Cours Théorie générale des obligations et des contrats
I- Introduction générale au droit
II- Droit des obligations et des contrats
A- Intérêt de matière
B- Le DOC : Droit des obligations marocain
- Présentation
- Origine et contexte historique
- Sources d’inspiration
- Contenu
Notion d’obligation :
L’obligation ou droit personnel est « un lien de droit par lequel une ou plusieurs
personnes (le ou les créanciers) peuvent exiger d’autres (le ou les débiteurs), l’exécution
d’une prestation de faire, de ne pas faire ou de donner ».
Caractères de l’obligation :
1- Caractère obligatoire L’obligation est un lien de droit : son exécution forcée peut être
exigée en justice et réalisée avec l’aide de la force publique.
Distinction entre obligation civile et obligation naturelle
2- Caractère personnel L’obligation est un lien entre deux ou plusieurs personnes.
Le rapport d’obligation est personnel par rapport au droit réel. Le créancier possède un
droit contre le débiteur.
3- Caractère patrimonial Le rapport d’obligation a une valeur pécuniaire c’est à dire
qu’il peut être évalué en argent. Le caractère patrimonial.
Classification des obligations
Les obligations peuvent être classées selon :
- leur objet
- leur intensité
- leur source
A- Classification selon l’objet :
L’objet correspond à ce qui est dû par le débiteur. Il s’agit du type de prestation qui est
attendu de lui. Ainsi on peut distinguer l’obligation de donner, l’obligation de faire et
l’obligation de ne pas faire.
1- L’obligation de donner : C’est le fait de transférer un droit au créancier (exp. Droit de
propriété).
2- L’obligation de faire : le débiteur est tenu d’accomplir un acte (prestation de services
– réparation).
3- L’obligation de ne pas faire : Le débiteur est tenu d’une abstention (obligation de non
concurrence – obligation de confidentialité).
B- Classification selon l’objet ou l’intensité :
Les obligations servent à engager la responsabilité de celui qui ne les respecte pas.
Toutefois, il faut distinguer les obligations de résultat des obligations de moyen.
1- L’obligation de résultat : le débiteur est tenu d’atteindre le résultat. Si le résultat n’est
pas atteint sa responsabilité est engagée. (exp. Transport – Livraison de marchandises).
2- L’obligation de moyen : Le débiteur est tenu de faire tout son possible pour atteindre
le résultat. (exp. Médecin).
C- Classification selon la source
La source de l’obligation est le fait qui lui donne naissance. Il s’agit de l’origine du
rapport d’obligations entre le créancier et le débiteur.
Article 1 du DOC : « Les obligations dérivent des conventions et autres déclarations de
volonté, des quasi-contrats, des délits et quasi-délits ».
Ces sources peuvent être classées en deux grandes catégories :
- Les actes juridiques
- Les faits juridiques
1- L’acte juridique : est toute manifestation de volonté destinée à produire des effets de
droit. Le contrat.
2- Le fait juridique : est tout fait qui ne dépend pas de la volonté de son auteur et qui fait
naître une obligation juridique. Le quasi-contrat, le délit et quasi-délit.
L’acte juridique :
L’acte juridique est toute manifestation de volonté destinée à produire des effets de
droit.
L’exemple type est le contrat.
I- Le contrat :
Le contrat : est une convention par laquelle deux ou plusieurs personnes s’obligent
envers une ou plusieurs autres à donner, faire ou ne pas faire quelque chose.
- Les fondements du contrat
Pendant longtemps s’obliger dans un contrat avait un seul fondement fut la théorie de
l’autonomie de la volonté.
Aujourd’hui cette théorie ne peut à elle seule expliquer cette obligation. La loi peut
également l’expliquer.
La théorie de l’autonomie de la volonté :
La volonté de l’homme est souveraine et autonome. Il ne peut être engagé que s’il l’a
voulu et dans la mesure où il l’a voulu. L’homme est naturellement libre. Il lui appartient
seul d’abdiquer cette liberté pour consentir à s’engager.
