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Inefficacité des missions de paix en RDC

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1

INTRODUCTION

I. Choix et intérêts du sujet

II. Revue de la littérature

III. Problématique
La problématique relève de la conception, de la conceptualisation, du traitement
théorique de l’objet d’étude et précisément du problème de recherche.1

Selon KUYUNSA BIDUM et SHOMBA KINYAMBA, elle est un ensemble d’idées


qui spécifient la question du problème suscité par le sujet d’étude.2

Elle peut désigner aussi l’ensemble des idées ou questions posées qui spécifient la
position du problème suscité par le sujet d’étude.3 C’est ainsi la curiosité scientifique nous a
poussé à procéder à une analyse systémique et fonctionnelle sur un problème touchant la
République Démocratique du Congo et qui constitue l’épine dorsale de tous les maux
auxquels fait face sa population.

Dans le contexte post-guerre froide, la paix est l’objet de préoccupation de la


communauté internationale. Bien que la planète ne cesse de se réarmer, que les zones de
tensions restent multiples, l’idéal d’un monde stabilisé et sécurisé, sans violence, n’a pas
disparu. Au contraire, alors que les guerres intra-étatiques augmentent, la communauté
internationale, réunie au sein de l’ONU, tend à intervenir de manière plus forte pour
prévenir et résoudre les crises.4 Cette dynamique d’intervention de l’ONU à travers ses
missions de la paix dans un monde aussi turbide a montré certaines lacunes.

La République Démocratique du Congo en est un exemple significatif. Depuis plus de


deux décennies, le territoire congolais fait face à des crises de plusieurs natures, mais l’une
d’entre elles constitue un défi auquel fait face la plupart des régions du monde. En effet, la
République Démocratique du Congo est un vaste territoire occupant une position stratégique
au centre de l’Afrique et dont la sécurité est menacée par la prolifération des groupes armés
et terroristes dans sa partie Est se réclamant des droits dont l’État n’est prêt à céder au nom
du principe de l’exclusivité territoriale. C’est dans ce contexte que les Nations Unies ont pu
envoyer sa mission dénommée la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en
République Démocratique du Congo. Les opérations d’imposition de la paix deviennent
alors le mode privilégié de prévention et de règlement des conflits en Afrique. Elles mêlent

1
Paul N’da, Recherche et méthodologie en sciences sociales et humaines, l’Harmattan, Paris, p.48
2
KUYUNSA et SHOMBA, initiation aux méthodes de recherches en Sciences sociales, Ed. PUK, Kinshasa, 1995, p.42
3
Robert M., Dictionnaire du français primordial, Le Robert, Paris, 1985
4
Philippe boulanger, Géographie militaire et géostratégie, Éd. Armand colin, 2015, p.225
2

ainsi les techniques des mécanismes diplomatiques, aux modalités militaires et y associent
aussi l’action humanitaire. Néanmoins, ces missions d’imposition de la paix ont quasiment
échoué à leur mission de la restauration de la paix en raison de l’inefficacité du conseil de
sécurité des Nations Unies et de l’omerta de la communauté internationale.

L’imbroglio des facteurs de crises dans la région est certainement l’une des sources de
l’inefficacité de cette mission de la paix, mais pas la raison de l’instabilité de cette partie de
la RDC. Les objectifs géopolitiques de certains acteurs impliqués dans le conflit armé
rendent l’intervention inefficace au vu des attentes du gouvernement congolais.

La vie des populations congolaises est mise en rude épreuve sans que des signes d’un
retour à la paix et à la sécurité n’apparaissent dans l’action de la communauté internationale.
La voracité des pays voisins de la RDC, qui rêvent de la dépecer avec l’appui de certaines
puissances occidentales, est plus visible que jamais. Plusieurs rapports des Nations Unies
attestent depuis 2001 que des millions de tonnes de minerais sont pillés et livrés à des
trafiquants en tous genres et qu’ils sont exportés puis vendus chez des voisins de la RDC en
premier lieu desquels le Rwanda.

C’est cette inefficacité des Nations Unies face aux conflits armés qui nous inquiète ; en
effet, les conflits se déroulent aux yeux de tous et la Monusco jusqu’à la porte de sortie n’a
pas pu rétablir la paix de façon précaire. Les hostilités de plus en plus meurtrières ravagent
la zone grise congolaise. Partant des objectifs de la toute mission d’imposition de la paix et
du mandat de la Monusco, on se rend compte que l’idée d’un retour à la paix dans cette aire
géopolitique ne peut être conçue qu’à travers une réforme des Nations Unies, soit du
changement du rôle attribué à la Monusco. Quand bien même que les causes sous-jacentes
demeurent récurrentes dans le débat, le conseil de sécurité doit revoir son appareil
institutionnel, à défaut procéder à la restauration de la paix par l’usage des méthodes
efficientes. Le problème quant à nous se trouve dans les accords de parties, notamment les
grandes puissances dans le conseil de sécurité.

Pour tout texte, un point d’interrogation. Notre sujet d’étude gravite autour de la
problématique de l’inefficacité des missions d’imposition de paix des Nations Unies dans
les conflits armés en République Démocratique du Congo, notamment la Monusco. Sur ce,
pour la compréhension de notre sujet à l’étude, on soumet la problématique à un
retournement des problèmes sous forme d’énoncé interrogatif.

 Qu’est-ce qui est à la base de l’inefficacité de missions d’imposition de la paix


dans le monde, singulièrement en RDC?
 Comment la Monusco en synergie avec le gouvernement congolais opèrent
dans cette région du pays ?
 Quels sont les enjeux de taille à relever et les perspectives à proposer pour que
la paix soit dynamique et la sécurité collective soit efficace dans cette région
menacée par les conflits armés ?

Telles sont les questions auxquelles nous tenterons de dresser une grille de lecture.
3

IV. Hypothèses
Tout problème posé mérite bien une solution : tout chercheur qui pose un problème est
habilité par une proposition de réponse au problème qu’il cherche à affirmer après de
profondes investigations. L’hypothèse est alors la proposition des réponses à la question
posée, elle tend à formuler et à singulariser les procédés des recherches.5

Les hypothèses sont des tentatives de réponse à une ou plusieurs questions théoriques
ou observations empiriques. Ce sont en fait des explications provisoires d’une réalité. Elles
doivent alors être confirmées ou infirmées à la fin par les résultats de l’étude. Ce sont aussi
des outils de sélection pour le chercheur, car elles aident ce dernier à choisir les faits, à les
interpréter et à suggérer les procédures de recherche.6

Concernant la première préoccupation, nous estimons que l’inefficacité des missions


de paix dans le monde est due au manque de consensus dans le conseil de sécurité. Les
causes profondes sont enracinées dans l’histoire même de la région. La géographie politique
de la République Démocratique du Congo constitue un des problèmes, car occupant une
place stratégique au centre de l’Afrique, elle fait l’objet de convoitises des grandes
puissances. En dressant une grille de lecture de cette panoplie des causes, nous serions en
état de disséquer les raisons de l’inefficacité de la Monusco après deux décennies
d’opération. Les missions de paix menées par l’ONU font l’objet de certaines critiques qu’il
faut aussi replacer dans un contexte plus large de réforme de l’institution. De manière
générale, quatre types de critiques sont formulés actuellement : la dichotomie croissante
entre l’ampleur des besoins et les moyens disponibles, le fossé des contributeurs, la question
de la légitimité de l’intervention (droit d’ingérence sans consentement), la cohérence des
stratégies de paix.

