Identification des sols du Var par piézocône
Identification des sols du Var par piézocône
■ RÉSUMÉ
L’article décrit une méthode d’identification des sols naturels à partir des données
mesurées au piézocône (CPTu) et présente son application aux sols du plateau
deltaïque du Var. Cette méthode procède en deux étapes : la résistance de pointe
pénétrométrique est d’abord décomposée en une partie isotrope et une partie
déviatorique en tenant compte de la pression d’eau et des résistances drainées
et non drainées mesurées à l’appareil triaxial sur les sols carottés au préalable
sur le site. Cette décomposition permet de classer les sols, en distinguant les
sols fins argileux et limoneux, dans lesquels se développent de fortes pressions
d’eau, et les sols sableux dans lesquels ces pressions sont proches de la
pression hydrostatique ou sont négatives. L’étape suivante identifie les sols
sableux sensibles, de faible compacité et peu résistants, exposés au risque de
liquéfaction notamment, en analysant le frottement latéral unitaire et la résistance
de cône effective.
INTRODUCTION
Cet article propose une méthode d’exploitation des données pénétrométriques pour l’identification
des sols fins argileux, limoneux ou sableux dans leur état naturel. Cette méthode se fonde sur l’ana-
logie qui peut être établie entre le comportement de ces sols en laboratoire à l’appareil triaxial et le
fonçage d’un piézocône dans ces mêmes matériaux. La méthode procède en deux étapes, en partant
des mesures enregistrées pendant la réalisation d’un sondage au piézocône, c’est à dire la résistance
de cône qc, le frottement latéral unitaire fs et la pression d’eau u2. Dans un premier temps, les valeurs
de qc et u2 sont utilisées pour identifier les terrains traversés au cours du fonçage, afin d’obtenir le
profil des couches de sols. Dans la seconde étape, la mesure de fs est mise à profit pour identifier
les sols sensibles parmi les sols sableux, c’est à dire les sols les plus lâches, qui peuvent présenter
Le comportement des sols fins et des sables dans les essais triaxiaux en laboratoire est d’abord
rappelé, en termes de chemins des contraintes ou de chemins des déformations et en distinguant
les comportements drainés et les comportements non drainés. L’article analyse ensuite le compor-
tement des sols lors de l’enfoncement d’un piézocône. Puis il expose l’analogie entre les réponses
de l’essai triaxial et du piézocône qui constitue la base de la méthode d’identification des sols
développée par l’auteur.
L’article présente ensuite la méthode d’identification des terrains à partir des données qc et u2 four-
nies par les sondages au piézocône et les essais triaxiaux exécutés lors des différentes campagnes
de reconnaissances géotechniques du site de l’aéroport de Nice. Puis la méthode d’identification
des sables sensibles est expliquée en faisant appel à la comparaison des mesures au piézocône dans
une couche de sables limoneux auscultée d’abord dans son état naturel puis après traitement par des
colonnes ballastées. L’application de la méthode d’identification est illustrée par l’analyse des don-
nées pénétrométriques de l’un des sondages au piézocône réalisés en 2007 sur le site de l’aéroport
de Nice Côte d’Azur.
et
6 cos ϕ ' 6 sin ϕ '
q = C 'qe + M e p ' = − c '− p ' dans les essais d’extension (où s’a<s’r).
3 + sin ϕ ' 3 + sin ϕ '
Les paramètres classiques de résistance du sol c’ et j’ sont liés aux coefficients des droites limites
en coordonnées (p’,q) par les relations :
3M c 3M e
sin ϕ ' = =− ,
6 + Mc 6 − Me
Des expressions analogues s’appliquent en conditions consolidées non drainées (essais triaxiaux
CU+u), avec les notations correspondantes portant l’indice u : Cqcu, Cqeu, Mcu, Meu, ccu et jcu.
q = C 'qc + M c p '.
Lors d’un essai CU+u, on applique d’abord à l’éprouvette une contre-pression interstitielle ucp et
une pression de confinement isotrope équivalente pconf. Puis on consolide le sol sous une pression
isotrope pc et on augmente ensuite la contrainte axiale sa, ce qui a pour effet de créer un déviateur
de contraintes q = Dsa. Lors de la rupture, les contraintes totales et effectives valent donc :
qrupt = ∆σ a / 3
q 'rupt = qrupt
– partie 1 : début du cisaillement non drainé. Pour un sol isotrope, le chemin de contrainte est ver-
tical (Dp’ = 0 ; Du = Dp) ;
– partie 4 : état ultime. La résistance ultime est atteinte avec un pic à faible niveau de déforma-
tion pour les matériaux raides ou un palier de plasticité et des grandes déformations pour les sols
mous. Le volume du sol ne change pas ou peu et les contraintes p et q restent constantes, pour un
accroissement indéfini de la déformation déviatorique. La pression interstitielle ne varie plus. Cet
état ne peut être atteint que dans des conditions particulières d’essai, en grandes déformations
homogènes. En effet, la poursuite de l’essai pendant la phase 3 dépend des nombreux facteurs
évoqués ci-après, plus encore que pendant les phases 1 et 2. Souvent la perte d’homogénéité de la
déformation interrompt la poursuite du chargement.
