherche les fondements de la morale dans les passions. Ainsi, autant chez Kant on
parlera de la morale dans les limites de la raison, autant chez HUME on parlera de la
morale dans les limites des passions.

En effet chez HUME les distinctions morales entre le bien - le mal, le vertueux - le
vicieux, le juste - l’injuste… ne proviennent pas de la raison. Elles proviennent plutôt
d’un sens moral qu’il faut définir en termes de passion.

À cet effet, Hume classe les passions de la même manière que les idées, : il
distingue les impressions originales des impressions secondaires. Nous recevons les
impressions originales à travers les sens. Ils sont internes et prennent la forme de
plaisirs ou de douleurs physiques. Les impressions secondaires sont toujours
précédées d'une impression originale ou d’une idée. Les passions, selon Hume,
appartiennent au domaine des impressions secondaires. Hume distingue également
les passions directes, comme le désir, l'aversion, le chagrin, la joie, l'espérance et la
crainte, des passions indirectes, telles que la fierté, l'humilité, l'amour et la haine.
Hume distingue ensuite entre la cause et l'objet des passions.

Mais la révolution morale de Hume réside dans le fait que selon lui, la morale ne doit
pas être fondée sur la raison. Les croyances concernant les causes et les effets sont
des croyances sur les connexions entre les objets. Notre croyance en de telles
relations ne peut affecter nos actions que si les objets ont un intérêt particulier pour
nous, autrement dit, s’ils nous procurent du plaisir ou de la douleur. Ainsi, ce n’est

Dr ONDOBO ROBERT

12
pas la raison, le raisonnement qui nous fait agir, mais le plaisir et la douleur,
l’expérience en un mot. Les passions ne sont pas plus raisonnables ou
déraisonnables, parce que les passions n'ont plus rien à voir avec la raison. Ce sont
des sentiments qui forment les actions : la raison est et doit être l’esclave des
passions.

La morale de Hume découle naturellement des acquis des deux premiers livres sur
la connaissance et sur les passions. Hume tente de faire la distinction entre le vice et
la vertu, en faisant valoir que ces distinctions morales sont en fait des impressions
plutôt que des idées. Tout d'abord, l'impression du vice est la douleur, tandis que le
plaisir est celle de la vertu. Deuxièmement, les impressions morales sont causées
uniquement par les actions humaines, et non les actions des animaux ou des objets
inanimés. Troisièmement, les impressions morales sont à considérer à partir d'un
point de vue social, car nos actions sont considérées comme morales
ou immorales selon qu’elles affectent ou non les autres. Ce concept conduit Hume à
faire de la sympathie le fondement de l'obligation morale.
La moralité d’une action ne provient donc pas de sa rationalité : l’'exemple de
l'homme qui aimerait mieux voir le monde entier détruit plutôt que de supporter une
égratignure sur son doigt en témoigne. Hume affirme que cet homme n'est pas en
contradiction avec lui-même, et sa justification est personnelle. La morale n’est donc
ni universelle ni éternelle.
Et il conclut son raisonnement comme suit : « Ainsi, le cours de notre argumentation
nous conduit à conclure que, puisque le vice et la vertu ne peuvent être découverts
uniquement par la raison ou la comparaison d'idées, ce doit être grâce à une
impression ou à un sentiment qu'ils suscitent que nous sommes capables de faire la
différence entre eux. [...] Il est plus exact de dire, par conséquent, que la moralité est
plus sentie que jugée, bien que cette impression ou ce sentiment soient
généralement si légers et si discrets que nous sommes susceptibles de les
confondre avec une idée11 ».

4- BERNARD WILLIAMS : NECESSITE PRATIQUE ET RAISONS INTERNES

11
Cf. Hume, Traité de la nature humaine, livre III.

Dr ONDOBO ROBERT

13
Bernard Williams (1929-2003), un des plus importants philosophes britanniques du
XXe siècle, est surtout connu pour sa critique de l’utilitarisme et du kantisme. Dans
son ouvrage L’éthique et les limites de la philosophie, il examine les tenants et les
aboutissants de son rejet du « système de la moralité » moderne et offre une
première présentation d’ensemble de sa pensée éthique. Son « éthique sans point
de vue moral » scrute les phénomènes moraux en privilégiant le point de vue interne
ou personnel de l’individu sur ses actes, son identité et sa propre vie ; elle s’inspire
en cela largement des Grecs et de Nietzsche. Williams demeure pourtant attaché
aux idéaux du libéralisme et à la visée du vrai en philosophie. La tentative de
concilier ces positions avec l’échec annoncé de la morale marque toute son
entreprise.

