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Introduction à la science politique

cours d'introduction à la science politique

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Introduction à la science politique

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Introduction Science Politique

7/09
Plan du cours sur Moodle

Introduction

Chapitre 1 : Qu’est-ce que la science politique ?

Section 1 : Le repérage du politique

A) C’est un mot polysémique

Avant tout, il peut avoir les 2 genres, il est androgyne.


Le politique renvoie au pouvoir politique, à l’ordre nécessaire en société, il
désigne un espace social dans lequel les individus décident d’arbitrer leurs
conflits. C’est parfois un pouvoir légitime mais pas toujours. (Accepté
socialement). S’il ne l’est pas, il devra s’imposer par la force.
Se rendre légitime est possible de diverses manières (autres que la force).
La politique renvoie à des politiques publiques.
Distinction en anglais Policy/Politics
Policy  les politiques publiques
Politics  L’autre
Le pouvoir politique englobe plusieurs acteurs : l’Etat et les différentes
instances étatiques, les hommes et les femmes qui agissent, les partis
politiques et les comportements des citoyens (associations, syndicats…)

La science politique ne s’arrête pas à l’étude de ces phénomènes au sein de


notre société mais aussi aux autres pays  Politiques comparées
« Science » donc tentative de trouver des permanences quel que soit les
sociétés
Tout évènement peut être un objet d’étude.
Science politique : Science d’une catégorie particulière de réalité sociale
considérées comme politique dans une société et à un moment donné.
Ce qui est politique ?
Introduction Science Politique

B) Tout n’est pas politique mais tout peut le devenir

IL n’y a pas de fait politiques en soit, la science politique va étudier les faits
sociaux susceptibles d’être politiques. Le côté politique n’est pas inhérent mais
dépend de la façon de le considérer. Certains faits en relèvent directement,
d’autres y sont liés de manière plus indirecte.
Exemple : Le chômage, l’environnement…
Des phénomènes privés deviennent donc politiques.
À tout moment, des faits sociaux peuvent et parfois doivent faire irruption dans
le champ politique.
C’est un phénomène de « Politisation ».
Cela requiert tout un processus social, qu’une partie de la population mette en
exergue un problème pour le défendre ou l’attaquer et demander au pouvoir
politique de trancher.
L’écologie et l’environnement sont devenus politiques.
On va demander un choix collectif politique sur des problèmes particuliers.
Le logement, les difficultés de logement ont commencé à intéresser la politique
avec L’Abbé Pierre.
 Construction de certains logements
Alimentation  OGM et perturbateurs endocriniens
On exige du pouvoir de se pencher sur ces questions.

Toute élection n’est pas forcément politique.


Des choses politiques peuvent également disparaitre de la scène politique par
la suite.
Question de la séparation de l’église et de l’Etat, retour de la monarchie
Ces conceptions diffèrent également en fonction des pays (question de
l’armement aux EU).

Le politiquement correct, ce monstre


Introduction Science Politique

Autre définition de M. Offerlé


Science politique : La science politique peut se délimiter comme le
rassemblement d’un ensemble de chercheurs travaillant sur les mécanismes qui
sont aux principes de la conquête, de l’occupation et de la conservation des
positions de pouvoir dénommées politique dans une société donnée et donc des
mécanismes qui concourent à politiser cad à construire politiquement des
problèmes sociaux.
On retrouve l’idée qu’on ne s’intéresse pas qu’à ce qui semble politique par
nature mais aussi à la politisation.
La connaissance de ces phénomènes doit être dégagée d’études scientifiques.

Section 2 : Science politique : Histoire et démarches scientifiques

A) Quelques repères historiques

De nos jours la science politique est devenue une science sociale, une discipline
à part entière.
Contexte de l’apparition des différentes science sociales. Milieu XIXe siècle
Ce sont les divers bouleversements politiques, économiques et sociaux, surtout
en Europe.
Emile Durkheim émet l’idée qu’il faudrait étudier les faits sociaux comme des
objets scientifiques.
Toutes ces sciences sociales émergentes vont sortir de la sphère philosophique.
Droits, histoires, sociologies, psychologies…
La science politique utilise les outils de ces autres sciences.
Aristote, Platon, ont étudié les phénomènes sociaux ayant attrait à la politique,
mais cela relevait de la philosophie politique, avant l’autonomisation de la
science politique.
Tusidith considéré comme historien alors qu’il n’a fait que raconter les faits de
la guerre du Péloponnèse.
Création en France dans le 2e tier du XIXe siècle, 1871, Emile Boutmy crée
l’école libre des sciences politiques.
C’est aussi l’année de la défaite de Napoléon face à Bismarck.
4 septembre 1870 est proclamé la République.
Introduction Science Politique
Cette école libre est créée pour répondre à un besoin, l’essor de la bureaucratie
etc…
Cette école est le précurseur de Science Po Paris.

