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Identification des sols du Var par piézocône

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Identification des sols argileux, limoneux et sableux du

plateau deltaïque du Var à partir de sondages au


piézocône
Jean François Serratrice

To cite this version:


Jean François Serratrice. Identification des sols argileux, limoneux et sableux du plateau deltaïque du
Var à partir de sondages au piézocône. Bulletin des Laboratoires des Ponts et Chaussées, 2013, 279,
pp 65-94. �hal-00850958�

HAL Id: hal-00850958


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Submitted on 9 Aug 2013

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Identification des sols argileux,
limoneux et sableux
du plateau deltaïque du Var
J.F. SERRATRICE
CETE Méditerranée, LRPC d’Aix en Provence à partir de sondages au piézocône

■ RÉSUMÉ
L’article décrit une méthode d’identification des sols naturels à partir des données
mesurées au piézocône (CPTu) et présente son application aux sols du plateau
deltaïque du Var. Cette méthode procède en deux étapes : la résistance de pointe
pénétrométrique est d’abord décomposée en une partie isotrope et une partie
déviatorique en tenant compte de la pression d’eau et des résistances drainées
et non drainées mesurées à l’appareil triaxial sur les sols carottés au préalable
sur le site. Cette décomposition permet de classer les sols, en distinguant les
sols fins argileux et limoneux, dans lesquels se développent de fortes pressions
d’eau, et les sols sableux dans lesquels ces pressions sont proches de la
pression hydrostatique ou sont négatives. L’étape suivante identifie les sols
sableux sensibles, de faible compacité et peu résistants, exposés au risque de
liquéfaction notamment, en analysant le frottement latéral unitaire et la résistance
de cône effective.

Identification of clayey, silty and sandy soils


from the Var delta plain based on piezocone penetration testing
■ Abstract
This article describes a natural soil identification method based on data measured
using a piezocone (CPTu) and presents an application to soils from France’s Var
delta plain. This method proceeds in two stages: penetrometer point resistance
is first broken down into an isotropic part and a deviatoric part by taking into
account water pressure and both the drained and undrained strength measured
using the triaxial device on soil samples that had been previously cored in situ.
This decomposition serves to classify soils by distinguishing clayey and silty fine-
grained soils, in which high water pressure develops, from the sandy soils where
these pressures are either close to the hydrostatic pressure or else negative.
The next stage consists of identifying sensitive sandy soils, which feature limited
compactness, low strength and are exposed to the risk of liquefaction, by means
of analyzing the unit lateral friction and effective cone resistance.

INTRODUCTION
Cet article propose une méthode d’exploitation des données pénétrométriques pour l’identification
des sols fins argileux, limoneux ou sableux dans leur état naturel. Cette méthode se fonde sur l’ana-
logie qui peut être établie entre le comportement de ces sols en laboratoire à l’appareil triaxial et le
fonçage d’un piézocône dans ces mêmes matériaux. La méthode procède en deux étapes, en partant
des mesures enregistrées pendant la réalisation d’un sondage au piézocône, c’est à dire la résistance
de cône qc, le frottement latéral unitaire fs et la pression d’eau u2. Dans un premier temps, les valeurs
de qc et u2 sont utilisées pour identifier les terrains traversés au cours du fonçage, afin d’obtenir le
profil des couches de sols. Dans la seconde étape, la mesure de fs est mise à profit pour identifier
les sols sensibles parmi les sols sableux, c’est à dire les sols les plus lâches, qui peuvent présenter

BLPC • n°279 • janvier-mars 2013 65


un risque en termes de liquéfaction par exemple. L’intérêt de la méthode réside dans l’utilisation
directe des trois mesures simultanées qc, fs et u2 fournies par le piézocône. Elle diffère des méthodes
habituelles d’exploitation des données pénétrométriques du piézocône parce que la pression u2 est
utilisée en priorité et le frottement fs, n’intervient qu’à la seconde étape.

Le comportement des sols fins et des sables dans les essais triaxiaux en laboratoire est d’abord
rappelé, en termes de chemins des contraintes ou de chemins des déformations et en distinguant
les comportements drainés et les comportements non drainés. L’article analyse ensuite le compor-
tement des sols lors de l’enfoncement d’un piézocône. Puis il expose l’analogie entre les réponses
de l’essai triaxial et du piézocône qui constitue la base de la méthode d’identification des sols
développée par l’auteur.

L’article présente ensuite la méthode d’identification des terrains à partir des données qc et u2 four-
nies par les sondages au piézocône et les essais triaxiaux exécutés lors des différentes campagnes
de reconnaissances géotechniques du site de l’aéroport de Nice. Puis la méthode d’identification
des sables sensibles est expliquée en faisant appel à la comparaison des mesures au piézocône dans
une couche de sables limoneux auscultée d’abord dans son état naturel puis après traitement par des
colonnes ballastées. L’application de la méthode d’identification est illustrée par l’analyse des don-
nées pénétrométriques de l’un des sondages au piézocône réalisés en 2007 sur le site de l’aéroport
de Nice Côte d’Azur.

COMPORTEMENT DES SOLS À L’APPAREIL TRIAXIAL


Toutes les analyses du comportement des sols à l’appareil triaxial admettent que les contraintes tota-
les et effectives et les pressions d’eau sont homogènes dans toute l’éprouvette. Cette homogénéité
n’est qu’approximative dans la réalité, ce qui introduit une certaine incertitude dans les conclusions
des essais. Nous avons néanmoins gardé cette hypothèse dans les analyses qui suivent.

■■Critère de rupture et chemins de contraintes


Dans le repère (p’,q) où l’on représente le déviateur des contraintes q en fonction de la contrainte
moyenne effective p’, le critère de Mohr-Coulomb

τ = c '+ σ ' tan ϕ '

s’écrit sous la forme


6 cos ϕ ' 6 sin ϕ '
q = C 'qc + M c p ' = c '+ p ' dans les essais de compression (où la contrainte effec-
3 − sin ϕ ' 3 − sin ϕ '
tive verticale s’a est supérieure à la contrainte effective radiale s’r)

et
6 cos ϕ ' 6 sin ϕ '
q = C 'qe + M e p ' = − c '− p ' dans les essais d’extension (où s’a<s’r).
3 + sin ϕ ' 3 + sin ϕ '

Les paramètres classiques de résistance du sol c’ et j’ sont liés aux coefficients des droites limites
en coordonnées (p’,q) par les relations :
3M c 3M e
sin ϕ ' = =− ,
6 + Mc 6 − Me

C 'qc (3 − sin ϕ ') C 'qe (3 + sin ϕ ')


c' = =− .
6 cos ϕ ' 6 cos ϕ '

Des expressions analogues s’appliquent en conditions consolidées non drainées (essais triaxiaux
CU+u), avec les notations correspondantes portant l’indice u : Cqcu, Cqeu, Mcu, Meu, ccu et jcu.

66 BLPC • n°279 • janvier-mars 2013


■■Pression interstitielle à la rupture dans les essais consolidés
non drainés
Lorsque la rupture du sol se produit en compression, les contraintes effectives vérifient l’équation :

q = C 'qc + M c p '.

Lors d’un essai CU+u, on applique d’abord à l’éprouvette une contre-pression interstitielle ucp et
une pression de confinement isotrope équivalente pconf. Puis on consolide le sol sous une pression
isotrope pc et on augmente ensuite la contrainte axiale sa, ce qui a pour effet de créer un déviateur
de contraintes q = Dsa. Lors de la rupture, les contraintes totales et effectives valent donc :

prupt = pconf + pc + ∆σ a / 3 = pconf + pc + qrupt / 3

qrupt = ∆σ a / 3

p 'rupt = pconf + pc + qrupt / 3 − ucp − urupt = pc + qrupt / 3 − urupt

q 'rupt = qrupt

La pression interstitielle à la rupture (sur la droite de Mohr-Coulomb) est donc égale à :

urupt = pc + qrupt / 3 − p 'rupt .

Si l’on introduit l’expression du critère de Mohr-Coulomb, on obtient, en éliminant p’rupt :

urupt = pc + qrupt / 3 − p 'rupt = pc + qrupt / 3 − q / M c − C 'qc / M c.

