Géomorphologie et sols du Centre-Cameroun
Géomorphologie et sols du Centre-Cameroun
DANS LE CENTRE-CAMEROUN
D. MARTIN *
RESUME
L ‘auteur regroupe dans cette etude /es observations géomorphologiques qu’il a pu faire
lors d’une étude p6dalogique dans /e Centre Cameroun. Après avoir pas& en revue les principales
caract&ristiques gbographiques de la r6gion &udi/e, celle-ci est replac/e dans le cadre glomor-
pho./ogique p’lus vaste de ./‘A frique centrale nord-équatoriale.
SUMMARY
In this study the author deals with the regrouping of geomorphokgic observations which
were done during his pedological study in Central Cameroon. After having revised the principal
geographic characteristics of the studied country, this one is replaced in the more extended geo-
morphologie Centra/ North-Equatorial Africa’s frame.
* Pédologue
189
Bassi,
NIGE
1‘
Ii
GÉOMORPHOLOGIE HYDROGRAPHIE
Carte d’ensemble (Centre Cameroun’)
Echelle: if oooooo! ,ookm
0
4
........
. .......
........ < 3oom. Peneplaines cotiéres [Link] CentreCameroun
lYzI.l . . El
Fig. 1
190
1 - Introduction
2 - Caractéristiques g&w%rales
2.1 - Climatologie
2.2 - Géologie
2.3 - Hydrographie
2.4 - Vbgétation
4 - Géomorphologie régionale
4.1 - Criteres de paysage homogine
4.1.1 - Altitude
4.1 .2 - Forme des interfluves
4. 1 .3 - Autres criteres
4.2 - Caractbrisation des paysages
5 - Pédologie r6gionale ..
5.1.- Principaux types de sols ferrallitiques
5.1.1 - Sol ferrallitique typique indur
5.1.2 - Sol ferrallitique appauvri modal
5.1.3 - Sol ferrallitique remanie
5.1.4 - Sol ferrallitique p&&volué
5.1 .5 - Sol ferrallitique fortement desaturé de pente
5.2 - Répartition locale
5.2.1 - Paysage de plateaux indures
5.2.2 - Paysage de collines indurbes
5.2.3 - Paysage de collines non indurees
5.2.4 - Paysage de collines complexes
5.3 - Rapartition régionale
5.4 - Mise en place du niveau induré
5.5 - Comparaison avec d’autres paysages ferrallitiques
6 - Conclusion
7 - Bibliographie
1 - INTRODUCTION
L’etude sur le terrain avait un but essentiellement pratique (étude de la r6partitik des sols
et de leur valeur agricole) : aussi ne faut-il pas s’btonner parfois du manque de donn6es, d’autant
plus que I’kpaisseur des sols ferrallitiques, ici particulièrement importante et aggrav6e par I’indu-
ration, est un obstacle a une observation facile en l’absence de grandes coupes artificielles.
191
CLIMATOLOGIE
Fig. 2
29 * -*
TEMPERATURE . %+,
\.%
28 ‘NANGA-EBOKO -.- %;
\
%
8 .’ /
-.- \ .-.
27 .BERTOUA
26 -
./*-*\ N--q-.
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18- TX Moyenne minimum
17 7 ./
I I I I ’
16
.J F M A “M J J A S 0 N D J
300
mm
-
PLUVIOM ETRIE
300
1mm ..
250.
NANGA-
6 ERTOUA
EBOKO
EVAPORATION
-
m.-
.-
I
NANGA- EBOKO ----me
. n L . I I I I I n I
I
J F M A M J J A S 0 N D J
Fig. 3
192
2 - CARACTÉRISTIQUES GENÉRALES
2.1 - Climatologie
Toute la région etudiée se situe dans la partie nord de la zone de climat sub-équatorial,.
de type guinéen forestier, varieté haut-camerounien, dont les principales caract6ristiques sont :
-.pluviom6trie de 1500 a 1 600 mm,, avec répartition de type sub-équatorial, ,mais mini-
mum d’ét6 peu prononcé : les mois les plus pluvieux sont septembre et octobre, et les
moins pluvieux décembre et janvier (Figure 2) ;
- température moyenne de 23 d 25’ : les maxima sont observes de f6vrier a avril ; on note
les plus grandes amplitudes thermiques pendant la grande saison @che de novembre a
f6vrier ; les minima moyens ne descendent pas en dessous de 18°cNanga-Eboko et
16’5 b Bertoua (Figure 3) ;
- humidité relative moyenne comprise entre 70 et 85%, avec des minima absolus entre
10 et 20 %, possibles de janvier b mars ;
Cette tendance tropicale n’est pas visible sur le graphique Pluviométrie (fig. 7) et l’absence
de donn6ds ne permet pas de I’btendre a I’&aporation, au nombre de jours de pluies et a I’intensit6
de tel les-ci. II n’en reste pas moins qu’au cours des oscillations climatiques quaternaires et anté-
rieures, la partie est de la région, plus continentale, benbficiait rapidement des influences tropica-
les, des que celles-ci .s’accentuaient dans la zonq nord-6quatoriale, avec toutes les cons6quences
que cela implique sur le drainage et I’hydromorphie, l’accumulation de sesquioxydes et le cuirasse-
ment, les changements de v6g6tation et 1’6rosion superficielle.
2 .2 - Géologie
193
+
t + + + +
+ + + +
l +++++*
+++++++
+ + +++
+ +++
GEOLOGIE FIG.4 1
olozo3o 40 km.