En manifestant sa volonté, un contractant ne va pas contracter contre ses intérêts. S’il
consent à contracter c’est qu’il pense que la convention est nécessairement juste et
équitable.
Déclin de la théorie : cette théorie a été critiquée
L’autonomie de la volonté et la liberté contractuelle sont loin d’assurer la justice sociale.
Le contrat est souvent un moyen d’asservissement des personnes.
La liberté n’est pas la seule valeur. Il y a aussi la sécurité et l’équié que seule la loi peut
assurer.
Classification des contrats :
A- Contrat consensuel / Contrat solennel / Contrat réel
Le contrat consensuel : est celui qui se forme par le seul accord des volontés, sans
qu’aucune condition de forme ne soit imposée.
Le contrat solennel : est celui qui exige une formalité (exp. Contrat authentique).
Le contrat réel est celui qui n’est formé que par la remise de la chose qui en est l’objet
(exp. Contrat de dépôt).
B- Contrat unilatéral / Contrat synallagmatique
Le contrat unilatéral est celui qui ne créé d’obligations qu’à la charge de l’une des parties
(exp. Donation).
Le contrat synallagmatique est celui qui met à la charge des parties des obligations
réciproques. (exp. Contrat de vente).
C- Contrat à titre onéreux / Contrat à titre gratuit :
Le contrat à titre onéreux est un contrat dans lequel chaque partie retire un avantage
(financier pour l’une) de l’opération réalisée (exp. contrat de bail).
Le contrat à titre gratuit est celui dans lequel une partie ne reçoit rien en échange.
D- Contrat commutatif / Contrat aléatoire
Le contrat commutatif est celui dans lequel la prestation est fixée dès la conclusion du
contrat.
Le contrat aléatoire est celui dans lequel la prestation dépend d’un événement incertain.
E- Contrat nommé / Contrat innomé
Le contrat nommé est celui qui a reçu une dénomination et une réglementation propre.
Le contrat innomé est celui qui n’est pas prévu par la loi, mais conçu par les parties ou
crées par la pratique.
F- Contrat à exécution instantanée / Contrat à exécution successive
Le contrat à exécution instantanée est le contrat qui produit ses effets à l’instant même
où il est conclu, même si l’exécution des ’obligations
Le contrat à exécution successive est le contrat dont l’exécution se prolonge dans le
temps (contrat de bail, de travail).
G- Contrat d’adhésion / Contrat de gré à gré
Le contrat d’adhésion est un contrat dont la conclusion résulte de l’adhésion de la partie
économiquement faible aux conditions fixées par la partie forte. Il y a adhésion au
contrat sans même lire les obligations (CGV - Assurance - Téléphonie).
Le contrat de gré à gré est le contrat qui a fait l’objet de négociations et de discussions
entre les parties.
Formation du contrat :
Pour qu’un contrat soit valablement formé, il faut qu’il remplisse certaines conditions de
fond auxquelles s’ajoutent parfois des conditions de forme.
- Les conditions de fond
Aux termes de l’article 2 du D.O.C un contrat ne peut être formé que lorsque les éléments
suivants sont réunis :
- la capacité de contracter
- le consentement des parties
- l’objet
- la cause
I- La capacité :
La capacité est l’aptitude d’une personne à être titulaire de droits et à les exercer par
soit même (accomplissement de certains actes sur son patrimoine, vente ou location).
L’article 3 du D.O.C contient une condition négative :
« toute personne est capable d’obiger et de s’obliger si elle n’en est déclarée incapable
par cette loi ».
Cela veut dire que la validité du contrat suppose l’absence d’incapacité.