Entre deux états de rupture en compression sur la droite de Mohr-Coulomb, la variation Du de la


pression interstitielle est liée à la variation Dq du déviateur par la relation :
∆u 3 − Mc 1 − sin ϕ '
=− =−
∆q 3M c 2 sin ϕ '
Entre deux états de rupture en extension, on obtient de même
∆u 3 − M e 1 + sin ϕ '
=− = .
∆q 3M e 2 sin ϕ '
Ces deux relations donnent des expressions du critère de Mohr-Coulomb dans le plan (q, u) en com-
pression et en extension. Elles peuvent être utilisées pour apprécier la qualité des essais triaxiaux
consolidés non drainés CU+u. On peut d’autre part observer que
Cqc Cqe
= = c cot ϕ '.
Mc Me

■■Chemins de contraintes dans les essais non drainés


››Forme des chemins de contraintes non drainés dans les argiles
La figure 1 présente une vue schématique des chemins de contraintes (p, q) et (q, u) dans un
essai triaxial CU+u sur une argile (faiblement) surconsolidée. L’éprouvette est consolidée sous la
contrainte effective isotrope pc inférieure à la pression de préconsolidation, puis elle est chargée en
compression à pression de confinement constante (Dq = Dsa – Dsr > 0 ; Dsr = 0). Ce schéma reste
vrai pour une consolidation anisotrope à partir d’un point (pc, qc) situé à l’intérieur du domaine
pseudo-élastique du sol, avec qc ≠ 0 ou pour un chargement en extension (sa < sr ; Dq = -Dsr < 0).
Le chemin de contraintes totales est représenté par un segment de droite de pente 3 dans le plan (p,
q), à partir du point (pc, 0). L’enveloppe de rupture (critère de Mohr-Coulomb) est une droite de
pente Mc et d’ordonnée à l’origine Cqc.

On distingue quatre parties successives dans le chemin de contraintes :

–  partie 1 : début du cisaillement non drainé. Pour un sol isotrope, le chemin de contrainte est ver-
tical (Dp’ = 0 ; Du = Dp) ;

BLPC • n°279 • janvier-mars 2013 67


figure 1
Chemins de contraintes
totales et effectives dans
un essai de compression
consolidé non drainé
à l’appareil triaxial.
Pentes caractéristiques :
1 – phase élastique ;
2 – écrouissage ;
3 – rupture ;
4 – résistance ultime

–   partie 2 : comportement non linéaire contractant. La compression du squelette s’accompagne


d’un accroissement de la pression interstitielle. Des déformations non linéaires et irréversibles
apparaissent, ce qui est confirmé quand on procède à des chargements cycliques. L’accroissement
de la pression de l’eau dépend de la saturation du sol, de la compressibilité de l’eau et de la com-
pressibilité des particules. Pour le sol cohérent représenté (cohésion non nulle), cette partie de la
courbe se termine par le franchissement d’un seuil de dilatance et le début de la décroissance de la
pression interstitielle ;
–  partie 3 : rupture. Le chemin des contraintes s’inscrit le long de l’enveloppe de rupture en direc-
tion des pressions moyennes croissantes. Le sol est dilatant. La pression interstitielle décroît.
Le rapport des contraintes h = q/p est maximal, comme le rapport K = s'r / s'a et :
∆q
η= = Mc
∆p
L’éprouvette possède encore une forme cylindrique à ce stade. Les déformations sont petites et
homogènes ;

–  partie 4 : état ultime. La résistance ultime est atteinte avec un pic à faible niveau de déforma-
tion pour les matériaux raides ou un palier de plasticité et des grandes déformations pour les sols
mous. Le volume du sol ne change pas ou peu et les contraintes p et q restent constantes, pour un
accroissement indéfini de la déformation déviatorique. La pression interstitielle ne varie plus. Cet
état ne peut être atteint que dans des conditions particulières d’essai, en grandes déformations
homogènes. En effet, la poursuite de l’essai pendant la phase 3 dépend des nombreux facteurs
évoqués ci-après, plus encore que pendant les phases 1 et 2. Souvent la perte d’homogénéité de la
déformation interrompt la poursuite du chargement.
Ce chemin des contraintes est représenté aussi dans le plan (q, u) sur la figure 2. Au début
du chargement (partie 1) Du / Dq = 1/3. Dans la troisième phase de l’essai, ce rapport vaut
Du / Dq = -(3 – Mc) / 3Mc en compression et Du / Dq = –(3 – Me) / 3Me en extension. Comme pré-
cédemment, la forme du chemin non drainé dépend de la saturation du sol, de la compressibilité de
l’eau et de la compressibilité des particules du sol, etc.

››Forme des chemins de contraintes non drainés dans les sables


La figure 3 montre deux chemins de contraintes non drainés obtenus sur un sable dans un état lâche
et un sable dans un état dense, respectivement. La partie 2 de la courbe a une forme particulière
pour le sable lâche, avec un pseudo-pic de résistance. Dans les deux cas, la troisième partie des
chemins non drainés suit l’enveloppe de rupture en direction des pressions moyennes croissantes
avec dilatance.

68 BLPC • n°279 • janvier-mars 2013


figure 2
Évolution du déviateur
q et de la pression
interstitielle u dans un
essai de compression
consolidé non drainé à
l’appareil triaxial. Pentes
caractéristiques : 1 –
phase élastique ;
2 – écrouissage ;
3 – rupture ; 4 –
résistance ultime

a
b

figure 3
Représentation du
comportement d’un
sable lâche et d’un sable
dense dans un essai de
compression consolidé
non drainé à l’appareil
triaxial.
a : Dans le plan
« contrainte moyenne
p – déviateur
des contraintes q ».
b : Dans le plan
« déviateur q – pression
interstitielle u »

BLPC • n°279 • janvier-mars 2013 69


››Remarques au sujet de la résistance ultime mesurée à l’appareil triaxial
La résistance ultime des sols mous est atteinte à l’appareil triaxial pour des déformations axiales
souvent supérieures à 20 %. À ce stade, les éprouvettes sont largement déformées, en forme de ton-
neau le plus souvent. Les mesures de résistance sont dispersées, du fait notamment de l’influence
des hétérogénéités du sol à l’échelle des éprouvettes et de la perte du contrôle de l’homogénéité des
champs de contrainte et de déformation dans le sol et aux interfaces avec les têtes triaxiales. Cela
est particulièrement vrai dans les essais triaxiaux UU (éprouvettes non consolidées non drainées).
Cette dispersion augmente nettement avec la raideur des matériaux et leur fissuration et, en particu-
lier dans les roches, où il n’est pas rare d’observer des coefficients de variation sur les résistances
en compression uniaxiale supérieurs à 50 %, voire plus.
De ce fait, la détermination des droites de résistance ultime est entachée d’un degré d’incertitude
supplémentaire difficile à quantifier, alors que, pour être comparables, les grandes déformations
développées autour du cône pendant son fonçage appelleraient à pousser les essais triaxiaux à des
niveaux de déformation encore plus grands.

■■Paramètres de forme des chemins des contraintes non drainés


En milieu homogène et sans cohésion (argiles normalement consolidées et sables), deux types de
comportement opposés se distinguent :
–  les argiles plastiques atteignent la rupture en un point stationnaire sur le critère de Mohr-Coulomb
(fin du chemin de forme circulaire) pr = qr/Mc, qr = qultime, la pression interstitielle est maximale
ur = umax et le rapport qr/pr maximal. Les étapes 3 et 4 sont confondues (figure 4) ;

a
b

figure 4
Représentation du
comportement d’une
argile dans deux
essais de compression
consolidés sous des
pressions différentes et
non drainés à l’appareil
triaxial.
a : Dans le plan
« contrainte moyenne
p – déviateur
des contraintes q ».
b : Dans le plan
« déviateur q – pression
interstitielle u »

70 BLPC • n°279 • janvier-mars 2013


–  au contraire, les chemins de contraintes non drainés des sables remontent la droite de Mohr-
Coulomb et différents points particuliers peuvent être notés le long chaque courbe (figure 2) :
–  le point de pression interstitielle maximale (pi, qi, ui = umax), transition entre les parties 2 et 3
de la courbe,
–  le point (pr, qr, ur) où le rapport q/p maximal, point de rupture en contraintes effectives et
« milieu » de la partie 3 de la courbe,
–  la résistance ultime (pu, qu, uu) à l’étape 4.