Micoschibtes. Ouorlzile.
Amphibolite.
n
ger de quartz et donner des quartrites plus ou moins franches. Les amphibolites sont fr6quentes,
mais en [Link] de faible 6tendue.
L’iktensit6 et la profondeur de I’alt6ration font que les affleurements rochewx sont peu
fréquents et même parfois inexistants (aucun affleurement visible sur 10000 ha étudi6s au 1/50000),
aussi ne peut-on jamais savoir si les affleurements visibles ne doivent pas leur existence a leur tex-
ture ou a leur composition chimique particuli8re.
Cependant, toutes ces roches paraissent avoir une composition chimique et une vitesse
d’alt6ration identiques, si bien que la g6ologie n’a qu’un r6le trhs réduit dans l’explication géo-
diffbrentes du fonds “granito-gneissique” mésocrate comme les quartzites et les amphibolites donnent
naissance b un relief,.particulier, mais toujours limité en Btendue.
194
Tableau 1
2.3 - Hydrographie
Parmi les principaux affluents de la Sanaga, il faut noter la Ndj6k6 et le Djiou, dont les
bassins s’itendent, surtout en savanes , jusqu’à la falaise de Yoko et dont les larges vallées présen-
tent un systhme de terrasses.
La Tér6, autre affluent important, a benéfici6 de capture aux d6pens du Nyong. En effet,
dans la région qui nous intbresse, la Sanaga et le Nyong ont un cours a peu près parall&le a 100 km
de distance, mais la Sanaga est a une altitude comprise entre 560 et 600 m, a une pente notable
(30 a 40 cm/km) et des débits de crue 6lev6s (2500 a 3 700 m3js a Nanga-Eboko), tandis que le
Nyong est a 640-660 m, a une pente beaucoup plus faible (5 à 10 cm/km) et des debits maximums
de 200-300 m3/s. II en resulte un surcreusement du bassin de la Sanaga, peut-être accentu6 par
un mouvement tectonique de faible amplitude sous forme d’un gondolement dont la Sanaga occupe-
rait un creux et le Nyong un sommet (cymatog6n8se de KING, 1961).
Toutes les vall6es, b part la Sanaga et ses principaux affluents, sont caract&i&es par leur
faci& franchement maricageux. L’intensit6 du phénom&ne est trés variable et peut servir a carac-
t6riser le paysage. Elle est particuli8rement forte dans le nord-ouest de la r6gion où les valICes de
premier ordre peuvent avoir 200 b 250 m de large et les vall6es de deuxième ordre atteignent 500-
600 m. Ces mar6cages remontent d’ailleurs le plus souvent jusqu’a la tête de source : celles-ci ont
un aspect particulier, que l’on pourrait appeler en “auge Bvas6e” et qui paraft caract6ristique des
paysages ferrallitiques aplanis. Ces tates de source sont entiirement façonnées dans le sol meuble :
les affleurements de rochers ou de cuirasses y sont rares, et l’eau sort strictement au niveau du bas-
fond plat et mar6cageux.
La figure 5 montre divers aspects de ces t&es de sources selon la d6nivellation entre base
et sommet des,collines qui les entourent.
Dans les zones à forte dinivellation (60 a 80 m), ces têtes de source peuvent être alimen-
tées par des rigoles ou petits ravins en forte pente (souvent de l’ordre de 45’) creus6s dans le sol
meuble : ces rigoles sont plus fréquentes en savane qu’en forêt. Quand la dinivel lotion s’occroft
195
Echelles.
6
l2
18m.
10
6
2
0 C D
196
encore (80 a 100 m), les vallées de premier ordre se retr6cissent fortement, perdent leur caractitre
mar6cageux et ont un fond rocheux ou caillouteux,
Le reseau hydrogrophique est toujours bien hierarchisé maigre la lenteur apparente de I’ecou-
lement dans les vall6es mor6cageuses. Sa densite est assez constante et n’augmente nettement que
dans les zones accidentées. La largeur des interfluves est au maximum de 1500-l 800 m en zone
fortement aplanie et au minimum de 500 m dans les zones accidentbes : une largeur d’interfluve de
1 200 m est un chiffre moyen et courant.
Les extraits de cartes (Figures 6 et 7) montrent bien ces variations dans l’allure du reseau
de drainage :
Figure 6 : passage du nord au sud d’un réseau dendritique a tendance parallèle très ennoyée à un
2.4 - Vég6tation
La r6gion est située dans la zone de transition for&-savane, mais ici la limite de ces for-
mations est très irréguliere et ne parart pas ob6ir au critère climatologique normal (accentuation
de la saison seche vers le nord et l’est), mais &tre en grande partie sous la dépendance prépondé-
rante de l’influence humaine aussi bien pour la dbforestation que pour la reforestation.
Les massifs forestiers les plus importants se trouvent à l’ouest et nord-ouest de-Bertoua ainsi
qu’au sud de Minta.
D’après LETOUZEY (1958, 1966) il s’agit d’une for& dense humide semi-decidue a Stercu-
liacées et Ulmacées dont les especes les plus caracteristiques sont divers Ce/~s, Holopteleo gr-or~~ii~~,
Triplochiton scleroxylon, Sterculia rhin,opetala, Mansonia altissima, Pterygota macrocarpa, divers
Cola, ainsi qud Terminalia superba.
