PTC 1 2005-2006
Chapitre II Vibrations du rseau cristallin : Phonons
Nous avons vu que les atomes s'organisaient dans les cristaux pour former des structures
cristallines bien dfinies. Si on se place 0 K, les atomes sont fixes dans leurs positions d'quilibre.
Si on augmente la temprature, les atomes vont vibrer autour de leurs positions d'quilibre.
L'nergie d'une vibration est quantifie et le quantum d'nergie est appel phonon (par analogie
avec les photons). On notera q
r
le vecteur d'onde du phonon. Nous ne traiterons que du cas o le
rseau possde deux atomes par maille.
Dans ce chapitre nous tudierons les modes de vibration
( ) k
r
dun cristal et lnergie de ces
modes. La physique classique suffira dans un premier temps mettre en vidence les modes de
vibration ; il sagit en fait dun problme de ressorts coupls. On verra ensuite quelques aspects lis
au traitement de phonons par la mcanique quantique. Enfin, le problme de l'interaction
lectron-phonon est abord.
A. Cas d'un cristal 1D
1. Mise en quation du problme
On considre un cristal une dimension gomtrique et ayant 2 atomes par maille lmentaire,
tel que dcrit sur la Figure 1.
v
s-1
u
s
v
s
u
s+1
Figure 1 : Schma du cristal 1D tudi.
On suppose que les atomes "noirs" ont une masse M
1
et on note u
s
, u
s+1
leurs dplacements
par rapport leurs positions l'quilibre. Les atomes "blancs" ont une masse M
2
et on note v
s
,
v
s-1
leurs dplacements. De plus, on suppose que les atomes "blancs" et les atomes "noirs" sont
coupls par une constante de rappel C. Si on suppose que chaque plan n'interagit qu'avec ses plus
proches voisins, on a :
( )
s 1 s s
2
s
2
1
u 2 v v C
dt
u d
M + =
(1)
et
( )
s 1 s s
2
s
2
2
v 2 u u C
dt
v d
M + =
+
(2)
Nous allons chercher des solutions sous la forme d'une onde de propagation :
t i a q is
s
t i a q is
s
e e . v v et e e . u u
= =
r r r r
(3)
ce qui, par substitution dans (1) et (2), conduit :
( )
( )
0
v
u
M C 2 e 1 C
e 1 C M C 2
2
2
a q i
a q i 2
1
=
(
+
+
r r
r r
(4)
a
Chapitre II Phonons
PTC 2 2005-2006
Le systme de deux quations linaires deux inconnues n'a une solution non triviale que si le
dterminant est nul, soit :
( ) ( ) 0 ) qa cos( 1 C 2 M M C 2 M M
2 2
2 1
4
2 1
= + + (5)
Les deux solutions du polynme (5) en
2
sont donnes par :
( )
|
|
|
\
|
|
|
\
|
+ + = ) qa cos( 1
M M
2
M
1
M
1
M
1
M
1
. C
2 1
2
2 1 2 1
2
m (6)
(on peut dmontrer facilement que l'argument de la racine carre dans (6) est bien positif). Cette
relation est paire et 2/a-priodique, on peut se contenter de la tracer sur une demi zone de
Brillouin :
q
0
+
/a
1
2
Branche optique
Branche acoustique
Figure 2 : Courbes de dispersion des vibrations dans un rseau linaire de 2 atomes par maille primitive.
On remarque deux branches distinctes avec une bande interdite en frquence. La branche
suprieure correspond au signe + et la branche infrieure au signe -.
Prs de l'origine, qa 0 et les deux solutions de (5) sont :
|
|
\
|
+ =
+
2 1
2
M
1
M
1
C 2 (7)
( )
2 2
2 1
2
a q
M M 2
C
+
=
(8)
Notons que l'nergie
+
h
est de l'ordre de 30 meV dans les semiconducteurs "usuels".
La premire solution correspond la branche suprieure. Dans ce cas, on obtient en la reportant
dans (4) que u/v=-M
2
/M
1
: les atomes vibrent en opposition de phase (figure 3). Une vibration de ce
type pourrait tre engendre par le champ lectrique d'une onde lumineuse, c'est pourquoi cette
branche est appele branche "optique".
q
mode acoustique
q
mode optique
Figure 3 : Vibrations 1D transverses selon les branches acoustiques et optiques.
Chapitre II Phonons
PTC 3 2005-2006
La seconde racine correspond la branche infrieure. Dans ce cas, u/v=1 et les atomes vibrent en
phase comme pour une excitation acoustique (Figure 3) : c'est la branche "acoustique", dont le nom
peut se justifier galement par le fait que c'est la branche basse frquence.