Dans cette école, on va donner des cours de plusieurs disciplines, pas d’une
seule discipline. Cela préfigure la création de l’école nationale de
l’administration.
La science politique va s’autonomiser après la 2WW.
Ce n’est que donc sous la IVe République qu’on voit cette discipline émerger.
Elle va s’émanciper du droit pour s’investir dans de nouveaux domaines
d’études ie l’étude des partis, la sociologie électorale…
Le conseil d’Etat >>>>>
Une juridiction mais aussi un conseiller.
Mais le gouvernement doit saisir celui-ci lors du dépôt d’un projet de loi par
exemple.
Les membres de ce conseil sont souvent de énarques (juges et fonctionnaires).
Mais ce n’est qu’un avis. On peut l’ignorer.

Le droit en pratique ne correspond pas toujours à la réalité.

La science politique va construire ses propres méthodes d’investigations, va


avoir ses propres concepts tout en s’éloignant des concepts du droit.
La science politique va aussi étudier le fonctionnement des institutions mais en
s’intéressant aux faits, pas juste à la forme.
Science = Neutre
On cherche juste à comprendre, à expliquer, pas à dire ce qui devrait être.
La frontière Droit/ Science Po est relativement trouble.
La science po ne peut pas complètement se dissocier du droit.
Le droit peut être étudier comme phénomène politique.
(Vote de lois donc produit d’une majorité politique)
La science po est devenue une science à part entière qui s’est renforcé en 1945
 IEP
Association de la FSP
Création agreg science Po 1971
4 Critères
- Dénomination en commun avec ceux qui s’en proclame
- Accord unanime sur le fait que certains objets soient des objets Pol
- Existence d’instit d’enseignement et de recherche spécialisé
Introduction Science Politique
- Lieu ou moyen de diffusion de résultat de recherche

B) Une autonomisation inachevée

3 séries de raisons :
1 facteur institutionnelle car la Science PO reste répartie inégalement sur le
Territoire (cursus complet de sciences po)
IEP existent dans certaines villes seulement
1 facteur scientifique notamment parce que les objets de recherche sont très
variés (faiblesse méthodologique aussi)
1 facteur médiatique car la façon dont on entend le plus parler de politique
sont dans les médias à travers les journalistes qui n’ont donc pas cette rigueur
scientifique. Journaliste/Chercheur politique
Les recherches en sciences po ne sont pas forcément utilisé en politique
 Réalité des choses et non semblants

C) Que signifie avoir une démarche scientifique ?

L’une des spécificités des recherches en sciences sociales, c’est qu’elles sont
confrontées à des acteurs qui ont fréquemment une opinion sur leur objet.
Par ailleurs, contrairement aux sciences de la nature comme la chimie ou la
physique, le chercheur en sciences sociales fait partie de la société qu’il
étudie. Il peut donc avoir des opinions, des valeurs. Le propre d’une
démarche scientifique est d’essayer de mettre à distance ces opinions et ces
valeurs qui peuvent constituer de sérieux obstacles à la compréhension des
phénomènes étudiés.

Avant toute recherche en sciences sociales, il faut essayer d’écarter ses


prénotions, c’est-à-dire, les préjugés, les lieux communs, les fausses
évidences, qui nourrissent la subjectivité de chacun. Chacun, par son
expérience sociale ordinaire, se forge une connaissance sur certaines
questions, une connaissance dont le propre est de ne pas être construite de
façon scientifique, en respectant certains critères de scientificité.

L’enquête scientifique en sciences sociales n’est pas non plus sans certaines
ressemblances avec l’enquête policière (recherche d’indices, de
Introduction Science Politique
l’administration de la preuve, construction d’hypothèses), même s’il ne
s’agit pas ici de trouver un ou des coupables, mais de comprendre des
phénomènes sociaux et politiques.