Ce chemin des contraintes est représenté aussi dans le plan (q, u) sur la figure 2. Au début
du chargement (partie 1) Du / Dq = 1/3. Dans la troisième phase de l’essai, ce rapport vaut
Du / Dq = -(3 – Mc) / 3Mc en compression et Du / Dq = –(3 – Me) / 3Me en extension. Comme pré-
cédemment, la forme du chemin non drainé dépend de la saturation du sol, de la compressibilité de
l’eau et de la compressibilité des particules du sol, etc.
a
b
figure 3
Représentation du
comportement d’un
sable lâche et d’un sable
dense dans un essai de
compression consolidé
non drainé à l’appareil
triaxial.
a : Dans le plan
« contrainte moyenne
p – déviateur
des contraintes q ».
b : Dans le plan
« déviateur q – pression
interstitielle u »
a
b
figure 4
Représentation du
comportement d’une
argile dans deux
essais de compression
consolidés sous des
pressions différentes et
non drainés à l’appareil
triaxial.
a : Dans le plan
« contrainte moyenne
p – déviateur
des contraintes q ».
b : Dans le plan
« déviateur q – pression
interstitielle u »
Deux indices peuvent être définis alors pour quantifier la forme des chemins non drainés pendant les
étapes 3 et 4 et donner une image de la relation entre qr et qultime. Ces deux indices sont :
– le rapport entre la pression interstitielle maximale et la pression effective de consolidation (éven-
tuellement corrigée dans le cas des consolidations anisotropes) :
1 - ui / pc ;
– l’écart relatif entre le déviateur qi et de déviateur qu :
(qu - qi) / qi.
Le déviateur qr se situe entre qi et qu. On supposera dans la suite que qr représente le milieu du seg-
ment [qi, qu], c’est à dire qr = (qi + qu) / 2.
Ces deux rapports peuvent être normalisés en tenant compte de la pente Mc du critère de rupture en
q/p. On propose pour cela d’adopter les coefficients normalisés :
3 (1 + M c ) u
Rui = 1− i ,
3 − Mc pc
qu − qi
Rqu = .
M c qi
Le coefficient [3 (1 + Mc) / (3 – Mc)] est tiré de l’expression d’un chemin non drainé formant un
quart de cercle dans le plan (p, q) (argile normalement consolidée).
Le rapport Rqu fixe la position relative de la résistance ultime par rapport au seuil de dilatance. Ce
coefficient est nul pour les argiles normalement consolidées et il est très grand pour les sables. Il a
des valeurs intermédiaires pour les limons (comportement compris entre les argiles et sables) et les
argiles surconsolidées ou les marnes (effet de la surconsolidation).
Le coefficient Rui est en relation avec le degré de surconsolidation Roc du sol. Il peut à ce titre est
considéré comme un paramètre d’écrouissage. En effet, plus un sol est surconsolidé, induré ou
dense, plus le pic de pression interstitielle est petit, relativement à la pression pc. Au contraire, les
sols mous et les sols lâches génèrent de fortes pressions interstitielles par rapport à pc, pour des
degrés de surconsolidation voisins de l’unité.
Ainsi, les couples (Rui, Rqu) permettent d’évaluer l’élancement des chemins des contraintes non drai-
nés, en tant qu’indicateur de la remontée de l’enveloppe de rupture jusqu’à une résistance ultime qu
(sables) ou, au contraire, la stationnarité du point de rupture (argiles).
Ainsi, les coefficients d’élancements déduits des essais triaxiaux consolidés non drainés (CU+u)
permettent de distinguer clairement les comportements des argiles peu surconsolidées (état de
contrainte stationnaire à la rupture, Rqu nul) de celui des sables (remontée de l’enveloppe de rup-
ture, Rqu grand) et d’établir un lien entre la résistance ultime mesurée à l’appareil triaxial et le seuil
de dilatance du matériau, qui est facilement identifiable dans la plupart des cas. Les coefficients Rui
et Rqu ont permis de classer les différents terrains en cinq familles d’après la forme des chemins des
contraintes non drainés.
