Un putois épatant de Adrien Poissier
Comme chaque matin, Jonathan se réveillait tôt, déjeunait seul et passait un long
moment dans la salle de bains. Il prenait soin de garder ses ongles trop longs, veillait à
conserver un pelage bien ébouriffé, puis se badigeonnait d’une lotion tout à son goût :
l’Empestante.
Jonathan était un putois et vivait reclus, au fond de la forêt, à l’écart des nez fragiles.
Jamais on n’avait connu d’animal avec une pareille odeur. Jamais on n’avait vu de dents si
jaunes et déformées par le tartre. Il était de notoriété publique que Jonathan avait mauvaise
haleine, les ongles noirs et le poil gras.
Cependant la nature est complexe et le putois était également un véritable artiste. Il
avait une truffe si affûtée qu’il pouvait sentir les odeurs comme on écoute des notes de
musique. Il percevait chaque degré d’un effluve, le plus subtil soit-il, avec une précision
redoutable. Ce don, Jonathan l’utilisait chaque jour et il travaillait sans relâche à la recette
de son parfum si particulier : l’Empestante.
Pour le putois, l’Empestante était le plus riche et le plus exquis de tous les parfums.
Pour les autres, c’était une odeur âcre et fétide. Jonathan avait un don, certes, mais les
goûts et les couleurs… Malgré tout, il ne perdait pas l’espoir de rencontrer son public et
comme chaque année, il irait présenter son parfum au grand concours international de
parfumerie de New York.
Le Club de la Pluie brave les tempêtes de Malika Ferdjoukh - pp.17-20
MYSTÈRE D’AMOUR
C’est assez génial d’être le fils des gardiens aux Pierres-Noires. Je connais l’envers du décor
que les autres élèves ne voient jamais. En cette veille de rentrée, la directrice, les
surveillants, les professeurs et tout le personnel des Pierres-Noires s’agitaient pour accueillir
les pensionnaires qui allaient débarquer ce soir. Vers midi, Mme Danvert est passée devant
la loge. Elle revenait du marché avec un panier rempli de légumes.
– Pour faire une soupe à Jeanne ! a-t-elle expliqué à maman.
– Elle a passé une bonne nuit ?
– Oui. Elle était reposée, ce matin.
Avant que maman ne me propose de l’aider à porter ses provisions, j’ai filé dans la salle
informatique.
Je l’avais pour moi seul quelques heures encore. Les membres du Club de la Pluie m’avaient
peut-être adressé des messages...? Yes ! J’en avais trois !
« Trouve-nous un mystère aux petits oignons pour notre retour ! réclamait Rose Dupin,
toujours prête pour l’aventure. Je ne veux ni mourir idiote ni mourir d’ennui ! »
« Je n’arrive pas à fermer ma valise ! se plaignait Nadget Mellaoui. Et je n’y ai rangé que mes
barrettes ! »
Il lui en faudrait sûrement deux ou trois pour y caser sa ribambelle de tee-shirts, de souliers,
de sacs, ainsi que les innombrables peignes qui n’arriveraient jamais à bout de ses
innombrables boucles.
Milo, lui, écrit rarement. Mais il avait envoyé une photo de lui, en cape de soie étoilée et
chapeau haut-de-forme. Durant ces vacances, il avait assisté l’Illustre Luigi Phenomenio, le
prestidigitateur de la fête foraine. Rouletabille prenait la pose sur son épaule, lui aussi en
tenue de magicien.
Soudain, par la porte entrebâillée, j’ai entendu des voix dans le couloir. Celle de M. Moriarty
disait :
– Enfin je te retrouve, ma Jeanne ! Je dois te parler ! Écoute-moi ! Il faut que je t’explique
tout.
– Non, lui a répondu la voix de Jeanne Eyrmont. Tout est fini entre nous depuis longtemps.
Incroyable ! Notre pion et la filleule de la directrice ! Ils se connaissaient... J’en suis resté
cloué sur ma chaise.
– Mais c’est pour toi que je me suis fait engager ici, aux Pierres-Noires ! continuait-il d’un ton
suppliant. Quand j’ai appris que tu y venais souvent, j’ai caressé l’espoir insensé de te revoir
enfin ! Jeanne, ma chérie...
– Charles, je... a murmuré la voix tremblante d’émotion de Jeanne Eyrmont.
– Laisse-moi tout te raconter...
Mais il n’a rien pu raconter ni expliquer car, soudain, une troisième voix est intervenue :
– Laissez-la tranquille ! a grogné Mme Danvert. Partez. Vous lui avez brisé le cœur et l’avez
fait assez pleurer, cette pauvre enfant.