L’incapacité peut être :
- de jouissance
- d’exercice
L’’incapacité de jouissance
L’incapacité de jouissance consiste en l’interdiction de conclure un contrat. L’intéressé
est privé de ses droits. De ce fait le contractant ne peut ni se faire représenter, ni même
se faire assister par un tiers.
Il peut s’agir soit d’interdictions légales de contracter.
Il peut s’agir aussi d’une interdiction d’origine pénale. L’individu peut être privé de ses
droits à titre de sanction pénale.
- L’incapacité d’exercice
L’incapacité d’exercice suppose que l’intéressé n’est pas en mesure d’exercer le droit de
contracter. Il n’est pas privé de ce droit mais il peut l’exercer en étant assisté.
L’incapacité d’exercice s’explique par la volonté de protéger certaines catégories de
personnes :
- les mineurs
- les prodigues
- les déments
La minorité
Le mineur est celui qui n’a pas encore atteint la majorité (18 ans article 209 du code de
statut personnel).
Jusqu’à sa majorité le mineur est frappé d’une incapacité générale d’exercice. Il ne peut
pas conclure un contrat. Il doit être représenté.
Les actes accomplis par le mineur sont rescindables.
Arrivé à la majorité, le mineur peut demander soit la rescision du contrat soit sa
confirmation.
Les pouvoirs du représentant :
Bien qu’il soit investi de pouvoirs, le représentant ne peut pas accomplir n’importe quel
acte.
- Les actes interdits
les actes qui entraînent un appauvrissement de l’incapable et une diminution de son
patrimoine (exp. Donation) Art. 12 du D.O.C.
- Les actes subordonnés à autorisation du juge
les actes de disposition pour les biens dont il a la gestion (exp. Vente, échange) Art. 11
du D.O.C.
- Les actes permis
les actes d’administration telle que la location pour une période n’excédant pas 3 ans.
La prodigalité
Le prodigue est celui qui dissipe ses biens en dépenses inutiles (Gaspillage).
Différence par rapport au droit musulman.
Le droit musulman ne fait pas de distinction entre dépenses utiles et dépenses inutiles.
Même les dépenses utiles peuvent constituer du gaspillage. Cette extension a pour but
de protéger l’individu contre l’appauvrissement.
Etant incapable de gérer son patrimoine de façon normale, le prodigue fait l’objet d’un
jugement d’interdiction.
La démence
La personne majeure atteinte d’altérations de ses facultés mentales peut être frappée
d’incapacité que sa folie soit continue ou coupée de période de lucidité.
II – Le consentement
Le consentement est un accord en vue de faire naître une obligation.
Aux termes de l’article 19 du D.O.C «La convention n’est parfaite que par l’accord des
parties sur les éléments essentiels de l’obligation».
- La préparation du contrat
Le D.O.C ne contient aucune disposition spéciale relative à cette phase préparatoire ou
période précontractuelle.
Les parties entrent d’abord en pourparlers. Si le besoin s’en fait sentir, elles concluent
des pactes ou des promesses.
- Les pourparlers
les pourparlers sont une invitation à engager une négociation. Ils se situent avant l’offre
du contrat.
Ils n’ont aucune force obligatoire. Ils peuvent aboutir ou non à un contrat.
Les parties sont libres de poursuivre ou non les négociations. Il y a toutefois une limite :
Celui qui rompt les négociations de mauvaise foi engage sa responsabilité.
- Les avant-contrats
L’avant-contrat est un accord entre les parties en vue de fixer les éléments essentiels du
futur contrat pendant un certain délai jusqu’à ce que les conditions nécessaires à la
conclusion du contrat définitif entre les parties soient réunies.
L’avant contrat peut prendre l’une des deux formes :
- la promesse unilatérale de contrat
- la promesse synallagmatique de contrat
1- la promesse unilatérale de contrat
C’est un contrat par lequel une partie (le promettant) s’engage envers une autre (le
bénéficiaire) à conclure un contrat définitif.