 La mauvaise gouvernance de la région même si l’état de siège montre des


résultats carrément médiocres, reste ce qui nuit à la sécurité dans la partie Est de
la République Démocratique ;
 …
 …
 …
V. Méthodes
La notion de méthode elle-même recouvre des contenus variés. Elle peut signifier une
démarche objective, systématique et démonstrative, qui vise à l’administration de la preuve. 7
Le choix d’une méthode dans une étude qui se veut scientifique n’est pas le fait du hasard
car, la méthode, telle que considérée par Roger PINTO et Madeleine GRAWITZ, est un

5
Grawitz M., Méthode de recherche en sciences sociales, Dalloz, Paris, 1990, p.443
6
Cité par CHOMTANG FONTOU, Marie Noëlle, « les enjeux géopolitiques et géoéconomiques de la nouvelle politique
de la Chine : cas du Golfe de Guinée », mémoire de DESS en Relations Internationales, option diplomatie, 2006-2007,
p. 27
7
TSHIBWABWA. J., Méthodes de recherche en sciences sociales, cours inédit, L1, RI, FSSAP, ULK, Kinshasa, 2017-2018,
p.8.
4

ensemble d’opération intellectuelles par lesquelles une discipline cherche à atteindre les
vérités qu’elle poursuit, les démontre et les vérifie.8

VI. Techniques
La technique est l’ensemble de procédés exploités par le chercheur dans la phase de
collecte des données qui intéressent son étude.9 Pour mener à bien nos recherches et de
découvrir ou observer ces faits, nous avons recouru aux techniques :

VII. Délimitation
VII.1. Délimitation dans le temps

VII.2. Délimitation dans l’espace

VII.3. Délimitation dans la matière

CHAPITRE PREMIER : CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Section I : Cadre conceptuel

I.1. Inefficacité
Le terme inefficacité est l’antonyme de l’efficacité. L’inefficacité renvoie au manque
de force, de vigueur, de puissance, de force. C’est un état caractérisé par l’impuissance et
l’obsolescence. L’impuissance règne en maitre dans une situation d’inefficacité.

En gros, c’est un manque d’efficacité et de prise en considération d’une situation.

I.2. Mission
De manière générale, une mission est un ensemble de tâches donné à une personne ou
une entité afin d’atteindre un ou plusieurs objectifs.10 Elle peut aussi être définie comme une
fonction temporaire et déterminée dont un gouvernement, un organisme charge quelqu’un,
un groupe.11

8
PINTO. R et GRAWITZ. M., Méthodes de sciences sociales, Dalloz, Paris, 1971, p.1.
9
Dictionnaire Robert Méthodique, Nouvelle édition, Paris, 1989, p. 525.
10
[Link] consulté le 04 octobre 2024
11
[Link] consulté le 04 octobre 2024
5

Dans le cadre de notre recherche, nous attribuons au terme mission une définition
quasi politique, car il s’agit de la responsabilité confiée à une entité politique d’agir selon
les règles afin d’atteindre certains objectifs bien définis en amont.

I.3. Imposition
Définir un terme comme celui-ci n’a jamais été aisé en raison de son caractère
transdisciplinaire, avec un accent particulier sur le domaine économique. Ainsi, si nous
voulons rendre compte du sens de ce terme, il sied de dégager la signification du verbe
entendu dans ce dernier. Alors considérant le verbe imposer comme un attribut de force qui
consiste à soumettre à une volonté une autre autorité ayant ses propres règles, le terme
imposition sera de ce fait vu comme le fait que les entités politiques, dans la poursuite de
certains objectifs, privilégient l’obligation de se conformer aux règles de droit international.

Autrement dit, l’imposition renvoie à la capacité qu’a un acteur de soumettre à sa


volonté une situation voulue dans un environnement donné.

I.4. Paix
Les problèmes de la paix, les conflits et la sécurité préoccupent l’humanité depuis
l’origine des temps. Au 20ème siècle, experts, diplomates, stratèges et hommes politiques, ont
imaginé et expérimenté plusieurs techniques pour rétablir établir durablement la sécurité
entre les peuples et les nations.12 La crise provoquée par les guerres dans le monde est sans
cesse étudiée par les spécialistes du droit international humanitaire, les diplomates, les
stratèges et différents hommes politiques à fond afin d’apaiser la souffrance des populations
qui font face à ces fléaux. La population africaine n’est épargnée, et particulièrement la
population congolaise qui est touchée directement et indirectement.

A cela, la paix peut se définir comme «une situation dans laquelle les conflits se jouent
sans recours direct aux armes. Cette paix se réduit à l’absence de guerre, elle résulte soit du
triomphe du droit sur la force, soit de l’équilibre entre les forces en présence ; soit encore de
la domination sans partage, exercée par une force sur tous les autres».13 Le Dictionnaire
Larousse définit à son tour la paix comme étant «l’état d’un pays qui n’est pas en guerre,
cessation des hostilités ; état de concorde, d’accord entre les membres d’un groupe. Pour
Boutros Boutros GHALI, la paix a pour fondement, le développement, l’action humanitaire
et le droit de l’homme».14

Elle peut encore être perçue comme étant la stabilité sur le plan politique et sécuritaire
entre les États d’une même région ; l’absence de guerre, d’affrontement entre les forces
militaires ou les États d’un même continent. Elle est encore définie comme un état d’esprit
personnel, exemple de colère, de crainte, et plus généralement des sentiments négatifs. Elle

12
Collard, D., Les Relations Internationales de 1945 à nos jours, Éd. Armand Colin, Paris, 1997, p.353
13
LABANA L.A., Pratique professionnelle, inédit, FSSPA, UNILU, 1997-1998
14
BOUTROS, B.G., Relever les nouveaux défis, Rapport Annuel de l’ONU, New York, 1995, p.118
6

est donc souhaitée pour soi-même et éventuellement pour les autres, au point de devenir une
salutation ou but de la vie.15

L’articulation entre la paix et son opposé (guerre, violence, conflit, colère…) est une
des clés des nombreuses doctrines, religieuses ou politiques, clé fondamentale bien que non
explicite. Gaston Bouthoul propose une définition démocratique et statistique qui a
l’avantage de reposer sur des paramètres objectivement mesurable, de ce fait il définit la
paix comme l’état d’un groupe humain souverain dont la mortalité ne comporte pas une part
importante d’homicide collectifs organisés et dirigés.16

1.4.1. Utilité et importance de la paix

Etant définie comme un état de non-guerre, la paix est une situation souhaitable qui
permet le développement, bien sûr qu’elle est une situation temporaire et faible ainsi que
fragile car l’accord de tous les États est nécessaire, un seul peut rompre le consensus
favorable à la paix et imposer un conflit armé. La paix est un concept valorisé dans les
relations internationales.17

Elle est importante dans la mesure où elle repose sur une demande de sécurité de
l’individu, les désirs de paix est largement partagé par les masses qui ne décident pas de
l’ouverture d’un conflit ou de la continuation de l’état de paix, des techniques sont mises à
jour pour la prolongation de l’état de paix dans un État ou groupe d’individus technique
diplomatique, technique militaires, juridique et institutionnelle ainsi que technique sociales.

La majorité de ceux qui tentent de faire la guerre vient des régions qui aiment la guerre
et d’autres régions ravagées par les violents conflits, l’insécurité et la répression politique.
Tandis que nous pouvons et devons faire preuve de générosité face à leur détresse
immédiate, une réponse stratégique basée sur la consolidation de la paix s’intéresse à ce qui
peut être fait en amont. Aider les gens à se confronter et à s’attaquer aux causes premières et
aux facteurs de conflits, de même qu’à leurs lourdes conséquences exige un travail de
concertation à moyen, voire à long terme.18

1.4.2. Typologie des paix

La littérature et les débats autour de la paix permettent de dégager quatre conceptions


de paix :

 La paix négative ;
 La paix positive ;
 La paix statique ;
 La paix dynamique.
a. La paix négative
15
FRANÇOIS E., Parole de paix en temps de guerre, Éd. Privat, Toulouse, 2006, p. 332
16
J.B. ESAMBU Germain, Relations internationales : introduction, inédit, G1 RI, UNILU, Lubumbashi, p.32
17
Idem, p.33
18
HumanRights, Presse Pourquoi la paix est-elle plus importante que jamais ?, déc.2015, [Link]
and-views/comment/pourquoi-la-paix-est-elle-plus-importante-que-jamais%E2%80%89, Consulté le 24 octobre 2023
7

La paix négative peut être entendue comme l’absence de violence, de conflit. Ceci
suppose que les mobiles susceptibles d’engendrer les crises et les violences aient été écartés
ainsi que les moyens mis en œuvre pour les entretenir n’ont pas la raison d’être, en d’autres
termes, il n’y a pas d’affrontement armé résultant de l’opposition entre les acteurs qu’ils
soient individuels ou collectifs.

Le fait qu’il n’y a pas crépitement d’arme ça n’implique pas que le système éducatif
est assaini, que le chômage est résorbé, que les salaires sont bien payés, que les citoyens
soient bien soignés ou encore que le réseau routier est entretenu, que même les relations
entre antagonistes sont bonnes. La paix peut être imposée de l’extérieur pour des raisons
diverses acceptées ou non par les bénéficiaires.19

b. La paix positive

Positivement la paix est entendue comme non seulement le refus de guerre ou de


violence mais aussi la recherche de tous les moyens visant l’amélioration des conditions de
vie ou du bien-être de l’homme. Ici les bénéficiaires de la paix ont l’avantage de
revendiquer ses droits sans discrimination de race, de sexe, de religion, etc. Pour son
épanouissement et son équilibre, ce qui lui permet de participer à l’effort de développement
et de reconstruction nationale.