Partout ailleurs, on ne trouve qu’une vegetation forestibre, soit de for& degradée par les
defrichements avec jacheres forestieres a tous les stades de reconstitution, soit de forêts et brousses
forestieres de reconstitution récente a partir de la savanè. Ces reforestations sont nettement visibles
dans toute la région aussi bien en zones habit6es d partir des champs cultives en savane ou des em-
placements d’anciens villages que dans les zones inhabitbes. Les principales esp.&ces de reforestation
sont Musanga cecropioides, Alchornea cordifolia, Anthocleista schweinforthii, Chlorophora ch< <-/\QJ
Fogara macrophylla, Albizia ferruginea, A. zygia, A. glaberrima, A. adianthifolia, Ver-rrorri~r
conferta, Ficus mucuso, [Link], Markhamia sp, Myrianthus arboreus, Psiyscias ful~~~r.
Les savanes sont réparties tres irr(gulierement dans toute la région : elles sont souvent tres
ouvertes (tr&s peu d’arbres et d’arbustes) dans la partie sud et autour de Bertoua, mais peuvent 8tre
au contraire trbs dens6ment arborées dans la partie nord (entre Kaa et Nsem). Les principales espéces
d’arbres rencontrés sont Bridelia ferruginea, Crossopteryx febrifuga, Hymenocardia acida, AIIIIOIII~
senegalensis, Piliostigma thonningii, Albizia spp., Ficos capensis, Psorospermum febrifugum, Nui~--
clea latifolia. Terminalia glaucescens, qui peut atteindre 10-l 2 m de haut et former des peu-
plements denses, n’a été observé qu’au nord d’une ligne Bisaga-Kaa-Njombb-Nsem. La graminée
dominante des savanes non rbcemment cultiv6es est Hyparrhenia, en particulier Hyparrhenia II)~+
La reforestation actuelle parah suivre une pbriode de sovanisation peut-Btre tres recente
(150 a 200 ans), qui aurait et6 caus6e par I’arriv6e dans la r6gion de populations relativement nom-
breuses, non habituées a l’agriculture de for&, en dbplacement constant par suite de guerres tribales
et qui auraient effectue d’importants défrichements ; l’ethnographie n’a cependant pas encore apporte
de preuves suffisantes en ce domaine pour asseoir definitivement une telle opinion.
197
198
Quant aux changements de v6g6tation au cours du tertiaire et quaternaire, ils sont encore
tres hypoth6tiques. Les botanistes semblent partisans d’un retrait de la forét jusque vers une zone
refuge au niveau du sud-ouest Cameroun, Guinde equatoriale et nord Gabon, mais cette phase n’est
pas encore dat6e.
Dans ce même numéro des Cahiers, [Link] fait une mise au point sur la g6omorpho-
L’altitude de la region varie de 560 a 800 m, 906 m pour la plus haute colline rocheuse ;
la Sanaga qui la traverse du nord-est au sud-ouest passe de 620 a 560 m. Aucun occident topogra-
phique majeur (de l’ordre de 200 m ou plus) n’affecte la r6gion qui est entiarement constituee d’une
succession de collines de hauteur et forme variables. La plus forte difference de niveau entre sommet
de colline rocheuse et axe de drainage voisin est de 150 m. Quand le sommet de collines n’est pas
rocheux, cette difference de niveau ne d6passe jamais 100 m, et peut s’abaisser b 25-30 m dans les
secteurs les plus aplanis. Aussi, sans tenir compte du relief de detail toujours ondul6, et que nous
savons propre aux sols ferrallitiques, la r6gion prkente les caractéristiques d’un relief d’aplanisse-
ment . Cette hypothese se renforce quand on peut observer le paysage d’un point 6lev& : c’est une
succession de croupes plus ou moins disslqu6es dont les sommets ont des altitudes voisines. Cette
impression se confirme quand on consulte la carte topographique au 1/200 000 : toute la région fait
partie d’une seule et m&me surface d’aplanissement.
Par comparaison avec les pays voisins et confrontation de toutes les donnees bibliographi-
ques relatives a la geomorphologie de cette partie d’Afrique, [Link] est arrive b la conclusion
que la vaste zone du centre et sud Cameroun comprise entre les altitudes 600 et 800 m fait partie de
la surface dite africaine 1, dont I’anlanissement aurait commencb au tertiaire (essentiellement a
I’6o&ne). La carte (Figure 1) montre que cette surface du Centre Cameroun est située entre la
surface de I’Adamooua (post-gondwanienne) entre 900 et 1000 m et une surface intermédiaire entre
400 et 600 m obtenue par déblaiement de tous les mat6riaux de la surface africaine I dans les sec-
teurs occupés par les vall6es de la Sanaga et du Mbam (zone en cours d’6tude et 05 les sols sont
nettement diffbrents). Dans la r6gion 6tudi6e, le petit secteur d’altitude plus élev6e du nord-est
de la carte peut &tre consideré comme une surface intermkdiaire entre les surfaces post-gondwanien-
ne et africaine 1.
4 - GÉOMORPHOLOGIE RÉGIONALE
4.1.1 - ALTITUDE
Le moutonnement de collines decele sur la carte au 1/200000 n’est pas parfaitement r6gu-
lier. La P&ence de la Sanaga introduit tout d’abord une diminution graduelle de l’altitude d’amont
199
en aval, ce qui est normal, mais nous observons, de plus, des sautes d’altitude affectant tout un
secteur. Ces observations nous ont conduit au découpage de la figure 8 05 la surface d’oplanisse-
ment primitive est divisée en un certain nombre de surfaces elémentaires d’altitude croissante. Nous
avons oinsi distingué six niveaux : moins de 630 m, 630-690 m, 670-720 m (niveau composite), 690-
750 m, 750-780 m et un niveau olus complexe 750-850 m.