Deux indices peuvent être définis alors pour quantifier la forme des chemins non drainés pendant les
étapes 3 et 4 et donner une image de la relation entre qr et qultime. Ces deux indices sont :

–  le rapport entre la pression interstitielle maximale et la pression effective de consolidation (éven-
tuellement corrigée dans le cas des consolidations anisotropes) :
1 - ui / pc ;
–  l’écart relatif entre le déviateur qi et de déviateur qu :
(qu - qi) / qi.
Le déviateur qr se situe entre qi et qu. On supposera dans la suite que qr représente le milieu du seg-
ment [qi, qu], c’est à dire qr = (qi + qu) / 2.

Ces deux rapports peuvent être normalisés en tenant compte de la pente Mc du critère de rupture en
q/p. On propose pour cela d’adopter les coefficients normalisés :

3 (1 + M c )  u 
Rui =  1− i  ,
3 − Mc  pc 

qu − qi
Rqu = .
M c qi

Le coefficient [3 (1 + Mc) / (3 – Mc)] est tiré de l’expression d’un chemin non drainé formant un
quart de cercle dans le plan (p, q) (argile normalement consolidée).

Le rapport Rqu fixe la position relative de la résistance ultime par rapport au seuil de dilatance. Ce
coefficient est nul pour les argiles normalement consolidées et il est très grand pour les sables. Il a
des valeurs intermédiaires pour les limons (comportement compris entre les argiles et sables) et les
argiles surconsolidées ou les marnes (effet de la surconsolidation).

Le coefficient Rui est en relation avec le degré de surconsolidation Roc du sol. Il peut à ce titre est
considéré comme un paramètre d’écrouissage. En effet, plus un sol est surconsolidé, induré ou
dense, plus le pic de pression interstitielle est petit, relativement à la pression pc. Au contraire, les
sols mous et les sols lâches génèrent de fortes pressions interstitielles par rapport à pc, pour des
degrés de surconsolidation voisins de l’unité.

Ainsi, les couples (Rui, Rqu) permettent d’évaluer l’élancement des chemins des contraintes non drai-
nés, en tant qu’indicateur de la remontée de l’enveloppe de rupture jusqu’à une résistance ultime qu
(sables) ou, au contraire, la stationnarité du point de rupture (argiles).

■■Valeurs des coefficients d’élancement des chemins non drainés


à l’appareil triaxial
Nous avons analysé plus de deux cent essais triaxiaux de type consolidé non drainé (CU+u) sur des
argiles, des limons, des sables et des marnes. Sur chacun des chemins drainés, les points caractéris-
tiques (pi, qi, ui), (pr, qr, ur) et (pu, qu, uu) ont été identifiés, puis les facteurs d’élancement Rui et Rqu
ont été calculés. La pente Mc a été considérée comme égale au rapport Mc = qr / pr. Des graphiques
représentant Rqu en fonction de Rui ont été établis par type de matériau. Il apparaît que les couples
(Rui, Rqu) peuvent être rangés dans des secteurs délimités par les courbes dont les équations sont

BLPC • n°279 • janvier-mars 2013 71


données dans le tableau 1. Les secteurs concernant les sables, les limons et les argiles sont repré-
sentés sur la figure 5.

Ainsi, les coefficients d’élancements déduits des essais triaxiaux consolidés non drainés (CU+u)
permettent de distinguer clairement les comportements des argiles peu surconsolidées (état de
contrainte stationnaire à la rupture, Rqu nul) de celui des sables (remontée de l’enveloppe de rup-
ture, Rqu grand) et d’établir un lien entre la résistance ultime mesurée à l’appareil triaxial et le seuil
de dilatance du matériau, qui est facilement identifiable dans la plupart des cas. Les coefficients Rui
et Rqu ont permis de classer les différents terrains en cinq familles d’après la forme des chemins des
contraintes non drainés.

Toutefois, les secteurs ne sont pas disjoints. Les limons sableux occupent une bande située entre les
limons et les sables. Globalement, les coefficients Rui augmentent en même temps que Rqu, en allant
des argiles molles vers les sables denses. Les marnes apparaissent dans la continuité des argiles,
avec des coefficients Rui plus grands et des coefficients Rqu plus élevés, ces tendances provenant de
l’effet de la surconsolidation. Là aussi, le partage entre les argiles et les marnes n’est pas net, mais
il est progressif.

Dans de nombreux sites formés par des terrains récents peu consolidés, les sols prélevés au sein
d’une même formation, voire d’une même couche, se rangent dans plusieurs classes de comporte-
ment. Ces terrains sont en effet hétérogènes et constitués par des argiles, des limons, des silts et des

matériau limite inférieure limite supérieure


sables Rqu = 0,15 exp(3 Rui / 5) Rqu = 0,50 exp(3 Rui / 5)
limons Rqu = 0 Rqu = 0,22 exp(3 Rui / 5)
argiles Rqu = 0 Rqu = 0,03 exp(3 Rui / 5)
argiles plastiques Rqu = 0 Rqu = 0,012 exp(3 Rui / 5)
tableau 1
Limites entre les familles marnes Rqu = 0 Rqu = 0,16 exp(3 Rui / 5)
de sols d’après les
marnes fissurées Rqu = 0 Rqu = 0,01 exp(3 Rui / 5)
coefficients d’élancement.

figure 5
Identification des types
de sols d’après la
valeur des coefficients
d’élancement des
chemins de contraintes
des essais de
compression consolidés
non drainés à l’appareil
triaxial

72 BLPC • n°279 • janvier-mars 2013


sables, avec des réponses (Rui, Rqu) qui occupent tout le spectre des argiles aux sables. Ces maté-
riaux quaternaires sont en effet souvent déposés en lits plus ou moins épais et entrecroisés au sein
des couches de sols, avec une variabilité verticale décimétrique de leurs propriétés mécaniques, qui
se place à l’échelle des éprouvettes triaxiales.

COMPORTEMENT DES SOLS LORS DE L’ENFONCEMENT


D’UN PIÉZOCÔNE

■■Les mesures au piézocône


Les essais au piézocône (CPTu) permettent de mesurer la résistance de pointe qc, le frottement
latéral unitaire fs et une pression d’eau u2, qui est la plus couramment mesurée en arrière immé-
diat du cône pendant le fonçage à vitesse constante (2 cm/s). Ces mesures ne sont pas totalement
indépendantes. Les champs des contraintes, des pressions interstitielles et des déformations ne sont
pas homogènes autour de la pointe pénétrométrique et il y a interaction entre le sol et la pointe.

Néanmoins, l’essai permet de distinguer clairement la réponse des sols sableux denses de la réponse
des sols argileux mous :

–  dans les argiles molles saturées, le fonçage génère de fortes pressions d’eau u2 qui croissent avec
la profondeur. Les résistances qc et fs augmentent aussi avec la profondeur. Le comportement du
sol est non drainé. La résistance de pointe est réduite, du fait de la faible résistance au cisaillement
du sol dans ces conditions et en relation avec les faibles pressions effectives moyennes qui sont
développées dans le sol ;
–  dans les sables propres denses et saturés, la perméabilité élevée du terrain estompe toute généra-
tion de pression interstitielle et le comportement du sol autour de la pointe est drainé. La pression
u2 reste égale à la pression hydrostatique uo. Les fortes résistances généralement observées dans les
sables denses proviennent de l’interaction entre la pointe et le terrain qui est raide et dilatant. Dans
ces matériaux, les variations de qc et fs qui sont souvent enregistrées le long du profil pénétrométri-
que proviennent de la variabilité de la nature et de l’état du sable à une échelle locale.

Autour de la pointe, il s’établit un régime de grandes déformations, puisque le diamètre expansé


passe de zéro en avant de la pointe au diamètre du cône en arrière de celui-ci ; il s’y développe de
grands cisaillements. Dans le voisinage immédiat du cône et tant qu’il n’y a pas refus, le sol est
mobilisé à sa résistance ultime. Cette résistance ultime s’obtient en conditions drainées pour les
sables propres et en conditions non drainées pour les argiles. Ces conditions de drainage dépendent
du rapport entre la perméabilité du sol et la vitesse de fonçage.

Sur le plan mécanique, le chargement du sol par la pointe pénétrométrique est de nature fortement
isotrope, la composante déviatorique étant de moindre importance. Les modélisations du fonçage
sur la base de l’expansion de cavités sphériques ou cylindriques ont obtenu pour cette raison un
bon succès.