Dans cet ouvrage, la question principale est de savoir quelle est la valeur et la
pertinence d’une justification rationnelle de la moralité. Autrement dit, à quoi sert une
justification rationnelle de l’éthique ? En d’autres termes, une justification rationnelle
de la morale peut-elle inciter une personne à agir moralement ? Pour une personne
immorale par exemple, qu’est –ce que cela pourrait bien changer s’il y avait une
justification philosophique de la vie éthique ? Prenons le cas de Socrate essayant de
convaincre Thrasymaque dans la République et Calliclès dans le Gorgias. Dans
ces exemples, Socrate essaie de donner une justification rationnelle à la moralité. Il
soutient qu’il vaut mieux subir l’injustice que de la commettre. Or, la justice n’est pas
une valeur en soi pour Thrasymaque. Quand on peut agir de façon malhonnête,
qu’on n’hésite pas de le faire.

Les deux textes de la République et du Gorgias se terminent de la même manière


comme nous l’avons souligné plus haut par l’invocation des mythes eschatologiques.
Ces mythes font appel à la croyance, à la foi, donc une sorte de sensibilité religieuse
car la rationalité stricte n’y adhère pas. Donc la justification rationnelle de l’agir moral
quand elle n’est pas un échec est tout au moins une justification limitée. Est-ce qu’on
peut penser que celui qui agit immoralement est incohérent avec lui-même ? Pour
Bernard Williams, ce n’est la peine de recourir à ce type d’argument, car l’exigence
de cohérence n’est pas aussi décisive que l’on croit. On peut même ajouter que
l’homme immoral peut être cohérent avec lui-même tout en optant pour
l’incohérence.

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À partir de là, Bernard Williams rejette l’approche kantienne de la morale qu’il
considère comme étant trop abstraite, c’est-à-dire trop rationnelle (la loi morale chez
Kant est un fait de la raison). Il préfère plutôt l’approche des philosophes comme
Aristote et dans une certaine mesure Nietzsche.

Ces deux auteurs s’illustrent par une approche qu’on peut qualifier de subjective et
même d’existentialiste, c’est-à-dire enracinée dans le vécu des individus. Cette
approche renonce à chercher la validité objective des théories morales. Il s’agit de
s’intéresser à la subjectivité de l’agent moral, c’est-à-dure, à son caractère, des
désirs, ses émotions, les conditions socioculturelles de son existence plutôt qu’à
l’obligation morale à la manière kantienne. Par conséquent, Bernard Williams
propose ainsi de considérer les raisons internes d’agir (ce qu’on appelle
l’internalisme), plutôt que la nécessité pratique.

La raison est que dans la subjectivité humaine, il y aurait quelque chose susceptible
de conduire l’être humain à la moralité. Ainsi donc, notre subjectivité n’est pas à
priori mauvaise dans la théorie morale. Il est possible, d’après Bernard Williams, de
trouver toutes les ressources de l’agir moral dans les motivations humaines. Et il est
plus facile d’obéir aux motivations internes qu’aux obligations externes. Ceci fait
penser à David Hume. Pour qu’une raison d’agir soit déterminante, il faut qu’elle
corresponde aux motivations intrinsèques. La raison pure ne peut pas être pratique
(critique adressée à Kant).

Cependant, s’il faut fonder la moralité sur la motivation, n’y a-t-il pas risque
d’arbitraire, de relativisme, d’égocentrisme ? La réponse de Bernard Williams ici, est
de dire que la motivation est subjective sans nécessairement être arbitraire. À partir
des motivations, des idéaux personnels, on peut dégager des idéaux objectifs.

Tout agent moral est capable de confronter ses désirs ou ses motivations et,
éventuellement, de les modifier pour les conformer à des idéaux acceptables. C’est
donc par une démarche interne que l’agent le fait. Dans un ouvrage intitulé Une
éthique sans point de vue moral André Duhamel critique la morale de Bernard
Williams qu’il qualifie d’une éthique sans normes, sans obligations. En effet, les
valeurs idéales dont parle Bernard Williams n’ont aucune valeur normative. Il se
demande donc si une éthique sans théorie morale a un sens. Quelle est donc cette

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théorie morale qui rejetterait toute normativité, toute obligation pour ne s’en tenir
qu’aux motivations ?

5- Le libéralisme moral : la fin de la morale ?

Le libéralisme est une doctrine qui défend les libertés individuelles contre toutes
les structures d’aliénations et d’oppression, qu’elles soient politiques,
économiques, religieuses, ou culturelles. C’est aussi l’attitude de neutralité des
institutions publiques en face de différentes conceptions du bien.

L’époque moderne se caractérise par la montée en puissance du libéralisme :

- Au plan Politique, il s’agit de l’affirmation des libertés individuelles contre le


pouvoir de l’État.
- Au plan économique, quelques expressions aident à comprendre le
phénomène ; par exemple : le laisser faire, liberté d’entreprise, libre circulation
des personnes et des biens, le non interventionnisme de l’État…

- Au plan moral, il s’agit de l’autonomie individuelle, c’est-à-dire le fait pour


chaque individu de se donner à soi-même ses propres normes, les codes de son
existence et de sa conduite. C’est l’individu dans ipséité qui est autonome.