Le moutonnement des collines est parfois interrompu par des reliefs anormaux (ou résiduels):
ces reliefs se presentent sous la forme d’un “mont” de 40 a 150 m d’altitude relative. Ce mont n’est
jamais trés étendu (100 a 300 ho) et sa forme est directement liée a la roche-mere particulière qui
lui a presque toujours donne naissance : forme lineaire pour les quartzites, forme circulaire pour les
amphibolites.
- Colline en demi-orange
La forme classique des interfluves dans toute la r6gion étudiée est la colline en demi-
orange, caractCrisée par son profil entièrement convexe. La figure 11 montre deux coupes de ces
collines selon leur hauteur relative. O#I notera que pour les collines b forte dénivellation, la pente
au-dessus du bas-fond peut atteindre et d6posser 45”.
Ce n’est que dans le .[Link] tres aplani,du nord-ouest, ainsi que parfois autour de Bertoua,
que la colline en demi-orange se modifie pour prendre un profil Iégerement concave en bas de pente,
et encore ce type de profil n’est-il pas completement g6néralisé.
- Plateau
La morphologie de plateau vient en deuxième position comme forni d’interfluve : elle est
bien représentee b l’est du 13“E, où elle occupe b peu pr&s la moiti6 de la superficie 21 égalit6 avec
la colline en demi-orange. On retrouve quelques plateaux au nord-ouest de la region de chaque
côtb de la vall6e de la Ndiek6.
Les plateaux peuvent présenter des denivellations variables : 30 a 90 m. Leur sommet est
aplani ou I6gèrement bombe, la rupture de pente n’est jamais tris nettement marquee, les pentes qui
les rattachent aux bas-fonds sont plus ou moins raides et peuvent approcher de 45’. En bas de pente,
le profil reste gbneralement convexe, plus rarement aplani et légeramant concave.
- Forme complexe
Les interfluves de type colline ou plateaux representent des formes simples, que l’on peut
supposer d’origine morphog6netique simple. L’exemple de la ftgure 12 nous montre la possi-
bilité de formes plus compliquées, pour lesquelles il faudra faire intervenir plusieurs processus
morphogenetiques.
201
90, m.
d4nivellation dbnivellation
FIG.10 Plateaux
Forte d&nivetlotion
Faible dhnivellation
5Om.’
10.
202
Sont généralement associ6s dans cette forme d’interfluve de petits plateaux,. des replats en
pente douce et des bas de pente à profil convexe ou concave.
Comme autre critère utilisable, il faut noter le systeme de drainage (voir 2.3) et le carac-
tère plus ou moins marécageux des vallées., La végétation, for& ou savane, est Bgalement utilisa-
ble, mais, en raison de l’influence humaine, sa signification est beaucoup moins probante.
. La carte des paysages (Figure 15) a ainsi pu gtre r6alis6e, avant même le-passage sur le
terrain, en utilisant les critéres suivants : systeme de drainage, altitude moyenne du sommet des col-
lines, forme des interfluves, végétation. A titre d’exemple nous donnerons les definitions retenues
pour les principaux paysages.
- Paysage H
- Systeme de drainage difficile a caract6riser, le plus souvent contourné a rectangulaire ;
vallées etroites, encaiss6es et non marécageuses.
- Collines de formes tres variables entre les altitudes 750 et 850 m. Affleurements rocheux.
- For&ts exclusives en dehors des d8mes rocheux.
203
204
Ce travail préliminaire de caracthrisation et de delimitation des ,paysages CI ete très utile
pour le choix de régions-témoins a cartographier en d6tail et CI permis d’orienter le travail de ter-
rai-n en axant I’btude des différents payscrges sur les zones les plus facilement occessibles. Les
corrélations entre paysages et unités pédologiques et g6omorphologiques sont assez bonnes, comme
on peut s’en rendre compte en comparant les cartes des figures 9 et 15. ’
5 - PÉDOLOGIE RÉGIONALE
C’est le type de profil le plus frequent et qui reprisente la sucqession classique d’horizons
suivante (voir Figure 16, profil 1).
L’épaisseur de l’horizon meuble est très variable, le plus souvent comprise entre 1 et 4m,
elle peut atteindre 7 m : sa couleur varie de rouge a ocre. L’horizon indure se @sente rarement
sous la forme de dalle cuirassée continue, mais sous l’aspect de gros blocs entourés de gravillons
et concr6tions. L’Bpaisseur de cet horizon est toujours superieure a 1,5 m et peut dépasser 4 m.
La pr6sence d’un horizon tachete sous l’horizon indure est friquente mais non coRstante. L’hori-
zon d’alt6ration est toujours tres 6pais et difficilement mesurable : on n’atteint la roche saine que
dans de rares cas particuliers.
205
[Link]-Carte des Pavsages
Profil 1 Profil 2
qoriron Al horizon Al
077
-toriron 82
8100
cuirassés goriron 8
2-
Gravillons Profil 3 Profil 4
3- Horizon AI Horizon Al
m
5 5 Horizon A3
Horizon A3
Roche
fortemenl
FIG.16 .aItérée.
3m.