2- la promesse synallagmatique
les deux parties s’engagent réciproquement à conclure le contrat définitif. Elles donnent
leur consentement mais prévoient qu’une formalité supplémentaire devra être
accomplie dans l’avenir (exp. Autorisation administrative).
B- L’échange des consentements
Une distinction doit être faite selon que les deux parties sont présentes ou éloignées.
a- Échange de consentement entre personnes présentes
Pour être formé, le contrat suppose la rencontre de l’offre et de l’acceptation.
1- L’offre ou pollicitation
C’est une proposition de contracter, adressée à une personne déterminée ou au public.
+ Les caractères de l’offre
L’offre doit présenter un certain nombre de caractères :
- L’offre doit être précise et complète : l’offre doit contenir les éléments essentiels du
contrat (exp. Dans un contrat de vente il faut la chose et le prix).
- L’offre doit être ferme :
L’offrant doit manifester une volonté ferme d’être lié en cas d’acceptation.
La proposition ne peut être qualifiée d’offre lorsqu’elle comporte des réserves ou des
restrictions (exp. Se réserver le droit de modifier le prix et n’indiquer qu’il n’est que
provisoire). En revanche sont permises les offres qui ne dépendent pas de la volonté de
l’offrant (exp. Vente dans la limite des stocks disponibles).
+ Les formes de l’offre
L’offre peut être expresse ou tacite
- L’offre est expresse : il s’agit de tout comportement visant à porter à la connaissance
d’autrui la volonté de contracter. Tous les modes sont concevables : parole, écrit, simple
attitude (un taxi qui stationne dans un endroit réservé au stationnement est une offre de
contracter).
L’offre est tacite : c’est à dire qu’elle est déduite du comportement du po llicitant (exp. Le
locataire qui reste dans les lieux après l’expiration du bail).
2- L’acceptation
L’acceptation est l’agrément pur et simple donné à l’offrant.
+ Les caractères de l’acceptation
L’acceptation doit être conforme à l’offre. Pour accepter, le contractant doit avoir eu
connaissance de l’offre.
Une réponse conditionnelle ou restrictive équivaut au refus de la proposition
accompagnée d’une proposition nouvelle (art. 27 du DOC).
+ Les formes de l’acceptation
L’acceptation peut être expresse.
Elle peut aussi être tacite : monter dans un bus, ouvrir la portière d’un taxi stationnant
dans un emplacement réservé).
L’acceptation peut résulter aussi du commencement d’exécution du contrat (art. 25 du
DOC).
Le silence vaut-il acceptation?
Le silence peut valoir acceptation :
- lorsque la loi, le contrat ou les usages le prévoient.
- lorsqu’il existe des relations d’affaires antérieures (le fait de commander le même
produit depuis des années).
b- Échange de consentement entre personnes absentes
Avec l’accélération de la vie moderne et le développement des moyens de
communication, les contrats peuvent se conclure par téléphone ou par internet.
L’éloignement physique pose le problème de la date et du lieu de la formation du
contrat.
Les contrats entre absents
Avec l’accélération de la vie moderne et le développement des moyens de
communication, les contrat peuvent se conclure par téléphone ou par internet.
L’éloignement physique pose le problème de la date et du lieu de la formation du
contrat.
- Système de déclaration : le contrat est formé dès que l’acceptant exprime sa volonté,
au moment où il donne son accord.
- Système de l’émission : le contrat est formé quand la lettre
d’acceptation a été envoyée au pollicitant. Le cachet de la poste fait foi.
- Système de l’information : le contrat est formé quand l’offrant a effectivement pris
connaissance de la lettre d’acceptation, après la lecture de la lettre.
Système de réception : le contrat est formé quand l’offrant reçoit la lettre
d’acceptation dans sa boîte aux lettres.
Au Maroc, on applique la théorie de l’émission. L’article 24 du DOC : « le contrat par
correspondance est parfait au moment et dans le lieu où celui a reçu l’offre répond en
l’acceptant ».
