Module béton avancé
Séance n°1 :
les grands principes de formulation
Thierry Sedran (Ifsttar-Nantes)
Formulation: les contraintes
• Cahier des charges:
– Ensemble des spécifications auxquelles le béton doit répondre
– Peut définir des obligations de résultats (des performances)
et/ou des obligations de moyens
• Règles de base
– Se référer aux normes et règlements (ex: EN 206/CN )
– Consulter chaque partenaire
– Envisager toutes les étapes (de la fabrication jusqu’à la fin de
vie)
– Ecrire des spécifications réalistes et non contradictoires
– Ne pas changer de spécifications en cours d ’étude
– Commencer l’étude suffisamment tôt
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 2
Formulation: les contraintes
• Des ressources locales :
– granulats : voyagent sur quelques dizaines de km
– ciments : voyagent sur quelques centaines de km
• Le cahier des charges :
– A minima:
• Béton frais: affaissement, teneur en air (si gel sévère)
• Béton durci: Fck à 28 jours
– Mais souvent bien plus complexe
• A l’état frais: rhéologie, propriétés vs temps, pompabilité, taille maximale du
granulat….
• Au jeune âge: exothermie, résistance (décoffrage, mise en tension)
• Durabilité: retraits, fluage, RAG, RSI, indicateurs performantiels, critères EN
206/CN…
• Constituants : Dmax, nature des matériaux (liants et granulats) en rapport
avec la durabilité (travaux à la mer, RAG, réaction sulfatique…)
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 3
La notion d’eau efficace
• Etotale= Eajout + Egranulats+ Eadjuvant
• Eefficace=Etotale-Eabs
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 4
La résistance à la compression
• Un paramètre principal: E/C
• Modèles classiques Fcb K g Rc C / Eeff 0,5
– Bolomey
2
Fcb K g Rc
1
– Féret Veff
1
2 ,85
Vc
1
Fcm 13,4 EMP 0,13 Rc
Veff 0,5Vv
1
• Modèles LCPC Vcequi
V
Vcequi Vc 1 A
Vc
pFcm
Fcb
1 qFcm
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 5
EN 206/CN: classes d’environnement
(extrait)
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 6
EN 206/CN: classes d’environnement
(extrait)
• Notion de coefficient k d’équivalence
– Prise en compte des additions comme liant équivalent lorsque
l’on utilise du CEM I ou CEM II/A
– Ceq=C+kA
– k valeurs normatives données dans l’EN 206
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 7
EN 206/CN: classes d’environnement
(extrait)
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 8
EN 206: exigences (extrait)
T. Sedran-
9
ECN
C’est quoi optimiser un béton?
• Répondre au cahier des charges au moindre coût
• Cela revient en général à diminuer le dosage en
ciment tout en maintenant la résistance et
l’ouvrabilité souhaitée
Optimisation d’une formule de béton
Diminution de la quantité d’eau tout en
maintenant une ouvrabilité souhaitée
• Un mot clé l’optimisation du squelette granulaire
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 10
Définition de la compacité
Vs
C=
Vt
Vs volume solide
Vt volume total
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 11
Un mot clé l'optimisation granulaire
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 12
Un mot clé l'optimisation granulaire
Eau piégée dans le squelette
Eau pilotant l’ouvrabilité
Hyp: la maniabilité du béton ne dépend que de l'eau
libre
ces deux bétons ont la même ouvrabilité
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 13
Mélange binaire
0,75
0,7
0,65
Compacité
0,6
0,55
0,5
0,45
0,4
0 20 40 60 80 100
% mat A
Courbe typique d'un mélange binaire
(A,B)
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 14
Squelette granulaire et risque de
blocage
• Cas de l’écoulement des BAP
• Les plus gros grains provoquent le blocage
Mortier
H1
Mortier
Armature Armature
Squelette et béton durci
1-g/g*
• g teneur en granulats g
• g* compacité des granulats g/g* (1-g*)
• Influence de g/g* sur:
– Résistance
– Module
– Retrait, fluage
Approche théorique de la formulation
• Approche simplifiée:
– On ne considère que