FIG.17
206
0 - 18 cm Horizon Al, brun gris, argilo-sableux, assez bien structure.
18 - 40 cm Horizon de transition, Iégarement lessiv6.
40 - 330 cm Horizon B, ocre, argileux, peu structur6, friable.
330 - 450 cm Horizon rouge, argileux, b taches jaunes plus ou moins bien d6limit6es : horizon B2g
de pseudo-gley peu typique.
450 - 620 cm Rouge, argilo-sableux.
620 - 750 cm Apparition des premiers passages de roche fortement alt6r6e.
Un’tel profil est remarquable par son Gpaisseur (A + B) et l’absence complète d’élements
indurés ou remaniés (lit de cailloux) ce qui suppose une longue mais simple évolution.
L’étude des min6raux lourds confirme d’ailleurs la parfaite homogén6it6 du profil. L’appau-
vrissement marqué en surface est essentiellement Ii6 o la présence d’une vegbtation de savane, sans
qu’on puisse établir une corr6lation entre l’importance de cet appauvrissement et la dur6e de la pr6-
sente de cette savane. Cependant, les caracteristiques physico-chimiques de ces sols sont pratique-
ment les m&mes que [Link] des précédents : couleur rouge à ocre, texture argileuse, faible capacité
d’echange, faibles réserves minérales. Ils auraient donc un 8ge voisin ou separé par un intervalle
de temps sans commune mesure avec celui qui s’est écoulé depuis. Seule la présence d’un horizon
de pseudo-gley plus ou moins marqu6 selonA position-dans kpente- ’ s’ex-
pliquer par l’histoire geomorphologique régionale.
L’aspect le plus remarquable de ce profil est la P&ence d’un lit de cailloux qui separe
deux horizons assez nettement differents par leur texture et leur aspect : le remaniement est parti-
culièrement net. Les autres caractéristiques physico-chimiques (forte desaturation, appauvrissement
de l’horizon supbrieur) et morphologiques (présence d’un horizon de pseudo-gley typique) n’ont pas
une signification géomorphologique particuliere.
Les sols de ce type se rapprochent du type suivant (voir Figure 17, profil 4).
Les profils de ce type sont remarquables par leur faible Epaisseur (horizon A + B compris
207
FIG.18 Plateaux cuirasses
760-m.
Collines complexes
Horizon d’altération.
hydromorphe. Sols pénf2volués.
208
entre 80 et 150 cm) et la pr6sence de minéraux en voie d’altération dès le début de l’horizon C. AU
point de vue physico-chimiqùe, il faut noter l’existence de reserves minérales et la capacit6 d’échan-
ge plus élev6e que dans les sols precédents : I’illite est souvent associée b la kaolinite dans la frac-
tion argileuse.
Ces sols aux caracteres de jeunesse particulièrement accusés ont une importante significa-
tion géomorphologique, soit qu’on les observe a l’échelon régional, OD ils peuvent s’étendre sur
tout un paysage, soit a l’échelon local, OB ils peuvent occuper certaines positions morphologiques
d’un interfluve.
Un dernier type de profil n’est représente que sur les bas de pente des collines, où sa pré-
sence est pratiquement constante dans toute la région, quelle que soit d’ailleurs l’intensité de la
pente. Le profil se présente ainsi :
Selon l’intensité de la pente et le type d’interfluve sur lequel ces sols ont été observes,
l’horizon de carapace decrit ici peut &re remplacé par un horizon franchement cuirassé, ou de blocs
cuirass6s de taille variable, ou simplement par un horizon de pseudo-gley (horizon tachete). Seules
sont caractéristiques la couleur jaune et la forte d6saturation.
La présence en bas de pente, quelle que soit d’ailleurs I’intensit6 de celle-ci, de ces sols
fortement dbsatur&, dkaturation qui est en liaison avec les conditions climatiques actuelles, im-
plique une importante percolation d’eau (soit par infiltration directe, soit par infiltration après
ruissellement, soit par percolation oblique a travers le sol) et explique la facilité avec laquelle
I’hydromorphie s’installe dans ce secteur des interfluves.
Les differents types de profils étudiés au paragraphe pr6c6dent ne se distribuent pas d’une
façon quelconque sur les interfluves : pour mettre,en evidence ce fait, une etude détaillée de plu-
sieurs coupes d’interfluves de formes diverses et situbes dans des paysages differents est nécessaire.
La coupe étudiie n’est form6e que de sols ferrallitiques du sous-groupe indure, malgré
une appartenance a des groupes ou m&me des sous-classes différentes : l’horizon induré, toujours
assez difficile a observer lui-m&me, se retrouve pratiquement en toutes positions morphologiques
et topographiques (plateaux et pentes) mais a des profondeurs variables. Sur les plateaux, la limite
de l’horizon indu& est toujours brutale et il peut &tre tres profond (maximum observe : 7,4 m). Aux
fortes ruptures de pente, l’horizon induré affleure sous forme de blocs cuirasshs en surface du sol.
En bas de pente, l’horizon induré peut &tre surmonte d’un horizon faiblement tachet6 de formation
plus r6cente.
La coupe btudiée nous montre trois types de séquence de sols entre plateaux et vall6e se-
lon la pente.
209
Ploteaux
Etot octuel
Etat actuel
210
Forte pente
- sol ferrallitique indur rouge sur le plateau ;
- affleurement de blocs cuiras& et de gravillons après la rupture de pente,;
- sol fortement dbsaturé, groupe remani6 et sous-groupe jaune, sur la forte pente.
