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Matrices compagnons et polynômes caractéristiques

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Mathématiques: MP* Enoncé

Semaine de concentration Classes Préparatoires scientifiques


Lycée Moulay Youssef à Rabat
Date: 19 Février 2022

Notations et définitions

Dans tout le problème,


• K désigne R ou C.

• N désigne l’ensemble des entiers naturels et n est un entier naturel.


• On note Kn [X] le sous-espace vectoriel de K[X] des polynômes de degré inférieur ou égal à n à coefficients dans
K et, pour n > 1, Mn (K) la K-algèbre des matrices carrées de taille n à coefficients dans K. La matrice unité
est notée In et on désigne par GLn (K) le groupe des matrices inversibles de Mn (K).
• Pour toute matrice A de Mn (K), on note t A la transposée de la matrice A, rg(A) son rang, tr(A) sa trace,
χA = det(XIn − A) son polynôme caractéristique, πA son polynôme minimal et sp(A) l’ensemble de ses valeurs
propres dans K.
• E désigne un espace vectoriel sur le corps K de dimension finie n supérieure ou égale à 2, et L(E) est l’algèbre
des endomorphismes de E. On note f un endomorphisme de E.

• On note f 0 = IdE et ∀k ∈ N, f k+1 = f k ◦ f .


• Si Q ∈ K[X] avec Q(X) = a0 + a1 X + · · · + am X m , Q(f ) désigne l’endomorphisme a0 IdE + a1 f + · · · + am f m .
On note K[f ] la sous-algèbre commutative de L(E) constituée des endomorphismes Q(f ) quand Q décrit K[X].
• De même, on utilise les notations suivantes, similaires à celles des matrices, pour un endomorphisme f de E :
rg(f ), tr(f ), χf , πf et sp(f ).

• Enfin, on dit que f est cyclique si et seulement s’il existe un vecteur x0 dans E tel que (x0 , f (x0 ), . . . , f n−1 (x0 ))
soit une base de E.

Partie I: Matrices compagnons et endomorphismes cycliques

1. Soit M ∈ Mn (K).

(a) Montrer que M et t M ont même spectre.


(b) Montrer que t M est diagonalisable si et seulement si M est diagonalisable.
2. Matrices compagnons: Soit (a0 , a1 , . . . , an−1 ) ∈ Kn et Q(X) = X n + an−1 X n−1 + · · · + a0 . On considère
la matrice
−a0
 
0 ... ... ... 0
1 0 ... ... 0 −a1 
..
 
 .. 
0 1 . . −a2 
CQ =  . .
 
.. .. . .. 
 .. .. . . .. . 
 
. ..
 ..

. 1 0 −an−2 
0 ... . . . 0 1 −an−1

(a) Déterminer en fonction de Q le polynôme caractéristique de CQ .


(b) Soit λ une valeur propre de t CQ . Déterminer la dimension et une base du sous-espace propre associé.
3. Endomorphismes cycliques
(a) Montrer que f est cyclique si et seulement s’il existe une base B de E dans laquelle la matrice de f est de
la forme CQ , où Q est un polynôme unitaire de degré n.
(b) Soit f un endomorphisme cyclique. Montrer que f est diagonalisable si et seulement si χf est scindé sur K
et a toutes ses racines simples.
(c) Montrer que si f est cyclique, alors (Id, f, f 2 , . . . , f n−1 ) est libre dans L(E) et le polynôme minimal de f
est de degré n.

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Mathématiques: MP* Enoncé
Semaine de concentration Classes Préparatoires scientifiques
Lycée Moulay Youssef à Rabat
Date: 19 Février 2022

4. Application à une démonstration du théorème de Cayley-Hamilton


(a) Soit x un vecteur non nul de E. Montrer qu’il existe un entier p strictement positif tel que la famille
(x, f (x), f 2 (x), . . . , f p−1 (x)) soit libre et qu’il existe (α0 , α1 , . . . , αp−1 ) ∈ Kp tel que :

α0 x + α1 f (x) + · · · + αp−1 f p−1 (x) + f p (x) = 0

(b) Justifier que Vect(x, f (x), f 2 (x), . . . , f p−1 (x)) est stable par f .
(c) Montrer que X p + αp−1 X p−1 + · · · + α0 divise le polynôme χf .
(d) Démontrer que χf (f ) est l’endomorphisme nul.

Partie II: Étude des endomorphismes cycliques

5. On suppose que f est un endomorphisme nilpotent de E. On note r le plus petit entier naturel tel que f r = 0.
Montrer que f est cyclique si et seulement si r = n. Préciser alors la matrice compagnon.

Dans la suite de cette partie, on suppose K = C et que (Id, f, f 2 , . . . , f n−1 ) est libre et on se
propose de montrer que f est cyclique.

On factorise le polynôme caractéristique de f sous la forme


p
Y
χf (X) = (X − λk )mk
k=1

où les λk sont les p valeurs propres deux à deux distinctes de f et les mk de N∗ leurs ordres de multiplicité
respectifs. Pour k ∈ [[1, p]], on pose Fk = Ker((f − λk IdE )mk ).
6. Montrer que les sous-espaces vectoriels Fk sont stables et que E = F1 ⊕ · · · ⊕ Fp .
7. Pour k ∈ [[1, p]], on note ϕk l’endomorphisme induit par f − λk Id sur le sous-espace vectoriel Fk ,
(
Fk → Fk
ϕk :
x 7→ f (x) − λk x

Justifier que ϕk est un endomorphisme nilpotent de Fk .