La première étape d’une enquête scientifique consiste à construire un objet


de recherche c’est à-dire à lister les questions que l’on va se poser sur un
objet.
Exemple : si on veut travailler sur les électeurs de La République en Marche
(LREM), on peut se demander quel âge ont ces électeurs, les professions
qu’ils exercent, la façon dont ils se situent sur l’axe droite-gauche, ce qu’ils
pensent sur différents enjeux, ce qu’ils votaient avant, s’ils sont réellement
nouveaux en politique.

Ensuite, c’est la problématique, c’est à dire l’énigme, le problème posé par


une recherche qui va déterminer les méthodes que l’on met en place. C’est
le point de vue qui crée l’objet. Si l’on s’intéresse à la fac de droit, on peut
ainsi choisir de s’intéresser à l’implantation de la fac en centre-ville (analyse
d’une décision publique), aux étudiants qui la fréquentent et à l’évolution
de leur profil notamment avec Parcousup (sociologie des étudiants), à
l’activité politique dans une fac de droit, etc. À chaque fois, ces
questionnements vont nécessiter la mise en place de méthodes d’enquêtes
spécifiques.

Il peut s’agir de méthodes quantitatives ou de méthodes qualitatives.

a) Les méthodes quantitatives

Il s’agit de travailler sur des données chiffrées qu’il s’agisse de


statistiques officielles ou de données que le chercheur élabore lui-même
notamment grâce à des enquêtes par questionnaires.
Si on reprend l’exemple d’une recherche sur les électeurs d’un parti
politique, on peut utiliser deux types de données chiffrées, ce qu’on
appelle des données agrégées ou des données individuelles.

Premièrement, les données agrégées


Si on s’intéresse par exemple au vote en faveur du Rassemblement
National, on va s’intéresser aux pourcentages de voix accordées au RN
par région, par ville ou par bureau de vote. Cela donne déjà des
Introduction Science Politique
renseignements très riches : Ainsi, on se rend compte que le RN est plus
implanté dans la partie est de la France, en particulier dans les anciennes
régions industrielles.
Ces données agrégées permettent de faire des comparaisons dans le
temps en comparant les cartes de France du vote RN, on s’aperçoit que
ce vote a tendance à se nationaliser, à s’étendre aux villes moyennes qui
étaient moins concernées dans un premier temps. À l’échelle d’une ville,
on peut étudier les différences entre les quartiers et émettre des
explications en croisant avec d’autres données socioéconomiques. On se
rend compte par exemple que ce n’est pas dans les quartiers où il y a le
plus d’étrangers que le vote RN est le plus fort, ni nécessairement dans
les quartiers les plus pauvres. Cela permet de remettre en cause
certaines idées reçues. En région PACA, les travaux de Céline Braconnier
ont montré que les quartiers qui votaient le plus RN, étaient les quartiers
riches. On est donc loin des clichés misérabilistes des électeurs RN
véhiculés par les médias.

Ces données ne donnent pas nécessairement de réponses, mais


permettent de poser des questions, d’ouvrir des pistes de recherche :
pourquoi tel parti politique est-il mieux implanté dans ce type de
territoire ou de catégorie sociale. Loin de clôturer l’enquête, ces données
contribuent à l’ouvrir.

Deuxièmement, les données individuelles

Des données quantitatives peuvent être aussi individuelles. C’est le cas


quand on fait des questionnaires.
Par exemple : les sondages à la sortie des urnes : on a des
renseignements sur les caractéristiques sociales des électeurs mais aussi
sur les opinions politiques. On peut alors tenter d’analyser ce que signifie
voter pour un parti politique.
Les méthodes quantitatives s’appliquent bien sûr à bien d’autres
domaines que les élections et les comportements électoraux. Par
exemple, des enquêtes par questionnaires auprès de manifestants,
auprès de militants d’un parti politique, d’un syndicat ou d’une
association pour essayer de mieux connaître les profils sociaux des
militants, les conditions de leur engagement…
Introduction Science Politique

b) Les méthodes qualitatives.