C- Les qualités du consentement : Théorie des vices du consentement
Selon l’article 39 du DOC « est annulable, le consentement donné par erreur, surpris par
dol extorqué par violence ».
Le consentement peut être vicié par erreur, violence ou dol.
A cette liste l’article 54 du DOC ajoute un autre vice de consentement supplémentaire. Il
s’agit des maladies et cas analogues.
a- Erreur, dol et violence
1- L’erreur
Le DOC n’a pas défini l’erreur. On est en présence d’une erreur lorsque c’est la
représentation inexacte que s’est fait n contractant d’un élément qui a déterminé son
consentement.
++ les différentes catégories d’erreurs
+ Les catégories entrainant la nullité du contrat
- L’erreur-obstacle : C’est une erreur tellement grave qu’elle fait obstacle à la formation
du contrat (exp. L’acheteur croyait acheter l’appartement qui se trouvait au 1 er étage et
le vendeur croyait vendre l’appartement du rez-de chaussée.
- L’erreur vice du consentement : C’est une erreur qui a été déterminante pour l’octroi
du consentement. Elle peut porter soit sur la substance soit sur la personne.
. L’erreur sur la substance
C’est la qualité substantielle, c’est à dire essentielle de la chose qui a déterminé le
consentement de l’une des parties (exp. Si on cherche à construire une maison, il faut
que le terrain soit constructible).
. L’erreur sur la personne
C’est une erreur qui ne peut permettre la résolution du contrat que si la qualité de la
personne a été déterminante lors de la conclusion du contrat. Il peut s’agir soit d’une
erreur sur l’identité physique ou civile de la personne ou sur ses qualités (talent,
compétences, honorabilité, solvabilité…).
. L’erreur de droit
C’est une cause de nullité du contrat lorsqu’elle a vicié le consentement. C’est le cas
d’une personne qui méconnaît le droit successoral et se trompe dans la part qui lui
revient dans la succession.
+ Les erreurs n’entraînant pas la nullité du contrat
Ce sont les erreurs qui ne présentent aucune gravité et qui nécessitent seulement
quelques rectifications. C’est le cas des erreurs de calcul.
. L’erreur inexcusable
Pour entrainer l’annulation du contrat, l’erreur doit être excusable. La négligence ne
peut être protégée.
N’est pas excusable l’erreur d’un architecte qui achète un terrain pour son propre
compte et ne s’aperçoit pas que ce terrain est impropre à la construction.
Le juge doit se montrer plus sévère avec les professionnels qu’avec les consommateurs,
lesquels peuvent se tromper plus facilement.
. L’erreur imprévisible
Le contrat ne doit pas être annulé si l’une des parties considère une qualité particulière
comme essentielle et que l’autre partie ignore. Exp. Le fait d’acheter un meuble chez un
antiquaire n’est pas comme le fait de l’acheter chez un brocanteur.
2- Le dol
Il est régi par les articles 52 et 53 du DOC. Il suppose la mauvaise foi de l’une des parties
qui a nécessairement l’intention de tromper l’autre. C’est une manœuvre, une tromperie.
+ les éléments du dol
- L’élément psychologique : pour que le dol soit sanctionné, il faut une faute volontaire
intentionnelle. La simple imprudence n’est pas constitutive de dol.
- L’élément matériel : le dol suppose des manœuvres qui peuvent s’extérioriser par des
artifices, des ruses, des paroles ou des machinations.
Le mensonge est constitutif de dol à condition qu’il atteigne un certain seuil de gravité.
La réticence est aussi constitutive de dol. C’est le fait de ne pas renseigner son
cocontractant sur certains éléments (dol par omission).
+ Les conditions du dol
- Le dol doit avoir été déterminant : Pour entraîner une nullité il faut que ça soit le dol
qui a été déterminant dans la conclusion du contrat.