Pour les grandes longueurs d'onde (qa ), les deux racines pour les deux branches sont donnes
par (avec M
1
>M
2
) :
2
2
1
M
C 2
: optique branche * = (9)
1
2
2
M
C 2
: acoustique branche * = (10)
2. Nombre de modes
Nous avons suppos jusque l que toutes les valeurs de q (et donc de ) taient acceptables. En
ralit, la longueur finie L de la chane de 2N atomes entrane une condition aux limites : on impose
que les solutions u
s
et v
s
soient identiques aux deux extrmits de la chane, ce qui revient boucler
par lesprit la chane sur elle-mme. On peut aussi considrer que la chane est infinie mais en
imposant des solutions u
s
et v
s
priodiques sur une grande distance L. Cette condition (u
N
= u
1
) est
appele conditions aux limites priodiques de Born-von Krmn :
entier n o
L
n 2
q 1 e u u
L q i
1 N
= = =
Remarque : on peut aussi dnombrer le nombre de modes en imposant que les deux extrmits
de la chane soient fixes. Pour des systmes de grande taille, la physique du problme nest gure
modifie et lon aboutit bien sr au mme nombre de modes.
Il ny a donc quun nombre fini de modes de vibration par zone de Brillouin. La distance entre
deux modes successifs dans lespace rciproque est
L
2
. Le nombre de modes est donc par zone et
par branche
1 N
a
L
L 2
a 2
N
m
= =
=
. En observant que q = 0 ne correspond pas un mode de
vibration et que
a
q
= et
a
q
= correspondent au mme mode, il y a finalement 2 N N
m
=
modes par zone et par branche. Si N est trs grand, ce qui est le cas dans un cristal massif), on peut
dire quil y a autant de modes que datomes dans le cristal.
3. Phonons optiques polaires
Dans un cristal o les liaisons entre atomes prsentent un certain caractre ionique (III-V comme
GaAs par exemple), il apparat une densit de moment dipolaire quand les atomes ne vibrent pas en
phase. Si les atomes voisins vibrent en phase, cette densit est uniforme ; s'ils sont quasiment en
opposition de phase, il apparat une onde progressive de moments dipolaires. Les phonons optiques
polaires sont les modes propres associs.
B. Gnralisation un cristal 3D
Dans un cristal 3D lespace rciproque devient galement 3D et aux modes longitudinaux
(acoustiques et optiques) que lon a en 1D sajoutent dans chaque cas 2 modes transverses polariss
90 lun de lautre, comme illustr sur la Figure 4.
Chapitre II Phonons
PTC 4 2005-2006
x
y
z
L
T
T
Figure 4 : Le mode de vibration longitudinal (L) et les 2 modes transverses (T) dun rseau 3D.
On montre dune manire gnrale que si la maille lmentaire contient p atomes, les courbes de
dispersion sont constitues de 3p branches, dont 3 branches acoustiques et 3p3 branches optiques.
Cela donne bien, pour p = 2, 3 branches acoustiques et 3 branches optiques.
Les courbes de dispersion dpendent maintenant de la direction de propagation. Une allure
typique est reprsente sur la Figure 5 dans la direction [100]. En raison de la symtrie cristalline
dans cette direction (ainsi que dans la direction [111]), les modes transversaux sont dgnrs; aussi
lon ne voit que 4 branches: longitudinale optique (LO), transverse optique (TA), longitudinale
acoustique (LA) et transverse acoustique (TA). Les courbes de dispersion exprimentales de GaAs
sont reprsentes sur la Figure 6 suivant 3 directions cristallographiques (, , et ). On voit que la
dgnrescence des modes transverses est leve dans la direction , cest--dire [110].
q
0
2 /a
TO
LO
LA
TA
0
2
4
6
8
10
F
r
q
u
e
n
c
e
d
e
p
h
o
n
o
n
[
T
H
z
]
X L K
TO
LO
TA
LA
I
II
III
IV
LA
TA
LO
TO
Vecteur donde
Figure 5 : Allure des courbes de dispersion dans
un cristal pour des vibrations se propageant dans
la direction [100].
Figure 6 : Courbes de dispersion exprimentales de GaAs
suivant 3 directions cristallographiques [D. Strauch,
B. Dorner, J. Phys.: Condens. Matter 2, 1457-1474 (1990)].
C. Quantification de l'nergie
Pour calculer lnergie associe aux modes de vibration il faut faire le traitement quantique du
rseau doscillateurs harmoniques coupls que constitue le rseau cristallin. Ce traitement est fait
dans tous les ouvrages de mcanique quantique (par exemple dans "Mcanique quantique",
C. Cohen-Tannoudji, B. Diu, F. Lalo, dition Hermann) ; nous ne laborderons pas dans ce cours.
Les valeurs propres de lHamiltonien du systme sont quantifies et de la forme:
|
\
|
+ = h
2
1
n E
n
(11)
o n est un entier naturel et est la pulsation du mode considr.