Pente moyenfie
- passage graduel‘ de coul’eur de rouge sur ie piateau a ocre a proximit6 du marigot ;
La présence actuelle d’un horizon tacheté en bas de pente au-dessus de l’horizon induré
. suggère la possibilité d’un “engraissement!’ de celui-ci par épisodes successifs d’hydromorphie et
d’induration en liaison avec les variations morphoclimatiques locales ou génbrales.
Dans une rbgion voisine de la prbcédente, le sol est identique (sol ferrallitique du sous-
groupe indurd), mais la morphologie est totalement diffbrente : aux plateaux de l’exemple précédent
s’oppose ici la morphologie en collines en demi-orange, b profil convexe typique et présentant des
d6nivellations de 40 a 60 m :.les pentes pour atteindre les bas-fonds marécageux sont particulière-
ment fortes et la topographie est accidentbe dans l’ensemble,
La coupe 6tudi6e nous montre deux caracteristiques importantes relatives a l’horizon indure :
- présence constante de l’horizon indur6, qui semble recouvrir d’une chape toutes
les collines ;
- faible importance des affleurements de cet horizon.
Le mode de raccordement des collines aux bas-fonds peut prkenter des aspects vari6s :
La coupe 6tudiCe sur ce type de paysage comprend des profils beaucoup plus diffirsnci6s .:
l’horizon indu&, absolument constant dans les deux exemples prk6dents, n’existe plus ici qu’en
bas de pente, et encore plus souvent sous forme d’une carapace que d’une cuirasse vbritable, mais
de toute façon parfaitement en place.
211
Un peu plus haut sur la pente, le sol ferrailitique fortement désature, ocre b jaune, sous-
groupe induré du bas de pente, fait place à un sol dont le seul horizon caractéristique est un horizon
de pseudo-gley peu développé et profond (Figure 16, profil 2). L’horizon hydromorphe, et induré
par la suite, tr&s marqu6 en bas de pente, diminue nettement d’intensit6 sur la pente pour disparaître
totalement en haut de collines : les conditions nécessaires a sa formation, engorgement temporaire
pendant une période de I’an&e, ne sont plus réalisées par suite d’une pente trop forte et d’une moin-
dre percolation d’eau.
Ce type de paysage serait un bon exemple d’un arr& d’une p6dog6nèse d’induration par
suite d’un changement de conditions morphoclimatiques : abaissement du niveau de base conduisant
6 la formation de trop fortès pentes sur les collines, attdnuation du caractère tropical de la pluvio-
métrie, qui, peut-&tre égale mais moins concentr6e sur une période de I’annee, ne produit plus
d’engorgement temporaire en profondeur.
Ce paysage est btudié dans la région accident6e sitube a l’est de Nanga-Eboko. II faut
y noter, au point de vue morphologie, l’étroitesse des interfluves et I’_augmentation de la densit6
du réseau de drainage, les fortes pentes des collines qui ont une allure en demi-orange plus ou moins
typique et les diff6rences d’altitude notables entre les sommets des collines.
La répartition des sols est particulièrement complexe. Sur un des sommets de collines, on
observe un affleurement de gneiss a grenats, auquel sont associ6s des sols peu épais (5 0 10 cm sur
la roche dure) qu’on peut assimiler ?i des rankers. Sur la pente leur font suite des sols ferrallitiques
pénévolués (profil 4, figure 17) dont I’apaisseur des horizons A+ B varie de 70 a 120 cm : le passage
entre les rankers (a roche dure a 10-15 cm) et les sols ferrallitiques pénévolués 0 roche dure non
atteinte (plus de 2 m) est toujours tr&s rapide.
Aux sols p&révolu& succedent des sols ferrallitiques remani6s a horizon d’alt6ration typi,que
de sols très évolués. Le remaniement est attestl par la pr6sence d’un horizon graveleux de carac-
téristiques tr& variables : profondeur de 1 a 3m, épaisseur de 30 cm b 2,5 m, 6léments grossiers,
soit indu& sous forme de gravillons (1 a 3 cm de diamhtre) ou de gros blocs cuirassés, soit plus ra-
rement de quartz de 5 a 15 cm de diamètre.
En bas de pente de toutes les collines, on note des sols pénévoluis un peu plus épais que
ceux du haut des collines (horizons A+ B de 1 a 2 m), de couleur ocre a jaune et, selon la position
dans la pente, moyenniment ou fortement d6satur6s.
Le soulèvement de tout ce secteur aurait amen6 une forte érosion en sommet de colline
avec mise a nu de la roche, le remaniement de tous les niveaux indu& qui ne sont plus en place,
le creusement des vall6es et la formation de sols férrallitiques p6n6volu6s en bas de pente.
La r6partition regionale des sols est donn6e par la figure 9. La carte comparée a celle de
la figure 8 appelle un certain nombre [Link].
Le niveau le plus 6levé (740-840 m) du nord-est de la région est occupé par des sols ferral-
litiques pen6volués : il faut voir la un niveau intermédiaire, en constant rajeunissement, qui fait
transition avec les sols ferrallitiques indur6s de la surface post-gondwanienne, a 50 km au nord
est de la région et a l’altitude 900-l 000 m.