- Le dol doit émaner de l’un des contractants, son représentant ou son complice.
3- la violence
La violence est la contrainte exercée sur un contractant en vue d’obtenir de celui-ci un
consentement forcé
+ Les caractères de la violence
- Elle doit être déterminante : C’est à dire que c’est la violence qui a obligé l’une des
parties à contracter. C’est le fait de menacer quelqu’un avec une arme pour le forcer à
contracter.
- Elle doit être illégitime : la violence est légitime chaque fois que le contractant agit
dans l’exercice d’un droit dont il est titulaire. Elle devient illégitime lorsqu’on abuse de la
position de la partie menacée pour lui extorquer des avantages excessifs.
Exp. Les salariés qui menacent l’employeur d’une grève à défaut d’augmentation de
salaires est une violence légitime.
Lorsque ces salariés séquestrent le patron, la violence devient illégitime.
4- Les maladies et cas analogues
L’article 54 du DOC s’est contenté d’une formule générale visant « les maladies et les cas
analogues ».
- la maladie
C’est un terme vague et imprécis. Il vise non seulement la maladie physique mais aussi la
maladie mentale.
Pour qu’elle puisse entraîner l’annulation du contrat, la maladie doit être suffisamment
grave pour exercer une influence déterminante sur le consentement et pour justifier
l’annulation du contrat.
III L’objet
Articles 57-58 et 59 du DOC
L’objet du contrat est ce à quoi le débiteur est tenu envers le créancier. Il correspond à la
prestation promise par le contractant. Dans la vente, l’objet du vendeur est le transfert
de la chose, l’objet de l’acheteur est le versement du prix.
Les caractères :
1- L’objet doit exister avec certitude au moment de la formation du contrat.
Si l’objet est un corps certain, il doit être défini, individualisé avec précision au moment
de la conclusion du contrat.
S’il s’agit d’une chose de genre, il suffit qu’elle soit déterminée dans son espèce.
2- L’objet doit être possible. À l’impossible personne n’est tenu. L’impossibilité peut être
matérielle ou juridique.
3- L’objet doit être licite. Les objets illicites ne peuvent faire l’objet d’un contrat (drogue,
organes humains…).
IV La cause
Articles 62-63 et 64 du DOC
Si l’objet de l’obligation répond à la question : sur quoi le contractant a-t-il voulu
réellement s’engager? La notion de cause répond à la question : pourquoi le contrat a-t-il
été conclu ?
- Les caractères :
1- La cause doit exister : exp. Une entreprise qui cesse son activité n’a plus l’obligation
de payer la prime d’assurance contre les accidents de travail. La cause de son paiement
n’existe plus.
2- La cause doit être licite : Elle doit être conforme à l’ordre public et aux bonnes mœurs
: exp. Un contrat de bail a été conclu par le propriétaire d’un appartement avec une
prostituée pour qu’elle y exerce la prostitution.
3- La cause doit être certaine : Elle ne peut être dissimulée (cachée). Exp. Les parties
établissent un contrat de vente alors qu’en réalité, elles effectuent une donation.
- Les conditions de forme
Le principe : le consensualisme
Le DOC n’impose aucune condition de forme pour le contrat. Ceci s’explique par
l’attachement au principe du consensualisme.
Avantages du consensualisme :
- Eviter une inefficacite fondee sur simple irregularite de forme
- Facteur de simplicite et rapidite des transactions.
Insuffisances du consensualisme :
- Le formalisme est synonyme de securite juridique. L’inconvenient du contrat
consensuel est qu’il ne laisse pas de trace (probleme de preuve).
Les limites du principe : le formalisme
Les limites au consensualisme peuvent constituer soit une exception soit une simple
attenuation.
- Formalisme de validité
Pour certains contrats l’inobservation des formalites entraîne l’annulation de l’acte. C’est
le cas des contrats solennels et contrats reels.
