chapII la désinfection
La désinfection
4.1 Principe La désinfection est l’étape ultime de la filière de traitement de l’eau destinée à la
consommation humaine. Son but est l’élimination des germes pathogènes, des virus, de la majeure
partie des germes banals, dans un souci de respect des normes de potabilité de l'eau.
4.2 La demande en désinfectant
La réaction de l'oxydant au sein du réseau de distribution entraîne la diminution de sa concentration
résiduelle. Cette consommation dépend de différents facteurs : la température, la concentration en
désinfectant, le temps de résidence hydraulique, le régime hydraulique régnant dans le réseau, le
diamètre des canalisations.
Le chlore réagit également avec la matière organique présentes dans la phase aqueuse, avec la
surface des conduites, et les dépôts présents sur les parois des conduites (Parent et al., 1996) :
- réaction au niveau de la phase aqueuse, avec la matière organique contenue dans l'eau ; la réaction
dépend alors de la concentration en désinfectant et de celle en matière organique,
- réaction à la surface des conduites, avec les matériaux constitutifs des conduites, qui dépend du
rapport surface/volume et de la concentration en chlore, - réaction avec le biofilm, qui dépend du
nombre de sites actifs de celui-ci, de la consommation de chlore, de la concentration en chlore, ainsi
que de sa surface spécifique. D'où un maintien de résiduel de désinfectant en réseau de distribution
difficile à assurer.
4.3 Oxydants utilisés en désinfection de l'eau potable
Afin d’évaluer la performance de la désinfection, trois groupes d’organismes cibles sont testés. Il
s’agit des virus entériques, des kystes de Giardia et des oocystes de Cryptosporidium. Le choix de ces
organismes repose sur les constats suivants :
− ils sont détectés couramment dans les eaux de surface des lacs et des rivières et parfois même
dans les eaux souterraines, − ils ont été à l’origine d’épidémies confirmées, certaines touchant des
dizaines de milliers d’individus,
− ils offrent une grande résistance à la désinfection. Leur élimination permet donc de supposer qu’il
en va de même pour tous les autres micro-organismes pathogènes moins résistants. L’évaluation de
l’efficacité de la désinfection repose sur le concept de CT, lequel précise que l’inactivation d’un
micro-organisme donné est proportionnelle au produit du temps de contact effectif et de la
concentration résiduelle de désinfectant mesurée à la sortie du réservoir. Le tableau VII présente les
CT requis pour l'inactivation des organismes cités ci-dessus. Cinq choix sont possibles pour améliorer
l'efficacité de la désinfection : - augmenter la concentration de désinfectant résiduel à la sortie des
bassins de contact, - augmenter le temps de contact dans les bassins en augmentant le volume et,
par conséquent, le temps de contact dans les bassins, - changer de type de désinfectant puisque
certains désinfectants, ont une efficacité relative plus importante,
- changer les conditions d’application du désinfectant (pH et température de l’eau) afin de travailler
dans les meilleures conditions possibles d’efficacité du désinfectant utilisé.
4.3.1 Irradiation UV L'effet bactéricide des rayonnements UV est provoqué par le peroxyde
d'hydrogène ou les radicaux d'oxygène produits par les réactions photochimiques pendant
l'irradiation des substances présentes dans l'eau. L'avantage de l'irradiation UV est qu'elle n'entraîne
pas la formation de sous-produits de désinfection ou de résidus. L’effet germicide optimum
chapII la désinfection
correspond au spectre d’UV allant de 245 à 285 nm. D'une manière générale, une dose comprise
entre 20 et 25 [Link]-2 semblerait suffisante pour obtenir une désinfection efficace du point de
vue de la potabilisation (cf. tableau VIII).
Cependant les rayons UV se dissipent rapidement dans l’eau pour être absorbés ou réfléchis par les
substances qui s’y trouvent. Comme l'ozone, ils ne présentent pas d'effet rémanent, ce qui implique
un emploi réservé à la désinfection d'eau dont le réseau est court et bien entretenu. Dans d'autre
cas, il est nécessaire de compléter la désinfection par injection d'un désinfectant (chlore, dioxyde de
chlore ou chloramines) ce qui réduit considérablement leurs avantages en tant que bons agents
bactéricides.
De plus, la désinfection par l'irradiation UV (également comme l'ozone) est un procédé oxydatif qui
augmente la formation de carbone organique dissous facilement biodégradable dans l'eau. En effet,
l'utilisation de l'ozone et des radiations UV sur des eaux contenant des molécules organiques
complexes conduit à la production de substances organiques de plus faibles masses molaires, donc
plus facilement biodégradables et pouvant promouvoir la formation de biofilm dans les réseaux de
distribution. 4.3.2 Chlore Le chlore est un désinfectant très efficace pour l'inactivation des bactéries
et notamment des bactéries pathogènes telles que E. coli, Pseudomonas aeruginosa, Salmonella tiphi
et Shigella dysenteriae. Cependant, il présente une pénétration limitée dans le biofilm et le maintien
d’un résiduel de chlore approprié à un effet limité sur la croissance bactérienne. De plus, il présente
une efficacité limitée pour l'inactivation des protozoaires. Ainsi, des CT de 30 à 3 600 [Link].L-1 de
chlore ne permet qu'une inactivation de 40% (0,2 log) des Cryptosporidium (Finch et al., 1994).
L'utilisation du chlore a donc peu d'impact sur la viabilité de Cryptosporidium, aux doses
habituellement appliquées en traitement de désinfection. De plus, la réaction du chlore avec les
composés organiques conduit à la formation de sousproduits, les trihalométhanes (THM), supposés
être cancérogènes. 4.3.3 Monochloramines L’utilisation de monochloramines présente plusieurs
avantages par rapport au chlore. Elles ne réagissent pas autant que le chlore avec la matière
organique telle que les sucres et les polysaccharides extracellulaires, mais réagissent plus
spécifiquement avec les acides nucléiques, tryptophane et acides aminés soufrés. Les
monochloramines présentent donc une meilleure rémanence dans les réseaux de distribution. De
plus, comme les monochloramines sont moins réactives, la formation de sousproduits est amoindrie.
Cependant, un inconvénient des monochloramines est qu’elles nécessitent des CT plus longs ou des
concentrations plus importantes pour obtenir des résultats similaires à ceux obtenus avec le chlore.
Ainsi, une concentration de monochloramines de 0,3 mg.L-1 nécessite 240 minutes de temps de
contact pour 3 log d'inactivation d'E. coli, contre 0,14 mg.L-1 de chlore libre pendant 5 minutes pour
obtenir le même niveau d'inactivation, à température et pH égaux (Wattie et al., 1944). La même
observation est faite pour l'inactivation des virus (Kelley et al., 1960) et des protozoaires (Stringer et
al., 1970). 4.3.4 Dioxyde de chlore Le dioxyde de chlore est un oxydant et un désinfectant puissant,
efficace pour l'inactivation des bactéries, virus et protozoaires pathogènes. Cependant les
mécanismes qui gouvernent son action désinfectante ne sont pas encore bien connus et ils semblent
différer selon le type de microorganisme. Le dioxyde de chlore ClO2 présente plusieurs avantages
comparativement au chlore et aux autres désinfectants. Tout d'abord, contrairement au chlore, il
demeure sous sa forme moléculaire dans les limites de pH typiques des eaux naturelles.