• G masse, Vg volume de gravillon
• S masse , Vs volume de sable
• C masse , Vc volume de ciment
• Eeff masse , Ve eff volume d’eau
– Sont négligés dans un premier temps
• Les adjuvants;
• Les additions minérales;
• L’air (occlus ou entraîné)
– 4 inconnues
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 17
Approche théorique de la formulation
• 4 équations
– Remplissage: Vg+Vs+Vc+Ve eff=1
– Résistance: Fcb=(Ve eff/Vc) Ve eff/Vc=-1(Fcb) avec Eeff/C<(Eeff/C)maxi
imposé par la durabilité (cf norme EN206)
– Optimum de compacité Vs/(Vs+Vg) fixé
– Maniabilité:
m=f (Vc+Ve eff , Ve eff/Vc , Vs/(Vs+Vg) Vc+Ve eff =f-1(m)
• Il y a donc une et une seule solution répondant au cahier des
charges qui minimise la teneur en ciment et le coût
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 18
Méthode empirique Dreux-Gorisse
• Méthode connue sous le nom de Dreux (CEBTP) ou
Dreux-Gorisse datant de 1970
• Considère le béton comme un matériau diphasique:
– La pâte: eau+ ciment (E+C)
– Le squelette granulaire: sable + gravillons (G+S)
• E/C défini à l’aide de la loi de Bolomey
• Dosage en ciment donné par des abaques en
fonction de l’affaissement
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 19
Méthode empirique Dreux-Gorisse
• S/(G+S) optimal défini selon des courbes granulaires
de références issues :
– d’approches théoriques antérieures (Caquot (1937), Faury
(1948), Joisel (1952), …)
– de l’analyse statistique d’un ensemble important de bétons:
• réellement mis en œuvre par la profession
• constitués de granulats silico-calcaire de Seine
• des diamètres maximum (D) compris entre 12,5 et 80 mm
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 20
Détermination de C
CE
Les figures sont tirées de Nouveau guide du béton et de ses constituants, G. Dreux et J. Festa, ed. Eyrolles
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 21
Détermination de la granulométrie de S+G
• Courbes optimales type
100
90
Abscisse X
80
70 X ;Y 50 DK de A:
• le milieu du
Passant (%)
60
50
segment [5-D],
si D>20 mm
40
A • D/2 si D≤20mm
30
20
10 D
0 K valeurs
1, 1
4
5
8
12 0
16
20
25
0, ,1
0, 2
4
0, 5
3, 5
3
08
16
0, 25
63
25
15
,5
0, 5
tabulées
1
12
31
0,
0,
0,
0,
1,
2,
6,
0
0,
Diamètre (mm)
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 22
Détermination de la granulométrie de S+G
Le tableau est tiré de Nouveau guide du béton et de ses constituants, G. Dreux et J. Festa, ed. Eyrolles
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 23
Module de finesse d’un sable
• Somme des refus à 0,16-0,315-0,63-1,25-2,5 et 5 mm divisée par 100
• Valeur typique entre 2 et 3
• Le module augmente quand le matériau est plus grossier
100
90
80
70
Passant (%)
60
50
40
30
20
10
0
1, 1
4
5
8
12 0
16
20
0, ,1
0, 2
4
0, 5
3, 5
3
08
16
0, 25
63
25
15
,5
0, 5
1
12
31
0,
0,
0,
0,
1,
2,
6,
0
0,
Diamètre (mm)
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 24
Détermination de la granulométrie de S+G
• Construction graphique (cas idéal: pas de recouvrement)
100
90
80
70 %Gopt
Passant (%)
60
50
40
30
20
%Sopt
10
0
1, 1
4
5
8
12 0
16
20
25
0, ,1
0, 2
4
0, 5
3, 5
3
08
16
0, 25
63
25
15
,5
0, 5
1
12
31
0,
0,
0,
0,
1,
2,
6,
0
0,
Diamètre (mm)
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 25
Détermination de la granulométrie de S+G
• Construction graphique (cas général: recouvrement)
100
90
80
70
%Gopt
Passant (%)
60
50
40
30
20 %Sopt
10
0
1, 1
4
5
8
12 0
16
20
25
0, ,1
0, 2
4
0, 5
3, 5
3
08
16
0, 25
63
25
15
,5
0, 5
1
12
31
0,
0,
0,
0,
1,
2,
6,
0
0,
Diamètre (mm)
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 26
Détermination de la granulométrie de S+G
• Construction graphique (cas 3 coupures)
100
90
80
70
%G2opt
Passant (%)
60
50
40 %G1opt
30
20
%Sopt
10
0
1, 1
4
5
8
12 0
16
20
31 5
40
50
63
0, 0,1
0, ,2
4
0, ,5
3, 5
3
08
16
0, 25
63
25
15
0, 5
,5
,5
1
2
12
31
0,
0,
1,
2,
6,
0
0
0,
Diamètre (mm)
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 27
Méthode empirique Dreux Gorisse