- Formalisme atténué
Formalisme probatoire : la formalite exigee constitue une simple formalite. Le contrat
est valable mais il est atteint dans son efficacite.
Formalisme d’opposabilite : pour que le contrat soit opposable aux tiers, il faut accomplir
certaines formalites de publicite ou d’enregistrement.
Les sanctions des conditions de formation de contrat
Un contrat qui ne remplit pas toutes les conditions de validite doit etre annule d’une
maniere retroactive. Le contrat ne produit plus d’effet aussi bien entre les parties qu’a
l’egard des tiers.
Compte tenu de l’importance de la theorie des nullites, le DOC lui a consacre tout le titre
V « De la nullite et de la rescision des obligations ».
Le contrat peut etre sanctionne soit par la nullite relative qui correspond en droit
marocain a la rescision soit par la nullite absolue.
La nullite est une sanction qui consiste a detruire d’une maniere retroactive l’acte
juridique qui ne remplit pas les conditions de validite.
Le regime juridique des nullites
Le regime juridique des nullites differe selon qu’il s’agit de rescision ou de nullite
absolue
- La rescision
La rescision a pour but de proteger un interet particulier. Elle n’est ouverte qu’au titulaire
de cet interet, c’est a dire l’un des contractants, par exemple, celui dont le consentement
est vicie par erreur, dol, violence ou maladie.
Seule la personne que la loi entend proteger peut contester l’acte et en faire prononcer
la rescision par le juge.
La rescision se prescrit par un delai d’un an (article 311 du DOC).
- La nullite absolue
Toutes les personnes qui ont un interet materiel ou moral peuvent agir en nullite.
L’action en nullite est prescrite par un delai de 15 ans.
- Les effets de la nullité
La nullite absolue comme la rescision produisent la destruction retroactive du contrat.
Si le contrat n’a pas encore ete execute, il n’y aura aucune difficulte : le contrat ne sera
jamais execute.
Si, en revanche, le contrat nul ou rescindable a deja ete execute, il faudra revenir sur
tous les actes d’execution qui ont ete faits et remettre les parties dans la situation ou
elles seraient si elles n’avaient conclu aucun contrat.
Tout se passe comme si le contrat n’a jamais existe. Le contrat n’a plus d’effet pour
l’avenir mais ses consequences passees doivent etre detruites.
Les effets du contrat
Le principe de la force obligatoire du contrat
Le DOC assimile le contrat a la loi. Ce principe signifie que :
- Les obligations dont les parties sont tenues doivent etre executees loyalement.
- Les parties ne peuvent se separer que par leur consentement mutuel.
La force obligatoire du contrat à l’égard des parties
L’exécution du contrat
Les obligations doivent etre executees de bonne foi. Les contractants sont tenus d’un
devoir de loyaute et d’un devoir de cooperation.
Le creancier doit eviter au debiteur des depenses inutiles (exp. Un taxi ne doit pas
emprunter un trajet excessivement long).
Le debiteur est tenu d’un devoir d’informations (contrats entre professionnels et
consommateurs).
Le debiteur est tenu aussi d’une obligation de conseil et de renseignement.
La résiliation du contrat
La resiliation du contrat peut se faire soit par consentement mutuel soit d’une maniere
unilaterale (article 230 DOC).
- la resiliation par consentement mutuel
Tout ce que la volonte commune a pu faire, elle peut le defaire.
La revocation produit les memes effets que la nullite. Le contrat disparaît avec un effet
retroactif. La resiliation remet les parties dans la situation ou elles se trouvaient au
moment de la conclusion du contrat.
- la resiliation unilaterale
La resiliation par une seule partie peut etre soit conventionnelle soit la consequence
d’une loi.
+La resiliation unilaterale conventionnelle : Les parties inserent dans la convention une
disposition selon laquelle chaque partie peut mettre fin unilateralement au contrat.