En ce qui concerne l’établissement d’une paix positive, l’écrit par ROY PREISWERX,
se fonde sur des notions telles que justice sociale, l’équité, émancipation, participation,
liberté, responsabilité, droit de l’homme et bien-être, en bref la paix positive se réduit à une
sorte de lutte contre le sous-développement et l’autoritarisme.20

c. La paix statique

L’absence de crépitation d’armes et de violences physiques manifestée peut durer


indéfiniment, pour autant que les responsables de la paix trouvent leur compte, c’est le fait
que la paix négative perdure qui fait de celui-ci une paix statique. Cette conception de paix
statique ne précise pas en termes de temps nécessaire la prise en compte des projets qui font
que la paix cesse d’être statique pour être dynamique.

Toute notion d’évolution du changement positif n’est pas envisagée ou ne constitue


pas une préoccupation majeure des actions de la paix.21

d. La paix dynamique

C’est une paix qui se veut une lutte permanente et rationnelle pour un changement
social favorable aux déshérités, aux opprimés, aux exploités ; elle s’oppose aux formes de
violence. La paix dynamique est caractérisée par le fait que les différentes forces en
présence s’équilibrent, c’est-à-dire aucune des forces en présence ne s’impose sur l’autre.
19
NYEMBO NGOY Cosmas, La consolidation de la paix dans les pays membres de la CEPGL : Bilan et Perspectives,
Mémoire en RI, UNILU, 2011-2012, p.11
20
NYEMBO NGOY Cosmas, idem, p. 12
21
Idem, p.13
8

I.4. Mission d’imposition de la paix22


La mission d’imposition de la paix, également connue sous le nom d’opération de
maintien de la paix, est un concept qui désigne l’ensemble des actions entreprises par des
organisations internationales, régionales, ou des États individuellement, pour prévenir, gérer
et résoudre les conflits en vue de promouvoir la paix et la sécurité. Ces missions sont
généralement exercées sous le mandat de l’Organisation des Nations Unies (ONU), bien
qu’elles puissent également être conduites par d’autres organisations comme l’Union
européenne, l’union africaine, ou l’OTAN.

L’imposition de la paix comprend l’application, avec l’autorisation du conseil de


sécurité, de mesures coercitives, y compris l’usage de la force militaire, pour maintenir ou
rétablir la paix et la sécurité internationale dans des situations où il a déterminé l’existence
d’une menace à la paix, …23

Depuis 1991, ces opérations se sont complexifiées dans un cadre d’intervention qui ne
fait plus nécessairement appel au consentement des parties en présence. Les types de
missions se sont diversifiés et la terminologie a évolué. En 2010, l’ONU tient compte ainsi :

 Des opérations de maintien de la paix (peacekeeping). Elles consistent à


déployer des troupes de l’ONU pour s’interposer quand un accord est défini
entre les parties en conflit. L’objectif consiste à maintenir un cessez-le-feu,
empêcher la reprise des hostilités, favoriser le rétablissement de la paix. Elles se
définissent ainsi comme « une technique conçue pour préserver la paix ». Elles
intègrent plus récemment un « ensemble complexe d’éléments civils, militaires
et policiers, œuvrant ensemble pour jeter les bases d’une paix durable »;
 le rétablissement de la paix (peacemaking) consiste à employer des mesures de
médiation et de négociation pour rapprocher les parties. Mené à titre préventif,
ce type de mission favorise un climat de confiance et de sécurité. Il tend ainsi à
faciliter la résolution d’un conflit à la suite d’une demande du Conseil de
sécurité, de l’Assemblée générale de l’ONU ;
 l’imposition de la paix (peace enforcement) conduit à l’application d’actions
coercitives en cas de menace à la paix, une violation de la paix ou un acte
d’agression. Avec l’autorisation du Conseil de sécurité et en application du
chapitre 7 de la Charte de l’ONU, ce type de missions suppose l’usage de la
force militaire, pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales ;
 la consolidation de la paix (peacebuilding) est une mission de reconstruction
après les hostilités. Elle tend à réduire les risques de reprise d’un conflit et
favoriser la reprise des activités politiques, économiques. Le retour à l’ordre
sécuritaire et la reprise des activités de la société forment donc des objectifs
essentiels pour une paix durable et demandent l’application d’une stratégie sur
la longue durée. Ces différents types de missions traduisent ainsi une
22
[Link] consulté le 06 octobre 2024 à 11h30
23
[Link] consulté le 08 octobre 2024 à 10h45
9

complexité de situations en faveur de la résolution et de la prévention des


conflits. Selon la conception libérale, ces missions constituent un des moyens
pour instaurer la démocratie et la justice. En exportant les valeurs du modèle
libéral, fondées sur les droits de l’homme, le droit à l’autodétermination des
peuples, la démocratie, le développement des niveaux de vie (éducation, santé),
les missions de maintien de la paix et de reconstruction sont des outils en faveur
d’une paix durable. D’un autre côté, le courant réaliste considère que la paix
doit être obtenue par des solutions plus pragmatiques, en raison du faible
résultat des moyens de négociation et de médiation pour arrêter les guerres
civiles. La stabilité doit donc être imposée par des missions de rétablissement
de la paix, en recourant à une coalition internationale qui établirait par la force
une nouvelle stabilité. Ces deux conceptions majeures des missions de paix
favorisent ainsi l’orientation politique suivie par les acteurs en présence,
lesquels se sont aussi diversifiés.24

Somme toute, les missions de paix sont multidimensionnelles et la complexité des


situations d’intervention amenuisent les différences entre les types de missions, de sorte que
toutes ces étapes ne se déroulent que très rarement de manière linéaire.25

Les missions de paix ont pour objectifs principaux :

1. Prévenir l’escalade des conflits : en intervenant tôt, ces missions visent à


empêcher que les tensions ne se transforment en conflits armés.
2. Protéger les civils : une des priorités est de sécuriser les populations civiles
menacées par la violence.
3. Faciliter la livraison de l’aide humanitaire : en assurant la sécurité des zones de
conflit, ces missions permettent une meilleure distribution de l’aide aux
populations affectées.
4. Soutenir les processus politiques de paix : les missions de paix jouent souvent
un rôle crucial dans le soutien aux négociations de paix et à la mise en œuvre
d’accords de paix.
5. Rétablir l’ordre et la sécurité : en aidant à la réforme des institutions de sécurité
et en soutenant le processus de désarmement, démobilisation et réinsertion
(DDR) des combattants.

I.5. Conflit
La nature des conflits a changé. Moins nombreux, ceux-ci sont surtout intra-étatiques
et plus violents depuis les années 1990. Par définition, si la guerre fait appel à la force armée
pour obtenir la soumission de l’adversaire, le conflit est une opposition d’intérêts qui ne
conduit pas forcément à l’affrontement armé. Lorsqu’il devient armé, il désigne le combat

24
Philippe boulanger, [Link]., p.225
25
[Link] consulté le 07 octobre 2024
10

entre des forces militaires de deux gouvernements ou plus, ou entre un gouvernement et au


moins un groupe armé organisé.

Dans leur ouvrage Géographie des conflits, Amaël Catturuzza et pierre Sintès (2011)
proposent la définition suivante du mot «conflit» : «situation relationnelle structurée autour
d’un antagonisme», cette situation serait caractérisée par «la présence de forces opposées,
un désaccord, une rivalité ou à une inimitié».26 La notion de conflit désigne donc une
situation relationnelle structurée autour d’un antagonisme. Celui-ci peut être dû à la
présence simultanée de forces opposées, à un désaccord (sur des valeurs, des opinions, des
positions…), à une rivalité lorsque des acteurs sont en compétition pour atteindre le même
but ou posséder le même objet (personne, bien, statut, territoire…) ou à une inimitié
affective (animosité, hostilité, haine…).27

Le conflit résulte de la recherche de la préservation, de l’acquisition ou de promotion


de l’intérêt stratégique de l’État. C’est, en effet, la projection de ce dernier hors des
frontières nationales et la rencontre de puissances sur un même espace qui, dans la mesure
où elles n’arrivent à s’y accorder, crée des antagonismes susceptibles d’évoluer vers une
confrontation pour sauvegarder des intérêts.