On regroupe sous cet intitulé une série de techniques d’investigation qui


impliquent que le chercheur rencontre des individus qui font partie de
son objet d’étude.
Première méthode qualitative : les entretiens.
Par exemple : lors d’une recherche sur les militants écologistes, on
entreprendra des entretiens avec des jeunes et des plus anciens pour
comprendre les effets de génération sur la prise en compte de
l’environnement. Avec des adhérents récents, avec des adhérents de
diverses associations ou partis politiques (pour comprendre les effets du
milieu social sur l’engagement dans les mouvements écologistes).
Les entretiens permettent d’avoir accès à des trajectoires de vie
puisqu’on y aborde le passé familial, les expériences associatives, la
formation, les préférences politiques. Surtout les entretiens permettent
d’accéder à des récits de pratiques ce que ne permettent pas les
questionnaires. Si on prend l’exemple des syndicalistes, on pourra
analyser ainsi les conditions de travail, les relations avec les collègues,
l’importance du syndicat dans la structuration de ces relations. Les
entretiens permettent de faire le lien entre différentes dimensions qui
sont autonomisées dans les questionnaires.
On peut faire aussi une observation directe des phénomènes qu’on
étudie.
Par exemple : on peut participer à des réunions de parti politique, de
syndicat, d’association. L’observation directe permet de saisir de
l’intérieur ce qui se passe, d’étudier les interactions entre acteurs. Il s’agit
d’observer les pratiques des acteurs, des choses qu’ils ne voudraient pas
dire ou qu’ils ne sauraient pas dire en entretien.
Par exemple, l’observation de ce qui se passe dans des réunions
publiques de candidats aux élections locales. Vous connaissez peut-être
le documentaire Le Président qui relate la campagne de Georges Frêche à
Montpellier lors des élections régionales de 2010, ce documentaire est
constitué d’observation de réunions publiques et privées de la campagne
électorale de Georges Frêche.
Introduction Science Politique
Globalement, les sciences sociales reposent sur des enquêtes de terrain
qui le plus souvent associent des méthodes quantitatives et des
méthodes qualitatives qui sont complémentaires.
Parmi les méthodes des sciences sociales, il y a aussi bien entendu le
dépouillement des archives. En science politique, on travaille sur des
objets du passé mais on doit également restituer des objets du présent
dans une perspective historique plus longue.
En résumé, le plus important à retenir c’est que les sciences sociales,
dont fait partie la science politique, nécessitent d’apporter les preuves
empiriques de ce que l’on avance. C’est en cela que la science politique
diffère du journalisme politique ou de l’essayisme.
Il s’agit de prendre au sérieux l’objectivité et la mise en œuvre de
méthodes scientifiques.

Alors quelles sont les parcours et les débouchés de la science politique ?

La particularité des cursus de science politique c’est que ce sont des études
pluridisciplinaires.
On fait du droit, de l’économie, de la géographie, de l’histoire, de la sociologie,
de la philosophie, du management, etc.

- Les Instituts d’études politiques ou IEP (ex. : Toulouse, Aix, Bordeaux…)


- Les licences de science politique (ex. : Montpellier)
- Les cours dans les cursus de droit (ex. : Perpignan)

Plusieurs spécialités :

Les relations internationales qui orientent vers les métiers de la diplomatie,


organismes internationaux ONU, UE, etc.

Politiques publiques : préparation aux concours de la fonction publique,


métiers du politique (assistant parlementaire, etc.), métiers du conseil avec
l’évaluation des politiques publiques

Sociologie politique : travail sur le vote, les mobilisations sociales, les syndicats,
etc. : (Monde associatif, syndicat, Institut de sondage, etc.)
Introduction Science Politique
Journalisme et communication politique : journaliste, métiers de la
communication
Philosophie politique et histoire des idées politiques : métiers de
l’enseignement.

Chapitre 2 : Le pouvoir politique

On a vu dans l’introduction du cours combien la notion de pouvoir était


intimement liée à la notion de politique employée aussi bien au masculin qu’au
féminin.

Au masculin : LE politique renvoie à tout ce qui touche à la gestion du vivre


ensemble et à la régulation collective des conflits d’intérêts entre individus
dans une société.

Au féminin : LA politique, c’est l’espace où s’affrontent des individus et des


organisations en vue de la conquête ou de la conservation du pouvoir.

On ne peut pas parler de politique sans qu’il soit question de pouvoir mais en
revanche il peut y avoir du pouvoir en dehors de la sphère politique. Autrement
dit, le politique implique le pouvoir, mais tout pouvoir n’est pas politique. On
parle par exemple du « pouvoir des parents sur les enfants », du pouvoir du
professeur sur les étudiants sans que ces pouvoirs ne soient spécifiquement
politiques. Il y a aussi du pouvoir au sein des entreprises et des lieux de travail.