A une altitude plus basse (700-740 m), on peut observer un premier niveau, où l’induration
est complètement genéralisée : cette surface occupe tout l’est de la region et s’étend, plus ou moins
.
contrnue, jusqu’b Nanga-Eboko. Les interfluves y sont a égalité des collines en demi-orange et
des plateaux, sans qu’on puisse donner une explication précise a la présence de l’un ou l’autre type.
II semble cependant que les roches les plus basiques (granodiorite, granite a amphibole), donnent
212
plus facilement une morphologie de plateaux. Le cuirassement paraft bien en place, souvent très
profond et épais ; les remaniements paraissent limit&, par exemple sur les fortes pentes ; on observe
au contraire très souvent des dislocations du niveau induré, si celui-ci a jamais été continu un jour,
par suite des’déformations des collines et plateaux par soutirage chimique.
Le passage de cet ensemble de plateaux et collines a niveau indur profond a des surfaces
plus basses se fait de fagon différente selon les régions. Au sud-est (région de Bertoua : bassin du
Congo) l’altitude s’abaisse a 650-690 m et on observe une destruction partielle du niveau indurb
souvent mis a nu, avec possibilité de remaniements, de colluvionnement avec induration en bas de
pente, de nouvel épisode d’hydromorphie sur les collines et de formation de carapace par place.
Dans la vallée du Yong, des plateaux cuirassés, souvent Brodés en ravins et situés a 700-
710 m d’altitude, dominent des collines en demi-orange plus basses (660-680 m), a niveau grossier
de matériau indur en profondeur : l’absence de longue coupe artificielle ne permet pas de trancher
s’il s’agit d’un remaniement de la surface supérieure ou d’un nouvel épisode d’induration en place,
I’hypothese du remaniement étant plus vraisemblable.
La répartition régionale des sols ferrallitiques s’explique particulièrement bien par la g6o-
morphologie, que ce soit par l’existence de deux surfaces d’aplanissement bien caractérisées ou par
la possibilit6 de mouvements tectoniques.
313.
5.4 - Mise en place du niveau induré
Des observations qui précedent, eparses dans [Link] paragraphes, on peut tirer quelques
conclusions sur la mise en place du niveau induré, vues uniquement sous l’angle g6omorphologique
et valables séulerlent pour la r6gion étudiée.
II faut d’abord préciser que tous les niveaux indurés ne sont pas actuels, et qu’aussi bien
la morphologie des interfluves que le climat, et peut-être l’hydrographie, ne sont pas celles qui
ont présidé a leur formation : il est cependant possible, en se basant sur les faits observés de recons-
fituer la succession des phénomenes.
/,
L’observation des paysages entièrement ou partiellement indurés, la P&ence actuelle en
bas de pente de sols fortement désatures et facilement hydromorphes, sont en faveur de l’hypothèse
selon laquelle I’hydromorphie, et l’induration qui lui succède, se font au niveau de chaque inter-
fluve et en commençant par le bas de pente. Dès que le phenomène s’est amorcé, la pr6sence d’un
horizon peu perméable induit peu a peu la remont6e le long de la pente de l’horizon hydromorphe
qui envahit ainsi tout I’interfluve : la pente de cet horizon, normalement plus faible que celle de
la surface du sol, explique la profondeur a laquelle on peut le trouver au milieu de I’interfluve.
L’induration se fait ensuite, sans doute par apport oblique en bas de pente, mais essentiellement
“par redistribution presque sur place, faisant suite a la transformation d’un horizon préconditionné.
par la ferrallitisation” sur tout le reste de I’interfluve, selon le processus proposé par MAIGNIEN
(1966), pour ce que AUBERT (1963) appelle les cuirasses d’accumulation relative.
On peut supposer que le phénomene s’est produit sur des interfluves relativement larges
(1 ,5 a 2 km) et surbaissés (20 a 30 m de dénivellation) et sous un climat b fort contraste de pluvio-
métrie. Cependant, il n’est pas possible de savoir si les deux stades d’hydromorphie et d’induration
sont concomittants ou sont nettement s6parés par une modification des conditions morphoclimatiques
(climat, drainage).
Pour les collines en demi-orange o niveau indure continu, deux explications sont possibles :
214
5.5 - Comparaison avec d’autres paysages ferrallitiques
II est intéressant de comparer, dans les grandes lignes, ce qui est observé dans ce secteur’
du centre Cameroun avec ce que d’autres auteurs-ont décrit dans diverses regions d’Afrique.
BACHELIER (1959) a étudié en détail la région de Yaoundé. L’induration y tient une place
importante sous forme de plateau b épais niveau cuirassé en place. [Link], la présence de sols
penévolués en diverses positions morphologiques, et l’importance du colluvionnement, font penser
que la région est a un stade géomorphologique particulier de destruction d’une vieille surface cui-
rassée et de ,début d’une p6dogénèse ferrallitique plus jeune, avec tout ce que cela implique d’érosion,
de colluvionnement et de remaniement, ce qui explique la complexité et I’hitérogénéité apparente
des sols. Quant aux sols ferrallitiques, ils s’apparentent fortement b ceux qui viennent d’être Btudiés
par l’ensemble de leurs caractéristiques physico-chimiques : texture argileuse, faible capacite
d’echange, dominante de kaolinite et hydroxydes de fer dans la fraction argileuse, faible r6serve
minerale.