Ainsi, selon nous, le conflit peut faire référence à un processus d’interaction dans
lequel chaque acteur, agissant rationnellement, attribue la rationalité à son adversaire et tient
compte des réactions que son action peut induire chez cet adversaire.

I.6. Armée
Une armée est une organisation structurée d’individus armés visant à conquérir ou à
défendre un territoire, détruire ou protéger d’autres unités militaires ou des unités civiles.

Ainsi, lorsqu’une armée est organisée par un État, elle est une institution et ses
objectifs sont subordonnés aux objectifs politiques de cet ; on parle alors de l’armée.

L’armée peut également s’occuper de divers travaux et remplir diverses fonctions,


comme les travaux de déblaiement en cas de catastrophe naturelle ou de police en cas
d’occupation. Enfin, lorsque l’État est en grand danger, l’institution militaire prend
habituellement une très grande extension, et toute la vie civile est militarisée à des degrés
divers.

Pour comprendre l’armée, il sied de dresser un champ sur l’organisation structurelle


d’une armée.

Les armées, régulières (émanant d’un gouvernement légitime) et permanentes, sont


organisées en armées professionnelles (leurs membres sont des militaires de carrière ou
engagés sur contrat) ou en armées de conscription (une partie de leur effectif est composée
de conscrits qui effectuent un service militaire). Elles peuvent être complétées par des
26
Https://[Link]>conflit consulté le 04 octobre 2024
27
Dominique P. et Edmund M., Les conflits relationnels, PUF, Paris, 2015, pp. 7-8
11

réserves, constituées, soit par des civils volontaires ayant reçu une formation spécifique, soit
par d’anciens conscrits. Les réservistes sont appelés pour des missions particulières ou en
cas de crise.

Historiquement, les armées n’ont pas toujours été permanentes, ni régulières. Le


contrôle politique sur les armées s’exerce généralement par l’intermédiaire d’un ministère
de la Défense. Selon les pays, ces composantes sont plus ou moins indépendantes dans leur
domaine d’emploi (terre, mer, air), mais de plus en plus, elles s’intègrent dans une
organisation interarmées responsable de la conduite des opérations, de la cohérence des
moyens et coiffant un certain nombre de services communs (santé, renseignement militaire,
systèmes d’information et de commandement, infrastructures, etc.), chaque armée
conservant alors ses prérogatives en matière de préparation et de disponibilité des forces
(entraînement et soutien).

Le caractère très organisé d’une armée se traduit par la hiérarchisation de ses membres
(les militaires) dans des grades militaires. L’organisation d’une armée est également
apparente dans sa propre structure qui, malgré quelques variations locales, reprend presque
partout le même schéma et les mêmes règles.

Ce type d’organisation est suffisamment caractéristique pour être entré dans les
habitudes communes et une armée est largement synonyme de structure, où respect de
l’autorité et obéissance sont la règle. Dans les démocraties modernes, cette notion
d’obéissance est limitée au cadre strict des lois en vigueur et des conventions
internationales.28

I.7. Conflit armé


Aucune disposition conventionnelle, ni légale, définit le concept «conflit». D’où
l’intérêt d’analyser la notion avant d’étudier la catégorisation ou la typologie des conflits
armés.

1.7.1. Notions de conflit armé

Le concept conflit armé apparait aussi dans l’article 3 commun aux quatre conventions
de Genève qui traite spécifiquement des conflits armés non internationaux. Dans ce cas, il
ne s’agit pas d’hostilités entre deux États, mais d’affrontements entre forces
gouvernementales et des rebelles.

Enfin, qu’est-ce qu’un conflit armé ?

Pour Jean S. Pictet, l’expression «conflit armé» renvoie à «tout différend surgissant
entre deux États et provoquant l’intervention des membres des forces armées, même si l’une
des parties conteste l’état de belligérance. La durée du conflit ni le caractère plus ou moins
meurtrier de ses effets ne jouent aucun rôle. Le respect dû à la personne humaine ne se
mesure pas au nombre des victimes. D’ailleurs, l’application de la convention n’entraine pas
28
[Link] consulté le 07 octobre 2024
12

nécessairement la mise en action d’un lourd appareil. Tout dépend des circonstances. Si le
conflit ne fait qu’un seul blessé, la convention est appliquée dès que ce blessé est recueilli et
soigné…».29

Du point de vue du droit international humanitaire, il y a des éléments qui prouvent


qu’on est en présence d’un conflit armé, soit :

 Dès que les forces armées d’un État, ou d’un groupe militairement
organisé, ont affaire à des blessés, à des membres des forces armées qui se sont
rendus ou à des personnes civiles de l’autre ;
 Dès qu’elles ont fait des prisonniers ou qu’elles exercent leur autorité
sur une partie du territoire de l’adversaire ;
 Dès qu’il est fait état des dommages collatéraux sur les civiles ou des
destructions des infrastructures civiles et militaires.

En somme, l’expression «conflit armé» s’applique à différents types d’affrontements,


c’est-à-dire à ceux qui peuvent se produire dans trois cas de figure qui constituent la
typologie des conflits armés.

1.7.2. Typologie des conflits armés

D’entrée de jeu, il convient de dire que les États partis aux instruments pertinents du
DIH n’ont pas voulu définir le conflit armé afin d’éviter un déclenchement d’applicabilité
automatique de ces règles qui réglementent les effets humains de la guerre.

Cependant, le DIH n’a que faire avec les spéculations d’ordre politique pour
déclencher son application. Il suffit qu’il ait des affrontements qui se produisent ; soit en
terme de conflit armé international, de conflit armé non international ou de conflit armé non
international internationalisé.

a) Conflit armé international(CAI)

Le DIH a été conçu, en premier lieu, pour les conflits armés entre États ou groupes
d’États, c’est-à-dire pour les CAI.

Juridiquement, le seuil à partir duquel il y a CAI est sans équivoque et ne peut


pratiquement pas être remis en cause. Il est franchi dès le premier recours à la force entre les
forces armées de deux États, déclenchant l’application de tout un éventail de dispositions
détaillées de DIH. Si l’on garde à l’esprit que dès le premier échange militaire des coups de
feu, des soldats peuvent être blessés ou faits prisonniers et des dommages civils collatéraux
peuvent se produire, il est tout à fait logique que le DIH soit applicable dès le début des
hostilités armées.

29
Kalindje byanjira, Dieudonné, droit international humanitaire, l’harmattan, Paris, 2015, p23
13

Toutefois, le droit international moderne a expressément qualifié d’«internationaux»


certains conflits armés, dont l’importance et l’intensité justifient qu’ils relèvent des règles
humanitaires de jus in Bello. Tel est le cas de la guerre de libération nationale.

Ainsi, en vertu de l’article 1 e paragraphe 4 du protocole 1, «les conflits armés dans


lesquels les peuples luttent contre la domination coloniale et l’occupation étrangère et contre
les régimes racistes dans l’exercice du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes» sont
assimilés à des CAI. Il s’agit ici, des mouvements de Libération (MLN) qui mènent la
guerre d’indépendance pour l’autodétermination pour démanteler le système impérialiste et
l’abolition de l’injustice transnationale.

En tout, cette catégorie de conflit oppose les forces armées d’au moins deux États ou
d’un État colonisateur à un MLN. Ce conflit peut se dérouler sur un ou plusieurs territoires.

b) Conflit armé non international (CANI)

Historiquement, «le droit de la guerre était traditionnellement interétatique, et ne


concernait pas les conflits internes (guerre civile)».

De ce fait, la situation n’est de loin pas aussi claire dans le cas le plus fréquent du
CAI.

Synonyme de «guerre civile», le conflit armé non international se caractérise par


l’affrontement opposant les forces armées d’un État à des forces armées dissidentes ou
rebelles.

Aux termes de l’article 1e du protocole II de 1977, est réputé conflit armé non
international tout conflit qui se déroule sur le territoire d’un État, entre ses forces armées et
des forces armées dissidentes ou des groupes armés organisés qui, sous la conduite d’un
commandement responsable, exercent sur une partie de son territoire un contrôle tel qu’il
leur permette de mener des opérations militaires continues et concertées et d’appliquer le
droit international établi par ce type de conflit.