Toutefois, les secteurs ne sont pas disjoints. Les limons sableux occupent une bande située entre les
limons et les sables. Globalement, les coefficients Rui augmentent en même temps que Rqu, en allant
des argiles molles vers les sables denses. Les marnes apparaissent dans la continuité des argiles,
avec des coefficients Rui plus grands et des coefficients Rqu plus élevés, ces tendances provenant de
l’effet de la surconsolidation. Là aussi, le partage entre les argiles et les marnes n’est pas net, mais
il est progressif.
Dans de nombreux sites formés par des terrains récents peu consolidés, les sols prélevés au sein
d’une même formation, voire d’une même couche, se rangent dans plusieurs classes de comporte-
ment. Ces terrains sont en effet hétérogènes et constitués par des argiles, des limons, des silts et des
figure 5
Identification des types
de sols d’après la
valeur des coefficients
d’élancement des
chemins de contraintes
des essais de
compression consolidés
non drainés à l’appareil
triaxial
Néanmoins, l’essai permet de distinguer clairement la réponse des sols sableux denses de la réponse
des sols argileux mous :
– dans les argiles molles saturées, le fonçage génère de fortes pressions d’eau u2 qui croissent avec
la profondeur. Les résistances qc et fs augmentent aussi avec la profondeur. Le comportement du
sol est non drainé. La résistance de pointe est réduite, du fait de la faible résistance au cisaillement
du sol dans ces conditions et en relation avec les faibles pressions effectives moyennes qui sont
développées dans le sol ;
– dans les sables propres denses et saturés, la perméabilité élevée du terrain estompe toute généra-
tion de pression interstitielle et le comportement du sol autour de la pointe est drainé. La pression
u2 reste égale à la pression hydrostatique uo. Les fortes résistances généralement observées dans les
sables denses proviennent de l’interaction entre la pointe et le terrain qui est raide et dilatant. Dans
ces matériaux, les variations de qc et fs qui sont souvent enregistrées le long du profil pénétrométri-
que proviennent de la variabilité de la nature et de l’état du sable à une échelle locale.
Sur le plan mécanique, le chargement du sol par la pointe pénétrométrique est de nature fortement
isotrope, la composante déviatorique étant de moindre importance. Les modélisations du fonçage
sur la base de l’expansion de cavités sphériques ou cylindriques ont obtenu pour cette raison un
bon succès.
Dans les milieux cohérents, les développements théoriques relatifs au fonçage débouchent sur une rela-
tion entre la résistance non drainée cu des argiles et la résistance de pointe qui s’écrit sous la forme :
qc = Nc cu + so
Les mêmes paramètres interviennent dans les formulations relatives aux pressions interstitielles
générées par le fonçage dans les argiles saturées. Chang et al. (2001) présentent une analyse théori-
que du fonçage du piézocône dans les argiles sur la base du modèle Cam Clay modifié. Ils aboutis-
sent aux expressions suivantes de cu, qt et u2 :
Λ
Mc R
cu = σ 'vo oc
2 2
4
qt= α e cu (1 + ln I r ) + po
3
1 3I r 1
u2 = 2α e cu ln − + po
3 2 M c
où ae est un facteur lié à la vitesse de fonçage (ae = 1,64 pour un cône de 10 cm2 de section), Mc est la
pente de la droite de Mohr-Coulomb dans le plan des contraintes effectives (p, q) en compression, Roc est
le degré de surconsolidation, Ir est l’indice de rigidité, L est le coefficient de déformation volumique plas-
tique (L = 1 - k/l » 1 - Cs/Cc), p0 est la contrainte moyenne totale et s'v0 la contrainte effective verticale.
Dans les sables, les développements théoriques fondés sur la théorie de l’expansion de cavités se
réfèrent aux paramètres s’o, Ko, e, Ir = G/cu, j’ ou Mc, y et d. Les notations sont les mêmes que
ci-dessus, plus e pour l’indice des vides du sol et y pour la dilatance. En fait, l'indice des vides est
souvent introduit au moyen de l’indice de densité ID :
emax − emin
ID = ,
emax − emin
où emax et emin sont les indices des vides maximal et minimal du sable. Ce paramètre présente en effet
un intérêt évident pour représenter l’état des sables propres et secs reconstitués en laboratoire. Mais,
son intérêt pratique est limité par le fait qu’on ne peut le déterminer efficacement dans les sols natu-
rels saturés, et en particulier dans les sols contenant des fines, et parce qu’il n’est pas représentatif des
conditions de sédimentation dans l’eau et d’évolution des dépôts au cours du temps (au même titre que
l’indice de consistance, IC = (wL - w) / (wL - wP), qui s’apparente à ID pour les argiles déstructurées).