■■Études théoriques et modèles physiques


De nombreuses études ont été consacrées au problème du fonçage d’un cône dans les sols en condi-
tions confinées (en profondeur). Les avancées les plus pertinentes ont été obtenues à l’aide de
la théorie de l’expansion de cavités, cylindriques ou sphériques, appliquées au poinçonnement.
L’approche par des modèles physiques consiste à effectuer des essais pénétrométriques dans des
chambres d’étalonnage. On ne donne ici qu’un aperçu très succinct de ces résultats, en mettant en
avant les principaux paramètres mis en jeu dans ce problème.

Dans les milieux cohérents, les développements théoriques relatifs au fonçage débouchent sur une rela-
tion entre la résistance non drainée cu des argiles et la résistance de pointe qui s’écrit sous la forme :
qc = Nc cu + so

BLPC • n°279 • janvier-mars 2013 73


où Nc est un facteur théorique et so une contrainte totale représentant les contraintes totales dans le
sol au niveau considéré (la contrainte verticale svo ou la contrainte horizontale sho ou la contrainte
moyenne smo). Diverses expressions ont été proposées pour le facteur Nq, dans lesquelles apparais-
sent les paramètres suivants :

–  s'o, une contrainte effective (verticale, horizontale ou moyenne),


–  Ko, le coefficient de pression des terres au repos,
–  Roc, le degré de surconsolidation,
–  Ir, l’indice de rigidité du sol (Ir = G / cu), où G est le module de cisaillement du sol et cu sa cohé-
sion non drainée,
–  j', l'angle de frottement effectif du sol,
–  Mc, la pente correspondante dans le plan triaxial (p’, q),
–  d, un terme de frottement à l'interface entre le cône et le sol,
–  v, la vitesse de fonçage.
Le degré de surconsolidation est défini le plus souvent en termes de contraintes verticales, mais
aussi en contraintes moyennes. Le module de cisaillement G est constant, mais il est parfois non
linéaire, en dépendant du niveau de contrainte et du niveau de déformation de cisaillement dans le
sol. La présence de l’indice de rigidité dans les formulations permet d’introduire la réaction élasti-
que du sol à la frontière de la zone plastique qui se développe autour du cône, alors que la cohésion
cu apporte la résistance non drainée du sol.

Les mêmes paramètres interviennent dans les formulations relatives aux pressions interstitielles
générées par le fonçage dans les argiles saturées. Chang et al. (2001) présentent une analyse théori-
que du fonçage du piézocône dans les argiles sur la base du modèle Cam Clay modifié. Ils aboutis-
sent aux expressions suivantes de cu, qt et u2 :
Λ
Mc R 
cu = σ 'vo  oc 
2  2 

4
qt= α e cu (1 + ln I r ) + po
3

 1 3I r 1 
u2 = 2α e cu  ln − + po
 3 2 M c 

où ae est un facteur lié à la vitesse de fonçage (ae = 1,64 pour un cône de 10 cm2 de section), Mc est la
pente de la droite de Mohr-Coulomb dans le plan des contraintes effectives (p, q) en compression, Roc est
le degré de surconsolidation, Ir est l’indice de rigidité, L est le coefficient de déformation volumique plas-
tique (L = 1 - k/l » 1 - Cs/Cc), p0 est la contrainte moyenne totale et s'v0 la contrainte effective verticale.

Dans les sables, les développements théoriques fondés sur la théorie de l’expansion de cavités se
réfèrent aux paramètres s’o, Ko, e, Ir = G/cu, j’ ou Mc, y et d. Les notations sont les mêmes que
ci-dessus, plus e pour l’indice des vides du sol et y pour la dilatance. En fait, l'indice des vides est
souvent introduit au moyen de l’indice de densité ID :
emax − emin
ID = ,
emax − emin

où emax et emin sont les indices des vides maximal et minimal du sable. Ce paramètre présente en effet
un intérêt évident pour représenter l’état des sables propres et secs reconstitués en laboratoire. Mais,
son intérêt pratique est limité par le fait qu’on ne peut le déterminer efficacement dans les sols natu-
rels saturés, et en particulier dans les sols contenant des fines, et parce qu’il n’est pas représentatif des
conditions de sédimentation dans l’eau et d’évolution des dépôts au cours du temps (au même titre que
l’indice de consistance, IC = (wL - w) / (wL - wP), qui s’apparente à ID pour les argiles déstructurées).

Certaines études utilisent le paramètre x, lié à l'indice des vides, qui représente la distance entre
l'indice des vides e et l'indice des vides à l'état critique eCS sous la même pression effective moyenne p’.

74 BLPC • n°279 • janvier-mars 2013


Bien souvent, et en partant des développements théoriques, les auteurs cherchent à déduire de la
résistance pénétrométrique qc les propriétés mécaniques ou d’état du sol, cu, Roc, j', y, ID ou x, par
une démarche opposée à celle qui est préconisée dans la présente étude et qui consiste à décoder la
réponse pénétrométrique en se fondant sur la connaissance préalable de propriétés de résistance des
sols mesurées à l’appareil triaxial.

Une autre difficulté provient de l’absence de développements consacrés au frottement latéral uni-
taire fs qui sert pourtant de base à de nombreuses classifications des sols et méthodes de calcul de
stabilité, en matière de liquéfaction notamment.

À ce propos, il est important de savoir si l’accroissement souvent constaté des résistances péné-
trométriques avec la profondeur résulte de la seule pression de confinement apportée par le poids
de terres ou bien de l’accroissement naturel de la résistance que le sol a acquise au cours de sa
sédimentation puis de son évolution au cours du temps ou bien des deux à la fois. Les méthodes
de normalisation des mesures pénétrométriques qui sont utilisées dans les méthodes de calcul de
stabilité devraient dépendre de la réponse à cette question.

■■Évolution des résistances pénétrométriques avec la profondeur


Bon nombre d’enregistrements pénétrométriques obtenus dans des argiles molles et publiés dans la
littérature font apparaître une augmentation quasi-linéaire des mesures en fonction de la profondeur.
Le tableau 2 donne quelques exemples de gradients d’augmentation des mesures pénétrométriques
avec la profondeur dans des argiles.

Les gradients d’augmentation de qc avec z varient entre 30 à 50 dans les argiles, ceux de u2 autour
de 25 à 40. Pour la résistance de cône qc, ce résultat s’explique par la relation empirique don-
nant l’évolution de la cohésion non drainée avec la profondeur. En combinant la relation moyenne
entre la cohésion non drainée et la contrainte effective dans les argiles normalement consolidée
(cu = s'v0 / 3), la relation moyenne entre la résistance de cône et la cohésion non drainée (qc = 15 cu)

Sol Auteurs Dqc/Dz Dfs/Dz Du2/Dz


(kPa/m) (kPa/m) (kPa/m)

argile de Bothkennar Nash et al. (1992) 43 0,46 32

argile marine Schneider at al. (2001) 42

argile limoneuse De Mio et Giacheti (2007) 34 à 57 1 40

argile limoneuse 23 1à4 25 à 35

argiles limons (sables) Simonini et Cola (2000) 70 1 27

argile limoneuse molle 30 0,4 26

argile limoneuse molle 39 0,6 32


Cetin et al. (2004)
argile à argile limoneuse 25 31

argile à argile limoneuse 26 0,3 24

vase et limons 46 (33)

vase et limons 27

vase et limons 29 (37)

limon argilo-sableux 32 0,3 26


LRPC Aix en Provence
limon argilo-sableux 26 0,2 30
tableau 2
Exemples de gradients limon argilo-sableux 24 0,2 26
d’évolution des mesures
au piézocône (CPTu) limon argilo-sableux 18 0,2 26
avec la profondeur limon argilo-sableux 18 0,2 24
(argiles).

BLPC • n°279 • janvier-mars 2013 75


et la relation entre la contrainte effective verticale, les poids volumiques du sol et de l’eau et la pro-
fondeur dans le cas d’une nappe en surface [s'v0 = (g - gw) z], on obtient la relation qc = 5 (g - gw) z.
Pour g = 18 kN/m3 et gw = 10 kN/m3, il vient

qc = 40 z (qc en kPa et z en m)
La formulation basée sur le modèle Cam-Clay aboutit à des résultats semblables (Chang et al.,
2001). En admettant par exemple que Mc = 1,2 (j' = 30 degrés), Roc = 1 (argile normalement conso-
lidée), Ir = 100 (sol mou) et L = 0,9, les relations indiquées au paragraphe 2.2 deviennent :

cu= 0,322 s'vo,


qt = 12,2 cu + po,
u2 = 5,68 cu + po.
En admettant que Ko = 0,5, po s’écrit po = 2 s'vo / 3 + uo. Pour g = 18 kN/m3 et gw = 10 kN/m3, on obtient :

cu= 2,5 z (cu en kPa et z en m),


qt = 47 z (qt en kPa et z en m),
u2 = 30 z (u2 en kPa et z en m).