Toutefois, le CANI ne doit être confondu aux troubles intérieurs ni aux tensions
internes, en ce que le CANI implique que la situation conflictuelle atteigne un degré
d’intensité des hostilités et cela doit se prolonger dans le temps et dans l’espace. Cet avis est
partagé par le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie qui définit le conflit armé
en ces termes :

«Nous estimons qu’un conflit armé existe chaque fois qu’il y a recours à la force
armée entre États ou un conflit armé prolongé entre les autorités gouvernementales et des
forces armées organisées ou entre de tels groupes au sein d’un État. (…)».30

30
VERRI (P), dictionnaire du droit international des conflits armés, Genève, CICR, 1988, p.37.
14

Les situations de tensions internes et de troubles intérieurs comme les émeutes, les
actes isolés et sporadiques de violence et les autres actes analogues ne sont pas considérés
comme des conflits armés.

Du point de vue juridique, il faut rappeler que dans de telles situations de crise, la
protection par les droits de l’homme continue à s’appliquer. Cette protection peut toutefois,
dans le cas d’une situation d’urgence ou d’exception, être très considérablement limitée,
selon les dispositions des traités relatifs aux droits de l’homme. Dans le but de protéger la
dignité humaine également dans les situations de troubles et tensions internes, le CIRC a
développé une pratique originale. Sans se prévaloir du droit international, il offre au
gouvernement de l’État concerné ses services comme intermédiaire dans le domaine
humanitaire. Ses délégués visitent alors, avec l’accord des autorités, les lieux où sont
détenues les personnes privées de liberté en raison des troubles, et interviennent, si
nécessaire, pour obtenir une amélioration des conditions de détention. C’est ce que le CICR
appelle son droit d’initiative humanitaire.

Selon le CICR, il y a troubles intérieurs lorsqu’il y a «un affrontement qui présente un


certain caractère de gravité ou de durée et qui comporte des actes de violence. Ces derniers
peuvent revêtir des formes variables allant de la génération spontanée d’actes isolés de
révolte à la lutte entre groupes plus ou moins organisés et les autorités au pouvoir[…];les
autorités au pouvoir font appel à des vastes forces de police, voire aux forces armées pour
rétablir l’ordre intérieur» tandis que les tensions internes peuvent se caractériser par :

a. Un grand nombre d’arrestations ;


b. Un grand nombre de détenus politiques ou de sécurité ;
c. De probables mauvais traitements infligés aux détenus ;
d. La déclaration de l’État d’urgence ;
e. Des allégations de disparitions».31

De l’analyse de Sylvain Vite, conseiller juridique au sein de la division juridique du


CICR, on aboutit à l’internationalisation du conflit armé en cours lorsqu’un État tiers
intervient aux côtés d’un groupe non gouvernemental opposé aux forces armées étatiques.
Cela se justifie du fait qu’il y a opposition armée d’au moins deux souverainetés. Dans le
même ordre d’idées, Christophe HARNICH, délégué général pour l’Afrique au département
des opérations du CICR, illustre cette hypothèse théorique par un cas concret, en relevant
que : «la République Démocratique du Congo a connu entre 1998 et 2002 un conflit armé
interne internationalisé du fait de l’implication sur le territoire congolais des forces
extérieures, telles les armées rwandaises et ougandaises».

Il faut pour ce faire que l’État tiers apporte à ce groupe une aide substantielle à l’appui
de ses opérations militaires. Cependant, «toute forme d’influence n’entraine pas forcément
l’internationalisation du conflit. Sur ce point, le tribunal pénal international pour l’ex-

31
VITE (S.), «Typologie des conflits armés en droit international humanitaire : concepts juridiques et réalités», in revue
internationale de la Croix-Rouge, vol.91, n° 873, mars 2009, pp.69-94
15

Yougoslavie précise que «le contrôle exercé par un État sur des forces armées, des milices
ou des unités paramilitaires subordonnées peut revêtir un caractère global (mais doit aller
au-delà de la simple aide financière, fourniture d’équipements militaires ou formation).
Cette condition ne va toutefois pas jusqu’à inclure l’émission d’ordres spécifiques par l’État
ou sa direction de chaque opération».32

Section II. Cadre théorique

II.I. Théorie du fonctionnalisme

II.1.1. Fondement théorique du fonctionnalisme


Les théories sur l’intégration trouvent leur précédent dans la théorie du
«fonctionnalisme» du britannique David Mitrany, qui apparait dans les années 30 entre
l’idéalisme des années 20 et le fédéralisme de l’après-guerre mondiale. Mitrany était en
quête des formules pour la construction d’un système universel de paix, après avoir analysé
les limites présentées par la Société des Nations.33

Dans un premier travail, «The progress of international Government» de 1993, Mitrany


parle du fonctionnalisme comme une théorie qui s’intéresse davantage aux fonctions de la
société internationale que dans la forme de la société elle-même. L’exercice correct des
fonctions s’obtient à travers l’organisation fonctionnelle d’un gouvernement, affirme
Mitrany : «les problèmes purement techniques puissent se séparer des politiques, et la
coopération technique être conduite en avant des bons résultats dans la sphère internationale
sans l’interférence des départements politiques des États membres».34

Aussi dans son œuvre «A Working Peace system. An argument for the functionnal
development of international organization» écrite en 1943 dans un contexte de définition
d’un ordre international pour l’après-guerre, David Mitrany opte, au lieu de la constitution
d’un État mondial, pour l’extension d’un réseau d’activités d’agences internationales qui
intègrent les besoins des nations, moyennant la sélection de devoirs fonctionnels selon des
besoins partagés et la détermination des organes selon les fonctions.

A ce sujet, Mitrany s’exprimait ainsi : «les dimensions fonctionnelles se déterminent


d’elles-mêmes. De façon similaire, la fonction détermine ses organes appropriés. Ceci
relève aussi, à travers la pratique, la nature de l’action requise dans les conditions données
et, de cette façon, les pouvoirs dont a besoin l’autorité respective». Une interprétation est
faite, à ce propos, par Bertrand Badie et Marie Claude Smoutz, quand ils affirment que
David Mitrany proposait que l’on s’occupe des secteurs d’intérêt commun, santé, transport,
énergie, en laissant se dérouler le jeu des interdépendances et des interactions sans essayer
de plaquer un modèle constitutionnel préétabli ou une quelconque idéologie. Chaque fois, la

32
Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, affaire Tadic, arrêt du 15 juillet 1999, paragraphe 84.
33
VIEIRA POSADA, E., Développements d’espaces sous nationaux, transfrontaliers et transnationaux : une option pour
l’intégration de l’Amérique latine, Éd. Fundation Culture Javeriana, Bogota (Colombie), 2006, p.151
34
David Mitrany cité par VIEIRA POSADA, E., [Link]., p. 152
16

nature et l’étendue du problème détermineront la forme adéquate de l’institution. Ce


transfert des fonctions techniques impliquerait des interdépendances entre les États.

Cependant, dans les années soixante, en plein essor de l’intégration européenne,


Mitrany se montre critique de ce qu’il appelle «les fallacieuses régions et fédérations»
adoptées par les communautés européennes. Selon ce théoricien, les unions régionales sont
acceptables dans la mesure où elles sont un échelon intermédiaire ouvert dirigé vers un
système général et non plus vers le repli sur soi-même de l’intégration européenne. Car, ceci
est contraire à une communauté mondiale. D’autre part, l’équilibre restrictif des pouvoirs
fédéraux et aussi contraire à un système politique mondial plus unitaire ; ce qui continuait
d’être la préoccupation essentielle de Mitrany : un fonctionnement universel.35

II.1.2. Principes du fonctionnalisme


David Mitrany développe une stratégie fonctionnaliste de coopération internationale par
la multiplication des unions administratives, c’est-à-dire des organisations internationales à
compétence spécifique et technique telles que la poste, les télécommunications, la santé, la
culture, le bien-être, la science et la technologie.

Cette conception repose sur cinq principes, à savoir : la non-territorialité de l’autorité, la


séparabilité entre les compétences proprement politiques (défense, politique, diplomatie) et
les compétences technico-économiques d’un État, le caractère utilitaire de l’allégeance et
partant son fractionnement possible, la ramification ou le transfert de la pratique de la
coopération intergouvernementale et, enfin, la paix internationale par l’érosion graduelle des
souverainetés politico-territoriales et de nationalismes.36

Les théories économiques de l’intégration qui se sont greffées sur l’approche


fonctionnaliste, vont se situer sur une toute autre perspective : l’allocation optimale des
ressources et le développement économique.37 L’efficacité de la politique économique de
l’État national se heurte à des limites objectives, constituées par l’exiguïté de l’espace
économique national dans toutes ses dimensions : étroitesse du marché intérieur, non
disponibilité de certains facteurs d’un seul pays sur l’échiquier des négociations
internationales de type monétaire, financier, commercial.