Certaines études utilisent le paramètre x, lié à l'indice des vides, qui représente la distance entre
l'indice des vides e et l'indice des vides à l'état critique eCS sous la même pression effective moyenne p’.
Une autre difficulté provient de l’absence de développements consacrés au frottement latéral uni-
taire fs qui sert pourtant de base à de nombreuses classifications des sols et méthodes de calcul de
stabilité, en matière de liquéfaction notamment.
À ce propos, il est important de savoir si l’accroissement souvent constaté des résistances péné-
trométriques avec la profondeur résulte de la seule pression de confinement apportée par le poids
de terres ou bien de l’accroissement naturel de la résistance que le sol a acquise au cours de sa
sédimentation puis de son évolution au cours du temps ou bien des deux à la fois. Les méthodes
de normalisation des mesures pénétrométriques qui sont utilisées dans les méthodes de calcul de
stabilité devraient dépendre de la réponse à cette question.
Les gradients d’augmentation de qc avec z varient entre 30 à 50 dans les argiles, ceux de u2 autour
de 25 à 40. Pour la résistance de cône qc, ce résultat s’explique par la relation empirique don-
nant l’évolution de la cohésion non drainée avec la profondeur. En combinant la relation moyenne
entre la cohésion non drainée et la contrainte effective dans les argiles normalement consolidée
(cu = s'v0 / 3), la relation moyenne entre la résistance de cône et la cohésion non drainée (qc = 15 cu)
vase et limons 27
qc = 40 z (qc en kPa et z en m)
La formulation basée sur le modèle Cam-Clay aboutit à des résultats semblables (Chang et al.,
2001). En admettant par exemple que Mc = 1,2 (j' = 30 degrés), Roc = 1 (argile normalement conso-
lidée), Ir = 100 (sol mou) et L = 0,9, les relations indiquées au paragraphe 2.2 deviennent :
Ces relations donnent des ordres de grandeur des gradients qui sont compatibles avec l’observation
(par exemple les pentes des diagrammes des figures 15 et 18).
Les figures 6 et 7 montrent la correspondance entre les réponses des sols mesurées dans l’essai
triaxial et au piézocône, dans le cas des sables et dans le cas des argiles, respectivement.
figure 7
Analogie entre
un chargement de
compression à l’appareil
triaxial et le chargement
du sol par la pointe d’un
piézocône, dans le cas
d’une argile
Les essais triaxiaux ont été réalisés sur des éprouvettes taillées dans des carottes prélevées au carottier à
piston stationnaire. Il s’agit d’essais triaxiaux non drainés de type CU+u. Ces essais sont interprétés en
contraintes effectives dans le plan (p’, q). Ils montrent des comportements typiques de matériaux granu-
laires, avec des angles de frottement internes j' compris entre 32,3 et 40,4 degrés. Les cohésions effecti-
ves sont nulles ou quasi nulles (c’ ≈ 0). La figure 8 rassemble les résultats de ces essais, qui ne permettent
pas de différencier des types de sols particuliers. Les sols les plus argileux contiennent une fraction
limono-sableuse assez importante pour leur donner un comportement proche de celui de sables.
Les sols les plus argileux (figure 9) présentent un comportement surconsolidé à très basse pression
et ne sont pas strictement stationnaires à haute pression (les chemins de contrainte non drainés ont
tendance à suivre la droite de Mohr-Coulomb vers le haut, avec une faible dilatance, au lieu de s’y
fixer comme le font les argiles molles). Les sables limoneux (figure 10) montrent une remontée
significative des chemins des contraintes le long de la droite de Mohr-Coulomb, avec une forte
dilatance. Les limons sableux (figure 11) présentent un comportement intermédiaire.
figure 9
Chemins de contraintes
d’un essai de
compression sur un limon
argileux
figure 11
Chemins de contraintes
d’un essai de
compression sur un sable
très fin
Pour chacun des sols, ces propriétés mécaniques caractérisent l’effet de la profondeur sur la résis-
tance (effet du poids des terres en tant que pression de confinement).