En Guinée (MAIGNIEN, 1958) et dans les pays voisins (TRICART et MICHEL, 1965), le
cuirassement prend une très grande importance dans le paysage, mais le modelé est totalement diffé-
rent de celui du Centre Cameroun. Les vieilles cuirasses tertiaires ou crétacées dominent le paysage
tandis que s’étalent à leurs pieds une serie de glacis cuirassés d’8ge plus récent (fin tertiaire et qua-
ternaire) : le lessivage oblique du fer a partir des plateaux cuirass6s vers les axes de drainage est le
processus normal qui conduit a l’induration des glacis.
II semble qu’on retrouve un modelé assez voisin dans certaines régions de Nigéria et en
Ouganda (DE SWARDT 1964, TRENDALL 1962) ainsi que dans I’Adamaoua, où il est compliqu6 par
les apports volcaniques (LAPLANTE et BACHELIER, 1954). Tous ces pays, sauf l’Ouganda, sont
caractéris6s actuellement par un climat de [Link]éen ou soudanien a répartition pluviométrique
tropicale. De plus, d’après MICHEL (1962) une periode sèche ancienne a permis une trbs forte hro-
sion et la formation de glacis. On aurait là un type d’6volution morphog6n6tique totalement diffé-
rent de celui du Centre Cameroun, et même de la R.C.A., 00 un climat a tendance bquatoriale
aurait favoris6 l’érosion chimique au détriment de l’érosion mécanique : dans l’est de la R.C.A.,
cependant, l’érosion mhcanique aurait enlev6 les horizons meubles sans attaquer les niveaux cui-
rassés eux-mêmes.
A ces paysages ferrallitiques fortement indurés, qui ont 6volue sous climat soit a dominante
tropicale (plateaux tlev6s, glacis),soit a dominante Bquatoriale (plateaux, collines en demi-orange)
et occupent le plus souvent des vieilles surfaces d’aplanissement, s’opposent les .paysages ferralliti-
ques de surfaces plus récentes de Côte d’lvoire et du Ghana. Les sols ferrallitiques qu’on.~ observe
montrent aussi bien un aspect morphologique qu’une &Partition locale diffbrents de ceux du Centre-
Cameroun. .
En dehors des vieux niveaux cuirasses, qui existent mais n’occupent qu’une faible super-
ficie, les sols ferrallitiques de ces surfaces récentes ont certaines caractéristiques particulihres :
faible épaisseur relative des horizons A+ B, abondance des éléments r6siduéls (quartz, éléments
indurés) importance de l’horizon tacheté, possibilité de formation de carapace et cuirasse subac-
215
tuelle. La variété des roches-mères, pl us grande qu’au Cameroun où il s’agit le plus souvent de
roches mésocrates, introduit des types de paysages assez différencies : ROUGERIE (1960) parle de
modelé granitique, schisteux, de roche mélanocrate. Les coupes de collines donnees par BRAMMER
(1962) présentent une complexite de détail q.u’on ne retrouve pas au Centre Cameroun. Cependant,
la présence d’un horizon de pseudo-gley [Link] recouvre toute la colline esten faveur de notre [Link]-
thèse de I’hydromorphie et de I’indurata’on gén6ralisée d’un interfluve, contrairement au processus
proposé par TRENDALL (1962) pour l’Ouganda.
Centre Cameroun, sud Côte d’lvoire et Ghana, actuellement tous trois sous climats assez
voisins, de type équatorial, nous montrent des sols ferrallitiques de caractéristiques morphologiques
assez dissemblables : c’est que ces trois régions sont a des stades évolutifs diffkrents (MOHR et
VAN BAREN 1954, DUCHAUFOUR 1965). Le Centre Cameroun presente, sur une surface d’apla-
nissement ancienne, des sols ferrallitiques séniles, fortement indurés, mais non encore débarrass6s
de leur manteau meuble superficiel parce que, depuis I’episode tropical de l’induration, le climat
‘a oscille autour d’un climat moyen plus équatorial que tropical et que l’érosion chimique a toujours
été plus importante que l’érosion mecanique. Au contraire, les sols ferrallitiques d’Afrique de i’ouest
forestière n’ont pas dépassé le stade mature de formation d’un important horizon tacheté, dont il
n’est pas impossible qu’il se soit forme sous un climat a tendance plus tropicale que l’actuelde.
6 - CONCLUSIONS
1 - La région étudi6e prisente deux surfaces d’aplanissement assez bien caracterisees, sé-
parées par une cinquantaine de mètres d’altitude ; un troisi&me niveau plus elevé n’occupe qu’une
superficie réduite au nord-est.
5 - Aucun mouvement généralisé de fer d’une surface superieure a une surface inf6rieure
ne peut être decelé : ces mouvements se font toujours au niveau de I’interfluve, dont la forme sug-
gère une action morphogénetique simple et de longue durée.
8 - Le climat ne semble pas avoir subi d’importantes modifications de longue duree depuis
la mise en place des deux surfaces d’aplanissement :
- pas d’aggravation dans le sens tropical : malgré des différences d’altitude notables,
les zones de contact entre les surfaces ne présentent pas d’érosion intense et paraissent
figees, ce qui implique l’absence de climat tràs agressif ;
216
- pas d’augmentation de la pluviométrie par rapport b l’actuelle : les sols ont dans
l’ensemble conservé leur couleur rouge, ce qui implique que la pluviométrie n’a pas pu
dépasser 1700-l 800 mm pendant une longue periode, car, sous cette pluviom6trie actuel-
le, les sols formés sur des roches identiques et sur des surfaces aussi bien anciennes que
récentes sont nettement b dominante jaune ;
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