Avant d’étudier la spécificité du pouvoir politique, ses formes et ses


fondements, il faut donc revenir sur la notion de pouvoir en général. La
première section y sera consacrée, avant d’analyser plus précisément dans une
deuxième section les caractéristiques et les fondements du pouvoir politique.
Enfin, dans une troisième et dernière section, nous verrons qu’il ne faut pas
confondre le pouvoir politique et l’État. Si l’État est devenu dans nos sociétés
l’un des lieux de concentration du pouvoir politique, il n’en est pas le seul
dépositaire.
Introduction Science Politique

Section 1 : La notion de pouvoir

Le pouvoir est un concept fondamental en sciences sociales et particulièrement


en science politique.
Mais il existe plusieurs acceptions du terme pouvoir. Il faut donc commencer
par revenir sur ses différentes définitions.

A) Définition

Le terme « pouvoir » est polysémique, comme le terme « politique ».


Cette polysémie du terme « pouvoir » tient au fait que l’on utilise le même mot
dans des contextes variés, avec des significations différentes.
Le pouvoir, nous dit le grand dictionnaire de la langue française, c’est la
« Capacité de produire un effet, la possibilité d'action sur quelqu'un ou sur
quelque chose ».
Cette définition « générique » recouvre néanmoins trois grandes façons
d’appréhender ce pouvoir, c’est à dire d’expliquer cette capacité ou cette
possibilité.
 Premièrement, il y a ce qu’on appelle la perspective
substantialiste

L’adjectif « substantialiste » provient du terme « substance ». La « substance »,


en philosophie, c’est ce qui existe en soi, de manière permanente par
opposition à ce qui change, ce qui est créé. Dans la perspective substantialiste,
le pouvoir serait donc une substance que l’on détiendrait comme le suggère
l’expression « avoir du pouvoir ».

Le pouvoir est ici assimilé tantôt à une propriété quasi-magique, tantôt à une
sorte de capital, au sens monétaire du terme, que l’on acquiert, accumule, ou
que l’on perd.
Cette définition fait du pouvoir une propriété individuelle, attachée aux
individus. Elle ne permet pas de pousser l’analyse sur la façon dont on acquiert
justement ce pouvoir, sur la façon dont ce pouvoir est exercé, ni sur les façons
dont les gens réagissent face à ce pouvoir.
Introduction Science Politique
On ne peut pas retenir cette définition substantialiste du pouvoir car elle
occulte le fait que tout pouvoir se construit dans le cadre d’une relation sociale
comme on le verra ensuite.
Le pouvoir n’est donc pas une substance.

 Deuxièmement, La perspective institutionnaliste.

Dans cette seconde perspective, le pouvoir est cette fois-ci conçu comme le
résultat presque automatique de l’occupation d’une fonction. On oppose ainsi
les « détenteurs » du pouvoir aux simples citoyens qui seraient dépourvus de
ce pouvoir. Ne parle-t-on pas des « pouvoirs » publics ?
Cette définition a l’inconvénient de déduire presque automatiquement le
pouvoir à des prérogatives attribuées par le droit, notamment aux
gouvernants. Si le droit est une instance de consécration de certains pouvoirs, il
est lui-même le résultat de jeu d’influence qu’il faut expliquer. Par ailleurs,
cette perspective cantonne trop fortement le pouvoir au domaine des
institutions publiques. Or, il y a des relations de pouvoir en dehors de l’État.
Dans la famille, dans l’entreprise, à l’école…
Il faut donc avoir recours à une troisième définition qui met l’accent sur les
interactions sociales qui sont au fondement de tout pouvoir.

 Troisièmement, la perspective interactionniste

Ici, le terme interaction est synonyme de relation. Dans cette perspective


interactionniste, le pouvoir n’est plus une propriété personnelle ou la
conséquence d’un droit. La définition est plus restreinte et en même temps
plus concrète. « On peut dire qu’il y a une relation de pouvoir quand un
individu accomplit une action conformément à la volonté d’un autre individu,
action qu’il n’aurait pas effectuée spontanément ». On voit que l’on parle ici de
« pouvoir » quand on peut mettre en évidence une relation d’influence entre
des individus.
C’est Max Weber, sociologue allemand né en 1864 et mort en 1920, qui a
développé cette définition relationnelle du pouvoir. Dans son ouvrage
Économie et société, qui est une de ses œuvres principales, il énonce sa
fameuse définition du pouvoir : « Le pouvoir est toute chance de faire
triompher, au sein d’une relation sociale, sa propre volonté, même contre des
résistances ; peu importe sur quoi repose cette chance ».
Introduction Science Politique
Dans une relation de pouvoir, il y a donc un échange inégal entre au moins
deux individus. Il y a une inégalité entre celui qui exerce le pouvoir et celui qui
est assujetti à ce pouvoir, c’est-à-dire celui sur qui le pouvoir s’applique.
Cette définition s’applique beaucoup plus largement qu’à la seule sphère
politique. Il y a des relations de pouvoir dans la famille.