■■Application au piézocône
Nous admettons que les résistances des sols mesurées au piézocône dans les sédiments du Var s’expriment
au moyen des droites représentées sur la figure 13, dans le plan des contraintes effectives équivalentes
(p’c, qc) et dans celui des contraintes totales équivalentes (pc, qc). La droite continue est définie en contraintes
figure 12
Résultats d’essais de
compression triaxiale sur
différents sols du site,
interprétés en contraintes
totales
effectives (j' = 36,9 degrés et c’ = 0) et correspond à la moyenne des sols à Nice (Mc = 1,5 et Cqc = 0).
Les trois autres droites (en tirets) représentent les résistances « consolidées non drainées » exprimées en
contraintes totales et correspondent aux valeurs de jcu et ccu données dans le tableau 3. Elles sont respec-
tivement affectées aux « limons argileux », aux « limons sableux » et aux « sables limoneux ».
– le pénétromètre pousse le sol dans son état ultime sur la droite de Mohr-Coulomb définie en
contraintes effectives,
– la résistance de cône qc du piézocône est égale au déviateur q du triaxial,
– il existe une pression moyenne totale équivalente pc générée par la pointe, qui dépend directe-
ment de qc et de u2,
– la mesure de pression u2 est représentative de la « pression interstitielle globale » dans le voisi-
nage de la pointe, sauf en cas de cavitation pour les sables denses non drainés.
Dans le graphique (pc, qc), la valeur mesurée de qc permet de déterminer la « contrainte moyenne
effective équivalente » p’c générée par la pointe » sur la droite « effective ». La « contrainte moyenne
totale équivalente » pc s’obtient en ajoutant la valeur mesurée de u2 dans la direction isotrope, ce
qui donne les coordonnées (pc, qc) du point représentatif de l’état de contraintes totales équivalentes
autour du cône. On recherche alors parmi les trois droites définies en « contraintes totales » pour
représenter les résistances des sols, celle qui est la plus proche de ce point et cela permet de classer
le sol. La figure 14 montre l’application de cette procédure aux mesures de qc et u2 à trois profon-
deurs comprises entre 19,22 m et 19,64 m, dans le sondage CPTu12 réalisé sur le site de l’aéroport.
Les sols correspondants ont été classés comme sable limoneux, limon sableux et limon argileux.
Une fois le travail d’identification effectué pour toutes les mesures recueillies dans un sondage, on peut
reporter les résultats sur les diagrammes classiques de variation avec la profondeur de la résistance
de cône qc, du frottement latéral unitaire fs et de la pression d’eau mesurée u2. La figure 15 montre le
classement des sols du sondage CPTu20. Les points de mesure sont codés en sables limoneux (SL),
limons sableux (LS) et limons argileux (LA). Il apparaît clairement que les plus fortes pressions u2
sont attribuées aux limons argileux, alors que les plus faibles pressions sont attribuées aux sables
limoneux. La figure 16 montre le détail de cette figure, pour les profondeurs comprises entre 10 et
figure 15 25 m de profondeur (par rapport à la surface du remblai).
Représentation des types
de sols (limons argileux La classification des terrains peut aussi être reportée sur les diagrammes (pc, qc). La figure 17
LA, Limons sableux LS et montre les résultats du sondage CPTu20 dans ce mode de représentation. La figure 18 présente un
sables limoneux SL) en
fonction de la profondeur agrandissement de ce diagramme, pour les sols les moins résistants (entre 0 et 3 MPa).
(Sondage CPTu20)
figure 17
Représentation des types
de sols (limons argileux
LA, Limons sableux LS et
sables limoneux SL) dans
le diagramme (pc, qc)
(sondage CPTu20)
■■Commentaires
››Problèmes associés à la mesure de u2
La mesure de la pression d’eau u2 avec le piézocône présente quelques difficultés d’ordre expéri-
mental, le long de cette interface qui glisse dans le sol déstructuré à l’arrière du cône, avec le danger
que cette interface constitue un chemin de drainage préférentiel ou favorise la formation d’une
colonne d’eau entre le train de tige du pénétromètre et le terrain.
Il faut donc admettre, sans pouvoir le vérifier, que la pression d’eau u2 est correctement mesurée par
le piézocône, malgré l’absence des conditions habituellement mises en œuvre à l’appareil triaxial
où il est fait usage d’une contre-pression. Il faut admettre aussi que cette pression reflète directe-
ment la pression interstitielle « moyenne » dans le sol au voisinage du cône.
Ainsi, l’auscultation des sables au piézocône pose divers problèmes, par l’absence de réponse en u2 quand
ils sont drainants ou par la réponse tronquée en u2 quand ils sont fortement dilatants et non drainés.