Chapitre II Phonons
PTC 5 2005-2006
Lnergie de chaque mode de vibration est donc quantifie ; le quantum dnergie
h
qui spare
deux niveaux conscutifs est appel phonon par analogie avec le photon qui dsigne le quantum
dnergie lumineuse. Un phonon peut tre assimil une particule dnergie
h
et de vecteur
donde
q
r
, cest--dire le vecteur donde du mode associ.
Remarque : un phonon nest pas une "vraie" particule. En effet, il na pas dexistence propre. Il
nexiste que parce que le rseau existe et que les atomes vibrent. Toutefois, il se comporte
lintrieur du cristal comme une vraie particule et on le traite comme tel.
Les phonons sont des particules indiscernables auxquelles il faut appliquer une statistique
quantique. On montre quils ne sont pas soumis au principe dexclusion de Pauli : ce sont des
bosons, auxquels on applique la statistique de Bose-Einstein. La fonction doccupation du niveau
h
est donc :
( )
1
T k
exp
1
f
B
|
|
\
|
=
h
h
(12)
D. Interaction lectron/phonon
Comme toutes les particules, les phonons interagissent avec les autres particules prsentes dans
leur voisinage, en loccurrence avec les lectrons. En fait, cest par lintermdiaire des phonons que
les lectrons "libres" du cristal changent de lnergie avec le rseau datomes. Une interaction
lectron-rseau se traduit par le gain ou la perte dun quantum dnergie
h
. On dit aussi quun
lectron met ou absorbe un phonon.
Ce processus se fait en conservant lnergie et le vecteur donde du systme. Si lon dsigne par
E et k
r
lnergie et le vecteur donde de llectron avant interaction, et par
q
r
le vecteur donde du
phonon, on a aprs interaction:
+ =
=
G q k ' k
E ' E
r
r
r r
h
(13)
o G
r
est un vecteur du rseau rciproque.
Les perturbations du potentiel cristallin dues aux phonons peuvent tre considres comme des
vnements instantans lchelle des temps de "vol libre" des lectrons (temps au cours desquels
les porteurs ne voient que le champ lectrostatique, mais pas les perturbations). On peut donc
utiliser la thorie des chocs. La densit ( ) k , k s
r r
de probabilit de transition par unit de temps entre
les tats initial k
r
et final k
r
est donne par la rgle dor de Fermi (voir encore par exemple
l'ouvrage "Mcanique quantique" par C. Cohen-Tannoudji, B. Diu et F. Lalo) :
) ' E E ( ). k ( DOS . ) k , k ( M
2
) k , k ( s
2
= h
r r r
h
r r
(14)
avec
= = r d ) k , r ( . H ). k , r ( k H k ) k , k ( M
3
b
i
*
b i
r
r
r
r
r
r r r r
(15)
et o H
i
est le potentiel de perturbation, DOS( k
r
) la densit dtats dans lespace rciproque et
b
( k , r
r
r
) (resp.
b
( k , r
r
r
)) la fonction donde associe l'tat initial (resp. final). La frquence
Chapitre II Phonons
PTC 6 2005-2006
dinteraction (en s
-1
) est obtenue par intgration de ( ) k , k s
r r
sur tous les tats finaux possibles,
cest--dire les valeurs possibles de
'
k
r
:
( ) ( )
= k d k , k s k
3
r r r r
(16)
Sur la Figure 7 est trace l'volution de la frquence des chocs avec les phonons acoustiques
dans Si, la temprature de l'azote liquide (77 K) et l'ambiante (300 K) et ce en fonction de
l'nergie cintique des lectrons. Plus la temprature est leve, plus les vibrations du rseau
cristallin sont importantes et les chocs avec les phonons frquents. Notons que dans le cas des
acoustiques, l'nergie
h
est faible et qu'on ne distingue alors souvent pas les cas d'absorption et
d'mission de phonons.
Le cas de GaAs 300 K est illustr par la Figure 8 : frquences de chocs avec les phonons
acoustiques et optiques polaires en fonction de l'nergie cintique. Pour ce qui est des acoustiques,
la frquence est environ 10 fois plus faible que dans Si la mme temprature. Dans le cas des
optiques polaires, l'mission de phonons n'est possible que si les lectrons sont suffisamment
nergtiques (
h
36 meV).
10
11
10
12
10
13
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5
F
r
q
u
e
n
c
e
(
s
-
1
)
Energie cintique (eV)
Si - 300 K
Si - 77 K
Phonons acoustiques
10
10
10
11
10
12
10
13
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5
F
r
q
u
e
n
c
e
(
s
-
1
)
Energie cintique (eV)
GaAs - 300 K
Phonon acoustique
Absorption de phonon optique polaire
Emission de phonon optique polaire
Figure 7 : Frquence d'interaction avec les phonons
acoustiques dans Si, 77 K et 300 K. Cas des valles .
Figure 8 : Frquences d'interaction avec les phonons
acoustiques et optiques polaires dans GaAs 300 K.
Cas des valles .