Les parents ont la possibilité de vous imposer de rentrer à telle heure le soir
même si ce n’est pas votre volonté. Idem pour l’entreprise. Votre employeur a
le pouvoir de vous imposer d’arriver à 8 heures le matin, mettre une cravate,
etc.
Cette définition interactionniste qui fait du pouvoir le produit d’une relation
sociale et non une substance a plusieurs conséquences :
1 – tout d’abord, le pouvoir réclame la présence d’au moins deux personnes.
Une personne seule n’a pas de pouvoir puisqu’un pouvoir se manifeste en
s’exerçant sur autrui. Le pouvoir, c’est la possibilité d’ordonner une action à
quelqu’un. Il faut donc au moins une interaction entre deux personnes : celui
qui ordonne et celui qui respecte l’ordre.
2 – si un individu accomplit une action qu’il aurait accomplie sans y être
contraint par la relation, il ne s’agit pas d’une relation de pouvoir. Exemple :
aller à une manifestation. Vous êtes libre d’y aller ou pas même si un de vos
amis a essayé de vous convaincre d’y aller.
Néanmoins, l’absence de sentiment de contrainte ou le consentement ne sont
pas des critères suffisants pour dire qu’il n’y a pas de pouvoir. Par exemple :
beaucoup de femmes dans certains milieux acceptent par exemple de préparer
tous les jours le repas dans le foyer, de faire seules certaines tâches
domestiques. Elles y voient même un élément constitutif de leur rôle social et
n’expriment pas de réticence à les faire. Cependant, ce sentiment peut résulter
d’une relation de pouvoir devenue tellement évidente qu’elle n’est plus
perçue, elle semble naturelle à ceux qui la subissent. C’est ce que le philosophe
français Etienne de la Boétie nomme : la servitude volontaire.
3 – si un individu réagit à un ordre mais sans accomplir ce qui est ordonné, il ne
s’agit pas d’une relation de pouvoir.
Par exemple : si vous n’êtes pas catholique ou que vous ne respectez pas les
prescriptions du Pape, le Pape n’a pas de pouvoir sur vous. Le Pape se prononce
Introduction Science Politique
contre les relations sexuelles avant le mariage. Mais il ne peut exercer ce
pouvoir d’interdire les relations sexuelles avant le mariage qu’auprès de ceux
qui reconnaissent le bien fondé de cet ordre religieux et qui reconnaissent donc
le pouvoir du Pape de régir leur vie privée.
Cet exemple permet de comprendre que tout pouvoir, pour s’exercer
réellement, doit avoir les moyens de faire obéir.

B) Le pouvoir comme relation sociale : obéissance et consentement

La relation de pouvoir repose donc sur l’obéissance. La notion d’obéissance est


à relier à celle d’autorité.
L’autorité se définit par l’aptitude à se faire obéir quand on commande, en
raison d’un ascendant exercé par le détenteur du pouvoir.
Mais toute la question est de savoir sur quoi repose cette autorité.
On peut obtenir l’obéissance par la force, par la sanction ou simplement par la
persuasion, par la récompense ou encore par la séduction.
On dit de quelqu’un qu’il est « manipulateur » quand il arrive à exercer une
influence sur quelqu’un sans donner l’impression d’exercer une contrainte. Il y
a donc bien différentes sources du pouvoir et d’autorité.

Traditionnellement, on distingue deux formes de pouvoir, selon les ressources


mobilisées pour l’exercice de l’autorité : le pouvoir d’injonction et le pouvoir
d’influence

 Le pouvoir d’injonction

Il repose sur la possibilité de recourir à une sanction. Injonction vient du mot


enjoindre qui signifie obliger, contraindre. Parler de pouvoir d’injonction, c’est
donc évoquer l’idée d’une contrainte qui, si elle n’est pas respectée, entraîne
une sanction.
Exemple à l’armée. Si le soldat n’est pas au garde à vous quand l’officier
l’enjoint de l’être, il se trouve privé de permission ou mis aux arrêts. (Cf. le film
de Stanley Kubrick Full Metal Jacket et la scène du passage en revue).