■■Récapitulation
En résumé, la méthode d’identification des sols d’après les données pénétrométriques qc et u2
(étape 1) repose sur l’analogie entre le comportement des sols observé à l’appareil triaxial et la
réponse des sols pendant le fonçage d’un cône. La décomposition de la résistance de pointe qc en
un terme « isotrope » et un terme « déviatorique » est effectuée d’après les enveloppes de rupture
triaxiales, drainées et non drainées. La méthode présente l’avantage de ne pas faire appel à un pro-
cédé de normalisation des mesures, comme cela se fait dans les méthodes en usage, où la résistance
de pointe est normalisée à l’aide des contraintes verticales totales et effectives qui règnent au sein
du massif (et qui sont obtenues le plus souvent à partir d’hypothèses avancées sur les poids volu-
miques des sols et leur état Ko). Ces informations sont contenues dans la réponse pénétrométrique.
L’autre avantage réside dans la prise en compte directe de la pression u2 dans les argiles, qui ont un
comportement non drainé au cours du fonçage.
– au drainage des sables propres, sans génération de pression d’eau car ils sont drainants,
– à la cavitation qui masque la réponse réelle des sables denses quand ils sont non drainés,
– à la non-indépendance totale des données pénétrométriques,
et après avoir utilisé qc et u2 exclusivement pour réaliser l’identification des terrains (étape 1), il
reste à examiner l’apport possible de fs.
Les réponses pénétrométriques sont caractéristiques des sols rencontrés. Dans les sables, les résis-
tances de pointe qc sont comprises entre 3 et 8 MPa avant traitement et les pressions u2 sont égales
à la pression hydrostatique (comportement drainé) ou localement un peu inférieures à la pression
L’idée développée ici consiste à exploiter l’effet de la densification des sables fins limoneux entraî-
née par la fabrication des colonnes ballastées, afin d’apprécier l’évolution du rapport entre qc et fs
consécutif à l’augmentation de ces caractéristiques de résistance.
››Effet du traitement
La comparaison des sondages voisins n’est pas directe, car les pas des mesures pénétrométriques
sont différents avant et après traitement et les altitudes de départ des enregistrements sont différen-
tes. Les sondes utilisées sont probablement différentes aussi. Néanmoins, après un recalage en z
des enregistrements à l’aide des pics de résistance qc au franchissement des interlits sableux, il est
possible de rechercher l’effet de densification imputable au traitement des sols par comparaison
directe des mesures pénétrométriques avant et après traitement.
La comparaison (Figure 18) montre une nette amélioration des caractéristiques des sables limoneux
qui est imputable à leur densification avec :
figure 18
Comparaison de deux
sondages au piézocône
exécutés avant et après la
densification des sols
– à l’effet de densification des sols par les colonnes, à la fois sur le comportement mécanique (sur-
consolidation) et sur la perméabilité (réduction de l’indice des vides des sables),
– à l’effet sur les conditions de drainage engendré par la présence des colonnes, qui est favorisé par
l’anisotropie de perméabilité des sols,
– à un effet éventuel de fracturation hydraulique (claquage du terrain par la réalisation des colon-
nes, notamment près de la surface ou dans les limons qui sont peu drainants).
Le traitement peut entraîner aussi une déstructuration des terrains du fait des fortes énergies vibra-
toires transmises aux sols pendant la fabrication des colonnes, réduisant ainsi le gain de résistance
obtenu par la densification.
Sur ce site, les sables identifiés à l’étape 1 sont représentés en vert. Le traitement a pour effet d’aug-
menter la résistance de cône effective qE, qui atteint 10 MPa en moyenne, et le frottement latéral
unitaire fs. Cette augmentation s’effectue selon une direction de pente 2 dans le plan (lg fs, lg qE).
Ainsi, sur la base de cet exemple, la densification d’un sol sableux a pour effet de faire progresser
la résistance pénétrométrique dans la direction de pente 2 et vers le haut dans le plan (lg fs, lg qE).
figure 19
Représentation des
mesures avant la
densification des sols
(Sondage 21)
figure 21
Classification des sols
d’après les valeurs de qE
et fs (Fellenius et Eslami,
2000)
Il sera admis dans la suite que la réduction de la densité d’un sable se traduit par une évolution des
résistances dans la direction opposée.
Parmi les études récentes, celle de Ku et al. (2003) analyse des sites où des phénomènes de liquéfac-
tion ont été observés pendant le séisme de Chi-Chi à Taiwan. Les valeurs de fs et qE déterminées par
cinq sondages au piézocône sont présentées sur la figure 22. Les terrains identifiés comme des sables
en appliquant la première étape de notre procédure sont représentés en distinguant les sables non
liquéfiés (croix) et les sables liquéfiés (ronds) d’après les observations de Ku et al. Les sables liqué-
fiés se situent dans le quart inférieur gauche du diagramme. La progression des sables liquéfiés vers
les sables non liquéfiés s’effectue en suivant la direction de pente 2 et vers le haut du plan.