Et leurs pas se sont éloignés. Quelques secondes plus tard, j’ai entendu M. Moriarty qui
repartait lui aussi, seul, lentement. Comme sous le poids d’une tristesse très lourde. J’ai
attendu que le silence soit revenu. Puis je suis sorti de la salle, le cœur battant. Quelle
histoire ! J’avais doublement hâte de retrouver les autres !
– Rôôôh... a soupiré Nadget, les yeux écarquillés, la main sur le cœur. Une vraie histoire
d’amour fou !
Sidonie Souris de Clothilde Delacroix - p. 4-34
Voici la maison de Sidonie Souris.
Voici Maman Souris.
Voici Papa Souris.
Voici Tilly, le cadet des Souris.
Et voici Sidonie. Ce que Sidonie aime par-dessus tout, c’est écrire des histoires. Des histoires
d’aventures... dont elle est l’héroïne.
Sidonie écrit tout le temps... partout... et à tout instant.
Mais voici qu’un jour Sidonie n’a plus d’idées. Rien. Zéro. Nada. Elle s’ennuie affreusement.
C’est alors que Maman lui demande d’aller chercher des coquelicots à la rivière.
« À la rivière ! » s’exclame Sidonie, « Mais c’est loin ! »
« Tu partiras tôt demain matin. Une bonne promenade te fera du bien. »
« Mais tu penses que je suis assez grande ? » s’inquiète Sidonie.
« Tu es parfaitement assez grande et je suis sûre que tu peux le faire », assure Maman,
pleine de confiance.
Le soir venu, Sidonie se couche de bonne heure. Elle se lève tôt, avant tout le monde, et
allume le feu. Elle fait sa toilette... descend au garde-manger... prépare sa sacoche... avale
un petit déjeuner... et la voilà partie.
Sur le chemin, Sidonie marche à bonne allure et ne s’ennuie pas. Mais, arrivée à la rivière,
elle ne trouve pas les coquelicots. Elle décide d’aller voir plus loin. Encore plus loin... et
toujours plus loin. Les voilà enfin, les fleurs de Maman !
Les chaussures sont parties pour le week-end de Catharina Valckx - pp.37-44
M. Pok met des graines dans un sachet, sur le comptoir. Entre une dame, par la porte.
La dame : Bonjour monsieur Pok.
Pok : Bonjour madame. Que puis-je faire pour vous ? Vous désirez acquérir un animal ?
La dame : Oui. Je voudrais un animal de compagnie. Je pensais à un chat.
Pok : Un chat. Oui... un gros chat ou un petit chat ?
La dame : Un petit chat, s’il vous plaît. Un gentil petit chat.
Pok : Oui... très bien, un gentil petit chat. Je vais voir ce que j’ai...
M. Pok se retourne et déplace des boîtes.
Pok : Voyons, voyons...
(Il prend une boîte, lit l’inscription.)
Ah non, celui-ci n’est pas gentil. Il griffe et il mord.
La dame : Oh non, alors !
Pok repose la boîte. En prend une autre, qui paraît lourde. Lit.
Pok : Celui-là... il n’est pas petit. Il est énorme.
(Repose, prend une autre boîte.)
Ah ! Celui-ci est parfait. Un gentil p’tit chat plein de puces.
La dame : Plein de puces ??? Mais... je ne veux pas d’un chat plein de puces !
Pok : Je comprends. Mais il n’est pas cher.
La dame hésite.
La dame : Montrez-le-moi.
M. Pok ouvre la boîte.
Pok : Regardez vite, je ne veux pas que les puces s’échappent.
La dame se penche pour regarder, M. Pok referme très vite la boîte.
Pok : Il vous plaît ?
La dame : Je ne l’ai pas très bien vu. Et puis toutes ces puces...
Pok : Voulez-vous que je le passe à la bombe antipuces ?
La dame : Ah oui, c’est une bonne idée.
M. Pok prend une bombe derrière son comptoir, ouvre la boîte et en asperge l’intérieur
largement.
Pok (lui-même, imitant le chat) : Miaou.
(Vite, il referme la boîte.) Miaou miaou. Voilà, ça devrait faire l’affaire.
Entre un vieux monsieur.
Vieux Monsieur : Bonjour m’sieur-dame !
Pok : Bonjour monsieur.
(À la dame)
Alors, madame, vous le prenez, ce petit chat ?
La dame : J’hésite. Occupez-vous d’abord de monsieur.
Pok : Oui, c’est ça, réfléchissez. Monsieur, que puis-je faire pour vous ?
Vieux Monsieur : J’aurais voulu un mouton noir.
Pok : Un mouton noir ? Ah. Je suis désolé, j’ai vendu le dernier la semaine dernière.
Vieux Monsieur : Dommage. Alors je prendrai un dinosaure.