Ici, les valeurs traditionnelles ne constituent plus des références obligatoires. Il


en va de même pour les valeurs transcendantes : c’est l’ère du désenchantement
d’un monde expurgé de toutes les références, religieuses, mystiques, et
mythiques qui lui donnaient un sens. La nature ne proclame plus la gloire de
Dieu. La nature obéit aux lois purement mécanistes qu’étudie le physicien. Le
langage de la nature est mathématiques.

Dans la modernité, chacun a le droit de conduire son existence comme bon lui
semble, de disposer de sa vie, de son corps comme bon lui semble. Le
libéralisme moral s’est aussi accompagné de la libéralisation des mœurs. En Mai
1968, à la suite d’un vaste mouvement international né en France et dénommé le
« Grand Refus », tout devient permis sauf l’interdit : la nouvelle morale c’est
cette autonomie. Il s’est agi de réconcilier les valeurs avec le plaisir. Ceci vise à
éviter toute mutilation du sujet. C’est une morale indolore, axée sur l’intérêt bien
compris du sujet. C’est une morale qui n’a de limite que le respect des droits des
autres.

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- Au plan religieux, cela a abouti au principe de la tolérance : je ne tue pas l’autre
parce que’ il ne croit pas au même Dieu que moi (Cf. John Locke), donc je crois en
qui je veux, comme je veux et quand je veux.

C’est dans cette perspective que plusieurs auteurs ont voulu présenter la rupture
avec le passé éthique. Jean Paul Sartre développa son existentialisme. Pour lui, «
L’existence précède l’essence », et l’homme est ce qu’il se fait. Le Pour Soi étant
en perpétuel devenir, chacun se définit lui-même, définit son existence et doit
exprimer son essence.

Louis Dumont, dans Essai sur l’individualisme. Une perspective


anthropologique sur l’idéologie moderne, quant à lui, oppose la société
traditionnelle à la société moderne et contemporaine. Dans la première, c’est le
règne de l’hétéronomie. Chez le moderne, c’est la rupture avec cet ordre
traditionnel et l’affirmation de l’autonomie individuelle. Ce n’est plus la tradition
qui compte mais l’autonomie. C’est le règne de la démultiplication de normes.

Gilles Lipovetsky, dans Le crépuscule du devoir : l’éthique indolore des


nouveaux temps démocratiques, montre comment nos préoccupations
éthiques traduisent davantage un souci individualiste de bien-être qu’une quête
du bien. L’éthique contemporaine est moins soucieuse d’intentions pures que
d’efficacité. Sortant de l’ère du devoir, nous sommes entrés dans celle du droit
au bonheur. Crépuscule du devoir dispose 3 âges de la mémoire : l’Antiquité-
siècle de lumière- assujettissement de la morale à la religion. 4700-1950(milieu
du XXè s) : Premières vagues de l’éthique moderne laïque, émancipation de la
morale de la religion mais en même temps conservations de ses structures
essentielles.

Le problème qui se pose est de savoir si on peut identifier cette libéralisation


avec la fin de la morale. La réponse à cette interrogation est que :

Premièrement : il ne s’agit pas de la fin de la morale axée sur l’autonomie


individuelle.
Deuxièmement : Cette libéralisation suscite paradoxalement un besoin de
morale, et, empiriquement, appelle à une sorte de retour de la morale. En effet,
on a l’impression que l’affirmation de l’autonomie individuelle et tout le reste
plongent dans une sorte de « malaise de la modernité » comme le dit Charles
Taylor. Pour ce dernier, on trouve toujours des modèles d’identification
préexistants. On croit qu’on invente parce qu’on veut inventer alors qu’en réalité

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il n’en est rien. Personne ne peut être authentiquement soi-même. C’est une
réalité anthropologique. Dans ce malaise, les modernes, d’après Charles Taylor,
sont obligés de revenir chez les anciens.

Par ailleurs, ce libéralisme nous fait assister à un ébranlement des espérances


qui avaient étés placées dans la science et la technique considérées comme les
principaux moyens d’épanouissement. La science et la technique soulèvent des
questions morales au fur et à mesure qu’elles se développent. Cf. Hans Jonas, Le
Principe responsabilité.

Jacques Testant, plaide pour une logique de la non découverte scientifique.


Pour lui, « Il faut davantage prêter l’oreille à la prophétie du malheur qu’à la
prophétie du bonheur. »

En plus, le malaise du polythéisme des valeurs entraîne la difficulté à trouver des


réponses communes à certains problèmes. Du coup, on fait face à la permanence
du mal, l’omniprésence de l’intolérable : la violation massive des droits de
l’homme, la violence, le terrorisme, le génocide… Tout ceci appelle
impérativement à un retour à la morale.

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