Au collège ou au lycée, si vous ne respectez pas le règlement en vigueur dans la


classe, vous êtes collé et la sanction peut aller jusqu’à l’exclusion de
l’établissement. Ici à la fac, il y a le pouvoir d’exclure tout étudiant surpris en
train de tricher aux examens ou ayant un comportement incorrect envers les
Introduction Science Politique
enseignants. Dans la mesure où l’exclusion de certaines institutions représente
un coût social important, pèse sur l’avenir, c’est une sanction le plus souvent
efficace. (+ Suppression des bourses)

Le pouvoir d’injonction repose sur la possibilité d’une sanction dont le recours


à la force est la garantie ultime : Faire appliquer la sanction contre la volonté de
la personne, en recourant si besoin à la force publique.

Mais la sanction n’est pas forcément une punition matérielle. Il peut s’agir de
sanction symbolique ou éthique.

Exemple : si un fidèle ne respecte pas les comportements exigés par sa religion,


il peut être mis à l’écart de la communauté des fidèles et peut même être
excommunié (c’est-à-dire chassé de la communauté en annulant le sacrement
de la communion).

 Le pouvoir d’influence

L’influence est une des formes de pouvoir mais ici, on exclue toute forme de
sanction ou de contrainte matérielle.
Système de récompense  Carotte
Ces gratifications peuvent être de natures différentes : argent, reconnaissance,
estime, honneur…
Prime en tant que salarié
On peut aussi jouer sur l’estime de soi  Rétribution symbolique mais qui
explique pourquoi on se soumet à certaines autorités.
La conformité dans un groupe joue aussi en tant que comportement
Il peut donc y avoir soumission et obéissance sans rapports autoritaire,
simplement par envie de se conformer au groupe.
On est donc influencé par la société qui nous entoure.
En sociologie, c’est la socialisation, et ce depuis qu’on est enfant.

Celui qui exerce le pouvoir de persuasion va chercher à avoir l’adhésion de ceux


sur qui il exerce le pouvoir.
Introduction Science Politique

Dans les faits, on trouve un mélange de l’injonction, la persuasion et


l’influence, mixte que les gens exerçant le pouvoir essayent de faire preuve.

 Le pouvoir est une relation sociale qui repose sur une inégalité entre
celui qui exerce le pouvoir et celui qui y est soumis. Il faut donc au moins
2 personnes.
 Cette soumission peut reposer sur toutes sortes de sources allant de la
sanction à la persuasion.
 Pour distinguer une relation de pouvoir, observer une contrainte ne
suffit pas puisque certains pouvoirs s’exercent sans contraintes, et qu’il
existe des contraintes ne fonctionnant pas sur certains individus.

Section 2 : La spécificité du pouvoir politique

A) Le pouvoir politique comme forme de régulation sociale

A l’origine du pouvoir politique se trouvent les conflits et les tensions que l’on
rencontre dans toute société humaine. Si on souhaite que cette société
perdure, il faut trouver un mode de résolution de ces conflits, d’apaisement de
ces tensions  Mode d’apaisement
On trouve des individus très différent au sein de la même société, ce qui crée
des conflits et antagonismes qu’il faut résoudre pour éviter la division de cette
société.

Exemple : des tensions et des conflits entre des noctambules qui veulent être
libres de passer leur soirée dans les bars de leur choix et les riverains de ces bars
qui veulent dormir en toute tranquillité.

Un mode de régulation satisfaisant tout le monde est donc nécessaire.


C’est le propre du pouvoir politique d’intervenir pour réduire sinon supprimer
ces clivages, les apaiser que ce soit par la négociation, en donnant raison à l’un
ou encore en mettant en place des règles favorisant le vivre ensemble.
Introduction Science Politique
On verra donc des instances spécialisées émerger, instance dont le but est de
maintenir un ordre social.
Voila ce qu’on appelle le pouvoir politique.
Ce qui le distingue des autres types de pouvoir, c’est son champ d’application.
Le pouvoir politique s’applique à la société dans sa globalité.
Le droit est soumis à la volonté politique, et il est utilisé comme démonstration,
instrument de ce pouvoir politique.