8. On note νk le plus petit entier naturel tel que ϕνkk = 0.
(a) Pourquoi a-t-on νk 6 dim(Fk ) ?
(b) Montrer, avec l’hypothèse proposée, que pour tout k ∈ [[1, p]], on a νk = mk .
(c) Expliciter la dimension de Fk pour k ∈ [[1, p]], puis en déduire l’existence d’une base B = (u1 , . . . , un ) de E
dans laquelle f a une matrice diagonale par blocs, ces blocs appartenant à Mmk (C) et étant de la forme
 
λk 0 ... ... ... 0
 .. .. 
1 λk . .
.. 
 
 ..
0
 1 λk . . 
. .. .. .. .. .. 
 .. . . . . .
 
. .. ..
 ..

. . λk 0
0 ... ... 0 1 λk

9. On pose x0 = u1 + um1 +1 + · · · + um1 +···+mp−1 +1 .


(a) Déterminer les polynômes Q ∈ C[X] tels que Q(f )(x0 ) = 0.
(b) Justifier que f est cyclique.

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Partie III: Endomorphismes commutants

On appelle commutant de f l’ensemble C(f ) = {g ∈ L(E)/ f ◦ g = g ◦ f }.


10. Montrer que C(f ) est une sous-algèbre de L(E).

11. On suppose que f est cyclique et on choisit un vecteur x0 dans E tel que (x0 , f (x0 ), . . . , f n−1 (x0 )) est une base
de E. Soit g ∈ C(f ), un endomorphisme qui commute avec f .
(a) Justifier l’existence de λ0 , λ1 , . . . , λn−1 de K tels que
n−1
X
g(x0 ) = λk f k (x0 )
k=0

(b) Montrer alors que g ∈ K[f ].


(c) Établir que g ∈ C(f ) si et seulement s’il existe un polynôme R ∈ Kn−1 [X] tel que g = R(f ).

Partie IV: Décomposition de Frobenius

On se propose de démontrer le théorème de décomposition de Frobenius : toute matrice est semblable à une matrice
diagonale par blocs, ces blocs étant des matrices compagnons.

12. Montrer que si la réunion d’un nombre fini de sous-espaces vectoriels F1 , . . . , Fr de E est un sous-espace vectoriel,
alors l’un des sous-espaces Fi contient tous les autres.
13. On note d le degré de πf . Justifier l’existence d’un vecteur x1 de E tel que (x1 , f (x1 ), . . . , f d−1 (x1 )) est libre.
Indication: Pour tout x non nul de E, on pourra remarquer que Ix = {P ∈ K[X]/ P (f )(x) = 0} est un
idéal de K[X] engendré par un polynôme unitaire πf,x diviseur de πf et considérer les sous-espaces vectoriels
Ker(πf,x (f )).
14. On pose e1 = x1 , e2 = f (x1 ), . . . , ed = f d−1 (x1 ) et E1 = Vect(e1 , e2 , . . . , ed ).
Montrer que E1 est stable par f et que E1 = {P (f )(x1 )/ P ∈ K[X]}.
15. On note ψ1 l’endomorphisme induit par f sur le sous-espace vectoriel E1 ,
(
E1 → E1
ψ1 :
x 7→ f (x)

Justifier que ψ1 est cyclique.


16. On complète, si nécessaire, (e1 , e2 , . . . , ed ) en une base (e1 , e2 , . . . , en ) de E. Soit Φ la d-ième forme coordonnée
qui à tout vecteur x de E associe sa coordonnée suivant ed . On note F = {x ∈ E/ ∀i ∈ N, Φ(f i (x)) = 0}.

(a) Montrer que F est stable par f et que E1 et F sont en somme directe.
Soit Ψ l’application linéaire de E dans Kd définie, pour tout x ∈ E, par

Ψ(x) = (Φ(f i (x)))06i6d−1 = (Φ(x), Φ(f (x)), . . . , Φ(f d−1 (x)))

(b) Montrer que Ψ induit un isomorphisme entre E1 et Kd .


(c) Montrer que E = E1 ⊕ F .
(d) En déduire qu’il existe r sous-espaces vectoriels de E, notés E1 , . . . , Er , tous stables par f , tels que :
• E = E1 ⊕ · · · ⊕ Er ;
• pour tout 1 6 i 6 r, l’endomorphisme ψi induit par f sur le sous-espace vectoriel Ei est cyclique ;
• si on note Pi le polynôme minimal de ψi , alors Pi+1 divise Pi pour tout entier i tel que 1 6 i 6 r − 1.
17. (a) Montrer que la dimension de C(f ) est supérieure ou égale à n.
(b) On suppose que f est un endomorphisme tel que l’algèbre C(f ) est égale à K[f ]. Montrer que f est cyclique.

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Partie V: Endomorphismes orthocycliques

Dans cette partie, on suppose que K = R et que E est un espace euclidien. Le produit scalaire de deux vecteurs x, y
de E est noté (x|y) et on désigne par O(E) le groupe des isométries vectorielles de E.

On dit qu’un endomorphisme est orthocyclique s’il existe une base orthonormale de E dans laquelle la matrice de
f est de la forme CQ (matrice compagnon).
18. Soit f ∈ O(E).
(a) Soit f 0 ∈ O(E) ayant le même polynôme caractéristique que f . Montrer qu’il existe des bases orthonormales
B et B 0 de E pour lesquelles la matrice de f dans B est égale à la matrice de f 0 dans B 0 .
(b) En déduire que f est orthocyclique si et seulement si χf = X n − 1 ou χf = X n + 1.
19. Soit f un endomorphisme nilpotent de E.
(a) Montrer qu’il existe une base orthonormale de E dans laquelle la matrice de f est triangulaire inférieure.
(b) En déduire que f est orthocyclique si et seulement si

f est de rang n − 1 et ∀x, y ∈ (Kerf )⊥ , (f (x)|f (y)) = (x|y)

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