Aussi les politiques économiques domestiques tendent-elles de plus en plus à trouver un


prolongement, un complément presque normal dans les politiques de concertation
internationale et régionale. Toutefois, la concertation économique est menée à deux niveaux
qu’il convient de distinguer formellement.

- L’un est celui de la simple coopération dans un ou des domaines précis et


délimités : ce qui entraîne la mise en place des organisations-consortiums, dans
lesquelles chaque pays membre conserve son autonomie pour tout ce qui

35
VEIIRA POSADA, [Link]., p.156
36
KABAMBA, W.K., Organisations régionales, Séminaire de DEA en Relations Internationales
37
DIOUF, M.,
17

concerne sa politique économique nationale. Les partenaires se contentent d’unir


leurs efforts en vue de réaliser une opération particulière ; les objectifs délimités,
précis et concrets ;
- L’autre est celui de l’intégration économique qui suppose, de la part des pays
membres, la mise en place de politiques communes dans les domaines
commercial, financier, économique, etc. l’intégration se traduit par la création de
communauté économique ; ce qui implique, pour chaque pays membre, des
engagements beaucoup plus poussés (jusqu’à certains abandons de souveraineté)
que dans le cas d’une simple organisation-consortium.

Le développement des théories fonctionnalistes des années 60 se réalisa au moment de


la concrétisation des premiers processus d’intégration économique, telle la communauté
économique du charbon et d’acier. A ce moment, fit son apparition le courant idéologique
«néofonctionnalisme» avec comme principaux porte-paroles Ernest Haas, Léon Lindberg,
Philippe Schimitter, Joseph Nye et Robert Ethane.

II. 3. Contexte d’usage théorique


L’usage du fonctionnalisme dans le cadre de la rédaction de notre sujet portant sur
l’inefficacité des Nations Unies dans l’imposition de paix dans les conflits armé est d’autant
plus pratique et astucieux en raison de l’importance qu’accorde cette théorie aux notions de
fonction des organisations internationales. Un fonctionnement universel par le modèle de la
coopération au sein du système des Nations Unies ne peut être conçu qu’à travers un
environnement favorable au développement et à la sécurité internationale. La paix est affaire
de tous et le fonctionnement universel en dépend. D’où cette théorie permet d’expliquer les
raisons de cette inefficacité dans le contexte géopolitique et au vu des conjonctures, puis
décrire les fonctions des missions des Nations Unies pour la stabilisation en République
Démocratique du Congo et les alliances en défection et celles en conclusion, enfin prédire
les évolutions futures en se basant sur les faits internationaux.

Section III. La RDC et les conflits armés

III.1. Présentation de la RDC

III.1. Situation Géographique


La RD Congo est le plus vaste pays en Afrique au sud du Sahara et le troisième du
continent par sa taille38. Au centre de l'Afrique, à cheval sur l'équateur, elle bénéfice des
conditions géographiques privilégiées qui jouent en sa faveur. Compris entre 50°20' de
latitude de Nord et 130° de latitude de Sud, il s'étend entre 12°15' et 13°15' de longitude
Est39.

38
K. KABENGELE DIBWE, Manuel de géographie économique et humaine de la RDC, Ed. Sirius, Kinshasa 2006, p.54
39
Idem, p.54
18

La RD Congo couvre une superficie de 2.345.410 km², environ 33 fois plus grand
que le BENELUX (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg), quatre fois plus grand que la
France ou deux fois plus que le Québec. En Afrique seuls le Soudan et l'Algérie sont plus
étendus que la RDC. Partageant neuf frontières avec ses voisins, le Congo-Kinshasa est
limité à l'Ouest par le Congo-Brazzaville, au Nord par la République centrafricaine et le
Soudan, l'Est par l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie au Sud par la Zambie et
l'Angola.
La disposition de relief accentue la situation continentale du pays dont les relations
extérieures dépendent en partie des pays voisins 40. En réalité la RD Congo est un pays
semi-enclavé du fait qu'en plus de la faible densité de ses réseaux de communication, elle
ne possède qu'une façade maritime, sur l'océan Atlantique de 37km. En raison de sa
superficie, de ses richesses et de son importante population, le Congo demeure l'un des
géants de l'Afrique, avec l'Egypte, le Nigeria et l'Afrique du Sud.
Par ailleurs, signalons aussi bien que la constitution de 2005 de la RD Congo prescrit
un nouveau découpage du pays en 25 provinces, tout en conservant la ville-province de
Kinshasa comme capitale du pays, mais actuellement le Congo se compose des provinces
suivantes : le Bandundu, le Bas-Congo, le Kasaï occidental et oriental, le Maniema, le nord
et sud Kivu.
Parmi les avantages à faire valoir de sa situation géographique, la RDC est le premier
pays d'Afrique du point de vue de l'étendue de ses forêts dont la moitié du territoire
Nationale est occupé par la forêt équatoriale au nord et le plus important pour la
préservation de l'environnement mondial. L'Est du pays est le domaine des montagnes, des
collines, des grands lacs mais aussi des volcans. Le Sud et le Centre en savane arborées,
fortement un haut plateau en minerais divers.
La position de la RD Congo sur l'équateur a une influence essentielle sur les données
climatiques et lui fait bénéficier du privilège d'appartenir à une zone intertropicale. Le
climat général du pays est chaud et humide, mais cette situation varie selon les provinces,
ainsi donc le pays comprend trois types de climat : le climat tropical, le climat tempéré et le
climat équatorial.
L'existence des tels climats produit une végétation dense et régit les activités
Agricoles de la population Congolaise. Car à l'exception des montagnes, tout le pays
bénéficie des températures moyennes élevées, assurant le minimum de chaleur
indispensable à la vie végétale12.
Il nous faut retenir que la RD Congo se classe parmi les dix premiers pays de la méga
biodiversité du monde avec plusieurs espèces diverses ; de mammifères, d'oiseaux, de
poissons, de reptiles, de batraciens et angiospermes. Elle dispose d'une faune naturelle
exceptionnelle où l'on y trouve tous les grands animaux de l'Afrique et des espèces rares.

40
K., KABENGELE DIBWE, [Link]. p.54 12
19

Elle dispose aussi d'abondantes ressources en eau, des lacs poissonneux notamment le lac
Tanganyika (plus grand que le Burundi) le plus poissonneux du monde41.
III.2. Situation politique

La situation politique de la RD Congo est restée fortement mouvementé depuis


l'accession du pays à l'indépendance, par plusieurs événements marquants notamment des
guerres de sécessions, les mutineries, les rebellions, ainsi que des conflits qui se traduisent
d'une part par un processus de militarisation accentuée de la société congolaise avec la
présence accrue des groupes armés étrangers, le recrutement massif des jeunes et des
enfants, la création des milices d'autodéfense et une augmentation du trafic illicite d'armes
légères.
Constatons-le, ensemble avec le Professeur BANYAKU, qui estime que l'histoire
politique du Congo est faite de moments de soubresaut d'espoir pour la libération de tout un
peuple et de moments de sombrement profond dans le désastre et le chaos d'un grand Etat
en perdition ou en partition. Cette dynamique contrariante se traduit par des courts
moments d'apaisements et de longs moments de turbulence généralement violente
emportant les grands espoirs de la population pour l'idéal démocratique ainsi que pour leur
bien-être socio-économique42.
La RD Congo a été plongée dans plusieurs conflits, certains désormais résolus tandis
qui d'autres couvent encore ; mais en dépit de tous ces événements la RDC voit aujourd'hui
s'offrir une occasion unique. Elle émerge peu à peu d'un passé difficile : une longue période
coloniale suivie d'une naissance pendant la guerre froide, puis plusieurs décennies
d'instabilité chronique suivies de deux guerres concentrées sur une période de cinq ans43.
En effet c'est après un temps relativement concentré entre les événements de
Léopoldville en janvier 1959 et les résolutions de la table ronde de Bruxelles en mai 1960,
que la RDC va faire une entrée fracassante dans le concert des nations en accédant à son
indépendance au 30 juin 1960. Cet événement va raviver les espoirs de la population pour
la libre gestion de leurs propres destinés.
Mais cela ne durera pas longtemps pour qu'en juillet 1960 on assiste aux premières
fragmentations de mouvements sécessionnistes et des mouvements réfractaires ou
révolutionnaires de 1961, aussi tôt le pays sera plongé dans une crise institutionnelle entre
le Premier Ministre Lumumba et le Chef de l'Etat KASAVUBU, à la suite de l'éviction du
premier Ministre et sa liquidation en janvier 1961.
Ces événements laisseront la place à une suite de conflit constitutionnel entre le
Président KASA-VUBU et les deux chambres du parlement ; à propos de l'interprétation de
la disposition transitoire de la loi fondamentale sur l'élaboration de la constitution et sur la
formation de la constituante, se terminera par la suspension du parlement.
41
J-C, YAWADI, Procès de la société congolaise, Ed. Mabiki, Bruxelles 2008, p.34
42
E. BANYAKU, Chronique, monographie et document sur l'histoire politique du Congo. Des années 60 aux années
90, Ed. Comprodor, Kinshasa, 2000, p.5
43
[Link] pp.1-2
20