Définition de pouvoir politique : Ensemble des fonctions de régulations


collectives d’une société
Cette régulation ne se fait pas uniquement à partir d’instances politiques
strictes, ce sont tous les rapports sociaux et ça repose sur plus que la seule
volonté politique des pouvoirs publics.
Il s’appuiera donc sur d’autres pouvoir pour atteindre son but ie la régulation
sociale.
Le pouvoir politique lui-même ne se repose pas que sur la coercition, mais
aussi sur d’autres ressources permettant d’obtenir un fonctionnement optimal
de la société.
Si trop de tensions  Guerre civile

B) Domination et légitimation de concepts clés pour comprendre les


relations de pouvoir

Max Weber montre que la coercition est rarement le seul instrument du


pouvoir politique.
La coercition par la force est une possibilité du pouvoir politique mais ce n’est
pas une situation exclusive et souvent suffisante pour la faire durer

On a souvent recours à la coercition quand les autres moyens ont échoué.


Même les dictateurs font des simulacres d’élections afin d’être élu.
Ça apporte un semblant de légitimité à son pouvoir.
Cette légitimité est compliquée à obtenir, et elle ne s’obtient pas que par la
contrainte, s’il ne s’exerce que par la force, on le considérera comme illégitime
et créera des contestations.
Un pouvoir légitime est accepté et considéré comme normal.
MAIS il faut distinguer la légalité  Conforme à la loi
Et la légitimité  Caractéristique d’un pouvoir qui est accepté par le
consentement d’une population sur lequel il s’exerce
Introduction Science Politique

Exemple avec régime de Vichy et régime de De Gaulle

Max Weber a défini les notions de légitimité et de domination

Domination : Probabilité pour le détenteur du pouvoir d’obtenir l’obéissance


de ceux qui la lui doivent sans avoir à utiliser la force.
Relation de domination donc un dominant et dominé. Il n’y a véritablement de
domination si le dominé consent à la domination.
Ici, les concepts de domination et de légitimité sont intimement liés

Quels sont les fondements de la légitimité au qui se situe au principe d’une


relation de domination.
3 formes possible de domination légitime :

- Traditionnelle qui repose sur la croyance qu’il faut respecter et


reproduire les normes ancestrales, une intangibilité de ces règles. Le ou
les détenteurs du pouvoir sont donc reconnu comme dominant en vertu
de cette tradition. (Monarchie héréditaire) Si on ne respecte pas cette
tradition, la domination devient illégitime

- Charismatique, on reconnait des vertus, un truc exceptionnel que les


autres n’ont pas au chef. Il peut donc commander en vertu de cet
ascendant presque naturel qu’il a sur les autres.

- Légale-rationnelle parce que fondé sur un calcul et la loi reconnait et lui


accorde ce statut.
Elle repose sur la croyance en la légalité des normes juridiques et des
procédures en vigueur. Les gouvernants obéissent au droit, sont élus
selon certaines procédures et en tirent leur légitimité. C’est cette forme
de légitimité qui prévaut dans les démocraties modernes, même si les
autres formes de légitimation peuvent intervenir

Parfois on fait coïncider certaines formes.


Cette légitimation s’attache à tous les niveaux de pouvoir.
Introduction Science Politique
Section 3 : Le pouvoir politique ne se réduit pas à l’état

L’état est la première forme de pouvoir politique qu’on connait.


On a une forte spécialisation des rôles, différenciation forte du pouvoir
politique.
XXe siècle, années 60-80  Controverses entre ethnologue, sociologue autour
de la question de l’état car il a existé des sociétés sans états notamment les
sociétés premières ou primitives qui ne connaissent pas l’état.
Le pouvoir va donc s’exercer plutôt par intermittence. Le chef peut être
désigner car il est le plus vieux, l meilleur chasseur, guerrier, ou alors on lui
prête des pouvoirs surnaturels (sorciers) mais ce chef n’intervient que pendant
les moments de crises aigues. Sans cela, il n’y a pas de chef ou d’état.

Pierre Clastres La société contre l’état en 1974 prétend que dans certaines
sociétés amérindiennes, il n’y a pas de pouvoir politique car la formation de ces
tribus empêche l’émergence d’un tel pouvoir.
Il n’y a pas de coercition dans ces sociétés.

Jean William Lapierre qui répond par Vivre sans état ? en 1977

Les individus qui composent la société se soumettent avec bonne volonté la


plupart du temps avec le principe de légitimité.

Deux idées principales se dégagent de ce que l’on vient de voir :

1) Il peut y avoir du pouvoir politique dans les sociétés sans État.

2) Même lorsqu’un État existe, il reste du pouvoir diffus dans la société.


Ainsi le pouvoir peut s’exercer sans que l’État intervienne explicitement
pour faire respecter des règles.
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