Le secteur des sables liquéfiés peut être délimité par une droite de pente 2, d’une part, et par une
droite quasi-orthogonale à la première et de pente –0,16, d’autre part. Ces deux droites ont pour
équations (qE et fs en MPa) :
qE = 2000 fs 2,
qE = 2 fs –0,16.
figure 22
Analyse des mesures
effectuées au
piézocône sur les
sites de liquéfaction
du séisme de Chi-Chi
à Taiwan (Ku et al.,
2003), en coordonnées
bilogarithmiques
D’autres mesures pénétrométriques recueillies dans des bases de données de la littérature ne s’ins-
crivent pas strictement à l’intérieur du domaine délimité ici. Un travail plus poussé reste donc à
produire pour analyser plus en détail ces données et juger de la possibilité d’obtenir des règles
générales et non des règles établies pour chaque site.
■■Récapitulation
L’étape 2 de la méthode présentée dans cet article consiste à identifier les sols sableux sensibles. La
méthode met à profit la mesure du frottement latéral unitaire fs, avec toutes les réserves relatives à
cette mesure sur le plan expérimental et en l’absence de développements théoriques. D’après les
données utilisées, la densification d’un sol s’effectue selon une direction de pente 2 et vers le haut
dans le plan (lg fs, lg qE). Il a été admis que la progression vers un état plus lâche d’un sol s’effec-
tue dans la direction opposée. Ces considérations permettent de délimiter un secteur du plan (lg fs,
lg qE) où se rangent les sols sableux sensibles, mais aussi les sols argileux mous, de sorte que l’on
doit prélever les sols et les identifier par leur courbe granulométrique avant de conclure sur le carac-
tère sensible du sol d’après les valeurs de qE et fs.
figure 23
Analyse des mesures
effectuées au piézocône
sur les sites de
liquéfaction du séisme
de Chi-Chi à Taiwan
(Ku et al., 2003), en
coordonnées linéaires
figure 24
Représentations des
résultats du sondage
au piézocône PTu20
dans le diagramme
« frottement latéral
unitaire fs – résistance de
cône effective qE »
figure 25
Extrait de la
figure 24, coordonnées
bilogarithmiques
Les points situés dans la zone des sables liquéfiés ont été repérés dans le sondage CPTu20.
Le tableau 4 commente cette analyse.
Cette analyse montre que la présence de sols éventuellement liquéfiable est limitée. La seule couche
d’épaisseur importante méritera un examen plus détaillé.
figure 26
Analyse des sols sableux
du sondage CPT20
15,56 0,02 Point isolé (fs est petit par rapport au voisinage)
16,96-17,46 0,50 Partie d’une couche plus épaisse dans laquelle la pression inters-
titielle est plus forte (mais reste inférieure à la pression hydrosta-
tique). Cette couche devra faire l’objet d’un examen plus détaillé,
notamment par essais de laboratoire
CONCLUSION
Une méthode a été proposée pour l’identification des sols à partir des données mesurées au piézo-
cône (CPTu). Cette méthode procède en deux étapes. À l’étape 1, la résistance de pointe est décom-
posée en une partie isotrope et une partie déviatorique en tenant compte de la pression d’eau u2 et
en référence aux résistances drainées et non drainées mesurées préalablement à l’appareil triaxial.
Cette décomposition permet de classer les sols, en distinguant les sols argileux, dans lesquels se
développent de fortes pressions d’eau, des sols sableux, dans lesquels ces pressions sont égales à la
pression hydrostatique ou sont négatives. Les données recueillies sur le site de l’aéroport de Nice
ont été utilisées pour illustrer la procédure et en discuter les résultats.
L’étape 2 consiste à identifier les sols sableux sensibles, de faible compacité et peu résistants, expo-
sés au risque de liquéfaction notamment. La méthode se fonde sur la variation relative entre fs et
qc sous l’effet de la densification d’un sol donné. Un exemple a été tiré des reconnaissances et du
suivi d’un site renforcé par des colonnes ballastées. La démarche s’appuie aussi sur des données de
la littérature qui permettent de distinguer des sols liquéfiés pendant des séismes de sols non liqué-
fiés. Un secteur caractéristique des sols sableux sensibles a été délimité dans le plan (lgfs, lgqE), où
qE = qc - u2 représente une résistance de pointe « effective ». Ainsi, les trois mesures procurées par
le piézocône sont mises en jeu dans la méthode de classification proposée.