• Quelques formules:
– S/(G+S) optimal
– Avec variations du E/C
– E+C ajusté pour avoir l’affaissement souhaité
– choix de la formule finale à 28 jours par interpolation
• Simple d’emploi mais
– nécessite de nombreux essais
– ne prend pas en compte les additions minérales et les adjuvants
– ne prend pas en compte les bétons fluides
– ne prend pas en compte les spécificités des constituants
– ne prend en compte que l’affaissement et la résistance à a
compression
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 28
Méthode expérimentale Baron-Lesage
• E/C défini à l’aide de la loi de Bolomey
• Mesure de l’ouvrabilité de plusieurs bétons avec:
– E+C (donc C et E) fixés arbitrairement selon l’expérience du
formulateur pour avoir un affaissement convenable;
– S/(G+S) variables
– S/(G+S) optimal défini par la meilleure ouvrabilité
• Ajustements de E et de C (idem Dreux Gorisse)
• Mêmes inconvénients que Dreux-Gorisse
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 29
Une méthode scientifique
• Développée au LCPC au travers de nombreuses thèses
• Mise en œuvre au travers d’un logiciel BetonlabPro
– Une base de données de constituants
– Module de simulations « manuelles » (calcul des performances à
partir de la composition)
– Module d’optimisation sur la base d’un cahier des charges
– Prend en compte
• l’activité de nombreuses additions minérales: CCequi avec
Cequi= C+f(A/C);
• Les adjuvants;
• La compacité des constituants ;
• De nombreuses performances (rhéologie, slump,
résistances, module élastique, fluage, retrait, exothermie…).
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 30
Un cadre théorique: le Modèle
d’empilement compressible (MEC)
• Notion d’indice de serrage K (scalaire)
• Traduit l’état “de dilution” d’un squelette par rapport à sa
compacité maximale
• Pour un même outil de compactage on suppose que l’état de
dilution obtenu est le même: K décrit l’énergie de compactage
Squelette moins dense K plus faible
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 31
Un cadre théorique: le Modèle
d’empilement compressible (MEC)
• Connaissant
– la compacité de différents mélanges
K1 mesurés avec des protocoles éventuellement
différent (différents Ki)
– Les proportions des différents constituants
• Le MEC permet de calculer
K2 – La compacité du mélange pour un protocole
donné(K)
K3 K
MEC
… bm
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 32
Compacité à sec des granulats
• Deux méthodes sont proposées:
– Méthode LPC N°61 à la table à
secousse. Nécessite un matériel
spécial, mais méthode être
reproductible
– Méthode à la table vibrante. Moins
de matériel spécifique, mais
reproductibilité moins assurée
(diversité de comportement des
tables vibrantes)
• Les deux méthodes correspondent
à un indice de serrage K = 9
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 33
Compacité à sec des granulats
• On soumet un échantillon de 7 kg à un compactage
sur une table à secousse sous une pression de 10
kPa
𝑀
𝜌𝑑
𝐶= 𝐷2 h
𝜋ℎ 4
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 34
Compacité des liants et fines
• Nécessité d’un essai en présence d’eau, et le cas échéant de
superplastifiant
• L’essai de demande en eau permet de mesurer la masse d’eau
Me à ajouter à une masse Ml de ciment (en présence éventuelle
de superplastifiant) pour obtenir une texture de référence pour
le mélange
• Dans le mélange ainsi obtenu la compacité du linat est donnée
par le rapport:
VL
VL VE
(VL et VE volumes de liant et d’eau)
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 35
Compacité des liants et fines
• Deux méthodes de demande en eau
– Diffèrent par le choix de l’état de référence du
mélange eau+ciment à viser
– Méthode sur pâte homogène
– Méthode sur pâte normale
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 36
Méthode sur pâte homogène
Principe: on détermine la quantité d'eau juste nécessaire pour
transformer une poudre en une pâte homogène.