Ces relations donnent des ordres de grandeur des gradients qui sont compatibles avec l’observation
(par exemple les pentes des diagrammes des figures 15 et 18).

ANALOGIE ENTRE L’ESSAI TRIAXIAL ET L’ESSAI AU PIÉZOCÔNE


La méthode décrite dans cet article consiste à établir une correspondance directe entre les com-
portements des sols observés au laboratoire à l’aide d’essais triaxiaux et le comportement des
mêmes sols pendant les essais au piézocône. Toutefois, le parallèle entre les essais triaxiaux et
le piézocône n’est pas direct, puisque les chemins des contraintes et des déformations ne sont
pas connus autour du cône pendant le fonçage, ces champs n’étant pas homogènes de surcroît.
Néanmoins, une passerelle peut être établie entre ces deux types de chargement, en considérant
que le sol est maintenu dans un état de rupture ultime au voisinage immédiat du cône pendant
le fonçage en régime permanent. La connaissance des deux modes de résistance du sol, en
contraintes effectives et en contraintes totales, peut être mise à profit alors pour décoder la
réponse pénétrométrique, en considérant que la résistance du sol à la pénétration du cône se
décompose en un terme isotrope exprimé en contrainte totale pc et un terme déviatorique qc.
La pression d’eau u2 vient en déduction du terme isotrope pour définir une pression moyenne
effective équivalente p’c.

Les figures 6 et 7 montrent la correspondance entre les réponses des sols mesurées dans l’essai
triaxial et au piézocône, dans le cas des sables et dans le cas des argiles, respectivement.

MÉTHODE D’IDENTIFICATION DES SOLS


La première étape de la méthode proposée consiste à classer les sols à partir des mesures pénétro-
métriques, par référence aux mesures de résistance obtenues à l’appareil triaxial. La présentation
s’appuie sur les résultats de reconnaissances géotechniques du site de l’aéroport de Nice où l’on
dispose à la fois de sondages au piézocône et de sondages carottés, sur lesquels on a effectué des
essais d’identification et des essais triaxiaux.

■■Résistances mesurées dans les essais triaxiaux


Les sols du delta du Var sur lequel a été construit l’aéroport de Nice (Alpes Maritimes) sont consti-
tués en majorité par des limons argileux et des limons sableux, auxquels s’ajoutent des passages de
sables limoneux en couches d’épaisseurs décimétriques à métriques. Des lits plus sableux sont aussi
rencontrés au sein des couches limoneuses.

76 BLPC • n°279 • janvier-mars 2013


figure 6
Analogie entre
un chargement de
compression à l’appareil
triaxial et le chargement
du sol par la pointe d’un
piézocône, dans le cas
d’un sable

figure 7
Analogie entre
un chargement de
compression à l’appareil
triaxial et le chargement
du sol par la pointe d’un
piézocône, dans le cas
d’une argile

Les essais triaxiaux ont été réalisés sur des éprouvettes taillées dans des carottes prélevées au carottier à
piston stationnaire. Il s’agit d’essais triaxiaux non drainés de type CU+u. Ces essais sont interprétés en
contraintes effectives dans le plan (p’, q). Ils montrent des comportements typiques de matériaux granu-
laires, avec des angles de frottement internes j' compris entre 32,3 et 40,4 degrés. Les cohésions effecti-
ves sont nulles ou quasi nulles (c’ ≈ 0). La figure 8 rassemble les résultats de ces essais, qui ne permettent
pas de différencier des types de sols particuliers. Les sols les plus argileux contiennent une fraction
limono-sableuse assez importante pour leur donner un comportement proche de celui de sables.

Les sols les plus argileux (figure 9) présentent un comportement surconsolidé à très basse pression
et ne sont pas strictement stationnaires à haute pression (les chemins de contrainte non drainés ont
tendance à suivre la droite de Mohr-Coulomb vers le haut, avec une faible dilatance, au lieu de s’y
fixer comme le font les argiles molles). Les sables limoneux (figure 10) montrent une remontée
significative des chemins des contraintes le long de la droite de Mohr-Coulomb, avec une forte
dilatance. Les limons sableux (figure 11) présentent un comportement intermédiaire.

BLPC • n°279 • janvier-mars 2013 77


figure 8
Résultats d’essais de
compression triaxiale sur
différents sols du site

figure 9
Chemins de contraintes
d’un essai de
compression sur un limon
argileux

78 BLPC • n°279 • janvier-mars 2013


figure 10
Chemins de contraintes
d’un essai de
compression sur un limon

figure 11
Chemins de contraintes
d’un essai de
compression sur un sable
très fin

BLPC • n°279 • janvier-mars 2013 79


L’interprétation des essais en contraintes totales dans le plan (p, q) montre au contraire des compor-
tements distincts, du fait des valeurs très différenciées des pressions interstitielles qui sont générées
à la rupture et du rôle de la dilatance. La figure 12 montre les droites de Mohr-Coulomb extrêmes
tirées des essais triaxiaux CU+u interprétés en contraintes totales. Ces droites représentent respec-
tivement le comportement non drainé des limons argileux et celui des sables limoneux. Une droite
intermédiaire peut être retenue pour représenter la résistance des limons sableux. Ces trois droites
recouvrent les comportements des différents sols d’après les résultats des essais triaxiaux. Une qua-
trième droite pourrait être définie pour les sables limoneux denses, avec une pente très raide pour
représenter le comportement indiqué par le triangle situé en haut et à gauche du graphique, qui cor-
respond à la résistance d’une éprouvette découpée dans ce type de matériau. Mais le piézocône ne
permet pas de déceler ce type de comportement, faute d’utiliser une contre-pression. Le tableau 3
récapitule les propriétés de résistance non drainée déterminées sur les différents matériaux.

Pour chacun des sols, ces propriétés mécaniques caractérisent l’effet de la profondeur sur la résis-
tance (effet du poids des terres en tant que pression de confinement).

■■Application au piézocône
Nous admettons que les résistances des sols mesurées au piézocône dans les sédiments du Var s’expriment
au moyen des droites représentées sur la figure 13, dans le plan des contraintes effectives équivalentes
(p’c, qc) et dans celui des contraintes totales équivalentes (pc, qc). La droite continue est définie en contraintes

figure 12
Résultats d’essais de
compression triaxiale sur
différents sols du site,
interprétés en contraintes
totales

Sol Cqcu Mcu ccu jcu


(kPa) (degrés) (kPa) (degrés)

limons argileux 50 0,70 24 18,3


tableau 3
Caractéristiques de limons sableux 100 1,10 48 27,7
résistance non drainée sables limoneux 200 1,50 100 36,9
des sols du delta du Var.

80 BLPC • n°279 • janvier-mars 2013


figure 13
Critères de rupture du sol
en contraintes effectives
et en contraintes totales

effectives (j' = 36,9 degrés et c’ = 0) et correspond à la moyenne des sols à Nice (Mc = 1,5 et Cqc = 0).
Les trois autres droites (en tirets) représentent les résistances « consolidées non drainées » exprimées en
contraintes totales et correspondent aux valeurs de jcu et ccu données dans le tableau 3. Elles sont respec-
tivement affectées aux « limons argileux », aux « limons sableux » et aux « sables limoneux ».

On admet les hypothèses suivantes :

–  le pénétromètre pousse le sol dans son état ultime sur la droite de Mohr-Coulomb définie en
contraintes effectives,
–  la résistance de cône qc du piézocône est égale au déviateur q du triaxial,
–  il existe une pression moyenne totale équivalente pc générée par la pointe, qui dépend directe-
ment de qc et de u2,
–  la mesure de pression u2 est représentative de la « pression interstitielle globale » dans le voisi-
nage de la pointe, sauf en cas de cavitation pour les sables denses non drainés.

Dans le graphique (pc, qc), la valeur mesurée de qc permet de déterminer la « contrainte moyenne
effective équivalente » p’c générée par la pointe » sur la droite « effective ». La « contrainte moyenne
totale équivalente » pc s’obtient en ajoutant la valeur mesurée de u2 dans la direction isotrope, ce
qui donne les coordonnées (pc, qc) du point représentatif de l’état de contraintes totales équivalentes
autour du cône. On recherche alors parmi les trois droites définies en « contraintes totales » pour
représenter les résistances des sols, celle qui est la plus proche de ce point et cela permet de classer
le sol. La figure 14 montre l’application de cette procédure aux mesures de qc et u2 à trois profon-
deurs comprises entre 19,22 m et 19,64 m, dans le sondage CPTu12 réalisé sur le site de l’aéroport.
Les sols correspondants ont été classés comme sable limoneux, limon sableux et limon argileux.