La classification des sols à l’étape 1 aboutit à des résultats concordants avec les coupes de terrain
dans chacun des sites étudiés.
L’étape 2 n’apparaît pas aussi pertinente, devant les difficultés rencontrées, à commencer par la
précision des mesures au piézocône, puisqu’il s’agit d’aller identifier des sols de faibles résistances,
sableux ou argileux. Les bases de données disponibles sont parfois contradictoires. Néanmoins,
la mise en évidence des niveaux de sols sensibles dans les profils pénétrométriques étudiés est en
accord avec les résultats présentés par les différents auteurs dans une grande majorité de cas.
La méthode appelle néanmoins à être consolidée par une pratique plus large en s’appuyant sur de
nombreux exemples supplémentaires. Il s’agit notamment de l’expression des caractéristiques de
résistance non drainées mesurées au triaxial, en regard de la compatibilité des niveaux de défor-
mation entre triaxial et piézocône et en raison des problèmes de variabilité des propriétés mécani-
ques des sols naturels. Dans ce sens, les questions du remaniement des échantillons prélevés pour
le laboratoire demeurent. Il s’agit aussi de compiler des exemples détaillés permettant de mettre
en regard et de façon précise les propriétés mesurées en laboratoire à partir de carottages (essais
d’identifications et essais triaxiaux) et les mesures au piézocône, dans des terrains naturels argileux
et sableux, mais aussi dans des terrains intermédiaires limoneux.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Cetin O.K., Youd T.L., Seed R.B., Bray J.D., Stewart Science & Technlology, Transaction B, vol. 28,
J.P., Durgunoglu T., Lettis W., Yilmaz M.T. n° B1, pp. 69-86.
(2004). Liquefaction-induced lateral spreading Ku C.H., Lee D.H., Juang H.C., Wu J.H. (2003).
at Izmit Bay during the Kocaeli (Izmit)-Turkey Evaluation of soil liquefaction in the Chi-Chi,
earthquake. Journal of Geotechnical and Taiwan earthquake using CPT data. Soil Dynamics
Geoenvironmental Engineering., vol. 130, n° 12, and Earthquake Engineering, vol. 24, n° 9-10,
pp. 1300-1313. pp. 659-673.
Chang M.F., Teh C.I., Cao L.F. (2001). Undrained Nash D.F.T., Powell J.J.M., Lloyd I.M. (1992).
cavity expansion in modified Cam clay: II Initial investigations of the soft clay test site at
Application to the interpretation of the piezocone Bothkennar. Géotechnique, n° 42, vol. 2,
test. Géotechnique, vol. 51, n° 4, pp. 335-350. pp. 163-181.
De Mio G., Giacheti H.L. (2007). The use of Schmertmann J.H. (1978). Guidelines for cone test,
piezocone tests for high-resolution stratigraphy of perfoirmance and design. Federal Highway
Quaternary Sediment Sequences in the Brazilian Administration, Report FHWA-TS-78209,
coast. Annals of the Brazilian Academy of Washington, 145 p.
Sciences, vol. 79, n° 1, pp. 153-170. Schneider J.A., Peuchen J., Mayne P.W., McGillivray
Eslami A., Fellenius B.H. (1997). Pile capacity by A.V. (2001). Piezocone profiling of residual soils.
direct CPT and CPTu methods applied to 102 Proceedings, International Conference on In
case histories. Canadian Geotechnical Journal, Situ Measurements of Soil Properties and Case
vol. 134, n° 6, pp. 880-898. Histories, Bali, Indonesia, pp. 21-24.
Fellenius B.H., Eslami A. (2000). Soil profile Senneset K., Jambu N., Svano G. (1982). Strength
interpreted from CPTu data. « Year 2000 and deformation from cone penetration tests.
Geotechnics », Geotechnical Engineering Proceedings 2nd. European Symposium on
Conference, Asian Institute of Technology, Penetration Testing, ESOPT-II, Amsterdam,
Bangkok, Thailand, 27-30 novembre 2000, vol. 2, pp. 863-870.
18 p. Simonini P., Cola S. (2000). Use of piezocone to
Fellenius B.H., Eslami A. (2004). CPT and CPTu data predict maximum stiffness of Venetian soils.
for soil profile interpretation: review of methods Journal of Geotechnical and Geoenvironmental
and proposed new approach. Iranian Journal of Engineering, vol 126, n° 4, pp. 378-382.