Exp. Dans le contrat de bail, le non-paiement par le locataire du loyer donne droit au
bailleur de mettre fin au contrat.
+La resiliation unilaterale legale : la loi autorise parfois les parties a resilier
unilateralement le contrat (Exp. Contrats de travail a duree indeterminee).
La simulation
La simulation est un mensonge qui suppose l’existence de deux contrats conclus entre
les memes parties en vue de masquer leurs veritables intentions. D’une part un acte
apparent mais faux. D’autre part un acte secret mais qui exprime la verite.
- La simulation peut porter sur la nature du contrat (cas d’une donation deguisee
derriere une vente
- La simulation peut porter sur l’objet du contrat (prix de vente indique inferieur ou
superieur a celui convenu)
- La simulation peut porter sur la personne de contractant (personne n’apparaît comme
partie alors qu’elle n’est que prete-nom. Exp. Personne interdit de disposer par
testament.
Les buts de la simulation
La simulation peut avoir pour but la volonte de fraude fiscale (declarer un prix inferieur
au prix reel). Elle peut aussi avoir pour but la fraude aux droits des creanciers et des
heritiers.
La force obligatoire du contrat à l’égard du juge
Le juge doit chercher la volonte reelle et profonde des parties independamment de la
maniere dont elles ont use pour s’exprimer.
Le juge n’est pas lie par la qualification donnee par les parties.
Par contre il lui est interdit d’interpreter le contrat dont les clauses sont claires et
precises.
La révision du contrat
En cas de survenance d’un evenement economique telle qu’une depreciation monetaire
qui bouleverse son equilibre initial quel sera le sort du contrat ? Peut-on demander une
revision pour imprevision?
Il y a deux points de vue doctrinaux :
- Les auteurs favorables a la revision ont fait valoir que lorsqu’on contracte, c’est en
consideration des circonstances presentes. Par consequent, la modification des
circonstances, posterieurement a la conclusion du contrat justifie sa revision.
Les adversaires a la revision ont fait valoir que la force obligatoire du contrat interdit au
juge de modifier les prestations resultant du contrat meme si elles se trouvent
desequilibrees a la suite d’un bouleversement des circonstances economiques
imprevisibles
Si le juge est autorise a modifier le contenu du contrat, ceci peut introduire une
insecurite dans les relations contractuelles puisque les parties ne peuvent plus compter
avec certitude sur ce qui est promis par le contrat.
- La theorie de l’imprevision en droit marocain
+ Le principe
Au Maroc, le juge n’a aucun pouvoir pour reequilibrer le contrat bouleverse par les
circonstances economiques.
+ Les tempéraments
- La clause d’indexation : suppose un contrat dans lequel la prestation monetaire
s’execute dans le temps. L’indexation permet de faire varier automatiquement le
montant de la prestation en fonction des variations de certaines elements de reference
elle qu’une indexation sur le cours du ble ou encore une indexation sur le montant du
loyer sur la valeur de l’indice du cout de la construction
- La clause de hardship : A la difference de la clause d’indexation qui permet une
adaptation automatique du contrat aux circonstances nouvelles, elle provoque seulement
une discussion entre les parties contractantes, afin qu’elles se mettent d’accord sur de
nouvelles bases.
Le principe de l’effet relatif du contrat
L’article 228 du DOC dispose que « Les obligations n’engagent que ceux qui ont ete parties
a l’acte ».
L’effet du contrat n’interesse que les parties conformement au principe de l’autonomie de
la volonte. Il est inopposable aux tiers. Toutefois, ce principe n’est pas absolu et connaît
des derogations.
- Les personnes obligees par le contrat
+ Les parties : ce sont les personnes qui ont conclu le contrat. Les heritiers des
contractants sont largement assimiles aux contractants eux-memes. Par exemple, le bail
ne s’eteint pas par le deces du locataire, les heritiers deviennent de plein droit partie au
contrat de bail conclu par leur auteur.