Une fois le travail d’identification effectué pour toutes les mesures recueillies dans un sondage, on peut
reporter les résultats sur les diagrammes classiques de variation avec la profondeur de la résistance
de cône qc, du frottement latéral unitaire fs et de la pression d’eau mesurée u2. La figure 15 montre le

BLPC • n°279 • janvier-mars 2013 81


figure 14
Exemple d’application
de la méthode
d’identification des sols à
trois profondeurs dans un
sondage

classement des sols du sondage CPTu20. Les points de mesure sont codés en sables limoneux (SL),
limons sableux (LS) et limons argileux (LA). Il apparaît clairement que les plus fortes pressions u2
sont attribuées aux limons argileux, alors que les plus faibles pressions sont attribuées aux sables
limoneux. La figure 16 montre le détail de cette figure, pour les profondeurs comprises entre 10 et
figure 15 25 m de profondeur (par rapport à la surface du remblai).
Représentation des types
de sols (limons argileux La classification des terrains peut aussi être reportée sur les diagrammes (pc, qc). La figure 17
LA, Limons sableux LS et montre les résultats du sondage CPTu20 dans ce mode de représentation. La figure 18 présente un
sables limoneux SL) en
fonction de la profondeur agrandissement de ce diagramme, pour les sols les moins résistants (entre 0 et 3 MPa).
(Sondage CPTu20)

82 BLPC • n°279 • janvier-mars 2013


figure 16
Détail de la figure 15

figure 17
Représentation des types
de sols (limons argileux
LA, Limons sableux LS et
sables limoneux SL) dans
le diagramme (pc, qc)
(sondage CPTu20)

■■Commentaires
››Problèmes associés à la mesure de u2
La mesure de la pression d’eau u2 avec le piézocône présente quelques difficultés d’ordre expéri-
mental, le long de cette interface qui glisse dans le sol déstructuré à l’arrière du cône, avec le danger
que cette interface constitue un chemin de drainage préférentiel ou favorise la formation d’une
colonne d’eau entre le train de tige du pénétromètre et le terrain.

BLPC • n°279 • janvier-mars 2013 83


figure 18
Détail de la figure 17

Il faut donc admettre, sans pouvoir le vérifier, que la pression d’eau u2 est correctement mesurée par
le piézocône, malgré l’absence des conditions habituellement mises en œuvre à l’appareil triaxial
où il est fait usage d’une contre-pression. Il faut admettre aussi que cette pression reflète directe-
ment la pression interstitielle « moyenne » dans le sol au voisinage du cône.

››Le problème des sables lâches


Pour les sables limoneux lâches, la droite « non drainée » est proche de celle des limons argileux
avec de faibles caractéristiques de résistance. On peut donc confondre les limons argileux et les
sables limoneux lâches non drainés avec le piézocône s’il n’y a pas un moyen d’identifier directe-
ment le sol à partir de carottages.

››Cavitation dans les sables denses


Un cas particulier se présente avec les matériaux sableux dilatants quand le fonçage est non drainé.
Le cisaillement du sol provoqué par le cône produit des pressions d’eau négatives (u2 < 0). Toutefois,
la mesure de ces dépressions est limitée à une fraction de la pression atmosphérique du fait de la
cavitation possible au sein du fluide interstitiel. La dépression minimale ne peut pas excéder –60 à
–80 kPa par rapport à la pression atmosphérique, ce qui s’observe en pratique, si bien que le carac-
tère dilatant du sol se trouve en partie caché.

Ainsi, l’auscultation des sables au piézocône pose divers problèmes, par l’absence de réponse en u2 quand
ils sont drainants ou par la réponse tronquée en u2 quand ils sont fortement dilatants et non drainés.

››Le frottement latéral fs sur le manchon du piézocône


Dans son principe, la mesure du frottement latéral unitaire renseigne sur le caractère « serrant » du
sol autour du fût, en arrière du cône, en liaison avec la dilatance du sol et la réaction élastique du
massif à distance. Toutefois, cette mesure est celle qui présente le plus de difficultés et les incer-
titudes associées sont les plus grandes. La mesure de fs est en particulier criticable en termes de
précision et de répétabilité.

››Hétérogénéités dans les massifs de sols


Les développements précédents concernent des couches de sols homogènes. En pratique et dans les
milieux naturels, la réponse pénétrométrique est perturbée au passage d’une couche de sol à une
autre couche de nature différente ou au franchissement de lits sableux intercalés, quand l’épaisseur

84 BLPC • n°279 • janvier-mars 2013


de ces lits est à l’échelle des dimensions du cône. Cette question reste à étudier dans le cadre de la
méthode proposée.

■■Récapitulation
En résumé, la méthode d’identification des sols d’après les données pénétrométriques qc et u2
(étape 1) repose sur l’analogie entre le comportement des sols observé à l’appareil triaxial et la
réponse des sols pendant le fonçage d’un cône. La décomposition de la résistance de pointe qc en
un terme « isotrope » et un terme « déviatorique » est effectuée d’après les enveloppes de rupture
triaxiales, drainées et non drainées. La méthode présente l’avantage de ne pas faire appel à un pro-
cédé de normalisation des mesures, comme cela se fait dans les méthodes en usage, où la résistance
de pointe est normalisée à l’aide des contraintes verticales totales et effectives qui règnent au sein
du massif (et qui sont obtenues le plus souvent à partir d’hypothèses avancées sur les poids volu-
miques des sols et leur état Ko). Ces informations sont contenues dans la réponse pénétrométrique.
L’autre avantage réside dans la prise en compte directe de la pression u2 dans les argiles, qui ont un
comportement non drainé au cours du fonçage.

IDENTIFICATION DES TERRAINS SABLEUX SENSIBLES


L’identification des terrains sur la base de l’analogie des réponses triaxiales et pénétrométriques étant
admise, il faut maintenant trier, parmi les sables, ceux qui présentent les plus faibles caractéristiques
de résistance et qui, en condition non drainée, pourraient s’avérer suspects du risque de liquéfaction.

Dans cette seconde étape, et devant les difficultés liées :

–  au drainage des sables propres, sans génération de pression d’eau car ils sont drainants,
–  à la cavitation qui masque la réponse réelle des sables denses quand ils sont non drainés,
–  à la non-indépendance totale des données pénétrométriques,
et après avoir utilisé qc et u2 exclusivement pour réaliser l’identification des terrains (étape 1), il
reste à examiner l’apport possible de fs.

■■Effet de la densification des sables sur les mesures au piézocône


L’opportunité d’un chantier particulier s’est présentée à Fos-sur-Mer (delta du Rhône), où, pour les
besoins de la construction d’un quai, le traitement des terrains s’effectue au moyen de colonnes bal-
lastées. Trois plots d’essais ont été effectués préalablement. L’une des méthodes de quantification
de l’amélioration des terrains par ce traitement a consisté à réaliser des essais au piézocône avant et
après traitement. Ces résultats sont mis à profit pour montrer l’effet de la densification d’une couche
de sable sur les mesures au piézocône.

››Sols et propriétés pénétrométriques


Le massif est constitué par une couche de sables fins limoneux de 7 à 10 m d’épaisseur reposant sur
une couche de limons argilo-sableux de 10 à 13 m d’épaisseur. L’ensemble surmonte des cailloutis
de Crau, qui constituent le substratum et dont le toit se situe vers 20 à 23 m de profondeur. Les
colonnes ballastées sont réalisées jusqu’au cailloutis, avec une distance entre axes de 2,5 m et
selon une maille triangulaire. Les trois plots d’essais se distinguent par leur position dans le site
et la nature du ballast mis en œuvre. Chaque plot comprend 21 colonnes. Dans chacun des trois
plots d’essais, quatre sondages pénétrométriques ont été réalisés avant le traitement et huit après le
traitement. Les sondages sont distants de cinq mètres au plus. Quatre des sondages réalisés après
traitement ont été implantés immédiatement à proximité des sondages réalisés avant traitement
(à moins d’un mètre) et entre les colonnes réalisées.