E+DE
L'indice de serrage de cet essai est K=6.7
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 37
Méthode sur pâte normale
On cherche la quantité d’eau donnant la consistance
normale (h=6 mm) mesurée avec l’aiguille de Vicat
(norme EN 196-3)
45
40
35
30
h (mm)
25
20 h
15
10
6
5
0
Me
Masse d'eau Me (g)
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 38
Comparaison des deux méthodes
• Valeur de compacité plus faible sur pâte normale
(mélange plus « mouillé » que sur pâte homogène)
• Indices de serrage correspondants différents:
– Sur pate homogène: K=6,7
– Sur pate normale: K= 4,8
• Méthodes cohérentes entre elles: donnent les
mêmes valeurs de b
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 39
Notion de dosage de saturation Sp* en superplastifiant
• Méthode des coulis Afrem
t temps d'écoulement
d'un demi litre de
coulis au cône de
Marsh
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 40
Prise en compte de l'effet de paroi
• Effet de paroi sur la compacité b:
modèle de Ben-Aïm d/2
b conf 1
v
b v kb
v
V V
V
• V volume total, v volume perturbé
• Ex: deux armatures distantes de e d
mm Û deux plans infinis parallèles
distants de e mm
v d
V e
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 41
Utilisation du MEC pour les bétons
• Extrapolation du modèle aux suspensions de grains
• Analogie Compacité/Teneur volumique en solide
• On garde le même formalisme
Empilement de + en + lâche Suspension de +en + diluée
K énergie de compactage K’ facilité de compactage
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 42
Utilisation du MEC pour les bétons
• Notion d’indice de serrage partiel
K’i faible K’i fort
Application du modèle aux bétons
• Indice de serrage d’un béton K'. Cet indice traduit la
facilité de compactage du béton
n
K K
i 1 i
• K’p: indice de serrage des poudres, somme des K'i des
classes inférieures à 80 µm traduit la concentration en
poudres de la pâte
• K'gg: indice de serrage des gros gravillons, somme des
K'i grains compris entre Dmax et Dmax/2,5
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 44
Evaluation du risque de blocage
• Bétons à volume de 500
pâte et rapport G/S 450
H1-Lbox (mm)
variables. 400
350
• Boîte en L à 300 e=47 mm
250
confinement variable e=39 mm
200 e=35 mm
150 e=32 mm
100 e=28 mm
50
e=25 mm
0
0,8 1 1,2 1,4 1,6 1,8
H1
K'GG somme des K'i des 4 classes
les plus grossières
Prédiction des risques de ségrégation
e
La ségrégation a été mesurée par
• Ce sont les fines qui l'enfoncement des gravillons sur
retiennent les gravillons éprouvette durcie Ø16x32 cm
en suspension.
• En fixant une limite de 5
mm pour la ségrégation, 25
Ségrégation (mm)
on obtient les valeurs SP=0,3%
20 SP=0,2%
limites pour l'indice de
SP=0,15%
serrage K'p des fines <80 15
µm 10
0
2
Sp 2,0 2,5 3,0 3,5 4,0 4,5
K' min
p 3,5 3,81 K'p
Sp *
Bétons et innovations - ENPC - T. Sedran 46
Application du modèle à la rhéologie
• Le seuil de cisaillement est une fonction de la forme:
n
exp a a K
0
0 i i
i 1
où ai représente des coefficients de frottement
• La viscosité est une fonction du rapport Ø/ Ø*, où Ø est
la teneur en solide du béton et Ø* la teneur en solide
pour K'=9
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 47
Modèle et résistance:
100
90
Resistance du béton Fb (Mpa)
80
Fb résistance du béton 70
60
Fm résistance de la matrice 50
depend de l’EMP donc de 40
30 Fb=p*Fm/(1+q*Fm)
g* 20
10
0
• Le paramètre p 0 50 100 150 200
Résistance de la m atrice (Mpa)
augmente comme
l'adhérence du granulat 2 ,85
à la matrice cimentaire,
1
• Le rapport p/q évolue Fcm 13,4 EMP 0,13 Rc
V 0,5Vv
1 eff
comme la résistance du Vcequi
granulat V
Vcequi Vc 1 A
Vc
pFcm
Fcb
Module BETAV- ENPC – T. SEDRAN 1 qFcm 48