Il va s'en suivre d'une suite d'événements conflictuels mettant en cause le Chef de


l'Etat et son premier Ministre Moïse TSHOMBE avec son parti le CONACO longuement
majoritaire au parlement. Face au refus du président de nommer un premier Ministre issu de
la majorité parlementaire de la CONACO, les institutions de la République seront
paralysées. Face à cette situation, le front démocratique du Congo, incite le haut
commandement militaire à prendre le pouvoir et place le Lieutenant Général Joseph
Mobutu au pouvoir comme Président de la République en novembre 1965.
Dès son accession au pouvoir, les signes forts étaient donnés par le nouveau Président
à la classe politique pour l'obliger à se soumettre à son autorité. Confrontée à la fois à la
recherche d'une légitimité politique interne et à la subvention de la haute finance, lésée par
la première Nationalisation des Société à charte intervenues pendant les années 66-67. C'est
ainsi que sera réprimé un premier complot auquel se trouveront associés l'ancien Premier
Ministre KIMBA et trois autres parlementaires M.M. Jérôme ANANY, Alexis
MAHAMBA et Emmanuel BAMBA. Ils seront condamnés à mort et exécutés par la
pendaison publique44.
Une terreur va s'installer, par la création d'un parti unique dominant, le Mouvement
Populaire de la Révolution (MPR). On assiste à la suppression du parlement et l'obligation
faite à tous les citoyens de devenir membre du nouveau mouvement de rassemblement
populaire et révolutionnaire.
La conséquence de la Zaïrianisation se manifeste par les mouvements de
déstabilisation et à une grande crise sociopolitique. L'installation de multiples atteintes aux
droits de l'homme est constatée par des multiples abus de pouvoir avec des relégations
d'opposants, des arrestations arbitraires et des tracasseries dans la société civile organisée
par les services de sécurité, les brigades de parti État et les milices paramilitaires.
Les années 90 marquées par la libéralisation politique, sera inaugurées par les
consultations populaires : sur le plan de l'évolution des institutions du pays, le chef de l'Etat
a présenté les décisions suivantes45:
- L'introduction du multipartisme à trois au Zaïre, l'abolition de l'institutionnalisation
du MPR ;

- La désignation d'un Premier Commissaire d'Etat ou Premier Ministre suivi de la


formation d'un gouvernement de transition ;

- La révision de l'actuelle constitution en vue de l'adapter à la période de transition


qui s'instaure ;
- La mise sur pied d'une commission chargée d'élaborer la constitution de la
troisième république, constitution qui sera sanctionnée par un référendum
populaire;
44
E. BANYAKU, Op. Cit., p.9
45
V.P. LUNDA BULULU, Conduire la première transition au Congo-Zaïre, Ed. Harmattan, Paris, septembre 2003, pp.15-
16
21

- L'élaboration, enfin, d'un projet de loi devant régir les partis politiques dans notre
pays et organiser leur financement.
L'ouverture de la CNS (Conférence Nationale Souveraine) donna lieu au débat
National public, mais les nouvelles exigences sociales d'une population ayant totalement
perdu confiance à ses dirigeants prirent une tournure dramatique avec le désordre social,
qui s'illustra par le pillage instantané du 3 décembre 1990 et les deux grands pillages de
1991 et 1992.
La RD Congo, ex-Zaïre à l'époque en 1994 voit s'aggraver sa situation politique par
l'arrivée des réfugiés Rwandais, fuyant les massacres perpétrés chez eux. Une nouvelle
opposition politico-militaire, née à l'Est du pays, l'Alliance des Forces Démocratique pour
la Libération du Congo (AFDL), dirigée par Laurent Désiré KABILA est appuyée par
l'Ouganda et le Rwanda, déclare la guerre au pouvoir central de Kinshasa. Le Président
Mobutu Sese Seko est renversé le 17 mai 1997. L'AFDL et le Président Laurent Désiré
KABILA prennent le pouvoir46.
C'est en voulant limiter l'influence de l'Ouganda et du Rwanda, par le Président
Laurent D. KABILA, que va éclater la guerre d'agression Rwando-Ougando-Burundaise en
RD Congo. Les belligérants signent à Lusaka un accord de cessez-le feu, qui conduit les
forces étrangères des pays présents sur le territoire de la RD Congo à retirer leurs troupes,
le conseil de sécurité créera la MONUC (Mission d'Observation des Nations Unies au
Congo) dans le but de maintenir une liaison sur le terrain avec toutes les parties à l'Accord
de cessez-le feu.
Alors commandant en chef des forces terrestres, Joseph KABILA fils du feu le
Président Laurent-D. KABILA, succède à la tête de l'Etat son père, qui est assassiné en
janvier 2001. Durant le conflit, le Rwanda et l'Ouganda ont créé des groupes ou de milices
qui ont provoqué une guerre civile impliquant trois fonctions principales : le gouvernement
de la RDC (Kabilistes ou PPRD, appuyés par l'Angola, la Namibie et le Zimbabwe), le
RCD-G (soutenu par le Rwanda) et le MLC (par l'Ouganda)47.
Ainsi donc, sur le plan de la transition politique et à l'issue des négociations
particulièrement ardues et suite aux pressions internationales redoublées, le long processus
de DIC (dialogue inter-congolais) va aboutir à la signature le 17 décembre 2002 par les
représentants des composantes et entités au DIC, de l'Accord Global et Inclusif. Le 2 avril
2003, l'Accord de cessez-le feu de Lusaka est alors complété par « l'Accord Global et
Inclusif » à Sun City (Afrique du Sud), les participants au DIC signent l'Acte final des
négociations politiques, par lequel ils approuvent formellement l'ensemble des Accords qui
constitue un programme global de restauration de la paix et de la souveraineté Nationale en
RDC pendant une période de deux ans.

46
[Link] /[Link]
47
[Link] /[Link], p.1
20
Idem
22

Ces accords comprennent l'accord global de décembre 2002, la constitution de la


transition, le mémorandum sur les questions militaires et les questions de sécurité de mars
2003 et les 36 résolutions adoptées par les participants à Sun City en mars et Avril 2002. La
signature de l'Acte final maquera un nouveau chapitre important dans le processus de
reconstruction Nationale et de la paix en RD Congo20.
Une constitution de transition est promulguée par le Président Joseph Kabila, le 4avril
2003. Le gouvernement d'union nationale, ainsi formé, le 30 juin 2003, est chargé de
mettre en œuvre le processus électoral dont le referendum constitutionnel, organisé en
décembre 2005, constitue la première étape, suivie par les élections présidentielle et
législatives en juillet et octobre 2006.
Le gouvernement a aussi pour mission de rétablir l'autorité de l'Etat dans les
provinces, autorité bafouée par les belligérants qui se sont répartis leur contrôle
Administratif et militaire, au gré de leurs alliances et de leurs intérêts économique48.
Le pouvoir est donc partagé selon la formule « 1+4 » : c’est-à-dire, un Président de la
République et quatre vice-présidents. On croyait que la transition politique était bien partie
en RDC, les réalités de terrain démentaient les professions de foi des plus optimistes.
Quand ce ne sont pas les incompatibilités d'humeurs entre Ministres qui gangrènent le bon
fonctionnement de l'équipe gouvernementale, ce sont les provinces ex-rebelles qui
rappellent au gouvernement central que la réunification physique du pays est très loin de
devenir une réalité.
Le troisième rapport spécial du secrétaire du conseil de sécurité de l'ONU sur la
MONUC ; rapporte qu'en dépit de la mise en place des institutions de transition, des freins
à l'action du gouvernement de transition ont été observé. Certains éléments des anciens
belligérants conservaient une mentalité de guerre et cherchaient activement à faire échouer
la transition49.
D'une part des freins au rétablissement de l'autorité de l'Etat sont observés par le fait
que le pouvoir de l'Etat fut déficient ou inexistant dans de nombreuses parties du pays où
l'autorité est exercée par les Administrations parallèles qui ont été créées par les groupes
armés, y compris d'anciens éléments belligérants du gouvernement de transition. La
réunification des structures Administratives parallèles au niveau local n'a guère avancé. De
plus, des milices armées, qui cherchent à conserver leur contrôle illicite sur les ressources
naturelles, continuent de s'opposer aux efforts visant à mettre en place des Administrations
légitimes. D'autre part, des freins au rétablissement de la sécurité sont observés, or cette
dernière constitue pourtant la pierre angulaire de la réussite de la transition politique.
L'absence de progrès concernant le désarmement, la démobilisation et la réinsertion
(DDR) des ex-combattants congolais a constitué un important facteur de déstabilisation.
Malgré le déploiement, durant l'automne de 2003, de commandants de région militaire
chargés d'assurer l'intégration dans les Forces Armées de la RDC (FARDC), les groupes
48
[Link] grands-lacs/transition- [Link].
49
Troisième rapport spécial du secrétaire général du conseil de sécurité de l'ONU sur la MONUC, 16 août 2004.
23