Les réponses pénétrométriques sont caractéristiques des sols rencontrés. Dans les sables, les résis-
tances de pointe qc sont comprises entre 3 et 8 MPa avant traitement et les pressions u2 sont égales
à la pression hydrostatique (comportement drainé) ou localement un peu inférieures à la pression

BLPC • n°279 • janvier-mars 2013 85


hydrostatique. Dans les limons, les résistances qc sont faibles, inférieures à 1 MPa, les frottements fs
sont inférieurs à 0,02 MPa et les pressions u2 sont fortes et croissent avec la profondeur. De même,
les mesures de qc et fs augmentent quasi-linéairement avec la profondeur. Il apparaît aussi des inter-
lits sableux au sein des limons, qu’il est possible de corréler entre les sondages.

L’idée développée ici consiste à exploiter l’effet de la densification des sables fins limoneux entraî-
née par la fabrication des colonnes ballastées, afin d’apprécier l’évolution du rapport entre qc et fs
consécutif à l’augmentation de ces caractéristiques de résistance.

››Effet du traitement
La comparaison des sondages voisins n’est pas directe, car les pas des mesures pénétrométriques
sont différents avant et après traitement et les altitudes de départ des enregistrements sont différen-
tes. Les sondes utilisées sont probablement différentes aussi. Néanmoins, après un recalage en z
des enregistrements à l’aide des pics de résistance qc au franchissement des interlits sableux, il est
possible de rechercher l’effet de densification imputable au traitement des sols par comparaison
directe des mesures pénétrométriques avant et après traitement.

La comparaison (Figure 18) montre une nette amélioration des caractéristiques des sables limoneux
qui est imputable à leur densification avec :

–  une augmentation moyenne de qc de 100 %,


–  une augmentation moyenne de fs de 40 % (fs augmente moins relativement à qc),
–  l’apparition de pressions u2 inférieures à la pression hydrostatique,

figure 18
Comparaison de deux
sondages au piézocône
exécutés avant et après la
densification des sols

86 BLPC • n°279 • janvier-mars 2013


Dans les limons, on observe :

–  une faible augmentation de qc, sauf dans les lits sableux,


–  une augmentation de fs,
–  une réduction de u2.

Cette réduction de u2 peut être attribuée :

–  à l’effet de densification des sols par les colonnes, à la fois sur le comportement mécanique (sur-
consolidation) et sur la perméabilité (réduction de l’indice des vides des sables),
–  à l’effet sur les conditions de drainage engendré par la présence des colonnes, qui est favorisé par
l’anisotropie de perméabilité des sols,
–  à un effet éventuel de fracturation hydraulique (claquage du terrain par la réalisation des colon-
nes, notamment près de la surface ou dans les limons qui sont peu drainants).

Le traitement peut entraîner aussi une déstructuration des terrains du fait des fortes énergies vibra-
toires transmises aux sols pendant la fabrication des colonnes, réduisant ainsi le gain de résistance
obtenu par la densification.

››Comparaison avant et après traitement dans le plan (fs, qE)


Les données produites par les piézocônes avant et après traitement sont reportées en coordonnées bilo-
garithmiques dans le plan (fs, qE) sur les figures 19 et 20 respectivement. La variable qE, dite résistance
de cône « effective », a été introduite par Senneset et al. (1982). Le plan (lg fs, lg qE) est utilisé par Eslami
et Fellenius (1997), puis Fellenius et Eslami (2000, 2004), qui ont proposé une classification des terrains
d’après les données fournies par le piézocône. Cette classification est reportée sur la figure 21.

Sur ce site, les sables identifiés à l’étape 1 sont représentés en vert. Le traitement a pour effet d’aug-
menter la résistance de cône effective qE, qui atteint 10 MPa en moyenne, et le frottement latéral
unitaire fs. Cette augmentation s’effectue selon une direction de pente 2 dans le plan (lg fs, lg qE).

Ainsi, sur la base de cet exemple, la densification d’un sol sableux a pour effet de faire progresser
la résistance pénétrométrique dans la direction de pente 2 et vers le haut dans le plan (lg fs, lg qE).

figure 19
Représentation des
mesures avant la
densification des sols
(Sondage 21)

BLPC • n°279 • janvier-mars 2013 87


figure 20
Représentation des
mesures après la
densification des sols
(Sondage 203)

figure 21
Classification des sols
d’après les valeurs de qE
et fs (Fellenius et Eslami,
2000)

Il sera admis dans la suite que la réduction de la densité d’un sable se traduit par une évolution des
résistances dans la direction opposée.

■■Identification des sols sableux sensibles


La classification représentée sur la figure 21 ne distingue pas de façon opérationnelle les terrains sableux
lâches, susceptibles de liquéfaction, des sols argileux ou vaseux, dont les résistances sont également
très faibles et qui fournissent des points mélangés avec ceux des terrains plus sableux. Mais, même si
l’on distingue les sols à comportement sableux dans la première étape du processus de classification
présentés dans cet article, il reste à définir quels sont les sols sableux sensibles à la liquéfaction.

88 BLPC • n°279 • janvier-mars 2013


De nombreuses études ont été consacrées à cette question majeure pour les zones sismiques et elles
s’appuient toutes sur une analyse des sols qui se sont (ou se seraient) liquéfiés lors des séismes. Les
mots « se seraient » évoquent une difficulté importante de ce type d’étude, qui est qu’il est souvent
difficile de déterminer quels sols se sont réellement liquéfiés dans un site où l’on a observé en surface
les signes du phénomène de liquéfaction. D’autre part, la plupart des grands sinistres de liquéfaction
analysés dans les études publiées se sont produits dans des remblais hydrauliques, dont l’état diffère de
celui des sols naturels. La transposition d’un site à l’autre et d’un type de sol à l’autre des conclusions
de ces études est pour cette raison complexe et peu fiable. L’approche présentée dans le présent article
a tenté d’éviter cet obstacle en faisant intervenir dès le début des analyses les propriétés des sols du site,
déterminées dans des essais de laboratoire. Néanmoins, elle reste tributaire des observations de liqué-
faction effectuées sur les sites de séismes pour identifier les couches de terrain de comportement à priori
suspect. Mais ce caractère suspect n’implique pas que les terrains concernés soient réellement liquéfia-
bles, notamment dans un site comme celui du plateau deltaïque du Var, où les sols contiennent de fortes
proportions de particules fines, qui s’opposent en pratique au développement de la liquéfaction.

Parmi les études récentes, celle de Ku et al. (2003) analyse des sites où des phénomènes de liquéfac-
tion ont été observés pendant le séisme de Chi-Chi à Taiwan. Les valeurs de fs et qE déterminées par
cinq sondages au piézocône sont présentées sur la figure 22. Les terrains identifiés comme des sables
en appliquant la première étape de notre procédure sont représentés en distinguant les sables non
liquéfiés (croix) et les sables liquéfiés (ronds) d’après les observations de Ku et al. Les sables liqué-
fiés se situent dans le quart inférieur gauche du diagramme. La progression des sables liquéfiés vers
les sables non liquéfiés s’effectue en suivant la direction de pente 2 et vers le haut du plan.

Le secteur des sables liquéfiés peut être délimité par une droite de pente 2, d’une part, et par une
droite quasi-orthogonale à la première et de pente –0,16, d’autre part. Ces deux droites ont pour
équations (qE et fs en MPa) :

qE = 2000 fs 2,

qE = 2 fs –0,16.

figure 22
Analyse des mesures
effectuées au
piézocône sur les
sites de liquéfaction
du séisme de Chi-Chi
à Taiwan (Ku et al.,
2003), en coordonnées
bilogarithmiques

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La figure 23 montre les mêmes résultats que la figure 22, mais en coordonnées linéaires dans le
plan (fs, qE). Dans l’optique de la méthode proposée, l’hyperbole (droite de pente -0,16) fixe la
limite entre les sols sableux lâches et denses, ou plus précisément non liquéfiés et liquéfiés lors du
séisme. La parabole (droite de pente 2) distingue les types de sols en séparant les sols sableux des
sols argileux de ce site. Les sols sableux sensibles sont situés à proximité de l’origine du graphique,
ce qui soulève les questions de précision des mesures de qc, fs et u2. Avec de faibles résistances qE
et fs, les sols argileux mous se situent aussi à proximité de l’origine du plan (fs, qE), ce qui crée des
difficultés quant à la distinction de ces matériaux avec les sols sableux proches.