armés du pays sont encore loin d'être véritablement intégrés et les commandants de région
militaire n'ont guère de prise sur les éléments armés qui leur ont été confiés. De même, la
lenteur de l'application du programme désarmement, démobilisation, rapatriement,
réinstallation et réinsertion (DDRRR) des combattants étrangers, avec l'aide de la MONUC,
est resté une préoccupation majeure50.
Mais en dépit de tous les événements fâcheux qu'a traversé la RDC, cette dernière a
sût quand même se ressaisir et accédée enfin à des institutions politiques démocratiques et
cela à travers des actes forts de la démocratie, que sont les élections libres et transparentes
lui permettant ainsi de tourner une nouvelle page en vue d'écrire un nouveau chapitre de
son histoire.
III.3. Situation socio-économique

La RD Congo, qui est l'un des pays parmi les plus vastes et les plus peuplés du
continent Africain, n'a pour autant pas le niveau de vie qui devrait correspondre à ses
immenses ressources naturelles (minerais, bois précieux, produits agricoles,...) et cela par le
simple fait que son système socio-économique a longtemps été handicapé par une guerre
civile lavée et un niveau de corruption les plus élevés de la planète.
Le classement 2005 de « Transparency International », sur l'indice de perception de
la corruption, classait la RDC sixième sur 158 pays évalués. Après une période de relatif
dynamique économique, la RDC a subi une sévère dépression entre le milieu des années
1980 et le milieu des années 2000 liée à une gestion marquée par la corruption, puis aux
guerres civiles qui ont ravagé le pays.
En 2006 la RDC est l'un des dix pays les plus pauvres du monde, et les inégalités y
sont très marquées. Une grande partie de la population vit en dessous du seuil de pauvreté
fixé à deux dollars par jour avec une majorité des femmes et des hommes, qui n'ont aucun
revenu, les disparités sont très fortes, avec un taux de chômage très élevé, des salaires et des
prestations sociales dérisoires dans tout le pays.
Le forum économique et mondial sur l'Afrique rapporte que l'économie congolaise
est une des économies les moins compétitives d'Afrique 51. Cette économie occupe en 2008,
selon le rapport de la Banque mondiale sur le climat d'affaire, la 178 ème position, c'est-à-
dire la dernière place sur la liste des pays du monde considérés d'après leurs capacités
d'offrir de réelles facilités de faire des affaires52.
L'histoire économique récente de la RDC est galonnée de plusieurs tentatives
d'assainissement et de redressement de l'économie bien que confronté aux déséquilibre
financiers, à la montée de l'endettement et à la stagnation de la production, mais malgré
cela les relations commerciales entre différentes régions du pays dans leur ensemble restent
faibles encore aujourd'hui.

50
Troisième rapport spécial du secrétaire général du conseil de sécurité de l'ONU sur la MONUC, août
51
Forum économique mondial sur l'Afrique, tenu du 13 au 15 juin 2007 : Rankings 2007.
52
Ben Clet, « climat d'affaires », in Journal le potentiel, n°4289, Kinshasa, 7 avril 2007, p.8
24

La production minière, qui a commencé plus d'un siècle, a joué un rôle important
dans la gestion économique. En effet, le sous-sol de la RDC est compté parmi les plus
riches au monde au regard de la géologie et de la minéralogie. Etant donné cet avantage
naturel, la défaillance de l'économie congolaise est généralement attribuée à la «
malédiction des ressources naturelles ».
La RDC possède des gisements, contenant une cinquantaine de minerais, mais
seulement une douzaine de ces minerais sont exploitées. La Gécamines (Générale des
Carrières et des Mines) était la principale entreprise minière du pays, elle jouait un rôle
social et économique important pour beaucoup de PME (petite et moyenne entreprise) se
trouvant dans sa périphérie. Mais aujourd'hui la réalité n'est plus la même, la Gécamines a
été déchue, la production minière industrielle s'est aussi effondrée avec elle ; plusieurs
mesures de restriction et de libéralisation du secteur minier n'ont rien donné, d'autant plus
qu'on assiste à l'exploitation des terres des paysans au profit de nouvelles concessions
minières, à la fraude généralisée et aux contrats léonins.
Cependant, l'agriculture reste le principal secteur de l'économie de la vie de la
population active. Le secteur secondaire (industriel) par contre est très peu développé et
caractérisé par une forte présence de l'Etat, marginalisant ainsi le secteur privé. L'économie
congolaise est aujourd'hui bien plus pauvre qu'elle ne l'était à l'indépendance. Selon un
rapport de la Conférence Nationale Souveraine, le secteur informel présente près de 60%
des activités économiques. Douze ans après, il est évident que ce pourcentage représente
plus de 80% des activités53.
La part de l'économie informelle dans la création d'emplois s'est accrue
continuellement au point de devenir le secteur dominant de la RDC. Bien que le volume de
production de ce secteur ait grandement augmenté, le secteur informel congolais ne joue
pas un rôle essentiel dans l'économie nationale fournissant des revenus minimums à ses
employés.
III. 2. Les conflits armés en République Démocratique du Congo
Pour œuvrer à la paix, il importe de bien comprendre comment naissent les conflits.
C’est dans cette optique que nous nous sommes donné pour tâche dans cette sous-section
du premier chapitre de retracer l’évolution des conflits armés en République Démocratique
du Congo.
L’objectif est de procéder à une analyse sur le cycle de naissance des groupes armés et
terroristes dans les conflits armés dans cette partie Est. L’enchevêtrement des facteurs de
conflictualité est alors ce qui retient l’attention pour une analyse approfondie sur comment
la sécurité collective pourrait être favorisée. Sur ce, dans ce processus, l’analyse des
conflits armés en RDC est rendue toutefois très difficile du fait de l’enchevêtrement des
facteurs explicatifs et de la spécificité des différentes configurations. L’analyse factorielle

53
BAKANDEJA WA MPUNGU, L'informel et le droit économique : les incidents des pratiques commerciales sur le
fonctionnement de l'économie. Voir journées des droits de l'homme sur : « la déclaration universelle de droit de
l'homme et la construction de l'Etat de droit », UNIKIN, 19 - 20 février, 2002, p.2
25

ou multivariée cherchant à décomposer analytiquement et à hiérarchiser les facteurs


explicatifs ne peut intégrer les enchaînements conduisant à des processus non régulés.
CHAPITRE DEUXIÈME : LES MISSIONS D’IMPOSITION DE LA
PAIX ET LA MONUSCO

Section I. Les MIP


I.1. Historique

I.2. Mécanisme

I.3. Organe

Section II. Présentation de la Monusco

CHAPITRE TROISIÈME : L’ÉCHEC DE LA MONUSCO COMME


PREUVE DE L’INEFFICACITÉ DE LA SÉCURITÉ COLLECTIVE
DE L’ONU

Section I. L’échec de la Monusco


I.1. État de lieux

I.2. Les raisons

I.3. Les enjeux

Section II. L’inefficacité de la sécurité collective


II.1. État de lieux

II.2.

II.3.

II.4. Perspectives pour un renforcement de la sécurité collective de l’ONU

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