D’autres mesures pénétrométriques recueillies dans des bases de données de la littérature ne s’ins-
crivent pas strictement à l’intérieur du domaine délimité ici. Un travail plus poussé reste donc à
produire pour analyser plus en détail ces données et juger de la possibilité d’obtenir des règles
générales et non des règles établies pour chaque site.

■■Récapitulation
L’étape 2 de la méthode présentée dans cet article consiste à identifier les sols sableux sensibles. La
méthode met à profit la mesure du frottement latéral unitaire fs, avec toutes les réserves relatives à
cette mesure sur le plan expérimental et en l’absence de développements théoriques. D’après les
données utilisées, la densification d’un sol s’effectue selon une direction de pente 2 et vers le haut
dans le plan (lg fs, lg qE). Il a été admis que la progression vers un état plus lâche d’un sol s’effec-
tue dans la direction opposée. Ces considérations permettent de délimiter un secteur du plan (lg fs,
lg qE) où se rangent les sols sableux sensibles, mais aussi les sols argileux mous, de sorte que l’on
doit prélever les sols et les identifier par leur courbe granulométrique avant de conclure sur le carac-
tère sensible du sol d’après les valeurs de qE et fs.

figure 23
Analyse des mesures
effectuées au piézocône
sur les sites de
liquéfaction du séisme
de Chi-Chi à Taiwan
(Ku et al., 2003), en
coordonnées linéaires

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■■Application aux sols du plateau deltaïque du Var
L’identification des sols les plus sensibles d’après les données du sondage CPTu20 a été effectuée
en fonction de fs et qE = qc –u2, comme indiqué ci-dessus.

L’ensemble des valeurs du frottement latéral unitaire fs et de la résistance de cône effective qE a


d’abord été représenté en coordonnées linéaires sur la figure 24 et en coordonnées bilogarithmiques
sur la figure 25.

figure 24
Représentations des
résultats du sondage
au piézocône PTu20
dans le diagramme
« frottement latéral
unitaire fs – résistance de
cône effective qE »

figure 25
Extrait de la
figure 24, coordonnées
bilogarithmiques

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La figure 25 comporte aussi les droites évoquées précédemment comme limites de la classification
de Fellenius et Eslami et de différenciation des sables liquéfiés et non liquéfiés de Ku et al. On
observe qu’une partie des points représentatifs des limons sableux est située dans la zone des sables
liquéfiés lors du séisme de Chi-Chi. Il y a aussi des limons sableux et des limons argileux, mais
nous admettons que ces sols ne font pas partie des sols sableux pour lesquels il existe un risque de
liquéfaction. La figure 26 montre la position des points représentant des sables limoneux (au sens
de la première étape de la procédure de classification présentée dans cet article).

Les points situés dans la zone des sables liquéfiés ont été repérés dans le sondage CPTu20.
Le tableau 4 commente cette analyse.

Cette analyse montre que la présence de sols éventuellement liquéfiable est limitée. La seule couche
d’épaisseur importante méritera un examen plus détaillé.

figure 26
Analyse des sols sableux
du sondage CPT20

Profondeur (m) Épaisseur (m) Commentaires

14,74 – 14,78 0,06 Couche de transition

15,56 0,02 Point isolé (fs est petit par rapport au voisinage)

16,96-17,46 0,50 Partie d’une couche plus épaisse dans laquelle la pression inters-
titielle est plus forte (mais reste inférieure à la pression hydrosta-
tique). Cette couche devra faire l’objet d’un examen plus détaillé,
notamment par essais de laboratoire

20,76-20,78 0,06 Couche de transition


tableau 4
Analyse des points 23,08-23,10 0,06 Variation locale forte
représentant des sables
limoneux et situés dans la 24,24 0,02 Variation locale forte.
zone des sables liquéfiés Note : les mesures sont effectuées tous les 2 cm.
de la figure 26.

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Cette analyse à l’échelle d’un sondage au piézocône a été répétée pour tous les autres sondages,
pour contribuer à l’évaluation globale du site.

CONCLUSION
Une méthode a été proposée pour l’identification des sols à partir des données mesurées au piézo-
cône (CPTu). Cette méthode procède en deux étapes. À l’étape 1, la résistance de pointe est décom-
posée en une partie isotrope et une partie déviatorique en tenant compte de la pression d’eau u2 et
en référence aux résistances drainées et non drainées mesurées préalablement à l’appareil triaxial.
Cette décomposition permet de classer les sols, en distinguant les sols argileux, dans lesquels se
développent de fortes pressions d’eau, des sols sableux, dans lesquels ces pressions sont égales à la
pression hydrostatique ou sont négatives. Les données recueillies sur le site de l’aéroport de Nice
ont été utilisées pour illustrer la procédure et en discuter les résultats.

L’étape 2 consiste à identifier les sols sableux sensibles, de faible compacité et peu résistants, expo-
sés au risque de liquéfaction notamment. La méthode se fonde sur la variation relative entre fs et
qc sous l’effet de la densification d’un sol donné. Un exemple a été tiré des reconnaissances et du
suivi d’un site renforcé par des colonnes ballastées. La démarche s’appuie aussi sur des données de
la littérature qui permettent de distinguer des sols liquéfiés pendant des séismes de sols non liqué-
fiés. Un secteur caractéristique des sols sableux sensibles a été délimité dans le plan (lgfs, lgqE), où
qE = qc - u2 représente une résistance de pointe « effective ». Ainsi, les trois mesures procurées par
le piézocône sont mises en jeu dans la méthode de classification proposée.

La classification des sols à l’étape 1 aboutit à des résultats concordants avec les coupes de terrain
dans chacun des sites étudiés.

L’étape 2 n’apparaît pas aussi pertinente, devant les difficultés rencontrées, à commencer par la
précision des mesures au piézocône, puisqu’il s’agit d’aller identifier des sols de faibles résistances,
sableux ou argileux. Les bases de données disponibles sont parfois contradictoires. Néanmoins,
la mise en évidence des niveaux de sols sensibles dans les profils pénétrométriques étudiés est en
accord avec les résultats présentés par les différents auteurs dans une grande majorité de cas.

En résumé, la méthode proposée s’accorde aux méthodes en usage en matière de reconnaissances


pénétrométriques, en comprenant à une étape d’identification des sols, puis une étape de recherche
des sols sensibles. Mais, au contraire des méthodes en usage qui visent à déterminer les propriétés
élémentaires des sols pour les besoins des projets et au moyen de corrélations empiriques le plus
souvent, la méthode proposée cherche à tirer parti des essais triaxiaux pour interpréter les données
pénétrométriques. Elle suppose donc que les reconnaissances géotechniques prévoient à la fois la
réalisation de sondages carottés et de sondages pénétrométriques, pour aboutir à une analyse dédiée
au site étudié. Elle ne vise pas à revêtir un caractère universel, en utilisant une classification unique
des sols.

Dans ce sens, la démarche adoptée s’inspire de la proposition de Schmertmann (1978), qui, au


moyen de l’abaque qu’il proposait, suggérait non pas une classification universelle des sols, mais un
guide pour établir une telle classification dédiée à un site donné ou une région donnée.

La méthode appelle néanmoins à être consolidée par une pratique plus large en s’appuyant sur de
nombreux exemples supplémentaires. Il s’agit notamment de l’expression des caractéristiques de
résistance non drainées mesurées au triaxial, en regard de la compatibilité des niveaux de défor-
mation entre triaxial et piézocône et en raison des problèmes de variabilité des propriétés mécani-
ques des sols naturels. Dans ce sens, les questions du remaniement des échantillons prélevés pour
le laboratoire demeurent. Il s’agit aussi de compiler des exemples détaillés permettant de mettre
en regard et de façon précise les propriétés mesurées en laboratoire à partir de carottages (essais
d’identifications et essais triaxiaux) et les mesures au piézocône, dans des terrains naturels argileux
et sableux, mais aussi dans des terrains intermédiaires limoneux.

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D’autres questions subsistent aussi, telles que l’effet des hétérogénéités (interfaces entre couches
ou interlits sableux) ou des questions d’ordre métrologique et de précision des mesures. Il serait
souhaitable de pouvoir établir des liens plus étroits entre les résultats des modélisations physiques,
analytiques ou numériques et la méthode proposée. Il reste enfin à trouver des passages vers les
méthodes de calcul des ouvrages dans les projets, telle que l’évaluation du risque de liquéfaction.

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